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26 août 2018 7 26 /08 /août /2018 05:28

 

DES CENTAINES D’OFFICIERS NOSTALGIQUES DU FRANQUISME menacent les démocrates, les antifascistes, les partisans d’une République, et d’une nouvelle constitution, tous les militants engagés dans un inégal combat de mémoire, auquel le gouvernement actuel semble plus sensible que les précédents.

Nous avons souvent écrit qu’en Espagne il n’y a pas eu une véritable rupture avec le franquisme, qu’il s’est recyclé, ou enkysté, dans des secteurs comme la banque, la justice, la hiérarchie de l’Eglise, l’armée, et que l’Espagne tôt ou tard le paierait cher... Le « pacte de la transition » amnésique et paraît-il « modélique » , a volé en éclats... Cela ne veut pas dire, en ce qui nous concerne, que l’armée  espagnole actuelle reste globalement franquiste, mais, mais, mais... Traversée par des courants néo-fascistes, pilier de la longue et cruelle dictature, historiquement tournée contre le peuple, elle n’a pas été défranquisée en profondeur. La constitution de 1978 lui attribue un rôle tutélaire démesuré, garante notamment de « l’unité » d’une « Espagne une », d’une « monarchie » parlementaire pourtant illégitime... sans oublier « le libre-échange », inscrit dans le plomb constitutionnel.

 

Il convient de rappeler cette toile de fond pour prendre la mesure de la tempête politique soulevée par le « manifeste » pro-franquiste que viennent de signer et de publier plus de 600 officiers de réserve (181 au départ), militaires de haut rang retraités, qui s’attachent à faire « respecter » et défendre « l’image militaire du soldat Franco », qu’ils dissocient du « Franco politique » (celle-là, il faudra la retenir !!). Faut-il que ces « fachas » soient gênés aux entournures...

 

Ils dressent un panégyrique du « soldat Franco », « loyal », aux ordres des gouvernements, y compris en 1934, note perfide, lorsqu’il fut chargé par le gouvernement « républicain » d’écraser le soulèvement des Asturies... Généraux, colonels, lieutenants colonels, amiraux, menacent tous ceux qui voudraient toucher au système en place.

 

Les nostalgiques mettent en garde contre une « campagne infâme » dirigée contre « le rôle historique » du dictateur sanglant, bourreau de l’Espagne jusqu’à sa mort le 20 novembre 1975. Ils présentent Franco comme le sauveur d’une « Espagne agressée par le communisme international  adopté par le Front Populaire ». Si ce n’est pas du franquisme, cela lui ressemble fort... Selon les sabreurs prêts à ressabrer, le gouvernement voudrait un prétexte pour « cacher l’effondrement actuel de la nation » (allusion claire à la Catalogne) « lancent un appel à réhabiliter « le soldat Franco » contre une gauche « engagée dans une offensive viscérale pour une revanche » ; ils invitent à une réécriture de l’histoire, à ne pas toucher à la minimaliste « loi de Mémoire Historique... ».

 

Franco serait « héritier de la tradition patriotique et militaire espagnole » ; et ils n’ont aucune honte à en appeler à « continuer son œuvre », à « rétablir la vérité historique »... Ils s’opposent à l’exhumation des restes du dictateur et à leur transfert hors du mausolée fasciste du « Valle de los Caídos », entretenu, ne l’oublions pas, aux frais des contribuables.

 

Le gouvernement espagnol, qui a annoncé sa volonté d’avancer dans le devoir de mémoire, n’a cependant pas réagi au défi contre la démocratie avec la vigueur nécessaire.

 

Un officier de l’Armée de l’Air et historien, Flores Dimas Balsalobre, de ceux qui se lèvent dans les grandes tourmentes, vient d’adresser aux factieux une lettre ouverte dans laquelle il les taxe de « nostalgiques du franquisme ». Il rappelle que Franco fut un « criminel de guerre », un « un traître » à la tête d’un régime « de caractère fasciste ».

 

Les officiers factieux ne reculent devant aucun distorsion ; ils ont osé présenter le « Valle de los Caídos » comme un « symbole de réconciliation nationale », alors que le lieu glorifie les « vainqueurs de la Croisade », et que gouvernement et associations veulent enfin en faire un « centre pour la mémoire ».

 

Mais l’Espagne d’aujourd’hui n’est plus tout à fait la même qu’alors : 56,4 % des Espagnols, selon les données du « baromètre de la Sexta », pour un sondage réalisé par Invymark, sont favorables à l’exhumation et au transfert des restes de Franco hors du « Valle de los Caídos » alors que 33,8% déclarent y être opposés ; la majorité des électeurs favorables viennent de l’électorat de « Podemos », de « Izquierda unida » et du PSOE. L’opinion publique se prononce également majoritairement pour l’illégalisation (plus de 56% pour, 29,5% contre ; 60,4% des électeurs « populares » rejettent cette illégalisation ainsi que 46,6% des électeurs de « Ciudadanos »), illégalisation de la Fondation Franco, étroitement liée au Parti Populaire de Rajoy et Aznar. Ces revendications, avancées depuis plus de vingt ans par les associations mémorielles, les partis de « gauche », semblent ainsi aujourd’hui trouver un meilleur appui.

 

Il est aussi question d’exproprier la belle et immense demeure et propriété de la famille Franco, connue comme le Pazo de Meiras, « offerte », en fait « volée » par la famille. 68,8% des électeurs sont pour, 22,3% contre.

 

La situation mérite d’être suivie jour après jour ; de nombreux officiers ont engagé un bras de fer contre le peuple espagnol, qui commence à répondre « no pasarán ». La peur peut définitivement changer de camp. La défranquisation totale peut s’accélérer, si les Espagnols s’en mêlent vraiment.

 

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 05:46

Au-delà des guerres et de la complexité géopolitique, les pays du Moyen-Orient sont frappés de plein fouet par les changements climatiques. Les températures en particulier ne cessent de grimper. Le Koweït détient depuis 2016 le record mondial de chaleur avec 54 °C, mais cela pourrait bientôt ne plus représenter une anomalie.

Koweït, envoyé spécial.– Il est presque midi et les ombres s’amenuisent au point de disparaître. Le thermomètre extérieur de la voiture de location ne cesse de grimper. Cela fait plus d’une demi-heure qu’il oscille autour de 48 °C. Je bifurque sur une piste non goudronnée pour me rapprocher le plus possible de la station météorologique de Mitribah, avant de me heurter à un grillage qui en interdit l’accès au public. Non pas qu’il y ait beaucoup de visiteurs dans ce coin de désert koweïtien. Sauf peut-être ceux qui veulent se rendre compte de ce que cela fait de parvenir au point le plus chaud jamais enregistré sur terre : 54 °C le 22 juillet 2016.

