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7 août 2018 2 07 /08 /août /2018 09:01
photo Reuters- L'Humanité

photo Reuters- L'Humanité

SYRIE. LE SORT DRAMATIQUE DES HABITANTS D’AFRIN
Vendredi, 3 Août, 2018

Amnesty International alerte sur les violations des droits de l’homme depuis la conquête de cette ville kurde par la Turquie en mars dernier.

«L’offensive et l’occupation par l’armée turque exacerbent la souffrance des habitants d’Afrin, qui ont déjà subi pendant des années un conflit meurtrier. Nous avons entendu des récits terribles de personnes placées en détention, torturées ou victimes de disparition aux mains de groupes armés syriens, qui continuent de faire des ravages parmi la population civile, sans que les forces turques interviennent. » Dans un article publié hier sur le site d’Amnesty International, Lynn Maalouf, directrice pour cette organisation des recherches pour le Moyen-Orient, alerte sur le sort oublié d’Afrin depuis la victoire des militaires turcs sur les forces des Unités de protection du peuple kurde (YPG), le 18 mars 2018.

« LA NUIT, ON ENTENDAIT LES HURLEMENTS DES PRISONNIERS »

Détentions arbitraires et disparitions forcées, confiscation de biens, pillage des maisons et des commerces, absence d’éducation pour les enfants et les étudiants… La note d’Amnesty International dresse une longue liste de violations des droits de l’homme. Celle-ci a été réalisée sur la base de 32 témoignages recueillis entre mai et juillet 2018. Les personnes interrogées, qui vivent soit à Afrin soit dans d’autres régions en Syrie, voire à l’étranger, ont désigné des groupes armés pro-turcs comme responsables des exactions. Il s’agirait de Ferqa 55, Jabha al-Shamiya, Faylaq al-Sham, Sultan Mourad et Ahrar al-Sharqiya.

« J’ai été détenu près d’Afrin pendant deux mois (…). J’ai été interrogé par des membres de deux groupes armés et les forces armées turques. Toutes leurs questions portaient sur mes activités sur les réseaux sociaux ; ils m’ont accusé d’appartenir aux YPG, car j’ai signalé des violations commises par la Turquie pendant l’offensive militaire », a raconté un ancien prisonnier à Amnesty International. « Je n’ai pas été torturé, mais j’ai vu des membres de Sultan Mourad rouer de coups devant moi des prisonniers juste pour s’amuser, et la nuit les hurlements se répercutaient dans tout le bâtiment. J’ai été libéré sans avoir vu un juge. Je ne pensais pas sortir de là un jour », a-t-il poursuivi.

« La Turquie étant la puissance occupante à Afrin, elle est tenue d’assurer la sécurité de la population civile et de maintenir la loi et l’ordre public. Pour l’instant, ses forces armées manquent totalement à ces obligations. Elle ne peut se soustraire à sa responsabilité en se servant des groupes armés syriens pour faire le sale boulot », s’indigne Lynn Maalouf.

 
Damien Roustel

Article d'Amnesty International: https://www.amnesty.fr/conflits-armes-et-populations/actualites/afrin-les-civils-prives-de-leurs-droits

Les forces turques donnent aux groupes armés syriens toute latitude pour commettre de graves violations des droits humains contre les civils à Afrin, ville du nord de la Syrie.

En janvier 2018, l’armée turque et des groupes armés syriens alliés ont lancé une offensive contre les Unités de protection du peuple kurde (YPG), la force militaire de l'administration autonome dirigée par le Parti de l’union démocratique (PYD).

Trois mois plus tard, la Turquie et ses forces alliées prenaient le contrôle d'Afrin et de ses environs, entraînant le déplacement de milliers de personnes qui ont cherché refuge dans la région voisine d'al Shahba, où elles vivent dans des conditions très difficiles.

Le gouvernement syrien et les Unités de protection du peuple kurde (YPG) exacerbent la souffrance des personnes déplacées d'Afrin : elles se retrouvent piégées dans la région d'al Shahba sans aucune raison valable et privées d'un accès adéquat à l'éducation, à la nourriture et aux soins médicaux.

Elles devraient, et tout particulièrement si elles sont malades ou blessées, être autorisées à se rendre en sécurité là où elles le souhaitent.

Nos recherches sur la vie sous occupation militaire turque révèlent que les habitants d’Afrin endurent de multiples atteintes aux droits humains, qui sont pour la plupart le fait de groupes armés syriens équipés et armés par la Turquie. Les forces armées turques ferment les yeux sur ces violations.

L'offensive et l'occupation par l'armée turque exacerbent la souffrance des habitants d'Afrin qui ont déjà subi pendant des années un conflit meurtrier.

La Turquie étant la puissance occupante à Afrin, elle est tenue d'assurer la sécurité de la population civile et de maintenir la loi et l'ordre public.

Pour l’instant, ses forces armées manquent totalement à ces obligations. Elle ne peut se soustraire à sa responsabilité en se servant des groupes armés syriens pour faire le sale boulot.

DÉTENTIONS ARBITRAIRES ET DISPARITIONS FORCÉES

Les groupes armés pro-turques ont arrêté de manière arbitraire des civils contre rançon, pour les punir parce qu’ils avaient demandé à récupérer leurs biens, ou pour des accusations infondées d'affiliation au PYD ou aux YPG.

Des sources locales ont évoqué au moins 86 cas de détention arbitraire, de tortureet de disparition forcée.

Une femme ayant fui Afrin a déclaré que son oncle avait été emmené par des membres d'un groupe armé pro-turc après être rentré dans son village trois mois plus tôt : « Nous ne savons pas où il se trouve. Il était responsable du « Komine » [le comité local]. Il n'est pas membre du PYD ni des YPG. Il est retourné à Afrin parce qu'il avait peur de perdre sa maison. Une nuit, il a décidé de demander aux membres d’un groupe armé de le conduire chez lui pour vérifier que tout était en ordre. Ils l’ont escorté jusque chez lui, et on ne l’a pas revu depuis. »

Un ancien prisonnier nous a raconté : « J'ai été détenu près d'Afrin pendant deux mois. J'ai été transféré dans de multiples centres de détention, notamment à Maamalou, Damliou et Baadino, des villages aux alentours d'Afrin, où j'ai été interrogé par des membres de deux groupes armés et les forces armées turques. Toutes leurs questions portaient sur mes activités sur les réseaux sociaux ; ils m'ont accusé d'appartenir aux YPG car j'ai signalé des violations commises par la Turquie pendant l'offensive militaire. »

CONFISCATION DE BIENS

Depuis mars 2018, lorsque la Turquie et ses alliés ont pris le contrôle d'Afrin, des centaines de personnes sont retournées dans la ville à pied, à travers les montagnes, car les YPG bloquent les routes permettant d’entrer à Afrin et empêchent délibérément les personnes déplacées d’y retourner.

