Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 07:33

La Butte Rouge, journal de cellule PCF du Plateau Nord-Est (la Madeleine-Kerfraval-La Boissière- Vierge Noire) à Morlaix: avril 1987

C'était l'époque où les sections du PCF avaient encore des cellules bien vivantes et une capacité, grâce au nombre de militants et à leur motivation, mais aussi aux moyens financiers des sections, de sortir des bulletins quartiers par quartiers pour réagir et proposer au plus proche des préoccupations quotidiennes des gens.

La section PCF de Morlaix et sa cellule des quartiers du Plateau Nord-Est, animée entre autres par Jean-Luc et Annie Le Calvez, sortaient ainsi le premier numéro du Journal de quartier communiste "La Butte Rouge" en avril 1987 où il est question des revendications des boulistes, d'une alerte au rat à Troudousten, d'une pétition d'habitants contre le bruit du groupe électrogène du Supermarché de La Boissière, des caddies du supermarché qui se baladent dans le quartier et de la nécessité de consigner les caddies pour éviter ces désagréments avec une pièce de 10 francs comme d'autres supermarchés, de la défense de la Sécu et des remboursements médicaux, avec les propositions de financement des communistes, et de la défense de la 3ème classe de maternelle de l'école Emile Zola de la Vierge Noire, depuis disparue, par l'adjoint communiste aux Affaires Scolaires Alain David et des parents d'élèves qui se sont déplacés avec lui à l'inspection académique. Du local au global, le propre d'un Parti qui se veut populaire et proche des gens.

Dans ce numéro 3 de la Butte Rouge, daté de décembre 1987, même mélange de discours politique national (la campagne présidentielle de André Lajoinie, la résistance sociale aux politiques pro-patronales de la droite et du PS par la grande manifestation du 29 septembre, l'injustice des réformes fiscales) et local (la Poste à la Boissière, les voies d'accès de Ty-Dour au collège, à Pors-ar-Bayec, les transports en commun), avec un appel à la participation citoyenne: 

"Ce journal est aussi le vôtre. Ecrivez-nous, faites nous part de ce qui ne va pas dans votre quartier, dans votre rue. N'oubliez pas qu'un problème popularisé est à moitié résolu". 

   

 

Il y a 30 ans....avant le "Chiffon Rouge": "la Butte Rouge", journal de cellule morlaisien du PCF, se félicitait de l'ouverture du bureau de poste de La Boissière, de la création de l'escalier entre Ty-Dour et le collège, et défendait une politique de défense de l'emploi, contre la finance et avec la candidature Lajoinie
Il y a 30 ans....avant le "Chiffon Rouge": "la Butte Rouge", journal de cellule morlaisien du PCF, se félicitait de l'ouverture du bureau de poste de La Boissière, de la création de l'escalier entre Ty-Dour et le collège, et défendait une politique de défense de l'emploi, contre la finance et avec la candidature Lajoinie
Il y a 30 ans....avant le "Chiffon Rouge": "la Butte Rouge", journal de cellule morlaisien du PCF, se félicitait de l'ouverture du bureau de poste de La Boissière, de la création de l'escalier entre Ty-Dour et le collège, et défendait une politique de défense de l'emploi, contre la finance et avec la candidature Lajoinie
Il y a 30 ans....avant le "Chiffon Rouge": "la Butte Rouge", journal de cellule morlaisien du PCF, se félicitait de l'ouverture du bureau de poste de La Boissière, de la création de l'escalier entre Ty-Dour et le collège, et défendait une politique de défense de l'emploi, contre la finance et avec la candidature Lajoinie
Partager cet article
Repost0
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 07:00
Louis Aragon : « Tout ce qui sert la culture sert l’humanité dans sa marche ascendante »
JÉRÔME SKALSKI
LUNDI, 14 AOÛT, 2017
L'HUMANITÉ
Portrait de l'écrivain et poète français Louis ARAGON, alors âgé de 39 ans, le 9 décembre 1936.
Il est le nouveau lauréat du prix Renaudot, ainsi récompensé pour son roman LES BEAUX QUARTIERS.
CREDIT : L'HUMANITE
Portrait de l'écrivain et poète français Louis ARAGON, alors âgé de 39 ans, le 9 décembre 1936. Il est le nouveau lauréat du prix Renaudot, ainsi récompensé pour son roman LES BEAUX QUARTIERS. CREDIT : L'HUMANITE
 

Les grands discours de la République 21/34. 19 février 1937 à Argenteuil, conférence des maisons de la culture d’Île-de-France

Ce n’est un mystère pour personne qu’à l’heure qu’il est la grande majorité des intellectuels français a pris parti. Et par suite que les membres de nos organisations, comme c’est leur droit, ou appartiennent à divers partis ou sympathisent avec eux. Mais c’est là l’affaire de leur conscience, et non point condition d’entrée chez nous. Chez nous l’appartenance à un parti reste et doit rester une affaire privée.

Chez nous les discussions politiques, les divergences entre les partis n’ont point de place. Si elles se font jamais sentir, c’est vestige du passé, erreur individuelle, et qu’il faut durement, impitoyablement, combattre. Aussi comprendra-t-on que je répète ici qu’il serait inadmissible qu’une organisation culturelle prît ses directives auprès d’un parti politique quel qu’il soit mais que par contre il n’est que tout naturel qu’une telle organisation, soucieuse d’inscrire son activité dans l’action nationale du gouvernement de la France, vînt avec une grande fidélité et une loyauté qui ne doit pas se démentir, chercher ses directives auprès de ce gouvernement.

En demandant au ministre de l’Éducation nationale de se faire représenter à la présidence de la conférence d’Argenteuil, c’est bien là ce que nous avons voulu signifier et manifester hautement, nous autres fondateurs de la première maison de la culture et vos porte-parole et vos administrateurs. C’est aussi ce que nous vous demanderons tout à l’heure d’approuver ou de désapprouver par un vote, pour que le gouvernement de notre pays sache de façon sûre que ce ne sont pas là des paroles d’une direction mais la volonté impérative de notre organisation tout entière.

Cet esprit de discipline ne doit pas se traduire par un acte de soumission symbolique. Pour qu’il ne se borne pas à une déclaration platonique, il faut qu’il suscite d’abord un rajustement de notre activité aux conditions de l’heure présente, et tout premièrement une critique de notre activité passée.

Un rajustement de notre activité aux conditions de l’heure présente… cela veut dire, mes chers amis, un grand effort pour la maîtrise de la technique et la qualité de l’art, la littérature, la pensée, la science, cela veut dire un travail acharné pour le développement, le prolongement de la culture, cela veut dire un labeur de géants, pour la prospection des richesses du passé, pour recueillir les fraîches fleurs de l’inspiration populaire, les traditions du passé, racines des inventions de demain. Cela demande une mobilisation véritable de l’intelligence française pour la connaissance systématique de notre pays, des œuvres qu’il contient, des possibilités qu’il recèle. Cela veut dire pour réaliser cet effort, ce travail, ce labeur, l’oubli des discussions, des différences politiques qui n’ont rien à voir avec la tâche surhumaine qui est la nôtre. Cela demande d’entraîner à l’accomplissement de cette tâche des hommes avec lesquels nous sommes peut-être sur bien des points en désaccord, mais qui en quelque chose au moins ont le souci du progrès humain.

Cela veut dire, et il faut que je mette sur ceci une certaine emphase, cela veut dire un sincère et durable effort de dépolitisation de notre activité commune, pour placer cette activité sur le terrain même de la culture, dans la persuasion profonde où nous sommes que tout ce qui sert la culture sert l’humanité dans sa marche ascendante, et que rien de ce qui sert le développement de la culture ne peut être profitable à la cause de ceux qui renvoient la femme au rouet, chassent les jeunes du travail, consacrent le chômage comme une nécessité impérieuse et brûlent les livres sur les places publiques.

Dépolitiser, entendons-nous, ne veut pas dire asservir. Je veux dire par là faire taire le bavardage calqué sur la politique des partis, mettre fin à l’étalage prétentieux de convictions qui sont en général d’autant moins solides qu’elles sont plus bruyantes. Ce qui ne permet pas de perdre de vue le fait important que tout cela même qui se veut apolitique s’inscrit dans le jeu politique de forces extérieures, et peut être utilisé à des fins politiques. C’est pourquoi je dis simultanément que nous devons dépolitiser notre action et l’inscrire dans le cadre de la politique du ­gouvernement de la France, c’est-à-dire la faire servir aux intérêts réels de la France.  

Fondée à l’initiative de Paul Vaillant-­Couturier le 14 mars 1935, la ­première maison de la culture est créée à Paris comme siège de ­l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires. Cette initiative, lancée dans le contexte de l’abandon de la stratégie de lutte « classe contre classe », promue jusqu’alors par le PCF, en faveur de celle de la « main tendue » et de l’unité d’action contre le fascisme et le nazisme, est l’occasion d’une redéfinition des tâches culturelles portées par l’organisation politique issue du congrès de Tour.

En juillet 1935, Paul Vaillant-Couturier écrit dans la revue Commune : « Dans le débat entre la barbarie et la culture se pose pour la culture la question de la conquête de la majorité. C’est la tâche que nous devons entreprendre dès demain si nous voulons que notre œuvre aboutisse à des résultats concrets et durables. Il y va de l’avenir même de la civilisation. Notre tâche, abordons-la dans l’état d’esprit le plus large, avec une inlassable volonté de convaincre, en nous gardant les uns et les autres de l’enthousiasme de néophyte, comme de la déformation du partisan. Offrons à chacun un programme minimum de défense de la culture compatible avec tout ce qui peut encore subsister en lui d’influences du vieux monde. »

La victoire électorale du Front populaire au printemps et la mobilisation ouvrière de mai-juin 1936 fait passer le projet des maisons de la culture de l’expérimentation au lancement à grande échelle. À la suite de Marseille, plus de soixante localités se dotent de maisons de la culture mobilisant un grand nombre d’adhérents. Soutenue par le gouvernement, à Argenteuil, le 19 février 1937, trois cents délégués sont présents pour la première conférence des maisons de la culture d’île-de-France. Elle est présidée par le ministre de l’Éducation nationale Jean Zay, représenté par l’écrivain et poète Jean Cassou. Louis Aragon, secrétaire général de l’Association des maisons de la culture, est chargé de tracer les grandes lignes d’un mouvement culturel dont l’esprit souffle jusqu’à nous.

Partager cet article
Repost0
17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 18:56
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945

Disparition de Fernand Léger le 17 août 1955
Pour beaucoup de ses contemporains et pour la majeure partie de ses commentateurs, l'œuvre de Fernand Léger s'est imposée comme la plus spécifique de notre temps, celle qui témoigne le plus universellement d'ambitions plastiques devenues cohérentes, dès l'aube du siècle, grâce à quelques poètes et plasticiens justement dominés par la haute stature de cet homme qui, de ses origines terriennes, avait gardé le sens des réalités.
Fils d'un éleveur de bestiaux, Léger fait ses études dans une école religieuse avant d'entrer en apprentissage chez un architecte de Caen (1897-1899), puis de venir à Paris (1900-1902). Après son service militaire, il est reçu au concours d'entrée à l'École nationale des beaux-arts. C'est comme élève libre qu'il suit les cours de Léon Gérôme, tout en fréquentant l'académie Julian.

L'exposition de Cézanne, en 1907, au Salon d'automne le détermine dans sa voie. Léger y apprend le refus de la sentimentalité, la rigueur de la perception, la concentration sur le dessin et les structures essentielles.

