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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 06:00

Stathis Kouvelakis: «L’UE n’est pas réformable»

25 JUIN 2016 | PAR JOSEPH CONFAVREUX

Stathis Kouvelakis, enseignant en philosophie politique au King's College de Londres, ancien membre du comité central de Syriza, actuel membre d’Unité populaire, analyse pour Mediapart les enjeux du Brexit.

Stathis Kouvelakis était membre du comité central de Syriza lors de la victoire de ce parti en Grèce en janvier 2015. Il fit ensuite partie de ceux qui, prônant une sortie de l’euro et une rupture franche avec les institutions européennes, ont décidé de faire scission avec le premier ministre Alexis Tsipras. Enseignant et vivant à Londres, il analyse pour Mediapart les conséquences du référendum britannique.

Mediapart : Quelle lecture faites-vous du vote en faveur du Brexit ?

Stathis Kouvelakis : Le premier constat est que l’UE perd tous les référendums qui se déroulent autour des propositions qui en émanent ou de l’appartenance à l’une de ses instances. Les défenseurs inconditionnels du projet européen devraient quand même commencer à se demander pourquoi. Mais c’est la première fois que la question du maintien ou du départ a été posée directement. Et le fait que l’un des trois grands pays européens choisisse la rupture avec l’UE signe, pour moi, la fin du projet européen actuel. Ce résultat révèle définitivement ce qu’on savait déjà, à savoir qu’il s’agissait d’un projet construit par et pour des élites, qui ne bénéficiait pas d’un soutien populaire.

Vous en réjouissez-vous ?

Oui. Certes, ce rejet légitime de l’UE risque d’être confisqué par des forces de droite et xénophobes, comme la campagne britannique l’a montré. Mais, pour moi, il peut aussi s’agir d’une opportunité pour des forces progressistes en lutte contre l’Europe néolibérale et autoritaire, c’est-à-dire l’UE telle qu’elle existe. Je pense que des forces antilibérales de gauche peuvent plus facilement s’exprimer dans d’autres pays qu’en Grande-Bretagne, où il est vrai que le « Lexit » (contraction de Left et Exit -ndlr) a été très peu audible, et a révélé une fracture entre la direction des principales forces de gauche, politiques et syndicales, et la base populaire et ouvrière, qui a dans sa grande majorité rejeté l’UE.

Le parti travailliste, notamment, est fracturé entre une large partie de son électorat d’un côté et ses élus et son appareil de l’autre, avec les cadres et les militants écartelés entre les deux. De surcroît, son dirigeant actuel, Jeremy Corbyn, est en réalité très hostile à l’UE, mais il a été contraint de faire campagne pour le maintien, compte tenu du rapport de force interne à l’appareil et au groupe parlementaire.

En février 2015, lorsque je faisais encore partie du comité central de Syriza, à l’occasion d’une grande réunion qui s’était tenue à Londres, au siège de la confédération des syndicats britanniques, pour fêter la victoire de notre parti en Grèce, Jeremy Corbyn, dont personne n’envisageait alors qu’il puisse prendre la direction du parti travailliste, était venu me parler en marge de la réunion, en me disant : « Est-ce que vous avez un plan B ? Parce que l’UE va vous écraser, en commençant par attaquer votre système bancaire. »

Il m’a raconté le choc qu’il avait subi lorsqu’il était jeune militant et que le parti travailliste avait gagné les élections de 1974 sur un programme radical. Le système bancaire britannique avait immédiatement été attaqué, contraignant le Royaume-Uni à faire appel au FMI pour demander un prêt et à mettre en place des politiques austéritaires en échange. Il voulait que je le rassure sur le fait que nous avions un plan B, et moi qui appartenais à la minorité de la direction de Syriza, je ne pouvais que lui répondre qu’il fallait qu’il en parle avec Tsipras, pour tenter de le convaincre.

Cette anecdote montre qu’il ne se fait aucune illusion sur l’UE. Seulement, l’appareil du parti travailliste et ses élus lui sont farouchement hostiles. Et on lui reproche désormais d’avoir fait un service minimum en faveur du « Remain ». Les mêmes médias, qui avaient appelé à voter « Remain », voudraient qu’il parte, alors même que le Brexit a gagné, parce qu’il n’en aurait pas fait assez…

Avez-vous été surpris de ce résultat ?

Non. Ce qui m’a frappé pendant cette campagne britannique, c’est une impression de déjà-vu. J’ai eu la chance de vivre à la fois le référendum sur la Constitution européenne de 2005 en France, celui de l’année dernière sur le plan d’austérité Juncker en Grèce, et celui de cette année en Grande-Bretagne. À chaque fois, ceux qui défendent l’UE portent de moins en moins de discours positifs et emploient essentiellement des arguments fondés sur l’intimidation et la peur, en mettant en scène tous les maux qui s’abattraient sur le Royaume-Uni si les Britanniques votaient mal.

Schaüble et Juncker se sont faits menaçants, comme à l’accoutumé, et même Obama a joué sa partition pour expliquer à quel point un Brexit serait catastrophique. En France, on a beaucoup focalisé sur le fait que la campagne pro-Brexit était animée par des personnages effectivement peu ragoûtants, de Boris Johnson à Nigel Farage. Mais les médias ont moins souligné que le « Remain » était porté par tout l’establishment content de lui-même, avec la City arrogante en première ligne, ce qui avait de quoi motiver le rejet de l’électorat populaire.

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Une refondation démocratique de l’Europe, que beaucoup appellent de leurs vœux au lendemain du Brexit, vous semble-t-elle encore possible ?

De plus en plus de forces de gauche comprennent que l’UE n’est pas réformable dans un sens progressiste, avec un fonctionnement plus démocratique, parce qu’elle est conçue, dans son architecture intrinsèque, pour ne pas être réformable. Tout est verrouillé et, pour enseigner dans un département d’études européennes, je peux vous assurer que mes collègues spécialistes le savent. L’UE n’a pas été conçue pour fonctionner avec les règles de la démocratie parlementaire, dont on craint toujours la tentation « populiste ».

Le vote britannique est donc une occasion à saisir pour toutes celles et ceux qui réfléchissent à un plan B, et sont conscients que de véritables alternatives impliquent une rupture avec l’UE. Que ce soit Jean-Luc Mélenchon en France, Oskar Lafontaine et Sahra Wagenknecht en Allemagne, l’aile gauche de Podemos ou ceux qui ont quitté Syriza l’an dernier : toutes ces forces anti-libérales et progressistes doivent se saisir de ce moment, si elles ne veulent pas être gravement punies par une droite nationaliste et xénophobe qui capterait la colère populaire.

Mais, en Grèce, la gauche qui a fait scission avec Tsipras, semble pourtant plutôt atone ?

Le dernier sondage américain PEW sur l’europhilie, effectué sur un très large échantillon de populations européennes, a montré que plus de 71 % des Grecs n’acceptaient plus l’UE et qu’un bon tiers souhaitaient sortir de l’euro. Certes, le champ politique grec est bloqué et, suite à la capitulation de Tsipras l’été dernier, le sentiment de défaite et de démoralisation reste fort. Mais on commence à voir des mouvements à gauche de Syriza, que ce soit Unité populaire ou le mouvement lancé par Zoé Konstantopoúlou, gagner du terrain. Nous sommes à la veille de reclassements importants, à l’échelle de l’Europe, et face à un choix entre une radicalité qui sera soit de gauche et internationaliste, soit de droite et xénophobe. Si la gauche qui se veut hostile au néolibéralisme continue à répéter la litanie de l’« Europe sociale » et de la « réforme des institutions européennes », elle ne s’enfoncera pas simplement dans l’impuissance, elle sera tout bonnement balayée.

La manière dont la Grèce a été traitée l’été dernier a-t-elle joué dans le vote britannique ?

Nigel Farage en 2015

Nigel Farage, le dirigeant du parti nationaliste et xénophobe UKIP, avait tenu au Parlement européen des propos dans lesquels il accusait l’UE de se comporter de manière dictatoriale avec la Grèce. Il disait des choses qui auraient dû être dites par toute la gauche britannique et européenne. Le référendum britannique est juste un nouveau signe du rejet de l’UE, dont les électeurs comprennent qu’elle se situe au cœur du problème de la politique représentative actuelle, celui d’une élite européiste qui méprise les couches populaires et la notion même de souveraineté du peuple. Passivement toléré lorsque la situation économique paraissait fluide, le projet européen se délite lorsque celle-ci se dégrade et que le carcan des politiques d’austérité se durcit partout, sous l’impulsion et le contrôle tatillon des instances de l’UE.

