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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 10:39

 

Obama réelu contre Romney : "Echapper au pire est une chose. Etre capable d'affronter les défis de l'avenir en est une autre"

 

La réélection de Barak Obama aura le mérite d'épargner au monde les dangers et les dérives ultra-conservatrices du Républicain Romney. Echapper au pire est une chose. Etre capable d'affronter les défis de l'avenir en est une autre.

Le bilan d'Obama ne plaide pas vraiment en la faveur de celui qui avait tant promis de changements pour finalement faire bien autre chose. Obama avait annoncé un nouveau départ avec l'Amérique latine, avec le monde musulman, avec la Russie, pour le désarmement nucléaire. On attend encore, sur tous les continents, le début du commencement de ces engagements. Même Guantanamo, ses 170 prisonniers, ses tortures subsiste comme un reniement sur le droit, les valeurs et la dignité de la personne humaine.

Obama a géré l'héritage désastreux de George Bush en quittant l'Irak, en négociant un retrait partiel d'Afghanistan... Mais qu'a-t-il donc fait d'autre que d'assumer des échecs stratégiques majeurs ? Il a péniblement mis en place un système d'assurance sociale insuffisant, mais l'ouragan Sandy, comme d'autres faits d'actualité, jusqu'à l'exploitation du gaz de schiste, ont révélé les carences béantes voire le mépris de la protection sociale, des services publics, de l'environnement, des libertés, des principes d'égalité et de justice sociale... dans la première puissance économique mondiale. Pourtant, c'est bien en fonction des choix qu'on doit effectuer face à la crise, face aux défis sociaux, écologiques, démocratiques qu'on pourra juger l'apport d'une politique et d'un gouvernement.

Aux Etats-Unis aussi la jeunesse a occupé la rue en posant de bonnes questions. Elle n'est certainement pas la seule à vouloir de nouvelles réponses à ses attentes légitimes.

 

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 09:02

Lionel Jospin remet aujourd'hui ses propositions de rénovation de la vie publique à François Hollande mais une partie du rapport de la commission qu'il préside a déjà été dévoilé par la presse.

Une déception déjà quant à la méthode: comme dans la refonte de la réforme des collectivités territoriales pilotée par Marylise Lebranchu, il n'est prévu aucun débat public, aucune implication des citoyens dans la réflexion sur le devenir de nos institutions et de notre République. Tout se passe entre experts, entre quelques élus, voire entre quelques élus du parti dominant.

Le choix de Lionel Jospin pour animer cette commission de rénovation de la vie publique n'était guère prometteur même si en son temps il passait pour le pape d'une République intègre et qu'il a fait indéniablement un vrai travail pour promouvoir la parité et le non cumul des mandats.

En effet, c'est l'ancien premier ministre socialiste qui, avec le passage au quinquennat et l'inversion du calendrier entre présidentielles et législatives, a aggravé le présidentialisme et la marginalisation du Parlement, réduit le plus souvent, du fait de sa composition majoritairement acquise au parti présidentiel et légitimée par sa victoire, à n'avoir pas d'autonomie comme force de proposition et à n'être qu'une caisse d'enregistrement des volontés gouvernementales.

De fait, les propositions de la "commission de rénovation et de déontologie de la vie publique" que préside Jospin ne cherchent en rien semble t-il à réduire la toute-puissance présidentielle, la marginalisation du Parlement et le bipartisme.

Conforme aux voeux conservateurs de François Hollande qui cherche à renforcer l'hégémonie du PS à gauche, la proposition de l'instauration d'une dose de proportionnelle de 10% (concernant 58 députés sur 577) aux législatives est très insuffisante: ce n'est qu'un amuse-gueule pour calmer les frustrations des partis autres que l'UMP et le PS et de leurs électeurs mais cela sera insuffisant pour restaurer une vraie vie parlementaire et une réprésentativité du Parlement par rapport à la diversité des sensibilités politiques en France.

Avec les résultats des législatives de juin dernier, le FN aurait peut-être 10 députés en plus, le Front de Gauche 5 députés, les centristes 4 députés, et EELV 2 ou 3 députés en plus, tandis que le PS raflerait 30% de ces 58 députés et l'UMP 25%. Qu'est-ce cela changerait fondamentalement au rapport de force au Parlement et à la domination absolue du parti ayant remporté les présidentielles? Rien.

Or, le problème est que les présidentielles se remportent avant tout sur la base d'un clivage droite-gauche aux contours assez flous et au contenu suffisamment ambigü pour ne pas engager trop précisément les vainqueurs, mais aussi sur la base de l'adhésion à une personnalité ou sur le refus d'un candidat ou d'un président sortant, sur des logiques de moindre mal et non sur l'adhésion majoritaire à un projet politique bien défini, et cela est d'autant plus vrai que les logiques publicitaires et l'influence médiatique tendent à dénaturer le sens politique de l'élection.

Dès lors, le pouvoir que confèrent les institutions au groupe politique qui a remporté les présidentielles et surtout à son leader et ses conseillers qui tendent à caporaliser ses parlementaires, est disproportionné. L'élection présidentielle devient un mode de légitimation complètement tronqué et peu démocratique d'une politique construite sans le peuple et de plus en plus souvent contre lui.