Aussi, bien qu'intégré à Montparnasse au groupe de la Ruche, d'un caractère plutôt pittoresque, il sera plus proche de celui du Bateau Lavoir, où, avec Picasso et Braque, s'élabore le cubisme. À la Ruche, cependant, il rencontre Chagall, Soutine, Laurens Lipchitz, Archipenko, et se lie avec Blaise Cendrars, qui sera non seulement un compagnon de route, mais une sorte d'initiateur aux beautés de cette vie moderne dont ils vont devenir, l'un et l'autre, les chantres majeurs. « La guerre, faite en première ligne, comme brancardier parmi les sapeurs du génie, est le choc déterminant qui cristallise son orientation artistique et sociale, appartenance populaire et culte solidaire de la beauté mécanicienne », a justement noté Jean Leymarie dans son introduction au catalogue de la rétrospective organisée au Grand Palais, à Paris (octobre 1971-janvier 1972). Aux théories manipulées dans l'entourage de Jacques Villon, à Puteaux, et qui décideront de la fondation du groupe de la Section d'or, Léger préfère cet affrontement direct avec la réalité.
S'il fut proche des peintres cubistes, c'est surtout par un souci, commun avec eux, de s'opposer à l'impressionnisme, considéré comme une décadence de la peinture : d'où la reconnaissance exclusive de Cézanne, qui avait envisagé de « traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône ». Mais, en découvrant avec les cubistes une nouvelle architecture, Fernand Léger découvrait également le dynamisme du monde contemporain. Les « orphistes » (les Delaunay) et les futuristes codifiaient au même moment cette expression du mouvement. En s'éloignant de l'objet pour retenir ce qui pouvait rendre signifiant son dynamisme, Léger a senti, lui aussi, que la réduction de cette réalité à la géométrie était une solution. En témoignent des œuvres aussi majestueusement élaborées que la Noce (1910-1911, musée national d'Art moderne, Paris). Les formes découpées, multipliées par elles-mêmes en un jeu de plans kaléidoscopiques, créent une dynamique plastique que renforcent les effets de simultanéité des contrastes colorés. En 1913, les divers Contrastes de formes renoncent passagèrement à la figuration. Fernand Léger a ainsi très vite dépassé le cubisme, trop statique selon lui, pour construire des symphonies plastiques où l'on perçoit déjà ce sens de la monumentalité qu'il développera ultérieurement dans des compositions à contenu social. Dès 1910, il avait reçu le soutien du marchand D. H. Kahnweiler, qui le présente sur les cimaises de sa galerie aux côtés de Braque et de Picasso.
L'affirmation de l'expression personnelle
La Partie de cartes (1917, musée Kröller-Müller, Otterlo) marque le passage d'un dynamisme encore héritier des découvertes antérieures à une expression plus personnelle, enrichie par l'expérience même de l'artiste, qui a découvert sur le front (« Je fus ébloui par une culasse de 75 ouverte en plein soleil, magie de la lumière sur le métal blanc […] ») une nouvelle beauté, assez âpre, par rapport à laquelle la place de l'homme se situe moins en harmonie qu'en conflit. Fernand Léger, dès lors, en même temps qu'il vise l'expression des forces et des beautés de la modernité, ne perd pas de vue que cet environnement mécanique et technique implique un nouvel humanisme. Il tentera ultérieurement d'assurer la pérennité de ces nouvelles valeurs dans l'action politique. Mais, dès cette époque, il se donne intensément à la pédagogie, qui est pour lui la première manière de changer les choses. Il prend des notes et écrit de nombreux articles (dès 1913 et jusqu'à la fin de sa vie), dont la plupart ont été réédités dans le recueil Fonctions de la peinture (1965). En 1924, il ouvre une académie dans son atelier du 86, rue Notre-Dame-des-Champs, en collaboration avec Ozenfant, co-créateur du purisme avec Le Corbusier. Entre-temps, il aura illustré J'ai tué et la Fin du monde de Blaise Cendrars, enfin participé à la fondation de la revue l'Esprit nouveau, où l'élaboration d'une nouvelle plastique n'est plus, comme au temps du cubisme, dissociée de la pédagogie et par là, de la vie. Il est significatif que Le Corbusier, artiste complet, ait servi d'intermédiaire et, de ce fait, ait offert à Léger la possibilité de sortir des seuls problèmes de la peinture de chevalet.
Entre 1918 et 1924, l'art de Léger est à un de ses sommets, au maximum de son ampleur et de son harmonieuse insertion dans le domaine du décoratif : composition mécaniste des Disques (1918), synthétique de la Ville (1919-1920, Philadelphia Museum of Art) et du Grand Déjeuner (1921, Muséum of Modern Art de New York), qui intègre admirablement la figure humaine dans un décor où l'objet est moins détail réaliste que signe représentatif d'une époque. Parallèlement, les décors et costumes que l'artiste exécute pour les Ballets suédois, ainsi que son film le Ballet mécanique (1924) fortifient cette idée que l'art doit sortir des limites du chevalet, aborder une multiplicité de techniques et de supports et, par tous ces moyens, se mêler à la vie.
1925 marque une période de crise, Léger présentant à l'Exposition des arts décoratifs, dans le « pavillon de l'Esprit nouveau », des peintures murales abstraites d'une sévère orthogonalité. Mais, très vite, il revient à l'objet, qu'il traite non pas dans cette ambiguïté poétique que les surréalistes avaient mise à la mode, mais en l'isolant dans un espace indifférencié (la Joconde aux clefs, 1930, musée Fernand-Léger de Biot). Les figures, de leur côté, avec leur modelé conventionnel, laissent l'arabesque et la couleur, loin de toute fonction descriptive, se déployer avec leur valeur propre (Composition aux deux perroquets, 1935-1939). Les décorations de Léger pour une salle de l'Exposition internationale de Bruxelles, sur le thème du sport (1935), puis pour le palais de la Découverte à Paris, sur le thème du Transport des forces (1937) lui permettent de définir une esthétique de synthèse à l'échelle du mur, qu'il avait toujours considéré comme le support idéal d'un art destiné à tous.
Pendant l'Occupation, le peintre se réfugie aux États-Unis, où il était allé trois fois déjà (en 1931, en 1935 avec Le Corbusier, en 1938). Il y retrouve les intellectuels et artistes émigrés, tels André Breton, Masson, Tanguy, Ernst, Chagall, Mondrian, Ozenfant… Il collabore aux expériences cinématographiques de l'ancien dadaïste Hans Richter et peint sous l'influence du milieu américain, qui, par l'ampleur de ses conditions naturelles comme par sa dimension mécanisée, répond idéalement à ses rêves plastiques.
De retour en France en 1945, il adhère au parti communiste, dont il deviendra, avec Picasso, un des grands représentants du milieu artistique. Il reprend les grandes compositions à personnages d'avant-guerre, en dissociant parfois l'apport de la couleur de celui du dessin, chacun ayant sa vie propre (états définitifs, en 1954, de la Grande Parade [musée Guggenheim, New York] et de la Partie de campagne [fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence]). On a vu là des réminiscences à la fois des papiers collés du cubisme et de la vision que l'artiste eut de Broadway et rapporta ainsi : « Vous êtes là, vous parlez avec quelqu'un, et tout à coup il devient bleu. Puis la couleur passe, une autre arrive, il devient rouge, jaune. Cette couleur-là, la couleur des projecteurs, du néon, est libre : elle est dans l'espace. J'ai voulu faire la même chose dans mes toiles. »
On voit également l'artiste aborder, à cette époque, tous les domaines de la création plastique : décors et costumes pour le Bolivar de Darius Milhaud (1949) ; mosaïque pour l'église d'Assy (1946) ; vitraux pour l'église d'Audincourt (1951), vitraux en dalles de verre pour l'église de Courfaivre, en Suisse, et pour l'université de Caracas (1954) ; décoration pour la grande salle du palais de l'O.N.U., à New York (1952) ; étude chromatique pour l'hôpital de Saint-Lô (1954). Léger aborde également la tapisserie, la céramique et la sculpture polychrome ; il illustre en 1953 Liberté, de Paul Éluard, poème-objet qui connaîtra un large succès populaire.
Grand prix de la Biennale de São Paulo en 1955, il meurt à Gif-sur-Yvette la même année, dans la propriété qu'il avait acquise en 1952. En 1957 est entreprise à Biot (où il avait réalisé ses premières céramiques) la construction du musée Fernand Léger, inauguré en 1960 et devenu par donation musée national en 1967.

Robert Clément

17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
17 août 1955, disparition de Fernand Léger, peintre universel et adhérent communiste depuis 1945
Partager cet article
Repost0
17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 18:49
Ne jamais l'oublier: 18 août 1945: Libération du camp de Drancy, placé sous la responsabilité de la préfecture de police et destiné aux persécutions antisémites contre les juifs dès août 1941

18 août 1945 : Libération du camp de Drancy 
Occupés par les troupes allemandes en juin 1940, les lieux servent de camp d’internement pour des prisonniers de guerre et des civils étrangers. C’est sous leur impulsion que la Préfecture de police y crée le 20 août 1941 un camp destiné aux Juifs. 4 230 hommes dont 1 500 Français, raflés à Paris entre le 20 et le 25 août, sont les premiers internés juifs du camp de Drancy.
Le camp est cerné d’une double rangée de barbelés séparés par un chemin de ronde, le tout précédé d’une cour intérieure en mâchefer. Une douzaine d’escaliers desservent les étages. Les W-C sont situés dans un bâtiment en briques plates et rouges qui ferme le fer à cheval. Hauts de quatre étages, les bâtiments entourent une cour d'environ 200 mètres de long et 40 mètres de large. Des miradors de surveillance se dressent aux quatre coins du camp.

Placé sous la responsabilité du Préfet de police, Drancy a initialement pour chef un commissaire de police. La surveillance est assurée par la gendarmerie et les services de ravitaillement de la Seine.
Le 12 décembre 1941, un détachement allemand avec à sa tête Theodor Dannecker, le chef du service des affaires juives auprès de la Gestapo en France, vient chercher 50 Juifs qui sont fusillés comme otages avec d’autres otages non-juifs. Trois cents autres détenus sont transférés à Compiègne pour compléter un convoi de déportés vers l’Est. Entre décembre et mars 1942, plusieurs dizaines de Juifs sont enlevés de Drancy pour être fusillés, le camp étant alors utilisé par les Allemands comme réservoir d’otages. Au début de juin 1942, tous les internés sont contraints de porter l’étoile jaune.
 

L'antichambre de la mort

Le camp devient à partir de mars 1942 le camp de rassemblement et de transit en vue de la déportation de tous les Juifs de France, ce qui lui confère un rôle majeur dans les persécutions antijuives perpétrées en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

63 convois sont formés et partent de la gare du Bourget-Drancy jusqu'en juillet 1943 puis de la gare de Bobigny. Ils emmènent au total 65 000 personnes vers les camps d’extermination, principalement vers le camp d’Auschwitz-Birkenau.
Durant les périodes les plus intenses, et notamment dans la deuxième moitié de l’année 1942, deux voire trois convois par semaine sont formés au camp de Drancy. Le camp est alors surpeuplé, les installations sont insuffisantes et les nouveaux arrivants manquent de tout. Au plus fort des rafles, le camp compte environ 7 000 détenus alors que sa capacité théorique est de 5 000 places. Le comble de la détresse est atteint dans la deuxième quinzaine d’août 1942. Arrivent alors à Drancy, en provenance des camps du Loiret, les enfants de 2 à 12 ans qui ont été séparés de leurs parents le mois précédent.
A partir de l’été 1942, les départs rythment la vie à Drancy. À partir du 19 juillet 1942, les déportations se succèdent au nombre de trois par semaine. Elles offrent toutes un spectacle désolant. Durant l’été 1942, une atmosphère de terreur permanente règne à Drancy. Les larmes, les crises de nerfs sont fréquentes et l’on assiste à plusieurs suicides par défenestration. La veille du départ d’un convoi, les détenus déportables sont fouillés et dépouillés de tout ce qui peut avoir un prix. Ils sont ensuite enfermés dans les chambres attribuées aux « déportables » (les trois premières cages d’escalier) jusqu’à l’aube. De là, des autobus viennent les chercher pour les conduire à la gare de Bobigny ou du Bourget où ils sont entassés dans des wagons à bestiaux qui sont ensuite scellés. A partir de juin-juillet 1943, un commando de SS autrichiens, avec à sa tête Aloïs Brunner, prend en charge l'administration du camp jusqu'alors confiée à la préfecture de police - la gendarmerie assure cependant la surveillance générale de 1941 à 1944 - et y institue une administration violente et un renforcement de la discipline tout en procédant à des aménagements matériels. Brunner fait tout ce qu'il peut pour rafler le plus grand nombre de Juifs, jusqu'à charger des internés de convaincre des Juifs de sortir de la clandestinité et de rejoindre Drancy, faute de quoi leur famille internée à Drancy sera déportée immédiatement. Le dernier convoi à destination d'Auschwitz part le 31 juillet 1944. Le 17 août 1944, en pleine débandade de l'armée allemande, Brunner arrive à organiser le départ du dernier convoi dont 39 personnes réussiront à s'échapper avant l'entrée en Allemagne. Le 18 août 1944, 1 467 prisonniers sont libérés par le représentant diplomatique suédois et la croix rouge. 

Au total, plus de 80 000 Juifs auront été détenus à Drancy entre mai 1941 et août 1944, à 4 km de Paris.  

Page Facebook de Robert Clément, ancien dirigeant communiste de Seine St Denis et président du conseil général 

Ne jamais l'oublier: 18 août 1945: Libération du camp de Drancy, placé sous la responsabilité de la préfecture de police et destiné aux persécutions antisémites contre les juifs dès août 1941
Ne jamais l'oublier: 18 août 1945: Libération du camp de Drancy, placé sous la responsabilité de la préfecture de police et destiné aux persécutions antisémites contre les juifs dès août 1941
Partager cet article
Repost0
16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 06:47

"– Va : toi qui n’es pas bue, ô fosse de Conlie ! 
De nos jeunes sangs appauvris, 
Qu’en voyant regermer tes blés gras, on oublie 
Nos os qui végétaient pourris" (...)

La Pastorale de Conlie, de Tristan Corbière.

 

Suite à la défaite de Napoléon en septembre 1870, un gouvernement républicain tente de contenir et repousser la progression de l'armée prussienne. Gambetta, ministre de l'intérieur et de la guerre, ordonne "la résistance à outrance". Il pense repousser l'ennemi en levant une armée de volontaires. 
En octobre 1870, rapporte l'historien Joël Cornette, Gambetta accorde la formation d'une "armée de Bretagne" autonome, afin de renforcer l'action des armées de Loire et du Nord. Pour empêcher l'entrée des troupes ennemies en Bretagne, Emile de Kératry, promu "chef militaire provisoire" de cette armée de défense composée de volontaires, choisit le plateau de Conlie, au nord-ouest du Mans, pour installer ses troupes. Plus de 70 000 hommes sont ainsi rassemblés. Mais ils se voient condamnés à l'inactivité pendant près de trois mois, dans la boue et les pluies froides de l'automne puis de l'hiver, quasiment abandonnés à leur sort dans les conditions d'hygiène détestables d'un camp "inondé défoncé au point que certaines tentes ont été envahies par l'eau" (Kératry)". 
Le lieu prend vite le nom de "Kerfank", la ville de la boue. 
Les soldats désoeuvrés et torturés par les intempéries et les maladies (dont la variole) ont à peine à manger: une ration de 25 cl de bouillon de boeuf par jour. 
"Dans son numéro du 20 janvier, "L'Océan" fait paraître en première page la lettre indignée qu'Armand Fresneau, "ancien représentant d'Ille-et-Vilaine", vient d'écrire au général Chanzy:

"Savez-vous que, couchés ou plutôt ensevelis dans la neige, la boue, et sans autre vêtement qu'une blouse de serge brûlée, sans une chemise de rechange, nos mobilisés recevaient deux petites bottes de paille pour huit hommes, et que cette paille, bientôt réduite en fumier, servait sans être renouvelée pendant plusieurs semaines? 
Savez-vous que ces tortures se sont prolongées plus d'un mois dans ce camp de 50 000 à 60 000 hommes; et que le quart des compagnies nombreuses qui les ont subies a péri ou gît dans un grabat? 
Savez-vous lorsque, par malheur, un bataillon changeait de campement, il restait quelquefois vingt-quatre, et même quarante-huit heures sans manger?..."

Des journaux rennais parlent de 20% de soldats qui seraient restés dans la boue de Conlie.
En réalité, il y eut beaucoup moins de morts liés aux maladies, au froid, à la malnutrition, mais tout de même plus d'une centaine. 2000 des 60 000 soldats qui sont passés à Conlie ont dû être envoyés à l'infirmerie.

Les archives font état de 143 morts parmi les 60 000 hommes passés au camp de Conlie. À peu près autant à Sillé-le-Guillaume où les soldats sont envoyés en soin. "On est bien loin du génocide", écrit l'historien Yves Jézéquel, un "génocide" dénoncé plus tard par les nationalistes bretons, après Camille Le Mercier d'Erm. "Cependant, ajoute Jézéquel dans un article en ligne pour la BCD Bretagne avec le Conseil régional de Bretagne, l’état pitoyable des mobiles lors de leur retour à Rennes a soulevé l’indignation et une commission d’enquête parlementaire fera un rapport sur le camp, l’année suivante. La première des responsabilités incombe à Napoléon III qui a engagé la France dans une guerre alors qu’il reconnaît lui-même son état d’impréparation. Gambetta et Freycinet sont plus hantés par la crainte d’une nouvelle Chouannerie que soucieux de sauver la France. « Déplorable de gaspillage » avait écrit Gambetta en décembre 1870 au vu de rapports sur le camp. « Vous êtes un charlatan ! » lui lancera Jules Grévy, un de ses collègues du gouvernement. Keratry, plus velléitaire que compétent, donnant sa démission puis la reprenant à diverses reprises, s’est révélé ambitieux mais indécis et peu réaliste. L’incapacité à prendre des décisions cohérentes résulte surtout de l’impéritie d’un gouvernement provisoire, noyé – à l’instar des Bretons dans la boue de Conlie – dans des problèmes qui le dépassent, quand les responsables se laissent guider par leurs préjugés, leurs passions ou leurs ambitions".

Certains considéreront donc que Gambetta et les officiers de la République naissantes auraient traîné volontairement pour engager les Bretons dans les combats, voulant les éloigner de Paris et se méfiant de leur tempérament de "chouans" dans un contexte où l'on aurait craint une contre-révolution et le retour des impériaux.

La plupart des historiens qui s'intéressent à la question aujourd'hui mettent plutôt en avant la désorganisation de l'armée républicaine et des erreurs de commandement dans un contexte chaotique.

En tout cas, le résultat est là, la vie du soldat n'a guère de prix.

La désorganisation touche aussi le domaine purement militaire: les soldats ont des armes abîmées et obsolètes issues de l'écoulement des stocks de la guerre de sécession américaine, terminée en 1865.

Furieux d’être placé sous le commandement de Benjamin Jaurès, capitaine de vaisseau promu général, Keratry démissionne le 27 novembre. « Si j’avais su que je n’aurais pas d’armes je n’aurais pas levé d’armée » regrette-t-il alors. Marivault, nommé le 7 décembre, fait un rapport accablant : « 43 000 hommes dont la moitié à peine est armée de fusils de 11 modèles différents ». Dans une dépêche du 17 il annonce la démission du médecin Cuche impuissant à soigner les malades dans l’eau et conclut : « On meurt silencieusement mais la mesure est comble ». Il propose de replier une partie des mobilisés vers Rennes, puisque l’on n’a rien à leur offrir, ni entraînement, ni armes. Gambetta préfère les garder à Conlie. Des mobilisés crient d’ar gêr « à la maison ! », ce que Marivault, ignorant le breton, prend pour « à la guerre » ! Il prépare l’évacuation, contre les ordres de Gambetta.

