Fini la parité actifs-retraités. Selon plusieurs projections de long terme, les pensions (1 300 euros en moyenne) vont progresser deux à trois fois moins vite que les salaires d’ici à 2060.
«Il faut arrêter d’emmerder les retraités », avait déclaré sur un ton péremptoire Emmanuel Macron. Hélas, la mise en garde ne semble pas avoir eu d’effet. Avec le quasi-gel des pensions, les retraités vont subir une ponction sans précédent sur leurs revenus. Et cela est décidé en toute bonne conscience par un gouvernement qui estime que les retraités seraient plus riches que les actifs. « Inacceptable » a priori dans une société en crise, au sein de laquelle les jeunes peinent à trouver un emploi. Pourtant, la réalité que vivent une bonne partie des 16 millions de retraités est bien différente de cette image qui tient de la caricature.
Certes, la situation des retraités s’est sensiblement améliorée sur une longue période avec l’arrivée à l’âge de la retraite de personnes, essentiellement des femmes, ayant accompli des carrières complètes. Au lendemain de 1968, le niveau de vie des seniors était de 30 % inférieur à celui de la population dans son ensemble. Trente ans plus tard, cet écart est comblé. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a plusieurs fois fourni les données fort complètes, mais qui ont été détournées dans des campagnes visant à enfoncer un coin entre les actifs et les retraités. Retenons deux constats du COR : le niveau de vie des retraités est supérieur de 5,8 points à celui des actifs. Le patrimoine brut médian des retraités est, quant à lui, supérieur de 16 % à celui des actifs.
Notons d’abord qu’il s’agit là de chiffres globaux qui agrègent différentes catégories de revenus et de patrimoines et qui ne reflètent ni les situations diverses des retraités ni celles des actifs. Si l’on raisonne en termes de pensions et non de revenus, la photographie est différente. La pension de droit direct n’est, en moyenne, que de 1 300 euros net, soit à peine plus que le Smic, et nettement moins que le salaire moyen qui se situe à 2 200 euros. Et que dire des dizaines de milliers de retraités qui doivent vivre avec les 833 euros du minimum vieillesse !
Faut-il ensuite s’étonner de l’importance du patrimoine dans les revenus des retraités ? Ce qui pose un problème n’est pas qu’au bout de quarante ans de vie active un ménage de retraités puisse posséder un logement ; la question est celle des inégalités accrues liées à la détention d’un patrimoine financier.
Ces vingt dernières années, le niveau de vie des retraités a évolué comme celui de la population, c’est-à-dire très faiblement. D’un côté, les pensions sont sous-revalorisées. De l’autre, le maintien d’un haut niveau de chômage pèse négativement sur les salaires. Mais ce qu’il faut prendre en compte, c’est la trajectoire sur laquelle les réformes successives ont placé les pensions. Fini la parité actifs-retraités. D’après les travaux du COR, qui a réalisé plusieurs projections de long terme, les pensions vont progresser deux à trois fois moins vite que les salaires d’ici à 2060.
Ainsi, la pension moyenne relativement au salaire va chuter et, avec elle, le niveau de vie moyen. Suivant une hypothèse plausible, le niveau de vie du retraité ne représentera plus que 75 % de celui d’un actif dans quarante ans. C’est à la lumière de cette perspective qu’il faut juger le discours sur les « retraités privilégiés » et s’opposer aux mesures gouvernementales inacceptables.
Jean-Christophe Le Duigou, Économiste et syndicaliste
Loi de finances pour 2019 (explication de vote) Par Pascal Savoldelli / 11 décembre 2018
Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, SMIC, 1 498,47 euros bruts mensuels, soit 1 188 euros nets ; RSA, 550,93 euros pour une personne seule sans enfant et 1 157 euros pour un couple avec deux enfants ; minimum vieillesse, 634,66 euros ; pension de retraite moyenne des femmes, 1091 euros bruts, inférieure de 42 % à celle des hommes.
Voilà la réalité ! Voilà la vie réelle de millions de nos concitoyens, qui attendaient des réponses claires du chef de l’État à leur exigence de vivre mieux, d’être respectés dans leur dignité.
Tout en maintenant son cap, le Président de la République, encensé précédemment pour sa vision avant-gardiste de la politique, a rencontré l’humilité et reconnu, enfin, le légitime élan populaire citoyen qui souffle actuellement sur notre pays.
