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6 septembre 2025 6 06 /09 /septembre /2025 14:53
« LE SIONISME EST UNE IDÉOLOGIE BASÉE SUR LE SUPRÉMACISME ET LE RACISME » : RENCONTRE AVEC OFER CASSIF, DÉPUTÉ COMMUNISTE ISRAÉLIEN, interview avec Pierre Barbancey dans L'Humanité
 
« LE SIONISME EST UNE IDÉOLOGIE BASÉE SUR LE SUPRÉMACISME ET LE RACISME » : RENCONTRE AVEC OFER CASSIF, DÉPUTÉ COMMUNISTE ISRAÉLIEN
 
Député israélien communiste et juif, Ofer Cassif est la bête noire de l’extrême droite. S’il est attaché à l’existence de son pays, il dénonce la politique génocidaire et d’apartheid menée par Benyamin Netanyahou et ses alliés.
 
Pierre Barbancey
 
En mars 2019, la commission électorale centrale israélienne interdit à Ofer Cassif de se présenter au scrutin parlementaire, prévu un mois plus tard, en raison de déclarations jugées provocantes. C’est la première exclusion individuelle en politique en Israël. Une décision annulée par la Cour suprême. Ofer Cassif, qui se trouve en 5e position sur la liste conjointe Hadash-Ta’al, est élu pour la première fois député en avril 2019.
 
Juif et communiste, il met son savoir et son talent au service de la lutte contre l’occupation et la colonisation des territoires palestiniens et pour un Israël non sioniste. Il dérange. En avril 2021, il est violemment frappé par des policiers israéliens. Il a condamné l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 mais dénonce la politique génocidaire du gouvernement Netanyahou. Pour cela, il a été suspendu à plusieurs reprises de son mandat de député. Ofer Cassif sera à la Fête de l’Humanité.
 
Comment s’est passée votre jeunesse en Israël ?
Je suis né en 1964 dans une ville appelée Rishon, pas très loin de Tel-Aviv. J’ai grandi dans une famille de la classe moyenne. Mes grands-parents et mes parents étaient alors associés aux idées du parti travailliste sioniste. J’ai suivi un enseignement classique, ou plutôt, un lavage de cerveau classique, rien de vraiment spécial. J’ai commencé à m’intéresser à la politique très jeune.
Vers 15 ans, j’ai rejoint un mouvement de jeunesse associé à la gauche sioniste, Hashomer Hatzair. J’ai aussi, pendant un temps, adhéré au mouvement de jeunesse d’un parti plus à gauche, en marge de la gauche sioniste. Vers 18 ans, j’ai fait mon service militaire, dans une unité qui combinait combat et travail dans un kibboutz.
J’ai servi un peu plus de trois ans. Tout au long de mon service, mes opinions ont commencé à s’orienter vers la gauche. À mon arrivée à l’université, au début de la première Intifada, en 1988, je devais aller comme réserviste à Gaza, mais j’ai refusé. J’ai ainsi été le premier soldat emprisonné pour avoir refusé de servir.
 
Pourquoi avoir refusé de servir ?
Je développais des positions antisionistes et des opinions socialistes plus radicales alors que l’Intifada avait éclaté. Je ne voulais pas participer à l’oppression d’un tel mouvement, que je considérais comme juste. Ce qui m’a poussé à prendre cette décision, qui n’a pas été facile. Heureusement, des centaines de jeunes ont suivi et refusé de servir dans les territoires palestiniens occupés. Ce n’est qu’après avoir été libéré que j’ai rejoint le Parti communiste israélien (PCI). Je suis devenu l’assistant, à la Knesset, de Meir Vilner, alors secrétaire général de l’organisation.
 
Quelles étaient vos principales critiques envers le sionisme ?
J’ai compris qu’il existait une contradiction interne entre les tentatives de créer à la fois un État juif et un État démocratique, ce qui allait à l’encontre de tout ce qu’on m’avait appris dans mon enfance et mon adolescence. Mes opinions sont devenues plus indépendantes. J’ai analysé l’histoire du pays, l’histoire palestinienne, l’histoire sioniste. À l’université, je me suis intéressé à la philosophie politique et morale. C’est là que sont nées mes idées antisionistes. J’en suis arrivé à la conclusion que je devais choisir entre le sionisme et la démocratie, entre l’humanisme et le nationalisme fanatique. J’ai fait ce choix.
 
