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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 06:24

C'est dans le Canard Enchaîné, la semaine dernière, sous un titre potache qui masque l'intérêt et la gravité du contenu: 

 

Huy et non 

Il faut les imaginer, le 14 juin 1941, le dos courbé, grimper la pente abrupte à travers les broussailles, par colonnes de deux, sous les cris des SS et la menace de leurs armes. Tous mineurs de fond du Nord-Pas-de-Calais, tous communistes. 

Et tous grévistes contre les nazis. Ils sont 273 à avoir été déportés au fort de Huy, en Belgique.

Deux cent quarante-quatre périront, assassinés, au camp de Sachsenhausen. 

Héros oubliés

En dépit de ce que cette grève eut d'extraordinaire, dans tous les sens du terme, elle reste confidentielle, quasi inconnue. Ahurissant, quand, soutenus par les femmes des corons, 100 000 mineurs refusèrent, du 27 mai au 9 juin 1941, d'extraire le charbon destiné à l'Allemagne. 

C'est pour célébrer ces héros oubliés que Christian Champiré, le maire communiste de Grenay (Pas-de-Calais) organisait le 27 juillet, comme l'an dernier, une virée en car à Huy. 

"Nous ignorions aussi tout de cette grève et de ses suites dans notre ville, c'est vous qui nous l'avez apprise", a raconté le premier échevin du bourgmestre en recevant la troupe, d'environ 60 personnes. Parmi elles, Guy Patin, dont le grand-père, déporté à Huy, est mort à Sachsenhausen. Paralysé des jambes, Guy a parcouru, il y a trois ans, en chaise roulante, les 2 000 kilomètres séparant son Pas-de-Calais du camp de la mort, en passant par Huy. 

"Ils étaient des héros, qui se sont battus pour la liberté, déclare le maire de Grenay. Les mouvements sociaux sont souvent précurseurs, à l'avant-garde des luttes et de la résistance...". 

Appuyé sur sa canne blanche, l'historien Pierre Outerryck étreint Pierrot Rebouillat dont le père, François, résistant en 1941, gréviste en 1948, fut dégradé par l'armée et récemment réhabilité par François Hollande. "Il est temps que l'histoire de cette grève soit enseignée dans nos écoles..."

Pour tous les descendants des grévistes, la réponse est Huy. 

D.S

Le Canard Enchaîné, 2 août 2017 

 

La France travaille, photographie de François Kollar représentant l’acheminement du charbon vers le triage aux mines de Lens (Pas-de-Calais), durant les années trente. Photo : François Kollar/bibliothèque Forney/Roger-Viollet

La France travaille, photographie de François Kollar représentant l’acheminement du charbon vers le triage aux mines de Lens (Pas-de-Calais), durant les années trente. Photo : François Kollar/bibliothèque Forney/Roger-Viollet

Le scandale de la grève oubliée des mineurs de mai-juin 1941
HISTORIEN PIERRE OUTTERYCK,
VENDREDI, 27 MAI, 2016
L'HUMANITÉ
 

Au printemps 1941, les mineurs du Nord-Pas-de-Calais se mettent en grève. Un acte de résistance fondateur. Fruit d’une mobilisation animée par les communistes. Avec l’aide de la police française et des compagnies des mines, la Feldgendarmerie mène une répression féroce.

Novembre 2014 : sous l’impulsion de Christiane Taubira, garde des Sceaux, l’Assemblée nationale décide de valoriser les engagements et les valeurs des « gueules noires » lors des grèves de 1941, 1948 et 1952. Une commission est pour cela créée. Présidée par le maire de Grenay (Pas-de-Calais), Christian Champiré, elle prendra le nom de « Norbert Gilmez », héros de la lutte opiniâtre des mineurs, victime de la répression lors des grèves de 1948.

Le 27 mai 1941, au matin, le jeune militant syndicaliste et communiste Michel Brûlé fait stopper les compresseurs à la fosse du Dahomey de Montigny-en-Gohelle. Immédiatement, les marteaux-piqueurs s’arrêtent ; les abatteurs relèvent la tête… Puis des cris, l’Internationale, chantée au fond de la mine à gorge déployée, brise le silence. La grève vient de commencer ! Elle durera quinze jours et rassemblera de Bruay-sur-l’Escaut à Bruay-en-Artois, sur les 120 km du sillon minier, plus de 100 000 mineurs. Ce fut la plus importante grève dans l’Europe occupée.

En effet, depuis juin 1940, le nord de la France est occupé par la Wehrmacht. Le Nord-Pas-de-Calais et les Ardennes, devenus Zone interdite, sont directement administrés par les Allemands depuis Bruxelles (Oberfeldkommandantur), même si préfets, sous-préfets et administrations dépendant de Vichy demeurent présents. En juillet 1940, le directeur des mines de Lens est chargé par les Allemands de coordonner l’activité des différentes concessions et d’organiser le pillage du charbon extrait au profit de l’occupant.

En cet été 1940, le chômage est prégnant, la misère est importante, la classe ouvrière est fortement désorganisée après les vagues de répression de l’hiver 1938-1939, puis de septembre et octobre 1939, la mobilisation et l’évacuation devant l’avancée de la Wehrmacht n’ont fait qu’aggraver cette désorganisation. Pourtant, dans le bassin minier, des responsables syndicaux, des délégués mineurs et élus communistes déchus de leurs mandats demeurent sur le terrain. Ils deviendront les pivots d’une Résistance populaire qui, très vite, va naître.

En août 1940, Martha Desrumaux, dirigeante du PCF, réunit clandestinement plusieurs responsables communistes dans le Douaisis. L’objectif est clair : organiser la lutte des mineurs. En effet, le charbon était le pain de l’industrie. Malgré peurs et répressions, la corporation minière, forte de son expérience revendicative, pouvait être mobilisée. Ainsi, dès ce mois d’août, un cahier de revendications est rédigé, susceptible de remobiliser la corporation minière et les populations du bassin minier. Vingt mille exemplaires seront tirés clandestinement. Quinze mille parviendront dans les corons et les fosses. Le retour fin octobre 1940 du dirigeant Auguste Lecœur dans le Pas-de-Calais va accélérer la mobilisation.

Dès septembre 1940, des débrayages avaient eu lieu à la fosse du Dahomey après la mort d’un galibot ; le 11 Novembre est fêté dans le Douaisis. En janvier 1941, la compagnie de l’Escarpelle est en grève : les mineurs refusent l’allongement de la journée de travail sans augmentation de salaire. En février, des débrayages touchent les fosses autour de Lens. Le 1er mai 1941, drapeaux rouges et tricolores pavoisent terrils et chevalements ; faucilles, marteaux et croix de Lorraine ornent les murs… Le 27 mai 1941, c’est la grève ! 100 000 mineurs sur les 143 000 recensés arrêtent le travail.

Elle durera quinze jours. « Tout est calme », signalent les directeurs de compagnie. Refusant toute provocation, évitant d’occuper les carreaux et l’entrée des fosses, les mineurs restent dans les corons. Ce sont leurs femmes qui interpellent les « jaunes » à la sortie des cités pour les inciter à refuser le travail. Très vite, la grève est connue dans l’agglomération lilloise, où chaque matin des femmes venues des mines travaillent dans les filatures… Déjà le charbon manque et la production électrique est restreinte.