Ceux qui ont réussi à rentrer ont bien souvent découvert que leurs propriétés avaient été confisquées et leurs biens volés par les groupes armés alliés à la Turquie.

Dix témoignages relatent que les groupes armés syriens ont confisqué des propriétés et des boutiques à Afrin. D'après des habitants déplacés, ce sont des proches et des voisins qui les ont informés que leurs maisons servaient de quartier général aux groupes armés pro-turcs ou étaient occupées par des familles déplacées de la Ghouta orientale et d'Homs.

Les familles de la Ghouta ne sont pas responsables. Elles sont déplacées, tout comme nous, et sont peut-être dans une situation pire que la nôtre. 

Déclaration d'une femme

Plusieurs personnes déplacées ont appris par des proches que leurs maisons avaient été entièrement pillées ou vidées des équipements onéreux comme les postes de télévision, ordinateurs, machines à laver et réfrigérateurs par les forces pro-turques

Dans une interview accordée aux médias en avril, un représentant du tribunal militaire a affirmé que des actes de pillage avaient eu lieu en marge de l'offensive militaire, imputables à des militaires et à des civils, ajoutant que le tribunal avait commencé à restituer les biens.

Toutefois, un habitant rentré à Afrin en mai a déclaré : « Je suis allé voir la maison de mes parents et elle était vide. Ils ont volé tous les meubles, les appareils électroménagers et tout le reste. Les voisins ont vu l’Armée syrienne libre charger toutes les affaires dans des camions. »

LES ENFANTS PRIVÉS D’ÉDUCATION

Depuis janvier 2018, les habitants d'Afrin n’ont quasiment pas accès à l'éducation. Ils ont expliqué que depuis mars, les enfants n'avaient pu se rendre que dans une seule école de la ville, tandis que l'Université d'Afrin, détruite et pillée, est complètement fermée. Selon d'anciens enseignants déplacés dans la région d'al Shahba, les forces turques et des groupes armés syriens alliés ont installé leur quartier général dans l'école Amir Ghabari à Afrin.

Selon des médias locaux et des habitants, en juin, les forces turques et les groupes armés ont converti l'école publique de Shara en quartier général de la police. Les forces turques se servent aussi d’une école à Jenderes comme centre de soins d’urgence, selon des habitants.

Pourtant, au titre du droit international humanitaire, et particulièrement dans des situations d'occupation, les écoles bénéficient d'une protection spéciale et l'éducation des enfants doit être assurée.

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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 05:23

Ce ministre est clairement indigne de la Fonction et d'une bêtise crasse dans sa communication confuse et approximative qui maquille de manière ridicule de bons sentiments le froid réalisme des affaires des marchands d'armes pour lesquels travaille le gouvernement et d'une realpolitik atlantiste s'appuyant sur l'alliance avec la dictature ultra-réactionnaire d'Arabie Saoudite, alliée des Américains et d'Israël, contre l'Iran, politique qui étaient déjà celles de Sarkozy, et du couple Le Drian-Hollande.     

La ministre des Armées en avocate des Saoudiens

Le Canard Enchaîné, 1er août 2018 

Le gouvernement ne peut "laisser sans défense, face à leurs adversaires, des pays avec lesquels nous avons noué des accords de partenariat". 

Cette justification stupide des objectifs poursuivis par la France, quand elle vend des tombereaux d'armes à l'Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes unis, est à mettre au débit de Florence Parly, la ministre des Armées. 

La scène se passait à l'Assemblée au début de juillet, et le script de ces débats, d'une durée d'environ deux heures, vient seulement d'être mis en ligne par le Palais-Bourbon. 

Un tantinet harcelée par plusieurs députés de la commission de la Défense, critiquant les livraisons d'armes à deux clients de la France qui dévastent le Yémen depuis plus de trois ans, la ministre a perdu pied. Non contente d'affirmer: "Je pense qu'il n'y a rien à redire (à ces ventes d'armes): c'est un Etat (la riche Arabie) qui se protège et se défend (contre le très pauvre Yemen)", elle en a encore rajouté. Et voici un autre de ses propos, à déguster lentement: 

"Compte tenu de la situation des civils au Yemen (!), nous ne vendons ni ne donnons d'armes aux Houtis (les rebelles chiites), contrairement à l'Iran (...) et nous n'octroyons pas de licences d'exportation à la coalition arabe (dirigée par les Saoudiens) que de façon milimitrée". 

Les députés présents n'ont pas osé demander à Florence Parly de leur faire un dessin sur ces ventes d'armes "au millimètre", et ils ont eu droit ensuite à de fausses informations: 

"Nous n'avons aucun intérêt à attiser une situation (sic) déjà très compliquée et catastrophique". 

Et là Parly feignait d'oublier que le France a pris le parti pour l'Arabie et les Emirats, et leur fournit, comme les Etats-Unis, d'ailleurs, des renseignements bien utiles pour les raids qu'ils mènent dans le ciel du Yémen. De même, elle a caché aux députés que des frégates vendues par la France permettaient aux Saoudiens d'exercer un blocus des côtes de ce malheureux pays. 

Enfin, la ministre s'en est prise aux ONG qui critiquent aussi ces livraisons d'armes et, notamment, l'utilisation au Yémen par les Saoudiens des canons  à tir Caesar livrés par la France: "Je peux répondre que, à ma connaissance, ces canons ne sont pas déployés au Yemen mais à la frontière sud de l'Arabie Saoudite, face à des rebelles qui cherchent à pénétrer sur le territoire saoudien". 

Là encore, sa "connaissance" a tout faux. Les rebelles sont bien incapables d'envahir l'Arabie, et ces excellents canons français (six tirs à la minute) n'ont d'autre intérêt que de balancer des obus à 10,30 m ou 40 km. Et aucune utilité aux postes-frontières (...). 

