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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 18:06

Ajoutée le 14 août 2016 Re-découvrez les images de Georges Seguy, responsable de la puissante CGT de 1967 à 1982 et qui a marqué en particulier l'actualité sociale lors des négociations de Grenelle en 1968. Archives Ina.fr et TéléToulouse.

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 16:24
Non à la justice de classe: signez la pétition citoyenne pour réintégrer Vincent Martinez, syndicaliste CGT impliqué dans l'affaire de la chemise, à Air France

Une pétition "Air France: Non à la justice de classe, Vincent Martinez doit être réintégré par Air France !" a été très récemment mis en ligne.

L'objectif est d'atteindre très vite 50 000 signatures. Pour signer, c'est ici:

https://www.change.org/p/air- france-non-%C3%A0-la-justice- de-classe-vincent-martinez- doit-%C3%AAtre-r%C3%A9int%C3% A9gr%C3%A9-par-air-france? recruiter=31118166&utm_source= share_petition&utm_medium= email&utm_campaign=share_ email_responsive

L'article de KAREEN JANSELME ET CÉCILE ROUSSEAu dans L'HUMANITÉ du 10 août:

La décision de la ministre du Travail de valider le licenciement de Vincent Martinez, suite à «l’affaire de la chemise », a suscité un tollé.Irrité par la contestation contre la loi Travail, le gouvernement franchit un cap supplémentaire dans sa croisade antisyndicale.

Pas de trêve estivale dans l’acharnement antisyndical. Lundi, la décision du ministère du Travail de valider le licenciement de Vincent Martinez, magasinier et délégué syndical CGT chez Air France, à la suite de la fameuse aff aire de la « chemise déchirée » de l’ancien DRH Xavier Broseta, le 5 octobre dernier lors de manifestations contre 2 900 suppressions d’emplois annoncées dans la compagnie, a fait l’effet d’une bombe. En plein été, le gouvernement a donc choisi de franchir un nouveau cap dans la répression antisyndicale, en allant à l’encontre de la décision de l’inspection du travail du 20 janvier 2015 qui avait annulé ce licenciement. Dans cette aff aire ultramé

diatisée, le gouvernement a d’emblée choisi son camp. Peu après les échauff ourées, Manuel Valls n’avait pas hésité à qualifi er les syndicalistes de « voyous », demandant « des sanctions exemplaires » pour certains participants, faisant monter d’un cran la tension sociale. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, s’est immédiatement indigné de cette décision du ministère, jugeant cet avis favorable « proprement scandaleux », y voyant même une « attitude revancharde » du gouvernement après la bataille menée par le premier syndicat français contre la loi travail, promulguée ce même 8 août par François Hollande et le gouvernement.

L’ombre de la loi El Khomri et du mouvement social pour réclamer sa suppression planent bel et bien sur cette décision. Pour Pascal Bouvier, membre du bureau confédéral de la CGT, « le gouvernement veut faire passer le message aux salariés qu’on peut licencier sans peine leurs représentants. Ils veulent leur faire peur, c’est le même principe avec la multiplication des gardes à vue lors des manifestations contre la loi travail ». Céline Verzeletti, chargée de la question des libertés syndicales à la CGT, embraie : « C’est une attaque envers un syndicalisme de lutte et force de proposition. » Pour le PCF, « il s’agit bien d’une décision à caractère politique, bafouant d’une part l’avis très argumenté de l’inspection du travail, et d’autre part piétinant le Code du travail, le délai pour recours étant épuisé ».

Les attaques ciblées du gouvernement contre certains syndicats restent en travers de la gorge. Pour Karim Taïbi, responsable FO chez Air France, « l’exécutif, dans sa toute-puissance, se substitue à la justice en pleines vacances d’été. Il criminalise les hommes et rallume le feu ». Car le dossier contre Vincent Martinez est désespérément vide. C’est en tout cas l’avis des inspecteurs du travail qui avaient estimé qu’« il n’y avait aucune preuve matérielle de l’implication directe du délégué CGT » (voir article ci-contre). Mais Air France, refusant cet avis, avait alors formulé un recours auprès du ministère le 4 février. Le ministère avait ensuite procédé à un complément d’instruction et devait statuer sous quatre mois. Sans réponse de leur part, le 3 juin, le licenciement était implicitement rejeté. Ce qui n’a pas pourtant pas empêché Myriam El Khomri de prendre cette décision inique.

Dans la notification, le ministère a estimé que le syndicaliste, dans « un acte délibéré non résultant d’un mouvement de foule ou de toute autre pression, a poussé l’un des deux vigiles soutenant M. Broseta, entraînant la chute de ce dernier et des deux vigiles, que cet agissement conscient non provoqué constitue une faute lourde ». Pour le ministère, cette décision est donc « cohérente » avec le licenciement des quatre autres salariés impliqués.

« C’est une décision sans queue ni tête »

Le ministère fait aussi cette étrange mention, assurant que pour ce licenciement, il ne « relève aucun indice quant à l’existence d’un éventuel lien entre la demande d’autorisation de licenciement et les mandats exercés par M. Martinez ». Mehdi Kemoune, secrétaire général adjoint de la CGT Air France, ajoute que « le ministère reconnaît aussi que Vincent Martinez a protégé la direction et on en arrive là ! On assiste à un 49-3 antisyndical. L’affaire de la chemise, c’est l’exemple de la violence sociale par rapport à la violence économique, un catalyseur aussi du conflit sur la loi travail ».

Vincent Martinez, encore sous le coup de la nouvelle, attend désormais la lettre de licenciement d’Air France. Sans baisser les bras. « C’est une décision sans queue ni tête. Je ne laisserai pas cette victoire au gouvernement. » Salarié depuis dix ans, le jeune homme de 28 ans estime que « cette histoire est très politique ». Lors de l’enquête menée par le ministère, il note qu’« Air France n’a pas fourni de preuves supplémentaires par rapport à (l’enquête) menée par l’inspection du travail. La compagnie n’a même pas porté plainte contre moi. Si j’ai eu un mauvais geste envers le vigile, je ne regrette pas de m’être mobilisé avec mes collègues ». Face à la colère suscitée par la validation du licenciement, l’exécutif a été contraint de dégainer les statistiques. Selon la direction générale du travail (DGT), cette décision du ministère d’invalider une décision de l’inspection générale du travail n’a « rien d’exceptionnel » : le ministère annulerait environ un tiers des 1 900 décisions contestées dont il est saisi chaque année.