Toujours est-il qu’en ce jour de la mi-juin 2018, je n’ai croisé personne dans les environs. J’arrête la voiture sur le bas-côté, j’attends quelques minutes et je vérifie le thermomètre de bord. Ce n’est pas un instrument de mesure fiable, mais il offre une approximation. Il affiche 51 °C. J’ouvre la portière et je sors de l’habitacle climatisé. Il fait indubitablement chaud mais, aujourd’hui, l’humidité n’est pas trop prononcée, donc la chaleur se fait moins écrasante.

Le corps humain agit comme un échangeur thermique élaboré qui s’attache à maintenir une température constante, oscillant d’à peine un degré, entre 36,5 °C et 37,5 °C. Lorsque la chaleur extérieure conduit à une hausse de la température interne, le corps se met alors à transpirer : en s’évaporant, la sueur provoque un refroidissement qui permet de rétablir la valeur normale autour de 37 °C. Le problème démarre en cas d’exposition prolongée à de hautes températures. L’échangeur thermique qu’est la peau commence à faiblir et fonctionne moins bien. Il faut alors se reposer, chercher de l’ombre ou un endroit frais. Si cela s’avère possible, pas de souci, le corps revient à sa température normale et la peau récupère.

Malheureusement, un des phénomènes auxquels sont confrontés les pays du golfe Persique est la chaleur élevée continue. Autrement dit, la température ne baisse plus suffisamment, en particulier la nuit, pour offrir le répit nécessaire au corps humain. Cette année, fin juin 2018, Quriyat, une ville dans le sultanat d’Oman, a décroché le titre de ville avec la plus forte température minimale : pendant 24 heures consécutives, le thermomètre n’est pas descendu en dessous de 42,6 °C.

Un être humain confronté à de telles conditions, qui n’a plus la possibilité de retrouver pour quelques heures une température plus raisonnable, c’est-à-dire inférieure à 37 °C, se met alors à dysfonctionner. Les pores de la peau ne parviennent plus à réguler correctement la transpiration. Même lorsque le climat est humide et que l’on continue à transpirer abondamment, l’évaporation ne refroidit plus. Boire ne soulage plus la soif. La température corporelle se met alors à augmenter.

À partir de 40 °C, le corps cherche à refroidir la peau en détournant le sang vers les capillaires, rationnant les autres organes vitaux. Le cerveau n’est plus alimenté correctement et, en langage parlé, « on perd la tête ». Les dégâts commencent à devenir irrémédiables. Le cœur pompe et pompe encore du sang jusqu’à épuisement, conduisant à un arrêt cardiaque. On nomme cela une « attaque de chaleur ».

Au bout d’une dizaine de minutes dans le désert koweïtien chauffé à blanc, je regagne l’habitacle de mon véhicule et je quitte la zone de Mitribah. À une heure de route vers le sud, Koweït City, ses hôtels, ses villas, ses bureaux et ses centres commerciaux climatisés à un frisquet 20 °C permettent d’échapper à la fournaise environnante. Mais à une soixantaine de kilomètres vers le nord se situe la deuxième ville d’Irak, Bassora : plus de 2,5 millions d’habitants et, en dépit de son statut de capitale économique irakienne, une pauvreté écrasante, de fréquentes coupures d’électricité, et des services quasi inexistants. Comment ses habitants font-ils pour résister à une chaleur comparable, à quelques degrés près, à celle de Mitribah ?

Les 54 °C de Mitribah ne seront bientôt plus une anomalie

On a coutume de dire que les vagues de chaleur provoquent la mort invisible des gens invisibles : les pauvres, les personnes âgées, les nourrissons, ceux qui vivent seuls. L’épisode de chaleur d’août 2003 en France, qui a vu le thermomètre grimper d’environ 5 °C au-dessus de la moyenne saisonnière, incarne l’exemple typique : une surmortalité de 15 000 décès a fini par être comptabilisée, mais il a fallu plusieurs mois pour établir ce bilan et, pendant les semaines de canicule, le phénomène a été soit ignoré soit minimisé. Les plus vulnérables à la chaleur sont ceux que la société ignore le plus et, bien souvent, leur mort est mise sur le compte de leur âge, de leur santé ou de leurs conditions de vie, alors qu’elle est la conséquence directe d’une augmentation de la chaleur et d’une absence de possibilité de mitiger celle-ci.

Si les vagues de chaleur n’étaient qu’un phénomène météorologique récurrent, mais rare, il suffirait de s’en accommoder en haussant les épaules : « Il fait chaud, et alors ? Ça va passer ! » Le souci est bien évidemment que notre compréhension du climat et des changements qui l’affectent ne nous permet plus cette insouciance. Non, ça ne va pas passer. Bien au contraire, cela va se multiplier. Rien que sur la dernière décennie, des vagues de chaleur « anormales » se sont produites en Russie (2010), en Amérique du Nord (2012), en Australie (2012-13) ou en Chine (2013).

Dans ce contexte, le Moyen-Orient est un cas à part. Il y fait déjà chaud, et cela va s’aggraver. Au point de rendre difficilement vivable une région qui l’était déjà péniblement. Selon l’Institut Max-Planck, d’ici à 2050, les températures estivales en Afrique du Nord et au Moyen-Orient vont augmenter deux fois plus vite que la moyenne planétaire, et les épisodes de « chaleur extrême » au-delà de 46 °C seront cinq fois plus nombreux qu’au début du XXIe siècle, quand ils se produisaient en moyenne seize jours par an.

Les 54 °C de Mitribah ne seront bientôt plus une anomalie. L’Iran et l’Irak ont presque atteint une telle température en 2017, à quelques dixièmes de degré près. Toutes ces mesures ne prennent pas en compte l’humidité, qui joue un rôle important. Par exemple, une combinaison de 46 °C et de 50 % d’humidité, un taux assez fréquent dans les régions côtières du golfe Persique (surtout quand la chaleur accélère l’évaporation de la mer), permet à un être humain en bonne santé de fonctionner pendant six heures. Au-delà de cette durée, le corps est confronté aux symptômes décrits précédemment. Pour une personne affaiblie ou de constitution fragile, quelques heures d’exposition aboutissent à la mort. Selon une étude parue dans la revue Nature, si rien n’est entrepris pour atténuer les changements climatiques, la plupart des villes du golfe Persique dans la seconde moitié du siècle atteindront régulièrement 45 °C, avec des pointes à 60 °C à Koweït City, par exemple.

