Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 18:00

Unidos Podemos confirme sa progression dans les sondages

19 JUIN 2016 | PAR AGENCE REUTERS

Trois sondages publiés dimanche en Espagne confirment que la coalition de gauche Unidos Podemos (Ensemble, nous pouvons) devrait progresser lors des élections législatives du 26 juin par rapport au scrutin du 20 décembre, qui n'a pas permis la formation d'un gouvernement.

MADRID (Reuters) - Trois sondages publiés dimanche en Espagne confirment que la coalition de gauche Unidos Podemos (Ensemble, nous pouvons) devrait progresser lors des élections législatives du 26 juin par rapport au scrutin du 20 décembre, qui n'a pas permis la formation d'un gouvernement.

Selon ces enquêtes, l'alliance entre Podemos et le parti Izquierda Unida, ex-communiste, obtiendrait une solide deuxième place derrière les conservateurs du Parti populaire (PP) et devant les socialistes du PSOE.

Les deux composantes d'Unidos Podemos, qui avaient remporté en décembre 71 sièges sur 350 au Congrès des députés, rafleraient cette fois entre 84 et 95 sièges à la chambre basse du parlement, selon les trois sondages publiés respectivement par El Pais, El Mundo et ABC.

La coalition de gauche est créditée de 24,6% à 26% des intentions de vote, alors que les socialistes, deuxièmes des élections de décembre avec 90 élus, ne recueilleraient que 20 à 21,4% des suffrages et 78 à 85 sièges de députés.

Le PP du président du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, est crédité de 20 à 30,5% des voix et de 113 à 129 sièges. Mais le parti conservateur aurait du mal à se trouver des alliés pour conserver le pouvoir, à moins de s'entendre avec le PSOE.

Les socialistes, en position difficile, risqueraient de subir le même sort que le Pasok grec, naguère puissant parti de centre gauche, qui a été éclipsé par la formation de gauche radicale Syriza sur fond de crise financière à Athènes.

Si les socialistes rejoignaient une "grande coalition" dominée par le PP, ils s'aliéneraient sans doute les électeurs de gauche hostiles aux mesures d'austérité déjà mises en oeuvre par Mariano Rajoy. S'ils devenaient le partenaire mineur d'une coalition avec Unidos Podemos, ils cesseraient d'être la force dominante de la gauche et cela pourrait favoriser la poursuite de l'ascension du parti de Pablo Iglesias.

Quant au quatrième parti ayant émergé ces derniers mois et mis fin avec Podemos à quatre décennies de bipartisme, la formation centriste libérale Ciudadanos (Citoyens), elle obtiendrait au mieux un siège de plus qu'en décembre, soit 41 élus, montrent ces sondages réalisés par les instituts Metroscopia, Sigma Dos et GAD3.

(Sarah White et Carlos Ruano, Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

Alberto Garzon (Izquierda Unida) et Pablo Iglesias (Podemos) scellant leur pré-accord pour les Législatives sur la Puerta del Sol

Alberto Garzon (Izquierda Unida) et Pablo Iglesias (Podemos) scellant leur pré-accord pour les Législatives sur la Puerta del Sol

Voir aussi dans L'Humanité le 10 mai 2016

Législatives en Espagne: Izquierda Unida et Podemos marcheront ensemble

MARDI, 10 MAI, 2016

HUMANITE.FR

Pour dépasser le parti socialiste espagnol (PSOE), les deux formations anti-austérité, Podemos et Izquierda Unida ont scellé un préaccord d'alliance sur la mythique Puerta del Sol. De nouvelles élections législatives sont prévues le 26 juin, suite à l’impossibilité de constituer une majorité issue du dernier scrutin.

Le geste est fort. Sur la Puerta del Sol, le jour de l’anniversaire des 5 ans du lancement du mouvement des indignés, Pablo Iglesias de Podemos, 37 ans, et Alberto Garzon d’ Izquierda Unida, 30 ans, se sont donnés l’accolade. C'est toute une symbolique anti-austérité qui vient sceller ce "pré-accord", rédigé lundi soir. Il reste aux militants des deux formations de le ratifier par le vote. Mais les deux partis considèrent déjà ce jour comme historique. "Nous sommes convenus de l'essentiel: nous irons ensemble aux élections pour les remporter, et je m'attends à ce que nos militants comme ceux d'IU réagissent à cette opportunité historique en participant avec enthousiasme", a déclaré ce mardi le chef de Podemos, Pablo Iglesias, dans une interview à la radio.

Sur la base des résultats du scrutin de décembre, qui n'a pas permis de former un gouvernement, l'alliance de deux formations pourrait reléguer en troisième position le Parti socialiste (PSOE), qui avait obtenu plus de 5,5 millions de voix derrière le Parti Populaire au pouvoir qui en avait remporté 7,2 millions. Podemos et ses alliés avaient recueilli 5,18 millions de votes et 69 sièges, Izquierda Unida (ecolo-communiste) plus de 900.000 suffrages mais deux sièges seulement. Les derniers sondages montrent une belle hausse des intentions de vote en faveur d’IU, mais un tassement pour Podemos. Iglesias souffre d'une intense campagne de calomnie, tandis qu'Alberto Garzón d'IU est devenu l'homme politique le plus apprécié d'Espagne. Lire : Ce bon vent qui vient d’Espagne
Les deux formations espèrent que l’alliance ainsi scellée va relancer une dynamique, à un mois et demi du scrutin. Et complètement chambouler le rapport de force politique en Espagne.

Et dans L'Humanité le 19 mai :

Espagne. Podemos et Izquierda Unida ensemble pour la gagne

JEAN ORTIZ

JEUDI, 19 MAI, 2016

HUMANITÉ DIMANCHE

Rassemblées « pour gagner le pays » et les législatives du 26 juin, les deux formations de gauche se sont alliées au sein d’Unidos Podemos. Aux dernières estimations, l’alliance anti-austérité obtiendrait 88 sièges de députés (73 pour le Parti socialiste ouvrier espagnol et 112 pour le Parti populaire).

Podemos, constitué en 2014, a siphonné une partie de l’électorat d’Izquierda Unida (IU, la gauche unie qui regrou­pe des partis de la gauche radicale, notamment le Parti ­communiste d’Espagne – PCE) en se présentant comme la force antisystème, anti-« castes », anticorruption généralisée. Historiquement, les principaux dirigeants de Podemos sont des universitaires issus d’IU : ils l’ont quittée à la suite de crises internes. Ils ont en quelque sorte « tué le père » pour voler de leurs propres ailes.

une alliance En tête chez les moins de 55 ans

Les intellectuels communistes Manuel Monereo et Julio Anguita restent des « mentors idéologiques » de Podemos, qui a su s’adapter à la nouvelle situation née de la crise (2008) et du tsunami des Indignés (15 mai 2011). Podemos a révolutionné la « grammaire politique » et intégré de nouveaux apports. Constitué en parti, il a ouvert un débouché ­politique (les Indignés étaient ­plutôt réfractaires à la politisation). Critiqué pour sa volonté hégémonique, Podemos a opéré au printemps dernier un recentrage, a mûri, écouté la forte aspiration populaire au rapprochement avec Izquierda Unida.

