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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 07:44
Déjouant les pronostics, un raz-de-marée contre la loi travail ce 14 juin (reportage Médiapart)

Contre la loi travail, la plus grande des manifs 14 juin 2016 | Reportage Médiapart

Par Rachida El Azzouzi, christophe Gueugneau et Mathilde Goanec

Contrairement au discours du gouvernement sur l'essoufflement du mouvement social, la manifestation du mardi 14 juin n'a pas été le baroud d’honneur d’une CGT marginalisée. C’est au contraire la plus forte mobilisation depuis le début du mouvement. Le devenir de la loi El Khomri se repose avec acuité.

Vu du ciel, le pari est largement gagné. Un cortège serré et bruyant a traversé Paris de la place d’Italie aux Invalides mardi, rassemblant des centaines de milliers de personnes pour cette première journée de manifestation nationale depuis le début du mouvement contre la loi El Khomri. Selon les syndicats FO, CGT et Solidaires, plus d’un million de personnes ont défilé dans la capitale (1,3 million dans toute la France), alors que la préfecture de police de Paris a dénombré 75 000 personnes. Quelle que soit l’échelle retenue, c'est beaucoup plus que lors des grosses journées des 9 et 31 mars derniers.

Au ras du sol, tout dépend de l’optique choisie. Le gouvernement n’a pas tergiversé, insistant longuement sur les vitrines endommagées ou taguées tout au long du boulevard Montparnasse, les abris de bus défoncés, et les affrontements entre les forces de police et le gros cortège autonome en tête (nous y revenons page suivante). Plusieurs policiers et manifestants ont été blessés. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a même, à ce propos, allègrement mélangé les genres en appelant « tous ceux qui sont dans la violence à retrouver un peu d'humanité, de tolérance, en respect de ce petit enfant auquel nous nous devons de donner une image digne de la France » en référence au double meurtre de policiers dans la nuit revendiqué par l’État islamique.

Le cortège n’en était pas moins, pour une très large part, calme et bon enfant, concentré sur le retrait de la loi sur le travail, dont le texte est arrivé lundi 13 juin au Sénat. Partis à 13 heures de la place d’Italie, une partie des manifestants n’étaient pas encore arrivés à Invalides à 19 heures. « C’est énorme, j’ai rarement vu ça », assure David, cheminot venu de Bordeaux. Le fait que le gouvernement ait lâché du lest sur la convention relative au statut de sa profession n’entame pas sa détermination. « On peut dire ce que l’on veut, mais nous sommes dans le mouvement depuis le mois de mars. Et même si on a obtenu une convention collective de haut niveau, on sait bien que la loi El Khomri peut signifier pour nous aussi la régression sociale. »

David a fait le déplacement à Paris et il n’est pas le seul. Les portuaires et dockers du Havre électrisent le parcours avec leurs tambours, un Breton fend la foule avec son drapeau noir et blanc et une pancarte agrafée à son sac à dos : « Cazeneuve à Rennes, ni oubli ni pardon » (voir à ce sujet l’article de Karl Laske). Sur un camion, une jeune femme crie : « On ne s’est pas levé à une heure du matin pour rien ! On est à Paris, retrait de la loi travail ! » Les délégations régionales ou départementales, arrivées en bus ou en train, expliquent la forte mobilisation du jour. Beaucoup de militants, surtout CGT, racontent que leur dernier déplacement dans la capitale remonte à 2010, à l’occasion du mouvement contre la réforme des retraites. Derrière la banderole CGT-Roanne, ils sont 200, explique Franck. « On est là et bien là. Cela fait trois mois que le gouvernement dit que le mouvement s'essouffle, mais c’est de l’enfumage. » Noël, syndiqué FO venu d’Aveyron, est parti à 3 h 30 du matin pour monter dans un car puis un train. « Je suis saisonnier, et ne travaille que 9 mois par an, mais je fais quand même 27 heures supplémentaires par mois. Pour le moment, elles sont majorées à 25 %, mais si on m’enlève ça, je serai encore plus précaire qu’aujourd’hui. »

Chacun sa vision du mouvement : bataille pour des acquis ou combat pour la survie. Pierre l’avoue bien volontiers : « À dix ans de la retraite, je me bats pour mes enfants, et pour conserver quelques protections. » « Petit cadre » dans la filiale d’un grand groupe œuvrant dans le domaine de la défense, il n’est pas syndiqué, est monté dans un bus CGT grâce à un copain, expérimente pour la première fois de sa vie une manifestation parisienne. « Ici, c’est anonyme, je peux me permettre. Chez moi, vu ma boîte, et même si je suis civil, ce n’est pas possible. » Guillaume Brante, délégué syndical CGT pour le site Haribo d’Uzès, distribue à tout-va des tracts appelant à signer la pétition contre la délocalisation de la ligne chamallows en Belgique, ainsi que des sachets de bonbons multicolores. « FO et la CFE ont lancé une consultation sur le plan de compétitivité que la société nous propose, et qui prévoit quand même 110 suppressions de postes alors que notre entreprise ne s’est jamais aussi bien portée. Il a été approuvé à 63 % grâce au chantage à l’emploi. Pour le moment, la CGT est majoritaire, donc on peut quand même refuser l’accord mais si la loi El Khomri passe, c’est fini. Pour nous, c’est très concret ce qui se passe aujourd’hui. »

Révision de la majoration des heures supplémentaires, possibilité d’accords offensifs sur l’emploi, réforme du licenciement économique, possibilité de référendum, les raisons de la grogne sont toujours aussi nombreuses. Des inspecteurs du travail, présents dans le cortège, pointent le risque d’une « focalisation sur l’article 2 », au cœur des tractations depuis l’arrivée du texte au parlement. « C’est un piège, souligne Yacin, qui travaille en Ile-de-France. Certains tentent de dire que si cet article est réécrit, le texte devient acceptable, mais pour ceux qui pratiquent le droit du travail tous les jours, il est évident qu’une série d’autres articles posent problème. » « Ce serait quand même une sacrée victoire », note de son côté Fernand Gonzalez, ancien membre de la fédération métallurgie où œuvrait anciennement Philippe Martinez, et actuellement au bureau de l’Union départementale CGT du Lot-et-Garonne. « Mais faut pas se faire de cinéma, les enseignants sont bientôt en vacances, il va falloir tenir pendant l’été, c’est assez inédit. » Dans le carré de tête, les leaders syndicaux sont assez réticents à dévoiler leur jeu, et l’étendue de la négociation à l’œuvre avec la ministre du travail, sous l’ombre portée de Matignon et de l’Élysée. Pour Philippe Martinez, l'objectif de la CGT « n'est pas simplement de supprimer l'article 2 de la loi, c'est toute la colonne vertébrale du texte qui est à revoir ». La CGT doit rencontrer le gouvernement vendredi. Mais le syndicat a déjà prévu deux nouvelles dates de manifestations, « au cas où », les 23 et 28 juin.

À deux pas, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, appelle lui aussi à poursuivre le mouvement même s’il a rencontré vendredi la ministre du travail Myriam El Khomri, et l'a trouvée « attentive » à ses propositions. « Est-ce une amorce ou est-ce de la com' ? Je crois qu'elle a compris que tout le monde peut sortir par le haut de ce dossier. » FO est-elle donc prête à négocier, et à cesser le mouvement contre une réécriture de l'article 2 de la loi ? Éric Beynel, chez Solidaires, assure de son côté qu’il n’y a pas de « hiatus » dans le front syndical : « L’intersyndicale reste soudée, la journée d’aujourd’hui est très belle et le mot d’ordre reste le retrait.

Après, chacun sa stratégie. » En tête, présence massive des autonomes Loin des tractations de coulisses, et tout à l’avant, dans ce qu’il convient d’appeler la tête du cortège, la manifestation a également fait le plein. Selon un bon connaisseur de ce type de manifestations, c’est sans doute « l’une des plus grosses manifestations d’autonomes de ces trente dernières années ». Ce qui est sûr, c’est que le nombre de personnes portant coupe-vent, capuche noir et lunettes de soleil ou masque de plongée a atteint un niveau jamais observé ces trois derniers mois. Les deux heures suivantes, jusqu’à l’arrivée place des Invalides, ne sera qu’un lent piétinement, alternant charges, lacrymogènes, jets de pierre, vitrines brisées et tags sur les murs, ce qui ralentit tout le reste du cortège et lui donne son rythme.

