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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:40

Le débat sur la réforme de la constitution est en débat à l'Assemblée nationale. 

face au scandale Benalla, cette discussion parlementaire a été suspendu.

L'article de l'Humanité figurant ci-dessous garde néanmoins toute sa validité.

_______________________________________________________________________

 

 

L’Assemblée nationale examine en ce moment le premier texte d’une réforme qui vise à soumettre définitivement le Parlement aux desiderata de l’exécutif. Face à ce projet, qui menace aussi la Sécurité sociale, les parlementaires PCF réclament un référendum.

Depuis la victoire des Bleus en finale de la Coupe du monde, des montages montrant un Emmanuel Macron qui exulte dans les gradins à l’idée de pouvoir dorénavant faire passer n’importe quelle réforme tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Tout y passe : retraites à 75 ans, explosion de la TVA, suppression de la Sécurité sociale… Ce qui pourrait ici ressembler à une bonne blague sur l’opportunisme et le cynisme du président de la République n’en est pourtant pas une : depuis le 10 juillet, l’Assemblée nationale examine en séance publique un projet de réforme des institutions. En catimini, en plein été, souvent au cœur de la nuit, la Macronie se livre à une réécriture de la Constitution. Elle ne fait absolument rien – bien au contraire – pour provoquer et nourrir le grand débat public et citoyen nécessaire et indispensable, en démocratie, lorsqu’il s’agit de toucher à la loi fondamentale d’un pays. C’est pourquoi les parlementaires communistes, députés et sénateurs, ont fait le serment, le 9 juillet à Versailles, devant la salle du Jeu de paume, de tout faire pour obtenir un référendum (voir ci-contre). « Nous pétitionnerons dans tout le pays jusqu’à obtenir satisfaction », a prévenu Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. Car le projet de réforme en cours entend s’attaquer frontalement au cœur même du fonctionnement démocratique de la République, à la séparation des pouvoirs, et même à la Sécurité sociale, comme l’ont démontré les débats au Parlement.

Une diminution de 30% du nombre de parlementaires

Certes, tout le monde s’est entendu, ou presque, pour supprimer le mot « race » de la Constitution, comme le proposaient les communistes depuis des années, et pour y assurer l’égalité de tous « sans distinction de sexe ». L’action pour « la préservation de l’environnement » a également été consacrée. Mais le torchon a très vite brûlé lorsque plusieurs groupes d’opposition ont souhaité fixer le nombre actuel de parlementaires dans la loi fondamentale, afin d’empêcher le gouvernement d’amputer demain les effectifs de la représentation nationale. L’exécutif considère en effet que la démocratie sera plus « représentative, responsable et efficace » avec beaucoup moins de députés et de sénateurs. Il souhaite faire adopter trois textes pour 2019 : un constitutionnel, un organique et un ordinaire, qui, additionnés, composeront une réforme globale des institutions. Et l’une des mesures phares prévoit justement une diminution de 30 % du nombre de parlementaires, soit la plus drastique depuis Napoléon III, qui ferait de la France le pays comptant le moins de parlementaires par habitants en Europe. Une autre propose de restreindre fondamentalement le droit d’amendement. Soit en ne l’autorisant qu’en commission, soit en augmentant la possibilité de les considérer comme « hors sujet », réduisant de fait considérablement le rôle législatif des parlementaires. Raccourcir le temps d’examen des projets de loi au Parlement, inclure une dose homéopathique de proportionnelle aux législatives, redessiner à la hache les circonscriptions, transformer le Conseil économique, social et environnemental (Cese) en « chambre de la société civile », en plus de l’amputer d’un tiers de ses membres, sont aussi, entre autres, au menu.

Face à un tel programme, la majorité des députés LR a dénoncé « la domestication, la décomposition et la démolition de l’Assemblée nationale », dans une tribune publiée par le Journal du dimanche. Valérie Rabault, présidente du groupe Nouvelle Gauche (PS), y voit aussi une « réduction du pouvoir parlementaire » impossible à cautionner. André Chassaigne, chef de file des députés PCF, a tancé lors du Congrès de Versailles un régime « brutalisant la démocratie », dont l’objectif est de constitutionnaliser une « dérive oligarchique » afin de mettre en place une « technocrature ». Le coprésident du groupe UDI-Agir, Jean-Christophe Lagarde, a, lui, annoncé qu’il ne votera qu’en fonction de la globalité des trois textes, à condition que le Parlement en sorte renforcé. « La présidentialisation, ça veut dire un vrai Parlement. Sinon, c’est une monarchisation », a-t-il prévenu.

« Une atteinte gravissime, à la séparation des pouvoirs »

Fait inédit, Emmanuel Macron lui-même, en plein Congrès, le 9 juillet, a annoncé un amendement présidentiel visant la réforme de la Constitution, afin qu’il puisse écouter les réponses des parlementaires avant d’avoir le dernier mot à Versailles. « Une atteinte sans précédent, gravissime, à la séparation des pouvoirs », s’indigne le député PCF Sébastien Jumel. Au motif que le premier ministre est normalement seul responsable devant le Parlement, de nombreux groupes parlementaires ont dans la foulée accusé Macron de vouloir devenir « président-premier ministre ». Non seulement parce que le président n’a pas à amender les lois, mais aussi parce qu’il n’a pas à débattre avec le Parlement. Macron pensait ici répondre à ses détracteurs. À l’instar des députés FI, qui ont boycotté le Congrès, refusant d’assister à un discours du trône unilatéral. Mais le président s’est au final enfoncé davantage, selon Jean-Luc Mélenchon. « S’il écoute et répond, c’est un discours de politique générale. Cela le met à un doigt d’un vote de confiance », c’est-à-dire d’une possible censure par le Parlement, a ironisé l’insoumis.

