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Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples
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Coronavirus : le MRAP demande la fermeture d’urgence des centres de rétention et la fin de la répression au Mesnil Amelot
Le MRAP vient de recevoir deux appels particulièrement inquiétants du centre de rétention de Mesnil Amelot. Alors que les organisations de défense des droits humains demandent instamment la fermeture des centres de rétention, le gouvernement répond à la légitime inquiétude des sans papiers par la répression. Les policiers sont intervenus ce dimanche 12 avril au Mesnil Amelot, face à cette intervention, les sans papiers ont résisté pacifiquement aux matraques et au gaz ; les téléphones ont été saisis. La situation a dégénéré samedi soir lorsqu’un sans papiers qui avait gardé du pain en sortant du réfectoire a subi des violences de la part des gardiens. En solidarité, les sans papiers sont sortis dans la cour, le directeur du centre a alors fermé les bâtiments et les sans papiers ont dû passer la nuit dehors.
Les informations qui nous sont parvenues font état d’une situation particulièrement inquiétante : un sans papier a été relâché il y a quelques jours suite à une suspicion de covid-19.
Les détenus n’ont ni masques ni gel hydro-alcoolique, et les deux personnes qui font le ménage n'ont ni javel ni produits désinfectants. Le service médical est présent une heure par jour et la laverie ne fonctionne pas . La direction du centre interdit également aux policiers de porter des masques « pour ne pas effrayer les sans papiers ». Des policiers inquiets demandent également la fermeture du centre !
Scandalisé par cette situation, le MRAP demande une nouvelle fois la fermeture des centres de rétention et la régularisation des sans papiers comme cela a été fait au Portugal.
Paris le 12 avril 2020
Quarante-cinq sans-papiers retenus au Mesnil-Amelot ont occupé la cour de leur centre, dans la nuit de samedi à dimanche, pour réclamer leur libération. Le mouvement a pris fin dimanche matin par une répression violente de la police.
Ils demandent leur libération immédiate. En pleine crise sanitaire, environ 170 étrangers, sans titre de séjour et promis à l’expulsion, sont toujours retenus dans des centres de rétention administrative (CRA), sans aucune précaution sanitaire. « On vit dans des conditions ignobles. Rien n’est désinfecté, les policiers qui entrent et sortent n’ont pas de gel, pas de masque, nous non plus, rien. Franchement, on a peur de tous l’attraper et quand on dit quelque chose, les policiers nous frappent », s’alarme Karim (*), retenu depuis un mois au CRA du Mesnil-Amelot.
Samedi soir, dans ce centre de Seine-et-Marne, les 45 retenus ont occupé la cour aux cris de « Liberté ! », afin de demander la fermeture immédiate du CRA. « On a discuté avec le directeur du centre mais il nous a dit qu’il n’avait aucune solution à nous apporter, déplore l’un des retenus. On lui a dit qu’on resterait dans la cour jusqu’à ce qu’ils ferment et on a ramené nos matelas. » Mais le directeur du centre a ensuite fermé les grilles et réquisitionné les matelas des retenus, pour éviter l’incendie.
Dimanche matin, une centaine de policiers sont intervenus pour réprimer la révolte, non sans violences. « Ils nous ont tous regroupés dans un coin, plaqués au sol et pris nos téléphones. J’en ai vu quelques uns se prendre des coups de matraque, du gaz, alors qu’on ne bougeait plus », raconte Karim. Sept retenus, identifiés comme « leaders » ont été embarqués, les autres ont été enfermés dans leurs chambres. « Ils nous ont dit qu’on pourrait ressortir lundi si on était sages, poursuit-il. Mais que si on recommençait, ils allaient nous faire mal et on serait condamnés. »
La peur des retenus a enflé, ces derniers jours, après l’annonce d’un cas de contamination au Covid-19 au CRA de Vincennes (Val-de-Marne), jeudi. Le parquet de Paris a été saisi pour demander l’ouverture d’une information judiciaire sur la situation sanitaire dans le CRA. A Vincennes, où 52 personnes sont encore retenues, et au Mesnil-Amelot, plusieurs prisonniers ont entamé ces dernières semaines des grèves de la faim, en vain.
