Otelo Saraiva de Carvalho, leader de la «révolution des œillets» par laquelle fut renversée, en avril 1974, la dictature de Antonio de Oliveira Salazar au Portugal, est décédé dimanche dernier à l’âge de 84 ans. Né au Mozambique, il avait négocié l’indépendance du pays quelques mois après la révolution, ainsi que celle de l’Angola et de la Guinée Bissau. Proche de la fraction la plus à gauche du Mouvement des forces armées (MFA), il se trouve progressivement marginalisé à mesure que le Portugal devient une démocratie européenne classique. En 1984, engagé dans des mouvements d’extrême gauche, Carvalho est arrêté, accusé de faire partie du FP 25 qui a commis des attentats, ce qu’il nie, et condamné à quinze ans de prison en 1987. Relâché deux ans plus tard, il sera amnistié en 1996.
En 1986, Claude Bourdet et Alberto Santos, qui ont témoigné en sa faveur à son procès, estiment que celui-ci n’était destiné qu’à le disqualifier, notamment pour complaire aux États-Unis. «Otelo de Carvalho n’avait pas cessé d’être un danger pour la droite, non pas à cause de ses “plans”, mais en raison de sa popularité. (…) au fur et à mesure que l’application du plan économique du FMI rendait la vie difficile aux pauvres gens, sa popularité ne cessait de croître. La droite pouvait craindre qu’en cas de crise il ne devienne le point de ralliement de tous les mécontentements.»
Un procès politique au Portugal - Le « crime » d’Otelo de Carvalho
Il y a deux ans, le lieutenant-colonel Otelo Saraiva de Carvalho, leader de la révolution des œillets qui renversa en 1974 la dictature, était arrêté à Lisbonne en même temps qu’une soixantaine de jeunes Portugais accusés de « terrorisme », Une vingtaine d’entre eux étaient libérés peu après. Les autres, et M. de Carvalho, sont en prison depuis lors et participent à l’interminable procès qui se déroule au tribunal de Monsanto. Les accusés sont séparés du tribunal, du public et des journalistes par des doubles cloisons en verre. Les témoins de l’accusation sont essentiellement des « repentis ». Le général Eanes, ancien président de la République, et deux députés grecs — MM. Statis Panagoulis, ancien vice-ministre de l’intérieur, et Manolis Glezos qui, âgé de dix-sept ans, arracha le drapeau nazi sur l’Acropole — ont témoigné le 3 octobre en faveur de M. de Carvalho, ainsi que les deux auteurs du présent article (1).
A l’origine de ce procès, il y a les attentats commis par une organisation d’extrême gauche : les Forces populaires du 25 avril (FP 25), qui tirent leur nom, un peu bizarrement, de la révolution sans effusion de sang du 25 avril 1974 (dite révolution des œillets) et dont le principal leader fut M. Otelo Saraiva de Carvalho, alors major. En été 1980, un industriel était tué, et un tract des FP 25 revendiquait l’attentat au nom de la « justice populaire ». Cinq autres attentats eurent lieu au cours des quatre années suivantes dans des conditions similaires.
Quel est le rapport entre les FP 25 et M. Otelo de Carvalho? C’est là toute la question. M. de Carvalho a conservé l’estime de la plupart de ses collègues (2) et l’actuel président, M. Mario Soares, dit de lui, en privé, le plus grand bien (bien qu’il l’ait fait arrêter deux fois alors qu’il était premier ministre, en 1976 et en 1984). Il nie absolument toute collusion avec les FP 25. Il en est de même de la plupart des autres emprisonnés. Ces accusés sont presque tous des membres du parti politique légal créé par M. de Carvalho en 1980, le Front d’unité populaire (FUP). L’accusation tente de prouver qu’il y a identité entre le parti politique FUP et l’organisation terroriste FP 25 et que cette dernière n’est que le "bras armé du FUP.
Jusqu’ici, ces démonstrations n’ont pas convaincu. Certains « repentis » se sont ridiculisés : l’un d’eux, par exemple, annonçait que M. de Carvalho avait préparé un coup d’Etat au Zaïre avec la complicité de M. François Mitterrand. Un autre assurait qu’une partie de l’argent provenant d’un cambriolage avait été transféré à un compte de M. de Carvalho à l’Union des banques suisses (UBS) à Genève. Le juge d’instruction, M. Almeida Cruz, se rendit à Genève en septembre 1984; à son retour, il se vanta d’avoir découvert ce compte secret. Il y eut alors un démenti cinglant de l’UBS; la banque reconnaissait avoir reçu la visite du juge mais affirmait qu’on n’avait rien trouvé. L’accusation abandonna l’histoire du compte suisse (3).
Les arrestations de juin 1984 ne mirent pas un terme aux attentats. En décembre 1984, un attentat contre l’ambassade des Etats-Unis fit des dégâts minimes. On l’attribua aux FP 25. Le 28 janvier 1985, des tirs au mortier étaient dirigés contre des frégates néerlandaises, allemandes et norvégiennes sur le Tage. Aucune ne fut touchée. On s’étonna que l’on n’ait pas essayé d’atteindre un destroyer américain qui se trouvait sur place. Le lendemain, l’International Herald Tribune révéla que, quelques heures auparavant, l’ambassade américaine de Lisbonne avait été avertie de l’imminence de ces attentats. Vers la même époque, une base de l’OTAN à Oeiras dans l’Alentejo était aussi attaquée avec des dégâts minimes.
On ne peut se défendre de penser que les terroristes ont fait œuvre d’une provocation soigneusement préparée pour ne pas faire de dégâts. L’idée s’impose avec encore plus de force quand on étudie le climat dans lequel ont été effectuées les arrestations du 20 juin 1984.
On discutait alors au Parlement une loi de sécurité intérieure considérée par beaucoup comme scandaleuse. Cette loi a été appelée la « loi orpheline » car aucun ministre n’a admis qu’il en était l’auteur. C’est vrai, en particulier, pour M. Eduardo Pereira, ministre socialiste de l’intérieur à l’époque. C’est vrai aussi pour le ministre de la justice, également socialiste, numéro deux du PS, M. Almeida Santos, qui n’a pas caché son hostilité à certains aspects du projet. L’ex-président de la République, M. Eanes, avait dit qu’il opposerait son veto.
La loi a été votée, le 27 juillet dernier, après des pressions de M. Mario Soares sur les députés socialistes. Pressions que M. Manuel Alegre, pourtant ami de M. Soares, a dénoncées dans un article comme un « terrorisme psychologique », Les députés de droite la votèrent mais il y eut beaucoup de récriminations, même au sein du PSD, parti de centre droit (social-démocrate) (4); sept ou huit socialistes refusèrent de voter.
Certains prétendent que cette loi « orpheline » a des parents, mais pas portugais! Plusieurs faits tendent à le confirmer. Au moment de la présentation de la loi, le ministre de l’intérieur, M. Eduardo Pereira, s’est envolé vers Washington « pour demander conseil », selon plusieurs journaux. Surtout, on est frappé par le texte, insolite dans un pays démocratique, des articles 7, 33 et 35 : « Des services secrets étrangers et des organisations internationales collaboreront au maintien de l’ordre intérieur avec la Haute Autorité nationale pour la sécurité intérieure. » Cette Haute Autorité n’a pas encore été créée. Beaucoup d’observateurs pensent que, vu les liens étroits de M. Soares avec Washington, le texte de la loi aurait été soufflé par le gouvernement des Etats-Unis. Le Portugal représente un élément central dans la défense du système atlantique, à cause de l’archipel des Açores.
Les Açores, région autonome — le gouverneur actuel est le général Rocha Vieira, — se trouvent au centre stratégique de l’Atlantique. La Nuclear Weapons Deployment Authorization de 1974 signale l’existence de têtes nucléaires dans l’archipel dès le début des années 70, en particulier à la base américaine des Lages (5).
On ne connaît pas le développement actuel de cette base, mais on sait que l’équipement y a été très développé aussi bien en armement et personnel qu’en systèmes de surveillance, d’information ou de communication avec les satellites. Cette base est devenue le centre de la surveillance sous-marine et aérienne sur la façade européenne et africaine de l’Atlantique. Cela suffit à faire comprendre l’importance du Portugal pour le Pentagone et l’OTAN.
C’est pourquoi l’intervention des Etats-Unis dans la politique portugaise a été constante. En 1974, à la chute de la dictature, les Etats-Unis se sont appuyés sur le général Spinola, premier président de la République, personnalité la plus à droite de la révolution des œillets. Le général Spinola ne parvint pas à séduire, par les honneurs, les militaires de gauche (il avait, par exemple, offert à M. Otelo de Carvalho le grade de général de corps d’armée). Le 28 septembre 1984, Spinola tenta un coup d’Etat qui échoua. Il s’exila à Rome et fut remplacé par un président modéré, le général Costa Gomes, qui a récemment témoigné en faveur de M. de Carvalho.
Pendant tout le début de 1975, un certain nombre de personnalités pro-américaines, dont M. Mario Soares, tinrent des propos alarmistes. En janvier 1975, des dirigeants de la centrale syndicale américaine AFL-CIO, dont Irving Brown, vinrent à Lisbonne pour mettre sur pied un syndicat anticommuniste. Le 11 mars 1975, un nouveau coup d’Etat était tenté par le général Spinola. L’influence de M. Carlucci, ambassadeur des Etats-Unis, ancien coordonnateur de l’action de la CIA contre le président Joao Goulart au Brésil, en 1964, et celle du général Walter, directeur adjoint de la CIA, furent prépondérantes. Une « Armée de libération portugaise », analogue à la « Contra » actuelle du Nicaragua, fut recrutée parmi des anciens de la PIDE (police politique), et fut entraînée en Espagne. Sept mille hommes de la US Navy furent débarqués en Espagne, à Rota; ils devaient venir au Portugal, Spinola se proclamant chef d’état-major de l’armée. Ce deuxième coup d’Etat échoua également.
Cela renforça la gauche; le Portugal s’orientait vers la démocratie parlementaire. Les élections du 25 avril 1975 donnèrent 38% des voix au Parti socialiste, 13% au PC, 4% à la Gauche révolutionnaire, 26% au Parti populaire démocratique de centre droit (PPD), aujourd’hui « social-démocrate », et 8% seulement au parti de droite CDS.
Une majorité de gauche était possible, mais M. Mario Soares préféra commencer des tractations avec le PPD et le CDS contre l’avis du Mouvement des forces armées. L’action internationale poussait dans le même sens : boycottage de la RFA, fermeture des usines ITT, refus de fourniture de blé américain. L’Eglise, par la bouche de l’archevêque de Braga, Mgr da Silva, appelait presque ouvertement à l’insurrection. Le 29 août 1975, le premier ministre Vasco Gonçalves, proche des communistes, était éliminé.
Un « coup d’Etat de gauche »
C’est alors que se produit l’affaire du 25 novembre 1975 présentée à l’étranger comme une « tentative de coup d’Etat de gauche ayant échoué ». En réalité, comme il a été amplement démontré par une mission du Comité Russell pour le Portugal, dont les conclusions ont été publiées par Jean-Pierre Faye dans son livre le Portugal d’Otelo (6), il s’est agi d’un piège monté par les forces de droite et du centre, avec l’appui des Etats-Unis, et où certains militaires de gauche, mais pas M. de Carvalho, sont tombés.
M. Otelo de Carvalho, qui ne s’était mêlé de rien et avait contribué à faire rentrer les « paras » dans leurs casernes, fut destitué de son commandement du COPCON, pièce maîtresse de la protection républicaine, puis mis en résidence surveillée, et enfin arrêté.
M. Vasco Gonçalves fut placé, aussi, en résidence surveillée : le Mouvement des forces armées fut dissous. La droite et les Etats-Unis triomphaient.
En juillet 1976, le général Eanes était élu président; M. Otelo de Carvalho obtenait 18% des voix, plus que le candidat communiste.
En août 1976, le général Spinola revenait et recommençait à intriguer. L’épuration du haut commandement militaire se poursuivait. En juin 1977, Washington encourageait la formation d’une majorité réunissant le PS et la droite : le Fonds monétaire international (FMI) définissait un plan pour le Portugal, adopté à peu près intégralement par le Parti socialiste, et exigeant la démolition de la réforme agraire; la restitution des terres l’indemnisation ou le retour des capitalistes industriels; l’encouragement aux investissements étrangers; la réglementation du droit de grève, etc.
Le président Eanes naviguait entre les courants. Aux élections du 2 décembre 1979, le Parti socialiste était battu et remplacé par la droite. Les communistes et leurs alliés avaient quarante-deux sièges. La gauche restait majoritaire en voix. Les années suivantes les gouvernements ont été de centre-droit, mais le Parti socialiste a conservé ses voix, M. Soares a été premier ministre en 1983-1984 — avec l’aide du PSD — et a été élu président de la République, en février 1986, avec le soutien à la fois d’une partie du PSD et des communistes.
Cette longue histoire est nécessaire pour comprendre quelle pouvait être l’inquiétude du héros de la révolution des œillets, M. Otelo de Carvalho. Car, en dehors des accusations funambulesques des « repentis », la seule preuve que l’accusation ait « découverte » est un document de quelques pages rédigé par lui vers 1977 intitulé le « Projet global », dans lequel il envisageait les mesures à prendre en cas de coup d’Etat de droite, notamment la création d’une organisation civile armée. A-t-il eu raison d’éprouver de telles inquiétudes? Sans doute, si l’on tient compte de l’évolution politique évoquée ci-dessus. L’accusation lancée par le tribunal et largement reproduite par la presse est que le FP 25 était non seulement le bras armé du FUP, mais aussi la « mise en application » du « Projet global ».
Le tour de passe-passe est ici complet : un projet de défense de la République conçu à un moment (1976-1978) où toutes les inquiétudes paraissent justifiées est transporté à une époque (les années 1980-1984) où les problèmes se posent tout différemment.
Nous avons pu fournir un élément au dossier de la défense en rappelant un entretien de M. Otelo de Carvalho avec Main Echegut publié par l’hebdomadaire Témoignage chrétien, le 21 janvier 1980. A cette date, M. de Carvalho considérait qu’il n’y avait plus de danger de coup de force de droite. « De jeunes officiers progressistes — disait-il — commandent de nombreuses unités; à cause d’eux la droite militaire n’a pas de chances de réussir un coup de force si elle le tente ». Une telle situation rendait inutiles les structures prévues par le « Projet global ». D’autre part, M. de Carvalho soulignait qu’il avait un rôle à jouer comme fédérateur du courant de la gauche « révolutionnaire non alignée » qui devait représenter l’esprit du 25 avril dans le prochain Parlement. C’était la pensée d’un homme politique, et non d’un terroriste.
M. Otelo de Carvalho n’avait pas cessé d’être un danger pour la droite, non pas à cause de ses « plans », mais en raison de sa popularité. Fortement prémuni contre le Parti communiste, il avait un crédit populaire que ne possédait aucun des autres chefs de la révolution des œillets. Or, au fur et à mesure que l’application du plan économique du FMI rendait la vie difficile aux pauvres gens, sa popularité ne cessait de croître. La droite pouvait craindre qu’en cas de crise il ne devienne le point de ralliement de tous les mécontentements.
Le disqualifier, faire que plus jamais il ne puisse servir son pays, accroître l’inquiétude suscitée par les provocations terroristes, faire passer plus facilement la « loi orpheline », ce sont là, certainement, les calculs auxquels se sont livrés les Machiavel de la politique portugaise conseillés, sans doute, par les services secrets américains.
On n’a probablement pas eu besoin de « dicter » à M. Mario Soares l’arrestation de M. Otelo de Carvalho. Mais on n’a pas besoin d’être grand clerc pour discerner ce qui fait plaisir à la Maison Blanche et au Pentagone.
Claude Bourdet & Alberto Santos
Membres du Comité français "Justice pour Otelo de Carvalho".
(1) Ont témoigné aussi pour M. Otelo de Carvalho le général Costa Gomes, ancien président de la République en 1974-1975, et d’autres anciens dirigeants du Mouvement des forces armées (dissous, mais qui a donné naissance à l’Association du 25 avril).
(2) Par exemple, l’amiral Victor Crespo, les généraux Pezarat Correia et Rangel, le lieutenant-colonel Vasco Lourenço, et bien d’autres.
(3) Le juge a été ultérieurement nommé à Bruxelles à la CEE.
