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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 19:48

Turquie : "La France doit cesser son soutien au régime sanguinaire d'Erdogan" (PCF)


La tentative de putsch militaire en Turquie, dans la nuit du 15 au 16 juillet, organisée par quelques divisions de l'armée turque insurgées contre le président Erdogan s'est soldée par près de 300 morts à
Istanbul et Ankara, plus d’un millier de blessés, et a entraîné en moins de 24 heures 6 000 arrestations. À l’appel du pouvoir, des lynchages de putschistes ont eu lieu et l’éventualité d’un rétablissement de la peine de mort ressurgit. La politique de polarisation extrême, orchestrée par l’AKP, a attisé des fractures au sein de l’armée.

Le Parti communiste français tient à exprimer sa solidarité avec les peuples de Turquie, les démocrates et progressistes qui sont pris en étau entre la violence d'Etat, la mobilisation de l'extrême droite et
des ultra-religieux, et la rébellion militaire. Or, comme le souligne le Parti démocratique des peuples (HDP), il ne peut y avoir d’autres solutions qu’une démocratisation de la Turquie et l’établissement d’une
paix durable dans tout le pays, et particulièrement dans les villes kurdes assiégées depuis près d'un an par les forces de l'ordre et armées.

Les événements des 15 et 16 juillet montrent que la politique de R.T. Erdogan conduit au chaos. La France et l’Union européenne doivent la condamner et cesser de la soutenir. Le ministre français des Affaires
étrangères, Jean-Marc Ayrault, en affirmant ce matin la volonté de la France de voir "l’Etat de droit fonctionner pleinement en Turquie" et refuser tout "chèque en blanc à Monsieur Erdogan", engage une inflexion du discours de la France qui devra être suivie d'effets. Car, après l’échec de la tentative de coup d’État, le pire est déjà en marche.

R.T. Erdogan amplifie la purge de ses opposants dans l’appareil d’État, notamment dans la magistrature et l’armée, en violation totale de l’Etat de droit. Des milliers de juges ont été destitués et arrêtés dont des
membres du Conseil d’État et de la Cour constitutionnelle. Cette purge devrait s’élargir à toute la haute administration.

Tout en se présentant désormais comme le "défenseur de la démocratie", R.T. Erdogan poursuit l’établissement de sa dictature après avoir écrasé les libertés, muselé les médias, réduit les pouvoirs de l’opposition, levé l’immunité parlementaire des députés du HDP afin de les jeter en
prison, et déclenché une guerre meurtrière contre les populations kurdes du pays.

Au moment où les forces conservatrices et nationalistes font bloc autour du pouvoir, il faut certainement s’attendre à l’annonce d’un référendum sur la réforme constitutionnelle afin d’établir le régime ultra-présidentiel sans contre-pouvoir auquel aspire Erdogan.

R.T. Erdogan croit pouvoir capitaliser sur les événements de ces derniers jours pour restaurer son image, et celle de la Turquie jusqu’alors isolée sur le plan diplomatique en raison de son soutien apporté aux différentes organisations djihadistes Daesh et Al Nosra. Si J.-M. Ayrault doute de la fiabilité du régime turc en la matière, le PCF tient à lui rappeler que les preuves de cette duplicité sont connues et qu'elles ont valu à des journalistes, comme Can Dündar, des poursuites judiciaires et une tentative de meurtre.

Aujourd'hui, Erdogan se considère autorisé aux brutalités de masse les plus sanglantes. Il est de la responsabilité de la France et des pays membres de l'UE de cesser leurs soutiens à ce régime qui représente pour la Turquie et sa région un obstacle de plus à la paix et à la sécurité collective.

Parti communiste français
Paris, le 17 juillet 20
16

La France doit cesser son soutien au régime sanguinaire d'Erdogan (PCF, 17 juillet 2016)
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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 19:40
Huit questions pour comprendre le putsch raté en Turquie (Libération, entretien avec d'Aude Massiot avec Elise Massicard, chercheuse au CNRS spécialiste de la politique turque)

Huit questions pour comprendre le putsch raté en Turquie - Libération

Vendredi soir, des officiers de l’armée turque ont tenté de prendre le pouvoir par la force et de renverser le président Recep Tayyip Erdogan, qui était alors en vacances sur la côte méditerranéenne. Après plusieurs heures d’affrontements, entre les putschistes d’un côté, et de l’autre la police, certains corps de l’armée et des citoyens turcs descendus dans la rue à l’appel du président Erdogan, ce dernier a pu reprendre la main sur le pouvoir, samedi matin.

Pouvait-on s’attendre à une tentative de coup d’Etat en Turquie ?

Les observateurs spécialistes du pays ne s’accordent pas tous sur ce point. Pour Elise Massicard, chercheuse au CNRS spécialiste de la sociologie politique contemporaine turque, «une telle éventualité était envisageable. Cela fait plusieurs mois que des rumeurs circulent sur une possible intervention antigouvernementale par l’armée». La Turquie possède une tradition de coups d’Etat militaires. Quatre ont eu lieu depuis 1960.

Actuellement, toutes les institutions étatiques sont contrôlées par le gouvernement. Un renversement du pouvoir ne pouvait vraisemblablement venir d’un autre acteur que l’armée. Du moins, une partie de l’armée, car l’intervention militaire de vendredi n’a pas été menée par tous les corps militaires. Certains pilotes de l’armée de l’air, par exemple, n’auraient pas suivi les putschistes et seraient intervenus pour les neutraliser.

Les militaires putschistes étaient-ils soutenus par une partie de la classe politique turque ?

«Certains milieux souverainistes ne sont pas contre une intervention militaire pour renverser le gouvernement, remarque Elise Massicard. Mais ce n’est pas une solution qui est acceptée officiellement. Le Parti kémaliste, la plus grande formation d’opposition ne soutient pas une intervention par la force». L’argument d’une prise de pouvoir non démocratique a été justement utilisé par Erdogan pour délégitimer ce parti. Face à la population, le président se présente désormais comme le défenseur de la démocratie en Turquie. Pourtant, depuis son accession au pouvoir, Erdogan n’a cessé de réduire les libertés individuelles, la liberté de la presse et le pouvoir de l’opposition.

La population descendue dans la rue condamnait-elle justement cette prise de pouvoir non démocratique ?

Selon notre reporter à Istanbul, il apparaît plutôt que les citoyens qui sont sortis dans la rue ont répondu à l’appel lancé par Erdogan via Facetime dans la nuit. Les slogans entendus seraient plutôt ouvertement pro-Erdogan. «Le président a toujours une assise populaire très large dans la société turque, rappelle Elise Massicard. La population est très polarisée sur ces questions entre ceux qui soutiennent le gouvernement, et ceux qui s’opposent à sa politique».

Le gouvernement a désigné rapidement la mouvance islamiste Gülen comme instigatrice du coup d’Etat. Est-ce crédible ?

La mouvance islamiste tenue par l’ancien allié du gouvernement, Fethullah Gülen, réfugié actuellement aux Etats-unis, est un «bouc émissaire pour Erdogan depuis la fin de l’année 2013, rapporte la chercheuse du CNRS. Le régime lui attribue tout ce qui ne va pas dans le pays». Selon elle, il semble donc difficile de croire qu’ils aient pu organiser cette intervention tout seuls. Par ailleurs, l’armée turque n’est pas spécialement pro-Gülen et inversement. Il est tout de même possible qu’il y ait eu une coalition entre la mouvance et une partie de l’armée pour renverser Erdogan.

«Mais pour la population qui ne suit l’actualité que via les médias étatiques, l’implication de Gülen est une explication tout à fait crédible,ajoute Elise Massicard. Ces médias affirment régulièrement depuis deux ans que la mouvance complote pour renverser le pouvoir». Ces membres sont poursuivis dans toutes les institutions d’Etat.

Doit-on s’attendre à une purge contre les putschistes ?