Le 4 juin, des centaines de femmes manifestent à Liévin, Sallaumines, Lens et Harnes. Police et gendarmeries françaises sont submergées. L’armée allemande doit intervenir. La répression commence. La Feldgendarmerie utilise des listes de « rouges » remises par les commissariats et les compagnies des mines. Plusieurs centaines de mineurs sont arrêtés et emprisonnés à Lille, Béthune, Douai et Valenciennes.

Le 13 juin, 273 mineurs sont déportés à la citadelle de Huy en Belgique. Le 23 juillet, 244 d’entre eux partent pour le sinistre camp de concentration de Sachsenhausen, le camp modèle des nazis. Cent trente-six mineurs n’en reviendront pas.

Cinq cent mille tonnes de charbon ne seront pas extraites durant cette grève. Après la répression, pour calmer les esprits, les autorités d’occupation décident une légère augmentation des salaires, des rations de viande et de savon supplémentaires ainsi que des vêtements de travail.

Mais cette grève du 27 mai au 9 juin 1941 témoigne de la capacité de la classe ouvrière et du peuple à refuser la violence de l’exploitation et la soumission à l’occupant.

 

Les mineurs à l’honneur ! 

Henri Martel, un mineur syndicaliste, élu du peuple. Né en 1898, il adhère avant 1914 à la CGT, et dès 1920, au Parti communiste. Il est élu député en 1936 et en 1940. Sénateur-mineur en 1946, responsable de la CGT dans le Douaisis, secrétaire général de la Fédération du sous-sol et de l’Union internationale du syndicat des mineurs (FSM), ce mineur de fond est devenu un véritable homme d’État (16 euros, franco de port). Magazine d’histoire, Mai-juin 1941, 100 000 mineurs en grève, 64 pages, éditorial de Julien Lauprêtre (4,30 euros, franco de port). S’adresser à l’association Cris, 166, avenue de Bretagne 59000 Lille ()

Repères 

  • Août 1940 La dirigeante communiste Martha Desrumaux organise une rencontre afin d’engager la lutte.
  • 1er janvier 1941 L’occupant allemand décide d’allonger d’une demi-heure la journée de travail sans augmentation de salaire.
  • 1er mai Des mouvements sociaux s’organisent autour des comités d’unité syndicale et d’action (Cusa).
  • 3 juin 80 % des mineurs du bassin minier cessent le travail.
  • 5 juin On compte déjà plus de 200 arrestations.
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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 08:32
libération de Morlaix (photo publié par Ouest-France)

libération de Morlaix (photo publié par Ouest-France)

Avec Jean-Pierre Hervet, on partage une commune passion d'amateurs pour l'histoire, et en particulier l'histoire locale de la seconde guerre mondiale.

Comme il a vu que j'avais déjà publié plusieurs articles sur "Le Chiffon Rouge" sur la résistance et la collaboration dans la région, et que nous nous connaissions déjà, ayant pris des cours de breton ensemble à KLT, il m'a fait lire son article pour le journal municipal de St Martin sur les semaines de la Libération à Saint-Martin des Champs et Morlaix et accepté que je le publie dans "Le Chiffon Rouge" car il est fort intéressant. 

Bonne lecture!

Ismaël Dupont   

 

Lire aussi: 

Les déportés morlaisiens dans les camps nazis pendant la seconde guerre mondiale

Résistance et répression des communistes brestois de 1939 à 1943 (à partir des souvenirs et des enquêtes d'Eugène Kerbaul, résistant communiste)

Persécutions et déportations des juifs du Finistère:"Sur les traces perdues d'une famille juive en Bretagne" par Marie-Noëlle Postic Coop Breizh, 2007)

 

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 07:22
Il y a 150 ans, le 17 juillet 1867, Karl Marx publiait "Das Kapital" à Londres, une oeuvre décisive de déconstruction du système de production, d'échange et d'exploitation capitaliste

17 juillet 1867 : Karl Marx publie Das Kapital

Le 17 juillet 1867, Karl Marx publie à Londres le premier tome de son oeuvre principale, Das Kapital (Le Capital). Les deux tomes suivants sont publiés par Engels après la mort de leur auteur, le 14 mars 1883. Cet ouvrage volumineux et indigeste va devenir pendant plus d'un siècle la référence obligée des socialistes et révolutionnaires du monde entier.

 

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

Il y a 150 ans, le 17 juillet 1867, Karl Marx publiait "Das Kapital" à Londres, une oeuvre décisive de déconstruction du système de production, d'échange et d'exploitation capitaliste
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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 07:08
17 juillet 1936: Coup d'Etat fasciste contre la jeune République espagnole (Robert Clément)

17 juillet 1936 : Coup d’État fasciste contre la jeune République espagnole.


C’est le début de la guerre civile en Espagne 1936-1939 et le prélude à la seconde guerre mondiale. L'Espagne est devenue une république parlementaire et démocratique depuis 1931. Mais le nouveau régime doit faire face à de nombreuses oppositions conservatrices hostiles aux réformes sociales et à la démocratie: le clergé catholique, les grands propriétaires fonciers, les cadres de l'armée.
En 1936, comme en France, les partis républicains (socialistes, radicaux, communistes et anarchistes) se sont unis dans un Frente popular. Ils gagnent les élections législatives de février 1936.
Refusant leur défaite les forces de l'opposition organisent un soulèvement militaire le 17 juillet 1936 sous la direction du général Franco. Bénéficiant dès l'origine du soutien de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste, les "nationalistes" de Franco occupent rapidement la moitié du pays.

Au total Allemagne et Italie fournirent près de 100.000 soldats, 1300 avions de combat, 350 blindés et quantité de canons, mortiers et munitions, sans compter les instructeurs militaires auprès des troupes franquistes. La guerre d'Espagne est ainsi pour l'Allemagne et l'Italie un terrain d'entraînement et d'expérimentation de leurs tactiques et de l'efficacité de leurs armes nouvelles. Par exemple les avions italiens et allemands expérimentèrent en Espagne les tactiques meurtrières des bombardements de terreur sur les populations civiles comme celui de Guernica (avril 1937), de Durango, ou de Barcelone (mars 1938).

Le Portugal du dictateur Salazar fournit aussi à Franco plusieurs milliers de soldats.
Alors que l'Allemagne et l'Italie accentuent ouvertement leur soutien aux nationalistes, les démocraties France et Royaume-Uni adoptent une lache politique de "non intervention".
Le gouvernement républicain organise pourtant la résistance et fait appel à la mobilisation populaire. Malgré de terribles bombardements et la faiblesse des moyens la capitale Madrid résiste.
 

