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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 09:30

La pandémie porte à son point le plus haut la contradiction entre les cadeaux faits aux laboratoires et l’austérité imposée au secteur de la santé. Engagée pour l’accès au médicament, Gaëlle Krikorian décrit les enjeux de la réinvention d’un autre type d’intervention publique dans ce domaine.

 

Des dizaines de millions de doses de vaccin, arrivant à péremption, en passe d’être détruites, des centaines de millions encore à livrer jusqu’à fin 2023… Après avoir, comme les autres pays riches, préempté quasiment toute la production, à prix d’or, dans le cadre de contrats largement opaques avec les multinationales, l’Union européenne croule sous les excédents… Comment se fait-il que cela ne suscite pas plus d’interrogations ?

 

GAËLLE KRIKORIAN

Docteure en sociologie à l’Ehess

C’est saisissant, en effet : au niveau national, il n’y a de discussions nulle part. Le seul espace où un débat s’est noué, c’est au Parlement européen, où une commission spéciale sur le Covid a été mise en place. Sur le papier, son objectif est nécessaire : il s’agit de tirer les leçons de la gestion de la pandémie pour l’avenir. Mais dans les faits, je suis les échanges d’assez près pour constater que ça ne se passe pas bien du tout. À l’exception de quelques voix chez les écologistes ou à gauche, la dynamique politique est abandonnée à l’extrême droite ; ses représentants, très excités, portent un paquet de demandes qui ne sont pas toutes farfelues. En vue des élections européennes de 2024, la majorité des ­eurodéputés, du centre gauche à la droite, refusent d’apparaître critiques des institutions. Du coup, pour nous, c’est la double peine : les questions sur la faillite ­démocratique, sur l’absence de transparence ou sur les superprofits des multinationales ne sont pas posées par les bonnes personnes – ce qui permet de les délégitimer – et aucune réponse n’est apportée…

Devant le potentiel gâchis de toutes ces doses, la Commission est aux abonnés absents. « Affaire des États membres », évacue-t-elle. À Paris, les autorités évoquent une « renégociation » avec les producteurs. Qui porte la responsabilité de ce fiasco en gestation ?

Au printemps, plusieurs États membres ont demandé à renégocier les contrats car ils n’avaient pas besoin de nouvelles livraisons. Après une discussion entre la Commission, Pfizer et Moderna, ils ont obtenu un échelonnement, avec un report des livraisons à la fin de l’année. Mais les volumes potentiellement excédentaires n’ont pas été annulés, à ma connaissance. C’est sans doute ce qui se passe en France, dans le flou et l’opacité la plus totale. La règle, dans ces affaires, c’est de ne pas faire trop de bruit, d’agir dans l’ombre, en espérant trouver un arrangement avec les laboratoires… Mais rien ne va dans ce fonctionnement. Les problèmes proviennent de l’absence de transparence dans les négociations et les contrats avec les laboratoires : la Commission a discuté pour le compte des États, et les détails cruciaux sont couverts par le secret des affaires… S’il y a aujourd’hui des stocks à détruire, ce n’est pas que l’affaire des États membres, mais bien aussi celle de la Commission, qui a accepté le calendrier des livraisons, leurs volumes et leurs prix, ainsi que les conditions d’utilisation de ces vaccins, en matière de responsabilités notamment.

Plus globalement, quels enseignements tirer de la gestion des vaccins contre le Covid par la Commission et les États membres de l’UE ?

Tout cela révèle d’abord le rapport très problématique entre les secteurs public et privé. Pour les contrats de préachat de vaccins avec les laboratoires, par exemple, les trous noirs ne sont pas que dans la suppression des passages clés… En amont, on ne sait même pas vraiment qui a participé à la négociation. C’est très symptomatique : les États comme la Commission sont persuadés qu’en agissant dans le secret, l’issue ne pourrait être que plus favorable. Or, dissimuler les CV des membres de l’équipe de négociation, qu’est-ce que cela donne comme avantage ? C’est pour ne pas qu’ils subissent les pressions de l’industrie pharmaceutique ? Allons bon : les représentants des Big Pharma ont le moyen de savoir qui sont les négociateurs européens puisqu’ils les ont face à eux dans la discussion ! En réalité, les seuls qui ne savent rien, ce sont les citoyens… Et quand on a fini par apprendre qui étaient certains des membres de la délégation de l’UE, on constate que ce sont des hauts fonctionnaires qui ne connaissent rien à la santé, aux vaccins ou aux produits pharmaceutiques. Ils maîtrisent peut-être le commerce international, mais, désolée, on est dans un contexte de santé publique, on n’est pas en train d’acheter des canettes de soda ! C’est important d’être un peu affûté sur les produits, leurs conditions de fabrication et d’approvisionnement, leurs potentiels effets et la responsabilité juridique, etc. Mais, de toute façon, au bout du compte, c’est un dirigeant politique et un patron de laboratoire qui, sur un coin de table à la fin du repas ou alors par échanges par texto, s’entendent sur un accord qui engage des dépenses publiques faramineuses et garantit des profits spectaculaires pour la multinationale…

Tout ça se produit alors que, comme je l’explique dans mon livre (1), des alternatives existent : la puissance publique, au niveau des États ou de l’UE, pourrait agir différemment dans la production pharmaceutique, dans ses politiques de financement de la recherche, mais aussi à travers ses relations avec l’écosystème de petites entreprises sous-traitantes des multinationales. Est-ce mieux de signer un contrat couvert par le secret des affaires avec Pfizer, en lui abandonnant toutes les manettes et en lui garantissant d’énormes sommes d’argent ? Ou ne vaudrait-il pas mieux développer un autre modèle de collaboration entre le public et le privé, contrôlé démocratiquement et transparent ? Au fil des décennies, les institutions publiques se sont délestées de leurs capacités d’expertise et d’organisation de la production pharmaceutique en s’appuyant sur les conseils émanant du secteur privé et sur des politiques façonnées par les grands groupes industriels. Dans les ministères en France, on aurait besoin d’avoir de véritables spécialistes de la propriété intellectuelle au service de la santé publique ; cela permettrait d’éviter qu’à la première difficulté, ils ne se tournent machinalement vers le Leem, le patronat de l’industrie pharmaceutique en France.