Où réside la contradiction entre démocratie et sionisme ?
En ce qui me concerne, au quotidien, je ne ressentais aucune contradiction. C’était un lavage de cerveau réussi, que subissent la plupart des jeunes en Israël, jamais exposés à leurs contradictions. Ayant grandi près de Tel-Aviv, je n’ai jamais été exposé systématiquement aux Palestiniens avant l’âge de 15 ou 17 ans. Mais à mon arrivée à l’université, je me suis trouvé confronté à mes camarades et amis palestiniens.
J’ai participé à des manifestations contre l’occupation dans les territoires occupés. J’ai donc été exposé bien plus qu’auparavant aux crimes et aux maux de l’occupation, à l’attitude sioniste envers les citoyens palestiniens. L’inégalité est inhérente au système et à l’idéologie sionistes. Cela faisait partie intégrante de l’expérience que j’ai commencé à vivre, parallèlement aux opinions que j’ai adoptées.
 
Israël est-il voué à rester un régime sioniste ou peut-il exister sans le sionisme ?
Le Parti communiste et le Hadash soutiennent la solution à deux États et donc la création d’un État palestinien indépendant dans les territoires occupés par Israël depuis juin 1967, c’est-à-dire la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Une partie de notre idéologie, de notre politique et de notre combat consiste à transformer la société israélienne, à en faire une véritable démocratie, fondée sur une égalité totale, civique, politique, sociale et nationale.
Ce qui signifie que nous rejetons catégoriquement toute suprématie et donc évidemment la suprématie juive, ancrée dans le système. Il n’y a donc aucune contradiction entre l’existence de deux États, le soutien à cette solution et la démocratisation de l’État d’Israël.
Nous luttons contre l’occupation parce qu’elle est contraire à toute notion d’équité fondamentale, mais aussi aux intérêts de l’État d’Israël et des Israéliens. En ce sens, la solution à deux États est, à notre avis, la plus juste et la plus réaliste. Nous luttons pour la libération du peuple palestinien, car il a droit à son propre État et à sa liberté. Parallèlement, nous soutenons le droit d’Israël à exister en tant qu’État souverain. Mais il ne peut être un bon État s’il s’accroche aux inégalités, à l’oppression et à la discrimination.
 
Comment ressentez-vous l’évolution de la société israélienne depuis votre engagement en politique ?
Malheureusement, j’ai été témoin d’une terrible détérioration de la société israélienne. Israël n’a jamais été une véritable démocratie, et ce dès le départ, car il a institutionnalisé la suprématie juive, qui ne peut coexister ni avec la démocratie, ni avec un quelconque libéralisme, sans même parler de socialisme.
Rien d’étonnant à ce que, en tant que communistes, nous nous battions depuis la Nakba, depuis la création d’Israël, pour l’égalité, y compris l’égalité nationale, contre la discrimination et le racisme profondément ancrés dans le système.
N’oublions pas que de 1948 à 1966, les mêmes citoyens palestiniens d’Israël vivaient sous un régime militaire oppressif et discriminatoire. Ce régime a été levé en 1966 et, un an plus tard, en 1967, la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem étaient occupées. Depuis presque soixante ans, ces territoires sont sous le joug militaire israélien, un régime brutal, meurtrier et oppressif.
 
Comment avez-vous réagi aux massacres du 7 Octobre par le Hamas ?
J’étais sous le choc. Un choc émotionnel bien sûr, mais aussi rationnel et politique. Car je suis contre la violence de manière générale et plus particulièrement contre les attaques des civils innocents, ce qui était le cas. Rien ne peut justifier le massacre commis par le Hamas, pas même les crimes de la Nakba, l’occupation, etc.
En même temps, j’avais dit que rien ne pouvait justifier une attaque israélienne, pas même le massacre du 7 Octobre. Je me suis donc opposé politiquement à toute attaque contre Gaza, sans parler du génocide qui a suivi. Cela m’a valu une suspension de la Knesset pendant quarante-cinq jours.
 
En quoi est-il difficile d’être un député communiste à la Knesset après le 7 Octobre ?
C’est très difficile d’être de gauche, même sans être communiste, et c’est très difficile de soutenir la libération du peuple palestinien. Le plus difficile en Israël, c’est de s’opposer aux atrocités, aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité commis par Israël, y compris à Gaza. C’est très difficile à cause du contrôle fasciste sur Israël.
Nous sommes persécutés à la Knesset. J’ai déjà été suspendu trois fois depuis le 7 Octobre, au total pendant 288 jours, soit près d’un an. La Knesset est en pause parlementaire jusqu’à fin octobre, mais j’ai déjà été informé par la commission d’éthique que je serai suspendu pour deux mois, car, encore une fois, j’utilise les termes « génocide » dans mes critiques du gouvernement et de l’armée israélienne.
Et parce que j’ai demandé à la CPI, la Cour pénale internationale, d’enquêter sur Netanyahou, d’ouvrir une procédure contre lui. Notre chef de file à la Knesset, Ayman Odeh, a également été suspendu pour quelques semaines et Aida Touma-Sliman pour deux mois, puis pour quelques jours supplémentaires. Cela montre que même si nous sommes des parlementaires bénéficiant de l’immunité, nous ne pouvons pas parler librement.
On tente de nous faire taire par des sanctions et des menaces, sans même parler de la violence à laquelle nous sommes confrontés, y compris physique, dans la rue ou lors des manifestations, de la part de la police.
 