Les Brigades internationales
 

Près de 35000 volontaires du monde entier, hommes et femmes, viennent combattre aux côtés des Républicains pour défendre la liberté, ils constituent les "Brigades internationales". Français, Tchèques, Américains, Italiens, Allemands, Cubains, Belges, Anglais, Irlandais... Ils sont venus du monde entier, en octobre 1936, pour défendre la République espagnole, attaquée par les troupes franquistes, les armées hitlériennes et mussoliniennes. Ils ont tout quitté, laissant derrière eux : travail, femmes et enfants, parents, frères et soeurs. Qui sont-ils ? Des intellectuels, des médecins, des travailleurs, des socialistes, des communistes, des anarchistes, des sans-parti, tous antifascistes. Quelles sont leurs motivations ? la plupart s'engageaient par internationalisme et solidarité. Ils avaient soif de liberté, conscients qu'en défendant l'Espagne ils protégeaient la liberté pour leur propre pays.
Par exemple les 2800 volontaires américains, étaient des marins de San Francisco, des étudiants et professeurs du Wisconsin ou de l'Illinois, des mineurs de Pennsylvania et de l'Ohio, des ouvriers, des poètes, ou des artistes-peintres de New York et du New Jersey. Ils venaient des quatre coins des Etats-Unis, ils ont constitué la "brigade Abraham Lincoln". 800 d'entre eux laisseront leur vie en Espagne pour défendre la liberté.
Il y a eu entre 9 000 et 10 000 volontaires français. A plus de 80 %, ce sont des ouvriers. Un sur deux vient de Paris et de sa banlieue. La moyenne d' âge est de trente ans, avec plusieurs centaines de vétérans de la guerre 14-18. 80 % sont des militants syndicaux ou politiques et plus de 50 % sont membres du P.C.F.
la défaite des républicains

Mais inférieurs en armes, isolés, les républicains faiblissent, et en avril 1938, les troupes de Franco réussissent à couper en deux le territoire républicain isolant Barcelone de Madrid. Malgré des combats opiniâtres qui dureront encore près d'un an, Barcelone tombe aux mains de franquistes en février 1939 , puis Madrid en mars 1939. Victorieux Franco instaura une dictature présentant de nombreux aspects fascistes.
Guerre cruelle, plus de 400 000 morts puis des dizaines de milliers qui seront exécutés après la victoire des franquistes, la guerre d'Espagne fut une guerre idéologique entre d'un côté la défense de la République et la lutte contre le fascisme et de l'autre la "croisade" conservatrice contre les "rouges". Prélude aussi à la guerre mondiale tout court, car face à la détermination des dictatures dans leur engagement militaires, il n'y eu que faiblesse et irrésolution des démocraties, refusant de s'engager de peur de compromettre la paix internationale.
 

Une dictature durable...
Bien qu'ayant renversé un régime légitime par la force et avec l'aide de l'Allemagne nazie, il parvint à rester au pouvoir après la victoire des Alliés en 1945. De 1939 à 1975, pendant plus de 35 ans, Franco maintint sa dictature et dirigea l'Espagne d'une main de fer. L'Espagne fut ainsi, jusqu' à sa mort en 1975, l'un des derniers pays de dictature totalitaire en Europe de l'Ouest.

17 juillet 1936: Coup d'Etat fasciste contre la jeune République espagnole (Robert Clément)
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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 07:40
Hors-série de l'Humanité: il était une fois la révolution d'Octobre: à se procurer de toute urgence!
Hors-série. Il était une fois la révolution d’Octobre
JEAN-PAUL PIÉROT
LUNDI, 19 JUIN, 2017
L'HUMANITÉ
russie, en février 1917, démolition d’un monument symbolisant l'empire, après la chute du tsar Nicolas II. SZ Photo/Scherl/Brigemanimages.com
russie, en février 1917, démolition d’un monument symbolisant l'empire, après la chute du tsar Nicolas II. SZ Photo/Scherl/Brigemanimages.com

2017 est l’année du centenaire des dix jours qui ébranlèrent le XXe siècle. L’Humanité lui consacre un numéro hors-série auquel ont contribué de nombreux historiens. Cette publication de 108 pages est disponible chez votre marchand de journaux ou sur commande directement à l’Humanité, au prix de 9 euros.

Il y a cent ans, la guerre n'en finissait pas de décimer les populations européennes, la vie de centaines de milliers de jeunes gens s'abîmait à Craonne, à Verdun ou sur la Somme. Dans ce contexte désespérant, le mouvement ouvrier, trahi par l’Internationale socialiste, qui n’avait pas empêché la tuerie européenne, tournait son regard et ses espoirs vers la Russie. Le vaste et archaïque empire de la dynastie tricentenaire des Romanov était entré en révolution depuis février, quand les ouvriers et les femmes de Petrograd avaient chassé Nicolas II. En cette fin d'octobre, une insurrection populaire renversait le gouvernement provisoire. Parvenu au pouvoir, le parti bolchevik de Lénine se fixait pour tâche la réalisation de la révolution socialiste.

Interroger le sens des révolutions d’aujourd’hui

Le vieux rêve du monde du travail d’en finir avec l’exploitation capitaliste allait-il se réaliser ? John Reed, dont le livre Dix Jours qui ébranlèrent le monde, tiré à des millions d'exemplaires, a fait connaître l'épopée de 1917, traduit l’enthousiasme qui s'empara des progressistes : « Il est encore de mode, écrit-il un an après la prise du palais d'Hiver, de parler de la révolution bolchevique comme d'une “aventure”. Eh bien, s'il faut parler d'aventure, ce fut l'une des plus merveilleuses où se soit engagée l'humanité, celle qui ouvrit aux masses laborieuses le terrain de l'histoire et fit désormais tout dépendre de leurs vastes et naturelles aspirations. (...) Quoi qu’on pense du bolchevisme, il est indéniable que la révolution russe est un des grands moments de l'histoire de l’humanité et que la venue au pouvoir des bolcheviks est un fait d’importance mondiale. »

C’est là le point de départ du numéro hors-série de l’Humanité auquel ont participé de nombreux historiens figurant parmi les meilleurs connaisseurs de cet événement fondateur du XXe siècle. Marc Ferro explique comment « les femmes, les ouvriers et les soldats du front ont réveillé les révolutionnaires ». Nicolas Werth relate cette année décisive de 1917 où « tout a basculé ». Jean-Jacques Marie montre combien la guerre civile déclenchée par les blancs et l’intervention militaire occidentale ont pesé sur le cours ultérieur de la politique bolchevique.

« La révolution d’Octobre comprend deux histoires entrelacées : son impact sur la Russie et son impact sur le monde », observait Eric Hobsbawm et d’ajouter : « Sans le second, peu de monde en dehors d’une poignée d’historiens spécialistes s’en serait jamais préoccupé. » Aucun autre événement de l’histoire n’a davantage polarisé les sociétés sur des critères de classe : haine et terreur chez les possédants, sympathie et solidarité dans le prolétariat. Jean Vigreux détaille « l’onde de choc en Europe ». Tous les pays européens et au-delà connurent une recomposition politique. Les partis socialistes se divisèrent durablement entre « révolutionnaires », qui adhérèrent à la nouvelle internationale communiste, et « réformistes », qui, selon l’expression de Léon Blum au congrès de Tours, en décembre 1920, « gardaient la vieille maison ».

Les rapports singuliers entre les héritiers de la Commune de Paris et les assaillants du palais d’Hiver sont soulignés dans plusieurs contributions. Sophie Cœuré exhume la mémoire de cette petite communauté de Français installée en Russie avant la révolution, qui choisit de s'engager aux côtés des bolcheviks et constitua le premier groupe communiste français à Moscou. Le modèle soviétique devait s’imposer pour longtemps au sein des partis communistes, d’abord par le biais de l’Internationale communiste, ce parti international pour une révolution mondiale dont traitent Serge Wolikow et Bernard Pudal.

