Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:48

 

Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature, revient sur les épisodes de l’affaire Benalla qui révèlent le manque de séparation des pouvoirs et la mainmise de l’exécutif sur certaines nominations.

 

Quel regard portez-vous sur le déroulement de la perquisition du domicile d’Alexandre Benalla le 20 juillet ?

Katia Dubreuil 

Il est difficile de porter une appréciation sur une enquête dont on ne connait que ce qui en est relaté dans la presse, mais il est vrai ce qui est décrit parait assez rocambolesque. Dans d’autres affaires, il est décidé de casser la porte ou de faire appel à un serrurier pour procéder à une perquisition. Cela n’a rien d’exceptionnel. Est-ce que les enquêteurs présents ont eu plus de scrupules à se comporter de la même manière avec Alexandre Benalla qu’avec un autre individu? Certaines enquêtes ont été entravées dans le passé car, certes, les policiers reçoivent des ordres de l’autorité judiciaire pour les enquêtes mais, pour ce qui concerne leur carrière et leur vie administrative, ils dépendent du ministère de l’Intérieur et donc du pouvoir exécutif. Nous réclamons depuis toujours que la police judiciaire soit rattachée directement à la magistrature. 

 

Par la suite, le syndicat de police Vigi a déposé un réquisitoire supplétif pour ouvrir les investigations de l’enquête à des soupçons de dissimulation de preuves. Ce que le parquet, sous la houlette du procureur de Paris, François Molins, a refusé…

Katia Dubreuil 

Il existe peut être des éléments que nous n’avons pas justifiant ce choix. Selon l’article de presse, le parquet justifierait cette décision par l’absence de bris de scellés, mais il existe une infraction distincte de dissimulation de preuves. Ce qui est sûr, c'est que l'absence de garanties suffisantes dans le statut du parquet et notamment les conditions de nomination laisse la porte ouverte au soupçon d'une intervention politique sur les décisions prises, et que cela nuit dans l'esprit du public à la confiance dans la justice.  

 

Que pensez-vous du périmètre de l’enquête et, avec le recul, du fait que la justice a découvert cette affaire par voie de presse, étant donné que l’article 40 du Code de procédure pénale n’a pas été utilisé par l’Élysée ?

Katia Dubreuil 

Sur cet article 40, chacun se renvoie la balle devant les commissions parlementaires. Mais il existe bien, en bout de chaîne hiérarchique, celui qui aurait dû prévenir le parquet. Il y a eu une volonté que l’affaire ne sorte pas. Ensuite, une enquête est lancée sur des infractions pour lesquelles Alexandre Benalla et d’autres fonctionnaires sont mis en examen, qui va être poussée jusqu’au bout, si tout se passe bien. Il faut faire la lumière sur cette affaire pour obtenir ensuite des éléments sur l'exercice du pouvoir : sur l'utilisation d'une arme, on cherchera forcément à savoir comment il a pu obtenir les autorisations nécessaires. C'est là que, potentiellement, d'autres personnes peuvent être mises en cause, y compris des personnalités politiques en exercice. Mais d'autres instances mèneront les enquêtes. Par ailleurs, certains aspects de ce type d’affaires, qui ne relèvent pas forcément des infractions pénales, se règlent, aussi, dans le débat démocratique et politique. 


Les sénateurs ont avancé l’idée d’auditionner Alexandre Benalla à la rentrée. Ce à quoi Nicole Belloubet a donné un avis négatif. Comment prenez-vous cette intervention ?

Katia Dubreuil 

La ministre de la Justice n’est pas restée dans son rôle, notamment en donnant son avis sur l'ampleur de la gravité de l'affaire. De manière générale, en tant que garde des Sceaux, elle n’a pas à s’exprimer sur des enquêtes judiciaires et parlementaires en cours. C’est précisément dans ce type d’affaires qu’il convient que la justice soit à l’écart de tout soupçon sur son indépendance. Précisément parce que la garde des Sceaux est celle qui nomme le procureur de la République de Paris, et donc le prochain qui va continuer à suivre l’affaire. C’est ce qui est problématique : il s’est produit dans le passé des incursions avérées du pouvoir exécutif dans le fonctionnement de la justice. Dernièrement, l'ancien garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas a été mis en examen pour avoir donné des informations à Thierry Solère sur une affaire judiciaire en cours. Ce qui, si les faits étaient avérés, serait très grave. Et à chaque affaire on s’interroge sur une possible immixtion. Encore une fois, cela nuit totalement à la confiance des citoyens dans la justice.

Entretien réalisé par Audrey Loussouarn

 

Partager cet article
Repost0
12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 00:00

 

Spécialisé dans l’ophtalmologie et, depuis quelques années, dans l’esthétique, le laboratoire qui fabrique le fameux Botox a été épinglé dans les Paradise Papers, en novembre 2017. Il assure se conformer aux lois en vigueur…

«A llergan, un laboratoire pharmaceutique mondial audacieux. » Voilà comment se définit lui-même le bienheureux producteur du Botox, ce traitement ophtalmologique devenu un best-seller du marché florissant de l’esthétique, utilisé pour estomper (provisoirement) les rides du haut du visage. De l’audace, c’est vrai, le laboratoire américain (plus de 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires attendus en 2018) n’en a pas manqué depuis sa fondation, en 1948, par un pharmacien de Los Angeles. Pour conquérir – ou protéger – des marchés juteux, mais aussi pour « optimiser » sa fiscalité, si l’on en croit le Consortium international des journalistes d’investigation (Icij, en anglais), qui a révélé, en novembre 2017, les complexes stratégies d’évitement fiscal de nombreuses firmes, telles Apple, Nike ou Uber. Des révélations fondées sur les 13,5 millions de documents baptisés « Paradise Papers », provenant du cabinet international d’avocats Appleby, basé aux Bermudes. Une firme plutôt haut de gamme, de meilleure réputation que le cabinet Mossack Fonseca, mis en lumière par les Panama Papers dès 2016. Mais une firme aux objectifs exposés sans détours par son fondateur, le major Reginald Appleby, qui décrivait l’impôt sur le revenu comme « l’ultime raffinement de la torture humaine, auquel il faut s’opposer à tout prix ».

Un système de « double irlandais »

