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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 08:44
Rwanda: un million de morts et une tache sur le drapeau français ( 6 avril 2019- Fabrice Arfi, Médiapart)
Rwanda: un million de morts et une tache sur le drapeau français
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Il y a vingt-cinq ans débutait à 6200 kilomètres de Paris, dans un confetti de l’Afrique équatoriale appelé Rwanda, le dernier génocide du XXe siècle. Il y a vingt-cinq ans, la France s’est compromise avec un régime génocidaire. Voici pourquoi.

 

Il y a vingt-cinq ans débutait à 6 200 kilomètres de Paris, dans un confetti de l’Afrique équatoriale appelé Rwanda, le dernier génocide du XXe siècle.

En latin, il existe une catégorie juridique pour qualifier un événement tellement horrible qu’il vaut mieux ne pas le nommer. Cela s’appelle le nefandum. Dans la nuit rwandaise, le nefandum peut tenir en deux chiffres : un million et cent.

Un million de morts en cent jours.

Entre avril et juillet 1994, un million de personnes, hommes, femmes et enfants, issus, pour l’immense majorité, de la minorité tutsie, ont été assassinées dans une fureur meurtrière collective qui a amené, outre les forces gouvernementales et les milices impliquées, des habitants à massacrer leurs propres voisins, parfois leurs propres familles.

Il y a vingt-cinq ans débutait à 6 200 kilomètres de Paris, dans un confetti de l’Afrique équatoriale appelé Rwanda, le dernier génocide du XXe siècle.

Depuis un quart de siècle, la France est engluée dans des accusations de compromissions multiples – d’ordre politique, diplomatique et militaire – avec le régime génocidaire.

Depuis un quart de siècle, des documents compromettants émergent et des façades se lézardent. Des militaires parlent. Des journalistes révèlent. Des chercheurs trouvent.

Mais depuis un quart de siècle, la France officielle est, elle, incapable de regarder cette histoire dans le miroir tendu à notre propre jugement.

Toute la tragédie rwandaise ne se résume pas, loin de là, au seul rôle de la France dans la région des Grands Lacs, mais rien des événements qui ont plongé une nation entière dans les ténèbres ne peut être compris en détournant le regard de celui-ci. Faute de quoi, l’histoire du génocide des Tutsis du Rwanda risque de faire une victime de plus : la vérité.

Le président de la République, Emmanuel Macron, vient d’envoyer un signal qui inquiète de nombreux observateurs en déclinant l’invitation de son homologue rwandais, Paul Kagame, de venir participer à Kigali aux commémorations du 25e anniversaire du génocide.

La raison invoquée pour justifier cette absence – une incompatibilité d’agenda – n’est pas vraiment de nature à rassurer. Car il faut bien nommer les choses : avancer un souci de calendrier pour sécher la commémoration d’un génocide a quelque chose de navrant, en plus d’entretenir la culture étatique du déni français face à ce passé qui ne passe pas.

Aucun membre du gouvernement ne sera non plus présent. La France a choisi pour la représenter d’envoyer un député de La République en marche, Hervé Berville, un orphelin tutsi adopté par une famille française après le génocide. L’Élysée veut y voir un symbole fort.

Mais dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, plus de 300 personnalités françaises perçoivent au contraire dans l’absence du président à Kigali une erreur, pour ne pas dire une faute. « Monsieur le Président, la France a rendez-vous avec l’Histoire », affirment les signataires, parmi lesquels se trouvent les époux Klarsfeld, l’ancien ministre Bernard Kouchner, le Prix Nobel de littérature Maria Vargas Llosa, ainsi que plusieurs historiens, journalistes et politiques français de renom, spécialistes ou non de la question rwandaise.

« Car le fait est établi : une politique de collaboration a été menée avant, pendant et après le génocide par une poignée de responsables placés au plus haut niveau de l’appareil d’État à la fin du second septennat de François Mitterrand », écrivent les signataires.

Ils ont raison.

Voici pourquoi.

 I. AVANT

Le Rwanda est un tout petit pays de l’Afrique de l’Est, bordé par l’Ouganda (au nord), le Burundi (au sud), le Congo (à l’ouest) et la Tanzanie (à l’est). Il est de coutume de dire que deux ethnies composent l’essentiel de la population rwandaise : les Hutus (ultramajoritaires) d’un côté et les Tutsis de l’autre. Les premiers seraient plutôt cultivateurs et les seconds éleveurs. Il s’agit en réalité, d’après de nombreux spécialistes, d’une codification ethnico-sociale très largement héritée de l’époque coloniale, d’abord allemande puis belge.

Le Rwanda est devenu indépendant en 1962. À intervalles réguliers, l’histoire du pays a été ensanglantée par des vagues de massacres perpétrés contre la minorité tutsie : en 1959 (la « Toussaint rouge »), en 1963, en 1973.

1973 est aussi l’année d’un coup d’État qui a porté un autocrate hutu à la tête du pays, Juvénal Habyarimana. L’homme est souvent présenté comme un esthète du double discours, entre besoin de satisfaction des extrémistes, qui composent une partie non négligeable de son entourage direct, et nécessité d’apaisement vis-à-vis de la communauté internationale, pour faire bonne figure.

 

Les massacres poussent de nombreux Tutsis à l’exode, essentiellement en Ouganda. On les appellera « les Tutsis de l’extérieur », dont un parti politique, le Front patriotique rwandais (FPR), créé en 1987, deviendra le porte-étendard – ainsi qu’une force militaire.

La France apporte, elle, un soutien sans faille au régime Habyarimana à la faveur d’un biais géopolitique qui sera largement responsable de l’aveuglement français quand le pire surviendra. Le FPR, soutenu par l’Ouganda, est alors vu par la France comme le bras armé des Anglo-saxons et surtout des Américains, qui viseraient par son intermédiaire à rogner l’influence française dans les Grands Lacs.

Un soutien inébranlable aux Forces armées rwandaises (FAR) du régime Habyarimana serait par conséquent la garantie d’un statu quo qui permettrait le maintien de la chasse gardée française dans la région. Dès lors, « la menace FPR » offre au régime hutu et à la France un ennemi commun : les Tutsis. À l’Élysée, il est même de bon ton de parler des Tutsis du FPR comme des « Khmers noirs », une expression qu’affectionne tout particulièrement, y compris dans des notes écrites, le chef d’état-major particulier de François Mitterrand, le général Christian Quesnot.

Cette vision des choses, très largement partagée au sein de l’armée et à l’Élysée, sera particulièrement accentuée après l’effondrement de l’Union soviétique et l’hégémonie américaine qui en découle mécaniquement.

Les résultats s’en font vite ressentir sur le front des opérations militaires. En 1990, une offensive du FPR au Rwanda est matée par le régime Habyarimana grâce au soutien de la France ; c’est l’opération Noroît. Les troupes françaises restent sur place et continuent de former les FAR.

Or, dans un télégramme diplomatique du 15 octobre 1990, l’ambassadeur de France à Kigali, Georges Martres, évoque, quatre ans avant qu’il ne survienne, la crainte d’un génocide : « Les Tutsis sont convaincus, écrit-il, que si la victoire du pouvoir actuel était totale, le départ des troupes françaises et belges aurait pour résultat d’aggraver la répression et les persécutions et conduirait à l’élimination totale des Tutsis. »

Un mois plus tard, en novembre 1990, un haut responsable militaire français en poste au Rwanda, le général Jean Varret, recueille de la bouche d’un proche du président Habyarimana, Pierre-Célestin Rwagafilita, alors chef d’état-major de la gendarmerie, une sinistre confidence : « On est en tête à tête, entre militaires, on va parler clairement… Je vous demande des armes, car je vais participer avec l'armée à la liquidation du problème. Le problème, il est très simple: les Tutsis ne sont pas très nombreux, on va les liquider ».

Averti à chaque fois par ce qu’on appellerait aujourd’hui des lanceurs d’alerte, Paris ne fait rien et continue de soutenir aveuglément le régime en place.

Et de fait, des massacres de Tutsis ont de nouveau lieu ; en 1990, 1991 et 1992. Ce n’est pas encore le génocide, mais son prélude.

En 1993, la collaboration française avec le régime rwandais connaît son paroxysme quand un militaire, le colonel Didier Tauzin, va prendre de fait le contrôle de l’armée rwandaise pour empêcher une nouvelle percée du FPR, qui avait lancé une offensive pour mettre fin aux massacres de Tutsis commis dans les préfectures de Gisenyi et Kibuye. C’est l’opération Chimère. Le nom de code est bien choisi ; une chimère est une idée sans rapport avec la réalité.

