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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 18:01
Droits des femmes en Europe: Mme Loiseau et LREM pris à leurs propres contradictions - Ian Brossat

A propos de l'égalité femmes hommes, de la campagne européenne, et de la proposition faite aujourd'hui par la candidate macroniste...

Mme Loiseau reprend à son compte dans le Journal du Dimanche la proposition d'harmoniser par le haut les droits des femmes en Europe. Très bien.
Le PCF le propose depuis 3 élections européennes.
Quelques précisions.

Au départ, il s'agit d'une proposition de Gisèle Halimi.
Ce qu'elle avait appelé la "clause de l'Européenne la plus favorisée". Autrement dit, on aligne tous les pays sur celui qui, dans chaque domaine, met en oeuvre la politique la plus avancée pour les droits des femmes.

Que Mme Loiseau la reprenne à son compte, après tout, tant mieux.
Je suis communiste et donc partageur, a fortiori quand il s'agit de faire avancer des causes qui me tiennent à cœur.

J'ai juste un doute. Le Parlement européen avait fait adopter une directive très progressiste pour mieux rémunérer le congé parental. Qui l'a plantée ? Le gouvernement français... avec Mme Loiseau comme ministre des Affaires européennes...

La preuve dans cet extrait du Monde !

Ian Brossat

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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 17:57
L’Afrique, bon filon de Sarkozy, DSK, Longuet et les autres (Fanny Pigeaud, Médiapart, 5 mai 2019)
L’Afrique, bon filon de Sarkozy, DSK, Longuet et les autres
Par

Un ancien président, des ex-ministres, des ex-diplomates, des ex-militaires et un terrain d’action commun : l’Afrique. Au cours des dix dernières années, d’anciens représentants de l’État français se sont recyclés dans le privé en utilisant leur carnet d’adresses africain constitué quand ils étaient en fonctions. Une preuve que la Françafrique a encore de beaux jours devant elle.

Sur le tarmac de l’aéroport de Conakry, le chef de l’État guinéen Alpha Condé, tout de blanc vêtu, enlace l’ex-président français Nicolas Sarkozy, costume gris et grand sourire. Nous sommes le 21 février 2019 et les photos de l’événement laissent imaginer de tendres retrouvailles.

Quelques semaines plus tard, c’est Dominique Strauss-Kahn qui est photographié, manches de chemise retroussées et lunettes noires, en compagnie d’un autre chef d’État africain, Denis Sassou Nguesso, avec qui il a assisté à l’inauguration d’une basilique à Oyo, le village du président congolais.

Malgré les apparences, ni l’ex-ministre de l’économie ni Sarkozy ne sont venus pour une visite d’amitié ou du tourisme. Comme d’autres anciens grands commis de l’État, ils font des affaires en Afrique, et plus particulièrement dans les pays de la zone franc, en utilisant les contacts acquis au cours de leur carrière publique.

Ce pantouflage n’est pas nouveau sous la Ve République et n’a rien d’illégal en soi. Mais il est significatif de la manière particulière qu’a toujours une partie du personnel politique, diplomatique et militaire d’envisager ses relations avec l’Afrique.

Du point de vue de l’association Survie, il est l’une des preuves que la Françafrique, ce système de domination et d’ingérence mêlant des outils d’intervention directe, comme l’armée et le franc CFA, et des opérations plus officieuses ou sulfureuses, reste bien réelle. L’opinion publique africaine en est aussi persuadée, elle qui suit, grâce aux médias nationaux, une partie des allées et venues de ces anciens représentants de la France, souvent reçus en grande pompe par les plus hautes autorités des pays où ils se rendent.

De fait, il est extrêmement rare de voir, par exemple, d’anciens ministres britanniques avoir le même type de pratiques dans des pays africains. Au niveau européen, le lobbying des anciens responsables politiques au profit des firmes multinationales ou des intérêts nationaux se concentre plutôt au niveau des institutions communautaires.

Officiellement, certains de ces ex-serviteurs de l’État français conseillent des dirigeants africains, tandis que d’autres opèrent pour des multinationales, auxquelles ils ouvrent des portes. C’est le cas de Nicolas Sarkozy, dont la présence à Conakry visait à permettre à l’homme d’affaires franco-israélien Beny Steinmetz de se réconcilier avec l’État guinéen, avec lequel il était en conflit depuis sept ans à propos de l’exploitation de l’énorme mine de fer de Simandou.

L’ex-président français a réussi à faire se rencontrer Alpha Condé et Beny Steinmetz, qui ont finalement conclu un accord : la Guinée s’est engagée à retirer ses plaintes pour corruption contre Beny Steinmetz Group Resources (BSGR), tandis que Beny Steinmetz a renoncé à revendiquer des droits sur Simandou et Zogota, un autre gisement dans lequel il conservera toutefois des intérêts. On ne sait pas ce que l’affaire aura rapporté à Nicolas Sarkozy, qui serait revenu depuis discrètement à Conakry, ni si la Guinée sort réellement gagnante de ce deal.

L’ancien chef de l’État français a mis aussi ses contacts africains au service du groupe hôtelier Accor, dont il est administrateur depuis 2017 et président de son « comité de la stratégie internationale ». Il a notamment fait jouer ses relations ivoiriennes : Accor veut établir un hub en Côte d’Ivoire, d’où il veut rayonner et renforcer sa présence sur le continent, devenu l’une de ses « priorités ». Grâce à Sarkozy, son conseil d’administration s’est déplacé à Abidjan en juin 2017.

Aux côtés du patron du groupe, Sébastien Bazin, et de celui de Bolloré Africa Logistics, Cyrille Bolloré, Nicolas Sarkozy a, à cette occasion, expliqué aux médias ivoiriens que ces multinationales étaient « au service du développement de la Côte d’Ivoire » et fait l’éloge d’Alassane Ouattara, le président du pays. Ce dernier ne peut rien refuser à Nicolas Sarkozy, qui est depuis longtemps un ami et qui, surtout, l’a littéralement porté au pouvoir en 2011 en faisant, entre autres, intervenir l’armée française (« On a sorti Laurent Gbagbo, on a installé Alassane Ouattara, sans aucune polémique, sans rien », s’enorgueillirait Sarkozy quelques années après).

À l’instar d’autres entreprises françaises, Accor avait obtenu, dès 2012, un contrat intéressant : la gestion et l’exploitation pour 15 ans d’un établissement de prestige, l’hôtel Ivoire, à Abidjan. Ces dernières années, Nicolas Sarkozy a également fait l’intermédiaire entre Alassane Ouattara et les autorités qataries, ce qui a notamment abouti à l’ouverture d’une ambassade de la Côte d’Ivoire au Qatar et à la signature d’accords entre les deux pays.

Plusieurs anciens ministres de Sarkozy qui ont eu la Côte d’Ivoire dans leur champ d’action lorsqu’ils étaient en fonctions fréquentent aussi le pays. Parmi eux, Gérard Longuet, ministre de la défense en 2011, a permis à SEA-Invest, une société belge de manutention portuaire dont il est administrateur, d’obtenir en 2016 un marché au port de San Pedro. L’année précédente, Alassane Ouattara l’avait reçu avec les autres dirigeants de SEA-Invest.

L’ex-ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, déjà connu pour ses activités de consulting auprès de son ami Alpha Condé, est quant à lui administrateur de la banque d’affaires espagnole BDK Financial Group et l’a aidée à ouvrir en 2017 une filiale en Côte d’Ivoire, en partenariat avec La Poste ivoirienne, établissement public.

Le ministre de l’intérieur de Sarkozy, Claude Guéant, est aussi actif : en 2017, il a accompagné à Abidjan un groupe chinois, Citic Construction SA Ltd, à la recherche de marchés dans le secteur des logements sociaux. Depuis 2012, il s’est rendu dans plusieurs autres États africains pour appuyer les dossiers d’entreprises françaises, a-t-il expliqué en 2013, disant : « Je ne travaille pas comme intermédiaire, mais éventuellement pour faire du conseil que les États estiment utile. »

À l’époque, le porte-parole du Parti socialiste s’était inquiété de possibles « conflits d’intérêts ». En 2013, Guéant était devenu « conseiller stratégique » d’une société britannique, International Mining & Infrastructure Corporation (IMIC), ayant investi dans plusieurs gisements miniers au Cameroun.

D'autres se rendent plus ou moins régulièrement sur le continent sans que l'on connaisse la nature précise de leurs activités. C'est le cas de l'ancien premier ministre Dominique de Villepin qui était en République du Congo en 2017, accompagnant un groupe d'anciens députés français, dont le socialiste François Loncle.

Nicolas Sarkozy et ses ministres n’ont rien inventé : plusieurs de leurs prédécesseurs au gouvernement se sont comme eux mis au service du secteur privé en Afrique. Sans prétendre à l’exhaustivité, citons Charles Millon, Dominique Perben, Michel Rocard, Michel Roussin.