D’un côté, on l’a encore vu tout à l’heure, on assiste à une opération de communication, avec la hausse de 100 euros de la prime d’activité, financée par les contribuables et qui n’a rien à voir avec une revalorisation du SMIC.
De l’autre, on enregistre un recul concernant la hausse de la CSG pour les plus petites retraites, pourtant refusé par le Gouvernement pendant l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale.
Pour le reste, rien qui n’effraiera les marchés financiers ou le grand patronat, exonéré de toute augmentation des salaires. Cela approfondira, soyez-en certains, la défiance populaire à l’égard des politiques gouvernementales.
Qu’on en juge : pas de hausse du SMIC, gel du point d’indice des fonctionnaires, gel de l’allocation adulte handicapé jusqu’au 1er avril 2020. Quid de la diminution du budget des collectivités territoriales de 13 milliards d’euros d’ici à 2022 ?
Et toujours, de l’autre côté, des fortunés cajolés par la suppression de l’ISF, des évadés fiscaux protégés, des actionnaires libres de ponctionner les richesses produites par les salariés au détriment de leurs salaires. C’est ce que contient la loi de finances, reflet de la prise en compte, comme nous pouvons le voir, de la défense du pouvoir d’achat et de la juste rémunération du travail !
Mais le gel n’est pas tout sans quelques hausses, à l’image de celle des primes d’assurance et de toute la fiscalité indirecte, insidieuse et prétendument indolore, qui fait aujourd’hui se soulever une majorité de l’opinion.
Je ne reviens pas ici sur le fait que le Sénat a fini par arracher le gel des taxes sur les carburants, après avoir voté toutes les hausses antérieures.
Le jeu de la commission mixte paritaire permettra au Gouvernement de revenir sur quelques mesures votées ici, donnant au texte final de la loi de finances sa pleine dimension ultralibérale.
Les mesures annoncées hier dans l’allocution enregistrée du Président de la République ne changeront pas la donne, puisque la facture sera soldée par encore plus de droits indirects et de TVA et encore moins de services publics !
La politique du « fort avec les faibles, faible avec les forts », qui anime aujourd’hui un pouvoir désavoué, cacophonique cet après-midi, et ce jusqu’au plus haut niveau, vient de montrer ses limites, à moins que la droite, dont une partie est déjà dans ce gouvernement (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.), ne vienne à son secours.
Depuis le printemps 2017 et l’élection par défaut d’Emmanuel Macron et de sa majorité, si une forme de contrat a bien été passée, c’est directement avec la finance, avec les affairistes, pour mener une politique conforme à leurs intérêts égoïstes, bien loin de l’intérêt commun.
Y figuraient en bonne place la réforme du code du travail par ordonnances, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, l’instauration de la flat tax sur les revenus du capital et du patrimoine, le nouvel allégement des droits de mutation et de succession, le démantèlement des services publics, de la SNCF et du secteur hospitalier, l’étatisation de la formation continue, la mise en cause du droit aux études des bacheliers. Et j’en passe !
Ce contrat, prétendument moderne date en réalité du XVIIIe siècle : « L’accumulation de richesse à un pôle égale l’accumulation de pauvreté […] au pôle opposé ».
Cette République du contrat avec la finance ne peut qu’engendrer des dommages collatéraux : chômage de masse, précarité du travail renforcée, tensions urbaines, désespoir rural, casse des services publics de proximité et stagnation des salaires.
Pour que certains gagnent, il faut que d’autres perdent, et ce sont les plus nombreux.
D’une colère très juste surgit une balbutiante espérance, jusqu’ici contrariée par les prétentions de la finance. L’Europe n’est pas capable d’agir comme il convient, en témoigne l’échec de la négociation sur la taxation des fameux GAFA. Nous ne savons pas mettre à contribution en France, puisqu’il suffit que la Fédération bancaire française fronce un sourcil pour que le Gouvernement s’exécute.
Pourtant, avec des milliards d’euros de frais bancaires extorqués aux entreprises comme aux particuliers, avec les 2 600 milliards d’euros que la Banque centrale européenne a répandus ces dernières années dans les circuits économiques, les banques pourraient faire mieux !
Que dire des dividendes des titres cotés au CAC 40 ? Pour l’année 2017, ils se sont élevés à 46,8 milliards d’euros, ce qui semble laisser quelque marge, monsieur le ministre, pour augmenter les salaires.