Et c'est avec des effectifs décimés et des soldats éreintés, que les Bretons vont finalement être engagés dans la bataille du Mans le 11 janvier 1871, avec des armes presque inutilisables, et vite contraints au repli vers Laval face aux prussiens.

Tristan Corbière témoigne de sa colère et de sa sensibilité humaine face au sort pathétique des soldats bretons de Conlie dans ce très beau poème en forme de conversation désabusée:

 

La Pastorale de Conlie 
par un mobilisé du Morbihan

Moral jeunes troupes excellent. Off.

 

Qui nous avait levés dans le Mois-noir – Novembre – 
Et parqués comme des troupeaux 
Pour laisser dans la boue, au Mois-plus-noir – Décembre – 
Des peaux de mouton et nos peaux !

 

Qui nous a lâchés là : vides, sans espérance, 
Sans un levain de désespoir ! 
Nous entre-regardant, comme cherchant la France… 
Comiques, fesant peur à voir !

 

– Soldats tant qu’on voudra !… soldat est donc un être 
Fait pour perdre le goût du pain ?… 
Nous allions mendier ; on nous envoyait paître : 
Et… nous paissions à la fin ! 


– S’il vous plaît : Quelque chose à mettre dans nos bouches ?… 
– Héros et bêtes à moitié ! – 
… Ou quelque chose là : du cœur ou des cartouches : 
– On nous a laissé la pitié !

 

L’aumône : on nous la fit – Qu’elle leur soit rendue 
À ces bienheureux uhlans soûls ! 
Qui venaient nous jeter une balle perdue… 
Et pour rire !… comme des sous.

 

On eût dit un radeau de naufragés. – Misère – 
Nous crevions devant l’horizon. 
Nos yeux troubles restaient tendus vers une terre… 
Un cri nous montait : Trahison !

 

– Trahison… c’est la guerre ! On trouve à qui l’on crie !… 
– Nous : pas besoin… – Pourquoi trahis ?… 
J’en ai vu parmi nous, sur la Terre-Patrie, 
Se mourir du mal-du-pays.

 

– Oh, qu’elle s’en allait morne, la douce vie !… 
Soupir qui sentait le remord 
De ne pouvoir serrer sur sa lèvre une hostie, 
Entre ses dents la mâle-mort !… 

– Un grand enfant nous vint, aidé par deux gendarmes, 

– Celui-là ne comprenait pas – 
Tout barbouillé de vin, de sueur et de larmes, 
Avec un biniou sous son bras.

 

Il s’assit dans la neige en disant : Ça m’amuse 
De jouer mes airs ; laissez-moi. – 
Et, le surlendemain, avec sa cornemuse, 
Nous l’avons enterré – Pourquoi !…

 

Pourquoi ? dites-leur donc ! Vous du Quatre-Septembre ! 
À ces vingt mille croupissants !…

Citoyens-décréteurs de victoires en chambre, 
Tyrans forains impuissants !

 

– La parole est à vous – la parole est légère !… 
La Honte est fille… elle passa – 
Ceux dont les pieds verdis sortent à fleur-de-terre 
Se taisent… – Trop vert pour vous, ça !

 

– Ha ! Bordeaux, n’est-ce pas, c’est une riche ville… 
Encore en France, n’est-ce pas ?… 
Elle avait chaud partout votre garde mobile, 
Sous les balcons marquant le pas ? 

 

La résurrection de nos boutons de guêtres 
Est loin pour vous faire songer ; 
Et, vos noms, je les vois collés partout, ô Maîtres !… 
– La honte ne sait plus ronger. –

 

– Nos chefs… ils fesaient bien de se trouver malades ! 
Armés en faux-turcs-espagnols 
On en vit quelques-uns essayer des parades 
Avec la troupe des Guignols.

 

Le moral : excellent – Ces rois avaient des reines, 
Parmi leurs sacs-de-nuit de cour… 
À la botte vernie il faut robes à traînes ; 
La vaillance est sœur de l’amour.

 

– Assez ! – Plus n’en fallait de fanfare guerrière 
À nous, brutes garde-moutons, 
Nous : ceux-là qui restaient simples, à leur manière, 
Soldats, catholiques, Bretons…

 

À ceux-là qui tombaient bayant à la bataille, 
Ramas de vermine sans nom, 
Espérant le premier qui vint crier : Canaille ! 
Au canon, la chair à canon !… 


– Allons donc : l’abattoir ! – Bestiaux galeux qu’on rosse, 
On nous fournit aux Prussiens ; 
Et, nous voyant rouler-plat sous les coups de crosse, 
Des Français aboyaient – Bons chiens !

 

Hallali ! ramenés ! – Les perdus… Dieu les compte, – 
Abreuvés de banals dédains ; 
Poussés, traînant au pied la savate et la honte, 
Cracher sur nos foyers éteints !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 

– Va : toi qui n’es pas bue, ô fosse de Conlie ! 
De nos jeunes sangs appauvris, 
Qu’en voyant regermer tes blés gras, on oublie 
Nos os qui végétaient pourris,

 

La chair plaquée après nos blouses en guenilles 
– Fumier tout seul rassemblé… 
– Ne mangez pas ce pain, mères et jeunes filles ! 
L’ergot de mort est dans le blé

Tristan Corbière, 1870

 

Voir aussi cette illustration de Jean Moulin, alias Romanin, de "La Pastorale de Conlie" qui ne peut qu'évoquer les charniers des camps de la mort nazis même si cette eau-forte présente au Musée des beaux-arts de Quimper a été réalisée une dizaine d'années plus tôt.

 

 

Carte postale souvenir de l'armée bretonne levée par la République - camp de Conlie

Carte postale souvenir de l'armée bretonne levée par la République - camp de Conlie

La Pastorale de Conlie », Jean Moulin. Eau-forte pour illustrer « Armor » de Tristan Corbière. (Musée des beaux-arts de Quimper)

La Pastorale de Conlie », Jean Moulin. Eau-forte pour illustrer « Armor » de Tristan Corbière. (Musée des beaux-arts de Quimper)

Tristan Corbière

Tristan Corbière

Lire Tristan Corbière (juillet 1845-mars 1875), le Rimbaud breton à la destinée pathétique, est une expérience unique, parfois difficile car certains poèmes font une grande place à la langue populaire et argotique oubliée de l'époque, ou sont au contraire savants et précieux, mais une expérience magique souvent, quand on tombe sur les pépites au milieu du pot-pourri, car Tristan a une vraie modernité dans son goût du paradoxe et de l'auto-portrait, dans l'observation et le sens du concret, le refus du lyrisme facile, et un sens de la formule remarquable. 
Fils d'Edouard Corbière, notable morlaisien, écrivain d'aventure maritime à succès, patron de la compagnie de navigation Morlaix-Le Havre, Tristan a grandi entre les manoirs de son père à Morlaix et Roscoff. Atteint de rhumatisme articulaire ou de tuberculose, sa maladie le marque physiquement à l'adolescence et lui empoisonne l'existence. 
Adepte de l'auto-dérision, de l'humour noir, de l'intrusion du trivial, du parler populaire, dans la poésie, c'est un peu le Gainsbourg tragique et malheureux de l'époque. 
Le poète d'un recueil "Les Amours Jaunes" éclectique et sombre, entre auto-portrait désabusé, satire sociale, célébration de la mer, des coutumes et parlers de la Bretagne bretonnante, eut des amours malheureux, mais une capacité de transcender la tristesse en rire et grotesque. 
Il s'abîma à Paris et n'y connut pas la gloire littéraire courtisée, écrivant et dessinant des caricatures pour une presse satirique de droite anti-communarde. 
Apollinaire et les surréalistes firent justice à son talent et sa poésie chercheuse et novatrice, et Jean Moulin, sous-préfet de Châteaulin, fut fasciné par cette figure tragique et ses poèmes, particulièrement ceux sur les Bretons du peuple, pleins de tendresse, lui qui réalisa des gravures magnifiques inspirées par la poésie de Tristan Corbière au milieu des années 30.

Allez, pour se faire plaisir, quelques vers de Triste-en-Corps-Bière le facétieux poète maudit, triste, drôle, nihiliste à la manière d'un fou du roi de Shakespeare, marin et dessinateur, polisseur de mots ,de formules et d'images à la trajectoire si éphémère:

"Épitaphe

Il se tua d'ardeur ou mourut de paresse. 
S'il vit, c'est par oubli; voici ce qu'il laisse: 
-Son seul regret fut de n'être pas sa maîtresse.-

Il ne naquit par aucun bout
Fut toujours poussé vent-de-bout, 
Et fut un arlequin-ragoût, 
Mélange adultère de tout.

Du je-ne-sais-quoi. - Mais ne sachant où; 
De l'or, - mais avec pas le sou; 
Des nerfs - sans nerf. Vigueur sans force; 
De l'élan, - avec une entorse;
De l'âme, - et pas de violon; 
De l'amour, - mais pire étalon. 
- Trop de noms pour avoir un nom. -

Coureur d'idéal, - sans idée; 
Rime riche, - et jamais rimée; 
Sans avoir été, - revenu; 
Se retrouvant partout perdu.

Poète, en dépit de ses vers; 
Artiste sans art, - et à l'envers
Philosophe, - à tort et à travers.

Un drôle sérieux, - pas drôle. 
Acteur, il ne sut pas son rôle; 
Peintre: il jouait de la musette; 
Et musicien: de la palette.

Une tête! - mais pas de tête; 
Trop fou pour savoir être bête; 
Prenant pour un trait le mot très. 
- Ses vers faux furent ses seuls vrais.

Oiseau rare - et de pacotille; 
Très mâle... et quelquefois très fille; 
Capable de tout, - bon à rien; 
Gâchant bien le mal, mal le bien. 
Prodigue comme était l'enfant
Du Testament, - sans testament. 
Brave, et souvent par peur du plat, 
Mettant ses deux pieds dans le plat.

Coloriste enragé, - mais blême; 
Incompris... - et surtout de lui-même; 
Il pleura, chanta juste faux; 
- Et fut un défaut sans défauts.

Ne fut quelqu'un, ni quelque chose
Son naturel était la pose.
Pas poseur, - posant pour l'unique; 
Trop naïf, étant trop cynique; 
Ne croyant à rien, croyant tout. 
- Son goût était dans le dégoût.

Trop cru, - parce qu'il fut trop cuit, 
Ressemblant à rien moins qu'à lui, 
Il s'amusa de son ennui, 
Jusqu'à s'en réveiller la nuit. 
Flâneur au large, - à la dérive, 
Epave qui jamais n'arrive...

Trop Soi pour se pouvoir souffrir, 
L'esprit à sec et à la tête ivre, 
Fini, mais ne sachant finir, 
Il mourut en s'attendant vivre
Et vécut, s'attendant mourir.

Ci-gît, - cœur sans cœur, mal planté, 
Trop réussi, - comme raté".

Partager cet article
Repost0
12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 12:05
Jean Jaurès, ultime appel à l’unité des travailleurs de France et d’Allemagne
JÉRÔME SKALSKI
MARDI, 8 AOÛT, 2017
L'HUMANITÉ
Jean Jaures (1859-1914) depute socialiste francais et fondateur du journal "L'Humanite" en1904 ici c. 1890 --- Jean Jaures (1859-1914) french socialist politician, founder of paper "Humanite" in1904 here c. 1890 ©Rue des Archives/RDA
Jean Jaures (1859-1914) depute socialiste francais et fondateur du journal "L'Humanite" en1904 ici c. 1890 --- Jean Jaures (1859-1914) french socialist politician, founder of paper "Humanite" in1904 here c. 1890 ©Rue des Archives/RDA
 

Les grands discours de la République 17/34. 29 juillet 1914, Cirque royal de Bruxelles

Le prolétariat prend conscience de sa sublime mission. Et le 9 août, des millions et des millions de prolétaires, par l’organe de leurs délégués, viendront affirmer à Paris l’universelle volonté de paix de tous les peuples.

Nous, socialistes français, notre devoir est simple. Nous n’avons pas à imposer à notre gouvernement une politique de paix. Il la pratique. Moi qui n’ai jamais hésité à assumer sur ma tête la haine de nos chauvins, par ma volonté obstinée, et qui ne faillira jamais, de rapprochement franco-allemand, moi qui ai conquis le droit, en dénonçant ses fautes, de porter témoignage à mon pays, j’ai le droit de dire devant le monde que le gouvernement français veut la paix et travaille au maintien de la paix. Le gouvernement français est le meilleur allié de la paix de cet admirable gouvernement anglais qui a pris l’initiative de la médiation. Et il donne à la Russie des conseils de prudence et de patience. Quant à nous, c’est à notre devoir d’insister pour qu’il parle avec force à la Russie de façon qu’elle s’abstienne. (…)

Voilà notre devoir et, en l’exprimant, nous nous sommes trouvés d’accord avec les camarades d’Allemagne qui demandent à leur gouvernement de faire que l’Autriche modère ses actes. Et il se peut que la dépêche dont je vous parlais tantôt provienne en partie de cette volonté des prolétaires allemands. Fût-on le maître aveugle, on ne peut aller contre la volonté de quatre millions de consciences éclairées. Voilà ce qui nous permet de dire qu’il y a déjà une diplomatie socialiste, qui s’avère au grand jour et qui s’exerce non pour brouiller les hommes mais pour les grouper en vue des œuvres de paix et de justice.

Aussi, citoyens, tout à l’heure, dans la séance du Bureau socialiste international, nous avons eu la grande joie de recevoir le récit détaillé des manifestations socialistes par lesquelles cent mille travailleurs berlinois, malgré les bourgeois chauvins, malgré les étudiants aux balafres prophétiques, malgré la police, ont affirmé leur volonté pacifique.

Là-bas, malgré le poids qui pèse sur eux et qui donne plus de mérite à leurs efforts, ils ont fait preuve de courage en accumulant sur leur tête, chaque année, des mois et des années de prison, et vous me permettrez de leur rendre hommage, et de rendre hommage surtout à la femme vaillante, Rosa Luxemburg, qui fait passer dans le cœur du prolétariat allemand la flamme de sa pensée. Mais jamais les socialistes allemands n’auront rendu à la cause de l’humanité un service semblable à celui qu’ils lui ont rendu hier. Et quel service ils nous ont rendu à nous, socialistes français !

Nous avons entendu nos chauvins dire maintes fois : « Ah ! comme nous serions tranquilles si nous pouvions avoir en France des socialistes à la mode allemande, modérés et calmes, et envoyer à l’Allemagne les socialistes à la mode française ! » Eh bien ! Hier, les socialistes à la mode française furent à Berlin et au nombre de cent mille manifestèrent. Nous enverrons des socialistes français en Allemagne, où on les réclame, et les Allemands nous enverront les leurs, puisque les chauvins français les réclament.

Voulez-vous que je vous dise la différence entre la classe ouvrière et la classe bourgeoise ? C’est que la classe ouvrière hait la guerre collectivement, mais ne la craint pas individuellement, tandis que les capitalistes, collectivement, célèbrent la guerre, mais la craignent individuellement. C’est pourquoi, quand les bourgeois chauvins ont rendu l’orage menaçant, ils prennent peur et demandent si les socialistes ne vont pas agir pour l’empêcher.