Les deux jeunes leaders, Pablo Iglesias, pour Podemos, et ­Alberto Garzon, pour IU, ne cachent pas leurs liens d’amitié. Ils se sont rencontrés dans le mouvement des Indignés, dans ses remises en cause, ses « utopies », ses constats si lucides (soutenus par 82 % de la population). Une fraction des militants Indignés a considéré qu’un mouvement uniquement de protestation ne suffisait pas à mettre fin aux politiques néolibérales dévastatrices (chômage à 24 %, exil de plus de 400 000 jeunes ­diplômés, record européen des inégalités, etc.). Le mouvement du 15 mai s’est transformé en mouvement politique d’alternative.

Au sein du PCE et d’IU, l’irruption fracassante de Podemos cliva les positions. Après la défaite électorale du 20 décembre 2015 (deux députés IU élus), Alberto Garzon prit du poids dans l’organisation divisée et contribua à tirer les ­leçons nécessaires de l’échec sans brader l’identité d’IU, seule force politique nationale d’opposition de gauche depuis trente-sept ans. Même dans les moments difficiles, Alberto Garzon s’est interdit toute criti­que publique et a continué à ten­dre la main à Podemos (en perte de vitesse depuis quelques mois, sous le feu nourri du système). Pour les piliers d’un bipartisme moribond, Podemos, Garzon et Iglesias sont les cibles à abattre politiquement. Et plus encore depuis l’annonce, symboliquement à la Puerta del Sol, de l’accord électoral Podemos-IU. Panique à droite et au PSOE ! On ressort les thèmes franquistes les plus rances, les services policiers fouillent dans les poubelles.

L’alliance Podemos-IU – Unidos Podemos, UP – a été approuvée massivement lors d’une consultation des militants (98 % des votants pour le premier et 87,8 % pour la seconde). Et l’alliance, ouverte aux mouvements sociaux et à d’autres petites formations (Equo, Compromis…), arriverait en tête chez les moins de 55 ans. L’accord de gouvernement qui en résulte, en 50 points, s’apparente à un programme politique global. L’accord balaie tous les secteurs. En vrac : protection urgente des plus démunis, fin des politiques néolibérales austéritaires, de la corruption, prise en compte de la « plurinationalité » de l’Espagne, amélioration des services de santé, nouvelle « loi éducative », suppression des atteintes à la législation du travail, plan national de transition énergétique, processus de modification de la Constitution, nouveau modèle productif, SMIC à 800 euros, audit et restructuration de la « dette hypothécaire », création d’une banque publique, réforme fiscale, etc. Enfin, chaque formation mènera campagne pour le 26 juin comme elle l’entend…

Partager cet article
Repost0
20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 05:00
MSF refusera désormais les subventions de l'UE pour dénoncer la politique anti-réfugiés de l'Union Européenne et de ses Etats membres (décryptage et interview Médiapart)

MSF: «L’Europe participe au démantèlement du concept même de réfugié»

18 JUIN 2016 | PAR AGATHE DUPARC

Médecins sans frontières n’acceptera plus un seul financement institutionnel en provenance de l’Union européenne et de ses États membres, jugeant « honteuse »la réponse apportée par Bruxelles à la crise migratoire qui met en danger le concept même de réfugié, comme l’explique à Mediapart Bruno Jochum, le directeur de MSF Suisse.

Genève, de notre correspondante. - C’est un coup de tonnerre dans le monde des ONG : à compter du vendredi 17 juin, Médecin sans frontières (MSF) n’acceptera plus un seul financement issu de l’Union européenne et de ses États membres, estimant qu’en matière de politique migratoire, le point de non-retour a été franchi par Bruxelles avec la signature, le 18 mars dernier, d'un accord avec la Turquie.

Pour l’année 2015, MSF avait touché 19 millions d’euros pour différents programmes humanitaires auprès de l’Union européenne via son agence humanitaire, ECHO, et 37 millions d’euros avaient été reçus de différents pays européens (Autriche, Belgique, République tchèque, Allemagne, Danemark, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Espagne, Suède, Royaume-Uni). Par ailleurs, MSF n’acceptera plus l’argent du gouvernement norvégien (6,8 millions d’euros reçus en 2015) qui collabore avec Frontex. Au total, l'ONG se prive de près de 63 millions d'euros, soit 8 % de ses financements, alors que le reste est assuré par des fonds privés. Bruno Jochum, le directeur de MSF Suisse explique les raisons qui ont conduit à cette décision, qui couvait depuis quelques mois.

Mediapart : Pourquoi avoir pris la décision de ne plus accepter de fonds en provenance non seulement de l’Union Européenne, mais aussi de chacun des États membres de l’UE ?

Bruno Jochum : Nous étions parvenus à un niveau de divergence tel qu’il n’est plus possible de dénoncer ce que nous estimons être une politique profondément néfaste sur le plan humanitaire et, en même temps, d’accepter d’être financé par un instrument de l’UE [ECHO, l’agence humanitaire européenne – ndlr] qui, selon nous, est utilisé à mauvais escient ou par des États membres qui pratiquent une politique de fermeture des frontières en violation de leurs obligations internationales.

Voilà des mois que vous adressez vos critiques sur la politique migratoire de l’UE. Il y a eu la publication en janvier d’un rapport sur le parcours d'obstacles des migrants à travers l'Europe, une lettre ouverte aux dirigeants européens signée par Joanne Liu, votre directrice, puis le boycott du sommet mondial humanitaire à Ankara

C'est l'accord signé le 18 mars entre l'UE et la Turquie a été le déclencheur. Nous considérons qu'il s'agit d'un vaste marchandage politique. D’un côté, on négocie le renvoi des réfugiés en Turquie et de l’autre, on promet à Ankara 3 milliards d'euros d’aide humanitaire. MSF ne remet pas en cause la manière dont ces fonds humanitaires seront utilisés, mais c’est la connexion en terme de conditionnalité qui est profondément choquante.

Ce qui est en train de se passer, c’est le non respect de plus en plus marqué des obligations contenues dans les conventions sur les réfugiés. L’Europe participe ainsi au démantèlement du concept même de réfugié. La conséquence, ce n’est pas uniquement d’avoir des dizaines de milliers de personnes bloquées en Grèce dans des conditions de vie lamentables, privées d’aides juridiques, avec des traumatismes psychologiques importants. C’est aussi un signal envoyé par l’Europe au reste du monde et qui pourrait avoir un effet domino.