Erdogan l’avait promis dès le début du coup d’Etat vendredi soir. Elle a donc débuté dès le lendemain. Le Premier ministre Binali Yildirim a annoncé, samedi matin, l’arrestation de 2 839 personnes et la possibilité de rétablir la peine de mort pour punir «les traîtres». D’autres institutions sont touchées. Plusieurs centaines de juges ont été écartés samedi. En plus des affrontements entre policiers et militaires, certains civils auraient lynché des militaires putschistes. «Ces violences non contrôlées par les autorités ont été légitimées, voire encouragées, par le gouvernement», souligne Elise Massicard.

Erdogan a-t-il utilisé les responsables religieux pour légitimer son appel à la population ?

Dans la nuit de vendredi, à Istanbul, les muezzins ont interrompu leur chant de prière pour appeler la population à descendre dans la rue afin de soutenir le gouvernement. Pour la chercheuse du CNRS, «ce ne sont pas des initiatives personnelles». En Turquie, les imams et les muezzins sont des fonctionnaires d’Etat, et Erdogan a des liens forts avec la communauté religieuse musulmane. Reste que c’est la première fois que le gouvernement en appelle aux responsables religieux pour relayer ce type de messages politiques. «Pour Erdogan, c’est un moyen de se légitimer en s’appuyant sur la religion», ajoute-t-elle.

Erdogan avait-il préparé ses arrières dans l’éventualité d’un coup d’Etat ?

Vendredi soir, les putschistes comme les forces pro-gouvernementales ont fait usage d’un important arsenal militaire. Comment expliquer cet équilibre? D’abord, toute l’armée n’a pas soutenu le coup d’Etat. Il y avait donc des moyens de défense militaires du côté des pro-Erdogan. L’arsenal donné à la police laisse tout de même penser que le président envisageait un retournement des militaires. Depuis son accession au pouvoir, Erdogan s’est beaucoup appuyé sur la police pour établir sa politique sécuritaire. Leurs moyens d’intervention ont été largement renforcés depuis plusieurs années.

Dans le pays s’observe déjà un resserrement du pouvoir par Erdogan. L’échec de ce putsch renforce l’assise du président turc sur l’opposition politique qui subsiste, mais aussi face aux puissances qui interviennent dans la région. Le gouvernement a déjà annoncé la fermeture de la base militaire d’Incirlik, qui servait de base arrière pour la coalition internationale, dans les interventions en Syrie et en Irak, tant que Fethullah Gülen ne serait pas extradé des Etats-unis. Plus largement, c’est tout l’espace aérien qui a été fermé. Les missions aériennes des Etats-unis contre l’Etat islamique ont donc été suspendues.

La communauté internationale, y compris la France, a largement condamné le coup d’Etat. De même pour tous les partis représentés à l’Assemblée nationale turque. «Le président a pu ainsi rassembler derrière lui et obtenir un consensus sur son maintien au pouvoir, alors qu’il était, depuis plusieurs mois, fragilisé, à cause notamment de la multiplication des attentats terroristes sur le territoire, observe Elise Massicard. Cette reprise en main politique pourrait avoir pour conséquence un durcissement de la gestion sécuritaire de la question kurde».

Aude Massiot

Lire aussi dans le Monde Diplomatique du mois de juillet (repris par le "Chiffon Rouge" il y a quelques jours) la tribune du leader kurde du mouvement de gauche démocratique et laïc, Selahattin Demirtas, parti persécuté par le pouvoir.

La sale guerre du président Erdogan, "l'homme qui se prend pour un sultan" par Selahattin Demirtas, leader kurde des formations de gauche et écologiste en Turquie (HDP, Parti démocratique des peuples) - Tribune du Monde Diplomatique, juillet 2016

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 05:36
Nouvelle loi scélérate à la Knesset pour museler les ONG qui défendent les droits démocratiques (AFPS)

Sous couvert de transparence c’est une véritable loi scélérate qui vient d’être adoptée en 3ème lecture à la Knesset. Présentée par la ministre d’extrême droite Ayelet Shaked, elle oblige les ONG à dévoiler les donations venues de l’étranger dans les cas où plus de la moitié de leur financement provient d’Etats autres qu’Israël, ou d’organisations étrangères comme l’Union européenne.

Il est piquant de voir Netanyahou se féliciter d’une loi sur la « transparence » au moment même où il déploie des trésors d’énergie pour échapper au scandale de son ami Arnaud Mimran qui vient d’être condamné à huit ans de prison par la justice française dans une affaire d’escroquerie mafieuse.

Sont très directement visées les ONG comme Adalah, B’Tselem ou Breaking the Silence qui portent témoignage et documentent les crimes et violations des droits humains commis à l’encontre des Palestiniens. La loi ne concerne évidemment pas les fonds privés et donc les sommes colossales récoltées notamment aux Etats-Unis, au profit des organisations de colons.

Son objet avait été très clairement indiqué par la ministre lors de sa présentation à la Knesset : se préserver d’incriminations de crimes de guerre qui s’appuieraient sur des preuves fournies par des ONG, comme dans un rapport de l’ONU sur les crimes commis lors de la guerre de 2014 contre Gaza.

Alors qu’elles sont déjà directement menacées, qualifiées de « traîtres » et de « 5ème colonne » par les organisations d’extrême-droite, il s’agit de les fragiliser, de les ostraciser pour les réduire au silence. Cette loi illustre pour le chef de l’opposition, Isaac Herzog, « le fascisme naissant qui s’introduit dans la société israélienne ».

La France, qui comme les autres chancelleries européennes avait dénoncé ce projet, doit revoir en profondeur ses relations avec un Etat qui ne peut s’exonérer en permanence des règles du droit et, sur ce point précis, amener Israël à reculer.

l'AFPS - 13 juillet 2016

***

Les autorités israéliennes ont adopté une loi controversée sur le financement des organisations humanitaires. Les opposants à la mesure y voient une attaque contre les groupes de défense des droits de l’Homme.

France 24 avec Reuters, mardi 12 juillet 2016

Les débats étaient vifs depuis plusieurs semaines en Israël. Mais cela n’a pas empêché les députés israéliens d’adopter, lundi 11 juillet, une loi sur le financement des organisations non gouvernementales.

Présenté par la ministre de la Justice d’extrême droite Ayelet Shaked, la "loi transparence" obligera les ONG à préciser l’origine de leurs donations si plus de la moitié provient d’États autres qu’Israël. Une amende est prévue pour ceux qui ne respecteraient pas cette loi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a défendu la loi comme "démocratique et nécessaire", et a semblé évoquer le soutien financier reçu par des groupes israéliens qui défendent un État palestinien.

Pour les soutiens du gouvernement, la loi mettra fin aux ingérences étrangères dans ses affaires intérieures. "J’espère que les pays [...] tenteront d’influencer Israël par la voie diplomatique, et pas en finançant à hauteur de millions de dollars ou d’euros des ONG, qui essaient habituellement de promouvoir leurs opinions", a expliqué lundi Ayelet Shaked citée par Reuters.

Loi discriminatoire

Mais nombreux sont ceux en Israël qui ne voient pas la mesure d’un bon œil et la considèrent comme une attaque du gouvernement de droite contre les groupes de défense des droits de l’Homme. Les États-Unis et l’Union européenne se sont inquiétés publiquement de ce texte, qui a été adopté en troisième lecture par 57 voix contre 48 lors d’une séance parlementaire houleuse.

Ses opposants jugent la loi discriminatoire car la plupart des groupes qui reçoivent des fonds d’autres pays ou de l’UE sont des associations opposées à la politique du gouvernement à l’égard des Palestiniens.

"La loi sur les ONG [...] illustre, plus que toute autre chose, le fascisme naissant qui s’insinue dans la société israélienne", a déclaré à des journalistes le chef de l’opposition Isaac Herzog, du parti de centre gauche de l’Union sioniste, quelques heures avant le vote.