L’hôte de l’Élysée maîtrise en tout cas ses troupes à l’Assemblée, totalement caporalisées et allongées devant ses desiderata, ce qui est en soi déjà un grave problème démocratique. La preuve, c’est que Richard Ferrand, président du groupe LaREM et rapporteur général du texte constitutionnel, s’était, plusieurs jours avant le Congrès, opposé à ce que le président de la République puisse écouter et répondre lors d’un Congrès. Lors des débats en commission des Lois, il estimait que cela revenait à remettre « en jeu la position de non-responsabilité devant le Parlement ». Mais ça, c’était avant que le monarque ne dise l’inverse. Depuis, Ferrand soutient l’idée d’un débat au Congrès, et a fort opportunément appuyé un amendement allant en ce sens en séance publique. Les députés LaREM n’ont même pas eu à le rédiger, puisque c’est Jean-Christophe Lagarde qui l’a déposé. Le député UDI s’est d’ailleurs défendu d’être « le poisson-pilote » de Macron sur cette question, argumentant qu’il est favorable à un débat au Congrès depuis 2008, et qu’il avait rédigé cet amendement avant la parole du roi…

Des tractations de couloirs entre le gouvernement et le Sénat

Reste que des questions fondamentales d’équilibre et de concentration des pouvoirs sont actuellement débattues dans le plus grand silence de juillet. « Nous allons tout droit vers un système présidentialiste à l’américaine, mais avec un Parlement français beaucoup moins fort que le Congrès américain. Nous allons cumuler tous les défauts de ces deux systèmes », s’alarme le député FI Éric Coquerel. Le tout grâce à des tractations de couloirs entre le gouvernement et le Sénat, dont le président, Gérard Larcher (LR), a obtenu qu’il y ait demain au moins un sénateur et un député par département. En matière de représentativité des territoires, de lien avec les citoyens et de garantie de pluralisme, on a sans doute vu mieux…

Quant aux électeurs, il n’est absolument pas prévu qu’ils soient consultés. Certes, il serait pour le moins surprenant de voir la majorité LaREM lancer un processus constituant. « Nous n’avons pas été élus pour ça », rappelait en novembre le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy. Mais examiner au milieu de la nuit des amendements rédigés le plus discrètement possible est plus que problématique, surtout quand ils concernent, par exemple, la Sécurité sociale, qui touche de très près la vie de tous les jours des Français. Après avoir écrit une proposition de suppression de quasiment toutes les mentions de la Sécurité sociale dans la Constitution, le député LaREM Olivier Véran a reformulé un amendement qui vise toujours à transformer fondamentalement ce pilier de notre modèle social, sans prévenir, et « sans mener les débats nécessaires dans la société », regrette le communiste Pierre Dharréville. Voilà pourquoi les parlementaires PCF lancent une pétition pour un référendum. « On ne peut pas imaginer de changer notre Constitution sans organiser un référendum (…). Nous exigeons donc que les Français et les Français, toutes celles et ceux qui vivent et travaillent dans notre pays, soient consultés », insiste Pierre Laurent.

Aurélien Soucheyre

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 05:38

Avant d’être débattu et voté en séance publique, chaque projet ou proposition de loi est examiné par l’une des sept commissions permanentes du Sénat : lois, finances, affaires économiques, affaires étrangères et Défense, affaires culturelles, affaires sociales, aménagement du territoire et du développement durable. Classées par commissions, retrouvez ici les interventions générales et les explications de vote des sénateurs CRC.

 

Orientation des finances publiques et règlement du budget 2017 – Pascal SALVODELLI

 

Monsieur le président, monsieur le ministre, monsieur le président de la commission, messieurs les rapporteurs généraux, mes chers collègues, le budget et les comptes, ce sont des chiffres. (Exclamations.)

M. Albéric de Montgolfier, rapporteur général de la commission des finances. C’est bien vrai !

M. Philippe Dallier (LR). Nous sommes d’accord !

M. Pascal Savoldelli (CRCE). En voici un : 20,32.

M. Albéric de Montgolfier, rapporteur général de la commission des finances. Qui dit mieux ? (Sourires.)

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Ce chiffre n’est pas celui du déficit de la sécurité sociale, ni celui du déficit de l’État. Il s’agit seulement de la moyenne obtenue, lors des épreuves du baccalauréat, par une jeune fille de dix-huit ans, scolarisée en Polynésie, et qui, par la grâce de Parcoursup, se retrouve aujourd’hui sur liste d’attente dans un lycée métropolitain pour intégrer une classe préparatoire de mathématiques, faute de proposition en concordance avec ses attentes. (Protestations sur les travées du groupe La République En Marche.)

M. Julien Bargeton (LREM). C’est démagogique !

M. Gérald Darmanin, ministre. Et c’est totalement faux !

M. Julien Bargeton (LREM). Fake news !

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Tout cela résume la politique menée depuis un an par votre gouvernement.

M. Gérald Darmanin, ministre. N’importe quoi !

M. Julien Bargeton (LREM). Quel rapport avec le débat ?

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Monsieur le ministre, chers collègues, vous empiétez sur mon temps de parole ! Si vous ne me laissez pas parler, j’aiguiserai le propos... (Exclamations.)

M. Julien Bargeton (LREM). Vous aiguiserez le couteau ? (Sourires.)

M. Gérald Darmanin, ministre. Le couteau entre les dents !

M. Philippe Dallier (LR). Comme au bon vieux temps !

M. le président. Un peu de calme, mes chers collègues. Veuillez poursuivre, monsieur Savoldelli.

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Ce projet de loi inamendable, nous en convenons tous, traduit le bilan d’une année de transition entre une majorité libérale qui s’est éloignée du social et une majorité qui organise le coup d’État de la finance contre le social et contre la démocratie. Il nous faut bien en dresser le bilan.

Coup de tabac sur le prix de l’essence et du gaz, désencadrement des loyers, explosion de la précarité au travail avec le développement des plateformes et les effets conjugués des lois El Khomri et des ordonnances Pénicaud. Ainsi, 29 % des contrats de travail signés depuis le début de l’année sont des contrats d’un jour, monsieur le ministre – un seul jour !

Pour faire bonne mesure, les prix recommencent à augmenter, pendant que l’on gèle le point d’indice, que l’on bride la progression du SMIC, que l’on maintient la rémunération du livret A sous l’évolution de l’indice des prix, que l’on compresse la dépense publique, que l’on diminue les APL et que l’on ponctionne les retraités avec la CSG !

M. Julien Bargeton (LREM). Mais quel est le rapport ?

M. Pascal Savoldelli (CRCE). N’allons pas chercher ailleurs les motifs de l’insatisfaction relative de l’opinion publique devant la politique menée…

Si l’on considère le rapport de la Cour des comptes ou que l’on se souvient des déclarations du gouverneur de la Banque de France, on comprend vite qu’il ne suffira pas d’habiller ce capitalisme de vertus populaires pour qu’il porte enfin les remèdes opératoires nécessaires à sortir la France de l’ornière de la crise.

On nous dit que les déficits ne baisseraient pas assez vite, mais est-il seulement venu à l’idée des brillants experts en politique économique et budgétaire que ce sont précisément les recettes qu’ils appliquent qui repoussent sans cesse le moment où nous retrouverons l’équilibre ?

