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Des voix de plus en plus nombreuses pour Stopper les négociations sur de traité de " libre-échange " transatlantique .
Avec ce lien " Greenpeace " , tout un dossier de l'Humanité .
Lundi, 2 Mai, 2016
Greenpeace a publié près de 250 pages des négociations du projet de traité de libre-échange transatlantique, entre les Etats-Unis et l’Union Européenne. Son contenu confirme bien les craintes exprimées par des années par l’Humanité, que cet accord sert avant tout les intérêts des multinationales, contre le bien commun. Et la divulgation de ce texte pourrait bien compliquer les négociations.
« Derrière un texte juridique ardu, des formules alambiquées et subtiles, et après une première analyse, ces documents montrent l’ampleur et la portée du sacrifice que devront faire les citoyens de l’Union européenne et des États-Unis afin de satisfaire les intérêts des multinationales, explique Jean-François Julliard, Directeur Général de Greenpeace France. Il est temps d’arrêter ces négociations et d’entamer le débat. »
En publiant ces 250 pages Greenpeace confirme bien que ce traité, négocié dans le plus grand secret, place les intérêts économiques des multinationales avant le bien commun. La santé et l’environnement sont sacrifiés. « Les effets du traité sont à priori subtils mais seront finalement dévastateurs, explique Greenpeace. Les lois européennes seraient jugées en fonction de leurs conséquences sur le commerce et l’investissement, au détriment de l’environnement et de la santé. » Voir en détail ci-dessous.
Ce que montre également ce document c’est que les désaccords restent profonds entre les Etats-Unis et l’Union Européenne. En négociation depuis 2013, ce traité vise à abolir les barrières commerciales entre les deux continents, en uniformisant notamment les normes sanitaires et environnementales.
"Ils reflètent les positions de négociation de chaque partie et rien d'autre", estime la commissaire au Commerce Cecilia Malmström. "Et ce n'est une surprise pour personne qu'il y a des domaines où l'UE et les Etats-Unis ont des points de vue différents". "Aucun accord commercial de l'UE n'abaissera jamais notre niveau de protection des consommateurs, de sécurité alimentaire ou de protection de l'environnement" a-t-elle affirmé. "Dans certains domaines, où nous sommes encore trop éloignés les uns des autres dans la négociation, il n'y aura tout simplement pas d'accord".
Jean-François Julliard Directeur Général de Greenpeace France. « Nous demandons aux citoyens, à la société civile, aux responsables politiques et aux industriels de s’emparer de ce texte et de s’engager ouvertement dans le débat, Nous demandons aux négociateurs de diffuser les textes les plus récents, dans leur version complète. Tant que tous ces sujets de préoccupation n’auront pas été pris en compte, nous demandons que les négociations soient interrompues. Parce que les règles qui garantissent notre santé et celle de la planète méritent un véritable débat ».
Nos collègues de Greenpeace Pays-Bas ont rendu publiques 248 pages tenues secrètes du traité de libre-échangeactuellement négocié entre les États-Unis et l’Union européenne.
Ce traité, discuté en catimini depuis bientôt trois ans, est le plus grand accord commercial de tous les temps. Il couvrirait en effet près d’un tiers des échanges commerciaux mondiaux.
Absence du principe de précaution, confirmation de l’influence des lobbys économiques sur les négociations… Ces documents confirment ce que les organisations de la société civile ne cessent de clamer : ce traité ferait passer les intérêts des grandes entreprises avant la protection des consommateurs et de l’environnement et porterait un coup terrible à la démocratie.
Première conséquence directe de ces révélations : le secrétaire d’État au Commerce extérieur, Matthias Fekl, a déclaré ce matin que l'arrêt des négociations était « l'option la plus probable ».
Ce traité nous concerne toutes et tous et mérite un véritable débat démocratique. En tant que citoyen-ne, vous pouvez prendre connaissance des documents, diffuser l’information autour de vous et demander aussi une réglementation pour mieux protéger les lanceurs d’alerte, courageux et nécessaires pour défendre nos libertés et nos droits.
Pour soutenir celles et ceux qui prennent des risques pour notre démocratie, signez la pétition !
http://www.france-palestine.org/Initiative-serieuse-ou-poudre-aux-yeux
En annonçant son initiative pour une conférence internationale sur la question israélo-palestinienne, la France a pris acte de l’échec du processus initié à Oslo en 1993 et des diverses tentatives pour le ranimer. Chacun constate en effet que la seule chose qui s’est ancrée sur le terrain c’est l’occupation et la colonisation poussée toujours plus avant. Cela en violation du droit international et des Conventions de Genève, avec pour conséquence l’absence de tout horizon politique pour les Palestiniens, le désespoir qu’il engendre et le chaos pour perspective.
C’est à cette situation que la France dit vouloir répondre et l’annonce de son initiative a été saluée par diverses personnalités, anciens ministres ou diplomates dignes de respect constatant que « les principes qui ont guidé les tentatives de négociations entre Israël et les Palestiniens au cours de toutes ces années - le face à face des deux parties sous le regard de Washington - ont fait la preuve de leur faillite ».
Rappeler les principes comme veut le faire la France est nécessaire. Encore faut-il ne pas se payer de mots avec des discours ambigus ou contradictoires. C’est bien malheureusement la configuration dans laquelle nous sommes ces derniers mois. En témoignent les propos du Premier ministre appelant à la répression de l’appel au boycott et confondant délibérément antisionisme et antisémitisme, l’abstention peu glorieuse de la France au Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur l’établissement d’une liste noire des entreprises participant à la colonisation ou encore les propos de Jean-Marc Ayrault en retrait par rapport à son prédécesseur quant à la reconnaissance de l’État de Palestine.
La crédibilité de l’initiative française sera jugée à ses résultats. Elle ne peut souffrir de la moindre complaisance face à ceux qui ont fait de la violation du droit le principe de leur action politique. Au contraire, seule une politique de sanctions et de pression continue sur Israël peut amener cet État à respecter le droit international.
Le Conseil de sécurité vient de rappeler « sa vive préoccupation devant les tentatives répétées d’Israël de défier la volonté de la communauté internationale et de faire perdurer l’occupation et l’annexion du Golan syrien » et que, comme l’a établi la résolution 497, « la décision israélienne d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration au Golan syrien occupé est nulle et non avenue et sans effet en droit international ».
La France, comme membre permanent, doit soutenir pleinement la résolution condamnant la colonisation qui est entre les mains du Conseil et marquer ainsi que le respect du droit est la condition même de la paix.
Le Bureau national
Association France Palestine Solidarité (AFPS)
Lire aussi :
Une date est enfin fixée. La première conférence internationale, proposée par la France pour relancer un processus politique entre Israéliens et Palestiniens, se tiendra à Paris lundi 30 mai. Elle rassemblera les ministres des affaires étrangères d’une vingtaine de pays, dont les membres du Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne (UE), Organisation des Nations unies (ONU)), les principales nations de l’UE et les pays clés de la Ligue arabe. Cette conférence doit servir avant tout à s’accorder sur un calendrier et des objectifs généraux, avant la tenue d’une nouvelle réunion, décisive, entre chefs d’Etat et de gouvernement, d’ici à la fin de l’année. C’est seulement alors que Palestiniens et Israéliens seraient conviés à la table des discussions. L’initiative française vise à sortir du patronage traditionnel et infructueux des Etats-Unis dans les négociations bilatérales. Depuis le printemps 2014 et l’échec du secrétaire d’Etat, John Kerry, aucun processus politique n’a été relancé. Paris aimerait surmonter le pessimisme général et réunir toutes les bonnes volontés autour de ce conflit, même s’il est passé au second rang des priorités. D’ici au 30 mai, le Quartet devrait rendre un rapport dressant un constat sévère de la détérioration sur le terrain et dessiner des pistes pour la préservation d’une solution à deux Etats.
Obama attendu sur le dossier
L’annonce de la date du 30 mai a été faite par Haaretz, jeudi 21 avril. Le quotidien israélien a compromis la communication du Quai d’Orsay. Plusieurs quotidiens, français et étrangers, doivent publier vendredi un entretien avec Jean-Marc Ayrault, dans lequel le ministre des affaires étrangères annonce la première concrétisation de l’initiative française, en termes de calendrier. La conférence du 30 mai devrait être précédée d’un ou plusieurs jours par une réunion technique entre diplomates, pour s’accorder sur les termes du communiqué final. Auparavant, M. Ayrault pourrait effectuer une visite éclair en Israël et dans les territoires occupés. La date du 13 mai est examinée.
Pour l’heure, les Israéliens font preuve d’une grande réserve publique par rapport à l’initiative française. Ils estiment que son sort dépend des intentions de l’administration Obama, qui demeurent illisibles. Le président américain tentera-t-il, dans les derniers mois de son mandat, de s’activer une dernière fois sur ce dossier maudit ? La période avant le scrutin présidentiel de novembre est très défavorable. Mais les deux mois suivants, avant l’entrée en fonction de son successeur, peuvent lui offrir une liberté inédite.
Et Pierre Haski dans le Nouvel Obs: "Israël-Palestine, faux semblants au Proche Orient"
On reparle enfin de la question israélo-palestinienne. Depuis que les "printemps arabes" ont abouti à plusieurs guerres (Syrie, Irak, Libye, Yémen…), le dossier palestinien a été relégué au second plan, comme si la nécessité de résoudre un conflit ne se mesurait qu’en nombre de victimes. L’absence de règlement de ce conflit vieux de plusieurs décennies fait pourtant peser des menaces permanentes sur la région, et bien au-delà, jusqu’au cœur de la société française.
La question israélo-palestinienne revient à l’ordre du jour, notamment à la faveur d’une initiative diplomatique française ; mais, pour autant, est-on plus près d’une solution ? Malheureusement il faut répondre par la négative, tant le rapport de forces est, à l’heure actuelle, très défavorable à une paix réelle et équitable. Un rapide aperçu des acteurs en présence laisse peu de place à une solution négociée, près de vingt-cinq ans après la conférence de Madrid, qui avait mis face à face pour la première fois Israéliens et Palestiniens, et vingt-trois ans après les accords d’Oslo, qui avaient permis la reconnaissance mutuelle.
Du côté israélien, la puissance dominante sans laquelle rien n’est possible, l’heure n’est pas au compromis, au contraire. La colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est se poursuit inexorablement, créant sur le terrain une situation de fait qui, chaque jour, affaiblit l’option des deux Etats. Et les Israéliens, l’opinion comme le gouvernement de droite et d’extrême droite, n’ont jamais été, depuis plus de deux décennies, aussi peu favorables à une entente avec leurs voisins palestiniens.