Après un siècle écoulé, que reste-t-il du message d'octobre ? Les valeurs émancipatrices portées par les révolutionnaires ont-elles résisté au stalinisme, aux interventions militaires en Hongrie et en Tchécoslovaquie, à la conversion des élites au capitalisme ? « La mort de l’URSS était-elle fatale ? » questionne Andreï Gratchev, l’ancien conseiller de Mikhaïl Gorbarchev. Le XXe siècle fut un siècle de violents affrontements, de génocides, ensanglanté par le fascisme et le nazisme, lesquels furent heureusement écrasés grâce au sacrifice des peuples soviétiques. Ce siècle fut aussi celui de l’émancipation des peuples colonisés, qui trouvèrent leur inspiration dans la révolution de 1917, souligne Françoise Vergès. Mais c’est en invoquant ces mêmes principales valeurs que les dirigeants soviétiques ont prétendu justifier les interventions militaires à Budapest en 1956 et à Prague en 1968.

Au-delà des appréciations contradictoires sur la place qu’occupe octobre 1917 dans l’histoire contemporaine, l’occasion est donnée de questionner le sens des révolutions d’aujourd’hui et de demain. Le monde a-t-il toujours besoin de révolutions ? Sujet qui a nourri les réflexions de plusieurs personnalités du monde intellectuel et politique. Le débat n’est pas clos.

ils Ont contribué à ce numéro exceptionnel

Bertrand Badie, professeur des universités à Sciences-Po Paris, Alain Badiou, philosophe, Bernard Chambaz, écrivain, Maud Chirio,maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Sophie Cœuré,historienne, professeur à l’université Paris-VII Denis-Diderot, Alexandre Courban, historien, Pierre Dardot, philosophe, Jean-Numa Ducange, maître de conférences à l’université de Rouen, Jean-François Fayet,professeur d’histoire contemporaine à l’université de Fribourg (Suisse),Marc Ferro, historien, spécialiste de la Russie, Frédérick Genevée,historien, responsable des archives du PCF, Andreï Gratchev, écrivain, ancien conseiller de Mikhaïl Gorbatchev, Florian Gulli, professeur de philosophie, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, Christian Laval, professeur de sociologie, Olga Lipovskaïa, militante féministe russe, Patrick Kamenka, journaliste, spécialiste de la Russie, Naum Kleiman, historien, ancien directeur du musée du Cinéma de Moscou,Marco Di Maggio, historien, professeur à l’université La Sapienza de Rome, Jean-Jacques Marie, historien spécialiste de l’URSS, Roger Martelli, historien, codirecteur du mensuel Regards, Edgar Morin,sociologue et philosophe, Bernard Pudal, professeur de sciences politiques à l’université Paris-VI Nanterre, Michèle Riot-Sarcey,professeure émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris-VIII Saint-Denis, Pierre Serna, historien, Institut d’histoire de la Révolution française, Bernard Stiegler, directeur de l’Institut de recherche et d’innovation, Alexandre Sumpf, maître de conférences à l’université de Strasbourg, Françoise Vergès, politologue et éditrice, Jean Vigreux, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne, Nicolas Werth, historien, directeur de recherche à l’Institut du temps présent, affilié au CNRS, Serge Wolikow,professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne.

aU FIL DES PAGES...

Nicolas Werth : « Ce coup d’État a pour toile de fond une vaste révolution sociale, multiforme, autonome ; celle-ci s’exprime sous des formes très diverses : une grande jacquerie, une décomposition de l’armée, un mouvement revendicatif ouvrier, une émancipation des nationalités et des peuples allogènes de l’ex-Empire russe. »

Olga Lipovskaïa : « Sous l’influence d’Alexandra Kollontaï et d’Inès Armand, la Russie se dote d’un ensemble de lois qui est le plus avancé en matière de droits de la femme : garantie de conserver son emploi pendant sa grossesse, égalité absolue des conjoints, congés de maternité. En 1920, le droit à l’avortement gratuit est voté. »

Marc Ferro : « Le drame, c’est que les paysans qui avaient des terres se sont vu confisquer leurs récoltes pour nourrir les villes, la classe ouvrière qui était privilégiée car elle devait construire le socialisme. Ce qui a satisfait la classe ouvrière et l’a ralliée au régime, c’est qu’il n’y avait plus de dominants, plus de patrons. »

Alexandre Sumpf : « Opposants politiques, militants révolutionnaires et soldats ont uni leurs forces lors des quelques jours qui ont suffi à faire chuter les Romanov en février. (…) Les grandes crises de 1917 sont toutes liées au conflit mondial. »

Edgar Morin : « La notion de métamorphose est plus riche que celle de révolution. Elle en garde la radicalité novatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, des cultures, des legs de pensées et de sagesse de l’humanité). »

Jean-Numa Ducange : « Les dirigeants bolcheviks sont persuadés que la première révolution socialiste du XXe siècle aura la même portée que la Révolution française au XVIIIe siècle. »

Alain Badiou : « Je voudrais insister sur un point qui aujourd’hui, depuis l’apparent triomphe du capitalisme à l’échelle mondiale, semble oublié : la révolution russe de 1917 est un événement sans précédent dans l’histoire de l’espèce humaine. »

Pierre Laurent : « La nouvelle révolution qui s’avance, ce n’est pas la renaissance d’un héritage glorieux, c’est surtout la conscience que notre monde change ­radicalement sous nos yeux. »

Bernard Pudal : « Ces militants (communistes français) sont profondément internationalistes. Ils le sont en pratique comme en témoignent les mariages blancs contractés avec des militantes immigrées souvent juives afin de les protéger d’une extradition pour cause de militantisme. »

Michèle Riot-Sarcey : « Les échecs révolutionnaires accumulés depuis 1917 ont rendu les militants sceptiques. Le mot même de communisme a perdu sa force émancipatrice telle qu’elle avait été forgée dès 1840. »

Françoise Vergès : « La révolution éclate dans un monde où les puissances européennes se sont enrichies après avoir mené des guerres meurtrières et dévastatrices, mis en place des politiques de dépossession massives, des codes juridiques qui légalisent les discriminations raciales, le travail forcé et la suprématie blanche. »

Roger Martelli : « Ce siècle est clos et, s’il est un modèle dont il faut s’abstraire, peut-être est-ce du bolchevisme, quelle qu’ait été sa grandeur. Non pas se débarrasser du communisme, mais de la forme que le XXe siècle lui donna. »

Andreï Gratchev : « La tentative de Lénine, à la fin de la guerre civile, de réformer le projet initial, à l’aide de la NEP, esquisse de la future perestroïka, a échoué après avoir été sabotée et rejetée par Staline et son entourage. »

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 07:00
1947, le plan Langevin-Wallon pour une école de justice et d’émancipation
PIERRE ROCHE HISTORIEN
VENDREDI, 16 JUIN, 2017
L'HUMANITÉ
Rentrée des classes en 1947. Le projet d’école unique pour tous visait à la formation du citoyen. Rue des archives/AGIP
Rentrée des classes en 1947. Le projet d’école unique pour tous visait à la formation du citoyen. Rue des archives/AGIP
 

Élaboré entre 1946 et 1947 par une commission présidée par Paul Langevin, puis, après la mort de ce dernier, par Henri Wallon, le plan remis en juin 1947 n’a jamais été appliqué, les communistes ayant été révoqués du gouvernement.