Ce dernier, après avoir été entre autres ministre de la coopération, a travaillé pour le groupe Bolloré. « Je suis un homme d’influence, et de bonne influence. Avec mes réseaux, je facilite parfois certaines choses », a-t-il expliqué en 2016. On connaît aussi le parcours de l’amiral Jacques Lanxade, ambassadeur de France à Tunis de 1995 à 1999, qui a été administrateur de Cotusal, entreprise de production de sel de mer en Tunisie.

Les anciens diplomates également concernés

Des diplomates fraîchement retraités se sont eux aussi investis dans les affaires ces dernières années. C’est le cas de Jean-Marc Simon, ambassadeur en Côte d’Ivoire de 2009 à 2012. Il a été récompensé pour son rôle très actif pendant la crise postélectorale et la guerre de 2010-2011 : il a été élevé à la dignité d’ambassadeur de France en octobre 2011 par le premier ministre François Fillon, puis décoré par Alassane Ouattara pour « services rendus à la nation ».

Dès sa retraite effective, en 2012, il a monté un cabinet de conseil, Eurafrique Stratégies, et travaille depuis avec des entreprises présentes en Côte d’Ivoire, dont Total et la Compagnie fruitière. Il séjourne régulièrement à Abidjan et est resté proche d’Alassane Ouattara. Selon ses déclarations au journal Le Monde, il a obtenu une dérogation de la commission de déontologie de la fonction publique : en principe, un fonctionnaire doit attendre trois ans avant d’exercer dans le privé et de mener des activités qui pourraient entre autres porter « atteinte à la dignité des fonctions exercées précédemment dans la fonction publique » ou aboutir à des conflits d’intérêts.

Son successeur, Georges Serre, qui a également développé des liens étroits avec Ouattara, a fait comme lui : en poste à Abidjan de 2012 à 2017, année de son départ à la retraite, il est devenu « conseiller Afrique et relations institutionnelles » de l’armateur français CMA CGM. En 2018, il a accompagné son nouvel employeur auprès d’Alassane Ouattara.

Dominique Strauss-Kahn évolue quant à lui dans le petit cercle de ceux qui conseillent des chefs d’État. L’ancien directeur du FMI se rend régulièrement au Congo – ou y envoie ses assistants – pour aider les autorités à restructurer la dette du pays, détenue pour un tiers par la Chine. Le FMI a accepté de faire un prêt à Brazzaville pour lui permettre de résoudre, au moins momentanément, ses problèmes budgétaires, mais a posé un préalable : il faut que le Congo règle ou fasse annuler ce qu’il doit à Pékin. C’est ce que DSK était censé aider à faire – même si le pays a dû aussi engager un cabinet de conseil.

L’ex-ministre socialiste conseille en outre le Togo dans le cadre d’un projet d’assistance technique financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le FMI pour moderniser la gestion des finances publiques. « Il fait souvent des consultations au port de Lomé et travaille avec le régime sur des programmes du FMI », selon un journaliste à Lomé. Ses contrats lui ont permis de réaliser avec sa société, Parnasse International, domiciliée au Maroc, un chiffre d’affaires de 5,2 millions d’euros en 2017.

Avant lui, d’autres ex-fonctionnaires de premier plan ont exercé un rôle de conseil auprès de dirigeants africains. Yvon Omnès a par exemple quitté ses fonctions d’ambassadeur au Cameroun en 1993 pour devenir conseiller du président camerounais Paul Biya – il l’est toujours. D’anciens militaires ont fait de même : le général Janou Lacaze a dans le passé conseillé Mobutu Sese Seko, Denis Sassou Nguesso, Félix Houphouët-Boigny…

Plus récemment, le général cinq étoiles Raymond Germanos, ex-chef du cabinet militaire des ministres de la défense Charles Millon et Alain Richard, a été le conseiller de Paul Biya, avant de devenir celui du président du Togo, Faure Gnassingbé – entretemps, il a été condamné en 2010 à dix mois de prison avec sursis pour détention de milliers de photos pédopornographiques et a été radié de l’armée française.

Évidemment, ces trajectoires suscitent des questions. Dans quelle mesure ces responsables ont-ils pris, lorsqu’ils étaient au service de l’État, des décisions avec l’idée qu’elles pourraient leur rapporter plus tard des bénéfices personnels ? Il ne serait pas inutile d’examiner sous cet angle le choix de Nicolas Sarkozy d’entrer en guerre en Côte d’Ivoire en 2011.

Dans quelle mesure les activités de ces ex-officiels continuent-elles de servir certains intérêts français ? DSK par exemple sert-il le Congo ou plutôt le FMI et la France (le Trésor français lié au Congo dans le cadre du franc CFA a tout intérêt à voir le pays conclure un accord avec le FMI) ? Utilise-t-il des informations confidentielles obtenues quand il dirigeait le FMI ?

« En faisant un business qu’ils peuvent présenter comme privé, ces anciens responsables recyclent un carnet d’adresses, une aura, un réseau, lesquels correspondent à leurs fonctions passées mais servent aussi à maintenir une influence et des entrées pour défendre les intérêts français. Car on se doute qu’ils ont toujours l’oreille de responsables politiques français – on voit bien comment Sarkozy a aujourd’hui facilement accès à Emmanuel Macron », analyse Thomas Borrel, de Survie.

Il ajoute : « Ils sont forcément aussi des vecteurs de messages. Les dirigeants africains savent qu’en s’adressant à eux ou en travaillant avec eux, il y a, pas très loin derrière, des responsables de l’État français. Finalement, ces anciens officiels mélangent l’utile à l’agréable : d’un côté, ils contribuent à maintenir l’influence et le rayonnement français, ont la possibilité de faire passer des messages et de peser sur certaines politiques dans les pays concernés. De l’autre, ils gagnent beaucoup d’argent puisque ce sont des activités qui, on le suppose, paient bien. »

Il y a aussi matière à s’interroger sur les sociétés de sécurité opérant en Afrique, montées par d’anciens militaires ou agents des services de renseignement. Plusieurs ex-patrons de la force française Licorne, en Côte d’Ivoire, sont concernés, dont le général Bruno Clément-Bollée, devenu en 2016 président de Sovereign Global France, une entreprise qui vend des services en matière de « réformes du secteur sécuritaire ». Auparavant, ce haut gradé, retraité depuis 2013, avait codirigé, entre 2013 à 2016, un programme « désarmement, démobilisation, réintégration » à destination des ex-combattants de la rébellion ivoirienne des Forces nouvelles – laquelle a eu l’appui de la France lors de la guerre de 2011.

D’autres militaires ont fondé Themiis, une entreprise qui forme actuellement des officiers des armées congolaise et ivoirienne. Ce système d’instruction privée fait faire des économies à la France, laquelle continue à former une partie des officiers des pays de la zone franc (ce qui lui procure pouvoir de contrôle et influence) : elle n’a pas besoin d’envoyer à l’École de guerre les gradés passés par Themiis. Cette dernière assure donc une forme de sous-traitance, mais qui reste sous le contrôle de la France – rien ne se fait sans l’aval de l’Élysée, confie une source militaire.

Plusieurs sources militaires nous expliquent que les entreprises de vente d’armes fondées par des anciens des forces de sécurité, telles que celles créées au Togo dans les années 1990 par l’ex-gendarme Robert Montoya, opéreraient elles aussi dans le cadre politique français.

Même chose pour les sociétés de protection rapprochée travaillant, notamment, pour des dirigeants africains. Dans ce registre, il y a notamment celles de l’ancien du GIGN Paul Barril ou Gallice Security, lancée plus récemment par Gilles Sacaze, autrefois à la DGSE, et Frédéric Gallois, ex-commandant du GIGN, qui ont conclu il y a quelques années des contrats avec les présidences centrafricaine et malienne.

À propos de ces « entreprises de l’ombre », Survie écrivait en 2014 : si elles agissent « officiellement à titre privé, on ne peut pas exclure qu’elles continuent de recevoir leurs ordres des autorités françaises ». La protection des dirigeants « cache aussi potentiellement leur surveillance et leur contrôle par les services secrets français. Ainsi, Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la défense, assumait en 2003 devant le Sénat que “toute personne envoyée en mission par l’État ne l’est pas toujours de manière officielle ou officialisée” ».

Activités de conseil auprès de chefs d’État ou de lobbying pour des entreprises : dans tous les cas, « ce commerce incestueux génère de juteux contrats en violation de toutes les règles de bonne gouvernance prônées par les organisations internationales et leurs mandants occidentaux », souligne un expert sous anonymat. « L’ampleur du phénomène, la voracité des ex-dirigeants français dans les anciennes colonies africaines de la France et l’opacité de leurs affaires sont plus fortes en France que partout ailleurs : il n’y a pas d’équivalent dans les autres pays européens », estime-t-il.

