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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 05:34
Elections en Turquie: la sénatrice PCF des Côtes d'Armor Christine Prunaud arrêtée (Le Télégramme)

 

Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes-d’Armor, a été arrêtée en Turquie samedi. Elle était venue observer les élections avec une délégation du PCF. La délégation a été relâchée un peu avant 17 h ce dimanche et est attendue à Paris, lundi, en fin de journée.

 

Une délégation du Parti communiste français (PCF) a été arrêtée samedi, en Turquie. Cette délégation, qui était venue observer le déroulement des élections présidentielles et législatives, compte parmi ses membres Christine Prunaud, sénatrice communiste des Côtes-d’Armor. L’élue bretonne est membre de la commission permanente des Affaires étrangères, défense et forces armées au Sénat.

 

« La délégation du PCF qui séjourne en Turquie à Agri comme observateur des élections présidentielles et législatives a été arrêtée et ses membres ont comparu ce matin, devant le procureur de la république », avait affirmé le PCF dans un communiqué publié dimanche. Outre Christine Prunaud, la délégation est composée de Hulliya Turan, secrétaire départementale du Bas-Rhin, et Pascal Torre, membre du secteur des Relations Internationales au PCF.

 

Retour en France prévu lundi en fin de journée

 

Jointe sur son téléphone portable, dimanche peu après 16 h, par Le Télégramme, la sénatrice avait indiqué « être dans une situation compliquée et ne pas savoir quand elle pourra rentrer en France. Mais je vais bien et je suis bien traitée ». La délégation du PCF a été relâchée vers 17 h.

 

C’est depuis son hôtel, à Agri, où elle est actuellement consignée avec les deux autres membres de la délégation PCF, que la sénatrice bretonne vient de nous indiquer qu’elle et ses deux camarades doivent prendre l’avion demain à Istanbul, direction Paris où ils sont attendus en fin de journée. « Pour éviter une nouvelle arrestation, le consul de France en Turquie nous a demandé de rester très discrets jusqu’à notre départ. »

 

Stéphane de Sallier Dupin, conseiller régional et élu de l’opposition lamballaise

 

« Je salue le courage de Christine Prunaud. Je souhaite que le gouvernement français fasse le nécessaire pour organiser son retour rapidement. La réaction du gouvernement turque est la preuve définitive que ce pays n’a rien à faire dans l’union européenne ».

 

Yannick Le Cam, élu communiste de Saint-Brieuc.

 

« Christine Prunaud conduisait une délégation comme observateur d’un scrutin dont on sait qu’il y a des doutes sur l’organisation. Je viens d’apprendre qu’elle a été arrêtée, ainsi que le reste de la délégation. C’est choquant mais ça montre surtout une grande faiblesse du président Erdogan. Ce n’est pas trois personnes qui allaient mettre en péril la démocratie turque ».

 

Loïc Cauret, maire de Lamballe et proche de Christine Prunaud.

 

« Christine Prunaud est une élue lamballaise et sa situation nous touche forcément. On sait toute la fougue et la passion qu’elle met dans ces sujets qui lui tiennent à cœur. Je présume qu’il n’y aura pas de conséquences graves mais on constate que le régime autoritaire du président Erdogan ne souffre pas de ce genre de choses. »

LIBEREZ NOS CAMARADES !
J'apprends à l'instant l'arrestation de la délégation du PCF en Turquie venue à l'occasion de l'élection présidentielle composée de Christine Prunaud, Hülliya Turan et Pascal Torre . La France doit immédiatement intervenir pour leur liberation. Ce nouvel acte autoritaire du président Erdogan montre la fuite en avant du pouvoir turc. L'annexion du canton d'Afrin, les atteintes aux droits et libertés, la menace de condamnation à mort qui pèse sur Selahattin Demirtaş ont montré la violence dont était capable le régime d'Erdogan. Amplifions la bataille pour exiger que la France et l’Union européenne agissent à la hauteur des enjeux et isolent Erdogan sur le plan international. Liberté pour nos camarades !

Igor Zamichéi, secrétaire départemental PCF Paris

Pascal Torre

Pascal Torre

Hulliya Türan

Hulliya Türan

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 12:15

A l’heure où le Sénat examine la loi asile immigration qui durcit les conditions d’accueil des migrants et que les passagers de l’Aquarius viennent d’accoster en Espagne, il est plus que nécessaire de se mobiliser pour que la France reste un pays hospitalier et solidaire.

 

Nous ne sommes pas face à une crise migratoire mais à une crise de l’accueil des réfugié.e.s. Seuls 12 % des migrations se font des pays du sud vers les pays du nord. La plupart des personnes que les guerres, les catastrophes climatiques ou économiques poussent à fuir leur pays trouve en effet refuge dans les pays voisins. Nous sommes à un moment où doivent se mettre en place en France, en Europe et dans le monde, des politiques qui puissent assure un accueil digne des migrant.e.s en élargissant notamment le droit d’asile.

 

Inscrire en urgence la question des migrants au prochain Conseil européen

 

Par son inaction, l’Union Européenne met en danger des vies humaines. Elle tourne le dos à son histoire et à son identité. En demeurant passifs, Bruxelles laisse les populistes et les xénophobes régner sur la politique migratoire européenne.

De façon incompréhensible, Emmanuel Macron aura mis 48h à réagir face au drame de l'Aquarius, finissant par dénoncer le « cynisme et l’irresponsabilité » du gouvernement italien. Mais plutôt que des belles paroles, nous avons besoin que la France prenne l’initiative. Elle doit exiger l’inscription en urgence de la question de l’accueil des réfugiés et de la réforme du règlement de Dublin au prochain Conseil européen des 28 et 29 juin.

 

Il est nécessaire de réformer en urgence le règlement de Dublin qui impute au premier pays d’entrée au sein de l’UE la charge d’examiner les demandes d’asile. Du fait de cette disposition, les populations de l’Europe du Sud assument seules l’accueil des réfugiés dans des conditions humaines dramatiques.

 

Les propositions du Parti communiste français

 

 En France

Abrogation de la loi Asile et immigration

Simplification du dépôt des demandes d’asile

Raccourcissement de la durée du maintien en rétention

Création de 50 000 place d’accueil en centre d’hébergement

des demandeurs d’asile (CADA)

Interdiction de l’enfermement de mineurs en centre de rétention

 

En Europe

Partage de la responsabilité des demandeurs d’asile entre tous les pays de l’UE

Réorientation de Frontex vers le sauvetage

Création d’un couloir humanitaire en méditerranée

Migrants : une France fraternelle et hospitalière, c’est possible ! L'Humain d'abord! (PCF)
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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 11:30
1800 élu-e-s français-e-s soutiennent Salah Hamouri en détention depuis 300 jours!
1800 élu-e-s soutiennent Salah Hamouri en détention depuis 300 jours !

mercredi 20 juin 2018

Cela fait 300 jours que Salah Hamouri, avocat franco-palestinien est en détention administrative en Israël. A quelques jours de la fin de sa peine, il n’y a aucune garantie qu’il sera libéré, la prolongation de la peine étant toujours à craindre. L’Etat français doit enfin obtenir se libération !

INTERPELLONS LE PRÉSIDENT MACRON avec le hashtag : #LiberezSalah !

➡ Facebook d’Emmanuel Macron
➡ Twitter : https://twitter.com/emmanuelmacron
➡ Instagram : www.instagram.com/emmanuelmacron/

Des élu-e-s, des militants, des avocat-e-s, des journalistes, des chercheur-e-s, des citoyen-ne-s, des artistes considèrent que l’arrestation de Salah Hamouri les exhorte à agir contre l’arbitraire israélien, et à se mobiliser pour sa libération

1800 élu-e-s ont déjà donné leur soutien à Salah

 Voir la liste des 1 800 élu-e-s

 Signez l’appel (en bas de page du site libertepoursalah.fr)

1800 élu-e-s français-e-s soutiennent Salah Hamouri en détention depuis 300 jours!
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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 18:29
Trump contre les migrants: la politique de l’effroi maximal (19 JUIN 2018 PAR MATHIEU MAGNAUDEIX, Mediapart)
Trump contre les migrants: la politique de l’effroi maximal
 PAR 

 

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump entend terrifier les migrants pour satisfaire sa base et obtenir du Congrès une loi qui finance le mur avec le Mexique promis pendant sa campagne. Mais sa dernière trouvaille, la séparation des familles à la frontière, suscite une immense indignation.