"C’est une loi dont le seul but est de réduire au silence et de marquer ceux qui osent faire entendre des critiques à l’égard du gouvernement ou contre les colonies", déclare dans un communiqué le groupe Israel Peace Now. D’ailleurs, les fonds privés en provenance de l’étranger, et notamment l’argent reçu par les organisations israéliennes qui soutiennent les colonies de peuplement établies sur des territoires palestiniens, ne sont pas visés par la loi.

Sur plus de 30.000 associations enregistrées en Israël, la moitié est en activité. Environ 70 d’entre elles sont spécialisées dans le conflit israélo-palestinien et reçoivent des fonds de l’Union européenne ou de pays comme le Danemark, la Suède, la Belgique ou la Norvège.

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 06:56
Matteo Renzi

Matteo Renzi

« La gauche pour moi c’est Tony Blair, Bill Clinton, Barack Obama. Je représente une troisième voie, joyeuse, pas une gauche maximaliste et incapable de gagner ne serait-ce que dans une assemblée de copropriétaires » (Matteo Renzi)

En Italie, une réforme de l’emploi qui institutionnalise la précarité - Le Monde Diplomatique, juillet 2016

« Jobs Act », le grand bluff de Matteo Renzi

Défait à Rome et à Turin par le Mouvement 5 étoiles — une formation qui se revendique « antisystème » —, le Parti démocrate du président du conseil italien Matteo Renzi sort affaibli des élections municipales du 19 juin. À croire que sa réforme du marché du travail, le fameux « Jobs Act », a davantage séduit les médias, les milieux patronaux et les sociaux-libéraux européens que les électeurs italiens…

par Andrea Fumagalli

Le président du conseil italien Matteo Renzi aime à se présenter comme un dirigeant politique moderne et innovant. Ainsi, sa réforme du marché du travail aurait libéré le pays de ses archaïsmes et fait baisser le chômage. Connues sous le nom de « Jobs Act », les mesures adoptées par son gouvernement pour relancer l’emploi n’ont pourtant fait que pousser plus loin encore la logique des vieilles recettes libérales.

La flexibilisation du marché du travail italien a débuté en 1983, quand les partenaires sociaux (fédérations syndicales, patronat et ministère du travail) ont signé l’accord Scotti. En plus de limiter

l’indexation des salaires sur les prix, ce texte introduisit le premier contrat atypique, à durée déterminée et destiné aux jeunes : le « contrat de formation et de travail ». Depuis, de nombreuses lois ont élargi l’éventail des contrats disponibles, si bien qu’il en existe aujourd’hui près de quarante. En 1997, la loi Treu a légalisé le travail temporaire ; en 2003, la réforme Biagi-Maroni a inventé le contrat de sous-traitance. En 2008 a été mis en place le système desvouchers, ces « bons de travail » d’une valeur de 10 euros brut de l’heure surtout utilisés dans les secteurs peu ou pas qualifiés. La diversification des types de contrat s’est accompagnée de mesures visant à accroître le pouvoir des employeurs. Parmi les plus récentes, la loi dite du « travail lié » (collegato lavoro), votée en 2010, limite les possibilités pour les salariés de recourir à la justice en cas d’abus patronal ; et la loi Fornero (2012) facilite les licenciements individuels pour raisons économiques.

Les réformes mises en œuvre par M. Renzi en 2014 et 2015 s’inscrivent dans la continuité de cette histoire, et peut-être l’achèveront-elles, tant elles ont institutionnalisé la précarité. Ainsi, le contrat à durée indéterminée (CDI) « à protection croissante », entré en vigueur en 2015, n’a pas grand-chose de pérenne ni de protecteur. Au cours des trois premières années, les employeurs peuvent y mettre fin

e président du conseil italien Matteo Renzi aime à se présenter comme un dirigeant politique moderne et innovant. Ainsi, sa réforme du marché du travail aurait libéré le pays de ses archaïsmes et fait baisser le chômage. Connues sous le nom de « Jobs Act », les mesures adoptées par son gouvernement pour relancer l’emploi n’ont pourtant fait que pousser plus loin encore la logique des vieilles recettes libérales.

La flexibilisation du marché du travail italien a débuté en 1983, quand les partenaires sociaux (fédérations syndicales, patronat et ministère du travail) ont signé l’accord Scotti (1). En plus de limiter l’indexation des salaires sur les prix, ce texte introduisit le premier contrat atypique, à durée déterminée et destiné aux jeunes : le « contrat de formation et de travail ». Depuis, de nombreuses lois ont élargi l’éventail des contrats disponibles, si bien qu’il en existe aujourd’hui près de quarante. En 1997, la loi Treu a légalisé le travail temporaire ; en 2003, la réforme Biagi-Maroni a inventé le contrat de sous-traitance. En 2008 a été mis en place le système desvouchers, ces « bons de travail » d’une valeur de 10 euros brut de l’heure surtout utilisés dans les secteurs peu ou pas qualifiés. La diversification des types de contrat s’est accompagnée de mesures visant à accroître le pouvoir des employeurs. Parmi les plus récentes, la loi dite du « travail lié » (collegato lavoro), votée en 2010, limite les possibilités pour les salariés de recourir à la justice en cas d’abus patronal ; et la loi Fornero (2012) facilite les licenciements individuels pour raisons économiques.

Les réformes mises en œuvre par M. Renzi en 2014 et 2015 s’inscrivent dans la continuité de cette histoire, et peut-être l’achèveront-elles, tant elles ont institutionnalisé la précarité. Ainsi, le contrat à durée indéterminée (CDI) « à protection croissante », entré en vigueur en 2015, n’a pas grand-chose de pérenne ni de protecteur. Au cours des trois premières années, les employeurs peuvent y mettre fin à tout moment et sans motivation. Leur seule obligation est de verser au salarié licencié une indemnité proportionnelle à son ancienneté. L’emblématique article 18 du statut des travailleurs (2), qui oblige à motiver tout licenciement individuel par une « juste cause » (faute grave, vol, absentéisme…), se retrouve ainsi mis entre parenthèses pendant trente-six mois. La formule rappelle le contrat première embauche (CPE) imaginé par le premier ministre français Dominique de Villepin en 2006, sauf que le dispositif italien ne se limite pas aux moins de 26 ans, mais concerne l’ensemble de la main-d’œuvre.

Le gouvernement Renzi a également déréglementé l’usage des contrats à durée déterminée (CDD). Depuis mars 2014, la loi Poletti — du nom du ministre du travail Giuliano Poletti — permet aux employeurs d’y recourir sans avoir à se justifier et de les renouveler jusqu’à cinq fois sans période de carence. Cette limitation est de surcroît théorique : elle ne s’applique pas aux personnes, mais aux postes de travail. Il suffit donc de modifier sur le papier une fiche de poste pour condamner un salarié au travail instable à vie.

Dans ces conditions, pourquoi des entreprises choisiraient-elles des CDI à « protection croissante » plutôt qu’une succession de CDD ? La réponse est simple : par intérêt financier. Le gouvernement Renzi a en effet mis en place des incitations fiscales qui permettaient, pour tous les CDI signés en 2015, d’économiser jusqu’à 8 000 euros par an. Austérité oblige, ce dispositif très coûteux pour l’État a été revu à la baisse par la loi de stabilité 2016, et les gains possibles pour les employeurs s’établissent désormais à 3 300 euros. Le Jobs Act a donc créé un effet d’aubaine : faire signer un contrat « à protection croissante », puis licencier son salarié sans justification, devient plus rentable que de recourir à un CDD. Grossière entourloupe statistique, le basculement des CDD vers les CDI permet de gonfler artificiellement les chiffres de l’emploi dit « stable », alors même que la précarité continue d’augmenter.

