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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 07:00
Ehpad : tout ce qui aurait pu éviter ce drame... et qui a été ignoré (L'Humanité, 21 avril 2020, Aurélien Soucheyre et Maurice Ulrich)
Mardi, 21 Avril, 2020 - L'Humanité

Ehpad : tout ce qui aurait pu éviter ce drame... et qui a été ignoré

« Notre pays ne remplit pas ses devoirs à l’égard des plus vulnérables. » Ce terrible constat sur les Ehpad, corroboré par des élus FI et PCF, a été dressé par une députée LaREM... en 2017. Depuis, le gouvernement a reçu une foule de rapports alertant sur la situation catastrophique dans les établissements pour personnes âgées dépendantes. Mais les solutions proposées ont quasiment toutes été enterrées.

 

Avant même d’être frappés de plein fouet par l’épidémie de coronavirus, les Ehpad étaient déjà en « profonde crise ». La sonnette d’alarme a été tirée à maintes reprises, et de nombreux rapports ont été remis au gouvernement depuis l’élection d’Emmanuel Macron, qui n’a jamais répondu à la hauteur des enjeux. Dès septembre 2017, les députés PCF et FI s’émeuvent d’une grève de 117 jours dans un établissement, les Opalines à Foucherans (Jura). La commission des Affaires sociales met en place une « mission flash » en urgence, conduite par Monique Iborra. « Notre pays ne remplit pas ses devoirs à l’égard des plus vulnérables », alerte la députée LaREM, qui livre des conclusions au vitriol. Les Ehpad sont en sous-effectif grave, avec des conditions de travail indignes. Les accidents du travail y sont deux fois supérieurs à ceux du BTP. Les salaires des personnels beaucoup trop faibles, et les prix souvent exorbitants pour les familles. La tarification à l’acte est qualifiée « d’équation kafkaïenne », et le service rendu insuffisant. « Les Ehpad sont un lieu de souffrance de notre société. Souffrance de la maltraitance et souffrance au travail », dénonce le député PCF Pierre Dharréville.

En 2018, 31 mesures pour «changer de modèle»

Mais le gouvernement refuse tout plan ambitieux et se cache derrière des promesses. Les parlementaires reviennent à la charge en mars 2018. Le sénateur LR Bernard Bonne pointe dans un rapport « une dérive sanitaire de l’Ehpad », et appelle à une réforme globale. Quelques jours plus tard, Monique Iborra et l’élue FI Caroline Fiat (lire aussi notre entretien) présentent une nouvelle mission. « La profonde crise des Ehpad ne peut laisser indifférent », écrivent-elles, sachant que les « professionnels expriment ne plus pouvoir exercer dans des conditions humaines et décentes leur métier », avec le soutien des directions et l’interrogation constante des familles. Elles indiquent en outre que les structures privées sont en moyenne plus chères et moins dotées en effectifs que les publiques. Et s’inquiètent que, avec 24,5 aides-soignants et 6 infirmiers pour 100 résidents, le temps de soin et de toilette est « inférieur à une heure par jour ». Elles proposent enfin un plan de 31 mesures pour un « changement de modèle ».

Buzyn alertée : il manque 60 000 postes

Olivier Véran, alors rapporteur du budget de la Sécurité sociale, les chiffre à 7 milliards d’euros. Soit beaucoup trop pour le gouvernement. Mais l’exécutif, conscient que la question monte, prend soin de déployer sa communication. La ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, assure qu’un plan est en préparation. En janvier 2019, elle reconnaît que les Ehpad sont « à bout de souffle », et que 20 000 postes vont être créés, sur 60 000 manquants… En mars, lors des assises des Ehpad, elle annonce « des mesures fortes », dès lors que le rapport de Dominique Libault, président du Haut Conseil du financement de la protection sociale, lui sera remis. « Le gouvernement passera à l’action pour porter des solutions immédiates » qui feront « une différence dès 2019 », affirme-t-elle.

Beaucoup de promesses pour quelques mesurettes

Agnès Buzyn reçoit le rapport quelques jours plus tard. Il préconise la création de 80 000 postes d’ici à 2024, l’utilisation de 3 milliards d’euros sur dix ans pour rénover les Ehpad, des baisses de reste à charge de 300 euros pour les plus modestes et un soutien de 550 millions pour les services d’aide à domicile. Mais l’heure n’est pas encore à présenter la « loi grand âge ». Si bien qu’en août 2019, la ministre en est toujours à promettre « de l’argent pour les Ehpad », pour le budget… de 2020. En octobre 2019, nouveau rapport, cette fois-ci signé par l’ancienne ministre du Travail Myriam El Khomri, qui propose 825 millions d’euros pour de nouvelles embauches. « Nous ne sommes pas préparés au vieillissement de la population », s’inquiète alors Agnès Buzyn, qui finira par présenter des mesurettes après avoir beaucoup communiqué et ignoré la proposition de loi « d’urgence pour la santé » des parlementaires PCF, pourtant conséquente et budgetée.

Mardi, 21 Avril, 2020 - L'Humanité

Éditorial. Marchandise

L'éditorial de Maurice Ulrich. 

La loi grand âge, lancée au son du clairon avec une vaste consultation en ligne à l’automne 2018, devait donner des pistes, élaborer des solutions. Il y a eu des milliers de réponses, des propositions. Depuis, rien

À la liste des cyniques et des imbéciles dopés par la crise, on peut ajouter Christophe Barbier, avec mention, sur BFM, appelant à une reprise rapide pour l’économie : « Pour sauver quelques personnes âgées, on va mettre des milliers de gens au chômage ? » Cynique et imbécile, au service de cette perversion intellectuelle qui a fait de « l’économie » et plus précisément du profit et de la rentabilité, quoi qu’il en coûte, l’alpha et l’oméga des politiques libérales. C’est précisément parce que la santé de tous, et plus encore celle des personnes âgées, lui a été soumise que nous en sommes là.

On pensait des propos comme ceux-ci proscrits par les pages les plus sombres de l’histoire, car il ne s’agit pas de « quelques personnes très âgées », mais de près de 8 000 morts désormais dans les Ehpad, dont environ 300 appartiennent au groupe Korian, avec 30 000 lits. Les bénéfices de la société, cotée en Bourse, ont progressé de 10,4 % l’an passé et sa présidente, dont le salaire avoisine le million d’euros, se flattait de sa solidité. Aurait-on oublié les grèves qui se sont multipliées, cette même année, pour les salaires, les conditions de travail et d’accueil, les moyens d’aide et de soin ? Pour « l’économie », l’âge et la dépendance sont un marché et, disons-le avec rage, « les vieux » sont une marchandise.

En juin et juillet 2018, devant la Mutualité française et devant le Congrès, Emmanuel Macron évoquait la dépendance. Au rythme actuel, elle devrait concerner 1,6 million de personnes en 2030, 2,5 millions en 2060. Il invitait à regarder le problème en face : « Ne pas le voir ou considérer que ce serait l’affaire de quelques-uns, c’est ne pas nous traiter dignement nous-mêmes », ou encore, « il nous faut construire pleinement le financement et l’organisation de ce risque social ». En les laissant au privé ?

La loi grand âge, lancée au son du clairon avec une vaste consultation en ligne à l’automne 2018, devait donner des pistes, élaborer des solutions. Il y a eu des milliers de réponses, des propositions. Depuis, rien. Le monde d’après, comme on dit maintenant, va-t-il apporter des réponses ? Il faudrait, il faudra, changer de vision de « l’économie ».

Par Maurice Ulrich

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