 

New York (États-Unis), de notre correspondant.-  Donald Trump réussit parfois des miracles. Il est ainsi parvenu à ressusciter une sorte de nostalgie bizarre pour la famille Bush. Depuis qu'il est président des États-Unis, la dynastie aux deux chefs d'État apparaît, par contraste, comme un summum de distinction et de modération politique. Si bien que le célèbre clan du Texas se permet même de lui donner des leçons de morale.

Ce week-end, Laura Bush a étrillé sa politique migratoire, jugée sans pincettes « cruelle et immorale ». « J’ai le cœur brisé », a lâché dans le Washington Post l'épouse de George W. Bush, le quarante-troisième président, celui-là même qui a déclenché la guerre en Irak sur des mensonges et semé le chaos au Moyen-Orient. « Ces images, a-t-elle dit, nous rappellent de façon sinistre les camps d’internement pour les Japonais-Américains de la Seconde Guerre mondiale, un des épisodes les plus honteux de notre histoire. »

La cause de son courroux ? La politique migratoire dite de« tolérance zéro » de l'administration, partie en guerre contre l'immigration illégale, le thème favori des électeurs de Donald Trump. Et notamment, sa décision la plus contestée : la séparation arbitraire des parents et de leurs enfants.

Instaurée de façon discrète ces derniers mois, elle est désormais mise en place de façon officielle. Selon les derniers chiffres transmis au Sénat américain, 2 342 enfants, parfois des tout-petits, ont été ainsi arrachés à leurs parents entre le 5 mai et le 9 juin

 

Placés dans des foyers, ils doivent en théorie être confiés à des proches et des familles d'accueil. La coordination entre les services de l'immigration et les services sociaux étant quasi inexistante, ils n'ont aucune garantie de retrouver leurs parents… incarcérés ou renvoyés à toute vitesse dans leur pays par une justice expéditive qui s'assoit, et depuis longtemps, sur les règles internationales régissant le droit d'asile.

Annoncée le 7 mai par l'attorney general (ministre fédéral de la justice) Jeff Sessions, la séparation des familles provoque un haut-le-cœur national. Et pour une fois, l'émoi est si grand que Donald Trump, maître de la contre-programmation improvisée, n'arrive pas à faire diversion.

Chaque jour, les protestations vont crescendo. Elles proviennent des associations de défense des droits humains (« torture », dit Amnesty International), de l'opposition démocrate, de simples citoyens qui twittent frénétiquement, récoltent des millions de dollars sur Facebook pour aider les associations d'aide aux migrants, participent dans tout le pays à des protestations… ou d'un ancien directeur de la CIA qui compare Trump à Hitler.

Elles émanent aussi des Nations unies, de l'association des pédiatres américains qui parle de « maltraitance infantile », des églises et même d'une partie desévangéliques protestants ultras, qui jusqu'ici ont applaudi tout ce que Trump a fait. Même des figures conservatrices comme Bill O' Reilly, l'ancienne star de la chaîne ultraconservatrice Fox News, ami de Trump limogé pour agression sexuelle, ont exprimé leur dégoût.

Donald Trump, conseillé à la Maison Blanche par son très droitier conseiller Stephen Miller – un protégé de Steve Bannon, l'ami américain des Le Pen –, imaginait que la mesure allait contraindre les démocrates à accepter au Congrès une loi très dure contre l'immigration, incluant notamment un financement massif du « mur » avec le Mexique, cette fameuse barrière promise pendant sa campagne.

Pour l'heure, il provoque surtout l'indignation. Et l'accord législatif espéré paraît bien loin : les démocrates n'entendent pas céder au chantage, et les républicains eux-mêmes sont déchirés entre les tenants de la ligne dure présidentielle et les plus modérés, qui craignent de payer le prix du fanatisme présidentiel lors des élections de mi-mandat de novembre.

La nouvelle doctrine a pour but d'enfermer et de poursuivre en justice tous les migrants qui ont franchi illégalement la frontière, quand bien même ils souhaiteraient faire une demande d'asile en raison de persécutions dans leur pays, souvent des États d'Amérique centrale comme le Honduras, le Salvador ou le Guatemala, ravagés par la violence, minés par la pauvreté.

Jusqu'ici, ils étaient le plus souvent relâchés dans l'attente d'un examen de leur statut. Désormais, le but explicite est de les juger au plus vite et de les renvoyer dans leur pays. Un millier de migrants passent devant les tribunaux chaque semaine. Un rythme infernal qui, selon l'ONG WOLA, risque de rapidement entraîner la thrombose dans les tribunaux, les prisons et les « ports d'entrée » où les migrants peuvent théoriquement demander le droit d'asile.

C'est là que la séparation des familles intervient. D'après la loi, les enfants ne peuvent en effet être incarcérés dans les centres de rétention, voire les prisons fédérales où sont détenus les adultes. Alors qu'ils sont venus avec leur famille, l'administration a donc décidé de les placer dans les centres de rétention spéciaux pour mineurs isolés, des centres gérés par les services sociaux. Concrètement, et malgré les dénégations têtues de l'administration Trump, il s'agit bien d'une politique délibérée.

Selon les groupes de soutien aux immigrés, la séparation s'opère dans des conditions terribles. « Parfois les gardes-frontières disent aux parents “On prend votre enfant”, et lorsqu’ils demandent “Quand revient-il ?”, on leur répond “On ne peut pas vous dire”. La justification n’est jamais claire », raconte dans le Texas Monthly Anne Chandler, directrice à Houston (Texas) de l'ONG Tahirih Justice Center.

« Parfois on ne leur dit rien du tout. Ou bien, assez souvent, des officiers leur disent “votre enfant va aller prendre un bain”. L’enfant s’en va, une demi-heure plus tard, le parent demande “Où est mon petit ?” de cinq ans, de sept ans… “Le bain est long”… et là, on leur dit “vous ne verrez plus votre enfant”. Parfois des mères pleurent, des enfants hurlent et vomissent, on interdit à leur père de les consoler (...) L'officier leur dit : “Vous devez les laisser partir, si vous ne le faites pas, je rajoute des charges contre vous”. (...) Les parents ne reçoivent pas d’information sur leurs droits pour communiquer avec leurs enfants, on ne leur dit pas comment ils les retrouveront. »

La Bible en renfort

Depuis une semaine, les médias publient des récits déchirants de familles séparées, de mères éplorées, ou la tragédie de ce père, Marco Antonio Muñoz, demandeur d'asile du Honduras, qui s'est suicidé de désespoir après avoir été séparé de son garçon de trois ans.

Le site d'investigation ProPublica a publié lundi soir un enregistrement capté récemment dans un bâtiment du Customs and Border Protection (CBP), l'agence des douanes américaines. On y entend de petits enfants juste séparés de leurs parents crier, pleurer, réclamer leurs parents. « Nous avons un orchestre, là », plaisante un garde-frontière…

Les journalistes et les parlementaires qui ont reçu l'autorisation de visiter certains de ces centres pour mineurs, à McAllen ou Brownsville, deux villes situées à extrémité méridionale du Texas, décrivent des centaines d'enfants, certains traumatisés ou en pleurs, détenus derrière des barrières qui ressemblent à des cages, enroulés dans des couvertures de survie, sous une lumière constante, retenus à l'intérieur l'essentiel du temps (lire les comptes-rendus, concordants, d’Associated Press, du New York Times, du Washington Post ou de The Nation).

Les témoins n'ont pas pu prendre de photos, filmer, ni parler très longtemps aux détenus. Mais le CBP a publié des clichés officiels qui confirment leurs récits :

À 1 200 kilomètres de là, dans la ville texane de Tornillo, près d'El Paso, dans le désert où la température atteint 40 degrés en ce mois de juin, un nouveau camp de tentes (climatisées) pour adolescents est en train d'être construit. Ils seront d'ici quelques jours un peu plus de 400. Le camp pourrait à terme en accueillir dix fois plus.

