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9 juillet 2021 5 09 /07 /juillet /2021 06:47
Salah Hamouri à Brest à l'invitation de l'AFPS en 2019 (photo I.Dupont)

Salah Hamouri à Brest à l'invitation de l'AFPS en 2019 (photo I.Dupont)

Jérusalem Le Quai d’Orsay « pleinement mobilisé » pour Salah Hamouri
Vendredi 9 Juillet 2021

Dans son édition du 30 juin, le site du journal israélien Israel Hayom cite les déclarations de la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked. Celle-ci évoque notamment le cas de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri en ces termes : « Les actions de Salah Hamouri constituent une violation grave de l’engagement fondamental d’un citoyen israélien, et en raison de cet abus de confiance, la révocation de sa citoyenneté est légalement justifiée. » En clair, les autorités israéliennes veulent interdire à Salah Hamouri de vivre dans sa ville natale, Jérusalem. Interrogé par l’Humanité sur ces menaces, le Quai d’Orsay a répondu que ses services « à Paris, Jérusalem et Tel-Aviv sont pleinement mobilisés pour que Salah Hamouri puisse faire valoir l’ensemble de ses droits et qu’il puisse mener une vie normale à Jérusalem, où il réside. La situation de Salah Hamouri est suivie attentivement et à haut niveau par les autorités françaises ». P. B.

 

Israël. Le gouvernement s’acharne contre Salah Hamouri
Mardi 6 Juillet 2021 - L'Humanité

La ministre de l’Intérieur veut la révocation du statut de résident permanent à Jérusalem de l’avocat franco-palestinien.

Le nouveau gouvernement israélien prolonge la politique menée par Benyamin Netanyahou. Particulièrement s’agissant de l’occupation des territoires palestiniens. Depuis plusieurs jours maintenant, les colons se déchaînent. Un jeune Palestinien a été tué non loin de Naplouse.

Les détentions administratives se multiplient

De son côté, la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, membre de l’extrême droite israélienne, déjà ministre dans l’équipe précédente, poursuit sur sa lancée. Les détentions administratives se multiplient. Ghazanfar Abou Atwan, 28 ans, est en grève de la faim depuis maintenant 62 jours pour protester contre son incarcération arbitraire. Sa santé est en train de se dégrader.

C’est dans une telle situation que Ayelet Shaked vient d’annoncer qu’elle approuvait la révocation du statut de résident permanent de Jérusalem de Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, né et vivant à Jérusalem. Une information publiée, ce lundi, sur la version anglaise du site Israel Hayom.

Plus de 14 500 Palestiniens ont perdu le statut de résident depuis cinquante ans.

Depuis l’annexion illégale de Jérusalem-Est par Israël en 1967, les Palestiniens qui y vivent sont considérés comme des « résidents permanents ». Contrairement aux Israéliens, qui sont citoyens, les Palestiniens de Jérusalem doivent posséder un permis de résidence pour y demeurer.

Or, Israël s’arroge le droit de révoquer ce permis de plusieurs manières. Plus de 14 500 Palestiniens ont perdu ce statut depuis cinquante ans. Selon l’amendement du 7 mars 2018 à la loi sur l’entrée en Israël, contester la politique israélienne représente une « rupture de loyauté envers l’État d’Israël ».

« Les actions de Salah Hamouri constituent une violation grave de l’engagement fondamental d’un citoyen israélien et, en raison de cet abus de confiance, la révocation de sa citoyenneté est légalement justifiée », a doctement expliqué la ministre de l’Intérieur. Elle doit obtenir l’accord du ministre de la Justice et du procureur général.

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6 juillet 2021 2 06 /07 /juillet /2021 05:42

 

 

Le premier week-end du mois de juin 2021 aura vu les négociations engagées entre les pays du G7 aboutir à l’idée d’une taxation des bénéfices des multinationales, remontés à leur siège, à un taux de 15 %. Concrètement, que signifie cette proposition et comment se traduirait-elle ? Par exemple : une entreprise qui réalise des bénéfices sur notre territoire et relève d’un groupe multinational dont le siège est installé dans un pays à faible impôt sur les sociétés (10 %), devra s’acquitter de 5 % supplémentaires à l’État Français pour atteindre les 15 %.

Cette mesure cible les multinationales du numérique, les GAFA, mais aussi certaines entreprises françaises du luxe ou de la banque. Par contre, pour celles du médicament et de la pharmacie… on attendra un peu !

Dans l’air du temps, notamment à partir de la crise financière 2008-2009 qui a éveillé la conscience mondiale de la réalité de l’évasion et de l’optimisation fiscales, les négociations sur un impôt sur les sociétés minimum auront sans doute connu une certaine accélération sous l’effet de la crise sanitaire et du besoin nouveau de financements publics qu’elle a généré. En arrière-plan se trouve également la montée des mouvements revendicatifs face à la mondialisation capitaliste.

L’OCDE, un des bras armés du G7, lui-même expression économico-politique de l’atlantisme, est depuis quelque temps en alerte face à « l’érosion des bases fiscales », encouragée par la concurrence fiscale agressive à laquelle se livrent certains pays dans l’espoir d’accueillir sur leur territoire quelques entreprises et activités avec les emplois à la clé. Ainsi la proposition d’une sorte d’IS mondial s’apparente plus à une forme de réflexe sur le mode « touche au grisbi ! » qu’à une volonté affirmée des pays du G7 de traquer la fraude fiscale et de s’en prendre à l’évasion fiscale. Un constat d’autant plus amer que ces mêmes pays (Royaume-Uni, France, Japon, Canada, États-Unis, Allemagne) sont les pointes avancées de l’ultralibéralisme dont une des pierres angulaires idéologiques est l’autorégulation du marché.

Enfin on soulignera que le débat s’est, depuis quelques années déjà, polarisé sur la situation des grands groupes engagés dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication (les GAFAM) et dans leurs applications. Il s’est également centré autour du problème du taux facial de l’impôt sur les sociétés (IS), comparant par exemple celui de 12,5 % de l’Irlande avec le taux français de 28 % cette année ou avec les taux hongrois ou slovaque d’environ 10 %.

Aboutissement d’une longue réflexion, la proposition de l’OCDE aux gouvernements réunis dans le cadre du G7 de retenir un « taux minimal d’IS de 15 % » se présente comme un moyen de « réguler » la compétition fiscale et, on l’escompte, la concurrence économique… Affichée comme quasi révolutionnaire elle devrait prospérer auprès du G20. Pas la moindre des contradictions quand on sait que certains des États membres de ce sommet usent assez souvent des redevances et royalties là où l’on souhaite glisser l’impôt.

Un impôt trompe-l’œil, arme de guerre contre les services publics et le social

Pour récapituler, cet accord du G7 sur un IS mondial minimum est censé s’en prendre à l’évasion fiscale, décourager de la course au moins-disant fiscal, s’attaquer aux paradis fiscaux. De l’aveu des ministres des Finances britannique, allemand et français il s’agit d’un bon accord qui va permettre de casser la spirale de la concurrence fiscale entre États, et pour une part des délocalisations d’entreprises. L’objectif est pour eux de favoriser le redressement économique en cette période de sortie espérée de la pandémie du Covid en faisant droit à la justice et à la solidarité fiscales.

Malheureusement, il est à craindre qu’une telle mesure nous laisse loin, très loin des objectifs affichés et que finalement tout cela ne soit qu’un effet d’annonce politique permettant de donner momentanément le change en attendant une prochaine crise ou un prochain réveil des populations. Car sur le fond idéologique rien n’est vraiment changé. L’idée de base est de continuer à laisser croire que le capitalisme du XXIe siècle peut se « réguler » par lui-même. Au mieux, quelques aménagements à la marge peuvent être consentis. Mais pas touche aux principes sacrés de la mondialisation capitaliste, par exemple à celui de la concurrence libre et non faussée ou au mythe de la neutralité et de l’efficacité des nouvelles technologies informationnelles pour empêcher et débusquer la fraude. Utilisées contre l’intervention humaine, il s’agit surtout de laisser les peuples à l’écart de toutes ces questions et de ne surtout pas avoir recours à des personnels compétents et formés disposant de droits et de moyens réels de contrôle et de décisions. Les datas alliés du système, jamais cela n’aura été aussi vrai !

Au cœur de l’idée de fixation d’un taux d’impôt sur les sociétés mondial de 15 % sont en effet trois questions fondamentales :

  1. Quelle est la « consistance » c’est-à-dire l’assiette, la base, sur laquelle seront calculés les bénéfices à soumettre à cet IS mondial minimal ?
  2. Une fois cet IS minimum appliqué et prélevé, sera-t-il possible de remettre en cause les bases imposées en cas de découverte a posteriori de fraudes ou de malversations ? Cette imposition ne risque-t-elle pas de jouer comme une forme de rescrit ? C’est 15 % et puis basta !
  3. Ce taux de 15 % ne risque-t-il pas de tirer vers le bas celui des pays qui en applique un plus élevé.

Comme souvent en période de tension de la dépense publique au plan national, européen et mondial, l’arrivée sur le devant de la scène médiatique d’une telle proposition ne vient-elle pas détourner de la vraie question qu’est l’enjeu fondamental de nouvelles recettes pour les États, et parmi celles-ci des recettes fiscales qui y occupent une place prépondérante ? Carburant des services publics et des dépenses sociales, ne sont-elles pas, dans le contexte actuel de rationnement de la dépense publique, irrémédiablement vouées à n’être constituées que des quelques miettes que sa majesté « Capital » aura bien voulu lui octroyer ? Changer de cap en la matière correspond à un changement radical de politique, choix que ne semblent pas prêts d’effectuer les pays membres de l’OCE et particulièrement ceux du G7.

Quelques voies d’analyse et éléments de propositions.