L'extension de la proportionnelle dans les propositions de la Commission ne concerne que les législatives semble t-il. C'est très insuffisant.

Quid des conseils communautaires (ce sera peut-être la reforme Lebranchu qui se chargera de définir les modes d'élection mais pour l'instant rien ne filtre ou presque...), du conseil général?

La commission ne paraît pas non plus faire de propositions pour aller dans le sens de permettre davantage d'implication populaire dans la politique et la vie publique, avec une place réelle donnée à la démocratie participative dans les processus de réflexion et de prises de décision, une facilitation du recours au référendum, un statut de l'élu permettant à davantage de personnes jeunes, salariées dans le secteur privé ou issues des classes populaires de s'investir en politique en pouvant bénéficier ensuite de formations pour avoir une reconversion professionnelle réussie. Il ne semble pas que l'on pense un vrai statut de l'élu dans les collectivités (communes, départements, régions...) avec des possibilités réelles de formation, de congés rendant la fonction conciliable avec le travail, des facilités pour la reconversion professionnelle.  

Aucune réforme du Sénat n'est envisagée.

La limitation du cumul des mandats n'est envisagée qu'en nombre et non dans le temps et en fonction de l'âge. C'est déjà une chose positive de vouloir avancer vers une stricte limitation du cumul des mandats interdisant d'être à la fois parlementaire et maire d'une commune ou président d'un conseil général ou régional et réduisant à un mandat exécutif local le cumul avec une fonction de ministre, de sénateur, de député.

Mais c'est encore insuffisant puisqu'on pourra toujours semble t-il, si l'on suit les travaux de cette commission, cumuler quatre mandats de député ou de maire consécutifs, avec les conséquences que cela peut avoir en termes de mainmise, de connivence ou de clientélisme  à l'intérieur de la vie politique, économique et associative locale, ainsi qu'en termes de vieillissement et de non-renouvellement du personnel politique et de ses idées, souvent en décalage avec l'évolution de la société civile et trop lié aux autres groupes dominants de la société (médias, milieux d'affaire...). Une généralisation des scrutins de liste à la proportionnelle avec des contraintes de parité serait sans doute une manière de parvenir à des assemblées d'élus représentant davantage la diversité de la population au niveau du genre, comme au niveau générationnel et social.

Si la commission semble vouloir rééquilibrer la présence dans les médias des représentants des partis politiques candidats aux présidentielles, rien ne semble proposé pour garantir une indépendance politique réelle des médias par rapport aux puissances d'argent.

La fin de l'immunité totale accordée au Président de la République pendant la durée de ses fonctions et la fin du statut d'exception accordé aux ministres, ne relevant actuellement que de la cour de justice de la République et non du droit commun, seraient des avancées réelles. Néanmoins, on peut regretter la restriction importante ajoutée pour que le président ne devienne pas un justiciable comme les autres: ainsi, la commission proposera seulement que le président de la République soit jugé pendant la durée de son mandat pour des actes "détachables" de sa fonction. Et si le Président de la République ordonne ou cautionne des crimes au nom de la raison d'Etat, la justice doit-elle rester impuissante à le poursuivre?  

Autre progrès de mon point de vue: les conditions d'accès à la candidature aux présidentielles se démocratisent, avec la possibilité d'être candidat à condition de récevoir un parrainage citoyen d'au moins 150000 signatures. Les campagnes des petits partis devraient également être mieux remboursées.

 

Globalement, cette commission dont les propositions devraient être examinées à l'Assemblée Nationale dès le début 2013 apporte de petites améliorations au système politique en place mais ne le transforme pas pour le rendre plus démocratique et rémédier vraiment à l'écart grandissant entre les Français et leurs élus et la marginalisation en cours de la souveraineté du peuple.     

 

Ismaël Dupont.

  

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 10:02

Jean-Marc Ayrault a annoncé que le gouvernement reprendrait la « quasi-totalité » des préconisations du rapport Gallois. Tout en ne suivant pas la voix d'une baisse des cotisations sociales, il confirme le choix d'un « choc de compétitivité », dès 2013, qui boostera les profits des entreprises de 20 milliards d'euros. Cela prendrait la forme d'un crédit d'impôt indexé sur la masse salariale jusqu'à 2,5 fois le SMIC, équivalent à une baisse de 6 % du « coût du travail ».

La perte de recettes pour l’État serait compensée, dès 2014, par une nouvelle baisse des dépenses publiques (10 milliards d'euros) et une hausse des impôts indirects (10 milliards d'euros) qui concernera la TVA, frappant aveuglément la consommation populaire.

Simultanément, le gouvernement entend mettre en place  une « nouvelle fiscalité écologique »  avec un prélèvement supplémentaire possible (3 milliards d'euros)  sur la consommation.