Pour inverser la tendance, sans doute la France devrait-elle instaurer un véritable cadre réglementaire, comme l’ont fait, par exemple, les États-Unis. Là-bas, les activités d’anciennes personnalités publiques reconverties dans le lobbying sont encadrées : celles-ci doivent se faire enregistrer comme lobbyistes et se déclarer auprès du ministère des affaires étrangères lorsqu’elles se rendent à l’étranger – les dérogations à la règle étant sévèrement punies.

 

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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 17:20
Européennes: présentation du comité national de soutien le 6 mai: avec Bernard Thibault, Leïla Shahid, Patrick Pelloux, Gustave Massiah, Faujour, Gérard Mordillat, Josiane Balasko, Lassana Bathily...
Le lundi 6 mai prochain, à partir de 18 h 30 sous la coupole de l’Espace Niemeyer, le comité national de soutien à la liste conduite par Ian Brossat organise une soirée conviviale, fraternelle et de mobilisation autour de nos candidates et candidats.

Consulter la liste des premiers appelants

Européennes : le comité national de soutien se réunit le 6 mai

Le lundi 6 mai prochain, à partir de 18 h 30 sous la coupole de l’Espace Niemeyer, le comité national de soutien à la liste conduite par Ian Brossat organise une soirée conviviale, fraternelle et de mobilisation autour de nos candidates et candidats.

Elles et ils seront présent·e·s:

Bernard Thibault, représentant des travailleurs à l’Organisation Internationale du Travail. Michel et Monique Pinçon Charlot, sociologues.

Leïla Shahid, ambassadrice honoraire de la Palestine au Conseil de l’Europe.

Gustave Massiah, altermondialiste.

Malik Zidi, comédien.

Edmond Baudoin, dessinateur.

Chantal Montellier, dessinatrice.

Faujour, dessinateur.

Robin Renucci, comédien.

Gérard Mordillat, documentaliste, écrivain, réalisateur.

Josiane Balasko, comédienne (sous réserve).

Lassana Bathily, président du Comité de soutien.

Nico Cué, candidat du Parti de la gauche européenne à la présidence de la Commission européenne, ex-secrétaire général de la FGTB, métallo (Belgique).

Sira Rego, numéro 2 de la liste Unidos Podemos (Espagne).

Attila Vajnai, président du Parti des travailleurs de Hongrie (Hongrie).

Marie-Christine Vergiat, députée européenne.

Francis Wurtz, député européen honoraire.

Feloche, chanteur, auteur, compositeur.

François Staal, musicien, compositeur de musique de films.

Patrick Pelloux, urgentiste, syndicaliste, écrivain.

Éric Tandy, journaliste, parolier.

Nicolas Bigard, metteur en scène.

Marie-France Courel, présidente honoraire de l'École pratique des Hautes Études.

Bruno Chaudret, académicien des sciences.

Jean-Michel Bony, académicien des sciences.

Évariste Sanchez-Palencia, académicien des sciences.

Ivan Lavallée, informaticien.

Marcel Trillat, réalisateur.

Joëlle Bordet, psychosociologue.

Roland Gori, psychanalyste.

Yvon Quiniou, philosophe.

Vincent Bourdeau, maître de conférences, université de Besançon.

Guillaume Roubaud-Quashie, directeur de la maison Elsa Triolet- Louis Aragon.

Jean-Noël Aqua, maître de conférences, Sorbonne université.

Stéphanie Rozat, agrégée et docteur en philosophie.

Sylvie Mayer, députée européenne honoraire.

Michel Dufour, ancien secrétaire d’État.

Jean Numa Ducange, maître de conférences en histoire, Rouen.

Eric Le Bourg, biologiste.

Stéphane Bonnery, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université de Paris 8.

Marie-Claire Cailletaud, militante syndicale.

Ernestine Ronai, militante contre les violences faites aux femmes.

Isabelle Lorand, chirurgienne, responsable des Rencontres Niemeyer.

Yann Le Pollotec, informaticien, animateur des états généraux du numérique.

Jean-Marc Canon, militant syndical.

Baptiste Talbot, militant syndical.

Marie-Claire Cailletaud, militante syndicale.

Marie-Christine Perello, chargée de mission.

Serge Latouche, professeur agrégé en mathématiques.

Evelyne Perret, psychologue.

Alain Gaulon, militant défense du logement.

Marinette Bache, conseillère de Paris.

Rosemay Rousseau, militante syndicale de l’APHP.

Luc Schaffauser, militant syndical.

Farid Kolli, militant syndical.

Fabienne Bellin, professeure, syndicaliste.

Xavier Picard, cinéaste.

Jean Awitor, promoteur culturel, animateur télé-radio.

Philippe Reig, militant syndical.

Patrice Siard, secrétaire général de R&S.

Catherine Latouche, enseignante.

Jean-Claude Chailley, responsable associatif.

Lucien Jallamion, retraité des Postes, secrétaire national de R&S.

Dominique Poirier, agriculteur.

Léa Latouche, syndicaliste étudiante.

Béatrice Durand, secrétaire général de R&S Paris.

Alain Bergeot, militant syndical.

Alain Bellaiche, philosophe.

Martial Dubus, cuisinier.

Damien Bastid-Neveu, libraire.

Jean-Pierre Fourré, directeur des éditions Matignon. J

ean Vigreux, universitaire, directeur de la Maison des sciences de l’homme.

 

Soutenir la campagne
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3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 19:08
Portrait de candidat : Gilbert Garrel, syndicaliste cheminot

J’ai accepté d’être candidat sur la liste conduite par Ian Brossat parce qu’il est, à mon sens, impératif de faire mesurer aux citoyen·ne·s français·es que cette Europe qui leur semble si loin conditionne, dans les faits, la majeure partie de leur quotidien.

Il est nécessaire de faire prendre conscience à toutes celles et tous ceux qui souffrent des politiques d’austérité que cette situation n’est pas inéluctable, qu’elles et ils ont entre leurs mains la possibilité de faire bouger de manière tangible ces choix libéraux qui les percutent.

Dans mes responsabilités syndicales, j’ai mené le combat avec les cheminots contre les quatre paquets ferroviaires européens qui furent traduits avec zèle dans la loi française par les gouvernements successifs depuis la fin des années 90. Dans cette lutte pour la défense du service public ferroviaire national, de l’entreprise publique SNCF et des acquis sociaux des cheminots, je n’ai trouvé que trop peu d’alliés dans le champ politique.

Si l’on prend la dernière période, et le quatrième ferroviaire qui induit la libéralisation complète du transport ferré de voyageurs, le seul groupe parlementaire européen qui a écouté les syndicats de cheminots, qui a pris en compte leurs propositions alternatives, qui a traduit ces aspirations en amendements pour les porter avec force et conviction, ce sont les députés du groupe de la GUE/NGL où siègent les parlementaires communistes français. Ce sont les seul·e·s qui n’ont pas capitulé face à la vague libérale, qui n’ont pas cédé aux lobbys. Ce sont les seul·e·s qui ont porté la vision progressiste de bâtir un transport ferroviaire européen, dans le cadre d’un service public dû aux populations, construit sur la base d’une coopération entre les États membres et leurs entreprises nationales.

Leur utilité fut grande. Par leurs amendements gagnés, le texte définitif n’impose à aucun État européen de libéraliser ses chemins de fer. La loi française que les cheminots ont combattue avec courage au printemps dernier n’est que le fruit de choix politiques du gouvernement Philippe et de Macron. Il ne faut pas oublier que ce texte ne fut voté qu’avec un écart de 24 voix sur 702 votants. Cela fait ressortir deux éléments :

1- Le travail acharné qu’ont mené ces parlementaires pour gagner une à une les voix d’opposition.

2- Si nous avions eu plus d’élus dans le camp de la vraie gauche, ce texte aurait été rejeté.

Je pense que c’est à partir de tels exemples concrets que nous parviendrons à convaincre de l’utilité de leur vote celles et ceux qui ont tendance à vouloir tourner le dos à ces élections pour marquer leurs désaveux des politiques européennes. Avec les défauts que nous lui connaissons, ce scrutin est à la proportionnelle ; c’est donc une occasion unique que chaque électrice et électeur puisse voir son vote se traduire par une représentativité.

Depuis début avril, j’ai eu le plaisir de répondre à diverses sollicitations pour des initiatives de campagne. Je sens chez les camarades un regain de confiance et une fierté de s’engager derrière des candidats qui sont un réel reflet de la société. « La constitution de notre liste est le miroir de ces citoyen·ne·s si mal traité·e·s par les politiques libérales », « notre chef de file nous rend fiers d’être communistes ». Voilà les mots que j’entends lors de ces belles rencontres.

Comité de soutien finistérien à la liste aux élections européennes du PCF conduite par Ian Brossat: rejoignez le comité de soutien!

