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présentée par Mesdames et Messieurs
Fabien ROUSSEL, Pierre DHARRÉVILLE, Huguette BELLO, Moetai BROTHERSON, Alain BRUNEEL, Marie‑George BUFFET, André CHASSAIGNE, Jean‑Paul DUFRÈGNE, Elsa FAUCILLON, Manuéla KÉCLARD–MONDÉSIR, Sébastien JUMEL, Jean‑Paul LECOQ, Jean‑Philippe NILOR, Stéphane PEU, Gabriel SERVILLE, Hubert WULFRANC,
député·e·s.
Mesdames, Messieurs,
Il a fallu de longues semaines à la France pour se rendre à l’évidence : oui, le port du masque de protection partout et pour tous est bien indispensable en cas de pandémie grave d’un virus empruntant les voies respiratoires.
C’est ce qu’a confirmé l’Académie nationale de médecine dans un communiqué publié le 2 avril.
« Il est établi que des personnes en période d’incubation ou en état de portage asymptomatique excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. En France, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur ». Message reçu par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) qui préconise à son tour, dans un avis diffusé le 24 avril « de rendre obligatoire le port d’un masque grand public dans les établissements recevant du public, dès lors que la distance physique d’au moins 1 mètre ne peut être garantie ou s’il y a un doute sur la possibilité de l’organiser et la respecter ».
Le 28 avril, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre définit les conditions d’obligation du port du masque : « S’il ne sera pas obligatoire dans la rue, par exemple, il le sera dans les transports en commun. On parle là essentiellement des masques en tissu, ceux chirurgicaux et FFP2 restant réservés en priorité aux professionnels de santé. » La machine est lancée. Fin mars, la France a passé une commande à la Chine d’un milliard de masques « grand public » pour se mettre en ordre de bataille.
Au‑delà des problèmes d’approvisionnement, la question qui se pose est celle de la santé publique.
D’un côté, les scientifiques recommandent le port du masque pour rompre la chaîne de circulation du virus et de l’autre, il est obligatoire dans de nombreuses situations, sous peine d’amende.
Si le port du masque n’est pas l’unique moyen de lutter contre la propagation du virus, il est donc reconnu comme un outil important et même nécessaire.
Ce constat étant posé, l’accès aux masques n’est pas aisé. L’offre n’est pas encore au niveau de la demande et le coût en reste élevé.
Début avril, la région Île‑de‑France s’est fait souffler un marché au dernier moment, victime d’une offre américaine à un prix trois fois supérieure à celui annoncé. Pire encore, le 7 mai, plusieurs communes de Seine‑Saint‑Denis se sont fait dérober, à la frontière espagnole, une commande de 500 000 masques en tissu, d’une valeur de 112 000 euros.
Fortement sollicitée par les états du monde entier, la production chinoise est sous tension. Avant la crise sanitaire, la Chine fabriquait vingt millions de masques par jour. Fin mars, la France en a commandé un milliard, soit, en temps normal, deux mois de production chinoise, uniquement pour notre pays ! C’est‑à‑dire seulement pour 67 millions d’habitants, sur 400 millions d’Européens, auxquels s’ajoutent 350 millions d’Américains. Même si elles ont fait monter leur production jusqu’à 120 millions de masques par jour, impossible pour les usines chinoises de couvrir la demande mondiale.
Un véritable marché noir s’est alors ouvert autour des masques chirurgicaux. Depuis la réquisition des stocks par l’État, plusieurs affaires de ventes illégales de masques ont été traitées par la police et la justice. Ainsi, 32 500 masques ont été saisis dans un entrepôt de Saint‑Ouen (Seine‑Saint‑Denis), 28 800 dans une boutique de grossistes chinois à Aubervilliers, 20 000 chez un particulier du XIXe arrondissement et autant chez une gérante d’agence de voyages du XIIIe arrondissement… Début avril, le parquet de Paris indiquait avoir ouvert une quinzaine d’enquêtes pour des faits similaires.
Pénurie de masques, mauvaise gestion, acheminement chaotique ont parfois mis les collectivités en concurrence et ont eu de lourdes conséquences dans les secteurs de la santé et du médico‑social. Si le milieu hospitalier, et les Ehpad ont été particulièrement touchés, de nombreux cabinets ont dû fermer, entraînant de grosses difficultés pour les personnels mais également des retards, voire des renoncements aux soins pour des milliers de personnes. À titre d’exemple, 5 % seulement des cabinets dentaires sont restés ouverts dans notre pays, alors qu’en Allemagne, ils étaient 85 % !