Au Koweït justement, la température moyenne a déjà gagné entre 1,5 °C et 2 °C depuis 1975, une progression plus forte qu’ailleurs sur le globe. Le niveau des précipitations (125 mm) est resté identique, mais au lieu d’être étalé sur toute l’année, il est atteint au cours de brusques phénomènes orageux, auxquels succèdent de longues périodes de sécheresse. Les tempêtes de sable et de poussière se sont également accrues en intensité. « Elles sont moins nombreuses qu’avant, mais beaucoup plus puissantes, explique Hussain al-Sarraf, un mathématicien spécialisé dans la modélisation du climat. On se focalise à juste titre sur les température, mais c’est tout l’environnement qui va changer pour nous au Koweït : la force et le sens des vents, l’humidité des sols, le niveau de la mer qui augmente. »

Assis à 22 h 30 dans un gigantesque centre commercial de luxe au centre de Koweït City, où toutes les boutiques sont ouvertes et où il est presque nécessaire de mettre un pull pour résister aux assauts de la climatisation alors qu’il fait 42 °C à l’extérieur, Hussain al-Sarraf balaie les environs de la main : « On peut très bien supporter 55 °C : nous vivons essentiellement à l’intérieur de nos maisons, de nos bureaux et dans nos voitures. Mais est-ce économiquement viable ? Les gens en sont conscients, mais ils préfèrent ignorer la question. »

Koweït City est une ville nord-américaine au milieu du désert : des banlieues étendues reliées par des autoroutes à huit voies et des gratte-ciel en verre. C’est-à-dire un urbanisme complètement inadapté aux lieux. Quand on regarde de vieilles photos de la ville au mitan du XXe siècle, avant le boom pétrolier, on voit des bâtiments de deux ou trois étages densément construits, avec des rues étroites, des venelles et des cours intérieures, érigés en bois et en pierre. Cette architecture cultivait l’ombre et la circulation d’air, elle réduisait les distances à parcourir et utilisait des matériaux préservant la fraîcheur. Tout le contraire d’aujourd’hui.

« Est-il nécessaire de régler le thermostat sur 18 °C, comme cela se fait fréquemment au Koweït ? »

Les immeubles de bureaux entièrement en verre à Koweït City, Doha ou Dubaï composent de formidables panoramas urbains concurrençant les skylines de New York ou Hong Kong. Mais ils sont une folie, dans un pays où le soleil les transmute en fours. Aujourd’hui, 10 % de la consommation d’électricité mondiale sert à alimenter des climatiseurs ou des ventilateurs, et ce chiffre doit être encore plus élevé dans les nations du golfe Persique qui ont à la fois les moyens et les ressources énergétiques pour installer des systèmes de refroidissement partout. En 2030, c’est-à-dire demain, un tiers du pétrole du Koweït (10 % des réserves mondiales) servira à produire de l’électricité et de l’eau, à travers les usines de dessalement, très gourmandes en énergie, qui fournissent la quasi-totalité de l’eau du pays. On voit bien le serpent qui se mord la queue…

Face à ces scénarios, qu’est-ce qui est fait ? Eh bien, pas grand-chose. Nasser Abulhassan, fondateur du cabinet d’architectes Agi, essaie de promouvoir des bâtiments plus petits, mieux orientés et moins gourmands en énergie. De son propre aveu, il n’est pas toujours bien reçu quand il dévoile ses plans à ses clients : « On me demande souvent : mais pourquoi les fenêtres ne sont-elles pas plus grandes ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de place dans les bureaux individuels ? Même quand on leur explique les gains économiques, les gens ont du mal à l’accepter. Alors on leur demande : de quoi avez-vous vraiment besoin ? Est-il nécessaire de régler le thermostat sur 18 °C, comme cela se fait fréquemment au Koweït, ou est-ce que vous vous sentez bien à 26 °C ? Essayez de petites ouvertures et vous verrez que vous aurez besoin de moins de lampes, car l’œil humain s’accommode. »

Bien qu’il conçoive des édifices, Nasser Abulhassan estime que les solutions à ce problème de surconsommation dépassent le simple cadre de l’architecture ou de l’urbanisme. « Nous devons avoir une approche holistique, qui prenne en compte les problèmes de réglementation – aujourd’hui par exemple, la luminosité minimale dans les bâtiments est fixée par les fabricants d’ampoules électriques –, de sociabilité – voulons-nous vivre éloignés les uns des autres ? –, de cohérence – nous sommes devenus bons pour recycler les bouteilles d’eau en plastique, mais nous continuons à aller les acheter en voiture au supermarché – et de choix politiques. Le Koweït est un pays providence, qui subventionne ses citoyens. Par conséquent, il est très difficile de les rendre responsables quand ils payent leur eau, leur essence ou leur électricité trois fois rien. »

Mais le Koweït est également un pays où 70 % de la population est composée de travailleurs migrants venus d’Asie, du Maghreb et d’autres régions du Moyen-Orient. Or ces gens-là ne sont à la fois pas « subventionnés » (ou bien moins) et ils sont les premières victimes des conséquences du changement climatique. Ce sont eux qui s’agitent en plein air sur les chantiers, dans les jardins, comme vendeurs de rue ou gardiens de parking. La législation interdit désormais le travail en extérieur entre midi et 16 heures, mais il n’est pas rare de constater que son respect laisse à désirer. Il suffit de se promener dans Koweït City pour observer des ouvriers du bâtiment œuvrant à toute heure de la journée, cherchant l’ombre d’un mur ou d’un échafaudage.

« Vu les systèmes de sous-traitance en cascade et la réglementation sur les permis de séjour qui régissent les relations de travail au Koweït, personne n’ose jamais se plaindre », confie Omar, le représentant d’un collectif (informel) d’ouvriers égyptiens sur le site d’un futur gratte-ciel de la capitale. « Personne ne recense leur nombre, mais il y a des centaines de morts chaque année sur les chantiers : des accidents bien sûr, mais aussi beaucoup d’ouvriers qui décèdent de coups de chaleur. On nous dit : il est mort de crise cardiaque parce qu’il était de faible constitution ou de déshydratation parce qu’il n’a pas assez bu, mais nous savons très bien que ce sont les conditions de travail avec la température qu’il fait ! »

Contrairement à ce que l’on pourrait penser en se fiant aux images spectaculaires de grimpeurs himalayens décédés lors d’une ascension ou en se focalisant sur les efforts déployés pour aider les SDF en hiver, on meurt assez peu de froid dans le monde aujourd’hui. Il suffit de protéger son corps du contact avec l’air et le sol en rajoutant des couches de vêtements et de se mouvoir pour échapper à l’hypothermie. La chaleur, en revanche, est un « tueur silencieux », qui provoque des dizaines voire des centaines de milliers de décès chaque année, mais que l’on a du mal à comptabiliser.