L’établissement de l’assiette d’IS taxable est à bien des égards déterminante pour faire payer aux entreprises multinationales un impôt juste et efficace. La négociation en cours à l’OCDE, avec le projet BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) est censée traiter ce problème pour une meilleure imposition. Les discussions sur l’ACCIS (assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés) au niveau européen se situent dans la même optique. Une négociation qui risque de déboucher sur un bien petit dénominateur commun au vu des informations qui transpirent. Il devrait s’agir en effet de prendre quasiment pour acquis les pratiques d’élaboration des bases de chaque pays pour construire l’assiette consolidée pour au final implanter cette dernière dans le pays où multinationale aura choisi d’installer son siège. Pas besoin de longs développements pour imaginer dans quel pays ce siège sera implanté.

Quelle base ?

La question centrale est donc de savoir comment établir les bases, à partir de quoi et où les calculer ? Le défi est que ces dernières reflètent au plus juste l’activité d’un groupe et de ses filiales non pas concentrée au niveau du siège mais là où ont véritablement lieu les actes de créations, de construction, de production de biens et/ou de services, de vente…

Concernant l’établissement de la base d’imposition, si les choses sont assez claires pour une entreprise comme Apple qui vend à la fois des matériels informatiques et des services, c’est beaucoup moins évident pour Google qui exploite fondamentalement des services et notamment le fameux « référencement » dont il est plus compliqué d’appréhender le mode de rémunération, même si, concernant le montant des diverses ventes d’information, il existe aujourd’hui une grille de tarif qui certes, comporte encore de réelles approximations. C’est un problème sérieux qui nécessite d’accompagner absolument cette proposition d’un IS minimal au taux de 15 %, d’une autre revendication des mouvements altermondialistes, le « reporting State by State » dans la comptabilité des grands groupes. Car quand on décide de taxer des services dont le caractère immatériel est évident, il convient de connaître où les activités trouvent effectivement à se réaliser. Et cela peut aujourd’hui être connu, contrairement à ce qui est répété y compris par les plus hauts dignitaires des ministères des finances des pays du G7.

Mais le problème est également ailleurs. Par exemple en France, mais nous ne faisons malheureusement pas exception, la moitié ou presque de l’impôt sur les sociétés brut disparaît avant d’arriver dans les caisses de l’État, sous les effets conjugués de l’imposition séparée des plus-values, du report en arrière des déficits, de l’imputation de ceux des filiales, sans même parler du crédit d’impôt recherche, du crédit d’impôt compétitivité emploi ou du traitement des dotations aux amortissements, des provisions comme des dettes financières. Le résultat est connu ! En France, de 67 milliards d’impôt brut, nous arrivons, en bout de course, à 36,3 milliards d’impôt net. Un peu comme si le taux réel de l’impôt sur les sociétés était de … 15,17 %… Autant dire que la seule prise en compte d’un taux minimal mondial ne suffit pas à régler la question posée par l’optimisation fiscale. Notamment parce que, derrière les stratégies de taux, il y a des règles particulières qui tiennent aux relations que certains groupes entretiennent avec les États, particulièrement en matière de prix de transferts qui font l’objet de discussions entre les États et les représentants des multinationales là où ces dernières ont une ou des filiales implantées.

Ainsi, et pour ne donner qu’un exemple parmi d’autres, la capitalisation boursière d’un groupe français comme LVMH, dépasse aujourd’hui les 300 milliards d’euros. C’est-à-dire un montant bien plus élevé que le budget de bien des administrations nationales où ce groupe dispose de filiales ou d’une implantation. On imagine le rapport de forces ! Par exemple, un pays de l’Union Européenne comme la Slovaquie ne dispose que d’un budget d’environ 40 milliards d’euros et le total des dépenses publiques aux Pays-Bas représente un montant de 390 milliards d’euros. Dans le même ordre d’idées, la capitalisation boursière de Facebook, c’est 950 milliards de dollars. Celle d’Amazon dépasse les 1 600 milliards, soit 70 % de la dette négociable de l’État français. Voilà qui situe les enjeux et le niveau de la bataille à livrer ainsi que la détermination politique à afficher si on veut véritablement soumettre les bénéfices des groupes multinationaux à un impôt sur les sociétés digne de ce nom !

Sur le fond, une question doit être posée : qu’est-ce qui fait objectivement obstacle à ce que l’imposition de la vente de services ait lieu dans le pays où le service est effectué et puisse ainsi venir directement alimenter les caisses de l’État concerné ? N’est-ce pas là que l’acheteur en émet encore le plus souvent le paiement ?

Idem en plus évident pour les biens de consommation. Leur imposition devrait naturellement se faire là où ils sont produits et où ils sont d’une manière ou d’une autre vendus. En effet, un produit fabriqué dans un pays X avant d’être vendu par un pays Y suppose au préalable différentes opérations. La première est l’activation de tout un process de production dans le pays X auquel s’ajoute un acte de vente puis de transport pour se retrouver dans le pays Y qui ensuite le revendra. Par exemple, une voiture construite à l’étranger et vendue en France est normalement soumise à une double obligation comptable. Un bilan dans le pays de la production/vente, un bilan dans le pays de la revente, ces bilans étant normalement accompagnés d’une imposition dans chacun des pays. Il doit être à cet instant précisé que c’est dans le pays de production que la création de valeur ajoutée est localisée et avec elle le plus important paiement de salaires, de prestations sociales et par conséquent de multiples impôts. Concernant l’impôt sur les sociétés, ce sont d’abord les choix de chaque pays, puis entre eux, de conventions, voire d’accords tacites passés avec les représentants des multinationales, qui constituent le terreau de l’évasion et de la fraude fiscale organisée. Les banques et leurs diverses officines sont ensuite là pour ouvrir en grand les vannes au détournement de cet argent vers des cieux accueillants. Au préalable la réglementation de la gestion des relations mères-filles – fiscalité de groupe, bénéfice mondial consolidé – aura permis de mettre de l’huile dans les rouages. C’est cette législation permissive qui contribue en effet à ce que tout remonte au siège du groupe et que ce soit finalement à ce niveau, que se cumulent les « compensations fiscales » (management fees, prix de transfert, effet du carry back…) venant ainsi totalement miter une base imposable déclarée, cerise sur le gâteau, dans un paradis fiscal ou tout au moins dans un pays à taux d’IS ultra-minoré. Une chose à ne jamais oublier : l’objectif de tout ce circuit est de faire peser le minimum de contraintes sur les entreprises et donc sur le capital.

Parfois même, le pays de facturation peut devenir celui de l’imposition alors qu’aucune activité réelle n’y a été exercée, une sorte de comble ! Enfin, une facteur très important doit être observé touchant aux délocalisations d’entreprises. Il doit également être observé que si les délocalisations d’entreprises peuvent tenir à l’attirance de régimes fiscaux privilégiés, elles ont aussi beaucoup à voir avec le niveau des salaires pratiqués. D’où un lien étroit entre concurrence fiscale et concurrence sociale, toute chose que le G7 se garde bien de traiter.

Un calcul inavoué, un prélèvement libératoire qui ne dit pas son nom

Une autre problématique passée sous silence par l’accord envisagé par le G7 est la dimension de bouclier que cet impôt minimal sur les sociétés pourrait jouer. En effet, une fois payé le montant découlant du différentiel de taux, il y a fort à parier que les multinationales tirent argument de ce règlement pour refuser toute mise en cause ultérieure de leur base imposable. Ainsi, ce minimum de 15 % fonctionnerait comme une sorte de prélèvement libératoire lui-même, étant ensuite juridiquement utilisé comme un rescrit, pratique dont sont friands les grands groupes, qui a été largement poussée dans le droit fiscal français par les cabinets internationaux de conseil fiscal et juridique. Ainsi, les groupes ayant accepté le principe d’un rehaussement automatique de leur impôt sur les sociétés par les administrations fiscales pourraient utiliser l’application de cette règle pour s’opposer ensuite à toute intervention, tout contrôle de leur assiette imposable sur la période concernée. Le prétexte serait qu’il y aurait eu entente et engagement communs pour régler les impayés sur la base de l’accord du G7. Sans doute que nombreux sont déjà les conseillers fiscaux et juridiques à y avoir pensé, particulièrement ceux établis dans les pays anglo-saxons pour qui le rescrit doit devenir l’alpha et l’oméga des relations entre les contribuables et l’administration fiscale.

Ainsi le tour de passe-passe serait parfait. À un accord fiscal inoffensif pour les multinationales ainsi que le laisse largement entendre un des géants de la « toile » comme Facebook souhaitant « pleine réussite aux négociations en cours », s’ajouterait un certificat de probité fiscale délivré par les plus hautes instances des administrations fiscales nationales et internationales.

Un choix qui peut s’avérer contreproductif et finalement mortel

En proposant un taux « commun » minimal de 15 %, le G7 risque de jouer un autre mauvais tour aux comptes publics des États. Ce taux est près de 10 % en-dessous du taux moyen d’imposition des bénéfices dans le monde (23 %) et seulement trois pays de l’OCDE ont un taux inférieur ou égal à 15 %. Il est dès lors à redouter que la faiblesse du taux mondial proposé joue le rôle de pompe à bas taux vis-à-vis des pays qui pratiquent des taux plus élevés, en particulier la France. Rappelons que le taux d’IS est en France, en 2021 de 28 % avant de tomber à 25 % en 2022, terme de la réforme engagée par E Macron.

On peut dès lors facilement imaginer que les 4 milliards d’euros que la France récupérerait du fait de l’application du taux mondial minimal de 15 % seraient aussitôt repris par d’éventuelles nouvelles baisses du taux de l’IS national, baisses pratiquées au motif de ne pas être en situation trop défavorable par rapport à l’IS pratiqué par des pays voisins. Serait ainsi repris d’une main ce qui aurait été donné de l’autre.

S’ajoute au handicap que fait peser ce taux minimal d’IS mondial, la faiblesse de la base transférée qui ne fera pas bouger d’un centimètre la localisation du siège de la multinationale concernée. Car pour être éligible à cet IS minimal il faut que la marge bénéficiaire réalisée soit d’au moins 10 % et que ne seront réaffectés au pays lésé que 20 % du montant dépassant la marge bénéficiaire de 10 %. Autant dire qu’il n’y a vraiment pas de quoi dissuader les multinationales et leurs alliées de premier plan que sont les banques, des pratiques d’évasion et d’optimisation fiscales et plus globalement de fraude à l’impôt. Autant dire que les paradis fiscaux ont de beaux jours devant eux !