Car la réalité, à ce moment-là, a le goût d’une tragédie programmée et qui s’accélère. Le 24 janvier 1993, au journal télévisé de France 2, Jean Carbonare, le fondateur de l’association Survie et membre d’une délégation de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) qui revient d’une mission au Rwanda, donne l’alerte devant des millions de téléspectateurs. « On a parlé d’affrontements ethniques, mais nous avons pu vérifier qu’il s’agit d’une politique organisée, il y a une mécanique qui se met en route. On parle de purification ethnique, de génocide, de crimes contre l’humanité […] Notre pays, qui supporte financièrement et militairement ce système, a une responsabilité », affirme Jean Carbonare, avant de reprendre, la voix étranglée de sanglots face à Bruno Masure qui l’interroge : « Nous devons faire quelque chose pour que cette situation change parce qu’on peut la changer. »

 

Quelques années plus tard, confronté à cette séquence sur le plateau de l’émission Arrêt sur images, le secrétaire général de l’Élysée au moment des faits, Hubert Védrine, dira : « Ce pseudo-avertissement sur le génocide, c’est une présentation comme ça, pour ameuter le chaland. » La morgue avec laquelle une telle phrase peut être lâchée, quatre ans après l’anéantissement d’un million de personnes, en dit long, rétrospectivement, sur l’état d’esprit qui habitait alors le sommet de l’État français, la présidence de la République au premier chef.

Tous les signaux ont été ignorés. Tous.

Et quand, sur un terrain purement diplomatique et géopolitique, la Délégation des affaires stratégiques (DAS) du ministère de la défense réclame, dans une note « confidentiel défense » du 10 avril 1993, un changement radical dans la politique française au Rwanda, c’est le même silence assourdissant qui accueille la demande.

« Le régime en place [au Rwanda] n’est pas plus représentatif que le FPR », peut-on lire dans ce document, qui précise que « notre maintien peut être interprété comme une garantie offerte aux dictateurs ». Rétrospectivement, l’auteur de la note, Pierre Conesa, confiera au Monde : « Rien ne justifiait qu’on tienne le régime Habyarimana à bout de bras. » C’est pourtant ce qui fut fait.

L’apathie de la France face à la tragédie annoncée fut aussi celle de la communauté internationale dans son ensemble et, plus particulièrement, de l’Organisation des Nations unies (ONU). Un épisode résume à lui seul cette situation, quand, le 11 janvier 1994, l’un des représentants de l’ONU au Rwanda, le général canadien Roméo Dallaire, envoie un télégramme alarmiste dans lequel il évoque l’existence d’un plan d’extermination des Tutsis. Précision macabre : le rapport du militaire, qui repose sur les confidences d’un extrémiste Hutu repenti, parle d’une capacité meurtrière permettant de tuer mille Tutsis toutes les vingt minutes.

Conséquence ? Aucune. Il ne se passera rien, strictement rien, comme le montre de manière implacable le film Retour à Kigali, du documentariste Jean-Christophe Klotz, qui sera diffusé le 25 avril prochain sur France 3.

 II. PENDANT

Depuis longtemps, le génocide des Tutsis du Rwanda existait dans les têtes avant d’être perpétré dans les faits – des journaux comme Kangura ou la funeste radio des Mille Collines ont déversé pendant des années une propagande criminelle appelant à l’extermination des Tutsis, réduits à l’état d’« insectes » à éliminer. Le génocide était également financé et armé, en machettes notamment, de longue date. Mais il a bien fallu une étincelle pour le déclencher. Le moment qui fera qu’il y aura un avant et un après.

Celui-ci a pris la forme d’un missile qui, le 6 avril 1994, a déchiré le ciel de Kigali et abattu, aux alentours de 20 h 25, le petit avion qui transportait à son bord le président Juvénal Habyarimana et son homologue du Burundi. Le chef de l’État rwandais revenait de Tanzanie où il venait de conclure, la mort dans l’âme, un accord politique avec les rebelles du FPR contre l’avis de la frange la plus radicale du Hutu Power, mouvement extrémiste ultranationaliste.

Dans les minutes qui ont suivi l’attentat, les massacres de masse contre les Tutsis, annoncés depuis si longtemps, ont débuté.

Qui a tiré ? Cette question hante depuis vingt-cinq ans la discussion publique autour de l’attentat du 6 avril. Deux thèses s’affrontent : l’une évoque la responsabilité du FPR tandis que l’autre avance celle des extrémistes hutus.

Dans le doute, l’Élysée privilégie aveuglément la première, parce que c’est elle qui est le plus en phase avec sa politique passée et présente. Le chef d’état-major particulier de Mitterrand va même jusqu’à défendre l’idée, dans une note datée du 29 avril 1994, que le FPR a provoqué le massacre de sa propre ethnie dans l’espoir de prendre le pouvoir à la faveur d’une guerre civile dont il sortirait vainqueur, fût-ce au prix du sang des siens. « C’était exactement ce que voulait le FPR, car le président Habyarimana constituait le seul véritable obstacle à sa prise de pouvoir », écrit ainsi le général Quesnot.

Sur place, dans les heures et jours qui suivent l’attentat, les forces armées françaises déploient plus d’énergie à retrouver les boîtes noires de l’avion abattu plutôt que les terroristes qui ont tiré. Pourquoi ?

Politiquement, l’attentat ne change rien. La France maintient son soutien total au régime. C’est si vrai que le gouvernement intérimaire – en réalité, le gouvernement génocidaire – va se former, le 8 avril, dans les locaux mêmes de l’ambassade de France à Kigali. Et le 27 avril, l’Élysée et Matignon accueillent à Paris une délégation du gouvernement génocidaire, parmi laquelle se trouve un certain Jean Bosco Barayagwiza, membre du parti extrémiste CDR et futur condamné à 35 ans de prison pour sa participation au génocide des Tutsis.

Seulement voilà, ainsi que Mediapart et Radio France l’ont déjà rapporté, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) écrit, dès le 22 septembre 1994, dans une note « confidentiel défense » que la piste d’un attentat commis contre le président Habyarimana par la frange hutue la plus radicale du régime est l’ « hypothèse la plus plausible ». Le colonel Théoneste Bagosora, ancien directeur du cabinet du ministre de la défense et proche de la veuve Habyarimana, est pointé du doigt par les services secrets français comme étant l’un des commanditaires de l’attaque – il a été condamné à 35 ans de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda pour avoir été l’architecte du génocide et purge sa peine au Mali.

Cette note, comme de nombreuses autres de la DGSE, qui a été d’une clairvoyance totale dans la tragédie rwandaise, est méprisée par l’Élysée. Comme si tout ce qui ne cadre pas avec la ligne politique de la présidence n’existait pas.

Depuis, l’hypothèse d’un attentat commis par les Hutus extrémistes a été renforcée, non seulement par plusieurs notes de services étrangers (belges ou américains), mais aussi par une longue instruction judiciaire française qui a fait litière de l’accusation portée contre le FPR. L’enquête a établi, expertises à l’appui, que la « zone de tir la plus probable » d’où sont partis les missiles se situait sur le « site de Kanombe », soit le quartier général de la garde présidentielle.

Le 10 juin 1994, pendant que Tutsis et Hutus modérés se faisaient méthodiquement assassiner à l’autre bout du monde, le président François Mitterrand donnait un discours saisissant, mais saisissant de cynisme avec le recul, à Oradour-sur-Glane, cinquante ans après le massacre commis par les nazis dans ce petit village de la Haute-Vienne. « Et lorsque nous essayons à travers le monde et d'abord en Europe, de construire une nouvelle amitié, entre des peuples qui se sont déchirés, ce n’est pas simplement pour faire la part du rêve, c'est aussi et surtout, parce que nous ne voulons pas que cela recommence et qu’il appartient aux générations prochaines de bâtir un monde où les Oradour ne seront plus possibles », affirmait, solennel, le chef de l’État français.

 

Le Rwanda, au même moment, c’est en réalité quinze Oradour quotidiens, et ce, pendant trois mois et dix jours. Les deux tiers des victimes ont trouvé la mort dans les cinq premières semaines.

Dès les premiers jours du génocide, Bernard Kouchner se rend sur place et essaye d’alerter l’Élysée de l’urgence d’une intervention. « François Mitterrand m’a répondu: Kouchner, vous exagérez, allons, je vous connais, vous exagérez” », rapportera l’ancien ministre à La Croix des années plus tard.

Tandis que Médecin sans frontières lance, le 17 juin, un appel pour une intervention au Rwanda — « On n’arrête pas un génocide avec des médecins » –, l’ONU donne mandat, enfin, à une opération militaire pilotée par la France, baptisée Turquoise, « pour mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force ».