Même nu, même à l’ombre, même sans bouger, même avec de l’eau en quantité suffisante, si la température élevée ne baisse pas et si l’on n’a pas accès à une pièce relativement fraîche, la mort approche en quelques heures. Dans ces circonstances, la solution actuelle à une telle situation – la climatisation – ne fait que contribuer au problème, aggravant les causes du changement climatique. Avec toutes ses réserves de pétrole, le Moyen-Orient est directement confronté à ce paradoxe : sa richesse des soixante-dix dernières années condamne sa vie sur place dans les cinquante prochaines.

 

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 05:37
PCF - SALAH HAMOURI : Un an de détention arbitraire pour notre concitoyen, défenseur des prisonniers politiques palestiniens, que les autorités françaises ont abandonné à leur sort

Le 23 août 2017, Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, était arrêté par l'armée israélienne chez lui aux premières heures du jour. Depuis lors, et sans qu'aucune charge d'accusation ne puisse être étayée d'aucune preuve puisque Salah Hamouri n'est « coupable » que d'être le défenseur de prisonniers politiques palestiniens, sa détention a été arbitrairement maintenue par les autorités israéliennes.

Salah Hamouri reste en prison sous le coup d'une détention administrative, pratique illégale, inhumaine, qui ne vise qu'à décourager toute résistance à l'occupation et la colonisation israéliennes des territoires palestiniens au mépris des résolutions de l'ONU et du droit international. En mai dernier, le groupe de travail du Conseil des droits de l'homme des Nations unies a pourtant estimé que l'avocat franco-palestinien devait être libéré sur le champ. Mais le gouvernement de Benjamin Netanyahu persiste dans la violation des droits humains, aidé en cela par la torpeur d'un gouvernement français dont le président ne cesse de ménager son « cher Bibi ».

Dans le monde entier, et en Israël même, de plus en plus de voix s'élèvent pour exprimer leur indignation devant une politique qui bafoue le droit international, piétine toute chance de paix juste et durable, multiplie les actes de guerre contre la population civile et promeut la mise en place d'Etat d'apartheid en Israël. La libération récente de la jeune Ahed Tamimi, militante pacifiste et non-violente, démontre cependant que les mobilisation et la solidarité internationale portent leur fruit.

Le président et le gouvernement français ne peuvent décemment plus se voiler la face et continuer de prôner une prétendue retenue devant le gouvernement d'extrême droite israélien. Israël bombarde chaque jour la population de Gaza faisant de nombreuses victimes parmi lesquelles beaucoup d'enfants ; son armée cible maintenant les personnels médicaux qui viennent au secours des blessés. Des artistes sont arrêtés et emprisonnés pour leurs opinions, le centre culturel Said Al-Mishal a même été détruit par une attaque aérienne israélienne le 9 août dernier. Israël détient à ce jour 5820 prisonniers politiques palestiniens dont 446 en détention administrative, 270 enfants (dont 50 de moins de 16 ans) et 5 députés de l'Assemblée législative palestinienne parmi lesquels Marwan Bargouthi.

Le Parti communiste français demande à nouveau expressément au gouvernement français et à Emmanuel Macron d'agir pour la libération immédiate de Salah Hamouri, notre concitoyen, dont la justice israélienne est bien incapable d'établir une quelconque culpabilité. Le PCF continuera d'agir et de joindre sa voix à celles de toutes ceux et celles qui luttent pour une paix juste et durable entre Israélien-ne-s et Palestinien-ne-s, pour la reconnaissance de l'Etat palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale conformément aux résolutions de l'ONU, pour l'abrogation de la loi d'apartheid adoptée cet été été à la Knesset, pour la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens, pour le droit au retour des réfugiés et l'arrêt du blocus et des bombardement de Gaza : c'est le seul chemin véritable pour une paix juste et durable entre Palestinien-ne-s et Israélien-ne-s.

 

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23 août 2018 4 23 /08 /août /2018 06:58
Salah Hamouri, embastillé depuis un an par Israël de manière totalement arbitraire - Pierre Barbancey, L'Humanité, 23 août 2018

 L’avocat franco-palestinien est en détention administrative, renouvelée dans l’opacité la plus complète quant au fond du dossier. Les autorités françaises n’ont toujours pas demandé officiellement sa libération.

Quel triste anniversaire. Aujourd’hui cela fait exactement 365 jours que l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri a été arrêté à son domicile de Jérusalem-Est. Un an qu’il croupit dans une geôle sans savoir ce qu’on lui reproche et sans qu’aucun procès soit prévu.

C’était le 23 août 2017. Alors que le soleil se levait à peine, plusieurs Jeep se sont positionnées devant son immeuble puis des soldats en sont descendus pour arrêter le jeune avocat de 33 ans. À l’issue d’un interrogatoire d’une vingtaine de minutes, il est présenté devant un juge, qui décide de l’incarcérer pendant 5 jours, officiellement le temps de l’enquête. Une enquête qui concernerait son appartenance à une « organisation ennemie ». Sous ce vocable, les autorités israéliennes désignent tous les partis ou associations, palestiniennes et même israéliennes, qui combattent l’occupation. Pour Salah Hamouri s’ajoute, bien sûr, son activité au service des prisonniers palestiniens en tant que juriste, au sein de l’association Addameer.

La machine judiciaire israélienne va alors très vite s’emballer. Sans doute parce que le dossier concernant notre compatriote est tellement vide qu’il est impossible pour le gouvernement israélien de rendre publiques de quelconques charges. Le 29 août, il est présenté devant un juge de la cour de Jérusalem, qui décide tout d’abord de le placer en résidence surveillée pour 20 jours, sans qu’aucune des accusations soit révélée, contenues dans un « dossier secret ». Le magistrat lui interdisait également l’entrée à Jérusalem ainsi que toute sortie du pays pendant 3 mois. Et puis, l’ordre émanant du ministre de la Défense, l’extrémiste Avigdor Lieberman, tombait : placer Salah Hamouri en détention administrative. Soit six mois renouvelables au bon gré du ministre. Celui-ci ne s’en est pas privé. À l’issue des six mois, un nouvel ordre de détention administrative était promulgué pour quatre mois. Et comme si cela n’était pas suffisant, Salah Hamouri écopait ensuite de trois nouveaux mois.
La France doit exiger la libération immédiate de Salah

La détention administrative est une arme redoutable toujours brandie par Israël comme une mesure visant à assurer la « sécurité » de l’État. En réalité, il s’agit d’un artifice pour contourner la voie judiciaire et dénier à l’accusé toute possibilité de défense puisque les charges ne sont pas mentionnées et demeurent contenues dans un dossier secret. Selon l’association Addameer, près de 450 Palestiniens seraient incarcérés à ce titre sur un total de plus de 6 100 prisonniers politiques (dont 62 femmes et 320 mineurs). Certains le sont depuis des années.