Mais pour les maîtres absolus, le terrain est miné. Si dans l’entraînement mécanique et dans l’ivresse des premiers combats, ils réussissent à entraîner les masses, à mesure que les horreurs de la guerre se développeraient, à mesure que le typhus achèverait l’oeuvre des obus, à mesure que la mort et la misère frapperaient, les hommes dégrisés se tourneraient vers les dirigeants allemands, français, russes, italiens, et leur demanderaient : quelle raison nous donnez-vous de tous ces cadavres ? Et alors, la Révolution déchaînée leur dirait : « Va-t-en, et demande pardon à Dieu et aux hommes ! »

Mais si la crise se dissipe, si l’orage ne crève pas sur nous, alors j’espère que les peuples n’oublieront pas et qu’ils diront : il faut empêcher que le spectre ne sorte de son tombeau tous les six mois pour nous épouvanter. Hommes humains de tous les pays, voilà l’œuvre de paix et de justice que nous devons accomplir ! 

Le soir du 29 juillet 1914, Jean Jaurès est au Cirque royal de Bruxelles à l’invitation du conseil général du Parti ouvrier belge et du bureau de l’Internationale socialiste. C’est sa dernière grande intervention publique. Partout en Europe, l’agitation des diplomaties allemande, russe, austro-hongroise, anglaise et française fait craindre un embrasement du continent. La menace couvait, avait prévenu le promoteur de l’unité du mouvement socialiste français et directeur de l’Humanité, depuis la confrontation de la France et de l’Allemagne au sujet du Maroc, en 1905 et 1911.

Feu contre feu, celui du discours de Jaurès en faveur de la paix, qui, à Lyon quatre jours auparavant, avait soulevé l’enthousiasme de ses auditeurs, reprend au tison de sa voix. Mots martelés sous les ovations et les acclamations en faveur de l’entente du salariat international. Mots scandés contre les va-t-en-guerre. Mots comme des gants de boxe de cuir sur le ring du fanatisme belliciste porté par l’impérialisme et le capitalisme « comme la nuée dormante porte l’orage ».

Deux jours plus tard, au pied des locaux de l’Humanité, Jean Jaurès est assassiné par un militant de l’extrême droite française. L’Allemagne de Guillaume II déclare la guerre à la Russie le 1er août et à la France le 3 août. Le conflit fera près de 30 millions de morts civils et 10 millions de morts militaires.

Au lendemain de la guerre, une Chambre « bleu horizon » dirigée par Georges Clemenceau gagne les élections législatives. Raoul Villain, l’’assassin de Jaurès, est acquitté. Prenant la plume pour dénoncer ce scandale judiciaire, Anatole France écrit dans l’Humanité du 4 avril 1919 : « Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. »

Partager cet article
Repost0
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 08:14
Léon Landini en 2013

Léon Landini en 2013

Un camarade du Finistère et lecteur du Chiffon Rouge, Roger Berthelot, fils de résistant brestois et membre de l'ANACR, nous a signalé ce texte important de Léon Landini qui fait le point sur la résistance communiste avant l'invasion de l'URSS par les Nazis en 1941. 
Roger Berthelot rencontre Léon Landini, ancien grand résistant de la branche militaire des FTP-Moi, qui témoigne de manière émouvante dans le film "Les jours heureux" de Gilles Perret,  à la fête de l'Huma presque tous les ans. Comme beaucoup, il se heurte souvent à des personnes qui affirment que la résistance communiste n'a commencé qu'après avril 1941, comme quoi la propagande anti communiste réécrit l'Histoire, pour camoufler que tous les partis ,sauf le PCF, ont voté à l'Assemblée nationale, leur approbation des accords de Munich. Ils se sont tous couchés devant Hitler et Mussolini
 
 Ce texte de Léon Landini a été publié d'abord dans "Le progrès humain" le 22 juin 2013. Il reprend une conférence de 2012. 
 
Les préjugés sur la Résistance qui veulent que les communistes aient commencé la Résistance qu’après l’invasion de l’URSS en été 1941, ont la peau dure, mais n’ont aucun fondement historique. ue les communistes aient commencé la Résistance qu’après l’invasion de l’URSS en été 1941, ont la peau dure, mais n’ont aucun fondement historique.

Le 23 octobre 1941, 4 mois après l’agression de l’URSS, Charles de Gaulle, lors d’un message radiodiffusé de Londres, déclare ouvertement qu’il ne faut « pas tuer d’Allemands » et attendre les ordres, alors que le Parti communiste avait déjà commencé depuis plusieurs mois, officiellement et ouvertement, la Résistance armée contre l’occupant. Reproche t-on ceci à de Gaulle ? Jamais ! Les communistes étaient en avance sur tout le monde, les plus actifs et les plus déterminés, il serait peut-être temps de le reconnaître. Les communistes furent les premiers à prendre les armes et c’est un communiste, le Colonel Fabien qui tira sur l’officier allemand le 21 août 1941 au métro Barbes et qui donna le signal de la lutte armée générale contre l’occupant. Mais l’objet de cet article ne concerne pas cette période, mais la période qui se déroula de l’été 1940 à l’été 1941, cible de la propagande bourgeoise.

Je vais commencer par citer une conférence de l’ancien Résistant Léon Landini avant d’entrer dans le vif du sujet.

Note : Tout ce qui n’est pas sourcé est tiré du livre de Pierre Maury La Résistance communiste en France, aux éditions Le Temps des Cerises, 2006.

 

Conférence de Léon Landini* le 20 octobre 2002 à Avignon :

Dès juin et juillet 1940 et bien que désorganisés par l’arrestation de nombreux dirigeants, les communistes conscients que les combats ne s’arrêteraient pas avec la capitulation de Pétain et l’occupation de la France, commencèrent à ramasser des armes abandonnées par l’armée française en déroute.

L’OS (Organisation Spéciale du PCF) qui avait pour charge de protéger les imprimeries clandestines, ainsi que les cadres du Parti pourchassés par la police française, fut au lendemain de la libération, officiellement reconnue et homologuée par les services du Ministère des armées comme « unité combattante » à partir d’octobre 1940.

Les FTPF et les FTP-MOI ont été à leur tour homologués « unité combattante » à partir du premier mai 1941.

Parmi les animateurs de l’OS se distingueront des hommes qui paieront de leur vie la gloire des premières armes.

CARRE, LOSSERAN, REBIERE, COQUILLET, KERNIEN, MARCHANDISE, MIRET-MUST, HEMMEN… tous fusillés en 1941 et 1942.

La liste des survivants artisans de l’OS est moins longue que celle des morts.

Quant à « l’action directe » contre l’occupant et ses valets, préconisé dès le début par les communistes et longtemps vilipendée par les « attentistes », démontre que les communistes n’attendirent pas l’invasion de l’URSS pour la mettre en pratique, en effet :

En juillet 1940 : A Nantes, une famille d’instituteurs communistes nommée Leroy, a saboté une centrale électrique qui a privé Nantes de lumière. Une amende importante a été infligée à la ville par les occupants. Le même jour les Leroy ont effectué une distribution de tracts appelant à la Résistance.

Début août 1940 : Dans le Nord, dans l’arrière salle d’un petit café de Dechy, une douzaine d’hommes sont réunis, qui se jurent d’agir contre l’occupant. Il y avait là Eusebio Ferrari, les frères Martel, les frères Camphin, Debarge, tous communistes.

Le lendemain, les habitants de Fenain virent flotter en haut d’un pylône de haute tension, un immense drapeau rouge avec l’inscription « COURAGE ET CONFIANCE ».

Toujours au mois d’août : Les mêmes incendient plusieurs véhicules de l’armée d’occupation et font sauter un train allemand.

En décembre 1940 : Ils dynamitent la génératrice et la sous station de Benory-Cumichy.

Toujours en décembre 1940 : à l’autre bout de la France, dans le Var, Roger Landini, secrétaire des jeunesses communistes et ses camarades, font dérailler en pleine gare de triage de Fréjus-Plage, 8 wagons de marchandise destinée à L’Allemagne alors que la Zone-Sud n’était pas occupée.

En mai 1941 : Ils abattent des soldats hitlériens à Lambersart.

Dans son livre « Les FTP » Charles Tillon écrit : « Dans une circulaire en date du 28 novembre 1940 le Préfet de l’Aube fait connaitre que le Parti Communiste aurait organisé le ramassage sur tout le territoire des armes abandonnées par l’armée française ». Et Tillon ajoute : « En Corrèze fin décembre 1940, vingt groupes de trois sont déjà formés et agissent ».

Ces pionniers de « L’action immédiate » y compris contre les troupes occupantes auront, bien avant l’invasion de l’Union Soviétique ET ALORS QUE LEUR ACTION DEMEURAIT LARGEMENT IMCOMPRISE PAR LE PEUPLE DE NOTRE PAYS, DEMONTRE PAR L’EXEMPLE ET PAR DE NOMBREUX SACRIFICES, que la violence devenait la plus grande école du patriotisme résistant.

Des chroniqueurs, des hommes politiques en mal de notoriété où pour de basses raisons politiciennes et malgré toutes les preuves, n’en continuent pas moins à falsifier la vérité historique en continuant à affirmer que les communistes ne se sont engagés dans la Résistance qu’après l’invasion de l’Union Soviétique.

Il est vrai que l’entrée en guerre de l’URSS redonna à toute la résistance confiance et conviction que la victoire serait au bout de leurs peines.

Désormais l’Angleterre n’était plus seule pour faire face à la puissante armée hitlérienne, les forces en présence s’équilibraient, la libération de notre pays n’était plus une vue utopique, cela devenait une réalité, il nous fallait redoubler de force et de combativité pour hâter ce jour tant espéré. Il n’en reste pas moins vrai que les communistes étaient engagés bien avant cette date, j’en veux pour preuve les écrits du Résistant et historien Henri Noguères et du Résistant Vercors qui eux n’étaient pas communistes.

Dans son livre, La vie quotidienne des résistants de l’Armistice à la libération l’historien-résistant Henri Noguères qui n’était pourtant pas communiste a écrit : « Je pense que c’est faire un injuste procès à un grand nombre de résistants et de faire insulte à de nombreux morts communistes que de propager cette idée reçue selon laquelle la résistance n’aurait commencé pour le Parti communiste qu’au lendemain de l’agression contre l’URSS. Tillon à Bordeaux, Marcel Paul en Bretagne, Romagon en Champagne, Ouzoulias à Paris, Lecœur dans le Nord et ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres, qu’il n’est ni convenable, ni simplement décent de prétendre, comme l’ont fait tant de mémorialistes à mémoire courte et sélective et tant d’historiens à vue basse plus soucieux d’atteindre leur objectif que de faire preuve d’objectivité, que seuls des communistes agissant à titre individuel ont participé au combats de la résistance pendant la toute première année, ont regroupé dès 1940 tant de militants communistes dans la résistance active […] Notamment en créant l’Organisation Spéciale (O.S.) qu’il n’est pas convenable ni même simplement décent de prétendre, comme l’ont fait tant de mémorialistes à mémoire courte et sélective et tant d’historiens à vue basse plus soucieux d’atteindre leur objectif que de faire preuve d’objectivité, que seuls des communistes agissant à titre individuel ont participé aux combats de la Résistance pendant toute la première année. »

Il continue en écrivant : « Singulièrement plus honnête est la démarche d’un Léo Hamon qui, sans jamais s’être comporté en compagnon de route des communistes, a reconnu loyalement avoir rencontré en Zone Sud dèsle mois d’avril 1941 le communiste Marrane que son Parti avait chargé de créer le Front National donc de contribuer à organiser la Résistance ».

Et il ajoute : « Il est toutefois, une supériorité que nul ne peut contester aux communistes : c’est la part dominante, déterminante, prise par la résistance communiste dans le domaine de l’action directe… Ils ont été, pendant très longtemps, pratiquement les seuls à frapper l’occupant, en multipliant les attentats individuels, les embuscades, les sabotages ferroviaires, les attaques des locaux. L’ensemble de la Résistance, en reconnaissant par la suite de donner la priorité à l’action immédiate, rendra hommage à la tactique de guérilla à outrance préconisée par les FTP. »

Il est indispensable de rappeler que ce n’est que le 15 mars 1944, que le Conseil National de la Résistance préconisât « la lutte armée à outrance » alors que les communistes l’a pratiquaient depuis plus de trois ans.

Toutefois, toujours sur la question de la date de participation des communistes à la Résistance, nous souhaitons également porter à votre connaissance les termes d’une lettre adressée le 11 février 1955 par Jean Brüller dit Vercors, au Général de Gaulle, après la lecture de « ses mémoires ».

Il écrit : « En abordant hier soir la page 231, pourquoi a-t-il fallu que je retrouve sous votre plume les calomnies ordinaires que l’on porte contre les communistes… car mon Général, je mentirais par omission en ne témoignant pas pour eux. La première lettre que j’ai reçue, en août 1940 qui m’appelait à la résistance était signée du communiste jean-Richard Bloch. La première réunion à laquelle j’ai assisté en octobre 1940 chez le poète Arcos, s’était faite à l’initiative du même, accompagné du communiste Frédéric Joliot-Curie du communiste Wallon, du communiste Maublanc et du communiste Francis Jourdain …. La première revue clandestine fondée en décembre 1940 « La pensée libre » était une revue communiste et c’est sur ces cendres que j’ai fondé plus tard « Les éditions de minuit ». Le premier organe clandestin des intellectuels résistants (Comité national des écrivains), fut fondé en avril 1941 par le communiste Jacques Ducour. Il y laissa la vie. L’un des tout premiers résistants, que j’ai « pratiqué » qui fut arrêté presque sous mes yeux, puis torturé à mort, c’était le communiste Holweg. La première « grosse affaire » découverte par la Gestapo fut celle du Musée de l’Homme, conduite par le communiste François Lescure … et qui mena (en compagnie de Francis Cohen tous deux dirigeants des jeunesses communistes) l’affaire du 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe. [Le 11 novembre 1940, eut lieu une grande manifestation à l’Arc de Triomphe de Paris, organisée par des étudiants qui protestaient contre l’occupation allemande. Parmi les principaux organisateurs il y avait François Lescure et Francis Cohen tout deux dirigeants de la jeunesse communiste].

« C’est justement parce qu’il est évident que nos historiens futurs puiseront presque tout ce qui concerne cette période dans vos mémoires et probablement dans eux seuls, que je me suis attristé d’y trouver une erreur historique qui risque de se perpétuer » et plus loin il ajoute : « Je ne parlais que du court passage (quelques lignes) où vous reprenez contre les communistes français l’accusation courante de s’être abstenus de la Résistance jusqu’à l’entrée en guerre de l’U.R.S.S. Vous objectez à mon témoignage : c’étaient seulement quelques individualités. Mais c’est là justement que gît l’injustice à leur égard …. Cependant quel autre « Parti » a édité clandestinement une revue résistante dès 1940 ? Les radicaux, les socialistes, les modérés ? Quel « réseau » issu d’un « Parti » a fonctionné avant les réseaux communistes ? Penseriez-vous à reprocher aux autres ces longs mois passés à hésité, à se chercher, à s’organiser ? »

En ce qui nous concerne, nous ajouterons, que le premier numéro de « Libération » est daté de juillet 1941, le premier numéro de « Combat » ainsi que celui de « Franc-Tireur » sont datés de décembre 1941, alors que depuis juin 1940, « L’Humanité » avait déjà publié 90 numéros illégaux. La part primordiale prise par les communistes, dans la lutte armée contre le fascisme le nazisme et pour la reconquête de nos libertés. Comme l’a écrit Henri Noguères : « Il est toutefois une supériorité que nul ne peut contester aux communistes : c’est la part dominante, déterminante, prise par la résistance communiste dans le domaine de l’action directe… Ils ont été pendant longtemps pratiquement les seuls à frapper l’occupant ».