S’il s’agit de tracer les voies d’un nouveau contrat social en France, alors coup de barre à gauche, à la justice sociale et à l’égalité dans la société, et vite !
Nous avons porté, dans le cadre de la discussion de ce projet de loi de finances, avec nos moyens et notre détermination, 163 amendements ; 20 ont été adoptés.
« Recommander aux pauvres d’être économes est à la fois grotesque et insultant. Cela revient à conseiller à un homme qui meurt de faim de manger moins. » Il est temps de mettre de la démocratie dans cette société, où les droits sont mis en cause : démocratie dans les institutions, dans la cité, dans les entreprises, au sein de la sécurité sociale. Démocratie partout !
C’est bien ce tournant démocratique qui surgit sous nos yeux, celui d’un peuple qui ne veut plus en rabattre sur ses aspirations au nom d’une prétendue « fin de l’Histoire » avec le capitalisme financiarisé à outrance. Oui, tout le monde veut gouverner : les citoyens, les élus locaux, les parlementaires et même la jeunesse ! Et alors ?
Enfin, je veux remercier tous les personnels du Sénat, sans exception, de leur précieux concours aux travaux de ce projet de loi de finances, que notre groupe va évidemment rejeter, sur le fond comme sur la forme.
Ford : Le PCF demande le remboursement de l'argent public versé à Ford
Après 45 ans en Gironde où il a rayonné et employé jusqu’à 4000 emplois (860 aujourd’hui), le groupe Ford a décidé de détruire ce site industriel majeur que les salariés comme les collectivités territoriales ou l’État se sont évertués à défendre durant toutes ces années en versant des dizaines de millions d’euros (45 millions dans la dernière période) et 8 millions au titre du CICE, sans réels engagements de Ford sur le maintien de l’emploi qu’il n’a cessé de rogner
Les salarié.e.s du site de Blanquefort (Gironde) avaient pourtant accepté de nombreux sacrifices sur les salaires, le temps de travail, le nombre d’emplois sauvegardés pour garder le site ouvert.
Bruno Le Maire peut bien dénoncer « la lâcheté » du groupe Ford et hurler à la « trahison », il est comptable des choix du pouvoir Macron au service de la finance et du capital depuis 18 mois.
Tout doit être mis en œuvre pour sauver les emplois et les capacités de production. Il est encore temps.
La proposition de loi visant à interdire les licenciements boursiers et les suppressions d’emplois abusives présentée par André Chassaigne pour les députés communistes aurait pu permettre d’empêcher ce scandale. Elle est plus que jamais d’actualité.
A l’heure où un fort mouvement pose en grand la question de l’utilisation de l’argent, nous demandons le remboursement des millions d’argent public versé par les pouvoirs publics à Ford et qui n’ont servi qu’à alimenter la voracité de ses actionnaires.
Refus du gouvernement de débattre sur l’ISF : Réactions des députés communistes
mardi 18 décembre 2018
Le 17 décembre, lors de la 2ème séance de discussion du projet de loi de finances pour 2019, Jean-Paul Lecoq, député de Seine-Maritime a vivement réagi au refus du gouvernement de débattre de l’ISF : "Au moment où le peuple exige plus de démocratie, vous refusez la discussion dans l’hémicycle !
Comment vous étonner ensuite que l’on dise que l’Assemblée ne sert à rien !"
"Alors que tout le pays ne parle que de justice fiscale et de pouvoir d’achat, pour contruire une nation plus solidaire, vous voulez mettre l’Assemblée nationale sous cloche et empêcher le débat" a dénoncé également Stéphane Peu.
Selon une information de l'AFP, le gouvernement s'apprête à renoncer à une partie des "mesures d'accompagnement" annoncées par le Premier Ministre au début du mouvement des "gilets jaunes", notamment l'extension du chèque énergie à 2 millions de foyers de plus.
Cette décision est une honte. Elle est d'autant plus scandaleuse que la France compte 5 millions de ménages en situation de précarité énergétique.
Donner d'une main, prendre de l'autre : telle semble être la devise de M. Macron et du gouvernement.
Plus les jours passent, plus les Français s'aperçoivent que les annonces du Président de la République sont en réalité une gigantesque arnaque.
Les femmes qui travaillent souffrent davantage que les hommes de la pauvreté, comme le souligne un rapport d’Oxfam. L’ONG accuse aussi Emmanuel Macron de n’avoir pas tenu ses engagements sur l’égalité femmes-hommes.