Le découpage spatial du vote britannique est saisissant. Il y a deux pays. La bulle de la City et du Sud-Est du pays face à un autre pays, dont on ne parle jamais parce qu’on préfère évoquer le Londres branché et multi-culturel. Avant d’enseigner à Londres, j’exerçais dans une université de la banlieue de Birmingham, Wolverhampton. La différence est abyssale. Le centre-ville était en ruine. Dans cette Angleterre où la révolution industrielle a commencé, tout le monde se sent abandonné et condamné à une mort économique et sociale. Le parti travailliste a abandonné à leur sort des populations entières et laissé ainsi le champ libre à des partis comme le UKIP.

Ce qui est d’ailleurs paradoxal, parce qu’alors que le Front national a toujours su, en France, se parer d’un vocabulaire et d’atours pour « faire peuple », le UKIP incarnait, à l’origine, tout ce dont les classes populaires anglaises se sont toujours moqué : un côté vieillissant, anglican, traditionnel, classes moyennes coincées, 100 % blanches, le conservatisme de grand-papa en somme. On imagine la colère et le sentiment d’abandon qu’il a fallu pour qu’un tel parti ait pourtant réussi à capter le vote des classes populaires…

Comment vous positionnez-vous face à la perspective de nouveaux référendums sur l’appartenance à l’UE dans d’autres pays d’Europe ?

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L’UE n’est pas réformable et je pense qu’il n’existe pas d’autre solution que sa dissolution. Une vraie refondation de l’Europe signifie briser la cage de fer de l’austérité perpétuelle et du néolibéralisme autoritaire, et cela passe par une rupture avec la machinerie institutionnelle de l’UE. Il faudra donc jouer le jeu des référendums, tout en empêchant les forces de la droite xénophobe et nationaliste de gagner l’hégémonie et de dévoyer la révolte populaire. La gauche de la gauche a pris beaucoup de retard, mais elle ne peut plus penser qu’elle parviendra, sans rupture avec l’UE, à changer le rapport de force à l’intérieur d’une machinerie spécialement conçue pour empêcher toute divergence, et face à un rouleau compresseur dont on a vu comment il a pu écraser la Grèce.

Statis Kouvelakis photo L'Humanité

Statis Kouvelakis photo L'Humanité

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 05:44
Pétition de "Peuples solidaires" contre l'accord de partenariat économique entre l'Union Européenne et l'Afrique (APE) qui protège surtout les intérêts des multinationales européennes

STOPPONS L'ACCORD DE PARTENARIAT ÉCONOMIQUE QUI APPAUVRIRAIT L’AFRIQUE DE L’OUEST !

Initié par l’Union européenne en 2000, l’Accord de partenariat économique (APE) est censé favoriser le développement économique et réduire la pauvreté en Afrique de l’Ouest. Mais en contraignant cette dernière à supprimer la plupart de ses protections commerciales vis-à-vis des importations de produits européens, l’APE servirait avant tout les intérêts d’une poignée de multinationales européennes au détriment des populations les plus vulnérables d’Afrique de l’Ouest.

En Europe, le Parlement européen a prévu de voter sur la ratification de l’APE en septembre 2016. Il est urgent d’agir et de se mobiliser dès maintenant pour demander un vote contre l’Accord. Les eurodéputé-e-s ont une dernière chance de stopper l’Accord, qui est une menace pour la souveraineté alimentaire et économique de l’Afrique de l’Ouest et qui est synonyme d’appauvrissement pour des millions de familles africaines.

Si l’APE était conclu, l’Afrique de l’Ouest ne pourrait, par exemple, plus taxer l’importation de poudre de lait et cela mettrait en concurrence la production laitière européenne et la production locale : les producteurs et productrices africaines perdraient à terme leurs moyens de subsistance.

Par votre signature, demandez aux eurodéputé-e-s qu'ils votent NON à la ratification de l’APE avec l’Afrique de l’Ouest !

JE SIGNE LA PETITION

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 09:48
Brexit: l'ampleur du désaveu doit conduire à la refondation de l'Europe (Pierre Laurent, PCF)

BREXIT : L'ampleur du désaveu doit conduire à la refondation de l'UE (Pierre Laurent)

Les citoyens britanniques viennent de voter à 51,9 % pour sortir de l'Union européenne. C'est un nouveau choc révélateur de l'ampleur du désaveu populaire vis à vis de l'UE néolibérale.

Le temps est venu de refonder l'UE, de construire une Union de peuples et de nations libres, souverains et associés, tournée vers le progrès humain et la justice sociale.

Cette nouvelle Union, et les nouveaux traités qu'elle appelle, doivent se construire sous le contrôle des peuples européens.

Le déni répété de cette exigence depuis le référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen jusqu'au coup d’État financier contre la Grèce, a conduit l'Europe dans le jusqu'au-boutisme libéral et donné des ailes à l'extrême droite.

La stratégie de David Cameron et l'accord passé avec la Commission européenne ciblant les populations immigrées ont libéré les forces les plus xénophobes au Royaume Uni.

Même dans sa formation politique, Cameron a été pris à son propre jeu.

Pour les classes populaires britanniques, le changement de gouvernement qui s'annonce à l'automne, encore plus à droite, veut dire plus d'austérité, plus de soumission aux marchés, plus de tensions et de racisme dans la société.

Nous refusons le faux dilemme imposé par les partisans de l'austérité, entre l'enfoncement dans la crise sociale et l'autoritarisme, ou la dislocation sur fond de rivalités nationalistes.

Il y a une autre option, celle de la reprise en main du projet européen par la gauche.

Une lutte cruciale pour notre avenir à tous est engagée entre la droite ultralibérale de Boris Johnson alliée à l’extrême droite de Marine Le Pen et l'alliance de toutes les forces de gauche et de progrès qui refusent l'austérité.

Nos regards se tournent vers l'Espagne, ou le résultat de dimanche pourrait ouvrir un espoir dans le camp progressiste.

Les communistes français seront plus que jamais au côté des peuples, de la gauche du Royaume Uni et d'Irlande, dans la période complexe et instable qui s'ouvre.

Avec nos alliés, nous travaillerons sans relâche à la construction de l'Europe du développement social, économique et écologique, respectueuse des souverainetés nationales.

La campagne présidentielle et législative de 2017 doit être l'occasion d'un grand débat populaire sur la politique de la France en Europe.

Il n'y a rien à attendre de Hollande et Sarkozy qui ont été les artisans de l'Europe austéritaire.

La question du changement politique à gauche, dans un grand pays comme le nôtre se pose plus que jamais.

Le PCF entend y contribuer dès maintenant, en construisant un pacte d'engagements commun qui contienne une politique concrète et offensive pour un gouvernement de la France qui soit au combat sur la scène européenne.

Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF, Président du PGE,

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 05:05

Le chant du cygne des vieilles élites ?

Charles Enderlin, Géopolis (France TV info), lundi 20 juin 2016

Il ne faut pas aller dans les endroits où on dit du mal de vous. En général, cela ne sert à rien et c’est désagréable. Benjamin Netanyahu a donc décidé de ne pas mettre les pieds à la prestigieuse conférence de Herzlia, où on a beaucoup parlé de lui et pas en bien. Ses deux anciens ministres de la défense ont été particulièrement durs. Le premier à proférer des méchancetés fut Moshé Boggie Yaalon : « Israël, à ce stade, et pour l’avenir prévisible, ne fait pas face à une menace existentielle. Il faut cesser de faire peur aux citoyens en leur donnant le sentiment que nous sommes menacés par une nouvelle Shoah. Il est faux d’imaginer qu’en terrorisant les citoyens, on leur fera oublier la corruption, le fossé social, le coût de la vie élevé et les autres défis auxquels le pays fait face. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à être vigilant. Les problèmes de sécurité sont réels et très sérieux. Nous avons besoin d’un leadership qui dirigerait le pays avec une conscience morale, et non pas en fonction des sondages d’opinion. L’actuel leadership est occupé à attiser les passions, la peur entre Juifs et Arabes, entre la droite et la gauche, et les différents groupes ethniques afin de rester au pouvoir. Le rôle d’un leadership doit être de rassembler la nation et ne pas la diviser ». Et Yaalon d’annoncer qu’il a l’intention de se présenter aux prochaines élections et briguer la direction du pays.