Vous avez voulu alléger les cotisations sociales sur les bas salaires ? Fort bien, l’objectif est atteint ! Nous dépensons plus ou moins 30 milliards d’euros par an à entretenir ce que j’appelle le « tiers secteur » de la population active, ces millions de salariés à temps partiel, journaliers et autres, qui seront bientôt dépossédés de droits syndicaux, de droit à la formation et à la promotion sociale. Et nous avons dépensé, depuis 2012, quelque 60 milliards d’euros de CICE pour restaurer les marges des entreprises – objectif atteint, je vous rassure –, mais sans relance de l’investissement ni création massive d’emplois, sinon d’emplois précaires.

Il est temps de dire « stop », d’autant que la Banque de France nous indique que la dette privée, notamment celle des ménages, s’accroît, et ce malgré la faiblesse des taux d’intérêt : 140 % du PIB, monsieur le ministre, ce qui est très inquiétant.

Qu’avons-nous à faire de l’équilibre des comptes sociaux si celui-ci se fait sur les déserts médicaux, sur l’encombrement aux urgences, sur la mise en question des prestations familiales ou sur le gel des retraites et sur la hausse des prix ? Quand cessera ce procès instruit à l’encontre de la sécurité sociale, accusée d’être une charge pour la société, alors qu’elle constitue, au contraire, l’un des atouts du redressement économique et social du pays ?

Il est temps de mettre de côté le traité budgétaire et la loi de programmation des finances publiques ; il est temps de stopper cette confusion que l’on entend régulièrement, y compris ici, entre économie et financiarisation ; il est urgent de remettre au cœur du débat la question de la croissance et de son contenu, question très bien illustrée dans le document. Selon nous, la croissance n’a pas de sens lorsque sa visée se réduit à gonfler les actifs du CAC 40 ; elle a en revanche du sens quand elle fait de l’emploi sa priorité.

Non pas l’emploi déqualifié, maintenu sous perfusion par injection d’argent public à fonds perdu depuis trente ans, au grand bonheur des détenteurs de dette publique et de chefs d’entreprise à courte vue, non, l’emploi qualifié, reconnu par une véritable qualification et un salaire à la hauteur des besoins du temps !

Nous avons, mes chers collègues, 6 millions de salariés dans le halo du chômage et de la précarité, ayant une vie en pointillé, faite de difficultés quotidiennes, et nous avons entre 800 000 et 900 000 jeunes partis pour l’étranger pour travailler, faute de trouver en France l’emploi qu’ils méritent au regard de leur formation initiale.

Ce sont l’absence totale d’audace d’une partie du patronat, l’innovation réduite au minimum et la recherche chiche qui sont à la base de cette situation, dont l’économie française souffre. Ajoutez à cela un secteur bancaire qui, bien que solide du point de vue systémique, continue, depuis sa privatisation, à rechercher les investissements à retour rapide, et nous avons les vecteurs de la crise en cours et des catastrophes à venir.

Il est temps que la puissance publique prenne la main dans cette affaire, ne serait-ce que pour donner une impulsion à l’activité. Les taux d’intérêt demeurent faibles ; mais qu’attend la France pour négocier, au plus haut niveau européen, les enveloppes financières nécessaires à la mise en œuvre de projets fondamentaux pour l’aménagement du territoire de notre pays comme de celui de l’Europe de demain ?

Qu’attend la France pour relancer l’investissement ? Nous avons examiné les comptes de 2017. Êtes-vous fiers du résultat ? Le niveau de notre pays est exceptionnellement médiocre ; monsieur le ministre, si vos chiffres sont sincères. On parle de 3 % du PIB ! C’est ça un haut niveau d’investissement ?

M. Gérald Darmanin, ministre. En 2017, je n’étais pas là…

M. le président. Veuillez conclure, mon cher collègue.

M. Pascal Savoldelli (CRCE). Pour ce qui concerne l’investissement mis à mal des collectivités, la mise en cause de leurs ressources et de leur autofinancement, je vous fais une suggestion, monsieur le ministre : prenez l’engagement clair et définitif, au nom du Gouvernement, de consentir un dégrèvement total au titre de la suppression de la taxe d’habitation. Ce serait un message de confiance envoyé par le Gouvernement à l’ensemble des collectivités territoriales.

Nous avons mieux à faire avec l’encours du livret A que de le mobiliser sur les marchés financiers à financer des start-up ou autres shut-up à durée de vie limitée à trois ans, avant cession ou fusion.

Je termine en répétant qu’il faut apporter une réponse aux besoins collectifs. Je vous le dis, nous trouverons des terrains d’accord à partir du moment où nous déciderons de remettre du droit commun partout dans la société.

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 08:04

 

Non « l’affaire d’Alexandre Benalla » ne résume pas à une coupable « amitié romantique » entre un Président de la République imprudent et un jeune homme ambitieux un peu trop pressé, qui aurait pété un plomb.

Oui, il s’agit d’une affaire politique qui dépasse le destin personnel d’Alexandre Benalla. Rappelons d’abord le contexte du 1er mai : un mouvement social hétérogène et multiforme allant de la SNCF aux hydrauliciens en passant par les étudiants, qui se cherchait et dont les manifs du 1er mai pouvaient constituer une 1ère étape vers sa convergence vers une contestation générale de la politique d’Emmanuel Macron. Dans ce contexte le pouvoir a procédé dans les jours précédents à l’évacuation manu militari d’un certain nombre d’universités occupées, dont la fac de Tolbiac. 

À Paris, la manif du 1er mai fait l’objet de provocations majeures : le cortège syndical et politique est bloqué, coupé en deux puis copieusement gazé (je peux en témoigner comme nombre de mes camarades), alors que dans le même temps pendant plusieurs dizaines de minutes des centaines de casseurs très organisés se livrent tranquillement au saccage du boulevard de l’Hospital, sans intervention faute d’ordres des forces de police. Des clients d’un fast food incendié sont même mis en situation critique sans que les forces de l’ordre reçoivent l’ordre d’intervenir.

Pendant ces événements qui ressemblent fort à une provocation destinée à casser le mouvement social, Alexandre Benalla est vu et filmé avec un talkie-walkie au milieu du dispositif de police. Or ce type d’engin ne sert qu’à deux choses : donner des ordres et en recevoir. Questions quels ordres a reçu Alexandre Benalla et quels ordres a-t-il donné et à qui ?