Le risque, c’est que les pays voisins de la Syrie ferment les uns après les autres leurs frontières. Près de 100 000 personnes qui fuient les bombardements d’Alep sont déjà bloquées à la frontière turque. Et, par ailleurs, que dire à des pays, comme le Kenya, qui veulent renvoyer les réfugiés somaliens, alors que l’Europe, la zone la plus prospère du monde, refuse d’accueillir une population qui fuit la guerre ?

La goutte d’eau qui a fait déborder l’eau du vase, c’est aussi la perspective que l'accord UE-Turquie soit répliqué ailleurs.

De quoi parlez-vous exactement ?

L’Union européenne pourrait bientôt conclure avec une vingtaine de pays en Afrique et au Moyen-Orient des accords migratoires du même type que celui passé avec la Turquie. Les pays qui ne retiendraient pas sur leur territoire les candidats à l’exil et à l’émigration, ou ne faciliteraient pas leurs retours forcés, pourraient voir diminuer leur aide au développement. Parmi eux, on compte l’Érythrée, la Somalie, le Soudan, l’Afghanistan, les plus grands pourvoyeurs de réfugiés et dont certains sont des dictatures. Cela devient très grave : on va payer ces pays pour qu’ils dissuadent les gens de partir ou pire, comme dans le cas du Soudan, pour qu’ils renvoient chez eux les Érythréens !

Quelle logique est à l’œuvre derrière cela ?

La volonté des pays européens de rendre le problème invisible. C’est une politique d’externalisation du contrôle de l’immigration. On veut que les demandes soient traitées uniquement dans les pays tiers et pas directement en Europe. Or parmi ces pays tiers, il y a des États qui ne sont pas signataires des conventions de Genève et pratiquent une politique de renvoi indifférenciée. C’est extrêmement grave car les conventions sur les réfugiés sont nées en Europe après la Seconde Guerre mondiale et historiquement, les États européens ont toujours été leurs défenseurs.

Avant de prendre cette décision, aviez-vous eu des discussions et des contacts avec Bruxelles et certains États de l’UE ?

Nous discutons depuis des mois et nous continuerons à le faire. Notre intention était de marquer notre profond désaccord avec ce qui se passe. Ce que les État mettent en avant, c’est la pression de leurs opinions publiques. Ils assument sans complexe le fait de dire à des familles entières qui fuient les bombardements : « Non, vous ne pourrez pas trouver refuge chez nous, mais vous devrez rester dans des zones de danger », tout en faisant des petits gestes pour des programmes de relocalisation au compte-gouttes. Ce qu'ils défendent, c’est avant tout l’efficacité apparente d’une politique qui vise à stopper les flux de migrants. Et effectivement, les flux ont beaucoup diminué. Mais pour un temps seulement. Maintenant, d’autres voies se reconstituent via la Libye vers l’Italie, avec encore plus de morts en mer que l’année dernière.

Les conventions de Genève ne sont-elles désormais plus que des déclarations d’intention, avec en Europe, un opinion publique qui comprend de moins en moins ce que signifie le terme de réfugié ?

Les sociétés européennes sont divisées sur cette question. Il y a à la fois beaucoup de solidarité qui s’exprime à travers des individus, des associations, des pays. En Grèce, en Allemagne, en Suède. En parallèle, il y a des attitudes extrêmement cyniques. Quand de manière délibérée, à la frontière de la Macédoine (à Idomeni) ou à Calais, on fait en sorte que les conditions de vie soient épouvantables alors qu’on a parfaitement les moyens de proposer autre chose, c’est du pur cynisme ! Ne reste plus que ce message : « Si vous venez chez nous, voilà ce qui se passera ! » Il faut le répéter encore et encore : l’Europe a accueilli en 2015 un peu plus d’un million de migrants, soit 0,2 % de sa population. En arriver à un tel niveau de crise et d’inefficience alors qu’on parle d’un flux de 0,2 %, cela montre la fragilité et l’inadéquation de la réponse.

MSF est-elle désormais la seule ONG qui refuse les financements en provenance d’institutions et d’États européens ?

Depuis sa création, MSF a mis en place une stratégie d’indépendance financière. Nous sommes financés à 92 % par des fonds privés et nous faisons figure d’exception. Déjà en 2004, nous avions décidé de ne plus accepter de fonds étatiques américains. Après le 11-Septembre, les Américains voulaient imposer leurs conditions et leurs contrôles, déterminer qui devait être bénéficiaire de leur aide, faire en sorte que l’argent ne puisse pas aller aux « groupes terroristes », alors qu’il s’agissait d’aider des populations qui vivaient dans des zones sous contrôle d’un groupe labellisé comme terroriste.

Quand il s’agit d’une crise humanitaire liée à une guerre ou un conflit, nous ne prenons jamais de subventions étatiques. Nous ne voulons pas d’interférences avec les politiques étrangères menées. Voilà des années que nous n’acceptons plus d’argent de la France, et très peu du Royaume-Uni, qui ont des politiques étrangères extrêmement affirmées dans des pays où nous sommes opérationnels.

Est-ce un manque à gagner important pour MSF ?

Quelque 46 millions d’euros de fonds européens, cela représente des montants assez considérables, mais nous avons des réserves qui représentent entre six et neuf mois d’activité. Nous pouvons ainsi faire face à des actions urgentes et cela nous donne plus d’indépendance. Il faut comprendre que MSF ne touchait aucun fonds européen pour alimenter ses programmes sur les migrations en Europe. Ce à quoi nous renonçons, ce sont des financements pour d’autres opérations dans le monde, par exemple au sud Soudan.

La décision de MSF va ouvrir une voie pour d’autres ONG ?

Nous espérons ouvrir une réflexion sur les accords passés entre l’UE et la Turquie et ceux qui sont à venir. Et aussi sur l’instrumentalisation que font les États européens de l’aide humanitaire. Si on utilise l’aide humanitaire comme un marchandage pour obtenir le renvoi des demandeurs d’asile ou l’arrêt des flux migratoires, cela a quelque chose d’extrêmement choquant. En recevant des fonds, chaque ONG doit se poser la question de sa propre instrumentalisation.

Fin mars, vous aviez déjà annoncé votre décision de ne plus intervenir dans certains hotspots en Grèce qui avaient été transformés en lieux de détention. N’y a-t-il pas le risque d’abandonner les migrants à leur sort ?

Oui, c'est un vrai dilemme et une décision très difficile à prendre. Nous avons décidé de quitter le camp de La Moria à Lesbos qui, après l’accord UE/Turquie, était devenu une prison, entourée de barbelés. Avec des conditions de vie inacceptables. À un moment donné, s’est posée la question de savoir à partir de quand MSF devient un service médical supplétoire au service d’une politique migratoire de rétention et de renvoi. Et à partir de quel moment, nous restons une organisation qui choisit ses programmes. Nous avons considéré qu’il valait mieux se retirer et dénoncer la situation. D’autres organisations sont restées. Bien sûr, s’il y avait une urgence, une épidémie ou autre, nous serions prêts à intervenir.