Quoi qu’en dise le ministère du Travail, une telle prise de position allant à l’encontre de l’inspection du travail reste théoriquement rare. Mais sous l’ère de François Hollande, dans le contexte de contestation sociale exacerbée, les cas ont effectivement une fâcheuse tendance à se multiplier. À la Sodexo, le 27 juin dernier, le ministère du Travail infirmait une décision de l’inspection du travail dans un cas similaire. Après une grève menée dans l’entreprise à Marseille, 18 chauffeurs-livreurs avaient été mis à pied puis licenciés. 17 ont été réintégrés ou ont négocié financièrement leur départ. Seul le délégué CGT Yvon Caprice a été viré. « J’ai été réintégré par l’inspection du travail, qui a estimé la grève licite et conclu que le blocage des cuisines était une conséquence de la grève. » Pourtant, le ministère du Travail revient sur cette décision en plein été… « Ils ont attendu l’été, la fermeture des écoles et des cantines pour prendre des décisions, relève Nordine Ziani, délégué syndical. Ça arrange notre direction, elle est sûre qu’il n’y aura pas de vagues syndicales. C’est la même situation qu’à Air France. Le ministère prend tous les dossiers CGT et les traite en direct. » La fédération du commerce et des services CGT a écrit un courrier le 8 juillet à la ministre du Travail exigeant la « réintégration immédiate du délégué syndical » et demandant une rencontre à la ministre. Ces démarches sont restée lettre morte.

Le gouvernement a choisi sans états d’âme la voie de la sanction

Dans un autre registre, l’affaire des Goodyear avait au début de l’année 2016 aussi déclenché une onde de choc. Alors que les plaintes de la direction avaient été retirées, le parquet avait quand même décidé de poursuivre certains salariés pour avoir retenu des cadres dans l’entreprise. Neuf d’entre eux avaient été aussi condamnés à de la prison ferme, une sentence très lourde, quasi inédite. Dans ce climat tendu, la CGT a d’ailleurs interpellé la France devant l’ONU pour dénoncer la répression et les violences antisyndicales.

Pressé de faire plier l’échine aux syndicats réfractaires, en échec sur sa politique dite de relance de l’emploi, le gouvernement a choisi sans états d’âme la voie de la sanction pour faire taire la fronde. Peine perdue, les représentants des salariés ne sont pas décidés à se laisser faire. Vincent Martinez va formuler un recours auprès du tribunal administratif pour contester son licenciement. Une procédure qui pourrait traîner de un à deux ans. Il comparaîtra également avec quatre autres salariés les 27 et 28 septembre prochains au tribunal correctionnel de ­Bobigny pour violence en réunion. Ces épreuves n’entament pas ses convictions. « Ce n’est pas facile à vivre, mais je ne vais pas me résigner », explique le syndicaliste mobilisé contre les suppressions d’emplois dans la compagnie et contre la loi travail. Car la promulgation de ce texte de loi est loin d’avoir effacé le mécontentement massif des Français. Après une pause estivale, une journée d’action intersyndicale est prévue le 15 septembre prochain. Les nuages s’accumulent sur le gouvernement et présagent d’une rentrée sociale orageuse.

Et le communiqué du PCF:

La ministre du travail a validé le licenciement de Vincent Martinez, délégué CGT d'Air France accusé d'avoir participé à l'épisode de la "chemise arrachée", a annoncé hier son ministère dans un communiqué, alors même que l'inspection du Travail avait pris une décision inverse en janvier.

Le PCF apporte toute sa solidarité aux salariés d'Air France comme à tous les salarié-es victimes de criminalisation et exprime son soutien à Vincent Martinez .

Il s'agit bien d'une décision à caractère politique, bafouant d'une part l'avis très argumenté de l'Inspection du travail, et d'autre part, piétinant le Code du travail, le délai pour recours étant épuisé.

A nouveau, avec cette décision prise en plein été, s'exprime une volonté politique de ce gouvernement de faire taire toute contestation sociale dans le pays et d'affaiblir le mouvement syndical avec une criminalisation des hommes et des femmes qui s'engagent et luttent pour défendre des conquêtes sociales et améliorer les conditions de travail et de vies des travailleur-euses.

Le gouvernement a d'abord, en début de quinquennat, refusé l'amnistie sociale pour les militants. Puis il a mené une campagne de stigmatisation contre les responsables syndicaux et une répression sans précédent du mouvement social comme nous l'avons vécu durant ces derniers mois avec les manifestations contre la loi dite « travail ». Comment alors croire les paroles de François Hollande prononcées samedi dernier « Il faut changer la démocratie, pas la restreindre » ?

Effectivement il faut donner un nouveau souffle à la démocratie dans notre pays.

Il faut pour cela écouter et respecter les citoyens et le débat parlementaire en renonçant à l'utilisation du 49-3.

Cela passe par la démocratie sociale, avec des nouveaux droits et pouvoirs pour les salarié-es et leurs représentant-es.

Cela passe également par le retrait de la loi « travail » pourtant promulguée aujourd'hui.

Le PCF participera, à l'appel de plusieurs syndicats et organisations de jeunesse, à la journée de mobilisation du 15 septembre.

Dès maintenant le PCF invite les salarié-es, les citoyens en lutte contre cette loi régressive à participer à la Fête de L'Humanité les 9, 10 et 11 septembre, pour échanger afin de construire une alternative de gauche à cette loi.

Affaire de la "chemise" à Air France: El Khomri valide le licenciement du délégué CGT (Médiapart- 8 août)

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 06:09

« Ahmadinejad, mon héros »

par Serge Halimi (Le Monde Diplomatique, Idées, août 2016)

Le petit monde intellectuel et médiatique français raffole des provocations. En les saupoudrant de prétentions littéraires ou de second degré, leurs auteurs peuvent toujours se dégager au cas où la mêlée tournerait à leur confusion. Sans doute Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, y a-t-elle pensé avant de féliciter l’écrivain Jean Genet de s’être « réjoui de la débâcle française en 1940 face aux Allemands (1) ». « Ce que j’aime chez Genet, précise-t-elle, c’est qu’il s’en fout d’Hitler. » Quelques mots lui suffisent pour justifier un trait aussi audacieux : la France occupée était une France coloniale ; la France résistante allait répandre la terreur en Algérie et en Afrique noire. Avec ça, théoriquement, la polémique du jour est lancée. France 2, entends-tu…

Le monde de Bouteldja est simple : il y a eu une France colonisatrice humiliée par le IIIe Reich, et une France résistante qui allait devenir exterminatrice. Inutile d’objecter que le pays défait en juin 1940 ne se résume pas à la colonisation. Ou que d’autres que Genet ont salué la « divine surprise » de sa déconfiture, dont un certain maréchal Pétain, qui, quinze ans plus tôt, avait férocement réprimé les insurgés marocains du Rif. Quant aux résistants, quelques-uns ont aussitôt fustigé les massacres de Sétif et de Guelma en 1945 et combattraient plus tard la torture en Algérie. Mais ce ne sont là que des broutilles, et nous sommes pressés, n’est-ce pas ?