Les 300 « casseurs » infiltrés que dénonce régulièrement le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve sont aujourd’hui au moins 1.000.

Avant même que la manifestation ne s’ébranle, la foule stationnée était déjà repoussée à plus de 200 mètres de la place d’Italie, au niveau de la station de métro Gobelins, boulevard du Port Royal. Comme chaque fois, la banderole « Soyons ingouvernables » servait de point de ralliement. Et comme chaque fois, des syndicalistes, comme des cheminots CGT ou des militants à SUD étaient parmi la foule. On dénombrait également les Jeunes écologistes, ou encore la CNT et Alternative libertaire. Un phénix de carton monté sur un caddie était « rené » de ses cendres, après avoir été brûlé lors de la manifestation du 1er Mai. L’ambiance est motivée, les chants variés. Le cortège s’est élancé peu après 13 heures. La fête ne sera que de courte durée. Si la présence policière est plutôt discrète au début, à chaque croisement, les forces de l’ordre qui sont là pour empêcher la manifestation de dévier de sa trajectoire sont l’objet de jets de pierre, de pétards, voire de feux d’artifice. Très vite, la police, aidée de la gendarmerie, réplique. Le cortège est stoppé dès 14 heures.

On entend parler allemand, italien, sous les cagoules, quand d'autres slogans revendiquent l’appartenance à une région comme Toulouse, Clermont-Ferrand – apparemment en force –, ou encore Rennes et Nantes. Comme les fois précédentes, il n’y a absolument aucune désolidarisation dans ce cortège de tête. Quand les visages masqués entament un « Et tout le monde déteste la police !», l’ensemble des personnes présentes reprennent en chœur. La violence du gouvernement et de ses policiers depuis le début du conflit social a vraisemblablement marqué les esprits. Philippe et Pascale, masques sur le visage, ont marché vite. Sans s’en rendre compte. Les voilà dans le quartier Duroc, boulevard du Montparnasse, « dans le merdier », à quelques dizaines de mètres du face-à-face entre les CRS et les autonomes sous les nuages de lacrymogènes. Le cortège ne peut plus avancer. Les yeux piquent, la colère aussi. « Le gouvernement a gagné. Voilà la CGT assimilée aux casseurs. Les images vont tourner en boucle. Uniquement celles-ci, pas les manifestants pacifiques qui revendiquent le retrait de la loi El Khomri pour de justes raisons », s’énerve Philippe. Philippe a 58 ans, plus de 25 ans d’ancienneté dans un grand groupe dont il préfère taire le nom et un salaire qui dépasse à peine le Smic, 1.450 euros net. Il est ouvrier, venu de Rennes, une ville rompue aux violences policières depuis le début du mouvement contre la réforme du code du travail. Il a fait toutes les manifestations, sept jours de grève, soit plus de 500 euros en moins. « Mais cela vaut le coup de se battre ; je le fais pour les jeunes car moi, j’aurai une petite retraite mais vous, vous n’aurez rien », lance-t-il en nous prenant à partie. Syndicaliste depuis une quinzaine d’années à la CGT – un coup d’arrêt à sa carrière, selon lui –, Philippe dit que « le problème, c’est l’Europe qui nous gouverne et qui fait que les patrons nous voient comme des charges et non comme des plus-values ».

Tandis que le cortège reprend sa marche pour quelques minutes de répit avant une nouvelle charge des CRS qui fera reculer la foule en l’arrosant de gaz, il raconte qu’il vote Front national, que « ce n’est pas incompatible avec son engagement syndical à la CGT ». « On peut être catho et à la CGT, pourquoi ne serait-on pas au FN et à la CGT ? » renchérit sa compagne Pascale, elle aussi encartée à la CGT. « Marine Le Pen n’aurait jamais fait une telle réforme. Avec elle, il n’y aurait pas eu cet article 2 sur l’inversion de la hiérarchie des normes », jure-t-elle. Le couple, des déçus du « socialisme », vote extrême droite depuis une dizaine d’années, « pas par adhésion mais par colère ». « On n’est pas d’accord avec tout ce que dit le FN mais tout de même, il dit des vérités sur l’Europe, l’assistanat », appuie Philippe. Au travail, il est complètement « démotivé » : « Les salaires n’augmentent pas. Un jeune qui rentre gagne quasiment autant que moi au bout de 25 ans d’ancienneté. » Non loin de là, une colère, physique celle-ci, s’exprime. Le long du boulevard du Montparnasse, les vitrines de banques, d’agences immobilières, des magasins de luxe ou même des chaînes de fast-food sont systématiquement attaqués. Au croisement avec le boulevard Raspail, un homme s’écroule, touché au dos vraisemblablement par une grenade non explosée. Selon L’Obs 3, qui a recueilli un témoignage de photographe présent au moment des faits, l’homme d’une quarantaine d’années « s'est pris une grosse bombe lacrymo dans le dos, une grosse bombe grise. (…) Il était debout au milieu de la rue, seul, quand les forces de l'ordre ont tiré. L'homme est tombé au sol, sur le ventre, inanimé. (…) La bombe lacrymo était enfoncée dans son dos, elle a fait un trou de 5 centimètres de diamètre ». Toujours selon ce témoin, la bombe « a continué à se consumer et à faire de la fumée, elle a fait fondre son t-shirt ». L’homme a été évacué par les pompiers. Rien n’avait filtré sur son état en début de soirée.

Trois jeunes cagoulés s’immiscent dans le Starbucks aux vitrines explosées et ressortent avec des mugs aux couleurs de l’enseigne américaine. Un vieux routier des luttes de la CGT, descendu du Pas-de-Calais, les interpelle : « Vous n’avez pas honte ? Vous êtes venus pour ça ? Nous, on est là pour défendre le code du travail ! » Il n’a pas le temps de finir qu’il doit se réfugier derrière la porte cochère d’un bel immeuble haussmannien. Nouvelle charge violente des CRS qui fait remonter la foule. Il ne s’y était pas préparé et manque de s’écrouler. Dans le hall, une dame en tailleur filtre les entrées et ne laisse passer que « les manifestants qui lui inspirent confiance ». Elle annonce une mauvaise nouvelle à un homme d’une cinquantaine d’années en chemise blanche et pantalon noir : « Ils ont brisé la vitrine de ton commerce ! » Il veut sortir, elle le lui déconseille, « c’est trop dangereux ». Dehors, des explosions se font entendre. Des grenades. Une dame, d’une cinquantaine d’années, commissaire aux comptes qui connaît bien le monde de l’entreprise, se dit « atterrée devant tant de violences », dénonce « une CGT radicalisée, arc-boutée sur des privilèges d’un autre temps ». Elle allait chercher des médicaments quand elle s’est retrouvée au milieu des manifestants. Un débat s’instaure dans le hall d’immeuble entre pro et opposants de la loi El Khomri et c’est le commerçant qui a le dernier mot : « Ce pays est impossible à réformer », avant de braver la foule et les gaz pour rejoindre sa boutique aux vitres brisées et appeler son assurance. Quelques mètres plus loin, c’est un autre hall d’immeuble qui est rempli de manifestants. Ici, personne ne filtre les entrées, les portes sont grandes ouvertes. Des “street medics” y soignent des blessés, un journaliste, une étudiante. D’autres s’échangent du sérum physiologique, des gouttes d’huiles essentielles, des masques d’hôpital. Une brune, la cinquantaine, se réjouit devant tant de solidarité : « Ça me rappelle Mai 68. »

La grande affaire de la journée sera sans doute les vitrines brisées d’un bâtiment de l’hôpital Necker, situé sur le parcours de la manifestation. Des manifestants cagoulés ont mis des coups de marteau dans certaines baies vitrées, un tag a été rajouté, indiquant « Ne travaillez jamais ». Il n’en a pas fallu plus pour que la classe politique réagisse et que l’AP-HP annonce déposer plainte. Sur les réseaux sociaux, certains tentent un rapprochement saugrenu, expliquant que l’enfant du couple policier tué dans la nuit par un terroriste en banlieue y était soigné. L’arrivée place des Invalides, destination finale de la manifestation, se passe sans heurts dès lors que les policiers se sont retirés de quelques centaines de mètres. Des gens s’assoient sur les pelouses, d’autres appellent leurs amis dispersés dans la foule. Le répit n’est que de courte durée. Alors que quelques policiers casqués sont pris à partie, d’autres se déploient, un camion lance-eau en appui. Des grenades lacrymogènes volent sur la foule éparpillée, alors même qu’une large partie du cortège n’est pas encore arrivée. Un groupe de cégétistes, venu de Toulon, panique, ne sachant plus comment quitter la place.