Mais nous sommes toujours présents pour des programmes d’accueil en Grèce pour les 50 000 personnes qui étaient arrivées avant l’accord Turquie/UE et sont toujours bloquées. Nous avons monté une structure à Idomeni, à la frontière macédonienne, là où les pouvoirs publics grecs n’ont pas voulu intervenir alors qu’ils en avaient les moyens. Et nos programmes en Méditerranée continuent.

L’Europe porte donc une lourde responsabilité.

Partager cet article
Repost0
19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 06:17
Jeremy Corbyn, porteur du "non" de gauche au Brexit - par Francis Wurtz (L'Humanité Dimanche, 16 juin 2016)

Le nouveau leader travailliste, Jeremy Corbyn, déroute décidément les observateurs politiques français. Cet authentique homme de gauche se permet à la fois de s'opposer à la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE et de lutter pour une autre Europe. Il n'en faut pas plus pour que "Libération" s'interroge: "Est-il "in" ou "out"? Ceci est la question".

Certes le journal de Laurent Joffrin l'admet: " Il l'a clairement dit: il votera en faveur du maintien". Mais comment croire à son engagement contre la sortie de l'UE alors qu'il a voté contre tous les traités européens et qu'il ne "s'est jamais privé de critiquer l'union européenne" (15 avril).

Autrement dit, pour paraphraser un ancien président: l'Europe, on l'aime telle qu'elle est ou on la quitte! Cela nous rajeunit de 11 ans: en 2005, ou bien l'on votait pour le traité constitutionnel, ou l'on était qualifié d'europhobe! Même son de cloche à "l'Express": "Corbyn soutient le maintien dans l'UE du bout des lèvres", titrait l'hebdo le 14 avril.

C'est que "l'éternel rebelle de l'aile gauche du Parti" a rappelé que cette UE qu'il n'entend pas quitter à en revanche "besoin de changer (car elle) manque de représentation démocratique" et qu'elle poursuit de mauvaises politiques qu'il entend continuer de combattre (TAFTA, privatisations - NDLR). En effet, n'en déplaise au esprits bornés, "il est parfaitement possible d'être critique et en même temps de rester convaincu de la nécessité de rester membre" comme l'a précisé Corbyn dans ce même discours et comme il l'a maintes fois réitéré depuis.

Cette position est aussi celle des principaux syndicats britanniques: ils appellent leurs adhérents à voter pour le maintien dans l'UE tout en estimant que celle-ci "doit changer" en rompant avec "les politiques d'austérité"*. Il est enfin intéressant de noter que 70% des jeunes Britanniques (de 18 à 24 ans) sont, eux aussi, clairement opposés à une sortie de leur pays de l'UE, sans être nécessairement des béni-oui-oui de l'Europe telle qu'elle se fait.

Manifestement, ni les uns ni les autres ne se font la moindre illusion sur les avantages à attendre d'un face-à-face isolé avec les forces du capital de leur pays ni d'une flambée populiste consécutive à une victoire du Brexit. Sans être au garde-à-vous devant Bruxelles.

Est-ce à dire que les "eurocritiques" de gauche devraient pour autant faire cause commune avec ce politicien foncièrement réactionnaire et ultralibéral qu'est David Cameron, sous prétexte qu'il est, lui aussi, contre la sortie de l'UE, pour de tout autres raisons? Qui peut l'imaginer un seul instant? Qui? "Le Monde" apparemment, qui vient de consacrer une demi-page et une manchette sur six colonnes à une critique en règle de Corbyn, coupable de faire le "service minimum" pour le "in" (le maintien dans l'UE). La preuve? "Il refuse d'apparaître aux côtés de M. Cameron". Pire: au Parlement de Londres, "il s'en est pris vivement à ce dernier alors qu'il est du même côté que lui dans la bataille référendaire".

Pourtant, note, dépité, le quotidien, "le premier ministre ne ménage pas sa peine". N-a t-il pas "renoncé à son projet de loi destiné à asphyxier les syndicats et le Labour"? Certes, pas pour longtemps, puisque, reconnaît le correspondant, "les hostilités pourraient reprendre dès le lendemain du référendum" (10 juin).

Drôle de compromis! "On attendait mieux d'un homme de gauche" insiste pourtant "le Monde" (12 juin) dans un éditorial au vitriol où l'on peut lire, en se frottant les yeux, que "par sa passivité, M. Corbyn s'associe à l'ultra-droite nationaliste anglaise pour faire perdre l'Europe"!

Pour notre part, nous disons merci à notre ami de ne pas renier ses valeurs progressistes dans cette campagne si complexe, en affirmant en quelque sorte un "non" de gauche au Brexit.

* Lettre des dirigeants des dix principaux syndicats à "The Guardian" le 6 juin. A noter que "le Monde" a publié l'information... en en ignorant le second volet.

Francis Wurtz, ancien député européen PCF-Front de Gauche- Gauche Unitaire Européenne

Jeremy Corbyn, porteur du "non" de gauche au Brexit - par Francis Wurtz (L'Humanité Dimanche, 16 juin 2016)
Partager cet article
Repost0
13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 12:48

RENNES , Place de la Mairie , ce soir 19h . RASSEMBLEMENT de solidarité avec les victimes du massacre homophobe et islamiste de Orlando

Orlando : "La haine et la terreur ne triompheront pas" (Pierre Laurent)

La tuerie d'Orlando perpétrée le 12 juin 2016 par un individu isolé, et à présent revendiquée par Daech, a fait à cette heure 50 morts et 53 blessés dont certains sont dans un état critique. Le PCF s'associe aux familles endeuillées et aux blessés, et exprime tout son soutien aux victimes de ce terrible attentat, au peuple américain. Racisme, homophobie, sexisme : c’est la même haine qu’il nous faut désarmer. Partout où cette intolérance frappe, elle tue. Parce que ces attaques et ce massacre sont insupportables, où qu'ils aient lieu, nous nous tenons aux côtés des victimes et de toutes celles et tous ceux qui luttent pour l’égalité. Aux États-Unis où le port d'armes est un "droit" constitutionnel ce sont des millions d'armes qui circulent et des dizaines de milliers de vies arrachées chaque année, de plus en plus souvent lors de carnages de masse comme ce fut le cas dans une église de Charleston ou au marathon de Boston. Selon certains médias états-uniens, les "crimes de haine" sont en augmentation de 800% dans ce pays, première puissance mondiale, où l'un des candidat-e-s à l'élection présidentielle, fer de lance du lobby américain des armes, appelle publiquement, et en toute impunité, aux lynchages et à la violence raciale. Construire un monde de sécurité globale et inclusive est impératif. Et les peuples ont plus que jamais besoin de solidarité pour le construire. La haine et la terreur ne triompheront pas. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

Partager cet article
Repost0
11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 07:45
Alexis Tsipras

Alexis Tsipras

Cet article de Michel Bonnard renvoie assez largement aux analyses de Philippe Menut dans le film "La Tourmente grecque, chronique d'un coup d'Etat".