La provocation relative à Adolf Hitler pouvait cependant ne pas suffire à faire surgir un intellectuel médiatique de son abri. Bouteldja met donc toutes les chances de son côté : « Je ne suis pas innocente. Je vis en France. Je vis en Occident. Je suis blanche. Rien ne peut m’absoudre. » Irrémédiablement coupable d’être blanche, et toujours aucune réaction ? Même pas une tribune indignée de Pascal Bruckner ? Alors, nouvel axe d’attaque. Bouteldja écrit : « “Il n’y a pas d’homosexuels en Iran.” C’est Ahmadinejad qui parle. Cette réplique m’a percé le cerveau. Je l’encadre et je l’admire. (…)Ahmadinejad, mon héros. (…) La Civilisation est indignée. (…) Et moi j’exulte. » Étrange jubilation de sa part, tout de même, à entendre le président d’un pays qui exécute les homosexuels prétendre qu’ils n’existent pas.

Mais les livres sont aussi écrits pour que leurs auteurs en éprouvent du plaisir. En bonne logique, ce chapelet de facéties n’appellerait donc aucun commentaire. Seulement, Bouteldja ne s’amuse pas ; elle entend donner des leçons d’émancipation à la gauche. Laquelle est sommée de tout subordonner — la domination sociale, la domination masculine, la persécution des minorités sexuelles — au combat contre l’hégémonie « blanche ». Et de le faire adossée à une réflexion théorique ne comportant en définitive qu’une variable, « Occident » contre « Indigènes », symétriquement conçus en blocs presque toujours homogènes, solidaires, immuables.

Entre le salarié de M. Bernard Arnault, ouvrier mais « blanc » comme son patron, donc responsable au même titre que lui du crime colonial, et l’homme « indigène » qui bat sa sœur ou sa compagne, Bouteldja a choisi. La condition de dominé du premier ne l’intéresse pas vraiment, puisqu’il est par ailleurs solidairement coupable du pire. Le second doit en revanche être, sinon encouragé, en tout cas « protégé » par ses victimes, que Bouteldja invite à« deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène la part qui résiste à la domination blanche » afin de canaliser sa violence vers d’autres destinataires (2). Mais, en dernière analyse, priorité « à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam ».

Pour s’assurer que toutes les balises historiques du combat multiséculaire pour l’émancipation humaine (le rationalisme, le syndicalisme, le socialisme, le féminisme, l’internationalisme…) seront balayées par les torrents essentialistes et religieux qu’elle appelle de ses vœux, Bouteldja conclut son propos par une oraison furieusement anti-Lumières. Le « potentiel égalitaire » du « criAllahou akbar ! » tient à ce qu’il « remet les hommes, tous les hommes, à leur place, sans hiérarchie aucune. Une seule entité est autorisée à dominer : Dieu ». L’universalisme, en somme, mais comme le clergé le prêchait au temps de Louis XIV. S’il faut vraiment choisir, dans ce genre de bréviaire, Bossuet était plus inspiré.

Serge Halimi

le dernier essai de Houria Bouteldja aux éditions "La Fabrique": "Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l'amour révolutionnaire"

le dernier essai de Houria Bouteldja aux éditions "La Fabrique": "Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l'amour révolutionnaire"

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 05:53
"Laisser le poète à notre solitude": un article de Marina Da Silva dans les pages littéraires du Monde Diplomatique sur Mahmoud Darwich et le recueil "Présente absence"

Le Monde Diplomatique, août 2016

Laisser le poète à notre solitude

par Marina Da Silva

Cette Présente Absence (1) au titre percutant, publiée pour la première fois en 2006, renvoie à la désignation israélienne des Palestiniens ayant dû fuir leur foyer en 1948 : les « présents-absents ». Elle se révèle prose poétique testamentaire : c’est l’avant-dernier livre paru du vivant de Mahmoud Darwich. Il y pressent sa fin proche et fait défiler le film de sa vie. Depuis l’exil de l’enfance et de la patrie vers le Liban, jusqu’au retour en Cisjordanie occupée et au siège de Gaza. Une vie d’errance pour lui et pour son peuple. Vingt chapitres qu’il adresse à son double créateur et au lecteur, dans une intimité troublante. Jamais on n’avait eu autant le sentiment que le poète se confiait et se livrait, dans ses fragilités et ses tourments, ses espoirs et ses aspirations. Après la Nakba (« catastrophe » en arabe) de 1948, séisme historique et personnel, plus rien ne sera jamais comme avant. « Tout ici était comparaison douloureuse avec ce que fut là-bas. » En plus de la terreur du massacre de Deir Yassin (avril 1948), l’homme va se lester de l’encerclement de Beyrouth (juin 1982), des massacres de Sabra et Chatila (septembre 1982), d’une souffrance sans fin, jusqu’à un retour où « l’occupant est sorti de la chambre à coucher mais se vautre au salon et dans toutes les autres pièces ».

Le voyage dans cette mémoire introspective, personnelle et collective, parcourue par fragments, échappe à tout déroulé chronologique. Il se construit par associations de fragrances, douloureuses ou lumineuses, selon que Darwich est hanté par la perte des êtres chers, le souvenir-morsure de la prison, ou vivifié par la brûlure de l’amour. L’amitié — à laquelle on doit cette traduction que signent Farouk Mardam-Bey et Elias Sanbar — est aussi l’une des valeurs cardinales de son univers poétique. Qui sert de rempart à toutes les trahisons : « Si tu savais en partie ce que je sais, tu aurais abjuré la langue arabe. » Méditations politiques, philosophiques, esthétiques : après sa disparition, Darwich demeure toujours vivant et sa parole n’en finit pas d’éteindre notre solitude.

« Pourquoi choisissez-vous le métier de journaliste ? — Pour pouvoir un jour interviewer Mahmoud Darwich. » Ivana Marchalian, journaliste libanaise d’origine arménienne (2), jubile donc lorsqu’elle réussit à forcer la porte du poète-icône, en 1991, alors qu’il ne donnait plus d’interviews depuis quatre ans. Cette entrevue sera le prélude à une amitié que la journaliste-écrivaine relate dans le détail, fascinée autant par la stature de Darwich que par sa

propre prouesse, qu’elle se complaît à mettre en scène. Malgré cette faute de style, ce livre nourri d’un échange riche se lit avec plaisir et apporte de nouveaux éclairages sur la vie et l’œuvre d’un poète dont on ne se lasse pas. On y découvre un Darwich généreux et plein d’empathie, qui se laisse embarquer dans l’aventure, non sans humour : « Je soussigné, M. D., m’engage en toute conscience, au nom de toutes valeurs morales et sacrées, à remettre l’entretien journalistique avec Mlle Ivana la Terrible, dans son intégralité, à quatre heures de l’après-midi du 28 décembre 1991. » Marchalian s’engage de son côté à ne publier le texte qu’après sa disparition. Accompagné du manuscrit en arabe, ce long entretien, qui interroge le poète sur sa relation à la mère et à la terre, à l’exil et à la guerre, à l’amour et à la vie, parcourant l’œuvre et les questions esthétiques et politiques qui la traversent, vient nourrir la somme des apports prolifiques du poète palestinien, qui manque à notre poésie intérieure.

