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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 06:02

Une association belge, « EU DisinfoLab », a répertorié nominativement près de 60 000 comptes Twitter de citoyen-ne-s français-es ayant réagi à l’affaire Benalla depuis sa révélation le 18 juillet dernier par la presse. Il s'agit rien de moins que d'un fichage politique, totalement illégal, puis que l'un des deux fichiers Excel établit des corrélations avec des sites de médias ou d'organisations politiques.


Ce travail réalisé, prétendument pour mettre en évidence une manipulation de l'information sur les réseaux sociaux, est une atteinte grave et inadmissible à notre démocratie, aux droits inaliénables des citoyen-ne de notre pays, de penser, d'expression et d'engagement. Cette méthode n’est pas sans rappeler les fichages de triste mémoire de la police de Vichy.

« EU DisinfoLab » contrevient ainsi dans notre pays à la loi Informatique et Libertés de 1978 mais aussi au nouveau règlement européen sur la protection des données.


La CNIL interpellée par plusieurs personnes citées dans les fichiers annonce qu'elle se saisit de cette affaire, c'est une première étape mais des investigations poussées doivent maintenant être diligenter par les autorités françaises.

Le PCF – dont nombre de sympathisant-e-s et de militant-e-s parmi lesquels des parlementaires se trouvent ainsi listés – exige que toutes les mesures soient prisent d'une part pour protéger les personnes « fichées » et leurs droits fondamentaux garantis et d'autre part pour qu'une enquête soit diligentée dans les plus brefs délais.


Le PCF sera particulièrement vigilant aux suites données par le gouvernement et la Présidence de la République en la matière.



Parti communiste français

 

 

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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 06:00

 

Championne de la délocalisation, la multinationale est aussi experte en optimisation fiscale. Les documents fournis par les Paradise Papers montrent un schéma complexe lui permettant d’alléger son imposition de plus de 100 millions par an.

Whirlpool, multinationale américaine, numéro un mondial de l’électroménager et aussi championne de l’optimisation fiscale. Pour éviter de payer ses impôts et accroître au maximum ses bénéfices, le groupe ne recule devant rien. Les 278 ouvriers de l’usine d’Amiens, ville natale d’Emmanuel Macron, en ont fait les frais. En janvier 2017, en pleine campagne présidentielle, ceux-ci ont appris la fermeture prochaine de leur usine. Leur production se fera dorénavant à Lodz, en Pologne. Très rapidement, le site amiénois devient le théâtre d’une lutte politique entre Emmanuel Macron et la candidate du Front national, Marine Le Pen, lorsque cette dernière décide de se rendre sur le parking de l’usine au moment même où le candidat d’En marche ! rencontre les syndicalistes à la chambre de commerce et d’industrie. Au final, l’épisode ne changera rien à la délocalisation prévue. L’usine est vendue pour un euro symbolique à une entreprise locale fondée par Nicolas Decayeux, abandonnant cent emplois. Quant aux ex-Whirlpool, ils se verront proposer un lave-vaisselle en guise de cadeau de licenciement…

Au rayon de l’optimisation fiscale, Whirlpool trône aux côtés de Nike, Apple, Total, dans la liste des Paradise Papers, publiée en novembre 2017. Comme beaucoup d’entreprises, la toile tissée par la multinationale, et révélée en France par le Monde, suit un schéma complexe pour « faire circuler des centaines de millions d’euros de cash entre des sociétés boîtes aux lettres dans des paradis fiscaux », explique le quotidien. Et ce, en toute légalité.

En clair, les recettes des filiales de par le monde ne vont pas directement dans les caisses de la maison mère américaine, dont le siège historique se trouve dans le Michigan. Outre la remontée des dividendes versés par les filiales aux sociétés actionnaires, du cash circule sous forme de prêts et de remboursements internes, vidant les entreprises de leurs résultats imposables, dans une multitude de holdings financières qui sont autant de coquilles vides, basées dans un paradis fiscal où cet argent sera exonéré d’impôts sur les intérêts reçus. Des structures basées au Delaware, cet État prisé des plus grosses entreprises américaines, mais également aux Bermudes, où le groupe dispose d’au moins trois filiales. Reste que la multinationale ne se limite pas aux seuls pays inscrits sur les listes noires des paradis fiscaux. En Belgique, par exemple, où la législation est favorable aux entreprises y installant des « centres de coordination » qui permettent le financement d’investissements internes au groupe, Whirlpool a placé des sortes de « banques ».Pour réaliser son circuit, la multinationale a pu compter sur le savoir-faire de plusieurs cabinets d’affaires, dont l’un des plus connus est le cabinet Appleby. Au service de clients soucieux de cacher leurs fortunes, il est présent dans sept « juridictions clés » du monde offshore : les Bermudes, les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans, Jersey, Guernesey, l’île de Man, Maurice et les Seychelles. Une pieuvre mondiale, au point qu’il est impossible de localiser le véritable siège social de l’entreprise.

Ce système a permis à Whirlpool de ne payer que 209 millions de dollars d’impôts sur un peu plus de 1 milliard de dollars de bénéfices en 2015, soit un gain de plus de 100 millions de dollars pour la multinationale si le taux d’imposition sur les sociétés de 35 % en vigueur outre-Atlantique avait été appliqué. « Ce sont des activités d’optimisation fiscale et financière normales. (…) Whirlpool respecte toutes les lois et régulations applicables dans les pays où nous opérons », se défend le groupe. Business as usual.

 

Les paradis de la fraude : Irlande

En République d’Irlande, l’impôt sur les sociétés est parmi les plus bas d’Europe, à 12,5 %, contre 33,3 % en France. Et les arrangements au cas par cas avec des entreprises y sont nombreux. À tel point que les géants de l’Internet, comme Apple ou Google, ont fait du pays de la Guinness leur terre promise européenne. De 2003 à 2014, Apple a été ainsi imposée à seulement 0,005 %. En août 2016, la Commission européenne a sanctionné l’Irlande, qualifiant d’aides d’État illégales le régime fiscal accordé à l’entreprise américaine, et en la sommant de récupérer auprès de la multinationale 13 milliards d’euros d’avantages indus. Un premier versement de 1,5 milliard d’euros a été effectué en milieu d’année, mais Dublin rechigne à récupérer le pécule. Car l’Irlande vit du dumping fiscal. Pour rappel, en 2015, compte tenu du chiffre d’affaires enregistré par les multinationales installées en Irlande, le PIB du pays avait bondi officiellement de 26,3 %. Un taux incroyable qui avait poussé les autorités, non à réviser leur niveau d’imposition, mais à plancher sur un indicateur plus ou moins sensible aux variations des recettes engrangées par les firmes étrangères, en préférant au PIB le revenu national ajusté.

Clotilde Mathieu

 

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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 05:49
Rupture dans la continuité - Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite (Ludovic Lamant, Médiapart - 13 août 2018)
Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite
 PAR 

L’ex-premier ministre s’est entouré de conseillers et multiplie les dîners à Barcelone, en vue des municipales de mai 2019. Face aux indépendantistes, Manuel Valls veut être le « candidat de l’ordre ». Mais il retarde sa décision, conscient du risque d’échec. Issu de la droite dure, l’un de ses conseillers crispe.

 

Barcelone (Espagne), envoyé spécial.– Il répète qu’il n’a pas pris sa décision. « Je me donne encore quelques semaines de réflexion », a fait savoir Manuel Valls au quotidien El País le 19 juillet. L’ancien premier ministre français a prévu de dire, en septembre ou octobre, s’il se lançait dans la course à la mairie de Barcelone, en vue des élections du 26 mai 2019.

Il est en tout cas très « motivé », selon le mot d’Inés Arrimadas, la figure montante de Ciudadanos en Catalogne. Ce parti de la droite libérale, allié de LREM en France, a proposé à l’ancien premier ministre d’être son candidat pour Barcelone. « Il doit prendre la décision, qui n’est pas seulement politique mais personnelle, de se lancer dans une aventure qui serait fantastique et inédite », s’est enthousiasmée Arrimadas mi-juillet.