Plus grave encore est ce que risque fondamentalement d’induire cette proposition quant au devenir de l’impôt sur les sociétés lui-même. Avec un IS de 15 % jouant le rôle de prélèvement libératoire sur les bénéfices des multinationales, on assiste à une dénaturation de l’impôt sur les sociétés transformé de facto en une sorte de taxe unique. Ne sommes-nous pas en train d’assister sous couvert d’un imprimatur international à la mise à mort de l’impôt sur les sociétés ? Ce qui se passe au propos de l’IS sur un plan mondial n’est pas sans rappeler à une échelle plus réduite ce qui a été mis en œuvre vis-à-vis de la taxe professionnelle en France ayant conduit à sa disparition et continuant encore à produire ses effets jusqu’à une extinction totale de ce type de prélèvement (CVAE et CFE).

Réduction et exonération de bases, baisses de taux, changement d’affectation des produits de l’impôt, voilà ce qui a contribué à briser l’efficacité de la taxe professionnelle et son lien aux budgets publics, particulièrement locaux. Finalement, il y a beaucoup de ressemblance avec les diverses vicissitudes que connaît l’impôt sur les sociétés, dont le rendement est de plus en plus limité et le lien aux recettes et dépenses publiques de plus en plus ténu. On imagine déjà le Medef et ses clones mondiaux se lécher les babines !

Une information parvenue quelque temps après l’annonce de cette proposition, et cela avant la rencontre du G20, n’a en effet pas de quoi rendre optimiste. Sous la poussée de certains groupes multinationaux, les membres du G7 réfléchiraient déjà à réduire le taux imposable. Comme quoi le capital ne renonce jamais lorsqu’il s’agit de défendre son rendement et comme quoi il est bien difficile aux chantres nationaux du capitalisme ultralibéral de se transformer en chevaliers blancs de la lutte contre l’optimisation et la fraude fiscales au niveau mondial.

Promouvoir une tout autre vision de la coopération fiscale entre les peuples

Il est grand temps de remettre la fiscalité, particulièrement celle des entreprises sur de bon rails. L’urgence est d’engager au niveau national, européen et mondial une révolution fiscale partant de l’application et du respect de principes simples et non simplistes. Les possibilités nouvelles et considérables de suivi et de connaissance qu’offrent les nouvelles technologies informationnelles, couplées à des emplois en nombre suffisant et fortement qualifiés devraient permettre d’appréhender dans des conditions satisfaisantes la base imposable, sa localisation et son imposition. Il s’agit pour cela d’en avoir la volonté politique. Il s’agit pour cela d’être déterminé à lutter contre la domination du capital et sa logique de rentabilité. Jamais il n’a jamais été aussi nécessaire de construire de réelles coopérations fiscales entre les États et de s’engager sur la voie d’une harmonisation fiscale permettant à chacun de combattre la toute-puissance du marché pour soutenir le développement des capacités humaines et l’écologie partout sur la planète.

Au plan européen

Il serait proposé la mise en place d’un serpent fiscal européen fonctionnant sur le principe de taux planchers et de taux plafonds. Son fonctionnement serait assuré par une commission de l’harmonisation fiscale européenne adossée au parlement européen et déclinée au niveau de chaque parlement national. Elle serait composée à chaque niveau de députés, de représentants des salariés (organisations syndicales) et des citoyens (partis politiques et associations de consommateurs) ainsi que du patronat et des banques.

Cette commission disposerait d’un outil d’incitation à l’application par les États d’une fiscalité à taux crédibles et non symboliques. Il s’incarnerait dans une modulation des taux d’intérêts des prêts accordés aux États par le fonds européen social, solidaire et écologique que nous proposons pour financer le développement de leurs services publics.

Cette commission aurait par ailleurs pour mission de revoir l’ensemble des conventions fiscales passées entre les États européens avec pour objectif de permettre l’échange total d’informations et la transparence de toutes les transactions intra-européennes ainsi que de lutter contre l’installation des paradis fiscaux en ayant le pouvoir de demander des comptes précis aux banques sur l’utilisation de certains fonds des entreprises.

En matière de contrôle fiscal particulièrement celui des entreprises, sur le territoire de l’UE, cela se traduirait par l’instauration d’un véritable droit de suite entre les diverses administrations financières nationales afin qu’existe un réel suivi des contrôles engagés pour déboucher sur des sanctions concrètes effectivement mise en œuvre.

Au plan mondial

Au niveau mondial, la création d’une nouvelle institution fiscale adossée à l’ONU serait proposée. Elle intégrerait les missions fiscales de l’OCDE, le rôle politique décisionnel imparti au FMI et une action incitative en matière d’écologie.

Les objectifs prioritaires de cette institution seraient de localiser, de suivre et d’informer les États, des lieux d’activités, des méthodes de production et des flux financiers intragroupes, inter-États et interbancaires et particulièrement vers les paradis fiscaux.

Elle aurait en outre pour fonction de définir et de proposer à tous les États qui voient s’échapper des opérations normalement imposables sur leur territoire au titre du bénéfice des entreprises, les éléments et les moyens d’établir une base concrète et objective d’imposition par la transmission d’information que permettent de récupérer les technologies informationnelles. En matière de TVA, ce type d’information existe. Même s’il a été tenté de dénaturer certains relevés accompagnant les transactions et destinés aux pays de leur réalisation, tout n’a cependant pas disparu mais il est vrai que la TVA est au final payée par le consommateur citoyen…

À charge ensuite pour chaque État d’appliquer sa fiscalité des entreprises avec à la clé des conséquences sur ses conditions d’accès au crédit, par exemple auprès du FMI, de la Banque mondiale ou des banques zonales, comme la BCE en ce qui concerne l’UE. Cela permettrait dans les faits d’utiliser l’argent, l’euro mais aussi une nouvelle monnaie commune mondiale à la place du dollar hégémonique, les DTS, en faveur du développement social et de l’écologie contre les marchés financiers.

Répondre aujourd’hui aux exigences sociales, économiques et écologiques passe par une relance de la dépense publique qui contrairement aux discours officiels, participerait à assainir l’ensemble de la sphère économique car utilisant l’argent pour investir dans le développement de l’homme et de tous ses potentiels. La fiscalité a un rôle évident à jouer en ce sens. Il s’agit de promouvoir un mode de production des richesses qui à partir de critères de maîtrise sociale et environnementale, conduise à une réponse respectueuse des besoins de chacun. C’est bien loin de l’accord proposé par les pays du G7 sur un taux d’imposition minimal des entreprises ; pays qui, charité bien ordonnée commence par soi-même, devraient récupérer 60 % des recettes nouvelles procurées.

 

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4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 09:41
Afrique des grands lacs. Le rapport Mapping enterré par la RDC et le Rwanda (Marc de Miramon, L'Humanité, 1er juillet 2021)
Afrique des grands lacs. Le rapport Mapping enterré par la RDC et le Rwanda
Jeudi 1 Juillet 2021 - L'Humanité

La société civile congolaise et les ONG se mobilisent pour faire juger les crimes commis dans l’est de la République démocratique du Congo depuis 1996 et documentés dans une enquête de l’Onu de 2010.

 

C’est à rebours d’une guerre qui a provoqué depuis 1996 des centaines de milliers de morts – voire des millions – que les présidents rwandais et congolais ­affichaient, les 25 et 26 juin, leur parfaite entente. Deux rencontres, l’une à Gisenyi (Rwanda), l’autre à Goma (RDC) le lendemain, pour clore un mois de violentes ­polémiques et d’indignations de la société civile congolaise, scandalisée par les propos tenus par Paul Kagame en France le 17 mai. À l’occasion d’un entretien accordé à RFI et France 24, ce dernier affirmait à propos du rapport Mapping des Nations unies, rendu public en 2010 et qui documente les violations des droits de l’homme commises par différents groupes armés entre 1993 et 2003 : « Le rapport Mapping a été extrêmement controversé. Mukwege devient un symbole, un outil de ces forces que l’on n’aperçoit pas et il reçoit le prix Nobel, donc on lui dit   quoi dire. »

Aux sources du conflit

À en croire Paul Kagame, Denis Mukwege, célèbre médecin congolais lauréat du Nobel de la paix en 2018 pour son combat en faveur des femmes victimes de violences sexuelles en RDC, qui milite pour que les responsables des atrocités documentées dans le rapport Mapping soient jugés, serait donc manipulé par des « forces » obscures. Et l’armée rwandaise, accusée dans ce ­document de 550 pages d’avoir perpétré au Congo de nombreux crimes contre l’humanité, serait, elle, parfaitement innocente puisqu’il « n’y a pas eu de crimes » dans l’est de la RDC, « que ce soit par les personnes évoquées ou les pays cités ».

Félix Tshisekedi, conspué dans son pays pour avoir refusé de lui répondre, a tout fait pour calmer le jeu, tandis que Paul Kagame adoucissait lui aussi son verbe la semaine suivante en reconnaissant cette fois l’existence de crimes perpétrés au Congo, tout en saluant le travail du docteur Mukwege vis-à-vis des femmes violées. Pour comprendre la violence de cette polémique qui empoisonne les relations entre les deux pays, il faut remonter au mois de juillet 1994. À la tête de l’Armée patriotique rwandaise (APR), Paul Kagame achève la conquête du Rwanda, trois mois après le début du génocide des Tutsis et des massacres des opposants hutus, déclenchés par les autorités extrémistes à Kigali, qui ont fait au moins 800 000 morts, selon les ­Nations unies. La France a tardivement déployé une opération « militaro-humanitaire » baptisée « Turquoise » et commandée par Jean-Claude Lafourcade, dont la mission officielle est de faire cesser les massacres. Mais pour le chef de guerre Kagame, Paris demeure l’ennemi déclaré, François Mitterrand ayant empêché, de 1990 à 1993, son armée de prendre le pouvoir en soutenant l’ancien régime du président Juvénal Habyarimana. Des centaines de milliers de civils rwandais fuient la progression de l’APR, soit par peur d’être eux-mêmes massacrés, soit par obéissance aux injonctions du gouvernement intérimaire impliqué dans le génocide. Ils affluent massivement vers l’ouest, en direction de la « zone ­humanitaire sûre » instaurée par « Turquoise » et surtout près de la frontière située plus au nord, entre Gisenyi et Goma.