Les réformes de M. Renzi n’ont pas déclenché de grèves ou de manifestations comparables au mouvement contre la loi El Khomri en France. Contrairement à sa voisine, l’Italie n’a pas de salaire minimum, sauf pour les professions couvertes par des conventions collectives, qui protègent un nombre toujours plus faible de travailleurs (moins de 50 % aujourd’hui). Par ailleurs, le « principe de faveur » n’y existe pas : rien n’oblige les accords d’entreprise à proposer des conditions plus avantageuses pour les salariés que les accords de branche, qui, eux-mêmes, ne sont pas nécessairement plus favorables que le code du travail (3). Les employés sont ainsi très vulnérables au chantage de leur patron. Le pays n’a pas non plus d’équivalent du revenu de solidarité active (RSA), même sous condition de réinsertion professionnelle. Les amortisseurs sociaux sont surtout pensés pour le salarié en CDI ; la masse des nouveaux précaires s’en trouve exclue. Conjuguée à la crise économique, à la faiblesse des syndicats, à la stagnation des revenus et au renforcement du contrôle patronal — le Jobs Act autorise certaines techniques de contrôle à distance des salariés, au risque de porter atteinte à leur vie privée —, cette situation explique la faible résistance rencontrée par les récentes mesures.

Plus de 40 % des jeunes au chômage

Afin de défendre leurs réformes, M. Renzi et ses ministres se sont retranchés derrière les mêmes arguments que leurs prédécesseurs à Rome et que leurs homologues conservateurs en Allemagne ou socialistes en France : l’« assouplissement » du code du travail serait une condition nécessaire (et suffisante) pour construire une économie moderne et faire baisser le chômage, en particulier celui des jeunes. « L’article 18 date des années 1970, et la gauche ne l’avait alors même pas voté. Nous sommes en 2014 ; cela revient à prendre un iPhone et à demander : “Où faut-il mettre le jeton ?”, ou à prendre un appareil photo numérique et à essayer d’y mettre une pellicule », a estimé le président du conseil (4).

Le gouvernement et beaucoup de médias présentent le Jobs Act comme un succès indiscutable. « Un demi-million d’emplois en CDI créés en 2015. [L’Institut national de la statistique] démontre l’absurdité des polémiques sur le Jobs Act », claironnait M. Renzi sur Twitter le 19 janvier 2016. « Avec nous, les impôts diminuent et l’emploi augmente », écrivait-il encore le 2 mars. Il est vrai qu’en 2015, pour la première fois depuis le début de la crise économique, qui a détruit environ un million d’emplois, la courbe du chômage a été (légèrement) inversée : — 1,8 %… Cependant, cette diminution modeste s’explique surtout par le coup de pouce fiscal qui a accompagné la création du CDI « à protection croissante ». La période probatoire étant de trois ans, il faudra attendre 2018 pour dresser un bilan de ces nouveaux contrats ; mais on peut d’ores et déjà constater que la baisse des incitations financières a entraîné une contraction immédiate des créations d’emplois. Le nombre de CDI signés au premier trimestre 2016 a chuté de 77 % par rapport aux mêmes mois de l’année précédente (5).

Par ailleurs, la diminution du chômage en 2015 masque le recours exponentiel au système des vouchers, en particulier dans les secteurs peu qualifiés où les employés sont considérés comme interchangeables. En 2015, 1,38 million de personnes étaient concernées (contre 25 000 en 2008), et 115 millions de « bons » ont été vendus (contre 10 millions en 2010) (6). Logiquement, le taux de précarité a lui aussi suivi une courbe ascendante : d’après les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en 2011, 43 % des jeunes Italiens se trouvaient dans une situation professionnelle instable ; en 2015, ils étaient 55 %. Dans le même temps, le taux de chômage des 15-24 ans s’est accru de dix points, pour dépasser la barre des 40 %.

L’Italie n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour se conformer aux normes de l’économie moderne : le « degré de protection de l’emploi » — un indice imaginé par l’OCDE pour mesurer la « rigidité » du marché du travail — y a baissé d’un tiers en dix ans…

Depuis son arrivée à la présidence du conseil, M. Renzi a tout misé sur une politique de l’offre. Outre le Jobs Act, les lois de stabilité 2015 et 2016 ont planifié des baisses d’impôts pour les entreprises, une réduction des taxes sur le patrimoine, une diminution des dépenses des collectivités locales, la privatisation de certains services publics (dans le secteur des transports, de l’énergie ou des postes). Selon la philosophie qui guide ces mesures (7), l’augmentation des profits et la baisse des coûts entraîneraient automatiquement une hausse des investissements, donc de la production et de l’emploi.

Ce raisonnement est largement faux. Le chômage en Italie ne s’explique pas par les structures internes du marché du travail : il résulte avant tout de la faiblesse de la demande, car aucun entrepreneur ne se risque à augmenter sa production s’il redoute que ses marchandises ou services ne trouvent pas preneurs. Or le gouvernement Renzi n’a rien fait pour relancer la demande de manière structurelle : ni salaire minimum, ni réforme de la protection sociale en faveur des bas salaires, ni revenu garanti.

Résultat, depuis 2014, le produit intérieur brut (PIB) stagne, et le ratio dette/PIB n’est pas prêt de se réduire, puisque le dénominateur du rapport n’augmente pas.

Le Jobs Act a divisé le marché du travail en trois segments principaux, et chacun d’eux voit l’instabilité érigée en norme. Le premier regroupe les jeunes sans diplôme universitaire, qui entrent généralement dans la vie active avec des contrats d’apprentissage (peu protecteurs) et, de plus en plus, des vouchers (encore moins protecteurs). Dans le deuxième, on trouve les jeunes disposant d’un niveau de qualification moyen ou élevé (niveau licence ou master). Pour favoriser leur insertion, le gouvernement s’appuie sur le plan « Garantie jeunes ». Financé par l’Union européenne et destiné aux pays affichant un taux de chômage élevé, ce plan vise officiellement à améliorer l’« employabilité » des jeunes en leur proposant, à travers des plates-formes régionales rassemblant des entreprises privées et publiques, des « parcours d’insertion » adaptés aux besoins de ces mêmes entreprises : le service civique (gratuit), le stage (presque gratuit) et le travail bénévole. D’abord expérimenté en 2013 pour l’embauche de 700 personnes en vue de l’Exposition universelle de Milan (en plus des milliers de bénévoles), ce modèle a ensuite été transposé au niveau national (8). Il a déjà permis d’occuper 600 000 jeunes et de les faire sortir, à moindres frais, des statistiques du chômage. Enfin, pour le reste des travailleurs — c’est-à-dire les actifs de 30 ans et plus — , le CDD indéfiniment renouvelé et le CDI « à protection croissante » sont destinés à devenir les contrats standards jusqu’à l’âge de la retraite. Seuls les employés jugés efficaces, indispensables au cœur de métier de l’entreprise, seraient embauchés de manière stable et fidélisés.

Comme en témoigne le plan « Garantie jeunes », le travail gratuit, alimenté par l’« économie de la promesse (9) » qui remet toujours à plus tard l’obtention d’un emploi rémunéré et stable, devient la nouvelle frontière de la déréglementation du marché du travail italien. Les réformes de M. Renzi ont consacré le statut de précaire, lui conférant une nature à la fois structurelle et généralisée. Or le développement de la précarité figure justement parmi les premières causes de la stagnation économique de l’Italie, laquelle sert à justifier les mesures visant à accroître la précarité du travail…

Andrea Fumagalli

Professeur d’économie au département de sciences économiques et commerciales de l’université de Pavie. Auteur de La Vie mise au travail. Nouvelles formes du capitalisme cognitif, Eterotopia France, Paris, 2015.

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 06:06
Etats-Unis: pourquoi les policiers qui tuent des afro-américains ne sont (presque) jamais condamnés? - France TV Info

Deux affaires macabres relancent le débat sur les violences policières aux Etats-Unis. Une enquête fédérale a été ouverte après la mort d’un homme noir à Bâton-Rouge (Louisiane), abattu par un policier blanc, mardi 5 juillet. Alton Sterling, un vendeur ambulant, a été maîtrisé et plaqué au sol par deux policiers. Alors qu’il semble immobilisé, il est abattu par balle. Une scène filmée en direct et diffusée sur les réseaux sociaux.