Depuis le début du confinement, de nombreux avocats et associations réclament la fermeture de ces centres. Des demandes de mise en liberté pour tous les prisonniers ont été transmises aux juges des libertés et de la détention, en s’appuyant à la fois sur la fermeture des frontières (et donc l’impossibilité d’expulser) et les conditions sanitaires. Dans les dix premiers jours du confinement, plus de 1 300 prisonniers ont été libérés. Ils sont encore environ 700 à être retenus dans les CRA.
Fin mars, les associations ont déposé un reféré auprès du Conseil d’Etat pour demander « la fermeture temporaire des CRA », lequel a été rejeté le 27 mars, les magistrats jugeant que le maintien en rétention n’est pas un « facteur d’évolution de l’épidémie ». Depuis, de moins en moins de remises en liberté sont prononcées, « les juges considérant qu’il n’y a plus de risque de contamination dans les CRA parce qu’il y a moins de prisonniers enfermés », déplore Rafael Flichman, de la Cimade.
En plus du risque sanitaire élevé auquel sont exposés les prisonniers des CRA, leurs conditions de vie se sont dégradées. « Les parloirs sont interdits ; quand on est malades, on nous dit qu’on ne peut rien faire pour nous, les cellules et les salles communes sont de plus en plus sales, les policiers de plus en plus violents », énumère Karim, retenu au centre du Mesnil-Amelot.
Les 700 étrangers toujours en rétention s’inquiètent également de leur avenir, alors qu’ils sont promis à l’expulsion. « On nous dit que les avions ne décolleront pas avant septembre. Ça veut dire qu’on va rester croupir ici jusque-là ? s’inquiète Karim. Physiquement et mentalement, j’en suis malade. Je n’ai plus de contact avec l’extérieur puisqu’il n’y a plus de parloir et qu’on nous a pris nos téléphones, et on ne sait même pas ce qu’on va devenir. »
Si les expulsions sont pour le moment impossibles, la loi limite cependant la rétention des étrangers sans titre de séjour à 90 jours. Qu’adviendra-t-il, alors, des personnes qui atteindront cette limite mais ne pourront être expulsées ? Les associations craignent une modification de la loi. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui est revenu jeudi sur la situation dans les CRA, n’a apporté aucune réponse à cette question.
(*) Le prénom a été modifié.
Dans ce domaine, la France a commis des erreurs lourdes de conséquences. Détecter l’immunité de la population paraît indispensable pour envisager et mettre en place le déconfinement.
« Tester, tester, tester ! » La consigne, martelée depuis plus d’un mois par l’OMS, aura mis du temps à être respectée. Après plusieurs semaines de déni, entre février et mars, le gouvernement français a fini par revoir sa stratégie pour passer d’un « usage rationnel » des tests à un « dépistage massif ». Un revirement devenu quasi obligatoire, notamment dans la perspective du déconfinement. Pour l’heure, le test PCR est le seul à pouvoir être réalisé en France pour dépister le Covid-19. Par prélèvement nasal, il permet de repérer la présence du génome viral, donc de la maladie au moment du test.
Actuellement, environ 12 000 tests PCR sont réalisés chaque jour, contre 4 000 il y a encore trois semaines, avant le changement de doctrine. Lundi, Olivier Véran a annoncé un objectif de 50 000 tests quotidiens pour la mi-avril . « Il faudrait atteindre le niveau de l’Allemagne, qui réalise entre 300 000 et 500 000 tests par semaine, mais pour l’instant, ce n’est pas possible, à cause d’une pénurie de réactifs », détaille Bernard Binetruy, directeur de recherche à l’Inserm. Le réactif est le composé qui réagit si le virus est présent dans l’échantillon prélevé – il est produit principalement en Chine et aux États-Unis. Pour avoir choisi de tester peu, les autorités sanitaires françaises n’ont pas anticipé une augmentation nécessaire de l’importation de ces produits.