Les accusations de Paul Kagame

À l’occasion de sa visite à Paris en mai, Paul Kagame est revenu sur ce mois de juillet 1994, évoquant notamment le « ton menaçant » d’une lettre envoyée le 9 juillet 1994 par Jean-Claude Lafourcade. Plutôt courtoise, la missive se borne en réalité à saluer la « coordination » entre l’APR et l’armée française pour éviter « les méprises et les affrontements » et à alerter sur la ­catastrophe qui vient : « Je voudrais vous faire part de mes inquiétudes dans la zone nord-ouest », écrit le général français : « Si un cessez-le-feu n’est pas instauré rapidement et si le FPR poursuit sa progression vers l’ouest en direction de Gisenyi, une déstabilisation très grave de la région, compte tenu du flux important de réfugiés, risque de se produire. Ces réfugiés pourraient passer au Zaïre (l’ex-RDC – NDLR) et le FPR ­rencontrer des difficultés avec ce pays. » La réponse de Paul Kagame fuse le lendemain. Il réitère ses accusations contre l’opération « Turquoise », qui aurait « des visées politiques sous le couvert d’une intervention humanitaire ». En clair, le « cessez-le-feu », pour lequel plaide également le représentant spécial des Nations unies, aurait pour ­objectif inavoué de réinstaller le pouvoir « hutu » en déroute et « d’offrir à ces criminels un tremplin pour le pouvoir ». Puis, Kagame promet que les combats ne viseront pas « les civils non armés », et rejette, au nom du FPR, toute responsabilité dans « ce flux de réfugiés dont il n’est pas la cause ». Les actes de la future tragédie congolaise sont ainsi posés. Deux millions de civils rwandais franchissent la frontière et s’entassent dans des gigantesques camps de réfugiés. Parmi eux figurent des éléments de l’armée de l’ancien régime, dont beaucoup ont participé au génocide, et des ­miliciens interahamwe. L’écrasante majorité sont pourtant des « civils non armés ».

Avec le soutien militaire clandestin des États-Unis et au prétexte de lutter contre les génocidaires hutus repliés dans l’ex-Zaïre, l’armée de Paul Kagame envahit le Congo en 1996 et encadre la milice de Laurent-Désiré Kabila, un ex-guérillero reconverti dans les trafics et qui va bientôt prendre la place du maréchal Mobutu. Au moins 200 000 réfugiés hutus disparaissent dans la forêt congolaise. La commissaire européenne chargée de l’action humanitaire Emma Bonino évoque « un carnage incompréhensible » et accuse les troupes de Kabila, en réalité commandées par James ­Kabarebe, bras droit de Paul Kagame, d’avoir « transformé l’est du Zaïre en véritable abattoir ». Le narratif du nouveau pouvoir rwandais, puissamment soutenu par son parrain états-unien, va être considérablement ébranlé par la publication du rapport Mapping en 2010. Furieux, Kagame tente d’empêcher sa diffusion. Car si tous les acteurs, milices hutus et armées étrangères actives en RDC, y ont commis des crimes de guerre, sa lecture s’avère particulièrement accablante pour l’APR, accusée, outre d’épouvantables massacres de masse de civils désarmés, d’être un acteur de premier plan dans le pillage du richissime sous-sol du Congo. « Les preuves démontrant que le Rwanda et l’Ouganda ont financé leurs dépenses militaires grâce aux revenus tirés de l’exploitation des ressources naturelles de la RDC sont abondantes. Pour le Rwanda, selon certaines estimations, ces revenus couvraient, en 1999, 80 % de l’ensemble de l’APR », note le rapport, qui insiste également sur la responsabilité des multinationales qui « participaient directement aux négociations avec les auteurs de violations des droits de l’homme (et/ou) payaient des groupes armés ». L’identité des hauts gradés impliqués dans ces trafics et les massacres de civils demeure à ce jour confidentielle, et une partie d’entre eux ont été réintégrés au sein de l’actuelle armée de la RDC. « D’où l’embarras du président Tshisekedi » et son peu d’empressement à juger les responsables, décrypte l’un des initiateurs du rapport Mapping.

« Entre 3 et 5 millions de morts »

Quant au pillage, il perdure encore aujourd’hui, Kigali étant devenu l’un des principaux comptoirs des exportations de minerais rares, dont le oltan, l’or et autres ressources précieuses pourtant absentes de son propre sous-sol. À Goma, le 26 juin, les présidents rwandais et congolais ont même signé un accord sur l’exploitation de l’or dans l’est de la RDC censé mettre fin à l’absence de traçabilité du métal exploité illégalement. « Le conflit le plus meurtrier de la planète depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale n’a été ni le conflit vietnamien, ni la guerre d’Irak, ni l’interminable guerre d’Afghanistan mais bien le conflit rwando-congolais, qui a causé entre trois et cinq millions de morts. À deux millions de morts près, on ne sait même pas où on en est », rappelle l’historien Gérard Prunier, qui a publié début juillet l’ouvrage Cadavres noirs dans la collection « Tracts » des éditions Gallimard. Une injustice doublée d’une indifférence que les auteurs et promoteurs du rapport Mapping tentent depuis dix ans de conjurer. 

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4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 09:38
Turquie - interview d'un député kurde du HDP: L’UE est plus intéressée par la lutte contre l’immigration que par les droits de l’homme , explique le député Kurde Hisyār Ozsoy (L'Humanité, 2 juillet 2021)
« L’UE est plus intéressée par la lutte contre l’immigration que par les droits de l’homme », explique le député Kurde Hisyār Ozsoy
Vendredi 2 Juillet 2021

Entretien avec le député kurde de Diyarbakir au Parlement turc, Hisyār Ozsoy, membre du HDP, vice président du groupe « La Gauche » à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

 

À deux ans des élections législatives et présidentielles en Turquie qui risquent d’être difficiles pour Erdogan, le gouvernement turc a lancé de nouvelles offensives juridiques contre le parti pro-kurdes HDP, le Parti démocratique des peuples, troisième force politique au Parlement national.

L’une vise à interdire purement et simplement ce parti, l’autre à condamner des élus du HDP qui avaient appelé en 2014 à une manifestation de soutien aux habitants de Kobané, au moment où la ville syrienne à majorité kurde, luttait contre les attaques de l’État islamique. Depuis 2016, la répression contre le HDP n’a cessé de se renforcer. Son leader, Selahattin Demirtas, est emprisonné depuis cette date, malgré les protestations internationales, et bien que la Cour européenne des droits de l’homme ait exigé en décembre 2020 sa libération « immédiate ».

C’est dans ce contexte de répression accrue contre le parti pro-kurdes qu’une jeune femme a été tuée le 17 juin au cours d’une attaque armée contre le bâtiment du HDP à Izmir, à l’ouest du pays. Dans un communiqué, observant que la police n’était pas intervenue alors que l’agresseur avait ouvert le feu et incendié le bâtiment, le HDP a immédiatement accusé le gouvernement d’être l’instigateur de l’attaque, en raison aussi du climat de violence qu’il entretient contre le Parti démocratique des peuples.

Que sait-on de nouveau sur le meurtre de Deniz Poyraz, dans les locaux du HDP, à Izmir ?

Hisyār Ozsoy Je pense que la personne qui a commis ce crime est un internationaliste qui a été entraîné en Syrie. C’est ce que nous apprend son compte Facebook où l’on voit des photos de lui armé de fusils et d’armes automatiques. Mais nous ne savons presque rien sur ceux qui sont derrière lui. Mais en Turquie, c’est toujours ainsi que ça se passe dans ce genre d’attaques. L’élément très intéressant, c’est qu’il est resté dans le poste de police pendant 18 heures, sans investigation et sans interrogatoire. Normalement, en cas de crime, quand quelqu’un passe deux jours dans le commissariat de police, il est tout de suite interrogé. Lui a été isolé, personne ne sait quels genres de connexions il a, ni avec qui il est en rapport. Nous avons eu des assassinats similaires dans le passé. Par exemple l’assassinat du grand intellectuel arménien Hrant Dink (exécuté en janvier 2007 à Istanbul ; deux ex-responsables de la police et deux ex-responsables de la gendarmerie avaient été condamnés suite à cet assassinat - NDLR). Ou par exemple les trois militantes Kurdes assassinées à Paris en janvier 2013. Ce sont toujours des jeunes gens marginaux, des gens qui n’ont pas de statut social, qui sont utilisés pour commettre ces atrocités. Mais quand vous creusez un peu la situation, vous voyez qu’ils sont souvent impliqués dans des relations avec des services de renseignements.

Est-ce qu’il y a eu des réactions après le meurtre d’Izmir ?

Hisyār Ozsoy Je dirais oui parce que la victime était une femme, qu’elle a été tuée dans son bureau, qu’elle était totalement innocente. Il y a eu un tollé et beaucoup de réactions parmi la population, mais aussi de la part des principaux partis d’opposition, et même de la part de membres du gouvernement. Mais il y a deux jours, l’actuel président du parti au pouvoir l’a accusée de soutenir les terroristes. C’est une accusation récurrente de la part du gouvernement d’affirmer que le HDP a des liens avec le PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, classé « terroriste » par Ankara.

D’un autre côté, malheureusement, la majorité de la population turque est profondément divisée. Quand les Kurdes sont attaqués, quand le HDP est attaqué, il n’y a jamais de fortes réactions. Quand vous comparez avec les précédents cas, tous les partis politiques d’opposition, par exemple le Bon Parti (parti nationaliste, républicain et laïque -NDLR) ont manifesté leurs préoccupations à la suite du meurtre d’Izmir. Ils ont présenté leurs condoléances, certains d’entre eux sont venus au bureau du HDP, certains ont suivi la cérémonie funéraire. Mais il y a aussi une propagande sous-jacente qui criminalise la situation, en disant que ce meurtre contre une personne du HDP s’inscrit dans un combat contre le terrorisme.