Officiellement opération « humanitaire », qui, indéniablement, a permis de sauver des vies, Turquoise alimente par ailleurs depuis vingt-cinq ans une vive polémique au sein de l’armée sur son rôle caché : protéger la fuite du régime hutu en déroute, donc des génocidaires, et le réarmer dans la perspective éventuelle de reprendre le pouvoir face au FPR, mené militairement par Paul Kagame, l’actuel président rwandais, qui ne cesse de gagner des positions.

Cette thèse est soutenue par plusieurs militaires ayant participé à la force Turquoise, dont le lieutenant-colonel Guillaume Ancel, qui a raconté son expérience dans un livre important, Rwanda, la fin du silence (Les Belles Lettres, 2018). Dans cet ouvrage, le militaire raconte notamment avoir personnellement assisté à des livraisons d’armes de la France au profit des génocidaires. Livraisons que finira par reconnaître, en 2014, devant l’Assemblée nationale, Hubert Védrine, tout en affirmant que c’était « sans rapport avec le génocide ».

La justice française enquête aujourd’hui sur d’autres livraisons d’armes, pilotée par le génocidaire Théoneste Bagosora (le responsable de l’attentat du 6 avril, selon la DGSE), financée par une banque française, la BNP.

Pour beaucoup de spécialistes, historiens ou journalistes, Turquoise, c’est l’image d’une France aux deux visages au Rwanda. À l’Élysée, le principal promoteur de cette stratégie du double discours est le général Quesnot, qui écrivait, dès le 6 mai 1994, dans une note adressée au président de la République : « À défaut de l'emploi d’une stratégie directe dans la région qui peut apparaître politiquement difficile à mettre en œuvre, nous disposons des moyens et des relais d'une stratégie indirecte qui pourraient rétablir un certain équilibre ». La note est « signalée » par Hubert Védrine et « vue » par François Mitterrand.

Il est aujourd’hui certain que l’armée française a laissé s’enfuir, sans les arrêter, des génocidaires connus comme génocidaires, ainsi que l’a encore prouvé récemment un reportage de la chaîne France 24.

Interrogés, les responsables français de l’époque, Hubert Védrine à l’Élysée ou l’amiral Jacques Lanxade, alors chef d’état major des armées, apportent toujours la même réponse : le mandat de l’ONU ne prévoyait pas spécifiquement l’arrestation des génocidaires. C’est vrai, pas en ces termes. Mais il réclamait sans équivoque la fin des massacres et comment penser raisonnablement que cela ne puisse pas passer par l’appréhension de ceux qui les commettent, les orchestrent ou les incitent ?

S’il ne devait y avoir qu’un exemple de l’ambiguïté de Turquoise, il tient en un mot : Bisesero. Les collines de Bisesero, à l’ouest du Rwanda, ont été le théâtre d’un spectaculaire fiasco de l’armée française, dont des officiers ont découvert le 27 juin 1994 des survivants tutsis de massacres réclamant une intervention d’urgence pour mettre fin aux atrocités en cours.

Quand elles sont découvertes, les victimes sont dans un état de décharnement et de mutilation extrêmes. Les militaires français qui les trouvent leur promettent de revenir au plus vite, mais leur hiérarchie refuse, comme plusieurs officiers en témoigneront devant des juges français. Une vidéo révélée par Mediapart le prouve également.

Il faudra trois jours au Commandement des opérations spéciales (COS) de Turquoise pour intervenir enfin, acculé. En somme : l'armée française n'avait qu’une chose à faire – sauver des vies, comme le lui imposait le mandat de l'ONU – mais a refusé en connaissance de cause.

Entre-temps, un millier de Tutsis ont été éliminés.

Cette inaction coupable est-elle la preuve de la participation active de l'armée au génocide ? Juridiquement, la question est épineuse. Plusieurs responsables de Turquoise ont été placés par la justice dans ce dossier sous le statut de témoins assistés pour « complicité de génocide » et « complicité de crimes contre l’humanité » – c’est-à-dire qu’ils ne sont pas extérieurs au crime reproché, mais pas suffisamment impliqués non plus pour être mis en examen.

Tout laisse à penser que l’instruction va se clore par un non-lieu, même si de nombreuses parties civiles, survivants ou associations (Ibuka, Survie, la Licra), dénoncent une instruction qui n’a pas procédé à toutes les auditions nécessaires à la manifestation de la vérité.

Mais regarder le rôle de la France au Rwanda sous le seul angle judiciaire ne peut être exclusif, si l’on considère que l’absence de faute pénale formellement établie ne signifie pas pour autant l’absence de faute politique, militaire et morale.

III. APRÈS

Paris, le 23 novembre 1996. François Mitterrand est mort, Jacques Chirac est à l’Élysée et Hubert Védrine publie dans Le Point une tribune dont le titre parle de lui-même : « Hutus et Tutsis : à chacun son pays ».

Ainsi, deux ans après un génocide qui a provoqué la disparition d’un million d’êtres humains, l’ancien secrétaire général de la présidence de la République persiste et signe dans une vision purement ethniciste d’un pays, dont il reconnaît volontiers ne pas être un spécialiste. Cette même vision qui a permis de faire le lit pendant des décennies d’une haine qui a abouti au crime des crimes, comme si la mixité n’existait pas au Rwanda, comme si le métissage entre Hutus et Tutsis n’était pas une réalité, comme si chacun était l’otage d’une origine.

Cette tribune n’est rien en soi, mais elle dit tout du déni qui va paralyser l’attitude des plus hautes autorités françaises face au drame rwandais : la France n’a rien à voir là-dedans.

Depuis vingt-cinq ans, l’ère du verrou semble régner. Souvent interviewé à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du génocide, Hubert Védrine continue d’accuser le FPR d’être en quelque sorte à l’origine du génocide. « Il n’y aurait jamais eu de génocide, il n’y aurait jamais eu la grande guerre civile ni le génocide si Kagame n’avait pas été déterminé à reprendre le pouvoir à n’importe quel prix […] Les attaques de Kagame sont le fait déclencheur », assurait-il il y a encore quelques semaines à un journaliste, Michael Sztanke, auteur d’un documentaire pour France 24, Rwanda, chronique d’un génocide annoncé.

 

Comme Védrine, Alain Juppé, le ministre des affaires étrangères du gouvernement Balladur au moment du génocide (aujourd’hui au Conseil constitutionnel), pense que parler de la responsabilité de la France dans les événements de 1994 relèverait de « l’une des plus belles opérations de falsification historique ». C’est ce qu’il a confié au journaliste de La Croix Laurent Larcher, auteur de Rwanda, ils parlent (Seuil), un livre saisissant, qui restitue la parole brute et la vérité nue de nombreux acteurs de cette période. « Le fond de ma pensée, poursuit Juppé, c’est qu’en réalité Kagame, avec le soutien de l’Ouganda, et puis certains autres soutiens, était décidé à prendre le pouvoir quoi qu’il arrive. » Tout est dans le « quoi qu’il arrive ». Comprendre : même s’il fallait en passer par un génocide.

L’actuel patron du Parti socialiste, Olivier Faure, ne dépareille pas. Refusant de signer la lettre ouverte à Macron évoquée au début de cet article, il a écrit le 15 mars dernier à l’un des promoteurs de cette initiative, Benjamin Abtan, pour lui expliquer qu’il ne peut accoler son nom à un tel texte parce que celui-ci « exclut la complicité d’acteurs depuis lors au pouvoir et qui précisément instrumentalisent le génocide pour consolider leur dictature ».

Le fait que Paul Kagame règne aujourd’hui au Rwanda au prix de dérives autoritaires – nul ne le conteste ici – ne devrait pas permettre pour autant une analyse anachronique de ce qu’il s’est passé il y a vingt-cinq ans. Non, les victimes ne sont pas les coupables.

Comme l’écrit Laurent Larcher à la fin de son ouvrage au sujet de tous les responsables politiques et militaires français qui ont failli face à la tragédie rwandaise : « Ils savaient mieux que les Rwandais ce qui convenait. Ils ont échoué, mais ne l’admettent pas […] Ces hommes sont intervenus comme des apprentis sorciers. […] C’est ça le scandale de la décision politique : l’incapacité à se remettre en question, l’incapacité à accueillir des paroles qui contredisent le tableau général. »

Nicolas Sarkozy fut le seul président de la République à faire des concessions à la vérité en reconnaissant, en 2010, que la France avait commis de « graves erreurs d'appréciation, une forme d'aveuglement » sur la question du génocide au Rwanda, tout en refusant toute demande de pardon.