Il y a pourtant urgence à démultiplier les dépistages, afin d’isoler les malades, notamment ceux hospitalisés ou vivant dans des centres d’hébergement collectif. « Ces isolements seront aussi utiles pour envisager la suite de l’épidémie et envisager le déconfinement, explique Bernard Binetruy. En parallèle, un dépistage massif par des tests sérologiques reste indispensable. » Ces tests, effectués par prélèvement sanguin, visent à détecter si une personne a développé des anticorps contre le virus, plusieurs jours après avoir contracté la maladie. Quand le PCR dévoile si une personne est atteinte aujourd’hui du Covid-19, le test sérologique permet, lui, de détecter l’immunité de la personne. L’intérêt sera individuel : les personnes immunisées pourraient ne plus être obligées de se confiner. Mais aussi collectif, en permettant d’évaluer l’avancée de l’épidémie et l’immunité générale de la population.
« On estime que, pour pouvoir mettre fin à l’épidémie, il faut que 60 % de la population soient immunisés, détaille Bernard Binetruy. Quel que soit le scénario de déconfinement choisi (progressif, par étape, par région…), il sera nécessaire d’avoir une image globale de l’immunité de la population dans le temps, pour maîtriser à la fois le déconfinement et l’épidémie elle-même. Il faudra donc dépister le plus de personnes possible. »
Ces tests sérologiques ne sont pas encore disponibles mais la PME bretonne NG Biotech, qui se présente comme la « seule » entreprise approuvée en France à commercialiser un test « rapide », espère pouvoir fournir ses 500 000 premiers exemplaires en mai, et poursuivre avec un objectif de 6 millions de tests en six mois. Pas encore suffisant pour un dépistage vraiment massif. Ce qui pourrait prolonger d’autant le confinement.
Quelles que soient ses modalités et son échéance, la fin du confinement dépend d’outils encore indisponibles, rendant très incertaine l’issue de la crise sanitaire.
Alors qu’Emmanuel Macron doit à nouveau prendre la parole devant les Français lundi 13 avril, les espoirs de ceux qui pensaient entrevoir une date limite au confinement sont douchés pour un bon moment. Le 7 avril, devant l’Assemblée nationale, le premier ministre Édouard Philippe a prévenu : « Aujourd’hui, c’est l’heure du confinement. Et l’heure du confinement va durer. » Mercredi, en annonçant la prise de parole du président de la République pour le 13, il était désormais acquis pour le pouvoir qu’il allait falloir jouer les prolongations. Mais alors, quand les autorités seront-elles en mesure d’entamer un déconfinement, fût-il progressif ?
La réponse est à ce jour quasiment impossible à donner. Non parce que la pandémie serait en elle-même imprévisible, mais parce que son issue dépend avant tout de la mise à disposition d’outils qui n’existent pas encore, du fait de choix politiques antérieurs à la crise sanitaire. Pour déconfiner la population, et en l’absence de vaccin, le gouvernement doit d’abord savoir où en est exactement l’épidémie sur le territoire national : quelle proportion de la population a été contaminée et donc immunisée. Les épidémiologistes estiment qu’il faut que 60 % à 70 % de la population ait rencontré le virus pour obtenir une « immunité collective » et entrevoir la fin de l’épidémie.
Or, à ce jour, les seuls indicateurs fiables sortent des hôpitaux. Il s’agit des cas avérés, c’est-à-dire testés, du nombre de personnes en réanimation et en service de soins intensifs, du nombre de décès… Autrement dit, il s’agit d’informations partielles. On sait que ce virus est très contagieux, et qu’il peut être asymptomatique ou ne donner que des symptômes bénins. Des milliers de cas passent donc en dessous des radars, tandis que le recensement du nombre de décès dans les Ehpad n’a démarré que depuis une semaine.