Arrive l’affaire de la place de Contrescarpe : un rendez-vous apéro après la manif de militants libertaires et autres y était donné y compris via des sites Internet publics. Là aussi l’intervention de Benalla ne ressemble pas à un pétage de plomb, mais plutôt à une provocation réfléchie puisque l’individu n’intervient pas seul, mais de concert avec son collègue Vincent Crase, membre du SO de LREM, qui est armé d’un pistolet automatique à la ceinture. Dans la soirée d’autres provocations se produisent dans le quartier latin autour du lycée Henri IV et du Mdo du Luxembourg où de mystérieux groupes d’extrême droite attaquent et blessent des étudiants à coup de club de golf. Enfin dans la nuit un groupe de « policiers » (ou peut être de pseudo policiers avec Vincent Crase et Alexandre Benalla ?) tente au mépris de la loi de pénétrer dans les locaux occupés des EHESS, un chercheur sortant des locaux est passé à tabac.
L’affaire Alexandre Benalla n’est peut-être que la face visible d’une provocation d’État orchestrée contre le mouvement social et exécutée par des nervis dépendant directement de l’Élysée ? Espérons que les différentes enquêtes parlementaires et la presse permettront de faire toute la clarté sur ces événements très graves pour l’avenir de notre démocratie

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 05:39

Cinq scènes, plus de quarante concerts, du 14 au 16 septembre au parc de La Courneuve, le monde est à nous… et en musique.

« Sans musique il n’y a pas de fête. » Dicton bien connu mais qui revêt un sens particulier prononcé par le directeur de la Fête de l’Humanité, Pascal Aubrée. Parce que si notre Fête ne se résume pas à une programmation de concerts, jamais la musique n’en a été absente et toujours ses participants ont convergé en chanson. La musique porte en rythme les luttes et les émotions des rentrées politiques et sociales, alors, pour Pascal Aubrée, « la Fête sait se réinventer chaque année pour satisfaire et correspondre à son public de 15 à 90 ans ». Il s’agit de la préparer, afin que « chaque génération se reconnaisse et se rencontre et que chaque tendance musicale soit représentée ».

ASSOUVIR SA SOIF DE MUSIQUE

Devant la Grande Scène, rendez-vous aux amateurs de rap. Aux plus jeunes, avec Roméo Elvis, aux moins jeunes à des soirées 100 % Seine-Saint-Denis, avec Suprême NTM et Grand Corps Malade. Avis aux amateurs de rock : de Franz Ferdinand au jeune groupe The Inspector Cluzo, en passant par la plus rock de nos soixantenaires, Catherine Ringer, chacun en aura pour son jeu de jambes. Appel aux gueules noires, aux bleus de travail, à leurs enfants et leurs petits-enfants pour chanter à l’unisson avec Bernard Lavilliers. Et pour « une fête sans clivage », clôture avec Julien Clerc, cinquante bougies de carrière, ça se fête aussi !

Pascal Aubrée est attaché à la diversité de la programmation, qui s’installe en différents endroits. Si les artistes de la Petite Scène sont invités par la direction, le déjanté Marcel et son orchestre s’y produira, mais aussi Soviet Suprem, qui promet de la faire trembler au son des Balkans, d’autres espaces ont carte blanche. « La Scène 92 est l’étendard de la musique antisystème, pas d’estrade, les artistes sont à portée du public », précise le directeur. La scène Zebrock est, elle, le point de rencontre des talents montants. À découvrir cette année, Palatine, la Vague, l’Or du commun, révélé par sa collaboration avec Roméo Elvis… Et dans le stand Jazz Hum’Ah, la nouvelle formation de François Corneloup (François Corneloup Quintet RÉVOLUT!ON) ravira les jazzmen, amateurs de saxo et d’improvisation.

Trois jours de Fête, 500 000 personnes ! Raison du succès ? « Une Fête unique, une Fête populaire, une Fête conviviale, accessible au plus grand nombre pour un prix modique. » Des familles, des camarades, des amis s’y pressent pour assister à des débats, faire le tour du monde de la gastronomie, mais aussi assouvir leur soif de musique. La Fête porte en elle des projets de société, l’un d’eux : l’accès universel à la culture. Alors, au parc de La Courneuve, la musique s’offre à tous.

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 05:37

Débat sur le projet de loi « Liberté de choisir son avenir professionnel »

 

Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, ce projet de loi nous est présenté comme un outil de lutte contre la résignation qui gagne notre pays face au chômage, à l’exclusion et aux inégalités. Madame la ministre, vous refusez – du moins le dites-vous – la dévalorisation de l’image de l’apprentissage et de la formation professionnelle, et vous souhaitez agir. Mais votre projet de loi fait tout le contraire. Vous avez imposé votre feuille de route, avec un calendrier restreint, sans prendre le temps de la concertation.

Ce projet de loi sort du même moule que la loi El Khomri ou que celle qui habilitait le Gouvernement à légiférer par ordonnance sur le droit du travail. Toutes les lois que les différents gouvernements portent depuis des années s’inscrivent dans une même vision libérale.

Loin, très loin d’une vision émancipatrice et donc forcément efficace, les réformes du droit du travail se succèdent depuis plus de dix ans, avec toujours la même logique : beaucoup d’assouplissement pour un zeste de protection. Ce projet de loi est un nouveau coup porté à notre système social, aux droits des travailleurs et des travailleuses, en activité ou en devenir.

Mais le constat est là : le chômage ne recule pas significativement, mais la précarité augmente, particulièrement pour les jeunes que vous prétendez aider ; la chasse et la culpabilisation des chômeurs continuent et s’amplifient, tandis que le patrimoine des premiers de cordée a doublé en dix ans, jusqu’à représenter 650 milliards d’euros cumulés, soit un tiers du PIB.

Ainsi, votre projet porte en son cœur le transfert de la responsabilité du chômage vers les personnes et non les entreprises. En individualisant le compte personnel de formation, en le monétisant, on réduira forcément le temps annuel de formation. En remplaçant les instances de formation professionnelle par des applications numériques personnalisées, en instituant un journal de bord pour les demandeurs d’emploi, qui rappelle d’ailleurs en partie les portefeuilles de compétences déjà mis en œuvre dans l’éducation nationale, vous cassez la responsabilité collective de la formation et de l’orientation professionnelle pour ne plus suivre que le seul critère de l’employabilité.

L’employabilité, plutôt que l’épanouissement personnel de chacun, l’employabilité au seul profit des entreprises, quitte à risquer une surspécialisation pour un poste de travail donné, quand celui-ci n’est pas garanti ; on assiste ici aux suites d’un changement de paradigme majeur dans notre société : la sécurité sociale a failli disparaître au profit de la protection sociale.

M. Bruno Sido. Oh là là !

Mme Cathy Apourceau-Poly. Celui qui offrait son travail est devenu demandeur d’emploi ; maintenant, c’est à lui de veiller à sa propre employabilité par la mise en œuvre, dès l’école, d’un parcours professionnel. S’il est au chômage, ce sont ses choix qui seront sanctionnés.