Il existe une vaste campagne en France et en Europe qui affirme que critiquer la politique israélienne et se dire antisioniste revient à être antisémite. Que répondez-vous à cela ?
Je suis juif mais je ne suis pas aliéné par mes origines juives. Il y a un slogan que j’ai entendu dans de nombreuses manifestations de Jewish Voice for Peace, d’organisations et de mouvements juifs progressistes à travers le monde, qui dit : « l’antisémitisme est un crime, l’antisionisme est un devoir ».
Nous, au sein de Hadash et du Parti communiste, que nous soyons palestiniens ou juifs, et comme beaucoup d’autres à travers le monde, sommes contre le sionisme car c’est une idéologie basée sur le suprémacisme et le racisme, auxquels nous nous opposons comme nous nous opposons à tout racisme et à tout suprémacisme. Ce n’est pas unique. C’est notre perception universelle et humaniste. Nous devons lutter contre le racisme, l’antisémitisme et, encore une fois, contre le sionisme en tant qu’idéologie raciste.
 
L’actuel gouvernement de Netanyahou est-il une simple continuité de ce qui se passe depuis 1948 ?
Depuis la formation de ce gouvernement, il y a environ 30 mois, le déficit démocratique s’est manifestement accentué, approfondi et élargi, car ce gouvernement est véritablement fasciste et raciste, avec des éléments qui ressemblent, si l’on veut, au régime de Vichy. Le gouvernement a instrumentalisé le terrible massacre criminel du Hamas du 7 Octobre 2023 et l’a utilisé comme prétexte pour mettre en œuvre ses plans : prendre le contrôle des territoires palestiniens occupés et les annexer, institutionnaliser officiellement et concrètement un régime d’apartheid et transformer Israël en une véritable dictature fasciste.
En ce sens, surtout depuis la formation de ce gouvernement, et plus encore depuis le massacre du 7 Octobre, il n’y a aucun lien, ni même aucune ressemblance, entre les fondements de la démocratie et le régime actuel en Israël. Et cela est mis en évidence à bien des égards : le génocide à Gaza, le nettoyage ethnique en Cisjordanie, l’élimination des droits civiques fondamentaux en Israël, la persécution de quiconque s’élève contre le gouvernement ou sa politique.
Par exemple, le licenciement de professeurs ou de médecins qui critiquaient le génocide ou encore les décrets éliminant littéralement les droits et permettant au gouvernement de prendre le contrôle total des médias et même des tribunaux, etc. Si Israël n’a jamais été une démocratie, il est maintenant clairement beaucoup plus proche, si ce n’est déjà le cas, d’une véritable dictature fasciste.
 
Bezalel Smotrich, le ministre israélien de la Défense, parle d’annexion de la Cisjordanie et le génocide se poursuit dans la bande de Gaza. À quoi faut-il s’attendre ?
Contrairement à ce qui est dit, l’attaque génocidaire contre les Palestiniens de Gaza n’a rien à voir avec la sécurité d’Israël et des Israéliens. Elle n’a rien à voir avec la libération des otages, à laquelle nous tenons tous. Elle n’a même rien à voir avec une quelconque vengeance. L’invasion et la réoccupation de toute la bande de Gaza visent à poursuivre le génocide.
Israël a annoncé son intention de déporter des centaines de milliers de Palestiniens de la ville de Gaza et de ses environs, et de les concentrer, ainsi que d’autres, dans une toute petite partie de la bande. Si la communauté internationale n’y met pas un terme, des milliers de civils palestiniens innocents seront tués par les bombes et la famine, les otages israéliens ainsi que des soldats perdront la vie.
Mais Netanyahou ne se soucie que de lui-même. C’est un psychopathe qui veut éviter la prison et pour cela il lui faut rester au pouvoir, y compris au détriment de la vie des Palestiniens et des Israéliens, au détriment même de la sécurité et de la stabilité de toute la région. Malheureusement, ceux qui détiennent le pouvoir au sein de la coalition et du gouvernement aux côtés de Netanyahou sont principalement des messianiques, des fanatiques, des fascistes et des racistes. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour arrêter cela et nous avons besoin de la communauté internationale.
 
Emmanuel Macron a annoncé qu’il reconnaîtrait un État de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU, en septembre. Est-ce positif ?
Toute reconnaissance est la bienvenue. Mais nous avons besoin d’actions concrètes, pas de paroles. Cela veut dire qu’il faut prendre des sanctions contre Israël. La reconnaissance ne doit pas devenir une sorte de monnaie d’échange diplomatique avec Israël, mais une véritable politique visant à instaurer la paix et, pour cela, il faut mettre fin à la colonisation et à l’occupation.
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