Les profits accrus ainsi dégagés iront principalement vers le placements financiers et les délocalisations puisque la demande intérieure s'en trouverait encore plus handicapée. En effet, le manque à gagner pour l’État serait payé cash en rationnement des services publics et en prélèvements accrus sur le pouvoir d'achat et la consommation, laquelle représente 56 % de la demande finale en France.

C'est un véritable coup de massue contre le pouvoir d'achat. Un choc oui, mais un choc avant tout pour celles et ceux qui, 6 mois après la défaite de Nicolas Sarkozy jour pour jour, attendaient autre chose que cette nouvelle cure d'austérité. Au contraire, le PCF préconise la baisse des charges financières d'intérêts et des dividendes qui étouffent le système productif français. Simultanément, il faut soutenir l'emploi, les qualifications et la demande avec la mise en place d'un nouveau crédit pour les investissements matériels et de recherche des entreprises dont le taux d’intérêt serait d'autant plus abaissé que ces investissements programmeraient plus d’emplois et de formation.

Une relance des services publics, soutenant la demande et l'efficacité de l'offre, avec l'exigence que la BCE en finance directement l'expansion en Europe est plus que nécessaire.

  

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF.

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 08:20

Souvenez-vous... C'était il y a un an. Sarkozy envisageait pour sa seconde présidence une hausse de la TVA pour baisser le "coût du travail" en réduisant de manière significative les charges sociales afin de "restaurer" les marges de profits des entreprises et de leur permettre d'embaucher. Au PS, hormis Manuel Valls favorable à ce "choc de compétitivité" faisant payer au peuple ces nouveaux cadeaux faits aux entreprises, on criait au loup, on dénonçait cette droite scandaleusement au service des riches.

 

Aujourd'hui, les mesures d'orientation économique qu'annonce le gouvernement s'accordent quasiment totalement avec les exigences du MEDEF et le projet de l'UMP pour la présidentielle 2012.

Ayrault utilise la même rhétorique que tous les gouvernements réactionnaires et libéraux partout en Europe pour justifier la réduction de l'Etat et le transfert de la charge de la solidarité des entreprises vers les classes moyennes et les pauvres. On connaît le refrain:  nous sommes prétendument au bord du gouffre, nous n'avons d'autre choix que les réformes structurelles, notre modèle social financé à coût de déficit et de chômage de masse (lié au coût pour la dynamique du secteur privé des charges sociales et des dépenses de services publics) est dépassé, il faut baisser les dépenses de l'Etat, réduire les coûts sociaux, libérer les entraves qui pèsent sur l'entreprise privée et les profits pour être plus forts dans la concurrence internationale féroce liée à la mondialisation.   

 

Là dedans, ce qu'on oublie: c'est qu'il possible - à condition d'abord de le vouloir - d'harmoniser les systèmes fiscaux et sociaux au niveau européen, de réduire la libre circulation des capitaux et la mise en concurrence des travailleurs, d'imposer du protectionnisme et des coopérations pour conserver des droits sociaux protecteurs et de l'emploi industriel, de réduire les ponctions actionnariales sur la valeur ajoutée des entreprises pour relancer l'embauche, la hausse des salaires, l'investissement dans la modernisation des produits et des modes de production. Ce qu'on oublie aussi: c'est que la réduction des charges sociales des entreprises, justifiée malhonnêtement par l'exigence de réduction du chômage, est utilisée depuis 30 ans sans effet sur celle-ci. C'est que sans augmentation ou maintien de la dépense publique et sociale en période de crise, la demande intérieure baisse et l'économie entre fatalement en récession, entraînant aussi une baisse des recettes fiscales et une augmentation de la dette.

 

Le mardi 6 novembre, Ayrault a donc justifié devant les députés du PS son "pacte de compétitivité". En termes de pacte, on aurait pu faire mieux, car le gouvernement a décidé unilatéralement de ces mesures pro-patronales, en transcrivant les propositions d'un technocrate mis à la tête d'entreprises par la gauche, Louis Gallois, sans engager dessus la moindre discussion avec les syndicats qui représentent les salarié.

Il a soutenu "un plan cohérent" que la droite "n'a jamais eu le courage de faire" Ayrault se vante ainsi de faire avec courage le sale boulot de la droite.

 

L'analyse de Hollande, de Ayrault et du gouvernement est la suivante: si le déficit commercial de la France se creuse, c'est parce que nos entreprises souffrent d'un handicap de compétitivité dans la concurrence internationale et que notre pays a pris du retard sur l'Allemagne dans la réduction du coût du travail par la stagnation des salaires et la baisse des dépenses sociales