Le plan secret de l’annexion

Ehoud Barak, ministre de la défense avant Yaalon a été encore plus mordant. Il accusé Netanyahu de cacher ses véritables intentions. D’avoir « un plan secret qui va inexorablement créer un [seul] état [et non la solution à deux états]. Ce sera inévitablement soit un ‘’état apartheid’’ qui affrontera la résistance de ceux qu’il contrôlera, sera ostracisé par le monde entier et finira par s’effondrer. Ou ce sera un état binational avec une minorité juive d’ici une génération ou deux, qui très certainement conduira à une guerre civile entre les deux populations. » Selon Barak, « un noyau fanatique à l’idéologie extrémiste a pris le contrôle du Likoud dont il a purgé tous ceux qui préféraient les valeurs démocratiques au populisme. Netanyahu est responsable des actes de ce gouvernement et de ses échecs ; que ce soit en raison de ses faiblesses, de sa personnalité, du syndrome de Stockholm ou de ses positions politiques inspirées par sa famille et ses proches ». Barak a prononcé le mot que l’on aime pas entendre en Israël. Verbatim : « Les projets de loi soumis par le pouvoir représentent un processus d’érosion de la démocratie et contiennent les graines du fascisme qui s’est installé au sein de ce gouvernement. Si cela ressemble à des graines de fascisme, fonctionne comme des graines de fascisme, aboie comme des graines de fascisme, alors ce sont bien des graines de fascisme ! ». Bigre ! Réactions du Likoud : « La conférence de Herzlia est un repaire de gauchistes (!!!!). Ce sont des déclarations de « has been ». Barak a été un très mauvais Premier ministre ! Avec Yaalon, il cherche à retrouver les feux de la rampe. »

L’angoisse de Barak la panique de Yaalon

Il faut relever un élément dans la démonstration de Barak. Nul, mieux que lui connaît Benjamin Netanyahu. Il a été son chef au sein du commando d’état major, dans les années 70, il fut son ministre de la défense pendant quatre ans, le voyant presque quotidiennement, préparant la frappe sur les installations militaires iraniennes. Et il n’aurait pas remarqué son idéologie annexionniste ? Il ne l’aurait jamais entendu répéter ce qu’il avait déclaré devant ma caméra, dés 2002 : « J’ai accepté le retrait partiel de Hébron [en 1996] avec l’intention de garder le reste de la Cisjordanie » Voir ce passage dansmon film. En l’occurrence, Barak se réveille bien tard. Ses déclarations sont, sans aucun doute, à mettre sur le compte de l’angoisse qui a fini par le saisir, face à la situation catastrophique où se trouve le pays. Un état des lieux auquel il a largement contribué.

Yaalon, lui aussi donne l’impression d‘être pris de panique. Est-ce le fait, général aux brillants états de service, d’avoir été remplacé par l’ex caporal magasinier, Avigdor Lieberman ? Peut être mais, sa démission a suivi l’affaire du soldat, qui, à Hébron, a tué un palestinien blessé après avoir agressé un militaire. Ses supérieurs, les chefs de l’armée, ont condamné son geste, et la police militaire l’a arrêté. Mais, très vite, le public israélien a montré une fois de plus qu’il avait une vision différente des notions de droit et de justice. 68 % des personnes interrogées, dans le cadre d’un sondage, ont justifié l’assassinat du terroriste, et 57% considéraient qu’il ne fallait pas traduire le soldat en cour martiale.

Processus nauséabonds

A cela, il faut ajouter les prises de position du général Yair Golan, le chef d’état major adjoint qui, avant le jour de la commémoration de la Shoah, avait déclaré : « Une chose m’effraie. C’est de relever les processus nauséabonds qui se sont déroulés en Europe en général et plus particulièrement en Allemagne, il y a 70, 80 et 90 ans. Voir des signes de cela parmi nous en cette année 2016. La Shoah doit inciter à une réflexion fondamentale sur la façon dont on traite ici et maintenant l’étranger, l’orphelin et la veuve. […] Il n’y a rien de plus simple que de haïr l’étranger, rien de plus simple que de susciter les peurs et d’intimider…" » Voir l’analyse de Danièle Kriegel.

Le racisme

La droite gouvernementale n’avait pas apprécié. Golan et ses collègues généraux ont donc eu droit à une véritable campagne de « shaming » sur les réseaux sociaux. Yaalon, ministre de la défense, a, bien entendu, soutenu l’état major face à cette campagne haineuse. Netanyahu s’est rangé du côté de l’opinion publique et négocié un nouvel accord de coalition avec le parti russophone d’Avigdor Lieberman. Yaalon, sur le point d’être limogé, a préféré démissionner en déclarant : « J’ai combattu de toutes mes forces les expressions d’extrémisme, de violence et de racisme qui menacent la robustesse de la société israélienne, s’infiltrent dans l’armée en lui nuisant »

L’inimitié de la nouvelle élite

Tout cela, démontre une fois de plus, la profonde transformation de la société israélienne. Alouf Ben, le rédacteur en chef du quotidien Haaretz, l’a analysée dans un article publié par la revue américaine Foreign Affairs sous le titre : « La fin du vieil Israël » Extraits : « Israël – au moins sa version séculaire et progressiste qui avait captivé l’imagination du monde- appartient au passé. […] D’ores et déjà, la transformation est spectaculaire. Les dirigeants actuels du pays, dirigés par Benjamin Netanyahu, qui, depuis l’élection s’est transformé en extrémiste de droite- considèrent le principe démocratique comme synonyme du pouvoir absolu de la majorité. Ils n’acceptent pas les limites imposées par le processus judiciaire, ou la nécessité de protéger les minorités. » Alouf Ben rappelle les états de service de Yaalon. Membre du Likoud, général, ancien chef d’état major, opposé aux accords d’Oslo, mais profondément attaché à la laïcité et au droit. « Cela faisait de lui un des derniers membres de la vieille garde du style de Ben Gourion. Dans l’Israël de Netanyahu, le seul fait de se prononcer en faveur d’une procédure judiciaire pour un crime avéré suffit à vous attirer l’inimitié de la nouvelle élite et de ses supporters » L’analyse d’Alouf Ben se trouve ici. Mon article sur le maccarthysme au pouvoir en Israël est .

PS : Il faut remarquer que la plupart des grands médias évitent d’évoquer cette transformation profonde de la société israélienne. Est-ce par peur d’être taxé d’antisémtisme ?

A lire aussi, transmis par la lettre d'info de l'AFPS, ces appels à la paix et à la décolonisation venus d'Israël après le dernier attentat de Tel Aviv qui montrent que la société israélienne reste clivée malgré la radicalisation à l'extrême-droite d'une partie de l'opinion et du gouvernement.

Israël : Appels à la paix

Après un attentat palestinien en Israël, on a plus souvent l’habitude d’entendre des appels à la vengeance.

Politis, mardi 21 juin 2016

Après un attentat palestinien en Israël, on a plus souvent l’habitude d’entendre des appels à la vengeance contre « les Arabes ». Le discours d’un père de l’une des victimes de la fusillade du 8 juin n’en est que plus remarquable. Devant plusieurs centaines de personnes venues assister aux funérailles de son fils, le père d’Ido Ben Ari, un des quatre Israéliens tués dans un quartier animé de Tel-Aviv, a reproché au gouvernement israélien de ne pas tout faire pour trouver un accord avec les Palestiniens.

Lire>> Israël : Attentat et punition collective.

« Les dirigeants que nous élisons démocratiquement sont censés trouver une solution stratégique au conflit, ce qui exige une grande capacité de vision, de concessions, de solutions créatives, et pas des grandes phrases vides de sens », a-t-il ainsi déclaré.

Un discours qui n’est pas sans rappeler celui tenu par le maire de Tel-Aviv, Ron Huldai, au lendemain de la fusillade. Il avait vivement condamné l’occupation de territoires palestiniens et la frilosité du régime à trouver un accord : « Nous sommes peut-être le seul pays au monde où un autre peuple se trouve sous notre occupation. […] Un changement ne peut intervenir que si nous montrons à nos voisins palestiniens que nous avons de véritables intentions de changer la situation actuelle. »

Des propos forts tenus seulement quelques jours après la conférence de Paris pour relancer le processus de paix au Proche-Orient, qualifié de « diktat international » par le Premier ministre israélien, Benyamin ­Netanyahou.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 08:09

« Et une de plus », serait-on tenté de dire après la gifle électorale infligée au « Parti démocrate » de Matteo Renzi « Et une de plus », serait-on tenté de dire après la gifle électorale infligée au « Parti démocrate » de Matteo Renzi, qui vient confirmer la lente agonie d’une social-démocratie noyée dans le marigot ultralibéral.

Cette défaite vient s’ajouter à une longue liste qui a déjà laissé sur le carreau nombre de leurs complices européens. Les faits sont têtus : partout en Europe, les partis socialistes qui ont fait le choix de la rupture avec le progrès social, abandonnant toute volonté de partage des richesses pour imposer des reculs sociaux par la force, ont été sanctionnés par les urnes. Partout, cette capitulation idéologique devant le capitalisme financier a conduit au naufrage. Et il n’y a aucune raison que ce long déclin de l’empire social-démocrate ne touche pas la France. D’autant que François Hollande et Manuel Valls mettent du cœur à l’ouvrage en s’acharnant à imposer, quoi qu’il en coûte au socle républicain, la loi dite « travail », grâce à laquelle le capitalisme compte faire payer sa crise aux travailleurs. C’est dire si l’échec de son « frère jumeau » italien devrait inquiéter Manuel Valls. Car le premier ministre n’a jamais caché son admiration pour Matteo Renzi, celui qui a osé « bousculer pour réformer ». Le chef du gouvernement italien aurait ainsi « révolutionné » le marché du travail avec le Jobs Act, cette muse de la loi El Khomri adoptée l’an dernier et elle aussi inspirée des « recommandations » de la Commission européenne, dont on connaît l’efficacité des conseils avisés. En imposant sans le vote de la représentation nationale une loi inspirée par la technocratie européenne, l’élève Valls a même dépassé le maître italien dans une parodie de bras de fer à la Thatcher. Hollande et Valls pourront interdire les manifestations. Ils pourront même utiliser une nouvelle fois le 49-3 lors du retour du texte à l’Assemblée nationale. Mais la loi El Khomri s’annonce comme le chant du cygne d’un pouvoir voué à subir une défaite à la hauteur du désespoir qu’il a semé.