Or, pour éviter pareille torture, rien ne vaut une domiciliation fiscale avantageuse. C’est ce qu’a choisi Allergan en installant son siège social à Dublin, en Irlande. Un pays connu pour offrir l’un des taux d’imposition sur les sociétés le plus bas du monde (12,5 %). Une position tellement enviable que le mastodonte américain Pfizer a tenté, à peine quelques mois après cet atterrissage fiscal avantageux, de fusionner avec Allergan, pour profiter de cette domiciliation enviée. La transaction record (évaluée à 160 milliards de dollars !) a finalement été stoppée in extremis par le secrétaire américain au Trésor en 2016. Reste qu’Allergan, lui, a semble-t-il pu profiter des largesses propres au pays au Trèfle, tel le « double irish » (double irlandais) – rien à voir avec du whisky. Ce système consiste à mettre en place une double sous-traitance de filiales irlandaises pour récupérer les bénéfices de la société mère, en les faisant passer par des paradis fiscaux encore plus avantageux que la patrie de la Guinness, comme les Bermudes, les Caïmans ou l’île de Man. Une pratique tellement limite que le gouvernement irlandais a dû envisager, dès 2014, son interdiction pure et simple. Qui, alors, a tenté de s’opposer à cette réforme ? Une certaine Terilea Wielenga, la présidente du Tax Executives Institute (TEI), sorte d’association de professionnels de la fiscalité, qui exerçait aussi les fonctions de… directrice de la fiscalité d’Allergan ! D’après l’enquête de l’Icij, la fiscaliste aurait mis en place pour le producteur de Botox un système de « double irlandais » qui aurait déplacé les bénéfices du laboratoire jusqu’aux Bermudes. Contacté par l’Icij, le laboratoire a démenti toute fraude. « Allergan se conforme à toutes les lois fiscales et règles comptables applicables et paie tous les impôts dus dans toutes les juridictions où il exerce ses activités », a assuré l’entreprise. Dans une étude présentée en septembre 2017, la division française du laboratoire n’était d’ailleurs pas peu fière de mettre en avant ses 511 emplois dans l’Hexagone et même sa « contribution fiscale » de « 293 millions d’euros sur la période 2012-2016, dont 69 millions d’euros en 2016 ». Pas de quoi faire vaciller les profits du groupe, néanmoins. Au dernier trimestre 2017, l’entreprise a engrangé un bénéfice net de 3 milliards de dollars, dont 2,8 servis sur un plateau (d’argent) par la réforme fiscale de Donald Trump.

 

Partager cet article
Repost0
11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 23:57

 

Sur les six premiers mois de 2018, les 33 sociétés sur 40 ayant publié leurs résultats ont accumulé plus de 43,5 milliards d’euros de bénéfices, soit 500 millions de plus qu’en 2017. Pour dégager du cash, les dirigeants n’ont pas hésité à tailler dans l’investissement et à imposer des sacrifices à leurs employés, gel des salaires et suppressions de postes.

Malgré les conditions négatives qui pèsent sur la croissance mondiale, choc pétrolier, tensions commerciales, les sociétés du CAC 40 ont une fois de plus réussi à dégager de substantiels profits. Sur le premier semestre de l’année, les 33 multinationales sur 40 ayant publié leurs résultats ont engrangé plus de 43,5 milliards d’euros de bénéfices, soit 500 millions de plus que l’an dernier. Après les millésimes exceptionnels en 2016 et 2017, où le résultat net avait bondi de respectivement 21,6 % et 32,6 %, en passant de 55 milliards d’euros en 2015 à 76 milliards en 2016 pour atteindre 93 milliards l’an dernier, les quarante poursuivent leur ascension vers les sommets d’avant-crise, lorsqu’elles flirtaient avec les cent milliards d’euros de profits, mais à un rythme moins soutenu. À l’image de la croissance mondiale qui, selon les dernières prévisions de croissance de l’OCDE, marque une légère inflexion à 3,8 % en 2018 et 3,9 % en 2019.

Cet environnement a, jusqu’à présent, permis le maintien d’une bonne dynamique de profits pour les entreprises. En tête, Total a su tirer parti de la montée du prix du pétrole pour faire flamber ses résultats. Avec un bénéfice de 5,4 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année, soit 30 % de plus que l’an dernier, le groupe pétrolier retrouve un niveau d’avant l’effondrement des cours de pétrole, à l’été 2014. BNP Paribas, malgré une chute de 7,7 % de son résultat semestriel, frôle les 4 milliards d’euros. Une récolte meilleure qu’attendu. Viennent ensuite le spécialiste du luxe LVMH (3 milliards d’euros de bénéfices), l’assureur Axa (2,8 milliards d’euros) et le sidérurgiste ArcelorMittal (2,5 milliards).

Dans l’ensemble, près des deux tiers des groupes ont enregistré une hausse de leurs résultats. La plus forte progression revient à l’hôtelier AccorHotels, dont les profits, dopés par la cession de son pôle immobilier AccorInvest, ont explosé, à 2,2 milliards d’euros contre 77 millions d’euros un an auparavant. À l’autre extrémité, la plus forte dégringolade est signée par le groupe Carrefour, seul à présenter, sur les six premiers mois de l’année, une perte de 861 millions d’euros. Les 520 millions d’euros de baisse de « coûts » sur le semestre, sur les 2 milliards d’euros prévus d’ici à 2020, ont permis d’amortir la chute. Les marchés ont donc été rassurés, d’autant que d’autres « économies » sont en prévision avec la sortie des 273 magasins ex-Dia du réseau, qui sera achevée fin juillet, et le plan de départs volontaires en interne (2 400 postes) que Carrefour espère conclure en fin d’année.

Si les résultats semblent mitigés dans les différents secteurs, « il n’y a pas de mauvaises surprises, sauf quelques cas isolés. Les perspectives pour 2018 sont maintenues, voire augmentées dans l’ensemble », note un analyste financier. À ce titre, PSA fait figure d’exemple. Avec un bénéfice record de 1,4 milliard d’euros en hausse de 18 %, le marché n’a pas boudé son plaisir. L’action s’est envolée de près de 15 % après la publication des comptes.

Pour le reste de l’année, les patrons du CAC 40 ne semblent pas soucieux, même s’ils affichent une certaine prudence. Si le front européen a connu une accalmie avec le sommet de fin juin, le conflit commercial initié par les États-Unis a redoublé d’intensité et fait peser une chape de plomb sur les Bourses mondiales. Les menaces protectionnistes se sont multipliées. La tendance pourrait donc se retourner. Sans compter que le magot dégagé par les multinationales françaises pourrait avoir atteint un pic. Or, pour dégager du cash, les dirigeants n’ont reculé devant aucun sacrifice imposé à leurs employés. Gel des salaires, suppression de postes : comme un peu partout dans le monde, les réformes qui visent à flexibiliser le travail sont mises en place au pas de charge pour garantir la rentabilité des entreprises souhaitée par les marchés. En France, les ordonnances Macron n’ont pas dérogé à la règle. PSA a même été le meilleur VRP de ces mesures parmi les groupes de l’indice phare

MULTINATIONALES. LE CAC 40 EN PASSE D’ÉGALER SES PROFITS RECORD D’AVANT-CRISE (L’HUMANITE - JEUDI, 9 AOUT, 2018 - CLOTILDE MATHIEU)

UNE SITUATION FINANCIÈRE ÉCLATANTE

Pour accumuler toujours plus de richesses, les directions n’hésitent pas à rogner sur les investissements. L’étude Ricol Lasteyrie-EY dressant le « profil financier du CAC 40 », publiée le 25 juin, montre qu’en effet, si les groupes ont augmenté leur chiffre d’affaires et amélioré leur rentabilité pour afficher une situation financière éclatante, en revanche, ils n’ont pas hésité à tailler dans l’investissement. Ce dernier a reculé de 12 milliards d’euros, s’affichant à 69 milliards, hors secteur des banques et assurances. Son plus bas niveau depuis la création de ce baromètre, il y a douze ans. Une baisse économiquement absurde, alors que l’endettement net des groupes du CAC 40 a diminué pour la sixième année consécutive pour atteindre son niveau plancher depuis 2006, leur dégageant ainsi des marges de manœuvre au moment où la politique monétaire est des plus favorables pour investir. N’en déplaise au président de la République, qui s’apprête l’an prochain à transformer en baisse de cotisations sociales pérennes l’enveloppe de 20 milliards d’euros du crédit d’impôt compétitivité-emploi (Cice), et l’a même amplifiée sur les très bas salaires, ces « aides » servent avant tout à engraisser les actionnaires plutôt qu’à créer de l’emploi.