En conséquence, les hypothèses de sortie du confinement se sont considérablement compliquées. Le pic épidémique était jusqu’ici attendu en France pour le milieu du mois d’avril. Une étude réalisée par le groupe Boston Consulting est plus pessimiste : elle situerait ce pic un mois plus tard, à la mi-mai. Et envisagerait donc une fin du confinement entre la mi-juin et la fin juillet… Pour les scolaires, l’hypothèse d’une reprise des cours seulement en septembre est même évoquée.
Interviennent ensuite les différents scénarios de sortie du confinement. D’abord, le « stop and go » : une alternance entre période de « distanciation sociale », telle qu’elle est en vigueur depuis le 17 mars en France, dès que les admissions aux urgences augmentent, et retour à la vie normale. Ensuite, le déconfinement en fonction des tranches d’âge : les plus âgés, plus vulnérables au virus, resteraient confinés plus longtemps afin de limiter le nombre de décès. Enfin, il reste le scénario d’un déconfinement au cas par cas : confiner les malades avérés et leur entourage, déconfiner ceux qui ont guéri ou ne sont pas porteurs.
Cette hypothèse ne serait possible qu’à l’aide, d’une part, d’un dispositif de traçage des malades et de leurs contacts grâce à des applications sur smartphone, utilisé en Chine et en Corée du Sud et étudié par le gouvernement en France sur la base d’un engagement volontaire. D’autre part, il dépend de l’existence et de la disponibilité massive des tests rapides. Cinq millions de ces tests sont actuellement commandés selon Olivier Véran, le ministre de la Santé, ce qui devrait permettre un dépistage de 100 000 personnes par jour… mais pas avant le mois de juin.
Outre la crise sanitaire qui se rallonge donc pour une durée indéterminée, ce sont ses conséquences économiques qui s’en trouvent de moins en moins calculables. Après trois semaines de confinement, la Banque de France annonçait déjà 6 % de récession pour le PIB français au premier trimestre de 2020.
Publié le
Pour faire aux conséquences de la crise du Coronavirus, des députés du parti communiste et du groupe de la Gauche démocratique et républicaine proposent près de « 75 mesures d’urgence. » Parmi les propositions fortes, un « plan de soutien de 10 milliards d’euros aux hôpitaux publics », ou encore l’organisation d’une campagne de dépistage systématique du virus.
Les députés communistes et leurs alliés ultramarins du groupe de la Gauche démocratique républicaine proposent jeudi 75 mesures d’urgence
pour faire face aux conséquences sociales et économiques de l’épidémie de covid-19 qui ont vocation à être immédiatement applicables
.
Ces propositions qui se veulent une première étape
, visent à protéger la santé, les conditions de vie de nos concitoyens ainsi que la démocratie de notre pays
, indiquent les élus dans un document transmis à la presse listant leurs propositions.
Parmi celles-ci, regroupées en chapitres (urgence sanitaire, sociale, économique, démocratique…) figurent un plan de soutien de 10 milliards d’euros aux hôpitaux publics
, des mesures de réquisition d’entreprises pour fabriquer des produits sanitaires manquants (masques, gants, gel hydroalcoolique, bouteilles d’oxygène…)
ou encore l’organisation d’une campagne de dépistage systématique du coronavirus.
Au chapitre de l'urgence sociale
, les élus communistes plaident pour le retrait définitif de la réforme de l’assurance chômage, une indemnité de chômage partiel à hauteur de 100 % du salaire net
ou encore la suspension immédiate des dérogations en matière de droit du travail en période d’urgence sanitaire
.
En matière d'urgence économique
, ils proposent par exemple une concertation avec les partenaires sociaux pour dresser, par décret, une liste des secteurs utiles à la nation
, les autres devant être arrêtés et les salariés indemnisés. S’y ajoutent des mesures en matière de solidarité
, comme la gratuité des transports en commun et des péages
pour aider les salariés qui travaillent.
Au titre de l'urgence démocratique
, ils évoquent notamment l’idée d’un nouveau droit d’interpellation
, qui permettrait à un groupe de demander à entendre un ministre en commission.