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3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 19:02
Événements du 1er Mai : le ministre de l'Intérieur doit être convoqué par les commissions des lois du Parlement
Événements du 1er Mai : le ministre de l'Intérieur doit être convoqué par les commissions des lois du Parlement

Communiqué commun d'Eliane ASSASSI Présidente du groupe CRCE (Communiste républicain citoyen écologiste)

 et d'André CHASSAIGNE, Président du groupe GDR    

 

La manifestation parisienne du 1er mai, qui a rassemblé des dizaines de milliers de manifestant.e.s pacifiques, a été le lieu de violentes interventions des forces de l'ordre sans discernement. Les casseurs, dont la présence avait pourtant été annoncée par le ministère de l’Intérieur et dont nous réprouvons les violences, n'ont nullement été isolés, mais à plusieurs reprises, confondus par les forces de l’ordre avec les manifestants. Fait inédit, le carré de tête syndical de la manifestation a lui-même été disloqué un temps par cette intervention. La doctrine à l'œuvre engage clairement la responsabilité du ministre de l'Intérieur.

Déjà l'an dernier, les explications demandées n'étaient jamais venues, jusqu'à ce qu'éclate l'affaire Benalla. Hier, Monsieur Castaner, a fait état d'une information, révélée fausse par la presse, affirmant que l'hôpital de la Pitié-Salpétrière avait été « attaqué » et son personnel soignant « agressé » alors même que les manifestant.e.s pacifiques qui ont pénétré dans l'enceinte de l'hôpital fuyaient simplement la répression aveugle qui s'abattait sur eux. Ce mensonge intervient alors que depuis décembre Monsieur Castaner a délibérément misé sur les tensions pour isoler en vain le mouvement social de l'opinion publique créant un climat de violence. Trop, c'est trop !

Après le vote de la loi dite « anticasseurs », ces deux événements témoignent de la gravité des atteintes au droit de manifester, droit constitutionnel dont l’État doit être le garant.

Le ministre de l’Intérieur participe volontairement à l’aggravation des tensions, déjà nourries par le refus du Chef de l’État et du gouvernement d’entendre les aspirations populaires. Il se révèle comme un provocateur et un manipulateur, indigne des missions de maintien de l’ordre public et de respect des libertés relevant de sa responsabilité. Sa crédibilité est entachée.

Nos groupes à l'Assemblée nationale et au Sénat appellent à un changement immédiat de la doctrine qui régit l'action des forces de l'ordre. Ils demandent la convocation dans l'urgence du ministre de l'Intérieur par les commissions des lois du Parlement et la création d'une commission d'enquête parlementaire pour que toute la lumière soit faite sur les événements du 1er mai dernier.

Eliane ASSASSI, Présidente du groupe CRCE                                                                      

André CHASSAIGNE, Président du groupe GDR      

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 20:15
Disparition. Julien Lauprêtre, celui pour qui  les pauvres ne doivent pas baisser la tête (Olivier Chartrain, 29 avril, L'Humanité)
Disparition. Julien Lauprêtre, celui pour qui «   les pauvres ne doivent pas baisser la tête »
Lundi, 29 Avril, 2019

Il dirigeait le Secours populaire français depuis 1955 : Julien Lauprêtre s’est éteint à Paris, vendredi 26 avril. Il avait su donner à l’ancien « Secours rouge » l’élan qui en fait aujourd’hui l’une des plus importantes organisations de solidarité françaises.

«J’avoue que j’ai vécu. » En citant le grand poète chilien Pablo Neruda, dans une interview donnée à l’Humanité en 2003, Julien Lauprêtre résumait du même coup sa propre existence : une longue aventure, faite d’engagement et de fidélité à la lutte contre l’injustice. Celui qui vient de s’éteindre vendredi, à 93 ans, alors qu’il était hospitalisé après une chute, était entré au Secours populaire français (SPF) au cours du terrible hiver 1954. Il s’agissait alors de donner un coup de main, « pour quelques semaines ». Un an plus tard, il en devenait le secrétaire général, puis le président en 1983. Soixante-cinq ans au service de ce qui est devenu, sous son impulsion, l’une des plus grandes associations françaises de solidarité, présente sur tous les fronts et dans le monde entier, avec 80 000 bénévoles et plus d’un million de donateurs.

Né le 26 janvier 1926 dans le 12e arrondissement, où ce véritable « titi » parisien a toujours vécu, le jeune Julien a donc 10 ans au moment du Front populaire. Son père, Jean, blessé au cours de la Grande Guerre, est cheminot et communiste ; sa mère, Marie, travaille dans une conserverie de poisson. Cet été-là, il découvre la mer à l’île de Ré, grâce au Secours ouvrier international – qui deviendra le Secours populaire en 1945. Il y fait aussi, déjà, la connaissance de Jeannette, qui deviendra sa femme dix ans plus tard, et d’enfants allemands, espagnols ou italiens dont les parents ont été chassés de leurs pays par les régimes fascistes qui s’y étaient installés.

C’est peut-être dans ces rencontres que s’est enraciné son combat pour le droit de tous aux vacances, concrétisé par les Journées des oubliés des vacances qui, chaque année, permettent à des milliers d’enfants – et de familles – de partir au moins une journée. C’est certainement là que se trouve aussi la source de Copain du monde, créé en 1992 pour faire se rencontrer des enfants de tous les pays. Rien ne rendait plus fier le président du SPF que de voir ainsi, dans un de ces « villages » organisés chaque été, des enfants palestiniens hébergés avec des enfants israéliens, ou des enfants marocains et sahraouis jouer ensemble au foot.

De l’injonction de Missak Manouchian, qu’il a côtoyé sans le savoir en 1943 dans les geôles de la préfecture de police de Paris, à « continuer la lutte contre l’injustice », Julien Lauprêtre, ce jeune résistant de 17 ans, a fait la ligne conductrice de sa vie. Ainsi expliquait-il en 2015 dans nos colonnes, pour les 70 ans du SPF : « Notre vision de la solidarité, c’est que ceux qui donnent et ceux qui reçoivent participent de la même initiative. Ainsi parfois des donateurs d’hier se retrouvent demandeurs de notre aide. Et inversement, des personnes qui ont eu besoin de la solidarité s’en sortent grâce à elle et deviennent à leur tour des gens actifs au Secours populaire. Nous créons ainsi les conditions d’une nouvelle résistance et renforçons la citoyenneté. C’est l’idée que les pauvres ne doivent pas baisser la tête. »

C’est aussi au nom de cette conception de la solidarité que ce communiste de toujours – il fut membre du comité central du PCF de 1970 à 2000 – s’efforçait de combattre l’opposition, jugée artificielle, entre action politique et action humanitaire. Il s’en expliquait en 2007 dans l’Humanité Dimanche : « Aider en urgence ceux qui en ont le plus besoin, c’est énorme pour ces personnes. Quand on n’est pas concerné, cela peut sembler accessoire. Ce n’est pas du tout le cas quand vous êtes au fond du trou. Nous tenons les deux bouts de la chaîne : la solidarité populaire, indispensable pour la sauvegarde d’urgence des personnes, et l’action pour que les pouvoirs publics prennent les mesures visant à supprimer les causes de la pauvreté. » Pour lui, le SPF devait être un « aiguillon » qui s’efforce non de se substituer aux carences des pouvoirs publics, mais de les mettre devant leurs responsabilités.

Alors que sous son impulsion le Secours populaire est devenu une association gigantesque, intervenant lors d’une catastrophe naturelle à l’autre bout du monde comme dans les quartiers de nos villes, entraînant dans son action stars et multinationales, présidents de la République et champions sportifs, il ne manquait pas de rappeler que, parmi tous ces partenaires, « le premier fut l’Huma ». « Aussi loin que remontent mes souvenirs, racontait-il, je revois mon père Jean apporter l’Huma à la maison. Jusqu’à son dernier souffle, il l’a diffusé place Rambouillet, son quartier du 12e ​​​​​​​arrondissement. » Un long compagnonnage grâce auquel notre journal, de reportages en appels à la solidarité, de numéros solidaires en hors-séries spéciaux, a permis à ses lecteurs de partager les combats du Secours populaire.

Julien Lauprêtre a passé des années à dénoncer et à combattre ce qu’il nommait le « raz-de-marée de la pauvreté », qui n’a cessé de prendre de l’ampleur, sans jamais baisser les bras ni perdre l’espoir, suivant en cela scrupuleusement le conseil de Manouchian. Son décès amènera forcément une page d’histoire à se tourner. Mais soyons assurés qu’il est parti en sachant qu’ils sont des milliers, après lui, pour continuer à porter ce combat. Et un jour, le remporter.

Olivier Chartrain
Disparition. Julien Lauprêtre, celui pour qui  les pauvres ne doivent pas baisser la tête (Olivier Chartrain, 29 avril, L'Humanité)
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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 20:12
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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 20:09
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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 07:03
Vente d'armes au Yemen: l'exécutif fait donner la DGSI - Pierre Barbancey, L'Humanité, 26 avril 2019
Vente d’armes. Contre la presse, l’exécutif fait donner la DGSI
Vendredi, 26 Avril, 2019

Le ministère des Armées a déposé une plainte après la publication d’une note classée « confidentiel défense » évoquant l’utilisation d’armes françaises au Yémen.