Marina Da Silva

Journaliste.

ette Présente Absence (1) au titre percutant, publiée pour la première fois en 2006, renvoie à la désignation israélienne des Palestiniens ayant dû fuir leur foyer en 1948 : les « présents-absents ». Elle se révèle prose poétique testamentaire : c’est l’avant-dernier livre paru du vivant de Mahmoud Darwich. Il y pressent sa fin proche et fait défiler le film de sa vie. Depuis l’exil de l’enfance et de la patrie vers le Liban, jusqu’au retour en Cisjordanie occupée et au siège de Gaza. Une vie d’errance pour lui et pour son peuple. Vingt chapitres qu’il adresse à son double créateur et au lecteur, dans une intimité troublante. Jamais on n’avait eu autant le sentiment que le poète se confiait et se livrait, dans ses fragilités et ses tourments, ses espoirs et ses aspirations. Après la Nakba (« catastrophe » en arabe) de 1948, séisme historique et personnel, plus rien ne sera jamais comme avant. « Tout ici était comparaison douloureuse avec ce que fut là-bas. » En plus de la terreur du massacre de Deir Yassin (avril 1948), l’homme va se lester de l’encerclement de Beyrouth (juin 1982), des massacres de Sabra et Chatila (septembre 1982), d’une souffrance sans fin, jusqu’à un retour où « l’occupant est sorti de la chambre à coucher mais se vautre au salon et dans toutes les autres pièces ».

"Laisser le poète à notre solitude": un article de Marina Da Silva dans les pages littéraires du Monde Diplomatique sur Mahmoud Darwich et le recueil "Présente absence"
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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 05:23
A la une de "l'Humanité" le 16 janvier 1953: La guerre froide et le stalinisme, par Fréderick Genevée, historien (L'Humanité, 11 août 2016)

La guerre froide et le stalinisme

les séries d'été de l'Humanité 18/33

FRÉDÉRICK GENEVÉE HISTORIEN

JEUDI, 11 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

Dans les années 1950, le monde apparaît binaire. À la force du communisme à l’Est s’oppose un Ouest en crise. C’est la période du stalinisme, mais aussi de la répression maccarthyste.

Le 16 janvier 1953, la une de l’Humanité, organe central du Parti communiste français, nous plonge dans le communisme de guerre froide et le stalinisme. Tout y est et tout s’articule. On y apprend ainsi que Staline est présenté aux élections du soviet de Moscou, que dans le même pays des médecins ont été arrêtés pour avoir attenté à la vie de dirigeants soviétiques, c’est le début du fameux complot dit « des blouses blanches ». Plusieurs dizaines de médecins soviétiques dont le médecin personnel de Staline sont arrêtés. La répression s’abat sur eux en mêlant critique du sionisme et campagne antisémite. Ils ne devront leur survie qu’à la mort du dictateur peu de temps après, en mars de la même année.

En ce début 1953, la vision communiste du monde semble binaire. À la force du communisme qui se construit à l’Est s’oppose un Ouest en crise. La première page du journal met ainsi en exergue une grande photographie de Mao entouré de jeunes pionniers. Le dirigeant chinois est célébré parce qu’il vient d’annoncer la tenue d’élections générales. La seconde photographie est celle d’une délégation de ménagères conduite par le maire de Bagnolet pour protester contre l’impéritie des services préfectoraux du département de la Seine. Le journal annonce aussi que des licenciements sont prévus aux usines Renault.

L’affaire Ethel et Julius Rosenberg atteint son paroxysme

Démocratie d’un côté, crise de l’autre mais aussi répression. Nous sommes au temps où des dirigeants communistes et syndicaux sont envoyés en prison en France car accusés de complot. C’est ainsi le cas d’Alain Le Léap, dirigeant de la CGT : une pétition demandant sa libération a rassemblé 50 000 signatures de mineurs du Nord et du Pas-de-Calais. Plus grave encore, l’affaire Ethel et Julius Rosenberg atteint son paroxysme. Le couple d’Américains, accusé d’espionnage et condamné à mort, doit bientôt être exécuté – ils le seront effectivement en juin de la même année. Les manifestations pour les sauver se multiplient, et l’Humanité rend compte de celle qui vient de se tenir à New York. On s’interroge souvent sur les raisons de l’aveuglement des communistes sur les réalités de l’Union soviétique stalinienne et sur leur solidarité sans faille. Se poser cette unique question ne permet pourtant pas d’y répondre.

Le monde de la guerre froide est un jeu de miroirs qui plonge les militants dans plusieurs « réalités » simultanées. Des informations filtrées leur proviennent de l’Est, mais ils vivent aussi dans un monde où la répression contre leur parti pour fait d’opinion est fréquente. Il est ainsi question dans cette livraison du journal des poursuites contre Jacques Duclos à la suite du célèbre complot des pigeons. Les difficultés de la vie quotidienne ne sont pas non plus pure invention, comme ne l’est pas non plus le retour de la droite aux affaires – René Mayer vient d’être investi avec le soutien des élus du RPF de De Gaulle. Jacques Duclos tente d’ailleurs une critique générale de la politique économique du nouveau gouvernement qu’il accuse d’être inféodé aux États-Unis. Une véritable relance serait d’ailleurs impossible sans l’affirmation de l’indépendance de la France prisonnière jusque-là du plan Marshall et des dépenses militaires. Il affirme alors qu’un gouvernement français parce que français, c’est-à-dire indépendant, conduirait une tout autre politique et une véritable relance au service du peuple. Cette orientation ne peut qu’avoir l’oreille des militants, huit années seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale où s’est joué le sort de la France. Pour comprendre la force du stalinisme, il ne faut jamais omettre cette mémoire de la guerre, ni oublier le rôle joué par l’URSS dans la victoire contre le nazisme.