Dans un tel contexte, l’obligation de porter un masque dans les transports en commun n’impacte pas tous les Français et toutes les Françaises de la même façon. La crise économique, qui s’ajoute à la crise sanitaire, ne les affecte pas à égalité. Elle prive d’emploi ou place en chômage partiel plus de 12 millions de personnes depuis la mi‑mars. Malgré les soutiens de l’État, 31 % des Français·es déclarent que leurs revenus personnels en sortent amoindris, selon une enquête de l’Institut Kantar, réalisée mi‑avril. Or avant même l’irruption du covid‑19 dans leur quotidien, un tiers des ménages peinait déjà à joindre les deux bouts.
Si le Gouvernement a bien plafonné le prix de vente des masques chirurgicaux dans la grande distribution, ce prix, selon des enquêtes conduites par les associations de consommateurs, a déjà été multiplié par 6 ou 7 depuis le 15 mars dernier dans les autres circuits de vente.
Une boite de 50 masques chirurgicaux qui coûtait entre 6 et 7 euros dans une pharmacie coute aujourd’hui plus de 40 euros !
Pour un couple avec deux enfants allant au lycée ou au collège, l’achat des masques pour toute la famille et pour une durée d’un mois représente une somme de 200 euros.
Si pour ce mois de mai, de nombreuses mairies ou collectivités telles que les conseils régionaux, départementaux ou EPCI ont distribué des masques à leurs administré·es, qu’en sera‑t‑il le mois prochain ?
L’État a participé une première fois à l’achat de ces masques en finançant pour moitié les commandes des collectivités mais n’a pas prévu de renouveler cette opération.
À partir du mois de juin, nos concitoyennes et concitoyens devront donc aller acheter leurs masques pour pouvoir se rendre au travail, aller faire leurs courses ou pour rendre visite à des parents sans craindre d’attraper le virus ou de le transmettre.
Seuls ceux qui ont une pathologie grave ont le droit à une prescription médicale et peuvent se faire rembourser l’achat de masque par la sécurité sociale.
Mais pour les autres, pour des millions de foyers, il n’est pas envisageable de consacrer entre 30 et 50 euros mensuels par personne pour se procurer des masques chirurgicaux en nombre suffisant.
D’autant que pour être efficaces, ceux‑ci doivent être changés toutes les quatre heures.
Quant aux masques en tissu, dont le prix varie entre deux et sept euros, ils ne sont lavables qu’un certain nombre de fois. Des initiatives ont été lancées dans beaucoup de communes pour pallier ces difficultés. Et ce n’est pas aux collectivités de prendre en charge un tel enjeu de santé publique.
Il est urgent de mettre fin à cette guerre des masques comme à la contrebande qui va se développer au fil des semaines. La santé de nos concitoyens ne doit pas dépendre de leur pouvoir d’achat. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons que l’État prenne la décision de rendre accessibles les masques à toute la population, au même titre qu’il le fait pour l’accès aux soins et aux médicaments.
Le masque est un instrument de santé
Il doit donc revenir à la sécurité sociale d’assumer la prise en charge des masques à 100 %, pour chacune et chacun de ses assurés.
Cela existe déjà pour des matériels et dispositifs médicaux pris en charge à 100 % par la sécurité sociale, comme les appareillages de type béquille, minerve, attelles, les pansements et autres ustensiles de soins, les prothèses…
Cette dépense, évaluée à 200 millions d’euros par mois, serait imputée, durant toute la durée de l’épidémie, au budget de la branche maladie.
Une telle décision contribuerait, selon la majorité des scientifiques, à un renforcement de la lutte contre la circulation de l’épidémie et par là même, au contrôle des dépenses de santé. La diminution du nombre de personnes infectées allégerait automatiquement la charge supportée par la sécurité sociale et serait source, au final, d’importantes économies.
En pratique, chaque assuré·e aurait droit à un certain nombre de masques grand public et chirurgicaux remboursés par mois, et cela jusqu’à la fin de la pandémie. À défaut de carte vitale, le citoyen pourrait aller retirer auprès de sa caisse d’assurance maladie un bon physique lui ouvrant les mêmes droits, renouvelables chaque mois.
Protéger ainsi, de la façon la plus équitable possible, l’ensemble des Françaises et Français de l’hexagone et des Outre‑mer grandirait notre Nation, dans le respect de nos valeurs républicaines.