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 18:00

Unidos Podemos confirme sa progression dans les sondages

19 JUIN 2016 | PAR AGENCE REUTERS

Trois sondages publiés dimanche en Espagne confirment que la coalition de gauche Unidos Podemos (Ensemble, nous pouvons) devrait progresser lors des élections législatives du 26 juin par rapport au scrutin du 20 décembre, qui n'a pas permis la formation d'un gouvernement.

MADRID (Reuters) - Trois sondages publiés dimanche en Espagne confirment que la coalition de gauche Unidos Podemos (Ensemble, nous pouvons) devrait progresser lors des élections législatives du 26 juin par rapport au scrutin du 20 décembre, qui n'a pas permis la formation d'un gouvernement.

Selon ces enquêtes, l'alliance entre Podemos et le parti Izquierda Unida, ex-communiste, obtiendrait une solide deuxième place derrière les conservateurs du Parti populaire (PP) et devant les socialistes du PSOE.

Les deux composantes d'Unidos Podemos, qui avaient remporté en décembre 71 sièges sur 350 au Congrès des députés, rafleraient cette fois entre 84 et 95 sièges à la chambre basse du parlement, selon les trois sondages publiés respectivement par El Pais, El Mundo et ABC.

La coalition de gauche est créditée de 24,6% à 26% des intentions de vote, alors que les socialistes, deuxièmes des élections de décembre avec 90 élus, ne recueilleraient que 20 à 21,4% des suffrages et 78 à 85 sièges de députés.

Le PP du président du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, est crédité de 20 à 30,5% des voix et de 113 à 129 sièges. Mais le parti conservateur aurait du mal à se trouver des alliés pour conserver le pouvoir, à moins de s'entendre avec le PSOE.

Les socialistes, en position difficile, risqueraient de subir le même sort que le Pasok grec, naguère puissant parti de centre gauche, qui a été éclipsé par la formation de gauche radicale Syriza sur fond de crise financière à Athènes.

Si les socialistes rejoignaient une "grande coalition" dominée par le PP, ils s'aliéneraient sans doute les électeurs de gauche hostiles aux mesures d'austérité déjà mises en oeuvre par Mariano Rajoy. S'ils devenaient le partenaire mineur d'une coalition avec Unidos Podemos, ils cesseraient d'être la force dominante de la gauche et cela pourrait favoriser la poursuite de l'ascension du parti de Pablo Iglesias.

Quant au quatrième parti ayant émergé ces derniers mois et mis fin avec Podemos à quatre décennies de bipartisme, la formation centriste libérale Ciudadanos (Citoyens), elle obtiendrait au mieux un siège de plus qu'en décembre, soit 41 élus, montrent ces sondages réalisés par les instituts Metroscopia, Sigma Dos et GAD3.

(Sarah White et Carlos Ruano, Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

Alberto Garzon (Izquierda Unida) et Pablo Iglesias (Podemos) scellant leur pré-accord pour les Législatives sur la Puerta del Sol

Alberto Garzon (Izquierda Unida) et Pablo Iglesias (Podemos) scellant leur pré-accord pour les Législatives sur la Puerta del Sol

Voir aussi dans L'Humanité le 10 mai 2016

Législatives en Espagne: Izquierda Unida et Podemos marcheront ensemble

MARDI, 10 MAI, 2016

HUMANITE.FR

Pour dépasser le parti socialiste espagnol (PSOE), les deux formations anti-austérité, Podemos et Izquierda Unida ont scellé un préaccord d'alliance sur la mythique Puerta del Sol. De nouvelles élections législatives sont prévues le 26 juin, suite à l’impossibilité de constituer une majorité issue du dernier scrutin.

Le geste est fort. Sur la Puerta del Sol, le jour de l’anniversaire des 5 ans du lancement du mouvement des indignés, Pablo Iglesias de Podemos, 37 ans, et Alberto Garzon d’ Izquierda Unida, 30 ans, se sont donnés l’accolade. C'est toute une symbolique anti-austérité qui vient sceller ce "pré-accord", rédigé lundi soir. Il reste aux militants des deux formations de le ratifier par le vote. Mais les deux partis considèrent déjà ce jour comme historique. "Nous sommes convenus de l'essentiel: nous irons ensemble aux élections pour les remporter, et je m'attends à ce que nos militants comme ceux d'IU réagissent à cette opportunité historique en participant avec enthousiasme", a déclaré ce mardi le chef de Podemos, Pablo Iglesias, dans une interview à la radio.

Sur la base des résultats du scrutin de décembre, qui n'a pas permis de former un gouvernement, l'alliance de deux formations pourrait reléguer en troisième position le Parti socialiste (PSOE), qui avait obtenu plus de 5,5 millions de voix derrière le Parti Populaire au pouvoir qui en avait remporté 7,2 millions. Podemos et ses alliés avaient recueilli 5,18 millions de votes et 69 sièges, Izquierda Unida (ecolo-communiste) plus de 900.000 suffrages mais deux sièges seulement. Les derniers sondages montrent une belle hausse des intentions de vote en faveur d’IU, mais un tassement pour Podemos. Iglesias souffre d'une intense campagne de calomnie, tandis qu'Alberto Garzón d'IU est devenu l'homme politique le plus apprécié d'Espagne. Lire : Ce bon vent qui vient d’Espagne
Les deux formations espèrent que l’alliance ainsi scellée va relancer une dynamique, à un mois et demi du scrutin. Et complètement chambouler le rapport de force politique en Espagne.

Et dans L'Humanité le 19 mai :

Espagne. Podemos et Izquierda Unida ensemble pour la gagne

JEAN ORTIZ

JEUDI, 19 MAI, 2016

HUMANITÉ DIMANCHE

Rassemblées « pour gagner le pays » et les législatives du 26 juin, les deux formations de gauche se sont alliées au sein d’Unidos Podemos. Aux dernières estimations, l’alliance anti-austérité obtiendrait 88 sièges de députés (73 pour le Parti socialiste ouvrier espagnol et 112 pour le Parti populaire).

Podemos, constitué en 2014, a siphonné une partie de l’électorat d’Izquierda Unida (IU, la gauche unie qui regrou­pe des partis de la gauche radicale, notamment le Parti ­communiste d’Espagne – PCE) en se présentant comme la force antisystème, anti-« castes », anticorruption généralisée. Historiquement, les principaux dirigeants de Podemos sont des universitaires issus d’IU : ils l’ont quittée à la suite de crises internes. Ils ont en quelque sorte « tué le père » pour voler de leurs propres ailes.

une alliance En tête chez les moins de 55 ans

Les intellectuels communistes Manuel Monereo et Julio Anguita restent des « mentors idéologiques » de Podemos, qui a su s’adapter à la nouvelle situation née de la crise (2008) et du tsunami des Indignés (15 mai 2011). Podemos a révolutionné la « grammaire politique » et intégré de nouveaux apports. Constitué en parti, il a ouvert un débouché ­politique (les Indignés étaient ­plutôt réfractaires à la politisation). Critiqué pour sa volonté hégémonique, Podemos a opéré au printemps dernier un recentrage, a mûri, écouté la forte aspiration populaire au rapprochement avec Izquierda Unida.

Les deux jeunes leaders, Pablo Iglesias, pour Podemos, et ­Alberto Garzon, pour IU, ne cachent pas leurs liens d’amitié. Ils se sont rencontrés dans le mouvement des Indignés, dans ses remises en cause, ses « utopies », ses constats si lucides (soutenus par 82 % de la population). Une fraction des militants Indignés a considéré qu’un mouvement uniquement de protestation ne suffisait pas à mettre fin aux politiques néolibérales dévastatrices (chômage à 24 %, exil de plus de 400 000 jeunes ­diplômés, record européen des inégalités, etc.). Le mouvement du 15 mai s’est transformé en mouvement politique d’alternative.