L’orientation stalinienne et ouvriériste du PCF

Tous ces éléments font système et expliquent le stalinisme à la française, d’autant que la direction du PCF est déstabilisée : Maurice Thorez, malade, est en convalescence en URSS, la direction du PCF est entre les mains de Duclos et d’Auguste Lecœur qui exacerbe l’orientation stalinienne et ouvriériste. Faut-il en déduire que cette conception du monde et de la politique communiste n’était pas empreinte de contradictions ? Le principal titre en ce 16 janvier 1953 porte sur la découverte par les services secrets britanniques d’un complot nazi en Allemagne. Cela ne cadre pourtant pas avec la vision manichéenne qui se dégage des analyses que l’on peut faire de cette époque, celle d’un affrontement entre l’Ouest et l’Est. En effet, si les services britanniques luttent avec efficacité contre des résurgences du nazisme, cela signifie qu’ils ne sont pas que du mauvais côté de la barrière et que la grande alliance antinazie pourrait se reconstituer. Le PCF n’est pas une secte stalinienne, c’est un grand parti implanté qui a joué un rôle majeur dans la Résistance et dans l’obtention des acquis sociaux qui font l’identité de la France. Il a été moteur dans le rassemblement du Front populaire, de la Résistance, et des luttes anticoloniales ; cela le marque définitivement. Dans les années 1950, malgré la guerre froide, il ne s’agit pas de revenir à l’isolement de la fin des années 1920. Le PCF aurait sombré s’il n’avait été qu’un simple soutien à l’URSS sans lien avec la société française. Bien sûr, cette solidarité sans faille – et son identification totale au camp socialiste – d’un atout est devenue par la suite un obstacle à son développement.

Sa critique globale du stalinisme a été effectivement tardive alors même que des voix se faisaient entendre à l’extérieur et en son sein, surtout après 1956, pour le dégager de ce soutien. Il aurait pu s’y engager plus tôt, mais n’ayons pas non plus à notre tour une vision manichéenne de cette époque.

Dans l’Humanité du 16 janvier 1953 « (…) En même temps que l’indignation contre les médecins terroristes et leurs maîtres américains étreint le cœur des Soviétiques, la nouvelle annonçant que le groupe assassin avait été démasqué est interprétée comme un coup terrible porté aux fauteurs de guerre. Leurs agents qui avaient pour tâche d’amoindrir la capacité de défense de l’URSS en assassinant les chefs militaires soviétiques ont été mis hors d’état de nuire. Leur plan a été détruit. (...) »

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 20:01
L'Humanité du 5 octobre 1944 annonce: Picasso adhère au PCF

L'Humanité du 5 octobre 1944 annonce: Picasso adhère au PCF

Picasso a apporté son adhésion au PCF

les séries d'été de l'Humanité 17/33

MAURICE ULRICH

MERCREDI, 10 AOÛT, 2016

Alors que la guerre n’est pas terminée, le 5 octobre 1944, l’Humanité consacre la moitié de sa une à l’adhésion du grand peintre au Parti communiste français.

« Je suis venu au communisme comme on va à la fontaine. » La phrase est célèbre. On voit Picasso sur une grande photo s’entretenant avec Jacques Duclos, alors l’un des principaux dirigeants du Parti, et Marcel Cachin, le directeur historique du journal. L’événement est considérable, Picasso, alors âgé de soixante-trois ans mais alerte comme jamais, est déjà un géant. Il a derrière lui une œuvre immense comme un compagnonnage de dizaines d’années avec toutes les avant-gardes intellectuelles et esthétiques, ses amis s’appellent Aragon, Éluard, Cocteau, Léger…

Lorsqu’en 1944 il représente dans son atelier sa pièce de théâtre Le désir attrapé par la queue, les acteurs et les spectateurs sont comme un Bottin de la culture : Simone de Beauvoir, Sartre, Michel Leiris, Dora Maar, Raymond Queneau dans une mise en scène d’Albert Camus et, dans l’assistance, Jacques Lacan, Cécile Éluard, Jean-Louis Barrault, Georges et Sylvia Bataille, Braque, Maria Casarès, Henri Michaux, Pierre Reverdy, Claude Simon…

Des révolutions dans l’art et dans la vie

Depuis 1937, Picasso est aussi l’auteur d’une des toiles les plus célèbres et les plus emblématiques du XXe siècle, Guernica, après le bombardement de la petite ville espagnole par les aviateurs allemands de la légion Condor. On peut une nouvelle fois relater sa réponse à un officier allemand venu le voir dans son atelier. « C’est vous qui avez fait ça ? » aurait-il questionné en montrant l’immense toile. « Non, c’est vous. » On sait aussi qu’il distribuait aux Allemands qui venaient le voir des cartes postales représentant la toile : « Souvenir, souvenir. » Les visites des Allemands dans son atelier ne sont pas toujours de courtoisie. En janvier 1943, la Gestapo y est. « Ils m’ont traité de communiste, de dégénéré, de juif, ils ont donné des coups de pied dans mes toiles. » En juillet de la même année, les Allemands brûlent aux Tuileries des toiles de lui-même, d’André Masson, Miro, Klee, Léger, Ernst… Il est régulièrement attaqué par la presse pétainiste, surveillé de très près par la Gestapo, dénoncé pour ce qu’on suppose déjà de ses sympathies communistes, attaqué par certains peintres comme Vlaminck…

On a souvent tenté de réduire son adhésion au PCF à un geste opportuniste ou sans vrais lendemains dans l’enthousiasme de la Libération dont le PCF apparaît à juste titre comme l’un des principaux acteurs. C’est faire bon marché de ce qu’aime à souligner, parfois contre les clichés, l’ancienne directrice du musée Picasso, Anne Baldassari, qui entretenait le projet de réaliser une exposition sur le thème « Picasso politique ». Dès sa jeunesse il baigne dans le milieu des jeunes anarchistes de Barcelone, où l’on débat avec autant de flamme des révolutions dans l’art et dans la vie. Il sera toujours un lecteur très attentif de la presse et choisira même dans ses collages des articles à portée politique comme ceux qui alertent avant la grande boucherie sur les risques pour la paix de la guerre des Balkans.