Le 19 juin 1947, une délégation de la Commission de réforme de l’enseignement que nous connaissons sous le nom de ses deux présidents successifs Paul Langevin (1872-1946) et Henri Wallon (1879-1962), tous deux membres du Parti communiste, pénètre au ministère de l’Éducation nationale. Elle est composée d’Henri Wallon, agrégé de philosophie et docteur en médecine, psychologue de l’enfance, professeur au Collège de France depuis 1937, de Fernande Seclet-Riou (1898-1981), inspectrice de l’enseignement primaire et maternel, de Roger Gal (1906-1966), agrégé de grammaire, animateur des classes nouvelles de lycées depuis 1945, et d’Alfred Weiler (1901-1961), professeur d’histoire et ­géographie, actif, lui aussi, dans la mise en place de ces classes. Ils présentent au ministre de l’Éducation nationale, le SFIO Marcel Naegelen, l’aboutissement de deux années de recherches et de consultations d’une commission composée de syndicalistes, résistants et universitaires représentants des différents ordres de l’enseignement. Pour comprendre la portée de l’événement, il faut donner quelques éléments permettant de replacer le projet en son temps et dans notre histoire. En 1947, le monde a entamé sa division en deux camps, avec deux champions : les États-Unis et l’URSS. La guerre d’Indochine, qui a débuté l’année précédente, continue. Au début du mois de mai, les ministres communistes ont été révoqués, le plan Marshall est en voie d’adoption.

L’enseignement reste compartimenté, les « trois types d’établissement, alimentés par des couches sociales distinctes, coexistent au-delà du cycle primaire : les lycées et collèges, qui donnent seuls accès aux facultés et aux grandes écoles, les écoles primaires supérieures, auxquelles se joignent les cours complémentaires et, en dernier lieu, les diverses écoles techniques » (1). Les voies de formation des enseignants demeurent distinctes et la pédagogie reste une affaire de transmission.

Le plan Langevin-Wallon fait suite aux différents projets conçus durant la Résistance et se place dans la continuité avec les réflexions et projets de réforme de l’entre-deux-guerres caractérisés par les principes de l’école unique et de la pédagogie nouvelle. Il s’appuie explicitement sur deux principes : celui de justice, qui consiste à mettre « chacun à la place que lui assignent ses aptitudes », et celui de développement, qui demande une « élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la nation ».

Il comporte les mesures suivantes. Un enseignement obligatoire passant de 16 ans à 18 ans, avec un premier cycle d’enseignement commun, un deuxième d’orientation et un troisième se terminant à 18 ans ouvrant sur trois voies d’études possibles : théoriques vers le baccalauréat, professionnelles vers les cadres de la production ou pratiques pour la préparation d’un métier.

L’enseignement comporte des programmes communs et spécialisés, des méthodes actives

L’enseignement du second degré comportera un enseignement propédeutique et une première orientation, un enseignement supérieur avec trois objectifs : la profession, la recherche, la culture.

La formation commune des enseignants se fera en deux années préuniversitaires dans les écoles normales, suivies par deux années de licence à l’université.

L’enseignement comportera des programmes communs et spécialisés, des horaires variables, des méthodes actives. Il n’y aura pas d’examen avant la fin de la scolarité obligatoire. L’éducation morale et civique préparera « l’enfant à prendre conscience du rôle qui sera le sien dans la vie sociale et de sa responsabilité de citoyen ».

Le plan aura une postérité dans des formes diverses. Il y aura d’abord le projet lui-même, qui a longtemps été le document mobilisateur pour les forces de progrès et reste encore aujourd’hui un modèle de démocratisation de l’enseignement, et trois principales réalisations au XXe siècle : les psychologues scolaires, la pédagogie et la psychopédagogie dans la formation des enseignants, et un cadre unifié de leur formation. Son histoire est celle du mot d’ordre de « démocratisation de l’enseignement », en tête des luttes sociales et politiques pendant des décennies, avant sa mise entre parenthèses en 1995 et l’épuisement de « son efficacité sociale » (2). Depuis, il nous reste comme un monument de hardiesse et d’unité nationale à visiter pour changer l’école ­aujourd’hui.

(1) Histoire de l’enseignement en France, Que-sais-je ?, d’Antoine Léon et Pierre Roche, éditions PUF, 2012. (2) Éducation, société et politiques, d’Antoine Prost, éditions du Seuil, 1997.
Un document de référence… au tiroir !

Dans la Pensée (avril 1969, n° 144), Fernande Seclet-Riou témoigne sur les travaux de la Commission Langevin-Wallon. Elle écrit notamment : « La rédaction étant terminée, une délégation de la Commission se rendit auprès du ministre pour lui remettre le document. Accueil courtois du ministre, qui, au cours d’une conversation rapide, rappela les buts proposés à la Commission, la remercia pour le travail accompli, exprima l’espoir d’un avenir heureux pour l’université réformée, adaptée à ses fins et à son époque. Puis, il saisit le document que lui remettait le président, il le déposa dans le tiroir central de son bureau, qu’il referma et verrouilla d’un geste sec. Ce geste, involontairement symbolique, est demeuré dans ma mémoire. » Depuis ce « classement », le document est un des textes de référence en matière d’éducation.

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 12:51
Juillet 1953, un portrait de Maurice Lurot est posé rue du Ruisseau à Paris, là où il vendait l'Humanité Dimanche. Mémoire d'Humanité/Archives dép. de la Seine-Saint-Denis

Juillet 1953, un portrait de Maurice Lurot est posé rue du Ruisseau à Paris, là où il vendait l'Humanité Dimanche. Mémoire d'Humanité/Archives dép. de la Seine-Saint-Denis

MAUD VERGNOL L’HUMANITE - MÉMOIRE

Le souvenir de cette journée sanglante, où sept militants algériens et français furent abattus par la police en plein Paris, refait surface depuis peu.

«Paris n'oubliera jamais la manifestation du 14 juillet 1953. » Ce 15 juillet de la même année, l'Humanité consacre sa une au véritable crime d'État qui s'est déroulé la veille, place de la Nation, où six indépendantistes algériens du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et un communiste et syndicaliste de la CGT ont été froidement abattus par la police française.

Mais Paris a oublié. Même les consciences militantes, pourtant plus vigilantes, ont effacé de leur mémoire ces balles du 14 juillet. Ce fut le cas dans nos propres colonnes, qui ont ignoré depuis plus de soixante ans cet épisode sanglant, qui coûta la vie à Abdelkader Draris, Mouhoub Illoul, Maurice Lurot, Amar Tadjadit, Larbi Daoui, Tahar Madgène et Abdallah Bacha. Leurs noms sont enfin sortis de l'oubli le 6 juillet dernier, grâce à l'initiative des élus communistes parisiens. Soixante-quatre ans plus tard, une plaque a finalement été inaugurée place de la Nation par Catherine Vieu-Charrier, adjointe à la maire de Paris, chargée de la mémoire. Présent au premier rang de cette commémoration : Guy Lurot, qui a découvert la veille en lisant l'Humanité Dimanche cet hommage tardif à son père et aux six autres victimes.