L’"intifada des couteaux", qui a fait quelque deux cents morts, en grande majorité palestiniens, depuis son déclenchement il y a six mois, a durci une opinion déjà largement acquise au camp des "faucons", alors que celui des "colombes" est réduit à la portion congrue. Le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, répète à l’envi qu’il est prêt à négocier sans conditions, mais les Israéliens eux-mêmes savent qu’il n’en pense pas un traître mot…
L’espoir fait vivre, dit-on
Côté palestinien, ce n’est guère mieux. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, est à bout de souffle et condamné à la gesticulation internationale ; sa succession s’annonce complexe, tandis que les islamistes du Hamas contrôlent la bande de Gaza, ghetto explosif soumis à un blocus israélien générateur de toujours plus de frustrations et de rancœurs. Le désespoir de la génération post-Oslo a conduit aux attentats au couteau – suicidaires –, des actes de violence individuelle insensée échappant à toute stratégie d’appareil.
A ceux qui espèrent en ce qu’on n’ose plus appeler la communauté internationale pour imposer un règlement, il faut recommander un peu de lucidité. L’initiative française est sympathique et louable, mais, lancée par Laurent Fabius alors qu’il se savait sans doute déjà sur le départ, elle est menée avec la quasi-certitude de ne pas aboutir. La seule "menace" qui lui donnait un peu de crédibilité, l’annonce qu’en cas d’impasse la France reconnaîtrait "automatiquement" la Palestine, a été abandonnée car trop isolée, y compris en Europe, comme d’habitude aux abonnés absents sur ce sujet sensible.
Les Etats-Unis, en pleine période électorale, ne peuvent ni ne veulent se "mouiller" au sujet de la Palestine avant l’élection de novembre, surtout après huit années d’impuissance de Barack Obama sur ce dossier. Alors que reste-t-il ? L’espoir qu’en en reparlant on fera bouger les lignes au Proche-Orient ? L’espoir fait vivre, dit-on ; de nouveau déçu, il peut aussi faire mourir.
lu sur le site national de l'AFPS: http://www.france-palestine.org/
Avec les arrestations montant en flèche, l’inquiétude augmente.
Human Rights Watch, mercredi 27 avril 2016
Jérusalem – Les forces de sécurité israéliennes maltraitent les enfants palestiniens détenus en Cisjordanie. Le nombre des enfants palestiniens arrêtés par les forces israéliennes a plus que doublé depuis octobre 2015.
Les interviews des enfants qui ont été détenus, les films video, et les rapports des avocats révèlent que les forces de sécurité israéliennes utilisent une force inutile pour arrêter et détenir les enfants, les battant dans certains cas, et les maintenant dans des conditions peu sûres et abusives.
“Les enfants palestiniens sont traités avec des manières qui terrifieraient et traumatiseraient un adulte,” a déclaré Sari Bashi, directeur de la région Israël et Palestine. “Les cris, les menaces, et les coups ne sont pas la façon pour la police de traiter un enfant ou d’obtenir de lui des renseignements exacts.”
Les avocats et les groupes de défense des droits de l’homme ont déclaré à Human Rights Watch que les forces de sécurité israéliennes interrogent couramment les enfants sans la présence d’un parent, en violation du droit international et du droit local israélien qui prévoient des garanties particulières pour les enfants. Ces garanties comprennent les obligations de n’arrêter ou de ne détenir un enfant qu’en dernier recours et de prendre la précaution de s’assurer que les enfants ne sont pas forcés de s’avouer coupables. La Convention des Droits de l’Enfant exige des forces de sécurité de faire de l’intérêt supérieur de l’enfant une préoccupation principale dans tous les aspects du système judiciaire des mineurs.
En juillet 2015, Human Rights Watch a étudié six cas de maltraitance d’enfants que les forces de sécurité israéliennes avaient détenus à Jérusalem-Est et dans d’autres parties de la Cisjordanie sous occupation israélienne. Dans leur réponse, la police et l’armée israélienne ont nié que les mauvais traitements aient eu lieu et ont déclaré à Human Rights Watch que leurs forces mènent les arrestations et la détention conformément au droit.
Depuis lors, Human Rights Watch a étudié trois nouveaux cas de violences physiques à l’égard d’enfants en détention et des pratiques d’interrogatoire qui sont une violation de ces normes. Des avocats de défense pénale rapportent que de tels mauvais traitements sont endémiques. Le manque de respect des normes et protections internationales en vertu du droit israélien concernant les enfants détenus est particulièrement préoccupant étant donné la forte augmentation du nombre d’enfants arrêtés au cours des violences récentes impliquant des enfants.
Depuis octobre, les manifestations en Cisjordanie et à Gaza ont augmenté, comme l’usage de tirs à balles réelles par les forces israéliennes contre les manifestants. Il y a eu aussi une vague d’attaques ou de tentatives d’attaques au couteau par des Palestiniens contre des civils israéliens et les forces de sécurité d’Israël à la fois en Cisjordanie et en Israël. Au 29 février 2016, 172 Palestiniens and 24 Israéliens avaient été tués, selon le Bureau des Affaires Humanitaires des Nations Unies. Sur les 21 Palestiniens suspectés d’avoir perpétré des attaques et tués en 2016, neuf étaient des enfants, selon l’ONU.
Human Rights Watch a interviewé trois Palestiniens, âgés de 14, 15, et 16 ans dont deux avait été arrêtés à Jérusalem-Est et le troisième dans la ville d’Hébron en Cisjordanie, en octobre et en novembre 2015. Chacun a rapporté avoir été soumis à une violence inutile pendant l’arrestation ou la détention, ou les deux. Human Rights Watch a aussi interviewé des témoins de toutes ces trois arrestations et a visionné une video prise par une caméra de sécurité dans laquelle l’on peut voir des policiers faisant usage de ce qui apparaît comme étant une violence inutile pour arrêter le garçon âgé de 15 ans. Human Rights Watch a aussi interviewé des avocats de défense pénale travaillant à Jérusalem-Est, a soumis une liste de questions au ministre de la police israélienne par l’intermédiaire d’un député à la Knesset (parlement) et présenté des questions au bureau du porte-parole de l’armée israélienne et à la police israélienne.
Dans deux des trois cas la police a interrogé les enfants sans la présence d’un parent ou d’un tuteur ; dans le troisième, un parent ne pouvait être présent qu’après que l’interrogatoire a commencé. Les trois enfants ont tous rapporté que les policiers les avaient frappés et leur avaient donné des coups de pied après qu’ils ont été placés en détention. Ils ont déclaré qu’on leur a fait passer des heures, dans le complexe de la police, à l’extérieur dans le froid au petit matin et de nuit, menottés sur des chaises.
Une video d’une caméra de sécurité d’un magasin donnant des renseignements sur l’arrestation de l’un des enfants, Fayez B., 15 ans, semble montrer au moins sept policiers, munis d’un équipement anti-émeutes, prenant part à l’arrestation, y compris en frappant et en traînant le garçon d’un poids de 53 kilos et en lui appliquant une prise d’étranglement. “Cela a été une nuit terrifiante,” a dit Fayez à Human Rights Watch. Le père du garçon est arrivé pendant l’arrestation et il a déclaré qu’un policier lui a donné un coup de poing au visage quand il a demandé ce qui se passait.
Selon l’association de défense des droits des enfants palestiniens DCI-Palestine et l’association israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, qui s’appuient sur les informations émanant du Service des Prisons Israélien, le nombre des enfants palestiniens arrêtés en Cisjordanie depuis octobre, où les violences se sont accrues, a augmenté de 150 % en comparaison du nombre d’il y a un an. En plus des attaques de civils israéliens et des forces de sécurité d’Israël par des enfants palestiniens, les cas d’enfants palestiniens jetant des pierres sur des véhicules israéliens ont augmenté.
En réponse aux allégations de mauvais traitements dans l’arrestation de l’un des garçons, Ahmed A., le District d’Hebron des forces de police israéliennes a envoyé une réponse écrite aux questions de Human Rights Watch. Elle a déclaré que l’interrogatoire d’Ahmed a été mené conformément au droit mais elle n’a pas spécifiquement abordé les allégations selon lesquelles les policiers l’ont physiquement maltraité. Le ministre doit encore répondre à une enquête parlementaire présentée en février 2016, demandant des renseignements d’ordre général sur le traitement des enfants palestiniens en détention. Le bureau du chef de la police a décliné une demande de rencontre de Human Rights Watch afin de répondre aux préoccupations.
Human Rights Watch ne demandait pas de réponse sur le cas des deux autres garçons, pour les protéger eux et leur famille. Il refuse de communiquer les noms de famille des enfants pour protéger leur vie privée.
“Le nombre croissant d’attaques par des enfants palestiniens est inquiétant” a déclaré Bashi. « Mais les forces de sécurité doivent se conformer au droit et traiter les enfants détenus avec l’humanité et la dignité que tous les enfants méritent.”
Fayez B., âgé de 15 ans
Fayez a été arrêté à l’extérieur d’un magasin à Jérusalem-Est, où il travaillait occasionnellement, dans l’après-midi du 7 octobre. Il a déclaré à Human Rights Watch que les policiers israéliens se sont approchés de lui et lui ont demandé s’il possédait un couteau, et que l’un d’eux a mis la main dans la poche du garçon tandis que l’autre le poussait. Ayez a dit qu’il a repoussé le policier et qu’il est ensuite entré dans le magasin, où il travaillait, pour donner son portable au propriétaire du magasin, en prévoyant qu’il allait être arrêté.
Les policiers l’ont suivi, a-t-il déclaré, et se sont mis à le frapper, jusqu’à ce qu’il tombe par terre. Alors qu’il était étendu là, a-t-il dit, les policiers lui ont donné des coups de pied entre les jambes et lui ont tapé la tête contre le sol, puis l’ont tiré pour le remettre debout tout en le giflant et en le menottant. Le propriétaire du magasin, Mohammed al-Shwaiki, qui était là, a confirmé les dires et a déclaré qu’un officier de police l’avait aussi frappé, à la tête et au genou.
Une video provenant de la camera de sécurité du magasin, que al-Shwaiki a transmis aux medias peu de temps après l’arrestation montre Fayez entrant dans le magasin et un policier, vêtu d’une tenue anti-émeute, en train de l’agripper. Le garçon se dégage et va derrière le comptoir du magasin, l’on voit alors le policier en train de le pousser et le faire tomber par terre. Lui et le policier restent hors champ pendant 13 secondes. Puis l’on peut voir le policier en train de l’agripper et de le mettre debout, le giflant et l’emmenant vers l’entrée du magasin. E l’on peut voir au moins six policiers supplémentaires, portant tous des casques et des gilets pare-balle en train de prendre part à l’arrestation. Bien que Fayez semble être maitrisé, l’un des policiers semble frapper le garçon alors qu’il est debout, et l’on peut en voir un autre lui faisant brièvement une prise d’étranglement. Fayez pèse 53 kilos et mesure 1,65 m.
Fayez a déclaré qu’il a alors été menotté et est allé à pied vers le quartier d’Abu Tor, où habitent en même temps des Palestiniens et des Juifs israéliens. Il a déclaré que les policiers continuaient à le frapper et à lui donner des coups de pied. Après qu’ils sont entrés à pied dans le quartier par un portail, a déclaré Fayez, les policiers l’ont jeté par terre. Six ou sept policiers lui ont alors donné des coups de pied aux jambes, au dos et à la tête, tandis que les spectateurs lui criaient dessus en hébreu et lançaient des grossièretés en arabe au sujet de sa mère et de sa soeur.