Les minutes passent sans que la situation ne s’améliore. Aux jets de grenades lacrymogènes et autres grenades assourdissantes répondent des jets de pierre et des slogans contre la police. Un photographe quitte en boîtant un des affrontements. Des “street-medics” portent un homme qui vient de prendre un tir de LBD (nouveau Flash-Ball) dans l’abdomen. Un deuxième camion lance-eau arrive sur la place, déversant la moitié de son contenu. Une brèche s’ouvre vers les quais, des manifestants s’y engouffrent et gagnent le pont des Invalides avant que les policiers ne changent d’avis et nassent ce qu’il reste de manifestants. Des « Libérez nos camarades » retentissent cependant qu’une partie de ceux qui ont pu sortir lancent des appels à marcher vers les Champs-Élysées, ou vers l’Élysée, ou vers le Sénat. En fait, personne ne sait vraiment où aller. Les groupes se disloquent peu à peu. Des syndicalistes de la CGT ou de SUD regagnent leurs cars qui se trouvaient de ce côté de la Seine. Vers 19 heures, il ne restait plus grand monde dans le quartier.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 07:36
Marie-Pierre Vieu, conseillère régionale Midi-Pyrénées (photo France 3 Régions)

Marie-Pierre Vieu, conseillère régionale Midi-Pyrénées (photo France 3 Régions)

Meeting loi Travail/ Théâtre Dejazet 12 juin.

Marie Pierre Vieu.

D’abord sachez que ma présence s’explique par le fait que Pierre Laurent a été retenu en Italie par une grève après une réunion du PGE…

Préparant donc mon intervention par la lecture de la presse ce matin, je ne puis que dire le climat de haine sociale, haine de « classe » qui nourrit le débat sur la loi Travail. Ecoutez plutôt les commentaires publiés ce jour dans les colonnes du JDD ; je vous apprendrai ensuite qui les a prononcés.

« Je constate que les blocages viennent de salariés et d’agents qui ne sont pas concernés par la loi. Il ne faut plus accepter la dérive des militants d’extrême gauche qui saccagent les locaux (de la CFDT). Il faut faire attention à poser les limites, ne pas tout tolérer. Si un mouvement d’extrême droite empêchait la parution de journaux, nous aurions été un million dans la rue à défiler contre le fascisme »

Laurent Berger , qui n’a plus peur des amalgames. Version plus light de François Fillon dans le même journal « Martinez place son syndicat aux limites de la démocratie » et surtout plus prophétique, « On va aller à l’Euro en espérant que la fête mettra fin aux désordres » On l’a vu hier soir à Marseille…

Dans ce climat donc présenté comme volontairement crépusculaire, le mouvement Travail continue à se développer avec une opinion largement favorable au retrait de la loi, des jeunes qui vivent entre manifs et nuits debout leurs premières expériences de lutte, une dynamique qui se cherche et des exigences qui portent bien au-delà de la loi Travail.

C’est pourquoi l’initiative de ce dimanche est importante.

Le fait que des syndicalistes, des intellectuels, des forces sociales et des partis politiques se retrouvent ici sur une tribune partagée, avec un message commun « Retrait », la détermination d’aller au bout du bras de fer avec le pouvoir et de poser des jalons pour l’après est le meilleur signe que l’on pouvait donner aux salariés à l’avant veille de la grande manifestation nationale du 14 juin. Cette loi est la loi de trop, la trahison de trop !

Derrière une longue série depuis 2012. Il y avait déjà eu le donnant-donnant du début du mandat Hollande dont on avait vite compris qu’il signifiait l’allégeance au patronat. Dans le même temps c’était le refus d’amnistier pour les syndicalistes et les salariés en lutte condamnés sous Sarkozy. Il y a eu le pacte de compétitivité et les 50 milliards d’euros de réduction des politiques publiques mettant à mal toute solidarité ; il y avait eu l ‘ANI, le CICE…

Tout cela conduisant à 700 000 chômeurs de plus en cinq alors même que les salaires des patrons flambent (Sapin 2 faisant effet de placebo)

La loi travail sonne comme l’ultime stade de l’entreprise de démolition du pacte social mené par le gouvernement socialiste ; désormais dans l’affrontement capital/travail, le face à face travailleur/MEDEF, la loi ne serait plus là pour protéger le salarié, être un point d’appui pour celui qui donne sa force de travail ce qui avait la motivation même d’un code du travail.

D’où ouverture aux pires régressions : Inversion de la hiérarchie des normes, accord d’entreprise prévalant sur le code du travail, représentation syndicale phagocytée, licenciement facilités, abaissement des droits et protections des salariés : droit aux vacances, droit face à la vie (deuil) droit à la médecine préventive…

Comme si cela ne suffisait pas, on voit bien que l’offensive est plus globale : offensive sécuritaire avec l’état d’urgence, la stigmatisation des petits et des plus faibles tant et si bien que Sarkozy poussant le discours à l’extrême parle de dictature des minorités et en dresse la liste (la CGT, les rouges, nuit debout, les gens du voyage… Nous tous).

Jusqu’à l’école et l’université qu’il s’agit d’adapter au marché et de flexibiliser : c’est ainsi que le débat sur la sélection à l’entrée du Supérieur est exhumé (le Monde des idées affirmait que désormais elle était compatible avec un discours de gauche…) 30 ans après 86. Malik Oussékine peut se retourner dans sa tombe.

Et puis, il y a l’acharnement parlementaire avec le 49.3, l’acharnement idéologique (TINA) visant à mettre hors la loi tous ceux qui sortent de la capitulation sociale imposée aux forceps, les violences policières…

Malgré tout cela, 70 % de la population refuse cette loi !

Raison de plus pour continuer, poursuivre et élargir la mobilisation à toutes celles et ceux qui refusent le diktat gouvernemental et l’horizon auquel il nous condamne.

Raison de plus pour ensemble travailler la feuille de route pour obtenir son retrait.

1/ D’abord ne pas banaliser : les bloqueurs, les casseurs, les coupables, la minorité de blocage ce sont eux !

2/ Ensuite casser cette idée que nous serions pour le statut quo et incarnerions le passé. Ils sont l’immobilisme, nous sommes le mouvement !

3/ Proposer, faire grandir le débat de perspective. Le PCF avec ses militants, ses élus, ses parlementaires essaient de prendre toute leur place dans ce débat au service de la mise en mouvement populaire.

Le 13 et 14 juin la discussion parlementaire se déplacera au Sénat.

Le groupe FdG a déposé 402 amendements à la loi et exige son retrait. Là comme à l’AN, les élus PCF et FdG vont agir pour faire grandir le rapport de force et, nous le savons, se posera la question d’une nouvelle motion de censure de ce gouvernement indigne. Comme se posera la question de la convergence de la gauche parlementaire opposée à cette loi.

Nous devons y travailler !

Débattons d'une autre loi travail qui donne aux salarié-e-s, aux citoyen-ne-s et élu-e-s des droits et pouvoirs nouveaux d'intervention et un code du travail du 21esiècle permettant de contester la main mise des actionnaires et de la rentabilité financière sur les entreprises. Des pistes ont été avancées par les syndicats, des économistes.

Le groupe FdG a déposé un projet de loi pour la sécurisation de l’emploi et de la formation tout au long de la vie. La lutte contre le chômage doit être notre priorité et le débat doit s'ouvrir sur les nouvelles formes que prend le travail avec la révolution numérique, sur la réduction du temps de travail (passage aux 32h) et sa rémunération décente. Le pays a besoin d'un nouvel accord de développement de l'emploi et des services publics en France et en Europe avec un réel plan de financement. Le pays a aussi besoin de prendre le contrôle du crédit bancaire (pôle public bancaire), de l'argent public donné aux entreprises pour financer non pas des actionnaires mais des programmes de création d'emplois et de formations qualifiantes, de recherche et d'innovation. il est encore besoin de sortir des traités européens actuels, des politiques austéritaires de la BCE.