Clotilde Mathieu

Partager cet article
Repost0
11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 17:05

L’ancien maire de Cannes, actuel doyen de l’Assemblée nationale, n’est pas fan des déclarations d’intérêts et de patrimoine. Parmi ses « oublis », un compte suisse vieux de quarante ans provisionné de plus d’un million d’euros.

La pub, ça rapporte à tel point qu’on en oublierait un compte en Suisse. L’actuel doyen de l’Assemblée nationale, Bernard Brochand (« Les Républicains », LR), ne dirait sans doute pas le contraire. Pour la première fois député des Alpes-Maritimes et maire de Cannes en 2001, l’ancien édile a été élu sur le tard. Né à Nice en 1938, l’ex-joueur de foot s’est d’abord consacré à la publicité. À la fin des années 1980, il est à la tête d’une des plus grosses agences internationales, avant de créer une école de communication qui fusionnera ensuite avec celle de Jacques Séguéla. Le tout en pourvoyant en slogans les campagnes de Jacques Chirac mais aussi en investissant dans l’administration du PSG ou encore dans la création de Canal Plus. Une riche carrière au sens littéral, qui lui a permis de créditer un compte ouvert chez UBS en Suisse il y a plus de quarante ans… Et pour lequel la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) l’a rattrapé, quelques mois après l’affaire Cahuzac de 2013.

Le député des Alpes-Maritimes n’avait pourtant pas été tendre avec l’ex-ministre du Budget à cette époque. « À quoi tout cela servira-t-il, si prochainement M. Cahuzac revient siéger en toute impunité à l’Assemblée nationale ? » interrogeait-il dans une tribune postée sur son site et depuis effacée, mais que l’Express avait relevée. Et de se féliciter de son propre comportement : « En tant que parlementaire, j’ai toujours déclaré depuis 2001 mon patrimoine au cours de mes quatre mandats successifs », jurait-il, prenant la précaution de se prononcer « contre la publication de ces informations ».

« LE TRIBUNAL ESTIME QUE LES PEINES SONT INADAPTÉES AU REGARD DES CIRCONSTANCES DE L’INFRACTION »

Et c’est bien là que le bât blesse. Alors que Bernard Brochand rapatriait son compte helvète, la HATVP, au vu du défaut de déclaration, a saisi le parquet. Une paille à 1,2 million d’euros qui n’était jamais apparue depuis 2001. « J’avais un compte à l’étranger, déclaré en France, avec des impôts payés en France », s’est-il alors défendu auprès de l’AFP, fustigeant les « amalgames » l’assimilant à un fraudeur, et tout en affirmant qu’il avait presque oublié l’existence de ce compte géré par la banque… Ce n’est d’ailleurs pas son seul oubli. Jusqu’en 2014, pas trace, dans ses déclarations, de ses fonctions dans la société les Crets, dont ses parts sont évaluées à 3,6 millions. Elles figurent désormais dans sa déclaration post-législatives de 2017. Mais celle-ci « oublierait » cependant de mentionner qu’il a codirigé pendant quelques mois, en 2015, une holding luxembourgeoise, a révélé le Monde en octobre dernier.

Après enquête sur l’affaire de son compte suisse, l’élu de droite, alors âgé de 79 ans, a accepté la sanction proposée par le parquet dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Huit mois de prison avec sursis et 200 000 euros d’amende… Pas de quoi grever outre mesure son budget. Mais, en septembre 2017, le juge censé valider l’accord ne l’a pas entendu de cette oreille. « Le tribunal estime que les peines sont inadaptées au regard des circonstances de l’infraction et de la personnalité de l’auteur », « représentant de la nation », a-t-il argumenté lors de l’audience. Une « décision scandaleuse », a rétorqué l’avocat de l’intéressé, expliquant que son client « n’est pas poursuivi pour fraude fiscale ». Contrairement à 2014, où son immunité parlementaire (que ses pairs avaient refusé de lever) l’avait protégé des soupçons quant à son implication dans une affaire de corruption, cette fois, Bernard Brochand ne devrait pas échapper au procès en correctionnelle, prévu en novembre prochain.

Julia Hamlaoui

  •  

 

Partager cet article
Repost0
11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 06:47
INDUSTRIE. LA FILIÈRE HYDROLIENNE PRÊTE À COULER
Mercredi, 1 Août, 2018

En décidant d’abandonner l’usine de Cherbourg, le gouvernement et Naval Energies pourraient condamner tout le secteur français des énergies marines.

Cinq semaines après avoir inauguré la première usine de construction d’hydroliennes française à Cherbourg (Normandie), sans qu’aucune production ait vu le jour, Naval Energies – détenue à 60 % par Naval Group et à 34 % par la Banque publique d’investissement (BpiFrance) – abandonne la construction de ces turbines sous-marines qui fabriquent de l’électricité grâce aux courants. Pour justifier sa décision, l’entreprise évoque le manque de rentabilité et l’insuffisance du soutien public. « La technologie que nous avons développée est mature et nous l’avons emmenée jusqu’à la phase de démarrage industriel (…). Mais la dégradation de la situation du marché, en France et dans le monde tout au long de ces derniers mois, s’est traduite par une absence de perspectives commerciales qui ne nous permet pas de financer seuls plus longtemps le développement des activités hydroliennes », a ainsi expliqué la semaine dernière le ­président de Naval Energies, Laurent Schneider-Maunoury. Pourtant, des commandes fermes avaient été signées par le Canada et le Japon, et la France prévoyait l’installation de 100 à 150 mégawatts (MW) d’ici à 2028, « soit 50 turbines de 2 MW en dix ans ». Insuffisant pour le groupe, qui a mis fin à son aventure hydrolienne, préférant dorénavant se concentrer sur deux autres technologies marines : l’éolien flottant et l’énergie thermique des mers, « qui reçoivent le soutien des autorités publiques ».

Même si, ces derniers mois, le gouvernement a aussi renégocié à la baisse les contrats conclus, avec 15 milliards d’euros d’économies sur vingt ans. Reste que la stratégie du groupe est totalement en phase avec l’intervention, en juin dernier devant l’Assemblée nationale, du ministre de la Transition écologique. Nicolas Hulot avait alors déclaré que « les coûts de production des hydroliennes présentées aujourd’hui par les professionnels apparaissent, il faut en convenir, très élevés, même à long terme et même par rapport à l’éolien offshore ». Une prise de position à l’opposé de celle de l’ex-président de la République François Hollande qui, en 2013, estimait que les hydroliennes « représen­ t(ai)ent la formule la plus prometteuse » parmi les énergies marines.

LE RISQUE DE LAISSER LA PLACE AUX INDUSTRIELS ÉTRANGERS

Une « décision grave, très lourde de conséquences industrielles, sociales et environnementales », dénonce pour sa part la CFDT. D’autant que les calculs court-­termistes du gouvernement pro-business comme de l’entreprise à capitaux publics pourraient condamner toute une filière. Une filière qui comporte pourtant de nombreux avantages. Car, développe le syndicat, « sa production d’électricité est continue et prévisible (contrairement à l’éolien et à la majorité des autres énergies renouvelables) et son prix baissera forcément à terme dans le cadre d’une production en série comme pour toutes les autres technologies ». En effet, à dimension égale, une hydrolienne produit plus d’énergie qu’une éolienne puisque la densité de l’eau est 800 fois plus élevée que celle du vent. Sans compter que son impact visuel est nul ou quasi nul et que la France dispose avec son site du raz Blanchard (Normandie) d’une des zones au potentiel le plus important dans le monde. Avec l’abandon du site de Cherbourg, le risque est donc de laisser la place aux industriels étrangers, même si, en France, d’autres n’ont pas encore jeté l’éponge. C’est le cas de la PME bretonne Sabella, qui produit la seule hydrolienne à avoir été raccordée au réseau électrique national, et à y avoir injecté du courant d’origine marine.