L’enjeu est donc grand aujourd’hui, qui pèse sur les épaules du président Macron. Tout en créant la polémique en refusant de se rendre à Kigali pour les commémorations du génocide, il a promis d’ouvrir l’intégralité des archives françaises, dont beaucoup sont encore cadenassées, afin qu’une commission ad hoc, présidée par l’historien Vincent Duclert, mais de laquelle ont été écartés deux spécialistes de renom (Hélène Dumas et Stéphane Audoin-Rouzeau), puisse y accéder.

L’avenir dira si c’est vrai.

La seule chose certaine en la matière a été écrite il y a déjà bien longtemps, en 1815, par Benjamin Constant : « On ne conjure point les dangers en les dérobant aux regards. Ils s’augmentent au contraire de la nuit dont on les entoure. »

 

 

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 05:52
Génocide au Rwanda: les trop petits gestes d’Emmanuel Macron (par Ellen Salvi, Médiapart, 4 avril 2019)
Génocide au Rwanda: les trop petits gestes d’Emmanuel Macron
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Le président de la République ne se rendra pas à Kigali pour le 25e anniversaire du génocide. Mais il a promis d’ouvrir à un comité d’historiens trié sur le volet « l’ensemble des fonds d’archives ». Qu’en sera-t-il vraiment ?

Emmanuel Macron se sait observé. À la veille du 25e anniversaire du génocide contre les Tutsis au Rwanda, où 800 000 à 1 million de personnes furent tuées en l’espace de trois mois en 1994, le président de la République a fait le 5 avril une série d’annonces censées répondre à la promesse de nouvelles relations franco-rwandaises. « Nous avons décidé de travailler ensemble de manière pragmatique sur les sujets d’intérêt entre nos deux pays », avait-il déclaré fin mai 2018, lors de la venue à Paris de son homologue rwandais Paul Kagame.

Avant d’ajouter, toujours aussi « pragmatique » : « Il ne s’agit en aucun cas de sous-estimer les difficultés du passé et la complexité de la relation bilatérale, mais […] d’assumer cette complexité, de savoir la surmonter et de penser à l’avenir de nos jeunes générations. » Pour « assumer cette complexité » jusqu’au bout, le chef de l’État aurait pu s’emparer de l’invitation hautement symbolique que lui a adressée Kagame, en se rendant à Kigali où se tiendront dimanche les commémorations des 25 ans. Mais il y a finalement renoncé, choisissant d’envoyer à sa place le député La République en marche (LREM) des Côtes-d’Armor, Hervé Berville.

Des raisons d’agenda ont d’abord été invoquées. « Il y a un contexte national [la crise des « gilets jaunes » – ndlr] qui fait que le président a limité ses déplacements internationaux ces derniers temps », explique une source diplomatique, assurant que si l’Élysée avait « beaucoup réfléchi au signal » à adresser, il n’avait jamais été question que Macron se rende au Rwanda à ce moment précis. C’est donc au Palais qu’il a reçu, vendredi matin, des membres de l’association Ibuka (« Souviens-toi »), auxquels il a annoncé qu’un membre du gouvernement participerait à la cérémonie qui se tiendra dimanche au parc de Choisy, à Paris.

L’éventualité que la France soit représentée le même jour à Kigali par un responsable de haut niveau a-t-elle été envisagée ? « Un signal ministériel, ça nous semblait en dessous de ce qui était attendu, répond la même source. Il y a déjà eu des ministres qui se sont rendus à Kigali. L’idée n’était pas de faire quelque chose qui répétait les expériences précédentes. » Pour Paris, le choix d’Hervé Berville, orphelin rescapé du génocide et arrivé à l’âge de 4 ans en France, où il a été adopté par une famille bretonne, est donc un « signal nouveau en termes de profil, de génération, et de signification du message ». Mais pour beaucoup, il est loin d’être suffisant.

C’est d’ailleurs ce que soulignent près de 300 personnalités dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, initiée par le mouvement antiraciste européen Egam (European Grassroots Antiracist Movement). « Monsieur le président, le 7 avril prochain, votre place est à Kigali. Au sein des plus hauts représentants de la communauté internationale. Auprès des rescapés », écrivent les signataires du texte (parmi lesquels figurent des soutiens du chef de l’État, comme Daniel Cohn-Bendit ou encore une poignée de députés LREM et MoDem), rappelant que « la France [sous le quinquennat de François Hollande – ndlr] avait annulé sa participation aux 20es commémorations du génocide » et que sa présence, pour le 25e anniversaire, serait l’occasion de « réparer cette indignité ».

« Depuis votre élection, vous avez envoyé des signaux laissant espérer une rupture avec le déni et l’omerta qui ont caractérisé la position de la France depuis le génocide, poursuivent-ils. Après vingt-cinq ans, il est désormais temps d’effectuer des pas décisifs pour la vérité et la justice. » Le président de l’Egam, Benjamin Abtan, rappelle qu’Emmanuel Macron avait été le seul candidat, pendant la campagne présidentielle, à parler du Rwanda dans un tweet posté le 7 avril 2017, en hommage aux victimes du génocide et à leurs proches. Le 10 juin de la même année, il y avait de nouveau fait référence dans un discours prononcé à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne). C’est encore lui qui avait pris contact avec Paul Kagame dès son arrivée à l’Élysée, avant de le recevoir un an plus tard à Paris, où le président rwandais ne s’était plus déplacé depuis 2015.

« Il y avait pas mal d’espoirs qu’Emmanuel Macron fasse des choses, qu’il aille plus loin que Nicolas Sarkozy », affirme Abtan. Nicolas Sarkozy qui avait été le premier président français à se rendre à Kigali depuis 1994 et à y reconnaître, en février 2010, de « graves erreurs d’appréciation et une forme d’aveuglement » de la part de la France, sans pour autant présenter d’excuses. Mais ces espoirs ont été douchés par la décision du chef de l’État de rester à Paris le 7 avril. « C’est une grosse occasion manquée », regrette le président de l’Egam, estimant que la représentation choisie par la France « n’est pas au niveau » – d’autant que des parlementaires, Hervé Berville compris, auraient très bien pu faire partie de la délégation.

Au-delà des contraintes d’agenda invoquées pour justifier l’absence d’Emmanuel Macron à Kigali, les autorités françaises ont surtout estimé que la situation n’était pas encore mûre pour un tel déplacement, notamment en raison de procédures judiciaires toujours en cours. L’idée d’un discours a, elle aussi, été écartée, certains jugeant qu’une prise de parole du président de la République serait forcément décevante, dans la mesure où il n’irait pas plus loin, dans l’expression, que Nicolas Sarkozy

 

D’autres sources invoquent également la proximité du pouvoir actuel avec deux personnages clefs de cette période de cohabitation, qui ont toujours vertement récusé les accusations de complicité de génocide : l’ancien secrétaire général de l’Élysée Hubert Védrine et l’ex-ministre des affaires étrangères Alain Juppé. « La France accusée de complicité de génocide, c’est révoltant ! » s’exclamait encore le premier, fin mars, dans Le Figaro. En octobre dernier, le second n’avait pas non plus caché sa colère de voir l’ancienne ministre des affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo, être élue secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avec le soutien de Macron.

Aucun spécialiste du génocide des Tutsis dans le comité

Dans les arcanes du pouvoir, pour expliquer qu’Emmanuel Macron n’aille pas plus loin que Nicolas Sarkozy en terme de reconnaissance, plusieurs personnes pointent enfin le poids des armées, avec lesquelles le président de la République entretient déjà des relations fort complexes depuis le limogeage brutal, en juillet 2017, de leur ancien chef d’état-major, Pierre de Villiers. Or les armées sont, on le sait, directement concernées par le sujet. Au début des années 1990, jusqu’à mille soldats français avaient été déployés au Rwanda.

L’opération « Turquoise », menée à l’époque par l’armée française et présentée comme une opération humanitaire, avait permis, par la création d’une « zone sûre » à l’ouest du pays, de protéger de nombreux tueurs en fuite devant l’avancée du Front patriotique rwandais (FPR). Dans un récent entretien accordé à Mediapart et à la cellule investigation de Radio France, le général Jean Varret dénonçait encore les « fautes » de la France commises sous la pression d’un « lobby militaire ».