Le lendemain, un autre homme afro-américain meurt sous les balles de la police, à Saint Paul (Minnesota) lors d’un contrôle d’identité, apparemment banal. Présente dans le véhicule au moment du drame, sa compagne a filmé les minutes qui ont suivi les tirs. "S'il vous plaît, ne me dites pas que mon petit ami est mort", implore la jeune femme à ses côtés. Ces histoires sordides ont suscité une vive émotion aux Etats-Unis. Une nouvelle fois des hommes noirs sont tués par des policiers blancs.

Une longue liste de relaxés

Depuis la mort de Michael Brown, en août 2014, qui avait provoqué

de violentes émeutes à Ferguson (Missouri), de nombreux cas de décès lors de contrôles de police ont été dénoncés par la presse. Le Guardian (en anglais)tient même à jour une base de donnée fournie. Dans une grande majorité des cas, les policiers s’en sont sortis sans peine de prison. Darren Wilson, le meurtrier de Michael Brown, n’a pas été inculpé. Les deux officiers qui ont tué Ezell Ford, à Los Angeles deux jours après, non plus. La justice a aussi relaxé trois des policiers accusés d'homicide involontaire, d'assaut et de négligence criminelle après que le corps de Freddy Gray, un Afro-Américain de 25 ans, a été retrouvé dans leur fourgon, le 19 avril 2015 à Baltimore (Maryland). Difficile de dresser une liste exhaustive, tant elle est longue.

L’officier Michael Slager a tout de même été placé en prison, où il attend son procès. Il est accusé d’avoir tué Walter Scott, un cariste de 50 ans, à North Charleston (Caroline du Sud) d’une balle dans le dos et d’avoir menti en affirmant que la victime lui avait pris son taser des mains et qu’il se sentait physiquement menacé. Une version contredite par une vidéo, qui montre le policier déposer à côté du corps de Walter Scott ce qui ressemble à un taser pour accréditer sa version, comme l’explique Libération. Michael Slager faisait déjà l’objet de deux plaintes pour l’usage injustifié d’un taser.

Une jurisprudence favorable pour la police

Pourquoi faut-il de tels éléments à charge pour qu’un policier puisse être inquiété ? La justice américaine repose en grande partie sur des jurisprudences et certaines d’entre elles protègent les policiers. Exemple avec ce jugement rendu par la Cour Suprême (en anglais), la plus haute instance du pouvoir judiciaire aux Etats-Unis, dans l’affaire “Plumhoff versus Rickard”, deux mois avant que Michael Brown ne soit abattu.

Comme l’explique Slate (en anglais), les plaignants réclamaient des réparations après la mort d’un conducteur et du passager d’une voiture sous les balles de la police, lors d’une course-poursuite. La Cour suprême avait affirmé, par 9 voix contre 0, qu’il ne s’agissait pas d’un recours excessif à la force. "Si tirer sur un suspect est justifié pour mettre un terme à une grave menace à l’ordre public, alors les policiers ne sont pas obligés d’arrêter de tirer tant que la menace n’a pas disparu", écrit la haute cour.

Ce texte complète un autre jugement de la Cour suprême datant de 1989, à propos de l’affaire "Graham vs Connor". Selon elle, la pertinence de l’utilisation de la force par les agents "doit être jugée du point de vue d’un policier présent sur la scène", plutôt qu’à froid par les enquêteurs. Cette norme est conçue pour prendre en compte le fait que les agents de police doivent fréquemment prendre des décisions en une fraction de seconde sur le terrain, explique PBS (en anglais). Cette décision, qui donne énormément de crédit à l’argumentation du policier, a été par exemple citée par la justice pour justifier l'abandon des poursuites contre Darren Wilson , l’officier qui a tué Michael Brown.

Un Noir a cinq fois plus de risques qu'un Blanc de mourir sous les balles de la police

Ces dispositions juridiques n’expliquent cependant pas le fait que ce sont très souvent des Afro-Américains qui meurent sous les balles des policiers. Les hommes noirs âgés de 15 à 34 ans ne constituent que 2% de la population américaine. Pourtant, ils représentent 15% des personnes tuées par la police en 2015. Ce qui fait dire au Guardian (en anglais), qu’un jeune Noir a cinq fois plus de chance de mourir sous les balles des forces de l’ordre qu’un jeune Blanc.

Selon le magazine Reason (en anglais), dont la ligne est pourtant libertarienne donc assez à droite sur l’échiquier américain, le problème vient de la pression des électeurs, qui force les pouvoirs publics à prôner une répression trop sévère des petits délits. Les autorités "refusent de reconnaître que l’application extrêmement stricte de lois parfois absurdes comme celles sur la vente de cigarettes ou la consommation de drogues légères, dont sont disproportionnellement victimes les pauvres et les minorités, contribue à la série de violences policières."

Une position partagée par Ta-Nehisi Coates, un journaliste et écrivain américain, remarqué pour son bestseller Une Colère noire (Editions Autrement, 2016), dans lequel il dénonce les traces de l'esclavage encore perceptibles dans la société américaine. "Le vrai problème est la croyance que nos problèmes de société peuvent être résolus par la force, écrit-il dansThe Atlantic, un journal positionné à gauche. À un moment donné les Américains ont décidé que la meilleure réponse à chaque problème social se trouve dans le système de justice criminelle (...) Les Afro-Américains, pendant une grande partie de leur histoire, ont vécu sous le joug de ce système de justice criminelle."

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 05:25

L'Europe du Grand Capital, disions-nous: tout cela se fait à ciel ouvert, avec le plus grand cynisme et le plus grand mépris des peuples...

Voir cet article du Monde:

Pluie de critiques après l’embauche de Barroso par Goldman Sachs
http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/07/09/pluie-de-critiques-apres-l-embauche-de-barroso-par-goldman-sachs_4967021_3214.html

« Sans honte », « indécent », un « bras d’honneur » : une pluie de critiques s’est abattue samedi 9 juillet en France et au Portugal sur l’ex-président de la Commission européenne, José Manuel Barroso qui va rejoindre la banque d’affaires américaine Goldman Sachs.

En France, plusieurs voix de gauche, jusqu’au sein du gouvernement, ont protesté contre son embauche par une banque à la réputation sulfureuse, notamment en raison de son rôle dans la crise des subprimes en 2008 et parce qu’elle avait aidé, au début des années 2000, l’Etat grec à masquer ses déficits pour rester dans l’euro.

Lire aussi : L’ex-président de la Commission européenne José Manuel Barroso recruté par Goldman Sachs

Le secrétaire d’Etat français au commerce extérieur, le socialiste Matthias Fekl, a qualifié, dans un tweet, le Portugais de « représentant indécent d’une vieilleEurope que notre génération va changer ».

Les eurodéputés PS français ont eux jugé « scandaleux » ce « nouveau pantouflage, qui ressemble fort à un conflit d’intérêt ». « Nous exigeons une révision des règles pour empêcher de tels recrutements d’anciens Commissaires européens », ont-ils écrit dans un communiqué.

Indignation au Portugal

Même indignation à Lisbonne, dans les rangs du parti socialiste au pouvoir et de ses alliés de la gauche radicale. « Cette nomination montre que l’élite européenne dont fait partie Barroso n’a aucune honte », a ainsi réagi Pedro Filipe Soares, chef de file parlementaire du Bloc de gauche.

Premier ministre du Portugal de 2002 à 2004, M. Barroso a occupé la présidence de la Commission européenne de 2004 à 2014, période durant laquelle l’Europe, secouée par la crise financière de 2008, a été perçue comme libérale et sans grand dessein. La banque Goldman Sachs a annoncé vendredi l’avoir engagé pour la conseiller, alors que la sortie du Royaume-Uni de l’UE devrait avoir des impacts sur le monde financier.