POUR LES ÉLUS COMMUNISTES, « IL N’Y A PAS DE FATALITÉ »

Pour les élus locaux en revanche, « il n’est pas trop tard », estiment les parlementaires communistes de la Seine-Maritime Sébastien Jumel et Cécile Brulin. « Il n’y a pas de fatalité : ce que Naval Group prétend faire, le gouvernement peut le défaire, puisque l’État détient plus de 60 % du groupe d’industrie marine », ­expliquent les deux élus. Dans la même veine, le sénateur LR de la Manche Philippe Bas a également appelé le gouvernement « au sursaut nécessaire ». Ajoutant que « si l’État ne lance pas dans de brefs délais d’appels d’offres commerciaux, l’ensemble de la filière (française) va s’arrêter ». Pour y remédier, les parlementaires communistes appellent « solennellement le ministre de l’Économie, le ministre de la Transition écologique et le président de la région Normandie à se mettre autour d’une table avec les représentants des salariés, la direction du groupe et les collectivités locales directement concernées (…) afin de réexaminer (leur décision) à la lumière des véritables enjeux de l’énergie hydrolienne pour notre pays ».

 
Clotilde Mathieu
Partager cet article
Repost0
11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 05:16
L'esclavage s'aggrave en Europe au XXIe siècle, et les migrants en sont les premières victimes (Jean-Jacques Régibier, L'Humanité - 6 avril 2018)
L’ESCLAVAGE S’AGGRAVE EN EUROPE AU XXIÈME SIÈCLE
Vendredi, 6 Avril, 2018

C’est un véritable cri d’alarme que lancent les experts du Conseil de l’Europe ( GRETA ) dans leur rapport annuel sur la situation de la traite des êtres humains en Europe. Avant l’exploitation sexuelle, l’exploitation par le travail est devenue la forme prédominante de l’esclavage moderne. Les premières victimes en sont les migrants.

L’esclavage est-il en train de devenir une pratique florissante en ce début de XXIème siècle en Europe ? On aurait presque du mal à y croire si ce n’étaient les experts internationaux du Conseil de l’Europe qui en fassent la démonstration, chiffres et centaines de documents à l’appui, pays par pays.
 
A lire les 70 pages du rapport ( le 7ème ) que vient de rendre public le GRETA (1), et qui porte sur l’année 2017, on se frotte les yeux. Non seulement l’esclavage s’aggrave au cœur de l’Europe, mais les chiffres officiels, nous disent les experts, sous-estiment gravement le problème, et les poursuites ainsi que les condamnations, sont pratiquement inexistantes, d’autant que la plupart des victimes préfèrent ne pas déposer plainte ou témoigner, car elles dépendent des trafiquants pour leur travail et leur logement. Résultat : la traite des êtres humains à des fins d’exploitation par le travail reste largement invisible. C’est, expliquent les enquêteurs du Conseil de l’Europe, « l’un des aspects les plus problématiques de l’esclavage moderne. »

UNE ACTIVITÉ CRIMINELLE

Précisons d’abord que cette notion d’« esclavage » - ou de « traite des êtres humains » - n’est nullement une métaphore ou une caricature destinée à attirer l’attention sur l’un des aspects particulièrement révoltant de l’économie moderne. Il ne s’agit pas non plus d’une notion spécifiquement européenne puisqu’elle se réfère explicitement à l’article 4 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi qu’à d’autres instances juridiques internationales, comme l’Organisation internationale du Travail ( OIT ), par exemple. Au regard des conventions internationales, la traite des êtres humains n’est donc pas une option économique comme une autre, c’est un crime.
 
La convention adoptée, dans sa version européenne, par le Conseil de l’Europe est extrêmement précise et mérite d’être citée in extenso car elle fait référence à de nombreuses situations concrètes dont on entend régulièrement parler. L’esclavage désigne « le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. »
 
Si jusqu’alors, la forme dominante de cette traite des êtres humains en Europe, concernait l’esclavage sexuel, c’est désormais l’esclavage par le travail qui domine pratiquement partout, tout particulièrement au Royaume-Uni, en Belgique ou au Portugal, pour ne citer que les pays les plus importants. Les experts du GRETA citent également un pays qui a résolu le problème de manière originale. Il s’agit de la Pologne, où la « servitude » n’est toujours pas mentionnée expressément dans la loi comme type d’exploitation.

A LA VILLE COMME À LA CAMPAGNE

 
Si aucun secteur de l’économie n’est épargné par l’esclavage, il est particulièrement répandu dans le bâtiment, l’hôtellerie, l’industrie manufacturière - notamment le textile – mais aussi, le nettoyage, l’agriculture, et la pêche. En bref, dans tous les secteurs clé qui rapportent de l’argent. Dans tous les cas l’objectif est clair : engranger des profits maximum en réduisant, parfois jusqu’à zéro, la valeur de la force de travail, celle qui précisément permet de produire de la valeur. La pratique de l’esclavage permet de surcroît d’obtenir un avantage décisif par rapport aux autres concurrents opérant dans le même secteur, ce qui, au bout du compte, incite tout le monde à adopter les mêmes méthodes. C’est bien entendu la raison de fond qui explique l’irrésistible ascension, aujourd’hui, de l’esclavage par le travail en Europe.
 
A titre d’exemple qui révèle ce qui se passe dans de nombreux autres pays et secteurs d’activité, le GRETA fait état de nombreux cas qui ont réussi à parvenir jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Par exemple, celui de 42 ressortissants bangladais qui travaillaient jusqu’à 12 heures par jour, sans permis de travail, dans une exploitation de fraises de Manolada, dans le sud de la Grèce, sous le contrôle de gardes armés, et qui vivaient dans des huttes de fortune dépourvues de toilettes et d’eau courante. Le 17 avril 2013, alors qu’un groupe de ces travailleurs venait réclamer les salaires qui n’avaient pas été versés depuis plusieurs mois, un des gardes armés a ouvert le feu, blessant grièvement 30 d’entre eux. 
 
« Avant cet incident, les autorités grecques connaissaient depuis des années les conditions dans lesquelles des milliers d’ouvriers vivaient et travaillaient dans des exploitations de fraises autour de Manolada (…) mais aucune mesure concrète pour remédier à la situation n’avait été prise, » explique le rapport. La Cour d’assises de Patras, devant qui l’affaire avait été portée, avait d’ailleurs acquitté les deux employeurs coupables.
 
Mais l’esclavage n’est pas le privilège des zones rurales éloignées aux confins du continent européen. Il sévit aussi dans les beaux quartiers des grandes capitales à la mode. Ainsi en 2015 à Londres, note le GRETA, 75 cas d’esclavage domestique (employé.e.s de maison ) ont été enregistrés par la police, dont 10 chez des diplomates !
 