Sur le terrain de la lutte contre les paradis fiscaux et le dumping social, je pense ici tout particulièrement au travail du sénateur Eric Bocquet sur les travailleurs détachés : 1,9 millions qu’on exploite et utilise pour tirer toutes les législations sociales européennes vers le bas. Sur tous ces terrains il nous faut cheminer ensemble.

Dernier message. On voit bien que ce qui se joue dans la loi Travail dépasse la loi Travail. Il y a dans ce mouvement un potentiel de transformations sociale immense qu’il nous appartient de légitimer, faire fructifier et développer. Une unité sociale et citoyenne est en train de se construire là sous nos yeux. Je crois qu’il est une urgence que se construise également l’unité politique pour l’alternative à gauche. Je ne suis pas candide, je connais la réalité de la situation. Reste que nous avons collectivement un devoir de réussite à court, moyen et long terme sauf à étouffer la voix du peuple. Je ne vise pas ici que le débat électoral mais également le politique et le culturel. Pour le présent et l’avenir.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 07:31
Médecins du monde dénonce les médicaments trop chers (Ouest-France)

Médecins du Monde lance une campagne-choc et une pétition pour dénoncer le coût exorbitant de certains médicaments, et la logique de profit de l'industrie pharmaceutique.

Une campagne choc et une pétition contre les prix « révoltants » des médicaments pour soigner notamment le cancer et l'hépatite C, sont lancées lundi par Médecins du Monde (MdM) qui appelle le gouvernement à prendre ses responsabilités afin de permettre l'accès de tous aux traitements. Prix exorbitants

Ces prix « exorbitants mettent en danger le système de santé et on a déjà assisté au rationnement du traitement efficace de l'hépatite C pour la première fois de notre histoire », souligne Olivier Maguet, responsable à MdM de cette campagne. « Malheureusement cette tendance à l'inflation des prix ne fait qu'augmenter et la Sécurité sociale peut de moins en moins payer » ajoute-t-il en évoquant les nouveaux traitements du cancer (immunothérapie...), alors que 400.000 nouveaux cas de cette maladie sont observés chaque année.

Marges des laboratoires

Des « prix qui ne sont pas justifiés » selon l'ONG qui dénonce les « marges colossales et révoltantes » des laboratoires pharmaceutiques dans sa campagne conçue par l'agence DDB Paris. Elle se décline en douze affiches axée sur la rentabilité des maladies : « Avec l'immobilier et le pétrole, quel est l'un des marchés les plus rentables ? La maladie » et « 1 milliard d'euros de bénéfice, l'hépatite C on en vit très bien ». Autre exemple : « Le mélanome c'est quoi exactement ? C'est 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires ». La pétition adressée à Marisol Touraine, ministre de la Santé pour faire baisser le prix des médicaments est accessible en ligne (www.leprixdelavie.com).

Refus des afficheurs

La campagne d'affichage urbain (métro, abribus, ...) a été refusée par l'ensemble des réseaux d'afficheurs en raison d'un risque de réactions négatives de la part de l'industrie pharmaceutique, affirme le Dr Maguet. Les 1.200 bénévoles de l'ONG feront donc un « affichage sauvage » de la campagne par ailleurs diffusée via le web et les réseaux sociaux et dans les grands quotidiens nationaux.

Le Solvadi (le sofosbuvir du laboratoire américain Gilead), premier des antiviraux efficaces contre l'hépatite C, a été un révélateur. Le traitement de 3 mois est vendu 41.000 EUR (hors rabais) par patient alors qu'il coûterait moins de 100 euros à produire, selon les travaux du chercheur Andrew Hill de l'Université de Liverpool, souligne MdM.

Logique de profit

Un rapport sénatorial américain de 2015 sur ce médicament a mis en évidence « la logique de maximisation du profit » à l'oeuvre dans tout le secteur comme avec les nouveaux médicaments contre le cancer, relève M. Maguet. Les autorités chargées de réguler le marché des médicaments - qui dépendent de l'Etat - ne jouent plus leur rôle et s'alignent trop souvent sur les prix avancés par les laboratoires, déplore le Dr Françoise Sivignon, présidente de MdM.

De son côté, le Leem (industrie pharmaceutique) « réagit avec la plus grande fermeté aux propos caricaturaux et outranciers tenus par Médecins du Monde ». « Le prix de ces médicaments est fixé par le Comité économique des produits de santé (organisme dépendant de l'Etat, ndlr) à l'issue de négociations avec les industriels » rappelle-t-il.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 07:28

Jean-Luc Mélenchon, le leader du Parti de gauche, sort renforcé de la dernière séquence politique et sociale.

Le leader du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, égale François Hollande et le dépasse même dans certaines hypothèses de premier tour pour l'élection présidentielle qui verraient le chef de l'État relégué en quatrième position, selon un sondage BVA diffusé mercredi. Selon cette enquête réalisée pour Orange et la presse régionale dans le cadre de Pop 2017, la plate-forme des opinions publiques, le député européen sort renforcé de la dernière séquence politique et sociale. Dans l'hypothèse où Alain Juppé serait le candidat de la droite, Jean-Luc Mélenchon ferait jeu égal avec le président de la République (14 %).

Tous deux seraient également à égalité, à 15 %, si Bruno Le Maire représentait Les Républicains. Dans l'hypothèse où la primaire de la droite investirait Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon arriverait en troisième position (14 %, +2 points), devant François Hollande (13 %, -2 points). Même scénario si François Fillon était le candidat LR : Jean-Luc Mélenchon recueillerait 15 % des suffrages exprimés (+2) contre 14 % pour le chef de l'État (-1). Quelle que soit l'hypothèse testée, la présidente du Front national, Marine Le Pen, apparaît toujours en mesure de se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle et renforce même sa position. Dans trois hypothèses sur quatre, comme lors des deux vagues d'enquêtes précédentes, elle arriverait même en tête du premier tour, sept à dix points devant le candidat Les Républicains, avec un score compris entre 28 % et 29 % des voix.

Seul Alain Juppé la devancerait au premier tour, de dix points avec 36 % des voix. Ce sondage a été réalisé du 10 au 12 juin auprès d'un échantillon de 910 personnes inscrites sur les listes électorales, issues d'un échantillon représentatif de 1 001 Français âgés de 18 ans et plus.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 18:35

LA CFDT DE PLUS EN PLUS SEULE, ET LES MEDIAS N' EN PARLENT PAS!

la pédagogie Berger ne marche plus...

Les militants commencent à fuir la centrale syndicale qui fait ami-ami avec le patronat.

En témoignage ce départ pour la CGT du responsable de l'UL CFDT de Montpellier, Jean-Louis Garcia.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 05:24
L'ombre portée de l'Europe sur la loi travail - Martine Orange (Médiapart)

L'ombre portée de l'Europe sur la loi travail

12 JUIN 2016 | PAR MARTINE ORANGE

En juillet 2015, le Conseil européen publie ses recommandations pour la France, mise sous surveillance pour déficits excessifs. Il y préconise de favoriser les accords d’entreprise par rapport aux accords de branche. Pour de nombreux observateurs, ces recommandations sont le préambule à la loi El Khomri. La France s’est-elle fait imposer la réforme du travail par l’Europe ? Récit de la genèse de ce texte, conçu en «partenariat» avec Berlin.

C’est une justification qui revient avec insistance pour expliquer l’incompréhensible comportement du gouvernement, prêt à négocier dans des conflits sociaux annexes comme à la SNCF, mais affichant une intransigeance absolue s'agissant de la loi sur le travail, en dépit de la fronde sociale dans tout le pays. « Si le gouvernement ne négocie pas, c’est qu’il ne le peut pas. Il est tenu par ses engagements pris à Bruxelles », confie un familier des milieux gouvernementaux. Une explication donnée à plusieurs reprises par différents interlocuteurs, dont un député européen rencontré ces dernières semaines.

L’Europe coupable ! La dénonciation est devenue un classique des politiques français. Mais dans ce cas précis, qu’en est-il ? L’Europe a-t-elle pesé sur la rédaction de la loi sur le travail ? À aucun moment, le gouvernement n’a fait la moindre allusion à une quelconque demande de l’Europe, lors de la présentation de la loi et sa courte discussion parlementaire. Les défenseurs du projet de loi, à l’image du patronat, ne parlent jamais non plus de la dimension européenne de la réforme. À les écouter, il y a la France et son pré carré face au vaste monde, mais jamais l’Europe.