Plus la contestation progresse, plus l'administration persiste et signe. Jeff Sessions, le ministre de la justice, un ultra-religieux d'Alabama, n'a fait que relancer les critiques encitant l'Épître aux Romains qui « commande », a-t-il dit, « d'obéir aux lois du gouvernement car Dieu a ordonné le gouvernement à ces fins ». Un passage contesté de la Bible, rappelle le Washington Post, utilisé dans le passé par les opposants à la révolution américaine et les partisans de l'esclavage…

Donald Trump, lui, trouve bien sûr la politique « horrible », sa femme Melania l'a condamnée. Mais c'est bien lui qui l'a mise en place, et il ne tient qu'à lui de l'annuler. Au lieu de cela, le président des États-Unis répète sur tous les tons que c'est une « loi »des démocrates qui prévoit la séparation des enfants, ce qui est faux. Il affirme qu'il n'appartient qu'à eux de se mettre autour de la table pour discuter d'immigration. Cocasse, alors qu'il a refusé à plusieurs reprises un accord bipartisan sur l'immigration négocié au Sénat qu'il jugeait trop mou...

En réalité, en prévision d'élections de mi-mandat qui s'annoncent difficiles pour lui, Trump a décidé d'utiliser le sort des enfants comme levier politique. Dans l'idéal, pour obtenir enfin la grande loi sur l'immigration qui graverait dans le marbre ses engagements de campagne. Et, à défaut, prouver à sa base chauffée à blanc qu'il fait ce qu'il a promis.

Depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, les décisions anti-migrants se sont succédé. Le décret présidentiel fixant le cadre de ce qui se passe aujourd'hui avait été signé cinq jours après son investiture. Puis Trump a supprimé le programme Daca, créé par Barack Obama, qui garantit à 700 000 enfants grandis aux États-Unis de parents étrangers de ne pas être renvoyés dans leur pays d'origine – il reste malgré tout en vigueur suite à des décisions de justice. Son administration poursuit en justice les villes« sanctuaires » qui refusent la collaboration de leur police dans les opérations d'expulsion. Elle veut aussi interdire aux migrantes en détention d'accéder à l'avortement.

Déjà très actifs sous Obama, un président qui a renvoyé un record de 2,5 millions d'immigrés illégaux entre 2009 et 2015, les services de la douane et de l'immigration (Immigration and Customs Enforcement, ICE) multiplient les raids contre les travailleurs immigrés, expulsent des sans-papiers présents dans leurs fichiers, ou même arrêtés lors d'accidents de voiture ou de banals contrôles, du jamais vu.

Début juin, un père de famille équatorien marié à une Américaine a été arrêté alors qu'il livrait une pizza dans un bâtiment de l'armée à Brooklyn : l'affaire est devenue le symbole de la traque aveugle des sans-papiers à travers le pays.

New York (États-Unis), de notre correspondant.-  Donald Trump réussit parfois des miracles. Il est ainsi parvenu à ressusciter une sorte de nostalgie bizarre pour la famille Bush. Depuis qu'il est président des États-Unis, la dynastie aux deux chefs d'État apparaît, par contraste, comme un summum de distinction et de modération politique. Si bien que le célèbre clan du Texas se permet même de lui donner des leçons de morale.

Ce week-end, Laura Bush a étrillé sa politique migratoire, jugée sans pincettes « cruelle et immorale ». « J’ai le cœur brisé », a lâché dans le Washington Post l'épouse de George W. Bush, le quarante-troisième président, celui-là même qui a déclenché la guerre en Irak sur des mensonges et semé le chaos au Moyen-Orient. « Ces images, a-t-elle dit, nous rappellent de façon sinistre les camps d’internement pour les Japonais-Américains de la Seconde Guerre mondiale, un des épisodes les plus honteux de notre histoire. »

La cause de son courroux ? La politique migratoire dite de« tolérance zéro » de l'administration, partie en guerre contre l'immigration illégale, le thème favori des électeurs de Donald Trump. Et notamment, sa décision la plus contestée : la séparation arbitraire des parents et de leurs enfants.

 

 

 

Instaurée de façon discrète ces derniers mois, elle est désormais mise en place de façon officielle. Selon les derniers chiffres transmis au Sénat américain, 2 342 enfants, parfois des tout-petits, ont été ainsi arrachés à leurs parents entre le 5 mai et le 9 juin.

Placés dans des foyers, ils doivent en théorie être confiés à des proches et des familles d'accueil. La coordination entre les services de l'immigration et les services sociaux étant quasi inexistante, ils n'ont aucune garantie de retrouver leurs parents… incarcérés ou renvoyés à toute vitesse dans leur pays par une justice expéditive qui s'assoit, et depuis longtemps, sur les règles internationales régissant le droit d'asile.

Annoncée le 7 mai par l'attorney general (ministre fédéral de la justice) Jeff Sessions, la séparation des familles provoque un haut-le-cœur national. Et pour une fois, l'émoi est si grand que Donald Trump, maître de la contre-programmation improvisée, n'arrive pas à faire diversion.

Chaque jour, les protestations vont crescendo. Elles proviennent des associations de défense des droits humains (« torture », dit Amnesty International), de l'opposition démocrate, de simples citoyens qui twittent frénétiquement, récoltent des millions de dollars sur Facebook pour aider les associations d'aide aux migrants, participent dans tout le pays à des protestations… ou d'un ancien directeur de la CIA qui compare Trump à Hitler.

Elles émanent aussi des Nations unies, de l'association des pédiatres américains qui parle de « maltraitance infantile », des églises et même d'une partie desévangéliques protestants ultras, qui jusqu'ici ont applaudi tout ce que Trump a fait. Même des figures conservatrices comme Bill O' Reilly, l'ancienne star de la chaîne ultraconservatrice Fox News, ami de Trump limogé pour agression sexuelle, ont exprimé leur dégoût.

Donald Trump, conseillé à la Maison Blanche par son très droitier conseiller Stephen Miller – un protégé de Steve Bannon, l'ami américain des Le Pen –, imaginait que la mesure allait contraindre les démocrates à accepter au Congrès une loi très dure contre l'immigration, incluant notamment un financement massif du « mur » avec le Mexique, cette fameuse barrière promise pendant sa campagne.

Pour l'heure, il provoque surtout l'indignation. Et l'accord législatif espéré paraît bien loin : les démocrates n'entendent pas céder au chantage, et les républicains eux-mêmes sont déchirés entre les tenants de la ligne dure présidentielle et les plus modérés, qui craignent de payer le prix du fanatisme présidentiel lors des élections de mi-mandat de novembre.La nouvelle doctrine a pour but d'enfermer et de poursuivre en justice tous les migrants qui ont franchi illégalement la frontière, quand bien même ils souhaiteraient faire une demande d'asile en raison de persécutions dans leur pays, souvent des États d'Amérique centrale comme le Honduras, le Salvador ou le Guatemala, ravagés par la violence, minés par la pauvreté.

Jusqu'ici, ils étaient le plus souvent relâchés dans l'attente d'un examen de leur statut. Désormais, le but explicite est de les juger au plus vite et de les renvoyer dans leur pays. Un millier de migrants passent devant les tribunaux chaque semaine. Un rythme infernal qui, selon l'ONG WOLA, risque de rapidement entraîner la thrombose dans les tribunaux, les prisons et les « ports d'entrée » où les migrants peuvent théoriquement demander le droit d'asile.

C'est là que la séparation des familles intervient. D'après la loi, les enfants ne peuvent en effet être incarcérés dans les centres de rétention, voire les prisons fédérales où sont détenus les adultes. Alors qu'ils sont venus avec leur famille, l'administration a donc décidé de les placer dans les centres de rétention spéciaux pour mineurs isolés, des centres gérés par les services sociaux. Concrètement, et malgré les dénégations têtues de l'administration Trump, il s'agit bien d'une politique délibérée.