Là encore, non seulement l’Etat ne fait rien pour améliorer la situation, mais bien au contraire, il a tendance à l’aggraver. Les experts du Conseil de l’Europe dénoncent ainsi le fait qu’au Royaume-Uni, « le nouveau système s’appliquant aux employés de maison de nationalité étrangère, fragilise la situation des employés de maison migrants et risque d’accroître la traite aux fins de servitude domestique. » Pire, selon de nombreux rapports émanant de la société civile, lorsque des victimes d’esclavage par le travail ou d’esclavage domestique, s’adressent à un commissariat de police pour déclarer qu’on leur a ôté leur passeport ou que leur salaire n’a pas été payé, « elles sont souvent éconduites, car ces faits sont souvent considérés comme relevant du droit civil, » alors qu’il s’agit en fait bel et bien de délits. 
 
« La traite aux fins d’exploitation dans les secteurs des services domestiques et des soins à la personne concernent plus fréquemment les femmes, » conclut les experts du GRETA, « et est plus difficile à détecter dans la mesure où elle s’exerce dans des domiciles privés où les victimes peuvent être soumises à une exploitation à des fins à la fois sexuelles et de travail. »

LES MIGRANTS, PREMIÈRES VICTIMES

 
De nombreuses études menées dans plusieurs pays européens, reprises dans le rapport du GRETA, montrent que ce sont d’abord les travailleurs migrants étrangers qui sont victimes de l’esclavage par le travail en Europe, mais pas seulement.
« Notre suivi, » explique la présidente du GRETA, Siobhan Mullally, « montre que de plus en plus de personnes font l’objet de la traite à des fins de travail dans des conditions révoltantes en Europe, à la fois au sein des frontières nationales et au delà, » c’est-à-dire, partout dans le monde où des entreprises européennes exploitent des personnes dans des conditions qui relèvent de l’esclavage. L’actualité fait apparaître de temps en temps, souvent à l’occasion d’évènements dramatiques, un bout de la partie émergée de ce tragique iceberg. Ce fut le cas par exemple lors de l’effondrement du Rana Plaza à Dacca au Bangladesh, qui a fait plus de 1 100 morts en avril 2013.
 
« Les travailleurs migrants, notamment saisonniers et en situation irrégulière, ainsi que les demandeurs d’asile qui n’ont pas accès au marché du travail sont particulièrement vulnérable à la traite aux fins d’exploitation par le travail. »
A lire le rapport du GRETA, on ne peut s’empêcher - le mot est là pour y faire référence – d’établir un parallèle entre ce que fut le grand esclavage négrier, dominant dans les pays européens jusqu’au XIXème, et de s’inquiéter qu’il ressurgisse aujourd’hui, sous des formes ironiquement – et effroyablement – semblables.
 
Dans les deux cas, des hommes et des femmes arrachés à leur continent – toujours le même, l’Afrique – embarquant sur des navires ou des embarcations aléatoires pour des traversées à risque, au bout desquelles, si ils n’en meurent pas, se profile l’esclavage.
 
Parmi les nombreuses pistes qu’explorent les experts du Conseil de l’Europe pour tenter d’améliorer une situation en voie de dégradation, il apparait, note le rapport que « la coopération avec les syndicats et les ONG est essentielle pour s’attaquer avec succès au cas de traite aux fins d’exploitation par le travail. » 
 
 
(1) Le Groupe d’experts sur la lutte contre la traite des êtres humains ( GRETA ) est l’organisme du Conseil de l’Europe chargé de veiller à l’application de la Convention européenne contre l’esclavage. Son premier rapport couvrait la période allant de 2009 à 2011.
 
Pour accéder au rapport complet : 
 
Jean-Jacques Régibier
L'esclavage s'aggrave en Europe au XXIe siècle, et les migrants en sont les premières victimes (Jean-Jacques Régibier, L'Humanité - 6 avril 2018)
Partager cet article
Repost0
11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 01:53

 

On parle beaucoup de la canicule et de ses effets sur la vie quotidienne de tout un chacun depuis quelques jours. Toutefois, les victimes sur la durée vont être les paysans. Leurs coûts de production augmentent alors que les rendements céréaliers sont en baisse comme risquent de l’être ceux de la vigne. Incommodées par la canicule, les vaches donnent aussi moins de lait tandis que l’herbe se fait rare dans les prés. Parallèlement, tout indique que le contenu de la Loi EGALIM promise l’an dernier par le président Macron, et pas encore votée par le Parlement, ne favorisera pas la prise en compte des coûts de production dans la fixation des prix agricoles.

Le rejet des deux motions de censure l’une présentée par le groupe de droite LR et l’autre par les trois groupes se réclamant de la gauche parlementaire a mis fin à une longue session de l’Assemblée nationale. Mais la loi dite EGALIM promise au monde paysan par Emmanuel Macron n’a toujours pas été votée. Les travaux de l’Assemblée nationale ne reprenant que le 12 septembre, il se dit que la nouvelle lecture de ce projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation fera partie des dossiers prioritaires de la rentrée parlementaire. Il reste à savoir si cette loi changera quelque chose concernant la rémunération du travail des paysans. Car rien ne permet de penser aujourd’hui qu’elle permettra de fixer les prix des produits agricoles au départ de la ferme en tenant compte des coûts moyens de production.

Après avoir reçu la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs la semaine dernière, Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture recevait hier une délégation de la Confédération paysanne pour une tour d’horizon des dossiers chauds, canicule comprise. Cette canicule, justement, est en train d’augmenter les coûts de production dans des secteurs comme la production laitière, la production de viande bovine et ovine tandis que la baisse des rendements céréaliers imputable au climat affecte aussi ce secteur avec une baisse des rendements du blé tendre, du blé dur et du colza. Et l’on s’inquiète beaucoup concernant le maïs non irrigué, qu’il soit destiné à l’ensilage ou à la production de grain.

Le gouvernement refuse d’arbitrer sur les indicateurs de prix 

Les aléas climatiques rendent plus urgente que jamais l’adoption d’une loi permettant aux paysans d’obtenir une rémunération de leur travail par les prix. Mais aux dires de Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, le gouvernement refuse d’arbitrer en ce sens. Il demande aux interprofessions de s’entendre sur les indicateurs servant à définir les prix et les marges pour décider du partage de la valeur ajoutée susceptible d’être répartie entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. Il est donc probable que le prix du lait payé au départ de la ferme par Lactalis ou Sodiaal en 2019 dépendra davantage du prix que ces deux multinationales estimeront pouvoir obtenir pour le beurre et les autres produits les laitiers dans les rayons des magasins Leclerc , Carrefour , Auchan et Casino- dans le cadre de la négociation qui débutera cet automne- que des coûts de production du producteur de lait . Que la loi soit votée ou pas avant cette date ne changera pas grand-chose. On sait que le prix du lait est beaucoup trop bas depuis 2015, année de sortie des quotas laitiers dans les pays de l’Union européenne. 

Plus de trois années de prix bas ont beaucoup fragilisé les exploitations laitières en France, comme dans les autres pays membres de l’Union. La France ne comptait plus que 56.984 fermes produisant du lait de vache, selon l’enquête annuelle laitière du ministère de l’Agriculture portant sur l’année 2017. L’an dernier ils ont livré 239 millions d’hectolitres de lait aux entreprises de transformation. Quatre régions, sur les douze que compte désormais le pays, concentrent plus de 60% de la production laitière. Il s’agit de la Bretagne, de la région Auvergne-Rhône-Alpes, de la Normandie et des Pays de la Loire. Si on ajoute les Hauts de France et la région Bourgogne-Franche-Comté, nous avons plus de 80% de la production laitière dans six régions sur douze. 