Pour Picasso, il n’a jamais été question de déposer les armes

La guerre d’Espagne, pour lui qui n’a toujours pas la nationalité française en raison précisément des sympathies anarchistes qu’on lui prête, va être un choc. C’est aussi à cette époque qu’il rencontre Dora Maar, photographe et femme très engagée à gauche. Nombre d’intellectuels et d’artistes parmi les plus prestigieux prennent le parti de la République espagnole dans ce qui apparaît à nombre d’entre eux, aux communistes, comme le premier grand affrontement contre le fascisme. Picasso dessine la série Songes et mensonges de Franco dans la suite de Guernica : « Comme je voulais frapper plus fort que les intellectuels discoureurs, j’ai décidé de la graver, pour qu’elle puisse être tirée en cartes postales vendues au profit des républicains. »

Dans un entretien publié dans les Lettres françaises, il dira : « la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est une arme de guerre offensive et défensive contre l’ennemi ». C’est à la fois politique et esthétique quand bien même ce n’est sans doute pas vrai de toutes ses périodes mais le fait est que pour Picasso il n’a jamais été question de déposer les armes. Quelques jours après son adhésion, un magazine américain sollicite du PCF qu’il lui arrange un entretien avec Picasso. Le 29 octobre, à la suite du magazine en question, l’Humanité publie le célèbre texte du peintre : « Mon adhésion au Parti communiste est la suite logique de toute ma vie, de toute mon œuvre. Car, je suis fier de le dire, je n’ai jamais considéré la peinture comme un art de simple agrément, de distraction ; j’ai voulu, par le dessin et la couleur, puisque c’étaient là mes armes, pénétrer toujours plus avant dans la connaissance des hommes et du monde afin que cette connaissance nous libère tous chaque jour davantage ; j’ai essayé de dire, à ma façon, ce que je considérais comme le plus vrai, le plus juste, le meilleur, et c’était naturellement toujours le plus beau, les plus grands artistes le savent bien. Oui, j’ai conscience d’avoir toujours lutté par ma peinture en véritable révolutionnaire. Mais j’ai compris maintenant que cela même ne suffit pas ; ces années d’oppression terrible m’ont démontré que je devais non seulement combattre par mon art, mais de tout moi-même. (…) En attendant que l’Espagne puisse enfin m’accueillir, le Parti communiste français m’a ouvert les bras, j’y ai trouvé tous ceux que j’estime le plus, les plus grands savants, les plus grands poètes et tous ces visages d’insurgés parisiens si beaux, que j’ai vus pendant les journées d’août. Je suis de nouveau parmi mes frères. »

Tel quel. Dans l’Humanité du 5 octobre 1944 « Nous vivons un temps blanc et noir où, lorsque l’horreur s’écarte un peu, des promesses inouïes partout se font jour, éclairant l’avenir. Contre les misères que notre pays a subies, les meilleurs d’entre les hommes ont combattu, Joliot-Curie, Langevin, Francis Jourdain, Picasso ont toute leur vie été au service de l’homme. Ils se rangent résolument aux côtés des travailleurs et des paysans. J’ai vu aujourd’hui Pablo Picasso et Marcel Cachin s’embrasser. Et j’ai vérifié la noblesse de l’intelligence et du cœur en entendant Picasso remercier le peuple de France en adhérant à son plus grand Parti : celui des fusillés. »

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 19:55

Les odeurs nauséabondes ne devraient pas être diffusées par les médias publics (Olivier Dartigolles)

On ne peut que regretter les propos tenus sur France Télévision lors de la retransmission de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques et notamment ceux sur l'esclavage. Certains commentaires furent tout simplement racistes avec des considérations géopolitiques absurdes.

Parallèlement, France Inter a cru bon de réussir le tour de force d'inviter le vice-président du parti d'extrême droite FN pour parler du Front populaire. Seul intervenant politique pour une formation qui n'a pas été partie prenante de cet événement de l'histoire sociale et politique de France, c'est tout simplement scandaleux.

Le Parti communiste français invite le CSA à une extrême vigilance. Alors que notre pays traverse des moments douloureux, que notre société est menacée par des tensions, des divisions et des fractures. Les valeurs républicaines, le vrai pluralisme, la connaissance et l'information sont autant de remparts face aux odeurs nauséabondes.

Les odeurs nauséabondes ne devraient pas être diffusées par les médias publics (Olivier Dartigolles, PCF)
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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 19:53

Triste et en colère, nous poursuivrons la bataille pour la libération de Jacqueline Sauvage (Laurence Cohen)

Nous déplorons avec force le rejet de la libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage. C'est une très mauvaise nouvelle pour toutes celles et tous ceux qui luttent contre les violences faites aux femmes, pour les victimes quotidiennes.

Après le calvaire que Jacqueline Sauvage avait enduré avec ses enfants, les coups et les viols, sa condamnation était apparue comme particulièrement injuste.

J'étais intervenue, au Sénat, en sa faveur en tant que parlementaire et au nom du combat que mènent les communistes contre les violences que subissent encore trop de femmes.

Sa libération était très attendue et ce sont aujourd'hui la tristesse et la colère qui nous gagnent.

Avec les associations féministes, les syndicats et les progressistes, nous allons poursuivre la bataille en faveur de la libération de Jacqueline Sauvage et plus globalement contre ce fléau qui gangrène la société.

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 19:49

En Egypte, les hommes d’affaires s’offrent des médias pour protéger le régime

13 AOÛT 2016 | PAR AZIZ EL MASSASSI

Si l’Égypte assiste ces dernières années à l’émergence d’une floraison de nouveaux médias, de richissimes magnats de divers secteurs referment petit à petit cette minuscule fenêtre de liberté, refrénant toute velléité de critiques contre le pouvoir du président Abdel Fatah al-Sissi.

Caire, correspondance.- En Égypte, l’État n’est plus la seule menace pour le journalisme indépendant. Déjà submergée par une vague de répression inédite depuis l’arrivée au pouvoir du maréchal Abdel Fatah al-Sissi en 2014, avec 27 journalistes emprisonnés et 50 autres en procès, la presse égyptienne craint désormais l’influence grandissante dans ce secteur d’Ahmed Abou Hashima. Ce sémillant homme d’affaires se livre ces dernières semaines à des achats tous azimuts de titres plus ou moins importants. Personnalité hyper médiatique, ce magnat de l’acier, depuis la création de son entreprise Egyptian Steel en 2010, oscille entre les annonces officielles de rachat via son autre société Al-Masryeen Media, et les tractations obscures qui laissent les journalistes dans l’incertitude.

À la rédaction d’Al-Shorouk (Le lever du soleil, en arabe), un quotidien au traitement de l’information relativement équilibré, les journalistes entendent depuis plusieurs semaines les rumeurs d’un probable rachat de leur titre par Ahmed Abou Hashima. Anxieux, ils tremblent à l’idée de subir le même sort que leurs confrères de Dot Misr (Point Égypte). Le 19 juillet, 90 salariés de ce site d’information ont été licenciés sans possibilité de recours après le rachat du titre. Le propriétaire précédent, Yasser Selim, un ancien homme des services de renseignement devenu un acteur majeur du marketing avec sa société Black And White, assure avoir vendu Dot Misr à Ahmed Abou Hashima, mais ce dernier n’a pas confirmé l’information.