« LES ESCALIERS DU MÉTRO ÉTAIENT ENSANGLANTÉS »

Ce 14 juillet 1953, Guy a 17 ans. Il est apprenti imprimeur. À l'aube, avant d'enfourcher son vélo pour passer un jour férié au bord de la Marne, il jette un coup d'oeil à son père, qui somnole encore. « Cette dernière image de lui, souriant en dormant, me revient chaque 14 juillet. Car le lendemain, quand je l'ai revu, il dormait pour toujours, mais il ne souriait plus », nous raconte celui qui a aujourd'hui 80 ans. Ce jour-là, il aurait pu être aux côtés de son père, « qui ne manquait pas une occasion de l'emmener en manif ». Car ça aussi, beaucoup l'ont oublié, mais, avant de devenir l'apanage des défilés militaires, l'anniversaire de la prise de la Bastille fut longtemps un rendez-vous incontournable du mouvement ouvrier, l'occasion d'un défilé populaire et combatif.

Cette année-là, des milliers de militants algériens se joignent au cortège du PCF et de la CGT avec des mots d'ordre anticolonialistes. Un immense portrait d'Ahmed Mesli, dit Messali Hadj, père du nationalisme algérien alors emprisonné, ouvre le défilé du MTLD. De trop rares historiens (1) ont planché sur le déroulement précis de cette journée sanglante, avant que le cinéaste Daniel Kupferstein ne réalise un documentaire minutieux, puis un ouvrage paru en juin (2), riche en témoignages. Ces derniers ne laissent pas de place au doute : en fin de journée, alors que les derniers manifestants s'ébranlent place de la Nation, à proximité de la tribune officielle qui vient d'accueillir l'abbé Pierre et Marcel Cachin, la police provoque les manifestants algériens pacifistes en s'attaquant au portrait de Messali Hadj. « Ils ont tiré à balles réelles ! » s'écrient des militants. « Les escaliers du métro étaient ensanglantés », raconte un témoin. Cinquante manifestants sont blessés par balles. Sept resteront à terre. « Mon père a été tué à bout touchant, sa veste portrait des brûlures autour de l'impact », explique Guy Lurot, qui se remémore cette marche funèbre de milliers de militants communistes qui accompagna son père jusqu'au cimetière du Père-Lachaise, tout à côté du mur des Fédérés, après que les corps des sept victimes eurent été exposés à la Maison des Métallos pour un dernier hommage. « Les années qui suivirent ont été très difficiles. Heureusement que le Parti et le Secours populaire ont aidé ma mère, veuve avec trois enfants. Le plus dur, c'est qu'il n'y a jamais eu de procès. Les assassins n'ont jamais été inquiétés et nous n'avons pas pu faire notre deuil. »

LE « DOSSIER » EST CLOS EN CATIMINI EN 1957

À la tête de l'État, l'omerta s'organise. Le ministre de l'Intérieur, le radical Léon Martinaud-Déplat, va jusqu'à accuser les victimes. La presse de droite se déchaîne, accusant les Algériens d'avoir brandi des armes. Pourtant, les témoignages et archives recueillis par Daniel Kupferstein racontent une tout autre histoire. 210 douilles de la police seront retrouvées place de la Nation. La « main courante spéciale » de la préfecture, qui relate les événements heure par heure, ne fait état d'aucun tir adverse. Ce mensonge d'État, érigé dans les années qui suivront en mode de légitimation du maintien de l'ordre colonial, annonce les prémices d'une guerre qui ne disait pas encore son nom. Le « dossier » est clos en catimini en 1957, bientôt occulté par le terrible massacre d'octobre 1961 et la répression sanglante de février 1962.

«LES ASSASSINS N'ONT JAMAIS ÉTÉ INQUIÉTÉS ET NOUS N'AVONS PAS PU FAIRE NOTRE DEUIL.» GUY LUROT FILS DE MAURICE LUROT

Malgré quelques commémorations les années suivantes, le 14 juillet 1953 sera enfoui, en France et en Algérie, et même la mémoire militante sera frappée d'amnésie. En 1995, Guy Lurot écrit ce courrier à l'Humanité Dimanche : « Chaque année, alors que chacun danse, c'est les larmes aux yeux que je cherche un mot qui réchauffe dans l'Humanité. Chaque année, mon père est de nouveau assassiné par les camarades, par leur oubli. » Voilà aujourd'hui humblement réveillées les mémoires, pour ceux qui sont tombés et ceux dont la vie est encore encombrée par les non-dits de l'histoire.

(1) Entre autres, Emanuel Blanchard, Alain Ruscio, Maurice Rajsfus et Danielle Tartakowsky. (2) Les Balles du 14 juillet 1953, Daniel Kupferstein, La Découverte, 18 euros.

 

14 juillet 1953 à Paris : un massacre oublié ! Ce jour là, la police tire à balles réelles sur le cortège du Parti communiste auquel participent des militants anticolonialistes algériens : 7 manifestants sont tués !  https://archives.seine-saint-denis.fr/Un-massacre-oublie.html  Affiche à la mémoire des sept victimes du 14 juillet 1953. Paris (75), place des Fêtes, 19 juillet 1953. Correspondant l'Humanité non identifié. Droits réservés - Mémoires d'Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 35).

14 juillet 1953 à Paris : un massacre oublié ! Ce jour là, la police tire à balles réelles sur le cortège du Parti communiste auquel participent des militants anticolonialistes algériens : 7 manifestants sont tués ! https://archives.seine-saint-denis.fr/Un-massacre-oublie.html Affiche à la mémoire des sept victimes du 14 juillet 1953. Paris (75), place des Fêtes, 19 juillet 1953. Correspondant l'Humanité non identifié. Droits réservés - Mémoires d'Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 35).

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 11:58
Incorrigible optimiste, Henri Malberg est décédé
JEUDI, 13 JUILLET, 2017
HUMANITE
Photo Patrick NUSSBAUM
Photo Patrick NUSSBAUM

Au cours de ces dernières années, Henri Malberg s’est consacré largement à la défense de l’Humanité comme président puis président d’honneur de la société des lecteurs. Par ailleurs, il est intervenu régulièrement dans les débats et controverses au sein du PCF. Il semblait habité d’un optimisme à toute épreuve, mais il faisait preuve avant tout d’un refus du renoncement.

Il avait douze ans quand avec ses parents il parvient à échapper à la rafle du Vel d’hiv. Suivront deux ans d’errance, de cache puis d’internement dans le camp de Douadic (Indre), avant de retrouver Paris libéré, et l’appartement de Belleville, entre temps occupé. L’occupation nazie et les persécutions antijuives du régime de Pétain ont fait basculer la vie du jeune Henri Malberg, au moment où celui-ci entrait dans l’adolescence. On avait peine à croire en rencontrant cet homme cultivé, habité par la passion de convaincre, qui fut pendant un quart de siècle conseiller de Paris, dirigeant communiste de la capitale, qui dirigea l’hebdomadaireFrance Nouvelle puis la revue Regards et avant d’animer, ces dernières années, la Société des lecteurs de l’Humanité, que celui-ci n’était plus jamais retourné à l’école que le fascisme collaborationniste refusait aux enfants juifs. Sa voix se brisait quand il évoquait son copain avec qui il faisait les courses pour leurs familles terrées chez elles. Un flic plus zélé qu’un autre suivit l’enfant… dont le nom et celui de son petit frère figurent aujourd’hui sur le mur du mémorial de la Shoah.
 