D’autres mesures concernent l’éducation et la culture, afin notamment de garantir les droits des intermittents, la justice, avec par exemple la suppression de l’allongement des délais de la détention provisoire
, ou encore la diplomatie.
Certaines de ces mesures transitoires ont d’ores et déjà été portées et défendues par le groupe, notamment lors de l’examen des projets de loi d’urgence
fin mars, précisent les députés.
Tout le monde s’accorde à dire que la pandémie du Covid-19 amplifie les inégalités. De nombreux gouvernements en Europe appellent à la solidarité, appellent la population à faire « bloc » pour lutter contre cette pandémie. Mais derrière ces mots, des populations sont oubliées et, entre autres, les personnes migrantes.
Une fois de plus, l’UE est incapable de s’accorder sur ce sujet, incapable de faire preuve de solidarité, d’humanité et peut-être même incapable d’aborder le sujet.
Et pourtant, les conditions sanitaires des demandeurs d’asile en Grèce sont sordides, indignes depuis des mois. Le gouvernement conservateur grec a suspendu le droit d’asile et a remplacé les « camps » existants sur les îles en centres de détention fermés. Des lieux où il sera totalement impossible de contenir l’épidémie du coronavirus. L’accès à l’eau est très insuffisante pour permettre les règles d’hygiène nécessaire et la surpopulation rend totalement impossible la distanciation sociale imposée pour réduire les risques de transmission. Ce sont des dizaines de milliers de personnes abandonnées sans défense contre le virus. Plusieurs détenus du centre de rétention administrative de Moria sur l’île de Lesbos viennent d'entamer une grève de la faim pour alerter sur leur situation que le gouvernement grec qualifie lui-même de "bombe sanitaire".
Au même moment, l’Italie ferme de nouveau ses ports à un bateau de l’ONG allemande Sea Eye qui a, à son bord, 150 migrants en utilisant l’argument de l’épidémie.
La France refuse de libérer les personnes détenues en centre de rétention administrative alors que toute demande d’asile, tout recours sont impossibles durant l’état d’urgence sanitaire mais elle accepte volontiers le renfort de personnes en attente de régularisation pour aider les producteurs de fruits et légumes à ramasser leur récolte.
Ce n’est pas le virus qui aggrave les inégalités mais plutôt les politiques de discrimination, et le mépris.
Le Portugal a annoncé il y a quelques jours une régularisation temporaire de tous les immigrés présents dans le pays en raison de la pandémie. Cela leur permet d’accéder à des droits sociaux et au système de santé pendant la période d’impossibilité d’examens des dossiers administratifs. C’est un premier pas, certainement insuffisant mais intéressant tout de même qui devrait inspirer l’Union européenne.
Le Parti communiste français demande au gouvernement d’examiner au plus vite la possibilité de régularisation des sans-papiers présents sur le territoire national et leur permettre d’accéder aux droits sociaux et droit à la santé.
Le PCF demande la libération de toutes les personnes détenues en centre de rétention administratif pour leur permettre de se protéger au mieux du virus.
L’heure est à la solidarité avec toutes et tous sans laisser personne de côté.
Tirons les leçons de la crise actuelle et pallions aux dysfonctionnements générés par les politiques menées depuis des années.
La protection et la promotion des services publics doit être une priorité, dès aujourd’hui et pour demain. Ils sont les garants de notre santé, de notre éducation, de notre avenir. Ils sont les meilleures armes face à des inégalités croissantes et les garants du respect des droits fondamentaux. Les protéger, c’est investir dedans. C’est aussi revaloriser les personnes qui y travaillent et leur donner les moyens d’agir.
La crise sanitaire actuelle est une loupe grossissante d’inégalités criantes.
Nous ne pourrons accepter que les choix politiques qui seront faits viennent les accentuer. Ils devront au contraire les réduire, en priorité pour les femmes, aujourd’hui en première ligne de la crise, et pour les plus vulnérables, en France et dans le monde.