Fayez a déclaré que la police l’a mis dans une grande jeep avec 11 policiers et l’a conduit au commissariat de police d’Oz police. Il a d’abord été assis sur le siège arrière, mais les policiers l’ont ensuite placé sur le plancher. Alors plusieurs policiers lui ont donné des coups de pied, et l’un d’eux l’a frappé du poing à la tête. Un autre policier a versé de l’eau sur le dos de Fayez, a-t-il déclaré.
Le père de Fayez, Fawaz B., est arrivé au magasin vers 16 h, alors que son fils était emmené. Il a déclaré que lorsqu’il a demandé aux policiers ce qui se passait, l’un d’entre eux l’a pris par la chemise et l’a frappé du poing au visage. Il a déclaré qu’il a poussé le policier, et que d’autres policiers l’ont alors poussé à l’écart et l’ont menacé de lui tirer dessus s’il ne partait pas.
Fawaz a déclaré qu’il a suivi les policiers vers le quartier d’Abu Tor. Il a observé environ 25 spectateurs – des hommes, des femmes, et des enfants – se groupant autour des policiers et criant alors que les policiers battaient son fils. Fawaz a déclaré qu’il hurlait aux policiers d’arrêter et qu’il les a vus ensuite en train de mettre son fils dans la jeep. Il est allé en voiture au commissariat d’Oz, a-t-il déclaré, où les policiers lui avaient dit qu’ils emmenaient son fils, mais quand il y est arrivé, les responsables de la police lui ont dit que son fils était dans un autre bâtiment de la police, à la Rue Salah al Din. Fawaz a déclaré que lorsqu’il est arrivé là-bas, les policiers lui ont dit d’aller à un troisième bâtiment, connu sous le nom de Complexe Russe. Au Complexe Russe, on lui a dit que son fils était bien sûr au commissariat d’Oz.
“Ils ont fait tout ceci de façon à ce que je rate le premier interrogatoire,” a dit Fawaz.
Fawaz a déclaré qu’il est retourné à Oz et a demandé à nouveau d’être présent à l’interrogatoire de son fils. Il a dit qu’on l’a fait attendre une autre heure, jusqu’à 22 h, où des policiers l’ont autorisé à entrer dans la pièce où avait lieu l’interrogatoire de son fils. Fawaz a déclaré que son fils avait des menottes aux mains et aux pieds et qu’il pleurait alors que les interrogateurs de la police lui criaient dessus, l’accusant d’essayer de poignarder les forces de sécurité.
“Je pouvais voir des marques sur son visage,” a déclaré Fawaz. “il était bleu, et son cou portait la marque de doigts …il était rouge et bleu. Ils lui disaient des grossièretés. Je ne pouvais pas le supporter. Je leur ai dit d’être décent à son égard, et ils m’ont aussi crié dessus.” Fawaz a déclaré que l’interrogatoire s’était terminé vers environ 23 h.
Fayez a déclaré qu’après l’interrogatoire il a été emmené dans la cour du commissariat de police et placé sur une chaise dans le froid, toujours avec des menottes aux mains et aux pieds, jusque vers 2 h du matin, où il a été emmené en jeep au Complexe Russe, qui possède une section pour la détention des jeunes. Les policiers lui ont dit que c’était plein et l’ont ramené à la jeep, où il a passé la nuit. Les policiers lui ont donné une bouteille d’eau mais pas de nourriture, a-t-il déclaré. Il a déclaré que lorsqu’il s’endormait dans la jeep, les policiers versaient de l’eau sur lui pour le réveiller.
“Cela a été une nuit épouvantable,” a-t-il déclaré.
Il a été relâché le lendemain sans inculpation, après que la video de son arrestation a été diffusée en ligne. Le propriétaire du magasin, al-Shwaiki, a déclaré que la police l’avait aussi interrogé, en lui disant que Fayez serait libéré si lui et les autres acceptaient de ne pas déposer de plainte.
Ahmed A., âgé de 16 ans
Les soldats ont arrêté Ahmed le 27 novembre vers 19 h environ, dans le jardin d’un ami, Issa Amer, près de chez lui à Hebron. Il a déclaré que les soldats lui ont bandé les yeux et mis des menottes et l’ont emmené vers un commissariat de police dans la colonie proche de Kiryat Arba, où on l’a fait asseoir dehors sur le sol jusque vers 0 h 30 du matin. Il a demandé que son père puisse venir, mais les policiers lui ont dit que ses parents ne seraient pas admis à assister à l’interrogation. Il a été autorisé à parler à son avocat par téléphone avant l’interrogatoire, qui a commencé après minuit.Iil a déclaré que les interrogateurs l’ont accusé d’avoir un couteau, ce qu’il a nié, et alors ils l’ont emmené à un complexe situé Rue Shuhada.
Une fois arrivés, a-t-il déclaré, six ou sept soldats l’ont forcé à se coucher sur le sol et ils ont commencé à le frapper et à lui donner des coups de pied.
“J’ai été frappé sur le dos et sur les jambes, avec des coups de pied et des coups à la tête,” a raconté Ahmed à Human Rights Watch. “Je ne sais pas combien de temps cela a duré, mais c’était douloureux et le temps passait lentement.”
Il a déclaré qu’il avait passé la nuit sur une chaise dans la cour, dans le froid, et n’a reçu qu’un verre d’eau et une tranche d’un dur fromage jaune. Il a été transféré le lendemain vers une installation de détention et relâché six jours après sans inculpation, après qu’un test d’ADN a échoué à établir un lien entre lui et un couteau qui avait été trouvé.
Le District des forces de police israéliennes de Cisjordanie a raconté dans sa lettre à Human Rights Watch que les forces de sécurité avaient arrêté Ahmed parce qu’il correspondait à la description d’un suspect tenant censément un couteau et fuyant les soldats. La lettre disait qu’un interrogateur spécialement formé sur les jeunes l’avait interrogé, et que les officiers avaient informé ses parents de son arrestation. La police a déclaré que le garçon n’avait pas demandé que ses parents soient présents pendant l’interrogatoire et qu’ils n’auraient pas été autorisés à entrer parce qu’il était suspecté d’un crime de « sécurité ».
La lettre n’a pas répondu aux allégations selon lesquelles les officiers de police ont battu et frappé Ahmed de coups de pied mais ont mentionné à Human Rights Watch un mécanisme de dépôt de plainte contre des“geôliers” censés avoir exercé des mauvais traitements, même si Ahmed allègue qu’il a été battu quand il était à la garde de la police, avant d’être arrivé au centre de détention. La lettre n’a pas répondu non plus à la question de savoir si un des parents du garçon avait signé un formulaire confirmant qu’ils avaient été informés de son arrestation, ainsi que le stipule la Loi sur la Jeunesse.
Suheib I., âgé de 14 ans
Un troisième garçon, Suheib I., 14 ans, a raconté à Human Rights Watch que la police l’avait arrêté le 28 octobre 2015, à 4 h du matin, chez lui dans le quartier de Thowri à Jérusalem-Est. Sa mère a confirmé l’heure et la date. Les policiers l’ont placé sur le plancher d’un véhicule de police. Suheib, qui mesure 1,61 m et pèse 50 kilos, a déclaré que les policiers l’ont frappé sur la tête et l’ont insulté, alors qu’il roulaient vers le commissariat de police d’Oz. Il a déclaré qu’on l’a fait asseoir sur une chaise, bras et jambes liés, à l’extérieur d’une des caravanes du complexe policier, d’environ 5 h du matin à midi. Puis les interrogateurs l’ont fait rentrer et ont commencé à lui poser des questions sur son implication présumée dans le lancement de bouteilles sur le forces de sécurité.
Ses parents n’étaient pas présents. Suheib a déclaré que les policiers l’ont insulté et ont menacé d’annuler l’autorisation de résidence de ses parents à Jérusalem-Est. Il a déclaré que les policiers lui ont dit de signer des papiers rédigés en hébreu, ce qu’il a fait, bien qu’il ne puisse pas lire l’hébreu. Il a demandé aux enquêteurs quel était le contenu de sa déclaration et on lui a dit que c’était un rapport déclarant qu’il n’avait pas été battu. Il a été détenu dans divers centres de détention jusqu’au 22 novembre, où, selon les transcriptions du tribunal qui ont été examinées par Human Rights Watch, il a été relâché et mis en résidence surveillée après qu’un juge du Tribunal de District pour la Jeunesse de Jérusalem a reçu la déposition d’un travailleur social municipal selon lequel le garçon "souffrait" en détention.
Les documents du tribunal disent qu’un sergent chef de la police, Fadi Madah, a déclaré au Tribunal pour la Jeunesse de Jérusalem, qu’un juge a émis un mandat d’arrêt pour Suheib le 26 octobre. Aucune explication n’ a été donnée sur la raison pour laquelle les policiers ont appliqué le mandat à 4 h du matin, deux jours après qu’il a été émis. Madah a confirmé aussi dans son témoignage qu’un commandant de la police a autorisé le refus au garçon du droit de présence de ses parents pendant son interrogatoire, en disant que le crime dont il était accusé – d’avoir jeté une bouteille sur des voitures conduites par des automobilistes juifs– justifiait la décision.
Obligations juridiques pour les interrogatoires
L’article 14 de la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques, qu’Israël a ratifiée en 1991, exige que les procédures judiciaires prennent en compte l’âge des enfants défendeurs. La Convention sur les Droits de l’Enfant, qu’Israël a aussi ratifiée en 1991, donne des précisions sur cette exigence et s’adresse aux états pour assurer que les enfants ne soient “pas forcés… à s’avouer coupables”. Le comité responsable de l’interprétation de la convention a déclaré que ceci comprend le droit de demander la présence d’un parent pendant l’interrogatoire et d’éviter des pratiques d’interrogatoire qui, étant donné l’âge de l’enfant et son développement, pourraient amener ou forcer l’enfant à se reconnaître coupable.
Le comité déclare que le terme “forcé” doit être interprété de façon large et ne doit pas être limité à la force physique ou à d’autres violations évidentes des droits de l‘homme. L’âge de l’enfant, le développement de l’enfant, la longueur de l’interrogatoire, le manque de compréhension de l’enfant, la peur de conséquences inconnues ou de la possibilité suggérée de l’emprisonnement peuvent le conduire à des aveux qui ne soient pas véritables. Le comité a aussi appelé Israël à ouvrir une enquête indépendante sur tous les cas allégués de torture ou de mauvais traitements d’enfants palestiniens, compte tenu des rapports selon lesquels les forces de sécurité “(les) soumettent systématiquement à des violences physiques et verbales.”
L’UNICEF a rapporté que dans 168 des 208 déclarations sous serment d’enfants palestiniens collectées en 2013 et 2014, les enfants disent qu’ils n’ont pas été informés de leurs droits à la présence d’un avocat ou à rester silencieux pendant l’interrogatoire. Les enfants ont dit dans 171 cas qu’ils avaient été “soumis à des violences physiques”.