Au ministère des Armées, à Paris, un seul mot d’ordre : « Branle-bas de combat ! » La Grande Muette, comme on surnomme l’armée française, n’aime pas qu’on mette le nez dans ce qu’elle considère être « ses » affaires. Quoi, de vulgaires civils voudraient avoir leur mot à dire sur les opérations extérieures et les ventes d’armes aux pays amis ? Pas question. Les biffins vont montrer de quel bois ils se chauffent à ces insolents de journalistes qui osent enquêter sur leurs activités. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour « compromission du secret de la défense nationale » après la transmission à un média d’une note classée « confidentiel défense » évoquant l’utilisation d’armes françaises au Yémen.

Des chars Leclerc utilisés

Cette enquête a été initiée le 13 décembre 2018 à la suite d’une plainte du ministère des Armées, et les investigations ont été confiées à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a précisé une source judiciaire. Elle vise une compromission impliquant une personne dépositaire et par un tiers. La note en question – un rapport d’une quinzaine de pages révélé le 15 avril par le média en ligne Disclose, qui dit l’avoir reçu en octobre 2018 – aurait été rédigée le 25 septembre 2018 par la Direction du renseignement militaire (DRM). Elle répertorie notamment les armes vendues par la France qui seraient déployées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen, théâtre d’un conflit meurtrier depuis 2015.

La révélation faite par Disclose, en partenariat avec Arte Info, la cellule investigation de Radio France, Konbini, Mediapart et The Intercept, montre notamment que des chars Leclerc, l’un des fleurons de l’armement français, sont utilisés dans les offensives menées par les Saoudiens et les Émiratis. Outre les chars Leclerc (dont l’utilisation aurait fait au moins 55 morts civils), il faut ajouter les 48 canons Caesar (35 morts civils au moins), les pods Damoclès (dispositifs de ciblage), les avions de chasse Mirage 2000-9, les hélicoptères Cougar et Dauphin, ainsi qu’une frégate et une corvette lance-missiles (de fabrication française) qui participent au blocus naval du port d’Hodeïda, affamant ainsi la population.

On comprend que le gouvernement d’Édouard Philippe soit d’autant plus monté au créneau, sabre au clair si l’on peut dire, sous l’œil attentif du général en chef Emmanuel Macron, que jusqu’ici Paris affirme que ces armements ne sont utilisés que de manière défensive « et pas sur la ligne de front », dans cette guerre qui a fait au moins 10 000 morts. Toute personne normalement constituée se doute bien que si Riad achète des armes alors qu’elle est engagée dans un conflit, ce n’est pas pour les garder dans des caisses ou des hangars, mais bien pour s’en servir et tuer. C’est à cela que servent des armes.

L’Élysée et Matignon sont gênés aux entournures. Ils sont pris la main dans le pot à miel. Pour que le remarquable travail de nos confrères ne fasse pas école, il convient donc d’utiliser la force de dissuasion. En l’occurrence, Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, cofondateurs de Disclose, ainsi que Benoît Collombat, de la cellule investigation de Radio France, sont convoqués le 14 mai par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Avec cette précision inscrite noir sur blanc dans la convocation : l’infraction dont sont soupçonnés les journalistes est « un délit puni d’une peine d’emprisonnement ». Pour Geoffroy Livolsi, « cette enquête judiciaire n’a qu’un seul objectif : connaître les sources qui nous ont permis de faire notre travail. C’est une atteinte à la liberté de la presse et à la protection des sources des journalistes ». De leur côté, les rédactions des médias incriminés notent que « les documents confidentiels révélés par Disclose et ses partenaires présentent un intérêt public majeur. Celui de porter à la connaissance des citoyens et de leurs représentants ce que le gouvernement a voulu dissimuler ». La quasi-totalité des sociétés de journalistes (SDJ) en France ont apporté leur soutien à leurs trois confrères et rappellent « à quel point il est indispensable de renforcer en France la protection des sources ».

Le PCF plaide pour un embargo

Il s’agit bien de liberté de la presse. Mais aussi d’opacité de la politique étrangère de la France, qui voudrait faire commerce de la mort sans rendre de comptes à quiconque. Car, si les journalistes mènent de telles investigations, c’est d’abord parce que même la représentation nationale est tenue à l’écart. Ni les députés ni les sénateurs, particulièrement ceux qui siègent à la commission Défense, ne peuvent faire état des informations dont ils disposent. Et « l’attribution des licences d’exportation est entièrement aux mains de l’exécutif », comme le rappellent des parlementaires communistes, socialistes et FI dans une tribune publiée le 19 avril dans Libération, en demandant « la mise en place d’une délégation parlementaire qui participera au processus de décision » pour l’attribution de ces licences d’exportation. Rappelons qu’entre 2015 et 2017, ce sont près de 3,4 milliards d’euros d’armement qui ont été livrés à l’Arabie saoudite. Dès octobre 2018, le PCF plaidait pour un embargo à effet immédiat des ventes d’armes françaises aux membres de la coalition conduite par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen. Des dizaines d’ONG réclament également l’arrêt des ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Si l’argent n’a peut-être pas d’odeur, les corps déchiquetés des enfants yéménites en ont assurément une.

Pierre Barbancey
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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 17:14
Ian Brossat à Rennes (photo France Chapa)

Ian Brossat à Rennes (photo France Chapa)

Ian Brossat est tête de liste du PCF pour les élections européennes. Une tache compliquée dans un contexte de morcèlement des candidatures considérées comme étant de gauche, après des élections difficiles et un congrès tumultueux pour sa formation. L’aisance médiatique et la prestation remarquée de cet ancien professeur de français redonnent pourtant le sourire aux militants communistes puisqu’il a pratiquement remporté un premier pari : redonner un peu de visibilité au PCF. (...)

Le Vent Se Lève – Dans le cadre des élections européennes, il y a toute une série de candidats classés à gauche : Jadot, Hamon, Aubry ou encore Glucksmann. Quelle est la particularité de votre candidature par rapport à ces différents candidats ? Dans les débats on ne voit pas forcément de démarcation franche.

IB – D’abord, ce ne sont pas des candidatures, ce sont des listes. Ce sont des listes qui sont constituées de 79 noms, d’hommes et de femmes. Personnellement, je conçois cette campagne comme une campagne collective. Pour le reste, j’ai d’abord une première remarque. Il y a effectivement beaucoup de dispersion à gauche avec une multiplication du nombre de listes, sans doute liée au mode de scrutin. C’est un scrutin proportionnel, à un tour, et c’est le seul scrutin national de ce type. Ceci ne favorise pas les rassemblements. La deuxième remarque, c’est que la particularité du parti communiste dans cette campagne, c’est sa cohérence sur la question européenne. Le PCF a rejeté tous les traités européens sans exception. C’est une constance que personne ne pourra nous enlever. Nous avons voté contre l’Acte unique en 1986. Nous avons voté contre le Traité de Maastricht. Nous avons voté contre le Traité constitutionnel européen. Pour nous c’est une position constante, non pas par refus de l’Europe mais parce que nous avons perçu très tôt l’ADN libérale de cette Union européenne. Ainsi sur cette question européenne, nous n’avons jamais menti, jamais fait croire que l’on pourrait construire une Europe sociale avec des traités européens qui disent tout l’inverse, de manière explicite. Troisièmement, c’est le choix de présenter une liste à l’image de la société française : 50 % d’ouvriers et d’employés, avec une représentation très forte du monde du travail tel qu’il est aujourd’hui. Nous avons en deuxième position de notre parti une ouvrière textile, Marie-Hélène Bourlard ; des ouvriers en lutte comme Franck Saillot, de la papeterie Arjo Wiggins, ou Nacim Bardi d’Ascoval ; et puis aussi des secteurs ubérisés que l’on voit peu dans le monde politique comme Arthur Hay, qui est livreur à vélo et qui a créé le premier syndicat des livreurs ; ou encore un salarié d’Amazon Khaled Boucharjra. Nous avons eu la volonté de représenter le monde du travail sur notre liste pour une raison simple : depuis trop longtemps maintenant, l’UE est la propriété des banques et de la grande bourgeoisie. Il nous semble important d’envoyer au Parlement des combattants et des hommes et femmes qui sont très différents des personnes qui ont l’habitude de siéger au Parlement européen.

LVSL – Le PCF a connu des mouvements récents avec l’élection de Fabien Roussel. L’analyse habituelle de du dernier congrès est qu’il a confirmé la volonté du PCF d’exister par lui-même. Partagez-vous cette analyse ?