Beaucoup de commentateurs s’en étonnent : les femmes sont très nombreuses dans le mouvement des gilets jaunes. Même s’il faudrait faire l’analyse fine des spécificités de cette mobilisation (très locale, peu normée et peu hiérarchisée), au moins l’une des raisons est connue : les femmes sont les premières, même quand elles travaillent, à souffrir de la pauvreté.
Oxfam, dans un rapport publié le 17 décembre, rappelle des chiffres toujours accablants, signe d’une véritable « ségrégation professionnelle ». Les femmes ont un meilleur niveau d’éducation que les hommes et occupent pourtant 55 % des emplois à bas salaires et 63 % des emplois non qualifiés.
La précarité s’accorde, encore aujourd’hui, très majoritairement au féminin : 70 % des emplois en CDD et en intérim sont occupés par des femmes, de même que près de 80 % des emplois à temps partiel, alors même qu’elles sont très nombreuses à vouloir travailler davantage.
Le cercle vicieux de la pauvreté a alors vite fait de se refermer : plus d’un quart des femmes monoparentales sont des travailleuses pauvres, soit un million de femmes françaises.
Pour ces dernières, toutes les dépenses posent problème, l’entretien de la voiture, la sortie scolaire, l’achat de vêtements des enfants… Et le moindre accroc, un accident ou une maladie, peut conduire au bord du vide. Or entre 2000 et 2015, les maladies professionnelles reconnues ont augmenté de 155 % chez les femmes… contre 80 % chez les hommes. Le problème ne s’arrête pas à la retraite, que les femmes prennent en moyenne un an plus tard que les hommes, et avec une pension inférieure de 42 %.
« L’instabilité des temps de travail, la pénibilité des tâches, l’insécurité de l’emploi, mais aussi les préjugés véhiculés sur les femmes au sein des entreprises sont autant de facteurs qui alimentent la spirale de la pauvreté », écrit Oxfam, qui rappelle opportunément que la pauvreté au travail est une « violence faite aux femmes » et doit être combattue comme telle.
Oxfam n’évacue pas, dans cette description de la travailleuse pauvre, l’importance de la “double journée”, qui pénalise davantage les salariées. Les femmes consacrent une heure et demie de plus par jour que leurs compagnons aux tâches domestiques, soin des enfants ou famille dépendante compris. Ce qui freine leur carrière, leur capacité de formation et explique, en partie, les inégalités salariales. Les femmes restent surreprésentées dans douze familles professionnelles (sur 87 secteurs de métiers référencés) fort peu rémunératrices, telles que les assistantes maternelles, les employées de maison, les aides à domicile et aides ménagères et le domaine de la santé, de l’éducation et du travail social en général.
Au-delà de cet inventaire, Oxfam critique assez vertement l’inaction du gouvernement pour réduire les inégalités femmes-hommes au travail, alors même qu’Emmanuel Macron en a fait une cause prioritaire de son quinquennat. « À l’heure actuelle, les réponses politiques en France ne sont pas à la hauteur des enjeux et de l’urgence », souligne Oxfam.
Les critiques portent notamment sur la loi sur la « liberté de choisir son avenir professionnel » de Muriel Pénicaud, adoptée l’été dernier, rétrécie par rapport aux ambitions initiales quant à la réduction des différences de salaire. L’idée d’agir dès le logiciel de paye pour calculer les écarts a été abandonnée, remplacée par la création d’un index des salaires que l’entreprise devra rendre public, dans une logique de “name and shame”. La ministre du travail a également promis que les contrôles de l’inspection du travail seraient renforcés.
Mais rien pour encadrer davantage le temps partiel, qui continue de faire florès. La réforme du code du travail, dans le cadre des ordonnances Pénicaud de septembre 2017, en accroissant la flexibilité de l'emploi, a été considérée par plusieurs associations et porte-parole féministes comme doublement pénalisante pour les femmes salariées.
Le plan pauvreté, annoncé en septembre 2018, s’est concentré sur les familles très pauvres, le plus souvent sans emploi. Les femmes qui travaillent peuvent se consoler avec l’annonce d’un coup de pouce de 100 euros environ sur le Smic, obtenu dans le cadre de la bataille des gilets jaunes, mais dont la mise en œuvre reste très floue.