Pour les détracteurs de l’Union européenne, l’affaire est entendue. C’est bien l’Europe qui a dicté la réforme française du travail, qui œuvre à casser le “modèle social français”, qui veut imposer le même schéma libéral dans tous les pays de l’Union (voir des analysesici ou ici). Depuis quelques semaines, l’avertissement de Yanis Varoufakis, à l’été 2015, revient en mémoire et tourne en boucle sur les réseaux sociaux. Commentant la tragédie grecque, la faillite des plans de sauvetage successifs, la menace d’une sortie de la Grèce de la zone euro, l’ancien ministre grec des finances a mis en garde à de nombreuses reprises – y compris lors d’un entretien sur Mediapart – les Européens, parlant d’un plan caché du ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble. « La Grèce n’est qu’un test. La vraie cible du docteur Schäuble, c’est l’Italie et la France, l’État-providence français, son droit du travail, ses entreprises nationales », affirmait-il.

La concomitance des réformes du marché du travail en Europe, en tout cas, a été relevée par de nombreux observateurs. Sous la forte incitation de la Commission européenne, le premier ministre italien Matteo Renzi a adopté son “Jobs Act” en mars 2015, prévoyant la création d’un contrat unique avec des protections progressives et un assouplissement des conditions de licenciement. Les résultats sont contestés (lire Italie: l’envers du «Jobs Act» de Matteo Renzi). Début février, le gouvernement belge a annoncé à son tour un projet de loi sur le travail, visant à assouplir le temps de travail, porté de 39 heures à 45 heures et calculé sur une base annualisée. Le texte n’a pas encore été dévoilé. Mais comme en France, ce projet de réforme provoque de nombreuses protestations (voir En Belgique aussi la réforme du travail durcit le climat social).

L’attitude du gouvernement français face à la fronde sociale est observée de près par les responsables européens. Tous encouragent le gouvernement français à ne pas céder face aux syndicats et s’invitent au débat. « Renoncer à la loi sur le travail serait une lourde erreur », a soutenu le 26 mai Pierre Moscovici, désormais commissaire européen chargé des affaires économiques. Pour l’ancien ministre français des finances, « tous les pays qui ont fait une réforme sur le marché du travail (…) sont ceux qui ont réussi à faire baisser le chômage. Ceux qui se sont refusés aux réformes du marché du travail sont ceux qui ont la moins bonne performance. Et quand on regarde la France, on constate qu'elle est 21e sur 28, ça n'est pas quelque chose dont on peut se glorifier ». La loi El Khomri, selon lui, est un minimum pour réformer le marché du travail.

Le président de la Commission européenne a la même analyse. « Ce n'est pas un attentat contre le droit du travail français. C’est le minimum de ce qu’il faut faire », a surenchéri Jean-Claude Juncker, le 31 mai à Paris. « Le projet de loi tel qu'il est conçu, à condition que l’article 2 [celui qui prévoit l’inversion de la hiérarchie des normes, donnant la primauté des accords d’entreprise sur la loi – ndlr] arrive à survivre, est une réforme qui va dans le bon sens. »

L’insistance du président de la Commission européenne sur le respect de l’article 2 n’est pas seulement sa “participation” au débat français. Elle est aussi un rappel des recommandations faites par le Conseil européen à la France. Ces recommandations sont le fruit des négociations entre le Conseil et les États membres et les engagements pris par ces derniers.

Le 14 juillet 2015, un jour après la négociation à l’arraché du troisième plan de sauvetage pour la Grèce, le Conseil européen publie ses recommandations sur le programme de réforme de la France en 2015 dans son cadre de surveillance budgétaire pour déficits excessifs. Tout y est passé en revue : les dépassements budgétaires, les dépenses publiques, la réforme des collectivités territoriales, la libéralisation des professions réglementées et bien sûr le marché du travail, insuffisamment réformé selon lui. « Les réformes menées récemment n'ont donné aux employeurs que peu de possibilités pour déroger aux accords de branche par des accords d'entreprise. Cela limite la capacité des entreprises à moduler leurs effectifs en fonction de leurs besoins », souligne le Conseil, jugeant que tous les accords passés ne permettent pas de « déroger aux 35 heures » dans de bonnes conditions financières.

Dans sa conclusion, la dernière recommandation du Conseil européen paraît être le préambule de la loi française sur le travail : « Réformer le droit du travail afin d'inciter davantage les employeurs à embaucher en contrats à durée indéterminée ; faciliter, aux niveaux des entreprises et des branches, les dérogations aux dispositions juridiques générales, notamment en ce qui concerne l'organisation du temps de travail ; réformer la loi portant création des accords de maintien de l'emploi d'ici à la fin de 2015 en vue d'accroître leur utilisation par les entreprises ; entreprendre, en concertation avec les partenaires sociaux et conformément aux pratiques nationales, une réforme du système d'assurance chômage afin d'en rétablir la soutenabilité budgétaire et d'encourager davantage le retour au travail. » En clair, le Conseil européen inscrit l’inversion de la hiérarchie des normes dans ses recommandations.

À la lecture de ce texte, une foule de questions se posent. Quel rôle a eu le Conseil européen dans la loi sur le travail ? A-t-il été partie prenante dans la réécriture du code du travail français ? A-t-il posé des exigences ? S’est-il contenté d’enregistrer les engagements pris par la France de lancer des « réformes structurelles pour libéraliser le marché du travail » ? Contre quoi la France a-t-elle accepté ces engagements ? Et surtout, pourquoi le gouvernement français ne s’est-il pas expliqué publiquement sur ces recommandations, et sur les suites qu’il comptait leur donner ?

Ni le ministre des finances, Michel Sapin, ni son cabinet n’ont donné suite à nos questions (voir boîte noire). Le cabinet du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, assure de son côté que la Commission européenne n’a pas eu de rôle dans la rédaction de la loi sur le travail. « La commission serait flattée que ses recommandations apparaissent comme contraignantes. Ce n’est pas le cas. Mais il existe un diagnostic partagé. La France a besoin de faire des réformes structurelles. La loi Travail est nécessaire. La France a souvent annoncé sa volonté de faire des réformes, sans réellement les mener. Mais cette fois, le gouvernement est décidé à les faire. C’est un gage de crédibilité », explique un des conseillers du ministre.

« En partenariat » avec Berlin

Pour comprendre les conditions qui ont conduit au projet de loi sur le travail, il faut revenir à l’automne 2014, en octobre plus précisément, selon certains connaisseurs du dossier. La France est alors sous pression. L’activité économique est toujours au plus bas, le chômage, malgré le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), ne cesse de grimper, et le déficit budgétaire est toujours à 4 % du PIB. Début octobre, le gouvernement français a soumis son projet de budget pour 2015 à la Commission européenne. Il prévoit de faire une nouvelle entorse aux règles de Maastricht : contrairement aux engagements pris auparavant, son déficit budgétaire ne sera pas ramené à 3 % en 2015 mais seulement en 2017. D’ici là, il prévoit que le déficit sera de 3,8 % en 2015 – dans les faits, il s’est établi à 3,5 %.

Au nom du respect des règles et des traités, des commissaires européens et des États membres demandent que le budget français soit retoqué et que la France ne bénéficie plus d’un traitement de faveur et soit sanctionnée. Le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, est particulièrement remonté : il exige des sanctions contre la France, au nom du respect des traités, pour en finir avec l’exception française. Pour donner un peu plus de sel à la situation, c’est Pierre Moscovici, commissaire européen chargé des affaires économiques, qui doit analyser l’état des finances publiques laissé par Pierre Moscovici, ancien ministre des finances.

Le 19 octobre, le magazine allemand Der Spiegel, toujours très bien informé, annonce un voyage de Michel Sapin et Emmanuel Macron pour rencontrer leurs homologues allemands à Berlin, afin de travailler ensemble sur un projet de budget français susceptible d’obtenir l’accord de Bruxelles. Le gouvernement allemand, explique le magazine, veut éviter un nouveau conflit dans la zone euro. « Un rejet du budget français par la Commission abîmerait considérablement la relation franco-allemande », dit un responsable gouvernemental allemand cité par l’hebdomadaire. En contrepartie de son soutien, Berlin se propose d’aider la France à écrire son budget, mais aussi un plan détaillé des réformes structurelles qu’elle s’engage à mettre en œuvre pour ramener son déficit en dessous des 3 %.