Difficile de protéger l’intérêt général, en effet, dans le cadre de tels échanges. Ou à travers les SMS entre Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, et Albert Bourla, le PDG de Pfizer, lors de la négociation de leur 3e contrat pour 1,8 milliard de doses…

Exactement. Un autre problème mis en lumière dans la crise actuelle, c’est l’utilisation totalement opaque des ressources publiques… Sur ce point, deux récits antinomiques sont en concurrence. D’un côté, tout s’est passé parfaitement, nous serine-t-on : on a bien géré, on a eu les volumes de vaccins, on a eu de bons prix, l’industrie a été à la hauteur, on est tous contents ! De l’autre, ce que nous décrivons, c’est une ponction gigantesque des ressources publiques par les multinationales, que ce soit par l’absorption de la recherche publique menée depuis des décennies, par le mécanisme des préachats, par le financement direct des chaînes de production, etc.

Ce raisonnement vaut pour les prix que l’Union européenne a accepté de payer : alors que Pfizer laisse entendre que les doses pourraient passer à 130 euros l’unité dès l’année prochaine, les négociateurs européens se gargarisent de ne pas les avoir payées 100 euros, mais « seulement » 19,50 euros… En l’occurrence, des chercheurs peuvent rétorquer : « C’est 2 euros qu’il aurait fallu les payer ! » Même à ce prix-là, les laboratoires feraient encore des profits, et ça ne serait pas du tout une arnaque pour eux !

Là aussi, cette discussion a été complètement évacuée. Au plus fort de la pandémie, on peut concevoir que la peur et l’angoisse rendaient ces éléments inaudibles pour les dirigeants… Mais, aujourd’hui, ça devrait être différent ! En France, nous sommes en pleine discussion sur les lois de finances (PLF et PLFSS), avec de nouvelles réductions budgétaires pour le système de santé : les laboratoires d’analyses dénoncent une coupe de l’ordre de 250 millions d’euros, alors que la France verse, sans discussion possible, 3 milliards d’euros à Pfizer… Quand on regarde à l’échelle de l’Union européenne, les sommes d’argent public déversées sur les laboratoires ont de quoi donner le vertige. Mais, à la différence de la discussion ouverte autour des « superprofits » de Total, aucun débat n’est, pour l’heure, lancé sur ceux de l’industrie pharmaceutique… C’est incroyable parce que nous avons tous les éléments pour l’organiser !

Comment sortir du cycle infernal où les États ne regardent pas à la dépense pour Big Pharma, alors qu’ils rabotent toujours les systèmes publics de santé ?

Tout est sous nos yeux et on ne peut plus laisser faire : nous sommes confrontés dans la même temporalité à l’austérité infligée aux professionnels de santé et à la fuite dans la captation des ressources par les grands laboratoires. Il est plus que temps de faire un peu les comptes. D’un côté, des contributions publiques engagées dans la recherche et la production, des achats de produits de santé à des tarifs exorbitants, un monopole accordé par les États via la propriété intellectuelle, des bénéfices monstrueux des multinationales qui, j’en parle dans mon ouvrage, sont escamotés via l’évasion fiscale… De l’autre, des professionnels de santé qui, après avoir été applaudis pour leurs efforts pendant la pandémie, dénoncent dans le désert la destruction des services publics, l’effondrement du système hospitalier, la dégradation de leurs conditions de travail…

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 07:09
Mondial au Qatar, l'odieux du stade - L'Humanité, 5 novembre 2022
Mondial au Qatar, l’odieux du stade

Enquête La Coupe du monde de football débute le 20 novembre. Face à un événement que beaucoup dénoncent comme une aberration écologique bâtie sur un charnier d’esclaves, des voix contestataires s’élèvent en France et dans le monde et pour certaines, jusqu’au boycott.

Publié le
Samedi 5 Novembre 2022
Bilan carbone déplorable, droits humains et des travailleurs bafoués avec plus de 6 500 ouvriers morts, criminalisation des personnes homosexuelles, soupçons d’achats de voix pour obtenir le Mondial… le Qatar cristallise toutes les critiques, et le débat sur l’opportunité de regarder ou non la compétition ne cesse de se poser dans la société.

« Un scandale humanitaire ! »

Le témoignage d’Abdeslam Ouaddou, ancien international marocain ayant entre autres joué pour le SC Lekhwiya au Qatar, est à ce sujet édifiant. Ce petit émirat, il le connaît et sous ses plus mauvais côtés. Privé de visa de sortie, interdit de disputer un match, non payé, obligé de s’entraîner sous près de 50 degrés parce qu’il ne voulait pas rompre son contrat sans toucher des indemnités, le Franco-Marocain sait de quoi il retourne. Ce Mondial, « c’est un scandale humanitaire ! Quand j’étais là-bas, il y avait des morts presque tous les jours. Des ouvriers venaient à la mosquée pour avoir de l’eau, alors qu’il faisait une chaleur infernale. Les Qataris dépensent des milliards pour améliorer leur image et pour construire des stades, mais ils versent des salaires de misère, quand ils les versent, à des immigrés qu’ils font trimer sans se soucier des normes de sécurité et qu’ils logent dans des taudis. Ce n’est rien d’autre que de l’esclavage » ! Qu’a fait la Fifa pendant toutes ces années pour faire bouger les lignes ? s’est-il interrogé. Pas grand-chose.

Éteindre ma télévision pendant toute la Coupe du monde

En France, selon un sondage Odoxa pour Winamax et RTL, seulement 46 % des personnes interrogées ont l’intention de suivre le Mondial 2022 au Qatar. Un chiffre en net repli par rapport aux 66 % avant la Coupe du monde 2018 en Russie. Selon ce même sondage, 78 % se disent préoccupées par la situation locale en matière de droits de l’homme et 77 % sont choquées par l’organisation de la compétition sous ce climat.

Fans de football, ils sont nombreux à dire non. Fabien Bonnel, membre fondateur des Irrésistibles Français, le groupe de supporters qui suit l’équipe de France, indique qu’une centaine de membres seulement feront le déplacement et beaucoup ne regarderont pas le tournoi. « C’est six fois moins qu’en Russie », dit-il et d’expliquer pourquoi : « Si j’y allais, je me suis dit que je célébrerais des buts dans un endroit où des ouvriers sont morts. J’ai donc décidé de condamner cette coupe. Mon action vise surtout la Fifa, afin que les enjeux sociétaux, environnementaux et humains soient bien pris en compte par la suite. Ma seule solution pour aller au bout de mes convictions, c’est d’éteindre ma télévision pendant toute la Coupe du monde. »

Mettre en avant les événements alternatifs au Mondial

Un acte citoyen loin d’être isolé. De nombreuses villes ont décidé de ne pas diffuser les matchs sur écrans géants. Besançon, Brest, Bordeaux, Clermont-Ferrand, La Courneuve, Limoges, Lyon, Marseille, Nancy, Paris, Reims, Rennes, Rodez, Saint-Étienne, Strasbourg, Tours, Lille et tant d’autres disent stop. Dans la capitale nordiste, Martine Aubry n’y va pas par quatre chemins : « C’est un non-sens au regard des droits humains, de l’environnement et du sport. » Un non-sens partagé par de jeunes Lillois, qui ont créé un site, Ramener la coupe à la raison, recensant tous les bars qui ne diffuseront pas les rencontres : « L’objectif n’est pas d’appeler ouvertement au boycott, mais de mettre en avant les événements alternatifs au Mondial, organisés par ceux et celles qui ont choisi que nos valeurs soient respectées », précise Antonin Lefebvre, porteur du projet.