C.A

  

 

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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 07:20
LIBERTÉ D’EXPRESSION. LA POÉSIE PALESTINIENNE DANS LES GEÔLES D’ISRAËL (L'HUMANITE - VENDREDI 3 AOUT 2018 - PIERRE BARBANCEY)

 

Dareen Tatour, poétesse de Nazareth, a été condamnée à cinq mois de prison pour incitation au terrorisme. « Résiste mon peuple, résiste-leur » : ce vers motive son arrestation.

Elle s’appelle Dareen Tatour. Elle est toute menue, n’a que 35 ans et, quand on la voit, on lui donnerait le bon Dieu sans confession, elle, une Palestinienne qui vient de Nazareth. Mais, au pays de la Terre promise, la chose est manifestement impossible. Parce que des confessions, la police et l’armée israélienne en veulent et en redemandent. Surtout lorsqu’il s’agit des Palestiniens. Pour cela, tout est permis.

Depuis son plus jeune âge, Dareen couchait des mots sur le papier. Un assemblage de phrases qui s’est transformé en poèmes. Les thèmes traités ont évidemment évolué de l’enfance à l’adolescence jusqu’à la perception de l’adulte. L’amour, la perte d’un être cher mais aussi la souffrance nationale et la résistance. Il y a quelques années, elle se met à afficher en ligne sa poésie. De fil en aiguille, elle accompagne ses poèmes d’images de ses frères et sœurs palestiniens qui affrontent, la fronde à la main, l’occupant israélien. « Résiste, mon peuple, résiste-leur, résiste au pillage des colons et suis la caravane des martyrs », déclame- t-elle un jour d’octobre 2015, alors qu’à Jérusalem-Est, les jeunes se révoltent et sont réprimés. La sensibilité de Dareen Tatour est à fleur de peau. Il y a une chose qu’elle ne savait pas et que révèle Adalah-NY, une organisation basée à New York qui milite pour la campagne Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) contre Israël : les médias sociaux sont sous haute surveillance. Des centaines de Palestiniens ont ainsi été poursuivis et emprisonnés pour de simples écrits sur leur page Facebook. La jeune femme n’est pas passée au travers, son post n’a pas échappé à la sagacité des censeurs israéliens.

Un beau matin, elle est arrêtée au domicile de ses parents, dans le village de Reineh, près de Nazareth. On ne sait pas si, à l’instar de la raillerie de Léo Ferré, les flics qui sont venus la chercher lui ont lancé « Poète, vos papiers ! », mais on peut supposer que, comme Rimbaud, sa mère a vu « l’âme de son enfant livrée aux répugnances ». Ce n’est qu’au bout de vingt jours qu’on daigne lui faire connaître les charges retenues contre elle. Dareen était détenue pour « incitation à la violence » à cause de deux messages postés sur Facebook et d’une vidéo sur Youtube ! Elle est emprisonnée trois mois puis placée en résidence surveillée. Non pas chez elle, mais près de Tel-Aviv, avec interdiction de publier ses écrits et d’utiliser Internet (sic). Une situation qui va durer près de trois ans avant son retour à Nazareth et, en prime, l’obligation de porter un bracelet électronique. En avril 2016, elle fait cependant savoir : « On m’a envoyée en prison pour avoir écrit un poème. Mais la poésie est devenue la clé de ma porte vers la liberté et je vais m’accrocher à celle-ci jusqu’à la fin. » En mai 2017, les conditions de sa détention ont été assouplies. Elle a pu sortir, de 9 heures à 19 heures, accompagnée de « gardiens bénévoles » dûment approuvés par un tribunal.

« J’ÉTAIS EN TRAIN D’ÉCRIRE JUSTE POUR M’EXPRIMER »

Ainsi donc, de simples mots – « Résiste mon peuple, résiste-leur » – effraient l’État d’Israël, sa police et son armée, qui est l’une des plus puissantes du monde. On comprend mieux pourquoi Ghassan Kanafani, Majed Abu Sharar et Kamal Nasser, pour ne parler que de ces écrivains, ont été assassinés par les services israéliens. De leur côté, les islamistes algériens du FIS et du GIA avaient eux aussi promis de faire « périr par le sabre » ceux qui « luttaient avec la plume ». Du mot naît l’idée. De l’idée naissent l’action et la résistance à tout totalitarisme, qu’il soit idéologique, religieux, colonial ou les trois à la fois ! « Je ne savais pas que l’écriture pouvait changer quoi que ce soit. J’étais en train d’écrire juste pour m’exprimer », a expliqué Dareen Tatour au site Mondoweiss. Pendant toutes ces années, de nombreux comités de soutien se sont créés dans le monde.

Elle a finalement été jugée, lundi, et condamnée à cinq mois de prison ferme (et six mois avec sursis) pour incitation au terrorisme, à l’issue d’un procès aux allures parfois surréalistes. Notamment lors d’une discussion portant sur la traduction en hébreu de mots arabes utilisés dans le poème de Dareen. « Je me m’attendais pas à ce que la justice soit rendue. Dès le départ, le dossier était politique parce que je suis une Palestinienne et que je soutiens la liberté d’expression », a- t-elle commenté sobrement en ajoutant : « C’est un État raciste et la loi sur l’État-nation juif prouve que l’apartheid existe ici. Ils ne me feront pas abandonner. Je ne suis pas la première prisonnière et je ne serai pas la dernière. Je continuerai. » Il est vrai que, par ailleurs, dans les écoles israéliennes, les élèves apprennent les vers d’un poète sioniste et révisionniste, Uri Zvi Greenberg, qui écrivait : « Le sang déterminera qui sera l’unique dirigeant. »

Ironie de l’histoire : loin de se laisser intimider ou abattre, Dareen Tatour a profité de cet enfermement forcé pour se remettre à écrire. « J’ai été arrêtée et jugée à cause de la langue arabe, dit-elle, et j’appelle tout le public arabe à continuer d’écrire et de s’exprimer dans notre langue. » Mais peut-être les juges et les dirigeants politiques israéliens devraient garder en mémoire cette parole du grand poète palestinien Mahmoud Darwich, exilé et mort loin de sa terre : « Sans doute avons-nous besoin aujourd’hui de la poésie, plus que jamais. Afin de recouvrer notre sensibilité et notre conscience de notre humanité menacée, et de notre capacité à poursuivre l’un des plus beaux rêves de l’humanité, celui de la liberté. »

Pierre Barbancey

 

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 18:25
Deal Juncker-Trump: un triple scandale (Francis Wurtz)

« DEAL » JUNCKER-TRUMP : UN TRIPLE SCANDALE ! (Francis Wurtz)

An coeur de l’été et en pleine « affaire Benalla », le « deal » très trumpien conclu entre le Président de la Commission européenne et le locataire de la Maison blanche, le 25 juillet dernier, n’a pas suffisamment retenu l’attention en France. Il représente pourtant un triple scandale.