Salah Hamouri va-t-il enfin être libéré à la fin du mois de septembre ? Rien ne l’indique si rien n’est fait d’ici là. Des milliers de personnes, en France, se sont mobilisées pour obtenir sa libération. Des personnalités de tous horizons politiques se sont exprimées (lire ci-contre). Pourtant, le gouvernement français – et singulièrement le président de la république – continue à faire profil bas. Il aura fallu l’intervention de députés du PCF et de FI pour que le nom de Salah Hamouri résonne au sein de l’Assemblée nationale. Interrogé par l’Humanité, le ministère des Affaires étrangères avait indiqué qu’Emmanuel Macron avait abordé le cas de Salah Hamouri avec Benyamin Netanyahou. Visiblement sans effets, la discrétion affichée ne servant que l’arbitraire israélien. Elsa Hamouri, l’épouse française de Salah, qui est interdite de territoire israélien, ne comprend pas ce silence des plus hautes autorités de l’État et demande qu’enfin la France exige publiquement la libération immédiate et sans conditions de son mari. Pour que Salah Hamouri puisse prendre dans ses bras son fils qu’il n’a pas vu depuis maintenant quinze mois.
Pierre Barbancey

Salah Hamouri, embastillé depuis un an par Israël de manière totalement arbitraire - Pierre Barbancey, L'Humanité, 23 août 2018
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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 05:57
DISPARITION. URI AVNERY, PIONNIER DU PACIFISME ISRAÉLIEN (L'Humanité et AFPS)
DISPARITION. URI AVNERY, PIONNIER DU PACIFISME ISRAÉLIEN
Mardi, 21 Août, 2018

Le journaliste, le premier de son pays à interviewer Yasser Arafat, est décédé hier à 94 ans. Il avait participé à la création du Bloc de la paix.

Il prônait fermement une solution à deux États, seule manière, selon lui, d’assurer la paix à Israël, et le droit au retour des Palestiniens. Le pacifiste israélien Uri Avnery s’est éteint, hier, à l’âge de 94 ans. Journaliste, il avait été le premier citoyen de son pays à réaliser un entretien avec le leader de l’Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, en juillet 1982 à Beyrouth, encerclée par l’armée d’Israël. Il était alors interdit aux Israéliens de rencontrer des « terroristes ».

Né en 1923 en Allemagne, il avait émigré en Palestine, alors une colonie britannique, en 1933, après l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir. À l’âge de 15 ans, il s’engage dans l’Irgoun,...

 

Voici l'hommage que l'AFPS consacre à Uri Avnery: 

Uri Avnery, pionnier de la lutte anticoloniale en Israël, nous a quittés

http://www.france-palestine.org/Uri-Avnery-pionnier-de-la-lutte-anticoloniale-en-Israel-nous-a-quittes

Uri Avnery vient de nous quitter mais il restera dans l’histoire comme un des pionniers en Israël qui ont tracé la voie vers une paix véritable, une paix fondée sur la reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien.

Dans son enfance juive en Allemagne, il avait été marqué par la montée du nazisme et de l’antisémitisme. Sa famille ayant émigré en Palestine, il s’engage dans un des groupes sionistes les plus extrêmes, l’Irgoun, mais il le quittera bien vite. Son expérience militaire lui fera prendre conscience de l’existence du peuple palestinien, et il en sortira convaincu qu’il n’y aura pas de paix sans que ce dernier se voie reconnaître ses droits.

Toute sa vie ensuite, il n’aura de cesse de se battre pour que le peuple palestinien ait son propre État, combat qu’il mènera en tant que journaliste mais aussi en tant qu’homme politique, puisqu’il avait été élu à la Knesset en 1969.

A une époque où il était interdit en Israël d’entrer en contact avec l’OLP, il brave courageusement cette mesure en rencontrant un émissaire de Arafat en 1974. Depuis, il rencontrera ce dernier à plusieurs reprises, notamment en 1982 en pleine guerre du Liban, où il ira l’interviewer dans Beyrouth assiégée. En 1994, il fondera l’organisation anticolonialiste Gush Shalom, qui plaidera en particulier pour le droit au retour des réfugiés palestiniens.

Dans une société israélienne à la dérive avec un gouvernement d’extrême-droite qui l’emmène vers des jours bien sombres, l’optimisme indestructible d’Uri Avnery manquera beaucoup.

L’AFPS salue cet homme qui a montré le chemin vers une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, et adresse ses condoléances à sa famille.

 

Le Bureau national de l’Association France Palestine Solidarité

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 06:00
Alexis Tsipras et Pierre Laurent (photo Le Figaro)

Alexis Tsipras et Pierre Laurent (photo Le Figaro)

Maintenant, laissez la Grèce se reconstruire ! Communiqué de Pierre Laurent

La Grèce sort aujourd’hui officiellement de son 3e plan d’« aide », après 8 ans de mesures d’austérité qui ont appauvri les travailleurs.ses et les familles et fait chuter le PIB du pays de 25 % pour protéger les arrières de la finance.

Alors qu’une page peut se tourner, déjà Pierre Moscovici et autres acteurs de la troïka, déclarent que « La fin du programme n’est pas la fin des réformes », sous entendant que les partenaires européens et créanciers de la Grèce ne laisseront pas les mains libres à Alexis Tsipras ; lequel a annoncé un programme de reconstruction de l’État social et de redressement productif.

L’extorsion en juillet 2015, par l’Eurogroupe, à une Grèce asphyxiée financièrement, d’un memorandum d’austérité et d’une mise sous tutelle du pays, était une grave faute politique aux conséquences lourdes pour l’ensemble de l’Europe. Cette négation de la souveraineté populaire, cette humiliation, aura servi à n’en pas douter la progression de l’extrême droite sur tout le continent.

Aujourd’hui, je le dis solennellement au gouvernement de la France, à ceux de la zone euro et aux institutions financières : plus jamais ça ! Maintenant, laissez la Grèce se reconstruire.

Paris, le 20 août 2018

Maintenant, laissez la Grèce se reconstruire (Pierre Laurent, 20 août 2018)
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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 05:46

 

7 septembre 1950 , nom de code : « Opération Bolero-Paprika ». Une rafle du gouvernement Pleven, socialistes et « radicaux » entre autres, contre les « communistes étrangers » réfugiés en France... essentiellement espagnols.