Où en sont les actions judiciaires entreprises contre le HDP ?

Hisyār Ozsoy Il y a en actuellement deux. La plus récente, c’est la décision de la Cour constitutionnelle, le 21 juin, d’ouvrir une procédure pour interdire le HDP à la demande d’un procureur. Une première demande en mars avait été rejetée pour vice de procédure. Cette fois-ci, elle a été acceptée. Ça, c’est le grand dossier.

Icon QuoteLe gouvernement turc tue nos partisans et nous rend responsables de ces meurtres.

À côté de cela, il y a ce qu’on appelle le procès de Kobané, où 108 responsables politiques du HDP, et parmi eux Selahttin Demirtas, sont poursuivis pour avoir appelé la population à manifester en octobre 2014 contre l’occupation de Kobané par l’État islamique. 37 personnes avaient été tuées au cours des manifestations. La majorité était des membres du HDP ou des sympathisants. Et le gouvernement a ouvert un procès non seulement pour criminaliser la résistance contre l’État islamique à Kobané, mais aussi pour criminaliser la solidarité avec la résistance. L’accusation estime que nos leaders politiques sont responsables de la mort de 37 personnes qui pour la plupart ont été tuées par la police turque. L’absurdité, ce n’est pas seulement que le gouvernement tue nos partisans, mais qu’il nous rende responsables de ces meurtres. Les poursuites demandent 37 condamnations pour chaque personne poursuivie dans ce procès. La Cour européenne des droits de l’homme a conclu qu’aucune activité criminelle ne pouvait être retenue contre Selahattin Demirtas, ni contre le HDP, et que les poursuites contre les leaders du HDP n’étaient motivées que par des considérations politiques. Mais le gouvernement turc n’obéit qu’à sa propre loi. Voilà où nous en sommes des offensives judiciaires du gouvernement turc contre le HDP.

Que pensez-vous de l’’attitude générale des institutions européennes dans cette conjoncture d’attaques répétées contre le HDP ?

Hisyār Ozsoy Le Conseil de l’Europe observe la situation de très près. La Commission pour les droits de l’homme, le président de l’Assemblée parlementaire, les présidents des principaux groupes politiques sont très informés parce que nous faisons le travail d’information. Je trouve qu’il y a une sensibilité à cette question au sein du Conseil de l’Europe, parce que la défense des droits de l’homme, de la démocratie et de l’état de droit, c’est la raison d’être du Conseil de l’Europe, c’est sur ces questions que nous travaillons. Mais quand on passe du côté de l’Union européenne, les leaders sont plus intéressés par les questions politiques, par l’immigration, le commerce, les relations internationales, les questions géostratégiques, et malheureusement les questions de droits de l’homme ne sont pas autant au centre de leurs préoccupations, et c’est très décevant. Le jour où la Cour constitutionnelle a décidé d’ouvrir une procédure pour interdire le HDP, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a fait une déclaration dans laquelle elle a dit qu’elle avait eu une merveilleuse conversation avec le président Erdogan, et qu’elle était engagée avec lui dans un agenda très positif. C’est une position hypocrite, uniquement parce qu’elle veut renouveler l’accord sur les réfugiés avec la Turquie. C’est son objectif, et peu importe ce qu’il en est du respect des droits de l’homme et de la démocratie en Turquie.

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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 06:21
Rapport sur les ventes d'armes françaises : Partialité et opacité (PCF, Pascal Torre, 10 juin 2021)

Le rapport annuel du ministère des Armées sur les exportations d’armes françaises dans le monde vient d’être publié le 1er juin. Il s’inscrit dans le cadre d’une montée des tensions internationales mais aussi d’une nouvelle vague de militarisation qui vise à renforcer le camp occidental et à légitimer les idéologies guerrières. En dépit de quelques avancées, ce document reste opaque et incomplet ne permettant pas d’apprécier la légalité de ces ventes.

Sans surprise, la France occupe le 3e rang mondial des pays exportateurs derrière les Etats-Unis et la Russie mais devant l’Allemagne et la Chine. Le montant global s’élève pour 2020 à 4,9 milliards d’euros soit un recul de 41% par rapport à l’année précédente. Ces résultats s’expliquent par la crise sanitaire mais ne traduisent en rien une tendance de fond.

L’Arabie Saoudite, les Etats-Unis, le Maroc, le Royaume-Uni, l’Inde, la Grèce, le Sénégal, l’Australie, les Emirats Arabes Unis et Singapour constituent le groupe des dix premiers pays acheteurs. Par espaces régionaux, l’Europe totalise 25% des ventes, le Moyen-Orient : 24%, l’Asie-Pacifique : 22% et l’Afrique : 18%.

L’omniprésence des pays du Golfe demeure un objet de préoccupations car ces Etats bafouent les droits humains, violent le droit international humanitaire et sont engagés dans des conflits brutaux contre les populations yéménites. Si le rapport mentionne l’achat de systèmes de défense anti-aérienne, des robots de déminage sous-marins ainsi que des munitions, traduisant l’exacerbation de la conflictualité avec l’Iran, rien n’est dit sur la vente de navires de guerre à Riyad qui participent au blocus naval du Yémen. La vente de systèmes de défense anti-aérienne, de canons Caesar et de véhicules tactiques légers à Rabat, utilisés dans la répression du peuple sahraoui des territoires occupés, constitue également une violation du Traité sur le Commerce des Armes (TCA) dont la France est signataire.

A la différence de ce qui se passe au Royaume-Uni, en Allemagne ou aux Pays-Bas, il n’y a pas vraiment de contrôle parlementaire sur les décisions du pouvoir exécutif en matière de ventes d’armes. Ce rapport ne donne pas d’informations exhaustives entretenant le flou sur des aspects essentiels. Si les destinataires des armes sont bien désignés, leurs utilisateurs ne le sont pas. De plus, Paris utilise des intermédiaires en exportant des pièces détachées vers d’autres pays qui se chargent d’assembler les armes et de les vendre à qui bon leur semble. Quant aux licences non octroyées, aucun motif n’est communiqué. Dans ces tractations, l’opinion publique française devra se contenter des « garanties » qu’E. Macron affirme avoir reçues…comme pour le Yémen.

Cependant, l’émotion que suscite l’épouvantable crise humanitaire yéménite fait bouger les consciences. Une enquête commandée par Amnesty International montre que les ventes d’armes suscitent de plus en plus d’intérêt. Trois quarts des Français s’estiment mal informés et souhaitent plus de contrôles et de transparence. Dans une même proportion, ils estiment que le commerce des armes est contradictoire avec les valeurs portées par notre pays. Cela met à mal la théorie défendue par E. Macron ou J.-Y. Le Drian selon laquelle ces ventes assureraient le rayonnement et la compétitivité de notre pays. Il faut une certaine dose de cynisme pour prétendre que les ventes d’armes à l’Egypte, qui compte 60 000 prisonniers politiques, participent au prestige international de la France !

La question des ventes d’armes doit rester au cœur de nos préoccupations car c’est le moyen de mieux percevoir les faiblesses de la paix. Alors que la pandémie de Covid-19 a plongé le monde dans la tourmente, nourrir les guerres est une folie. La course aux armements n’assure en rien la sécurité des peuples. La paix est un projet politique au centre des luttes émancipatrices, un élément incontournable de tout projet global pour l’humanité. Notre monde a besoin de solidarité et de coopération ce qui passe par la démilitarisation et la diminution drastique des dépenses d’armements. Cet engagement est consubstantiel du combat communiste.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient

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14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 05:40
À Jérusalem-Est, la vie des Palestiniens sous le joug de l’occupation (mardi 8 juin, L'Humanité, Pierre Barbancey)
À Jérusalem-Est, la vie des Palestiniens sous le joug de l’occupation
Mardi 8 Juin 2021 - L'Humanité

Reportage. Un mois après l’explosion de violences dans la ville sainte, expulsions et destructions de maisons se multiplient. L’occupation israélienne touche tous les aspects de la vie quotidienne des Palestiniens. Les enfants souffrent particulièrement. Malgré la répression, la résistance s’organise, comme dans les quartiers de Cheikh Jarrah et à Silwan.

 

Jérusalem-Est occupée, envoyé spécial.

C’est un îlot de tranquillité où les jardins des maisons laissent échapper les parfums de leurs arbres fruitiers et de leurs fleurs. Un lieu où le temps ne semble avoir aucune prise et qui paraît si loin de la violence subie par les Palestiniens. De chaque côté de la rue, de petites maisons se dressent dont les grilles métalliques cachent bien des secrets. Un endroit qui garde encore les traces de la Palestine d’avant l’occupation israélienne de Jérusalem-Est. En réalité, depuis plus de dix ans maintenant, les habitants de Cheikh Jarrah, entre la vieille ville et le mont Scopus, vivent dans la crainte de perdre leur maison.

« C’était de nouveau la  Nakba »

En 2009, déjà, plusieurs familles ont été expulsées, chassées par des colons dont le premier geste a été de dresser sur le toit une énorme étoile de David et d’accrocher des drapeaux israéliens. « C’était comme une opération militaire, se souvient Adel Budeiri, qui craint lui aussi de devoir partir. Les enfants criaient, pleuraient. Ils avaient même coupé les lignes téléphoniques. Devant chaque entrée de maison, il y avait une dizaine de soldats. Pour ces familles qu’on chassait, c’était de nouveau la Nakba. »

Quatre nouvelles familles sont menacées par la décision d’un tribunal de Jérusalem qui, en début d’année, a estimé que les Palestiniens vivaient sur des terres ayant appartenu à des familles juives au XIXe siècle. L’affaire est en appel et la mobilisation sans faille des habitants de Cheikh Jarrah a braqué les projecteurs sur cette situation, pur produit de l’occupation. À présent, les accès sont contrôlés par la police et l’armée israéliennes, qui interdisent l’accès aux Palestiniens, mais laissent les colons y déambuler en toute tranquillité, parfois armés.