Enfin, nous voyons aujourd’hui toute la violence humaine et sociale d’une crise qui a pris nos sociétés de cours. Ne faisons pas la même erreur face à la crise climatique, dont les effets se font déjà sentir fortement et qui seront encore plus dévastateurs à l’avenir.
Les choix faits pour demain ne doivent en aucun cas privilégier le court terme, et sacrifier la planète à une croissance « coûte que coûte ». Une autre voie est possible, et ensemble, nous pouvons la défendre.
Aujourd’hui, nous avons le pouvoir de construire le monde de demain, pour qu’il soit le reflet de nos aspirations : un monde plus juste, durable et solidaire.
Ne laissons pas les décisions se prendre sans nous et contre nous. Nous avons le pouvoir citoyen.
*Pétition à l’initiative de : Action Non-Violente COP 21, Alternatiba, Attac France, CCFD Terre Solidaire, Confédération paysanne, CGT, Convergence nationale des Services Publics, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fondation Copernic, Greenpeace France, les Amis de la Terre France, Oxfam France, Reclaim Finance, Unef, Union syndicale Solidaires, 350.org. Pétition soutenue par : Action Aid France, Fidl, Il est encore temps, Le mouvement, MNL, Notre affaire à tous, Partager c’est sympa, SOL, Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature, UNL.
Production et commerce des armes : loin des urgences, loin des besoins essentiels
Notre pays traverse une crise sans précédent.
Le monde du travail est frappé de plein fouet, ce qui ne l’empêche pas d’assumer chaque jour ses
responsabilités, notamment pour soigner les malades et assurer les besoins essentiels.
Chaque jour qui passe conduit à mesurer davantage l’ampleur des ravages des politiques d’austérité en particulier en matière de santé. Alors que les hôpitaux sont fortement sollicités, pour beaucoup saturés, alors
que la pénurie en matériels de protection touche y compris les personnels soignants, il y a urgence à prendre
des mesures fortes pour protéger la santé du plus grand nombre et éviter, autant que possible, l’engorgement du système de santé.
Depuis plus de trois semaines, la CGT demande l’arrêt des activités non-essentielles à la satisfaction des besoins vitaux de la population.
Dans de nombreux secteurs, les employeurs, encouragés par le gouvernement agissent dans un sens
diamétralement opposé. Il en va ainsi des entreprises et du ministère des Armées dans le domaine de la
production d’armement.
Si la CGT reconnaît le rôle spécifique de l’industrie de défense dans le maintien de la souveraineté nationale,
et estime que les réponses aux besoins essentiels de soutien des forces soient assurées en cette période est
acceptable, elle affirme que les développements et la production de matériel neuf peuvent attendre.
Parmi les exemples les plus révoltants, nous relevons celui de l’usine Dassault d’Argonay (Haute-Savoie) que
l’avionneur a redémarré le 6 avril pour honorer les commandes de chasseurs Rafale passées par l’Inde ou
encore la direction d’Eurenco qui continue à vouloir redémarrer la fabrication d’explosifs militaires sur le site de Sorgues, au mépris tant de la santé des salariés que des risques supplémentaires de saturation de nos hôpitaux.
D’autres unités de production d’armement poursuivent leur activité ou sont en phase de redémarrage, comme à Safran, Naval Group ou dans les secteurs étatiques comme le Service Industriel de l’Aéronautique.
Entrainant également les entreprises sous-traitantes et travaillant à des productions du domaine militaire, les
groupes donneurs d’ordres participent ainsi à la mise en risque de salariés dont l’activité ne relève pas de ce
que nous identifions comme étant essentiel à la marche de la nation et à la préservation des populations. Parfois même, des entreprises se découvrent une production de nécessité, alors que leur activité principale relève du matériel destiné aux armées et que toutes nos propositions de maintien d’activité de diversification étaient, hier, balayées au nom de la rentabilité.
Alors que la France et la planète font face à une pandémie ravageuse, la CGT, ses Fédérations des Travailleurs
de la Métallurgie et de l’État, affirment avec force que la production militaire n’est pas une priorité. Elles
considèrent que la crise en cours doit être l’occasion de redéfinir les finalités de la production industrielle et
d’engager la réorientation d’unités de production vers les besoins vitaux actuels pour les populations.