Malgré les nombreux travaux d’historiens et de journalistes, corroborés par les témoignages d’anciens militaires, documentant l’implication des autorités et de l’armée françaises dans le génocide, le gouvernement continue de s’en tenir à la conclusion du rapport de la mission d’information parlementaire, datant de 1998 : « Si la France n’a pas apprécié à sa juste valeur la dérive politique du régime rwandais, elle a été le pays le plus actif pour prévenir la tragédie de 1994. » Ce rapport de Paul Quilès a finalement « absous la France et ses soldats de toute responsabilité », explique Laurent Larcher dans son enquête Rwanda, ils parlent (Éditions du Seuil, 2019). Et vingt ans après sa rédaction, il permet encore à la France d’éviter d’affronter son histoire.

C’est encore à ce rapport que Florence Parly a choisi de se référer, le jour où elle a été interrogée par Larcher sur les révélations de l’ancien officier artilleur engagé dans l’opération « Turquoise », Guillaume Ancel (Rwanda, la fin du silence, éd. Les Belles Lettres, 2018). « Je constate qu’en France, seule une thèse a le droit d’être exposée dans les médias, avait confié la ministre des armées, en mai 2018. Après, cet officier peut continuer d’expliquer des choses qui, il me semble, ne sont pas corroborées par les informations issues des documents déclassifiés et analysés par la commission parlementaire. Je ne peux que le regretter parce que de très nombreux militaires voient tous les jours leur honneur bafoué. Et surtout, je ne souscris pas du tout à cette idée selon laquelle la France serait à l’origine du génocide : c’est contraire à la vérité. »

C’est peu ou prou ce que l’amiral Jacques Lanxade, ancien chef d’état-major des armées (de 1991 à 1995) sous François Mitterrand, a lancé à Guillaume Ancel, le 20 mars, à l’occasion d’un débat à huis clos organisé à Sciences-Po Paris et réservé à ses seuls étudiants. « Ce qui m’est un peu plus désagréable, c’est que la publication de votre livre est venue relancer et alimenter des attaques tout à fait inacceptables et injustes sur l’action de la France et sur les officiers français qui ont exécuté strictement les ordres qu’ils ont reçus », lui a-t-il dit, comme le rapporte Le Monde, avant de lancer à l’assistance, sûr de son fait : « Quand on ouvrira les archives, vous verrez qu’il n’y a rien ! »

L’historien Stéphane Audoin-Rouzeau, l’un des plus grands spécialistes du sujet, a récemment expliqué dans La Croix que ce sont aussi ses propos sur les soldats français qui lui ont valu d’être aujourd’hui écarté du comité d’historiens et de chercheurs chargé de travailler sur les archives concernant le rôle de la France au Rwanda, dont Emmanuel Macron a dévoilé les contours lors de sa rencontre avec l’association Ibuka. « On m’a fait comprendre que mes propos, notamment sur l’armée française, interdisaient que je fasse partie de cette commission. Cela aurait mis tous les feux au rouge et aurait empêché le travail de la commission », a affirmé Audoin-Rouzeau, citant notamment un article publié en 2010 dans la revue Esprit.

Le chercheur de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) y écrivait que « certaines accusations [du rapport Mucyo – ndlr] sur le comportement des soldats français ne pouvaient pas être balayées d’un revers de main » : « Cela concernait une forme d’abstention aux barrières dans la zone Turquoise et également, des effets d’aubaine sexuelle sur des rescapées protégées par des Français mais également violées par certains d’entre eux. » Toujours selon lui, Hélène Dumas, autre spécialiste du sujet, aurait également été écartée dudit comité. Contactés par Mediapart, ni l’un ni l’autre n’ont répondu à nos sollicitations.

« Cette commission fait l’objet de beaucoup de spéculations, nuance une source diplomatique. Personne n’en est a priori exclu, mais personne n’en est non plus membre de façon automatique. La dernière chose qu’on souhaiterait faire, c’est quelque chose qui ressemble à l’écriture d’une histoire officielle. » Dans les faits, comme on l’a appris vendredi, aucun spécialiste du génocide des Tutsis ne figure dans la liste des chercheurs retenus. « Un choix méthodologique totalement assumé », argue l’Élysée. « Cette commission va devoir investiguer de manière précise sur les processus de décisions. Comment elles ont été prises, sur quelles bases, avec quelles informations, comment elles ont été influencées, quelles informations ont été prises en compte ou n’ont pas été prises en compte, si c’est le cas.... »

Pour établir un « diagnostic le plus objectif possible » et éviter que ressurgissent « les clivages anciens » et les « a priori » des uns et des autres, poursuit un conseiller de la présidence, le comité réunira des « personnes qui connaissent le processus des décisions publiques, des personnes qui connaissent le maniement des archives publiques, et des personnes qui ont une expérience de travail sur des contextes hors norme, qui ont travaillé sur les actes des génocides ». Mais aucune qui ne maîtrise parfaitement ce sujet précis, donc.

« Il faut désormais un discours de la vérité »

L’idée d’un déplacement du président de la République à Kigali ayant été abandonnée pour les raisons invoquées plus haut, la mise en place de ce comité est présentée l’une des annonces phares du chef de l’État dans le cadre des 25 ans. Cette proposition avait d’ailleurs été formulée par ses soins dès mai 2018. « Un groupe de chercheurs sera constitué dans les mois à venir » pour « faire progresser notre connaissance sur l’un des pires drames de la fin du XXe siècle », avait-il indiqué lors d’une conférence de presse commune avec Paul Kagame.

Et d’ajouter : « L’enjeu fondamental, c’est celui de la place du génocide des Tutsis dans notre mémoire collective. Ce travail de mémoire, c’est un impératif et un devoir. Il est temps de mener un travail apaisé, documenté, et d’y consacrer les moyens nécessaires. » Comme nous l’écrivions quelques jours plus tôt, la présidence de ce comité a été proposée à l’historien Vincent Duclert, directeur du Centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron (CESPRA), chercheur titulaire à l’EHESS et professeur associé à Sciences-Po.

Inspecteur général de l’éducation nationale, Duclert est aussi l’auteur du « Rapport de la Mission d’étude en France sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse », remis en février 2018. Dans la lettre de mission qui lui a été adressée et que Mediapart a pu consulter, le président de la République écrit souhaiter que « ce 25e anniversaire marque une véritable rupture dans la manière dont la France appréhende et enseigne le génocide des Tutsis ». Ainsi veut-il permettre au comité de « consulter l’ensemble des fonds d’archives français disponibles » sur la période 1990-1994, afin de rédiger un rapport « dans un délai de deux ans », avec une note intermédiaire prévue au bout d’un an.

Pour mener à bien leurs travaux, les membres de ce comité bénéficieront « à titre exceptionnel, personnel et confidentiel », d’une « habilitation générale d’accès et de consultation » de l’ensemble des fonds d’archives français sur la période en question : archives de la présidence, du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, du ministère des armées, et de la mission d’information parlementaire sur le Rwanda. Ils pourront ainsi prendre connaissance de tous les documents, y compris ceux qui sont encore classifiés.

« C’est quelque chose d’assez inédit », se réjouit une source diplomatique, estimant que « toutes les conditions seront réunies » pour que l’engagement du président de la République soit tenu. Cette démarche comporte toutefois un écueil : comme l’avait expliqué Mediapart en 2015, lorsque François Hollande avait promis l’ouverture des archives de l’Élysée relatives au Rwanda entre 1990 et 1995, la plupart des documents sont déjà connus depuis plusieurs années. Ceux qui ne le sont pas, et qui ont sans doute le plus d’intérêt, se trouvent dans les archives présidentielles de François Mitterrand et dans le fonds Rwanda 1990-1998, conservé au service historique de la défense au Château de Vincennes (Val-de-Marne) et dans les tiroirs de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), dont une partie seulement sera accessible.

Protégées, comme le fonds Rwanda 1990-1998, pour un délai légal de 60 ans, les archives présidentielles de François Mitterrand ne peuvent être consultables qu’après accord de la mandataire Dominique Bertinotti, membre du conseil d’administration de l’institut éponyme dont le président n’est autre… qu’Hubert Védrine. « Cette impossibilité d’accéder à des archives publiques récentes, qui relève des normes d’un État démocratique et qui est aussi une protection accordée au citoyen, nourrit sur cette faillite collective face à un génocide le soupçon d’une entreprise de verrouillage de la vérité qu’attendent beaucoup de Français », souligne Vincent Duclert, dans Le Monde.

À l’Élysée, on se veut toutefois confiant sur l’issue du processus. « Ces fonds-là feront l’objet d’une demande de la commission auprès de la mandataire, explique un conseiller présidentiel. Jusqu’à présent, tout laisse penser que la réponse sera positive. » D’autant que beaucoup de choses ont été concédées pour ne pas froisser la Mitterrandie. À ce titre, le fameux « choix méthodologique » pour lequel le Palais a opté en écartant les spécialistes du sujet, est loin d’être anodin : « Il va permettre l’accès exhaustif à l’ensemble du tableau », glisse le même conseiller.