Cela peut être discuté mais c'est un point de vue intéressant qui remet un certain nombre de repères en place.

Que nous apporte l’expérience de Syriza ?

dimanche 14 février 2016

La victoire de Syriza, le 25 janvier 2015, a apporté un grand espoir au peuple grec et à la gauche européenne antilibérale. Aujourd’hui, son échec amène déception et sentiment d’impuissance.

Revenons sur l’expérience de Syriza afin de dépasser ce revers et préparer un autre avenir en Europe. Pour cela il faut clarifier les relations et les contradictions qui ont existé, d’une part, entre le mouvement populaire, Syriza et le gouvernement Syriza-ANEL et, d’autre part, entre l’opposition féroce de l’Union européenne et le mouvement populaire, Syriza et le gouvernement Syriza-ANEL. Enfin, il est nécessaire de souligner les raisons qui ont mené à cet échec.
Relations entre le mouvement populaire, Syriza et le gouvernement

Le mouvement populaire a permis l’arrivée au pouvoir de Syriza. Les formations regroupées dans Syriza obtenaient 4,6% en 2009. Confronté à la politique d’austérité imposée par la troïka (1), le mouvement populaire a atteint sa puissance maximale entre 2010 et 2012. Pendant cette période, Syriza était totalement impliqué dans les luttes. Constitué en parti, il obtenait 16,8% aux législatives en mai 2012 et 26,9% en juin de la même année. Moins active, la mobilisation populaire s’est poursuivie jusqu’à la fin 2014.

Le 25 janvier 2015, Syriza arrivait au pouvoir, avec 36,3%, en s’alliant avec ANEL (2).

Dès le 4 février, la Banque Centrale Européenne refusait les titres grecs comme garantie pour le refinancement des banques. Le 5 février à Athènes, une manifestation spontanée apportait son soutien au gouvernement. Les 11 et 15 février, les manifestations de soutien se multipliaient.

Convaincu de pouvoir négocier avec l’Eurogroupe mais confronté à une opposition féroce des créanciers, le gouvernement Syriza acceptait les conditions de la troïka le 20 février pour participer à un nouveau cycle de négociations.

Le Comité central de Syriza s’opposa à 41% à ce premier “accord”, des députés de Syriza, dont Zoé Konstantopoulou, présidente du Parlement, des ministres, dont Panagiotis Lafazanis, des personnalités comme Manolis Glezos, s’y opposèrent également. C’est pourquoi le texte ne fut pas présenté au Parlement.

Après le 20 février, la mobilisation est retombée et la population restera suspendue au feuilleton des négociations prévues pour durer quatre mois. Un groupe extrêmement restreint au gouvernement les mène alors, sans l’appui d’une nouvelle mobilisation et sans débat public.

Durant cette période, le Comité central ne sera pas non plus impliqué dans les négociations.

Pourtant, pendant ce temps, les débats concernant la question de la dette, des rapports avec l’Eurogroupe et la troïka occupaient Syriza. Pour autant, la crainte de ne pas conserver le soutien populaire sorti des sondages (7 sur 10 Grecs faisaient confiance à Syriza) en suscitant un débat public sur cette question a bâillonné le parti dans son ensemble.

La Plateforme de gauche, à l’intérieur de Syriza, favorable à une cessation de paiement (actée dans le programme de Thessalonique) et à une sortie de l’euro n’impulsait pas plus un mouvement populaire, qui aurait pu peser sur le gouvernement et sur les négociations.

Fin juin, les conditions exigées par les créanciers amenèrent Tsipras, le 27 juin, à poser la question de refuser les nouvelles exigences des créanciers par un référendum fixé au 5 juillet.

Les Grecs se mobilisèrent, débattirent, participèrent entre-autres à une manifestation énorme à Athènes le 3 juillet et le NON (OXI) recueillit 62,1% (70% dans les quartiers populaires et 85% chez les jeunes).

Le soir même, en totale contradiction avec les résultats du référendum et avec son appel à voter NON, Tsipras décidait de capituler et de reprendre les négociations. Elles allaient le mener à accepter, le 13 juillet, un “accord” irréalisable et catastrophique pour le peuple.

Yanis Varoufakis démissionna le 6 juillet au moment où Tsipras faisait volte-face. Majoritairement, le Comité central s’opposa à ce nouvel “accord”. Plus d’une trentaine de députés de Syriza voteront contre. Plusieurs ministres démissionnèrent à la suite ou étaient démissionnés et les rangs de Syriza se vidèrent. La population fut sidérée et la mobilisation populaire contre ce coup de force ne fut pas à la hauteur. Le diktat des créanciers fut alors ratifié au Parlement grâce au soutien de Nouvelle démocratie, du PASOK, de Dimar et de To Potami, l’opposition au gouvernement Syriza-ANEL.

Dans le parti, la lutte fut vive. La Plateforme de gauche décida de rester dans Syriza et demanda la tenue d’un congrès avant le vote des “accords” par le Parlement. Tsipras réussit à repousser le congrès aux calendes grecques…

Les “accords” définitivement votés le 19 août, Tsipras démissionna le 20, entraînant la dissolution du Parlement et la tenue de nouvelles élections législatives le 20 septembre. Sachant qu’elle n’aurait pas l’investiture du parti, la Plateforme de gauche sortit de Syriza et forma l’Unité populaire.

La campagne intéressa peu la population qui s’abstiendra massivement (44%). Syriza perdit des sièges, mais renoua son alliance avec ANEL et garda la majorité. Avec 2,8%, Unité populaire n’obtint aucun siège.

Relations entre les créanciers et les Grecs

La Commission européenne, le Fonds Monétaire International, l’Eurogroupe, la BCE, les gouvernements européens, les médias grecs et la plupart des médias européens attaquèrent violemment Syriza dès l’annonce des élections du 25 janvier. Junker résuma leur option commune par cette formule : “Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens”. Leur position ne variera pas : la Grèce devait payer !

La population grecque était alors majoritairement attachée à rester dans la zone euro et dans l’Union européenne. Syriza était partagé sur cette question, mais opta pour rester à tout prix dans l’euro. La Plateforme de gauche était pour un affrontement avec les créanciers, quitte à provoquer une rupture. Représentée par Yannis Dragasakis (vice Premier ministre) et Georges Stathakis (ministre de l’Économie), la droite de Syriza était favorable à un aménagement des mémorandums. Alexis Tsipras voulait réaliser au mieux le programme de Thessalonique en menant une négociation qui excluait toute rupture.