Ce système devient d’ailleurs terrible pour les jeunes, qui ne peuvent plus s’appuyer sur les aides à l’orientation, madame la ministre, puisque vous supprimez les centres d’information et d’orientation, ou CIO, qui jouaient un rôle important dans les territoires pour l’orientation des jeunes, ainsi que les conseillers d’orientation-psychologues. Vous réorganisez les DRONISEP, les délégations régionales de l’Office national d’information sur les enseignements et les professions, en les confiant aux régions sans garantie de cohérence nationale, et vous réduisez les missions de cet office national. Où est l’égalité républicaine, où est l’égalité des droits, quand il n’existe plus de service public de référence pour l’orientation ?

Je suis intimement convaincue que la formation professionnelle et l’apprentissage peuvent être des voies d’excellence permettant à des jeunes et à des moins jeunes de monter en qualification, d’obtenir des diplômes, et donc de prétendre à de meilleurs salaires et à de meilleures conditions de travail. Cette valorisation du travail permet de donner sa chance à chacun et chacune, quel que soit son milieu d’origine ; c’est cela, l’ascenseur social, et c’est ce que nous défendons !

C’est le cas pour des jeunes issus de milieux populaires qui complètent un premier diplôme et qui font le choix de poursuivre leur cursus en apprentissage pour obtenir un diplôme d’ingénieur ou de formation supérieure. Ayant déjà une formation initiale de bon niveau, ces jeunes, généralement, réussissent.

Le projet de loi qui nous est présenté aujourd’hui n’est pas fait pour ces cas : il réduit systématiquement les obligations des employeurs, il renforce les dispositifs de préapprentissage, il met les CFA en concurrence entre eux, il livre l’apprentissage au monde économique à travers les branches professionnelles, enfin il met en concurrence les régions, puisque, malgré toutes les ambitions qu’il entend déployer, cette révolution se fera à enveloppe constante.

L’ambition doit être complète et intégrer les lycées professionnels, qui jouent un rôle primordial en offrant aux jeunes une formation sous statut scolaire. J’étais vendredi dernier à Avion et Sallaumines, dans le bassin minier du Pas-de-Calais, en plein cœur de cités populaires, aux côtés des élus, des élèves et des professeurs dont les classes d’enseignement professionnel sont menacées de fermeture. Aujourd’hui, le CAP électricité du lycée professionnel de Sallaumines risque de fermer, demain ce sera son BEP et son BTS. C’est inacceptable ! Nous pourrions vous citer des centaines d’exemples de ce type en France.

De même, du fait de ce texte, les territoires vont être mis en concurrence les uns avec les autres : les moins attractifs d’entre eux vont être vidés de leurs jeunes, qui se verront poussés vers des CFA plus compétitifs et donc mieux dotés.

Une fois encore, ce projet de loi est surtout celui de la liberté des entreprises. Le relèvement de 11 à 250 salariés du plafond qui encadre la possibilité de bénéficier des aides régionales détournera l’aide à l’apprentissage de son but initial, au risque de voir ces aides dévoyées…

M. le président. Il faut conclure, vraiment conclure.

Mme Cathy Apourceau-Poly. Elles ne serviront plus à accompagner les apprentis et leurs tuteurs, mais à faire baisser encore le coût du travail !

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 05:28

 

Salauds les pauvres !! Ils portent la responsabilité de leur situation, vu qu’ils pourraient être riches s’ils le voulaient. « ¡¡ A trabajar !! » « Au travail !! » Assez de vivre à nos crochets ! Assez de pique-assiettes aux minimas sociaux ! Ça coûte la peau des fesses et on maintient dans la paresse des millions de feignasses ! Allez, au boulot, tire-au-flanc, et à coups de pieds dans le postérieur. Pour « partager » les richesses, il faut le mériter... Les droits sociaux ne sauraient être éternels. Assez « d’assistanat », qui coûte, lui, plus que la peau des fesses ! Celle du cul des sans-culottes !! Alors que la classe sociale « macroniste » s’empiffre éhontément ; pour le « bonheur de tous », la création d’emploi, la diminution des charges et prélèvements pour les plus riches, bref, le « ruissellement », « arme » contre la paupérisation, qui frappe même les classes moyennes. Ça tombe bien, il a beaucoup plu en Béarn.

On vient de trouver plus menteur que les arracheurs de dents ! Le monarque présidentiel...

La pauvreté ne cesse d’être en crue, et de plus en plus perceptible. Combien de mendiants, de SDF, d’enfants, qui tendent la main, de femmes seules, sous des porches ? Cette réalité est devenue si quotidienne que parfois l’on s’en accommode, avec une tendresse spéciale pour les services sociaux et les associations qui s’occupent de ces « exclus » qui s’excluraient eux-mêmes parce qu’ils voudraient être exclus !

De temps à autre, on leur fait la charité, mais peu la solidarité de classe. Ce gâchis social s’avère délibérément, méthodiquement, organisé par les plus riches, avec arrogance et soif incommensurable de profits et de dividendes. Pour les autres, pour la majorité, « la vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté sont des champs de bataille qui ont leurs héros, héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres » (Victor Hugo).

Nous pourrions ironiser ici jusqu’à plus de mots sur des clichés tellement réacts qu’ils fonctionnent encore et nécessitent une permanente critique sociale. Ce nouvel esclavage est promu à nos yeux comme de la « modernité ». L’intervention de E. Macron au Congrès de la Mutualité a provoqué un tollé et un dégoût légitimes ; ce mépris du peuple, cette condescendance d’une classe qui, opulente, se croit supérieure... Cette violence de classe, la « fuite » sciemment organisée par la comm’ présidentielle contre les aides sociales (« on met un pognon de dingue dans les minima sociaux... ») prépare le terrain non pas vers un « tournant social », mais vers un « big bang » dont se félicite en « Une » le « Figaro » du 14 juin. Les classes dominantes plongent les salariés, les précaires, les sans-emplois dans une souffrance de plus en plus insupportable, reléguant des millions d’exploités, de non-invités au banquet, à l’exclusion sociale, à la survie quotidienne. Tout cela pour assouvir leur insatiable cupidité dans l’accumulation du capital... Nous ne rentrerons pas ici, mais cela serait nécessaire, dans l’analyse des rapports de classe, des concepts de pauvreté, d’aliénation d’exploitation... Pour changer les choses, il convient plus que jamais de dépasser l’émotionnel. Notre réflexion s’inscrit dans l’immédiate guerre des idées, et riposte à l’indécence présidentielle. Macron ment comme il respire...

Selon le mode de définition du seuil de pauvreté (hypothèse basse : 50% du revenu médian, soit 846 euros pour une personne seule), la France compte entre 5 et 8,9 millions de pauvres au 15 octobre 2017, selon l’Observatoire des inégalités (soient 600.000 de plus entre 2005 et 2015), le plus souvent mal indemnisés, ou pas du tout, peu éduqués, condamnés au chômage destructeur, facteur d’éclatement social et de communautarisme... Cette « armée de réserve du capital » permet au système de laminer le « modèle social », les acquis, les salaires (le salaire minimum actuel relève de l’indécence : 1160 euros par mois), etc.