Selon les groupes de soutien aux immigrés, la séparation s'opère dans des conditions terribles. « Parfois les gardes-frontières disent aux parents “On prend votre enfant”, et lorsqu’ils demandent “Quand revient-il ?”, on leur répond “On ne peut pas vous dire”. La justification n’est jamais claire », raconte dans le Texas Monthly Anne Chandler, directrice à Houston (Texas) de l'ONG Tahirih Justice Center.

« Parfois on ne leur dit rien du tout. Ou bien, assez souvent, des officiers leur disent “votre enfant va aller prendre un bain”. L’enfant s’en va, une demi-heure plus tard, le parent demande “Où est mon petit ?” de cinq ans, de sept ans… “Le bain est long”… et là, on leur dit “vous ne verrez plus votre enfant”. Parfois des mères pleurent, des enfants hurlent et vomissent, on interdit à leur père de les consoler (...) L'officier leur dit : “Vous devez les laisser partir, si vous ne le faites pas, je rajoute des charges contre vous”. (...) Les parents ne reçoivent pas d’information sur leurs droits pour communiquer avec leurs enfants, on ne leur dit pas comment ils les retrouveront. »

La Bible en renfort

Depuis une semaine, les médias publient des récits déchirants de familles séparées, de mères éplorées, ou la tragédie de ce père, Marco Antonio Muñoz, demandeur d'asile du Honduras, qui s'est suicidé de désespoir après avoir été séparé de son garçon de trois ans.

Le site d'investigation ProPublica a publié lundi soir un enregistrement capté récemment dans un bâtiment du Customs and Border Protection (CBP), l'agence des douanes américaines. On y entend de petits enfants juste séparés de leurs parents crier, pleurer, réclamer leurs parents. « Nous avons un orchestre, là », plaisante un garde-frontière

Les journalistes et les parlementaires qui ont reçu l'autorisation de visiter certains de ces centres pour mineurs, à McAllen ou Brownsville, deux villes situées à extrémité méridionale du Texas, décrivent des centaines d'enfants, certains traumatisés ou en pleurs, détenus derrière des barrières qui ressemblent à des cages, enroulés dans des couvertures de survie, sous une lumière constante, retenus à l'intérieur l'essentiel du temps (lire les comptes-rendus, concordants, d’Associated Press, du New York Times, du Washington Post ou de The Nation).

Les témoins n'ont pas pu prendre de photos, filmer, ni parler très longtemps aux détenus. Mais le CBP a publié des clichés officiels qui confirment leurs récits :

À 1 200 kilomètres de là, dans la ville texane de Tornillo, près d'El Paso, dans le désert où la température atteint 40 degrés en ce mois de juin, un nouveau camp de tentes (climatisées) pour adolescents est en train d'être construit. Ils seront d'ici quelques jours un peu plus de 400. Le camp pourrait à terme en accueillir dix fois plus.

Plus la contestation progresse, plus l'administration persiste et signe. Jeff Sessions, le ministre de la justice, un ultra-religieux d'Alabama, n'a fait que relancer les critiques encitant l'Épître aux Romains qui « commande », a-t-il dit, « d'obéir aux lois du gouvernement car Dieu a ordonné le gouvernement à ces fins ». Un passage contesté de la Bible, rappelle le Washington Post, utilisé dans le passé par les opposants à la révolution américaine et les partisans de l'esclavage…

Donald Trump, lui, trouve bien sûr la politique « horrible », sa femme Melania l'a condamnée. Mais c'est bien lui qui l'a mise en place, et il ne tient qu'à lui de l'annuler. Au lieu de cela, le président des États-Unis répète sur tous les tons que c'est une « loi »des démocrates qui prévoit la séparation des enfants, ce qui est faux. Il affirme qu'il n'appartient qu'à eux de se mettre autour de la table pour discuter d'immigration. Cocasse, alors qu'il a refusé à plusieurs reprises un accord bipartisan sur l'immigration négocié au Sénat qu'il jugeait trop mou...

En réalité, en prévision d'élections de mi-mandat qui s'annoncent difficiles pour lui, Trump a décidé d'utiliser le sort des enfants comme levier politique. Dans l'idéal, pour obtenir enfin la grande loi sur l'immigration qui graverait dans le marbre ses engagements de campagne. Et, à défaut, prouver à sa base chauffée à blanc qu'il fait ce qu'il a promis.

Depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, les décisions anti-migrants se sont succédé. Le décret présidentiel fixant le cadre de ce qui se passe aujourd'hui avait été signé cinq jours après son investiture. Puis Trump a supprimé le programme Daca, créé par Barack Obama, qui garantit à 700 000 enfants grandis aux États-Unis de parents étrangers de ne pas être renvoyés dans leur pays d'origine – il reste malgré tout en vigueur suite à des décisions de justice. Son administration poursuit en justice les villes« sanctuaires » qui refusent la collaboration de leur police dans les opérations d'expulsion. Elle veut aussi interdire aux migrantes en détention d'accéder à l'avortement.

Déjà très actifs sous Obama, un président qui a renvoyé un record de 2,5 millions d'immigrés illégaux entre 2009 et 2015, les services de la douane et de l'immigration (Immigration and Customs Enforcement, ICE) multiplient les raids contre les travailleurs immigrés, expulsent des sans-papiers présents dans leurs fichiers, ou même arrêtés lors d'accidents de voiture ou de banals contrôles, du jamais vu.

Début juin, un père de famille équatorien marié à une Américaine a été arrêté alors qu'il livrait une pizza dans un bâtiment de l'armée à Brooklyn : l'affaire est devenue le symbole de la traque aveugle des sans-papiers à travers le pays.

Il y a une semaine, Jeff Sessions, encore lui, a annoncé que les victimes de gangs ou de violences domestiques n'obtiendront l'asile aux États-Unis que si elles prouvent que les autorités de leur pays d'origine ont refusé de les secourir. En pratique, cette condition risque de se révéler impossible à remplir.

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump nourrit ce que le think tankMigration Policy Institute de Washington appelle un « narratif de la frontière en crise ».

Il dépeint les candidats à l'asile en membres de gangs, envoie la garde nationale à la frontière, fait ériger des prototypes de son futur mur à la frontière mexicaine, tempête contre une « caravane » de migrants qui avance vers la frontière, traite certains d'entre eux d'« animaux », dénonce les immigrés venus de « pays de merde » et prévoit derenvoyer chez eux à partir de l'an prochain 400 000 ressortissants d'Haïti, du Salvador ou du Honduras qui bénéficiaient jusqu'ici de protections temporaires.

Le but de toute cette agitation est aussi de « dissuader » par tous les moyens les candidats à l'asile en les effrayant. Pourtant, contrairement à ce que pourraient laisser penser ces déclarations incendiaires, le nombre d'arrestations à la frontière américaine aux États-Unis (40 000 par mois) est plutôt stable.

Quant aux stratégies de « dissuasion » de l'immigration lancées dès les années 1990 sous l'administration Clinton, amplifiées depuis par Bush et Obama, et désormais en passe d'être industrialisées par Trump – notamment les procédures judiciaires de plus en plus expéditives, ou les restrictions constantes du droit d'asile –, elles n'ont en réalité qu'uneinfluence faible sur les flux : ceux-ci sont bien davantage liés à la situation économique, politique et sociale des pays d'origine.

Occupé à galvaniser la base républicaine obsédée par les immigrés, Donald Trump se contrefiche de cette réalité : il pense que l'immigration sera sa botte secrète pour mobiliser la base républicaine aux élections du 6 novembre. Ça vaut bien quelques milliers d'enfants en cage.

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 05:00
La femme du jour: Joan Baez

La femme du jour : « JOAN BAEZ, UNE VOIX ET UNE CONSCIENCE UNIVERSELLES »
 

À 77 ans, Joan Baez, figure universelle du folk américain et messagère de la paix de longue date, met le point final à sa carrière.