Pour Benjamin Abtan, « le sujet n’est de toute façon pas celui des archives ». « Se concentrer sur cette question est une diversion, estime le président de l’Egam. La connaissance de l’histoire, on l’a déjà. On sait qu’une politique de collaboration a été menée avant, pendant et après le génocide par des responsables placés au plus haut niveau de l’appareil d’État. » Rappelant qu’Hubert Védrine avait lui-même reconnu en 2014, lors de son audition par la commission de la défense de l’Assemblée nationale, l’existence de livraisons d’armes à l’armée rwandaise pendant le génocide des Tutsis, Abtan estime que seule « une reconnaissance au plus haut niveau de l’État des faits qui sont établis » est aujourd’hui nécessaire.

Un « discours de vérité » qui devrait inévitablement entraîner, selon lui, une réponse judiciaire : « Il y a beaucoup de génocidaires qui vivent en toute impunité en France. », dit-il. Vendredi, le président de la République a annoncé « le renforcement des moyens du pôle du Tribunal de Grande Instance chargé du traitement des procédures relatives au génocide des Tutsi au Rwanda » et « l’augmentation des effectifs de police judiciaire, afin que les génocidaires présumés faisant l’objet de poursuites puissent être jugés dans un délai raisonnable », précise un communiqué de presse de l’Élysée.

 

Mais pour le président de l’Egam, les gestes d’Emmanuel Macron réalisés à l’occasion des 25 ans du génocide, tout comme l’absence de gestes d’ailleurs, ne changeront in fine rien aux alliances récemment nouées entre Paris et Kigali – où la France n’a plus d’ambassadeur depuis 2015. « C’est un scandale d’État, mais ça n’est toujours pas un sujet au centre des intérêts… » souffle-t-il.

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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 15:20
Tout savoir sur Ian Brossat, tête de liste du Parti communiste aux élections européennes (C NEWS)
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Ian Brossat, chef de file du Parti communiste (PC) pour les élections européennes, a fait sensation jeudi, lors du premier débat télévisé auquel il a participé avec onze autres têtes de liste. Pourtant, le bras droit de la maire de Paris Anne Hidalgo est encore méconnu du grand public.

Né le 23 avril 1980 à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), Ian Brossat est tombé dans la marmite communiste dès son plus jeune âge : ses deux parents étaient en effet tous deux de fervents militants de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) qui ont très vite initié leur fils au militantisme. 

Militant et enseignant

À 17 ans seulement, il adhère au Parti Communiste Français (PCF) et milite activement pour ce parti pendant sa prépa lettres au prestigieux lycée Henri-IV, et ses études de lettres modernes à l'École normale supérieure de Lyon. Cinq ans plus tard, à 22 ans, il est élu à la direction de la fédération de Paris du PCF, et obtient son agrégation l'année suivante. 

Menant à la fois son engagement politique et sa carrière professorale de front, Ian Brossat se présente aux élections régionales pour la première fois en 2004, sur la liste de Marie-George Buffet (PCF), et accepte un poste de professeur au lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles (Val-d'Oise) l'année d'après.

Sa carrière politique décolle en 2006, lorsqu'il devient secrétaire de la section du PCF dans le 14e arrondissement de Paris où il a passé une partie de son enfance et son adolescence. La même année, il est élu au Conseil national du PCF, devient l'un des principaux responsables de la Fédération de Paris, tour à tour responsable de la jeunesse, de la formation et de la communication, puis des élections. 

Le logement, sa mission principale

Pendant les années suivantes, Ian Brossat se présente à plusieurs reprises aux élections législatives (2007, 2012 et 2017), finissant les deux dernières fois sur la troisième marche du podium. Il retente également sa chance en 2008 aux municipales dans le 18e arrondissement de Paris sur une liste menée par Bertrand Delanoë et Daniel Vaillant (PS). Cette année-là, il est élu conseiller de Paris et prend la présidence du groupe communiste au Conseil de Paris, devenant ainsi le plus jeune président de groupe de l'Histoire. Pendant ses années sous Delanoë, il a notamment milité pour la construction de logements sociaux et d'un «village d'insertion pour les Roms» dans le 16e arrondissement. 

Peu avant le départ du maire de Paris, grâce à un accord conclu sur les listes communes PS-PCF, Ian Brossat tourne le dos à La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et devient l'un des six porte-paroles de la candidate Anne Hidalgo, qui le nomme adjoint à la maire de Paris chargé du logement et de l'hébergement d'urgence dès sa victoire. Trois ans plus tard, il devient chargé du logement, de l'habitat durable et de l'hébergement d'urgence. L'un de ses plus grands ennemis ? La plate-forme de location Airbnb, dont il compte interdire les locations d'appartements entiers dans les quatre arrondissements du centre de la capitale. Un combat qu'il évoque d'ailleurs dans son livre, «Airbnb, la ville ubérisée».

Depuis 2015, il fait également partie des soixante-deux conseillers de Paris élus conseillers métropolitains pour siéger au conseil de la Métropole du Grand Paris. 

Ian Brossat est désigné chef de file du PCF aux élections européennes de 2019 le 3 juin dernier, pour une liste qu'il espère «très ouverte au mouvement social» et «à tous ceux qui cherchent une issue face à la politique ultra libérale d'Emmanuel Macron». «C'est un intello, un urbain, il connaît bien les médias. Il va apporter un souffle nouveau à notre vieux parti», a déclaré la députée européenne Marie-Pierre Vieu au Nouvel Obs.

Il a tiré son épingle du jeu hier, jeudi 4 avril, pendant le premier débat télévisé consacré aux prochaines élections européennes. Si bien que même les membres de la majorité ont salué sa prestation. «Brossat de loin le meilleur à gauche» a ainsi tweeté Aurore Bergé, porte-parole de LREM.

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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 14:45
Européennes.  Ian Brossat de loin le meilleur à gauche (L'Humanité, vendredi 5 avril 2019)
Européennes. « Ian Brossat de loin le meilleur à gauche »
Vendredi, 5 Avril, 2019

Le candidat communiste a tiré son épingle du jeu hier soir, lors du premier débat télévisé consacré aux européennes. Nous avons suivi sa prestation auprès de militants communistes qui organisaient une écoute collective dans le 20ème arrondissement de Paris

« Ce soir, c’est le grand soir » s’enthousiasment des militants communistes du XXème arrondissement de Paris, quelques minutes avant le top départ d’un rendez-vous politique déterminant pour la tête de liste PCF. Devant leur poste, un brin anxieux, ils sont une dizaine à avoir voulu partager cette étape importante de la campagne, pour laquelle ils ont arraché la présence de leur candidat, dans un premier temps blacklisté du casting de France 2. Car si ce soir Ian Brossat se tient debout derrière son pupitre, aux côtés des autres têtes de liste, c’est aussi grâce à la mobilisation des militants communistes. Linda est l’une d’entre eux. « A force d’e-mails et de coup de fil, on a réussi à convaincre France 2 d’appliquer cette fameuse représentativité électorale qu’elle se targue d’incarner, raconte-t-elle. Si Ian n’avait pas été là ce soir, le service public aurait été directement complice de ce qu’il serait arrivé à l’Europe ». 
 
À leurs yeux, ce débat est avant tout un combat de « communication politique », très codé. Damien estime par exemple que l’enjeu pour son candidat est de se faire remarquer. Comment ? « En lâchant deux-trois punchlines. Il n’y a au fond que ça pour que les gens le retiennent, et que le parti fasse du bruit » pense-t-il. Alors quand son candidat interpelle Nathalie Loiseau, c’est l’ovation. «Si ne pas avoir accueilli l’Aquarius, c’est un modèle de fierté pour vous, nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs», lâche-t-il.
 