Et si les masques 100 % sécu favorisaient un effort de production locale
La présente résolution pourrait enfin inviter la France à être plus volontariste dans la production des masques, afin de participer à l’effort de fabrication et de relocalisation pour répondre aux besoins tant humains qu’environnementaux.
Quelle belle ambition face à une telle pandémie : protéger tous ses citoyens et citoyennes et favoriser en même temps l’emploi en mobilisant ses forces productives !
Loi de finances rectificative pour 2020 : la sincérité de la LPPR à l’épreuve
Cette loi de finances rectificative était la dernière de l’année. Elle consacre un plan de sauvetage de l’économie qui mobilise près de 500 milliards d’euros de dépenses publiques. Elle aurait pu être l’occasion d’apporter une aide budgétaire à l’enseignement supérieur et à la recherche et donner, dès 2020, une transcription budgétaire aux engagements tonitruants du Gouvernement pour un « investissement massif » dans la recherche.
Le Gouvernement avait, par exemple, demandé au Parlement l’autorisation d’organiser un dispositif dérogatoire pour la prolongation des contrats doctoraux et des contrats de recherche. Il avait pris, à de multiples reprises, l’engagement de le financer en abondant le budget des établissements de l’ESR. Cette loi de finances rectificative était donc l’ultime moyen de l’honorer avant la rentrée de septembre. Les amendements proposés en séance ont été écartés par le Gouvernement qui reporte à la fin de l’année l’examen de ce financement.
Pour l’université, le Gouvernement a seulement augmenté de 150 à 200 millions d’euros les moyens budgétaires supplémentaires destinés à la vie étudiante, afin de financer l’annonce du nouveau Premier ministre relative à la restauration universitaire. Néanmoins, ces 200 millions correspondent, à peu près, aux pertes actuelles de trésorerie du CNOUS et ne lui permettront donc pas de financer la nouvelle mesure.
S’agissant des programmes de la recherche, la loi de finances rectificative n’apporte des moyens nouveaux que pour la recherche aéronautique (165 M€) et Bpifrance Financement (40 M€), notamment pour le « plan batterie ». Jusqu’à présent, le seul effort budgétaire du MESRI a été de puiser dans ses crédits mis en réserve pour constituer un fond d’intervention de 50 M€ qui est pathétiquement dérisoire par rapport aux milliards déjà investis par l’Allemagne.
J’ai donc déposé un amendement pour apporter 150 M€ aux opérateurs de la recherche. Le Gouvernement s’y est opposé en déclarant que les moyens nouveaux seront mis en œuvre par la seule LPPR. Le Sénat a majoritairement voté cet amendement. Je me félicite de la sagesse du Sénat dont les membres de plusieurs groupes ont manifesté, lors de ce débat, leur volonté de soutenir la science et les chercheurs. Une commission mixte paritaire se réunira demain matin, 21 juillet. J’espère vivement que le Gouvernement maintiendra cette disposition budgétaire en faveur de la recherche, conformément à ses déclarations politiques.
On peut tirer plusieurs enseignements de ces discussions budgétaires. Tout d’abord que les budgets supplémentaires octroyés par le Gouvernement pour la MIRES ne concernent que l’innovation. La recherche spatiale étant, depuis le remaniement, sous la tutelle du ministère de l’économie, on peut se demander si le MESRI n’est pas devenu un secrétariat d’État placé sous l’autorité du ministère de l’économie !
Ensuite, on comprend, des différentes réponses ministérielles, l’intention du Gouvernement de financer par le budget pour 2021 des mesures qu’il aurait fallu mettre en œuvre dans l’urgence en 2020.
Enfin, la démonstration politique aura été faite de la sincérité du Gouvernement à vouloir réellement augmenter le budget de l’ESR. Comment peut-il affirmer vouloir « investir massivement dans la recherche » et ne pas lui venir en aide l’année de la pandémie ? Comment lui promettre 25 milliards d’euros et ne pas financer la prolongation des contrats doctoraux en 2020 ?
Le 20 juillet 2020, Pierre Ouzoulias.