La Loi sur la Jeunesse applicable en Israël et les ordres militaires applicables en Cisjordanie exigent tous que la police informe les parents de l’arrestation de leur enfant et autorise l’enfant à consulter un avocat avant l’interrogatoire. La Loi sur la Jeunesse donne le droit aux enfants de bénéficier de la présence d’un parent pendant leur interrogatoire, sauf dans les cas d’allégations « d’atteintes à la sécurité.” La loi sur la Jeunesse exige aussi que les autorités mènent les interrogatoires pendant le jour, mènent les procédures dans une langue que l’enfant comprend, et prennent en considération le bien-être de l’enfant quand ils déterminent si l’arrestation est absolument nécessaire. Bien que la Loi sur la Jeunesse ne s’applique pas formellement à la Cisjordanie, sauf Jérusalem-Est, l’armée israélienne a dit à Human Rights Watch qu’elle applique les dispositions de la Loi sur la Jeunesse, y compris le droit à la présence d’un parent pendant l’interrogatoire, pour l’application du droit en Cisjordanie.
Comme le nombre d’arrestations d’enfants a augmenté au milieu de l’escalade de la violence ces derniers mois, de même il y a eu une augmentation du nombre de cas dans lesquels les normes internationales protégeant les enfants sont violées, ont rapporté les organisations israéliennes et palestiniennes de défense des droits de l’homme. Mohammed Mahmoud, avocat auprès de l’organisation Addameer (= Conscience) de soutien aux prisonniers palestiniens, a représenté dans les quelques derniers mois des centaines d’enfants, dont la plupart avaient été arrêtés pour avoir jeté des pierres sur les colons et sur les forces de sécurité. Il a déclaré à Human Rights Watch :
"Le principal problème dans le système juridique israélien pour s’occuper des enfants est qu’un officier de police peut émettre un ordre aux interrogateurs leur permettant de ne pas autoriser les parents d’un enfant à être présent pendant son interrogatoire. Cet ordre, autant que nous sachions, n’est utilisé contre les enfants palestiniens que dans les cas politiques, et il donne impunément aux interrogateurs la liberté de harceler, de crier, de menacer les enfants et de les amener à avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis."
Bien que la négation du droit à la présence d’un parent pendant un interrogatoire soit supposée être exceptionnelle, une telle pratique menace de devenir la règle pour les enfants palestiniens, pour lesquels des actes comme celui de jeter des pierres sont définis comme des crimes contre la sécurité. Selon une étude de 2015 par Military Court Watch (l’Observatoire des Tribunaux Militaires), une organisation non-gouvernementale, seulement 3 % des enfants palestiniens arrêtés en Cisjordanie ont rapporté que leurs parents étaient présents tout au long de leur interrogatoire par les forces de sécurité.
En novembre 2015, la Knesset israélienne a adopté une loi qui autorise des peines plus longues d’emprisonnement pour des enfants jugés coupables d’avoir jeté des pierres et qui autorise le gouvernement à suspendre le paiement des aides sociales à leur famille pendant que les enfants purgent leur peine.
Traduit de l’anglais par Y. Jardin, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers
Recueilli par Christel MARTEEL.
Installé en Cisjordanie avec son épouse pour trois mois, l’amiral Laurent Mérer, ancien préfet maritime de l’Atlantique aujourd’hui en retraite, s’insurge contre l’abomination de ce conflit.
Entretien
Après avoir commandé des navires et des régions maritimes, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans une mission personnelle, en Palestine, avec votre épouse ?
C’est un engagement pour la paix. Nous cherchions à faire quelque chose de pragmatique, utile et sur le terrain. Le Defap, service protestant des missions étrangères, nous a proposé ce programme international du conseil œcuménique des églises pour la Palestine. Il a été créé au début des années 2000, après la deuxième Intifada.
Depuis deux mois que vous êtes sur place, vous découvrez l’horreur…
Ce qui se passe ici est révoltant. C’est ni plus ni moins un peuple qui vole la terre d’un autre peuple et dénie son existence. Ces colonies qui se répandent comme le cancer sont totalement illégales. N’importe quel satrape d’Afrique ou d’Asie qui se comporterait ainsi serait traîné devant la Cour pénale internationale. On tire sur des gamins et 200 m plus loin, la vie continue. C’est l’horreur ! Et on a envie de le crier.
Pourquoi dans ce cas, la cause palestinienne ne mobilise t-elle pas plus?
Ce conflit dure depuis 1967. C'est terrible mais on a fini par s'y habituer. Et puis en France la cause palestinienne a été accaparée par des mouvements d'extrême-gauche qui n'ont pas forcément de crédibilité auprès du grand public. Par ailleurs, il y a en face à l'Etat d'Israël qui est un peuple malin, intelligent, bosseur et déterminé. Les Israéliens sont extrêmement habiles dans la propagande.
Vous dites qu'ils font passer les Palestiniens pour des terroristes alors qu'ils ne sont que des résistants...
Exactement. Lorsque nous étions occupés par les soldats allemands en 1940, ceux qui leur tiraient dessus étaient considérés comme des héros. C’étaient les résistants. Les Palestiniens sont des résistants qu’Israël fait passer pour des terroristes. Et cela marche très fort car dans l’esprit européen, terroriste = musulman = Daech. Or nous sommes dans un pays occupé depuis cinquante ans.
En quoi consiste votre mission au quotidien?
Moi, je suis à Hébron qui est un endroit sensible. Nous facilitons l'accès des enfants aux écoles à proximité des colonies, les passages aux check-points (points de contrôle)... Ma femme, elle, est à Jérusalem. Sa mission est plutôt concentrée sur les lieux de culte puisque les Israéliens entravent l'accès des fidèles aux mosquées et aux églises. Elle travaille aussi dans une zone appelée le grand Jérusalem où se trouvent des bédouins expulsés de leurs pâturages. Israël leur mène une vie totalement impossible pour les décourager.
Il y a aussi les fréquentes démolitions de maisons.
Pour construire, les Palestiniens doivent demander l'autorisation à Israël qui refuse dans la majorité des cas. Ils construisent à leurs risques et périls. Si la maison est repérée, elle est immédiatement rasée! Il y a aussi les démolitions punitives. J'en ai vécu une contre un jeune qui a été accusé, sans encore être jugé, de tentative d'agression. Une nuit, 300 soldats ont encerclé l'habitation de sa famille et ils ont tout cassé avec des masses. Sinon, ils peuvent obstruer une maison le temps d'un procès. C'est cela, la justice, ici.
Discutez-vous avec ces soldats?
Bien sûr, je discute avec eux. C'est important. Mais il faut comprendre que ce sont des gamins de 18-19 ans qui ne savent pas toujours très bien ce qu'ils font là. Leur niveau de réflexion par rapport à leur engagement et leur mission n'est pas toujours très élevé. Beaucoup sont franco-israéliens. J'en ai rencontré un qui a grandi à Belleville, à Paris. Tous, garçons et filles, sont armés jusqu'aux dents. S'ils tirent aussi facilement sur les autres enfants, notamment lorsqu'ils se font caillasser, c'est surtout parce qu'ils ont peur.
Il est difficile d'imaginer que ces pratiques sont celles d'un pays démocratique.
C'est ce que nous vivons tous les jours. Et on ne comprend pas que nos pays occidentaux soient aussi complaisants à l'égard de pratiques dont nous ne pourrions même pas imaginer qu'elles se passent chez nous. Or, ces exactions sont menées par un Etat qui se dit démocratique. C'est totalement incompréhensible.
Ce qui est incompréhensible, c'est qu'en cinquante ans, ce conflit n'a jamais trouvé d'issue?
Tout le monde est un peu complice. Les pays arabes alentour n'ont jamais soutenu les Palestiniens parce qu'ils jouent leur propre agenda. Quant à la communauté internationale, elle a trop peur d'Israël et de ses relais si puissants en Europe et aux Etats-Unis. Dire la moindre chose, c'est être taxé d'antisémitisme. Les Israéliens jouent sur du velours avec ça. Mais cela ne veut pas dire que tous approuvent. L'autre jour, j'ai lu un article d'un journaliste israélien qui disait: "Chers compatriotes pendant que vous dormez, on tue des gosses. Moi, citoyen israélien, je suis complice. Vous êtes complices. Et nous serons redevables devant l'Histoire".
On dit souvent qu'il s'agit d'un conflit religieux. Mais au nom de quel Dieu pourrait-il être justifié?
C'est une querelle de territoires, pas de religions. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il y a des chrétiens ici, même si beaucoup sont partis. Pour Israël, les chrétiens sont gênants parce qu'ils empêchent que le conflit puisse passer pour une querelle juifs-musulmans qui serait plus vendable à l'opinion internationale. Or il faut dire les choses telles qu'elles sont. Israël a métastasé la Palestine.
Vous qui avez pourtant été engagé sur de nombreux théâtres extérieurs, on a le sentiment que cette mission est la plus difficile que vous ayez vécue?
Je n'avais jamais eu de contacts si directs avec des combattants. Ici, j'ai été une fois dans la ligne de mire. Cela ne m'était jamais arrivé. Mais surtout, je n'avais jamais vu des hommes et des femmes traités comme des bêtes. Lorsqu'on le vit, on n'est plus pareil après. Comment ce peuple, qui a vécu une abomination comme la Shoah, peut-il faire cela?
Pour aller plus loin et connaître les missions et descriptions de la réalité palestinienne de Laurent Mérer, vous pouvez aller sur le site du Service Protestant de Mission et du Programme EAPPI (Programme œcuménique d'accompagnement en Palestine et Israël, initié par le Conseil Œcuménique des Eglises):
Des témoignages très intéressants, très forts et bien écrits, de Laurent Mérer sur ce site: http://www.defap.fr/
Comment on entre à Jérusalem quand on est un travailleur palestinien.
Petit matin au check point de Qalandya -Lire la suite…
Laurent Mérer, Accompagnateur œcuménique en Israël/Palestine, témoigne.
« Une journée ordinaire à Hébron » -Lire la suite…
Sur le camp d'Al Arrub, jumelé avec Carhaix:
Témoignage de Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine.
Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine, raconte l'histoire d'une démolition punitive d'une habitation.
« Démolition punitive » -Lire la suite…
Un camp de réfugiés en Palestine, la vie quotidienne et les arrestations… -Lire la suite…
«LuxLeaks»: les enjeux d’un procès explosif
"Le procès des lanceurs d'alerte et du journaliste à l'origine du scandale « LuxLeaks » s'ouvre mardi au Luxembourg. Les trois Français sont jugés pour vol de documents, divulgation de secrets d’affaires et violation du secret professionnel. Les audiences démarrent alors que le pays tente de changer son image de marque, et que le sort des lanceurs d'alerte est désormais suivi de près par l'opinion publique."
Au Maroc, les journalistes font face à une répression illisible
Au Maroc, les journalistes font face à une répression illisible - 25 avril 2016
Par Ilhem Rachidi - Médiapart
Depuis le début de l'année 2016, les procès à l'encontre des journalistes se multiplient. Le pouvoir tente de réduire au silence toute voix critique, selon des critères de plus en plus flous, dans l’espoir d’éteindre les dernières lueurs du mouvement du 20-Février. .