Dans le monde politique, des voix très critiques se font entendre au sein des principaux partis de la Nupes (EE-LV, PS, FI et PCF), certaines appelant même au boycott, contrairement à la droite et l’extrême droite qui estiment que c’est désormais trop tard. « Si j’étais footballeur professionnel, je ferais le choix de ne pas aller à la Coupe du monde au Qatar », a déclaré Fabien Roussel, mi-septembre, rappelant qu’« il y a des milliers de morts sous les chantiers de la Coupe du monde au Qatar ; une gabegie de dépenses pour avoir des stades climatisés alors que nous parlons d’environnement, et (que) le Qatar est un pays qui criminalise toujours l’homosexualité ».

Les responsabilités de la Fifa et des États

L’équipe de foot et association les Dégommeuses, majoritairement composée de lesbiennes et de personnes trans, dont l’objectif est de lutter contre les discriminations dans le sport et par le sport, préfère, elle, dénoncer la responsabilité de la Fifa, plutôt que d’appeler au boycott. « On est évidemment contre l’organisation de ce Mondial, étant donné le contexte des droits des travailleurs et des droits humains, la question écologique ou la criminalisation des personnes LGBT au Qatar, explique Veronica Noseda. Mais, pour nous, ce qui importe, c’est de pointer les responsabilités de la Fifa et des États, je pense notamment à la France qui a bien œuvré pour que le Qatar soit le pays hôte. On ne veut pas culpabiliser les fans de foot. » D’autres voix commencent à s’élever dans le milieu sportif. « Je trouve déplorable que le sport passe au-dessus de toutes ces considérations humaines, politiques et environnementales ! » lance le cycliste français Romain Bardet, qui ne regardera pas la Coupe du monde.

Des artistes prennent position

Dans « la Nouvelle République », David Giguet, entraîneur de Contres, club du Loir-et-Cher de Régional 1, estime pour sa part que ce Mondial sort « du cadre footballistique. Il y a des problèmes écologiques mondiaux. Ça ne ressemble à rien, ça n’a aucun sens. Je ne sais même pas si je vais le regarder ».

Certains artistes prennent également position. « Je ne vais pas le suivre, évidemment », a fait savoir l’écrivaine interviewée dans « So Foot », Virginie Despentes, s’indignant du cynisme de la Fifa : « Comment ont-ils pu imaginer que personne ne remarquerait rien ? » Le rappeur Médine n’en sera pas non plus. « D’habitude, je suis toutes les Coupes du monde, mais celle-ci a un petit goût amer, a- t-il expliqué sur RMC Sport. (…) Je ne vais pas faire semblant, comme si de rien n’était, alors que je sais qu’il y a des Indiens, des Philippins, des Sri-Lankais qui ont versé du sang pour le plaisir de l’humanité. C’est assez glauque, quand même. »

Un site Facebook Boycott Qatar 2022

Sur les réseaux sociaux, les initiatives ne manquent pas. Fan de football, abonné à l’OM, l’avocat Alain Baduel, basé à Aix-en-Provence, a créé la page Facebook Boycott Qatar 2022. Véritable baromètre de ce mouvement de fond qui monte dans la société, elle est suivie par près de 10 000 personnes et son audience ne cesse de grimper. « L’argument qui consiste à dire : “C’est trop tard pour le boycott” n’est pas valable ! Le spectateur ne décide pas d’aller voir un spectacle douze ans avant qu’il soit à l’affiche, gronde-t-il. C’est lorsqu’il est à l’affiche qu’il se décide, et c’est donc maintenant que les téléspectateurs ont une décision à prendre. » Sa page, ouverte à tout le monde, même ceux qui n’ont pas de compte Facebook, met à disposition les enquêtes de journalistes et des documents. « Je n’ai pas l’ambition d’être le porte-parole du boycott mais un catalyseur, dit-il. J’invite les gens à réfléchir en partageant des outils qui permettent la réflexion. Une vraie conscience citoyenne est en train de se développer. On parle quand même de 6 500 travailleurs morts. Ça fout la nausée. »

« Saint Nicolas plutôt qu’Adidas, pain d’épice plutôt que Fifa »

À l’étranger aussi, le boycott prend de l’ampleur. Chez nos voisins allemands, sur le site boycott-qatar, qui a réuni les signatures d’une centaine d’associations sportives et de milliers de supporters, la devise est la suivante : « Saint Nicolas plutôt qu’Adidas, pain d’épice plutôt que Fifa. » En Belgique, Bruno Ponchau, « écœuré par la dérive totale du football menée par la Fifa », a créé son groupe Facebook au nom évocateur « Hérésie Qatar », dont certaines pages comptabilisent plus de 10 000 vues. Sa commune, Tournai, a annulé la fan-zone et ne retransmettra pas les matchs des Diables rouges, comme plus d’une dizaine de villes, dont Bruxelles, à travers le pays.

Reste une question : que vont faire tous ces fans de foot à travers l’Europe au lieu de suivre la compétition ? Bruno Ponchau a la solution : « Plutôt que de s’ennuyer chacun dans son coin les soirs de match, on a décidé de favoriser la convivialité. À chaque rencontre, on va organiser des apéros, des fêtes, pour que ce soit militant et festif en même temps ! »

Agir autrement : Le camp des pragmatiques

Ils veulent utiliser la mise en lumière du Mondial au Qatar pour décrire la réalité sur place et susciter ainsi des avancées sociétales. Rencontre avec celles et ceux qui ne croient pas à l’efficacité d’un boycott.