Mais il est incontestable que longtemps les frappes contre l’occupant furent vilipendées non seulement par Pétain mais également par le Général de Gaulle.
Le 23 octobre 1941, au lendemain de Châteaubriant, le chef de la « France libre » avait ordonné au nom du Comité de Londres : « La guerre doit être conduite par ceux qui en ont la charge … actuellement la consigne que je donne pour le territoire occupé, c’est de ne pas y tuer d’Allemands ».
Dire alors : « Il ne faut pas tuer d’Allemands » constituait un désaveu de la Résistance dans son irrépressible développement.

La lutte des F.T.P. était-elle donc prématurée ? Et que serait-elle devenue, si de Gaulle avait été obéi ? La résistance intérieure devait-elle se borner à un service de renseignements, jusqu’au jour J où les ordres seraient donnés ?

Charles Péguy avait écrit : « Demander la victoire et n’avoir pas envie de se battre, je trouve que c’est mal élevé. »

Nous, nous devons d’ajouter « qu’un peuple qui ne se bat pas pour sa liberté est un peuple indigne de la liberté ».

Les F.T.P-M.O.I. placés directement sous l’autorité du Parti communiste français demeurent avec « L’affiche Rouge » la figure emblématique de la Résistance française.

________________________________________________________________
* Léon Landini : Ancien officier des FTP-MOI – Officier de la Légion d’Honneur – Médaille de la Résistance – Grand Mutilé de Guerre – Décoré par l’Union Soviétique – Président de l’Amicale Carmagnole-Liberté des anciens Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI).

Ne pouvant assister sans réagir, aux abominations commises par les troupes fascistes, les communistes appellent alors à la création de « Brigades Internationales » destinées à aller combattre aux côtés des républicains espagnols. Des milliers de communistes répondirent à cet appel. 3.500 d’entre eux perdirent la vie en défendant la liberté. Bien des années plus tard, le gouvernement français reconnaissant le rôle héroïque joué dans la défense de la patrie par les « Brigadistes », leur accorde la « Carte de Combattant », reconnaissant implicitement qu’ils étaient les premiers combattants de la Résistance ayant fait front à l’ennemi, les armes à la main.

Sur la préparation de la résistance armée dès l’été 1940 alors que le Parti communiste, récemment dissous, était sévèrement désorganisé :

« Ainsi, durant l’été 1940, Jean Baillet fut mandaté par le comité central pour porter ses directives dans un certain nombre de départements, notamment l’Aube. Il s’agissait de constituer des groupes spéciaux chargé de récupérer les armes abandonnées et plus ou moins camouflées par l’armée française durant la débâcle. [1] »

Enfin, sur le début de la résistance armée communiste qui n’a pas attendu l’invasion du « grand frère » soviétique :

« Dès l’automne 1940, les groupes de l’OS commencèrent à s’attaquer à l’appareil militaire nazi en prenant pour premiers objectifs les câbles téléphoniques. [1] »

« ″La participation des communistes à de tels actes de sabotage a été démontrée de façon irréfutable″ note la Gestapo le 21 février 1941 (…) Luttes revendicatives et actions armées s’articulent parfois. Ainsi, le 7 avril 1941, à Issy-les-Moulineaux, le Comité populaire de l’usine La Raffia, à main-d’œuvre surtout féminine, fabriquant des filets de camouflage pour les canons, organise une grève et une manifestation à la kommandantur de Montrouge. La police arrête dix-sept manifestantes. A trois reprises, dont une immédiatement après la grève, l’OS tente, mais sans succès, d’incendier l’usine. [2] »

Le premier reseau de résistance universitaire a été fondé par les communistes Jacques Decour, Georges Politzer et Jacques Solomon en septembre 1940 ! Ils publient « l’Université Libre » et « La Pensée libre » qui sera la plus importante publication de la France occupée. Traqués par la police française, ils sont arrêtés en février 1942, torturés puis fusillés en mai 1942.

En réponse au théoricien nazi Rosenberg, qui vient à la chambre des députés le 28 novembre 1940 faire une conférence intitulée « Or et sang » pour liquider l’héritage de la France, son histoire, sa culture, la Révolution française de 1789, s’en prendre à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et exalter le racisme, le philosophe communiste Georges Politzer, seul intellectuel français à réagir à cette mascarade, écrit un pamphlet distribué clandestinement : « Révolution et contre-révolution au 20° siècle » et démonte les arguments du nazi Rosenberg. Cette brochure, véritable texte philosophique de haute portée dénonce cette mascarade : « Le culte du passé glorieux [la Révolution française de 1789] acquiert un contenu et un sens nouveau, à l’heure ou le capitalisme français livre la nation à l’oppression d’un impérialisme étranger… Le mythe du sang représente la trouvaille. En appelant à la guerre du sang contre l’or, M. Rosenberg fait croire que l’Allemagne capitaliste mène une guerre anticapitaliste. Hitler parle même de « deux mondes ». Mais est-ce l’Allemagne a supprimé la division de la société en exploités et exploiteurs ? Il a supprimé les classes par l’esprit, c’est-à-dire comme l’explique l’auteur du « Mythe du 20° siècle » en faisant prendre conscience aux hommes de « l’unité raciale » et de sa « force » supérieure à toutes les autres. C’est ce qu’il appelle le mystère du sang. »

Georges Politzer a écrit à ce sujet un autre texte vers la même période : L’obscurantisme au 20° siècle.

Le 6 juin 1940 le Parti communiste français a officiellement – quoiqu’interdit et persécuté – proposé au gouvernement de prendre des mesures radicales pour défendre l’existence de la patrie. Le communiste Georges Politzer, qui sera fusillé par les nazis deux ans plus tard, a remis, le 6 juin, au ministre Anatole de Monzie (qu’il connaissait personnellement pour avoir travaillé avec lui à « l’Encyclopédie française ») un texte en cinq points rédigé par Benoît Frachon, et quelques autres dirigeants communistes, parmi lesquels Arthur Dallidet et, sans doute Victor Michaut. Le Parti communiste propose :

1) Transformer le caractère de la guerre, en faire une guerre nationale pour l’indépendance et la liberté ; 2) Libérer les députés et les militants communistes ainsi que les dizaines de milliers d’ouvriers emprisonnés ou internés ; 3) Arrêter immédiatement les agents de l’ennemi qui grouillent dans les Chambres, dans les ministères, et jusque dans les états-majors, et leur appliquer un châtiment exemplaire ; 4) Ces premières mesures créeraient l’enthousiasme populaire et permettraient une levée en masse qu’il faut décréter sans délai ; 5) Il faut armer le peuple et faire de Paris une citadelle inexpugnable.

Il s’agit, en fait, du tout premier appel à la Résistance. On en trouve l’esprit – et parfois la lettre – dans les tracts clandestins que diffuse à l’époque le Parti communiste (il en existe des exemplaires au Musée de la Résistance nationale de Champigny).

Le témoignage de Mounette Dutilleul permet de se rendre compte que les propositions du Parti pour faire de Paris une « forteresse inexpugnable » sont dans la logique de positionnement du PCF. Contrairement à l’affaire de la demande de reparution légale de L’Humanité, qui est le fruit de la désorganisation du Parti, les propositions transmises par Politzer sont l’expression de la ligne politique.

« Parce que j’ai toujours pensé que cette lettre avait témoigné de la vigueur du Parti dans une époque de guerre et de répression difficile. Nous étions alors à Paris coupés de toutes liaisons avec nos camarades de Belgique, comme avec le Bureau de l’Internationale Communiste. Nous étions non seulement pourchassés mais encore à contre courant de l’opinion publique. Pourtant, comme nous disait Frachon, nous avions la chance, mûris à l’école du Parti, d’être assez forts, assez organisés, assez savants pour ne pas trébucher sur n’importe quoi ! Frachon, dans les circonstances les plus étonnantes, avait une réserve inépuisable d’enthousiasme. En vérité, la lettre du 6 juin, ne relevait ni de la « bombe » ni du « tournant ». Elle n’avait rien d’occasionnel. On en trouve témoignage dans les Humanités ronéotées de cette période. En avril 1940, il y a l’article de Maurice Thorez sur « les Pitt et Cobourg ». En mai 1940, avant que la demande de De Monzie nous parvienne, on écrit dans l’Humanité : « […] Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère et de la mort […] Face à l’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur (il faudra) agir à l’exemple des révolutionnaires de 1793 et des héroïques Communards de 1871. » Et puis, pour remonter aux sources déjà jaillies, l’Humanité saisie du 26 août 1939 ne titrait-elle pas sur toute sa largeur : « Union de la nation française contre l’agresseur hitlérien » ? En janvier 1936, le Parti à son congrès de Villeurbanne ne lançait-il pas l’idée de réconciliation nationale sur le plan de sauvetage du pays ? En adressant la lettre du 6 juin 1940 à De Monzie, Frachon poursuivait sur la lancée. Il ne pensait certainement pas détourner, d’un revers de manche, le cours de l’histoire. Il avait surtout le souci de ne pas perdre une occasion de faire entendre le Parti dans le pays. Il voulait ce qui reste de cette lettre : appeler à redonner à la guerre son contenu de guerre antihitlérienne. Les propositions avancées dans cette lettre étaient-elles prématurées ? N’étaient-elles qu’un coup de clairon ? Je ne l’ai pas pensé. Je ne le pense toujours pas. En tous cas, si coup de clairon cela était, il sonnait déjà le rassemblement pour un front national de libération. Il jetait de la semence de Résistance armée. A la fin de cet épisode, je m’aperçois que j’ai fait avec la lettre du 6 juin 1940 comme on fait avec l’Arlésienne. On en parle tout le temps, mais on ne la voit jamais. Ci-après donc le texte tel que Maurice Thorez le redonne dans son édition de 1960 de Fils du Peuple page 193, et qu’il présente ainsi : « Alors que la menace allemande sur Paris grandissait d’heure en heure, notre Comité Central faisait transmettre au gouvernement, le 6 juin, les propositions suivantes [cf. plus haut] Et Maurice Thorez termine : « Nous proposions au gouvernement l’armement du peuple et la lutte à outrance. Il répondit par la capitulation. » »

Tous les éléments suivants sont tirés du livre de Pierre Maury cité, sauf si la source est indiqué directement.

Le premier rapport du commandement militaire allemand en France (MBF) fait état de l’activité communiste en août 1940 : « La population ouvrière des centres industriels, des localités minières, des grands ports et celle qui donne le plus son aide aux communistes dès juillet 1940 (…) La tendance communiste prédomine. »

Le rapport du 1° août de l’officier allemand de renseignement constate « Qu’une activité politique digne d’être retenue n’est développée nulle part en zone occupée, si on fait abstraction du communiste de plus en plus notable. »

Le 9 septembre 1940, le chef de la Sicherheitspolizei (Gestapo) écrit que « les communistes favorisent en pratique l’ambiance anti-allemande. »

Début octobre 1940, le SS Sturmbahfuhrer Karl Bomelburg, chef de la Gestapo à Paris, signale à ses supérieurs le danger important auquel l’occupant est confronté : « Quoiqu’interdit, le Parti communiste est le seul des anciens partis qui déploie encore une forte activité (…) et ait les masses derrière lui, c’est pourquoi la question est sans doute la plus importante pour les autorités allemandes et françaises. »

Le 5 octobre 1940, un rapport de la police de Vichy fait état que : « Le communisme est devenu le symbole de l’indépendance nationale par contraste avec la résignation générale. »

Le 14 septembre 1940, le colonel SS Heydrich, chef nazi au plus haut niveau de la Gestapo note : « Aujourd’hui le PC est bien en France l’unique organisation qui est en position d’organiser le peuple qui cherche une issue politique. »

Le 24 janvier 1941, Knochen signale que le PCF « orchestre systématiquement ces manifestations… »

Le préfet du Finistère en avril 1941, dans son rapport mensuel daté du 4 avril remarque : « Parmi les adversaires de la Révolution Nationale on peut distinguer : 1°) les communistes qui sont aussi actifs qu’irréductibles… doivent être considéré comme rebelles à toute propagande… »

On peut aussi citer le journal réactionnaire d’Amiens, qui, en avril 1941 écrit : « Alors que sous le poid de la défaite, en passant par les radicaux, tous ont renoncé à l’activité collective, les communistes seuls ont maintenus l’organisation. »

Le 16 juin 1940, les communistes brestois constituent leur premier dépôt d’armes au Bouguen, provenant d’armes abandonnées par l’armée anglaise. Trois jours plus tard, l’armée allemande arrive à Brest !

Le 17 juin 1940, c’est avec un jour d’avance sur celui du général de Gaulle que Charles Tillon, chargé de réorganiser le Parti communiste dans le sud-ouest, un des dirigeants du PCF et futur chef des FTPF, lance un appel à la résistance contre « le fascisme hitlérien » :

Mais le peuple français ne veut pas de l’esclavage, de la misère et du fascisme, pas plus qu’il n’a voulu la guerre des capitalistes. Il est le nombre, uni, il sera la force… – Pour un gouvernement populaire, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du Parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien. Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins et aviateurs encore sous les armes, unissez-vous dans l’action. »

Il publiera un second texte le 18 juillet 1940 le « Manifeste de Bordeaux », au nom du PCF, invitant « à l’union pour chasser à la fois les capitalistes, leur tourbe de valets et de traîtes, et les envahisseurs. »

En Bretagne, le communiste Auguste Havez (ancien secrétaire du groupe parlementaire communiste à la Chambre des députés) sera encore plus percutant, le 22 juin 1940 : « Il n’y aura pas de répit avant d’avoir bouté les bottes hitlériennes hors de notre pays. »

Début juillet 1940, en Bretagne, le député communiste Marcel Paul rédige lui aussi un appel : « Il ne faut pas désespérer, il ne faut en aucun cas aider l’ennemi… »

Le 19 juin 1940, des groupes de jeunes communistes coupent les fils téléphoniques de la Kommandantur.

A Rennes, le 19 juin 1940, le jour même de l’arrivée des allemands dans la ville, Louis Coquillet (responsable régional de la Jeunesse communiste) diffuse un appel à la lutte contre l’occupant.

Le 20 juin 1940 a lieu un des tous premiers sabotages importants effectués par un groupe communiste, celui des ateliers de Vauzelles, prêts à être livrés aux Allemands.

Ce même jour à Brest, c’est-à-dire au lendemain de l’arrivée des allemands, plusieurs réunions de militants communistes ont lieu, à la question de savoir : « « Que faire maintenant qu’ils sont là ? » Partout la même réponse : « continuer ! » »

C’est en septembre 1940 que Georges Politzer et Jacques Solomon rédigent un appel aux « travailleurs intellectuels ».

L’Humanité clandestine, numéro spéciale du 30 octobre 1940 titre : « Pour que la France soit aux Français, Femmes de France, unissez-vous. »

Le 10 septembre 1940, l’Humanité clandestine titre : « Le blé français doit nourrir les français. »

Le 26 septembre 1940, l’Humanité clandestine titre : « Le gouvernement de Vichy n’est pas un gouvernement français. »

Le 1° mai 1941, l’Humanité titre Vive le premier Mai ! et dénonce les allemands.