Ali Anouzla est un habitué des tribunaux. Le 26 avril, le directeur du journal électronique Lakome2 3 est à nouveau convoqué par la justice marocaine. Cette fois-ci, il est accusé d'« atteinte à l'intégrité territoriale », à la suite d’une déclaration au journal allemand Bild, dans laquelle il aurait utilisé l'expression « Sahara occidental occupé ».
Une ligne rouge dans le royaume, où le statut marocain du Sahara ne souffre d'aucun débat. Anouzla affirme qu'il s'agit d'une erreur de traduction, d'ailleurs assumée et corrigée par le quotidien allemand.
Ali Anouzla est aussi poursuivi pour incitation et apologie du terrorisme depuis octobre 2013 pour un article publié dans Lakome (fermé depuis et remplacé par Lakome2) qui contenait un lien vers un blog du journal espagnol El Pais, qui renvoyait à son tour vers une vidéo d'AQMI menaçant le Maroc. Son arrestation et son incarcération – il a passé 39 jours en détention – avaient suscité une forte vague d'indignation dans un Maroc encore agité à l’époque par la contestation, amorcée deux ans et demi plus tôt, par les jeunes du 20-Février.
Sur le net, la censure des versions arabophone et francophone de Lakome, un journal plutôt rare dans le paysage médiatique marocain, avait fait grand bruit. D'après ses soutiens, Anouzla, qui a par ailleurs déjà été condamné par la justice marocaine dans d'autres affaires, était à nouveau poursuivi uniquement parce que ses écrits dérangeaient. Il était alors l'un des rares journalistes à bousculer les fameuses lignes rouges, qui ne sont ni précisément énoncées ni définies – grosso modo, la monarchie, l'islam, la question du Sahara– et qu'un nombre de plus en plus réduit de journalistes tentent encore de bousculer. Selon de nombreux observateurs, ce type de poursuites, parfaitement assumées par les autorités, qui parlent d’un bilan plutôt avantageux en matière de liberté de la presse et d'expression, illustre une répression contre toute voix dissonante, entamée en 2013, une fois que l'essoufflement du mouvement contestataire des jeunes du 20-Février s'est réellement fait sentir.
L'année suivante, le ministre de l'intérieur Mohamed Hassad annonçait au parlement, en les accusant d'entraver la lutte contre le terrorisme, un durcissement à venir contre les ONG, surtout l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), accusées d’entraver la lutte contre le terrorisme. 3 Ces derniers mois, les pressions à l'encontre des journalistes et des activistes se sont encore intensifiées. Le Maroc, partenaire majeur de l'Occident dans la lutte contre le terrorisme et régulièrement félicité à ce titre, a les coudées franches pour museler les opposants. On fait peu de cas dans la presse étrangère – à laquelle le pouvoir est particulièrement sensible – des dérapages en matière de droits de l’homme et de liberté de la presse. Le Maroc continue de jouir à l’extérieur de son image d'« exception » dans la région, laissant les mains libres aux décideurs pour régler le thermostat de la liberté d'expression selon les nécessités politiques.
Le 23 mars, l'historien et opposant Maâti Monjib était ainsi convoqué devant le tribunal de première instance de Rabat. Il est accusé, ainsi que six journalistes et activistes, de « financements étrangers illégaux » et d'« atteinte à la sécurité de l'État ». Le juge a reporté le procès au 29 juin en l'absence de deux des accusés. Président de l'association de défense de la liberté d'expression Freedom Now, née du Comité de soutien à Anouzla créé il y a deux ans, et qui n'est toujours pas reconnue par les autorités, et de l'AMJI (Association marocaine du journalisme d'investigation), Maâti Monjib répète sur tous les tons subir un harcèlement des autorités. En octobre, il avait d'ailleurs observé une grève de la faim de 24 jours pour protester contre une interdiction de quitter le territoire, levée depuis. Mais les poursuites judiciaires ont été maintenues.
Mardi 19 avril, Abdellah Bakkali, président du syndical national de la presse (SNPM), député du parti de l'Istiqlal et rédacteur en chef du journal Al Alam, comparaissait lui aussi devant la justice, poursuivi pour diffamation. 3 Le ministère de l'intérieur a déposé une plainte pour un article publié en octobre dernier ainsi que contre une déclaration faite au site Alyaoum24 au sujet de la corruption lors des dernières élections, explique Bakkali lors d'un entretien téléphonique avec Mediapart.
« Il y a un recul en matière de droits humains. En témoignent les poursuites à l'encontre des journalistes, des pressions sur l'AMDH, de la répression des manifestations des enseignants stagiaires », affirme-t-il. « Il y a un courant au sein du pouvoir qui est opposé au changement constitutionnel de 2011. »
Ce tour de vis ne cible pas uniquement la presse locale. Début avril, des journalistes du “Petit Journal” de Canal + ont été arrêtés à Beni Mellal, où ils effectuaient un reportage sur une agression homophobe qui y avait eu lieu quelques jours auparavant, puis renvoyés vers la France après un passage de plusieurs heures à la préfecture. Ils ne disposaient pas d'une autorisation de tournage, obligatoire au Maroc pour les chaînes non accréditées. Mais ces autorisations sont distribuées au compte-gouttes, d'après de nombreux journalistes qui se sont frottés au ministère de la communication. Et à son silence. Souvent, ils n'obtiennent aucune réponse et décident donc de se rendre tout de même sur place. Pourquoi cette récente rigueur de l'État marocain ? Les journalistes contactés ont des difficultés à analyser ses véritables motivations. « C'est la zone grise », avance le journaliste du nouveau journal Le Desk 3 Imad Stitou. « Mais avec les poursuites contre les défenseurs de droits de l’homme, on voit qu'ils sont moins tolérants qu'avant. Dans un contexte où l'État déclare qu'il est en guerre contre le terrorisme, ça devient difficile de critiquer les institutions sécuritaires, entre autres. » « On ne comprendra jamais les motivations du cerveau sécuritaire de l'État. Il n'y a aucune explication logique », poursuit-il. « Pourquoi maintenant ? Je me pose la même question. »
« Ce n'est pas nouveau de laisser les gens dans l'ambiguïté », déplore l'ancienne présidente de l'AMDH et secrétaire générale de Freedom Now Khadija Ryadi. « Une chose est interdite un jour et pas le lendemain. Même les textes de loi sont flous. Les lois sont comme des élastiques. Tout dépend des rapports de force, de la situation politique, sauf de la loi. C'est très tendu actuellement, c'est la répression. On ne sait pas ce qu'ils veulent, où ils veulent emmener le pays. Ceux qui décident ont-ils une visibilité ? Sont-ils conscients de la gravité de la situation ? Et puis qui décide ? Chacun dit : “Ce n'est pas moi.” On sait que le gouvernement, ce n'est pas lui qui décide. Il ne fait qu'exécuter les ordres. Et puis en ce moment, chacun est tourné vers les élections. » Ce manque de clarté du pouvoir, qui tolère, puis censure quand bon lui semble, parfois sans signes avant-coureurs, Rik Goverde en a fait les frais. En novembre dernier, ce journaliste néerlandais présent au Maroc depuis deux ans, a été expulsé sans raison apparente et renvoyé vers l'Espagne par bateau en pleine nuit. « J'ai été officiellement expulsé parce que je travaillais sans carte de presse. Ce qui était vrai. Donc le Maroc avait le droit juridique de m'expulser, je pense », raconte Goverde depuis les Pays-Bas, où il n'exerce plus son métier de journaliste. « J'étais dans le pays légalement avec un visa touristique. Néanmoins, j'ai demandé mon accréditation deux fois, dans les temps, début 2014 puis 2015. J'ai fourni toutes les informations au ministère de la communication et demandé à plusieurs reprises si je devais parler à quelqu'un ou répondre à d'autres questions. » « La plupart du temps, j'étais relativement libre de travailler », nuance-t-il. « Mais je n'ai aucun doute sur le fait que j'ai été suivi, surtout à Tanger, Nador, près de la frontière algérienne, et Ouarzazate. J'ai été interrogé plusieurs fois par la police et mes photos ont été quelquefois effacées lors de manifestations ou près d'Imider [où a lieu un sit-in ininterrompu depuis août 2011– ndlr]... J'ai travaillé en Tunisie, Libye, Égypte. Surtout dans ces deux derniers pays, travailler comme correspondant est nettement plus difficile qu'au Maroc. »
Certains journalistes marocains racontent subir une répression d'un tout autre type : sourde, indirecte, mais tout aussi difficile à appréhender. À tel point qu'ils ne peuvent plus travailler ou vivre de leur métier. L'an dernier, Ali Lmrabet, souvent décrit comme le trublion de la presse marocaine, observait une grève de la faim pour dénoncer le refus des autorités de lui délivrer les documents nécessaires au lancement de son journal. Lmrabet avait été condamné à 10 ans d'interdiction d'exercer en 2005. Une condamnation unique. Son projet, monté en collaboration avec le caricaturiste Khalid Gueddar – lui-même condamné l'été dernier à trois mois ferme dans une affaire d'ébriété sur la voie publique remontant en 2012 – et l'humoriste contestataire Ahmed Snoussi alias Bziz, n'a toujours pas pu voir le jour. « Ils m'ont fait remettre mes papiers en Espagne, alors que je n'y réside plus, preuves documentaires, et très nombreuses, à l'appui, comme l'attestation du consul général du Maroc à Barcelone, qui atteste que je ne vis plus en Espagne », explique Lmrabet. « C'est une manœuvre pour m'empêcher de relancer mes journaux », accuse-t-il. « Sans domiciliation au Maroc, je ne peux pas demander un certificat de résidence, et sans ce certificat je ne peux pas demander l'autorisation pour lancer un journal. De plus, ils m'ont fait retirer illégalement, puisque j'ai toute ma documentation en règle, l'autorisation de gérance d'un riad, qui me permettait de faire vivre ma famille. » Ces derniers temps, la diffamation est devenue un outil de répression supplémentaire, notamment à travers des sites nouvellement créés. « Quand tu es un journaliste indépendant, tu n'es pas seulement face au Makhzen [les autorités du régime – ndlr] mais aussi face à des opérations de diffamation. Tu te bats contre des confrères qui balancent des infos sur toi, dans une société conservatrice. Tu es pris entre le marteau et l'enclume », explique le journaliste Soulaiman Raissouni. Raissouni, qui vient de lancer un nouveau site d'information Al Aoual 3, se souvient de ses premiers tracas alors qu'il travaillait encore au quotidien Al Massae en avril 2015. « Ils ont commencé par ne plus faire passer mes articles. Pendant sept mois, j'ai été payé. Rien n’était publié », raconte-t-il. Le journaliste était alors responsable des rubriques culture et investigation : une enquête sur les dessous du festival d'Asilah avait fortement déplu, d'après lui. C'est aussi à ce moment-là que Raissouni entreprend des activités militantes qui posent problème à sa rédaction. Il devient le coordinateur du comité de soutien à Ali Lmrabet, puis de celui de Maâti Monjib. Pas d'organe de presse indépendant Mais il est alors « difficile de le renvoyer » car il est élu délégué des salariés du journal. Les confrères qui le soutiennent et ont voté pour lui subissent des pressions (mutations dans une autre ville, par exemple), raconte Raissouni. Le bras de fer durera plusieurs mois, jusqu'à ce qu'il décide de prendre la parole dans les médias et de quitter le journal avec un confrère pour créer son propre site d'information.