D’abord en raison des objectifs conjoints consignés dans le communiqué commun et rappelés comme autant d’engagements réciproques par le Président américain à l’issue de la rencontre. Il est question de « Zéro subvention » sur de nombreux biens industriels -ce qui peut viser le financement public de secteurs chargés de « services d’intérêt économique général » (les services publics) !- et de « Zéro barrière non tarifaire », autrement dit de la disparition de toute forme de règlementation du commerce extérieur telle que les licences ou les quotas destinée à maîtriser un tant soit peu les échanges ! Quelles normes environnementales, sanitaires, phytosanitaires , techniques, sont-elles censées faire partie de ces « barrières » à supprimer ? Veut-on ressusciter, en l’aggravant, feu le traité de libre-échange transatlantique, un TAFTA-bis en pire ? !

Ensuite, cet accord pose un grave problème de démocratie. La Commission se veut la « gardienne des traités européens ». Or, ceux-ci n’autorisent nullement le Président de la Commission à prendre ce type d’initiative unilatérale sans disposer d’un mandat explicite du Conseil -c’est-à-dire des représentants des 28 gouvernements- (article 207 du traité sur le fonctionnement de l’UE). Sans doute encouragé par Angela Merkel à obtenir par tous les moyens de Donald Trump qu’il renonce à taxer les importations de voitures européennes -dont 60 % sont allemandes-, M. Juncker s’est accordé des pouvoirs qu’il n’a pas. Ce n’est pas acceptable !

Enfin, en s’inscrivant servilement dans la ligne du « America first » de Trump, le « compromis » signé par le Président de la Commission constitue un fiasco stratégique pour l’Union européenne. Les exemples de cette soumission sont légion. Ainsi, l’UE avait-elle fixé un préalable à tout accord futur : Washington devait d’abord annuler la hausse punitive des droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens. « Nous n’allons pas à ces négociations avec un pistolet braqué sur la poitrine » avait fièrement annoncé le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas. Résultat : Juncker a finalement accepté que ces sanctions ne soient levées qu’en cas de succès des négociations à venir. Autre exemple : il aura suffi que le Président des Etats-Unis élève la voix contre les achats jugés excessifs de gaz russe plutôt qu’américain pour que Juncker s’engage, aux dires de Trump, à ce que l’UE achète « massivement » du gaz (deux fois plus cher) aux producteurs d’outre-Atlantique ! Pire : Trump était en grande difficulté auprès de ses électeurs influents du Midwest, dont les grandes exploitations agricoles étaient directement touchées par les mesures de rétorsion de la Chine à la guerre commerciale déclenchée par le leader de l’Occident. Juncker lui sauve la mise -sur le dos des Chinois- en promettant que l’UE importera plus de soja des Etats-Unis...Trump : 1; UE : zéro ! Ces compromissions honteuses doivent être dénoncées et mises en échec .

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 18:03
Gaza: le PCF apporte son soutien à la flottille de la liberté (2 août 2018)

Gaza : Le PCF apporte son soutien à la flottille de la liberté (PCF)


Dimanche 29 juillet dernier, Al Awda, le premier bateau de la Flottille  de la liberté a arriver près de Gaza a été arraisonné par la marine  israélienne alors qu'il était encore dans les eaux internationales.
Cet acte n'est rien d'autre qu'un acte de piraterie et, une nouvelle  fois, la communauté internationale s'enferme dans le silence.
Nous savons que les militants pacifistes internationaux ont subi des  violences et notamment des coups de tasers, certains ont été blessés et tous emprisonnés.

Partie de Scandinavie le 15 Mai dernier, la Flottille composée de quatre  bateaux a tenté une nouvelle fois de briser le blocus de Gaza. Ce blocus  que subissent les Gazaouis depuis 2007, et qui leur interdit un accès  normal à l'eau potable, aux denrées , à l'électricité , à la santé et  qui les condamnent à être enfermés dans une prison à ciel ouvert car les  voies maritimes aériennes et terrestres dépendent du bon vouloir  d'Israël. On ne vit pas à Gaza on survit, et les Nations unies déclarent que Gaza sera totalement invivable en 2020 sans l'arrêt du blocus.

La Flottille apportait 13 000 euros de médicaments dont les Gazaouis ont cruellement besoin.
A chaque fois, Israël impose, au mépris du droit, sa volonté, et on se  rappelle de sinistre mémoire des dix militants du Mavi Marmara  assassinés en 2010.
L'équipage et les passagers ont été, dans un premier temps, incarcérés  en Israël. Notre compatriote Sarah Katz, a été retenue plus longuement  dans la prison de Givon. Avec Salah Hamouri, ce sont deux citoyens  français dont le sort inquiète très modérément notre gouvernement, ce  qui est particulièrement inquiétant sinon honteux.
A contrario, la flottille a été empêchée d'accoster au mois de juin à Paris pour un rassemblement pacifique.

Après la répression sanguinaire des marches du retour avec plus de 150 palestinien-ne-s assassinées et 15 000 blessé-e-s, l'arrivée de la  Flottille aurait pu créer de l'espoir.
Alors que le reste de la flottille doit arriver d'ici peu au large de Gaza et qu'un autre Français, le marin CGT Pascal Maurieras, se trouve à bord, le PCF exige du gouvernement qu'il sorte de son mutisme et apporte son soutien à la Flottille comme la Suède l'a fait récemment.
Nous appelons nos militants à faire connaître cette initiative à soutenir la Flottille et à se mobiliser contre le blocus de Gaza.

Parti communiste français, 

Paris, le 2 Août 2018.

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 05:50

 

En cette semaine que l’on annonce caniculaire en France, des pays aussi différents que la Grèce et la Suède sont en proie à des incendies ravageurs. Trente mois seulement après la tenue de la conférence de Paris sur le climat, les signes tangibles des conséquences multiples du réchauffement climatique sont sous nos yeux. Tandis que « notre maison brûle », nos décideurs politiques continuent de regarder ailleurs.   