Le 20 mai 1941, on peut lire dans l’Humanité : « Le PCF s’adresse à tous ceux qui pensent français et veulent agir français… Dans ce Front national pour l’indépendance il y a de la place pour tous les français sauf les capitulards et les traîtres au service de l’envahisseur, pour que la France soit la France et ne devienne pas une colonie nazie, l’unité nationale doit se faire… contre les envahisseurs et les traîtres, contre le gouvernement de Vichy qui obéit aux ordres des occupants allemands. »

Le 26 mai 1941, on pouvait lire dans l’Humanité : « A bas l’antisémitisme : les gouvernements de Vichy ne sont que de plats valets d’Hitler. Obéissant aux directives de Berlin, ils ont fait arrêter plus de 5 000 juifs et les ont envoyés dans des camps de concentration. »

L’appel dit « du 10 juillet 1940 » de Maurice Thorez et de Jacques Duclos (les deux principaux dirigeants du PCF) qui, s’il n’est pas un appel à l’insurrection armée – en juillet 1940, il ne faut pas rêver ! – incite à créer un « front de la liberté, de l’indépendance et de la renaissance de la France », proclamant qu’« il n’y a de paix véritable que dans l’indépendance des peuples ». Ce texte, qui a été diffusé à 600 000 exemplaires, est très souvent cité comme témoignant de l’engagement précoce du PCF dans la Résistance, le plus souvent avec cette seule phrase : « Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves ». On retrouve aussi dans ce texte les phrases : « Mais le Peuple de France ne se laissera pas faire. A la ville, dans les campagnes, dans les usines, dans les casernes doit se le front des hommes libres contre la dictature des forbans. A la porte le gouvernement de Vichy ! A la porte le gouvernement des ploutocrates et des profiteurs de guerre ! (…)  Mais rien ne pourra empêcher que les comptes soient réglés et les masses laborieuses en demandant que LA France SOIT AUX FRANÇAIS expriment à la fois LA VOLONTÉ D’INDÉPENDANCE DE TOUT UN PEUPLE et sa ferme résolution de se débarrasser à tout jamais de ceux qui l’ont conduit à la catastrophe. (…) La France ne veut pas être mise au pas par les aventuriers de Vichy (…) CELA NE DOIT PAS ÊTRE ; CELA NE SERA PAS ! La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé, la France au passé si glorieux ne s’agenouillera pas devant une équipe de valets prête à toutes les besognes (…) La France doit se relever, elle se relèvera, il le faut, dans l’intérêt même de la fraternité des peuples, que, de toutes façons nous voulons (…) Et c’est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage, parce que l’avenir lui appartient; c’est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le Parti Communiste, Parti de propreté, d’honneur et d’héroïsme, que peut se constituer LE FRONT DE LA LIBERTÉ, DE L’INDÉPENDANCE ET DE LA RENAISSANCE DE LA FRANCE. »

Ce texte dit-on était peu convaincant face à l’appel prophétique du Général De Gaulle. Daniel Cordier qui fut secrétaire de Jean Moulin souligne cependant que cet appel comparé au silence des républicains de tous bords eu le mérite de « briser le consensus béat et contrit qui s’établissait autour de Pétain et de son gouvernement ». Daniel Cordier affirme « qu’en appelant les Français à prendre leur destin à bras le corps, en livrant la bataille des revendications sociales, les communistes ont contribué à arracher les Français à leur apathie » en les dressant contre le « mea culpa » et les résignation générale prônée par Pétain.

Ce même-mois, un tract du PCF parait sous le titre : « La France ne sera pas fasciste ».

Fin août 1940, le Comité Central donne les directives de lutte : « Créez des groupes clandestins de trois camarades, des dizaines et des trentaines, partout ou c’est possible, dans les usines, les mines, les localités. Augmentez la propagande du Parti. La presse nationale ne suffit plus, chaque organisation, à tous les niveaux doit se doter de moyens de propagande. Il faut récupérer les armes abandonnées à la débâcle, les stocker en lieu sûr. Donnez une formation militaire aux militants pour organiser l’action directe et le sabotage. Préparez les planques pour les militants obligés de passer dans l’illégalité. Prendre contact avec les résistants isolés ou groupes structurés pour essayer de mettre sur pied un front uni résistant. »

Dés le mois d’août, le PCF dénonce la politique antisémite de Vichy et de l’occupant. Les tracts du PCF flétrissent les mesures raciales de l’Etat français (rapport du SS Sturmbanh-Fuhrer du 24 août 1940).

Des tracts du PCF ont été saisis comme : « L’antisémitisme arme de la réaction »… et « Vive l’union de la nation française »… furent des écrits de première importance, ils furent diffusés par le PCF pendant l’automne et l’hiver 1940.

En août 1940, à Lille, un groupe du PCF et des JC attaque un centre de la Propaganda-Staffel.

Le 9 novembre 1940, au Havre, un groupe de l’OS jette un Feldgendarme à la mer.

En novembre 1940, le PCF impulse l’action dans les syndicats clandestins de la région parisienne par l’intermédiaire d’André Tollet qui crée les GDS, des syndicats clandestins, dont les responsables dès leur création est Joseph Epstein et Henri Rol-Tanguy.

Même période, le PCF dénonce l’annexion de l’Alsace-Lorraine et élève : « une protestation véhémente contre cette annexion arbitrairement effectuée (…) et qui (…) voue au même mépris de tous les français (…) le gouvernement de Vichy, d’esclavage et de trahison qui laisse indexer l’Alsace sans dire un mot (…). »

En décembre 1940, l’annexion de l’Alsace-Lorraine est pratiquement terminé. Une nouvelle fois le PCF s’élève contre cette annexion, en particulier dans l’Humanité clandestine du 10 décembre.

La police de Vichy s’inquiète et signale que : « La propagande communiste est un danger sérieux pour la jeunesse. »

En automne 1940, les allemands recrutent des ouvriers volontaires pour l’Allemagne. Le PCF réagit et dénonce cette déportation déguisée qui vise à donner des bras à l’industrie de guerre allemande. En ce mois d’octobre 1940, on peut voir par exemple une manifestation organisée par le PCF à Saint-Denis (93) contre ce recrutement pour l’Allemagne. Un rapport de l’administration allemande d’octobre 1940 signale : « Des tracts communistes en Bretagne, contre le travail en Allemagne… »

Le 29 septembre 1940, le commissaire central adresse un rapport au préfet de l’aube : « Activité du Parti communiste, j’ai l’honneur de vous signaler d’après un renseignement recueilli de bonne source, que le Parti communiste aurait organisé le ramassage sur tout le territoire des armes abandonnées par l’armée française pour en constituer des dépôts clandestins qui seraient utilisés en prévision d’une attaque ultérieure. »

C’est en janvier 1941 que Georges Wodli, cheminot membre du Comité Central du PCF, revient en Alsace avec les directives du Comité Central dont l’objectif principal était de : « (…) rassembler ceux qui sont opposés à la destruction des libertés populaires en France, tous ceux qui se dressent contre le gouvernement de Vichy (…). Pour réaliser le front unique à la base et rassembler autour de la classe ouvrière et du Parti tous ceux qui veulent que la France soit LIBRE et INDÉPENDANTE et non réduite à l’esclavage et la vassalité. »

La déclaration officielle du Comité central, toujours avant la rupture du pacte germano-soviétique, le 15 mai 1941 : « Guidé par le souci exclusif de réaliser l’union de la nation pour la cause, sacrée entre toutes, de l’indépendance nationale, le Parti communiste français, mettant au-dessus de tout l’intérêt du pays, déclare solennellement qu’en vue d’aboutir à la création d’un large front de libération nationale, il est prêt à soutenir tout gouvernement français, toute organisation et tous les hommes dont les efforts seront orientés dans le sens d’une lutte véritable contre l’oppression nationale subie par la France, et contre les traîtres au service de l’envahisseur. »

Le Parti communiste français installe, à partir de juillet 1940, dans de nombreuses usines, des comités populaires dans le but d’obtenir de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaires, de lutter contre les restrictions et de combattre l’influence des syndicats à la solde de Vichy. Ces comités donnent naissance, dans certaines entreprises, dès la fin 1940, à des groupes de destructions et de sabotages.

Par exemple, en octobre 1940, la délégation générale déclare : « A Boulogne-Billancourt, le comité populaire des usines Renault s’est doublé d’un comité des usines de Boulogne, sous prétexte de revendications diverses (salaires, congés payés, indemnités de toutes sortes). Le but de ce comité est de grouper le plus grand nombre d’ouvriers possibles sous l’égide du Parti communiste. »

Dès octobre 1940, la direction du P.C.F. met en place des « groupes spéciaux » (appelés « groupes de choc » par la Gestapo (cf le rapport de la Gestapo du 24 février 1941)) que l’on appelle aussi « groupes O.S. », constitués au départ d’éléments aguerris pour effectuer un certain nombre de tâches relevant du service d’ordre et des coups de main : récupération d’armes, d’explosifs, actions de sabotage contre les installations militaires allemandes, intimidation des traîtres, protection des militants qui prennent la parole sur les marchés, distribuent des tracts, collent des affiches, des papillons, participent à des manifestations patriotiques… Après la Libération, l’Organisation Spéciale a été reconnue, à partir d’octobre 1940, comme « unité combattante » par le Ministère de la guerre.

Concernant l’OS, voici un texte (tiré de Les chroniques de la Résistance) intéressant : « [Jean Chaumeil] raconte : « Dans le courant du mois de septembre 1940, nous avons commencé à recevoir comme directive de choisir les meilleurs camarades du Parti afin de constituer des groupes de l’OS… Qu’était-ce dons que l’OS ? Dès que ces deux lettres ont été connues, les journalistes collaborateurs ont prétendu qu’OS signifiait « Organisation soviétique »… En réalité, ça voulait, bien sûr, dire « Organisation spéciale »…Les groupes de l’OS que nous avons donc ainsi commencé à constituer avaient pour missiond’assurer leprotection des militants et le châtiment des traîtres, mais aussi d’entraîner les hommes aux futurs combats armés, de chercher des armes, de constituer des dépôts d’armes, de se préparer à s’en serviret puis, en attendant, de s’exercer par le sabotage des lignes téléphoniques allemandes, des poteaux indicateurs bilingues, par la destruction dans les usines de tout ce qui pouvait être détruit pour saper la production… Dans la banlieue Est de Paris, notre premier groupe OS a été constitué par cinq ou six camarades que dirigeait, tout d’abord, un militant d’origine serbe, le camarade Henri Coli. La première mission que ce groupe a eu à remplir fut de détruire, place Carnot, à Romainville, tous les panneaux indicateurs que les Allemands avaient installés dans toutes les directions afin d’orienter leurs convois vers Paris ou vers l’Est. A la Kommandantur de Montreuil, ils ont piqué une rage terrible quand ils se sont rendu compte qu’on avait détruit ces panneaux et ils ont même menacé de prendre des otages. En fait, ce fut un premier coup porté à l’ennemi. On en parla beaucoup dans la population et il exalta l’ensemble de nos camarades en nous permettant même de créer immédiatement d’autres groupes de l’OS pour notre région de Paris-Est… » (…) A Brest, nous dit [Eugène] Kerbaul, le premier sabotage communiste date de novembre 1940. C’est celui d’une locomotive. Dans la ville, alors, les gens ressentaient beaucoup le manque de beurre et de pommes de terre. D’autant plus que, tous les jours, ils en voyait partir pour l’Allemagne. C’est pourquoi ce premier sabotage qui visait la locomotive d’un train transportant des pommes de terre en Allemagne a eu immédiatement une répercussion extraordinaire. (…) [Maintenant, un commentaire de Madeleine Riffaud] : · »Une nuit de l’automne 1940, alors que sur le Nord (…) plane un silence terrible, soudain, des explosions. Une flamme éclatante, véritable aurore boréale, éclaire le pays minier du haut du plateau de Vimy (…) Hapiot, glorieux combattant des Brigades internationales (…) et Georges Capel, supérieur direct de Charles Debarge, ont incendié sur les hauteurs un parc de voitures allemandes… » Ces exemples sont caractéristiques de l’effet psychologique, et donc politique, que produisent les sabotages, dès les premiers mois de l’Occupation. Mais ces exemples ont aussi intéressants pour ce qui est de l’évolution même du nombre et de la nature de ces sabotages. En effet, si les câbles coupés sont largement majoritaires dans la toute première période, les voies ferrées endommagées vont vite les rejoindre avant de les dépasser. Cette évolution marquera d’ailleurs une aggravation de la lutte puisque, d’une part, les sabotages ferroviaires auront des conséquences plus directement sensibles sur le fonctionnement même de la machine de guerre allemande et que, d’autre part, alors qu’il n’y a pas besoin d’être postier pour sectionner un fil téléphonique, il est difficile de perturber la circulation des trains sans l’aide d’aucun cheminot et que ce seront les cheminots eux-mêmes qui mèneront la « bataille du rail »… Mais n’anticipons pas… Pour le moment, bornons-nous à noter avec Joseph Jacquet, auteur de Les cheminots dans l’histoire sociale de la France, que « les actes de sabotage des voies ferrées qui ont débuté par celui du 16 juillet 1940 près d’Epernay » vont se multiplier. « Dès lors, ajoute le même auteur, lentement au début, car il faut s’armer, s’approvisionner en explosifs, apprendre à choisir les lieux les plus propices, puis de plus en plus rapidement, l’action de sabotage se développe sur les lignes comme dans les dépôts ; c’est le 20 juillet 1940 au dépôt de La Plaine qu’une locomotive tombe dans la fosse de la plaque tournante. » (…). [3] »

Le 11 décembre 1940, les premiers groupes de l’O.S. dirigés par Jean Mahon, Chalon et Grillot, font dérailler un train de marchandise entre le poste 2 de Perrigny et le poste 2 de Longvic, détruisant quatre citernes de vin destiné aux Allemands et coupant la voie pendant 14 heures. Albert Ouzoulias mentionne encore deux autres déraillements, les 3 et 13 janvier 1941, puis, « de janvier à juin 1941, ces mêmes groupes (réalisent) des récupérations d’armes et d’explosifs, la remise en état des armes et la fabrication d’engins dans les ateliers du dépôt. » De septembre au 15 octobre, avec un effectif de 24 hommes, le groupe OS FTPF s’attaque aux locomotives par sablage des boîtes à huile.
La police militaire allemande soupçonne Jean Mahon, Jean Bouscand et Gabriel Lejard de coordonner les opérations de sabotage au dépôt de Perrigny, mais n’en possède pas de preuves.
À la fin juin 1941, tous les responsables communistes Côte-d’Oriens connus sont arrêtés.

Quelques actions de l’OS/BJ en 1940-1941.

Le 14 août 1940 : un groupe spécial du PCF abat un soldat allemand sur le port de Royan, acion probablement organisé par Charles Tillon.

Le 9 novembre 1940, au Havre, un soldat allemand est jeté à la mer par un groupe de l’OS.

Même mois de la même année : l’OS montre son efficacité en détruisant un char allemand à Wandignie-Hamage dans le Nord.

Même période : Un groupe de l’OS incendie un parc de camion allemand à Vimy dans le Pas-de-Calais.

Le 3 janvier 1941 : L’OS fait dérailler un train de marchandises allemand, près de Perigny en Côte-d’Or.

Le 13 de ce mois : L’OS recommence à Perigny.

Toujours en janvier : L’OS sabote des lignes à haute tensions à Vauzelles, et encore au Havre, à Brest, en région parisienne.

Février 1941 : l’OS sabote les lignes à haute tension de Pont-Saint-Ours et de Puy-De-Dôme.

Le 27 février 1941, un soldat allemand est retrouvé dans le canal de Saint-Denis (OS).

Vers le 10 mars 1941, un groupe de l’OS abat trois soldats allemands au port de commerce de Brest.

Toujours en mars : l’OS incendie douze wagons allemands à Champigny-sur-Marne. Elle sabote le réseau à haute-tension de Saint-Eloi.