(4) C’est l’ancien PPD, devenu Parti social démocrate.
(5) Cf. document CIRPES no 37, novembre 1986, «Vers une situation néo-coloniale au Portugal», par Alberto Santos.
Via le Département d’Etat et l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), le budget prévu par Washington en 2022 pour des « programmes de démocratie » destinés à Cuba atteindra 20 millions de dollars, soit le même niveau de financement qu’en 2021. A charge pour des organisations non gouvernementales (ONG) locales de relayer cette action « interventionniste » sur le terrain. Censées représenter la « société civile », toutes les ONG ne sont pas à mettre dans le même sac ou sur le même plan. Il n’en demeure pas moins que, au cours des dernières années, nombre d’entre elles, ainsi que leurs financements, ont été mis en cause par les gouvernements d’Hugo Chávez et Nicolás Maduro (Venezuela), Rafael Correa (Equateur), Evo Morales (Bolivie), Andrés Manuel López Obrador (Mexique), pour ne citer qu’eux. Elles se trouvent actuellement au cœur de la violente polémique qui oppose les Etats-Unis, l’Union européenne et leur sphère médiatique au gouvernement nicaraguayen de Daniel Ortega [1].
Au nom de l’Internationale des peuples anti-impérialistes, l’ex-président hondurien de centre gauche Manuel Zelaya, renversé en 2009 par un coup d’Etat, s’est récemment exprimé sur la question.
A partir des années 1980, avec l’avènement du modèle d’exploitation néolibéral, sont apparues des organisations qui, en théorie, étaient censées combler le vide qui se créait naturellement entre la sphère publique et la sphère privée. Semblant au départ impartiales, ces organisations non gouvernementales (ONG) sont devenues par essence des agents politiques autoproclamés de la société civile qui légitiment l’essor impétueux de la mondialisation et du marché. En Amérique latine, avec l’arrivée de gouvernements progressistes via les élections, comme dans le cas du triomphe électoral de Daniel Ortega et de la révolution sandiniste avec plus de 70 % des voix [2], ces organisations ont orienté leur activité vers le contrôle stratégique et politique de la société, avec pour objectif ce que, aux Etats-Unis, elles appellent par euphémisme un « changement de régime ».
La structure fonctionnelle érigée au « sommet », que ce soit par les Etats-Unis ou l’Europe, utilise quelques fondations opulentes pour alimenter toute la machinerie des ONG. Les plus importantes de ces fondations fournissent environ 80 % de tous les fonds gérés dans le monde par ces organisations. Dans la plupart des cas, les fondations mères n’ont pas de relation directe avec les bénéficiaires, qui fonctionnent comme opérateurs locaux des fonds reçus. Un réseau constitué par des agences de coopération internationale telles que l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), l’Institut national démocrate (NDI), la Nouvelle fondation pour la démocratie (NED), l’Institut républicain international (IRI) et d’autres agences gouvernementales occidentales financent des actions d’intervention visant principalement et prétendument à la « réduction de la pauvreté », au renforcement des « valeurs démocratiques », à la gouvernance, aux « droits de l’homme », à la transparence, la justice et la bonne gestion des finances publiques.
Du réseau susmentionné se déploient des centaines d’ONG qui saturent la vie politique de la société, créant une sorte d’Etat parallèle piloté par de grands médias et réseaux ; devenus artificiellement des protagonistes de la vie politique, ceux-ci tentent de saper l’action des gouvernements progressistes ou d’empêcher la montée au pouvoir de projets de gauche revendiquant la participation de la société et de l’Etat contre la tromperie du marché.
Cet immense réseau tentaculaire des pouvoirs factices se charge de promouvoir un agenda caché et spécifique défini par l’orientation qu’ils veulent voir adoptée par l’opinion publique. Au Nicaragua, ils promeuvent sans vergogne les politiques que l’Hégémon exige. Il n’est donc pas étrange qu’au Honduras, en 2009, ils aient activement soutenu le coup d’Etat, toujours sous couvert d’un discours anticommuniste de défense de la démocratie.
Dotées d’importantes ressources, ces organisations se consacrent à dire à l’Etat ce qu’il doit faire, jusqu’à devenir des agents de dé-légitimation de la politique ; pourtant, en se prononçant contre les mouvements de libération socialistes, elles adoptent de fait, au sens strict, une attitude de caractère politique.
De façon tout aussi perverse, elles se consacrent à la déstabilisation de tout gouvernement populaire qui, en Amérique latine, n’accepte pas de se soumettre aux diktats ou aux intérêts géostratégiques des faucons de Washington. Dans ce but, et en dépensant des ressources importantes, elles alimentent des réseaux de supposés mécontentements destinés à la construction d’images négatives des dirigeants.
Depuis la première décennie du XXIe siècle, ce système bien articulé de « smart power » s’est spécialisé dans la promotion et l’organisation de « révolutions de couleur ». Celles-ci ne sont rien d’autre que des « protestations populaires contrôlées » visant à un changement de régime et à l’imposition d’une administration docile, au service des intérêts des sociétés transnationales. Significatives sont les participations de la Fondation Ford et plus spécifiquement de George Soros, qui a accumulé de l’expérience dans les pays d’Europe de l’Est après la chute du bloc soviétique et a joué un rôle clé dans les fameux « printemps arabes », dont certains, dans tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, ont fini par renforcer l’existence de groupes extrémistes tels que l’Etat islamique.
En Amérique latine, l’activité de ces organisations va du Mexique, où elles s’opposent au gouvernement de la Quatrième transformation, à l’Argentine, où elles participent au travail minutieux de discrédit de l’administration péroniste. Ces derniers temps, leur principale attaque a été dirigée contre les pays de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), essentiellement le Nicaragua, le Venezuela, la Bolivie et Cuba.
Dans ces pays, elles ont été jusqu’à organiser des soulèvements violents, qui ont coûté la vie à de nombreux innocents. Le cas de Cuba est particulier, car les conditions existantes du blocus ne permettent pas le flux de ressources qu’elles utilisent dans les autres pays mentionnés. En ce qui les concerne, et sur leurs territoires, le Venezuela et la Bolivie ont neutralisé [NDLR : partiellement] l’opération de ces ONG qui utilisent généralement une façade d’organisation humanitaire.
Actuellement attaqué, le Nicaragua vit une situation similaire à celle qui a précédé les violentes émeutes organisées en 2018 par une opposition politique dépourvue de capacité organique, mais qui a bénéficié d’importantes ressources externes pour créer le sentiment d’une chute imminente du gouvernement démocratique. Cette fois, le nouveau « Plan Condor électoral » américain a été anticipé [par les autorités sandinistes], notamment du fait de l’injection de ressources considérables destinées à provoquer un boycott du scrutin de novembre prochain. Ces efforts visent à rehausser le profil politique de l’opposition et à empêcher une nouvelle victoire populaire du sandinisme. A cette fin, ils utilisent l’agenda médiatique qui, par sa tendance à la génuflexion, leur permet de passer de grands défenseurs du processus électoral aujourd’hui à porte-drapeaux de la suspension de l’élection demain, si son résultat ne favorise pas leurs intérêts.
L’Internationale des peuples anti-impérialiste réprouve l’évidente agression conservatrice de Washington contre le peuple du Nicaragua et se déclare solidaire de la Révolution sandiniste, dirigée par le « comandante » Daniel Ortega.
Internationale des peuples anti-Impérialistes
Manuel Zelaya (président)
Lois Perez Leira (secrétaire exécutif)
Au Nicaragua, la spirale répressive “décapite” l’opposition », titre Le Monde (17 juin 2021) en évoquant l’arrestation de treize dirigeants « à quatre mois de la présidentielle ». Le nom du support est purement anecdotique : qu’ils soient de droite, de gauche, du centre ou même qu’ils professent le « tout en même temps », la quasi totalité des médias, à la manière d’un « parti unique », publient quasiment la même chose pour dénoncer la « criminelle dérive du régime de Daniel Ortega ». Une telle unanimité devrait mettre la puce à l’oreille. Soit le Nicaragua est effectivement devenu « le Goulag centraméricain » du quotidien espagnol El País (27 juin), soit ce surprenant consensus relève d’une abstraction perversement (ou paresseusement) plaquée sur la réalité.
Héritier de la lutte de libération contre la dictature d’Anastasio Somoza (1979) puis de la résistance à la guerre de basse intensité qui lui fut imposée par Ronald Reagan (1981-1989) et George H.W. Bush (1989-1993), le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) est revenu au pouvoir, par les urnes, depuis 2007, en la personne d’Ortega. Sans faire de miracles, et dans le cadre d’une politique pragmatique, avec ses bons et ses moins bons côtés, celui-ci a sorti les Nicaraguayens les plus modestes du long cauchemar dans lequel la droite néolibérale les avait plongés depuis l’arrivée à la présidence, en 1990, de la carte de Washington, Violeta Chamorro. Raison pour laquelle, à deux reprises, Ortega a été réélu avec, de plus, une majorité sandiniste confortable à l’Assemblée.
Même s’il ne l’a pas encore officiellement annoncé, tout un chacun présume qu’il se présentera en novembre prochain à sa propre succession (à l’image d’un Helmut Kohl ou d’une Angela Merkel demeurés durant seize années au pouvoir outre-Rhin). Toutefois, pour ne pas déroger à ce qui devient une sale manie au sein de la droite continentale, l’opposition « nica » dénonce par avance une « farce électorale ». Ce bien que tous les sondages donnent l’actuel chef de l’Etat vainqueur (quelle que soit l’orientation politique de l’institut, parmi lesquels CID Gallup, qui les a menés à bien). D’où la poursuite d’une obsession : comment, et par quels moyens, se débarrasser du sandinisme et d’Ortega ?
L’opposition a tenté de le faire en 2018 par la violence. Sans résultat concret, sauf un très lourd bilan : 220 morts, dont 22 policiers et 48 sandinistes, d’après la Commission de la vérité gouvernementale. Contrairement à ce que prétend le pouvoir sandiniste, il ne s’est pas agi d’une tentative de « coup d’Etat ». Pour qu’il y ait « golpe », il faut qu’une ou plusieurs institutions de l’Etat – Forces armées, Police, Justice, Parlement – participent au renversement du président – comme au Venezuela d’Hugo Chávez en 2002 (factions militaires), au Honduras de Manuel Zelaya en 2009 (Parlement, Cour suprême de justice, Armée), au Paraguay de Fernando Lugo en 2012 et au Brésil de Dilma Rousseff en 2016 (Parlements), dans la Bolivie d’Evo Morales en 2019 (Police, Armée) – avec une contribution plus ou moins discrète de l’USG (US Government)...
Pour en revenir à 2018, toutes les institutions sont demeurées loyales au pouvoir légitime, preuve, s’il en était besoin, de la solidité du système démocratique au Nicaragua. En revanche, il y a bien eu tentative de renversement extraconstitutionnelle du président élu. Ce que l’on a généralement dépeint sous le vocable de « manifestations pacifiques » avait toutes les caractéristiques d’une rébellion anti-démocratique menée par le biais d’une violence de caractère insurrectionnel. A laquelle se sont opposés, de façon tout aussi rugueuse, le pouvoir et sa base sociale sandiniste – mouvement de masse organisé, endurci par une longue habitude des agressions, et largement sous-estimé tant par l’opposition que par le cartel d’« observateurs » qui lui sont inféodés [1].
Depuis (et même auparavant), si elle peine à affronter « à la loyale » le couple Ortega-Murillo » (Daniel, président ; Rosario Murillo, son épouse et vice-présidente), la droite ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Nostalgique de l’époque au cours de laquelle les « gueux » ont été laminés par ses politiques, elle n’a pas cru devoir élaborer et proposer un quelconque programme ou projet de pays susceptible de faire oublier à ses compatriotes le désastre social qu’elle leur a imposé dans le passé. Rien – à part la haine d’Ortega ! Et les ambitions personnelles. Voire familiales, s’agissant du clan Chamorro – Cristiana, Carlos Fernando, Juan Sebastián, Pedro Joaquín –, lesquels, héritiers d’une dynastie de présidents conservateurs [2], se considèrent légitimes propriétaires du Nicaragua. De sorte que, au-delà des grands discours essentiellement destinés à l’étranger, la confrérie des personnalités censées combattre ensemble le sandinisme passe son temps à se déchirer.
De la crise de 2018, ont surgi et survécu deux courants. L’un, l’Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD), a été créé de toutes pièces par les évêques conservateurs pour un supposé « dialogue national » tenu en mai et juin 2018. Dès l’origine, l’ACJD a pu compter sur une présence importante en son sein du secteur des affaires et du patronat. De son côté, l’Union nationale bleu et blanc (UNAB) [3] représente plus ou moins la « société civile », une nébuleuse d’ « autoconvoqués », d’organisations non gouvernementales (ONG) allant du « féminisme » à la supposée « défense des droits humains » en passant par une poignée de partis politiques non représentés au Parlement – dont le Mouvement de la rénovation sandiniste (MRS). Les « dissidents » du FSLN qui y cohabitent sont devenus les plus féroces ennemis de leur ancien « compañero » Ortega depuis qu’ils ont été mis en minorité, en 1994, lors d’un Congrès extraordinaire du parti.
Censé représenter l’opposition « de gauche », le MRS n’a pas hésité à appuyer la droite la plus droitière lors des scrutins tenus en 2008, 2011, 2012 et 2016. Mettant fin à une ambiguïté entretenue depuis 1995 autour de l’adjectif « sandiniste », le parti a finalement renié son origine en devenant l’Union démocratique rénovatrice (Unamos) en janvier 2021. Le 3 mars suivant, sa présidente Suyen Barahona ainsi que Tamara Dávila, membre de sa commission exécutive, mais aussi du Conseil politique de l’UNAB, confirmeront clairement la couleur en participant à une réunion virtuelle avec le président autoproclamé Juan Guaido pour évoquer « la lutte pour la démocratie » tant au Nicaragua qu’au Venezuela.
En octobre 2018, l’ACJD et l’UNAB ont annoncé en grandes pompes leur mariage. Sans être d’accord sur rien. L’UNAB souhaitait une paralysie générale du pays (« paro nacional ») [4] pour « faire tomber Daniel ». L’ACJD – directeur exécutif : Juan Sebastián Chamorro – n’y tenait pas, lui préférant une pression diplomatique internationale destinée, avec le moins de casse possible pour les secteurs économiques, à imposer des réformes au chef de l’Etat. Commence alors un interminable (et parfois ubuesque) feuilleton. C’est ainsi que, début janvier 2020, l’ACJD annonce qu’elle se sépare « amicalement » de l’UNAB pour former… « une grande coalition nationale ». D’après José Pallais, son directeur exécutif (ex-ministre des Affaires étrangères de Violeta Chamorro), l’ACJD « dépasse une étape d’unité » pour passer à « un stade supérieur d’intégration » ! Pour sa part, Medardo Mairena, dirigeant d’une faction de paysans antisandinistes, revendique son autonomie. Devant tant de cohérence, même le très conservateur britannique The Economist pronostique que, compte tenu du retour au calme et de la récupération graduelle de l’économie, Ortega remportera le scrutin de 2021.