 

La place prise par les conséquences du comportement d’Alexandre Benalla le 1er mai à Paris occulte depuis près d’une semaine tous les autres sujets qui font l’actualité en France et dans le monde. Parmi ces sujets, figure la vague de chaleur qui sévit chez nous depuis des semaines et qui s’accentue actuellement tandis que des incendies dévastateurs se propagent dans certains pays. Tôt ce matin, une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) indiquait que de violents incendies ont fait au moins 50 morts et plus d’une centaine de blessés aux alentours d’Athènes entre hier et le début de la nuit. Alexis Tsipras, le Premier ministre grec est rentré précipitamment d’un voyage en Bosnie  pour suivre les opérations de secours avec 600 pompiers sur le terrain dont des renforts venus d’Espagne.

« Avec l’avancée des secours, nous risquons de découvrir de nouvelles victimes, la nuit va être longue», prévenait un pompier en cours de nuit. Ces incendies se sont produits alors qu’une vague de chaleur s’est abattue sur le pays avec des températures diurnes de 40°C à l’ombre. L’an dernier les incendies en Grèce avaient fait 77 morts et brûlé 250.000 hectares de forêts, de maquis et de cultures.

EN SUÈDE 25.000 HECTARES DE FORÊT ONT DÉJÀ BRÛLÉ

Du sud au nord de l’Europe, la sécheresse et la chaleur estivale battent des records. En Finlande, la Laponie est touchée par les feux de forêts de prairies asséchées, les incendies partant parfois de la Russie. Les feux sont également nombreux en Norvège, un pays qui a connu son mois de mai le plus chaud depuis qu’il existe des relevés de température tandis que celles de juin ont été souvent égales ou supérieures à 30°C. En Suède, il n’a pratiquement pas plu depuis trois mois, tandis que 25.000 hectares de forêt ont déjà brulé.

Après les incendies de forêt et de garigue qui ont brulé 214.000 hectares en octobre puis en décembre 2017 , les incendies ont repris en juin et juillet en Californie, mais aussi dans d’autres Etats américains dont la Floride et l’Alaska. Selon Renaud Barbero, écologue du feu, interrogé dans la Croix du 19 juillet dernier, « les feux dans l’ouest américain sont déclenchés pour moitié par la foudre, pour moitié par l’homme, volontairement ou pas. Le réchauffement climatique intensifie la sécheresse-mesurée par la teneur en eau dans le sol- et donc les départs de feu. Les chercheurs ont pu démontrer, qu’en l’absence de réchauffement, la sécheresse serait de 15 à 20% moins sévère», souligne-t-il.

En France, il suffit de voir à quelle vitesse l’herbe à séché dans les prairies sous l’influence des températures élevées pour constater les dégâts dans les zones  d’élevage. Mais l’herbe des sous-bois se dessèche de la même manière  et des incendies provoqués par la foudre ne sont pas à exclure  avec la persistance de ce temps chaud propice aux orages localisés.

Après avoir connues des pluies dévastatrices provoquant des centaines de morts dans plusieurs régions, le Japon subit désormais une vague de chaleur qui a déjà provoqué 80 décès et conduit quelques 35.000 personnes à l’hôpital. Là encore, une dépêche de l’AFP nous indique qu’avec une température « entre 35 et 40 °C  à l’ombre et une hygrométrie de plus de 80%, plusieurs villes japonaises affichent une combinaison mortelle » pour les personnes les plus fragiles. Toujours selon l’AFP, « les habitants des régions de l’ouest ravagées par les pluies torrentielles au début du mois sont particulièrement mis en garde, eux qui s’escriment à tenter de nettoyer leurs maisons et alentour ».

207 DÉFENSEURS DES FORÊTS ASSASSINÉS EN 2017

Préserver les forêts des incendies et d’autres formes de destruction devrait être considéré comme un combat vital afin que les générations futures puissent encore vivre sur une terre hospitalière. Mais, outre les incendies, volontaires ou non, la course au profit passe de plus en plus  avec une course à la déforestation pour pratiquer des extractions minière ou développer des cultures de rente comme le soja et le palmier à huile. Ainsi, selon l’ONG britannique Global Witness, 207 personnes ont été tuées dans 22 pays du monde en 2017 pour s’être opposés à la déforestation. 60% de ces meurtres ont été commis en Amérique latine dont 57 recensés au Brésil. La Colombie en a compté 24 et le Nicaragua 4. En Asie, on a comptabilisé 48 meurtres aux Philippines, un pays exportateur d’huile de palme. En Afrique ce sont surtout les opposants au braconnage des gros animaux qui ont payé de leur vie leur engagement dans la défense de la biodiversité liée à la forêt.

Faut-il voir là les signes avant-coureurs d’un possible recul de civilisation ? Ne sommes nous pas à un  moment où les peuples ont intérêt à s’unir pour que la vie sur terre demeure possible et agréable, dans une société qui devra accepter un peu plus de frugalité ? La question mérite d’être posée quel que soit l’épilogue de l’affaire Benalla qui mobilise tellement nos grands médias.

 

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2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 00:07

 

Ahed Tamimi a recouvré aujourd’hui la liberté, après huit mois de détention aux mains des autorités israéliennes. C’est également le cas de sa mère Narimane. Alors âgée de 16 ans, Ahed Tamimi s’était opposée, sans arme, à l’intrusion de soldats israéliens dans sa maison alors que, le jour même, son cousin avait été défiguré par une balle caoutchouc tirée par les forces d’occupation.

Arrêtée par la suite ainsi que sa mère et sa cousine, Ahed Tamimi avait été contrainte de plaider coupable devant un tribunal militaire israélien.

A l’occasion de leur libération, le MJCF exprime sa joie pour Ahed et Narrimane Tamimi et toute leur famille, ainsi que pour la communauté de Nabi Saleh, qui retrouve deux grandes combattantes pour la cause de la liberté et des droits nationaux du peuple palestinien.

La détention injuste d’Ahed Tamimi a exposé une nouvelle fois aux yeux du monde la cruauté de l’occupation israélienne, qui n’hésite pas à enfermer des centaines de mineurs pour désarticuler la société palestinienne et asseoir sa domination. Au cours de son emprisonnement, Ahed Tamimi a été soumise à des mauvais traitements, interrogée en l’absence de son avocat et a dénoncé la “conduit inappropriée” d’un soldat israélien.