Durant l’été, Valls consulte à tout-va. L’ancien socialiste enchaîne les dîners dans la capitale catalane, rencontre des chefs de parti, des patrons de presse et des entrepreneurs. Avec un groupe d’une quinzaine de conseillers qui militent pour sa candidature et l’alimentent en fiches, Valls tente d’ébaucher une stratégie pour remporter la deuxième ville d’Espagne, où il est né en 1962 avant d’emménager, très jeune, en France.

À peine lâchée l’hypothèse d’un parachutage Valls, des figures de la politique locale se sont préparées à la bataille. « Certains ont l’air désespéré au point de chercher des noms de célébrités », a ironisé la maire de Barcelone, Ada Colau, une ancienne activiste pour le droit au logement. Elle a aussi critiqué les positions « réactionnaires » de Manuel Valls sur les questions migratoires, ajoutant : « Ce qui m’interpelle, c’est qu’il ne vit pas à Barcelone. » Le candidat socialiste, Jaume Collboni, a lancé quant à lui : « Barcelone ne peut pas être un simple prix de consolidation pour les carrières politiques empêchées. »

Du côté du monde indépendantiste, le ton est plus rude, face à ce qu’on appelle dans le football espagnol un « fichaje galáctico », un « transfert phénoménal ». Pour le conservateur Xavier Trias, ancien maire de la ville (de 2011 à 2015), Valls est tout simplement « un facho », en référence à sa défense arc-boutée de « l’unité de l’Espagne ». Quant à Alfred Bosch, candidat à la mairie pour l’ERC, la gauche républicaine indépendantiste, il déclare : « Barcelone n’est pas une piste d’atterrissage pour parachutés. »

Cet accueil glacial n’a semble-t-il pas découragé le Franco-Espagnol. Citant des sources internes à Ciudadanos, La Vanguardia, le quotidien le plus influent de Barcelone, donnait début juillet Valls partant à « 96 % ». Dans les QG des partis catalans, qui préparent déjà la campagne de l’an prochain, les spéculations vont bon train. « J’ai l’impression qu’il sera candidat, il multiplie les prises de contact avec des gens de premier rang, dans de nombreux secteurs, son agenda est très étudié », assure à Mediapart Ramón Luque, un dirigeant écolo-communiste qui travaille à la réélection d’Ada Colau.

« Il a franchi un certain nombre d’étapes précises qui me donnent l’impression qu’il va se présenter », renchérit Carlos Prieto, le directeur de campagne du PSC, les socialistes catalans. « En mai dernier, il avait 80 % de chances de l’emporter. Maintenant, avec l’arrivée des socialistes au pouvoir à Madrid, cela s’annonce plus difficile », tempère, sous le sceau de l’anonymat, un politique catalan qui a proposé ses services à Valls.« Cela me semblait plus probable il y a trois mois qu’aujourd’hui », évalue de son côté l’éditorialiste vedette de La Vanguardia, Enric Juliana.

« Il existe une certaine attente, dans une partie du monde entrepreneurial et dans l’establishment. Ces secteurs sont orphelins de l’ancien parti Convergència [le parti de Jordi Pujol, longtemps majoritaire – ndlr], qui s’est radicalisé ces dernières années dans sa défense de l’indépendance. Il y a là un électorat déçu à reconquérir et Valls a les moyens d’occuper cet espace politique de l’ordre, analyse le journaliste Roger Palà, du site d’enquête catalan El Crític. Ici, on aime les choses pittoresques. Qu’un Français, ancien premier ministre, et qui en plus parle catalan, débarque, ça nous occupe. Après, c’est autre chose de savoir si cela va fonctionner… »

Valls, candidat de « l’ordre », face à la « populiste de gauche » Ada Colau ? Le député français s’est imposé dans le débat public espagnol en pleine tempête indépendantiste. Il est devenu, en décembre 2017, l’une des voix les plus fermes à l’encontre du « Procès » (vers l’indépendance) de Carles Puigdemont et de ses alliés. Ses interventions musclées en défense de « l’unité de l’Espagne » ont marqué les esprits, dans une émission télé très suivie (l’Espejo Público de Susanna Griso), dans des conférences avec des élus, de gauche comme de droite, ou encore des meetings organisés par la Societat Civil Catalana (SCC), une plateforme qui rassemble les adversaires de l’indépendantisme catalan.

Point d’orgue de cette Blitzkrieg menée contre les partis indépendantistes – et qui n’apas fonctionné dans les urnes –, Valls est intervenu devant une salle comble, le 16 décembre, aux côtés d’Albert Rivera, le leader de Ciudadanos ou encore de Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature aux positions très conservatrices (vidéo ci-dessous). D’après un article d’El Mundo, des responsables de la SCC approchent Valls dès ce 16 décembre pour lui parler d’une éventuelle candidature à la mairie. À l’époque, « il les regarde bouche bée et rejette l’offre ».

« Je doute de la compétitivité de Valls dans un contexte municipal »

En mars 2018, son état d’esprit a évolué. En marge d’une « marche constitutionnaliste » dans les rues de Barcelone – pour la défense de la Constitution espagnole –, Valls se fait cette fois courtiser par Albert Rivera, qui se trouve à l’époque très haut dans les sondages. Rivera sait que son parti manque de personnalités de premier plan.

Son alliée Inés Arrimadas est la chef de file de Ciudadanos pour la Catalogne. Mais au niveau de la ville de Barcelone, il n’y a que des seconds couteaux – en l’occurrence, une ancienne députée régionale du Parti populaire (PP), Carina Mejías – pour les municipales à venir. « Le banc de Ciudadanos est si pauvre qu’ils n’ont même pas un candidat sur place », ironise Ramón Luque, pour le camp d’Ada Colau.

Valls, depuis, hésite manifestement à se lancer. En délicatesse sur la scène française, éclipsé par le surgissement d’Emmanuel Macron, l’ancien maire d’Évry sait que Barcelone, ville-monde, serait une formidable occasion pour lui de se relancer. À ses yeux, ce serait « un engagement dans un autre pays, au nom de l’idéal européen », bref, une manière de « symboliser l’Europe par la preuve ». Mais il est aussi conscient qu’un échec en Espagne, après la victoire poussive – et largement contestée – dans sa circonscription d’Évry aux législatives de 2017, compliquerait un peu plus la suite de sa carrière politique.

Sur la route de la mairie, deux obstacles sérieux se dressent. D’abord, Valls est très identifié au débat sur « l’unité de l’Espagne ». Mais le scrutin de 2019 pourrait bien se jouer sur d’autres enjeux. « Les municipales ont toujours été dominées à Barcelone par des débats locaux. Quels travaux lancer, quelle ligne de métro creuser ? Les élections à venir ne seront donc pas forcément marquées par le Procès. En tout cas, rien ne dit à ce stade que ce sera le dossier décisif. Et je doute de la compétitivité de Valls dans ce contexte », avance le journaliste Roger Palà.

Valls s’est déjà fait piéger dans un entretien à la radio catalane – mené par un journaliste qui ne cache pas ses convictions indépendantistes –, lorsqu’il s’est trouvé incapable de dire combien Barcelone comptait de quartiers, ou lequel de ces quartiers affichait le revenu par habitant le plus faible. Depuis, l’image d’un Français qui ne connaît rien à la ville lui colle à la peau.

L’autre difficulté est plus structurelle. En quelques mois, le paysage politique espagnol a totalement changé. Le socialiste Pedro Sánchez a pris la place de Mariano Rajoy à la Moncloa, et dirige un gouvernement qui cherche à se montrer plus conciliant sur la question catalane. Aussi fragiles soient-ils, les sondages, scrutés de près par les équipes politiques, esquissent un tassement de Ciudadanos en Catalogne, au profit du PSC, les socialistes catalans.