Elle donnait hier le dernier de ses dix concerts à l’Olympia, point de passage obligé de sa tournée d’adieux mondial qui doit durer deux ans, baptisée « Fare Tee Well ». On regrette déjà la présence de cette artiste unique à la voix de soprano chaude si prenante. On n’a pas oublié qu’elle fut à la fête de l’Humanité en 1971, soit deux ans après Woodstòk, et qu’on a pu l’y revoir en 2011. Née d’un père mexicain et d’une mère britannique, Joan Baez, qui adhéra très tôt au mouvement des droits civiques aux États-Unis, fut très proche de Martin Luther King et protesta avec force contre la guerre du Vietnam. Elle s’engagea dans la lutte des femmes et s’est battue avec ardeur pour la cause de Nelson Mandela, tout en rejoignant les rangs d’Amnesty International où elle a été nommée, en 2015, « ambassadrice de conscience ».

 

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17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 05:58
La fusion entre Fincantieri et Naval Group, l’autre dossier entre la France et l’Italie (Médiapart - Martine Orange, 15 juin 2018)
La fusion entre Fincantieri et Naval Group, l’autre dossier entre la France et l’Italie
 PAR 

 

En dépit des tensions diplomatiques, le nouveau premier ministre italien avait une bonne raison de se rendre à l’Élysée : discuter de l’avancement du projet de rapprochement entre les chantiers publics navals italiens Fincantieri et les anciens arsenaux français Naval Group.

 

n dépit des tensions diplomatiques entre la France et l’Italie sur l’immigration, il y avait une bonne raison pour que le nouveau premier ministre italien rencontre, malgré tout, Emmanuel Macron ce vendredi 15 juin à l’Élysée. Pas plus que son prédécesseur, Giuseppe Conte ne veut laisser passer la chance historique que lui offre le gouvernement français actuel : réaliser une fusion entre les chantiers navals italiens Fincantieri et Naval Group (ex-DCNS).

Alors que le groupe public naval italien a déjà récupéré 50 % des chantiers de Saint-Nazaire pour 80 millions d’euros – les actifs du chantier sont estimés entre un et deux milliards d’euros –, le gouvernement français propose de prolonger la coopération en y adjoignant les anciens arsenaux militaires. « C’est le gros lot offert par la France pour faire oublier le clash avec l’Italie au moment de l’affaire STX France », grince un proche du dossier. Le gouvernement français avait alors violemment froissé Rome, en annonçant en juillet 2017 la pseudo-nationalisation des chantiers de Saint-Nazaire pour s’opposer à la prise de contrôle de Fincantieri.

Le dossier est complexe. Pourtant, côté français, on semble pressé d’aboutir : les deux gouvernements espèrent, selon nos informations, pouvoir annoncer ce grand projet en octobre, à l’occasion du salon Euronaval. Le sujet est quasi exclusivement discuté par l’Élysée, sous la direction d’Alexis Kohler, et par Bercy ; le ministère de la défense, pourtant le premier concerné, semble jouer les supplétifs, afin de contourner l’opposition de l’armée.

Dans un premier temps, le rapprochement se ferait par un échange de participations de l’ordre de 10 % : Thales, actionnaire à hauteur de 35 % de Naval Group, aux côtés de l’État, actionnaire à hauteur de 62 %, serait appelé à rétrocéder 10 % aux Italiens. Par la suite, les échanges de participations pourraient monter à 35 % ou davantage, au fur et à mesure que des programmes communs seraient élaborés. Il s’agirait de concevoir et de réaliser en commun de nouveaux bâtiments de surface, de mutualiser les efforts de recherche et de développement, de réaliser des synergies – en d’autres termes, des économies – grâce à la mutualisation des achats.

Le nom du projet est déjà tout trouvé. Pour le gouvernement, il s’agit de construire un « Airbus de la mer ». Le seul nom fait déjà frémir nombre d’observateurs, qui redoutent que l’Airbus de la mer ne devienne l’équivalent de l’Airbus du rail entre Siemens et Alstom. « Un nouveau bradage industriel français se prépare », dénonce une partie de l’encadrement et des salariés de Naval Group, qui multiplient les alertes auprès de tous les experts et décideurs politiques. À leurs côtés, de nombreuses voix, tant du côté industriel que militaire, se font entendre pour dénoncer ce mariage qui n’a rien d’égal, où DCNS risque de passer sous contrôle italien, désintégrant au passage la filière industrielle maritime ou ce qu’il en reste.

Car même si Fincantieri affiche un chiffre d’affaires (5 milliards d’euros) plus gros que Naval (3,7 milliards), les compétences entre les deux groupes sont loin d’être équivalentes. D’un côté, le groupe italien est d’abord et surtout un constructeur de bateaux de commerce et ne fabrique pas de coques de navire militaire. De l’autre, DCNS a grandi en développant des bateaux militaires totalement intégrés, à l’image des frégates Fremm (celles vendues pour plus d’un milliard d’euros par Sarkozy aux Russes).

Il s’appuie sur une coopération poussée avec Thales en matière de système d’armement et d’électronique embarquée, désormais beaucoup plus importants que les bâtiments. De plus, c’est DCNS qui conçoit et fabrique les sous-marins nucléaires, la partie la plus importante de la dissuasion française. C’est toute cette intégration, cette filière industrielle qui, selon des connaisseurs du dossier, est menacée, au risque de laisser la défense nucléaire orpheline car coupée du reste de l’entreprise, de ses recherches, de ses travaux.

Dans les discussions en cours, selon nos informations, c’est Fincantieri qui demande la direction des opérations. Le président du groupe italien, Giuseppe Bono, s’estime en position de force après avoir remporté au Qatar un contrat de cinq corvettes équipées, son premier grand contrat de ce type, obtenu semble-t-il après de nombreuses concessions et marchandages. S’appuyant sur ce succès, le groupe italien revendique aussi d’avoir le contrôle de certains marchés d’exportation substantiels comme le Brésil, bien que Naval Group y soit un fournisseur important et de longue date. De même, il pousse pour être le maître d’œuvre des futurs programmes, en s’appuyant sur ses fournisseurs et ses sous-traitants.

Thales a tout de suite vu le danger. Il craint de ne plus être le fournisseur exclusif de la défense française et de se retrouver exclu ou en position minoritaire des futurs contrats au bénéfice de son concurrent italien, Leonardo. « Nous sommes davantage qu'un actionnaire, puisque nous avons apporté en 2007 nos systèmes de combat en échange d'une montée dans le capital du constructeur naval, afin de partager notre destin. Quand on fait la frégate FTI avec Naval Group, c'est comme pour le Rafale avec Dassault, c'est une alliance à la vie, à la mort », a expliqué fin mai le PDG de Thales, Patrice Caine, lors de son assemblée générale. Et pour asseoir son opposition à ce projet, il menace de ne pas céder une seule action de Naval Group s’il ne récupère pas ses systèmes de combat.

La demande est jugée inacceptable par le gouvernement et par le PDG de Naval Group, qui veulent à tout prix voir aboutir l’opération. Ceux-ci cherchent par tous les moyens à tordre le bras au président de Thales. Car sans lui, rien ne peut se conclure.

« Macron a remis en cause la doctrine de la France sur la défense »

Cela fait longtemps que la France souhaite un regroupement des capacités de construction navales en Europe, afin de réduire les coûts de développement et les surcapacités. Pendant des années, les gouvernements allemand et français ont regardé si un rapprochement était possible entre leurs chantiers navals. Le projet n’a jamais pu aboutir. « Il aurait fallu sacrifier soit Kiel, soit Cherbourg. Aucun des États n’était prêt à un tel sacrifice », explique un connaisseur du dossier. L’idée a donc été enterrée. 

En parallèle, des conversations ont été engagées avec l’Italie, sans que cela n’aille très loin. Jusqu’à ce que Hervé Guillou soit nommé président de DCNS en 2014. Ingénieur de l’armement, passé chez EADS où il a travaillé aux côtés de Tom Enders, alors président de la branche défense (Cassidian, devenu Airbus Defence & Space), avant de reprendre lui-même la présidence de cette unité, Hervé Guillou rêve dès son arrivée chez DCNS – qu’il renomme Naval Group – à une grande alliance européenne.