- Amendement n° 862 (prolongation des contrats doctoraux et de recherche) : rejeté
http://www.senat.fr/enseance/2019-2020/624/Amdt_862.html
- Amendement n° 863 (augmentation crédits vie étudiante) : tombé
http://www.senat.fr/enseance/2019-2020/624/Amdt_863.html
- Amendement n° 864 (augmentation crédits recherche scientifique) : adopté
http://www.senat.fr/enseance/2019-2020/624/Amdt_864.html
- Compte-rendu analytique de la séance : http://www.senat.fr/cra/s20200719/s20200719_0.html#par_2003
- Compte-rendu intégral de la séance (à venir) : http://www.senat.fr/seances/s202007/s20200719/s20200719_mono.html
Mathilde Maillard fait partie des nouveaux élus de la Ville de Brest. Elle est adjointe en charge de la politique du bien vieillir et de l’inclusion des personnes en situation de handicap. (©Côté Brest)

"Emmanuel Macron avait promis à la Nation 'les Jours Heureux', mais rien. Vous ne pensez pas à la prochaine génération mais à la prochaine élection ! On ne ruine pas impunément les espoirs qu’un peuple met dans un 'monde d’après' différent. -
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Déclaration de politique générale de Jean Castex
"Emmanuel Macron avait promis à la Nation 'les Jours Heureux', mais rien. Vous ne pensez pas à la prochaine génération mais à la prochaine élection ! On...
https://www.facebook.com/LesDeputesCommunistes/videos/704095580442546/
L'Azerbaïdjan a lancé depuis trois jours une violente agression contre la République d'Arménie, dans le district de Tovuz. Bakou a, dans cette offensive, déployé de l'artillerie, des chars et des avions sans pilote, détruisant des infrastructures civiles et faisant des victimes. Erevan s'est trouvé dans l'obligation de répliquer.
Si les accrochages sont fréquents à la frontière, ces combats sont les plus graves depuis 2016. Cette attaque est à mettre en lien avec la récente déclaration Ilham Aliev de quitter les pourparlers de paix sur le Haut-Karabakh afin de chercher une solution militaire. Cette région peuplée d'Arméniens a proclamé démocratiquement son indépendance en vue de son rattachement à l'Arménie en 1991 alors que l'Azerbaïdjan s'était engagée dans une guerre terrible aboutissant à une catastrophe humanitaire et dans une politique génocidaire conduisant à des pogroms. Cette nouvelle crise trouve aussi son origine dans la politique brutale et expansionniste que mène la Turquie, principal soutien de l'Azerbaïdjan. Lors d'un récent voyage à Bakou, R.T. Erdogan a poussé à une reprise des affrontements.
L'agression de l'Azerbaïdjan doit cesser immédiatement et il est de la responsabilité de la communauté internationale d'assurer la protection des populations arméniennes afin d'éviter une généralisation du conflit qui pourrait embraser le Caucase. Le peuple arménien a fait la démonstration de son attachement à la liberté et à la démocratie au prix de sacrifices immenses. C'est dans cet esprit que le Parti communiste français a reconnu officiellement la République d'Artsakh comme première étape dans la résolution pacifique du conflit.
Parti communiste français,
Paris, le 15 juillet 2020
Les combats à la frontière nord ont repris hier. À Bakou, le président a menacé de se retirer des négociations.
La journée de trêve de mercredi n’aura pas suffi à calmer les esprits. Jeudi, les affrontements ont repris entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, qui se disputent depuis 1991 la région du Haut-Karabagh, à majorité arménienne.
Depuis le 12 juillet, les échanges de tirs meurtriers à la frontière nord, pourtant éloignée du Haut-Karabagh, ont fait au moins seize morts entre dimanche et mardi. Le ministère arménien de la Défense a affirmé avoir empêché, jeudi à l’aube, une « tentative d’infiltration » et a dénoncé une « violation perfide » du cessez-le-feu, suivie d’un pilonnage des villages d’Aygepar et Movses. Une version qui diffère de celle du ministère azerbaïdjanais de la Défense, qui indique pour sa part qu’ « une unité des forces armées arméniennes a de nouveau tenté d’attaquer nos positions dans le district de Tovouz ».
La Russie, les États-Unis et l’Union européenne ont appelé les deux pays à cesser les hostilités, tandis que la Turquie, qui a un accord de coopération militaire avec Bakou, a apporté son soutien à l’Azerbaïdjan. Entre 1988 et 1994, le Haut-Karabagh a été le théâtre d’une guerre qui avait fait 30 000 morts. L. S.
« Le plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières pour notre hôpital » promis par E. Macron (25 mars 2020), en pleine crise du Covid, a abouti ce lundi 13 juillet à un protocole d’accord venant clore les négociations entre syndicats de la santé et le gouvernement lors du Ségur de la santé initié le 25 mai.