Le 25 février 2020, avec les mêmes et quelques autres, nait, sans vraiment naître, tout en naissant, une Coalition nationale. Ses statuts comportent un « article transitoire » qui établit que les « désaccords et les doutes en suspens » pourront être discutés ultérieurement et que les divergences fondamentales devront être résolues par consensus. Scission du vieux Parti libéral constitutionnaliste (PLC) des ex-présidents conservateurs Arnoldo Alemán (1997-2002) et Enrique Bolaños (2002-2007), Citoyens pour la liberté (CxL), peu ou prou sous la coupe du patronat, refuse d’intégrer le bloc et invite tous les opposants à se regrouper dans un… « mouvement unitaire » – qu’il dirigera ! La Coalition nationale n’en prend pas moins son envol définitif le 25 juin, forte de l’UNAB, de l’ACJD, du Mouvement paysan, d’une faction du Front démocratique nicaraguayen (FDN ; ex-« contras » [5])et de trois partis politiques, le PLC, Restauration démocratique (PRD ; évangélique) et Yátama (Indigènes de la côte atlantique). Le projet politique hautement démocratique de cet attelage saute immédiatement aux yeux : « La fin ultime de la Coalition, déclare la membre du conseil politique de l’UNAB Alexa Zamora, n’est pas les élections [de 2021], notre objectif est de sortir Ortega, notre ennemi commun. » Pour qui n’aurait pas tout à fait saisi, Medardo Mairena précise, au nom de son Mouvement paysan : « Ceci est une nouvelle étape pour nous unir et renverser ce régime dictatorial qui a provoqué tant de souffrance [6]. »
Parmi tout ce beau monde, on devine déjà une dizaine d’aspirants à la présidence pour l’« après Ortega ». Coups et crocs en jambe se multiplient. Le 26 octobre 2020, l’ACJD formalise sa sortie de la Coalition pour (comme il se doit) « promouvoir une plateforme politique et électorale unie et inclusive ».« Ce n’est pas une rupture, clarifie le plus sérieusement du monde Juan Sebastián Chamorro, nous voulons avoir une relation respectueuse avec tous les opposants, mais notre option est de revenir à la question de l’unité, et l’unité ce n’est pas seulement la Coalition nationale. » En désaccord avec cette conception assez particulière de l’unité, des dirigeants des villes de León, Estelí, Madriz, Chontales et autres abandonnent l’ACJD et demeurent au sein de la Coalition. Dont, en juillet, le dirigeant paysan Medardo Mairena avait fait sécession : lors d’une réunion virtuelle avec le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), expliquera-t-il, « ils [les dirigeants de la Coalition] se sont connectés sur Zoom avec Luis Almagro, mais ils n’ont même pas pris la peine de nous demander “si vous étiez en face d’Almagro, que lui diriez-vous ?” et encore moins de nous inviter à participer [7]. » Pour ne pas être en reste, la dite Coalition expulse le PLC le 30 novembre en l’accusant d’être « sous le contrôle et l’influence » de l’ « orteguisme »… Sachant qu’au sein de ce même PLC, un président de facto, Miguel Rosales, s’oppose à María Fernanda Flores de Alemán (épouse de l’ex-président), qui a aussi des ambitions.
Première étape de toute réflexion un tant soit peu raisonnable sur le Nicaragua : tous les stratèges le savent, il ne faut pas lutter en ordre dispersé. Face à un tel bazar, un bloc soudé, discipliné, porteur d’une forte identité et dirigé par un « leader » reconnu a toutes les chances de l’emporter. Pour sortir éventuellement vainqueurs d’élections démocratiques en novembre 2021, Ortega et le FSLN n’ont nullement besoin de « décapiter » l’opposition. Elle coupe parfaitement, et toute seule, ses propres têtes. A l’étranger (sauf peut-être aux Etats-Unis), on l’ignore. Au Nicaragua, même les dirigeants de la droite le savent parfaitement. En octobre 2020 encore, lorsque le Mouvement vers le socialisme (MAS) bolivien mit en échec le coup d’Etat et porta à la présidence Luis Arce, le dauphin d’Evo Morales [8], l’ex-député Eliseo Núñez Morales, membre de l’ACJD, s’alarma publiquement : « L’opposition nicaraguayenne doit en tirer une leçon, nous devons arrêter les guerres intestines, arrêter ces attaques permanentes qui existent entre tous les groupes d’opposition et générer une alternative à Ortega. »
En 2001 et 2006, pendant les campagnes électorales, Washington, à travers ses ambassadeurs, avait clairement averti les Nicaraguayens qu’il fallait à tout prix barrer la route à un retour des Sandinistes. Qu’une victoire d’Ortega entraînerait une suspension des aides et de la coopération. La menace fut d’autant plus entendue que, en 2001 par exemple, sur 6,5 millions de Nicaraguayens, 10 % vivaient aux Etats-Unis d’où ils envoyaient des dizaines de millions de dollars en « remesas » (transferts d’argent). Puis l’exaspération finit par faire son œuvre, le chantage n’opéra plus. En novembre 2006, en la personne de l’ancien banquier millionnaire Eduardo Montealegre, la droite est battue. Dès lors, Washington remet en ordre de marche sa « diplomatie parallèle » (et musclée).
L’univers médiatique français – Le Monde, Médiapart, Radio France, etc. – se gargarise à n’en plus finir de sa supposée pratique du « journalisme d’investigation ». S’agissant de la couverture de l’Amérique latine, ces supposées « Forces spéciales » de l’information se caractérisent surtout par un usage particulièrement paresseux du conformisme et du « copier-coller ». Sans se croire obligés de jouer les matamores de rédaction, ce sont un certain nombre de professionnels… américains – Max Blumenthal, Ben Norton, etc. –, dans des médias alternatifs – The GrayZone [9], Behind Back Doors [10], The Intercept –, qui sauvent l’honneur de la profession. En se livrant à un travail d’enquête rigoureux. Donc… ignoré de leurs chers confrères des médias dits « dominants ». A qui cela arracherait la plume, le clavier, le micro ou la caméra de relayer (ou simplement mentionner) l’information, quand bien même ils n’en seraient pas la source, sur les méthodes employées par Washington et son « soft power » pour déstabiliser le Nicaragua (comme bien d’autres pays de la région, à commencer par Cuba et le Venezuela).
Principaux acteurs de cette guerre non conventionnelle « made in USA » : l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) ; la Nouvelle fondation pour la démocratie (NED), créée en 1983 par Reagan pour se substituer à la CIA dans l’organisation des actions « non armées » [11] ; l’Institut national démocrate (NDI) et l’Institut républicain international (IRI), dépendants du Congrès américain ; Freedom House, l’Open Society de George Soros ; quelques comparses de moindre rang. Objectif recherché : infiltrer (si nécessaire), créer, financer, former, contrôler et instrumentaliser les institutions de la mythique « société civile » – syndicats, partis politiques, institutions académiques ou professionnelles et surtout presse et ONG.
Entre 2010 et 2020, l’USAID avait prévu de transférer à la droite nicaraguayenne la somme faramineuse de 68,4 millions de dollars pour l’aider à discréditer le gouvernement (en interne et à l’étranger) tout en formant de nouveaux « leaders » et en créant une masse critique d’opposants. Deux ans avant le soulèvement « spontané » de 2018, elle y rajouta 8 millions de dollars, portant le total de sa contribution à 76,4 millions.
Au cœur du dispositif, la Fondation Violeta Barrios de Chamorro pour la réconciliation et la démocratie (FVBCH ou, en abrégé, Fondation Chamorro) a servi de plaque tournante pour la redistribution d’une partie consistante du pactole (14,6 millions de dollars). Fille du très respectable Pedro Joaquín Chamorro, assassiné par la dictature de Somoza quelques mois avant le triomphe de la révolution sandiniste, et de son épouse Violeta, ultérieurement présidente (1990-1997), Cristiana Chamorro (67 ans) se trouve à la tête de la Fondation. Durant la présidence de sa mère, elle a dirigé la communication et les relations publiques de l’Exécutif, de même que le quotidien « de la famille » depuis 1926, La Prensa.
Du cœur de cette FVBCH « promouvant la liberté de la presse », des flux de dollars fournis par l’USAID, la NED et l’IRI ont d’abord été injectés, charité bien ordonnée commençant par soi-même, dans les comptes des membres de la famille : Carlos Fernando Chamorro, son frère, propriétaire de l’hebdomadaire Confidencial et du Centre de recherche et de communication (CINCO), proche de l’ex-MRS ; Jaime Chamorro Cardenal, son oncle, rédacteur en chef de La Prensa (dont Cristiana est la vice-présidente), à la ligne éditoriale clairement assumée : « Les grandes victoires de la Contra sur l’Armée populaire sandiniste », claironne ainsi le quotidien, le 16 décembre 2020, glorifiant les sombres heures de l’agression étatsunienne [12].
Parallèlement, la Fondation arrose les chaînes télévisées 10,11 et 12, Vos TV, Radio Corporación, Radio Show Café con Voz, ainsi que les plateformes digitales 100 % Noticias, Artículo 66, Nicaragua Investiga, Nicaragua Actual, BacanalNica y Despacho 505... On omettra de mentionner (sauf en note) [13], pour ne pas lasser le lecteur, la foultitude de journalistes « indépendants » royalement rétribués pour diffuser ouvertement ou de façon subliminale un message qui a le mérite de la simplicité : « Ortega doit tomber ! » Avec, en point d’orgue, la campagne portée à incandescence en 2018 pour exacerber les esprits en instrumentalisant (au nom de l’écologie) un grave incendie survenu dans la Réserve de biosphère Indio Maíz, puis (en défense de la justice sociale) une réforme de la Sécurité sociale (très rapidement retirée devant la contestation). Ce qui, dans un premier temps, fit descendre dans la rue des foules de jeunes, sincères, certains de combattre pour la liberté, sans savoir quels intérêts ils servaient en réalité. L’affrontement changea d’âme et de nature quand cette même « Camorra médiatique » encouragea, appuya et couvrit, sans distance aucune, les actions irresponsables de criminels hyper-violents et meurtriers.
USAID - Fondation Chamorro – 100 % Noticias
Depuis 2009, l’USAID a spécifiquement destiné (de l’ordre de) 10 millions de dollars aux médias d’opposition – dont plus de 7 millions ont transité par la Fondation Chamorro de 2014 à 2021. Sachant que, par ailleurs, cette dernière a bénéficié d’un cadeau de 831 527 euros (plus d’un million de dollars) de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) [14]. Ce flot d’innocentes contributions étant sans doute par trop limité, un programme « Médias du Nicaragua » de Family Health International (FHI), une organisation basée en Caroline du Nord et partiellement financée par le gouvernement des Etats-Unis, a octroyé 45 subventions allant de 10 000 à 15 000 dollars à des organes de presse antisandinistes pour un total de 2,8 millions de dollars.
Pendant dix années, 100 % Noticias a ainsi reçu une subvention (se montant à 43 100 dollars en 2015) de l’USAID, par le biais de la Fondation Chamorro. En diffusant des « fake news », en incitant à la violence et en encourageant à prendre les armes contre les sandinistes, ce média a joué un rôle clé dans les événements de 2018. Son directeur, Miguel Mora, a appelé et appelle encore à une intervention militaire des Etats-Unis au Nicaragua, similaire à celle menée en 1989 au Panamá.
Miguel Mora : « Ce que je vois c’est que les Etats-Unis fassent une opération de type Noriega, au Panama (…) ils viennent, ils attrapent cette famille (Ortega-Murillo) et ils l’emmènent »
Le nombre et la diversité des connexions établies pour mener cette guerre non conventionnelle donnent le tournis. Outre les médias, celle-ci s’appuie sur l’armée des ONG de toutes sortes qui, depuis la fin des conflits armés des années 1980, se sont abattues sur l’Amérique centrale.
Une véritable toile d’araignée – attention, accrochez-vous !
Présidente de la Fondation qui porte le nom de sa mère, Cristiana Chamorro est également vice-présidente de Voces Vitales Nicaragua (Voix vitales Nicaragua), à qui son organisme fournit des fonds de l’USAID. Directrice de Voces Vitales Nicaragua, Berta Valle est par ailleurs propriétaire de Voces en Libertad (Voix en liberté)que dirigeson époux Félix Maradiaga, lui-même partenaire de Javier Meléndez au sein de l’Institut d’études stratégiques et de politiques publiques (IEEPP, qu’a créé Maradiaga).
Le 25 juin 2020, interrogé en direct par CNN en espagnol sur la provenance de l’argent finançant sa revue « d’investigation » Expediente Público (Dossier public), Javier Meléndez, bafouilla plus qu’il ne répondit : « Eehhh. Je vous assure qu’il ne provient pas du Venezuela ou de trafiquants de drogue... ce que je vous assure, c’est que ce sont des sources... comme je l’explique... ce sont des sources qui répondent à une ligne de transparence absolue, mais à cause de la crise au Nicaragua, les coopérants nous ont demandé de ne pas nommer l’origine des fonds que nous recevons... » On peut comprendre sa réticence à révéler l’origine et la destination des sommes reçues. Sa femme, Deborah Ullmmer, occupe la fonction de directrice de programme pour l’Amérique latine et les Caraïbes du NDI (Congrès des Etats-Unis).
On rajoutera que de nombreux employés de Meléndez, qui travaille désormais depuis Washington, collaborent également avec CINCO, plateforme dirigée par Carlos Fernando Chamorro (par ailleurs propriétaire de l’hebdomadaire Confidencial) ; et que Voces vitales Nicaragua siège à la même adresse que la Fondation Chamorro – Km 8, Carretera Sur, Plaza San José. Tant de proximités allant de pair avec autant d’opacité amène certains mauvais esprits à se poser des questions. Par exemple : une telle opacité ne permettrait-elle pas le détournement de centaines de milliers de dollars au profit d’individus ? Ou encore : pourquoi au lieu de subventionner directement Voces vitales Nicaragua (et une multitude d’autres ONG), l’USAID et la NDI le font-ils à travers la Fondation [15] ?
USAID : 80 000 $ pour le Centre d’investigations de la communication (CINCO)
On mentionnera ici une poignée d’exemples glanés, sauf quelques exceptions, pendant les années cruciales 2017-2018 (et dans les documents officiels non encore expurgés – tant l’USAID que la NED évitant désormais de mentionner nommément certains des destinataires de leurs dons) [16]...
USAID : 4 740 000 dollars le 23 février 2017 au projet Voces para Todos ; 2 071 639 dollars le 2 mai 2017 à Voces Vitales Nicaragua ; 1 750 000 dollars le 17 juillet 2017 à Mujer, Voz Vital para el País (Femmes, voix vitales pour le pays) ; 100 000 dollars, le 4 mai 2018 au Movimiento Puente (Mouvement Pont) ; 643 214 dollars le 23 mai 2018 pour un projet Création de plateformes ; etc. Mis en œuvre de 2010 à 2020, destiné à favoriser la contestation des projets d’infrastructure du gouvernement, le Programme de gouvernance municipale a lui reçu la coquette somme de 29,99 millions d’euros.
NED : 525 000 dollars à Hagamos Democracia (Faisons démocratie) depuis 2014. En 2017, 111 000 dollars à la Commission permanente des droits humains du Nicaragua (CPDH) ; 79 000 dollars à la Fondation ibéro-américaine de cultures (FIBRAS) ; 40 000 dollars à la Fondation pour le développement économique et social (FUNIDES), lié au Conseil supérieur de l’entreprise privée (COSEP) ; 260 000 dollars à l’IEEPP) dirigé en 2018 par Madariaga, l’un des pousse-au-crime (au sens propre du terme) les plus affirmés de l’opposition ; 564 134 dollars à la Fondation Chamorro ; somme indéterminée à Popol Nah, ONG dirigée par Mónica Baltodano, députée MRS de 2007 à 2011 ; 305 000 dollars à un groupe non détaillé d’organisations ; etc…
Fondation George Soros : 6 148 325 dollars à la Fondation Chamorro, le 9 mars 2018 ; 574 000 dollars de l’Open Society, du même Soros, à la même Fondation Chamorro.
Financements USAID
S’agissant des récepteurs, les termes ONG ou fondations prêtent à confusion. Il faudrait parler d’organisations paragouvernementales (OPG), avec en référence Washington et son Département d’Etat. Toutes ont participé activement, à divers degrés, à la préparation et à la planification du soulèvement de 2018, aux campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. Des circuits dérivés, occultes, ont directement financé la logistique des manifestants connectés en réseau et coordonnés par des dirigeants d’opposition tels que Medardo Mairena, Pedro Joaquín Mena ou Francisca Ramírez,ainsi que les violences, parfois barbares, des « tranqueros » [17]. D’autres ont eu pour objet (et ont toujours) l’enfumage de ce qu’on appelle souvent à tort la « communauté internationale ».
L’exemple le plus emblématique s’appelle Association nationale pro-droits de l’Homme (ANPDH). Financée par la NED, le NDI et l’Open Society du banquier Soros, elle a annoncé des chiffres extravagants de morts (560 en fin de conflit), d’« enlevés » et « disparus » (1 300). Au-delà des frontières du Nicaragua, ses estimations ont été reprises par des titres aussi divers que Le Point (29 juillet et 9 août 2018), La Croix (11 septembre), CNN en espagnol, le Diario Las Américas (Miami), El País (Madrid). On a même vu circuler sur Médiapart une pétition dans laquelle des universitaires et intellectuels dits « de gauche », dont une poignée de Français passés des Brigades internationales à la Doctrine de Monroe, dénonçaient les « méthodes dictatoriales du gouvernement Ortega-Murillo » et réclamaient « la constitution d’un gouvernement de transition » en prenant comme référence les chiffres « effrayants », mais surtout complètement « bidons », de l’ANPDH [18].