Quant à Rajoy, il a cédé sa place à la tête du PP, le parti populaire, au jeune loup Pablo Casado, aux positions tout aussi intransigeantes qu’Albert Rivera sur la Catalogne. Bref, les beaux jours de Ciudadanos, qui caracolait en tête dans les sondages au printemps, après sa victoire en trompe-l’œil aux régionales de décembre 2017, semblent passés. « Le scénario n’est plus du tout celui d’il y a trois mois, résume Enric Juliana. Le PSOE est au gouvernement, le PP cherche à se revitaliser comme force d’opposition, avec un profil jeune. Pour Ciudadanos, le scénario a totalement changé. »

Conscient de cette double difficulté, Valls a mis au point, avec son entourage, une stratégie inattendue. Il veut apparaître moins clivant sur la question de l’indépendance, en intégrant parmi ses soutiens ceux que l’on appelle des « catalanistes ». Des citoyens qui, sans être indépendantistes, reconnaissent les spécificités d’une histoire et d’une identité catalanes. « J’aurai le soutien de Ciudadanos [si je suis candidat], mais je ne veux pas être le candidat d’un seul parti », a-t-il déjà expliqué.

En clair, il rêve d’une plateforme transversale, qui aille de la droite dure « espagnoliste » (PP inclus) à un centre-gauche « catalaniste » occupé, notamment, par les socialistes du PSC. « S’il est seulement le candidat des anti-indepe [les adversaires de l’indépendantisme – ndlr], il ne pourra pas gagner Barcelone. Il doit faire campagne en faisant l’éloge de la grande métropole européenne », résume ce politique catalan conservateur cité plus haut, qui lui a proposé ses services.

C’est pourquoi Valls s’est dépêché de rencontrer au printemps le chef du PSC catalan, Miquel Iceta, et son candidat pour 2019, Jaume Collboni. Sans surprise, ils ont refusé son offre d’une alliance avant les élections, convaincus que le PSC a les moyens de reprendre seul la mairie à Ada Colau.

« Nous voulons une campagne qui parle des problèmes des citoyens, du logement, de la propreté des rues, de la cohabitation à l’échelle des quartiers », avance Carlos Prieto. Le directeur de campagne insiste : « Nous avons l’impression que Valls ne connaît pas si bien la ville, et surtout, son entrée en matière dans la politique locale nous laisse penser qu’il ne va pas parler de Barcelone, mais de bien d’autres choses. C’est légitime, mais ce n’est pas notre position. »

Josep Ramon Bosch, le conseiller controversé

Après cet échec, Valls cherche désormais à séduire des partis catalanistes plutôt confidentiels, à l’instar de Lliures (« Libres »). Avec, à ce stade, peu de résultats. Au-delà des liens avec le monde économique, il a aussi cherché, ces dernières semaines, à gagner les sympathies du monde culturel. Il a dîné avec les écrivains Nuria Amat et Javier Cercas, ou encore l’architecte Oscar Tusquets.

Mais ces prises de contact ne doivent pas cacher l’essentiel : Valls s’appuie avant tout sur des réseaux de droite – et même de la droite dure – pour échafauder son plan. « Valls va construire un récit autour d'une Barcelone néolibérale, contre la “populiste” Ada Colau... Il va personnaliser la bataille, comme étant le seul capable de battre Ada Colau. Ce qui va re-polariser les enjeux autour d'un axe droite-gauche plus traditionnel, loin des débats sur l'indépendance : ce seront les néolibéraux avec Valls contre la gauche de Colau », prévoit l'écolo-communiste Ramón Luque, qui se frotte les mains par avance.

Manuel Valls s’est rapproché d’un groupe d’entrepreneurs trentenaires, Twenty50, où l’on retrouve notamment Xavier Cima, un ancien élu de Convergència parti dans le privé, également connu à Barcelone pour être marié à Inés Arrimadas, de Ciudadanos. Valls travaille aussi avec des réseaux du Parti populaire, même si le PP catalan a obtenu à peine plus de 4 % aux élections de 2017.

Cette opération séduction ne se fait pas sans accrocs. Comme lors de ce dîner organisé fin mai au domicile barcelonais de l’entrepreneur Marian Puig, qui dirige l’un des lobbies patronaux les plus influents de la ville, en compagnie d’autres patrons, dont Màrius Carol, le directeur de La Vanguardia.

 

Agacé par des remarques de certains invités, qui s’étaient montrés critiques de la gestion de la crise catalane par Madrid, Valls a lancé, furieux, selon le compte-rendupublié dans le quotidien de droite ABC : « Tout est de votre faute [...]. Vous vous plaignez tout le temps, mais vous n’avez rien fait. Vous êtes la bourgeoisie catalane, l’élite du pays, et vous n’avez rien fait. Une bourgeoisie qui ne montre pas le chemin n’est pas une bourgeoisie : c’est seulement un club d’insolents et de riches. »

Outre le soutien de Ciudadanos, Valls compte surtout sur la machine de guerre de la SCC, la Societat Civil Catalana. Là encore, c’est un pari risqué, tant cet attelage est hétéroclite. Sous couvert d’opposition à l’indépendance, la SCC brasse large, depuis l’extrême droite « espagnoliste » et nostalgique de Franco à des composants conservateurs plus modérés, déstabilisés par le virage indépendantiste de la Catalogne ces dernières années.

Le quotidien madrilène El Mundo a présenté le premier président de la SCC, Josep Ramon Bosch, comme le cerveau de « l’opération Valls ». À en croire le journal, c’est Bosch qui construit l’agenda de Valls à Barcelone depuis avril, lui fait rencontrer entrepreneurs et journalistes, et tente de le convaincre de se lancer. Or Josep Ramon Bosch est loin d’être un inconnu à Barcelone. Avant de présider la SCC, Bosch, dont le père militait au Frente Nacional, le principal parti d’extrême droite en Espagne après la mort de Franco, a cofondé en 2011 Somatemps, un collectif d’extrême droite qui défend« l’identité hispanique de la Catalogne » et qui fut l’un des membres fondateurs, des années plus tard, de la SCC.

« Les origines de la SCC, du temps où c’était une plateforme très minoritaire, sont clairement liées à l’extrême droite. C’est de là que vient Josep Ramon Bosch », résume le photojournaliste Jordi Borràs. Connu pour ses convictions indépendantistes, Borràs est l’auteur d’une enquête à charge contre la SCC, qui met en évidence les liens entre cette dernière et l’extrême droite (éditions Saldonar, 2017). « Bosch incarne une version du nationalisme espagnol issu du carlisme, insiste-t-il, en référence à ce courant politique très réactionnaire du XIXe siècle espagnol. C’est un type d’extrême droite, qui parie, pour des raisons tactiques, pour un nationalisme espagnol transversal. »

Rupture dans la continuité - Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite (Ludovic Lamant, Médiapart - 13 août 2018)

Borràs est à l’origine de la démission de Bosch de la présidence de la SCC, en 2015. Dans un article de Borràs publié en pleine campagne électorale en 2015, Bosch, qui a aussi milité au PP un temps, est accusé d’avoir insulté et diffamé plusieurs figures de l’indépendantisme catalan, sous couvert d’une fausse page Facebook. Lui a toujours nié ses accusations, mais le dépôt d’une plainte – qui n’a pas abouti en raison de la prescription – l’a obligé à quitter ses fonctions. Valls connaissait-il en détail le pedigree de son conseiller, avant de travailler avec lui ? Sollicité par Mediapart pour répondre à nos questions, Manuel Valls n’avait pas donné suite, à l’heure où nous publions cet article.