Dans le débat passionné sur le boycott autour de la Coupe du monde au Qatar, ils n’occupent pas vraiment la place la plus confortable. Pour eux, qu’importe, il ne s’agit pas de la meilleure solution pour protester contre les conditions d’organisation de cette compétition. « C’est une mauvaise réponse, explique le philosophe, journaliste et auteur Thibaud Leplat. En philosophie, on appelle les belles âmes ceux qui détournent le regard, qui préfèrent l’éthique de conviction à l’éthique de responsabilité. C’est une position maximaliste et pour ne pas dire naïve sur ce qu’est le réel des grandes organisations sportives et de la géopolitique. Le boycott est une sorte de fuite. Je préfère l’éthique de responsabilité qui consiste à regarder la réalité en face et avoir un effet dessus. »

Un pragmatisme que défend aussi Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale. « Il y a eu des progrès incroyables, dit-elle. L’application de ces progrès reste un défi pour le gouvernement qatari, pour l’Organisation internationale du travail ainsi que pour nous, mais les lois existent. Notre message aux fans est : allez à la Coupe du monde et voyez par vous-même. Si vous voyez quelque chose de préoccupant, signalez-le. Et aidez-nous ensuite à faire pression sur les autres États du Golfe pour qu’ils se conforment aux mêmes standards. »

À l’image d’Amnesty International, les ONG n’appellent d’ailleurs pas au boycott. « Notre choix est de nous servir de l’attention suscitée par la Coupe du monde pour chercher à obtenir des changements pour la protection et le respect des droits des travailleurs migrants, indique l’ONG. Le Qatar veut profiter de cet événement sportif pour redorer son image et vendre un paysage de rêve aux supporters et au monde entier. Il est essentiel de combattre cette image en dénonçant l’envers du décor de l’organisation du Mondial. »

L’ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet va plus loin. « Bien sûr qu’il faut dénoncer tous les problèmes que soulève l’organisation de cette Coupe du monde, mais c’est insuffisant, souligne-t-elle. On assiste à une instrumentalisation du sport par des États rétrogrades et totalitaires qui se portent candidats pour des raisons de rayonnement géopolitique et ça va se multiplier. Je fais une proposition : pourquoi ne pas imaginer que, demain, ce soit une fondation indépendante, cogérée et cofinancée comme l’Agence mondiale antidopage par le mouvement sportif international et par les États, qui décide de l’attribution des grands événements sportifs ? Une fondation avec des principes intangibles sur les droits humains, sociaux, l’environnement, etc. Ayons le courage de promouvoir cela ! »

JOEL SAGET / AFP

« Il faut s’attaquer à ceux qui attribuent ces grands événements »

Pour Vikash Dhorasoo, ancien joueur de l’équipe de France, il est temps que les footballeurs s’unissent et soient représentés afin de devenir les acteurs de l’attribution des coupes du monde. De l’importance de jouer également collectif hors du terrain.

Une partie de la société se mobilise à l’heure actuelle pour demander le boycott de la Coupe du monde qui va avoir lieu au Qatar. Cela peut-il avoir un impact ?

Il y a eu des positions politiques ces derniers temps que je trouve bien tardives. Depuis 2010, on sait que ce sera là-bas et c’est seulement maintenant que l’on s’affole sur les problèmes écologiques, sur les droits sociaux non respectés et toute autre forme de discriminations. Mais je le dis et le répète en permanence : il faut s’attaquer à ceux qui attribuent ces grands événements sportifs.

Parlons des joueurs. Quels types d’actions peuvent-ils mener de leur côté ?

Je sais que c’est difficile pour eux, mais il est possible de prendre position, en le faisant de manière collective. À chaque fois que les footballeurs s’organisent, ils obtiennent gain de cause. Lorsque les joueuses américaines portent plainte pour obtenir l’égalité des salaires, elles gagnent contre leur fédération. Lorsque les joueurs de l’équipe de France demandent collectivement la révision des droits à l’image, ils remportent leur combat contre la Fédération française de football (FFF). Les footballeurs sont importants dans ce système. Ce sont eux qui travaillent et apportent de la valeur au spectacle. Si ces derniers avaient la possibilité d’être consultés, ils pourraient ne plus avoir à se retrouver dans cette position où on leur demande individuellement de dire s’ils sont pour ou contre le boycott. S’ils veulent agir, à eux d’aller truster les postes influents. Il faut monter des listes pour être dans le débat des fédérations, des instances internationales. Il faut qu’ils soient représentés.

Ne le sont-ils pas ? N’existe-t-il pas des syndicats ?

Je pense qu’il ne faut pas compter sur celui qui est en place en France – UNFP – et en créer un autre. J’ai moi-même été syndiqué toute ma carrière et, au moment où j’ai été licencié, il n’y avait plus personne. Ce syndicat ne soutient pas les footballeurs, ne les protège pas. On l’a vu récemment sur les propos racistes et homophobes, je n’ai pas entendu une seule prise de parole de sa part.

Mais alors, comment réformer ces instances et avec qui ?

On ne peut pas réformer ces instances. La seule chose à faire est d’en sortir et de créer autre chose pour bousculer ce vieux monde qui ne bouge pas. Dans les statuts de la FFF, l’un des premiers points est la lutte contre toutes les discriminations et les inégalités. Mais quand on pose une question au président Noël Le Graët sur l’homophobie, le racisme ou le sexisme, ses réponses sont nulles. Sur les droits sociaux au Qatar, c’est mauvais aussi. Ce monsieur aurait dû partir depuis longtemps face à de telles positions ou non-dits. Gagner la Coupe du monde est finalement un détail dans tout cela. La FFF gère le football de masse, pas seulement l’équipe de France. Enfin, quand on voit au niveau international que les présidents de la Fifa ou de l’UEFA sont réélus sans opposition, cela interroge. Gagner beaucoup d’argent est plus important pour eux que de développer le football ou de créer du lien social.

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 06:49

 

Le gouvernement vient de confirmer la mise en place des zones à faibles émissions, avec l’interdiction des véhicules de Crit’Air 3, 4 et 5 au 1er janvier 2025 sur le territoire de 43 métropoles.

 

 

Il est indispensable d’améliorer la qualité de l’air. C’est une urgence en matière de santé publique, alors que 40 000 décès prématurés sont constatés chaque année. Mais la mise en œuvre de cette mesure sans mesures d’accompagnement revient à allumer une vraie bombe sociale !

14 millions de véhicules sont concernés, c’est énorme. Or, la plupart des propriétaires sont des ménages à bas revenus, qui n’ont pas les moyens de changer de voiture. Pour nombre d’entre eux qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour travailler, l’instauration d’une ZFE sans un accompagnement de qualité pour changer de voiture pourrait être dramatique.

Les aides actuelles accordées par l’État sont très insuffisantes. La prime de 7 000 euros ne concerne que l’achat de véhicules électriques neufs, qui sont encore beaucoup trop chers pour un ménage à bas revenu.