"Notre économie a vu ses coûts de production s'écarter de notre principal concurrent... Il est nécessaire de redonner aux entreprises les moyens d'un repositionnement offensif durable dans la concurrence internationale pour celles qui y sont exposées, et pour l'ensemble des entreprises, de concourrir à la modération de leurs coûts" (extrait du document de présentation du Pacte de compétitivité cité par Libération le mercredi 7/11). Pour Jean-Marc Ayrault, ce pacte de compétivité a pris "la mesure de la gravité de la situation" : "la France vient de connaître dix ans de décrochage industriel". "Prolonger cette tendance, ce serait la certitude du déclin". Il faut construire "un nouveau modèle français" qui "consiste à retrouver le chemin de la création d'emplois et à ne plus nous financer par le déficit permanent". L'objectif de ce pacte est "de garantir par la performance économique, et non par les déficits la qualité de notre système de solidarité nationale". "La France n'est pas condamnée à la spirale du déclin mais un sursaut national est indispensable pour reprendre en main notre destin". Reste que ce "sursaut national" exige "la mobilisation de chacun". "Mon gouvernement n'a pas vocation à appliquer quelques rustines de plus à un système à bout de souffle, mais bien  à donner à la France les atouts nécessaires pour qu'elle réussisse dans la compétition nationale". "Nous reformerons pour repenser les modes d'intervention publique et dégager des économies durables et structurelles".

Les marchés financiers, le FMI, la Commission Européenne ne peuvent que se féliciter de cette volonté de baisse globale de la dépense publique alors que les besoins sociaux sont amplifiés par les effets de la crise: à la hauteur de 60 milliards d'ici       

 

Tout est dit: le gouvernement, qui reprend à son compte les thèses déclinistes en général portées par les milieux intellectuels de droite, affirme que la France souffre d'être ce qu'elle est, que sa tradition d'Etat fort, de dépenses sociales et de solidarité financées par l'entreprise la handicape de manière rédhibitoire, qu'il faut changer de système, libérer le monde de l'entreprise du poids de la solidarité, aller vers moins de dépenses publiques, accomplir en d'autres termes les mêmes réformes que Schröder en Allemagne, voire Tony Blair en Grande-Bretagne.

C'est à un parti qui se dit social-démocrate qu'il reviendra d'acculturer notre système social pour prendre en compte les contraintes de la mondialisation libérale et s'aligner sur les standards néo-libéraux qui se mettent en place progressivement depuis 30 ans en Europe.   

 

Libération titre à propos de l'annonce de ce pacte de compétivité voulu par Hollande: "Compétitivité. LE SOCIAL-REALISTE. Le plan présenté hier à la suite de la remise du rapport Gallois marque un tournant radical par rapport aux engagements de campagne de François Hollande".

 

Le quotidien dont les prises de position social-libérales sont anciennes et connues considère que ce plan pour la restauration de la compétitivité est inspiré par une volonté de "réalisme" ("la gauche est rattrapée par la réalité" dit Nicolas Demorand dans son éditorial (je dirai plutôt que la direction du PS nous rappelle la réalité de ses orientations politiques, qui est loin d'être de gauche, en matière économique et sociale du moins) mais ne minimise pas le virage à droite qu'il représente.

Le journaliste Grégoire Biseau commente quant à lui, en soulignant ce virage à droite mais en le jugeant à tort contraint par les circonstances: "ce "Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi"... est un véritable tournant. Qui prend la gauche à contre-pied et beaucoup d'engagements de campagne de François Hollande à rebrousse-poil. En annonçant hier un effort sans précédent de 20 milliards d'euros pour relancer la compétitivité des entreprises, le premier ministre a en tout cas posé "le socle du quinquennat", pour reprendre les mots de Thierry Mandon, le porte-parole du groupe PS à l'Assemblée Nationale. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce "socle" est contre-nature: après la désinflation compétitive du milieu des années 80, la gauche française se voit obligée d'assumer une nouvelle fois une politique de l'offre, généralement chérie par la droite. On comprend que le gouvernement joue-là une très délicate partition politique. Pour François Hollande, il s'agit, à n'en pas douter, d'une volte-face. De diagnostic d'abord, et de politique économique ensuite. Pendant sa campagne, il a toujours refusé d'appréhender la question du déficit de compétitivité sous l'angle du coût du travail. Six mois plus tard, le couple Hollande-Ayrault choisit d'administrer un choc inédit de 20 milliards d'euros, sous la forme d'un crédit d'impôts indexé sur la masse salariale de toutes les entreprises pour leur permettre de retrouver des marges... La droite avait claironné un peu vite que le rapport de Louis Gallois serait enterré sitôt publié. Le gouvernement a fait tout le contraire: à l'exception de la recherche sur les gaz de schiste, il a choisi de reprendre une très grande partie des 22 mesures du rapport de l'ex-patron d'EADS... Alors qu'il recommandait dans son rapport une baisse des cotisations sociales, Gallois reconnaît que le crédit d'impôt du gouvernement est à la fois "simple", et même "plus puissant" que ses recommandations..."

 

Quelles sont précisément les mesures annoncées par le gouvernement pour créer ce choc de compétitivité censé ramener 0,5% de croissance supplémentaire à l'horizon 2017 et créer 300 000 à 400 000 emploi?

 

- Augmenter les profits des entreprises en diminuant leur contribution à la solidarité nationale en espérant qu'elles créent plus d'emplois.