Notons que les véritables négociations ont démarré le 19 juin suite aux fortes mobilisations pour la santé, notamment celles du 16 juin partout dans le pays ; la pression de la rue a permis de faire venir à la table des négociations le ministre O. Véran et de commencer réellement à parler chiffrage et calendrier. De 6 milliards d’€ avancés avant le remaniement ministériel, l’accord définitif pour la revalorisation des carrières et les rémunérations se chiffre à 7,5 milliards d’€ grâce à, dixit les médias, l’intervention du nouveau premier ministre !
Effort colossal ! Du jamais vu ! clame O. Véran, laissant ainsi penser que le gouvernement consent un sacrifice à l’égard des salarié·e·s des hôpitaux et des Ehpad. Pourtant, depuis 2 ans dans toutes les mobilisations et unanimement on entend les mêmes revendications : des moyens humains et financiers pour l’hôpital public et les Ehpad. « Les revalorisations salariales on nous les doit depuis une dizaine d’années», disent les hospitaliers, leurs syndicats et les collectifs, arguant le gel du point d’indice (unique levier d’augmentation des salaires dans la fonction publique) depuis 10 ans et les salaires extrêmement bas par rapport aux autres pays européens.
Seuls 3 syndicats ont signé ce protocole d’accord (CFDT, FO et UNSA) qui devrait se traduire par une augmentation de 183 € en 2 temps pour le personnel non-soignant des hôpitaux publics et privés et des Ehpad ; les médecins ayant eux obtenu 450 millions d’€ pour leurs revalorisations salariales. Cela représente certes une petite avancée, au regard du régime de disette appliqué depuis des années à l’hôpital public, mais c’est loin des revendications unanimes des personnels hospitaliers réclamant une augmentation de 300 € net par mois ! La CGT, non signataire à ce jour et qui entend consulter sa base, souligne la supercherie de ce protocole qui « reprend d’une main ce qu’il octroie de l’autre ». En effet, elle évoque la dégradation des conditions de travail qui accompagne cet accord, avec l’intensification des rythmes de travail, l’autogestion des plannings et des absences par les personnels c’est-à-dire gestion de la pénurie des effectifs par des auto-remplacements, la contractualisation individuelle des heures supplémentaires et une refonte des régimes indemnitaires, sans compter un accord intéressement contraire à l’éthique du service public.
Nous ne pouvons accepter ce énième plan pour l’hôpital qui ne s’appuie pour l’instant que sur les seules rémunérations, élément certes important, mais qui ne dit pas un mot sur la fin des fermetures de lits et de services, la fin des restructurations, l’embauche massive de personnel (100 000 pour les hôpitaux et 100 000 pour les Ehpad) indispensables pour un service public de la santé digne du 21e siècle. L’annonce du gouvernement, non écrite pour l’instant, de 15 000 postes supplémentaires - en réalité 7 500 car 7 500 sont déjà créés, donc déjà budgétisés mais non pourvus - est loin du compte ! La fuite des personnels qui est dramatique aujourd’hui risque de s’intensifier si les conditions de travail se détériorent encore.
Nous pouvons légitimement nous poser la question si ce n’est pas le but ultime de ce gouvernement, qui, à aucun moment, ne s’est engagé sur la fin des fermetures de lits, services ou établissements !
Autre incertitude concernant le financement de cet accord : fera-t-il l’objet à la rentrée d’un PLFSS rectificatif (que nous réclamons avec nos parlementaires depuis le début de l’été) ou sera-t-il budgétisé lors du PLFSS 2021 à l’automne avec des moyens nouveaux pour la Sécurité sociale ou des redéploiements ? Cela dans un contexte de réduction généralisée de ses moyens d’intervention (41 milliards d’euros de dépenses supplémentaires non budgétées), l’aggravation de la crise économique et sociale avec les milliers de suppressions d’emplois ; et l’accélération de la précarisation va produire l’implosion de notre Sécurité sociale ! Ses déséquilibres financiers vont servir de justification à sa refonte institutionnelle définitive.
Nous allons continuer à nous battre pour l’hôpital public, le médico-social et notre système de santé avec les personnels et leurs représentant·e·s, les usagers, les élu·e·s. Mais aujourd’hui nous devons mesurer que l’enjeu de la défense de la Sécurité sociale est majeur, avec un certain degré d’urgence, au regard des solutions que recherche le capital pour faire face à sa crise, après la pandémie du Covid-19. Le PLFSS 2021 va représenter un moment d’affrontement sans précédent !
Le 14 juillet, le 17 septembre, avec les salarié·e·s, défendons cette « pépite de communisme », la Sécurité sociale et les services publics.
Maryse Montangon
membre du CEN
responsable nationale collectif Santé, protection sociale