Pour certains, la pression devient si intenable qu'ils ne voient d’autre option que de quitter le pays. Le rappeur Mouad Belghouate, connu sous le nom de Lhaqed, a demandé l'asile politique en Belgique, où il se trouve depuis maintenant plusieurs mois, pour échapper à ce qu'il perçoit comme un harcèlement des autorités. Alors qu'il était en voyage en Belgique, Lhaqed, déjà plusieurs fois condamné par la justice, a décidé de ne plus retourner au Maroc. « Je suis menacé au Maroc. La police est venue me chercher à la maison alors que j'étais en dehors du pays et j'ai décidé de rester ici », explique Lhaqed depuis Bruxelles. « Ils ont demandé à ma famille où je me trouvais et leur ont délivré une convocation, sans motif ni date, en disant que si je rentrais au Maroc, je serais arrêté à l'aéroport. » Militant du mouvement du 20-Février, connu pour ses raps critiques envers le pouvoir, où il allait jusqu'à s'adresser directement au roi, il a été, selon ses soutiens et de nombreuses ONG, victime d'un acharnement judiciaire. Il a effectué trois peines de prison depuis 2011. Il a notamment été condamné à un an de prison pour « atteinte à un corps constitué » pour le clip – dont il nie être l'auteur – d'une chanson sur la police datant de 2010, « Les chiens de l'État », dans lequel la tête d'un policier est remplacée par celle d'un âne. Après sa troisième incarcération pour « ébriété sur la voie publique » et « violence sur agents » en 2014, il a enregistré un album, toujours aussi irrévérencieux. Il n'a même pas pu le présenter à la presse, la conférence ayant été interdite. Depuis la Belgique, il collabore avec le journal Goud.ma, dans lequel il a raconté sa détention. Pourquoi les autorités mettent-elles un tel acharnement à le faire taire, alors que la contestation est si faible ? « Je n'ai pas changé, je ne suis pas revenu sur mes idées et j'ai continué à les déranger », répond Lhaqed. « C'est comme ça lorsqu'on vit dans un État dictatorial. Il ne faut pas dépasser les lignes rouges. En ce moment, il y a un recul dangereux des droits de l’homme et l'État se venge des gens du mouvement. L'État veut récupérer sa Hiba [sorte d'autorité empreinte de la peur qu'il inspire et de respect – ndlr], disparue avec le mouvement des jeunes du 20-Février. » Mustapha Khalfi, ministre de la communication © DR Mustapha Khalfi, ministre de la communication © DR Pendant ce temps, la sphère politique continue de débattre d’un futur code de la presse sans cesse annoncé, censé mettre fin aux peines privatives de liberté. Mais certains élus craignent un transfert de ces peines du code de la presse vers le code pénal pour des délits comme l'atteinte à la personne du roi ou aux symboles nationaux. Reda Benotmane, chargé de projet à l'AMDH, attend ce nouveau code avec beaucoup de scepticisme. « Je pense que tant que les lois sont ce qu'elles sont, nous serons dans une situation régressive, y compris avec le nouveau code », affirme-t-il. Difficile, selon ce fin observateur des médias, de rencontrer des journalistes réellement indépendants, dans ce contexte : « Dans l'absolu, il doit en exister. Mais je n’en vois pas de trace. Je ne connais pas d'organe de presse indépendant des circuits du pouvoir. » Selon le dernier classement de Reporters sans frontières, le Maroc se situe dans la zone rouge pour la liberté de la presse : au 131e rang mondial, loin derrière la Mauritanie et la Tunisie. Il recule d'une place par rapport à l'année précédente Ce classement ne reflètait déjà pas la réalité 3, selon Mustapha Khalfi, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement. Pour lui, 2015 a été une année « exceptionnelle » en matière de liberté de la presse.
Les villes anti-TAFTA d’Europe haussent le ton
23 avril 2016 | Par Ludovic Lamant - Médiapart
Une quarantaine de villes de toute l’Europe, dont Grenoble, se sont donné rendez-vous à Barcelone, pour durcir leur stratégie contre les négociations commerciales avec Washington. « Les États ne sont pas à la hauteur des défis européens. Nous voulons montrer qu’il existe des alternatives à ce genre de traités », explique à Mediapart le numéro deux de la mairie « indignée » de Barcelone.
À peine élue, Ada Colau, la maire « indignée » de Barcelone, avait fait voter en octobre 2015 3 une résolution faisant de sa ville une zone anti-TAFTA, anti-CETA et anti-TISA. C’était, d’entrée de jeu, une prise de position contre trois des gros chantiers commerciaux en cours à Bruxelles, qui inquiètent nombre d’Européens : le traité de libre-échange entre l’UE et les États-Unis (TAFTA, ou TTIP dans le jargon bruxellois), celui déjà conclu entre l’UE et le Canada (CETA, pas encore voté), et enfin les discussions en cours sur la libéralisation des services financiers (TISA). En vue de poursuivre sur la lancée de ce vote symbolique, la mairie catalane s’est transformée, jeudi 21 et vendredi 22 avril, en caisse de résonance des mouvements sociaux. C’était une première dans la bataille anti-TAFTA sur le continent : une rencontre entre des représentants d’une quarantaine de villes, de Vienne à Birmingham, de Grenoble à l’île grecque de Corfou, de Madrid à Cologne, qui se sont déclarées « zones hors-TAFTA » – ou sont sur le point de le faire. Dans leur « déclaration de Barcelone » (pdf, 1.2 MB) conclue vendredi soir, les participants exigent la suspension des négociations du TTIP et de TISA, mais aussi « la renégociation d’un nouveau mandat qui prenne en compte les demandes de celles et ceux qui n’ont pas été consultés ». « Nous voulons tisser des liens entre les villes, pour que notre voix soit davantage entendue. Les municipalités sont en train de hausser le ton », a expliqué Gerardo Pisarello, le numéro deux de la maire de Barcelone, en ouverture des débats organisés entre les murs de l’hôpital Sant Pau, un fleuron de l’Art nouveau catalan. Pisarello, un Argentin spécialiste des questions internationales, remplaçait au pied levé Ada Colau qui a bizarrement fait l’impasse sur la réunion, officiellement pour des raisons d’agenda. L’absence de celle qui ne cesse de gagner en popularité, sur la scène politique espagnole, a sans conteste affaibli la portée de l’événement, même si quelques figures de premier plan de la classe politique espagnole dont Pablo Bastinduy, député Podemos et très proche de Pablo Iglesias, y ont participé. Depuis le lancement des négociations avec Washington au printemps 2013, plus de 1 600 villes, départements et régions se sont déclarés « hors TAFTA » à travers le continent, dont pas moins de 650 en France si l’on en croit ce décompte de la campagne Stop-TAFTA 3 (avec, parmi les derniers en date, la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 3). Ces résolutions ne permettront pas, si le traité finit par aboutir, d’empêcher l’entrée en vigueur du texte dans les territoires en question. L’idée est plutôt, à travers ces votes, d’exercer une pression politique sur les gouvernements qui suivent les négociations, mais aussi sur les députés et eurodéputés qui auront leur mot à dire, une fois le texte finalisé. À Barcelone, la majorité des élus oscillaient entre l’aile gauche de la social-démocratie (Vienne, Séville) et une gauche plus critique, passant par des partis écologistes. Alors que Barack Obama est en visite en Europe et devrait parler du TTIP avec la chancelière Angela Merkel dimanche en Allemagne, les discussions catalanes ont dressé un inventaire très concret des inquiétudes des élus de terrain, qui tranchent avec les discours officiels de la commission de Bruxelles et de certains exécutifs nationaux. « Les contextes nationaux sont très différents, et les tailles des villes présentes sont très variables aussi, mais j’ai entendu dans les échanges une vraie convergence concernant les inquiétudes que suscitent le TTIP », juge Alan Confesson, conseiller municipal (PG) de Grenoble, qui avait fait le déplacement à Barcelone. La ville française, qui a adopté dès 2014 un « vœu » anti-TTIP, s’est portée candidate pour accueillir la prochaine réunion européenne, peut-être d’ici la fin de l’année. « On se pose tous les mêmes questions, on a tous peur pour nos services publics », constate l’élu grenoblois. Le refrain est en effet revenu en boucle au fil des débats, en particulier du côté des mairies espagnoles gouvernées par des exécutifs de la gauche alternative depuis l’été 2015, comme Barcelone, Madrid ou encore des villes de Galice comme La Corogne. Pour ces exécutifs locaux, l’un des axes de leur mandat consiste à “remunicipaliser” des services de base, comme la gestion de l’eau ou le ramassage des déchets. Ce qui n’est pas une mince affaire, parce qu’ils doivent souvent s’attaquer à des contrats liant l’exécutif qui les précédait avec des multinationales… Si le TTIP passe, ils sont persuadés qu’ils n’auront plus aucune chance d’y arriver.