Toutes les régions laitières sont frappées par la sécheresse

Cet été, ces six régions souffrent de la sécheresse. De la Bretagne, grande productrice de beurre et d’emmental d’entrée de gamme à la zone de production du comté en passant par celle du camembert ou du maroilles, l’herbe ne pousse plus et les vaches supportent mal la chaleur. Partout on entame le foin engrangé pour l’hiver et on s’inquiète des rendements que donneront à la fin de l’été les parcelles de maïs destinées à l’ensilage.

Tandis que les rendements laitiers diminuent , les coûts de production augmentent et le prix du lait restait anormalement bas au début de l’été autour de 30 centimes d’euro le litre au départ de la ferme , sauf dans la zone du comté et celles du reblochon et du beaufort dans les Alpes en raison de cahierz des charges qui garantissent une très bonne qualité fromagère. Depuis la sortie des quotas laitiers en avril 2015, le prix moyen du litre de lait a oscillé en permanence entre 32 et 28 centimes, loin des 37 centimes de prix moyen en 2014. Cela se traduit par une fragilisation des exploitations laitières et par des risques accrus concernant l’installation des jeunes alors que l’âge moyen des chefs d’exploitation est déjà trop élevé.

On entame en plein été le foin récolté pour l’hiver 

La situation n’est pas meilleure pour les éleveurs de bovins à viande concernant les prix tandis que la sécheresse augmente aussi les coûts de production. Eleveur de bovins de race Limousine en Corrèze, Jean Mouzat , président national du MODEF, constate que « l’herbe ne pousse plus . Les prairies sont en train de se dessécher et les grosses chaleurs annoncées vont accroître le phénomène. Il va falloir entamer les stocks de foin engrangés pour l’hiver dès cet été tandis que le maïs fourrager destiné à l’ensilage va voir ses rendements baisser en raison du manque de pluie».

Reçu par le président de la République voilà quelques jours en même temps que les premiers responsables des autres syndicats paysans, Jean Mouzat n’a pas été convaincu par les arguments d’Emmanuel Macron faisant mine de croire que la nouvelle loi ferait remonter les prix agricoles via la bonne volonté que les transformateurs et les distributeurs partageraient avec les paysans une fois cette loi votée par les députés. Le même sentiment dominait hier chez Laurent Pinatel à l’issue de sa rencontre avec le ministre de l’Agriculture. Surtout que la sécheresse aggrave la crise dans tous les secteurs après d’autres aléas climatiques comme la grêle sur les vignobles et les arbres fruitiers, les prix des fruits d’été étant aussi soumis à une rude concurrence au départ de la ferme via les importations en provenance d’Espagne et d’ailleurs.

Il se pourrait donc que les prochains mois se traduisent par une nouvelle aggravation de la crise agricole avec des paysans obliger de brader des animaux pour ne pas perdre encore plus d’argent en devant acheter des aliments composés pour les nourrir. Cette augmentation contrainte de l’offre ne poussera pas Lactalis, Charal et quelques autres multinationales à mieux payer le lait où la viande.

 

Partager cet article
Repost0
10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 17:01

 

La multinationale s’est fait son cocon doré en Irlande, innovant bien davantage ces dernières années en procédés d’évasion fiscale qu’en haute technologie.

Apple est l’entreprise de toutes les démesures. La plus grosse capitalisation boursière du monde est aussi celle qui a le plus gros magot dans les paradis fiscaux, dépassant le PIB de la Grèce ou de la Finlande. Elle affiche des taux de marge brut record, autour de 250 % par smartphone vendu, et un taux d’imposition effectif hors États-Unis jamais vu de 0,005 % en 2014. On pourrait accumuler chiffres et statistiques montrant l’indécente puissance du groupe encore longtemps.

L’entreprise a débarqué en Irlande dès le début des années 1980, et y a négocié dès le début sa quasi-absence d’imposition – grâce aux désormais bien connus rescrits fiscaux – en échange de son installation à Cork, ancienne ville industrielle du sud de l’île en crise. Pour obtenir toujours plus de largesses fiscales, Apple a promis la création de quelques milliers d’emplois, un regain économique du comté, et tant pis pour le reste du monde qui se voit privé chaque année de plusieurs milliards d’euros de recettes fiscales. D’autant que, outre un taux d’imposition sur les sociétés ridicule, Apple a négocié des prix de transfert au ras du sol. Ce sont ces taxes sur les flux financiers entre filiales d’un même groupe installées dans deux entités juridiques différentes, en l’occurrence entre l’Irlande et Jersey avant de filer aux îles Caïmans, où Apple accumule un trésor de guerre dépassant les 250 milliards d’euros.

Le marché avec l’Irlande était tellement bon qu’Apple y a installé cinq de ses sept principales filiales. Tous les revenus d’Apple réalisés dans le monde, à l’exception des États-Unis, y convergent. Et la réforme fiscale irlandaise de 2015, qui a suivi la condamnation du pays par la Commission européenne et l’obligation pour l’entreprise de verser 13 milliards d’euros pour aide d’État illégale, n’y a pas changé grand-chose. Un tout récent rapport réalisé par le groupe parlementaire Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) le montre bien. « Apple n’aura payé entre 2015 et 2017 que 0,7 % d’impôt dans l’Union européenne », avance l’enquête qui s’est plongée dans la nouvelle structure fiscale du groupe. Soit jusqu’à 21 milliards d’euros de manque à gagner pour les diverses administrations fiscales… Les procédés d’évitement décrits sont nombreux, et au moins aussi perfectionnés que les produits de la marque : abus d’emprunts et redevances entre les filiales pour faire fondre les profits déclarés, et des améliorations de tactiques d’optimisation fiscale éprouvées comme « le double irlandais » couplé au « single malt », qui permet au final d’éviter la double imposition sur les bénéfices en Irlande, y compris lorsque ce taux est de zéro et sur l’île de Malte.

Apple se sent donc très bien en Irlande. D’autant que le gouvernement n’est pas pressé de toucher les 13 milliards dus – la multinationale a commencé à provisionner un compte bloqué au cas où l’appel échouerait – et préfère continuer à accompagner le groupe dans sa démarche d’évitement fiscal. La ville de Cork, en revanche, est désormais rongée par les inégalités et les tensions sociales. Les quelque 3 000 postes promis par le géant sont aujourd’hui occupés, mais on ne compte que très peu d’Irlandais parmi les ingénieurs bien payés du site où sont dénombrées 96 nationalités. Les habitants de la ville, eux, sont employés par des sous-traitants pour faire le ménage et garantir la sécurité des locaux. Les loyers en ville ont augmenté de plus de 50 % et s’approchent des prix parisiens, alors que peu des salariés des sous-traitants d’Apple atteignent 900 euros de revenus mensuels.