Le cas Bosch n’est peut-être pas la seule faille de la candidature Valls. En décembre dernier, le site El Nacional avait révélé qu’un lobby patronal avait sollicité plusieurs entreprises membres de l’IBEX 35 (l’équivalent du CAC 40 en Espagne) pour couvrir les frais de la tournée de Valls – estimés à quelque 40 000 euros –, lors de l’un de ses déplacements en campagne contre l’indépendantisme. Alors qu’il a pris l’habitude de séjourner dans le très chic hôtel Alma du quartier de l’Eixample lors de ses très fréquentes venues à Barcelone – il devra emménager pour de bon dans la ville s’il se décide à être candidat –, la question de la transparence du financement de la pré-campagne de Valls, par ailleurs député à l’Assemblée nationale, s’annonce elle aussi sensible.

Rupture dans la continuité - Manuel Valls prépare la prise de Barcelone par la droite (Ludovic Lamant, Médiapart - 13 août 2018)
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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 12:55
Un baobab est tombé - Samir Amin, le théoricien du développement inégal, est mort (L'Humanité, 13 août 2018)
"UN BAOBAB EST TOMBÉ" : SAMIR AMIN, LE THÉORICIEN DU DÉVELOPPEMENT INÉGAL, EST MORT
Lundi, 13 Août, 2018

Le professeur Samir Amin, directeur  du Forum du Tiers Monde, est décédé dimanche 12 août 2018 à Paris à l’âge de 87 ans.

« Marx n'a jamais été aussi utile », disait Samir Amin, qui fut sans conteste l'un des esprits les plus lucides du vingtième siècle dans la critique du système capitaliste mondialisé. Pour lui la logique capitaliste du profit entraîne la destruction des bases de la reproduction de la vie sur la planète. Cette critique fondamentale s'accompagnera tout au long de sa vie d'une analyse sans concession des rapports de domination entre le centre, les pays capitalistes développés, et la périphérie, le Tiers-monde. 

 Professeur agrégé de sciences économiques, Samir Amin,  né au Caire en 1931, formé à Paris dans les années cinquante, a bouleversé le monde de l’économie du développement avec son immense livre intitulé: « Le développement inégal. Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique, Paris, Éd. de Minuit »,  paru en 1973 et analysant  les modes de production tributaire à la périphérie et le mode de production capitaliste au centre. Cet ouvrage majeur  le propulse dans le champ antimondialiste qui deviendra deux décennies plus tard, l'altermondialisme. Grand défenseur des jeunes nations africaines, ce précurseur a toujours concilié son travail universitaire avec un engagement militant. Conseillé du gouvernement malien de 1960 à 1963, il fonde à Dakar, l'Institut africain de développement économique et de planification. Il participa aussi à la création, d'Enda-Tiers Monde, l'une des premières ONG africaines. Pour lui il faut redéfinir l'ordre mondial basé sur le capitalisme financier et supprimer ses institutions comme l'OMC, le FMi et la Banque mondiale. Une pensée dense et radicale qui a inspiré plusieurs générations d'économistes africains. 

UNE PERTE POUR LE MONDE DE L’ÉCONOMIE ET LES CERCLES PROGRESSISTES DU NORD ET DU SUD.

«Un Baobab est tombé», écrit le professeur Saliou Sy de l’Ecole de Dakar en hommage à l’économiste  franco-égyptien qui résidait au Sénégal depuis plus de 40 ans.

"Avec le décès de l’économiste franco-égyptien Samir Amin, vient de disparaître un  des grands intellectuels marxistes de notre époque, un camarade fraternel et un ami.", réagit son éditeur Francis Combes. "Samir a publié six livres aux éditions Le Temps des Cerises. Nous avons édité ses analyses théoriques sur la Loi de la valeur mondialisée, sa critique du Virus libéral, son étude sur de la Crise du capitalisme sénile. Il nous avait aussi confié ses livres sur l’Éveil du sud  et sur les Communistes dans le monde arabe, tout un pan de l’histoire contemporaine dont il fut non seulement un observateur attentif mais un acteur, car Samir alliait la théorie et la pratique. 
La force de sa pensée et sa grande utilité tenaient à sa lucidité, au fait qu’il avait un point de vue vraiment mondial (et non euro-centré) sur le capitalisme et à ce qu’il n’a jamais renoncé à l’engagement aux côtés des peuples dans la lutte contre l’impérialisme. Il animait le Forum du Tiers monde,  de Dakar. Et il a pris une part active dans de nombreuses initiatives collectives pour faire renaître une perspective progressiste et révolutionnaire. Dans un bref livre qu’il nous avait confié, c’est lui qui a lancé l’idée (reprise par Chavez) de la nécessité d’une Cinquième Internationale, dans l’esprit de la Première. Ses réflexions sur la longue transition vers une société socialiste nous sont précieuses. Il continuera d’être à nos côtés et nous continuerons de nous appuyer sur ses travaux et travaillerons à les diffuser... "
 
Pour Pierre Laurent le sécretaire national du PCF :

LES INTERNATIONALISTES QUE NOUS SOMMES SE SENTENT AUJOURD'HUI UN PEU ORPHELINS

« Je perds un ami pour lequel j'avais le plus grand respect et une profonde estime, écrit le secrétaire national du PCF dans un communiqué :
"De celui qui voua son existence aux mises en mouvement populaires qui visent à transformer le monde, nous communistes français voulons saluer la mémoire et l'intelligence, les actions, la générosité et l'énergie toujours renouvelées.
L'existence entière de Samir fut tendue vers le seul objectif de l'émancipation humaine et sociale ; à libérer le genre humain du capitalisme, et des logiques de domination et d'exploitation que sont le colonialisme, l'impérialisme, le patriarcat, les fascismes et nazisme, l' « occidentalisme », la xénophobie et la guerre. Militant des luttes anticoloniales et pour l'indépendance des peuples du « Tiers Monde », Samir était pour moi un internationaliste par excellence qui a tout autant contribué à briser le joug des aliénations sous toutes leurs formes.
Samir Amin fut sa vie durant un intellectuel en constant mouvement qui nourrissait ses travaux et prises de position d'expériences concrètes, d'expérimentations politiques et sociales, d'écoute et d'échanges. 
Auteur d'une œuvre marxiste prolifique qui continuera longtemps de faire référence, Samir a formé plusieurs générations de chercheurs et de militant-e-s d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine, d'Europe et d'Amérique du nord en favorisant leurs contacts et dialogues autour d'objectifs communs, en particulier au sein du CODESRIA, établi à Dakar. »
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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:56
PCF - MONSANTO CONDAMNE : OUVRONS LA VOIE AU CHANGEMENT DE MODELE AGRICOLE

Le verdict est tombé : le tribunal de San Francisco a condamné la multinationale Monsanto. Pour la Justice, se sont bien les désherbants Roundup et RangerPro qui sont responsables du cancer du jardinier Dewayne Johnson.
Cette décision est une bonne nouvelle pour tous ceux qui pensent – le PCF est de ceux-là – qu’il y a urgence à sortir du modèle agricole actuel, reposant sur des intrants chimiques massifs, produits dont l’impact sur l’homme et sur l’environnement commencent à être connu en place publique.

Le PCF rappelle sa détermination à engager la France dans une sortie du Glyphosate et des pesticides dangereux. Notre pays a besoin d’une grande ambition collective alimentaire, écologique et de santé publique.
Pour cela, il est indispensable de permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail, pour sortir la production alimentaire des griffes des quelques multinationales qui trustent actuellement ce secteur, aliénant producteurs et consommateurs au nom du profit capitaliste
.

 

 

Glyphosate:

Le pot de terre gagne contre le pot de fer en Californie.
Dans cet Etat Nord-Américain, le jardinier Déwayne Johnson qui a durant de nombreuses années utilisé le Roundup vient de gagner son procès contre le géant Monsanto qu'il considère comme responsable de son cancer.
Le jury de 12 citoyens Américains a mis en cause le fait que la multinationale mélange information réelle sur la composition de ses produits et le mensonge organisé. C'est ce débat que nous avons également en Europe. Voici une jurisprudence de capitale importance. Que tous les ministres européens de l'agriculture et de l'environnement aient enfin le courage d'en faire de même!