« Après avoir passé plus de trente ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale », a expliqué M. Barroso à l’hebdomadaire portugais Expresso.

« Si l’on reste dans la vie politique, on est critiqué pour vivre aux crochets de l’Etat, si l’on va dans le privé, on est critiqué pour tirer profit de l’expérience acquise dans la politique », a-t-il ajouté, balayant tous les reproches.

Mais la presse française estime que cette nomination tombe au plus mal.« L’image de l’Union européenne qui n’est pas folichonne en ce moment, n’avait pas besoin de cela », écrit samedi L’Obs.

« C’est, au pire moment, un symbole désastreux pour l’Union et une aubaine pour les europhobes », renchérit le quotidien de gauche Libération

José Manuel Barroso n’a enfreint aucune règle, puisque au-delà de 18 mois après la fin de leur mandat, rien n’oblige les anciens membres de la Commission àrendre des comptes, a pour sa part souligné cette institution.

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 06:00
Un rapport accablant souligne les erreurs de Tony Blair sur la guerre en Irak en 2003 (Médiapart, 6 juillet 2016)

Un rapport accablant souligne les erreurs de Tony Blair sur la guerre d’Irak

6 JUILLET 2016 | PAR THOMAS CANTALOUBE

Après sept années d'enquête, la commission Chilcot a remis un rapport très négatif sur la manière dont le gouvernement britannique a engagé le Royaume-Uni en Irak en 2003 aux côtés des États-Unis : renseignements défectueux, manipulation politique, impréparation militaire…

De notre envoyé spécial au Royaume-Uni. - Moins de quinze jours après le référendum approuvant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les Britanniques se sont de nouveau plongés, mercredi 6 juillet 2016, dans un de ces psychodrames dont ils possèdent le secret. Après sept années de labeur, la mort d’un de ses membres, des centaines d’audition et des dizaines de milliers de documents examinés, la commission Chilcot, du nom de son rapporteur Sir John Chilcot, un haut fonctionnaire en retraite, a finalement rendu son rapport sur l’engagement du pays dans la guerre d’Irak. Et c’est un document qui ne mâche pas ses mots.

Alors que beaucoup d’observateurs envisageaient un rapport un peu mou, qui ménagerait le pour et le contre et renverrait dos à dos les critiques et les avocats de l’invasion de l’Irak, le rapport Chilcot est étonnamment affirmatif, en déposant ses conclusions au pied du premier ministre de l’époque, Tony Blair. Ce dernier, juge-t-il en effet, est le principal responsable d’un désastre qui a provoqué la mort de 179 soldats britanniques, d’au moins 125 000 Irakiens, la plupart des civils, et abouti à la situation inextricable d’un pays aujourd’hui divisé et en plein guerre civile avec l’État islamique.

Dans une conférence de presse délivrée au moment de la remise de son rapport (12 volumes faisant chacun la taille d’un gros livre pour un total de 2,6 millions de mots), John Chilcot a résumé les principaux points de son enquête : « Nous avons conclu que le Royaume-Uni a choisi de se joindre à l’invasion de l’Irak, avant que toutes les options pacifiques pour un désarmement [de l’Irak] ne soient épuisées. L’action militaire à ce moment-là n’était pas un dernier ressort. » Autrement dit, tout le discours de rationalisation de la guerre développé à l’époque par le tandem George W. Bush-Tony Blair est mis à bas.

Le document le plus incriminant est sans doute un mémorandum « secret et personnel »adressé par le chef du gouvernement britannique à son homologue américain. Rédigé huit mois avant le déclenchement de l’invasion, Blair écrit : « Je serai avec vous quoi qu’il en soit. (…) Se débarrasser de Saddam Hussein est la bonne chose à faire. Il est une menace potentielle. Il pourrait être contenu. Mais le contenir, comme nous l’avons vu avec Al-Qaïda, est toujours risqué. Son départ libérerait la région. Et son régime est probablement, à l’exception possible de la Corée du Nord, le plus brutal et inhumain dans le monde. »

Pour les adversaires de la guerre en Irak, ce mémo est la preuve que Blair et Bush avaient décidé longtemps à l’avance de déposer Saddam Hussein, quelles que soient les circonstances. Les longs mois qui se sont écoulés entre l’été 2002 et l’invasion proprement dite de mars 2003, durant lesquels l’ONU et les spécialistes du désarmement ont été mis à contribution, n’auraient finalement été qu’un vernis destiné à valider une décision déjà prise. C’est bien ce que confirme ce fameux mémorandum, dans lequel Blair expose la stratégie à suivre pour bâtir une coalition et influencer l’opinion publique, qu’il estime, à raison, assez négative en Grande-Bretagne et dans le reste de l’Europe : « Si nous récapitulons toutes les preuves sur les armes de destruction massive, que nous y ajoutons ses tentatives d’acquérir une capacité nucléaire, et, comme cela semble possible, un lien avec Al-Qaïda, cela s’avérera extrêmement persuasif ici. »

Tous ces arguments seront effectivement développés ad nauseam par Londres et Washington fin 2002-début 2003, sur la base de renseignements plus ou moins sérieux, mais toujours présentés sous la lumière la plus favorable. Le cas le plus emblématique est le discours délivré par Tony Blair le 24 septembre 2002 devant le Parlement britannique, et accompagné d’un dossier résumant le danger présenté par Saddam Hussein, document qui a acquis un certaine postérité au Royaume-Uni sous le nom du« dossier bancal ». Le rapport Chilcot revient dessus et affirme : « Le jugement sur la dangerosité de la menace posée par l’Irak ce jour-là et dans le dossier publié le même jour a été présenté avec un degré de certitude qui n’était pas justifié. »

La commission Chilcot revient également sur les délibérations à l’intérieur du gouvernement de Tony Blair, en accusant le comité sur le renseignement qui « aurait dû dire clairement à Mr Blair que les renseignements secrets n’établissaient pas “au delà du doute” que l’Irak avait continué à fabriquer des armes chimiques et biologiques et avait poursuivi ses efforts pour développer des armes nucléaires ». Tous ces points sont aujourd’hui évidents mais, à l’époque, ils étaient l’objet de débats au sein et parmi les services secrets occidentaux. La faute de Blair et de Bush a été de présenter des présomptions comme des faits établis. Le rapport Chilcot revient également sur les bévues des renseignements produits par les services secrets britanniques, « qui ont assumé dès le départ que Saddam possédait des armes de destruction massive et n’ont jamais envisagé la possibilité qu’il s’en soit débarrassé, ce qui était le cas ».

Tony Blair est aujourd’hui une figure discréditée

Autre point soulevé par le rapport Chilcot, particulièrement douloureux pour les familles de soldats britanniques morts en Irak : l’armée de Sa Majesté était mal préparée et mal équipée pour la tâche dont elle s’est chargée. Cela a conduit à des décisions « humiliantes », comme les accords passés avec des milices ennemies, en raison d’une planification « complètement inadéquate ». De plus, le ministère de la défense a été très lent à réagir à l'évolution des conditions sur le terrain, en particulier l’utilisation des mines improvisées qui ont tué des dizaines de soldats.

Au sujet du manque de préparation, la commission Chilcot écrit noir sur blanc que Tony Blair a ignoré les avertissements sur ce qui risquait de se passer une fois Saddam Hussein déposé. Il note d’ailleurs que le gouvernement britannique ne s’est pas préoccupé de mettre en place une stratégie post-invasion, en attribuant notamment un rôle de planification aux différents ministères concernés, et n’a pas cherché à obtenir des « assurances définitives » de la part de Washington sur les plans pour la suite après la chute de Bagdad : « Le gouvernement n’a pas envisagé autre chose qu’un scénario dans lequel les forces de la coalition opéreraient dans un environnement relativement tranquille. » Enfin, si Blair a continué à s’entretenir régulièrement avec Bush après l’invasion, il est clair que « la Grande-Bretagne n’avait que très peu d’influence sur l’élaboration de la politique au jour le jour sur le terrain », qui était aux mains des Américains.