Ce cas emblématique n’est pas isolé. Il illustre une réalité qui touche aujourd’hui 350 enfants palestiniens, privés de leur liberté et de leurs droits fondamentaux. Une véritable politique d’Etat récemment dénoncée par le Haut-commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al Hussein, qui a rappelé qu’il “devrait être absolument clair que le droit international ne permet la détention d’enfants qu’en dernier ressort”.

Face à ces violations graves et répétées des droits humains, les gouvernements du monde – et plus particulièrement celui de la France – ne peuvent rester passifs, ne peuvent poursuivre leur complicité avec la politique criminelle d’Israël, pilier fondamental de son impunité.

Le MJCF demande de ce fait au gouvernement français d’agir pour prendre des sanctions politiques, diplomatiques et économiques à l’encontre de l’Etat d’Israël et de les maintenir jusqu’à ce que ce dernier respecte ses obligations internationales.

Parmi celles-ci, nous soulignons l’exigence de mettre fin à la détention de mineurs ainsi qu’au régime arbitraire de la détention administrative, auquel est actuellement soumis notre compatriote Salah Hamouri.

 

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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 06:02

 

Ce dimanche, la marine israélienne a commis l’acte de piraterie dont elle est coutumière depuis maintenant 10 ans : une intervention en eaux internationales pour intercepter la Flottille de la Liberté et s’en prendre à son équipage. L’Awda, le navire amiral de la flottille partie cette année de Suède et de Norvège, a été intercepté par la marine israélienne, et détourné vers le port israélien d’Ashdod. Son équipage et ses passagers ont été arrêtés et sont actuellement détenus en Israël.

L’Awda apportait une cargaison de médicaments dont la Bande de Gaza manque cruellement, et devait elle-même être remise en cadeau aux pêcheurs palestiniens de Gaza. Rien, absolument rien, qui puisse porter atteinte à la « sécurité d’Israël » au nom de laquelle tant de crimes sont commis. Mais ses 22 passagers et membres d’équipage, de 16 nationalités différentes dont la militante française Sarah Katz, apportaient un message bien plus dangereux pour la politique israélienne : la solidarité et l’espoir. Un espoir qu’Israël cherche méticuleusement à tuer, jour après jour, en continuant à réprimer dans le sang les Marches du retour, et en étranglant chaque jour un peu plus la Bande de Gaza.

Avec la fermeture, puis la réouverture limitée et sporadique du dernier point de passage pour les marchandises, la situation à Gaza, dans la chaleur étouffante de l’été, empire jour après jour. Et après les réductions des salaires payés aux fonctionnaires de Gaza, décrétées par l’Autorité palestinienne, ce sont maintenant les salariés et les services d’éducation et de santé de l’UNRWA, l’agence de l’ONU en charge des services aux camps de réfugiés, qui sont menacés par la coupure unilatérale de la part de financement des Etats-Unis. Gaza est devenue, au fil des années, un laboratoire ignoble : celui des techniques pour tuer une société et lui faire perdre tout espoir en l’avenir.

Celles et ceux qui connaissent la population palestinienne de Gaza, sa créativité, son engagement, sa profonde humanité, ne sont pas surpris par sa résistance à ce blocus inhumain. Mais rien ne sera possible sans une intervention concertée des Etats.

Nous demandons constamment et avec insistance au gouvernement français et au président de la République d’agir pour que cesse le scandale que constitue ce blocus. Et pour commencer, d’agir pour que le gouvernement israélien laisse passer la Flottille. Nous n’avons eu aucune réponse, pas plus que nous n’avons eu d’explication à l’inexcusable attitude de la police fluviale de la préfecture de police, qui a empêché par la force deux petits bateaux de la flottille d’accoster à Paris.

La Flottille doit passer, l’Awda doit être restituée pour pouvoir aller à Gaza, et son équipage et ses passagers libérés. Et la « Freedom », le voilier qui va la suivre dans quelques heures, ne doit pas faire l’objet d’un acte de piraterie similaire. Nous demandons au gouvernement français d’agir dans ce sens, de toute urgence et publiquement, en prélude à une indispensable intervention, ferme et assortie de sanctions, pour la levée du blocus de Gaza.

Nous renouvelons toute nos félicitations et notre solidarité aux équipages et passager.e.s courageux de la Flottille. Nous adressons toute notre solidarité à nos amis palestiniens de Gaza, et notamment aux animateurs des Marches du Retour, qui ont aussi publié un communiqué de solidarité avec la Flottille, et à toutes les femmes et les hommes de Gaza qui continuent à se battre pour la vie et pour l’espoir. Nous sommes et resterons mobilisés à leurs côtés.

 

Le Bureau national de l’AFPS
30 juillet 2018

 

 

 

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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 06:00

 

L’adolescente palestinienne, qui avait été filmée  en train de frapper des soldats israéliens en Cisjordanie en décembre 2017, a été libérée après avoir été condamnée à huit mois de prison.

Elle a fêté ses 17 ans en prison, mais elle est désormais libre. Au terme d'une peine de huit mois de prison en Israël, Ahed Tamimi a été libérée dimanche 29 juillet. Elle a pu rejoindre la Cisjordanie accompagnée de sa mère, également incarcérée après la diffusion d'une vidéo, devenue virale, où l'on voit Ahed Tamimi gifler deux soldats israéliens à Nabi Saleh, un village du territoire palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

 

Nous republions ci-dessous notre article publié le 22 mars, au lendemain du procès de l'adolescente alors âgée de 16 ans.

 

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Jérusalem,  de  notre  correspondante.  -   L’affaire très médiatisée d’Ahed Tamimi promettait un procès fleuve. Mais coup de théâtre, ce mercredi 21 mars, le tribunal militaire israélien d’Ofer, en  Cisjordanie, a approuvé un accord conclu entre le procureur et la famille de la jeune Palestinienne. L’adolescente de 17 ans écopera finalement de huit mois de prison, dont trois déjà effectués, et d’une amende de 5 000 shekels, soit un peu moins de 1 200 euros.

Une sentence jugée « indulgente ». Certains commentateurs avaient prédit à la jeune femme jusqu’à sept ans d'enfermement. En échange,     Ahed Tamimi a accepté de plaider coupable pour quatre chefs d’accusation pour agression contre des soldats israéliens. Les faits concernent la vidéo devenue virale dans laquelle on la voit bousculer puis frapper deux militaires dans son village de Nabi Saleh en Cisjordanie le 15 décembre dernier, ainsi que trois autres incidents antérieurs du même acabit.