Yanis Varoufakis, chargé de mener les négociations, se heurta avec les créanciers. Il posa le débat sur l’avenir de la Grèce, sur la pertinence de rompre avec l’austérité. L’Eurogroupe n’entendit pas entrer dans ce débat et resta calé sur son programme de “réformes” à faire avaler aux Grecs. Un dialogue de sourds s’instaura pendant que la BCE mettait la pression sur le refinancement des banques grecques. À la veille du 20 février, Tsipras remplaça Varoufakis par Euclide Tsakalotos pour finaliser le premier “accord”. Celui-ci acta que la Grèce devait payer ses dettes, que le gouvernement ne pouvait pas prendre de mesures unilatérales et qu’il acceptait le contrôle des institutions, etc. Enfin, “l’aide”(3) apportée par les institutions serait conditionnée à des réformes négociées avec (imposées par) les créanciers.

Les mobilisations populaires faiblissent après le 20 février, la population faisant confiance à la pugnacité dont se prévalait le gouvernement.

Le 4 avril, la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque était mise en place par Zoé Konstantopoulou et coordonnée par Éric Toussaint. Le 18 juin, cette Commission rendait ses travaux et sa conclusion était d’arrêter de payer une dette qualifiée d’illégitime, d’illégale, d’odieuse et d’insoutenable.

N’ayant pas de moyens de pression et talonnés par la baisse des liquidités, les négociateurs grecs reculaient et franchissaient des “lignes rouges”. Les aides aux plus pauvres, l’allègement des impôts injustes, le relèvement du seuil de non-imposition, le refus des privatisations, l’augmentation du salaire minimum, etc. : tout cela était abandonné. Fin juin, les exigences apparaissaient inacceptables : augmentation de la TVA, privatisation de l’électricité, nouvelles coupes dans les retraites, etc. Tsipras remplaça de nouveau Varoufakis. Ne réussissant pas à faire reculer les créanciers, le 27 juin, il décidait d’appeler au référendum du 5 juillet.

Tout a été tenté pour que les électeurs comprennent le risque de Grexit si le NON (OXI) était majoritaire. La BCE coupa les liquidités aux banques qui fermaient le 29 juin. Les médias se déchaînaient contre le référendum. L’Eurogroupe, la Commission européenne appelaient à voter OUI (NAI) et Schäuble menaçait la Grèce d’être exclue de la zone euro en cas de victoire du NON.

Durant cette semaine-là, la mobilisation était de nouveau très importante et le NON l’emporta le 5 juillet.

Tsipras espérait-il un OUI qui le dédouanerait pour accepter le troisième mémorandum ? Toujours est-il qu’il décida de jeter l’éponge, de capituler.

Yanis Varoufakis ne réussit pas à le convaincre d’appliquer un plan B (4) consistant à arrêter de payer la dette, de mettre en place une monnaie électronique parallèle, de nationaliser les banques, etc. Cela se serait joué à trois contre deux ! Varoufakis démissionna le 6 juillet.

La décision de Tsipras était une aubaine inespérée pour les créanciers qui, alors, multiplièrent et durcirent leurs exigences.

L’accord du 13 juillet (5) affirme, par exemple : “Le sommet de la zone euro souligne que l’on ne peut pas opérer de décote nominale sur la dette” ; “Les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations financières vis-à-vis de l’ensemble de leurs créanciers intégralement et en temps voulu” ; “Le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de la soumettre à la consultation publique ou au Parlement”.

Suit un catalogue de mesures de libéralisation, d’augmentation des taxes, de diminution des retraites (6), de “réformes” du code du travail, de privatisations, etc.

Depuis, face au quartet (7), le gouvernement grec recule à chaque étape : il a taxé les retraites en octobre, il a bradé les banques acquises par des fonds vautour en novembre, il a retiré son projet d’aide aux plus démunis en décembre, il a accepté les expulsions de la résidence principale, etc.

La vie des Grecs sera de plus en plus insupportable : se libérer du carcan de l’austérité et de la mise sous tutelle ne manquera pas de se poser de nouveau.

Quelles sont les raisons de cet échec ?

Le rapport des forces entre le gouvernement grec et les institutions était et est toujours aussi défavorable aux Grecs. Le programme de Thessalonique n’était ni plus ni moins qu’un programme d’aide aux plus démunis, un programme de relance économique, de lutte contre le chômage dans le cadre d’un rétablissement du fonctionnement institutionnel et démocratique du système politique. Les gouvernements européens, la troïka, l’Eurogroupe ont marqué dès le départ leur opposition farouche à la souveraineté du gouvernement grec et à l’aspiration du peuple à une vie décente.

La stratégie du gouvernement grec était de négocier avec les créanciers la restructuration de la dette et/ou la mise en place d’un moratoire permettant au pays de se redresser. Cela ne pouvait pas aboutir en l’absence d’un rapport de force favorable. Pour les raisons déjà avancées, refuser tout compromis défavorable avait été exclu dès le départ par Tsipras et ses proches.

La menace d’un Grexit voulu par l’Eurogroupe n’aurait pas dû être prise au pied de la lettre. L’hypothèse d’une sortie de l’euro pour la Grèce aurait posé un problème politique majeur à l’Eurogroupe. En effet, le 16 septembre 2015, le vice-président de la BCE, Vítor Constâncio, a affirmé que la menace d’expulsion de la Grèce de la zone euro “n’a jamais été lancée pour de vrai parce que ce ne serait pas légal”. Préparée politiquement et techniquement, la perspective d’une possible rupture dans les négociations aurait peut-être rebattu les cartes.

Les mobilisations populaires en Europe ont été extrêmement faibles et les gouvernements, sociaux-démocrates comme de droite, se sont tous dressés contre les demandes grecques. Notre responsabilité est immense de ce point de vue.

L’espoir que les Grecs avaient mis dans Syriza ne s’est pas mué en action collective de transformations sociales. Pour cela, il leur aurait fallu affronter à la fois les intérêts des puissants à l’intérieur de la Grèce et les créanciers à l’extérieur. Ni le mouvement populaire fatigué par cinq années de luttes et de privations, ni Syriza pas préparé à un affrontement de classe, ni le gouvernement bercé d’illusions derrière ses bonnes intentions ne l’ont envisagé. La gauche de Syriza en connaissait l’incontournable nécessité, mais n’a pas réussi à pallier les faiblesses manifestes des uns et des autres.

Pour ouvrir le débat

Les mobilisations populaires ne se décrètent pas, mais elles peuvent se convertir en intelligence collective, en force sociale qui, prenant conscience de sa puissance, ébranle la domination qu’elle subit. Dans ces périodes, il est possible de mettre au pouvoir des partis progressistes reconnus. Cela ne garantit pas qu’une fois installé le gouvernement ait les capacités de mettre en œuvre ce qu’il a programmé. Encore faut-il que les mobilisations entrent en résonance avec l’action de ce gouvernement afin que ce dernier aille au bout de ce que les luttes entendent atteindre. Or le temps politique et le temps des mobilisations n’est pas le même. Dans le cas grec, le temps politique a été extrêmement court et le mouvement de mobilisation, à ce moment-là, reprenait son souffle.