Il faut des aides ciblées pour acheter des véhicules abordables. Le PCF propose qu’une aide de 10 000 euros soit offerte comme prime à la conversion pour les propriétaires de vieux véhicules pour acheter des véhicules moins polluants, y compris des véhicules d’occasion de Crit’Air 1. Cela nécessite évidemment un budget de l’État pour ces aides beaucoup plus important. Mais c’est indispensable pour que les ZFE n’entraînent pas de drames humains.

Le système d’aide prévu actuellement par l’État est tellement insuffisant que les ZFE risquent d’être complètement inapplicables au 1er janvier 2025. Pour l’amélioration de la qualité de l’air, pour sauver des milliers de vies, il y a urgence à offrir des aides à un bon niveau, et à dégager les budgets nécessaires, d’au moins 5 milliards supplémentaires par an.

Enfin, en même temps que le gouvernement et les métropoles mettent en place des ZFE, la SNCF supprime des TER, des trains et prive nos concitoyens de transports doux, non polluants.

La mise en place des ZFE doit s’accompagner d’un vrai plan Marshall en faveur du train, du TER, des transports collectifs. C’est le sens du projet du PCF.

Fabien Roussel

Secrétaire national du PCF, député du Nord

Paris, le 25 octobre 2022

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 06:43

 

L’héritage de Marcel Paul nous rend plus forts dans la bataille pour la reconstruction d'un grand service public de l’énergie

Voici quarante ans, disparaissait Marcel Paul à l’âge de 82 ans.

L’ancien président de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) revenait de la cérémonie du 11 novembre 1982 à l’Arc de Triomphe, où il s’était entretenu avec le président de la République François Mitterrand, quand il décédait dans son appartement de Saint-Denis, en début d’après-midi.

Rescapé du camp de concentration de Buchenwald, Marcel Paul se consacrait depuis 1963 à entretenir le souvenir des combattants de la liberté pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avait été, à Buchenwald, l’un des principaux artisans du « comité des intérêts français », organisation créée dans ce camp de concentration à l’image du Conseil national de la Résistance, et présidée par le colonel Henri Manhès.

Quand la Deuxième Guerre mondiale éclata, cela faisait déjà plus de quinze ans que Marcel Paul s’était engagé, d’abord à sein de la CGT, puis dans les rangs du Parti communiste.

Enfant de l’assistance publique, Marcel Paul était devenu ouvrier électricien au lendemain de la Première Guerre mondiale, grâce à la formation qu’il avait reçue en s’engageant dans la Marine nationale.

Embauché en 1923 à la Compagnie Parisienne de Distribution de l’Electricité – dont on peut lire le sigle CPDE encore aujourd’hui sur quelques trottoirs parisiens –, Marcel Paul travaillait d’abord à la production d’électricité à la centrale de Saint-Ouen, puis à la distribution dans l’un des arrondissements du centre de Paris.

Le jeune militant s’engagea alors progressivement dans la bataille pour un statut unique des personnels des sociétés électriques de la région parisienne.

En parallèle, il contribua à mettre sur pied, au début des années 1930, un premier réseau d’œuvres sociales pour le personnel des services publiques comprenant un dispensaire, un service juridique et un groupement d’achats en commun.
C’était l’époque où les syndicalistes de la CGTU mettaient en pratique la théorie du syndicalisme à bases multiples qui connaitra son apogée après la victoire électorale du Front populaire (avec la création de colonies de vacances pour les enfants, de centres de formation professionnel pour les chômeurs, de maisons de repos pour les travailleurs convalescents, etc.).

Conseiller municipal de Paris de 1935 à 1938, Marcel Paul défendit à l’Hôtel de Ville la vie quotidienne des habitants des quartiers populaires ou encore les revendications du personnel des services publics.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il était désigné secrétaire général de la fédération CGT réunifiée de l’éclairage. Il y défendit entre autres la constitution d’un syndicat de cadres affilié à la CGT. Par ailleurs, il s’intéressait de plus en plus aux questions de politiques énergétiques.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Marcel Paul devint ministre de la Production industrielle. Son nom allait définitivement être attaché à cette grande réalisation directement inspiré du programme du Conseil national de la Résistante : la nationalisation du gaz et du l’électricité et la création d’EDF – GDF.

 

Considérant l’incapacité du marché du gaz et de l’électricité à satisfaire les besoins de la population, Marcel Paul s’employa à la nationalisation d’un maximum d’entreprises, sans pour autant faire disparaître toutes les compagnies privées.

En parallèle, il accompagna cette nationalisation d’une politique sociale ambitieuse, offrant à l’ensemble des électriciens et des gaziers un statut national du personnel imaginé à partir de tous les statuts existants jusqu’alors.

Pour finir, il avait prévu de donner aux usagers une place au sein du conseil d’administration, mais la Guerre froide eut raison de ce projet.

C’est alors que Marcel Paul redevint secrétaire de la fédération CGT de l’éclairage, après un passage à la tête du Conseil central des œuvres sociales (CCOS).

C’est cet héritage si précieux, garant de l’indépendance de la France et du droit à l’énergie pour tous, qui est aujourd’hui fragilisé par plus de deux décennies de libéralisation européenne accompagnée par les gouvernements français successifs.
Pire, ces politiques nourrissent la grave crise énergétique en France et en Europe en désarmant notre pays face aux mécanismes spéculatifs mondialisés.

Avec la création d’un « marché de l’énergie » et la mise en concurrence des opérateurs publics, avec la loi NOME de 2010 et la création de l’Arenh, avec les projets de démantèlement de notre opérateur public intégré, les gouvernements libéraux s’attaquent pierre par pierre à cet édifice, imaginé, construit sous l’impulsion de Marcel Paul et des travailleurs de l’énergie.

Les communistes de 2022 sont quant à eux fidèles à cet héritage en s’opposant aux logiques capitalistes et en rassemblant les usagers, les travailleurs de l’énergie, les acteurs économiques et les collectivités publiques autour d’un projet : la reconstruction d’un grand service public de l’énergie, de la production à la distribution, adossé à un opérateur public intégré au nom d’EDF, et l’abrogation de la loi NOME et de l’ARENH.

C’est cette voie, initiée par Marcel Paul dans les conditions de son époque, qui permettra aujourd’hui de résoudre la crise énergétique, source de pénuries et de restrictions pour les familles, d’explosion des prix pour les collectivités publiques, des coûts pour les entreprises et de perte de souveraineté pour notre pays.

C’est donc ce combat que le PCF, ses parlementaires, ses élus et militants, vont amplifier dans les prochaines semaines, avec la même détermination que celui qui nous a quittés il y a 40 ans, et à qui nous rendons aujourd’hui hommage, notre camarade Marcel Paul.