Au lendemain de cette information, Emmanuel Macron dément l’existence d’un document écrit portant sur un accord franco-allemand sur le budget français. « C’est faux, mais il y a la volonté de mettre en place ce deal qui est que nous, nous fassions des réformes », déclare alors le ministre de l’économie. Vingt mois plus tard, le cabinet d’Emmanuel Macron réfute toujours la moindre intervention de Berlin dans l’écriture d’un plan de réformes structurelles pour la France. « Cette réunion quadripartite[Wolfgang Schäuble, Sigmar Gabriel pour l’Allemagne, Michel Sapin et Emmanuel Macron pour la France – ndlr] portait strictement sur les efforts budgétaires que devait faire la France. Quatre milliards d’euros d’économie supplémentaire y ont été décidés. Il y a d’ailleurs eu une autre réunion quadrilatérale le 2 décembre à Berlin pour discuter du plan Juncker. Les discussions sur les réformes structurelles avec la Commission n’ont commencé qu’au printemps », assure le conseiller du ministre de l’économie.

Le soupçon d’une possible intervention de Berlin dans l’écriture d’un plan français de réformes est-il donc infondé ? Depuis l’aggravation de la crise européenne, le ministre allemand des finances ne cache plus sa volonté d’aller vers une intégration poussée de la zone euro. Dans une tribune, cosignée avec l’ancien responsable des affaires étrangères de la CDU, Karl Lamers, et publiée le 1er septembre 2014 par le Financial Times, Wolfgang Schäuble y exposait son projet. La zone euro doit poursuivre dans la voie de l’intégration économique complète pour pouvoir fonctionner et éviter de nouvelles crises, selon lui. L’idéal, défend le ministre allemand des finances, serait d’avoir un commissaire européen chargé des budgets, qui aurait le pouvoir de rejeter tous les budgets des États membres divergeant des règles. En attendant, au nom d’« une politique de croissance et d’emploi », il propose de « consolider les finances publiques, de poursuivre la régulation financière, de réformer les marchés du travail, et d’approfondir le marché intérieur en concluant le traité transatlantique et de diminuer les taxes qui nuisent à la compétition ».

Difficile d’imaginer qu’un mois plus tard, le ministre allemand des finances ait renoncé à ce projet. Encore plus difficile de croire qu’il n’ait pas saisi l’occasion d’écrire le plan de réformes qu’il souhaite voir adopté – imposé ? – par la France. À l’issue de cette rencontre berlinoise, la France, en tout cas, échappe à la sanction pour déficits excessifs agitée par Bruxelles et gagne deux ans pour revenir dans les règles communes. Mais à quel prix ?

Pendant tout l’automne et l’hiver 2015, le ministre des finances Michel Sapin et le directeur du Trésor Bruno Bézard vont à Bruxelles pour négocier le traitement de la France. Mais d’autres négociations ont lieu en coulisses, selon nos informations. « Plus que la Commission européenne, c’est Wolfgang Schäuble qui dirige l’attaque contre le droit du travail en Italie et en France, en s’appuyant sur Pier Carlo Padoan [ministre italien des finances – ndlr] et Emmanuel Macron. Ceux-ci n’espèrent pas seulement gagner quelques marges de manœuvre sur le déficit budgétaire mais aussi quelque chose de plus tangible sous la forme d’un transfert budgétaire, comme une assurance chômage commune. Je crains qu’ils ne soient déçus », raconte un témoin, très familier des milieux européens. Le cabinet d’Emmanuel Macron assure qu’il a très peu discuté avec Wolfgang Schäuble, qui n’est pas son homologue, comme avec Pier Carlo Padoan.

Pendant toute cette période, Emmanuel Macron se montre actif sur les dossiers européens. Il multiplie les déclarations en faveur d’une meilleure intégration de la zone euro. En juin 2015, il publie avec son homologue allemand Sigmar Gabriel une tribuneplaidant pour une poursuite de l’intégration européenne. Ils y préconisent la poursuite« des réformes structurelles (marché du travail, attractivité…), des réformes institutionnelles (notamment dans le domaine de la gouvernance économique) », mais également un rapprochement « des systèmes fiscaux et sociaux (via, par exemple, des salaires minimums mieux coordonnés ou une harmonisation de l’impôt sur les sociétés) ». Un projet qui ne diffère guère de celui de Wolfgang Schäuble, malgré toutes les nuances que souhaite y introduire son cabinet. Le ministre de l’économie parle-t-il alors en son nom ou est-il mandaté par l’Élysée ou Matignon ? C’est une autre des ambiguïtés liées au statut particulier qu’Emmanuel Macron s’est octroyé dans ce gouvernement.

C’est dans ce contexte que les recommandations du Conseil européen à la France sont publiées en juillet 2015. « Il y a sans doute eu une incitation européenne, et peut-être même une forte pression allemande. Mais je ne crois pas que le gouvernement français se soit fait vraiment tordre le bras. La haute administration française et nombre de responsables politiques n’ont pas besoin d’être contraints sur le sujet : ils sont convaincus du bien-fondé de la doctrine libérale européenne. C’est la France, à mon avis, qui a parlé de l’inversion de la hiérarchie des normes, de la primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche et la loi. Bien sûr, cela ne pouvait que sonner agréablement aux oreilles des commissaires européens », dit un proche du dossier.

« Tout s'est décidé à Matignon »

François Rebsamen avait-il anticipé ce qui se préparait dans la future loi sur le travail, au vu des recommandations européennes ? Avait-il vu qu’il aurait à porter politiquement une déconstruction du code du travail ? Si, sur le coup, des observateurs n’ont guère pris garde à sa démission du ministère du travail, ils se posent la question quelques mois plus tard. La précipitation avec laquelle il a renoncé à son portefeuille de ministre le 30 juillet 2015 pour reprendre la mairie de Dijon, à la suite du décès de son successeur, les laisse songeurs.

Pour prendre sa suite, François Hollande et Manuel Valls nomment le 2 septembre 2015 Myriam El Khomri, secrétaire d’État à la politique de la ville depuis 2014 après avoir été à la mairie de Paris. Au moment de sa nomination, François Hollande, semble-t-il, ne ménage pas ses arguments pour la convaincre d’accepter : la loi sur le travail en préparation va être le grand moment politique du gouvernement. Ce sera une grande loi sociale, de gauche, marquée par le compte personnel d’activité, lui aurait-il assuré. Si elle réussit à ce ministère emblématique et difficile, elle aura une grande carrière politique devant elle. Enfin, elle est jeune (38 ans). Face aux ministres de 60 ans qui composent la majorité du gouvernement, elle va pouvoir imposer un style nouveau. Mais à aucun moment, le président de la République et le premier ministre ne lui parlent des engagements pris auprès de la Commission européenne.

La préparation de la réforme du travail a commencé, sans attendre la ministre. Des centres d’études – Montaigne, proche du patronat et de la droite, Terra Nova, proche du PS – ont déjà rédigé leur rapport. De son côté, Matignon a commandé à l’ancien directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle, un rapport sur « la négociation collective, l’emploi et le travail ». Hasard ? Ces rapports venus d’horizons différents préconisent quasiment les mêmes choses : de limiter la loi au strict minimum (48 heures de travail maximum par semaine et le salaire minimum). Tout le reste doit être du ressort de la négociation collective et de l’adaptation, et notamment « le temps de travail, les salaires, l'emploi et les conditions de travail ».

Tandis que Matignon demande à la commission Badinter, créée pour l’occasion, d’étudier les pistes de réforme pour le code du travail, Myriam El Khomri discute avec les syndicats pour dégager les pistes de réforme du code du travail. À l’arrêté des négociations, début novembre, la ministre du travail parle de « revivifier le dialogue social », en privilégiant les accords de branche et d’entreprise, par rapport à la loi. Elle insiste beaucoup sur le compte personnel d’activité et les référendums dans les entreprises, grandes réformes pour favoriser la mobilité et le dialogue social. FO et la CGT, cependant, sont réticents. Ils mettent déjà en garde contre « l’inversion de la hiérarchie des normes ».