« La mairie de Barcelone s’est fortement engagée pour remunicipaliser la gestion de l’eau [aujourd’hui prise en charge par une filiale de Suez – ndlr]. Cela nous permettrait notamment de faire baisser les tarifs pour les habitants. Mais l’on redoute qu’avec le TTIP, ces objectifs ne deviennent encore plus difficiles à réaliser », a expliqué Pisarello. En Catalogne, pas moins de 80 % de la gestion de l’eau est privatisée. Du côté de la mairie socialiste de Vienne en Autriche, où plus de 60 % des habitants vivent dans des logements sociaux, « il est impensable pour nous de remettre en cause ce système de subventions en faveur du logement, mais le TTIP pourrait bien l’attaquer », a regretté Omar al-Rawi, un élu viennois de la majorité, qui veut « tout faire pour bloquer le TTIP ». Beaucoup d’élus présents se sont aussi inquiétés d’une perte de leur souveraineté. « En Belgique comme ailleurs, la classe politique est très déconsidérée. Notre popularité est presque nulle, parce que la population a l’impression que l’on n’a de l’influence sur rien », a résumé d’entrée de jeu Olivier Deleuze, ex-coprésident du parti belge Écolo, aujourd’hui bourgmestre (maire) de l’une des 19 communes qui forment la région de Bruxelles. « Mais le niveau local reste le niveau de pouvoir le moins touché. J’ai certes peu d’influence sur le TTIP, mais je peux réparer un trottoir, construire un arrêt de bus. Si l’on empêche les municipalités de faire au moins ces choses-là, de décider si l’on peut par exemple servir des aliments avec ou sans pesticides à la cantine, ce sera catastrophique pour la démocratie. Les élus locaux vont rejoindre la grande confrérie des politiciens bagarreurs et impuissants. »
« La bataille du TTIP est gagnable » Stéphanie Charret, elle, a fait le déplacement depuis sa ville de Nangis (Seine-et-Marne, 8 300 habitants) qui a adopté, en décembre 2015, une motion à l’unanimité : anti-CETA, anti-TTIP et anti-TISA. « Mettre en relation les élus locaux, partager nos expériences, nos informations et nos inquiétudes, c’est une étape primordiale pour préparer la suite de la bataille », juge cette maire adjointe issue de la société civile, et rattachée au Front de gauche. Elle redoute en particulier, alors que sa commune est située sur un territoire où pourraient être exploités des gaz de schiste, les conséquences du traité sur l’énergie : « Jusqu’à présent, les municipalités peuvent s’opposer au travail d’exploration. Mais si le TTIP passe, on ne sait pas ce qu’il pourrait se passer. »
Dans ce contexte, le durcissement de la position française, avec un secrétaire d’État chargé du dossier qui menace de bloquer les négociations du TAFTA, n’est bien sûr pas passé inaperçu. « Les mobilisations de la société civile obligent les gouvernements à prendre des positions plus tranchées. Le discours de Paris n’est pas dénué d’ambiguïtés, mais cela permet au moins d’en finir avec ce mythe selon lequel “tout va bien, madame la marquise”, et d’encourager les mouvements à poursuivre », réagit Pablo Sanchez Centellas, l’organisateur des rencontres pour la mairie de Barcelone. À ses yeux, « cette bataille du TTIP est gagnable » même si, sur le front des mobilisations d’élus locaux, « il y a encore du pain sur la planche ». De son côté, Pablo Muñoz, adjoint à l’urbanisme de la ville de Saragosse (670 000 habitants), à mi-chemin entre Madrid et Barcelone et elle aussi remportée l’an dernier par une plateforme citoyenne « indignée », insiste sur « l’imaginaire politique » en train de naître. « Je ne crois pas que le plus important, ce soit ce qu’il se dit. Nous représentons tous ensemble des millions de citoyens d’Europe, et ce n’est pas si fréquent que des villes aux profils si différents décident de se rencontrer sur des sujets pareils », estime Muñoz dont la municipalité, elle, n’a pas encore trouvé de majorité pour faire voter une résolution anti-TTIP, en l’absence de soutien des socialistes locaux.
Nous devons être capables de dire non au TTIP, bien sûr, mais aussi de dépasser cette attitude d’opposition, et de dire oui aux stratégies de coopération entre villes. Nous devons mettre en avant une autre idée de l’Europe », poursuit l’élu espagnol. Ce fut l’un des fils rouges des deux jours de débat, en forme de numéro d’équilibriste dans lequel les Espagnols sont souvent très à l’aise : conjuguer le rejet des traités commerciaux en cours de négociation avec un parti pris favorable à l’Union. Pisarello, le numéro deux de la mairie de Barcelone, avait aussi assisté au lancement du DiEM à Berlin, le mouvement imaginé par Yanis Varoufakis, censé enclencher l’écriture d’une nouvelle constitution pour l’Europe à horizon dix ans, et renforcer sa légitimité démocratique. L’adjoint au maire vient de publier en Espagne un livre d’entretiens 3 sur le sujet avec l’ex-ministre des finances grec, qui mise en particulier sur tout un réseau d’élus locaux à travers l’Europe.
« Les États ne sont pas à la hauteur des défis européens. C’est évident dans la crise des réfugiés, mais aussi dans les négociations commerciales. Nous avons l’obligation de montrer qu’il existe des alternatives à ce genre de traités, explique à Mediapart Gerardo Pisarello. Les villes sont en première ligne dans la gestion du quotidien des gens. Et dans tous ces secteurs, du logement à la gestion de l’eau, nous devons prouver que des politiques alternatives à l’austérité imposée par les États membres et Bruxelles existent. » « Si l’Union ne réagit pas à temps face aux crises qu’elle traverse, elle finira par s’effondrer et tomber aux mains de forces xénophobes et d’extrême droite. Notre défense du souverainisme municipal s’inscrit dans une démarche européenne et internationaliste », poursuit l’ancien professeur de droit. Sur le front des réfugiés, Barcelone était déjà monté au créneau début avril avec un déplacement très médiatisé d’Ada Colau à Bruxelles pour exhorter la commission et les États membres, y compris le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, à accueillir davantage de réfugiés. Mais cette mise en scène n’a, jusqu’à présent, pas fondamentalement changé la donne au niveau espagnol. Tandis que l’horizon européen semble bouché, les villes ont-elles les réponses aux « polycrises », pour reprendre l’expression de Jean-Claude Juncker, qui secouent le continent et menacent d’emporter l’UE ? À Barcelone en cette fin de semaine, les élus voulaient y croire. En attendant, cette première réunion d’élus anti-TTIP s’inscrit dans une démarche plus large et hétéroclite d’initiatives nouvelles, celle des sommets du « plan B » comme du DiEM de Varoufakis, qui cherchent à faire sortir de ses rails idéologiques la machine bruxelloise. La question, désormais, est de savoir si elles parviendront à gagner en puissance dans les mois à venir.
Né à Jérusalem, Rony Brauman est un médecin français, ancien président de Médecins Sans Frontières et professeur à l’université de Manchester. Son engagement pour les droits du peuple palestinien n’est plus à présenter. Il a récemment reçu le prix Palestine-Hamchari pour son manifeste Pour les Palestiniens, et a signé différentes tribunes affirmant le droit de boycotter Israël.
Thomas, membre du Conseil National de l’AFPS, lundi 18 avril 2016
Comment percevez-vous le climat actuel post-attentat, entre criminalisation de la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions et les dernières déclarations du Premier ministre assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme ?
C’est inquiétant. D’un côté, il y a une obsession de l’islam liée aux guerres du Proche-Orient et à l’exportation du terrorisme, donnant à cette religion, en première approximation, un visage angoissant, menaçant. Cet aspect mérite une analyse en profondeur pour distinguer terrorisme islamiste et musulmans, de même que nous n’incriminons pas les Protestants pour le Ku Klux Klan, les orthodoxes pour le stalinisme ou les Catholiques pour la pédophilie. On voit se développer un discours accusatoire et globalisant de l’islam et des musulmans, tenu par différents intellectuels qui ont des accès médiatiques considérables. De prime abord, nous pensons à Finkielkraut ou Zemmour, rejoints récemment par Elisabeth Badinter dont les propos incendiaires, caricaturaux, instrumentalisent la laïcité et le féminisme au service d’un combat global contre tout ce qui peut être rattaché à l’islam.
De l’autre côté, et à la rencontre de cette obsession, il y a la défense obstinée de la politique israélienne. François Hollande et Manuel Valls se situent dans la tradition de la SFIO de Guy Mollet, marquée par le colonialisme et l’orientalisme. Valls, sans doute le premier ministre le plus pro-israélien de notre histoire, est allé jusqu’à dire publiquement qu’il était « lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ». Discours doublement fautif, puisqu’il invoque une « communauté juive » - qui n’existe pas plus que la « communauté musulmane » - et qu’il l’associe comme allant de soi à Israël. Et cela, de plus, au moment où on a à faire au gouvernement le plus raciste et violent de l’histoire d’Israël.
Ces deux mouvements sont distincts mais, progressivement, ils ont convergé. La campagne BDS est qualifiée logiquement d’antisémite, puisqu’à partir du moment où nos gouvernants sont, d’une part des défenseurs d’Israël, et d’autre part confondent explicitement Juif et Israël, toute dénonciation de la politique israélienne peut être ramenée à un acte anti-juif. Evidemment, ce n’est pas un hasard si la criminalisation s’accentue parallèlement à la montée de l’inquiétude, parmi les dirigeants israéliens, de la progression du BDS.
Faites-vous un lien entre la lutte contre l’islamophobie et la défense des droits du peuple palestinien ?
A partir du moment où la religion majoritaire de la population palestinienne est l’islam, il y a de facto un lien que nous ne pouvons pas ignorer. Cependant, ce serait une erreur de surestimer la portée de ce lien. Chez une partie des gens qui ont une vision combattive de la laïcité, et qui s’en servent contre le religieux, et particulièrement l’islam, la lutte des Palestiniens pour la reconnaissance de leurs droits déclenche spontanément de la sympathie politique. Je crois que même parmi les Français qui disent avoir un problème avec l’islam, il y a de la sympathie pour la cause palestinienne. Le Hamas, en tant que branche palestinienne des Frères musulmans, ébranle sans doute cette sympathie, mais il ne l’annule pas.
Vous venez de signer une tribune à l’initiative de l’Union Juive Française pour la Paix intitulée « Appel juif pour le BDS ». Pourquoi est-ce important de signifier que vous soutenez le BDS en tant que Juif ?
Je tiens d’abord à signaler mon ambivalence par rapport à cette démarche. Je n’apprécie pas de mettre en avant mon affiliation juive pour des motifs politiques. Je connais plusieurs personnes, militants pour la Palestine d’origine juive, qui ont refusé de signer la tribune estimant qu’elle véhicule une vision ethniciste ou culturaliste, qu’ils récusent. Je les comprends très bien, et j’ai moi-même hésité pour ces raisons. Si j’ai signé, c’est parce que je souhaite multiplier les occasions de dénoncer la criminalisation du BDS, réaffirmer que cette campagne de diabolisation est odieuse et contraire aux principes démocratiques. On cherche à disqualifier un mouvement citoyen qui utilise la consommation comme levier politique.
Vous avez été, au début de cette année, au cœur d’une polémique suite à votre passage sur Europe 1 et la mauvaise interprétation qui a été faite de vos propos sur une prétendue affiliation politique du port de la kippa en France. Vous avez dû vous en expliquer, notamment sur le site de Mediapart, afin de rappeler que votre argumentation visait le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France et son soutien à la politique israélienne. Vous n’êtes pas le premier à montrer du doigt un repli communautaire en France, et notamment parmi les Juifs. Comment percevez-vous cette dérive ?
C’est une tendance générale, qui ne concerne pas seulement les juifs. Parmi ceux-ci, il y a en effet une tendance préoccupante récente. Depuis le début des années 2000, une part minoritaire –mais croissante - d’entre eux se replie dans le cocon de l’espace communautaire. Je précise que la recherche de la tranquillité et de la fraternité dans l’entre-soi est tout simplement humaine et n’a rien de condamnable à mes yeux. Le problème surgit lorsque, par exemple, on manifeste bruyamment son soutien politique à un Etat étranger en train de commettre un massacre.
J’ai en tête la manifestation de l’été 2014 en soutien à l’attaque de Gaza, organisée devant l’ambassade d’Israël, qui m’a particulièrement choqué. Notons que l’Union des Etudiants Juifs de France, syndicat étudiant qui se situe en principe à gauche, y avait appelé, signalant par là son légitimisme pro-israélien à toute épreuve. Cette manifestation est à mes yeux l’un des évènements les plus honteux que les institutions juives aient organisé. Voir ces gens, en plein Paris, crier leur soutien à la ratonnade de Gaza est particulièrement choquant. Ils m’ont fait penser à ces Israéliens qui s’installaient sur les hauteurs à la frontière de Gaza pour observer le carnage fait par leur armée. Moralement, je juge cela presque plus abject que de participer activement aux bombardements. Du moins, ce voyeurisme, cette pornographie politique revendiquée, n’est pas moins grave.