Les guérilleros... A la Libération, nombre d’entre eux furent décorés pour leur contribution à la victoire sur le nazisme. Mais pour eux, guérilleros antifascistes espagnols, pas d’euphorie ; la guerre n’était pas terminée. La lutte frontale pour chasser Franco, ils la poursuivaient... Et seuls. Quasiment seuls. Le parti communiste d’Espagne, le front « Union Nationale » (UNE) et la « Agrupación de guerrilleros españoles (AGE-UNE-FFI)  », préparaient l’opération armée « Reconquista » (« Reconquête ») de l’Espagne. Bouter Franco à la mer ! Le contexte, celui de la victoire sur le fascisme, selon le PCE , s’y prêtait. L’initiative n’était donc pas insensée. Son échec a servi cependant à régler de nombreux comptes, internes et externes au PCE. « Il n’existe à ce jour, aucun document, aucun témoignage de l’époque, attestant du désaccord de quelque dirigeant communiste (espagnol) que ce soit avec l’opération»[1].

 

OPERATION « RECONQUISTA »

 

Du 19 au 29 octobre 1944, 3000 guérilleros espagnols pénètrent en Espagne, au Val d’Aran, qu’ils occupent. A « l’attentisme », à la « stratégie diplomatique » , les guérilleros opposent « le volontarisme ».

Les gouvernements français, anglais et américain, considèrent, eux, que « l’Espagne ne les concerne pas », et ils se drapent dans une sorte de nouvelle « non-intervention », en réalité tout à fait interventionniste. Les combattants antifascistes espagnols se retrouvent une nouvelle fois lâchés par les « démocraties occidentales » et même persécutés, des deux côtés de la frontière. Non seulement ils entrent au Val d’Aran dans de mauvaises conditions, mais on les abandonne, et on poursuivra même ultérieurement des militants qui ont pris pourtant leur part de sang à la Libération du pays qui les expulse. L’échec des « invasions » militaires provoque dans le PCE (et hors PCE) d’interminables controverses et manipulations.

 

Santiago Carrillo « en profite » pour écarter de la direction l’homme de la reconstruction autonome du PCE, dès le début de 1939, et artisan de l’Union Nationale Espagnole, Jesús Monzón. Deux ouvrages analysent cette période et notamment le rôle de Monzon...[2] La CIA jette de l’huile sur le feu. A posteriori, le 2 décembre 1948, elle le confirme en publiant un rapport dans lequel elle affirme que la direction du PCE aurait délibérément envoyé au casse-pipe les meilleurs des guérilleros »[3]. Des historiens avaient déjà plus ou moins suggéré cette hypothèse, non établie, propagandistique, et relevant plutôt d’une « littérature du ressentiment »[4].

La situation internationale a pesé dans l’échec... Dès mai 1944, un message de Churchill indiquait : l’ESPAGNE, affaire des Espagnols. Au moment où les guérilleros pénètrent, une note des RG indique que « Franco a le soutien de la presse occidentale et des Anglo-Américains »[5].

 

COMPRENDRE LE CONTEXTE

 

La résistance postérieure à 1945 était en Espagne majoritairement communiste ; (quelques groupes libertaires s’organisèrent en maquis surtout urbains), mais le PCE était le seul parti espagnol à porter cette ligne de lutte armée insurrectionnelle antifranquiste ; et il l’abandonnera en 1948. Sur « ordre » de Staline, a-t-on trop souvent écrit. Rien à ce jour ne permet de le fonder vraiment. Le PCE a « infiltré » des centaines de militants armés en Espagne, dans le cadre de sa stratégie de « Reconquista », d’insurrection nationale...

 

Dès l’automne 1944, les autorités françaises déclarent la frontière « zone interdite ». Le 27 juillet 1945, elles en éloignent les guérilléros, afin qu’ils ne puissent plus la franchir. Le capitalisme espagnol soutient plus que jamais son camp, qu’il a grassement financé : la dictature . Et Franco, « sentinelle de l’occident », multiplie les gages envers la France  (et vice-versa), pour un rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays.

 

Les brigades de guérilleros, dissoutes le 31 mars 1945 par le  gouvernement provisoire de libération, pour s’en débarrasser, deviennent des « bataillons de sécurité ». Par la suite, De Gaulle invitera les guérilleros espagnols à partir combattre en Indochine, dans une sale guerre coloniale.

 

Au pied des Pyrénées, pour beaucoup d’ antifascistes espagnols d’alors, la « Guerre froide » commence dès l’automne 1944. Objectif principal des « Alliés »: isoler le PCE, consolider plus ou moins discrètement Franco. Le PCE a construit en France un appareil clandestin, (surveillé de près par la DST) pour soutenir ses « maquis » de l’intérieur : guérilleros, passeurs, agents de liaison, dépôts d’armes... Franco souhaite normaliser rapidement les relations avec Paris, à condition que la France « nettoie » le grand sud-ouest, en élimine les « rouges », présentés en Espagne comme exagérément influents en France. Depuis 1948, les rapports se dégèlent lentement entre la dictature franquiste et le gouvernement français. La « Guerre froide » va faire du communisme le mal absolu. « L’opération Boléro-Paprika  va porter un coup sérieux au PCE mais au-delà, aux autres organisations antifascistes, à la France progressiste et à la cause républicaine, qui n’avait pas besoin de cela...

Le gouvernement français (22 ministres) socialistes et radicaux, (on dirait aujourd’hui de « centre-gauche »), en place depuis juillet 1950 et présidé par René Pleven, réprime sans ménagement les grandes grèves ouvrières... Le gouvernement comporte 9 ministres MRP, 8 Radicaux dont Edgar Faure, 4 PRL (Antoine Pinay) trois UDSR Union Démocratique, socialiste, de la Résistance. (Pleven, Mitterrand (secrétaire d’Etat), Claudius Petit ), etc.

Le 7 septembre 1950, à 5h du matin, commence brutalement « l’Opération Boléro-Paprika » ; des portes volent en éclats. A l’aide de gros moyens, la rafle apparaît comme l’une des plus importantes de la « Guerre froide »[6] L’Opération Boléro-Paprika vise des dizaines de militants exilés en France, communistes espagnols (« boléro ») 13 Italiens, et quelques autres militants d’Europe de l’est : 59 Polonais, 4 Roumains, 14 Soviétiques (« Paprika »)... Au total la rafle, cette page noire, cette honteuse persécution de « héros », sépare des familles, accentue la dureté des conditions de vie de l’exil et des « doublement déportés » (une soixantaine en Corse)... Capturés, 288 militants (selon les archives policières) dont 177 communistes espagnols, sont déportés, placés en résidence surveillée, en Corse (61), en Algérie, et même en « Allemagne de l’Est », en Tchécoslovaquie, assignés à résidence, ou en France métropolitaine, par décret (toujours pas abrogé), loin de chez eux. Ces anciens guérilleros font valoir leurs états de service... Rien ne dissuade Paris. Les intérêts de classe priment sur tout le reste. La « Guerre froide » percute de plein fouet un exil très investi contre Franco...