Très vite, le candidat communiste s’impose par sa clarté, refusant de s’enfermer dans le piège du pugilat. Il ne s’adresse pas à ses adversaires politiques sur le plateau, mais aux classes populaires qui le regardent derrière l’écran. « On sent dans sa posture et sa façon de s’exprimer une volonté de ne pas entretenir l’hostilité à laquelle les autres candidats participent, en s'interpellant et en s'interrompant constamment », constate Emmanuel.
«En abordant les questions du travail à minuit, vous vous rendez compte que les principaux intéressés sont déjà couchés car ils travaillent demain?»
À cette sérénité s’ajoute une vraie maîtrise des dossiers. «  Il est le seul  à avancer des chiffres en rapport avec une réalité qu’il connaît, celle des ouvriers, se félicite le militant communiste. Il est aussi le seul à les mettre en perspective, en soulignant notamment le salaire de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, qui gagne plus de 30 000 euros par mois et qui demande en même temps à la France de ne pas augmenter le SMIC. C’est là sa vraie force ». Car Ian Brossat aura été l’un des seuls candidats à remettre systématiquement dans le débat les urgences sociales et à formuler des propositions concrètes. Après un long volet sur le Brexit et l’immigration, il interpelle les journalistes : «En abordant les questions du travail à minuit, vous vous rendez compte que les principaux intéressés sont déjà couchés car ils travaillent demain?». Sur l’environnement, alors que les candidats Yannick Jadot et Benoit Hamon comptaient tirer leur épingle du jeu sur le sujet, là aussi le candidat communiste se démarque. « La pollution est un crime. 50 000 morts par an en France, 600 000 morts au niveau de l’Union européenne. Qui est le coupable ? interroge Ian Brossat. Pas l’ouvrier qui utilise sa voiture diesel. Mais les ménages les plus riches, qui polluent 40 fois plus que les modestes ». Une adresse aux gilets jaunes, et à tous ceux qui refusent d’opposer les fins des mois à la fin du monde.
 
À l’issue du débat flotte un parfum de satisfaction et de fierté dans les rangs militants. Revigorés par la prestation de leur candidat, tous ressortent encore plus déterminés à mener campagne. D’autant que la tête de liste de communiste séduit bien au-delà des rangs du PCF. « Plusieurs amis à moi, qui n’ont pourtant aucun engagement politique particulier, m’ont avoué trouver les arguments de Ian Brossat percutants. C’est encourageant », se réjouit Linda. Un sentiment confirmé par les commentaires sur les réseaux sociaux. Au point que la porte-parole de La République en marche, Aurore Berger a même twitté : « Brossat de loin le meilleur à gauche ». Les chaines privées, qui refusent toujours d’inviter les communistes à leur grand rendez-vous politiques de campagne, vont devoir revoir leur copie….
Martin Gosserand et Maud Vergnol
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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 12:12
Débat France 2: la gauche se ressemble sur le fond, Ian Brossat se révèle sur la forme (Rachid Laïreiche, Libération, 5 avril 2019)
Débat: la gauche se ressemble sur le fond, Ian Brossat se révèle sur la forme

Un débat télévisé, premier du genre, a réuni jeudi douze têtes de liste pour les Européennes, dont, classés à gauche, Benoît Hamon, Yannick Jadot, Raphaël Glucksmann, voire Ian Brossat et Manon Aubry.

Jeudi soir, lors du premier grand débat pour les Européennes, on a eu le droit à du bruit, de la confusion, des interpellations et un constat sans surprise : sur le fond aucune grande différence entre Benoît Hamon, Yannick Jadot, Raphaël Glucksmann, voire Ian Brossat et Manon Aubry. Face à une droite très à droite, la gauche a défendu l’accueil des migrants et placé l’écologie au cœur de son projet. Le candidat Place Publique – PS, Raphaël Glucksmann, qui a répété à plusieurs reprises qu’il n’était pas un politique professionnel, a étonné son monde en conclusion. L’essayiste a tendu une nouvelle main à Hamon et Jadot : «J’ai eu du mal à rentrer dans le débat parce que depuis tout à l’heure je me demande pourquoi on n’est pas ensemble pour porter ce débat ! Nous ne sommes pas à la hauteur des périls et l’histoire nous jugera.» Les concernés ont regardé ailleurs.

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Européennes, le débat introuvable

Du coup, au milieu du brouhaha, on s’est amusé à guetter le comportement des uns et des autres candidats de gauche. Benoît Hamon ? Il a dégainé son air le plus sérieux afin de prouver son expérience et rassurer les électeurs de gauche. Yannick Jadot ? Facile à l’oral, précis sur le fonctionnement du parlement européen, il a tenté de tirer son épingle du jeu sur les questions écolos. Logique. Mais ce soir, sur le plateau, tout le monde a joué au vert, même le plus nationalistes des nationalistes. Pas simple. Raphaël Glucksmann ? Stressé au départ, hésitant à l’arrivée. Il n’a jamais réussi à s’imposer, imprimer un rythme. Le leader de Place publique a tout de même eu le temps de rappeler son amour pour l’Europe et sa sincérité dans son engagement.

Le communiste a surpris son monde

Manon Aubry ? La candidate de la France insoumise a elle aussi découvert l’exercice du débat. Habitués à voir ferrailler Jean-Luc Mélenchon, avec une certaine facilité, lors des débats, les insoumis ont découvert une candidate accrocheuse. On retiendra qu’elle a coincé au coin du mur la candidate de La République en marche, Nathalie Loiseau qui a voté en plateau pour l’interdiction du glyphosate. L’ancien porte-parole d’Oxfam lui a rappelé que le 15 mars, lorsque deux ministres «paradaient aux marches climat», les députés de la majorité votaient «pour la production de pesticides interdits en France pour les vendre ailleurs». Pas mal. Manon Aubry a ajouté: «Votre en même temps détruit notre planète.»

En fait, jeudi soir la surprise est venue de Ian Brossat. La tête de liste communiste n’était pas attendue. Ces derniers temps, il a tenté de se tenir à l’écart des embrouilles entre Jadot, Hamon et Glucksmann. Une manière de se démarquer. De prendre de la hauteur. Tout au long de la soirée, il a déroulé ses idées. Direct, clair. Le communiste a surpris son monde, même ses propres camarades. «Si ne pas avoir accueilli l’Aquarius, c’est un modèle de fierté pour vous, nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs», a-t-il lâché. Ian Brossat a également défendu une politique écologique en rappelant que la pollution est un «crime» avec 50 000 morts par an en France et 600 000 en Europe. Les rouges se mettent chaque jour un peu plus au vert.

Certains endroits totalement inattendus

Le communiste n’a pas oublié de faire des bisous à ses électeurs et aux classes populaires. En seconde partie d’émission, après un long volet sur l’immigration, le maire adjoint de Paris a interpellé les journalistes subtilement : «En abordant les questions du travail à minuit, vous vous rendez compte que les principaux intéressés sont déjà couchés car ils travaillent demain?» Sa prestation a fait causer sur les réseaux sociaux. Certains ont découvert son existence. Les louanges sont tombées de partout, même de certains endroits totalement inattendus. La porte-parole de La République en marche, Aurore Bergé a tapoté sur Twitter : «Brossat de loin le meilleur à gauche.» Après un passage chez Sarkozy, Juppé, Fillon et aujourd’hui chez Macron, Ian Brossat a-t-il réussi à convertir Aurore Bergé au communisme ?

Rachid Laïreche 
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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 12:12
Maryam Madjidi. Rencontres avec l’écrivaine-candidate sur la liste du PCF, les 5 et 6 avril (Le Télégramme, 1er avril 2019)
 

Elle est notamment connue pour avoir reçu le Prix Goncourt du Premier roman en 2017 pour « Marx et la poupée ». L’écrivaine Maryam Madjidi, candidate sur la liste du PCF conduite par Ian Brossat, avec Glenn Le Saout dans le Finistère, sera en visite dans la Cité du viaduc les 5 et 6 avril. Au programme, une conférence-débat vendredi 6 avril sur son livre et son parcours de vie et d’engagement à 18 h, au local du PCF, situé au 2 petite rue de Callac, derrière le Corto Maltese. Ce temps fort est intitulé : « Marx et la poupée : devenir écrivain dans l’exil, avec l’héritage du combat communiste en Iran et des blessures de la révolution islamique ».

 

Second rendez-vous programmé, samedi 6 avril, à 11 h, elle ira à la rencontre des lecteurs à la librairie Dialogues de Morlaix. « Du ventre de sa mère en Iran où elle entendait les battements de la révolution islamique jusqu’à son exil en France, l’auteur raconte le glissement de son identité avec humour et tendresse ».

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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 12:11
Maryam Madjidi à la fac Ségalen de Brest avec Glenn Le Saoût le samedi 6 avril - Rencontre débat Européennes sur la solidarité avec les réfugiés, 18h - et rencontre autour du roman Marx et la Poupée à La Petite Librairie rue Danton à 14h30
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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 12:11
L'écrivaine Maryam Madjidi, candidate sur la liste PCF conduite par Ian Brossat, à Morlaix le vendredi 5 avril à 18h
Marx et la poupée
Le , Espace salon de Dialogues Morlaix
 

 

Prix Goncourt du premier roman 2017, Maryam Madjidi nous propose une rencontre et une lecture de son livre "Marx et la Poupée" (Éditions Le Nouvel Attila).
Du ventre de sa mère en Iran où elle entendait les battements de la révolution islamique jusqu'à son exil en France, l'auteur raconte le glissement de son identité avec humour et tendresse. Un récit poétique, politique, et historique à lire et à écouter absolument !