Au sein du PCE et d’IU, l’irruption fracassante de Podemos cliva les positions. Après la défaite électorale du 20 décembre 2015 (deux députés IU élus), Alberto Garzon prit du poids dans l’organisation divisée et contribua à tirer les ­leçons nécessaires de l’échec sans brader l’identité d’IU, seule force politique nationale d’opposition de gauche depuis trente-sept ans. Même dans les moments difficiles, Alberto Garzon s’est interdit toute criti­que publique et a continué à ten­dre la main à Podemos (en perte de vitesse depuis quelques mois, sous le feu nourri du système). Pour les piliers d’un bipartisme moribond, Podemos, Garzon et Iglesias sont les cibles à abattre politiquement. Et plus encore depuis l’annonce, symboliquement à la Puerta del Sol, de l’accord électoral Podemos-IU. Panique à droite et au PSOE ! On ressort les thèmes franquistes les plus rances, les services policiers fouillent dans les poubelles.

L’alliance Podemos-IU – Unidos Podemos, UP – a été approuvée massivement lors d’une consultation des militants (98 % des votants pour le premier et 87,8 % pour la seconde). Et l’alliance, ouverte aux mouvements sociaux et à d’autres petites formations (Equo, Compromis…), arriverait en tête chez les moins de 55 ans. L’accord de gouvernement qui en résulte, en 50 points, s’apparente à un programme politique global. L’accord balaie tous les secteurs. En vrac : protection urgente des plus démunis, fin des politiques néolibérales austéritaires, de la corruption, prise en compte de la « plurinationalité » de l’Espagne, amélioration des services de santé, nouvelle « loi éducative », suppression des atteintes à la législation du travail, plan national de transition énergétique, processus de modification de la Constitution, nouveau modèle productif, SMIC à 800 euros, audit et restructuration de la « dette hypothécaire », création d’une banque publique, réforme fiscale, etc. Enfin, chaque formation mènera campagne pour le 26 juin comme elle l’entend…

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 05:00
MSF refusera désormais les subventions de l'UE pour dénoncer la politique anti-réfugiés de l'Union Européenne et de ses Etats membres (décryptage et interview Médiapart)

MSF: «L’Europe participe au démantèlement du concept même de réfugié»

18 JUIN 2016 | PAR AGATHE DUPARC

Médecins sans frontières n’acceptera plus un seul financement institutionnel en provenance de l’Union européenne et de ses États membres, jugeant « honteuse »la réponse apportée par Bruxelles à la crise migratoire qui met en danger le concept même de réfugié, comme l’explique à Mediapart Bruno Jochum, le directeur de MSF Suisse.

Genève, de notre correspondante. - C’est un coup de tonnerre dans le monde des ONG : à compter du vendredi 17 juin, Médecin sans frontières (MSF) n’acceptera plus un seul financement issu de l’Union européenne et de ses États membres, estimant qu’en matière de politique migratoire, le point de non-retour a été franchi par Bruxelles avec la signature, le 18 mars dernier, d'un accord avec la Turquie.

Pour l’année 2015, MSF avait touché 19 millions d’euros pour différents programmes humanitaires auprès de l’Union européenne via son agence humanitaire, ECHO, et 37 millions d’euros avaient été reçus de différents pays européens (Autriche, Belgique, République tchèque, Allemagne, Danemark, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Espagne, Suède, Royaume-Uni). Par ailleurs, MSF n’acceptera plus l’argent du gouvernement norvégien (6,8 millions d’euros reçus en 2015) qui collabore avec Frontex. Au total, l'ONG se prive de près de 63 millions d'euros, soit 8 % de ses financements, alors que le reste est assuré par des fonds privés. Bruno Jochum, le directeur de MSF Suisse explique les raisons qui ont conduit à cette décision, qui couvait depuis quelques mois.

Mediapart : Pourquoi avoir pris la décision de ne plus accepter de fonds en provenance non seulement de l’Union Européenne, mais aussi de chacun des États membres de l’UE ?

Bruno Jochum : Nous étions parvenus à un niveau de divergence tel qu’il n’est plus possible de dénoncer ce que nous estimons être une politique profondément néfaste sur le plan humanitaire et, en même temps, d’accepter d’être financé par un instrument de l’UE [ECHO, l’agence humanitaire européenne – ndlr] qui, selon nous, est utilisé à mauvais escient ou par des États membres qui pratiquent une politique de fermeture des frontières en violation de leurs obligations internationales.

Voilà des mois que vous adressez vos critiques sur la politique migratoire de l’UE. Il y a eu la publication en janvier d’un rapport sur le parcours d'obstacles des migrants à travers l'Europe, une lettre ouverte aux dirigeants européens signée par Joanne Liu, votre directrice, puis le boycott du sommet mondial humanitaire à Ankara

C'est l'accord signé le 18 mars entre l'UE et la Turquie a été le déclencheur. Nous considérons qu'il s'agit d'un vaste marchandage politique. D’un côté, on négocie le renvoi des réfugiés en Turquie et de l’autre, on promet à Ankara 3 milliards d'euros d’aide humanitaire. MSF ne remet pas en cause la manière dont ces fonds humanitaires seront utilisés, mais c’est la connexion en terme de conditionnalité qui est profondément choquante.

Ce qui est en train de se passer, c’est le non respect de plus en plus marqué des obligations contenues dans les conventions sur les réfugiés. L’Europe participe ainsi au démantèlement du concept même de réfugié. La conséquence, ce n’est pas uniquement d’avoir des dizaines de milliers de personnes bloquées en Grèce dans des conditions de vie lamentables, privées d’aides juridiques, avec des traumatismes psychologiques importants. C’est aussi un signal envoyé par l’Europe au reste du monde et qui pourrait avoir un effet domino.

Le risque, c’est que les pays voisins de la Syrie ferment les uns après les autres leurs frontières. Près de 100 000 personnes qui fuient les bombardements d’Alep sont déjà bloquées à la frontière turque. Et, par ailleurs, que dire à des pays, comme le Kenya, qui veulent renvoyer les réfugiés somaliens, alors que l’Europe, la zone la plus prospère du monde, refuse d’accueillir une population qui fuit la guerre ?

La goutte d’eau qui a fait déborder l’eau du vase, c’est aussi la perspective que l'accord UE-Turquie soit répliqué ailleurs.

De quoi parlez-vous exactement ?

L’Union européenne pourrait bientôt conclure avec une vingtaine de pays en Afrique et au Moyen-Orient des accords migratoires du même type que celui passé avec la Turquie. Les pays qui ne retiendraient pas sur leur territoire les candidats à l’exil et à l’émigration, ou ne faciliteraient pas leurs retours forcés, pourraient voir diminuer leur aide au développement. Parmi eux, on compte l’Érythrée, la Somalie, le Soudan, l’Afghanistan, les plus grands pourvoyeurs de réfugiés et dont certains sont des dictatures. Cela devient très grave : on va payer ces pays pour qu’ils dissuadent les gens de partir ou pire, comme dans le cas du Soudan, pour qu’ils renvoient chez eux les Érythréens !

Quelle logique est à l’œuvre derrière cela ?

La volonté des pays européens de rendre le problème invisible. C’est une politique d’externalisation du contrôle de l’immigration. On veut que les demandes soient traitées uniquement dans les pays tiers et pas directement en Europe. Or parmi ces pays tiers, il y a des États qui ne sont pas signataires des conventions de Genève et pratiquent une politique de renvoi indifférenciée. C’est extrêmement grave car les conventions sur les réfugiés sont nées en Europe après la Seconde Guerre mondiale et historiquement, les États européens ont toujours été leurs défenseurs.

Avant de prendre cette décision, aviez-vous eu des discussions et des contacts avec Bruxelles et certains États de l’UE ?

Nous discutons depuis des mois et nous continuerons à le faire. Notre intention était de marquer notre profond désaccord avec ce qui se passe. Ce que les État mettent en avant, c’est la pression de leurs opinions publiques. Ils assument sans complexe le fait de dire à des familles entières qui fuient les bombardements : « Non, vous ne pourrez pas trouver refuge chez nous, mais vous devrez rester dans des zones de danger », tout en faisant des petits gestes pour des programmes de relocalisation au compte-gouttes. Ce qu'ils défendent, c’est avant tout l’efficacité apparente d’une politique qui vise à stopper les flux de migrants. Et effectivement, les flux ont beaucoup diminué. Mais pour un temps seulement. Maintenant, d’autres voies se reconstituent via la Libye vers l’Italie, avec encore plus de morts en mer que l’année dernière.

Les conventions de Genève ne sont-elles désormais plus que des déclarations d’intention, avec en Europe, un opinion publique qui comprend de moins en moins ce que signifie le terme de réfugié ?