La presse espagnole, « Arriba », « La Vanguardia »... exulte. Peu avant l’opération, le PCE et le PSUC (communistes catalans) et leurs organisations féminines, de jeunesse, syndicales... proches, leurs journaux et publications : « Mundo Obrero », « Lluita » (organe du PSUC), « Nuestra Bandera » (revue théorique), « El Obrero español », « Solidaridad española » avaient été interdits le 26 août et le premier septembre les organisations communisantes illégalisées.

 

La plupart des hauts dirigeants du PCE (Líster, Carrillo, Claudín, Mije, Uribe, Antón, Luis Fernández...)° échappent à l’arrestation. La direction communiste du puissant PCF parvint à les informer afin qu’ils puissent se cacher...

 

(fin de la première partie)

 

 

[1] « Rouges. Maquis de France et d’Espagne. Les guérilleros », coord Jean Ortiz, Biarritz, ed. Atlantica, 2006, p. 260

 

[2] AZCARATE, Manuel (ancien dirigeant communiste) « Derrotas y esperanzas... », Tusquets ed., Barcelona, 1994) et MARTORELL, Manuel, (journaliste et historien) Jesús Monzón, el líder comunista olvivado por la historia » (Pamiela ed., Pamplona, 2000)

 

[3] Rapport CIA, 2/12/ 1948, Barcelona, La Vanguardia, 17/11/2005

 

[4] ARASA, Daniel, “Años 40: los maquis y el PCE”, Barcelona, ed. Argos Vergara, 1984, MORÁN, Gregorio, “Miseria y grandeza del PCE, 1939-1985”, Barcelona, ed. Planeta, 1986

 

[5] Note des RG, Préfecture des Basses Pyrénées, 2 oct. 1944, n 5249, Pau, ADPA, 1031W237

 

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20 août 2018 1 20 /08 /août /2018 06:05
Un homme de bonne volonté - La réaction du PCF au décès de Kofi Annan - 10 août 2018

La réaction du PCF au décès de Kofi Annan – 20 août 2018

Disparu à l'âge de 80 ans, Kofi Annan laissera le souvenir d'un homme de bonne volonté. A l'heure des adieux, les communistes s'inclinent devant sa mémoire, et adressent à sa famille et ses proches leurs condoléances.

Né au Ghana dans une famille aisée, Kofi Annan fit ses études supérieures aux Etats-Unis d'Amérique et en Suisse avant de consacrer sa carrière à la diplomatie au sein de l'Organisation des nations unies, convaincu de l'universalité des droits de l'homme et des vertus du multilatéralisme onusien.

Kofi Annan dut son élection au poste de Secrétaire général en 1997 à l'appui des Etats-Unis mais il sut, en 2003, se dresser, avec d'autres -et avec des dizaines de millions de femmes et d'hommes manifestant partout dans le monde- contre la guerre engagée par les EU en Irak, et dont nous ne finissons pas de vivre les conséquences désastreuses.

Profondément humaniste, Kofi Annan mit, en recevant le prix Nobel de la paix du Centenaire en 2001, des mots sur sa vision de l'état du monde : « Nous sommes entrés dans le troisième millénaire par une barrière de feu. Si aujourd'hui, après l'horreur du 11 septembre, nous réussissons à voir mieux et plus loin, alors nous comprendrons que l'humanité est indivisible » et « nous lie aussi bien dans le malheur que dans la prospérité ».

Ne parvenant à se départir du lourd contexte de domination occidentale, l'action de Kofi Annan aux nombreuses responsabilités qu'il exerça au sein de l'ONU se solda aussi par des échecs, comme au Rwanda, qui restèrent pour lui-même des blessures profondes.

De tradition économique purement libérale, Kofi Annan est également celui qui fit entrer le loup dans la bergerie avec le Pacte mondial, présenté au Forum de Davos en 2000, faisant la part belle aux firmes transnationales et au secteur privé, banalisant le lobbying et entraînant un processus de « privatisation » sous les auspices de la domination des grandes puissances, Etats-Unis en tête. Ce processus mit un frein considérable à la notion même de responsabilité sociale des entreprises dont on voit bien de nos jours, en matière de lutte contre le réchauffement climatique pour seul exemple, les effets nocifs.

Par ailleurs, la réforme du fonctionnement de l'ONU impulsée par le 7e secrétaire général sous l'étiquette de « bonne gouvernance », fort prisée des milieux dirigeants au cours des années 1990-2000, revint pour l'essentiel à imposer des méthodes managériales du secteur privé à la fonction publique et à lui confier des pans entiers des missions de l'ONU sans pour autant rendre plus efficientes les organisations elles-mêmes.

L'objectif d'une démocratisation de l'ONU, émancipée de l'influence des puissances dominantes et financières reste entier l'enjeu de l'évolution de l'organisation internationale.

Du passage de Kofi Annan à la plus haute responsabilité de l'ONU, nous voudrions retenir le meilleur : les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et la Déclaration du millénaire de l'ONU, adoptés en assemblée générale en 2000, qui, bien que non atteints 18 ans plus tard, demeurent une boussole pour amorcer un autre avenir, de justice, de progrès et de solidarité, au genre humain.

Parti communiste français
Paris, le 20 août 2018

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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 06:42

COMMUNIQUE DE PRESSE du PCF : Faire cesser les massacres de Yézidis par la Turquie (PCF)

L'Etat turc a perpétré un nouveau massacre, le 15 août 2018, de kurdes de confession yézidie au Sinjar (Irak).

L'aviation turque a bombardé la population du village de Kojo qui rentrait d'une cérémonie d'hommage commémorant la mémoire de 500 victimes de l'Etat islamique en août 2014. A cette date, les Yézidis avaient été victimes d'une tentative de génocide par Daesh et ce avec la complicité d'Ankara qui soutenait alors les organisations djihadistes de la région. Les hommes furent exécutés et les femmes vendues comme esclaves sexuelles. Il avait alors fallu l'intervention du PKK et du PYD pour sauver des milliers d'entre-eux. Cette implication avait été saluée par l'ensemble de la communauté internationale.

Multipliant les revers diplomatiques, le président R.T. Erdogan s'est lancée dans une politique expansionniste afin d'éliminer les Kurdes. Les troupes turques ont annexé illégalement l'enclave de Djarabulus et le canton kurde d'Afrin (Syrie) dans lesquels des djihadistes de tous horizons ont trouvé refuge commettant de nombreuses exactions. La Turquie s'en prend désormais au Kurdistan d'Irak, multipliant les implantations de bases militaires et les bombardements de civils en dépit des protestations de l’État irakien.