Cela pose, pour commencer, le problème de la lutte idéologique contre le sentiment de fatalité qui est actuellement dominant (TINA) (8). Cela pose ensuite celui de l’organisation et celui des propositions dont peuvent se doter les partis qui ont des perspectives émancipatrices.

L’expérience grecque place au premier plan la question européenne. L’Union européenne, les traités européens, la monnaie unique, les institutions sont des instruments de domination au profit du capital financier. Ce n’est en aucun cas une avancée inachevée vers un monde meilleur.

Vouloir de la démocratie et de la protection sociale là où ces biens précieux sont en continuels reculs est légitime. En Europe, s’affranchir du carcan des traités européens, de la monnaie unique ne peut pas se négocier, sinon dans un rapport de force tout à fait exceptionnel.

Il ne peut y avoir de souveraineté populaire ni sous la Ve République, ni dans l’Union européenne. Une rupture est indispensable.

Michel Bonnard, 13 janvier 2016

(1) La troïka : la Commission européenne, la BCE et le FMI.

(2) ANEL : “Les Grecs indépendants”, parti de droite souverainiste issu de Nouvelle démocratie.

(3) Les milliards “d’aide” à la Grèce sont partagés comme suit : 8% pour l’État grec, le reste retourne aux créanciers dont 77% aux banques. Voir le rapport de la commission pour la vérité sur la dette grecque : http://cadtm.org/Synthese-du-rapport-de-la

(4) Le petit groupe qui a réfléchi à ce plan B autour de Varoufakis a travaillé dans le secret. James Galbraith en a fait partie. Il s’en explique : http://cadtm.org/L-economiste-James-Galbraith

(5) http://www.politis.fr/Voici-le-texte-de-l-accord-UE,31897.html

(6) Pour les retraites : - 40% entre 2010 et 2015 ; de – 4% à- 6% en novembre 2015 ; - 15% pour les retraites moyennes (750 €), - 30% pour les retraites au-dessus de 2 000 € : ceci dans le plan présenté par le gouvernement à l’Eurogroupe le 5 janvier 2016 et qui peut être retoqué. Voir l’article de Romaric Godin : http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-le-gouvernement-presente-sa-reforme-des-retraites-540424.html

(7) Le quartet : la Commission européenne, la BCE, le FMI et le Mécanisme Européen de Stabilité

(8) TINA : “There is no alternative”.

Partager cet article
Repost0
11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 06:13

Syrie: 5 ans de combats, 5 ans de massacres le témoignage...

Entretien avec Pierre Barbancey, grand reporter au quotidien
« L’Humanité ».Syrie, 5 ans de combats... 5 Ans de massacres. Notre invité revient d'un nouveau séjour en Syrie ( TV 5 MONDE).

https://youtu.be/A2fokfX5XdE

(Pierre Barbancey défend depuis le début du conflit un point de vue qui met en avant le danger islamiste en Syrie et les visées stratégiques des pays arabes conservateurs alliés des Etats-Unis sans focaliser sur la criminalité intrinsèque d'une ampleur stupéfiante du régime de Bachar-al-Assad.

Un point de vue intéressant du point de vue de la géostratégie du Proche-Orient mais contestable sur un plan politique et moral qui, selon moi, ne fait pas justice à la réalité de l'insurrection populaire laïque et démocratique de départ contre la tyrannie de Bachar-al-Assad, qui n'est soutenue que par 20% de la population syrienne environ et qui fait une guerre à base de crimes contre les civils et l'humanité aux Syriens des territoires libérés de l'emprise du dictateur, même si depuis la rébellion s'est faite en grande partie phagocytée depuis 2012-2013 par les islamistes de différentes tendances soutenus de l'étranger.

Ismaël Dupont )

Partager cet article
Repost0
10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 14:06

Marwan Barghouti, citoyen d'honneur de Stains : Soutien à Azzedine Taibi (PCF)

En 2009, le conseil municipal de Stains (93) a élevé Marwan Barghouti au rang de citoyen d’honneur de la ville et installé au fronton de l’hôtel-de-ville une banderole pour demander sa libération.

Stains fait partie du réseau des villes et collectivités pour la libération de Marwan Barghouti comme vingt-deux autres municipalités dont les maires s’apprêtent d'ailleurs à lui rendre une visite de solidarité en ce mois de juin.

Soutenir Marwan Barghouti, c'est soutenir la paix.

Partisan d’une solution politique basée sur le respect du droit international avec la création d'un État palestinien aux côtés de l’État israélien, il est détenu illégalement dans les geôles israéliennes depuis 2002. Marwan Barghouti, député et président du groupe d’amitié Palestine-France au parlement palestinien n'est pas plus terroriste que ne l'était Nelson Mandela. D'ailleurs, une campagne internationale pour sa libération et celle de tous les prisonniers politiques palestiniens a été lancée depuis Robben Island et a recueilli de nombreux soutiens au-dessus de tout soupçon : huit prix Nobel, dont Jimmy Carter et Desmond Tutu, et de prestigieuses personnalités parmi lesquelles le regretté Stéphane Hessel, Michel Rocard, Jack Ralite, Christian Sautter, Guy Bedos, Rony Brauman, Gisèle Halimi, Eva Joly, ou encore Pierre Tartakowski, alors président de la Ligue des droits de l’Homme et Jean Ziegler, membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies.

Récemment, des parlementaires britanniques ont demandé au parlement israélien la libération de Marwan Barghouti ; cette demande a été reprise par l'Egypte. Le prix Nobel de la paix argentin, Adolfo Perez Esquivel, et des parlementaires belges ont proposé d’attribuer cette année le prix Nobel de la paix à Marwan Barghouti. Quant au quatuor tunisien récipiendaire du prix Nobel de la paix 2015, il lui a dédié il y a quelques mois son prix Nobel. Tous sont conscients du rôle positif que peut jouer Marwan Barghouti pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens.

Mais pour le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), toutes les critiques de la politique menée par l’État d'Israël sont systématiquement définies comme de l'antisémitisme et il entend poursuivre tous ceux qui s'y opposent.

En 2015, le BNVCA décide de faire annuler le titre de citoyen d’honneur de Marwan Barghouti que lui avait donné la ville d'Aubervilliers. Aujourd'hui, c'est contre le maire communiste de Stains, Azzédine Taïbi, que le BNVCA porte plainte pour « apologie publique d’un acte terroriste ». Il s'agit d'une pure forfaiture et d'une insulte au maire et aux habitant-e-s de Stains.

Le Parti communiste français assure de toute sa solidarité et de tout son soutien au maire, Azzédine Taïbi, et aux habitant-e-s de Stains, et appelle tous les militant-e-s de la paix à se rendre au rassemblement le mardi 14 juin à 9h devant le tribunal administratif de Montreuil lors de sa comparution.