Valls, tout comme le CRIF, affirme, à juste titre d’ailleurs, que la place des Juifs français n’est pas en Israël mais en France. Or, ils soutiennent dans le même temps, explicitement ou implicitement, un gouvernement israélien qui prône l’inverse. Cette contradiction a été particulièrement claire lors du 11 janvier 2015 et du discours de Netanyahu dans une synagogue parisienne. Pourront-ils tenir cette ambiguïté sur du long terme ?
Je partage votre désarroi, mais je note que cette contradiction est plus large encore puisqu’elle peut s’appliquer à ceux qui s’affirment sionistes. Toute proportion gardée, le sionisme, dans son discours englobant, me fait penser au communisme. Mais il y a une différence majeure. Lorsque nous étions communistes à l’époque de l’URSS ou de la Chine communistes, nous avions tout à faire à Paris, rien à Moscou. Il y avait une révolution, un combat politique, à réaliser dans notre pays. Quand on est sioniste, je ne vois pas ce qu’on fiche en dehors d’Israël. De plus, comment peut-on s’affirmer républicain et en même temps soutenir le sionisme ? Il y a ici une contradiction majeure.
Plus l’Etat d’Israël s’enracine dans la terre et dans l’histoire, et plus son caractère ethnocratique s’affirme. Rappelons qu’avant les années 1980 et la première Intifada, on circulait librement de la frontière égyptienne à la frontière libanaise, du Jourdain à la Méditerranée, que l’on s’appelle Mohamed ou David. A cette époque, Naplouse était à vingt minutes de Tel-Aviv, à présent ces villes ne se connaissent plus et sont situées dans des entités différentes.
Face à cette évolution, des personnalités comme Bernard-Henri Lévy proclament leur amour des principes de la République, et pour cet Etat qui les piétine au quotidien. Cherchez l’erreur !
Vous l’avez dit, ces personnalités ou organisations ont un accès aisé aux médias, et certains, comme le CRIF, n’hésitent pas à prétendre parler au nom des Juifs de France et dans le même temps défendre la politique israélienne. Vous êtes également un interlocuteur ponctuel pour le champ médiatique. Pourquoi les journalistes n’invitent-ils pas davantage de voix juives critiques d’Israël ? Pour paraphraser le dernier numéro de Manière de Voir, comment pouvons-nous faire sauter le verrou médiatique sur cette question ?
C’est aux journalistes qu’il faut poser la question, et à votre place je la radicaliserais. Pourquoi un propagandiste comme BHL est-il autant présent dans les médias ? Pour moi, la première réponse c’est qu’il fait le spectacle, à l’instar d’autres démagogues. Ensuite, il détient un capital social qui semble lui donner un accès privilégié par rapport à d’autres aux médias, et le protège des critiques.
Pour faire sauter le verrou, il faut d’abord avoir davantage d’individus qui s’expriment sur cette question. Davantage de protestation citoyenne, de pétitions, tant contre la politique d’Israël que contre la présence envahissante de ces personnalités dans les médias. Cependant, il faut savoir rester sur le fil du rasoir et ne pas verser dans une dérive antisémite.
Notre pays a un problème avec ses Juifs et ses Arabes, comme séquelle de Vichy et de la colonisation. A l’image du décret Crémieux de 1870, les politiques pensent trouver une solution dans une gestion partiale de ces deux populations. L’une se voit dotée de toutes sortes d’attributs, il est le signal de notre bonne, ou mauvaise, santé nationale. En bref, si les Juifs de France ne vont pas bien, c’est la nation entière qui va mal. L’autre, au contraire, est continuellement dévalorisé, soit parce qu’il est trop arabe, soit parce qu’il est trop musulman, voire les deux.
Pour être plus clair, le décret Crémieux est perpétuellement présenté comme un symbole démocratique au sein d’un tableau colonial jugé trop sombre. C’est oublier qu’il ne fut qu’un raffinement de l’apartheid colonial. Philosophiquement, que vous soyez dévalués ou surévalués, cela revient au même puisque vous n’êtes pas au même rang que les autres. Et les médias ne sont pas étrangers à ce prisme postcolonial.
Pour terminer, si nous constatons une progression du BDS, il reste une accusation qui a la peau dure, à savoir que le boycott radicaliserait encore davantage la société juive israélienne. Pourquoi considérez-vous qu’aujourd’hui le BDS soit une arme efficace ?
Un pays qui se prétend démocratique et qui se rend coupable de la plus longue occupation des temps modernes pose un problème particulier. Le BDS est une arme pour placer Israël dans le rang des nations ordinaires. D’ailleurs, le sionisme originel aspirait à créer un Etat juif qui soit une nation parmi les nations. Je n’ai pas été enthousiasmé par cette campagne lorsqu’elle a commencé en 2006. Sans adhérer formellement à tous les points du BDS, je trouvais cependant intolérable qu’il puisse être interdit. Vous pouvez demain appeler au boycott du Mexique, de la Chine, de la Russie, sans problème. Vous pouvez également appeler à boycotter des marques de vêtements qui font travailler des enfants, ou comme Badinter celles qui proposent une « mode islamique ». Vous pouvez aussi appeler à la guerre en Syrie, en Libye, au Soudan, en Somalie… Mais appeler au boycott des produits des colonies d’Israël relève du tribunal depuis 2010, à l’initiative de Michèle Alliot-Marie alors Garde des sceaux. De plus, Omar Barghouti, co-fondateur et principal animateur de la campagne BDS, est une personnalité impressionnante. Sa détermination et sa fermeté politique, y compris dans son propre camp, m’ont marqué et ont levé mes réticences sur la question du boycott.
Je constate également que la progression du BDS, notamment dans les campus anglo-saxons, permet d’une part d’amener un débat sur la politique israélienne, et surtout d’engager un travail que nos politiques semblent incapables de réaliser, à savoir la pénalisation des institutions israéliennes engagées dans la colonisation et l’occupation de la Palestine en violation de toutes les résolutions internationales. Rappelons que pour le boycott de l’Afrique du Sud, ça n’est pas tellement les campagnes contre des produits qui ont renversé la donne, mais celles contre les équipes de sport sud-africaines. Manifester contre la présence dans un événement sportif d’une équipe sud-africaine y avait provoqué des blessures symboliques profondes. Il est probable qu’à terme, des actions comparables s’organisent contre des équipes de sport israéliennes, qui ne pourront plus voyager à l’étranger sans provoquer de mobilisations.
Enfin, j’entends ceux qui ne voient dans le boycott qu’un moyen de radicaliser davantage la société israélienne. Précisons d’emblée qu’Israël n’a pas eu besoin du boycott pour rendre toute candidature pacifiste aux élections inefficace politiquement, ou pour amener au pouvoir un gouvernement d’extrême droite. Mais surtout, ça n’est pas mon/notre problème, et il est temps que cette société, y compris la jeunesse branchée de Tel-Aviv, qui vit coupée de la réalité politique, comprenne que ce clivage politique n’est plus tenable. Je précise toutefois qu’il faut se garder de mépriser les Israéliens, qu’il faut être capable d’entendre leurs inquiétudes, d’autant plus dans un Proche-Orient à feu et à sang, mais pour justement être en mesure de leur rappeler leur part de responsabilité, et qu’il est plus que temps qu’ils les assument. Pour cela, j’estime que le BDS est une arme pacifique et efficace pour mobiliser les citoyens et influer sur le cours politique des choses.
À l’occasion de la journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens, la mairie de Gennevilliers réitère son soutien à la lutte contre l’occupation israélienne.
Margaux Mazellier, Politis, mercredi 20 avril 2016
« La bataille pour la libération de Marwan Barghouti est une bataille pour tous les prisonniers palestiniens », a lancé lundi soir Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, lors d’une réunion qui se tenait en mairie à l’occasion de la journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens. Le maire communiste participe activement à la campagne internationale de libération de ce député palestinien, détenu par Israël depuis quatorze ans. Une campagne qui compte aujourd’hui plus de 7.400 signataires.
La ville de Gennevilliers fait parti du « Réseau Barghouti » regroupant vingt-deux communes qui ont fait le choix d’élever le prisonnier au rang de citoyen d’honneur. Une délégation est d’ailleurs prévue au mois de juin pour permettre à chaque maire participant, accompagné du député européen Patrick Le Hyaric, d’aller rendre visite à Marwan Barghouti dans sa prison israélienne.
Le « Mandela palestinien »
Emprisonné depuis le 15 avril 2002, Marwan Barghouti est devenu un symbole de l’occupation. Ce militant du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, est accusé du meurtre de cinq civils israéliens et d’avoir été impliqué dans quatre attaques terroristes. Son fils, Qassam s’est rendu hier à Gennevilliers, dans le cadre de la journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens, pour continuer à faire vivre la parole de son père au-delà des portes de sa cellule :
Marwan Barghouti appelle à la libération de la Palestine et à la création de l’État palestinien selon les frontières d’avant 1967, reconnues par la communauté internationale. Ce n’est pas son but, c’est celui de tous les Palestiniens !
Un discours dans lequel se reconnaît une majorité des Palestiniens qui voient en lui un vrai leader politique. Un discours qui vise aussi à réunifier un peuple pris en étau entre diverses factions armées et politiques. « Il est membre du Fatah mais essaye de coordonner les positions des différentes factions comme celles du Hamas ou encore du jihad islamique, précise Qassam, ce qui signifie que nous avons une base pour mettre tout le monde plus ou moins d’accord et unifier la parole politique du peuple palestinien. »
Pour les coordinateurs de la campagne internationale de libération de Marwan Barghouti, ce discours unificateur et ce combat contre l’apartheid rappellent celui de Nelson Mandela. Cette campagne provoque la rage de la Ligue de Défense Juive qui accuse la mairie de Gennevilliers de faire l’apologie du terrorisme et de pratiquer des politiques « communistes antijuives ». Une dénonciation accompagnée de menaces contre les Gennevillois.
440 enfants dans les prisons israéliennes
Qassam lui aussi a connu la prison. Étudiant dans une université américaine, c’est lors d’un séjour en Palestine qu’il a été arrêté à la frontière par les forces israéliennes. « J’avais 17 ans. J’ai du passer quatre ans en prison, juste parce que j’étais le fils de Marwan Barghouti. Ils essayaient de trouver d’autres accusations : membre du Fatah, étudiant activiste... Mais c’est ce que font tous les Palestiniens ! »
Selon un rapport de Human Rights Watch, le nombre de mineurs détenus en Israël aurait plus que doublé depuis octobre 2015. Parmi les 7.000 prisonniers palestiniens estimés, 440 seraient âgés de 12 à 17 ans. Des prisonniers, enfants comme adultes, retenus en toute illégalité au regard du droit international puisque la Convention de Genève interdit le déplacement d’un prisonnier d’une zone occupée vers le pays occupant.