Par ailleurs, John Chilcot s’en prend également à l’attitude du gouvernement britannique durant cette période, qui a « miné l’autorité du Conseil de sécurité des Nations unies » : « Mr Blair et Mr Straw [le ministre des affaires étrangères] ont accusé la France d'être à l'origine de l’impasse du vote à l’ONU, en clamant que le gouvernement du Royaume-Uni agissait au nom de la communauté internationale afin de soutenir l’autorité du conseil de sécurité. En l’absence d’une majorité au Conseil en faveur de l’action militaire, nous estimons qu’en fait, c’est le Royaume-Uni qui a miné l’autorité du conseil de sécurité. »

Face à ce qui se révèle être une attaque sévère sur son jugement et sa sincérité en tant que premier ministre, Tony Blair a tenu à son tour une conférence de presse qui s’est transformée en marathon pour tenter de se défendre. Selon lui, la commission Chilcot l’absout de toute « mauvaise foi ». Il a par ailleurs rejeté les attaques des familles de soldats qui estiment que les sacrifices de leurs proches ont été inutiles : « Je ne serai jamais d’accord avec ceux qui disent que le sacrifice des soldats a été vain. Je sais que certaines familles ne l’accepteront pas, et que certains ne me pardonneront pas d’avoir pris cette décision, mais je pense l’avoir fait honnêtement. De mon point de vue, le monde se porte mieux sans Saddam Hussein. » Il a également ajouté, afin de se défendre face à ceux qui voient dans la guerre en Syrie et l’émergence de l’État islamique les conséquences de l’invasion de 2003, une curieuse justification : « Certains disent qu’en déposant Saddam, nous avons provoqué le terrorisme au Moyen-Orient. Je ne suis pas du tout d’accord. Si Saddam était resté au pouvoir jusqu’au Printemps arabe, il se serait accroché et aurait provoqué une situation identique à celle de la Syrie. »

Le problème pour Tony Blair est qu’il est aujourd’hui une figure discréditée. Son départ forcé en 2007, et son remplacement par Gordon Brown, avait au moins autant à voir avec la lassitude de dix années passées au 10 Downing Street durant lesquelles il a déçu une partie de l’électorat travailliste en pratiquant un thatchérisme soft, qu’avec son erreur de jugement sur la guerre d’Irak. Les Britanniques ont du mal à lui pardonner cette décision tragique, que beaucoup voient comme une manipulation. Comme le confie l’ancien député libéral-démocrate Menzies Campbell, « le rapport Chilcot est, d’une certaine manière, périmé. La durée de la commission a diminué son impact. D’un côté, Blair a eu le temps de préparer sa défense, d’un autre, rien de ce qui est contenu dans le rapport ne pourra endommager davantage sa réputation »

Pourtant, aujourd’hui, alors que le parti travailliste est en plein chambardement et proche de la rupture (il a perdu les deux dernières élections législatives et son chef de file, Jeremy Corbyn, est contesté par l’immense majorité des députés du parti), la question de l’engagement irakien de Tony Blair reste d’actualité. Comme le souligne le journaliste Steve Richards, auteur d’un livre sur Blair et la guerre d’Irak, « la question qui était posée à Tony Blair n’était pas : le Royaume-Uni doit-il envahir l’Irak ? Mais : dois-je soutenir le président Bush qui a décidé de se débarrasser de Saddam Hussein ? ». C’est en effet un questionnement différent, et le rapport Chilcot fait la part des choses, ce qui fragilise d’autant plus la défense de l’ancien premier ministre et donne finalement raison aux critiques de gauche du « blairisme ».

En cherchant à tourner le plus possible la page du travaillisme à l’ancienne pour bâtir un « New Labour », Blair a également cherché à inverser l’antipathie traditionnelle des Américains, en particulier les conservateurs, à l’égard des travaillistes. Selon Steve Richards : « Avant même les attaques du 11 septembre 2001, Blair expliquait à ses différents interlocuteurs qu’un de ses objectifs était de démontrer qu’un premier ministre travailliste pouvait travailler de concert avec un président républicain américain. » Après la publication du rapport, l’actuel dirigeant travailliste, Corbyn, qui s’était opposé en son temps à la décision d’envahir l’Irak, s’est excusé au nom du parti travailliste.

La publication du rapport Chilcot était attendue avec impatience, principalement par les familles de soldats tués, mais aussi par un certain nombre d’opposants à la guerre d’Irak, qui aimeraient désormais s’appuyer sur ses conclusions pour poursuivre Tony Blair devant la justice. Mais la plupart des juristes estiment qu’aucune cour de justice n’est vraiment habilitée à se saisir d’un tel cas, qui, pour eux, se résume d’un point de vue légal à « une mauvaise décision d’entrer en guerre ». Pour autant, les familles de soldats pourraient se saisir du rapport pour exiger des dédommagements auprès du ministère de la défense en raison des erreurs d’appréciation et de planification commises par l’armée. De plus, un certain nombre de députés au Parlement, dont les nationalistes écossais, les Verts et l’aile gauche du Labour, souhaiteraient engager une antique procédure visant à destituer Tony Blair, qui lui interdirait tout accès à des fonctions électives ou publiques. Ce serait avant tout symbolique, mais ce serait une tache encore plus indélébile sur le revers de l’ancien premier ministre qui, de l’aveu même de son ancien porte-parole,« sera hanté par cette décision jusqu’à la fin de ses jours ».

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 13:37
Liban: le double déracinement des réfugiés palestiniens de Syrie (L'Express, 5 juillet 2016)

Liban : le double déracinement des réfugiés palestiniens de Syrie

Outre le million et demi de Syriens réfugiés au Liban, plus de 40 000 Palestiniens installés en Syrie ont rejoint le pays du Cèdre, déracinés pour la seconde fois. Rencontre, à Zahlé, dans la plaine de la Bekaa.

Catherine Gouëset, L’Express, mardi 5 juillet 2016

À Taalabaya, dans l’est du Liban, l’école fondée pour les Palestiniens accueille désormais les Palestiniens de Syrie. Ceux-là sont doublement déracinés. "Nous avons souffert de la Nakba (la "catastrophe", le déplacement forcé d’un million de Palestiniens, en 1948), soupire Salaheddine, 53 ans, natif de Damas, mais originaire de Haïfa (aujourd’hui en Israël). Puis nous avons été chassés du camp de Yarmouk, près de Damas, par la guerre en Syrie."

Au million et demi de réfugiés syriens accueillis au Liban depuis le début de la guerre en Syrie s’ajoutent aujourd’hui plus de 40 000 Palestiniens qui résidaient en Syrie avant la guerre, en particulier dans le grand camp de Yarmouk, assiégé par le régime syrien à Damas. La plupart d’entre eux se sont installés dans les camps de réfugiés où vivent 60% des réfugiés palestiniens de 1948. Ils sont pris en charge par l’UNRWA, agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine.

Liban ou Syrie : l’avenir sombre des Palestiniens

Les réfugiés palestiniens du district de Zahlé, au coeur de la vallée de la Bekaa, ne vivent pas dans des camps. Ils sont mêlés au reste de la population. Mais sont, en revanche scolarisés dans l’école primaire de l’UNRWA. Les plus grands vont à l’école secondaire dans la ville voisine de Saadnayel, elle aussi gérée par l’agence onusienne, dont plus de la moitié du budget est financée par l’Union européenne et ses Etats membres.