Oxfam, à l’instar de la plupart des associations féministes, garde aussi en travers de la gorge le travail de sape de la France concernant le projet de directive européenne pour rallonger et mieux rémunérer le congé parental. Emmanuel Macron lui-même s’est opposé au texte européen, jugé trop coûteux pour la France, et qui a donc été adopté dans une version très diluée. Reste l'hypothèse d'un congé maternité pour les travailleuses indépendantes, comme les agricultrices, qui fait son chemin au sein du gouvernement. Quant à un allongement du congé paternité pour les hommes et à la possibilité de le rendre obligatoire, l'exécutif a repoussé l’idée… à plus tard.
Les femmes qui travaillent souffrent davantage que les hommes de la pauvreté, comme le souligne un rapport d’Oxfam. L’ONG accuse aussi Emmanuel Macron de n’avoir pas tenu ses engagements sur l’égalité femmes-hommes.
Beaucoup de commentateurs s’en étonnent : les femmes sont très nombreuses dans le mouvement des gilets jaunes. Même s’il faudrait faire l’analyse fine des spécificités de cette mobilisation (très locale, peu normée et peu hiérarchisée), au moins l’une des raisons est connue : les femmes sont les premières, même quand elles travaillent, à souffrir de la pauvreté.
Oxfam, dans un rapport publié le 17 décembre, rappelle des chiffres toujours accablants, signe d’une véritable « ségrégation professionnelle ». Les femmes ont un meilleur niveau d’éducation que les hommes et occupent pourtant 55 % des emplois à bas salaires et 63 % des emplois non qualifiés.
La précarité s’accorde, encore aujourd’hui, très majoritairement au féminin : 70 % des emplois en CDD et en intérim sont occupés par des femmes, de même que près de 80 % des emplois à temps partiel, alors même qu’elles sont très nombreuses à vouloir travailler davantage.
Le cercle vicieux de la pauvreté a alors vite fait de se refermer : plus d’un quart des femmes monoparentales sont des travailleuses pauvres, soit un million de femmes françaises.
Pour ces dernières, toutes les dépenses posent problème, l’entretien de la voiture, la sortie scolaire, l’achat de vêtements des enfants… Et le moindre accroc, un accident ou une maladie, peut conduire au bord du vide. Or entre 2000 et 2015, les maladies professionnelles reconnues ont augmenté de 155 % chez les femmes… contre 80 % chez les hommes. Le problème ne s’arrête pas à la retraite, que les femmes prennent en moyenne un an plus tard que les hommes, et avec une pension inférieure de 42 %.
« L’instabilité des temps de travail, la pénibilité des tâches, l’insécurité de l’emploi, mais aussi les préjugés véhiculés sur les femmes au sein des entreprises sont autant de facteurs qui alimentent la spirale de la pauvreté », écrit Oxfam, qui rappelle opportunément que la pauvreté au travail est une « violence faite aux femmes » et doit être combattue comme telle.
Oxfam n’évacue pas, dans cette description de la travailleuse pauvre, l’importance de la “double journée”, qui pénalise davantage les salariées. Les femmes consacrent une heure et demie de plus par jour que leurs compagnons aux tâches domestiques, soin des enfants ou famille dépendante compris. Ce qui freine leur carrière, leur capacité de formation et explique, en partie, les inégalités salariales. Les femmes restent surreprésentées dans douze familles professionnelles (sur 87 secteurs de métiers référencés) fort peu rémunératrices, telles que les assistantes maternelles, les employées de maison, les aides à domicile et aides ménagères et le domaine de la santé, de l’éducation et du travail social en général.
Au-delà de cet inventaire, Oxfam critique assez vertement l’inaction du gouvernement pour réduire les inégalités femmes-hommes au travail, alors même qu’Emmanuel Macron en a fait une cause prioritaire de son quinquennat. « À l’heure actuelle, les réponses politiques en France ne sont pas à la hauteur des enjeux et de l’urgence », souligne Oxfam.
Les critiques portent notamment sur la loi sur la « liberté de choisir son avenir professionnel » de Muriel Pénicaud, adoptée l’été dernier, rétrécie par rapport aux ambitions initiales quant à la réduction des différences de salaire. L’idée d’agir dès le logiciel de paye pour calculer les écarts a été abandonnée, remplacée par la création d’un index des salaires que l’entreprise devra rendre public, dans une logique de “name and shame”. La ministre du travail a également promis que les contrôles de l’inspection du travail seraient renforcés.