Marwan Barghouti, citoyen d'honneur de Stains: soutien à Azzedine Taibi (PCF)
Partager cet article
Repost0
10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 13:09

Le compte rendu complet du 37e Congrès du PCF du 2 au 5 juin à Aubervilliers-St Denis.

Partager cet article
Repost0
10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 12:58

AFPS, vendredi 10 juin 2016

Quatre civils israéliens ont été tués dans un attentat à la terrasse d’un café, victimes collatérales d’une politique dont leur gouvernement porte l’entière responsabilité.

Nous déplorons cette situation dans laquelle des civils tuent d’autres civils tandis que les fauteurs de haine paradent au cœur du pouvoir israélien.

L’attentat commis par deux jeunes de Yatta n’aura surpris que ceux qui veulent fermer les yeux sur la situation qui prévaut aujourd’hui en Palestine occupée et le niveau de désespoir et de colère qui est celui de la population.

Le village de Yatta, au sud d’Hébron, dont sont originaires les deux jeunes, est depuis des années sous la pression constante des colons qui cherchent à vider la région de la présence palestinienne.

De tels actes ne manqueront pas de se reproduire si rien n’est fait pour arrêter cette infernale course à l’abîme, résultat d’une politique choisie en toute conscience par le gouvernement israélien. C’est ce qu’a dit à sa façon le maire de Tel-Aviv en pointant la responsabilité de l’occupation et de la colonisation.

Face au drame, on comprend bien sûr que le Président de la République ait condamné un attentat contre des civils, mais il l’a fait en assurant Israël de sa solidarité contre le terrorisme, comme si Israël n’était pas un acteur direct de ce terrorisme. Il s’était d’ailleurs bien gardé de réagir de même lors de l’assassinat le 24 mars dernier d’ Abdel Fattah Al-Sharif par un soldat franco-israélien.

La « riposte » annoncée, avant même la réunion du cabinet de guerre, suppression des permis de travail en Israël pour toutes les personnes portant le même nom que les auteurs de l’attentat, suspension des permis de visite familiale pour 83000 Palestiniens pendant le ramadan, interdictions jusqu’à dimanche soir d’accéder à Jérusalem et en Israël, bouclage et destructions programmées à Yatta ne feront que rajouter au désespoir.

Il est du devoir de la communauté internationale de s’opposer à ces punitions collectives qui alimentent la mécanique infernale de la violence et du désespoir et de faire échec au scénario du pire en imposant le respect du droit.

Quatre civils tués dans un attentat à Tel Aviv, le sinistre résultat d'une logique d'oppression coloniale (AFPS)
Partager cet article
Repost0
10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 06:07

Pourquoi les désertions se multiplient au sein de Daech
http://www.huffingtonpost.fr/2016/06/09/desertions-daech-etat-islamique-terrorisme_n_10370152.html

TERRORISME – Les défections, notamment de jihadistes occidentaux, se multiplient dans les rangs de Daech, et leur retour dans leurs pays d'origine est un casse-tête pour les services antiterroristes, selon des sources concordantes.

En recul en Syrie et Irak, soumise aux bombardements incessants de dizaines de chasseurs-bombardiers, l'organisation peine à empêcher certains des milliers de volontaires étrangers qui l'ont rejointe depuis 2014 de quitter les terres du califat autoproclamé pour rentrer chez eux.

Leurs motivations sont multiples. Les principales sont la peur des raids aériens, la déception par rapport à ce qu'ils avaient imaginé, la corruption des dirigeants locaux, les exactions envers d'autres musulmans sunnites ou tout simplement l'ennui, précise une étude menée sur soixante d'entre eux par l'International centre for the study of radicalisation (ICSR) du King's College de Londres.

"Ils sentent que la phase finale a commencé, beaucoup commencent à nous envoyer des messages pour savoir comment rentrer", confie à l'AFP le coordonnateur national du renseignement en France, Didier Le Bret. "Il n'est plus question d'expansion du glorieux califat, et nous savons que certains se font tuer quand ils tentent de fuir".

"D'ailleurs, étant donné que les services de sécurité de Daech sont très soupçonneux, ça nous inquiète quand on récupère quelqu'un: comment savoir s'il est sincère ou en mission?", ajoute-t-il.

Selon le directeur général de la sécurité intérieure française (DGSI), Patrick Calvar, à la mi-mai "244 personnes étaient revenues de la zone syro-irakienne en France". "On assiste à davantage d'intentions de retour sur notre sol", a-t-il précisé lors d'une audition à l'Assemblée nationale. Mais elles "sont entravées par la politique de Daech qui, dès lors qu'ils souhaitent quitter la Syrie, considère les intéressés comme des traîtres à exécuter immédiatement".

"Du simple massacre"

Dès janvier 2014, avant même la proclamation officielle de la création du califat, l'ICSR a créé une base de données à partir des interviews que ses chercheurs ont pu mener avec des déserteurs de Daech, pour tenter de comprendre leurs motivations. Elle comprend aujourd'hui 60 noms.

"Les raisons pour lesquelles ils ont fui sont aussi complexes que celles qui les ont poussés à y aller" écrit dans un rapport Peter Neumann, directeur de l'ICSR. "Ils ne sont pas tous devenus de fervents partisans de la démocratie à l'occidentale. Certains ont commis des crimes".

"Dans leurs récits, quatre reproches reviennent: 'l'EI cherche davantage à combattre d'autres musulmans que le gouvernement Assad, l'EI commet des atrocités envers des musulmans, l'EI est corrompue et ne suit pas les préceptes de l'islam, la vie sous le joug de l'EI est dure et décevante'", poursuit-il.

Shiraz Maher, membre de l'ICSR, est l'un des chercheurs qui a interrogé les déserteurs. "La plupart nous disent: 'Nous n'étions pas venus pour ça'", confie-t-il, lors d'une visite à Paris. "L'un d'eux m'a dit: 'Je voudrais dire à tous les moudjahidines de ne pas aller en Syrie. Ce n'est pas ça le jihad. Vous allez vous retrouver à tuer des musulmans'".

Partis parfois sur un coup de tête, parfois persuadés qu'ils allaient rejoindre une utopie, une société idéale régie par la charia, parfois à la recherche d'adrénaline, de camaraderie, d'un rôle de chevalier blanc, les apprentis-jihadistes sont souvent confrontés, selon le récit des déserteurs, à un quotidien fait de violence, de barbarie, de peur, de privations, d'ennui, d'incompréhensions, de discriminations basées sur le pays d'origine.

"L'un d'eux m'a dit", ajoute Shiraz Maher "que les chefs de l'EI n'hésiteront pas à raser un immeuble, avec des femmes et des enfants à l'intérieur, pour tuer une seule personne. Ce n'est pas le jihad révolutionnaire, c'est du simple massacre". "Un combattant indien a tout résumé en disant: 'Ce n'est pas ça, le jihad. Ils m'ont fait nettoyer les toilettes...'"

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011