Le 23 juillet 2019, à Managua, en conférence de presse, trois cadres de cette ANPDH – Gustavo Bermúdez, Francisco Lanzas et German Herrera – ont dénoncé leur directeur Álvaro Leiva en l’accusant d’avoir « embarqué » au Costa Rica, où il s’est exilé, 500 000 dollars, dont plus de 100 000 dollars alloués par la NED en 2017 et 2018. Ils ont y compris révélé qu’en 2018, l’ANPDH a artificiellement gonflé le chiffre des morts et des blessés pour recevoir davantage de subventions des Etats-Unis.
Dans le même ordre d’idée, certains masques sont tombés. Entre autres celui de l’Immaculée Sainte Amaya Coppens du Cetri (Centre Tricontinental, basé à Louvain-la-Neuve, en Belgique, devenu porte-parole quasi officiel de l’opposition antisandiniste dans le monde francophone). Bénéficiant d’une double nationalité nicaraguayenne et belge (ce qui aide beaucoup pour sensibiliser les « bobos » européens, beaucoup moins passionnés par les déclarations des syndicats ouvriers et paysans « nicas »), figure de proue du Mouvement universitaire du 19 avril (fondé lors de l’insurrection), arrêtée à deux reprises, Coppens a été présentée en Europe, où elle a mené campagne après ses libérations, comme appartenant à la gauche nicaraguayenne. Ce qui a contribué à isoler davantage encore Managua.
Toute peine mérite récompense. Le 3 mars 2020, Coppens a fait le déplacement à Washington pour y recevoir le prix « Women of Courage »,décerné chaque année par le Département d’Etat américain à douze femmes ayant démontré « un courage et un leadership extraordinaires ». Quelque peu ennuyés sans doute, ses amis progressistes européens ont soigneusement évité de diffuser les photos où on la voit, souriante, épanouie, recevoir cette haute distinction des mains de Melania Trump et du très humaniste secrétaire d’Etat Mike Pompeo. Peut-être pensent-ils comme nous que la conscience politique n’est plus vraiment ce qu’elle était… Il semblerait hélas que, en ce qui les concerne, la réflexion n’a pas été poussée plus loin.
Melania Trump, Amaya Coppens, Mike Pompeo
Tous ces faits sont largement connus et documentés, depuis longtemps, au Nicaragua. Ils ont eu un rôle capital dans la déstabilisation interne, la tentative de « révolution de couleur » et la mise au ban du gouvernement sandiniste par les puissances impérialiste (Etats-Unis) et sous-impérialiste (Union européenne). Ils permettent de justifier les menaces et sanctions coercitives de Washington.
En 2019, tandis que se déroulait un dialogue heurté entre le pouvoir et l’ACJD, des groupes successifs de détenus arrêtés pendant les événements de l’année précédente sont sortis de prison, sous le régime d’assignation à résidence. Le 8 juin, une loi d’amnistie (# 996) en faveur « de toutes les personnes qui ont participé aux événements intervenus à partir du 18 avril 2018 » fut approuvée par le Parlement. Amnistiant autant les délits instruits et jugés que les délits n’ayant pas encore fait l’objet d’enquête – c’est-à-dire concernant la direction du MRS (aujourd’hui UNAMOS), Félix Maradiaga, Cristiana et Juan Sebastián Chamorro, Violeta Granera –, elle fut contestée par l’opposition car amnistiant également les forces de police et les sandinistes ayant commis des exactions. Elle n’en permit pas moins l’élargissement total de la majorité des prisonniers « politiques », dont certains leaders de la subversion – Miguel Mora, Medardo Mairena, etc.
On peut dès lors et à juste titre, trouver curieuses les poursuites lancées par la justice nicaraguayenne depuis le 2 juin dernier contre un certain nombre d’opposants, dont des dirigeants amnistiés en 2019. Sauf si l’on rappelle un détail : l’article 3 de la loi 996 établit que les personnes en bénéficiant « doivent s’abstenir de commettre de nouveaux actes qui entraînent des conduites générant les crimes envisagés ici. Le non-respect du principe de non-répétition entraînera la révocation de l’avantage établi par la présente loi. » Ce qui n’interdit en rien de s’opposer légalement et démocratiquement au pouvoir. Mais censure la possibilité de chercher à le déstabiliser en utilisant les mêmes méthodes que précédemment.
On l’a vu, de nombreux augures prédisent une victoire du Front sandiniste aux élections générales du 7 novembre prochain. Devant cet échec probable et surtout cuisant de leur politique, les Etats-Unis ont pris leurs dispositions. On peut d’ores et déjà prévoir que Washington ne reconnaîtra pas le résultat électoral – comme au Venezuela (2018 et 2020) et en Bolivie (2019), respectivement dotés d’un président fantoche, Juan Guaido, et du gouvernement de « facto » de Janine Añez. La nouvelle mouture de la déstabilisation à venir, avant, pendant ou après le scrutin, s’intitule « Responsive Assistance in Nicaragua » (RAIN). Ce programme prévoit, du 11 août 2020 au 10 février 2022, l’assignation de 2 millions de dollars pour réaliser « une transition ordonnée » du gouvernement d’Ortega vers « un gouvernement qui s’engage à respecter l’Etat de droit, les libertés civiles et une société civile libre ». Sans même chercher à dissimuler sa stratégie, le document utilise cent deux fois l’expression « régime de transition » et prévoit par avance une purge au sein de l’armée et de la police sandinistes. Dans le cadre du programme annuel YouthPower pour l’année fiscale 2020, l’USAID comptait également allouer 17 millions de dollars au programme Youth and Communities of Safe, Empowered and Resilient Nicaragua (NYCSER), pour financer des groupes « de jeunes et de féministes » [19]. Les mêmes que ceux qui, en 2018, concernant les jeunes, sont descendus dans la rue ?
« Responsive Assistance in Nicaragua » (RAIN)
« Responsive Assistance in Nicaragua » (RAIN)
Daniel Ortega n’a rien d’un agneau disposé à tendre son cou au couteau du boucher. Pour tout sandiniste digne de ce nom, la souveraineté du Nicaragua ne se discute pas, elle se défend. Le 15 octobre 2020, le Parlement a approuvé la Loi 1040 dite « Loi de régulation des agents étrangers ». S’il ne les interdit pas, ce texte exige des ONG qu’elles rendent compte de tout financement étranger, en précisant l’identité de leurs donateurs, le montant des fonds reçus, l’objet des dons et une description de la manière dont l’argent a été dépensé – informations qui doivent correspondre à leurs états comptables et financiers.
Le 30 octobre, apparaît la loi (# 1042) sur les Cyber-délits. Celle-ci permet de poursuivre et de sanctionner la diffamation, les menaces, les atteintes à l’intégrité physique des enfants ou des femmes, le vol d’identité, le piratage ou l’espionnage informatique, et aussi ceux qui diffusent de « fausses informations ».
Enfin, le 21 décembre, le Parlement approuve (70 voix pour, 15 contre, 4 abstentions) la loi 1055 « Défense des droits du peuple à l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination pour la paix ». Celle-ci établit que « toute personne qui demande, soutient et salue l’imposition de sanctions à l’Etat du Nicaragua » ne pourra pas se présenter aux élections générales. Est également exclue toute personne qui fomente ou finance un coup d’Etat, porte atteinte à l’ordre constitutionnel, incite à l’ingérence étrangère ou participe, avec des financements extérieurs, à des actes de terrorisme et de déstabilisation. L’opposition hurle au scandale contre cette « loi guillotine ». Elle ne se rend même pas compte que celle-ci s’inspire d’une loi (# 192) du 1er février 1995, signée par son icone Violeta Chamorro : « Ne peuvent être candidats à la présidence ou à la vice-présidence de la République ceux qui dirigent ou financent un coup d’Etat, ceux qui altèrent l’ordre constitutionnel et qui, à la suite de ces actes, assument la fonction de chef du gouvernement et des ministères ou vice-ministères ou des fonctions de juge dans d’autres branches du gouvernement ».
« On m’a demandé si je vais lancer ma candidature à la présidence de la République, communique par écrit, le 12 janvier 2021, Cristiana Chamorro. Ma réponse est que je ne crois pas que ce soit le moment, je pense que la première chose que nous devons faire est de parvenir à une grande unité autour d’une vision consensuelle du pays (…) » Comme d’habitude, la guerre fait alors rage entre la Coalition nationale, l’UNAB et le Parti Citoyens pour la liberté (CxL) dont la présidente Kitty Monterrey vient de déclarer que les deux organisations précitées « n’existent pas ».
Une semaine auparavant, en application de la loi 1040, le ministère de l’Intérieur avait annoncé que les personnes et organisations concernées devraient s’enregistrer comme « agents étrangers » avant le 5 février, sous peine d’être sanctionnées par la perte de leur personnalité juridique. Le 6 février, pour échapper à l’application de cette loi et à la nécessité de rendre des comptes, Cristiana Chamorro annonce la fermeture « volontaire » et la suspension des opérations de sa Fondation.
Au-delà des grandes déclarations de principe, apparaître pour ce qu’elle est, c’est-à-dire admettre publiquement qu’elle est financée par Washington, lui ôterait toute crédibilité face à ses compatriotes. Toutefois, l’ombre de la législation planant chaque jour un peu plus au-dessus de sa tête, Chamorro commence à évoquer plus fréquemment sa probable candidature à la magistrature suprême. Autour d’elle, et en partie pour les mêmes raisons, émanant de l’UNAB, de l’ACJD et de CxL, les prétendants à une ou des possibles primaires poussent comme des champignons : Félix Maradiaga, Medardo Mairena, Miguel Mora, Juan Sebastián Chamorro, Arturo Cruz...
Le Justice suit son cours. L’analyse des états financiers de la Fondation pour la période 2015-2019, estime le Ministère public, laisse percevoir de clairs indices de « blanchiment d’argent ». Entre autres incongruités : alors que 7 millions de dollars figuraient au solde créditeur de la Fondation lorsqu’elle a été fermée, cette somme est apparue peu après sur trois des comptes bancaires personnels de Cristiana Chamorro. Convoquée le 27 mai, celle-ci refuse de répondre aux questions des enquêteurs sur l’usage des fonds reçus d’une puissance étrangère et les mouvements financiers suspects. Elle se contente de proclamer : « Le Département d’Etat américain a rejeté les prétendues accusations de blanchiment d’argent contre la Fondation Violeta Barrios de Chamorro en se basant sur les audits qu’ils ont effectués sans trouver aucune preuve de blanchiment ou de détournement de fonds [20]. » On ne saurait être plus clair : pour elle, les juridictions étatsuniennes seraient les seules en vigueur dans un Nicaragua réduit au rang de colonie !
Quand on sait qu’on a le dos au mur, on choisit la meilleure option : quatre jours plus tard, le 1er juin, Cristiana Chamorro annonce son intention de participer via CxL aux primaires de la droite organisées par l’ACJD, pour aspirer à la présidence de la République. Quand, le 3, elle est détenue et assignée à résidence, elle devient « l’étoile montante de l’opposition [21] », « la plus sérieuse concurrente du chef de l’Etat Daniel Ortega [22] » et une martyre de la démocratie.
Une vingtaine d’arrestations ont eu lieu depuis, d’activistes connus assignés à résidence ou placés en détention préventive pour trois mois : Arturo Cruz, le 5 juin, à l’aéroport de Managua, de retour des Etats-Unis, en possession d’une grosse somme en devises non déclarée ; Maradiaga ; Juan Sebastián Chamorro ;Miguel Mora ; les dirigeants d’UNAMOS (ex-sandinistes, dont certains au passé glorieux) Dora María Téllez, Víctor Hugo Tinoco, Hugo Torres Jiménez, Ana Margarita Vigil, Suyen Barahona, Tamara Dávila...
Sont recherchés Antonio Belli et Gerardo Baltodano, pour s’être soustraits à une convocation de la Justice enquêtant sur FUNIDES. Directeur, entre autres, de Confidencial, Carlos Fernando Chamorro a quitté le pays avec sa femme après une descente de police à son domicile le 21 juin.
Tous ne sont pas candidats à la Présidence de la République ! Mais certains le sont devenue précipitamment, tel Pedro Joaquín Chamorro, arrêté le 25 juin. Interrogé la veille par CNN et Univisión sur sa possible aspiration à la fonction, celui-ci, se sachant dans l’œil du collimateur, a immédiatement enfilé le gilet de sauvetage lui accordant le statut de « persécuté » en répondant affirmativement.
Terreur sur le Nicaragua ! La grande Internationale de l’Ordre global se déchaîne – Etats-Unis, Organisation des Etats américains (OEA), Union européenne (UE), médias et leurs « justes causes », belles âmes de la « gauche » européenne, bureaucraties de la défense des droits humains (de la bourgeoisie)… Il n’y a pas lieu de s’en étonner. Le même tintamarre s’est abattu sur le gouvernement bolivien de Luis Arce quand, fin mars 2021, ont été arrêtés ou inculpés l’ex-présidente de facto Janine Añez, plusieurs de ses ministres et anciens membres de haut rang de la police et des Forces armées impliqués dans le coup d’Etat de 2019. « Les Etats-Unis sont profondément préoccupés par les signes croissants de comportement antidémocratique et de politisation du système juridique en Bolivie, à la lumière de la récente arrestation et de l’emprisonnement préventif d’anciens responsables du gouvernement intérimaire », a osé communiquer l’administration de Joe Biden, suivie par ses « toutous » de l’UE, la Conférence des évêques catholiques et les groupes d’extrême droite boliviens, les organisations locales dites de défense des droits de l’Homme et les inévitables Tartufes Amnesty International et Human Right Watch (HRW)...
L’une des porte-paroles de cette dernière organisation, Tamara Taraciuk, demande désormais que la situation du Nicaragua soit portée devant le Conseil de sécurité de l’ONU.
« Ces personnes [inculpées par la justice nicaraguayenne] font l’objet d’une enquête parce qu’elles ont appelé publiquement à des mesures coercitives contre l’économie du Nicaragua, qu’elles ont conspiré pour commettre des actes terroristes et qu’elles ont créé une structure frauduleuse d’ONG à but non lucratif pour le blanchiment de fonds de plusieurs millions de dollars provenant de l’étranger, ce qui constitue une intervention politique dans le pays pour y provoquer une déstabilisation catastrophique », résument les journalistes Jorge Capelán et Stephen Sefton [23]. Intervenant depuis Managua dans le cadre du Sommet de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), qui le soutient, comme le fait globalement la gauche latina, du Groupe de Puebla au Forum de São Paulo [24], Daniel Ortega a ironisé : « Les Etats-Unis font pression sur nous, pour ces vingt personnes, alors je leur dis : « libérez immédiatement les quatre cents personnes que vous avez arrêtées et maintenez en prison pour avoir pris d’assaut le Capitole [25] ! »
L’Amérique latine ne s’y trompe pas, qui dénonce régulièrement – Cuba, Venezuela, Bolivie, Equateur (sous Rafael Correa) – les outils de déstabilisation mis en place par les Etats-Unis contre les gouvernements progressistes. Bien avant l’agression totale déclenchée contre Caracas après la mort de Chávez, l’USAID, entre 2004 et 2006, avait déjà transféré quelque 15 millions de dollars à plus de 300 ONG présentes au Venezuela, leur offrant un « soutien technique et de formation » par le biais de son Bureau des initiatives de transition (OTI) [26].
Plus récemment, et dans un pays a priori moins « sulfureux », Jesús Ramírez, porte-parole de la présidence du Mexique, a révélé que l’agence de presse Artículo 19, opposée au gouvernement du président Andrés Manuel López Obrador (AMLO), est financée par Washington (et par les Fondations Ford et Heinrich Böll, Google, l’UE ansi que les ambassades du Royaume uni, des Pays-Bas, d’Allemagne et d’Irlande).