Que seraient ces millions de victimes du capitalisme, si Macron et les siens parvenaient à recomposer totalement la société, à faire régresser encore davantage le niveau de vie ? Sans protection, ils seraient à la rue. Les chômeurs et inactifs représentent plus de 70% des près de neuf millions de pauvres, autant d’hommes que de femmes, plutôt jeunes, et un quart (seulement) d’immigrés. Près de deux millions d’entre eux sont des enfants et des ados... Pas à Manille, à Paris !

Le rêve de Macron et des siens, du Medef, de la finance, c’est une société-jungle, le tout-privatisé, avec quelques miettes minimalistes, microscopiques, en guise de mutuelles, de couverture sociale, d’allocations chômage, d’assurances. Juste le minimum pour éviter l’explosion. Qu’en est-il alors de la dignité de l’être humain, hommes femmes et enfants, aliénés, piétinés ? Eux qui ne demandent pourtant qu’à travailler, à avoir la place qui leur revient dans une société plus juste et fraternelle. La pauvreté met finalement en danger ce qu’il reste de démocratie, et les désormais si vides droits de l’homme et de la femme. Ce qui coûte un pognon délirant, ce sont plutôt les sept milliards d’euros de cadeaux aux grandes fortunes, c’est la liquidation de l’indépendance et de la souveraineté nationales, c’est la mise à mort des service publics, la mise au pas des syndicats (ça pue les années 30 !), c’est la fraude et l’évasion fiscales ; bref, c’est le gavage de vos amis, Monsieur le président, avec votre morgue et votre assentiment.

Cette situation, ce champ de ruines, sont vécus comme intolérables par la majorité. La colère, sourde, gronde. Les eaux cachées finissent toujours en résurgences, insurgées. A nous, les militants anticapitalistes -communiste en ce qui me concerne- de « rendre visibles les invisibles », de dénoncer les souffrances infinies, provoquées par la classe sociale de Macron, de mener le combat de classe, de proposer un monde aux couleurs de toutes et de tous. Relisons « l’Assommoir », « Germinal », de Zola. Alimentons la colère, et le désir d’une société libérée du fric. Soyons pleinement révolutionnaires.

Le 9 juillet 1849, dans un grand discours à l’Assemblée, Victor Hugo s’écriait : « Je suis de ceux qui croient que l’on peut détruire la misère ». Tout ne peut être d’airain ou de fer. En avant ! Aucun pas en arrière, pas même pour prendre de l’élan, disait Che Guevara.

 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:45

Deux syndicalistes ont été condamnés mercredi pour avoir emprunté un camion-benne pour une action non violente. Ils risquent la révocation.

Eux n’ont violenté personne. Ils ont plutôt eu la peur de leur vie en voyant les armes des policiers braqués sur leur visage, ce matin de mai. Mercredi, Jean-Jacques et Christian entrent dans le tribunal de Paris sous les applaudissements d’une centaine de manifestants CGT, scandant le slogan : « Militants, pas voyous » (1). Ces deux syndicalistes éboueurs avaient été interpellés le 25 mai au volant d’un camion-benne de la Ville de Paris, emprunté dans des conditions rocambolesques à leurs collègues. Ils avaient pour projet de déverser le contenu du camion-poubelle devant le siège de la République en marche dans le cadre d’une action collective de plusieurs syndicats CGT.

Parmi les nombreux militants venus soutenir leurs camarades, l’incompréhension règne. Pour tous, les deux hommes sont les boucs émissaires qui payent individuellement pour une action de groupe. Un délégué syndical arbore un tee-shirt noir au slogan : « Je suis Jean-Jacques et Christian ». Il souligne que les deux agents sont proches de la retraite : « Ces deux camarades ne l’ont pas fait pour eux, ils sont en fin de carrière. Ils l’ont fait pour défendre les droits de nos enfants. » Le verdict tombe en fin d’après-midi : Jean-Jacques Picot et Christian Garnier sont condamnés pour « soustraction frauduleuse » du véhicule à 70 heures de travaux d’intérêt général et 2 mois de prison ferme s’ils ne sont pas effectués dans les 18 mois. Les deux syndicalistes ont décidé d’accepter la peine proposée par le parquet de Paris dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. La condamnation aurait pu aller jusqu’à 5 ans de prison ferme.

Soulagé de cette « décision de justice au caractère mesuré », Baptiste Talbot, secrétaire général de la CGT services publics, rappelle que la prochaine échéance est d’une importance capitale. Les deux éboueurs devraient être convoqués en conseil de discipline courant septembre. Ils risquent la révocation, sanction la plus lourde pour un fonctionnaire. Pour Baptiste Talbot, les syndicats CGT seront « extrêmement attentifs à l’échelle des sanctions » : « Des situations bien plus graves concernant des agents n’ont pas conduit à des sanctions aussi lourdes. » Les militants CGT craignent que les mesures prises contre Jean-Jacques et Christian soient éminemment politiques : « Il serait incompréhensible qu’un exécutif qui se réclame encore du camp du progrès social (la Mairie de Paris – NDLR) procède à des sanctions d’une gravité inédite dans la fonction publique. »

(1) Voir la pétition de soutien en ligne sur change.org.

Émeline Rojo

 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:44

L'éditorial de Laurent Mouloud.

Qu’ils sont loin les selfies avec les héros de la Coupe du monde… Depuis jeudi, le scandale Benalla jette une lumière crue et tristement réaliste sur les coulisses de l’État jupitérien. Les exactions de ce proche conseiller de l’Élysée, et l’indulgence dont il a bénéficié, confirment de manière spectaculaire bien des choses jusqu’ici supputées. La violence institutionnelle dont n’hésitent pas à user les hautes sphères de la Macronie. Mais aussi le degré d’hypocrisie dont elle est prête à faire preuve pour la dissimuler.

Songeons qu’au lendemain d’un 1er mai brutalisé, le président accablait les manifestants : « Je n’ai aucune indulgence pour les grandes violences ou les tenants du désordre. » Au même moment, un de ses collaborateurs déguisé en policier jouait des poings sur un homme à terre dans une quasi-impunité. La garde rapprochée d’Emmanuel Macron croit sauver la mise en expliquant avoir sanctionné promptement les « gestes inadaptés » du chargé de mission. Elle a surtout réagi avec une mansuétude coupable – quinze jours de suspension – et une volonté de dissimulation répréhensible. Car, loin de simples « gestes inadaptés », Benalla est potentiellement l’auteur de « violences par personne chargée d’une mission de service public », ainsi que d’« usurpation de fonction ». Des délits passibles de trois et un an de prison. Les premiers de cordée de l’Élysée le savent. Mais ils ont préféré taper discrètement sur les doigts de leur boutefeu, laissant le procureur de la République dans l’ignorance. Sans une révélation opportune, Benalla continuerait à arpenter le Palais. Et ses supérieurs à tranquilliser leur conscience dans un détestable esprit clanique.