Il commence donc à travailler sur des hypothèses de rapprochement avec le groupe public italien Fincantieri. Plusieurs scénarios sont alors évoqués sous le nom de Magellan, Magellan +, Magellan ++, qui échafaudent un rapprochement plus ou moins poussé avec Fincantieri. Mais le projet capote. Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la défense de François Hollande, s’oppose à ce rapprochement, considéré tant par les militaires que par les industriels comme une perte de compétences et de contrôle dangereuse pour la défense.

L’arrivée d’Emmanuel Macron change radicalement la perspective. Sous l’influence d’Hervé Grandjean, concepteur de son programme de défense dans le cadre de la campagne présidentielle, devenu conseiller industriel au ministère de la défense, le président de la République n’a plus du tout la même approche des questions stratégiques.

 

« Peu de personnes y ont pris garde. Mais lors de son intervention au Bourget [le 20 juin 2017], Emmanuel Macron a totalement remis en cause la doctrine traditionnelle de la France en matière de défense. Tandis que jusqu’alors tout reposait sur la conception de l’autonomie nationale stratégique, il a parlé de compétences partagées, de dépendance mutuelle. En gros, on partage tout avec les autres Européens, au nom d’une défense commune qui risque de ne jamais exister. En matière de défense, les Européens ne sont d’accord sur rien. Et il n’y a que la France qui mette ses compétences en partage. Tous les autres les conservent soigneusement », dénonce un opposant à ce changement de doctrine.

Ce jour-là, tous les observateurs relèvent qu’Hervé Guillou est au premier rang pour écouter le discours présidentiel du Bourget. Il attend son heure, qui ne tarde pas à venir. Alors que le conflit avec Rome s’envenime en juillet 2017, après l’annonce de la nationalisation de STX, le président de Naval Group s’empresse de ressortir son dossier Magellan et d’aller le vendre auprès du gouvernement.

Proposer une grande alliance avec Fincantieri dans le domaine militaire maritime, voilà la bonne solution pour sortir par le haut de la brouille diplomatique avec le gouvernement italien et amener Fincantieri à accepter des concessions sur Saint-Nazaire comme le demandent les grands clients du chantier, à commencer par MSC. Dès sa visite à Rome début septembre, Bruno Le Maire, qui est chargé de déminer le dossier, commence à parler de ce projet. L’idée est tout de suite acceptée par le gouvernement italien : il n’en espérait pas tant, surtout à de telles conditions.

Depuis, le projet de rapprochement chemine rapidement. Outre l’opposition de Thales, le seul vrai point d’achoppement semble être la bataille des égos entre le président de Naval Group et Fincantieri, l’un et l’autre réclamant tout le pouvoir. C’est ainsi que se décide la politique industrielle et de défense française pour le gouvernement. Au vu des précédents d’Alstom, de Technip ou de Saint-Nazaire, menées avec la même logique par Emmanuel Macron, il y a tout à craindre.

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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 15:14
Shoah par balle

Shoah par balle

 

L’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide, UJRE, et

Mémoire des Résistants Juifs de la Main d’Œuvre Immigrée, MRJ-MOI,

sont révoltées et indignées que le président de l'Assemblée nationale et le président du Sénat aient reçu le président du parlement ukrainien, M. Andriy Parubiy.

Ce dernier est l’un des fondateurs d’une organisation dénommée « Parti social-nationaliste d’Ukraine », renommé Svoboda, qui glorifie la collaboration avec l’Allemagne nazie d’une partie de la population ukrainienne et de dirigeants, au cours de la Seconde Guerre mondiale,

Mr Parubiy revendique l’héritage des atrocités antisémites, entre autres, de la Shoah par balles, des déportations vers les chambres à gaz, des massacres de Babi Yar.

En agissant ainsi, les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale ont délivré à Mr Parubiy, un vernis de respectabilité qu’il ne mérite certainement pas.

L’UJRE et MRJ-MOI protestent contre cette complaisance inadmissible, contre ce grave outrage, non seulement envers les victimes de ce Génocide, mais également envers tous ceux qui ont eu le courage d’affronter l’ennemi nazi et, notamment, ceux qui se sont levés pour résister à l’hitlérisme dans tous les pays d’Europe. 

Jacques Lewkowicz, Président de l’UJRE

Claudie Bassi-Lederman, Présidente de MRJ-MOI

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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 15:50
Réfugiés : Face à la dérive italienne, l’Union européenne au pied du mur (Ian Brossat)

Par la voix de son ministre d’extrême droite Matteo Salvini, l’Italie annonce ce dimanche que le bateau « L’Aquarius », ayant secouru 629 réfugiés dont 123 mineurs et 7 femmes enceintes, est interdit d’arrimer dans la péninsule. Cette décision marque une rupture, elle s’oppose aux valeurs les plus élémentaires de l’Europe, constitutives de son histoire et de son identité.

Si elle déshonore l’Italie, elle place aussi l’Union européenne et ses États-membres face à leurs contradictions. Bruxelles et les chancelleries européennes ne sauraient rester silencieuses et passives. Elles doivent désormais sortir de l’ambiguïté et d’une inaction de plus en plus coupable, et refuser que la détresse de réfugiés de guerre ne serve de monnaie d’échange diplomatique. Dans ce contexte, saluons l’humanité et la responsabilité dont font preuve les Maires italiens de Naples, Palerme ou Messine qui ont annoncé que leur ville portuaire acceptait de recueillir l’Aquarius.

Aujourd’hui, les populations de l’Europe du Sud ne peuvent assumer seules l’accueil des réfugiés quand un certain nombre de pays-membres d’Europe centrale ou du Nord refusent de prendre leur part à la solidarité internationale. En agissant de la sorte, ces Gouvernements mettent en péril l’unité européenne et défient ses règles communes. Pour répondre à ce défi, nous portons des solutions pragmatiques :

- contraindre les États membres, y compris leurs flottes militaires, à remplir leurs obligations internationales en matière de sauvetage en mer et de droit d’asile ;

- partager la responsabilité des demandeurs d’asile entre tous les pays de l’UE ;

- réorienter les missions de Frontex vers le sauvetage et l’ouverture de voies légales sans conditions ;

- instaurer des voies légales et sûres d’accueil des réfugiés à travers un couloir humanitaire dans la Méditerranée, en lien avec le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU.

 

Ian Brossat, chef de file des communistes pour les élections européennes

Réfugiés : Face à la dérive italienne, l’Union européenne au pied du mur (Ian Brossat)
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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 06:01
L'appel de Jean Ziegler à l'insurrection des consciences - La Tribune, propos recueillis par Denis Lafay
Le sociologue suisse est le porte-parole des plus vulnérables depuis un demi-sècle. Extrait du livre « Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures » (L'Aube, en partenariat avec La Tribune) qui révèle les indestructibles ressorts d'un infatigable pasteur de l'humanité.

Ses responsabilités au sein de l'ONU ont fait de Jean Ziegler un observateur unique de l'état « humain » du monde. Le sociologue suisse tire de sa confrontation avec l'extrême pauvreté, avec le cynisme des mécanismes diplomatiques, avec les obscurantismes multiformes, avec le dépérissement des utopies, l'image une sombre réalité de l'âme humaine, aliénée par un capitalisme spéculatif belliciste. Lui qui « est » les yeux et la voix des plus vulnérables demeure pourtant confiant, car dans la société civile il voit, il entend poindre l'incarnation collective des aspirations individuelles, une « conscience adjugée » qui s'exprime par des luttes et des initiatives composant une fraternité de la nuit appelée à voir et à faire voir la lumière, à débarrasser la civilisation de « l'ordre cannibale » auquel elle est ligotée. Extrait du livre Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures (L'Aube, en partenariat avec La Tribune) qui révèle les indestructibles ressorts d'un infatigable pasteur de l'humanité.

LA TRIBUNE - Vous avez sillonné le monde, vous êtes confronté à l'indicible de la guerre, de la famine, des désastres humains, de ce que l'individu a, au fond de lui, de plus barbare et de plus généreux, vous avez mené d'âpres combats politiques, institutionnels, idéologiques, littéraires en faveur de la justice. Cette expérience des âmes humaines et des systèmes - politiques, économiques, religieux - qui les façonnent, que vous invite-t-elle à penser du monde contemporain ?