La France étant devenue en 2019 le troisième pays exportateur d'armement au monde, ce secteur industriel,
largement soutenu par les budgets étatiques, possède les moyens financiers et humains d’opérer ces choix
novateurs, en phase avec les besoins de la période. Nos organisations rappellent que, par exemple, la CGT
porte depuis plus de 8 ans au sein du groupe Thalès un projet industriel de reconstruction d’une filière d’imagerie médicale en France. Elle s’appuie sur des savoirs et savoir-faire qui pourraient avoir de réels débouchés pour développer des solutions rapides et efficaces de diagnostic, améliorer via l’intelligence artificielle les procédures de diagnostic, les détections en imagerie. Il s’agit d’un projet qui serait un apport tout à fait adéquat concernant la pandémie actuelle. La CGT de Dassault Aviation porte, elle, la revendication de diversifier ses activités vers des projets dans les domaines de l’éolien ou de l’hydrolien. Ces quelques exemples concrets de véritables projets industriels répondent aux besoins du pays et de l’humanité, à partir d’atouts industriels maitrisés par un personnel hautement qualifié.
La CGT, ses Fédérations des Travailleurs de la Métallurgie et de l’État, exigent une nouvelle fois que les
pouvoirs publics et le patronat agissent dans le sens de la priorité qui doit être donnée à la vie. Dans le secteur de la Défense comme ailleurs, les activités dites essentielles doivent être mieux définies en concertation avec les représentants du personnel.
Elles exigent l’arrêt, jusqu’à nouvel ordre, de toutes les unités de production ne concourant pas à la satisfaction des besoins vitaux de la population, notamment de toutes les activités visant à l’exportation d’armes.
Elles demandent la réquisition des stocks de matériels de protection détenus par le patronat, dans ces unités
de production, et leur affectation aux personnels soignants et travailleurs des secteurs essentiels.
Elles demandent la reconversion et la diversification provisoires, voire pérennes, des unités de production
pouvant engager rapidement la fabrication des matériels médicaux utiles à la santé de nos concitoyens et des populations mondiales.
Montreuil, le 9 avril 2020
Indispensables aux personnes dépendantes - qu’ils tiennent, par leurs soins, éloignées des hôpitaux -, ces personnels restent largement sous-payés et souvent peu protégés. Ils racontent leur quotidien.
« S i on ne va pas les voir, les personnes dont on s’occupe vont mourir », résume Bruno Evenor. Depuis le début de l’arrivée du coronavirus à Strasbourg, cet auxiliaire de vie se démène pour continuer ses visites quotidiennes aux personnes âgées et handicapées dépendantes dont il a la charge. Courses, nourriture, habillage, douches, changes : sa présence est indispensable. « Au départ ça a été compliqué. Certains bénéficiaires n’avaient plus rien à manger. On n’avait pas encore reçu de bons et j’ai dû prendre sur mes deniers pour assurer le minimum », explique Bruno, qui gagne 800 euros net par mois pour 26 heures de travail hebdomadaire. Comme lui, des millions de salariés du secteur de l’aide à la personne, à domicile, tentent depuis le début de la crise de maintenir en bonne santé des personnes très fragiles. « Leurs salaires sont très bas et ils sont envoyés en première ligne sur le front de la crise sanitaire », s’offusque Stéphane Fustec, conseiller fédéral en charge du service à la personne à la CGT.