Patrick Le Hyaric député européen communiste, directeur de l'Humanité

Le jugement rendu contre Monsanto est historique. Il a fallu le combat d’un homme, condamné à mort par la médecine, pour accélérer la procédure et aboutir à l’amende record de 290 millions de dollars. Plusieurs milliers d’autres plaintes ont été déposées par autant d’agriculteurs. La révélation des méthodes de la multinationale via les Monsanto Papers, quant à « l’évaluation scientifique » de son désherbant « vedette » – censure des avis critiques, pression et infiltration des organismes internationaux, de l’ONU à l’Union européenne –, conjuguée à un puissant mouvement d’opinion international, a pesé dans la balance de la justice. Face aux intérêts en jeu, les combats à venir n’en seront que plus âpres.
Depuis la guerre du Vietnam, avec l’usage massif de l’agent orange, Monsanto n’en finit pas d’être au banc des accusés. Entendre Bayer reprendre dès vendredi les mêmes arguments sur l’innocuité du glyphosate, « sûr » et « non cancérogène », ne peut qu’inquiéter. Après avoir racheté au prix fort – 63 milliards de dollars – son rival, le groupe allemand avait annoncé en juin son intention de faire disparaître la marque américaine. Cela ferait sans nul doute les bonnes affaires de The Vanguard Group et de Blackrock Fund Advisors. Plus de nom, plus de scandale, voire d’indemnités à verser ? Ces fonds d’investissement totalisent, avec un troisième larron, 11 000 milliards d’euros (cinq fois la richesse annuelle de la France) de capitalisation boursière mondiale. Ces deux-là sont présents à la fois dans le capital de Monsanto, de Bayer et de BASF – qui a repris les activités « OGM » de l’américain, au nom de la lutte anticoncurrentielle… Les mêmes ont dû être ravis du sursis de cinq ans sur une éventuelle interdiction du glyphosate, accordé par la Commission européenne, avec le soutien de l’Allemagne et sans un mot de la France. La graine de l’exigence d’autres logiques environnementales, agricoles et démocratiques, est depuis vendredi en terrain fertile.
 
Michel Guilloux, L'Humanité - 13 août 2018 
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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:52

 

Le footballeur, aussi talentueux sur les pelouses que sur le terrain de la fraude, a passé un accord avec la justice espagnole pour éviter un procès, en échange du paiement de la somme de 18,8 millions d’euros.

Le triplé de Cristiano Ronaldo contre l’Espagne lors du premier tour de la Coupe du monde 2018 restera dans les annales. Malgré l’élimination de son équipe nationale, le Portugal, en huitième de finale, l’homme qui se fait appeler « CR7 » a une nouvelle fois brillé par sa technique. Le quintuple ballon d’or aurait peut-être joué différemment s’il était toujours sous la menace d’une peine d’emprisonnement en Espagne, où il était poursuivi pour fraude fiscale. Le jour du match, on apprenait que la star madrilène avait trouvé un accord avec la justice espagnole : payer 18,8 millions d’euros et reconnaître les faits de fraude en échange de la fin des poursuites. Le joueur évite ainsi un procès où il risquait jusqu’à 30 millions d’euros d’amende et une peine de prison dépassant les deux ans. Seuil à partir duquel elle n’est plus monnayable en Espagne.Si Cristiano Ronaldo est un as de l’évasion, il n’exerce ce talent que dans le domaine fiscal, il s’est donc décidé à reconnaître ses méfaits. Et ils sont importants ! Entre 2011 et 2015, 150 millions d’euros du footballeur sont passés par le Panama, la Suisse, l’Irlande et les îles Vierges. Des sommes acquises en vendant son image. Ceci a entraîné un manque à gagner de 14,5 millions pour les caisses de l’État espagnol. Au même moment, le gouvernement opérait une cure d’austérité sans précédent, après la crise économique de 2008. Une diminution des dépenses publiques qui affecte encore le système de santé et d’éducation. Ce n’est qu’en 2016 que l’European Investigative Collaborations (EIC), un réseau de médias européen (Mediapart, Der Spiegel, le Soir, El Mundo, etc.), découvre le pot aux roses. L’affaire sort d’un amas de 18,5 millions de documents confidentiels, les Football Leaks, remis aux journalistes par une source confidentielle. Un an après ces révélations, le parquet espagnol entame la procédure à l’encontre de l’attaquant du Real Madrid.

Parallèlement, les affaires ont continué. En avril dernier, le même réseau dévoile que Cristiano Ronaldo possédait depuis 2015 un trust dans un autre paradis fiscal : l’île anglo-normande de Jersey. Ce trust dans la Manche appartenait à une société basée au Luxembourg, CRS Holding. Le capital du trust de Jersey reste inconnu, et il est difficile de l’évaluer aujourd’hui puisqu’il a été rayé de la carte le 17 avril de cette année. Un jour après que les journalistes ont envoyé leurs questions à Ronaldo. Mais la somme devait être importante : de juin à mars 2018, 16 millions d’euros auraient été transférés de Jersey au Luxembourg. Derrière ces montages financiers plane l’ombre de l’agent du joueur, Jorge Mendes. Suite à l’accord de son poulain avec le fisc espagnol, il échappe à toute poursuite dans cette affaire. Un soulagement pour l’agent le plus puissant au monde, déjà mis en examen pour la fraude fiscale d’un ancien protégé, l’attaquant colombien Radamel Falcao. Jorge Mendes est également sous le coup d’une enquêteà l’échelle européenne.En attendant, Mendes engrange les millions. Son dernier fait d’armes : le transfert de Cristiano Ronaldo du Real Madrid à la Juventus Turin. Nul doute que les sanctions financières ont motivé le départ du joueur vers l’Italie. « CR7 » n’a pas digéré que le club madrilène ne couvre pas ses déboires avec la justice. D’un autre côté, les hôpitaux espagnols se passeront sûrement de son toucher de balle.

 

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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:50

L'ancien journaliste Charles Enderlin a critiqué vivement sur franceinfo la loi adoptée par le parlement israélien. 

Cette loi est un "tournant qui redéfinit" Israël, a affirmé le journaliste franco-israélien Charles Enderlin sur franceinfo dimanche 5 août à propos de la loi définissant le pays comme l"État-nation du peuple juif". Cette loi est accusée de porter atteinte aux droits des minorités. Elle a été votée le 19 juillet avec le soutien du Premier ministre Benyamin Nétanyahou. Selon Charles Enderlin, "cette loi correspond à l’idéal du Premier ministre et c’est à cela qu’il travaille depuis son retour au pouvoir en 2009". 

 

franceinfo : Quelle est la portée de cette loi ?

Charles Enderlin : C’est un tournant. Dans cette loi, il n’est pas question de démocratie ni d’égalité. Elle met de côté la déclaration d’indépendance d’Israël de mai 1948 dans laquelle il était écrit en toutes lettres que le pays sera fondé sur des principes de liberté, de justice et de paix, et assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens sans distinction de croyance, de race et de sexe. Maintenant, on peut lire que seuls les Juifs peuvent exercer un droit naturel, culturel et religieux et historique à l’autodétermination. L’arabe perd son statut de langue officielle mais aura un statut spécial qui sera déterminé ultérieurement. Et puis surtout, l’État considère le développement de l’implantation juive comme une valeur nationale et œuvrera pour l’encourager. On est effectivement dans un grand tournant, Israël s’est redéfini.

 

Que demandent les opposants à cette loi ?

Une des revendications des opposants, c’est tout simplement de faire une nouvelle loi fondamentale. Israël n’a pas de constitution, seulement des lois fondamentales qui commencent à s’accumuler. Ils demandent une loi fondamentale qui reprendrait les termes exactes de la déclaration d’indépendance et ramènerait le pays vers une vision beaucoup plus démocratique. Également, la langue arabe disparait des langues officielles. C’est un symbole qui est extrêmement fort. Cela fait partie des éléments de cette loi qui sont discriminatoires. Pour la liste arabe commune, à la Knesset, lors du vote, les députés ont déchiré le texte et dénoncé une loi d’apartheid.