« L’apartheid, comme en Afrique du Sud »

Sous une grande tonnelle aérée, Salah Diab, installé sur un canapé, fume cigarette sur cigarette et alterne avec des tasses de café. Au début du mois de mai, il était assis à la même place lorsqu’il a entendu la porte céder et vu les militaires entrer. « Ils m’ont aspergé le visage avec une bombe lacrymogène puis m’ont brisé le pied avec la crosse d’un fusil. » À peine revenu de l’hôpital, il subit une nouvelle agression de la soldatesque, qui le met à terre, le tabasse et, au final, lui brise les côtes. Il se déplace maintenant avec une béquille.

Salah Diab n’a pas été visé au hasard. Depuis onze ans, il mène la bataille pour empêcher d’être délogé. « Au début, on était seuls. Mais maintenant, le monde entier sait ce qui se passe. » Pas question pour lui de tomber dans une querelle stérile avec ceux qui réclament sa maison. « Ce n’est pas un problème de papiers, mais un problème politique. C’est l’apartheid, comme en Afrique du Sud. » Et il sait que la solution n’est pas à chercher du côté de la « justice » israélienne.

Les visages de la révolte

Les demandes d’expulsions reposent sur deux lois discriminatoires. L’une, votée en 1970 à la Knesset (le Parlement), dit que les terres ayant appartenu aux juifs à Jérusalem-Est, avant la création d’Israël en 1948, peuvent revenir à leurs anciens propriétaires. Tandis qu’une autre loi affirme que les propriétés des Palestiniens avant 1948 ne peuvent pas être rendues à leurs anciens propriétaires !

Muna et Mohammad Al Kurd sont un peu les visages de la révolte, de cette nouvelle génération qui relève la tête. Devant les caméras du monde entier, ils n’ont pas craint de dénoncer la politique coloniale israélienne. C’est sans doute pour cela qu’il y a quelques jours, par pure intimidation, ils ont été l’un et l’autre retenus au centre de police durant plusieurs heures. À peine dehors, Muna Al Kurd a expliqué publiquement : « Leur intimidation ne nous effraie pas. Personne dans le monde ne peut accepter d’être déplacé de force de sa maison. »

Une crainte de tous les instants

Aref Hammad est aussi visé. Il parle de harcèlement permanent, de policiers qui entrent dans sa maison, de grenades assourdissantes. L’une de ses filles, mariée, est empêchée de venir le voir. La plus jeune, 14 ans, a été emmenée au poste après un incident avec un colon. « Les enfants ont peur, ils ne veulent plus aller à l’école. Ils se remettent à faire pipi au lit », témoigne Aref. Alors que nous sortons du quartier, l’armée stoppe un bus – réservé aux Palestiniens – rempli d’adolescents et commence à contrôler les identités de chacun.

L’occupation au quotidien, c’est aussi cette crainte de tous les instants, comme l’explique Judeh, 27 ans, étudiant. « La discrimination est permanente. À la porte de Damas, il y a un poste de surveillance de la police. C’est stressant. Si je veux m’asseoir tranquillement, je sais qu’à un moment ou à un autre, je vais avoir un problème. C’est très vicieux. Le gouvernement israélien nous pousse à bout et, lorsque nous explosons, il en prend prétexte pour tenir un discours sécuritaire. »

« Ils veulent nous déshumaniser »

Raed Saadeh, président de la chambre de tourisme de Jérusalem-Est, montre bien comment l’occupation permet également au pouvoir israélien de « faire suffoquer l’économie palestinienne, tout en aspirant notre argent. Maintenant, il nous faut empêcher toute fermeture de la représentation palestinienne, que ce soit dans la culture, le tourisme ou la santé ». La Maison d’Orient, de même que la chambre de commerce ne peuvent plus ouvrir. Suhail Khoury, le directeur du Conservatoire national de musique Edward Saïd, sait ce que cela signifie. « L’occupation, c’est une lutte quotidienne, une bataille constante. Toute identité palestinienne est ciblée parce qu’ils veulent qu’on soit considérés comme une minorité folklorique, pour les touristes, souligne-t-il. En revanche, ils attaquent tout ce qui représente notre nation. »

Lui-même a été arrêté, avec son épouse, les ordinateurs saisis et accusé de diriger un centre culturel « qui promeut la culture palestinienne, ce qui signifie bien qu’à leurs yeux, c’est illégal, fait-il remarquer. En réalité, ils veulent nous déshumaniser ». Ces difficultés sont aggravées par l’attitude de l’Union européenne et de la France, qui entendent arrêter tout financement si une personne impliquée dans un événement est soupçonnée appartenir à une organisation inscrite sur la liste des organisations terroristes. « Je vais demander à un chef d’orchestre s’il est membre du FPLP ? Moi, j’enseigne Beethoven. Après trente ans d’accords d’Oslo, nous n’avons toujours rien et ils voudraient que nous participions à notre propre asphyxie ? » demande-t-il ingénument.

« L’occupation, c’est une guerre ouverte »

La culture comme enjeu de libération. Ce n’est pas qu’un slogan. « Depuis 1967, ils arrêtent les artistes, les bannissent, voire les assassinent », dénonce Yacoub Abu Arafeh, lui-même acteur, qui vit à Cheikh Jarrah. Il cite aussi le Festival international de marionnettes, qui devait se tenir à Jérusalem-Est, dans la salle du Théâtre national palestinien Hakawati, en 2019. « Le jour de la première séance, les Israéliens ont fermé le théâtre sous prétexte que nous avions reçu une subvention du ministère palestinien de la Culture », se souvient-il.

Il rappelle également comment, le 8 mars, cette année, le centre culturel, qui accueillait une exposition consacrée aux femmes, a également été fermé. Pour Yacoub Abu Arafeh, « l’occupation, c’est une guerre ouverte. Ces dix dernières années, la vie est devenue encore plus compliquée pour nous, Palestiniens. » Pire : « Quand il n’y avait que des Palestiniens à Cheikh Jarrah, les ordures n’étaient ramassées qu’une fois par semaine. Depuis qu’il y a des colons, c’est pratiquement tous les jours, et la rue est nettoyée plusieurs fois dans la journée. »

La police arrête les jeunes

Le quartier de Silwan, en contrebas de la muraille sud de la vieille ville, est aussi dans le collimateur du régime israélien. Aujourd’hui, environ 400 colons juifs se trouvent dans 54 implantations situées au milieu de ce quartier. Une maison saisie à une famille palestinienne a été transformée en synagogue sur laquelle flotte le drapeau israélien. Le plan de la municipalité prévoit la démolition de 88 bâtiments habités par 114 familles, soit 1 123 personnes, et entend saisir 70 % des terres de Silwan pour en faire un parc biblique. Le site aurait prétendument abrité les jardins du roi David.

La tension est palpable. Plus encore qu’à Cheikh Jarrah. Pendant les manifestations du mois dernier, la police était en permanence devant le collège et arrêtait les jeunes. Ici, pas de services, pas de développement du quartier. Les habitants, souvent assez pauvres, vivent dans un sentiment d’insécurité. Mais la Mairie a beau envoyer ses sbires recouvrir de peinture blanche les slogans et les graffitis sur les murs, ils réapparaissent toujours. La carte stylisée de la Palestine côtoie les hashtags #SaveSilwan (« Sauvez Silwan ») ou « Nous resterons ».

Cauchemar quotidien

Amani Odeh, une dentiste qui vit là, le dit simplement : « On aime Silwan, mais on vit comme si c’était notre dernier jour. Avec les avis de démolition, même dans la maison on ne se sent pas en sécurité. » Les enfants aussi sont inquiets. Elle a trouvé des jouets dans le cartable de son fils, Adam, 10 ans. Lorsqu’elle lui a demandé pourquoi, il a eu cette simple réponse : « C’est au cas où ils détruisent la maison. » Une idée qui semble hanter le gamin dégourdi, aux yeux pétillants, casquette vissée sur le crâne. À la demande de sa mère, il raconte son cauchemar de la veille. « Toute la famille était dans une pièce. Ils sont arrivés, ont tout détruit et nous ont tués. J’avais très peur, mais je ne comprenais pas comment ils étaient arrivés-là. » Mais qui sont ces « ils » ? Il répond simplement : « Les colons et la police. »

La semaine dernière, une manifestation pacifique et originale a été organisée. Un marathon a pris le départ de Cheikh Jarrah pour rejoindre Silwan. Des centaines de jeunes ont participé à cette course. Des familles entières étaient là, dont de nombreux enfants, qui entendaient faire de ce moment une journée de dignité et de joie. Mais la police israélienne a multiplié les provocations et est intervenue brutalement. La foule a tenté de fuir.

 

 
Zakaria Odeh : « Les colons israéliens tentent d’effacer l’identité nationale palestinienne »
Mardi 8 Juin 2021 - L'Humanité

Le coordinateur de la Coalition civique pour les droits des Palestiniens, Zakaria Odeh, décortique la stratégie d’occupation et de colonisation de la ville sainte. Entretien.

Zakaria Odeh Coalition civique pour les droits des Palestiniens à Jérusalem

Depuis Jérusalem-Est occupée, propos recueillis par notre envoyé spécial.

Le coordinateur de la Coalition civique pour les droits des Palestiniens à Jérusalem (CCPRJ), Zakaria Odeh, est en relation permanente avec les comités de lutte dans les quartiers de la ville. Il a été arrêté à plusieurs reprises.

La situation que subissent les habitants du quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, est-elle un problème isolé ?