« Myriam El Khomri avait une ambition forte, elle avait l’intention de faire une loi de gauche. La loi du travail devait envoyer un signal politique à l’électorat de gauche, afin de rééquilibrer le quinquennat dans l’autre sens. Elle croyait beaucoup au compte personnel d’activité. Mais, en réalité, elle n’avait pas la main sur le projet de loi. Tout s’est décidé à Matignon », raconte Pierre Jacquemain, ancien conseiller de la ministre du travail. Il a démissionné en février pour marquer son désaccord sur ce projet de loi qu’il considère comme un assassinat de la gauche. Un autre conseiller, cité par Le Canard enchaîné, a confirmé cette version : « La réforme est arrivée toute écrite sur le bureau du ministre. Elle n’avait aucune marge de manœuvre. »

Dans la plus grande discrétion, le directeur de cabinet de Myrian El Khomri, Pierre-André Imbert, a commencé dès les vacances de Noël à écrire le texte du projet de loi, en liaison à Matignon. Ce directeur de cabinet a été imposé à la ministre du travail par Manuel Valls, à son arrivée : il était déjà directeur de cabinet de François Rebsamen. Mais auparavant, il a surtout travaillé pendant près de dix ans dans les sociétés de conseil Altedia puis Alixio, contrôlées par Raymond Soubie, l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy. Les gouvernements changent, les mêmes idées restent ! Depuis trente ans, une poignée de personnes, très proches des milieux patronaux, influencent la politique sociale de la France. Mais pour eux, on ne parle ni de rente, ni d’avantages acquis, ni d’immobilisme.

À ce moment-là, la ministre ignore tout du contenu du texte en préparation, discuté entre son directeur de cabinet et Matignon. « On lui disait de ne pas s’embarrasser avec les détails techniques. Sa seule mission était de dire que c’était une loi de gauche », rapporte Pierre Jacquemain. À Davos, Emmanuel Macron multiplie les déclarations provocatrices, estimant qu’il faut en finir avec les 35 heures et le code du travail. De son côté, Robert Badinter vient de rendre son rapport, dans lequel il préconise une remise à plat du code du travail pour le réduire au minimum et met au défi Manuel Valls d’aller jusqu’au bout de ses recommandations. Furieux, le premier ministre décide de placer le texte plus étroitement encore sous contrôle.

Fin janvier, une réunion se tient à l’Élysée en présence de François Hollande, Manuel Valls, Michel Sapin, Emmanuel Macron et Myriam El Khomri pour arbitrer entre les différents projets de loi en préparation. À l’issue de la réunion, l’arbitrage est rendu : il n’y aura pas de loi Macron 2. Michel Sapin présentera son texte sur « la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique », Myriam El Khomri, le texte sur la réforme du travail.

Début février, une deuxième réunion a lieu, de nouveau à l’Élysée avec les mêmes personnes, pour arbitrer le contenu de la loi. Emmanuel Macron accepte de s’effacer, à condition que le projet de loi comprenne deux dispositions qu’il avait prévu d’inclure dans la loi Macron 2 : la réécriture du licenciement économique et le plafonnement des indemnités prud’homales. Myriam El Khomri, selon plusieurs témoignages, proteste, expliquant en substance qu’elle ne peut pas porter une réforme de gauche tout en acceptant des mesures de droite. François Hollande et Manuel Valls lui donnent raison.

À l’issue de la réunion, Myriam El Khomri a le sentiment d’avoir gagné face à Macron. Dans la bataille, elle a à peine noté que le texte comporterait un changement sur l’inversion des normes, marquant la prééminence des accords d’entreprise sur les accords de branche ou la loi. A-t-elle saisi la portée de la mesure ? En tout cas, pour elle, ce n’est pas un sujet. « Je pense qu’ils avaient en tête les directives européennes. Mais on n’en parlait jamais. Le sujet européen, c’étaient les travailleurs détachés. C’est tout. Je crois qu’ils essayaient de gagner du temps », dit Pierre Jacquemain.

Une semaine après, le ton a radicalement changé. Après plusieurs réunions, Emmanuel Macron a obtenu de François Hollande et Manuel Valls la réintégration de ses mesures sur le licenciement économique et les prudhommes dans le projet de loi. Myriam El Khomri a perdu la bataille. La ministre du travail commence à comprendre que le projet de loi sur le travail ne va pas du tout être la grande réforme sociale qu’elle souhaitait. Elle espère que Matignon lui fournira au moins les éléments de langage pour défendre le texte. Pierre Jacquemain, lui, a déjà compris : il a présenté sa démission. Trois autres membres du cabinet de Myriam El Khomri l’imiteront dans les semaines suivantes.

Mercredi 17 février, Le Parisien révèle le contenu du projet de loi sur le travail. Le cabinet de la ministre du travail découvre alors la totalité du texte et l’ampleur des dégâts. Matignon est furieux, soupçonne les membres du ministère du travail d’avoir voulu torpiller le projet. Une enquête sera menée par la suite pour découvrir l’origine de la fuite : entre l’Élysée, Matignon et le ministère du travail, cinq personnes seulement étaient en possession d’exemplaires du projet de loi, et quelques autres à Bercy. Au ministère du travail, rue de Grenelle, le directeur de cabinet et la directrice adjointe de cabinet étaient les seuls à détenir un exemplaire. La ministre ne l’avait pas !

Dès la révélation du texte, le monde social s’enflamme. La pétition « Loi Travail non merci » est lancée sur les réseaux sociaux et recueille en quelques jours plus d’un million de signatures. Myriam El Khomri s’aligne résolument sur Matignon : elle défend le projet dans un entretien aux Échos et y annonce un possible emploi du 49-3 si cela est nécessaire. Une précision imposée par Matignon, contre la volonté de l’Élysée.

Le 49-3 a été utilisé par le gouvernement à la date symbolique du 10 mai, pour couper court à toutes les explications et propositions d’amendement et pour asphyxier les frondeurs. Matignon n’exclut pas d’y avoir recours à nouveau, lorsque le texte reviendra en deuxième lecture à l’Assemblée nationale, si cela est nécessaire, afin d’en terminer avec ce texte avant les vacances d’été. À aucun moment, le gouvernement ne se sera expliqué sur les véritables raisons de passer en force une loi rejetée par une majorité de la population.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 05:20
Départementales partielles dans la Sarthe: victoire du tandem EELV-PCF face au PS

Un tandem EELV-PCF a remporté dimanche, au second tour, une élection départementale partielle dans la Sarthe, devançant d'un cheveu, avec 17 voix d'écart, un autre binôme de gauche formé de socialistes.

Avec 1.664 voix, soit 50,26% des suffrages exprimés, Elen Debost (EELV) et Gilles Leproust, maire PCF d'Allonnes, ont gagné cette partielle dans le canton du Mans 7, organisée après l'annulation par le Conseil d'Etat, en mars 2016, du précédent scrutin qui avait vu la victoire des deux socialistes qui se représentaient.
Dans ce scrutin marqué par une très forte abstention (78,71%°), ils ne devancent que de 17 voix le tandem PS formé par la députée du Mans Sylvie Tolmont et Paul Létard, qui a recueilli 1.647 voix, soit 49,74% des suffrages exprimés.

"Je suis satisfaite de gagner, fière de faire entrer l'écologie politique au département, après, 17 voix d'écart c'est très très peu, la participation est très, très faible donc ça pose un vrai problème sur la question de la représentativité des élus", a affirmé Elen Debost dimanche soir à un photographe de l'AFP.
Adjointe au maire du Mans et secrétaire régionale d'EELV, elle avait accusé publiquement avec trois autres élues écologistes, il y a un mois, le député Denis Baupin de harcèlement et d'agression sexuelle. "Le fait de gagner aujourd'hui (...), c'est un signal comme quoi on a parlé, on a porté plainte mais on n'a pas été pénalisées dans notre vie politique parallèle, on n'est pas réduite au statut de victime", a-t-elle également souligné.
Lors du premier tour, également marqué par une très forte abstention, Elen Debost et Gilles Leproust avaient totalisé 28,18% des suffrages exprimés, contre 26,54% pour Sylvie Tolmont et Paul Létard.
Deux autres binômes avaient été éliminés : celui constitué par les candidats Les Républicains Guy Favennec et Patricia Polisset (25,55% des suffrages exprimés) et le tandem FN formé par Isabelle Lalande et Arnaud Menu (19,73%).
Le département de la Sarthe, présidé par le député (LR) Dominique Le Mèner, reste à droite.