Évidemment, cet épisode déplorable, qui entache la crédibilité des propos présidentiels, va laisser des traces profondes. Et nourrir le sentiment que l’appareil d’État entretient une justice à deux vitesses, protégeant ses affidés, matraquant les autres. À l’heure où la famille d’Adama Traoré s’indigne de la lenteur de l’enquête, deux ans jour pour jour après la mort du jeune homme dans un commissariat, l’Élysée ne fait rien pour les rassurer.

Par Laurent Mouloud

 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:39

La vidéo la plus connue de l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron du 1er mai ne montrait pas ce qu'il s'était passé sur le trottoir d'en face.

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Par Alexandre Phalippou Pierre Tremblay

AFFAIRE BENALLA - L'affaire du collaborateur d'Emmanuel Macron n'en finit plus de rebondir. Ce mercredi 18 juillet, Le Monde a révélé qu'un membre du cercle proche d'Emmanuel Macron avait été filmé en train de frapper un manifestant, pourtant à terre, lors des manifestations du 1er mai dernier, le tout en arborant un casque des forces de l'ordre alors qu'il était en fait membre du cabinet du président.

Mais ce n'est pas tout. Dans une vidéo envoyée par un lecteur du HuffPost, on découvre ce qu'il s'est passé durant les 43 secondes pendant lesquelles il est absent de la vidéo désormais célèbre. Entre le moment où il extrait une jeune fille de la bagarre et le moment où il revient pour frapper le manifestant.

Dans l'intervalle, il a traversé la rue avec la jeune fille, aidé par une autre personne. Il la plaque contre le mur et fait une tentative de balayage avec sa jambe. On entend distinctement la victime dire "aïe" et "arrêtez". Alexandre Benalla écarte également de sa main une cycliste qui cherche à s'interposer. Enfin, il entend les cris de l'autre côté de la rue et traverse, laissant la victime prostrée, assise contre le mur.

C'est là que la vidéo devenue virale reprend, avec l'arrivée d'Alexandre Benalla dans le champ. A la fin, grâce à la nouvelle vidéo, on se rend compte que la fille agressée est une amie du manifestant tabassé. Ils quittent les lieux ensemble. La victime déclare "C'est des malades!".

Le HuffPost a reconstitué, grâce à ces deux angles de caméras, le parcours exact de l'ex garde du corps dans la vidéo que vous pouvez voir en tête d'article.

Rappelons que, selon le directeur de cabinet de l'Élysée, Patrick Strzoda,"Alexandre Benalla m'avait prévenu deux jours plus tôt qu'il souhaitait participer à une intervention auprès de la préfecture de police pour voir comment se gérait une grande manifestation."

Une intervention qu'il était censé mener en tant qu'observateur, assistant sans agir à l'action des forces de l'ordre lors des rassemblements parisiens du 1er mai. Sauf qu'Alexandre Benalla sortira de son rôle. Et, comme on le voit dans cette vidéo, par deux fois.

La vidéo sans montage a été mise en ligne par Sonia B. qui souhaite que la lumière soit faite sur cette affaire et que l'on puisse parler de cette autre victime, jusqu'alors inconnue, d'Alexandre Benalla.

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 03:29

 

Le Sénat a adopté un principe d’automaticité des poursuites en matière de fraude fiscale, mais selon des critères si restrictifs que la situation existante est quasi inchangée.

Le verrou de Bercy se desserre. Très timidement, mais il reste, pour l’instant, bel et bien en place. Dans le cadre de la discussion parlementaire sur la loi de lutte contre la fraude fiscale, le Sénat a ainsi adopté mardi 3 juillet un article nouveau qui modifie l’article L-228 du code général des impôts, celui qui fixe les conditions du dépôt de plainte en cas d’infractions fiscales.

Rappelons la situation actuelle. Aujourd’hui, un procureur ou une partie civile ne peut porter plainte pour fraude fiscale. C’est la seule prérogative de l’administration fiscale. Il s’agit et d’une spécificité française et d’une spécificité dans le système juridique français qui a été introduite en 1920 dans la législation. Cette prérogative est certes encadrée puisque Bercy doit suivre l’avis de la commission des infractions fiscales, la CIF, qui juge de l’opportunité ou non d’une plainte. Chaque année, environ 1 000 dossiers sur les 15 000 cas de lourdes fraudes sont examinés par la CIF.

 

Ce système est défendu par Bercy pour son « efficacité » : il permet au fisc d’obtenir rapidement le paiement des pénalités en agitant la crainte du juge. Les rentrées fiscales s’en trouveraient améliorées puisqu’il ne serait pas nécessaire d’attendre les décisions de justice. Mais ce « verrou » pose deux lourds problèmes. D’abord, les décisions du CIF manquent de transparence et, partant, sont susceptibles d’être soumises à des pressions politiques. Ensuite, la société ne peut se défendre directement contre un délit qui est pourtant une atteinte grave à la cohésion nationale. Elle doit passer par Bercy et dans la plupart des cas, donc, renoncer à une condamnation, ce qui donne au délit de fraude fiscale un caractère non systématique et le légitime presque.

Ce verrou de Bercy, validé par le Conseil constitutionnel en 2016, a longtemps été défendu par le gouvernement. Emmanuel Macron en a fait l’éloge appuyé lors de l’interview à Mediapart et BFM TV en avril 2018. Le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, le justifiait encore en mai dernier, lors de la présentation du projet de loi contre la fraude fiscale. En juillet dernier, un amendement demandant la suppression de cette procédure avait été rejeté par la majorité macroniste qui s’en était tirée par une pirouette : le renvoi de la question à une commission parlementaire dirigée par la députée Émilie Cariou. Cela avait justifié le rejet par le gouvernement d’un autre amendement de suppression voté cette fois au Sénat. Mais ce mouvement même montrait combien la défense du verrou de Bercy, qualifié par ses défenseurs « d’objet de fantasmes », était indéfendable dans une opinion pour laquelle l’évasion fiscale devient de moins en moins acceptable.