Jeu de piste : à la tête d’Artículo 19 pendant dix années, Dario Ramírez est devenu le directeur de la communication de l’ONG Mexicains contre la corruption (MCCI). Parmi les bienfaiteurs de MCCI figurent l’USAID (2,3 millions de dollars sur trois ans, octroyés en 2018) la NED et le Conseil mexicain des affaires (CMN en espagnol), où nichent les patrons les plus riches et les plus puissants du pays. En vue du méga-scrutin législatif, régional et municipal du 6 juin 2021, trois partis notoirement corrompus mais fermement opposés au projet réformateur d’AMLO – Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), Parti d’action nationale (PAN) et Parti de la révolution démocratique (PRD) – se sont coalisés dans le cadre du projet « Oui pour le Mexique » dirigé par l’homme d’affaires Claudio González Guajardo, président de MCCI de 2016 à juillet 2020 [27]. Ce dernier a depuis été remplacé à la tête de l’ONG par María Amparo Casar Pérez, coordinatrice des conseillers du ministère de l’Intérieur du gouvernement du néolibéral Vicente Fox (2000-2006) [28].
Les accusations de longue date d’AMLO selon lesquelles diverses agences étrangères tentent de saper son gouvernement ont abouti à une note diplomatique envoyée en mai à l’ambassade des Etats-Unis au Mexique. S’exprimant lors d’une conférence de presse, López Obrador a accusé le gouvernement américain d’ « un acte d’interventionnisme qui viole notre souveraineté ».
Ainsi donc, le Nicaragua serait une dictature, si l’on en croit l’appareil de propagande « yankee ». Pourtant, à y bien regarder, Ortega n’a pas tort lorsqu’il interpelle Washington et la légion des hypocrites qui s’acharnent sur son pays.
Répression illégitime en 2018 ? « Le FBI a une très bonne mémoire et le bras long », assénait le 13 janvier 2021 le porte-parole du Bureau fédéral d’Investigation, Steven D’Antuono, lors d’une conférence de presse tenue conjointement avec le procureur de Washington. Le message s’adressait aux participants pro-Trump de l’invasion du Capitole, que les autorités commençaient à identifier un par un grâce aux photos et aux vidéos. Quelque 465 personnes seront inculpées ultérieurement par le Tribunal fédéral de district de Washington ; plus de 200 l’ont été pour infractions mineures (« trouble à l’ordre public », « soutien passif ») et ont été pour l’heure libérées sous caution ; plus de 130 autres, sous le coup de chefs d’accusation plus graves – « agression », « extrême violence », « possession illégale d’arme à feu » – sont passibles de 20 ans de prison. La quarantaine de manifestants entrés au Capitole en portant une arme mortelle ou dangereuse encourent, selon le ministère de la Justice, jusqu’à 10 ans d’incarcération [29].
D’ailleurs… La doctrine méritant de s’appliquer outre-frontières, le porte-parole adjoint du Département d’Etat a très récemment publié un communiqué explicite sur le sujet : « La violence et le vandalisme sont un abus [du] droit de manifester pacifiquement. » Il est vrai qu’il évoquait la Colombie et son mouvement social violemment réprimé (plus de 70 morts) par l’ « ami » de droite radicale Iván Duque.
Dès le vote de la Loi 1040 dite « Loi de régulation des agents étrangers » au Nicaragua, le Département d’Etat américain a émis un communiqué assurant que cette « loi autoritaire » menaçait la démocratie. Curieux… Les Etats-Unis abritent certes de nombreuses ONG nationales et étrangères, parfois financées sans limite ni restriction par des gouvernements ou partis politiques étrangers, mais à une condition : qu’elles s’enregistrent en tant… qu’ « agent étranger » auprès du ministère de la Justice, remplissent des déclarations fiscales et se conforment à la législation prévue par le Foreign Agents Registration Act (FARA). Celui-ci exige que les personnes agissant en tant qu’agents de mandants étrangers « divulguent périodiquement au public leur relation avec le mandant étranger, ainsi que les activités, les recettes et les déboursements à l’appui de ces activités. » L’objectif principal de la loi est de promouvoir « la transparence en ce qui concerne l’influence étrangère aux Etats-Unis » et de permettre « que le public américain et ses législateurs connaissent la source de certaines informations destinées à influencer l’opinion publique, la politique et les lois des Etats-Unis, facilitant ainsi une évaluation éclairée de ces informations par le gouvernement et le peuple américain [30] ». Bien entendu, rajoute le texte officiel, « les lois qui sont généralement applicables à tous les Américains peuvent s’appliquer aux ONG, telles que les restrictions sur la réception de contributions d’une organisation terroriste. Il existe également des restrictions sur le soutien financier direct des candidats politiques par des personnes étrangères. »
Somme toute, la seule différence entre le Nicaragua et les Etats-Unis, est qu’ici on évoque la « Loi 1040 » et là le « FARA »…
Au sein de la Division de la Sécurité nationale du Département de la Justice, une Unité FARA est responsable de l’administration et de l’application de la législation. Pour ce faire, elle identifie les violations, examine les dossiers pour détecter les lacunes et inspecte les livres et registres des déclarants. Un non respect délibéré du FARA entraîne une peine de prison pouvant atteindre cinq ans, une amende pouvant allant jusqu’à 250 000 dollars, ou les deux [31].
Treize pays de l’Union européenne disposent de lois concernant le financement politique étranger. En Suède, recevoir de l’argent d’une puissance extérieure ou d’une personne agissant en son nom est une infraction pénale si l’objectif est d’influencer l’opinion publique sur des questions relatives au gouvernement du pays ou à la sécurité nationale [32]. En Italie, le fait de recevoir de tels fonds pour mener des activités politiques nationales est passible de sanctions ne pouvant être inférieures à 10 ans d’emprisonnement (articles 243 et 246 du code pénal).
Juste pour rire : un citoyen américain pourrait-il, comme au Nicaragua (et au Venezuela), sans désagrément aucun, demander à une puissance étrangère d’imposer des sanctions à son pays, ou même réclamer et militer activement pour une invasion militaire ? Les articles 2381 à 2390 de l’United States Federal Sentencing Guidelines (USGG ; directives de condamnation des Etats-Unis), contiennent les définitions et les sanctions relatives aux crimes de trahison, d’incitation à la trahison, de rébellion ou d’insurrection, de conspiration séditieuse, d’incitation au renversement du gouvernement, d’enregistrement d’organisations étrangères, etc. Tous ces crimes font l’objet de poursuites au niveau fédéral et, en fonction de leur gravité, peuvent entraîner des peines d’amendes, d’interdiction de se présenter à des élections, d’emprisonnement ou de mort. Qu’on se rassure… On ne réclame ici la chambre à gaz pour personne ! A Managua non plus. La Constitution de la République entrée en vigueur le 9 janvier1987, sous le gouvernement sandiniste de Daniel Ortega, précise dans son article 23 : « La peine de mort n’existe pas au Nicaragua. » Les barbares ne sont pas ceux qu’on croit.
Coopération espagnole
Après avoir reçu les directeurs du Centre nicaraguayen des droits de l’Homme (Cenidh) et de l’IEEPP, qui venaient de se voir ôter leur personnalité juridique, le Quai d’Orsay, le 13 décembre 2018, réitérait sa « vive préoccupation face à la dégradation de la situation des droits de l’Homme au Nicaragua ». Le 16 juillet précédent, il avait appelé les autorités de Managua à « cesser leur répression ». Le gouvernement français aime bien donner des leçons. Quitte à perdre la mémoire. Si prompt à condamner le gouvernement sandiniste, il semblait avoir oublié l’épisode des Gilets jaunes : 12 107 interpellations, 10 718 gardes à vue, 3 100 condamnations dont 400 peines de quelques mois à trois ans de prison, avec mandat de dépôt (incarcération immédiate) [33].
En demandant « la libération immédiate de Mme Cristiana Chamorro », en mêlant sa voix à celle de l’Espagne en particulier et de l’UE en général pour condamner, entre autres, les lois « liberticides » sur la cyber-sécurité – « Loi Poutine », d’après le Financial Time – et sur « les agents étrangers », Paris persiste et signe. Amusant ! Dans une « Tribune pour l’Europe » publiée le 5 mars 2019 dans plusieurs quotidiens européens, le président Emmanuel Macron proposait « que soit créée une Agence européenne de protection des démocraties qui fournira des experts européens à chaque Etat membre pour protéger son processus électoral contre les cyber-attaques et les manipulations. Dans cet esprit d’indépendance, nous devons aussi interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères ».
Dans le même esprit, à la tête du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), Stéphane Bouillon a annoncé, le 2 juin 2021, qu’il a l’intention de mettre sur pied, dès la rentrée de septembre, un service à compétence nationale chargé de traquer les ingérences étrangères dans le domaine de l’information. « Il ne s’agit pas de faire du renseignement, a-t-il précisé, mais d’identifier ce qui est en train de devenir pandémique sur le plan informationnel et si cela émane d’un pays étranger ou d’une organisation étrangère, qui visent à déstabiliser l’Etat sur le plan politique [34] ».
Quelques temps auparavant (septembre 2020), Raphaël Glucksmann, l’homme qui, modestement, à la tête de son groupuscule Place publique (proche du Parti socialiste), veut « refonder la gauche » française sur une base « européiste » et « otanesque », a pris la tête d’une Commission spéciale de l’Euro-parlement sur « l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne, y compris la désinformation ». Avec pour objectif d’« évaluer le niveau des menaces, qu’il s’agisse des campagnes de désinformation, du financement des partis ou campagnes politiques, ou des attaques hybrides », celle-ci devra « examiner la transparence du financement des partis et des campagnes, vérifier les actions et les règles nationalesainsi que les influences extérieures à travers des entreprises, des ONG ou des technologies ». Commentant sa désignation, Glucksmann a souligné : « L’ère de la naïveté européenne est terminée. »
Qu’on ne s’en étonne pas : celle du Nicaragua aussi.
Illustration : Cristiana Chamorro – La Voix des Amériques (capture d’écran)
[2] Fruto Chamorro Pérez (1854-1855), Pedro Joaquín Chamorro Alfaro (1875-1879), Emiliano Chamorro Vargas (1917-1921), Diego Manuel Chamorro Bolaños (1921-1923) et enfin Violeta Barrios de Chamorro (1990-1996).
[3] Bleu et blanc : couleurs du drapeau nicaraguayen.
[4] En espagnol, « paro » signifie « grève ». Mais, comme en Colombie ces dernières semaines, le concept dépasse très largement une interruption de l’activité salariale (d’autant que le secteur informel regroupe la majorité des travailleurs). Il s’agit d’une paralysie du pays par les secteurs contestataires les plus divers de la société.
[5] Contre-révolutionnaires qui, entraînés, équipés et financés par Washington ont affronté militairement la révolution sandiniste pendant toutes les années 1980.
[11] Dans le New York Times du 1er juin 1986, le premier président de la NED, Carl Gershman, a expliqué sans détour : « Il serait terrible pour les groupes démocratiques du monde entier d’être vus comme subventionnés par la CIA. C’est parce que nous n’avons pas pu continuer à le faire que la Fondation a été créée. »
Un cinquième des maisons de retraites privées fonctionnent sans autorisation en Grèce. L’absence d’un véritable système de contrôle, à laquelle s’ajoutent les restrictions dues au Covid, a transformé certaines d’entre elles en mouroirs à ciel ouvert. Deuxième épisode de notre série.
Ce matin-là, Manolis Hourdakis est réveillé par un étrange coup de téléphone de la police municipale. Les officiers de Chania – ville au nord-ouest de la Crète – lui demandent la permission d’exhumer le corps de sa mère décédée un an plus tôt, en avril 2020.
La requête n’est pas commune mais elle fait suite, précisent les agents, à des témoignages recueillis au sein même de la maison de retraite où elle a terminé ses jours. Des résidents ont affirmé que sa mère n’était pas morte d’un arrêt cardiaque, contrairement à l’indication de son certificat de décès.
Ce type de procédure est toujours douloureux pour un proche, mais Manolis, rationnel instructeur à l’académie navale, accepte. Au fond, il a toujours eu le sentiment que quelque chose ne collait pas. Pendant les funérailles, il lui avait semblé apercevoir une marque sur le visage de sa mère, dissimulée par une épaisse couche de maquillage. Ses bras étaient aussi couverts de bleus et ses poignets bandés. Mais la tristesse l’avait emporté et sa famille l’avait enterrée sans poser de questions.
La police procède donc à l’excavation et, quelques semaines plus tard, le résultat de l’autopsie tombe comme un couperet : sa mère a été victime d’une mort violente, plus douloureuse encore que celle imaginée par son fils.
Plus injuste encore : tout porte à croire que les responsabilités sont à chercher au sein même de sa maison de retraite, où, lui, son fils l’avait placée. Un Ehpad vendu comme un petit paradis mais que les mesures de restriction Covid, ajoutées aux contrôles défaillants dans le pays, ont changé en un véritable mouroir. Pour sa mère et des dizaines d’autres résidents.
De saisonnier à infirmier
Dimitris Mavrakakis, 27 ans, est lui aussi crétois. Calme, les cheveux châtain clair, il est originaire de Platinias, un petit village bordé d’oliviers et d’une mer turquoise, juste à la sortie de Chania. Un village vivant du tourisme et des centaines de voyageurs britanniques qui y posent leurs valises chaque année.
Mais au cœur de la pandémie, au début du printemps 2020, alors que le secteur hôtelier navigue en pleine incertitude, Dimitris ne trouve plus d’emploi. Le saisonnier cherche désespérément quand il tombe sur une annonce pour un « job » dans une maison de retraite au nom prometteur, Aghia Skepi (« Saint Toit protecteur »).
La maison moderne est posée au sommet d’une colline verdoyante d’où l’on peut apercevoir la mer. Un petit paradis de tranquillité, à l’extérieur des bruits de Chania. Le saisonnier n’y connaît rien, mais l’annonce est claire, selon lui : aucune qualification ni expérience préalable n’était requise pour candidater.
Il commence par un poste d’assistant infirmier. Il n’a pas de formation médicale, mais après tout, seuls deux infirmiers sur dix sont réellement diplômés. Les autres « soignants » viennent en réalité de l’hôtellerie et du bâtiment.
In fine, Dimitris tient six mois à Aghia Skepi. Traumatisé par ce qu’il y a vu, il change radicalement de carrière et devient lanceur d’alerte. Car le saisonnier devenu infirmier refuse de garder le silence.
Des patient·e·s attaché·e·s à leurs lits
Dimitris Mavrakakis était là le jour de l’accident de la mère de Manolis. Selon lui, elle n’est pas décédée brutalement d’une crise cardiaque, mais elle « est tombée de son lit et s’est blessée à la tête ».
Son témoignage semble confirmé par l’autopsie : au moment de sa mort, « elle avait sur l’arrière de la tête une blessure de l’épaisseur d’un doigt », nous dit son fils. Pire : l’analyse précise qu’après sa chute, sa mère a été laissée sans soins, à l’agonie, trois jours durant.
Amer, Dimitris se rappelle les promesses que les gérants de cet Ehpad privé lui avaient faites. Le fils avait été rassuré, lui qui avait longtemps refusé de la confier à une institution.
Le rapport d’autopsie explique également que les stries sur ses poignets – cachées par les bandages au moment des funérailles – sont dues au fait qu’elle a été attachée à son lit « pendant une longue période ». Et d’après trois anciennes infirmières interrogées par Investigate Europe (collectif de journalistes partenaire de Mediapart), de nombreux patients « ont été enchaînés à leurs lits », « nuit et jour pour certains ».
Dimitris précise que les résidents les plus « problématiques » étaient installés au sous-sol, loin des yeux et des oreilles des visiteurs. L’un d’entre eux avait même été mis à part, attaché dans la buanderie. À en croire les trois anciennes d’Aghia Skepi, seule une employée était de garde pendant les nuits dans cet Ehpad paradisiaque, pour réduire les coûts au maximum. Elle devait s’occuper de 65 patients, dont 90 % souffrent de démence.
Les serviettes et rasoirs « pouvaient servir à plusieurs résidents d’affilée », racontent-elles, et les repas étaient si peu copieux que les personnes âgées « perdaient beaucoup de poids dès les premières semaines de leur arrivée ». Enfin, toujours d’après ces anciennes employées qui ont témoigné auprès de la police (pour deux d’entre elles), il n’était pas rare que les objets de valeur soient retirés des doigts et des cous par des cadres de l’Ehpad, qui déploraient ensuite leurs « pertes » auprès des familles.
Soixante-quatre morts en 2020
Au printemps 2021, l’affaire est révélée par la presse locale. Les articles ne parlent pas de la mère de Manolis mais d’une autre victime, le père d’une avocate locale qui a décidé de poursuivre Aghia Skepi pour négligence. La police lance l’enquête.