Le 16 mars : l’OS incendie un moulin au service de l’ennemi, à Mantes-la-Ville, Yvelines.

Le 17 avril : l’OS sectionne les câbles téléphoniques de la Kommandantur du Havre.

Le 20 avril 1941, un cheminot allemand est abattu par les Bataillons de la Jeunesse (en quelque sorte la jeunesse de l’OS).

Le 30 avril 1941, un sous-officier allemand est abattu à Lambersard (Nord) par un groupe OS/BJ.

Le 1° mai : l’OS fait sauter les permanences des nazis français à Angers.

Le 5 mai : l’OS incendie les entrepôts Damoy à Vitry.

Encore en mai, l’OS détruit un parc à voitures allemands à Saint-Die dans les Vosges.

Courant juin 1941 : l’OS incendie un parc de camions allemands à Vincennes.

Le 28 juillet 1941, deux officiers nazis sont abattus à Lille par un groupe OS/BJ.

Le 8 août 1941, porte d’Orléans à Paris, un officier allemand un abattu par des jeunes communistes. (Le Berre et Manuel)

Le 14 août 1941, les BJ détruisent l’usine Les Isolants de Vitry qui travaillait pour les allemands.

Le 21 août 1941 : Charlet (OS) est arrêté dans le Douaisis (Nord) et tente de s’évader un abattant le chauffeur, l’interprète allemand et en blessant un Feldgendarme.

Le 28 août 1941, un groupe de l’OS incendie des camions allemands rue de la plaine, dans le 20°.

On le voit, les groupes armés communistes ont commencé bien tôt à attaquer l’intégrité physique des troupes hitlériennes. Et encore ceci ne tient pas compte des pertes nazies subies lors des déraillements de trains allemands ou lors d’attaques de convois motorisés comme à Périgny en Côte-d’Or le 3 et le 13 juillet 1941, le même mois entre Arras et Vimy, le 16 juillet près d’Epinay ou bien d’un convoi motorisé en novembre 1940 à Wandignie (Nord)…

Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF est parti à Moscou pour des raisons de sécurité… en mars 1941, depuis Moscou il rédige un appel aux français intitulé :Sur la défaite de la France : « Le premier objectif de notre peuple, c’est sa libération nationale (…) Les communistes s’adressent à tous les français qui placent avant toute autre préoccupation l’indépendance de notre peuple et qui sont décidés à lutter dans ce but. Nous apellons à l’union et à l’action des travailleurs socialistes et radicaux… Nous appelons à l’action les travailleurs catholiques… Le Parti communiste de France, sûr de l’avenir qu’est capable de réaliser la puissance irrésistible des forces vives populaires, appelle à la classe ouvrière, le peuple de France à s’unir sur ce programme d’action. Il les appelle en créant leur unité à refaire : LA FRANCE LIBRE ET INDIVISBLE.

Le Parti communiste de France. »

En novembre 1940, les communistes Elie Péju et Jean-Jacques Soudeille fondent avec deux autres personnes le mouvement de Résistance Franc-Tireur, le mouvement fusionnera avec Libération-Sud et Combat pour donner les Mouvements unis de la Résistance (MUR).

« La Jeunesse Communiste toulousaine se réunissait chaque dimanche matin sous le couvert des Amis de l’Union soviétique […] C’est au cours de l’une de ces réunions que les jeunes communistes ont préparé la visite de Pétain à Toulouse le 6 novembre 1940. Nous avons lancé depuis plusieurs fenêtres de la rue d’Alsace des tracts antivichystes et antinazis. Cela a eu un écho formidable. Une foule immense attendait Pétain. Quand les tracts sont tombés sur le sol, beaucoup de gens les ont ramassés et les ont glissés dans leurs poches. Il n’y avait pas de directives précises. L’idée est venue de nous mêmes, entre copains de la JC. Nous nous sommes dit : on ne peut pas laisser venir Pétain sans rien faire. Puis l’engagement s’est poursuivi selon les affinités de chacun, de façon très individualisée localement. » (Georges Séguy, ancien Résistant, lors d’un entretien avec Jean-Paul Piérot)

Le 18 novembre 1940, les jeunes communistes de Lyon font la même opération pour les mêmes raisons. En décembre 1940, à Marseille, mêmes personnes (les JC), même opérations, mêmes raisons.

Rappelons aussi qu’au mois d’août 1940, dans La Relève, journal évidemment clandestin de l’Union des étudiants et lycéens communistes (UELC), on pouvait lire : « Étudiants, vous ne permettrez pas qu’un régime de dictature et d’oppression vous ôte toutes vos libertés et étouffe la pensée française ! Étudiants, lycéens de France ! Unissez-vous pour la défense de vos droits de jeunes et d’intellectuels ! Unissez-vous pour réaliser avec le peuple de France le front de la Liberté, du travail et de l’indépendance de la France ! »

Lorsque Paul Langevin (un antifasciste, physicien de renommée mondiale) est arrêté en octobre 1940 par la Gestapo, l’UELC (l’Union des étudiants et lycéens communistes) publie et diffuse très largement un tract où l’on peut lire : « L’arrestation du professeur Langevin est le signal de la lutte ouverte des puissances obscurantistes contre la culture et la pensée libre… Aujourd’hui, le vieux Pétain, Laval, Ripert et leur bande, avec la complicité des troupes allemandes, ne cachent pas leur dessein d’asservissement intellectuel de la France en même temps qu’ils livrent notre pays, économiquement, à l’impérialisme étranger […]. Alertez vos camarades, vos professeurs ! Exigez la libération immédiate du professeur Langevin !

Le soir du 8 novembre, la direction de l’Union des étudiants et lycéens communistes (UELC) se réunit en présence d’un représentant du PCF, Maurice Berlemont, pour préparer la manifestation communiste du 11 novembre 1940 (la grande et première manifestation antinazie, qui a eu lieu à Paris).

Le même 8 novembre, les communistes François Lescure, secrétaire national de l’UEC (Union des Etudiants Communistes) clandestine, Danielle Casanova, secrétaire générale de l’UJFF et Francis Cohen, organisent une manifestation devant le Collège de France, où Paul Langevin enseignait.

Un mois plus tôt, vingt et un étudiants communistes avaient été arrêtés. Ils seront jugés le 1er mars 1941, puis, après appel, condamnés, en mai, à différentes peines de prison. Parmi eux, Claude Lalet. Après dix mois de prison, il ne sera pas remis en liberté, mais expédié comme otage dans le camp de Chateaubriand. Il y sera fusillé, le 22 octobre 1941, avec vingt-six autres. Dont Guy Môquet. Arrêté un an auparavant, en octobre 1940, le fils du député déporté Prosper Môquet n’avait pu prendre part à l’action du 11 novembre. Une date qu’en zone interdite, 35 % des mineurs du bassin houiller du Nord – Pas-de-Calais célébrèrent en débrayant. On leur retint, dit-on, pour leur peine, deux jours de salaire. Mais, du 27 mai au 10 juin 1941, ils n’en menèrent pas moins leur grande grève patriotique, lancée notamment sous l’impulsion d’Auguste Lecour. Et le combat partout s’intensifia.

Fin mai – début juin 1941, le PCF organise, dans le Nord et le Pas-de-Calais une grève qui rassemble 100 000 mineurs et prive les nazis d’une partie du charbon produit. Plus de 200 mineurs sont déportés. Cette grève a fait perdre 510 000 tonnes de houille et 54 630 tonnes de fer à l’occupant. Le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, qui deviendra membre du Conseil National de la Résistance (CNR) et l’un des plus gros mouvements de la Résistance française (voir LE plus gros), a été crée en mai 1941 par le PCF, plus d’un mois avant l’invasion de l’URSS.

Le 20 mai 1941, on peut lire dans l’Humanité : « Le PCF s’adresse à tous ceux qui pensent français et veulent agir français… Dans ce Front national pour l’indépendance il y a de la place pour tous les français sauf les capitulards et les traîtres au service de l’envahisseur, pour que la France soit la France et ne devienne pas une colonie nazie, l’unité nationale doit se faire… contre les envahisseurs et les traîtres, contre le gouvernement de Vichy qui obéit aux ordres des occupants allemands.

En août 1941, le rapport du MBF (commandement militaire allemand en France) note : « L’appel pour la formation d’un Front National a été distribué en grande quantité.

Pour citer un particulier, Georges Guingouin, souvent présenté par les historiens comme le « premier maquisard de France », il était secrétaire local du PCF et chef du plus gros maquis de France, celui du Limousin.

Tout le renseignement gaulliste du tournant de 1940 rend le même son, supputant « que les communistes gagnent du terrain en zone occupée par suite de leur attitude antiallemande ». En octobre 1940, l’Abwehr signala la distribution de « tracts communistes […] de caractère très anglophile » par deux communistes de Forges-les-Bains : ils sont probablement, commenta-t-elle, « payés par les Anglais, qui font distribuer leur matériel de propagande par les communistes ». La presse collaborationniste dénonçait régulièrement, telle L’Oeuvre du 28 décembre 1940, la communauté de vues croissante entre « gaullistes anglophiles » et communistes. L’avance communiste en la matière inquiéta d’ailleurs précocement (et durablement), Henry Hauck, le conseiller du Travail de De Gaulle, socialiste champion des cégétistes confédérés qui rêvait de donner à celui-ci une assise à la fois populaire (qui lui manquait) et anticommuniste (objectif évidemment plus aisé). « Les communistes », rapporta-t-il en avril 1941, « luttent de leur côté contre les Allemands et contre Vichy, et des arrestations nombreuses ont été opérées dans leurs rangs, soit en zone occupée, soit en zone non occupée. Le problème semble être pour nous d’éviter que leur influence, médiocre pour l’instant, ne s’accroisse. ».

Voici trois passages – choisis au hasard – d’un discours d’Anne Lacroix-Riz sur le PCF entre juin 1940 et juin 1941, historienne française, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VII, agrégée d’histoire, docteur és Lettres, spécialiste de la Collaboration, de l’Allemagne nazie et du Régime de Vichy :

« Entre « juillet 1940 » et la fin de 1941, les rapports hebdomadaires consacrés aux arrestations pour « menées communistes » ou « propagande communiste » emplissent de 9 à 16 p., précises et alertes sur les « prises ». Ceux qui recensent les arrestations pour « propagande gaulliste » (incluant tous les résistants non-communistes) occupent en général 1 p., très rarement 2, une fois seulement 10, le 11 août 1941 ; ils relèvent un nombre modeste d’arrestations, aucune certaines semaines, jamais plus de 23 – niveau unique et exceptionnel du dernier rapport cité -, l’éventail s’étirant de 0 à 10 : en moyenne 45 communistes par semaine « depuis juillet 1940 », et sur la base des seuls rapports hebdomadaires – je n’ai pas trouvé de document sur les arrestations totales de gaullistes – 2 à 3 pour les gaullistes.

Le rapport Cerny relève que « vers le début de septembre [1940] […] eurent lieu des manifestations communistes devant les mairies de banlieue exigeant le retour des municipalités dissoutes. Ces manifestations furent réprimées par la garde mobile et la police françaises avec l’autorisation des Allemands [4] (…) Le dernier rapport de la Préfecture de police destiné aux Allemands rédigé avant le lancement de l’opération Barbarossa, qui se flattait d’avoir procédé « depuis juillet 1940 » à un total de 2 411 arrestations, constata : « la propagande communiste attaque de plus en plus durement les autorités d’occupation et la “collaboration”, coïncide avec la propagande “gaulliste”, traite le gouvernement français d’“instrument dans les mains de l’impérialisme allemand” » et veut « convaincre la population que cette politique est particulièrement dirigée contre les travailleurs » [5] (…) Si l’on se fie aux deux premières années de la répression – le dernier rapport hebdomadaire de la Préfecture de police des volumes consultés date du 26 mai 1942 –, la police parisienne avait « depuis juillet 1940 » arrêté près de 2 500 militants communistes par an (2 411 avant Barbarossa, 4 461 au tournant d’avril 1942). Chiffres qui confirment que juin 1941 ne constitue pas une césure aussi décisive qu’on l’affirme : en tout cas, puisqu’il est exclu que l’association policière franco-allemande ait été plus clémente pour les communistes après le 22 juin 1941, ces chiffres prouvent qu’il n’y eut pas rupture du point de vue des forces de répression. [6] »

Voici des extraits de La Gestapo contre le Parti communiste, rapports sur l’activité du PCF, décembre 1940-juin 1941 publié en 1984 aux éditions Messidor. Dans la préface de l’ouvrage on peut lire page 30 :

« Une attention particulière est portée à ce qui constitue une menace directe pour l’occupant : les sabotages, dont il est dit que « la participation de communistes à de telles actions a pu être prouvée sans contestation possible » » ; l’action de démoralisation entreprise dans la Wehrmacht, et qui apparaît d’autant plus préoccupante qu’elle bénéficie d’appuis chez les Allemands, parmi les « anciens communistes ». Là encore, la Gestapo a tendance à grossir les faits, à la mesure de sa hargne (ne combat-elle pas le Parti communiste allemand depuis huit ans ?). Mais c’est effectivement à ce moment que se met en place le TA (Travail allemand) impulsé par les partis communistes français et allemand, et dont l’action à l’intérieur de l’armée allemande ne cessera de se développer. »

Dans un rapport de la Gestapo du 14 janvier 1941, l’auteur précise certains faits : Dans le département de la Saône-et-Loire, 3 personnes, et 5 dans le département de la Nièvre ont été appréhendées récemment pour activité clandestine de propagande communiste. A Saint-Viet, près de Besançon, plusieurs communistes ont été arrêtés pour s’être comportés de façon provocante vis-à-vis de personnels de la Wehrmacht, avoir chanté des chansons communistes subversives, et avoir fait montre d’une attitude de défi. Dans une autre localité, aux environs de Montbéliard, on a arrêté un homme qui avait tiré deux coups de pistolet contre des Allemands appartenant à la Wehrmacht. »

Dans un rapport de la Gestapo du 30 janvier 1941, j’ai retenu le passage suivant : « Le PCF illégal a consacré une attention particulière à l’acquisition d’armes et d’explosifs ainsi qu’a la mise en place de dépôts d’armes secrets. Il n’y a aucun doute qu’ils disposent d’un certain nombre de dépôts d’armes et d’explosifs. Il lui a été extrêmement facile de se procurer le matériel correspondant lors de l’effondrement militaire général de juin 1940. Mais dans cette opération, on a agi avec la plus grande prudence, les dépôts d’armes ne doivent en aucun cas se trouver dans les maisons de membres du parti, mais on a, à cet effet, recherché des endroits qu’il n’est pas facile de découvrir. En particulier, on a utilisé des souterrains situés à l’écart, aménagés et camouflés spécialement dans ce but. De fait, on a pas réussi jusqu’ici à découvrir des cachettes de ce genre. Dans un cas, dans le midi de la France, dans le département du Gard, on a trouvé chez des communistes 36 détonateurs et 3 pains de dynamite, dans un autre cas, quelques pistolets et quelques fusils.

De même, on a entrepris la constitution de groupes de choc communiste, unités militaires prévues pour le soulèvement armé et la guerre civile. Pour l’instant, voici quelles seraient leurs fonctions :

1) Police du parti, enquêtes auprès de tous les membres suspects dont on a quelque lieu de craindre qu’ils aient fait des déclarations à la police sur le PCF ou trahi leurs camarades ;

2) Surveillance de la propagande, de la distribution des tracts et du collage de papillons ;

3) Protection des groupes de propagande particuliers.