Nour, 28 ans, qui a fui la banlieue sud de Damas pilonnée par l’aviation syrienne en 2012, rêve d’Europe, sans trop y croire "Il faut plus de 2000 dollars rien que pour atteindre la Grèce", calcule-t-elle. Mère de trois enfants, elle n’envisage pas le retour à Damas. "La Syrie est complètement détruite. Elle ne redeviendra jamais comme avant". Pourtant, les perspectives d’avenir au Liban sont réduites pour les Palestiniens. Toute une série de professions (médecins, ingénieurs, avocats) leur sont interdites, et ils n’ont pas le droit de posséder de biens immobiliers. Les derniers réfugiés arrivés de Syrie depuis 2014 sont considérés comme illégaux. Mariages et naissances ne sont plus enregistrés.

Les économies ont fondu

Petit artisan lorsqu’il vivait à Yarmouk, Salaheddine a puisé dans ses économies pour aider son aîné de 23 ans à s’embarquer sur un bateau vers la Grèce. "Il est arrivé en Norvège, il y a un an. Il ne reviendra pas, ni ici, ni en Syrie. Il a pris tous ces risques parce qu’il pensait qu’ici, il n’y a pas d’avenir." Mais les économies de Salaheddine ont fondu. Il ne pourra pas aider ses quatre autres enfants à partir.

Si la guerre vient à cesser en Syrie, et qu’il n’a pas d’autre opportunité, il essaiera, lui, d’y retourner. Mais il a peur qu’on lui dise "vous, les Palestiniens, vous n’avez plus rien à faire ici".

(Article transmis par la newsletter de l'AFPS)

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 12:59
Pétition pour la nomination de Marwan Barghouti au prix Nobel de la paix

Pétition : Pour la nomination de Marwan Barghouti au Prix Nobel de la paix

Au Comité du Prix Nobel de la paix : Nous, citoyens du monde entier, soutenons le peuple palestinien dans sa lutte pour ses droits et la fin de l’occupation. Nous soutenons la nomination du dirigeant et prisonnier politique Marwan Barghouthi au Prix Nobel de la paix. Marwan Barghouthi est un symbole mondial de la lutte contre l’injustice, la tyrannie et pour la liberté. La nomination de Marwan Barghouthi au Prix Nobel ferait toute la lumière sur la situation des prisonniers politiques, et contribuerait à mettre fin à l’occupation et à promouvoir la paix.

Avaaz, mercredi 6 juillet 2016

>>Signez la pétition !

Un des leaders palestiniens les plus respectés au-delà des clivages partisans, Marwan Barghouthi, a passé plus de 20 ans dans les geôles israéliennes. Cela ne l’a pas empêché de poursuivre ses efforts pour la paix et la liberté, même après des années d’isolement. Il a rédigé le Document des prisonniers pour la réconciliation nationale, définissant ainsi une stratégie palestinienne pour l’unité, la liberté et la paix. Alors que la situation des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes continue de se détériorer, que l’occupation et la colonisation se poursuivent et que la division palestinienne ne cesse de s’amplifier, le rôle de Marwan Barghouthi est plus nécessaire que jamais.

Cette année, l’appel planétaire à la libération de Marwan Barghouthi et des prisonniers palestiniens (dont des parlementaires démocratiquement élus !) a atteint une ampleur sans pareille. Une campagne internationale pour la liberté de Marwan Barghouthi et de tous les prisonniers palestiniens a été lancée en 2013 par l’icône de la lutte anti-apartheid Ahmed Kathrada, depuis la cellule même de Nelson Mandela. Huit Prix Nobel de la paix, des figures internationales, d’anciens Chefs d’État et de gouvernements, des parlementaires à travers le monde, des artistes et des intellectuels, des professeurs et des organisations des droits de l’Homme ont signé la Déclaration de Robben Island pour la liberté de Marwan et des prisonniers palestiniens et 115 gouvernements ont apporté leur soutien à cette campagne.

Cette campagne a culminé avec la proposition de nomination de Marwan au Prix Nobel de la paix. Le nom de Marwan a été avancé à 6 reprises cette année, y compris par deux Prix Nobel de la paix, Adolfo Pérez Esquivel et l’Archevêque Desmond Tutu, d’éminents parlementaires belges, le Parlement arabe, le Président du l’Union Inter-Parlementaire arabe et le Président du Conseil National Palestinien.

Mais sans un soutien massif à la nomination au Prix Nobel de la paix de ce symbole vivant de la Palestine, le Comité du Prix Nobel risque fort d’ignorer les luttes de Marwan et le sort de milliers de prisonniers palestiniens, y compris des centaines d’enfants.

Signez la pétition maintenant. Dès que nous aurons atteint 100 000 signatures, la courageuse compagne de Marwan Barghouthi et défenseuse des droits de l’Homme, Fadwa, se rendra à Oslo, accompagnée de prisonniers palestiniens libérés et d’anciens prisonniers de renommée internationale, et remettra cette pétition directement au Comité norvégien du Prix Nobel de la paix.

Extraits de la Déclaration de Robben Island pour la liberté de Marwan et de tous les prisonniers palestiniens

Le peuple palestinien lutte depuis des décennies pour la justice et la mise en oeuvre de ses droits inaliénables... La réalisation de ces droits implique la libération de Marwan Barghouthi et de l’ensemble des prisonniers politiques palestiniens, dont la captivité symbolise la privation de liberté que le peuple palestinien endure depuis des décennies. Depuis 1967, plus de 850 000 Palestiniens ont été emprisonnés à un moment donné de leur vie, dans l’un des exemples les plus frappants de détention de masse visant à détruire le tissu national et social d’un peuple occupé, et à briser sa volonté de libération.

Parmi ces prisonniers, un nom a émergé à la fois au niveau national et international, incontournable pour l’unité, la liberté et la paix... A l’instar de la mobilisation internationale qui a conduit à la libération de Nelson Mandela et de tous les prisonniers anti-Apartheid, nous croyons fermement que la communauté internationale doit oeuvrer pour la libération de Marwan Barghouthi et de l’ensemble des prisonniers palestiniens. Cela fait partie de sa responsabilité morale, juridique et politique à contribuer à la mise en oeuvre des droits du peuple palestinien.

L’un des indicateurs les plus importants de la volonté de faire la paix avec votre adversaire est la libération de tous les prisonniers politiques. Il s’agit d’un signal fort en faveur de la reconnaissance des droits d’un peuple et de sa revendication légitime à vivre en liberté. Cela marquerait une nouvelle ère, où la liberté ouvrirait le chemin de la paix. L’occupation et la paix sont incompatibles. L’occupation, sous toutes ses formes, doit cesser de sorte que la liberté et la dignité puissent prévaloir. La liberté doit l’emporter pour mettre fin au conflit et pour que les peuples de la région puissent vivre en paix et en sécurité.

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 10:42

Déclaration de Patrick Le Hyaric

Accord Canada / Union européenne

mercredi 6 juillet 2016

Les actions et les interventions que nous avons déployées ces derniers jours ont finalement contraint la Commission européenne à reculer cette après-midi sur le traité de libre-échange avec le Canada.

Contrairement à l’opinion que soutenait M. Juncker en séance du Parlement européen, le collège des commissaires a décidé que ce traité serait soumis aux Parlements nationaux. C’est une première victoire. Mais le combat n’est pas terminé !

En effet la Commission européenne a trouvé une autre astuce. Incroyable mais vrai ! Elle veut que le traité s’applique après le vote au Parlement européen. Elle préjuge donc d’un vote positif de celui-ci. D’autre part, comment décider d’un mode d’agrément d’un tel texte associant les Parlements nationaux et le mettre en œuvre sans attendre l’opinion de ceux-ci. C’est la nouvelle arnaque de M. Juncker. Le combat continue donc. Que les citoyens et les élus exigent la non-application de ce traité de la mondialisation ultralibérale. (....)

Lire la déclaration de Patrick Le Hyaric Député – Vice-président du groupe de la Gauche unitaire européenne – gauche verte nordique (GUE/NGL)

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