 

Que va-t-il se passer à court terme ?

Personne ne touchera à la loi. Pour l’entourage de Nétanyahou, il n’est pas question de toucher d’un iota à cette loi. L’un de ses proches a même déclaré : si les Russes ne sont pas contents, qu’ils aillent créer un État en Syrie. Et je peux vous dire que ça ne plaît pas du tout aux militaires druzes qui se battent pour la défense d’Israël.

 

Y-a-t-il une manœuvre politique de Nétanyahou à plus long terme ?

On parle beaucoup de la possibilité d’élections anticipées. Peut-être cet hiver ou au début de l’année prochaine. Est-ce que cela fait partie d’un début de campagne électorale pour Nétanyahou ? Il a pris un risque. Personnellement, je suis persuadé que cette loi correspond à son idéal, à sa vision, et que c’est à cela qu’il travaille depuis son retour au pouvoir en 2009.

 

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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 05:50
HINDUSTAN TIMES VIA GETTY IMAGES

HINDUSTAN TIMES VIA GETTY IMAGES

Le monde  de l’économie vient de predre l’un des plus brillants économistes et théoriciens de l’économie marxiste et maoiste du 20e siècle. L’économiste franco-egyptien Samir Amin n’est plus, rapporte le journal egyptien al Ahram.

Né le 3 septembre 1931 d’une mère française et d’un père égyptien, tous deux médecins il a passé son enfance et son adolescence à Port-Saïd où il obtint son baccalauréat en 1947.

De 1947 à 1957, il étudie à Paris, et décroche un diplôme de sciences politiques en 1952 avant de décrocher un autre en statistiques en 1956 et un troisième en  économie en 1957. 

À son arrivée à Paris, Amin rejoint le Parti communiste français (PCF), mais il se distanciera plus tard du marxisme soviétique et s’associe pendant un certain temps à des cercles maoïstes.

Théoricien principal de l’alter mondialisme, il préconisait une manière de “développementisme marxiste” comme prolongement au tiers-mondisme de ses années maoistes.

Vivant depuis plusieurs années à Dakar au Sénégal, sa grille de lecture économiste faisait de lui un excellent historien des “formes précapitalistes” des pays colonisés, notamment africains, mais aussi de la Chine

Il était considéré comme un analyste des plus lucides et intransigeants de la géopolitique postérieure à la dissolution de l’Union soviétique et des manipulations ethniques, nationales et religieuses consécutives à 1989.

Samir Amin était partisan de l’accomplissement des indépendances par leur afranchissement de l’impérialisme. Pour lui, les indépendances ont peut-être mis fin à la colonisation en tant que telle mais certainement pas à l’impérialisme économique. Il soutenait dans ces dernières conférence que le colonialisme, est l’abolition formelle de toute souveraineté nationale. 

Decès de l'économiste marxiste franco-égyptien Samir Amin (Huff Post. 12.08.2018)
La lucidité de Samir Amin. Je l’avais interviewé à Dakar, après la chute de Ben Ali et avant celle de Moubarak, alors que les Égyptiens occupaient la place Tahrir. Voilà ce qu’il disait, au début des « printemps arabes » : « Le système capitaliste ne peut tolérer le développement de ces mouvements. Il mobilisera tous les moyens de déstabilisation possibles, des pressions économiques et financières jusqu’à la menace militaire. Il soutiendra, selon les circonstances, soit les fausses alternatives fascistes ou fascisantes, soit la mise en place de dictatures militaires. »

Rosa Moussaoui 

POUR L'ÉCONOMISTE SAMIR AMIN « MOUBARAK A INTÉGRÉ L’ISLAM POLITIQUE DANS SON SYSTÈME »
Lundi, 7 Février, 2011

Économiste franco-égyptien, membre du conseil international du Forum social mondial et président du Forum mondial des alternatives, Samir Amin analyse les enjeux politiques et économiques de la crise que traverse l’Égypte.

Les événements qui secouent la Tunisie et l’Égypte relèvent-ils de simples « révoltes populaires » ou signent-ils l’entrée de ces pays dans des processus révolutionnaires ?

Samir Amin. Il s’agit de révoltes sociales potentiellement porteuses de la cristallisation d’alternatives, qui peuvent à long terme s’inscrire dans une perspective socialiste. C’est la raison pour laquelle le système capitaliste, le capital des monopoles dominants à l’échelle mondiale, ne peut tolérer le développement de ces mouvements. Il mobilisera tous les moyens de déstabilisation possibles, des pressions économiques et financières jusqu’à la menace militaire. Il soutiendra, selon les circonstances, soit les fausses alternatives fascistes ou fascisantes, soit la mise en place de dictatures militaires. Il ne faut pas croire un mot de ce que dit Obama. Obama, c’est Bush, mais avec un autre langage. Il y a là une duplicité permanente. En fait, dans le cas de l’Égypte, les États-Unis soutiennent le régime. Ils peuvent finir par juger plus utile le sacrifice de la personne de Moubarak. Mais ils ne renonceront pas à sauvegarder l’essentiel : le système militaire et policier. Ils peuvent envisager le renforcement de ce système militaire et policier grâce à une alliance avec les Frères musulmans. En fait, les dirigeants des États-Unis ont en tête le modèle pakistanais, qui n’est pas un modèle démocratique mais une combinaison entre un pouvoir dit islamique et une dictature militaire. Toutefois, dans le cas de l’Égypte, une bonne partie des forces populaires qui se sont mobilisées sont parfaitement conscientes de ces visées. Le peuple égyptien est très politisé. L’histoire de l’Égypte est celle d’un pays qui tente d’émerger depuis le début du XIXe siècle, qui a été battu par ses propres insuffisances, mais surtout par des agressions extérieures répétées.

Ces soulèvements sont surtout
le fait de jeunes précarisés, 
de diplômés chômeurs. Comment 
les expliquez-vous ?

Samir Amin. L’Égypte de Nasser disposait d’un système économique et social critiquable, mais cohérent. Nasser a fait le pari de l’industrialisation pour sortir de la spécialisation internationale coloniale qui cantonnait le pays à l’exportation de coton. Ce système a su assurer une bonne distribution des revenus en faveur des classes moyennes, mais sans appauvrissement des classes populaires. Cette page s’est tournée à la suite des agressions militaires de 1956 et de 1967 qui mobilisèrent Israël. Sadate et plus encore Moubarak ont œuvré au démantèlement du système productif égyptien, auquel ils ont substitué un système totalement incohérent, exclusivement fondé sur la recherche de rentabilité. Les taux de croissance égyptiens prétendument élevés, qu’exalte depuis trente ans la Banque mondiale, n’ont aucune signification. C’est de la poudre aux yeux. La croissance égyptienne est très vulnérable, dépendante du marché extérieur et du flux de capitaux pétroliers venus des pays rentiers du Golfe. Avec la crise du système mondial, cette vulnérabilité s’est manifestée par un brutal essoufflement. Cette croissance s’est accompagnée d’une incroyable montée des inégalités et du chômage, qui frappe une majorité de jeunes. Cette situation était explosive, elle a explosé. Ce qui est désormais engagé, au-delà des revendications initiales de départ du régime et d’instauration des libertés démocratiques, c’est une bataille politique.

Pourquoi les Frères musulmans tentent-ils désormais de se présenter comme des « modérés » ?