 

Fabien Roussel

Secrétaire national du PCF

 

 

 

 

 

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13 novembre 2022 7 13 /11 /novembre /2022 09:27

La CGT a demandé à des chercheurs un inventaire des aides publiques au capitalisme. C’est colossal : près de 160 milliards d’euros ont été accordés en 2019 aux entreprises privées, sous perfusion désormais. Soit le premier poste de dépenses de l’État !

 

Marche « contre la vie chère et l’inaction climatique », le dimanche 16 octobre, à Paris. © Henrique Campos/Hans Lucas

Le chiffre en lui-même impressionne : l’État a aidé les entreprises privées à hauteur de 157 milliards d’euros pour la seule année 2019. Mais la progression est encore plus ahurissante. En 1980, ces aides n’atteignaient pas les 10 milliards d’euros. En 2005, elles dépassaient juste les 50 milliards. Durant les deux années 2014-2015, les subventions se sont envolées, avec les « pactes de compétitivité » et de « responsabilité » du président François Hollande, marquant le tournant vers une « politique de l’offre » et l’arrivée à Bercy d’un certain Emmanuel Macron.

157 milliards d’euros

C'est le montant des aides publiques pour 2019. Cela représente 25 % de la masse salariale du secteur privé. Dit autrement, c’est comme si l’État payait le salaire d’un travailleur du privé sur quatre.

Subventions directes, crédits d’impôts et baisses de cotisations

Le rapport « Un capitalisme sous perfusion. Mesure, théories et effets macroéconomiques des aides publiques aux entreprises françaises », publié ce mois d’octobre par le Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques, s’arrête en 2019, mais l’inflation des aides publiques continue de crever le plafond. Le gouvernement s’apprête à supprimer la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. Les aides liées à la crise sanitaire ne sont pas non plus prises en compte.

Ce rapport a tout pour devenir une référence tant sa méthodologie est claire. Il s’agit de répertorier les types d’aides aux entreprises, qui sont de trois sortes : les subventions directes, les crédits d’impôts et les baisses de cotisations. Et il y en a des centaines ! « Il existe donc trois budgets impliqués administrativement dans la transmission des aides publiques aux entreprises, lesquels correspondent aux trois catégories d’administrations publiques : les administrations publiques centrales, locales et de Sécurité sociale », explicitent les auteurs.

Une incidence énorme sur la protection sociale

Celles qui ont augmenté ces dernières années sont les dépenses dites sociofiscales. Ce sont toutes les aides visant à faire baisser le « coût du travail » au nom de l’emploi. Elles prennent la forme de baisses des cotisations sociales et amputent d’autant, par ricochet, les recettes de la Sécurité sociale. Depuis que le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) a été transformé en baisse permanente des cotisations, en 2019, ce type d’aide est devenue la plus importante en volume, avec près de 65 milliards d’euros. La Cour des comptes pointe à ce propos que le « Cice explique à lui seul 70 % de la hausse du coût total des dépenses fiscales entre 2013 et 2019 ». Les auteurs du rapport montrent, de leur côté, que ces baisses des cotisations ont une incidence énorme sur la protection sociale, qui n’est plus financée qu’à 58 % par le travail.

61 milliards de crédits d’impôts

La deuxième catégorie d’aides concerne les dépenses fiscales, c’est-à-dire le renoncement de l’État à prélever la totalité de l’impôt qui lui est dû, voire, au contraire, à « devoir » une « créance ». Le principe reste le même que précédemment, il s’agit d’un manque à gagner, une perte de recettes budgétaires, mais qui n’ampute pas les mêmes caisses. Les crédits d’impôts sont légion. Ils ont explosé depuis 2007, s’élèvent à un peu plus de 61 milliards d’euros pour 2019, on les appelle les dépenses fiscales « classées applicables aux entreprises ». On trouve le crédit impôt recherche, les taux réduits de TVA, les taxes sur la consommation d’énergie ou l’immatriculation de véhicules, etc.

205 milliards par an d'aides publiques aux entreprises

Les auteurs du rapport ont fait le choix d’ajouter les dépenses dites « déclassées », celles qui ne sont pas comptabilisées par l’administration fiscale, principalement dans le but d’éviter la double imposition. Sauf que c’est là que se cachent des mécanismes très coûteux d’optimisation fiscale comme le régime mère-filles, qui permet aux multinationales de bénéficier d’une exonération d’impôt sur les sociétés sur les dividendes reçus par ses filiales. En prenant en compte ces dépenses dites déclassées, les aides fiscales montent à près de 110 milliards d’euros, et le total des aides publiques aux entreprises s’approche alors des 205 milliards par an ! Mais la Direction de la législation fiscale ne reconnaît pas « officiellement » ces dépenses fiscales.

« Surprofits » et hausse de la TVA

La troisième catégorie d’aides aux entreprises est la plus simple ; elle correspond aux dépenses budgétaires de l’administration centrale ou des collectivités locales. Ce sont les plus stables, autour de 32 milliards d’euros par an.

L’essentiel des aides consiste donc en une baisse de la fiscalité. On pourrait s’attendre à ce que l’augmentation de ces mesures provoque une diminution du taux de prélèvement obligatoire dans son ensemble. Sauf que, dans les faits, la pression fiscale est plutôt reportée sur d’autres acteurs économiques. Par exemple, lorsque l’État a mis en place le Cice, il a augmenté dans le même temps et en partie la fiscalité assise sur les particuliers, via la hausse de la TVA, et la fiscalité écologique. Les auteurs du rapport pointent enfin une forme d’accoutumance du capital aux aides publiques, qui participe de manière déterminante à leurs résultats financiers. « Dès lors, ces surprofits, maintenant considérés comme normaux, seront orientés vers les détenteurs du capital », expliquent-ils. Dit autrement, en fin de chaîne, ce sont les actionnaires qui se gavent d’argent public.

Des centaines de niches fiscales et aucune évaluation en vue

Il faut remonter à 2011 pour trouver un rapport de l’Inspection générale des finances proposant une évaluation de l’efficacité des niches fiscales. Cette étude couvrait 315 niches et proposait d’en mesurer l’efficience et le coût. L’efficacité était notée sur une échelle de 0 à 3. Les niches ayant eu une note de 0 ou 1, c’est-à-dire les plus inutiles, représentaient 70 % du coût total des mesures fiscales évaluées. Pourtant, ces niches fiscales sont reconduites chaque année. Depuis 2011, plusieurs ont été ajoutées ; on en dénombre 471 en 2022, sachant que certaines, comme la très coûteuse niche dite Copé (environ 7 milliards d’euros par an), ne sont plus des niches et ont été intégrées dans le mode de calcul de l’impôt sur les sociétés.