La mère d’Ahed Tamimi et sa cousine, qui ont respectivement filmé et participé à la fameuse vidéo, ont également conclu un accord avec le procureur militaire. La première écope également de huit mois de prison pour incitation à la violence sur les réseaux sociaux, et la seconde de 16 jours de prison, un temps d’incarcération qu’elle a déjà effectué.

À l’origine, la justice militaire israélienne avait retenu douze chefs d’accusation contre Ahed Tamimi. Huit charges, incluant jets de pierre ou encore incitation à la violence, ont donc été abandonnées par le tribunal. Selon l’avocate de la jeune Palestinienne, Gaby Lasky, ce retournement montre qu’Ahed Tamimi, arrêtée chez elle le 19 décembre 2017, n’aurait jamais dû être maintenue en détention dans l’attente de son   procès.

«  Le  fait  que  l'accord  de  plaider-coupable prévoit l'abandon de tous les chefs d'accusation qui ont permis de la détenir jusqu'à la fin de la procédure judiciaire est la preuve que l'arrestation de Tamimi au milieu de la nuit et les poursuites judiciaires contre elle étaient des mesures conçues pour régler des comptes », a-t- elle déclaré mercredi devant le tribunal d’Ofer.

Alors que la vidéo d’Ahed Tamimi, érigée en icône de la résistance palestinienne, a fait le tour  du monde, la droite israélienne  était  en  effet  accusée de vouloir conjurer l’humiliation infligée aux deux soldats, et par extension à l’armée de l’État hébreu, en  multipliant  les  charges  contre  la  jeune  femme.

Après son arrestation, le ministre de la  défense et chef du parti ultranationaliste « Israël notre maison », Avigdor Liberman, avait notamment qualifié la jeune Palestinienne de « terroriste ».

Mais depuis plusieurs mois, l’ampleur prise par l’affaire avait semblé produire l’effet inverse, galvanisant les critiques à l’égard d’Israël, particulièrement concernant l’incarcération des mineurs palestiniens par l’armée. Plusieurs membres de la communauté internationale et d'organisations de défense des droits de l’homme réclamaient la remise en liberté immédiate de la Palestinienne.

Selon une source citée par le journal Haaretz, l’armée israélienne aurait donc finalement « intensivement encouragé » à une peine allégée pour mettre un terme à cette affaire qui « portait atteinte à [sa] réputation dans les médias et au niveau international ». « Cette source ne  sait absolument pas de quoi elle parle », objecte le lieutenant-colonel réserviste Maurice Hirsch, ancien procureur en chef militaire de Cisjordanie et membre de l'association pro-israélienne NGO Monitor. « Un accord de plaider-coupable repose sur la décision de la défense. Je ne crois pas que l’armée ait approché Gaby Lasky et lui ait suggéré d’accepter une sentence plus légère pour sa cliente. Ce n’est pas comme cela que ça marche. »

De fait, lors d’une première audience le 13 février dernier, l’avocate d’Ahed Tamimi avait annoncé vouloir faire du procès de la jeune Palestinienne celui de l’occupation israélienne. À ses yeux, sa cliente, en tant que résistante contre l’occupation israélienne, n’avait rien à se reprocher et le tribunal militaire d’Ofer n’était pas légitime pour la juger. Il n’était donc pas évident qu’Ahed Tamimi accepte finalement de plaider coupable.

Interrogée par la radio militaire israélienne jeudi, Gaby Lasky a cependant argué  que  le  refus  du  tribunal de rendre le procès de la jeune Palestinienne public n’avait pas laissé d’autre choix à la défense. « Nous avons compris qu'il n'y avait aucune chance qu'Ahed puisse bénéficier d'un procès équitable. À cause  de la façon dont le procès a été géré par le système judiciaire, nous avons pensé que c'était la meilleure façon d'avancer », a-t-elle expliqué.

L’avocate  d’Ahed  Tamimi  a  également dénoncé les  pressions  qui  ont  entouré  ce  qu’elle  appelle le « procès-spectacle » de sa cliente. Pour dédouaner Ahed Tamimi, sa famille avait invoqué l’ambiance particulièrement électrique qui régnait dans son village le jour des faits. Quelques heures avant l’enregistrement de la vidéo, au cours d’affrontements avec l’armée israélienne, le cousin de la jeune Palestinienne avait été gravement blessé à la tête par une balle en caoutchouc.

Fin février, un haut représentant militaire du COGAT, l’organisme israélien chargé de l'application de la politique d'Israël dans les territoires palestiniens, avait contesté cette version des faits dans un post Facebook, affirmant que le jeune garçon s’était simplement blessé en tombant de son vélo. Une réécriture de l’histoire catégoriquement démentie par les médias israéliens.

« Nous avons vu ce que nous avons vu dans la vidéo [d’Ahed Tamimi], mais il n’empêche, quand on entend des déclarations folles [sur son cousin] […] alors nous voyons qu’il y a bien plus que ce qui s’est passé dans cette vidéo », a souligné Gaby Lasky.

En fin de compte, l’accord de plaider-coupable passé par Ahed Tamimi n’a rien  d’une  exception. Selon un rapport publié mardi par l’ONG israélienne de défense  des  droits  de  l’homme  B’Tselem,  plus de 70 % des jeunes Palestiniens accusés comme elle acceptent des négociations de plaider-coupable dans les tribunaux militaires pour mineurs israéliens, qui ont un taux de condamnation de plus de 95 %. Ce chiffre élevé s’explique par l’usage récurrent de la détention préventive par les autorités israéliennes.

Les mineurs palestiniens sont ainsi face à un dilemme : soit se battre contre les faits qu’on leur reproche mais rester en prison pendant leur procès, soit consentir à un accord et ainsi bénéficier d’une réduction de peine. Dans son cas, Ahed Tamimi avait déjà passé trois mois en prison avant même que son procès ne s’ouvre réellement et de nombreux mois auraient encore pu s’écouler avant l’intervention d’un verdict.