 

Le Guide touristique de la fraude : Chypre

Paradis des oligarques russes ou ukrainiens et des armateurs grecs comme allemands, Chypre est un havre fiscal très apprécié des milliardaires de l’est du continent. En échange de quelques investissements locaux, de la rénovation d’une église ou de l’édification d’un hôtel de luxe, les richissimes se voient octroyer un passeport chypriote. Ce sésame leur permet, sur simple création d’une holding, de ne payer aucun impôt sur les dividendes perçus, de s’offrir des yachts quasi détaxés et, comble du délice, de bénéficier d’un impôt sur les sociétés plafonné à 10 %, avant accord à l’amiable. Autant dire que les palaces sur la côte comme les coffres des banques de l’île sont remplis. Tout ce beau monde a eu des sueurs froides en 2012, lorsque les comptes de plus de 100 000 euros ont été mis à contribution pour renflouer le système bancaire en crise. Beaucoup d’évadés fiscaux ont alors misé sur le bitcoin pour sortir leurs fonds ni vu ni connu de leur paradis préféré. La valeur de la cryptomonnaie est passée de 2 à 1 200 dollars entre le début et la fin de la crise chypriote, en 2013. Aujourd’hui, tous les milliardaires sont revenus sur l’île. Et les plus belles stations balnéaires comptent un bon quart d’étrangers exilés fiscaux parmi leurs résidents à l’année.

Pierric Marissal

 

Partager cet article
Repost0
10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 08:12

Le fichier recense les comptes Twitters les plus actifs sur l'affaire Benalla. Établi par DisinfoLab, une ONG belge luttant contre la désinformation, ces données devaient permettre de détecter l'existence d'une éventuelle ingérence russe. La masse de tweets, plus de 4,5 millions, pouvait correspondre à l'existence de bots, des robots chargé de gonfler artificiellement le flux sur Twitter.

Cette hypothèse a été écartée. Ce sont bien de vrais comptes, derrières lesquels se trouvent de vraies personnes physiques, qui ont généré le buzz. 

Mais c'est justement le problème. Le porte parole du PC 82 s'est retrouvé fiché pour les besoins de l'étude de l'ONG DisinfoLab. Thomas Porte a décidé de saisir la CNIL.  Le tarn-et-garonnais n'est pas le seul à contester son fichage. 3393 personnes figurent dans la liste. Plusieurs "fichés" ont décidé de se tourner vers le "gendarme" du Net. 

Tarn-et-Garonne : fiché dans le cadre de l'affaire Benalla, un responsable communiste, Thomas Portes, saisit la CNIL (France Info, Laurent Dubois, 9 août)

Une officine « EU Disinfo lab » se parant de l’étiquette d’ONG alors qu’elle est partenaire des institutions de l’Union européenne et de l’OTAN s’est permise de ficher nominativement selon des critères politiques des citoyen-ne-s français à propos de leurs activités sur les réseaux sociaux lors de l’affaire Benalla. Nombre de militant-e-s communistes sont victimes de ce fichage illégal qui n’est pas sans rappeler les fichages de triste mémoire de la police de Vichy. Ceci intervenant alors que le dernier survivant du groupe de Francs-tireurs et partisans - main-d'œuvre immigrée de l’Affiche Rouge vient de s’éteindre ne recevant qu’un hommage minimaliste de l’État macronien. 
L’EU Disinfo lab loin d’être une OGN, n’est qu’une officine de guerre idéologique ultra libéral qui n’hésite pas à se vanter sur son site Web a avoir contribué à l’élection d’Emmanuel Macron : «Notre succès le plus notable a été la démolition instantanée et en direct du tristement célèbre #MacronLeaks » (http://disinfo.eu/projects/#news-platform).
C’est pourquoi il est plus que légitime de se poser la question si cette officine n’a pas agit sur ordre de l’Élysée afin de produire une étude bidon alimentant une théorie du complot russe en faveur du pouvoir et de ficher ses opposants sur les réseaux sociaux.
Après les barbouzes de la Contrescarpe nous avons affaire aux barbouzes du net de l’État Macron. 
Il s’agit d’une affaire extrêmement grave pour l’avenir de la démocratie en France et en Europe. L’EU Disinfo lab, peut être à l’instigation de l’Élysée, a à la fois violé la loi informatique et liberté de 1978 mais aussi le nouveau règlement européen sur la protection des données.

Yann Le Pollotec, responsable Industrie-Révolution numérique au PCF  

Partager cet article
Repost0
10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 05:20

Depuis près d’un an, nous avons enquêté sur le respect du droit de manifestation pacifique en France. Le constat est sans appel : l’application de l’état d’urgence et un usage disproportionné de la force ont restreint ce droit fondamental de manière préoccupante.

Le droit de manifester est un droit fondamental, indispensable à la liberté d’expression, et à la possibilité de revendiquer ses opinions et ses droits. Il ne peut être restreint qu’à des conditions très strictes . Les autorités ont pour responsabilité de protéger tous nos droits fondamentaux, pourtant, ils sont de plus en plus présentés comme secondaires voire comme des menaces qu’il faudrait donc limiter.

L’ÉTAT D’URGENCE DÉTOURNÉ POUR RESTREINDRE LE DROIT DE MANIFESTER

 

En France, sous l'état d'urgence, 155 manifestations interdites en 18 mois

Depuis novembre 2015 et les terribles attentats qui ont touché la France, l’état d’urgence a été instauré et renouvelé à cinq reprises. Alors que son objet est de prévenir de nouvelles attaques, les mesures de l’état d’urgence ont été utilisées pour interdire 155 manifestations. Tous les 3 jours environ, une manifestation est interdite en France sous ce prétexte. Par ailleurs, 639 interdictions individuelles de manifester ont été ordonnées par les préfectures en France, sous l’argument de prévenir les violences lors des manifestations, alors que le plus souvent il n’existait que peu ou pas d’éléments démontrant que ces personnes auraient participé à des violences.

L’Etat n’a pas été en mesure de prouver pour chacune de ces interdictions qu’elles visaient à prévenir une menace spécifique, qui ne pouvait être évitée qu’en limitant un droit pourtant fondamental. De telles mesures, sans lien démontré avec la lutte contre la menace terroriste, ont un impact démesuré sur le droit des personnes à exercer leur liberté d’expression pacifique.

Ainsi, de nombreuses personnes interdites de manifester avaient simplement été présentes lors de manifestations ayant donné lieu à des actes de violences par des manifestants, mais rien ne permettait de leur reprocher la participation aux dites violences.

639 mesures d’interdictions individuelles de manifester ont été prises contre des personnes dont 21 dans le cadre des manifestations liées à la COP21, et 574 dans le cadre des manifestations contre la loi travail

DES PRATIQUES POLICIÈRES CONTESTABLES

 

Nous avons aussi pu constater un usage récurrent de certaines pratiques de maintien de l’ordre contraires au droit international.

Par exemple, la fouille systématique et la confiscation d’outils de premiers secours, tels que les sérums physiologiques, les lunettes qui ne peuvent pas être considérées comme des armes par destination, empêchent les personnes de se soigner. Le fait que du matériel de premier secours ait été confisqué aux street medics est aussi choquant, car ce matériel peut être indispensable pour prodiguer des soins de première urgence. :

À chaque fois on leur expliquait qu’on avait besoin de ce matériel pour prodiguer les premiers secours aux manifestants qui, par exemple, se sentaient mal à cause des lacrymogènes. Ils nous répondaient qu’on ne devait pas venir en manifestation si on avait peur que les lacrymogènes puissent être utilisés ».