Mais rien pour encadrer davantage le temps partiel, qui continue de faire florès. La réforme du code du travail, dans le cadre des ordonnances Pénicaud de septembre 2017, en accroissant la flexibilité de l'emploi, a été considérée par plusieurs associations et porte-parole féministes comme doublement pénalisante pour les femmes salariées.
Le plan pauvreté, annoncé en septembre 2018, s’est concentré sur les familles très pauvres, le plus souvent sans emploi. Les femmes qui travaillent peuvent se consoler avec l’annonce d’un coup de pouce de 100 euros environ sur le Smic, obtenu dans le cadre de la bataille des gilets jaunes, mais dont la mise en œuvre reste très floue.
Oxfam, à l’instar de la plupart des associations féministes, garde aussi en travers de la gorge le travail de sape de la France concernant le projet de directive européenne pour rallonger et mieux rémunérer le congé parental. Emmanuel Macron lui-même s’est opposé au texte européen, jugé trop coûteux pour la France, et qui a donc été adopté dans une version très diluée. Reste l'hypothèse d'un congé maternité pour les travailleuses indépendantes, comme les agricultrices, qui fait son chemin au sein du gouvernement. Quant à un allongement du congé paternité pour les hommes et à la possibilité de le rendre obligatoire, l'exécutif a repoussé l’idée… à plus tard.
Pour la CGT, les revendications auxquelles il faut répondre, pour « un état d’urgence économique et social », sont : l’augmentation immédiate du Smic à 1 800 euros, l’augmentation généralisée des salaires, des pensions, du point d’indice dans la fonction publique, plus de justice fiscale, le rétablissement de l’impôt sur la fortune, l’exigence des négociations sur les salaires dans les entreprises, des services publics qui répondent aux besoins, la relance de la politique industrielle.
Les mesures annoncées par Macron ne répondent en rien à l’urgence sociale : plus de 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, et ce ne sont pas quelques euros qui vont leur changer la vie.
Les salariés ne demandent pas l’aumône mais une réelle reconnaissance de leur travail. Les privés d’emploi et les précaires subissent les choix désastreux du patronat.
Une vraie reconnaissance du travail, c’est prendre aussi en compte ceux qui ont travaillés toute leur vie et créés des richesses du fait de leur travail.
Or, l’annulation de l’augmentation de la CSG pour les retraités touchant moins de 2 000 euros de retraite pour l’année 2019, est un simulacre de réponse.
La prime exceptionnelle : elle est au « bon vouloir ». En réalité, beaucoup de salariés n’en verront pas la couleur et, cerise sur le gâteau, les entreprises qui le font déjà bénéficieront d’un effet d’aubaine par une exonération de cotisations sociales compensée financièrement par les salariés.
Macron continue sa politique libérale, ne demande rien au patronat et met en danger la Sécurité sociale en désocialisant les heures supplémentaires.
La France est le pays où les grands patrons ont eu une augmentation de salaire de 10 % en 2017, atteignant en moyenne plus de 3,8 millions d’euros par an.
Sans vouloir, aujourd’hui, revenir sur les 200 milliards d’euros de cadeaux fiscaux donnés au patronat et notamment les grandes entreprises, l’équilibre budgétaire se traduira par la double peine pour les salariés :
ils paieront encore plus d’impôts à la place des entreprises et des dividendes versés aux actionnaires ;
la réduction de la dépense publique se traduira par la dégradation des services publics, encore moins présents et aggravant les inégalités territoriales et sociales.
Pour la CGT, l’heure est à la mobilisation pour :
l’augmentation des salaires, du point d’indice des fonctionnaires ;
pour une indemnisation de tous les chômeurs parce qu’on ne choisit pas d’être licencié ;
pour la réduction du temps de travail à 32 heures ;
pour l’augmentation des pensions, pour un départ à la retraite à 60 ans à taux plein, son indexation sur les salaires, avec un départ anticipé pour la reconnaissance de la pénibilité ;
pour l’égalité salariale, il est inacceptable que les femmes perçoivent 25 % de moins que les hommes ;
pour le rétablissement de l’impôt sur la fortune et un impôt progressif.
Après le 14 décembre, la CGT appelle tous les salariés à poursuivre la mobilisation le 18 décembre.
Tandis que le secrétaire général de l’ONU alertait hier sur l’enlisement des travaux de la Cop 24 à Katowice, plusieurs pays dont la Russie, l’Arabie saoudite et les Etats Unis ont déclarait qu’ils prenaient note du dernier rapport du GIEC paru cette année sans pour autant en tirer les conséquences. Les pays membres de l’UE se sont montrés très discrets sur le sujet tandis que le parlement européen voient de voter majoritairement pour un accord de libre échange avec le Japon.