L’acquisition en juin 2016 de la chaîne ONTV a en revanche été une opération spectaculaire suscitant la crainte des défenseurs de la liberté de la presse. Créée en 2010, ONTV a connu une période de gloire à l’époque de la révolution après la diffusion de reportages sur les violences de la police et de l’armée. Le célèbre journaliste Yosri Fouda y présente jusqu’en 2012 l’émission « Akher Kalam » (Dernier mot), explicitement favorable au discours révolutionnaire et franchement hostile à l’ancien régime. Yosri Fouda, naguère reporter à la BBC Arabic et à Al-Jazeera, a décidé de suspendre son programme à plusieurs reprises à la suite de pressions exercées par l’establishment militaire. Alors propriétaire de la chaîne, le magnat des télécommunications Naguib Sawiris, président de Orascom et actionnaire principal d’Euronews, l’avait publiquement soutenu.

Le rachat d’ONTV par Ahmed Abou Hashima a ainsi sonné le glas de l’influence médiatique de Naguib Sawiris, certes proche du régime mais plus critique sur les choix de l’armée. L’éviction de sa petite protégée, Liliane Daoud, peu de temps après le rachat d’ONTV, a fait l’effet d’une bombe médiatique. Expulsée manu militari d’Égypte, la journaliste libano-britannique a présenté jusqu’à l’été 2016 l’émission « El-Soura El-Kamila » (L’image complète) où l’introduction de voix discordantes tranche avec l’absence généralisée de pluralisme politique dans les médias de masse, en particulier la télévision. L’expulsion de Liliane Daoud est cependant justifiée par des raisons administratives – comprendre, ici, la raison d’État.

Assurément le plus médiatique, Ahmed Abou Hashima n’est pas le seul à lorgner sur la presse privée pour renforcer le système en place. « Tous les hommes d’affaires sont fidèles à l’État et les médias qu’ils possèdent défendent le gouvernement, fulmine Mohamed Sheikh, ancien directeur adjoint de la rédaction du site Dot Misr désormais au chômage. Les médias ont des bailleurs de fonds aux intérêts particuliers, qu’il s’agisse de l’État, des hommes d'affaires, mais aussi des partis politiques ou des groupes de pression. Cette réalité existe également en Occident à la différence que ces pays respectent la loi et favorisent un environnement concurrentiel qui peut satisfaire tous les publics. En Égypte, il n'y a pas de place pour ce discours. »

Renforcées lors de l’accès à la présidence de Hosni Moubarak en 1981, les interactions entre le milieu des affaires et le régime égyptien ont connu leur apogée dix ans plus tard. En 1991, le lancement d’une politique d’ajustement structurel, via l’Economic Reform and Structural Adjustment Program (ERSAP), marquant la pleine entrée de l’Égypte dans le capitalisme mondialisé, séduit les hommes d’affaires de plus en plus nombreux à rôder autour du Parti national démocratique (PND) du président. Ahmed Bahgat, Mohamed Abou el-Einein ou Naguib Sawiris, aujourd’hui encore hommes d’affaires et de médias de premier plan, s’allient ouvertement à l’appareil d’État. À partir de cette période, le nombre de businessmen siégeant au Parlement ne cessera d’augmenter, la plupart sous la bannière du PND. Dans les années 2000, la montée en puissance politique du fils du président, le fringant Gamal Moubarak, acquis personnellement au milieu des affaires, affermit davantage encore ce réseau d’influence jusqu’à la chute de Hosni Moubarak et la dissolution du PND en 2011 dans le contexte de la révolution.

Après cette parenthèse révolutionnaire, et à la suite du renversement en juillet 2013 du président Mohamed Morsi, le Frère musulman élu démocratiquement un an plus tôt, le milieu des affaires redouble de zèle dans son soutien quasi indéfectible à l’appareil d’État. Comme à l’époque du PND de Hosni Moubarak, les hommes d’affaires soignent les mouvements favorables au maréchal al-Sissi, tels que Moustaqbal Watan (L’avenir de la nation), gracieusement financé par Ahmed Abou Hashima, ou encore Hizb El-Mesriyin El-Ahrar (Le parti des Égyptiens libres), lancé par Naguib Sawiris. Les médias qu’ils détiennent s’évertuent aussi à complaisamment relayer, à des degrés certes variables, la propagande gouvernementale. Le plus ardent défenseur du régime, le quotidien Youm 7– ou Youm Essaba’ – (Le Septième jour), comporte de nombreux hommes d’affaires proches du régime parmi ses principaux actionnaires, dont Ahmed Abou Hashima.

Le pouvoir égyptien peut aussi compter sur le même Ahmed Bahgat de l’ère Moubarak, aujourd’hui à la tête d’un conglomérat d’entreprises œuvrant dans divers secteurs, et propriétaire des chaînes Dream TV. En 2011, la présentatrice Dina Abdel Rahman a été limogée immédiatement après un échange houleux avec un ancien officier de l’armée lors de son émission « Sabah Dream » (Matin Dream). Mohamed al-Amin, magnat de l’immobilier et de l’agroalimentaire, détient quant à lui la chaîne CBC dont l’émission « Hona Al-Aasema » (Ici la capitale), présentée par Lamis Elhadidy, est l’une des plus regardées en Égypte. Tarek Nour, qui préside une société éponyme spécialisée dans la communication, possède la chaîne Al-Kahera Wal Nass (Le Caire et les gens), tristement célèbre pour l’émission « El-Soundouq El-Aswad » (La boîte noire), diffusant des conversations téléphoniques volées de personnalités de l’opposition. Figure incontournable de l’industrie pharmaceutique avec sa société Sigma Pharmaceuticals, Sayed el-Badawi est de son côté à la fois propriétaire de la chaîne de télévision Al-Hayah (La Vie) et président du parti historique Al-Wafd (La Délégation), membre de la coalition au pouvoir.

Soutenir le régime pour se protéger

« Pour se sentir protégé, un homme d’affaires important a besoin d’un bon avocat, d’un garde du corps et d’un média influent », résume avec ironie Sayed el-Masri, un photojournaliste et reporter d’images se présentant comme « révolutionnaire » et« membre actif » du Mouvement du 6-Avril, un groupe de jeunes activistes particulièrement mobilisé lors de la révolution de janvier 2011. Indépendant, Sayed el-Masri officie notamment pour Sada El-Balad (Écho du pays), une chaîne détenue par Mohamed Abou el-Einein, président du groupe Cleopatra spécialisé dans la céramique et déjà proche de l’appareil d’État sous l’ère Moubarak.