Samir Amin. Parce qu’on leur demande de jouer ce jeu. Les Frères musulmans n’ont jamais été des modérés. Il ne s’agit pas d’un mouvement religieux, mais d’un mouvement politique qui utilise la religion. Dès sa fondation en 1920 par les Britanniques et la monarchie, ce mouvement a joué un rôle actif d’agent anticommuniste, antiprogressiste, antidémocratique. C’est la raison d’être des Frères musulmans et ils la revendiquent. Ils l’affirment ouvertement : s’ils gagnent une élection, ce sera la dernière, parce que le régime électoral serait un régime occidental importé contraire à la nature islamique. Ils n’ont absolument rien changé sur ce plan. En réalité, l’islam politique a toujours été soutenu par les États-Unis. Ils ont présenté les talibans dans la guerre contre l’Union soviétique comme des héros de la liberté. Lorsque les talibans ont fermé les écoles de filles créées par les communistes, il s’est trouvé des mouvements féministes aux États-Unis pour expliquer qu’il fallait respecter les « traditions » de ce pays. Ceci relève d’un double jeu. D’un côté, le soutien. De l’autre, l’instrumentalisation des excès naturels des fondamentalistes pour alimenter le rejet des immigrés et justifier les agressions militaires. Conformément à cette stratégie, le régime de Moubarak n’a jamais lutté contre l’islam politique. Au contraire, il l’a intégré dans son système.

Moubarak a-t-il sous-traité la société égyptienne aux Frères musulmans ?

Samir Amin. Absolument. Il leur a confié trois institutions fondamentales : la justice, l’éducation et la télévision. Mais le régime militaire veut conserver pour lui la direction, revendiquée par les Frères musulmans. Les États-Unis utilisent ce conflit mineur au sein de l’alliance entre militaires et islamistes pour s’assurer de la docilité des uns comme des autres. L’essentiel est que tous acceptent le capitalisme tel qu’il est. Les Frères musulmans n’ont jamais envisagé de changer les choses de manière sérieuse. D’ailleurs lors des grandes grèves ouvrières de 2007-2008, leurs parlementaires ont voté avec le gouvernement contre les grévistes. Face aux luttes des paysans expulsés de leur terre par les grands propriétaires fonciers, les Frères musulmans prennent partie contre le mouvement paysan. Pour eux la propriété privée, la libre entreprise et le profit sont sacrés.

Quelles sont leurs visées à l’échelle du Proche-Orient ?

Samir Amin. Tous sont très dociles. Les militaires comme les Frères musulmans acceptent l’hégémonie des États-Unis dans la région et la paix avec Israël telle qu’elle est. Les uns comme les autres continueront à faire preuve de cette complaisance qui permet à Israël de poursuivre la colonisation de ce qui reste de la Palestine.

Dakar, envoyée spéciale.

 
Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
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12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 00:00

 

Spécialisé dans l’ophtalmologie et, depuis quelques années, dans l’esthétique, le laboratoire qui fabrique le fameux Botox a été épinglé dans les Paradise Papers, en novembre 2017. Il assure se conformer aux lois en vigueur…

«A llergan, un laboratoire pharmaceutique mondial audacieux. » Voilà comment se définit lui-même le bienheureux producteur du Botox, ce traitement ophtalmologique devenu un best-seller du marché florissant de l’esthétique, utilisé pour estomper (provisoirement) les rides du haut du visage. De l’audace, c’est vrai, le laboratoire américain (plus de 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires attendus en 2018) n’en a pas manqué depuis sa fondation, en 1948, par un pharmacien de Los Angeles. Pour conquérir – ou protéger – des marchés juteux, mais aussi pour « optimiser » sa fiscalité, si l’on en croit le Consortium international des journalistes d’investigation (Icij, en anglais), qui a révélé, en novembre 2017, les complexes stratégies d’évitement fiscal de nombreuses firmes, telles Apple, Nike ou Uber. Des révélations fondées sur les 13,5 millions de documents baptisés « Paradise Papers », provenant du cabinet international d’avocats Appleby, basé aux Bermudes. Une firme plutôt haut de gamme, de meilleure réputation que le cabinet Mossack Fonseca, mis en lumière par les Panama Papers dès 2016. Mais une firme aux objectifs exposés sans détours par son fondateur, le major Reginald Appleby, qui décrivait l’impôt sur le revenu comme « l’ultime raffinement de la torture humaine, auquel il faut s’opposer à tout prix ».

Un système de « double irlandais »

Or, pour éviter pareille torture, rien ne vaut une domiciliation fiscale avantageuse. C’est ce qu’a choisi Allergan en installant son siège social à Dublin, en Irlande. Un pays connu pour offrir l’un des taux d’imposition sur les sociétés le plus bas du monde (12,5 %). Une position tellement enviable que le mastodonte américain Pfizer a tenté, à peine quelques mois après cet atterrissage fiscal avantageux, de fusionner avec Allergan, pour profiter de cette domiciliation enviée. La transaction record (évaluée à 160 milliards de dollars !) a finalement été stoppée in extremis par le secrétaire américain au Trésor en 2016. Reste qu’Allergan, lui, a semble-t-il pu profiter des largesses propres au pays au Trèfle, tel le « double irish » (double irlandais) – rien à voir avec du whisky. Ce système consiste à mettre en place une double sous-traitance de filiales irlandaises pour récupérer les bénéfices de la société mère, en les faisant passer par des paradis fiscaux encore plus avantageux que la patrie de la Guinness, comme les Bermudes, les Caïmans ou l’île de Man. Une pratique tellement limite que le gouvernement irlandais a dû envisager, dès 2014, son interdiction pure et simple. Qui, alors, a tenté de s’opposer à cette réforme ? Une certaine Terilea Wielenga, la présidente du Tax Executives Institute (TEI), sorte d’association de professionnels de la fiscalité, qui exerçait aussi les fonctions de… directrice de la fiscalité d’Allergan ! D’après l’enquête de l’Icij, la fiscaliste aurait mis en place pour le producteur de Botox un système de « double irlandais » qui aurait déplacé les bénéfices du laboratoire jusqu’aux Bermudes. Contacté par l’Icij, le laboratoire a démenti toute fraude. « Allergan se conforme à toutes les lois fiscales et règles comptables applicables et paie tous les impôts dus dans toutes les juridictions où il exerce ses activités », a assuré l’entreprise. Dans une étude présentée en septembre 2017, la division française du laboratoire n’était d’ailleurs pas peu fière de mettre en avant ses 511 emplois dans l’Hexagone et même sa « contribution fiscale » de « 293 millions d’euros sur la période 2012-2016, dont 69 millions d’euros en 2016 ». Pas de quoi faire vaciller les profits du groupe, néanmoins. Au dernier trimestre 2017, l’entreprise a engrangé un bénéfice net de 3 milliards de dollars, dont 2,8 servis sur un plateau (d’argent) par la réforme fiscale de Donald Trump.

 

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11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 05:16
L'esclavage s'aggrave en Europe au XXIe siècle, et les migrants en sont les premières victimes (Jean-Jacques Régibier, L'Humanité - 6 avril 2018)
L’ESCLAVAGE S’AGGRAVE EN EUROPE AU XXIÈME SIÈCLE
Vendredi, 6 Avril, 2018

C’est un véritable cri d’alarme que lancent les experts du Conseil de l’Europe ( GRETA ) dans leur rapport annuel sur la situation de la traite des êtres humains en Europe. Avant l’exploitation sexuelle, l’exploitation par le travail est devenue la forme prédominante de l’esclavage moderne. Les premières victimes en sont les migrants.

L’esclavage est-il en train de devenir une pratique florissante en ce début de XXIème siècle en Europe ? On aurait presque du mal à y croire si ce n’étaient les experts internationaux du Conseil de l’Europe qui en fassent la démonstration, chiffres et centaines de documents à l’appui, pays par pays.
 