Et sur Médiapart: Au Mans, le PS battu par l’autre gauche

13 juin 2016 | Par Lénaïg Bredoux

Dimanche, un binôme PCF/EELV a battu celui du Parti socialiste lors d’une départementale partielle dans la Sarthe. Une victoire très serrée, avec seulement 17 voix d’avance, dans le fief du ministre Stéphane Le Foll.

C'est une victoire à l’arraché. Mais pour une fois, elle a tourné à l’avantage de l’autre gauche. Dimanche, le binôme PCF/EELV a battu avec 17 voix d’avance les candidats du PS lors d’une élection départementale partielle dans la Sarthe, le fief du porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. Le communiste Gilles Leproust et l’écologiste Elen Debost ont recueilli 50,26 % des voix face aux socialistes Sylvie Tolmont, la suppléante de Le Foll à l’Assemblée nationale, et Paul Létard. Le scrutin, qui a très peu mobilisé les électeurs (78,71 % d’abstention), était organisé par l’annulation par le Conseil d’État de la précédente élection datant de 2015. C’était le PS qui l’avait alors emporté 3 dans un canton historiquement communiste. « Cette victoire vient démentir celles et ceux qui théorisent l’absence d’une alternative écologiste et sociale à la politique du gouvernement, s’est félicité Europe Écologie-Les Verts (EELV) dans un communiqué. Ni le balancier électoral vers la droite ni la progression du Front national ne sont inexorables. » Elen Debost, qui a par ailleurs porté plainte contre Denis Baupin, s’est réjouie de ne pas avoir été « pénalisée » par son témoignage : « On a parlé, on a porté plainte mais on n'a pas été pénalisées dans notre vie politique parallèle, on n'est pas réduites au statut de victime. »

« Cette élection marque aussi un échec, celui de la stratégie cynique de la direction du PS et du gouvernement de se faire élire grâce aux voix de la droite et d’extrême droite, a réagi le PCF dans un communiqué. On ne peut laisser la droite et l’extrême droite se faire les arbitres des débats à gauche et attiser les divisions. Les électeurs ont récusé la théorie des deux gauches irréconciliables, en disant qu’il y avait qu’une gauche, celle incarnée par Gilles Leproust et Elen Debost et qu’elle ne pouvait être que sur les valeurs anti-libérale, de liberté, d’égalité et de fraternité. » Pendant l’entre-deux-tours, les débats entre le PS et le rassemblement de gauche qui comprenait, outre le PCF et EELV, le Parti de gauche, Nouvelle Donne et le Parti pirate, ont parfois été très vifs. Les socialistes, arrivés en deuxième position au premier tour, avaient refusé de se retirer, et Stéphane Le Foll avait pris sa plume pour écrire aux électeurs. Les candidats PS « incarnent une gauche respectueuse du dialogue et de la négociation, une gauche du pragmatisme et de l’action qui désapprouve les violences dans les manifestations, les blocages des dépôts de carburant et les grèves politiques dans les transports », écrivait-il, dans une lettre signée par les grands élus de la Sarthe.

Cet appel explicite aux électeurs de droite n’a pas suffi. Mais il a tout de même permis au PS de réduire l’écart entre les deux tours. « On ne fait pas de triomphalisme. C’était, à la base, un canton communiste », explique l’écologiste Alexis Braud, élu à Allonnes où Gilles Leproust est maire. Une ville où le PCF et EELV sont alliés depuis 2008. « Cela se passe très bien », dit encore Braud, qui rappelle que les communistes de la Sarthe, contrairement à leurs camarades de Loire-Atlantique, sont opposés à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). Cette victoire va en tout cas encourager ceux qui plaident pour des alliances larges à la gauche du PS. Réunis en congrès, samedi 11 juin à Pantin, les écologistes d’EELV ont acté la rupture avec les socialistes. Le PCF, lui, est plus ambigu et multiplie, depuis 2012, les alliances à géométrie variable.

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 18:08
Mardi 14 juin: Philippe Martinez de la CGT promet une mobilisation énorme  (L'Humanité)

Le leader de la CGT, Philippe Martinez, prédit une mobilisation plus importante mardi à Paris contre le projet de loi El Khomri que le 31 mars, journée de manifestations qui avait rassemblé près 1,2 million personnes dans 250 villes françaises.

"Ca va être énorme", a commenté Philippe Martinez lors d'un meeting sur le site pétrochimique de Lavéra à Martigues (Bouches-du-Rhône).

A ceux qui "spéculent" sur la démobilisation, a-t-il poursuivi, "nous allons faire la démonstration le 14 juin avec une mobilisation comme nous n'en avons jamais connue depuis quatre mois". "Nous étions 1,2 million dans toute la France. Là, ce sera pareil, avec un temps fort à Paris."Nous avons recensé en région parisienne plus de 450 cars qui vont venir sur Paris", a-t-il ajouté, même s'il est "difficile d'avoir des cars en ce moment (...) parce que le patronat est soudé".

"Je suis tout à fait disponible pour renconter Myriam El Khomri"

Le leader de la CGT a redit devant la presse qu'il était "disponible" pour rencontrer la ministre du Travail Myriam El Khomri "dès ce soir ou dès demain", si "elle veut avancer" le rendez-vous fixé le 17 juin. "Elle a fixé un rendez-vous à vendredi, elle connaît mon numéro de portable. Si elle veut l'avancer, je suis tout à fait disponible". L'entourage de la ministre avait de son côté indiqué vendredi qu'elle était prête à avancer le rendez-vous "si Philippe Martinez est prêt à lever les blocages". "Nous irons voir la ministre, pas pour qu'elle nous dise ce qu'il faut faire, mais pour lui dire ce qui doit être fait", a répliqué samedi le patron de la CGT.

Enfin interrogé sur le déroulement de l'Euro 2016 qui a débuté vendredi à Paris par le match France-Roumanie, il a constaté que "le match d'hier s'est très bien passé". "Le stade était plein, (...) tout le monde a pu venir". "Faire la fête et poursuivre le mouvement social, ça n'est pas paradoxal, ça n'est pas antinomique", a-t-il affirmé.

Dans une interview au Parisien, ce samedi, le secrétaire général de la CGT rappelle les revendications de son syndicat face au gouvernement : "on demande qu’il retire les cinq articles qui font la colonne vertébrale du texte. Et qu’on rediscute. C’est-à-dire l’article 2, celui sur les plans de sauvegarde de l’emploi, notamment. Il y a aussi la question du référendum d’entreprise et celle de la médecine du travail."

Mardi une journée de mobilisation nationale contre le projet de loi travail, avec un défilé unique à Paris de la place d'Italie aux Invalides, est organisée à l'appel de sept syndicats dont la CGT. Des délégations de syndicats belge (FGTB), espagnols (CCOO et UGT), italien (CGIL), suisse (USS) devraient également se joindre à cette manifestation à Paris où, mardi, aucun match de l'Euro de football n'est programmé.

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 18:03
Mardi 14 Juin 2016: mobilisation générale pour le retrait de la loi El Khomri!

Mardi 14 Juin 2016

On ne lâche rien ...

La mobilisation pour le retrait de la loi travail se poursuit

Actions et mobilisations, grèves...

rassemblements sur le Finistère
le 14 jui
n :

Plusieurs cars partiront de Brest Morlaix Quimper pour Paris (4 cars de la CGT, 1 car de Solidaires et un car pour FO au moins).

Pour ceux qui n'auront pas la chance ou la possibilité d'aller à Paris, il est annoncé plusieurs rassemblements et initiatives :

Brest : place de la Liberté à 11h00
Quimper : place de la résistance à 11h00
Quimperlé : place Jean Charter à
10H30

Morlaix : place de la Mairie à 11h00

Châteaulin :

présence Nuit Debout toute la journée à partir de 10h00

Rassemblements locaux possibles à

Carhaix, Concarneau, Douarnenez...

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 09:01

Loi travail. Laurent Berger dénonce le "jeu de rôle" de la CGT - le jeu de Berger, lui, est clair, ne surtout pas faire trop de mal à la loi El Khomri et au gouvernement Valls, Hollande, Macron, ses amis!


http://www.ouest-france.fr/economie/emploi/loi-travail/loi-travail-laurent-berger-denonce-le-jeu-de-role-de-la-cgt-4294243

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