« L’aide à domicile, c’est un rempart. Si on veut éviter que les gens finissent à l’hôpital, il faut que ceux qui prennent soin d’eux soient protégés. Mais il y a eu du retard à l’allumage sur l’aide à domicile », explique Laurène Dervieu, conseillère personnes âgées et en situation de handicap à l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss), qui fédère les principaux acteurs associatifs du secteur. La distribution de masques y a été encore plus tardive et parcimonieuse que dans d’autres secteurs, Ehpad compris. « Nous avons des masques, mais au compte-gouttes : un par personne et par jour, alors qu’en principe, on devrait les changer toutes les quatre heures. Nous avons une réserve pour 10 à 15 jours, c’est angoissant. Et jusqu’au 25 mars, c’était rien du tout. Le président a parlé d’une guerre. Mais moi, j’ai l’impression d’envoyer des soldats au front sans protection », explique Mireille (1), infirmière coordinatrice d’un Ssiad (service de soins infirmiers à domicile) en région Centre. Bien qu’en pleine zone infectée, Bruno Evenor n’a vu arriver les masques que… début avril. Entre-temps, il s’est débrouillé grâce à des amis. « Je suis asthmatique et j’ai des bronchites chroniques. Je n’aurais pas pu travailler sans. » En fait, c’est tout le matériel de protection qui fait défaut. « Idéalement, il faudrait des gants, une visière, une surblouse, pour pouvoir intervenir sans risque », note Laurène Dervieu.
« Sur le terrain, c’est le bazar. On pâtit du cloisonnement des politiques sanitaires et sociales », poursuit la conseillère de l’Uniopss. Entre les agences régionales de santé (ARS) qui distribuent des masques et celles qui les réservent aux seules structures d’État, les départements qui en livrent aux associations et ceux qui n’en ont pas, les pharmacies frappées de pénurie et celles qui rechignent, malgré les consignes, à en donner aux personnels de l’aide à domicile, personne n’est logé à la même enseigne. Mireille souligne le caractère arbitraire et mortifère de ces politiques : « Comme la région Centre n’était pas encore très touchée, l’ARS avait exclu le personnel de l’aide à domicile de l’accès aux masques. Du coup, on s’est fait traiter d’irresponsables par nos collègues libéraux. » Autre signe d’incohérence, certaines inspections du travail ont sanctionné des associations employeuses pour défaut d’un matériel de protection auquel l’État leur a refusé l’accès. Il en va de même pour les tests, en principe indispensables pour éviter les risques de contamination, mais dont cette main-d’œuvre est encore exclue. Résultat, les cas suspects sont systématiquement mis à l’arrêt, alors que le secteur, en tension même sans virus, manque de bras. « Il y a beaucoup d’angoisse chez les personnels qui ont peur d’être infectés et de contaminer patients et familles. Certains conjoints leur disent “tu n’y retournes pas” », raconte Mireille.
Pour pallier le manque de protections, entreprises et associations ont reçu la consigne de se concentrer sur les missions vitales. Mais pour ceux qui restent, la charge est lourde. « On croule sous le travail. C’est le premier week-end que je prends depuis début mars. J’ai trois jours de repos et je repars sur deux semaines d’affilée. C’est épuisant », raconte Bruno Evenor. Cette réduction des activités a aussi des conséquences pour les bénéficiaires. « Il y a une baisse de moral chez nos patients. Non seulement, ils voient moins de monde, mais en plus, comme on nous demande de réduire au maximum notre temps de présence, on n’a plus le temps de discuter. Il y a aussi une perte de repères, parce que les horaires ont changé. C’est très perturbant pour des personnes âgées », explique Bruno, qui a acheté des jonquilles à certains pour leur remonter le moral.
Comme beaucoup d’autres professions de cette « France d’en bas » qui va au front au péril de sa vie, les salariés du secteur de l’aide à domicile souffrent d’un manque de reconnaissance. « C’est très dur pour ces gens, en bas de l’échelle, de voir qu’on les oublie, alors que leur rôle est tellement essentiel pour le lien social », estime Laurène Dervieu. Preuve que rien n’a changé malgré la crise, l’obtention du chômage partiel est loin d’être assurée, alors même qu’on a demandé aux aides à domicile de réduire leurs missions. « Je suis admiratif de ces salariés qui continuent à travailler sans aucun soutien. Ils font preuve d’une abnégation et d’un attachement aux personnes impressionnants, renchérit Stéphane Fustec. Après la crise, il faudra qu’ils soient enfin reconnus. »