Les sociétés européennes sont divisées sur cette question. Il y a à la fois beaucoup de solidarité qui s’exprime à travers des individus, des associations, des pays. En Grèce, en Allemagne, en Suède. En parallèle, il y a des attitudes extrêmement cyniques. Quand de manière délibérée, à la frontière de la Macédoine (à Idomeni) ou à Calais, on fait en sorte que les conditions de vie soient épouvantables alors qu’on a parfaitement les moyens de proposer autre chose, c’est du pur cynisme ! Ne reste plus que ce message : « Si vous venez chez nous, voilà ce qui se passera ! » Il faut le répéter encore et encore : l’Europe a accueilli en 2015 un peu plus d’un million de migrants, soit 0,2 % de sa population. En arriver à un tel niveau de crise et d’inefficience alors qu’on parle d’un flux de 0,2 %, cela montre la fragilité et l’inadéquation de la réponse.

MSF est-elle désormais la seule ONG qui refuse les financements en provenance d’institutions et d’États européens ?

Depuis sa création, MSF a mis en place une stratégie d’indépendance financière. Nous sommes financés à 92 % par des fonds privés et nous faisons figure d’exception. Déjà en 2004, nous avions décidé de ne plus accepter de fonds étatiques américains. Après le 11-Septembre, les Américains voulaient imposer leurs conditions et leurs contrôles, déterminer qui devait être bénéficiaire de leur aide, faire en sorte que l’argent ne puisse pas aller aux « groupes terroristes », alors qu’il s’agissait d’aider des populations qui vivaient dans des zones sous contrôle d’un groupe labellisé comme terroriste.

Quand il s’agit d’une crise humanitaire liée à une guerre ou un conflit, nous ne prenons jamais de subventions étatiques. Nous ne voulons pas d’interférences avec les politiques étrangères menées. Voilà des années que nous n’acceptons plus d’argent de la France, et très peu du Royaume-Uni, qui ont des politiques étrangères extrêmement affirmées dans des pays où nous sommes opérationnels.

Est-ce un manque à gagner important pour MSF ?

Quelque 46 millions d’euros de fonds européens, cela représente des montants assez considérables, mais nous avons des réserves qui représentent entre six et neuf mois d’activité. Nous pouvons ainsi faire face à des actions urgentes et cela nous donne plus d’indépendance. Il faut comprendre que MSF ne touchait aucun fonds européen pour alimenter ses programmes sur les migrations en Europe. Ce à quoi nous renonçons, ce sont des financements pour d’autres opérations dans le monde, par exemple au sud Soudan.

La décision de MSF va ouvrir une voie pour d’autres ONG ?

Nous espérons ouvrir une réflexion sur les accords passés entre l’UE et la Turquie et ceux qui sont à venir. Et aussi sur l’instrumentalisation que font les États européens de l’aide humanitaire. Si on utilise l’aide humanitaire comme un marchandage pour obtenir le renvoi des demandeurs d’asile ou l’arrêt des flux migratoires, cela a quelque chose d’extrêmement choquant. En recevant des fonds, chaque ONG doit se poser la question de sa propre instrumentalisation.

Fin mars, vous aviez déjà annoncé votre décision de ne plus intervenir dans certains hotspots en Grèce qui avaient été transformés en lieux de détention. N’y a-t-il pas le risque d’abandonner les migrants à leur sort ?

Oui, c'est un vrai dilemme et une décision très difficile à prendre. Nous avons décidé de quitter le camp de La Moria à Lesbos qui, après l’accord UE/Turquie, était devenu une prison, entourée de barbelés. Avec des conditions de vie inacceptables. À un moment donné, s’est posée la question de savoir à partir de quand MSF devient un service médical supplétoire au service d’une politique migratoire de rétention et de renvoi. Et à partir de quel moment, nous restons une organisation qui choisit ses programmes. Nous avons considéré qu’il valait mieux se retirer et dénoncer la situation. D’autres organisations sont restées. Bien sûr, s’il y avait une urgence, une épidémie ou autre, nous serions prêts à intervenir.

Mais nous sommes toujours présents pour des programmes d’accueil en Grèce pour les 50 000 personnes qui étaient arrivées avant l’accord Turquie/UE et sont toujours bloquées. Nous avons monté une structure à Idomeni, à la frontière macédonienne, là où les pouvoirs publics grecs n’ont pas voulu intervenir alors qu’ils en avaient les moyens. Et nos programmes en Méditerranée continuent.

L’Europe porte donc une lourde responsabilité.

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 06:17
Jeremy Corbyn, porteur du "non" de gauche au Brexit - par Francis Wurtz (L'Humanité Dimanche, 16 juin 2016)

Le nouveau leader travailliste, Jeremy Corbyn, déroute décidément les observateurs politiques français. Cet authentique homme de gauche se permet à la fois de s'opposer à la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE et de lutter pour une autre Europe. Il n'en faut pas plus pour que "Libération" s'interroge: "Est-il "in" ou "out"? Ceci est la question".

Certes le journal de Laurent Joffrin l'admet: " Il l'a clairement dit: il votera en faveur du maintien". Mais comment croire à son engagement contre la sortie de l'UE alors qu'il a voté contre tous les traités européens et qu'il ne "s'est jamais privé de critiquer l'union européenne" (15 avril).

Autrement dit, pour paraphraser un ancien président: l'Europe, on l'aime telle qu'elle est ou on la quitte! Cela nous rajeunit de 11 ans: en 2005, ou bien l'on votait pour le traité constitutionnel, ou l'on était qualifié d'europhobe! Même son de cloche à "l'Express": "Corbyn soutient le maintien dans l'UE du bout des lèvres", titrait l'hebdo le 14 avril.

C'est que "l'éternel rebelle de l'aile gauche du Parti" a rappelé que cette UE qu'il n'entend pas quitter à en revanche "besoin de changer (car elle) manque de représentation démocratique" et qu'elle poursuit de mauvaises politiques qu'il entend continuer de combattre (TAFTA, privatisations - NDLR). En effet, n'en déplaise au esprits bornés, "il est parfaitement possible d'être critique et en même temps de rester convaincu de la nécessité de rester membre" comme l'a précisé Corbyn dans ce même discours et comme il l'a maintes fois réitéré depuis.

Cette position est aussi celle des principaux syndicats britanniques: ils appellent leurs adhérents à voter pour le maintien dans l'UE tout en estimant que celle-ci "doit changer" en rompant avec "les politiques d'austérité"*. Il est enfin intéressant de noter que 70% des jeunes Britanniques (de 18 à 24 ans) sont, eux aussi, clairement opposés à une sortie de leur pays de l'UE, sans être nécessairement des béni-oui-oui de l'Europe telle qu'elle se fait.

Manifestement, ni les uns ni les autres ne se font la moindre illusion sur les avantages à attendre d'un face-à-face isolé avec les forces du capital de leur pays ni d'une flambée populiste consécutive à une victoire du Brexit. Sans être au garde-à-vous devant Bruxelles.

Est-ce à dire que les "eurocritiques" de gauche devraient pour autant faire cause commune avec ce politicien foncièrement réactionnaire et ultralibéral qu'est David Cameron, sous prétexte qu'il est, lui aussi, contre la sortie de l'UE, pour de tout autres raisons? Qui peut l'imaginer un seul instant? Qui? "Le Monde" apparemment, qui vient de consacrer une demi-page et une manchette sur six colonnes à une critique en règle de Corbyn, coupable de faire le "service minimum" pour le "in" (le maintien dans l'UE). La preuve? "Il refuse d'apparaître aux côtés de M. Cameron". Pire: au Parlement de Londres, "il s'en est pris vivement à ce dernier alors qu'il est du même côté que lui dans la bataille référendaire".

Pourtant, note, dépité, le quotidien, "le premier ministre ne ménage pas sa peine". N-a t-il pas "renoncé à son projet de loi destiné à asphyxier les syndicats et le Labour"? Certes, pas pour longtemps, puisque, reconnaît le correspondant, "les hostilités pourraient reprendre dès le lendemain du référendum" (10 juin).

Drôle de compromis! "On attendait mieux d'un homme de gauche" insiste pourtant "le Monde" (12 juin) dans un éditorial au vitriol où l'on peut lire, en se frottant les yeux, que "par sa passivité, M. Corbyn s'associe à l'ultra-droite nationaliste anglaise pour faire perdre l'Europe"!

Pour notre part, nous disons merci à notre ami de ne pas renier ses valeurs progressistes dans cette campagne si complexe, en affirmant en quelque sorte un "non" de gauche au Brexit.

* Lettre des dirigeants des dix principaux syndicats à "The Guardian" le 6 juin. A noter que "le Monde" a publié l'information... en en ignorant le second volet.