Les agents, grâce aux employé·e·s, découvrent rapidement l’étendue de l’horreur. C’est d’ailleurs à ce moment-là que la police contacte Manolis pour lui demander l’autorisation d’exhumer. Sa mère fait partie des... 64 résidents décédés à Aghia Skepi en 2020. Même en pleine pandémie, le taux de mortalité est considéré comme anormalement élevé. Chaque mort – dont les certificats de décès mentionnaient « arrêt cardiaque » – fait l’objet d’une enquête par les policiers.
La direction d’Aghia Skepi a refusé de nous répondre mais s’est déjà défendue ailleurs, disant que rien « de condamnable » ne s’était passé dans son établissement. Son argument ? Mille personnes ont été hébergées ici, depuis son ouverture en 2009, sans le moindre problème.
Mille, vraiment ? Les documents que nous avons consultés montrent pourtant que l’Ehpad n’a l’autorisation d’accueillir que « 46 personnes ». Pour la période précédente (2011-2019), il ne pouvait en héberger que 16. Pire : entre 2009 et 2011, Aghia Skepi était sous le coup d’une interdiction de fonctionner. Et pour cause : une inspection avait ordonné la fermeture et l’évacuation immédiate de l’établissement.
L’évacuation, cependant, n’a jamais eu lieu et de nouveaux pensionnaires sont même venus grossir les rangs d’Aghia Skepi, comme le signale un courrier de la région de Chania au procureur – que nous nous sommes procuré. Dix ans plus tard, le courrier est resté lettre morte. Une décennie d’illégalité. Cela paraît incroyable, pourtant le cas d’Aghia Skepi n’est pas isolé en Grèce.
Il existe environ 300 maisons de retraite aujourd’hui dans le pays, dont la moitié à Athènes, la capitale. On estime que la première moitié est rattachée à l’Église grecque orthodoxe, tandis que l’autre est constituée d’Ehpad à but lucratif.
La plupart de ces établissements privés sont des structures familiales, de petite taille. Et au moins un cinquième de ces sociétés familiales opèreraient sans permis, d’après la PEMFI, l’association des Ephad grecque. « Malheureusement, une des principales défaillances du système grec est l’existence de ces Ehpad illégaux, regrette Stelios Prosalikas, président de l’association. Quand quelqu’un en ouvre un, l’État n’a aucune capacité de le fermer, parce qu’ils ne savent pas où replacer les personnes. C’est une honte. »
Une pénurie d’Ehpad
Cette situation ubuesque est d’ailleurs favorisée par la législation, qui permet aux maisons de retraite de commencer à accueillir des pensionnaires dès qu’elles ont déposé leur demande de licence..., plutôt qu’après l’avoir obtenue. En 2007, une loi a été votée, donnant un an de délai aux maisons de retraite opérant illégalement pour se mettre en règle. Mais, aveu d’échec, ce délai a été prolongé tous les ans jusqu’à aujourd’hui, ce qui a permis à des dizaines d’établissements de proliférer en toute illégalité.
Avant que Manolis ne fasse admettre sa mère à Aghia Skepi, il avait fait le tour des maisons de la région pour lui trouver une place, mais les listes d’attente couraient sur trois ans et plus. En Grèce, la pénurie est si importante qu’elle permet aux pires de ces vendeurs de lits de proliférer. Et pour ne rien arranger, une partie des Ehpad à but lucratif se font rétribuer au noir pour éviter de payer la TVA.
Dimitrios Shistohilis, représentant de plusieurs multinationales européennes qui cherchent à se développer en Grèce, a dû se rendre à l’évidence : « Aucun des rapports financiers [qu’il a] consultés n’était digne de confiance. » Le consultant vient pourtant de passer près d’un an et demi à évaluer des maisons de retraite pour voir lesquelles pouvaient être rachetées par le groupe privé français Orpea. Bilan : aucune.
« Le problème est si généralisé, nous confie-t-il, qu’après avoir lu mon rapport, mes clientes, les multinationales, ont préféré construire de nouveaux établissements, plutôt que de racheter ceux qui existaient déjà. »
Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.
C’est officiel, les États-Unis et leurs alliés engagés dans une coalition militaire en Afghanistan vont quitter le pays. La plus longue intervention à l’étranger qui a duré une vingtaine d’années va ainsi prendre fin dans des conditions d’un enlisement peu glorieux et sans que ses objectifs ne soient atteints. Cette guerre commencée en 2001 au lendemain des attentats du 11 septembre ouvrit la stratégie de l’antiterrorisme pour renverser les taliban alors au pouvoir à Kaboul et réduire leurs protégés d’El Qaïda et va se conclure par un échec cinglant puisque les taliban sont de retour et déjà aux portes du pouvoir.
La guerre ingagnable de l’OTAN et de ses alliés
L’OTAN, bien vite adoubée par l’ONU et renforcée de quelques pays alliés, aura été le vecteur d’une intervention hors de l’espace euro atlantique, dans l’esprit des nouvelles orientations définies lors de son Sommet du cinquantenaire de 1999. C’est cette prétention à jouer le rôle de gendarme du monde qui s’effondre aujourd’hui. En réalité cette issue était attendue depuis déjà dix ans puisqu’Obama avait décidé, après dix ans de guerre, d’un retrait non négocié des troupes engagées sur place. À partir de 2011 les taliban savent que les Américains vont partir. Ils n’ont plus qu’à attendre et à assister à l’échec des efforts d’une construction d’un État « moderne et démocratique » par les intervenants extérieurs. Car le modèle subliminal des Occidentaux renvoie à l’issue de la Seconde Guerre mondiale lorsqu’il s’agit de reconstruire l’Allemagne après son effondrement. Mais l’Afghanistan n’est pas l’Allemagne et les islamistes radicaux n’ont jamais été mis en déroute, se sont reconstitués, ont pris appui sur le Pakistan voisin et ont essaimé dans de larges régions du monde.
Cette guerre a eu un coût énorme, pour l’Afghanistan d’abord qui connaît là sa deuxième guerre, après celle contre les Soviétiques de 1979 à 1989, puis la guerre civile qui vit les taliban l’emporter sur les « Seigneurs de guerre » et imposer leur chape de plomb sur le pays. Bref un pays en guerre depuis quarante ans. Son coût sur l’ordre international n’a pas été moindre. Après avoir humilié Moscou et contribué fortement à son effondrement, puis dopé l’islamisme radical en envoyant ses « Afghans internationalistes » sur différents terrains de luttes, ce petit pays, en passe d’infliger une défaite militaire à la coalition emportée par l’OTAN aura également contribué à façonner les traits majeurs du XXI° siècle. La population civile a terriblement souffert. Plus de 100 000 morts selon les Nations unies, des milliers de bombes déversées, une société plus corrompue que jamais, une culture et un trafic de drogue florissant alimentant 80 % du marché mondial d’opium, sans compter les morts indirectes de pauvreté et maladies causées par le conflit et l’absence d’un véritable État, jamais construit.
Le coût fut redoutable également pour les États-Unis. D’abord en terme humain, puisqu’on estime les pertes à près de 3000 soldats auxquels il convient de rajouter environ 4000 « contractors » – mercenaires des sociétés militaires privées –, 20 000 blessés graves et des pertes évaluées à 60 000 soldats dans les rangs gouvernementaux. La dépense engendrée se monte à près de 3000 milliards de dollars en ajoutant opérations guerrières, entraînement et aide économique souvent détournée. Un gâchis total.
Des enjeux qui dépassent le pays
Cette guerre, dont l’enjeu international dépassait largement le territoire afghan, n’a jamais été populaire aux États-Unis, sauf dans l’immédiat après-11 septembre. Mais pourtant, elle n’a pas suscité de fortes mobilisations internationales qui pourraient rappeler l’ampleur des grandes campagnes contre les guerres d’Algérie, du Vietnam ou plus récemment contre l’invasion de l’Irak, sans évoquer les solidarités aux causes emblématiques du peuple palestinien ou des luttes antiapartheid le l’Afrique du Sud. Ce qui a manqué, au-delà des traits détestables du régime de Kaboul, c’est l’existence de forces politiques et sociales avec lesquelles un partage de valeurs puisse se construire et auteur desquelles organiser une solidarité internationaliste. Car l’alternative au régime actuel soutenu par les Américains se présente déjà depuis longtemps sous les traits d’un retour des taliban, certes délestés de leurs protégés, les taliban.
Cette guerre a été menée dans des conditions d’un aveuglement total. Les Américains ont refusé – confortés par beaucoup de think tanks sans grande légitimité – de voir la progression des taliban forts de quelques dizaines de milliers d’hommes, de leur structuration en parti politique national, doté d’une direction et d’un chef, de l’appui apporté par le Pakistan pays allié des États-Unis et d’imaginer qu’il pouvait y avoir chez ce peuple une attente d’État à même de satisfaire aux besoins les plus essentiels, en termes de santé, d’éducation, de logement, de sécurité… Faute de s’atteler à la construction d’un tel État, le gouvernement en place a été court-circuité par des organismes internationaux donateurs d’aide étrangère sans connaissance du terrain et animés par des logiques bureaucratiques à mille lieues des réalités, et aspirant souvent les élites du pays. Des bataillons d’anthropologues envoyés en reconnaissance auraient été plus utiles que des images satellites ou des drones préparant le travail des forces spéciales.
Car ce qui a manqué le plus à la coalition c’est la connaissance du tissu local social dont l’absence est le talon d’Achille des interventions militaires en terre étrangère. Ce terrain social a totalement été méconnu par les militaires, ainsi que les liens familiaux, religieux, économiques entretenus entre les différentes populations et entre celles-ci et les taliban. Les troupes coalisées ont combattu un ennemi dont elles ne connaissaient pas les modes de fonctionnement, mais qui possédait l’avantage de la maîtrise du terrain et avait su de longue date infiltrer les institutions du pays.
Après 20 ans d’une coalition de l’OTAN, les résultats sont décevants. Le régime a certes était défait comme celui de Saddam Hussein ultérieurement, les groupes d’El Qaïda dispersés et réduits considérablement, mais les taliban prenant appui sur le Pakistan sanctuarisé sont aujourd’hui de retour et au bord du pouvoir. Ils multiplient les attentats et le pays n’a jamais été véritablement pacifié. La corruption s’est généralisée empêchant la reconstruction d’un État contourné par l’aide internationale, les ONG, et les différents opérateurs du développement. Les « Seigneurs de guerre » et le tribalisme se sont multipliés. La coalition s’est bunkerisée en enclaves ultra sécurisées et coupées de la population.
Mais surtout les conditions du départ ont été menées de façon maladroite à l’initiative de Trump, puis par Biden, par contact direct avec les taliban, en passant par-dessus la tête du gouvernement afghan, considéré comme partie mineure. Le seul souci des États-Unis étant qu’un régime sous la férule des taliban ne redevienne pas un sanctuaire pour des groupes terroristes. Seul cet engagement les intéresse. Les taliban ne sont pas en recherche de négociations inter-afghanes avec le régime actuel de Kaboul dont le monde pressent la fin. Ils n’ont plus rien à négocier avec personne, le départ des troupes étrangères étant déjà acquis. Ils se préparent à la séquence suivante : investir Kaboul et défaire le régime en place, quitte à initier une nouvelle guerre civile. Le retrait a déjà commencé. La grande base militaire de Kandahar, construite par les Soviétiques et située dans le sud du pays dans une zone à forte présence talibane, a été évacuée nuitamment en catimini sans concertation avec l’armée afghane, et ne laissant en service que la base de Bagram près de Kaboul comme tête de pont. La Maison Blanche annonce que l’armée américaine possède la capacité en ouvrant de nouvelles bases militaires dans des pays frontaliers – en Ouzbékistan et au Tadjikistan – de disposer de moyens de surveillance, voire d’intervention, pour empêcher tout retour en force d’Al-Qaida dans cette région. Même intention annoncée par Macron à propos de l’opération Barkhane. Faute de pouvoir rester sur le terrain, on déplace quelques moyens engagés en prétendant avoir la maîtrise de la suite des événements. Les Alliés de la coalition ont compris le sens de ces discours. La France a décidé d’accorder l’asile politique aux centaines d’Afghans ayant travaillé pour elle, évidemment sans consultation des autorités du pays et témoignant ainsi de son pessimisme sur la capacité du régime à se maintenir en place bien longtemps.
Cette guerre afghane dépasse par sa portée le territoire de ce petit pays. Elle est emblématique des conflits asymétriques qui ont surgi à travers le monde et qui se transforment en guerre sans fin, dont les objectifs s’érodent en cours de route. L’enlisement est au bout du chemin. Elle confirme qu’on ne peut imposer la démocratie ou les droits de l’homme souvent mobilisés par la force ou par décrets. La leçon devrait servir pour le Sahel.
Le « projet Pegasus », dévoilé par Forbidden Stories, Amnesty International et 17 médias internationaux met au jour un nouveau scandale de surveillance mondiale. Éclairage d’Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
NSO Group, la compagnie israélienne qui commercialise le logiciel espion Pegasus, le présente comme un outil utilisé pour la lutte contre le terrorisme et la criminalité. Pourtant, les révélations faites depuis le 18 juillet par le consortium Forbidden Stories et le Security Lab d’Amnesty International, en partenariat avec 17 médias internationaux, montrent une tout autre réalité, où tout le monde ne semble pas avoir la même définition des mots « terroriste » et « criminel ».
Le logiciel espion permet de contrôler un smartphone à distance sans la moindre manipulation de l’utilisateur. Pour accéder au téléphone ciblé, nul besoin de cliquer sur un lien ou d’ouvrir un document, chose qui rend difficile toute suspicion d’infiltration. Une fois introduit, Pegasus permet un accès total au téléphone, des échanges de messages à l’activation à distance du microphone et de la caméra.
Une atteinte à la vie privée et aux libertés individuelles aux conséquences parfois tragiques. Les révélations du « Projet Pegasus » mettent, par exemple, en lumière, de potentiels liens entre l’utilisation du logiciel espion par l’Arabie saoudite et l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en Turquie en 2018. Les téléphones de ses proches étaient infectés par le logiciel. Le journaliste mexicain Cecilio Pineda était lui aussi ciblé par Pegasus quelques jours avant son assassinat.
Cette affaire n’a donc rien d’une simple écoute téléphonique ou d’un petit piratage de messagerie. Entretien avec Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International et ancienne rapporteuse spéciale de l’Organisation des Nations unies. Elle a notamment enquêté sur l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et a elle-même reçu des menaces des autorités d’Arabie saoudite.
Huit ans après les révélations d’Edward Snowden sur les agissements de la NSA, le projet Pegasus dévoile un nouveau scandale mondial de surveillance. Onze États ont eu recours à ce logiciel israélien commercialisé par le groupe NSO, pour espionner une liste de 50 000 numéros de téléphone à travers le monde. Parmi les cibles, beaucoup d’activistes, de journalistes, de militants et même des figures politiques. Quelle est la réaction d’Amnesty face à ces révélations ?
Agnès Callamard : Bien sûr, on aurait préféré que ce scandale n’existe pas. Mais vu que cela fait plusieurs années qu’Amnesty et d’autres organisations dénoncent les agissements de NSO et d’autres acteurs de l’industrie de surveillance, pour nous, un tel scandale, d’une échelle planétaire, est le bienvenu. Parce qu’il permet d’attirer l’attention sur ce problème et démontre vraiment l’étendue des dommages, des violations et des risques auxquels nous faisons face. Mais aussi à quel point personne n’est à l’abri de cette surveillance.
Ce qui est aussi intéressant dans ces révélations, c’est que les personnes touchées ont des profils très variés. On a au moins 180 journalistes, des défenseurs, des activistes, des politiciens eux-mêmes, des membres du gouvernement, dont dix premiers ministres, deux présidents et un roi, qui ont été mis sous surveillance. Et ça s’étend aussi aux proches de ces cibles, aux membres de leurs familles.
La surveillance est une violation du droit à la vie privée. Mais dans le cas de Pegasus, ça ne s’arrête pas là. Vu les profils des personnes espionnées, il s’agit aussi de violations de la liberté d’expression, de la liberté de la presse, de la liberté d’informer et de violation potentielle de l’État de droit. Finalement, le projet Pegasus trahit une violation des principes démocratiques. Parce que quand des membres de l’opposition sont placés sous surveillance, quand même, ça questionne.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, nous avons aussi potentiellement une menace à la paix. Lorsqu’un État, n’importe lequel, surveille un individu aussi haut placé qu’un premier ministre d’un autre État, on entre quand même dans des dynamiques assez agressives. Ce logiciel espion est une menace à grande échelle.