Comme An-Nahar ou CBC, autres chaînes devenues proéminentes dans le paysage audiovisuel égyptien, Sada El-Balad est née quelques mois après la révolution de janvier 2011. « Les hommes d’affaires ont peur pour leurs biens, analyse Sayed el-Masri que rien ne décourage, pas même ses trois séjours en prison. Détenir un journal ou une chaîne de télévision leur permet de témoigner leur allégeance au régime en place, d’afficher ouvertement leur capacité de nuisance et enfin de se protéger en cas de changement de la situation politique. »

Les limites éditoriales qui tiennent lieu de censure dans les médias privés ne diffèrent guère de celles que l’État impose à la presse gouvernementale. Lorsque, revenant de l’inauguration du nouveau canal de Suez l’an passé, Sayed el-Masri rapporte des images d’Égyptiens mécontents, on lui oppose un refus catégorique. Quand, en opiniâtre, il propose de couvrir les manifestations qu'a déclenchées le meurtre d’un jeune chauffeur par un policier dans le quartier populaire de Darb El-Ahmar en février 2016, Sayed el-Masri subit le regard réprobateur de son rédacteur en chef. « Trois sujets nous sont formellement interdits : la présidence, l’armée et la police, explique-t-il. Les décisions proviennent directement de l’appareil d’État avec la complaisance du propriétaire de la chaîne. »

Un déficit de complaisance serait ainsi à l’origine des déboires judiciaires de Salah Diab, président de la société PICO, mastodonte du secteur agricole, de l’immobilier ou encore de l’énergie. Cofondateur du quotidien Al-Masry Al-Youm (L’Égyptien aujourd’hui), Salah Diab a assisté à de nombreux procès à la fin de l’année 2015, notamment pour corruption. Son arrestation spectaculaire intervient à la suite d’une série de publications, par ce journal relativement équilibré sur la question des libertés publiques, sur les exactions commises par la police. « Contrairement à d’autres hommes d’affaires, je n’attends rien des autorités, assure Salah Diab dans son somptueux bureau situé au Caire, tenant cigare et smartphone à la main. Al-Masry Al-Youm restera un journal libéral dont je fixe moi-même la politique éditoriale générale. »

Acquitté dans la majorité des procès ouverts à son encontre, Salah Diab, aux innombrables connexions dans la sphère politique, affirme ignorer quelle partie de l’appareil d’État a ourdi ce complot. « Tous les ministères ont dénié une quelconque implication dans cette affaire, confie-t-il cependant. D’ailleurs, la plupart des membres du gouvernement m’ont téléphoné pour présenter leurs excuses. Quant à al-Sissi, je ne l’imagine pas avoir donné des instructions dans le sens d’une décision aussi stupide. »Quel qu’ait été l’instigateur de ces procédures judiciaires, Salah Diab considère qu’« un homme d’affaires ne peut être en sécurité sans posséder un média ».

Par le biais d’un projet de loi actuellement en discussion, l’État favorise cette appropriation des médias par le milieu des affaires. Rédigée en août 2015, cette nouvelle législation censée harmoniser le droit de la presse, actuellement examinée par le Conseil d’État, devrait bientôt passer au Parlement où les débats sont déjà houleux. Si le statut des propriétaires de médias privés n’est pas explicitement évoqué, une disposition prévoit qu’aucun titre ne pourra être publié, y compris sur Internet, sans une autorisation préalable et, surtout, sans le versement d’un capital exorbitant. Pas moins d’un demi-million de livres égyptiennes (50 000 euros) est requis pour la création d’un site d’information, sous peine d’amende.

À la tête de la commission des libertés au Syndicat des journalistes, Khaled el-Balshy, également rédacteur en chef du site indépendant Al-Bedaiah (Le début), poursuit son engagement en dépit des pressions de l’État. Libéré sous caution quelques semaines auparavant, Khaled el-Balshy a été arrêté en mai pour avoir protesté contre un raid sans précédent de la police dans l’enceinte du syndicat où avaient trouvé refuge les deux jeunes révolutionnaires Mahmoud el-Sakka et Amr Badr, aux commandes du site Yanayir (Janvier). « Après la révolution, nous avons eu une opportunité exceptionnelle de lancer de nouveaux médias indépendants sur Internet, rappelle Khaled el-Balshy. Désormais, l’objectif principal des autorités est d’exercer un contrôle sur tous les médias pour en finir avec cette presse alternative. »

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 07:59
Toutes et tous, donnons-nous rendez-vous le 15 septembre pour l'abrogation de la loi travail ! (Intersyndicale CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, UNEF, UNL, FIDL)

Déclaration commune intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL du 8 juillet

Les organisations syndicales de salarié-es et de jeunesse (CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL) ont pris acte et dénoncent la nouvelle utilisation du 49-3, véritable déni de démocratie, pour faire passer le projet de loi travail. C'est bien la preuve, si celle-ci était nécessaire, que ce texte de régression sociale reste minoritaire. Soutenues par une large majorité de la population, elles réaffirment leur opposition à ce projet et la nécessité de nouveaux droits pour les salarié-es, privé-es d'emploi, étudiant-es, lycéen-es, retraité-es. Ce sont encore plus d'un million qui ont participé à la votation citoyenne et signifié leur rejet de ce projet. Les nombreux rassemblements et manifestations de ces derniers jours, notamment le 5 juillet, ont réunis plusieurs dizaines de milliers de participantes.

Les organisations syndicales et de jeunesse dénoncent les conditions contraignantes de manifestations qui ont empêché certain-es d'y participer. Elles réaffirment que la liberté de manifester doit rester un droit.

Les mobilisations initiées depuis quatre mois n'ont pas été entendues par ce gouvernement. Qu'à cela ne tienne ! La détermination, malgré le passage en force à l'assemblée nationale, reste intacte et toute la période estivale sera l'occasion de la rappeler. Nombre d'initiatives locales, sur tout le territoire, sont déjà prévues et organisées de manière unitaire.

Les organisations syndicales et de jeunesse invitent l'ensemble des salarié-es, privé-es d'emploi, étudiant-es, lycéen-es, retraité-es à adresser une carte postale au président de la République pour lui assurer qu'ils seront toujours mobilisés à la rentrée !

Les organisations (CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL) donnent rendez-vous à l'ensemble des salarié-es, privé-es d'emploi, étudiant-es, lycéen-es, retraité-es pour une journée d'actions et d'initiatives le 15 septembre pour obtenir l'abrogation de la loi Travail et conquérir de nouvelles garanties et protections collectives. Elles se retrouveront pour faire le point le 31 août.

Pour signer la carte postale à F. Hollande :

http://cgt.fr/Envoyez-votre-carte-postale-au.html

Pour s'informer, le décryptage de la dernière version

de la loi travail sur le site de l'UGICT CGT :

http://www.ugict.cgt.fr/articles/references/decryptage-post-49-3

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