Depuis bientôt deux semaines, très peu d’informations nous proviennent de Katowice où la Cop 24 doit adopter d’ici samedi un plan d’action planétaire visant à freiner le réchauffement climatique. Notons déjà que si elle devient effective, l’action interviendra trois ans après l’objectif retenu à Paris de ne pas dépasser de +2°C, voire + 1,5°C, la température moyenne du milieu du XIXème siècle. Il reste à savoir à quel rythme interviendra la réduction globale des émissions de gaz à effet de serre (GES). Car celles des pays développés comme les Etats Unis, le Canada, l’Australie, l’Union Européenne dont la France sont reparties à la hausse ces dernières années alors qu’il faut les diviser par quatre d’ici 2050.
Mercredi, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a résumé la situation en quelques mots. Selon lui, la lutte contre le changement climatique est, pour les peuples « une question de vie ou de mort aujourd’hui. Rater cette opportunité compromettrait notre dernière chance de stopper le changement climatique, hors de contrôle. Ce n’est pas seulement immoral, ce serait suicidaire. Cela sonne comme un appel dramatique, mais c’est bien ce que c’est : un appel dramatique », a-t-il asséné.
Comment fut introduit le +1,5°C à Paris en 2015 ?
Le secrétaire général de l’ONU a aussi évoqué le dernier rapport spécial du Groupe international des études sur le climat (GIEC) pour dire que c’est « une reconnaissance saisissante des conséquences qu’un réchauffement mondial de plus de 1,5°C aura sur des milliards de personnes à travers le monde. Ce n’est pas une bonne nouvelle, mais nous ne pouvons pas nous permettre de l’ignorer », a-t-il insisté.
Il faut ici se souvenir que lors de la Cop 21 à Paris, les pays pauvres, qui sont les plus impactés par les conséquences du réchauffement, avaient fait savoir qu’ils ne signeraient pas le texte final si l’on ne se donnait pas les moyens de tendre vers cet objectif alors que +2°C était le chiffre à ne pas dépasser. Président de la Cop 21, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement dirigé par Manuel Valls, avait fait approuver cet ajout afin d’avoir un vote unanime de 196 pays sur le texte final. Mais trois ans après l’adoption de ce texte, rien n’a été mis en place. C’est même des efforts que doit faire chaque pays que l’on discute depuis près de deux semaines à Katowice.
Et en même temps, le libre échange continue de polluer plus
Hier aussi, on apprenait que le Parlement Européen avait approuvé par 474 voix pour, 152 contre et 40 absentions, un accord de libre échange entre l’Europe et le Japon. Il doit entrer en vigueur dès le mois de février 2019 et va permettre, nous dit-on, de faire entrer 85% des produits alimentaires européens au pays du soleil levant sans le moindre droit de douane d’ici quelques années. Les viandes et produits laitiers seraient les plus concernés. Comme l’Europe importe 34 millions de tonnes de soja chaque année pour les produire, augmenter en volume ces productions pour en vendre une partie au Japon amènera l’Europe à contribuer davantage encore à la déforestation de l’Amazonie pour avoir des tourteaux de soja. Aux conséquences climatiques de la déforestation s’ajouteront celles exportations accrues de viandes et de produits laitiers préservés par la chaîne du froid. Ce qui augmentera sensiblement le bilan carbone de l’assiette du consommateur japonais.
Le combat des gilets jaunes dure depuis des semaines en France contre la précarité et les bas salaires dans un pays que ses dirigeants politiques ont laissé se désindustrialiser depuis quatre décennies (1). La mèche du mécontentement a été allumée par la taxe de trop sur les carburants dont une petite partie iraient alimenter une prime à la casse dépourvue de toute efficacité écologique dans un pays où la distance ne cesse de progresser entre le lieu de résidence et le lieu de travail des salariés. Cela résulte aussi des transferts de production dans les pays à bas coûts de main d’œuvre en faisant de la France un désert industriel. Mais les princes qui nous gouvernent et les économistes qui les conseillent occultent soigneusement le bilan carbone désastreux de ces délocalisations. Depuis des décennies, on casse en France des usines en bon état de marche pour en construire d’autres dans des pays ou les salaires sont trois à dix fois plus bas. Et comme couler une tonne de béton induit l’émission de 900 kilos de CO2, le bilan carbone des délocalisations est d’autant plus désastreux que les marchandises délocalisées sont en grande partie importées.