JEAN ZIEGLER - Nous vivons sous un ordre absurde, et même cannibale, du monde. Karl Marx est mort, épuisé, le 14 mars 1883, dans son modeste appartement de Londres. Jusqu'à son dernier souffle, il a cru que le « couple maudit » du maître et de l'esclave allait cornaquer l'humanité pendant de nombreux siècles encore. Or, là, il s'est trompé. Le formidable emballement des révolutions industrielles, technologiques, scientifiques qui se sont succédé à un rythme inédit a potentialisé comme jamais auparavant la productivité, et c'est ainsi que pour la première fois dans l'histoire de l'homme - et cet événement est survenu au début de ce xxie siècle -, le manque objectif a disparu. Et pourtant l'horreur persiste. En témoigne le scandale le plus insupportable et le plus inacceptable de notre contemporanéité : le massacre quotidien perpétré par la faim. Près d'un milliard d'êtres humains sont en permanence sous-alimentés, et ainsi interdits d'exercer une activité, un travail, une responsabilité familiale. Et ce désastre, cet assassinat au grand jour intervient alors que l'agriculture mondiale est à même de nourrir copieusement l'humanité entière. Le problème aujourd'hui n'est plus la production insuffisante de la nourriture, mais le manque d'accès pour tous. Quelques réformes structurelles suffiraient pour mettre fin au massacre : interdiction de la spéculation boursière sur les aliments de base ; fin du dumping agricole européen sur les marchés africains ; désendettement total des pays les plus pauvres afin qu'ils puissent investir dans leur agriculture, etc.

Votre combat a en partie pour théâtre l'ONU, et notamment le Conseil des droits de l'homme, dont vous êtes vice-président du comité consultatif depuis 2009. Ces dernières décennies, les droits de certains hommes ont progressé, ceux d'une grande partie des hommes ont stagné, voire reculé. Que reste-t-il des Lumières, du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau qui incarne le combat pour l'humanisation individuelle et collective de l'humanité ?

Jean Jaurès dit : « La route est bordée de cadavres, mais elle mène à la justice. » Incontestablement, l'humanisation de l'homme progresse. Voilà ce que mon expérience, mes observations indiquent. Mais elles enseignent aussi une autre réalité. En effet, comme l'étayaient les marxistes allemands composant l'École de Francfort dans les années cinquante, la justice fait l'objet d'une double histoire ; la première convoque une justice effectivement vécue, empiriquement vécue, la seconde recourt à l'eschatologie - l'étude de ce que la conscience revendique comme juste. Au premier niveau, celui de la justice effectivement vécue, la situation est terrible. Outre la famine, que faut-il penser de l'humanisation de l'homme lorsqu'un milliard d'êtres humains n'ont pas accès à une eau non toxique ? Lorsque la capacité des conglomérats pharmaceutiques de soigner voire d'éradiquer des maladies s'autolimite pour de basses raisons mercantiles, laissant alors les épidémies ravager les populations les plus vulnérables ? Pour les peuples du tiers-monde, la troisième guerre mondiale a bel et bien commencé. La consolidation du nombre de victimes identifiées par chacune des 23 institutions membres des Nations unies s'est élevée en 2016 à 54 millions de morts. Soit l'équivalent du nombre total des victimes militaires et civiles recensées pendant la Seconde Guerre mondiale. En d'autres termes, l'humanité du tiers-monde perd chaque année dans le silence ce que cette boucherie effroyable a infligé à l'humanité entière pendant six ans.

Pour autant, ce constat, imparable, de régression n'est pas synonyme de capitulation. L'espérance (doit) continue (r) de primer sur l'abdication...

Absolument. Mon espérance est réelle. Elle n'est nullement fondée sur un quelconque idéalisme ou de fallacieux arguments postulatoires, mais au contraire repose sur des éléments de sociologie démontrés. Parmi eux, retenons la formidable progression de ce que Theodor Adorno - philosophe et sociologue allemand [1903-1969] - nomme la « conscience adjugée » : ce que les individus considèrent individuellement « juste » se trouve un jour incarné dans une revendication collective, elle-même pierre angulaire d'un changement du monde. Voilà de quoi espérer. La problématique de la « faim dans le monde » illustre le paradigme. Dorénavant, plus personne, pas même les réactionnaires les plus obtus, n'oserait promouvoir la doctrine malthusienne de la naturalité, c'est-à-dire une gestion inhumaine de l'espérance de vie et des populations. Que la faim constitue une ignominie intolérable est définitivement admis, ancré dans les consciences citoyennes ; qu'elle persiste suscite l'indignation de la société civile, motive la colère d'une multitude de mouvements sociaux. N'est-ce pas là un progrès significatif ? La ligne de flottaison de la civilisation s'élève sans cesse. Reste l'obsession de l'incarnation. Dans quelles conditions une idée devient-elle une force matérielle ?

« Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures », soutenez-vous avec Ernesto Che Guevara. L'espérance prend forme dans l'existence de ces fissures, et surtout dans la perspective de nouvelles fissures. Ces dernières, en repérez-vous ?

Absolument partout apparaissent de nouvelles brèches, et effectivement chacune d'elles est une raison supplémentaire d'espérer. Un phénomène planétaire inédit a surgi: la société civile. Des fronts de résistance et d'initiatives alternatives aux systèmes homogènes, aux oligarchies qui orchestrent le capitalisme financier globalisé et meurtrier, s'organisent. Une myriade de mouvements sociaux sont en marche : Greenpeace, Attac, WWF, Colibris (de Pierre Rabhi), Amnesty International, le mouvement des femmes, ou encore le mouvement paysan international Via Campesina, etc. Qu'il s'agisse de son fonctionnement, de sa puissance, de son professionnalisme, cette société civile fait d'impressionnants progrès, et la révolution technologique lui fournit des armes d'une efficacité redoutable. C'est ainsi que cette fraternité de la nuit se constitue en sujet historique autonome.

La société civile voit son rayonnement grandir proportionnellement au déclin des États, qui ne sont plus des moteurs d'espérance. Sa raison d'être ? L'impératif catégorique de Kant : « L'inhumanité infligée à un autre détruit l'humanité en moi. » « Je suis l'autre, l'autre est moi » constitue son fil conducteur, et à ce titre honore la « conscience de l'identité » consubstantielle à l'homme, mais que fragilise l'obscurantisme néolibéral. Cette folle idéologie sacralise le marché, qu'elle substitue à l'homme comme sujet de l'histoire, l'homme n'étant plus qu'un rouage, une variable, un vassal du marché. Les despotes de ce marché possèdent un pouvoir qu'aucun roi, aucun empereur dans toute l'histoire n'a jamais détenu. L'une des plus grandes conquêtes de cette absolue omnipotence est la prétendue impuissance à riposter qu'elle instille dans les consciences des peuples. Et c'est à libérer ces âmes, à les aider à s'affranchir de cette suzeraineté, à leur restituer la « conscience de l'identité » d'où découlera une politique de solidarité, de réciprocité, de complémentarité, que nous devons nous employer. Et à l'accomplissement de ce projet, la société civile contribue de manière capitale.

L'impression que donnent l'auscultation du monde mais aussi les discordes sur la réalité des maux civilisationnels est que nous ne parvenons plus à contester, à combattre ce qui doit l'être - le pronom relatif concentrant l'ensemble des questionnements de justice, d'équité, d'éthique, d'universalité. Au-delà du déficit spirituel et de l'excès mercantiliste, quelles sont les causes de notre égarement ?