Ce sont les fameux 20 milliards de crédits d'impôt d'ici 2017 pour les entreprises (6% de la masse salariale pour les salaires n'excédant pas 2,5 fois le SMIC). Soit une baisse du coût du travail de 6% qui sera financée par une hausse de la TVA et une baisse de plus grande ampleur des dépenses publiques (pour les services publics, les solidarités, l'investissement dans les infrastructures utiles à tous). Ces 20 milliards d'euros correspondent à l'ensemble des exonérations actuelles sur les bas salaires (compris entre 1 et 1,6 SMIC), dispositif construit depuis une vingtaine d'années qui n'a pas réduit significativement le chômage mais qui a créé des effets d'aubaine pour augmenter les profits des entreprises et de leurs actionnaires et incité davantage encore à rémunérer sur des bas salaires.

Un temps évoquée, l'exigence de contreparties sociales en échange du crédit d'impôt a été abandonnée dans le projet final. Seul "encadrement" sans pouvoir contraignant aucun: les institutions représentatives du personnel (comité d'entreprise, délégués du personnel) donneront un avis sur l'utilisation de cette manne par l'entreprise. Dans les grandes boîtes, l'Etat ne mettra pas plus de conditions au versement de ce crédit d'impôt (par exemple, touchant la réduction de la ponction par les actionnaires au profit de l'emploi, des qualifications, des salaires, de l'investissement productif). Seulement, le regard des CE sera doublé par la présence de représentants des salariés au conseil d'administration (ou de surveillance) pour juger de la stratégie des entreprises.

Certains syndicats et partis politiques peuvent être soulagés que le gouvernement n'ait pas suivi la "piste Gallois" d'une destruction du modèle de financement de la Sécurité Sociale solidaire construit à la Libération par une réduction drastique des cotisations sociales et des entreprises et un transfert des exigences de financement de la protection sociale sur la CSG ou la TVA, mais, rendons-nous à l'évidence, si la Sécu est épargnée pour l'instant, ces mesures sont animées par le même esprit: décharger les profits financiers et des entreprises de la charge de la redistribution sociale et demander aux salariés, retraités de payer plus d'impôts pour accéder à des services publics de moins bonne qualité. En espérant que les conséquences immédiates pour le pouvoir d'achat seront compensées par une hausse de l'activité économique, une baisse du chômage créées par cette politique de l'offre... Or, c'est hautement improbable.

 

L'économiste Henry Sterdyniak, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans un entretien à Libération, affirme que cette stratégie de relance de la croissance par les cadeaux aux entreprises et la baisse des dépenses sociales est inévitablement promise à l'échec, et cela a d'autant plus de force convaincante chez un économiste qui n'est pas a priori classé parmi les critiques du système capitaliste en tant que tel:

 

"Faut-il rappeler que nous sommes dans une zone euro en recession? Depuis 2011, tous les pays qui ont adopté la monnaie unique en mis en place des politiques restrictives. On en connaît les conséquences: une demande atone, des entreprises qui ont des capacités de production inemployées et qui n'ont absolument pas besoin de faire le moindre investissement, et des profits en baisse. Ce sont essentiellement ces enchaînements-là qui expliquent la chute du taux de marge des entreprises en France et ce depuis le début de la crise, en 2007... En choisissant de favoriser l'offre, c'est à dire les entreprises, le gouvernement part du principe que le coût du travail dans l'industrie est trop élevé et que les entreprises paient trop d'impôts. Or, ce n'est pas ça qui explique la situation économique et sociale dans laquelle nous sommes plongés. Nous sommes en train de reproduire les choix faits par l'Allemagne et qui se sont révélés catastrophique pour une partie de l'Europe. En 1999, l'Allemagne s'est lancée dans une politique absurde de stagnation des salaires et de baisse des dépenses sociales. Les pays du Nord, qui ont mimé cette politique, ont certes gagné en compétitivité, mais en provoquant en fort déséquilibre de la zone euro. Des années durant, la hausse des salaires en France a suivi la hausse de la productivité. Rien de plus normal. Le problème de la zone euro, ce n'est pas la France, mais l'Allemagne. La France est en train de caler sa politique économique en voulant faire, comme en Allemagne, des gains de productivité coûte que coûte. L'ennui, c'est qu'elle adopte cette stratégie au moment même où les pays du Sud sont contraints d'être plus compétitifs. En clair, tout le monde fait la même chose au même moment. Le risque, c'est que cette baisse synchrone des coûts salariaux entre pays de la zone euro ne profite à aucun pays... Et qu'en revanche la zone euro s'enfonce encore plus dans la récession... Chacun peut comprendre qu'il faut plus de solidarité entre les pays de la zone euro, qu'il faut plus que jamais tout faire pour coordonner nos politiques économiques. Or, nous sommes dans une stratégie diamétralement opposée puisque chaque pays se lance isolément dans des politiques de compétitivité, le tout sur fond d'austérité".       