Quand les tarifs douaniers fonctionnaient comme une taxe carbone
On oublie aussi que les tarifs douaniers, que l’on a supprimés dans tant d’accords de libre échange, rapportaient de l’argent au budget de l’Etat et, d’une certaine manière, faisaient fonction de taxe carbone sans en avoir le nom. C’est tellement vrai que le pouvoir politique a choisi ces dernières années de taxer toujours plus les contribuables que nous sommes pour financer le patronat à travers le CICE, les réduction d’impôts sur les sociétés et autres « allègements de charges » pour tenter de freiner cette poursuite des délocalisations et sans pour autant créer des emplois durables en France.
Nous entrons dans un monde fini dans lequel les matières premières ne vont cesser de se raréfier au fils des décennies de ce siècle (2). Il est donc plus que temps de remettre en cause le « libéralisme économique » tel qu’il fonctionne aujourd’hui.
(1) Sous le titre « Pas de territoires sans industries », l’Humanité-Dimanche de cette semaine publie un supplément « Spécial collectivités » de 24 pages qui apporte beaucoup d’informations aux lecteurs.
Les manipulations d’Emmanuel Macron - Par Éliane Assassi / 11 décembre 2018
Hier soir, devant 21 millions de téléspectateurs, le Président de la République s’est livré à un exercice périlleux : laisser penser qu’il a entendu la colère populaire, céder le moins possible et, surtout, jusqu’au bout, ne faire participer ni les riches ni les entreprises au moindre effort national.
Il a annoncé mot pour mot une « augmentation du SMIC de 100 euros », sans préciser qu’il s’agissait de 100 euros bruts et a fortiori que ce résultat était le fruit d’un agrégat de mesures déjà annoncées, dont l’application est seulement accélérée.
M. Joël Guerriau. Et votre rappel au règlement ?...
Mme Éliane Assassi. Le coût de l’ensemble de ces mesures serait de 12 à 15 milliards d’euros selon les différents calculs. Alors ; qui va payer ? C’est là une question clé. Tout montre que ce seront les contribuables, y compris les plus modestes, qui devront mettre la main à la poche, alors que les riches et les ultra-riches seront toujours protégés. (Brouhaha sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Claude Malhuret. Ce n’est pas un rappel au règlement !
Mme Éliane Assassi. Les choses sont simples : d’une part, il n’y a pas d’augmentation de salaire – seuls 2 à 3 millions de salariés seront concernés par l’anticipation que j’évoquais – et, d’autre part, toutes les nouvelles dépenses seront prises en charge par la collectivité. (Protestations sur des travées du groupe La République En Marche.)
Emmanuel Macron, passant du tour de passe-passe au numéro d’équilibriste, a tenté d’expliquer l’inexplicable : le refus de rétablir l’ISF pour les financiers et actionnaires de tout poil. Or l’ISF est, pour les « gilets jaunes » et pour la grande majorité de la population qui les soutient, le marqueur d’une politique dont la priorité est la satisfaction non pas des intérêts du plus grand nombre, mais de quelques intérêts privés. (Exclamations sur les travées du groupe Les Indépendants – République et Territoires.)
Nous le disons avec force au chef de l’État mais aussi à la majorité sénatoriale : rendez l’ISF, rendez ces 3,7 milliards d’euros pour participer à la justice fiscale et sociale ! (Huées sur les travées du groupe Les Républicains. – Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste et sur des travées du groupe socialiste et républicain.)
M. Joël Guerriau. Commencez par respecter le règlement !
Mme Éliane Assassi. Rendez l’ISF, pour apporter un moindre crédit à cette idée de « nouveau contrat social », qui sonne aujourd’hui comme un simple affichage de la part d’un pouvoir s’appliquant, par ailleurs, à poursuivre avec zèle la déconstruction du modèle social.
Le Gouvernement s’apprête donc à demander une seconde délibération sur l’article 82 du projet de loi de finances relatif à la prime d’activité.
Monsieur le président, notre groupe estime que, pour la clarté des débats et des choix, une seconde délibération sur les dispositions relatives à l’impôt sur la fortune devrait avoir lieu. Notre peuple a le droit de savoir en effet qui va payer les dispositions annoncées hier par Emmanuel Macron.
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Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.