Le Parti communiste français condamne fermement ces bombardements, et exprime sa solidarité avec les Kurdes d'Irak et notamment les Yézidis. Il serait temps que la communauté internationale mette un terme à cette guerre permanente que mène la Turquie contre les Kurdes, à cette politique d'expansion territoriale qui viole l'intégrité des États et le droit international, ajoutant de la déstabilisation dans une région déjà meurtrie par la violence.

Emmanuel Macron et Angela Merkel ont choisi ce moment pour annoncer le renforcement de leurs relations économiques avec la dictature de R.T. Erdogan, témoignant de leur capitulation devant un régime qui piétine les droits humains les plus élémentaires. L'histoire se souviendra de cette compromission.

Paris, le 17 août 2018.

Communiqué du PCF: Faire cesser les massacres de Yézidis par la Turquie (17 août 2018)
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18 août 2018 6 18 /08 /août /2018 05:36

 

Les investisseurs internationaux mettent le grappin sur les terres cultivables de la planète. Dans des pays où il n’y a pas de droits de propriété solidement établis, ces achats se traduisent pour les paysans par des expulsions pures et simples.

L’achat de terres par des investisseurs étrangers est l’une des nouvelles formes de la mondialisation. Ce phénomène a pris une ampleur particulière après le boom des prix agricoles de 2007-2008. On parle d’accaparement des terres et en anglais de « land grabbing », un terme plus critique, qui implique l’idée de mainmise.

Une grande opacité entoure les accords et il est donc difficile de mesurer l’ampleur exacte du phénomène. Les deux sources disponibles – soit la base de données Land Matrix établie par l’International Land Coalition et celle de l’ONG Grain – convergent pour estimer que la surface concernée est de l’ordre de 30 à 37 millions d’hectares (soit entre 300 000 et 370 000 km2).

MONDIALISATION. L’ACCAPAREMENT DES TERRES, ENTRE MONOPOLY ET COLONISATION (L’HUMANITE - JEUDI 9 AOUT 2018 – MICHEL HUSSON)

UN ENCHEVÊTREMENT OPAQUE DES INVESTISSEMENTS

Les données de Land Matrix montrent le caractère très généralisé du phénomène. À peu près tous les pays – hormis ceux d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest – sont concernés comme « receveurs ». Mais, et c’était a priori moins évident de manière intuitive, c’est tout aussi vrai pour les pays « émetteurs ». Cela veut dire qu’il existe des investissements croisés au sein d’une même région du monde, notamment en Afrique. La carte ci-dessous montre la répartition géographique des accords.

Du côté des principaux pays investisseurs, on trouve en tête les États-Unis, avec 8,2 millions d’hectares recensés. La Chine ne vient qu’en quatrième position, après la Malaisie et Singapour. Du côté des pays « receveurs », tous les continents du Sud sont concernés, avec notamment la République démocratique du Congo, le Brésil et l’Indonésie, auxquels il faut ajouter l’Ukraine et la Russie.

Contrairement à une idée reçue, la présence des États-Unis en Afrique est supérieure à celle de la Chine : 3,7 millions d’hectares, contre 2,5 millions. Cependant, ces données ne rendent pas compte de l’enchevêtrement des investissements ni des spécialisations. C’est ce qui permet sans doute d’expliquer pourquoi le Brésil a vendu 2,4 millions d’hectares à des investisseurs étrangers, mais en détient 3 millions dans d’autres pays.

SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE REMISE EN CAUSE

Certains accords prévoient des investissements d’infra-structure susceptibles d’avoir des effets positifs. Mais dans la majorité des cas, comme le souligne l’International Land Coalition, « le modèle dominant d’acquisition de terres à grande échelle a mis en péril les droits et les moyens de subsistance des communautés rurales ». Rien ne permet d’« invalider l’idée qu’il s’agit de mainmise sur les terres ». Dans des pays où il n’existe pas de droits de propriété solidement établis, où les autorités locales ont un intérêt direct à passer un deal avec les multinationales, les achats de terres se traduisent souvent par des expulsions

En 2016, une coalition internationale d’ONG a publié le rapport « Terres communes : sécuriser les droits fonciers et protéger la planète ». Il souligne que « les peuples autochtones et les communautés locales protègent la moitié des terres du globe, mais n’en possèdent formellement que 10 % ». Ce sont donc 2,5 milliards de personnes qui sont « menacées par la faim et la pauvreté si leurs droits fonciers ne sont pas protégés ». La campagne Land Rights Now appelle au doublement de la surface des terres appartenant aux communautés d’ici à 2020.

L’éviction de l’agriculture paysanne par l’agrobusiness prive les paysans de leurs ressources. Si certains trouvent un emploi d’ouvrier agricole mal payé, la majorité va grossir les rangs des sans-terre qui végètent autour des grandes villes ou bien cherchent à émigrer. Et comme une partie des terres est utilisée à des productions comme les biocarburants ou l’huile de palme, c’est l’autosuffisance alimentaire qui est remise en cause. Sans même parler des effets collatéraux sur l’accès à l’eau, détournée au profit de cultures comme celle du sucre de canne, et de l’impact sur l’environnement.

Le seul point positif est que les mouvements sociaux et les campagnes de soutien ont quelque peu freiné le développement du phénomène et contribué à porter le problème sur la place publique. Enfin, la question concerne aussi un pays comme la France. Une loi contre l’accaparement des terres agricoles a été en partie invalidée par le Conseil constitutionnel sous prétexte qu’elle portait « une atteinte disproportionnée au droit de propriété et à la liberté d’entreprendre. » Un bon résumé !

Site : hussonet.free.fr

Pourquoi acheter des terres ?

 

L’agriculture est devenue un bon placement, que ne négligent pas les multinationales ni même certains grands fonds de pension. Les terres achetées permettent de mener à grande échelle des cultures non alimentaires. Mais les investisseurs peuvent aussi chercher à garantir les sources d’approvisionnement en produits agricoles. La question est alors de savoir si le produit des terres achetées est plutôt destiné à la revente sur le marché mondial ou sur celui du pays investisseur. C’est cette question que se sont posée les auteurs d’une étude récente du FMI. Ils montrent que les achats de terres relèvent plutôt d’un « investissement visant à l’indépendance alimentaire que d’une plateforme de recherche de profit ». Mais ce constat ne change rien au fait qu’il s’agit la plupart du temps d’une spoliation, par ailleurs souvent financée par la Banque mondiale.

michel husson

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