Vendredi 5 avril: Maryam Madjidi à Morlaix, Local du PCF, 2 petite rue de Callac, à 18h: 

"Marx et la poupée: devenir écrivain dans l'exil, avec l'héritage du combat communiste en Iran et des blessures de la révolution islamique". 

Samedi 6 avril, à 11h: Maryam Madjidi à la rencontre des lecteurs à la librairie Dialogues Morlaix

Samedi 6 avril: l'écrivaine Maryam Madjidi (candidate en 8ème position sur la liste Européenne de Ian Brossat et du PCF) sera l'invitée des communistes brestois-es. Aprés avoir rencontré les lecteurs à 14 h 30 à la petite librairie et visité la médiathèque des Capucins elle particpera à une rencontre débat sur le thème de la solidarité envers les réfugiés à 18 h à la Fac Segalen.
Maryam Madjidi, écrivaine, professeur de Français Langues Etrangères travaillant avec les réfugiés, fille de militants communistes iraniens contraints à l'exil, militante pour le droit d'asile, auteur de "Marx et la poupée", un magnifique roman sur l'exil, son découverte de la France, son rapport avec l'Orient et les illusions de l'orientalisme, et l'engagement de ses parents qui a reçu le Prix Goncourt du Premier Roman en 2017 et le prix Ouest-France Etonnants Voyageurs en 2017, le prix Soroptimist de la romancière francophone 2018 !

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4 avril 2019 4 04 /04 /avril /2019 10:23
Tribune libre convention unédic. Pas de culture sans droits sociaux ! - Tribune libre, par Pierre Darhéville, député PCF des Bouches-du-Rhône, L'Humanité, 4 avril 2019
Tribune libre convention unédic. Pas de culture sans droits sociaux !
Jeudi, 4 Avril, 2019

Pierre Dharréville
Député des Bouches-du-Rhône, responsable du PCF en charge de la culture

Le gouvernement, à la veille de l’ouverture des négociations de la convention Unédic pour les deux ans qui viennent, a, par le biais de « lettres de cadrage », invité les « partenaires sociaux » à effectuer 3,9 milliards d’économies sur trois ans. Ce qui frise l’indécence quand on sait que moins de 45 % des salariés privés d’emploi sont aujourd’hui indemnisés. C’est une aubaine pour le patronat, qui se voit ainsi conforté dans son refus obstiné d’augmenter les cotisations, refuse toute mesure dissuasive visant à réduire l’usage abusif des contrats courts et ne voit ces « économies » que dans le cadre d’une réduction drastique des prestations. Ce « cadrage », s’il devait advenir, se traduirait ainsi par une réduction massive des allocations-chômage pour tous les emplois précaires, notamment intermittents du spectacle. Ce n’est pas admissible ! Avec cette offensive idéologique, le gouvernement, qui prétend que 20 % des chômeurs gagneraient plus au chômage qu’en travaillant (chiffre immédiatement démenti par l’Unédic), tout en refusant de contraindre à une augmentation des cotisations, a décidé de « niveler par le bas ». Le 21 janvier 2019, toutes les organisations professionnelles du spectacle, de l’audiovisuel et du cinéma, syndicats de salariés comme d’employeurs, sont parvenues à un accord sur l’indemnisation spécifique des artistes et techniciens intermittents, dans le cadre des annexes 8 et 10 de la convention Unédic. Cet accord pérennise les acquis gagnés en 2016, en les améliorant. Cette unanimité, dans le contexte actuel, mérite d’être saluée. Ce que refusent le Medef et ses alliés ! À l’obstination de la partie patronale à revenir sur l’accord du 21 janvier s’ajoute la duplicité de ce gouvernement, qui d’une main prétend protéger l’indemnisation des intermittents et de l’autre entend leur faire payer les « économies » qu’il enjoint à l’Unédic de faire sur l’indemnisation des travailleurs privés d’emploi. Le régime des intermittents est indispensable à la défense du service public de la culture. Non seulement parce qu’il permet à plus de 100 000 travailleurs des arts du spectacle en situation d’emploi discontinu d’effectuer leur métier et d’en vivre, le plus souvent modestement, et qu’il est ainsi une des conditions du service public de la culture. Toute réduction supplémentaire de leurs droits sociaux aggraverait non seulement leur précarité, mais affaiblirait durablement le service public de la culture, déjà si menacé. À l’occasion des manifestations interprofessionnelles du 3 avril, où l’ensemble des salariés du spectacle, de l’audiovisuel et du cinéma, intermittents ou non, ont tenu toute leur place aux côtés des journalistes-pigistes, des intérimaires et de l’ensemble des travailleurs précaires, le Parti communiste rappelle que l’existence de nombreux artistes-interprètes et techniciens qualifiés, en situation d’intermittence ou non, est une condition majeure pour la reconstruction des politiques culturelles de notre pays. En cette année du 60 anniversaire du ministère de la Culture, l’actuel gouvernement poursuit son démantèlement, tout en remettant en cause le régime des subventions sans lesquelles les arts vivants seraient privés des moyens d’exister, déstabilise les dispositifs de formation et de transition professionnelle propres à ces secteurs…, tout en préparant une réforme drastique de l’audiovisuel public, un « plan de restructuration » de l’AFP, etc. C’est d’une refondation complète de ses missions, assortie des moyens correspondants, dont a besoin le service public des arts et de la culture, de la presse et des médias, et non d’une nouvelle casse des droits sociaux de ses acteurs.

Pierre Dharréville

Député des Bouches-du-Rhône, responsable du PCF en charge de la culture

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4 avril 2019 4 04 /04 /avril /2019 10:20
OUI à l’Europe des gens, NON à l’Europe de l’argent - par Glenn Le Saoût (édito du Viaduc pour la fête du 1er mai du PCF, fête du Viaduc, place Allende)

OUI à l’Europe des gens, NON à l’Europe de l’argent - par Glenn Le Saoût

Dans une société où l'humain s'est fait surclasser par le capital où l'individualisme triomphe sur l'entraide et le partage, il existe sous cette ombre pesante une étonnante lumière. Cette lumière porte un nom, celui du communisme.

Nous voulons faire du commun, construire ensemble ce projet de société qui place l'être humain et notre planète au cœur de tous ses choix, c'est cela le communisme. Et le communisme, en ce 21e siècle, reste une idée neuve ! Nous continuerons à œuvrer pour les rassemblements les plus larges, pour l'union du peuple de France car c'est notre histoire, celle des communistes français, de ses élus et c'est certainement là, la grande différence avec toutes les autres forces politiques de gauche.

Dans cette année 2019 marquée par les élections européennes, le Parti Communiste Français présente une liste à l'image de la société. Rassemblant 50% d'ouvriers et de travailleurs, cette liste composée également d’étudiants, de retraités, d’une résistante, de novices, d’élus, etc.

C’est aussi une liste de personnes ordinaires ayant réalisé des choses extraordinaires à l'image de Loïc Pen (médecin urgentiste à l'hôpital de Creil), Arthur Hay (fondateur d'un syndicat de coursiers), Maryam Madjidi (Prix Goncourt du premier roman).

C'est en reprenant le pouvoir sur l'argent, sur la finance que nous réussirons à répondre aux besoins des peuples d'Europe, sans les mettre en concurrence. Voilà le beau défi que nous relèverons avec Ian Brossat à la tête d'une liste large et rassembleuse pour élire des communistes au Parlement européen.

Nous pouvons être extrêmement fiers de cette bataille que nous menons depuis bientôt un siècle face au capital.

Par exemple contre la dégradation de l'ensemble des services publics avec les fermetures de classes dans les établissements scolaires, de bureaux de postes de proximité, de tribunaux, de centres d'impôts ou bien encore des services dans les hôpitaux, avec localement, la maternité de Guingamp ou bien encore la cardiologie à Morlaix.

Ces problèmes de fermetures sont l’objet d'intenses batailles menées par les syndicats, les comités de défense des services publics, les citoyens et le personnel trop souvent oubliés mais partout sur le terrain avec les communistes eux-mêmes, œuvrant inlassablement et sans compter au coeur de toutes ces luttes.

Plus que jamais nous devons unir nos forces.

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