 

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11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 09:25

 

Recours massif aux intérimaires, taux élevé d’absentéisme, haut niveau de rotation du personnel, augmentation des licenciements pour inaptitudes... L’Humanité s’est procuré un rapport confidentiel, où figurent les données chiffrées des conditions de travail sur les sites français de la multinationale.

 

Chez Amazon, 62 % des licenciements ont pour origine un abandon de poste, ce qui en dit long sur l’extrême pénibilité du travail dans ses entrepôts. Ici celui de Boves, dans la Somme. Vincent Gerbet / Hans Lucas

Une « chance inouïe ! » Voilà comment, le 3 octobre 2017, sous les applaudissements, une paire de ciseaux à la main, le président Emmanuel Macron qualifiait les créations d’emplois d’Amazon lors de l’inauguration de l’entrepôt logistique de Boves (Somme). Pour lui, comme pour les libéraux de tout poil, chaque nouvel entrepôt ouvert est l’occasion de mettre en scène un « dynamisme économique » fantasmé, celui d’une activité qui viendrait remplacer les emplois industriels de jadis.

 

Les incohérences du bilan social national

Mais, quatre ans après ce numéro de claquettes d’Emmanuel Macron, une étude indépendante analysant la politique sociale et l’emploi d’Amazon en France a été présentée aux représentants du personnel, au cours du dernier comité social économique central (CSEC) de l’entreprise.

Réalisé à la demande des élus du CSEC par la société d’expertise comptable Progexa, ce rapport publie des données jusqu’alors inaccessibles, et démontre qu’Amazon n’est en rien une « chance » pour les travailleurs. Le document débute par une chronique invraisemblable, celle des innombrables embûches que la direction des ressources humaines d’Amazon a dressées aux experts tout au long de leur mission, en répondant tardivement à leurs demandes d’informations, ou de manière incomplète.

Par ailleurs, les experts ont découvert que « le bilan social national présente des incohérences avec les bilans sociaux des établissements » et que « certains indicateurs des bilans sociaux présentent des chiffres totalement erronés ». Le rapport offre néanmoins une vue panoramique sur l’activité de l’entreprise et contient d’importantes révélations.

 

Quid des embauches massives en CDI ?

Dans le cadre de leurs apparitions médiatiques, les dirigeants d’Amazon France répètent que le recours au travail intérimaire au sein de leurs entrepôts serait corrélé à « une activité saisonnière ». Et, sur ce point, sous les présidences Sarkozy, Hollande, puis Macron, il n’a pas manqué de représentants politiques libéraux favorables aux implantations d’Amazon pour se faire les perroquets des communicants de la multinationale états-unienne.

Interviewé le 25 juin 2012 lors de l’inauguration de l’entrepôt Amazon de Sevrey (Saône-et-Loire), le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, prenait ainsi la défense d’Amazon : « Écoutez, il y a des emplois saisonniers, comme d’ailleurs dans toute activité. Les vendanges, c’est des emplois saisonniers. Dans l’industrie, il y a des emplois saisonniers. »

EN 2021, 962 CONTRATS DE TRAVAIL ONT ÉTÉ ROMPUS EN FIN DE PÉRIODE D’ESSAI.

En réalité, plutôt que d’embaucher des travailleurs en CDI, Amazon maintient délibérément un pourcentage extrêmement élevé de travailleurs intérimaires. En 2021, les intérimaires représentent ainsi 42 % de la main-d’œuvre totale embauchée par Amazon France. Ce chiffre dynamite le mythe du fleuron de la logistique qui embaucherait à la chaîne en CDI dans des territoires socialement sinistrés. « Une part importante du recours à l’intérim demeure structurelle chez Amazon et justifierait davantage de recrutements en CDI », souligne le rapport.

 

Afin d’accompagner la croissance de l’entreprise et ses ouvertures de nouveaux entrepôts, l’effectif global d’Amazon a augmenté : il atteint 16 571 ETP (équivalents temps plein) en 2021. Mais les experts de Progexa ont remarqué que, au cours de la même année, les embauches en intérim ont augmenté plus vite que celles en CDI.

 

De l'usage de la période d'essai chez Amazon...

Jadis, Amazon imposait généralement à ses nouvelles recrues une période d’intérim avant de les engager en CDI. Désormais, afin de pouvoir bénéficier des aides publiques de Pôle emploi, la procédure a changé : Amazon signe directement des CDI à de très nombreux travailleurs, puis rompt à la chaîne leurs contrats de travail avant la fin de leur période d’essai.

Pour l’année 2021, 962 contrats de travail ont été rompus à l’initiative de l’employeur en fin de période d’essai ! Au total, un salarié sur cinq embauchés en 2021 a quitté l’entreprise avant la fin de sa période d’essai. Pour les sites de Saran (Loiret) et de Brétigny-sur-Orge (Essonne), une embauche sur quatre ne s’est pas concrétisée. La fin de la période d’essai est désormais la première cause de départ des salariés.

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11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 06:45
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10 novembre 2022 4 10 /11 /novembre /2022 06:39
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9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 14:24

 

Aucun citoyen ne peut ignorer la hausse des prix de l'énergie, en particulier du gaz, dont +12,6% au 1er octobre 2021 après 7,9% au 1er septembre, 5,3% en août, 10% en juillet, soit au total 57% pour l'année 2021 avant le déclenchement de la guerre en Ukraine qui a fait exploser les prix.

La facture d'électricité, elle, a augmenté de 10% en 2020 et de 4% début 2022, limitée, pour les usagers d'EDF bénéficiant du TRV (Tarif Règlementé de Vente) par le "bouclier tarifaire" gouvernemental à la veille de la double échéance présidentielle et législatives, alors que la hausse légale aurait dû atteindre 34,5%.

Le 23 septembre 2021, Fabien Roussel député, secrétaire national du PCF interpelait le Président de la république, lui demandant de bloquer les prix de l'énergie, car ce sont des décisions politiques qui organisent la hausse. La principale raison, dont tous les grands médias ne parlent pas, c'est la "libéralisation" de l'énergie. Elle est devenue un "marché" en Europe ou la spéculation s'amplifie, portée par le déficit allemand consécutif à l'arrêt du parc nucléaire de ce pays.

L'explosion du prix de l'électricité sur le "marché de gros européen" est due à une décision absurde des institutions

Européennes qui ont indexé le prix de l'électricité sur celui du MW (MégaWatt) électrique produit par la dernière centrale mise en route, donc au gaz dont le prix a multiplié par 20 depuis début 2021. C'est un choix politique qui pèse sur les collectivités locales avec des hausses allant de 100 à 350%, conduisant au choix d'arrêter l'éclairage public la nuit, à la fermeture des piscines municipales .…

Ce même choix politique qui augmente la facture jusqu'à 816% pour le "Syndicat départemental d'électricité de la Drôme, 900% pour Jacob Delafon dans le Jura, handicape lourdement les entreprises. Des branches industrielles aluminium, sidérurgie électrique, zinc, verrerie, engrais azotés...réduisent leurs productions ou sont à l'arrêt.