IB – Oui. Le PCF a vocation à exister dans le paysage politique. Il a souffert ces dernières années de n’avoir pas été suffisamment investi. On peut ne pas aimer l’élection présidentielle, mais c’est l’élection structurante de la vie politique française. Le fait d’avoir été absent à deux reprises de l’élection présidentielle nous a compliqué la tâche. Je suis militant communiste depuis l’âge de 17 ans. Dans le cadre de cette campagne, je parcours le territoire. J’ai fait plus de 5 ans de déplacements dans des centaines de départements et à chaque fois que je suis au contact des militants de notre parti, je me dis que le PCF mérite mieux que l’image que beaucoup de gens en ont. C’est un parti d’une richesse incroyable composé d’hommes et de femmes désintéressés, généreux, qui se battent pour leurs idées, qui ne cherchent pas à faire carrière. Dans un monde politique où chacun pense d’abord à lui, j’ai une admiration sans bornes pour ces militantes et militants. Ce que nous souhaitons effectivement, c’est que cette force militante là puisse se voir à l’échelle nationale. Cela suppose que le PCF soit présent aux élections nationales.

LVSL – Cela implique donc une candidature du PCF seul…

IB – Seul, je n’en sais rien. En tous cas le PCF a vocation à être présent à toutes les élections nationales et a vocation à retrouver sa place dans le paysage politique. Ça j’en suis convaincu. Je ne le dis pas avec un raisonnement opportuniste. Mais je suis convaincu que le PCF peut être utile pour la période que nous traversons. C’est une période politiquement très confuse. Le PCF peut être un repère, car composé d’hommes et de femmes fiables qui ne changent pas d’avis comme de chemise, qui n’ont pas de convictions à géométrie variable. L’autre jour, je me suis fait la réflexion lorsque j’étais au débat de France 2. J’étais entouré de gens qui appartiennent à des partis qui, soit n’existaient pas il y a quelques mois, ou soit ont changé de nom. Finalement, j’étais le seul à être représentant d’un parti qui n’est pas né hier et qui ne disparaitra pas demain. Le PCF défend ses convictions dans la durée.

LVSL – À propos de ce débat, une grande partie des français vous a découvert. Les observateurs ont signalé une bonne prestation de votre part. On sait que l’aisance médiatique a longtemps fait défaut au PCF, du moins ces dernières années. On l’a vu aussi au dernier Congrès, avec une bifurcation stratégique qui consiste à vouloir remettre un peu d’incarnation dans votre projet. Quelle a été votre stratégie auprès des grands médias audiovisuels ?

IB – Ce serait prétentieux de dire que l’on a élaboré une stratégie pour être médiatisé. En l’occurrence pour France 2, on s’est surtout battus pour être présents, ce qui n’était pas prévu au départ. Or moi j’étais convaincu qu’il fallait qu’on y soit et que ce débat serait structurant puisque même s’il a été peu regardé, c’était le premier débat des élections européennes. Si nous avions été absents de ce premier débat, cela aurait engendré une multiplication de débats dont nous aurions été absents par la suite. La stratégie que nous avons eue à ce moment-là a été de le traiter par l’humour plus que par l’agressivité, notamment par des vidéos avec des chats qu’ont diffusées les militants communistes. Cela a été une stratégie payante. Nous avons bien fait de faire comme ça.

LVSL – Mais jusqu’alors, il y avait au PCF un certain refus de la personnalisation. Or aujourd’hui il y a un retour de la visibilisation par l’incarnation du projet, ce qui semble être une rupture vis-à-vis des dernières années…

IB – C’est une question redoutable. Le PCF se bat pour que le pouvoir soit partagé entre un nombre de mains plus important. Et donc marier cette conviction là avec la nécessaire incarnation politique, cela vous confronte à des contradictions importantes. Je pense que l’on est contraint de tenir compte des règles du jeu. On ne joue pas au tennis avec un ballon de football. Il faut tenir compte des réalités. Moi j’assume la part d’incarnation qu’il y a dans la politique. Parce que la politique est ainsi faite aujourd’hui, on ne peut pas passer à côté de cette réalité-là si on veut changer la société.

LVSL – Sur des aspects plus programmatiques, nous avons noté lors du débat sur France 2 que vous aviez déclaré que la pratique libérale de l’UE n’était pas compatible avec les traditions et les valeurs françaises. Selon vous, il ne faut pas que l’UE entraîne les peuples sur une voie qu’ils n’ont pas choisie en matière économique et sociale. Et dans un tout autre domaine, c’est justement un argument qui est employé aussi par des gouvernements d’extrême droite, lorsqu’ils refusent d’accueillir des migrants. Est-ce que le droit européen est à géométrie variable sur les questions économiques et non sur les droits fondamentaux ?

IB – Tel que je le conçois moi, oui bien sûr. Je dirais qu’on ne peut pas traiter la question des droits fondamentaux de la même manière que les questions économiques. Mais surtout je voudrais insister sur un point. La France, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, a élaboré un modèle économique différent avec un secteur public puissant adossé à des entreprises puissantes qui disposaient d’un monopole dans certains secteurs. Dans le domaine de l’énergie, dans le domaine du transport ferroviaire et dans le domaine des télécoms, par exemple. Parce que, à l’époque, le gouvernement, sous l’impulsion du Conseil National de la Résistance, avait considéré que ces secteurs n’avaient pas vocation à être livrés aux marchands, parce que ce sont des réponses à des besoins fondamentaux. À partir de là, on a considéré qu’il appartenait aux pouvoirs publics de prendre en charge ces secteurs. Ce système donnait satisfaction : il permettait un – relatif – égal accès à ces droits fondamentaux ; il permettait un maillage territorial. Et là-dessus est intervenue l’UE. De manière dogmatique, l’UE nous a contraints de mettre en concurrence ces services publics. L’UE va au bout de cette démarche puisque d’autres secteurs qui avaient jusque-là échappé à cette mise en concurrence risquent d’y être confronté, notamment les barrages hydrauliques.

Cela pose une question : est-ce que nous acceptons que l’UE nous fasse entrer de force dans un moule libéral ? Je me dis que c’est insupportable. Tout pays dans ce cas-là devrait faire valoir une clause spéciale de non régression. C’est-à-dire que nous devrions pouvoir dire à la Commission européenne : « vous nous pourrissez la vie avec vos directives, nous avons un système qui fonctionne bien et donc laissez nous développer notre propre modèle économique ». En somme, l’UE doit accepter l’idée qu’en son sein puissent cohabiter des modèles économiques différents. Et je pense que l’UE se meurt aujourd’hui d’être incapable d’accepter cette diversité. La voie que nous proposons est donc la plus pragmatique. J’insiste sur un point. Ça ne peut marcher qu’à une seule condition, c’est que nos entreprises publiques ne doivent pas elles-mêmes, dans le modèle que je propose, aller chercher à récupérer des marchés dans d’autres pays de l’UE. C’est ça qui doit cesser. Le cœur de métier de ces entreprises doit être de s’occuper de ces services publics, en France. Si nous faisons valoir ce système de clause de non régression, il faut évidemment qu’il y ait une réciprocité. C’est-à-dire que la SNCF devrait pouvoir disposer d’un monopole en France mais ne doit pas elle-même concurrencer des entreprises publiques ailleurs. J’en viens à l’autre question qui pointait une éventuelle contradiction. Comment peut-on, dans ce contexte, dire à la Pologne qu’elle doit prendre sa part à l’accueil des réfugiés ? La Pologne reçoit 12 milliards d’euros chaque année de l’UE. Dès lors elle ne peut pas considérer que les pays du Sud devraient assumer seuls la charge d’accueillir les réfugiés. Là encore le principe qui s’applique est celui de la solidarité. Elle fonctionne dans les deux sens : si l’UE verse 12 milliards d’euros à la Pologne, la Pologne se doit en échange d’assumer sa part de l’accueil des réfugiés.

LVSL – À propos de la possibilité de développer un modèle différent au sein de l’UE, outre les services publics, quels domaines pourraient être concernés ? En termes de directives, nous pensons par exemple aux travailleurs détachés ou à la question du protectionnisme ; les GAFAS, les investissements chinois ou américains… quel est le modèle que vous proposez ? À quelle échelle envisager le protectionnisme ?

IB – Le PCF s’est longtemps battu autour du slogan Produisons français. J’assume parfaitement ce slogan. Et je veux que la France reste une terre de production agricole comme de production industrielle. Or force est de constater que le fonctionnement de l’UE conduit au fait que la France risque d’être, demain, un pays sans usines. Et nous voyons bien à quel point les règles qui s’appliquent à l’échelle de l’UE, par exemple la règle de la concurrence libre et non faussée, conduisent à une désindustrialisation de notre pays en l’absence d’harmonisation sociale. Je suis donc favorable à ce qu’au moins dans les marchés publics, nous puissions instituer une clause de proximité. Il devrait être possible de choisir de privilégier les entreprises qui produisent en France. Typiquement, j’ai rencontré en début de semaine les salariés de Saint-Gobin, en Meurthe et Moselle, cette entreprise ne fonctionne que par la commande publique (ils fabriquent des canalisations d’eau). Et aujourd’hui dans les marchés publics ils sont mis en concurrence avec des entreprises qui produisent en Inde ou en Europe de l’Est. Or pour le moment nous n’avons pas la possibilité d’instituer des clauses de distance. Idem dans les cantines scolaires où on ne peut pas privilégier des produits alimentaires issus d’exploitations à proximité du lieu où ils vont être mangés, ce qui est absurde. Ce serait, à mon sens, juste et légitime de rompre avec ces règles de libre concurrence non-faussée.