Zakaria OdehCoalition civique pour les droits des Palestiniens à Jérusalem

Zakaria Odeh Pour comprendre la situation de Cheikh Jarrah, il faut connaître ce qui se passe plus généralement à Jérusalem. Cheikh Jarrah n’est pas le seul quartier ciblé par le mouvement des colons Elad et Ateret Cohanim, et le gouvernement israélien. À Silwan, vous avez le district d’al Boustan, où 122 familles ont reçu un ordre de démolition de leur maison pour construire ce qu’ils appellent un « parc biblique ». Dans celui de Batten al Hawa, il y a un ordre d’expulsion qui touche 700 personnes, sous prétexte que des juifs y vivaient avant 1948. Près de 4 000 unités de logements sont en cours de construction dans les colonies de la ville. La stratégie de la mise en place de ces implantations est d’encercler Jérusalem et de l’isoler de son extension possible en Cisjordanie.

C’est une stratégie ?

Zakaria Odeh C’est un plan d’urbanisation discriminatoire dont le but est de s’assurer le contrôle de plus de terres et d’augmenter le nombre de colons à Jérusalem-Est. Israël contrôle et utilise maintenant 87 % des terres de Jérusalem-Est. Nous, Palestiniens, n’en avons plus que 13 % pour nous loger et développer nos activités commerciales. C’est-à-dire que nous manquons de terres et, comme si ce n’était pas suffisant, nous subissons des restrictions dans les délivrances de permis de construire, ne nous laissant pas d’autre choix que de bâtir sans autorisation. À Jérusalem-Est, près d’un tiers des habitants vivent dans des maisons construites sans permis, dans la crainte qu’elles soient détruites. L’autre façon israélienne de procéder est la fermeture de Jérusalem avec le mur et les check-points. Leur but : qu’il y ait une majorité juive et une petite minorité de Palestiniens.

Cela s’accompagne-t-il d’une attaque contre l’identité nationale palestinienne ?

Zakaria Odeh Depuis des années, les Israéliens essaient de contrôler le système d’éducation palestinien et d’imposer le leur. Par exemple, ils forcent les écoles de la partie occupée de la ville à utiliser les livres scolaires édités par le ministère israélien. Dans ces ouvrages, nous, Palestiniens, sommes totalement ignorés. Ils parlent de « minorité », de « musulmans, de chrétiens, de Druzes ». Vous ne trouverez jamais, dans aucun de ces livres, le terme « peuple palestinien ». Ils ne nous reconnaissent pas. En revanche, ils parlent toujours de l’histoire du peuple juif, d’Israël, désignent les lieux, les rues par des noms hébreux, jamais par des noms arabes-palestiniens. C’est un moyen d’essayer de changer la façon de penser de la jeune génération. Ils tentent d’effacer l’identité nationale palestinienne. Cela fait partie de l’israélisation et de la judaïsation de la ville.

Les différentes manifestations auxquelles on a assisté représentent-elles quelque chose de nouveau ?

Zakaria Odeh La résistance est très large et s’est étendue à tous les quartiers de la ville, mais pas seulement. Toute la Cisjordanie est en ébullition. Mais également au sein de la société palestinienne de 1948. Le leader­ship a été choqué par cette révolte en Israël. Les dirigeants israéliens pensaient que, au bout de soixante-treize ans, les gens étaient humiliés, intégrés, qu’ils avaient perdu leur identité, qu’ils avaient perdu tout lien avec les Palestiniens des territoires occupés. Depuis 1936, on n’avait pas assisté à une grève comme celle qui s’est déroulée à la mi-mai, associant les Palestiniens partout où ils se trouvaient, même dans les camps de réfugiés. Cela a uni la résistance, que le pouvoir israélien veut briser en multipliant les arrestations. Ce à quoi on assiste devrait amener les partis palestiniens existants à se renouveler, à instiller du sang nouveau, celui de cette génération née après les accords d’Oslo, mais qui a gardé les valeurs de notre identité nationale.

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14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 05:34
À Tel-Aviv, à l'appel du Parti communiste israélien et de Standing Together, on manifeste côte à côte contre l'occupation (Pierre Barbancey, 8 juin 2021)
À Tel-Aviv, on manifeste côte à côte contre l'occupation
Mardi 8 Juin 2021

À l’appel des communistes israéliens et de l’association Standing Together, des manifestations réclament l’égalité, la justice et la fin de l’occupation.

 

Tel-Aviv (Israël), envoyé spécial.

« J e suis pour la fin de l’occupation et pour la paix entre les peuples. » Daniel, 24 ans, ne cache pas son enthousiasme. Il est venu manifester à Tel-Aviv à l’appel du Parti communiste israélien et de l’association Standing Together (Debout ensemble) pour la justice et l’égalité entre les citoyens. Un rassemblement organisé à une date symbolique, le 5 juin marquant le déclenchement de la guerre des Six-Jours et le début de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Cinquante-quatre ans plus tard, il n’y a guère d’espoir de voir la situation évoluer. À l’instar des banderoles qui se déploient – « Palestiniens-Israéliens, nous gagnerons contre l’occupation » – Daniel veut pourtant y croire. « Il faut montrer que c’est une option possible et qu’il faut la soutenir. »

Sur place, des drapeaux palestiniens claquent au vent. Ibrahim, 33 ans, ingénieur, les regarde non sans émotion, même s’il ne veut rien laisser paraître. Il est un Palestinien israélien, ainsi que l’on désigne les familles restées sur place après 1948. Il est venu de Tayibes « pour soutenir cette manifestation contre l’occupation, pour un État palestinien à côté d’Israël ».

Combattants pour la paix

Réticent à se confier au départ, il explique finalement les discriminations subies. « Comment l’État traite les juifs par rapport aux Palestiniens. À Tayibe, il n’y a pas de centre culturel, pas de moyens pour le nettoyage des rues contrairement aux villes juives, d’un point de vue éducationnel, il y a moins d’options pour les enfants », raconte-t-il. Et pour être sûr d’être bien compris, Ibrahim ajoute : « Je combats pour les droits de mon peuple, ce qui ne veut pas dire que je ne veux pas rester en Israël. »

En 1973, Elie était un soldat de l’armée israélienne, en pleine guerre. Aujourd’hui, il fait partie des Combattants pour la paix, une association réunissant d’ex-­prisonniers palestiniens et d’anciens militaires comme lui qui refusent de servir dans la réserve pour ne pas soutenir la politique menée dans les territoires occupés. À Jérusalem-Est comme en Cisjordanie, avec d’autres, il documente les actes de violence des colons, tente d’empêcher l’arrestation des Palestiniens et explique aux soldats israéliens qu’ils sont en train de commettre des crimes de guerre. À cinquante ans d’écart, Einat, 17 ans, refuse d’aller faire l’armée – comme il est obligatoire à 18 ans, y compris pour les filles – « parce que je suis contre l’occupation, pour la paix, dit-elle. Si tout le monde y va, rien ne changera ». Pour cela, elle est même « prête à aller en prison ».

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10 juin 2021 4 10 /06 /juin /2021 05:18
Election de Pedro Castillo: un vote d'espor au Pérou! ( Fabien Roussel - PCF)
Élection de de Pedro Castillo : vote d’espoir au Pérou ! (Fabien Roussel
- PCF)
 
L’élection de Pedro Castillo à la présidence de la République du Pérou est une réjouissante nouvelle, lui qui a été qualifié de «mendiant assis sur un tas d’or». Le Pérou a subi trop longtemps des dictatures sanglantes, la corruption généralisée des classes dirigeantes, la violence, la pauvreté, l’analphabétisme, le pillage de ses richesses minières par les multinationales.
La fille de l’ancien dictateur Fujimori, (en prison pour crime contre l’humanité), candidate de la droite, elle-même menacée de poursuites
judiciaires, est battue par un enseignant, fils de paysans analphabètes,
qui a fait d’un crayon géant son «drapeau» de campagne et qui ne veut
«plus de pauvres dans ce pays riche !». Tout un programme bien compris
dans les campagnes méprisées et ces villages indiens interdits d’eau
potable, d’assainissement, de routes, d’hôpitaux, d’écoles.
La candidate de la droite, à bonne école avec son dictateur de père, qui
avait promis de respecter le verdict des urnes, conteste maintenant les
résultats. On peut craindre désormais un scénario  «  à la bolivienne »,
le refus de l’issue électorale, les menaces, le chantage, une possible
intervention de l’armée, de l’organisation des Etats américains, de la
CIA. D’autant que la victoire de Pedro Castillo, après le retour de la
démocratie en Bolivie, est perçue dans l’ensemble du continent
latino-américain comme un vent d’espoir.
Il faudra courage et détermination à Pedro Castillo pour ouvrir les voix
du progrès social, de la démocratie et de la liberté au Pérou. Il lui faudra surtout la mobilisation de toutes celles et ceux qui ont voté pour lui. En effet, il devra affronter les hauts gradés militaires prêts à la sédition. Il lui faudra affronter les multinationales qui, malgré leurs profits records, ne reversent que des miettes au pays tout en saccageant l’environnement. Il lui faudra surtout déjouer les sales coups de Washington.
Je veux dire à Pedro Castillo: vous pouvez compter sur le soutien, la solidarité et l’amitié des communistes français dans votre action contre
l’analphabétisme, l’injustice, la violence, pour la dignité et la liberté.
 
Fabien Roussel, député du Nord, secrétaire national du PCF,
 
 
Le 9 juin 2021.
PEROU: PEDRO CASTILLO ÉLU
Pérou. Avec 50,2% des suffrages contre 49,7% pour la candidate d'extrême droite Keiko Fujimori, l'instituteur Pedro Castillo du mouvement Pérou Libre annonce son élection à la présidence de la République.
Les derniers votes à dépouiller sont ceux de quelques bureaux de l'étranger. Plus favorables à Fujimori, ils sont largement compensés par le vote des régions plus éloignées du Pérou qui ont massivement voté pour "le candidat des pauvres".
Tous les observateurs étrangers ont constaté la régularité du scrutin, y compris l'organisation des Etats Américains qui a félicité L'Onpe, l'organisme chargé de superviser le processus électoral. Ce qui n'empêche pas Fujimori de crier à la fraude. Elle va devoir retourner devant la justice qui la poursuit pour corruption (elle a déjà passé plusieurs mois en prison, n'en est sortie qu'à la faveur de la pandémie et est interdite de sortie du territoire).
"Premier président à être issu du peuple des pauvres", Pedro Castillo doit prendre ses fonctions en juillet, bicentenaire de l'indépendance. Il affirme que le crayon, symbole de sa campagne écrira une page de liberté et de dignité dans l'histoire du pays.
Après la victoire en Bolivie, l'espoir qui monte en Chili, le Pérou des invisibles, ses campagnes si longtemps silencieuses, tout un peuple misérable prend le devant de la scène. C'est tout le cône sud qui entre en changement. Un évènement considérable pour le pays Inca et pour toutes les Amériques.
Maité Pinero
Présidentielle au Pérou : un séisme politique aux répliques régionales
Mercredi 9 Juin 2021 - L'Humanité

Le pays est devenu, ces dernières années, l’un des piliers du jeu d’influence de Washington en Amérique du Sud. Avec le basculement en cours, et la possible élection de Pedro Castillo à la tête de l'État, cette donne stratégique est bouleversée.