Pour ces diverses tâches, sont mis en place des équipes particulièrement entraînées, appelée « Équipes spéciales » [7] qui sont totalement responsables de l’exécution de l’action entreprise et de sa protection. »

____________________________________________________________________________________________

« La plupart des fusillés sont en prison ou au camp depuis un an, parfois plus. Et certains aujourd’hui ont l’audace de prétendre que les communistes ont commencé la Résistance en juin 1941 ! Ceux que nous pleurons seraient vivants s’il en avait été ainsi. Dire ou écrire ces infamies, c’est cracher sur les tombes des martyrs de Châteaubriant et de beaucoup d’autres lieux de la Résistance. » (Albert Ouzoulias, Les Fils de la Nuit, Grasset, 1975, p. 188-189)

« Mais si Hitler malgré tout, déclenche la guerre, alors qu’il sache bien qu’il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l’indépendance des peuples. » (Maurice Thorez, le 25 août 1939 au Parlement)

« C’est tout du même tonneau dans cette émission : éviter d’avoir à faire connaître le rôle qu’ont joué les communistes dès l’entrée des armées nazies en France. C’était aussi une façon d’éviter d’avoir à évoquer le rôle important des communistes juifs de la MOI (Main-d’oeuvre immigrée) dès le début de la guerre. Ils en ont payé le prix fort. Ce documentaire, tout à fait dans la ligne des campagnes qui ont visé à minimiser la résistance des communistes depuis de longues années, les reprend à son compte en la faisant partir de l’invasion hitlérienne de l’URSS. Je ne sache pas qu’il y ait eu un seul autre parti, en tant que tel, qui se soit engagé comme l’a fait le PCF. » (Max Weinstein, ancien résistant de l’Union de la Jeunesse Juive, le 28 février 2008)

« Je pense que c’est faire un injuste procès à un grand nombre de résistants et de faire insulte à de nombreux morts communistes que de propager cette idée reçue selon laquelle la résistance n’aurait commencé pour le Parti communiste qu’au lendemain de l’agression contre l’URSS. » (Henri Noguères, ancien résistant du Comité d’Action Socialiste et historien, dans son livre La vie quotidienne des résistants de l’Armistice à la libération)

« Dès la fin juillet 1940, le doute n’est plus permis quant à la volonté de l’immense majorité des communistes de combattre sans attendre, l’occupant hitlérien. » (Pierre Maury, in La Résistance communiste en France, éd. Le Temps des Cerises, 2006)

« Le communisme, encore, qui te fait choisir d’entrer dans la Résistance après la défaite de juin 1940. Et lorsque Pétain décide de signer « l’armistice » et de collaborer avec Hitler, c’est encore la fougue du jeune militant qui te fait saboter ton avion pour qu’il ne serve pas à l’occupant. Dans ce gigantesque effondrement de civilisation que fut cette guerre, tu as été de ceux qui choisirent au contraire de se battre (pour beaucoup de mourir) contre la barbarie, pour une société et un monde qui serait encore meilleur après la libération qu’au moment du Front Populaire. C’est cette foi inébranlable en ces idéaux qui te poussa à combattre dans les maquis, jusqu’à devenir l’un des commandants des FTP du Vaucluse, sous la direction d’un de tes vieux amis et Compagnon de la Libération, Louis Blésy. « Résistant, parce que communiste » disais-tu… » (Diego Chauvet lors d’un entretien avec l’ancien résistant René Gilli (Le Patriote du 21 mars 2008))

Notes :

[1] : Jacques DUCLOS, Mémoires, édition Fayard, 1970.
[2] : Roger BOURDERON et Germaine WILLIARD, La France dans la tourmente, 1939-1944, éditions sociales, 1982.
[3] : Alain GUERIN, Chronique de la Résistance, éditions Omnibus, 2000 (également éditée en 1972-1976 par le Livre-Club Diderot).
[4] : Rapport Cerny, février 1941, Londres-Alger, vol. 300.
[5] : Extrait du rapport du MBF à l’Ambassade d’Allemagne à Paris, 4 octobre 40, souligné dans le texte, AJ 40, vol. 882 , dossier 1.
[6] : Anne Lacroix-Riz : http://www.historiographie.info/menu.html

Partager cet article
Repost0
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 06:24

C'est dans le Canard Enchaîné, la semaine dernière, sous un titre potache qui masque l'intérêt et la gravité du contenu: 

 

Huy et non 

Il faut les imaginer, le 14 juin 1941, le dos courbé, grimper la pente abrupte à travers les broussailles, par colonnes de deux, sous les cris des SS et la menace de leurs armes. Tous mineurs de fond du Nord-Pas-de-Calais, tous communistes. 

Et tous grévistes contre les nazis. Ils sont 273 à avoir été déportés au fort de Huy, en Belgique.

Deux cent quarante-quatre périront, assassinés, au camp de Sachsenhausen. 

Héros oubliés

En dépit de ce que cette grève eut d'extraordinaire, dans tous les sens du terme, elle reste confidentielle, quasi inconnue. Ahurissant, quand, soutenus par les femmes des corons, 100 000 mineurs refusèrent, du 27 mai au 9 juin 1941, d'extraire le charbon destiné à l'Allemagne. 

C'est pour célébrer ces héros oubliés que Christian Champiré, le maire communiste de Grenay (Pas-de-Calais) organisait le 27 juillet, comme l'an dernier, une virée en car à Huy. 

"Nous ignorions aussi tout de cette grève et de ses suites dans notre ville, c'est vous qui nous l'avez apprise", a raconté le premier échevin du bourgmestre en recevant la troupe, d'environ 60 personnes. Parmi elles, Guy Patin, dont le grand-père, déporté à Huy, est mort à Sachsenhausen. Paralysé des jambes, Guy a parcouru, il y a trois ans, en chaise roulante, les 2 000 kilomètres séparant son Pas-de-Calais du camp de la mort, en passant par Huy. 

"Ils étaient des héros, qui se sont battus pour la liberté, déclare le maire de Grenay. Les mouvements sociaux sont souvent précurseurs, à l'avant-garde des luttes et de la résistance...". 

Appuyé sur sa canne blanche, l'historien Pierre Outerryck étreint Pierrot Rebouillat dont le père, François, résistant en 1941, gréviste en 1948, fut dégradé par l'armée et récemment réhabilité par François Hollande. "Il est temps que l'histoire de cette grève soit enseignée dans nos écoles..."

Pour tous les descendants des grévistes, la réponse est Huy. 

D.S

Le Canard Enchaîné, 2 août 2017 

 

La France travaille, photographie de François Kollar représentant l’acheminement du charbon vers le triage aux mines de Lens (Pas-de-Calais), durant les années trente. Photo : François Kollar/bibliothèque Forney/Roger-Viollet

La France travaille, photographie de François Kollar représentant l’acheminement du charbon vers le triage aux mines de Lens (Pas-de-Calais), durant les années trente. Photo : François Kollar/bibliothèque Forney/Roger-Viollet

Le scandale de la grève oubliée des mineurs de mai-juin 1941
HISTORIEN PIERRE OUTTERYCK,
VENDREDI, 27 MAI, 2016
L'HUMANITÉ
 

Au printemps 1941, les mineurs du Nord-Pas-de-Calais se mettent en grève. Un acte de résistance fondateur. Fruit d’une mobilisation animée par les communistes. Avec l’aide de la police française et des compagnies des mines, la Feldgendarmerie mène une répression féroce.

Novembre 2014 : sous l’impulsion de Christiane Taubira, garde des Sceaux, l’Assemblée nationale décide de valoriser les engagements et les valeurs des « gueules noires » lors des grèves de 1941, 1948 et 1952. Une commission est pour cela créée. Présidée par le maire de Grenay (Pas-de-Calais), Christian Champiré, elle prendra le nom de « Norbert Gilmez », héros de la lutte opiniâtre des mineurs, victime de la répression lors des grèves de 1948.

Le 27 mai 1941, au matin, le jeune militant syndicaliste et communiste Michel Brûlé fait stopper les compresseurs à la fosse du Dahomey de Montigny-en-Gohelle. Immédiatement, les marteaux-piqueurs s’arrêtent ; les abatteurs relèvent la tête… Puis des cris, l’Internationale, chantée au fond de la mine à gorge déployée, brise le silence. La grève vient de commencer ! Elle durera quinze jours et rassemblera de Bruay-sur-l’Escaut à Bruay-en-Artois, sur les 120 km du sillon minier, plus de 100 000 mineurs. Ce fut la plus importante grève dans l’Europe occupée.

En effet, depuis juin 1940, le nord de la France est occupé par la Wehrmacht. Le Nord-Pas-de-Calais et les Ardennes, devenus Zone interdite, sont directement administrés par les Allemands depuis Bruxelles (Oberfeldkommandantur), même si préfets, sous-préfets et administrations dépendant de Vichy demeurent présents. En juillet 1940, le directeur des mines de Lens est chargé par les Allemands de coordonner l’activité des différentes concessions et d’organiser le pillage du charbon extrait au profit de l’occupant.

En cet été 1940, le chômage est prégnant, la misère est importante, la classe ouvrière est fortement désorganisée après les vagues de répression de l’hiver 1938-1939, puis de septembre et octobre 1939, la mobilisation et l’évacuation devant l’avancée de la Wehrmacht n’ont fait qu’aggraver cette désorganisation. Pourtant, dans le bassin minier, des responsables syndicaux, des délégués mineurs et élus communistes déchus de leurs mandats demeurent sur le terrain. Ils deviendront les pivots d’une Résistance populaire qui, très vite, va naître.

En août 1940, Martha Desrumaux, dirigeante du PCF, réunit clandestinement plusieurs responsables communistes dans le Douaisis. L’objectif est clair : organiser la lutte des mineurs. En effet, le charbon était le pain de l’industrie. Malgré peurs et répressions, la corporation minière, forte de son expérience revendicative, pouvait être mobilisée. Ainsi, dès ce mois d’août, un cahier de revendications est rédigé, susceptible de remobiliser la corporation minière et les populations du bassin minier. Vingt mille exemplaires seront tirés clandestinement. Quinze mille parviendront dans les corons et les fosses. Le retour fin octobre 1940 du dirigeant Auguste Lecœur dans le Pas-de-Calais va accélérer la mobilisation.

Dès septembre 1940, des débrayages avaient eu lieu à la fosse du Dahomey après la mort d’un galibot ; le 11 Novembre est fêté dans le Douaisis. En janvier 1941, la compagnie de l’Escarpelle est en grève : les mineurs refusent l’allongement de la journée de travail sans augmentation de salaire. En février, des débrayages touchent les fosses autour de Lens. Le 1er mai 1941, drapeaux rouges et tricolores pavoisent terrils et chevalements ; faucilles, marteaux et croix de Lorraine ornent les murs… Le 27 mai 1941, c’est la grève ! 100 000 mineurs sur les 143 000 recensés arrêtent le travail.

Elle durera quinze jours. « Tout est calme », signalent les directeurs de compagnie. Refusant toute provocation, évitant d’occuper les carreaux et l’entrée des fosses, les mineurs restent dans les corons. Ce sont leurs femmes qui interpellent les « jaunes » à la sortie des cités pour les inciter à refuser le travail. Très vite, la grève est connue dans l’agglomération lilloise, où chaque matin des femmes venues des mines travaillent dans les filatures… Déjà le charbon manque et la production électrique est restreinte.

Le 4 juin, des centaines de femmes manifestent à Liévin, Sallaumines, Lens et Harnes. Police et gendarmeries françaises sont submergées. L’armée allemande doit intervenir. La répression commence. La Feldgendarmerie utilise des listes de « rouges » remises par les commissariats et les compagnies des mines. Plusieurs centaines de mineurs sont arrêtés et emprisonnés à Lille, Béthune, Douai et Valenciennes.

Le 13 juin, 273 mineurs sont déportés à la citadelle de Huy en Belgique. Le 23 juillet, 244 d’entre eux partent pour le sinistre camp de concentration de Sachsenhausen, le camp modèle des nazis. Cent trente-six mineurs n’en reviendront pas.

Cinq cent mille tonnes de charbon ne seront pas extraites durant cette grève. Après la répression, pour calmer les esprits, les autorités d’occupation décident une légère augmentation des salaires, des rations de viande et de savon supplémentaires ainsi que des vêtements de travail.

Mais cette grève du 27 mai au 9 juin 1941 témoigne de la capacité de la classe ouvrière et du peuple à refuser la violence de l’exploitation et la soumission à l’occupant.

 

Les mineurs à l’honneur ! 

Henri Martel, un mineur syndicaliste, élu du peuple. Né en 1898, il adhère avant 1914 à la CGT, et dès 1920, au Parti communiste. Il est élu député en 1936 et en 1940. Sénateur-mineur en 1946, responsable de la CGT dans le Douaisis, secrétaire général de la Fédération du sous-sol et de l’Union internationale du syndicat des mineurs (FSM), ce mineur de fond est devenu un véritable homme d’État (16 euros, franco de port). Magazine d’histoire, Mai-juin 1941, 100 000 mineurs en grève, 64 pages, éditorial de Julien Lauprêtre (4,30 euros, franco de port). S’adresser à l’association Cris, 166, avenue de Bretagne 59000 Lille ()

Repères 

  • Août 1940 La dirigeante communiste Martha Desrumaux organise une rencontre afin d’engager la lutte.
  • 1er janvier 1941 L’occupant allemand décide d’allonger d’une demi-heure la journée de travail sans augmentation de salaire.
  • 1er mai Des mouvements sociaux s’organisent autour des comités d’unité syndicale et d’action (Cusa).
  • 3 juin 80 % des mineurs du bassin minier cessent le travail.
  • 5 juin On compte déjà plus de 200 arrestations.
Partager cet article
Repost0
19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 08:32
libération de Morlaix (photo publié par Ouest-France)

libération de Morlaix (photo publié par Ouest-France)

Avec Jean-Pierre Hervet, on partage une commune passion d'amateurs pour l'histoire, et en particulier l'histoire locale de la seconde guerre mondiale.

Comme il a vu que j'avais déjà publié plusieurs articles sur "Le Chiffon Rouge" sur la résistance et la collaboration dans la région, et que nous nous connaissions déjà, ayant pris des cours de breton ensemble à KLT, il m'a fait lire son article pour le journal municipal de St Martin sur les semaines de la Libération à Saint-Martin des Champs et Morlaix et accepté que je le publie dans "Le Chiffon Rouge" car il est fort intéressant. 

Bonne lecture!

Ismaël Dupont   

 

Lire aussi: 

Les déportés morlaisiens dans les camps nazis pendant la seconde guerre mondiale

Résistance et répression des communistes brestois de 1939 à 1943 (à partir des souvenirs et des enquêtes d'Eugène Kerbaul, résistant communiste)

Persécutions et déportations des juifs du Finistère:"Sur les traces perdues d'une famille juive en Bretagne" par Marie-Noëlle Postic Coop Breizh, 2007)

 

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 07:22
Il y a 150 ans, le 17 juillet 1867, Karl Marx publiait "Das Kapital" à Londres, une oeuvre décisive de déconstruction du système de production, d'échange et d'exploitation capitaliste

17 juillet 1867 : Karl Marx publie Das Kapital

Le 17 juillet 1867, Karl Marx publie à Londres le premier tome de son oeuvre principale, Das Kapital (Le Capital). Les deux tomes suivants sont publiés par Engels après la mort de leur auteur, le 14 mars 1883. Cet ouvrage volumineux et indigeste va devenir pendant plus d'un siècle la référence obligée des socialistes et révolutionnaires du monde entier.

 

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

Il y a 150 ans, le 17 juillet 1867, Karl Marx publiait "Das Kapital" à Londres, une oeuvre décisive de déconstruction du système de production, d'échange et d'exploitation capitaliste
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011