Henri Malberg est né dans le 20ème  arrondissement de Paris en 1930. Ses parents étaient des immigrés juifs polonais arrivés en France après la première guerre mondiale. Son père, Ignace avait été mineur de fond. A Paris, il ouvrit un atelier de cuir et peaux dans le quartier de Belleville, où il s’était marié avec Fanny. Henri fut leur seul enfant. “Mon père était convaincu qu’en travaillant bien, qu’en étant un honnête homme, rien ne pouvait lui arriver”. Ces immigrés, juifs de Pologne, de Roumanie, de Hongrie qui parlaient yiddish, au milieu desquels évoluait la famille Malberg, aimaient passionnément la France. L’école était le moyen pour les enfants d’accéder véritablement au statut de citoyen , et Henri de rappeler l’immense fierté de son père assistant à la distribution des prix, de l’école de la rue du général Lassalle , et entendant appeler “Monsieur Malberg” (Nous étions des enfants, film de Jean-Gabriel Carasso).

L'enfant de Belleville

Dans ce Paris de la Libération, Henri Malberg devient ouvrier métallurgiste, adhère, comme une évidence, à la jeunesse communiste. Il n’avait pas lu Marx, mais les communistes avaient fait la Résistance, l’image de l’Union soviétique était au zénith. La bande de jeunes bellevillois partage le temps libre entre la vente d'Avant-Garde, les sorties au bal, au cinéma et au théâtre. Henri Malberg milite activement, prend des responsabilités au parti communiste. En 1949, il est condamné à un mois de prison pour sa participation à une manifestation contre la guerre coloniale en Indochine. “Ma génération, celle qui est venue très jeune au communisme au sortir de la guerre, a passé seize années de sa vie à mener le combat anticolonialiste”(Interview dans l’Humanité.fr 16 octobre 2011 par Sébastien Crépel). Après le Vietnam, ce furent les longues années de guerre en Algérie, le massacre de centaines d’Algériens le 17 octobre 1961, sous la houlette de Maurice Papon, passé de la traque des juifs dans le Bordeaux des années 40 à la préfecture de police de Paris deux décennies plus tard.
 
En 1961, Henri Malberg travaille au côté de Waldeck Rochet qui succèdera à Maurice Thorez au poste de secrétaire général du PCF en 1964. Un an plus tard, il est élu pour la première fois conseiller municipal de Paris. En 1972, Henri Malberg entre au comité central du PCF. En 1979, une  crise politique secoue la fédération parisienne sur fond de tensions entre communistes et socialistes qui ne parviennent pas à mettre sur pied l’actualisation du Programme commun de gouvernement. Henri Malberg remplace alors le secrétaire fédéral Henri Fiszbin, son cousin, qui a échappé comme lui à la rafle du Vel d’Hiv. Les rapports personnels entre les deux hommes resteront bons. Henri Malberg dirigera la fédération jusqu’en 1995.

Incorrigiblement communiste

Au cours de ces dernières années, Henri Malberg s’est consacré largement à la défense de l’Humanité comme président puis président d’honneur de la société des lecteurs. Par ailleurs, il est intervenu régulièrement dans les débats et controverses au sein du PCF. Il semblait habité d’un optimisme à toute épreuve, mais il faisait preuve avant tout d’un refus du renoncement. Le titre de son livre, paru en 2014, résume bien son état d’esprit: Incorrigiblement communiste. Il était fidèle à son engagement de jeunesse et avait conservé intacte sa capacité de révolte contre les injustices, contre les violences sociales exercées sur les plus fragiles. Lucide sur l’affaiblissement de son parti "C’est justement cette faiblesse qui autorise l’adversaire à porter tous les coups”, il refusait l’idée d’une quelconque obsolescence du communisme et le dénigrement des partis politiques comme cadre de l’engagement militant . Remplacer le PCF par une autre organisation “entraînerait une énorme déperdition d’intelligence et d’expériences accumulées. Une fois qu’on a tiré le rideau, il faut des générations pour reconstituer une force comme le PCF“ et j’ajouter: il y a mieux à faire, même si c’est réellement difficile”.( Réunion à Argenteuil en 2007)

"Poing levé et main tendue “ ou dit autrement combativité et ouverture aux autres: deux balises qui ont guidé toute sa vie durant l’enfant de Belleville, qui faussa compagnie à la maréchaussée un jour d’été de 1942.

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 06:36
L’hommage pluriel du lycée Voltaire à « Krasu »
JONATHAN LASNE
MARDI, 11 JUILLET, 2017
HUMANITE
L'hommage du lycée Voltaire à Henri Krasucki a attiré une diversité de personnes, communistes, anciens déportés, résistants ou simples curieux. Photo : Jacky Naegelen/Reuters
L'hommage du lycée Voltaire à Henri Krasucki a attiré une diversité de personnes, communistes, anciens déportés, résistants ou simples curieux. Photo : Jacky Naegelen/Reuters

Le lycée Voltaire, dans le XIe arrondissement de Paris, dévoilait, jeudi 6 juillet, une plaque à la mémoire du syndicaliste français. L’occasion de rassembler au-delà des âges, des convictions politiques et des histoires personnelles.

« Ca fait quinze ans qu’on réclame cette plaque. » Président des associations d’anciens combattants, Robert Fichtenberg ne cache pas son émotion. La salle la plus importante du lycée qu’il a fréquenté dans les années 1940 porte désormais le nom d’un « camarade », Henri Krasucki, lui-même ancien étudiant de l’établissement. Krasu, comme on l’appelait, savait rassembler. Jeudi dernier, il l’a fait à nouveau : l’événement a attiré une diversité de personnes, communistes, anciens déportés, résistants ou simples curieux. Il faut dire qu’Henri Krasucki était toutes ces choses à la fois. Une psychologue scolaire, dont le cabinet se situe en face de l’établissement, souligne l’importance de ce moment : « Je viens ici en tant que communiste. C’est bien, ça permet d’entendre l’histoire de Krasucki, qu’on a un peu oublié. Or Krasu, ce n’était pas n’importe qui ! »

Pas n’importe qui, en effet. Né en 1924 dans la banlieue de Varsovie, Henri Krasucki arrive à Paris à l’âge de quatre ans. Suivant les traces de son père, il intègre à la fin de l’année 1940 les Jeunesses communistes et participe à la résistance. Arrêté en mars 1943 puis déporté à Auschwitz, il continue le combat derrière les grilles, au milieu de l’horreur qui a pris la vie de son père. A son retour en France, il devient l’un des dirigeants du PCF et poursuit son engagement à la CGT, dont il devient secrétaire général en 1982. Il dira, à propos de sa vie : « Au fond, je ne suis jamais blasé, je demeure fidèle, comme au premier jour, à l’idéal et à l’élan de ma jeunesse. »