La folie néolibérale, les multiples agressions perpétrées par l'oligarchie financière, la théorie justificatrice d'un ordre du monde au nom duquel l'Homme n'est plus sujet de l'histoire mais vassalisé aux ravageuses lois de la marchandisation, font leur oeuvre. Malgré cela, la « conscience de l'identité » connaît des progrès. Et même foudroyants, comme en témoignent la vitalité et la variété de la nouvelle société civile planétaire, la multiplicité des mouvements sociaux et des fronts de résistance, y compris en Occident - du parti espagnol Podemos à la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. La manière dont l'Indien Evo Morales, triomphalement élu depuis 2005 à la présidence de la Bolivie, est parvenu à museler l'action impérialiste, socialement dévastatrice et irresponsable en matière environnementale, de 221 sociétés internationales exploitant gaz, mines et pétrole, est exemplaire ; il a réveillé chez ses concitoyens une identité collective grâce à laquelle l'intérêt général s'est imposé et a brisé l'aliénation.

Ce qu'« est » l'humanité du XXIe siècle met-il particulièrement en péril l'universalité de l'espèce humaine, du respect et de la considération sanctuarisés de l'homme ? Si même les droits de l'homme ne sont plus un bien commun, comment peut-on fonder l'espérance d'un vivre-ensemble et d'une solidarité revitalisés ?

Certaines situations sont, objectivement, intolérables, dans le sens où elles ébranlent toutes nos convictions, même celles que l'on pensait insubmersibles. Les parents, frères, soeurs, époux, conjointes, enfants, amis des victimes des assassins du Bataclan, peut-on s'étonner qu'ils puissent considérer comme des sous-hommes, des barbares, ceux qui ont perpétré l'innommable ? Peut-on contester qu'ils puissent souhaiter pour les tortionnaires survivants une riposte d'égale horreur ? Je le comprends. Je sais, au fond de moi-même, combien l'intangibilité des droits de l'homme fait l'objet de lézardes sous le coup de l'indicible. Pour demeurer solide, pour sortir victorieux des combats intérieurs auxquels cet indicible expose, on peut se remémorer le procès de Nuremberg. Dix-neuf hauts dignitaires du IIIe Reich furent condamnés à mort ou à perpétuité, à l'issue d'une longue, minutieuse et exemplaire procédure. Plus près de nous, en Afrique du Sud, ce que la commission Réconciliation et Vérité réussit à cautériser dans les corps et les âmes des victimes de l'apartheid fut, là encore, remarquable. Dans les deux cas, le droit a triomphé, conférant aux verdicts une légitimité universelle.

Les Occidentaux étant privés d'exercer la violence par les armes, ont-ils trouvé dans le capitalisme spéculatif et, au-delà, dans l'inflammation consumériste, compétitrice, marchande, un moyen d'exercer « autrement » leur pulsion belliqueuse ?

L'étude lexicale des discours des capitalistes est révélatrice de dérives pathologiques. « Combat », « guerre », « conquête » , « victoire », « domination », « suprématie »... voilà ce qui compose leur vocabulaire, et même la Silicon Valley si souvent plébiscitée pour son supposé progressisme culturel et managérial en est le théâtre. L'« iconique » Steve Jobs n'exhortait-il pas ses salariés à se transformer en « soldats du Bien » mobilisés dans une « guerre économique mondiale » inédite ? Ces éléments de langage et de communication bellicistes convoquent les pires instincts de la nature humaine, qu'ils détournent et manipulent pour combattre, asservir, détruire. Tout concurrent est un adversaire, tout compétiteur est un rival et un obstacle qu'il faut « neutraliser. » Et « l'efficacité » du système capitaliste résulte en grande partie de cette machination rhétorique et comportementale.

« Plus l'horreur, la négation et le mépris de l'autre dominent à travers le monde, plus l'espérance, mystérieusement, grandit. » Vous le percevez, le ressentez, l'affirmez : l'insurrection collective des consciences, germe d'une révolution civilisationnelle inéluctable, semble donc bel et bien proche...

« Le révolutionnaire doit être capable d'entendre pousser l'herbe » ; « la révolution avance sur les pas d'une colombe » : ces pensées, confiées respectivement par Marx et Nietzsche - deux des plus fins observateurs du processus révolutionnaire -, invitent leurs disciples d'aujourd'hui à faire preuve d'une extraordinaire attention à chaque bruissement, à chaque opportunité de composer un peu mieux, un peu plus cette insurrection collective. Oui, « je suis l'autre, et l'autre est moi » : la conscience de cette réciprocité, elle-même constitutive de la conscience de l'identité, concentre une naturelle et formidable condamnation de tout ce que le capitalisme et le néolibéralisme charrient de maux humains : la loi du plus fort, celle de la concurrence sauvage, celle de la hiérarchie des succès, celle du classement humain selon les biens acquis, celle de l'exploitation incontrôlée des ressources naturelles, celle du massacre des espèces animales et végétales... In fine, cette conscience de la réciprocité est ce qui doit paver la marche en avant vers ladite insurrection, car de cette dernière dépendent d'abord l'émancipation, l'autonomisation, la libération de chaque conscience, puis le déploiement d'une solidarité et d'une complémentarité universelles - et non d'une égalité des hommes : celle-ci n'a d'existence que sur le fronton des établissements de la République, et pour cause, elle n'est pas compatible avec la conception singulière, une et indivisible, de chacun des 85 milliards d'êtres humains qui ont peuplé la terre depuis 2,8 millions d'années -, enfin la conscientisation d'une oeuvre collective respectueuse de l'Homme et de son environnement. « De chacun selon ses capacités, pour chacun selon ses besoins » : cette exhortation de Marx illustre parfaitement le combat politique, social, environnemental qu'il faut mener. Georges Bernanos [1888-1948] a écrit : « Dieu n'a pas d'autres mains que les nôtres ». Ou bien c'est nous qui abattrons l'ordre cannibale du monde, ou c'est personne.

Propos recueillis par Denis Lafay

 
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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 15:48
Netanyahou: Go Home! - Jean-Emmanuel Ducoin - L'Humanité, 6 juin 2018
Go home !
 
 
Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a donc posé ses pieds à Paris, hier, reçu en grande pompe par le président de notre République, qui, si elle s’est souvent salie, aurait pu s’éviter de s’aliéner avec l’Histoire. 
 
Certains diront, leur conscience en berne, que la diplomatie française en a vu d’autres. Et pourtant… Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a donc posé ses pieds à Paris, hier, reçu en grande pompe par le président de notre République, qui, si elle s’est souvent salie, aurait pu s’éviter de s’aliéner avec l’Histoire en profanant sa propre devise universelle: liberté, égalité, fraternité. Les mots ont un sens. Les actes aussi. Celui de dérouler le tapis rouge, ici et maintenant, à un homme passible de l’accusation de crimes de guerre devant la Cour pénale internationale nous laisse un profond sentiment de déshonneur.

Depuis mars dernier, l’armée israélienne obéit aux ordres, elle tue aveuglément et mutile les Palestiniens de Gaza, qui manifestent pacifiquement pour le respect de leurs droits fondamentaux. Les chiffres macabres donnent le vertige: 120 morts, plus de 13000 blessés, dont certains porteront des séquelles si lourdes que leurs vies sont brisées à jamais. Même le secrétaire général de l’ONU a réclamé une«enquête indépendante» sur l’usage des balles réelles. Est-il nécessaire de rappeler que le pouvoir israélien viole tous les chapitres du droit international depuis si longtemps que des générations entières de Palestiniens n’ont jamais connu autre chose que la ségrégation, l’exclusion par la force et la misère? Oui, nous pouvons et devons critiquer la politique colonialiste du gouvernement israélien, sans être taxés de l’infamant procès d’«antisémitisme». Eh oui, nous déclarons que Netanyahou est un assassin. Il en va des droits humains élémentaires, niés aux Palestiniens.

Voilà pourquoi le premier ministre israélien n’est pas le bienvenu en France. Et le tapis rouge – de sang! – déroulé par Macron restera une tache du quinquennat, qui marquera durablement ceux qui portent l’idéal français, ici et au-delà des frontières. Nous assumons d’écrire et de crier, comme nos aïeux dans d’autres grands moments de l’Histoire: Netanyahou, go home!

 
[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 6 juin 2018.]
 
 
Netanyahou: Go Home! - Jean-Emmanuel Ducoin - L'Humanité, 6 juin 2018
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