LVSL – Et sur les travailleurs détachés par exemple ?

IB – Sur les travailleurs détachés, il y a eu un certain nombre d’avancées malheureusement trop timides bien que le principe « à travail égal salaire égal » soit censé être respecté. En revanche la question des cotisations sociales n’est toujours pas réglée puisque l’ouvrier polonais qui travaille en France paie ses cotisations sociales à la mode polonaise, comprendre moins élevées qu’en France. Donc il y a toujours une forme de concurrence déloyale qui s’applique. Le principe auquel je suis favorable est le suivant : un travailleur polonais qui travaille en France devrait être protégé de la même manière qu’un travailleur français.

LVSL – Vous n’êtes donc pas pour l’abolition du travail détaché tout court ?

IB – Je suis favorable au principe suivant : travail en France, contrat français. Ce qui revient à son abolition.

LVSL – Est-ce que la clause de distance s’appliquerait en intra européen ou vis-à-vis de l’extérieur de cette zone ?

IB – En intra européen. Parce que j’ai bien vu la gigantesque arnaque de la proposition de Macron, dans sa lettre aux citoyens d’Europe. Non content de s’être adressé aux citoyens français, dans le cadre du grand débat national, il s’est aussi adressé aux citoyens d’Europe dans une belle missive. Il dit qu’il faut une préférence européenne dans les marchés. Mais ça ne règle rien puisque, aujourd’hui, notre industrie se délocalise en Pologne ou en Roumanie. Vous pouvez instituer une préférence communautaire, mais ça ne change rien.

LVSL – C’est probablement parce que c’est plus facile à faire passer qu’en intra-européen…

IB – C’est logique. Dès lors qu’il ne veut pas rompre avec les traités européens, il est logique qu’il dise cela. Mais cela ne règle rien. Quand je vois que les rames de métros et de RER qu’on vient de lancer dans le cadre d’un marché public confié à Alstom, vont en réalité être fabriquées en Pologne et en Tchéquie, c’est du délire. L’argent du contribuable devrait permettre de développer ceci en France. D’un point de vue environnemental, quel est le sens de promener des rames de métro de Pologne en France, et inversement ?

LVSL – Ces élections européennes ont lieu dans un contexte qui est un peu inédit. On voit du côté des américains des signaux très protectionnistes avec Trump qui veut taxer le vin, le fromage, les voitures… qui met des freins à la mondialisation telle qu’elle s’était construite jusqu’ici d’une certaine façon. D’autre part la situation au Royaume Uni avec le Brexit qui a encore été reporté. Ce report a provoqué une montée de Farage qui est donné à plus de 25 % dans les sondages pour les européennes. Enfin, on voit l’Italie faire un virage illibéral après la Pologne et la Hongrie. Il y a une vague réactionnaire très forte qui touche un certain nombre de pays européens. Ce sont des nouvelles menaces d’instabilité qui se généralisent partout dans le monde. Dans ce contexte de demande de protection, quelle doit être l’attitude des parlementaires européens, mais aussi de la France ?

IB – D’abord je partage l’idée que nous vivons un moment particulier avec une remise en cause de la fable de la mondialisation heureuse. Ceux qui chantaient les louanges de la mondialisation ont bien du mal aujourd’hui à continuer sur ce ton-là, parce que cela ne convainc plus personne. Cela dit, Macron continue malgré tout à défendre son modèle libéral. Face à Trump, le cœur du message qu’il a développé, c’est la défense du libre-échange. La manière dont Macron cherche à structurer le débat en vue des élections européennes, avec d’un côté l’extrême droite qu’il désigne comme son principal adversaire, et de l’autre lui et ses amis libéraux, me laisse penser que c’est une alternative un peu faussée. Disons que la remise en cause de la mondialisation heureuse peut conduire au pire comme au meilleur. La voie que nous propose Trump est une voie réactionnaire. En même temps, cette remise en cause pourrait ouvrir la voie à une autre idée, celle que nous devons défendre un nouveau modèle de société à l’échelle de la France et de l’Europe. La souveraineté européenne défendue par Macron est quand même une vaste fumisterie à mes yeux. Il ne propose rien d’autre que la soumission au marché.

LVSL – La France a pourtant récemment voté contre l’ouverture de négociations de libre-échange avec les États-Unis…

IB – Oui enfin la France continue de négocier tous les jours des accords de libre-échange. C’est le principe même du libre-échange, qui est d’ailleurs contraire à la défense du climat. Il faudrait renoncer à ces traités avec l’ensemble des pays et non pas seulement avec les pays qui refusent de signer les accords sur le climat.

LVSL – Revenons à la campagne. Vous avez dit tout à l’heure que votre candidature était plus une liste qu’une candidature. De votre côté, vous êtes un urbain et un lettré qui a fait l’ENS, et vous êtes adjoint à la Mairie de Paris. Tandis que Marie-Hélène, numéro deux sur la liste, est une ouvrière du Nord. Comment comptez-vous parler à ces deux électorats très différents ?

IB – Tout simplement, parce que les couches moyennes sont elles aussi les victimes des politiques libérales. Ce qu’on appelle les couches moyennes urbaines ce sont les enseignants, les agents de la fonction publique, les intermittents du spectacle. Et donc à mon sens la grande question qui se pose à nous, à gauche, une question stratégique qui n’est pas nouvelle, est l’alliance entre ces couches moyennes et les catégories populaires. Moi je ne pense pas que nous ayons quoi que ce soit à gagner à construire un mur entre les catégories populaires et les couches moyennes urbaines. Je ne partage pas l’analyse selon laquelle ces deux électorats seraient incompatibles. Parce que nous sommes confrontés au même ennemi, aux mêmes politiques libérales. Nous devons au contraire tout faire pour construire une alliance !

LVSL – Mais comment ? Si l’on part du postulat que les demandes de ces catégories de populations sont a priori différentes… Par exemple la question de l’arrêt de la taxation de l’essence est une revendication qui parle moins aux classes urbaines qu’aux classes populaires des périphéries.

IB – Certes, mais les deux catégories ont intérêt à ce qu’on développe des transports publics qui fonctionnent et que ceux-ci soient moins chers. Je ne dis pas que les réalités sont les mêmes. Mais je ne pense pas pour autant que l’on puisse considérer que leurs sorts sont antinomiques.

LVSL – En parlant des tensions éventuelles entre ces deux catégories, on a vécu des mois exceptionnels avec le mouvement des gilets jaunes, qui a remodelé le champ politique. Parmi les revendications, il y a eu le RIC, une remise en cause de la représentation telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, et un rejet du clivage gauche-droite. À l’inverse, vous êtes très attachés à votre identité de gauche. Ne craignez-vous pas justement que cela ne vous empêche de vous adresser à cette France qui ne supporte plus la politique institutionnelle ?

IB – Le terme de gauche a été évidemment galvaudé et sali au cours des dernières années parce que certains ont appliqué une politique qui n’avait rien de gauche, tout en se prétendant de gauche, notamment au cours du quinquennat Hollande. Dans ce contexte, deux stratégies sont possibles : soit on décide de renoncer à ce terme, considérant qu’il est mort à jamais ; soit on considère qu’il est de notre devoir de lui redonner vie. Cela ne veut pas dire que je pointe du doigt ceux qui ont une autre stratégie, mais celle du PCF est qu’il faut redonner du sens à la gauche. Ceci n’est possible qu’à la condition de renouer avec les catégories populaires. Ma ligne est que nous sommes populaires pas populistes. Il nous faut nous adresser aux ouvriers, aux employés à ceux qui souffrent de ces politiques libérales appliquées à l’échelle de l’UE et de la France depuis 30 ans. Cela passe forcément par une représentation de ces catégories, y compris dans les institutions. Le PCF a ceci de particulier qu’il a été le premier dans l’histoire de France à permettre à des ouvriers d’entrer à l’Assemblée nationale, au Sénat, de devenir ministre. Nous cherchons à renouer avec cette tradition. Notre liste a été conçue comme cela. J’ai dit un peu vite que Marie Hélène serait la première femme à entrer au parlement européen. En réalité, ce serait la deuxième puisqu’il y a eu Jackie Hauffman qui a été élue au Parlement européen en 1979. Ce serait donc la deuxième fois. Je suis convaincu que le rôle du PCF c’est de travailler ça.

LVSL – Dans le numéro spécial du Monde Diplomatique sur la caractérisation des populismes, il y a une citation de Maurice Thorez en 1936 qui dit : « nous sommes le parti du peuple français », et non pas « de la gauche en France ». N’est-ce donc pas dans la racine du PCF de dépasser ce clivage ?