Le Security Lab d’Amnesty International a joué un rôle essentiel dans cette enquête. Pouvez-vous nous en dire plus sur la manière dont vous avez travaillé ?
Mes collègues qui travaillent depuis plusieurs années sur les logiciels espions ont développé une méthodologie et une connaissance approfondies. Ça leur a permis de faire des études poussées sur des téléphones et de déterminer si l’appareil a été compromis ou pas. Ils savent maintenant quelles sont les preuves.
Le rôle de mes collègues a été, dans la mesure du possible, et en partenariat avec les journalistes du consortium, de se mettre en contact avec les cibles potentielles dont les numéros étaient sur cette liste de 50 000 numéros, et d’examiner leurs téléphones. Ensuite, l’équipe est capable de déterminer les moments du piratage d’une manière assez précise.
La société NSO affirme vendre son logiciel uniquement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Que révèle un nombre aussi élevé de journalistes espionnés par ce même logiciel ?
Ce que ça met en valeur, c’est le fonctionnement du pouvoir et ses dérives. Le fait que des individus qui ont accès à cette arme peuvent la mettre en œuvre à tout moment trahit aussi l’absence de régulation de ces technologies de surveillance.
Des centaines de personnes peuvent utiliser cette arme sans qu’il y ait eu un accord de principe d’un juge, ou d’une autre institution qui scrute. Par exemple, quand des policiers veulent mettre un individu sous surveillance, il y a un processus à suivre, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Là, ce que l’on découvre, c’est qu’en termes de législation, dans la plupart des pays, y compris les pays démocratiques, la surveillance est très mal encadrée. Il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine.
Ce sont des logiciels très mal encadrés. Très mal connus par le grand public mais aussi très mal connus par les parlementaires. J’espère au moins que ce scandale apportera une meilleure compréhension de la façon dont ils fonctionnent et démontrera que personne n’est à l’abri.
Selon vous, cette surveillance massive, dont les cibles sont aussi issues de la société civile, représente-t-elle aujourd’hui l’une des plus grandes menaces à travers le monde en matière d’atteinte aux libertés ?
La surveillance est une arme, et pas seulement pour les États répressifs. Dans la mesure où elle est utilisée pour déterminer les faits et gestes des journalistes et que, dans certains cas, les journalistes peuvent être assassinés, la surveillance n’est pas une chose anodine. En elle-même, c’est une violation de la vie privée, mais elle préfigure d’autres violations, y compris potentiellement celle d’ôter la vie.
J’ai beaucoup travaillé sur l’assassinat de Khashoggi. Lui, personnellement, on n’a jamais été en mesure de voir son téléphone, resté entre les mains des autorités turques, qui n’ont rien dit à ce sujet. En revanche, on sait que des proches de Jamal ont fait l’objet de surveillance et donc, ses communications à lui avec ces gens-là ont fait l’objet de surveillance, et il a été assassiné. On n’a pas les preuves de cause à effet entre la surveillance et le meurtre, mais il est possible tout de même de faire des liens. Les écoutes font partie de l’environnement de ce meurtre et en sont un aspect très important.
On sait aussi que le journaliste mexicain, Cecilio Pineda, était ciblé quelques semaines seulement avant son assassinat. Donc oui, pour moi, c’est une arme et une grande menace qui peut avoir de lourdes conséquences, dans la mesure où elle est utilisée contre la dignité, les droits humains, la démocratie. Elle peut être vraiment dangereuse.
Parmi les 11 pays clients de NSO, avez-vous été surprise par la présence de certains États ?
L’Inde, le Mexique et la Hongrie sont des États nominalement démocratiques. Mais en même temps, cela fait des années que l’on dénonce les débordements. Donc ce n’était pas énormément surprenant. La surveillance des journalistes en Hongrie est une source d’inquiétude qui s’ajoute à toutes les autres craintes que l’on a par rapport à ce régime et au fait que l’Union européenne n’a toujours pas agi pour régler cela. Le Rwanda est pays où la liberté de parole est extrêmement encadrée et où de nombreux activistes ont été réprimés. C’est un gouvernement qui met beaucoup l’accent sur le contrôle. Et dans le cas de l’Arabie saoudite, j’ai moi-même fait l’objet de menaces de la part des autorités saoudiennes quand j’enquêtais sur le meurtre de Jamal Khashoggi, même si mon téléphone n’a pas été ciblé. Voir que l’Arabie saoudite figurait parmi les clients de NSO ne m’a absolument pas surprise. C’est plutôt l’inverse qui m’aurait étonnée.
Le Maroc a, dans ses cibles, 10 000 numéros de téléphone à lui seul, dont ceux de journalistes et d’activistes. Comment est la relation entre Amnesty International, qui défend les droits humains, et le royaume chérifien ?
Le nombre de personnes ciblées par le Maroc est édifiant. Mais c’est un peu difficile d’en parler parce que nos collègues au Maroc pourraient avoir des soucis. Ce que je peux dire, c’est qu’il y a quelques années déjà, Amnesty avait dénoncé le piratage du journaliste Omar Radi, qui a d’ailleurs été puni de six ans d’emprisonnement cette semaine. On en avait fait part à NSO, qui n’avait pas accordé d’attention à nos allégations puisque, de toute évidence, le Maroc fait partie de ses clients.
Qu’est-ce qui pourrait mettre fin à ces dérives de la part de ces États répressifs ?
Ce qu’il faudrait, c’est un moratoire. Parce que cette industrie est incontrôlable et qu’on n’a pas encore les outils pour l’encadrer. La première chose à faire est donc d’interdire qu’elle soit exportée. Je veux bien reconnaître que cela risque de poser problème dans la lutte contre la criminalité, mais je pense que c’est un problème qui peut être pris en charge rapidement. Si on développe les méthodes qui permettent de s’assurer que la vente et l’exportation de ces outils deviennent soumises à des critères suffisamment forts, avec une surveillance juridique de la part des États qui exportent, le souci peut se régler.
On devrait aussi mettre en place des mécanismes qui permettent de démontrer que le logiciel, s’il est acquis, c’est pour la surveillance des criminels et des actes terroristes, et non pas à d’autres fins. Il y a urgence. Il faut s’équiper au plus vite de ces outils qui permettent de surveiller de près la mise en œuvre de ces logiciels. Je ne dis pas que c’est super facile. Mais on a quand même, au niveau de la communauté internationale, des règles pour la vente d’armes, pour les opérations de groupes privés de sécurité… Ce n’est pas la première fois qu’on doit faire face à quelque chose de ce type. On ne s’est juste pas donné les moyens d’encadrer cette industrie de la surveillance.
Les révélations internationales sur l’usage par 11 États du logiciel israélien Pegasus n’ont pas suscité de vives condamnations de la classe politique française. Bien que le pays soit directement visé, peu de voix se sont élevées pour réclamer des sanctions à l’égard des États mis en cause. Vous attendiez-vous à cela ?
La réponse du gouvernement français a été assez timide. D’un autre côté, ce n’est pas tellement en son honneur. Étant donné qu’ils ont été piratés de cette façon, ils ne vont pas s’en vanter. Par contre, j’espère qu’ils vont être prêts à prendre les initiatives demandées à l’échelle internationale pour que cette industrie fasse l’objet de contraintes, et que ce ne soit plus le Far West où rien n’est interdit.
Concernant NSO, quelles réponses attendez-vous ?
Les onze clients sont des pays qui ont violé les termes d’exploitation de ce logiciel espion. NSO devrait donc mettre fin immédiatement à l’utilisation. Elle a les moyens d’arrêter les services qu’elle apporte à ses clients, elle devrait le faire de manière immédiate.
NSO devrait aussi indemniser les victimes car cette société est complice des agissements des États. Elle ne pouvait pas nier et dire qu’elle ne savait pas.
Par ailleurs, de toute évidence, le gouvernement israélien a échoué car c’est lui qui a accordé une licence d’exportation pour la technologie de cybersurveillance au groupe NSO. De toute évidence, il a manqué à ses obligations parce que les risques potentiels liés à l’utilisation de ce logiciel étaient importants. Il est bizarre qu’ils n’aient pas réalisé ça avant. Le gouvernement israélien se doit de revoir en profondeur son système de licences d’importation à cette industrie.
Le gouvernement britannique a commencé la privatisation des établissements pour personnes âgées dans les années 1980. Aujourd’hui, les sociétés privées tiennent 76 % du secteur. En particulier les fonds d’investissement, prêts à tout pour de généreux rendements.
«Je pense qu’il est mort car il a baissé les bras. Les soins qu’il recevait étaient tellement médiocres, c’était épouvantable. » Toujours en colère, Philip* raconte le chemin de croix de son oncle, qui a passé les neuf dernières années de sa vie dans quatre maisons de retraite, avant de décéder du Covid, en février 2021.
Philip « n’aurait même pas hébergé un chien » dans la première structure où son oncle a été accueilli en 2012. Quand il s’en est aperçu, le neveu a plié les bagages de son parent, direction une nouvelle maison qui lui avait promis une meilleure prise en charge. Nouvelle déception, nouveau déménagement, et ainsi de suite pendant près d’une décennie, jusqu’à sa mort.
Philip aurait voulu que les dernières années de son oncle soient plus paisibles. Mais dans chaque établissement, le même cauchemar se répétait. Désespéré, le neveu assistait partout à la même course contre la montre d’un personnel toujours dépassé, sous-payé et démotivé. Philip a eu beau signaler les dysfonctionnements graves qui se déroulaient dans ces Ehpad privés aux autorités, et même une fois à la police, ses multiples plaintes n’ont jamais été suivies d’effet.
Dans le dernier, celui où son oncle a vraisemblablement été contaminé par le Covid, la pénurie de personnel était si grave qu’il a dû lui-même lui porter assistance. Lors d’une visite, Philip s’était ainsi aperçu que son parent se trouvait « en état de déshydratation sévère ». Comme il n’y avait pas de soignant disponible, il avait dû s’installer auprès de lui pour s’assurer qu’il reçoive bien le liquide de réhydratation nécessaire… Trois jours durant.
Au Royaume-Uni, où plus de 42 000 résidents des Ehpad sont décédés pendant la pandémie, l’histoire de Philip est loin d’être isolée. La presse anglaise s’est largement fait l’écho de ces tragédies familiales, mais peu d’articles se sont penchés sur le processus de privatisation généralisée des maisons de retraite qui les a souvent permises.
Et pourtant, comme nous le dit Eileen Chubb, dirigeante de l’association caritative Compassion in Care, « c’était horrible mais ce n’était pas une surprise ». Cette ancienne aide-soignante sait de quoi elle parle, elle qui défend depuis plusieurs années les droits des résidents des Ehpad, « traités dans ce pays comme des citoyens de seconde zone ».
Outre-Manche, le marché des Ehpad est très fragmenté, « atomisé », dit-on, ce qui est rarement bon signe. C’est une jungle d’entreprises détenant chacune une petite part du marché et se livrant une concurrence acharnée. Au total, cette multitude de sociétés privées détient 76 % des Ehpad, les autres étant gérés par des collectivités locales et des associations.
Cette privatisation généralisée n’est pas unique en Europe mais elle est pourtant bien singulière, selon Bob Hudson, professeur à l’université du Kent et expert en politiques publiques. L’externalisation britannique s’est développée de manière particulièrement agressive et « sans aucun garde-fou », écrit-il pour la revue de la London School of Economics. Les conséquences de cette libéralisation sans limites sont désastreuses : la situation des Ehpad ne « répond plus aux normes ordinaires, que ce soit en matière de choix ou de contrôle des établissements ».
Le problème, c’est que lorsqu’on privatise, l’argent passe avant tout.
Peter Folkman (Manchester Business School)
L’histoire aurait pu s’écrire autrement, d’après un autre professeur anglais, Peter Folkman, de la Manchester Business School. Pour lui, cette privatisation commencée il y a une quarantaine d’années, comme dans tout le secteur de « l’aide sociale », n’avait pas que des mauvais côtés. « Les économies d’échelle et les bonnes techniques managériales » apportées par le privé ont permis aux entreprises de faire « plutôt du bon travail » dans un secteur qui était en décrépitude, nous dit-il. Seulement, même ce libéral en convient, la machine s’est emballée : « Le problème, c’est que lorsqu’on privatise, l’argent passe avant tout. »
La véritable « dégringolade » a commencé avec l’arrivée sur le marché britannique des fonds d’investissement, en particulier des fonds de pension, il y a quelques années, se rappelle John Spellar, ancien ministre et député du parti travailliste. De véritables machines de guerre de la réduction des coûts, qui garantissent à leurs investisseurs des retours importants sur leurs placements. Ces organismes de placement collectifs ont la part belle outre-Manche : un cinquième du secteur repose entre les mains des cinq plus grosses multinationales et trois d’entre elles sont financées par des fonds d’investissement.
Le débarquement des fonds a fait baisser « les standards de qualité des établissements », explique John Spellar. « Désormais, ces derniers ne se sentent plus tenus pour responsables de leur gestion et ruinent les conditions de travail des salariés. » Il en découle, d’après lui, « une crise de recrutement dans les Ehpad et un défaut de soins pour les résidents ».
Pourtant, le député ne regrette pas la privatisation et voit même les avantages d’une « véritable union avec le secteur privé qui propose un système qui fonctionne ». Mais il est désormais convaincu que les « spéculateurs » n’ont pas leur place dans les Ehpad. Tout simplement parce que le secteur, par essence, n’est pas adapté au fonctionnement de ces machines à cash.
Petits risques, gros retours
« La population est vieillissante et les subventions publiques sont garanties. Pour un investisseur, les risques sont faibles », analyse Vivek Kotecha, chercheur et auteur du livre Plugging the Leaks in the UK Home Care Industry (« Colmater les fuites dans le secteur du soin au Royaume-Uni », 2019). Seulement, dit-il, « les retours sur investissement y sont tout aussi faibles ».
Faibles, vraiment ? HC-One, leader du marché britannique, a versé la somme faramineuse de 48,5 millions de livres de dividendes à ses actionnaires ces deux dernières années.
Ces fonds d’investissement ont leur secret pour transformer le plomb en or : « La dette, dévoile Peter Folkman, le professeur de Manchester. Beaucoup de dette. » La seule manière d’obtenir de tels retours sur investissement dans le secteur des Ehpad, c’est de « rajouter une haute dose de risque financier à la transaction et donc de maximiser la dette ».
Tant que les prix du foncier restent élevés, que la population vieillit et que les subventions de l’État demeurent régulières, cette stratégie fonctionne. Mais il suffit qu’un caillou s’immisce dans les rouages pour que tout le système déraille. Car dans ce type de montage financier, la marge de manœuvre pour se retourner en cas d’imprévu est quasi nulle.
À quoi bon mettre plus d’argent dans un système qui ne fonctionne pas ?
John Spellar, ancien ministre travailliste
Ce fut le cas pendant la crise financière en 2008, poursuit Peter Folkman. Au Royaume-Uni, la politique d’austérité qui a suivi le marasme économique a poussé les collectivités locales à réduire l’enveloppe allouée aux maisons de retraite. Privés d’une partie importante de leurs ressources, des groupes comme Southern Cross ne pouvaient plus rembourser leurs dettes et ont fait faillite.
Avec ce système fondé sur la spéculation, comment garantir que demain, à l’occasion d’une réduction budgétaire plus importante, des dizaines de milliers de résidents d’Ehpad ne se retrouvent pas dehors, sans toit sur la tête ? Davantage d’argent public ? Mais « à quoi bon mettre plus d’argent dans un système qui ne fonctionne pas ?, interroge le travailliste John Spellar. Tout ce que ça fait, c’est de fournir encore plus de matière à spéculer à ceux-là même qui ont contribué à démembrer le secteur ».