 

Cette analyse est frappée au coin du bon sens: la plupart des économistes qui plaident aujourd'hui pour l'austérité, la réduction de l'Etat et des solidarités, le choc de compétitivité par la baisse des salaires et de la contribution sociale des entreprises, travaillent aujourd'hui, travaillaient hier ou travailleront demain pour la finance et ne sont aucunement désintéressés. Un exemple caricatural: les économistes qu'interrogeait Ouest-France  hier pour commenter le pacte de compétitivité du gouvernement, et le juger bon ou pas assez ultra-libéral encore, qui travaillent pour les sociétés financières Natixis ou Coe-Rexecode.  

 

- Une hausse de deux des trois taux de  la TVA à partir de janvier 2012 pour financer ces cadeaux faits aux entreprises.

Le taux de TVA normale sera porté de 19,6% à 20%, celui de la TVA intermédiaire concernant la restauration et les travaux de rénovation passera de 7% à 10% ("gain" attendu pour l'Etat de 3,3 à 3,8 milliards). Augmenter la TVA, c'est augmenter l'impôt le plus inégalitaire et le plus injuste, puisqu'il pèse proportionnellement plus quand on a des faibles revenus. C'est prendre le risque d'entraver la consommation à un moment où le pouvoir d'achat des français a tendance à baisser globalement. C'est un non-sens et la baisse de la TVA (pour un coût attendu de 800000 millions) sur les produits de première nécessité de 5,5% à 5% peinera à cacher l'injustice globale de cette hausse de la TVA qui pourrait s'accompagner en 2013 d'une hausse de la CSG (le gouvernement ne l'exclut pas... donc on peut se douter qu'il le fera). La "TVA sociale" de Sarkozy et Valls est remplacée par la "TVA solidaire" de Ayrault avec la même signification: faire payer tout le monde, et à commencer les classes populaires et la classe moyenne, à la place des entreprises.

 

- Une amplification de la réduction des dépenses publiques au préjudice de la qualité des services publics rendus aux citoyens, de la relance par l'investissement public et de la réduction des inégalités. 

Le secteur public devra économiser 10 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2017 (60 milliards en  tout: un plan de rigueur et de réduction de la taille de l'Etat et du secteur public que la droite n'avait jamais osé) et 2,5 milliards sur les dépenses d'assurance maladie: soit, de nouveaux déremboursements en perspective. Les collectivités territoriales seront bien évidemment touchés en même temps que les services publics essentiels tels que la santé, l'emploi, l'éducation, par cette nouvelle cure d'amaigrissement de l'Etat social. La réforme du financement de la protection sociale (dans un sens libéral probablement) sera préparée "psychologiquement" par un rapport du Haut conseil de financement de la protection sociale et fera l'objet d'un projet de loi des finances rectificatif en 2013.

 

Autres mesures discutables de ce "pacte de compétitivité" qui pour l'essentiel prolonge et renforce les orientations choisies par l'équipe Sarkozy les 5 dernières années:

- l'immigration choisie avec un "Passeport Talent" pour "favoriser l'accueil des compétences exceptionnelles venues de l'étranger" (rappelons qu'en dehors des dispositifs de bourse validés par des accords inter-gouvernemaux, des étudiants étrangers voulant venir étudier en France doivent avoir un compte en banque bien garni- environ 7000€ d'avance sur une année- ne peuvent pas toujours accéder à un logement aidé, doivent payer 150€ dans leur pays d'origine, en plus souvent de pots-de-vin pour passer devant une commission sous l'égide du ministère des affaires étrangères qui leur permettra ou non, sur des critères très sélectifs, de venir étudier en France).           

- la généralisation du recours à l'apprentissage au détriment des formations professionnelles plus qualifiantes et généralistes qui permettent une poursuite d'étude et la revendication de salaires corrects indexés sur des qualifications reconnues.

 

Les réactions des dirigeants du Front de Gauche hier étaient très sévères. Je les retranscris telle que je les ai trouvées (mea culpa, je n'ai pas acheté l'Huma hier: on ne le trouve plus toujours en maison de la presse malheureusement) sur le site internet du Figaro:  "«Pourquoi parle-t-on toujours du prix du travail et jamais du prix du capital?», s'est interrogé Jean-Luc Mélenchon. «Comment se fait-il que, dans notre pays, on paye deux fois plus d'argent aux actionnaires qu'on en donne en cotisations sociales aux travailleurs?», a-t-il insisté, jugeant «lamentables» les annonces du premier ministre. Sans surprise également, les réactions sont identiques au PCF où le secrétaire national Pierre Laurent aurait préféré que le gouvernement privilégie «la baisse des charges financières d'intérêt et des dividendes qui étouffent le système productif français». Tous dénoncent «le cadeau» fait aux entreprises, à savoir les 20 milliards d'euros de crédit d'impôt qui leur sera accordé à partir de 2014. Le député communiste André Chassaigne se dit «plutôt négatif» sur le plan gouvernemental. À ses yeux, le crédit d'impôt devrait être soumis à des critères en termes de «créations d'emplois, de recherche, de formation, de maintien sur le territoire».  «Nous avons battu M. Sarkozy... Imaginez la tête que l'on fait maintenant quand on découvre que l'on s'est débarrassé de l'homme, mais que l'on a gardé la politique" (Mélenchon).