Francis Wurtz, ancien député européen PCF-Front de Gauche- Gauche Unitaire Européenne

Jeremy Corbyn, porteur du "non" de gauche au Brexit - par Francis Wurtz (L'Humanité Dimanche, 16 juin 2016)
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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 12:48

RENNES , Place de la Mairie , ce soir 19h . RASSEMBLEMENT de solidarité avec les victimes du massacre homophobe et islamiste de Orlando

Orlando : "La haine et la terreur ne triompheront pas" (Pierre Laurent)

La tuerie d'Orlando perpétrée le 12 juin 2016 par un individu isolé, et à présent revendiquée par Daech, a fait à cette heure 50 morts et 53 blessés dont certains sont dans un état critique. Le PCF s'associe aux familles endeuillées et aux blessés, et exprime tout son soutien aux victimes de ce terrible attentat, au peuple américain. Racisme, homophobie, sexisme : c’est la même haine qu’il nous faut désarmer. Partout où cette intolérance frappe, elle tue. Parce que ces attaques et ce massacre sont insupportables, où qu'ils aient lieu, nous nous tenons aux côtés des victimes et de toutes celles et tous ceux qui luttent pour l’égalité. Aux États-Unis où le port d'armes est un "droit" constitutionnel ce sont des millions d'armes qui circulent et des dizaines de milliers de vies arrachées chaque année, de plus en plus souvent lors de carnages de masse comme ce fut le cas dans une église de Charleston ou au marathon de Boston. Selon certains médias états-uniens, les "crimes de haine" sont en augmentation de 800% dans ce pays, première puissance mondiale, où l'un des candidat-e-s à l'élection présidentielle, fer de lance du lobby américain des armes, appelle publiquement, et en toute impunité, aux lynchages et à la violence raciale. Construire un monde de sécurité globale et inclusive est impératif. Et les peuples ont plus que jamais besoin de solidarité pour le construire. La haine et la terreur ne triompheront pas. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 07:45
Alexis Tsipras

Alexis Tsipras

Cet article de Michel Bonnard renvoie assez largement aux analyses de Philippe Menut dans le film "La Tourmente grecque, chronique d'un coup d'Etat".

Cela peut être discuté mais c'est un point de vue intéressant qui remet un certain nombre de repères en place.

Que nous apporte l’expérience de Syriza ?

dimanche 14 février 2016

La victoire de Syriza, le 25 janvier 2015, a apporté un grand espoir au peuple grec et à la gauche européenne antilibérale. Aujourd’hui, son échec amène déception et sentiment d’impuissance.

Revenons sur l’expérience de Syriza afin de dépasser ce revers et préparer un autre avenir en Europe. Pour cela il faut clarifier les relations et les contradictions qui ont existé, d’une part, entre le mouvement populaire, Syriza et le gouvernement Syriza-ANEL et, d’autre part, entre l’opposition féroce de l’Union européenne et le mouvement populaire, Syriza et le gouvernement Syriza-ANEL. Enfin, il est nécessaire de souligner les raisons qui ont mené à cet échec.
Relations entre le mouvement populaire, Syriza et le gouvernement

Le mouvement populaire a permis l’arrivée au pouvoir de Syriza. Les formations regroupées dans Syriza obtenaient 4,6% en 2009. Confronté à la politique d’austérité imposée par la troïka (1), le mouvement populaire a atteint sa puissance maximale entre 2010 et 2012. Pendant cette période, Syriza était totalement impliqué dans les luttes. Constitué en parti, il obtenait 16,8% aux législatives en mai 2012 et 26,9% en juin de la même année. Moins active, la mobilisation populaire s’est poursuivie jusqu’à la fin 2014.

Le 25 janvier 2015, Syriza arrivait au pouvoir, avec 36,3%, en s’alliant avec ANEL (2).

Dès le 4 février, la Banque Centrale Européenne refusait les titres grecs comme garantie pour le refinancement des banques. Le 5 février à Athènes, une manifestation spontanée apportait son soutien au gouvernement. Les 11 et 15 février, les manifestations de soutien se multipliaient.

Convaincu de pouvoir négocier avec l’Eurogroupe mais confronté à une opposition féroce des créanciers, le gouvernement Syriza acceptait les conditions de la troïka le 20 février pour participer à un nouveau cycle de négociations.

Le Comité central de Syriza s’opposa à 41% à ce premier “accord”, des députés de Syriza, dont Zoé Konstantopoulou, présidente du Parlement, des ministres, dont Panagiotis Lafazanis, des personnalités comme Manolis Glezos, s’y opposèrent également. C’est pourquoi le texte ne fut pas présenté au Parlement.

Après le 20 février, la mobilisation est retombée et la population restera suspendue au feuilleton des négociations prévues pour durer quatre mois. Un groupe extrêmement restreint au gouvernement les mène alors, sans l’appui d’une nouvelle mobilisation et sans débat public.

Durant cette période, le Comité central ne sera pas non plus impliqué dans les négociations.

Pourtant, pendant ce temps, les débats concernant la question de la dette, des rapports avec l’Eurogroupe et la troïka occupaient Syriza. Pour autant, la crainte de ne pas conserver le soutien populaire sorti des sondages (7 sur 10 Grecs faisaient confiance à Syriza) en suscitant un débat public sur cette question a bâillonné le parti dans son ensemble.

La Plateforme de gauche, à l’intérieur de Syriza, favorable à une cessation de paiement (actée dans le programme de Thessalonique) et à une sortie de l’euro n’impulsait pas plus un mouvement populaire, qui aurait pu peser sur le gouvernement et sur les négociations.

Fin juin, les conditions exigées par les créanciers amenèrent Tsipras, le 27 juin, à poser la question de refuser les nouvelles exigences des créanciers par un référendum fixé au 5 juillet.

Les Grecs se mobilisèrent, débattirent, participèrent entre-autres à une manifestation énorme à Athènes le 3 juillet et le NON (OXI) recueillit 62,1% (70% dans les quartiers populaires et 85% chez les jeunes).

Le soir même, en totale contradiction avec les résultats du référendum et avec son appel à voter NON, Tsipras décidait de capituler et de reprendre les négociations. Elles allaient le mener à accepter, le 13 juillet, un “accord” irréalisable et catastrophique pour le peuple.

Yanis Varoufakis démissionna le 6 juillet au moment où Tsipras faisait volte-face. Majoritairement, le Comité central s’opposa à ce nouvel “accord”. Plus d’une trentaine de députés de Syriza voteront contre. Plusieurs ministres démissionnèrent à la suite ou étaient démissionnés et les rangs de Syriza se vidèrent. La population fut sidérée et la mobilisation populaire contre ce coup de force ne fut pas à la hauteur. Le diktat des créanciers fut alors ratifié au Parlement grâce au soutien de Nouvelle démocratie, du PASOK, de Dimar et de To Potami, l’opposition au gouvernement Syriza-ANEL.

Dans le parti, la lutte fut vive. La Plateforme de gauche décida de rester dans Syriza et demanda la tenue d’un congrès avant le vote des “accords” par le Parlement. Tsipras réussit à repousser le congrès aux calendes grecques…

Les “accords” définitivement votés le 19 août, Tsipras démissionna le 20, entraînant la dissolution du Parlement et la tenue de nouvelles élections législatives le 20 septembre. Sachant qu’elle n’aurait pas l’investiture du parti, la Plateforme de gauche sortit de Syriza et forma l’Unité populaire.

La campagne intéressa peu la population qui s’abstiendra massivement (44%). Syriza perdit des sièges, mais renoua son alliance avec ANEL et garda la majorité. Avec 2,8%, Unité populaire n’obtint aucun siège.

Relations entre les créanciers et les Grecs

La Commission européenne, le Fonds Monétaire International, l’Eurogroupe, la BCE, les gouvernements européens, les médias grecs et la plupart des médias européens attaquèrent violemment Syriza dès l’annonce des élections du 25 janvier. Junker résuma leur option commune par cette formule : “Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens”. Leur position ne variera pas : la Grèce devait payer !

La population grecque était alors majoritairement attachée à rester dans la zone euro et dans l’Union européenne. Syriza était partagé sur cette question, mais opta pour rester à tout prix dans l’euro. La Plateforme de gauche était pour un affrontement avec les créanciers, quitte à provoquer une rupture. Représentée par Yannis Dragasakis (vice Premier ministre) et Georges Stathakis (ministre de l’Économie), la droite de Syriza était favorable à un aménagement des mémorandums. Alexis Tsipras voulait réaliser au mieux le programme de Thessalonique en menant une négociation qui excluait toute rupture.

Yanis Varoufakis, chargé de mener les négociations, se heurta avec les créanciers. Il posa le débat sur l’avenir de la Grèce, sur la pertinence de rompre avec l’austérité. L’Eurogroupe n’entendit pas entrer dans ce débat et resta calé sur son programme de “réformes” à faire avaler aux Grecs. Un dialogue de sourds s’instaura pendant que la BCE mettait la pression sur le refinancement des banques grecques. À la veille du 20 février, Tsipras remplaça Varoufakis par Euclide Tsakalotos pour finaliser le premier “accord”. Celui-ci acta que la Grèce devait payer ses dettes, que le gouvernement ne pouvait pas prendre de mesures unilatérales et qu’il acceptait le contrôle des institutions, etc. Enfin, “l’aide”(3) apportée par les institutions serait conditionnée à des réformes négociées avec (imposées par) les créanciers.