Pour Matt Egan, du syndicat Unison, c’est tout le système qui est à repenser. « Ne citer que quelques mauvaises pratiques à la marge est une erreur, c’est tout le système qui a été monté de façon à encourager les mauvaises conditions de travail et une mauvaise qualité de soin pour les résidents. »
Aujourd’hui, la pagaille est telle que même certains représentants de fonds d’investissement du secteur appellent à davantage de régulation publique. À l’instar de John Moulton, fondateur de Better Capital, qui réclame la mise en place d’une « réglementation appropriée ». Celle-ci, dit-il, « vous garantit de meilleures chances de succès, car elle renforce le pouvoir du régulateur financier. Si les entreprises ne sont pas performantes, alors ce dernier peut intervenir, prendre le contrôle et mettre en place un redressement judiciaire ».
Mais en dépit de cette volonté partagée par plusieurs acteurs importants, les gouvernements qui se sont succédé ont fait le choix de ne pas s’attaquer à ce chantier titanesque. Y compris cette année, en dépit des 42 000 morts du Covid dans les Ehpad et malgré les promesses préélectorales de rigueur en cette période, le gouvernement n’a rien annoncé de concret. Même la reine n’a évoqué qu’une possible réforme, dans son dernier discours. On peut supposer que la question du financement retient tout ce beau monde de passer à l’action.
Les révélations de Forbidden Stories mettent les démocraties au défi de construire un cadre législatif pour prémunir les citoyens des logiciels espions, ces armes non conventionnelles. Le vide laissé par les États permet aux entreprises de prospérer en toute impunité.
Mata Hari ne porte plus de déshabillé en mousseline. Elle a désormais la froideur des outils numériques, s’infiltre dans les smartphones, aspire l’ensemble des données et prend le contrôle de leurs micros et de leurs caméras à l’insu de leurs propriétaires. L’affaire d’espionnage mondial Pegasus, un logiciel espion développé par la société israélienne NSO, a révélé comment les autocrates du monde entier surveillaient les chefs d’État, dont le président de la République Emmanuel Macron, les élus locaux, les journalistes, les avocats et les opposants.
En violation de la Convention européenne des droits de l’homme
La prolifération de ces armes non conventionnelles pose la question de la préservation du cadre démocratique et des libertés publiques déjà écornés depuis le 11 septembre 2001. Avant ceux de Madrid, Jakarta, Mumbai ou Paris, ces attentats avaient débouché sur une surveillance de masse des citoyens, pérennisée dans le temps au prétexte de lutte antiterroriste. Cette surveillance tient du projet de société : elle est rendue possible par le vide législatif qui, en violation de la Convention européenne des droits de l’homme, permet à ces technologies de prospérer. Toujours avec une longueur d’avance. Le seul contrôle des exportations paraît en effet dépassé face à l’industrie des logiciels malveillants.
C’est ce qui a permis à Mark Zuckerberg de se poser un temps en garant de la démocratie face aux accusations d’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016. Qu’importe que le patron de Facebook ait lui-même tenté d’utiliser une fonction de Pegasus plus performante que ses propres technologies pour siphonner les données des utilisateurs du système d’exploitation iOS d’Apple. Un outil redoutable au moment où les Gafam, s’ils ne constituaient qu’une seule et même entité, jouiraient d’une puissance économique supérieure à celle du Japon.
« Il faut interdire ce commerce, supprimer la motivation du profit pour ceux qui y participent. » EDWARD SNOWDEN, LANCEUR D'ALERTE
« Il devrait y avoir, selon moi, une responsabilité pénale pour toute implication dans ce marché. Il faut un moratoire global sur l’utilisation commerciale de ces outils. Il faut interdire ce commerce, supprimer la motivation du profit pour les gens qui participent à ça. Parce que le groupe NSO fermerait ses portes dès demain si ça ne lui rapportait plus rien, comme les autres compagnies de ce domaine », plaide Edward Snowden, accusé de haute trahison et contraint à l’exil après ses révélations sur le programme massif de surveillance de l’Agence nationale de la sécurité états-unienne (NSA) en 2013.
Ce dernier, qui compare ces technologies intrusives à des armes non conventionnelles, s’indigne de l’inaction des gouvernements. Pour protéger la démocratie et les libertés individuelles, certains parlementaires de gauche avancent, dans le même esprit, l’idée d’un traité international de non-prolifération de l’espionnage de masse. Dans le sillage de l’affaire Snowden, l’Assemblée générale des Nations unies avait adopté la résolution 68/167, sur le droit à la vie privée à l’ère du numérique, qui condamne « la surveillance ou l’interception de communication, y compris en dehors du territoire national, ainsi que la collecte des données personnelles, notamment à grande échelle ».
Un mécanisme d’évaluation classé secret d’État
Le recours à des virus espions soulève en outre un débat de souveraineté. En 2018, afin que les États reprennent la main, la France lançait un « appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace », qui, sans prévoir la moindre sanction, était pourtant loin de faire consensus. Des acteurs majeurs tels que les États-Unis, Israël, la Russie ou la Chine ne l’ont d’ailleurs pas ratifié.
En réalité, l’Organisation des Nations unies avait mis en place, dès 2004, un groupe d’experts gouvernementaux sur la cybersécurité, réuni seulement à cinq reprises. Et pour cause : après avoir conclu, en 2013, que le droit international était applicable au cyberespace, les négociations s’enlisaient quatre ans plus tard. De fait, personne ne plaide pour la transparence. En atteste la vente du logiciel Pegasus à des pays tiers grâce à l’aval d’une commission dirigée par le ministère israélien de la Défense et les services de renseignements extérieurs, le Mossad. Un mécanisme d’évaluation classé secret d’État.
Microsoft, qui a vu à maintes reprises ses failles de sécurité exploitées par les développeurs de logiciels malveillants, appelait, quant à lui, en février 2017, « à la signature d’une convention de Genève du numérique » et accusait les États d’être « responsables de la course au cyberarmement », rappelle Charles Thibout, chercheur à l’Iris. Une manière pour ces entreprises, historiquement liées à l’appareil d’État, au renseignement et à l’armée, de s’affranchir de toute légalité tout en consolidant leur puissance. Toujours selon Charles Thibout, cette absence de régulation « conduit les acteurs non étatiques à remplir le vide laissé par les États ». Jamais tranchée par le droit international, la question de la légalité de l’espionnage en temps de paix demeure un phénomène « extralégal » sur lequel prospèrent les Mata Hari 4.0.
« Des armes de guerre propres », selon Israël. Plusieurs salariés de NSO sont des vétérans de l’unité 8200, branche du service de renseignements militaire israélien. L’unité a créé sa première arme numérique en 2010 avec Stuxnet, virus d’une grande ingéniosité qui a permis de ralentir pendant des mois le programme nucléaire iranien en volant des plans, bloquant les centrifugeuses, reprogrammant les robots industriels… En 2007, déjà, Israël avait lancé un raid aérien sur un réacteur nucléaire syrien après avoir piraté les radars du pays. Dans sa doctrine publiée sur le site de son armée, Israël considère les attaques informatiques comme des armes de guerre propres.
Les terribles inondations qui ont frappé l’Allemagne et la Belgique montrent combien le changement climatique se conjugue au présent (et au Nord aussi), illustrant la procrastination coupable de nos dirigeants. Maxime Combes, économiste, porte-parole d’Attac, les interpelle dans cette tribune.
Le changement climatique se conjugue au présent. Pas un jour ne passe sans que nous n’en éprouvions la dure réalité : 54,4 °C aux États-Unis, 49,6 °C au Canada, 47 °C au Maroc, surchauffe en Sibérie, canicule à New Delhi, feux de forêts en Californie et désormais, le tout en moins de trois semaines, des inondations destructrices en Chine, Allemagne, Belgique et Autriche. Des villes et villages sont peu ou prou rayés de la carte, des centaines, peut-être des milliers de personnes ont perdu la vie, en tout des millions de personnes affectées, des écosystèmes détruits ou transformés à jamais, sans même parler des dizaines ou centaines de milliards d’euros de dégâts, ni de tout ce qui ne peut être réduit à de la menue monnaie.
Territoires martyrs de la procrastination coupable des dirigeants
L’indécente « loi du mort-kilomètre », cette loi journalistique qui relie l’intérêt médiatique à la distance de l’événement, s’est subitement rabattue sur des territoires proches, faisant la une des JT, avec des images spectaculaires qui ont frappé nos imaginaires comme rarement. Chacune et chacun commence en effet à toucher du doigt que « l’événement climatique exceptionnel et sans précédent », ainsi nommé par des dirigeants politiques pressés de se dégager de leurs propres responsabilités, est en fait en train de devenir la règle. On passe de l’exceptionnel à la banalité. Les scientifiques l’annonçaient, cela devient réalité.
Lytton au Canada, Ahrweiler, Euskirchen ou Schuld en Allemagne, Verviers ou Pepinster en Belgique sont devenues les villes martyres de notre temps : comme tant d’autres sur la planète, voilà des territoires et lieux de vie meurtris et détruits par les conséquences du changement climatique. Mais pas seulement. Ce sont également des territoires martyrs de la procrastination et de l’inaction coupables des dirigeants politiques et économiques : parler de « catastrophe naturelle » ne saurait éluder leur responsabilité tragique de n’avoir lutté efficacement depuis des années contre le changement climatique et ses conséquences.
Que ne comprenez-vous pas dans le terme « urgence climatique » ?
Ensemble, il nous faut donc les interpeller : que ne comprenez-vous pas dans le terme « urgence climatique » ? Que nous faudrait-il donc expliquer que tant de rapports du Giec ont déjà énoncé avec clarté depuis des dizaines d’années ? Que n’avez-vous donc pas compris dans cette phrase du premier rapport du Giec rédigé en 1990, rappelée avec à-propos par le climatologue belge Jean-Pascal Van Ypersele : « l’effet de serre accentuera les deux extrêmes du cycle hydrologique, c’est-à-dire qu’il y aura plus d’épisodes de pluies extrêmement abondantes et plus de sécheresses prononcées » ?
Qu’attendez-vous donc ? Qu’il y ait toujours plus de territoires devenus invivables ? Pourquoi les précédents rapports du Giec annonçant des zones devenant inhabitables ou des ruptures d’approvisionnement alimentaire ne vous ont-ils pas conduits à tout revoir, de fond en comble ? Pourquoi nos interpellations et mobilisations ne sont-elles suivies que par de grands discours et des temporisations fautives ? Pourquoi constate-t-on votre refus de transformer les soubassements énergétiques de notre formidable machine à réchauffer la planète qu’est notre système économique ? Comment se fait-il qu’une ministre de la Transition écologique puisse justifier une énième reculade, sur les chaudières au fioul, au nom de la « volonté d’y aller tranquille » ?
URGENCE CLIMATIQUE : les mots ont-ils encore un sens ? Cela fait trente ans que les dirigeants politiques et économiques faillissent. En trente ans, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) ont augmenté de plus de 60 %. Qu’ont-ils donc fait ? Dès que les enjeux deviennent sérieux, dès qu’il s’agit de prendre des décisions qui touchent à la puissance des lobbies, aux pouvoirs et droits acquis des multinationales ou aux règles qui organisent l’économie mondiale, ils tergiversent, reportent à plus tard ou acceptent de se conformer aux exigences des acteurs économiques et financiers.
Le résultat est là, il nous éclate en pleine figure
Les opérations de communication et de greenwashing, qui ont été substituées à toute politique climatique ambitieuse, ne nous sont d’aucune aide. La réduction drastique des émissions de GES n’est pas menée à bien. La loi climat entérinée par un vote solennel de l’Assemble nationale mardi 20 juillet en est l’exemple le plus abouti : à peine votée, elle est déjà obsolète au regard des objectifs à atteindre d’ici à 2030 (– 55 % à – 65 %). Elle est de plus complètement ringardisée par les propositions, pourtant insuffisantes, que la Commission européenne vient de publier.
Sombre tableau auquel il faut ajouter le retard des politiques d’adaptation au changement climatique, pourtant justement rendues urgentes et nécessaires par cette procrastination coupable. C’est la double peine climatique : le réchauffement commence à nous frapper durement tandis que nos infrastructures, nos institutions, nos habitations, nos services publics n’y sont pas préparés. Voire qu’ils sont mis à mal par leurs décisions : en 2017, les libéraux ont réduit de 30 % les effectifs des services de secours en Belgique.
À rebours, ces catastrophes climatiques montrent aux yeux de toutes et tous qu’il est absolument impossible d’imaginer qu’il sera possible de s’adapter à n’importe quel niveau de changement climatique et que l’on peut donc continuer à émettre autant de GES. Sauf à accepter de rendre des territoires entiers invivables et inhabitables. Des phénomènes climatiques irréversibles sont enclenchés mais il ne sera jamais trop tard pour agir : quand on oublie de descendre du bus ou du métro à la station prévue, on n’attend pas d’être au terminus pour faire demi-tour. Chaque tonne de GES compte.
Seul un puissant ouragan citoyen pourra nous sortir de l’ornière
En 1990, la génération Greta Thunberg n’était pas née. Plus de trente ans plus tard, cette génération manifeste pour le climat, interpelle, fait la grève de l’école, convainc autour d’elle, s’engage à travailler et produire différemment. Bref, avec ses moyens, elle essaie de résoudre un immense défi dont elle n’est pas responsable. Plutôt que se mettre à son service, celles et ceux qui nous dirigent passent leur temps à décrédibiliser les propositions de la société civile en inventant des termes dénués de sens (écologie punitive, écologie positive, écologie de production) et à édulcorer les propositions de la Convention citoyenne pour le climat.
En matière climatique, ce ne sont pas les Gaulois récalcitrants qui posent problème. Non. C’est l’inertie des gouvernements. Il n’y a pas d’écologie punitive. Ce sont leur inaction et leur procrastination qui sont punitives. Et coupables. Fondamentalement, elles sont même un crime climatique. L’insécurité devient écologique, aggravée par l’incurie de nos gouvernements. Ne laissons pas notre droit à la sûreté soumis à un tel arbitraire. N’attendons pas des dirigeants politiques qu’ils fassent demain ce qu’ils n’ont pas fait hier.
Organisons-nous pour reprendre la main. Sur le terrain, en solidarité avec celles et ceux qui sont affectés par les conséquences du réchauffement climatique et pour déployer toutes les expériences alternatives là où c’est possible. Dans les organisations de la société civile pour rouvrir le champ des possibles. Enfin, en tant que citoyennes et citoyens de ce pays, saisissons-nous des prochaines échéances électorales pour faire campagne en faveur d’une véritable révolution écologique et sociale : seul un puissant ouragan citoyen pourra nous sortir de l’ornière.
(1) Auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, 2015).
Agression terroriste contre l'ambassade cubaine à Paris.
Peu avant minuit, ce lundi, deux cocktails molotov ont été lancés contre l'ambassade de Cuba à Paris. Le feu a été rapidement éteint par le personnel et les pompiers.
Cette agression intervient le jour de la fête nationale cubaine, quelques heures après une déclaration du secrétaire d'Etat US Antony Blinken sur le " respect des droits et liberté" à Cuba, déclaration soutenue par les très "démocratiques" Brésil de Bolsonaro et la Colombie de Duque.
LE PCF CONDAMNE L’ATTENTAT LÂCHE CONTRE L’AMBASSADE DE CUBA (27 Juillet 2021)
Cette nuit, alors que des enfants étaient présents dans l’enceinte de l’ambassade de Cuba, le bâtiment a été violemment attaqué au cocktail Molotov.
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a pu apporter son soutien à l’ambassadeur de Cuba, Elio Perdomo Rodriguez et a assuré le personnel de l’ambassade, encore sous le choc, de toute sa solidarité et celle du PCF.
Pourtant, face à cet acte inadmissible en France et au Blocus que subit le peuple à Cuba, la détermination des cubains et des cubaines reste intacte !
Les auteurs de ce lâche attentat doivent être retrouvés et condamnés.
Face aux injonctions américaines et au blocus qui lui est imposé, c’est à la nation cubaine et à son peuple de déterminer souverainement leur destin. Pas à l’administration américaine qui s’efforce depuis des décennies d’étrangler la révolution qui a débarrassé Cuba d’une dictature sanglante et qui l’a protégée des prédations des multinationales et des institutions financières mondiales.
Cuba ne se laissera pas déstabiliser !
Le PCF demande au gouvernement français qu’il sorte de son silence et qu’il agisse pour la levée du blocus. Une enquête à la hauteur de la gravité de l’acte odieux contre l’ambassade de Cuba à Paris doit être lancée.
Communiqué de Presse d'André CHASSAIGNE, Député Communiste
:
Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.