Avec raison : les sommes perdues pour les recettes de l’État sont soit empruntées, soit trouvées ailleurs, notamment par la compression des dépenses. Pire même : cette évasion fiscale, en aggravant le déficit, conduit les gouvernements à accorder des cadeaux fiscaux qui ne réduisent pas l’évasion et ne sont guère efficaces économiquement, mais font encore pression sur le déficit… L’évasion fiscale est donc une machine à détruire de la solidarité nationale qui est politiquement nocive. Et socialement inacceptable.

Montant comparé de l'évasion à l'IS. © Zucman, Tørsløv et Wier

Montant comparé de l'évasion à l'IS. © Zucman, Tørsløv et Wier

Or le gouvernement n’a pas vraiment de solution contre l’évasion fiscale qui emploie largement des méthodes légales en utilisant les législations des États de l’Union européenne. Selon le calcul des économistes Gabriel Zucman, Thomas Tørsløv et Ludvig Wier, en 2015, 17 % des profits des entreprises françaises, soit 32 milliards d’euros, ont échappé à l’impôt sur les sociétés, soit une perte théorique de près de 11 milliards d’euros pour les comptes publics. Cette perte s’est effectuée principalement au profit de pays de l’UE. Le gouvernement n’a donc pas de réponse à cette situation : sa tentative de taxation des géants du numérique au niveau européen s’est perdue dans les sables bruxellois et le projet de loi sur la fraude fiscale comporte l’intégration à la liste noire française des paradis fiscaux des sept juridictions définies comme tels par l’UE. Or, non seulement cette liste ne comporte pas de pays de l’UE au nom du principe qui veut, pour reprendre les mots du commissaire européen Pierre Moscovici qu’il « n’y a pas de paradis fiscaux en Europe », mais elle ne comprend pas de pays majeurs dans l’industrie de l’évasion fiscale. Le gouvernement enrobe son impuissance sur ce dossier.

Progressivement, il a donc reculé sur le verrou de Bercy. Gérald Darmanin, le mardi 3 juin, a finalement donné un « accord de principe » à un amendement de la commission des finances de la haute assemblée. Que prévoit-il ? D’instaurer une automaticité de la poursuite judiciaire lorsque « trois critères cumulatifs » sont constatés. Ces trois critères sont : l’application de pénalités d’au moins 80 %, un montant supérieur à un seuil à définir par décret et une réitération des faits ou des comportements aggravants. Sur le papier, c’est bien la fin, pour ceux qui sont concernés par ces trois critères, du « verrou de Bercy », puisque la plainte sera, dans ce cas, automatiquement déposée. Mais ce n’est, en fait, qu’une illusion d’optique.

En effet, quand il n’existait pas de textes formels sur les critères de la plainte, la CIF suivait des règles informelles qui ressemblent très fortement aux conditions fixées par le Sénat. De fait, le sénateur Albéric de Montgolfier, à l’origine du texte, estime que les dossiers concernés seront de l’ordre de 1 300 à 1 400 par an, à peine plus, donc, que la situation actuelle. Certes, il y a une légère avancée puisque les critères de transmission à la justice sont désormais connus, mais cette avancée est extrêmement réduite. En fait, tout a été fait pour ne rien changer de notable, notamment le deuxième critère qui fera ainsi l’objet d’un décret en conseil d’État, ce qui permettra à Bercy de bien jauger le niveau de l’automaticité de la poursuite afin de réduire l’impact de la loi. Car si ce critère n’est pas rempli, peu importe que les deux autres le soient. Il n’est donc pas certain que le nombre de plaintes augmente significativement.

Le verrou de Bercy reste donc fermement en place pour les autres cas de fraudes lourdes, soit environ 14 000 cas, comme on l’a dit. Pour ces cas, l’administration conservera le monopole de la plainte. Et continuera à jouer sur la peur du juge. De fait, le texte, et ceci explique peut-être le feu vert de Bercy, protège la stratégie actuelle de l’administration d’agiter la peur du juge. Les fraudeurs pourront continuer de monnayer leur innocence. Et ce sera le cas aussi pour ceux qui remplissent les trois critères cumulatifs déjà cités, car le texte adopté par le Sénat prévoit que l’administration peut toujours considérer que « pour des motifs propres aux faits concernés, il n’y a pas lieu de déposer plainte » lorsque les critères sont remplis.

Certes, elle doit en informer le parquet qui peut cependant engager, alors, une action publique. Si l’administration perd bien, dans le cas où les trois critères sont remplis, le monopole du déclenchement de la plainte, elle conserve donc des prérogatives certaines. La question sera désormais de savoir si, en l’absence de publicité, autrement dit de scandale avéré, le parquet jugera plus utile de porter plainte que de sanctionner un accord avec le fisc. Et on sait que la loi « secret des affaires » affaiblit les lanceurs d’alerte… Le système demeure donc bel et bien largement verrouillé.

De fait, la loi fait tout pour réduire encore l’action judiciaire avec la mise en place du « plaider-coupable » en matière fiscale. En clair, un fraudeur poursuivi pourra négocier une amende qui éteindra la poursuite et conservera l’innocence formelle du fraudeur. C’est la clé de cette réforme du verrou de Bercy : le ministère ne l’a acceptée que parce que, par ailleurs, la loi élargit le champ de la négociation et donne aux fraudeurs des chances supplémentaires d’échapper à la justice. Autrement dit, on a mis en place une automaticité des poursuites parce qu’on dispose d’un nouveau moyen, par ailleurs, d’éteindre ces poursuites. En matière fiscale, la protection du fraudeur et l’arbitraire de l’administration demeurent plus que jamais la règle.

Le Sénat et le gouvernement n’ont pas accepté des principes pourtant simples, comme la capacité de la justice de se saisir par elle-même des dossiers, l’examen préalable des dossiers par cette dernière ou encore la capacité de plainte de la part d’associations de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, alors même, comme on l’a vu, que les intérêts de la société sont concernés.

Cette réforme, si elle était finalement votée par l’Assemblée nationale, présentée comme la fin du verrou de Bercy, est donc une réforme en trompe-l’œil, à plus d’un titre. Elle dissimule l’impuissance absolue du gouvernement sur le véritable problème qu’est l’évasion fiscale, elle grave dans le marbre de simples pratiques existantes, elle crée des nouvelles exemptions pour protéger les fraudeurs de la sanction judiciaire. Le gouvernement, dans sa logique de donner la priorité à l’attractivité du pays, ne veut pas effrayer les plus riches et les entreprises. Or, rien ne vaut, pour rassurer ces derniers, que de donner la priorité à la négociation et à la protection de son honorabilité. Cette vraie fausse réforme est donc cohérente avec la politique générale de l’exécutif : protéger les plus fortunés tout en menant une communication plus généreuse.

 

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