Annaliese, une Street-Medic (secouriste) à Nantes

Des stratégies de maintien de l’ordre peuvent aussi mener à une hausse des tensions et limiter de manière disproportionnée le droit de manifester. Par exemple, l’usage fréquent et prolongé des nasses, cette pratique qui vise à confiner des manifestants pour les empêcher de manifester ou de rejoindre une manifestation, est une atteinte disproportionnée au droit de manifester, en particulier lorsque les personnes « nassées » sont des manifestants pacifiques. Pourtant, il existe des stratégies de maintien de l’ordre qui visent à diminuer les tensions plutôt qu’à les attiser.

UN USAGE DISPROPORTIONNÉ ET ARBITRAIRE DE LA FORCE

UN USAGE DISPROPORTIONNÉ ET ARBITRAIRE DE LA FORCE

 

Notre recherche, confortée par l’observation de plusieurs manifestations, nous a permis de constater le recours par les forces de l’ordre à un usage disproportionné de la force. Selon des témoignages concordants recueillis auprès des streets medics, des bénévoles qui soignent les personnes blessées au cours de manifestations, plus de 1000 personnes auraient été blessées rien qu’à Paris lors des manifestations contre la loi travail. Bien sûr, les actes de violence de la part de certains manifestants à l’encontre des forces de l’ordre doivent aussi être condamnés. Toutefois, ils ne peuvent justifier une violence disproportionnée de la part des forces de l’ordre.

Ces pratiques d’usage de la force, outre qu’elles peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les personnes touchées, peuvent également, selon de nombreux témoignages, avoir un impact sur le droit de manifester en lui-même, les personnes ayant peur de revendiquer leurs droits en participant à des manifestations.

Je manifeste depuis mon jeune âge et je n’ai jamais vu une telle agressivité des forces de police. Je suis une femme de 50 ans, cadre dans le secteur privé et pacifique.

Sandrine, manifestante à Rennes.

Elle rajoute « et je veux démentir les autorités qui disent que la police ne s’en est prix qu’aux casseurs lors des manifestations du printemps 2016 ».

DES JOURNALISTES INTIMIDÉS ET VIOLENTÉS

 

Les violences à l’encontre de journalistes et autres travailleurs des médias lors des récentes manifestations ont fait le tour de la presse.

L’usage de la violence de la part des forces de l’ordre contre des personnes filmant ou documentant des manifestations est particulièrement inquiétant car il remet en cause le droit à une information libre. Même en cas de violence, il est du devoir des autorités de permettre aux journalistes de mener à bien leur travail.

Je n’ai pas d’autres explications que d’avoir été visé volontairement car je filmais l’interpellation violente d’un manifestant. Il n’y avait pas d’autres manifestants autour de moi, ils étaient à au moins 20/30 mètres à l’arrière et ils étaient en train de se disperser.

Joël, réalisateur indépendant

MANIFESTER EST UN DROIT, PAS UNE MENACE

 

Une manifestation doit toujours être considérée comme légale a priori, à moins que l’Etat puisse avancer des éléments précis justifiant son interdiction.

De plus, les actes de violences commis pendant une manifestation ne peuvent être imputés qu’à leurs auteurs et ne suffisent pas à qualifier une manifestation de violente.

Ainsi, toute intervention des forces de l’ordre ne doit viser que les individus responsables des violences. Il est du devoir de l’Etat de reconnaitre que les manifestations sont un usage légitime de l’espace public et il doit justifier d’une certaine tolérance envers les éventuelles perturbations non violentes qui pourraient avoir lieu. Pourtant, depuis l’instauration de l’état d’urgence, un glissement dangereux s’est opéré : des stratégies de maintien de l’ordre sont mises en place qui impactent fortement des droits fondamentaux dans l’objectif de prévenir des risques qui pourraient avoir lieu, sans aucune preuve concrète et solide que des événements dangereux pour la nation vont en effet arriver et que la seule solution pour y faire face est la restriction d’un ou de plusieurs droits fondamentaux. Cette logique dangereuse est celle de l’état d’urgence.

Il est temps de mettre un terme à cette dérive : manifester est un droit, pas une menace.

____________________________________________

ENVOYER UN MAIL OU UN COURRIER À EMMANUEL MACRON

 

Vous pouvez copier - coller ce message ci-dessous puis se rendre sur le site de l'Elysée pour y déposer ce texte.

 

Vous pouvez aussi imprimer ce message ci-dessous chez vous et l'envoyer à l'adresse suivante :

 

Présidence de la République

55 Rue du Faubourg Saint-Honoré

75008 Paris

 

A savoir : les correspondances au Président de la République française sont dispensées d'affranchissement

 

Monsieur le Président,

J’ai pris connaissance du rapport d’Amnesty International sur les restrictions abusives au droit de manifester en France depuis l’instauration de l’état d’urgence. Intitulé Un droit, pas une menace. Restrictions disproportionnées à la liberté de réunion pacifique sous couvert de l'état d'urgence en France, il dresse un état des lieux inquiétant des atteintes portées à ce droit fondamental auquel notre pays est profondément attaché, par son histoire comme par ses engagements internationaux.

Ce rapport démontre en effet que des centaines de mesures restreignant de manière injustifiée le droit de circuler librement et le droit à la liberté de réunion pacifique ont été imposées sous prétexte de lutter contre le terrorisme. L’état d’urgence, conçu pour protéger la population française contre la menace de nouveaux attentats, a été utilisé abusivement pour restreindre son droit à manifester pacifiquement. Sous couvert de ce régime d’exception, des centaines de militants, défenseurs de l’environnement et militants pour les droits des travailleurs ont été privés de leur droit de manifester, lorsqu’il leur a été interdit, sans raison, de participer à des manifestations.

Par ailleurs, si je déplore profondément que de nombreux représentants des forces de l’ordre aient été blessés au cours de plusieurs manifestations, je déplore aussi que des milliers de manifestants pacifiques aient souvent été confrontés à un usage disproportionné de la violence par les forces de sécurité. Des matraques, des balles en caoutchouc, des grenades de désencerclement et du gaz lacrymogène ont été utilisés contre des manifestants pacifiques qui ne semblaient pas menacer l’ordre public, faisant un grand nombre de blessés. Les stratégies de maintien de l’ordre employées ont aussi dans certains cas semblé contribuer à attiser les violences et les tensions, plutôt que de les apaiser.

Monsieur le Président, le droit de manifester pacifiquement est un droit essentiel à l’exercice de la liberté d’expression, indispensable au bon fonctionnement de toute démocratie. Vous-même, lors de la campagne présidentielle, vous êtes publiquement engagé à protéger et garantir ce droit.

Le rapport d’Amnesty International porte de nombreuses recommandations. Parmi celles-ci, j’attire votre attention sur les demandes suivantes:

- l’état d’urgence doit être levé dans les plus brefs délais, à moins que les pouvoirs publics n’apportent la démonstration de sa nécessité ;

- tant que ce régime d’exception est en place, les mesures de l’état d’urgence ne doivent pas être détournées de leur objet, à savoir la prévention d’attaques terroristes, pour restreindre abusivement la liberté de manifester. Cela passe par une révision de la loi sur l’état d’urgence, si celui-ci devait être reconduit, ainsi que par des instructions claires données aux préfets ;

- les forces de l’ordre ne doivent utiliser la force qu’en dernier recours, de manière strictement nécessaire et proportionnée à la menace ;

- les violences excessives ou arbitraires commises par les forces de l’ordre à l’encontre des manifestants pacifiques doivent faire l’objet d’une vigilance active des autorités, et être sanctionnées par des enquêtes impartiales et indépendantes.

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien porter à ces recommandations, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération,

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011