 

Oui, décidemment les sénateurs du PCF et du Front de Gauche ont bien fait de voter contre la loi de programmation des finances 2012-2017 au Sénat le 31 octobre, permettant ainsi son rejet: on ne peut se permettre aucune complaisance face à la politique de fragilisation du service public et des solidarités conduite par le gouvernement qui trahit l'attente de changement des électeurs et perpétue une politique néo-libérale qui conduit toute l'Europe dans le mur.

 

Ismaël Dupont.

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 08:16

 

14 novembre : contre l’austérité, pour la solidarité !

 

Le 14 novembre, pour la première fois en Europe, une grève générale internationale est organisée par le mouvement syndical au Portugal, en Espagne, en Grèce, à Chypre et à Malte, et soutenue par les mouvements sociaux et des partis politiques. Dans le même temps, la Confédération européenne des syndicats a lancé un appel à une journée d’action et de solidarité coordonnée en Europe.

 

Cette mobilisation exceptionnelle émerge au moment où, partout en Europe, les politiques d’austérité organisent la baisse des salaires et des pensions, la destruction des droits sociaux, de la négociation collective et des services publics, et provoquent récession, chômage, précarité et misère. Elle témoigne d’une convergence des mobilisations qui se sont construites dans de nombreux pays contre ces politiques imposées sans débat démocratique, et qui mènent l’Europe dans le gouffre.

 

En France, le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique mène depuis des mois une mobilisation unitaire pour dénoncer l’instrumentalisation de la dette publique et l’imposition de politiques d’austérité économiquement stupides, écologiquement irresponsables et socialement injustes – touchant de plein fouet les populations les plus précaires, femmes, jeunes, ouvriers, mal-logés, immigré-es. En septembre, il a organisé des mobilisations contre le Traité budgétaire pour provoquer le débat public que le gouvernement tentait d'esquiver.

 

Aujourd’hui, le gouvernement poursuit sur une voie sans issue, avec un budget d’austérité qui essaye désespérément de tenir l’objectif irréaliste d’un déficit public limité à 3 % du PIB en 2013. En cédant aux sirènes du patronat qui réclame un « choc de compétitivité », il poursuivrait, comme en Grèce en Espagne et au Portugal, sur la voie mortifère du dumping salarial et de la remise en cause des protections collectives.

 

En France comme en Europe, l’austérité doit cesser ! Ce n’est pas de purges budgétaires ou de concurrence exacerbée dont l’Europe a besoin, c’est de solidarité, d’une meilleure répartition des richesses, et de démocratie !


C’est pourquoi le Collectif appelle à participer aux manifestations organisées à l’initiative de l’Intersyndicale le 14 novembre. Au-delà du refus des mesures inacceptables imposées aux peuples d’Europe du Sud, c’est un appel à se battre pour une autre Europe, solidaire, écologique et démocratique !

 

Le 14 novembre et après, le Collectif contribuera à l’émergence de mobilisations à l’échelle européenne. Il participe et soutient le processus de l’Altersummit, qui sera lancé lors de la rencontre européenne à Florence du 8 au 11 novembre.

 

Le 14 novembre montre la voie : les mobilisations contre l’austérité doivent converger pour une Europe sociale et solidaire !

 

Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique

 

Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (http://www.audit-citoyen.org/) est composé d’une soixantaine d’organisations associatives et syndicales, avec le soutien d’organisations politiques.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 10:24

 Commentaire du projet de base commune pour le 36 e congrès des Communistes: « Humanifeste du Parti communiste français à l'aube du siècle qui vient ».

 

A travers son titre, avec le néologisme « humanifeste » signifiant probablement « manifeste d'un communisme humaniste fondé sur l'émancipation de l'humain et conditionné dans sa réalisation sur celle-ci », on sent que ce texte proposé pour servir de base commune lors du congrès de février prochain et sur lequel on votera les 14 et 15 décembre est très ambitieux. Il cherche à redéfinir ce que c'est qu'être communiste aujourd'hui, c'est à dire quels sont nos idéaux et nos principes philosophiques, quelle est notre analyse fondamentale de ce qui se joue dans la réalité économique et sociale à l'échelle planétaire aujourd'hui, notre vision des moyens souhaitables et possibles pour transformer profondément la société actuelle afin de la rendre plus humaine.

Plus que la présentation d'un programme d'activité et de réformes attendues, c'est un véritable projet donnant du sens et de l'ampleur à notre action, pour nous militants, et pour la population que nous devons convaincre, dont on reconstruit ici les racines, les finalités dernières, et les opportunités historiques à travers un diagnostic très juste sur la réalité présente – une caractérisation assez complète de la crise que nous vivons et qui appelle à mobiliser pour inventer une porte de sortie du capitalisme: « crise économique et monétaire, crise sociale, crise écologique, crise démocratique et politique, crise anthropologique » (Pierre Dharréville, rapporteur de la Commission du texte). Cette présentation du contexte dans lequel s'enracine l'urgence de notre combat pour « l'humanisation du monde » et des finalités et principes généraux de ce combat fait l'objet de la partie I: Face à la crise, le choix radical de l'humain.