IB – Le PCF a fait les deux, parce que la construction du Front populaire a rassemblé jusqu’au parti radical de gauche. Il était basé sur l’idée du rassemblement de la gauche. On peut faire les deux. Je ne vois pas pourquoi on renoncerait à l’idée que la gauche a vocation à rassembler le peuple.

LVSL – Autre sujet. Au Parlement européen, pour l’instant, il y a un groupe qui s’appelle GUE-NGL dans lequel siège le PCF, aux côtés notamment d’autres partis européens comme SYRIZA ou la France Insoumise. Est-il possible et souhaitable de continuer dans un groupe commun avec ces deux formations politiques ?

IB – Si elles le souhaitent, oui ! Ce groupe est un groupe qui compte 52 membres, et qui a été long à construire. C’est le résultat d’un travail acharné de Francis Wurtz [ndlr, ancien député européen PCF de 1979 à 2009, président de la GUE-NGL]. Ce n’est pas facile de rassembler des formations de la gauche radicale qui ont des cultures, des identités et des positions diverses. Malgré tout, ce groupe a mené des batailles cohérentes comme sur le dumping social. Certaines batailles ont été couronnées de succès, comme par exemple sur la question des travailleurs de la honte. Notre combat a fait avancer des choses permettant d’éviter le pire. Donc ce groupe doit continuer à exister. Je préfère faire de la politique par addition plutôt que par soustraction. Malgré notre grande diversité, je pense qu’il est souhaitable que ce groupe continue d’exister.

LVSL – Souhaitable, oui, mais possible ?

IB – Cela je n’en sais rien. C’est en tout cas une question importante. Que gagnerait-on d’une dispersion supplémentaire à l’intérieur du Parlement européen ?

LVSL – Certaines personnes pensent qu’il y a un manque de cohérence au sein de ce groupe…

IB – Peut-être mais on est déjà tellement faible au sein de ce Parlement – ceci va peut-être évoluer suite aux élections, mais enfin aujourd’hui on est 52 sur 751 eurodéputés ! Que pèserions-nous si au lieu d’être 52 dans un groupe nous étions 52 dans deux groupes ? L’attachement à la cohérence ne doit pas conduire à un affaiblissement important face aux rapports de force présents dans le Parlement européen.

LVSL – Une de vos propositions est de réorienter l’investissement monétaire de la BCE des banques vers le financement public et l’écologie. Le fait est que la BCE est indépendante, et que le Parlement n’a aucun poids sur elle. Comment reprendre la main sur ce type d’institution ?

IB – C’est une honte. Notre argent échappe totalement au contrôle démocratique des citoyens d’Europe et même des parlementaires. Que peut faire le parlement ? Seuls, les parlementaires ne peuvent pas reprendre le contrôle sur la BCE. C’est un combat politique à mener. Ce doit être une revendication populaire. Cela doit devenir une question politique et que les députés européens de notre groupe ne soient pas les seuls à en parler au Parlement. On parle de 3000 milliards d’euros qui ont été prêtés aux banques privées au cours des 10 dernières années, sans aucune condition. On est dans un système fou avec une BCE qui continue avec les mêmes recettes qu’avant 2008. Il faut faire en sorte que cette question-là soit connue par d’autres. Mais on a quand même quelques expériences de batailles portées par nos députés européens, au départ minoritaires, et qui ont finies par devenir des batailles dont se sont emparés d’autres gens – l’évasion fiscale par exemple. C’était une question au départ assez limitée au cénacle d’experts. Cette question, portée par des députés et sénateurs français Eric et Alain Boquet, portée par des députés européens, est aujourd’hui une bataille dont on parle sur les ronds-points et dans les manifestations. Tout le monde en parle. Cela a conduit la Commission européenne, qui n’était pas toujours combattive sur le sujet, à faire en sorte qu’Apple rende de l’argent aux Irlandais, qui pourtant ne le souhaitaient pas.

LVSL – Il y a deux façons d’aborder la question de la démocratie au sein de l’UE : est-ce que l’on considère que c’est au Parlement de prendre le pouvoir et de contraindre la BCE, ou est-ce que c’est aux États membres d’avoir plus de pouvoir démocratique et donc de restreindre les marges de manœuvre de la BCE ? En d’autres termes, la question c’est celle-ci : faut-il renforcer le pouvoir du Parlement ?

IB – Nous sommes favorables à un renforcement du pouvoir du Parlement. Il faudrait que la BCE soit sous le contrôle démocratique du Parlement européen.

LVSL – À propos de votre vision de l’Europe. Le parti communiste parle « d’une union des nations et des peuples souverains, libres et associés ». N’y-a-t-il pas une contradiction dans ce slogan avec le fait de refuser une sortie des traités ? Quelle est votre stratégie ?

IB – Nous sommes favorables à une sortie des traités. Le PCF n’a voté aucun des traités européens. Aujourd’hui nous avons une stratégie en deux temps : premièrement il faut s’affranchir des traités européens. Les États devraient conduire leurs politiques indépendamment des contraintes contenues dans ces traités européens…

LVSL – Mais sortir des traités, n’est-ce pas sortir de l’UE ?

IB – C’est plutôt mener notre propre politique. Je suis convaincu que si la France pouvait mener sa propre politique, personne ne ferait sortir la France de l’UE. Nous devons mener notre propre politique. Si la France décidait de s’affranchir de ces traités européens, la question de la renégociation des traités irait de soi. Mais il faut quand même partir d’un constat : jamais les dirigeants français n’ont choisi d’emprunter la voie du rapport de force vis-à-vis de l’UE. Parce que les politiques de l’UE leur allaient comme un gant. C’est le cas pour Nicolas Sarkozy, c’est le cas pour François Hollande, et c’est le cas pour Emmanuel Macron qui est très favorable aux politiques libérales. Donc si nous nous sommes soumis à l’UE depuis plus de 20 ans, ça n’est pas parce que l’UE est puissante, c’est parce que nos chefs d’Etat étaient faibles. Ils ne cherchaient même pas à imposer leurs objectifs.

LVSL – Quand on regarde les négociations entre la France et l’Allemagne sur le Brexit, qui ont eu lieu au dernier Conseil le 10 avril, Macron a été extrêmement ferme. On sait aujourd’hui que les rapports entre la France et l’Allemagne se sont dégradés au Conseil. D’un côté Macron voulait un report qui soit le plus court possible, voire même pas de report du tout puisqu’il est partisan du No Deal. De l’autre côté, l’Allemagne veut vraisemblablement faire annuler le Brexit. Malgré sa volonté, Macron a dû reculer alors que la position de la France était soutenue par plusieurs États dont l’Espagne, la Belgique et l’Autriche. Comment envisager une nouvelle construction de l’UE, qui semble très difficile à faire bouger ?

IB – La position que défendait Macron, c’est-à-dire pousser à une sortie rapide sans deal, n’était de mon point de vue pas la bonne. C’est une bonne question. Sa stratégie à lui est de punir les britanniques. Je suis favorable à un Brexit avec deal. Je suis favorable à ce qu’on respecte le vote des Britanniques mais je ne suis pas favorable à ce que l’on punisse les britanniques, en faisant tout pour que le Brexit ait des conséquences catastrophiques.

LVSL – Mais les brexiters appelaient Macron à mettre son veto, le comparaient à De Gaulle…

IB – Mais lorsqu’on défend de telles positions, on n’est pas défendu par le peuple. Du coup, il ne crée pas un rapport de force qui est soutenu par tout le monde. Alors que si l’on avait en France un Président qui menait une belle politique de justice sociale – augmentation des salaires, retour des services publics, envoyer balader la Commission européenne avec sa règle des 3 %, instituer une clause de proximité dans les marchés publics… – il aurait un soutien populaire formidable. Il aurait alors un rapport de force vis-à-vis de la Commission européenne qui n’aurait rien à voir avec celui d’aujourd’hui.

LVSL – Si on prend le cas italien, le gouvernement a voulu négocier sur son budget à l’automne avec un appui dans les sondages d’environ 60 %, parce que la coalition a essayé de vendre, du moins médiatiquement, des dépenses budgétaires supplémentaires, des investissements dans les infrastructures… ils se sont aussi cassé les dents ! Ils ont réussi à grappiller 1,2 point de PIB de déficit supplémentaire, mais doivent rester sous les 3 %. Finalement, qu’est-ce que construire un rapport de force ?

IB – D’abord l’Italie n’est pas la France. Avec le mouvement des gilets jaunes, ce n’est pas Macron qui institue un rapport de force, c’est bien le peuple français. Certes, on aurait pu aller plus loin. Mais l’Allemagne aussi s’est un peu écrasée.

LVSL – Nous voulions juste mettre le doigt sur la dureté des relations à l’intérieur de l’Union européenne et donc sur la difficulté de subvertir une telle construction…

IB – Si la France menait une bonne politique, nous serions soutenus par une partie des Allemands.

 

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