Cette libéralisation a été orchestrée par la "Commission Européenne" avec la caution de tous nos gouvernements successifs. La situation en France est singulière. EDF est obligé d'importer des MW alors que naguère la France était exportatrice.

D'une part pendant des années EDF n'a pas eu les moyens d'investir dans un contexte où les gouvernements et des forces politiques orchestraient la "sortie du nucléaire".

D'autre part la période du confinement COVID a retardé les travaux de maintenance du parc nucléaire. Enfin depuis 10 ans les gouvernements successifs ont détruit 12 700 MW de capacités de production, équivalent de 14 réacteurs nucléaires 1ère génération, dont la centrale de Fessenheim, 1800 MW, en parfait état de marche. C'est aussi un choix politique dont les responsables doivent rendre compte.

Enfin EDF entreprise publique est pillée par le dispositif ARENH (Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique). L'ARENH oblige EDF à vendre le quart de sa production 120 TW h (Téra Watts heures) à ses concurrents, à 46,2 €. Or dans son rapport du 13 décembre 2021, la Cour des Comptes montre que le coût réel du MW nucléaire est de 64,8 euros. En réalité, les difficultés actuelles du parc nucléaire à produire ses 120 TWh font que les 25% initiaux représentent beaucoup plus que prévus, aggravant encore le déficit. Ce pillage institutionnel paralyse l'entreprise publique.

Aujourd’hui des familles ne vont plus pouvoir se chauffer, devoir choisir entre se chauffer ou se nourrir correctement…

Des communes vont se retrouver en cessation, de paiement, qui plus est avec la cure d’austérité que le PLF 2023 veut leur infliger même si le gouvernement leur promet une enveloppe de 43 millions pour faire face aux coups durs. Des entreprises des commerces vont devoir mettre la clé sous la porte, des stations de ski ne seront asphyxiés, des universités mises en veille, avec des conséquences énormes en termes de chômage, de vie sociale. Tous les ingrédients pour précipiter l’entrée en récession de la France car toutes ces ruptures d’activités auront des conséquences directes sur la croissance. Déjà les prévisions ne sont plus que de 1% pour 2023. Alors dans 3 mois ? !.

Je veux rappeler aussi les interventions sur cette question de plusieurs autres niveaux et qui s’accélèrent en cette période.

  • Lettre du 25 janvier du Président de l’AMF à M J Castex alors 1er Ministre pour l’alerter sur la hausse des prix de l’énergie et lui demander de mettre en oeuvre des solutions viables pour les collectivités locales.
  • Le 19 septembre, L’AMF demande le retour à l’accès au tarif réglementé pour l’ensemble des collectivités locales.
  • Le 20 Septembre, on apprend que M. Jacques Creyssel, délégué général de la fédération du commerce et de la distribution alerte sur le risque majeur pour certains commerces et commerçants qui risquent tout simplement de tirer le rideau car ils ne pourront pas payer leur facture d’énergie. Il demande la déconnexion du prix du gaz et de l’électricité au plan européen, comme cela s’est fait en Espagne et au Portugal.

Les Propositions du PCF :

  • Abaissement de la TVA sur la consommation domestique de 20 à 5,5% pour l'électricité et le gaz y compris en bouteilles (usagers + nombreux que abonnés gaz de ville) C'est acquis en Belgique depuis 1er février pour les deux, Espagne depuis 1er juillet pour électricité,1er octobre pour gaz, Allemagne 1er octobre pour gaz (500 euros par foyer a calculé le gouvernement allemand).
  • Retour au TRV pour les collectivités locales, ce qui implique de supprimer, ou suspendre l'ARENH (Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique) afin de remettre à disposition d'EDF les 120TWh que l'entreprise publique vend à perte à ses concurrent, 100 TWh à 42 Euros le MW, 20TWh à 46,2 quand le marché est de 350 à 600 euros. EDF est obligé d'acheter à ces derniers tarifs les volumes qui lui manquent pour fournir ses usagers Déclaration des 4 syndicats représentatifs d'EDF le 11 juillet 2022 demande aussi sortie ou suspension de l'ATENH : la loi le permet !
  • Découpler le prix de l'électricité de celui du gaz formule inventée par la Commission Européenne. Le prix du MW électrique étant indexé sur le prix du MW sortant de la dernière centrale mise en route donc au gaz dont le prix a multiplié par 20 depuis le 1/1/2021.
  • Le PCF demande la nationalisation d’Edf et d’Engie pour le retour en maitrise publique et sociale de toutes les productions d’énergie dont les ENR pour sortir notamment du scandale du financement du capitalisme vert et du pillage d'EDF illustré par le tarif de rachat de la production du parc éolien de St Brieuc de la multinationale espagnole Iberdrola : 155 euros le MW le plus cher en Europe et au monde.

 

Quelques chiffres : tout le monde y passe :

 

Stations de ski : L’Alpe d’Huez va voir sa facture d’électricité multipliée par 10 de : 2 à 20 millions €. Pour le ski cet hiver, cela va devenir chaud si on peut ainsi s’exprimer avec des centaines d’emplois à la clé.

 

Communes :

À Saint-Barthlemy-de-Vals, la facture d’électricité passe de 16 800 31 600 euros (de 18 000 57 000 euros pour le gaz).

À Mirabel-aux-Baronnies pour une dépense d’électricité de 42 667 euros en 2021, la prévision de 2022 s’élève 77 259 euros, soit une hausse de 81 %.”

Syndicat départemental d'irrigation de la Drôme +816%

 

Hôpitaux :

L'Hôpital "anticancéreux" Gustave Roussy la hausse est de 190% pour l'électricité, 550% pour le gaz.

 

Universités :

L'université de Strasbourg qui va fermer deux semaines la dépense électricité/gaz passe de 10 millions d'euros en 2021 à 20 millions, prévision 2023

________________________________________________________________

Avec hydraulique (13%) et nucléaire (70%) EDF produit l’électricité la plus propre d'Europe. France : 44 grammes de CO2 par KW produit :

Belgique : 134 – Danemark : 175 – Hollande : 332 – Allemagne : 397 – Pologne : 917

Source : European Environment Agency

 

 

 

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7 novembre 2022 1 07 /11 /novembre /2022 14:02
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