Les mobilisations populaires faiblissent après le 20 février, la population faisant confiance à la pugnacité dont se prévalait le gouvernement.

Le 4 avril, la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque était mise en place par Zoé Konstantopoulou et coordonnée par Éric Toussaint. Le 18 juin, cette Commission rendait ses travaux et sa conclusion était d’arrêter de payer une dette qualifiée d’illégitime, d’illégale, d’odieuse et d’insoutenable.

N’ayant pas de moyens de pression et talonnés par la baisse des liquidités, les négociateurs grecs reculaient et franchissaient des “lignes rouges”. Les aides aux plus pauvres, l’allègement des impôts injustes, le relèvement du seuil de non-imposition, le refus des privatisations, l’augmentation du salaire minimum, etc. : tout cela était abandonné. Fin juin, les exigences apparaissaient inacceptables : augmentation de la TVA, privatisation de l’électricité, nouvelles coupes dans les retraites, etc. Tsipras remplaça de nouveau Varoufakis. Ne réussissant pas à faire reculer les créanciers, le 27 juin, il décidait d’appeler au référendum du 5 juillet.

Tout a été tenté pour que les électeurs comprennent le risque de Grexit si le NON (OXI) était majoritaire. La BCE coupa les liquidités aux banques qui fermaient le 29 juin. Les médias se déchaînaient contre le référendum. L’Eurogroupe, la Commission européenne appelaient à voter OUI (NAI) et Schäuble menaçait la Grèce d’être exclue de la zone euro en cas de victoire du NON.

Durant cette semaine-là, la mobilisation était de nouveau très importante et le NON l’emporta le 5 juillet.

Tsipras espérait-il un OUI qui le dédouanerait pour accepter le troisième mémorandum ? Toujours est-il qu’il décida de jeter l’éponge, de capituler.

Yanis Varoufakis ne réussit pas à le convaincre d’appliquer un plan B (4) consistant à arrêter de payer la dette, de mettre en place une monnaie électronique parallèle, de nationaliser les banques, etc. Cela se serait joué à trois contre deux ! Varoufakis démissionna le 6 juillet.

La décision de Tsipras était une aubaine inespérée pour les créanciers qui, alors, multiplièrent et durcirent leurs exigences.

L’accord du 13 juillet (5) affirme, par exemple : “Le sommet de la zone euro souligne que l’on ne peut pas opérer de décote nominale sur la dette” ; “Les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations financières vis-à-vis de l’ensemble de leurs créanciers intégralement et en temps voulu” ; “Le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de la soumettre à la consultation publique ou au Parlement”.

Suit un catalogue de mesures de libéralisation, d’augmentation des taxes, de diminution des retraites (6), de “réformes” du code du travail, de privatisations, etc.

Depuis, face au quartet (7), le gouvernement grec recule à chaque étape : il a taxé les retraites en octobre, il a bradé les banques acquises par des fonds vautour en novembre, il a retiré son projet d’aide aux plus démunis en décembre, il a accepté les expulsions de la résidence principale, etc.

La vie des Grecs sera de plus en plus insupportable : se libérer du carcan de l’austérité et de la mise sous tutelle ne manquera pas de se poser de nouveau.

Quelles sont les raisons de cet échec ?

Le rapport des forces entre le gouvernement grec et les institutions était et est toujours aussi défavorable aux Grecs. Le programme de Thessalonique n’était ni plus ni moins qu’un programme d’aide aux plus démunis, un programme de relance économique, de lutte contre le chômage dans le cadre d’un rétablissement du fonctionnement institutionnel et démocratique du système politique. Les gouvernements européens, la troïka, l’Eurogroupe ont marqué dès le départ leur opposition farouche à la souveraineté du gouvernement grec et à l’aspiration du peuple à une vie décente.

La stratégie du gouvernement grec était de négocier avec les créanciers la restructuration de la dette et/ou la mise en place d’un moratoire permettant au pays de se redresser. Cela ne pouvait pas aboutir en l’absence d’un rapport de force favorable. Pour les raisons déjà avancées, refuser tout compromis défavorable avait été exclu dès le départ par Tsipras et ses proches.

La menace d’un Grexit voulu par l’Eurogroupe n’aurait pas dû être prise au pied de la lettre. L’hypothèse d’une sortie de l’euro pour la Grèce aurait posé un problème politique majeur à l’Eurogroupe. En effet, le 16 septembre 2015, le vice-président de la BCE, Vítor Constâncio, a affirmé que la menace d’expulsion de la Grèce de la zone euro “n’a jamais été lancée pour de vrai parce que ce ne serait pas légal”. Préparée politiquement et techniquement, la perspective d’une possible rupture dans les négociations aurait peut-être rebattu les cartes.

Les mobilisations populaires en Europe ont été extrêmement faibles et les gouvernements, sociaux-démocrates comme de droite, se sont tous dressés contre les demandes grecques. Notre responsabilité est immense de ce point de vue.

L’espoir que les Grecs avaient mis dans Syriza ne s’est pas mué en action collective de transformations sociales. Pour cela, il leur aurait fallu affronter à la fois les intérêts des puissants à l’intérieur de la Grèce et les créanciers à l’extérieur. Ni le mouvement populaire fatigué par cinq années de luttes et de privations, ni Syriza pas préparé à un affrontement de classe, ni le gouvernement bercé d’illusions derrière ses bonnes intentions ne l’ont envisagé. La gauche de Syriza en connaissait l’incontournable nécessité, mais n’a pas réussi à pallier les faiblesses manifestes des uns et des autres.

Pour ouvrir le débat

Les mobilisations populaires ne se décrètent pas, mais elles peuvent se convertir en intelligence collective, en force sociale qui, prenant conscience de sa puissance, ébranle la domination qu’elle subit. Dans ces périodes, il est possible de mettre au pouvoir des partis progressistes reconnus. Cela ne garantit pas qu’une fois installé le gouvernement ait les capacités de mettre en œuvre ce qu’il a programmé. Encore faut-il que les mobilisations entrent en résonance avec l’action de ce gouvernement afin que ce dernier aille au bout de ce que les luttes entendent atteindre. Or le temps politique et le temps des mobilisations n’est pas le même. Dans le cas grec, le temps politique a été extrêmement court et le mouvement de mobilisation, à ce moment-là, reprenait son souffle.

Cela pose, pour commencer, le problème de la lutte idéologique contre le sentiment de fatalité qui est actuellement dominant (TINA) (8). Cela pose ensuite celui de l’organisation et celui des propositions dont peuvent se doter les partis qui ont des perspectives émancipatrices.

L’expérience grecque place au premier plan la question européenne. L’Union européenne, les traités européens, la monnaie unique, les institutions sont des instruments de domination au profit du capital financier. Ce n’est en aucun cas une avancée inachevée vers un monde meilleur.

Vouloir de la démocratie et de la protection sociale là où ces biens précieux sont en continuels reculs est légitime. En Europe, s’affranchir du carcan des traités européens, de la monnaie unique ne peut pas se négocier, sinon dans un rapport de force tout à fait exceptionnel.

Il ne peut y avoir de souveraineté populaire ni sous la Ve République, ni dans l’Union européenne. Une rupture est indispensable.

Michel Bonnard, 13 janvier 2016

(1) La troïka : la Commission européenne, la BCE et le FMI.

(2) ANEL : “Les Grecs indépendants”, parti de droite souverainiste issu de Nouvelle démocratie.

(3) Les milliards “d’aide” à la Grèce sont partagés comme suit : 8% pour l’État grec, le reste retourne aux créanciers dont 77% aux banques. Voir le rapport de la commission pour la vérité sur la dette grecque : http://cadtm.org/Synthese-du-rapport-de-la

(4) Le petit groupe qui a réfléchi à ce plan B autour de Varoufakis a travaillé dans le secret. James Galbraith en a fait partie. Il s’en explique : http://cadtm.org/L-economiste-James-Galbraith

(5) http://www.politis.fr/Voici-le-texte-de-l-accord-UE,31897.html

(6) Pour les retraites : - 40% entre 2010 et 2015 ; de – 4% à- 6% en novembre 2015 ; - 15% pour les retraites moyennes (750 €), - 30% pour les retraites au-dessus de 2 000 € : ceci dans le plan présenté par le gouvernement à l’Eurogroupe le 5 janvier 2016 et qui peut être retoqué. Voir l’article de Romaric Godin : http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-le-gouvernement-presente-sa-reforme-des-retraites-540424.html

(7) Le quartet : la Commission européenne, la BCE, le FMI et le Mécanisme Européen de Stabilité

(8) TINA : “There is no alternative”.

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