Des hommages de tous horizons

A sa mort en 2003, beaucoup déjà se souvenaient de sa modestie. Philippe Martinez l’a rappelé : « Henri Krasucki n’était pas forcément attaché aux honneurs, au sens des médailles, et pourtant nous avons toute légitimité à penser qu’il n’aurait pas pu être insensible à ce que son nom orne le mur d’une salle de l’établissement scolaire qui l’a accueilli. » L’hommage a été multiple. Aux côtés des syndicalistes, des communistes et du personnel enseignant, se trouvaient aussi des anciens déportés et enfants de déportés. Fanny Blachman Hochbaum, 79 ans, est venue d’Israël pour participer à une série de commémorations de la Shoah : « Je ne suis pas communiste, je ne l’ai jamais été. Mais je suis ici pour dire merci. Cette plaque, dans un lycée, c’est important : c’est ici que se forment les idées. Quand on est jeune, on n’a pas de préjugés, il faut préserver cette pureté d’esprit et le souvenir de la Shoah. »

Un lieu symbolique de la lutte contre les inégalités

Ce travail de mémoire est très important dans l’établissement. « A Voltaire, on s’investi dans la transmission de la mémoire, explique la CPE du lycée.L’objectif de cette transmission de la mémoire de la Shoah est de faire de ces futurs citoyens des êtres libres capables de porter des valeurs dignes. » Le nom de Krasucki a donc tout à fait sa place dans un établissement qui fait du souvenir de la Seconde Guerre mondiale une de ses spécificités, et dont la majorité des enseignants sont syndiqués. Mais le lien entre Krasucki et son ancien lycée est aussi d’une autre nature, sociale et historique. « Cet établissement est emblématique du Paris populaire qui ne rend peut-être pas assez hommage à ces grandes figures. On participe à l‘élévation des élèves qui viennent des classes populaires. Henri Krasucki vient d’un milieu populaire, il considérait la culture comme un moyen de s’élever. »

Le lycée Voltaire, fidèle à ses idéaux de justice sociale, dispose donc désormais d’une salle au nom de celui qui, selon les mots de Philippe Martinez, « a donné sans compter avec pour seule ambition d’offrir aux générations futures un monde meilleur fait de justice et d’humanité. »

Henri Krasucki (1943)

Henri Krasucki (1943)

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 07:05
Montehus

Montehus

Gaston Mordachée Brunschwig - Montéhus (1872-1947), l'auteur de "La Butte Rouge", "La Grève des mères", "Gloire au 17 ème"
Gaston Mordachée Brunschwig - Montéhus (1872-1947), l'auteur de "La Butte Rouge", "La Grève des mères", "Gloire au 17 ème"

Lu sur l'excellente page Facebook de Robert Clément, ancien président communiste du conseil général de Seine St Denis: 

 

9 juillet 1872 : Naissance de Montéhus
 

Ses chansons d'une lointaine actualité, de 1897 à circa 1928 sont presque toutes oubliées. La petite histoire a retenu "Gloire au 17e", "La grève des mères" et "La butte rouge". - Il en écrit pourtant plusieurs autres : une bonne centaine sinon plus, en majeure partie mises en musique par son camarade Raoul Chantegrelet.
On sait qu'il est né à Paris, 10e, en 1872, le neuf juillet ; qu'il s'appelait Gaston Mordachée Brunschwig, qu'il était l'aîné d'une famille de 22 enfants, qu'il a débuté dans la chanson à 12 ans (sous le nom de Montéhus, déjà) ; qu'il fut tambour au 153e régiment de ligne à Toul, de 1892 à 1896,qu'il publia sa première chanson, "Au camarade du 153e", en 1897, à Châlons-sur-Marne ; qu'il se présenta aux élections législatives du 8 mars 1898, encore à Châlons-sur-Marne, sous l'étiquette "Républicain indépendant", qu'il fut engagé à la fin de l'année 1901 aux Ambassadeurs, (établissement du côté des Champs-Élysées) où son répertoire provoqua un scandale, que les hommes de Drumont distribuèrent des tracts contre "le juif Brunswick" qui "éructe des infamies à l'adresse des chefs de l'armée française", et provoquèrent des bagarres, que Montéhus dut retourner dans les faubourgs mais qu'il était lancé, qu'il fut admis à la S.A.C.E.M. en 1904 en soumettant "Du pain ou du plomb" (thème imposé : "L'heure de l'Angelus aux champs") (sic) et qu'il devint presque mondialement connu en 1907 avec son "Gloire au 17e" suite à ce qui est aujourd'hui un fait divers, les soldats de ce régiment ayant refusé de tirer, en 1907, sur des vignerons en colère :


Salut, salut à vous
À votre geste magnifique
Vous auriez en tirant sur nous
Assassiné la République...
(Bérard n'était pas loin)
 

Et c'est encore en 1907, qu'il ouvre Le Pilori, son théâtre sur le Boulevard de Strasbourg, 10e. Il y déclame son répertoire (chansons, monologues et pièces), devant un public nombreux.
Ce que l'on sait moins, c'est qu'il fut l'ami de Lénine - que l'on remarque au Pilori - lors de l'exil de ce dernier en France ; qu'il chantait en première partie de ses conférences, en 1911 et qu'il était franc-maçon.

Lénine,ne tarissant pas d'éloges, lui demande de chanter pour les révolutionnaires russes.Montéhus décline.
Ce qu'on ne veut pas trop se rappeler, c'est qu'en 1914, lui, l'antimilitariste par excellence, composa des chansons pour l'emprunt de guerre, la victoire finale, l'union sacrée dont une célèbre

"Lettre d'un socialo" sur - comble des combles - l'air du " Clairon" de Déroulède :
Certes cela est pénible
Quand on a le cœur sensible
De voir tomber les copains
Mais quand on est sous les armes
On n'doit pas verses de larmes
On accepte le destin.
 

Pour ces chants patriotiques, il reçut, en 1918, la croix de guerre.

En 1919, il revient à ses premières convictions pour composer son chef-d'œuvre, "La butte rouge", la seule chanson de lui qui nous soit vraiment restée - musique de Georges Krier - interprétée plus ou moins récemment par Yves Montand, Marc Ogeret, Renaud...

Chantre de toutes les revendications, de toutes les luttes sociales, "véritable polygraphe de la petite histoire" (Serge Dillaz - La chanson sous la IIIe république), sa popularité commença à décliner au début des années vingt : son costume, ses allusions à la Commune et aux conflits ouvriers d'avant-guerre commencent à faire vieux jeu.

Dans les années trente, il passe du côté de la politique, avant, en 1942, âgé de 70 ans, d'être contraint de porter l'étoile jaune. Durant la Seconde Guerre mondiale, il connut une vie particulièrement difficile, la SACEM, du fait de ses origines, ne lui payant plus ses droits d'auteur.
À la Libération, il créa "Le chant des gaullistes" et plusieurs drames dont "L'évadé de Büchenwald". En 1947, le ministre de la guerre, Paul Ramadier, lui remet la Légion d'honneur. - Pauvre, malade, oublié de tous, il s'éteint à Paris, 15e, en 1952.
 

Ses cendres reposent au Père Lachaise.

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