Mardi soir, au Pérou, alors que se poursuivait la compilation des procès-verbaux, le candidat de gauche au second tour de l’élection présidentielle, Pedro Castillo, creusait encore l’écart avec son adversaire d’ultradroite, Keiko Fujimori. Voyant se dessiner un troisième revers électoral, celle-ci crie désormais à la fraude ; sa défaite la dépasse : elle aurait des répliques régionales.

En 2011, l’ambassadrice des États-Unis à Lima, Rose Likins, n’avait guère opté pour la discrétion, dans sa campagne en faveur de la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, tenant d’un ultralibéralisme autoritaire. La candidate, elle, avait enrôlé comme conseiller l’ex-maire républicain de New York Rudy Giuliani et des cercles ultraconservateurs lui manifestaient bruyamment leur appui depuis Miami.

Barrer la route à la Chine

Le basculement politique en cours au Pérou constitue un revers pour Washington, comme pour les élites pro-américaines qui détiennent dans le pays les leviers du pouvoir économique et politique. C’est que le pays occupe, avec la Colombie, une position stratégique clé dans le dispositif d’influence des États-Unis en Amérique du Sud.

Sur le terrain économique, d’abord, avec la volonté résolue de contrer la montée en puissance de la Chine sur la façade pacifique. Pékin s’est déjà hissé au rang de premier partenaire commercial de Lima, une escale des nouvelles routes de la soie, avec le projet d’une ligne ferroviaire devant relier les deux océans, via le Pérou et le Brésil. Les deux puissances rivales se disputent aussi, dans la région, un accès privilégié aux ressources minérales et énergétiques. «  Le Pérou affiche une gestion saine et prévisible de son économie fondée sur les principes du marché libre. Notre accord commercial bilatéral constitue la base d’une relation commerciale libre, équitable et réciproque, et le Pérou reste une destination importante pour les États-Unis en termes de commerce et d’investissement. Face à la concurrence croissante dans la région, les États-Unis cherchent à consolider leur position de partenaire commercial de choix au Pérou, tout en augmentant leurs avantages », résume un mémento du département d’État.

Une offensive contre le Venezuela

Sur le plan de la politique régionale, le Pérou, qui a noué avec les États-Unis une solide coopération militaire, est devenu, ces dernières années, l’un des pivots de l’offensive de Washington contre les « pays préoccupants », entendre le Venezuela. Point d’orgue de cette stratégie, la création sous l’impulsion de l’administration Trump, le 8 août 2017, du Groupe de Lima, conclave de pays dirigés par des gouvernements ultraconservateurs décidés, selon les termes de la diplomatie américaine, à promouvoir une « résolution pacifique de la crise au Venezuela, un objectif qui s’aligne sur la vision de la stratégie de sécurité nationale pour faire progresser l’influence américaine en faveur des nations souveraines qui coexistent dans la prospérité, la liberté et la paix ». « En soutenant les institutions démocratiques à l’intérieur et au-delà de ses frontières, le Pérou projette un rôle positif dans l’hémi sphère et les organismes internationaux. Cela façonne finalement un hémisphère réceptif aux États-Unis », estime-t-on à Washington. L’alternance n’a pas fondamentalement bouleversé cette ligne : le 2 mai dernier, entre les deux tours de l’élection présidentielle, lors d’une conversation téléphonique, le secrétaire d’État états-unien, Antony Blinken, et le ministre péruvien des Affaires étrangères, Allan Wagner, « ont convenu de l’importance de collaborer pour restaurer la démocratie et la stabilité économique au Venezuela ». Tout au long de la campagne, Pedro Castillo a été désigné comme un « chaviste », un « communiste », un « terroriste », un dictateur en puissance, prêt à mener le Pérou à la ruine économique. « Nous ne sommes pas des terroristes. Nous sommes des travailleurs ordinaires », répond l’instituteur, qui plaide pour une révolution éducative consacrant 10 % du PIB à l’accès gratuit de tous à l’école et à l’université. La diabolisation du candidat de gauche, les attaques idéologiques dont il est la cible, l’hostilité de Washington n’auront pourtant pas endigué la mobilisation, autour de lui, de populations indigènes et paysannes exclues du mirage libéral et de la participation politique.

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9 juin 2021 3 09 /06 /juin /2021 05:51

 

Jérusalem-est : manifestation pacifique réprimée dans le quartier de Silwan

Le quartier de Silwan, à Jérusalem-est occupée est la cible des associations de colons, de la municipalité et du gouvernement israélien du fait de son positionnement stratégique près de la vieille-ville et de la mosquée Al-Aqsa. Aujourd’hui, environ 400 colons juifs se trouvent dans 54 implantations situées au milieu de Silwan.

Les images de notre envoyé spécial, Pierre Barbancey.

Les habitants vivent dans un sentiment d’insécurité. Les plans israéliens prévoient la démolition de 88 bâtiments, habités par 114 familles soit 1123 personnes. La municipalité israélienne de Jérusalem entend saisir 70% des terres de Silwan pour un parc dans un site qui aurait prétendument celui où se trouvaient les jardins du roi David.

Une manifestation pacifique

A Silwan, la résistance s’est rapidement développée. Les habitants entendent mettre en échec le plan israélien illégal et inhumain. Le vendredi 4 juin, une manifestation pacifique et originale a été organisée. Un marathon a pris le départ du quartier de Cheikh Jarrah, lui aussi touché par des ordres d’expulsions et de démolition des maisons, pour rejoindre Silwan. Des centaines de jeunes ont participé à cette course.

Des familles entières étaient là, dont de nombreux enfants qui entendaient faire de ce moment une journée de dignité et de joie. Mais la police israélienne a multiplié les provocations et est intervenue brutalement. La foule a tenté de fuir. Plusieurs Palestiniens ont été blessés par des tirs de balles en caoutchouc, les dizaines de grenades assourdissantes lancées ou par les coups donnés.

Trois palestiniens arrêtés

Pour se défendre, les habitants ont tirés des feux d’artifice vers les policiers. Au moins trois Palestiniens ont été arrêtés. La tente dressée là a été détruite par la police... mais reconstruite dans la nuit par les habitants qui ont adopté le vers de Mahmoud Darwich: "Nous serons un jour ce que nous voulons être".

Pierre Barbancey

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9 juin 2021 3 09 /06 /juin /2021 05:45

 

La Commission Européenne a annoncé aujourd’hui qu’elle ne soutiendrait pas la proposition de plus de 100 pays dont les États-Unis, qui demandent la levée des brevets sur les vaccins contre le Covid 19. La raison officielle ? « La Commission (...) n’est pas convaincue que cela constituerait dans l’immédiat la meilleure réponse pour atteindre l’objectif d’une distribution large et en temps voulu des vaccins dont le monde a un besoin urgent ».

 

 

Il y a urgence, c’est un fait. En bloquant envers et contre tout cette proposition portée de façon majoritaire depuis des mois au sein de l’OMC, la Commission Européenne ne fait que se soumettre une fois de plus aux desideratas des entreprises pharmaceutiques. Le 31 mai dernier, un rapport de Corporate Europe dévoilait que les géants pharmaceutiques dépensent chaque année au moins 36 millions d’euros dans le lobbying au sein de l’Union Européenne pour imposer leur vision en matière de politique sanitaire. Force est de constater qu’ils ont réussi et que l’UE est aujourd’hui leur serviteur le plus zélé !

Cette attitude est d’autant plus criminelle lorsque que l’on sait que les pays les plus pauvres ont reçu jusqu'à présent moins de 1% de doses administrées ! Cette pandémie a déjà fait 3,5 millions de morts au niveau planétaire. Combien en faudra-t-il encore avant de faire passer les vies humaines avant le profit ?

La levée des brevets est un préalable pour opérer à un transfert technologique massif et mutualiser la production afin que chaque pays dispose de doses nécessaires à la vaccination de sa population. A l’inverse, l'UE propose uniquement de faire de la charité en offrant au compte-goutte les doses.
C’est tout le contraire qu’il faut faire. Le PCF demande pour cela de sortir les vaccins et médicaments des griffes des entreprises pharmaceutiques et de les mettre sous maitrise publique. L’argent public qui a été investi dans la recherche et l’achat de vaccins (à des prix d’ailleurs de plus en plus exorbitants), doit aujourd’hui servir à avoir la maîtrise de la production et de la distribution de vaccins à l’échelle européenne et mondiale.

C’est dans ce sens que nous proposons une nouvelle coopération de type « airbus », sous contrôle public, entre les états européens. Au-delà, c’est toute l’industrie pharmaceutique qu’il faut mettre au pas en créant un pôle public du médicament. C’est la lutte que nous menons en Europe, à travers la campagne "Pas de Profit sur la Pandémie". C’est la bataille que nous continuerons à mener dans les prochains mois afin de reprendre notre souveraineté face aux Big pharmas. Face à une pandémie mondiale, nous ne nous en sortirons que par une réponse globale !
Ni nationalisme vaccinal, ni soumission aux multinationales, l’accès aux soins et aux médicaments doit être un droit universel et non pas une source de profit pour les actionnaires !


Parti communiste français,

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