A lire les 70 pages du rapport ( le 7ème ) que vient de rendre public le GRETA (1), et qui porte sur l’année 2017, on se frotte les yeux. Non seulement l’esclavage s’aggrave au cœur de l’Europe, mais les chiffres officiels, nous disent les experts, sous-estiment gravement le problème, et les poursuites ainsi que les condamnations, sont pratiquement inexistantes, d’autant que la plupart des victimes préfèrent ne pas déposer plainte ou témoigner, car elles dépendent des trafiquants pour leur travail et leur logement. Résultat : la traite des êtres humains à des fins d’exploitation par le travail reste largement invisible. C’est, expliquent les enquêteurs du Conseil de l’Europe, « l’un des aspects les plus problématiques de l’esclavage moderne. »

UNE ACTIVITÉ CRIMINELLE

Précisons d’abord que cette notion d’« esclavage » - ou de « traite des êtres humains » - n’est nullement une métaphore ou une caricature destinée à attirer l’attention sur l’un des aspects particulièrement révoltant de l’économie moderne. Il ne s’agit pas non plus d’une notion spécifiquement européenne puisqu’elle se réfère explicitement à l’article 4 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi qu’à d’autres instances juridiques internationales, comme l’Organisation internationale du Travail ( OIT ), par exemple. Au regard des conventions internationales, la traite des êtres humains n’est donc pas une option économique comme une autre, c’est un crime.
 
La convention adoptée, dans sa version européenne, par le Conseil de l’Europe est extrêmement précise et mérite d’être citée in extenso car elle fait référence à de nombreuses situations concrètes dont on entend régulièrement parler. L’esclavage désigne « le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. »
 
Si jusqu’alors, la forme dominante de cette traite des êtres humains en Europe, concernait l’esclavage sexuel, c’est désormais l’esclavage par le travail qui domine pratiquement partout, tout particulièrement au Royaume-Uni, en Belgique ou au Portugal, pour ne citer que les pays les plus importants. Les experts du GRETA citent également un pays qui a résolu le problème de manière originale. Il s’agit de la Pologne, où la « servitude » n’est toujours pas mentionnée expressément dans la loi comme type d’exploitation.

A LA VILLE COMME À LA CAMPAGNE

 
Si aucun secteur de l’économie n’est épargné par l’esclavage, il est particulièrement répandu dans le bâtiment, l’hôtellerie, l’industrie manufacturière - notamment le textile – mais aussi, le nettoyage, l’agriculture, et la pêche. En bref, dans tous les secteurs clé qui rapportent de l’argent. Dans tous les cas l’objectif est clair : engranger des profits maximum en réduisant, parfois jusqu’à zéro, la valeur de la force de travail, celle qui précisément permet de produire de la valeur. La pratique de l’esclavage permet de surcroît d’obtenir un avantage décisif par rapport aux autres concurrents opérant dans le même secteur, ce qui, au bout du compte, incite tout le monde à adopter les mêmes méthodes. C’est bien entendu la raison de fond qui explique l’irrésistible ascension, aujourd’hui, de l’esclavage par le travail en Europe.
 
A titre d’exemple qui révèle ce qui se passe dans de nombreux autres pays et secteurs d’activité, le GRETA fait état de nombreux cas qui ont réussi à parvenir jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Par exemple, celui de 42 ressortissants bangladais qui travaillaient jusqu’à 12 heures par jour, sans permis de travail, dans une exploitation de fraises de Manolada, dans le sud de la Grèce, sous le contrôle de gardes armés, et qui vivaient dans des huttes de fortune dépourvues de toilettes et d’eau courante. Le 17 avril 2013, alors qu’un groupe de ces travailleurs venait réclamer les salaires qui n’avaient pas été versés depuis plusieurs mois, un des gardes armés a ouvert le feu, blessant grièvement 30 d’entre eux. 
 
« Avant cet incident, les autorités grecques connaissaient depuis des années les conditions dans lesquelles des milliers d’ouvriers vivaient et travaillaient dans des exploitations de fraises autour de Manolada (…) mais aucune mesure concrète pour remédier à la situation n’avait été prise, » explique le rapport. La Cour d’assises de Patras, devant qui l’affaire avait été portée, avait d’ailleurs acquitté les deux employeurs coupables.
 
Mais l’esclavage n’est pas le privilège des zones rurales éloignées aux confins du continent européen. Il sévit aussi dans les beaux quartiers des grandes capitales à la mode. Ainsi en 2015 à Londres, note le GRETA, 75 cas d’esclavage domestique (employé.e.s de maison ) ont été enregistrés par la police, dont 10 chez des diplomates !
 
Là encore, non seulement l’Etat ne fait rien pour améliorer la situation, mais bien au contraire, il a tendance à l’aggraver. Les experts du Conseil de l’Europe dénoncent ainsi le fait qu’au Royaume-Uni, « le nouveau système s’appliquant aux employés de maison de nationalité étrangère, fragilise la situation des employés de maison migrants et risque d’accroître la traite aux fins de servitude domestique. » Pire, selon de nombreux rapports émanant de la société civile, lorsque des victimes d’esclavage par le travail ou d’esclavage domestique, s’adressent à un commissariat de police pour déclarer qu’on leur a ôté leur passeport ou que leur salaire n’a pas été payé, « elles sont souvent éconduites, car ces faits sont souvent considérés comme relevant du droit civil, » alors qu’il s’agit en fait bel et bien de délits. 
 
« La traite aux fins d’exploitation dans les secteurs des services domestiques et des soins à la personne concernent plus fréquemment les femmes, » conclut les experts du GRETA, « et est plus difficile à détecter dans la mesure où elle s’exerce dans des domiciles privés où les victimes peuvent être soumises à une exploitation à des fins à la fois sexuelles et de travail. »

LES MIGRANTS, PREMIÈRES VICTIMES

 
De nombreuses études menées dans plusieurs pays européens, reprises dans le rapport du GRETA, montrent que ce sont d’abord les travailleurs migrants étrangers qui sont victimes de l’esclavage par le travail en Europe, mais pas seulement.
« Notre suivi, » explique la présidente du GRETA, Siobhan Mullally, « montre que de plus en plus de personnes font l’objet de la traite à des fins de travail dans des conditions révoltantes en Europe, à la fois au sein des frontières nationales et au delà, » c’est-à-dire, partout dans le monde où des entreprises européennes exploitent des personnes dans des conditions qui relèvent de l’esclavage. L’actualité fait apparaître de temps en temps, souvent à l’occasion d’évènements dramatiques, un bout de la partie émergée de ce tragique iceberg. Ce fut le cas par exemple lors de l’effondrement du Rana Plaza à Dacca au Bangladesh, qui a fait plus de 1 100 morts en avril 2013.
 
« Les travailleurs migrants, notamment saisonniers et en situation irrégulière, ainsi que les demandeurs d’asile qui n’ont pas accès au marché du travail sont particulièrement vulnérable à la traite aux fins d’exploitation par le travail. »
A lire le rapport du GRETA, on ne peut s’empêcher - le mot est là pour y faire référence – d’établir un parallèle entre ce que fut le grand esclavage négrier, dominant dans les pays européens jusqu’au XIXème, et de s’inquiéter qu’il ressurgisse aujourd’hui, sous des formes ironiquement – et effroyablement – semblables.
 
Dans les deux cas, des hommes et des femmes arrachés à leur continent – toujours le même, l’Afrique – embarquant sur des navires ou des embarcations aléatoires pour des traversées à risque, au bout desquelles, si ils n’en meurent pas, se profile l’esclavage.
 
Parmi les nombreuses pistes qu’explorent les experts du Conseil de l’Europe pour tenter d’améliorer une situation en voie de dégradation, il apparait, note le rapport que « la coopération avec les syndicats et les ONG est essentielle pour s’attaquer avec succès au cas de traite aux fins d’exploitation par le travail. » 
 
 
(1) Le Groupe d’experts sur la lutte contre la traite des êtres humains ( GRETA ) est l’organisme du Conseil de l’Europe chargé de veiller à l’application de la Convention européenne contre l’esclavage. Son premier rapport couvrait la période allant de 2009 à 2011.
 
Pour accéder au rapport complet : 
 
Jean-Jacques Régibier
L'esclavage s'aggrave en Europe au XXIe siècle, et les migrants en sont les premières victimes (Jean-Jacques Régibier, L'Humanité - 6 avril 2018)
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