De ce point de vue, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme pointent du doigt l’inégalité de traitement réservée aux Israéliens et aux Palestiniens par la justice militaire en vigueur  en  Cisjordanie. Par exemple, le soldat franco-israélien Elor Azaria, qui avait tué d’une balle dans la tête un assaillant palestinien à terre, déjà blessé, en mars 2016, sera libéré en mai après seulement neuf mois de prison. Initialement condamné à 18 mois d’incarcération pour homicide, le militaire avait vu sa peine ramenée à

14 mois en septembre dernier. Cette semaine, la commission de libération conditionnelle de l’armée a ordonné qu’il soit relâché après n’avoir effectué que les deux tiers de sa peine.

 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 05:47

 

Détenue depuis décembre 2017, la jeune femme de 17 ans a recouvré hier la liberté en même temps que sa mère. Mais des centaines de jeunes Palestiniens croupissent toujours dans les geôles israéliennes. Plus de la moitié subissent des violences durant leur arrestation.

Hier matin, au petit jour, l’émotion le disputait à la dignité lorsque Ahed Tamimi et sa mère sont sorties de l’enfer carcéral israélien au terme de huit mois d’emprisonnement. Émotion, donc, avec les larmes de cette jeune femme d’à peine 17 ans, heureuse de retrouver ses proches et un environnement encore humain malgré l’occupation. Dignité, parce que les clones des deux soldats qu’elle avait giflés avec courage en décembre dernier (elle n’avait alors que 16 ans) pour leur signifier qu’ils n’avaient rien à faire devant chez elle ont été forcés, cette fois, de la raccompagner jusqu’à sa maison, dans le village de Nabi Saleh, en Cisjordanie. Sans menottes aux poignets ni aux pieds. Sans bandeau sur les yeux comme il est de coutume pour l’armée d’occupation, qu’il s’agisse d’un(e) mineur(e) ou d’un(e) adulte. Ses boucles blondes flottaient sur un keffieh noir et blanc, semblable à celui que portait Yasser Arafat. Un symbole de la Palestine comme un air de liberté.

La vidéo de l’abject ordre colonial

En réalité, les autorités israéliennes voulaient se débarrasser d’Ahed et de sa mère sans trop de publicité. La vidéo montrant la scène en décembre était devenue virale, faisant le tour du monde entier via les réseaux sociaux et montrant l’abjecte réalité du quotidien des Palestiniens : des hommes en armes, dominateurs, faisant régner un ordre colonial. Le combat des Palestiniens avait un visage. Et quel visage. Certains ne s’y sont pas trompés. « Vous ne pouvez pas prendre une petite terroriste et en faire une héroïne, mais c’est ce que nous avons fait, regrette Oren Hazan, un député du Likoud (droite), le parti du premier ministre, Benyamin Netanyahou. Elle est très dangereuse. La plupart des Israéliens vous diront qu’ils voudraient la voir en prison pour vingt ans. » Il fallait donc éviter de nouvelles images contredisant l’allégation selon laquelle l’armée israélienne serait « la plus morale au monde ». Pour ce faire, les Israéliens avaient, hier, brouillé les pistes. Ou pensaient l’avoir fait en diffusant des informations contradictoires sur l’endroit par lequel elles étaient censées rentrer en Cisjordanie occupée. C’est son père, résistant pacifique de toujours, qui les a accueillies alors que les habitants, regroupés, scandaient : « Nous voulons vivre libres ! »

On comprend mieux le système d’occupation mis en place dans tous les domaines par les gouvernements israéliens successifs quand on sait qu’Ahed a été condamnée à huit mois de prison le 21 mars à l’issue d’un accord dit de plaider coupable. En clair, si l’accusé(e) ne reconnaît pas sa culpabilité, sa peine peut être double, voire plus. C’est ce qui s’était déjà passé avec le Franco-Palestinien Salah Hamouri, qui risquait quatorze ans de prison s’il ne plaidait pas coupable, alors qu’il avait tout juste 18 ans. Par la suite, faisant comme si cet odieux chantage n’existait pas, Israël utilise ce type de condamnation comme preuve de culpabilité ! Pis, l’adolescente s’est vu infliger une peine presque aussi lourde – huit mois de prison – que le soldat israélien et de nationalité franco-israélienne Elor Azaria, qui n’a purgé que neuf mois pour avoir abattu un assaillant palestinien blessé, au sol, qui ne posait plus aucun danger.

Ahed Tamimi est libre. Mais il reste des milliers de prisonniers palestiniens. Ils seraient près de 6 000 actuellement. Parmi eux, près de 300 mineurs (lire ci-contre). Imaginons un instant ce que vit une famille palestinienne dans un village de Cisjordanie. Au beau milieu de la nuit, on frappe violemment à la porte. Des soldats entrent, tiennent en joue tous les habitants de la maison et emmènent violemment l’un des adolescents. La mère crie, le père proteste. Ils sont repoussés sans ménagement. Dans la Jeep dans laquelle l’enfant est emmené, les coups pleuvent. Arrivé au lieu de détention, la bastonnade reprend, souvent avec un tuyau en caoutchouc. C’est une mise en condition avant l’interrogatoire. À ce compte-là, on peut tout avouer.

Tortures et aveux forcés pour tous

Selon l’Association du club des prisonniers, 60 % des enfants arrêtés ont été physiquement ou psychologiquement torturés. Les interrogatoires durent souvent des heures pour leur faire signer un procès-verbal en hébreu qu’ils ne comprennent pas et qui comporte parfois des confessions extorquées. Ces mineurs peuvent rester de longues périodes sans qu’on leur donne à boire ou à manger, sans même avoir l’assistance d’un avocat. On les effraie en leur disant qu’ils ne reverront plus leurs parents… Des pratiques contraires à la convention de l’ONU pour les droits des enfants, qui date de 1991 et que Tel-Aviv a acceptée. Sans parler de l’emprisonnement en Israël même, contraire aux conventions de Genève.

En s’attaquant ainsi aux mineurs, le gouvernement et l’armée israélienne cherchent à obtenir des renseignements sur les dirigeants palestiniens qui mènent les manifestations contre l’occupation. Mais surtout ils veulent empêcher la nouvelle génération de se révolter. C’est aussi pour cela que, chaque année, plusieurs centaines de jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est sont arrêtés. Des tentatives israéliennes sans effet, comme le montrent les manifestations qui se déroulent à Gaza et en Cisjordanie ces dernières semaines, malgré les morts. Malgré la répression.

Pierre Barbancey

 

 

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