 

Choisir l'humain est en effet un choix de radicalité dans le contexte actuel, car le capitalisme dégrade et menace radicalement l'homme dans son intégrité et sa dignité. Un exemple parmi d'autres, sur lequel le texte s'attarde avec raison car c'est un poison qui est en train de gangréner notre société, « pour brouiller la perception de l'affrontement de classe, on essaie de faire émerger des lectures du monde que nous devons rejeter avec force » (Pierre Dharréville), basées sur le communautarisme et les affrontements identitaires ou une ethnicisation des rapports sociaux:

 

«  Racisme, xénophobie, antisémitisme, islamophobie, lesbophobie, transphobie et autres avatars du rejet de l'autre n'ont pas attendu la naissance des marchés financiers pour sévir? Nous les combattons tous avec vigueur, en tant que tels. Nous savons aussi que les forces dominantes ont bien compris le parti qu'elles pouvaient en tirer: afin de détourner la colère du peuple sur d'autres têtes, elles s'attachent à diviser leurs victimes dans des affrontements qui laissent à l'abri leurs intérêts. Pour déclarer l'ouverture de la chasse aux boucs émissaires, tous les prétextes sont bons. La stigmatisation tout azimuts des jeunes des quartiers populaires, des agents de la fonction publique, des grévistes, ou encore des chômeurs et des pauvres établit une liste de prétendus profiteurs du système, en même temps que le portrait robot du prétendu méritant vertueux qui serait lésé par leur seule existence. Dès lors, lutter contre toutes les dominations, travailler à gagner l'unité et la solidarité contre les divisions, c'est façonner cette nouvelle conscience de classe que nous recherchons. C'est plus que jamais une urgence... En effet, à partir de l'insécurité sociale latente, tout est fait pour que l'être humain se sente plongé dans un climat d'insécurité existentielle, au point de vivre comme un individu assiégé de toutes parts. Assiégé dans son être même, son identité... Le déplacement du conflit social sur le terrain identitaire et communautariste est lié à l'héritage complexe et encore pesant d'une histoire nationale marquée par le fait colonial et relève aussi d'une stratégie visant à fractionner les couches populaires et à masquer l'aggravation des divisions sociales. C'est ce qu'on appelle l'ethnicisation des rapports sociaux, et c'est, dans le monde d'aujourd'hui, une arme de division massive » (I, 3: « un nouvel âge de la lutte des classes dans une humanité fragmentée").

 

Comment s'en sortir? En combattant la xénophobie et les assignations identitaires d'exclusion, en tenant un discours universaliste, un discours laïc sans concession ni esprit d'ostracisme ou de marginalisation d'une culture ou d'une religion, en redonnant, à travers les luttes notamment, le sens de leurs intérêts sociaux communs et de leur appartenance à un universel commun aux individus, en cherchant à les détourner de l'enfermement dans des « identités étriquées, fantasmées, artificielles » d'où ils tirent un orgueil et une morgue imbéciles:  

« La question est bonne: homme, femme, qui es-tu? Mais la réponse ne peut consister à s'enfermer dans des cases pour se rassurer et se protéger. L'être humain est un être social, un être de relations, un être de culture. L'être humain est un producteur. Un être en chemin et en devenir. Chacune, chacun, nous sommes des humains uniques et complexes, d'influences et d'appartenance multiples. Ensemble, nous sommes l'humanité » (I,3).  

 

Il fut un temps où certains communistes considéraient, pour résumer les choses de manière un peu caricaturale, que toutes les dominations et les injustices sociétales seraient brisées par la révolution dans les structures économiques de production et de répartition des ressources et qu'il fallait se concentrer sur des problèmes "ouvriéristes" (les salaires, conditions de travail) et économiques plutôt que de disperser nos forces sur la dénonciation au nom de l'humanisme, de l'universalisme abstrait, des violences faites aux femmes, du racisme, de l'homophobie, du manque d'humanité de l'école, du système judiciaire et des prisons, tous combats qui nous auraient détourné du combat de classe. Aujourd'hui, il est frappant et satisfaisant de constater que la direction du PCF associe étroitement le combat culturel pour l'émancipation humaine, qui aurait pu jadis être qualifié de petit-bourgeois (se libérer des "appartenances-prisons" et de ces autres aliénations que sont le racisme, la stigmatisation de l'autre parce que différent) et le combat social. Casser les logiques d'enfermement identitaire et de compréhension ethnico-culturelles des rapports sociaux est une condition pour reconstruire une conscience de classe et créer un rapport de force afin de changer le système économique basé sur l'exploitation. Ce dépassement des affrontements communautaires suppose aussi une certaine vigueur et une certaine efficacité du combat de classe.

  

Ce sujet fait l'objet d'un des cinq débats spécifiques ouverts pour approfondir la réflexion et pourquoi pas améliorer notre texte de congrès. La fenêtre 2: « Comment faire face à la fragmentation de la société, lutter contre les divisions, combattre les visions ethnicisés du monde, affronter l'individualisation des rapports sociaux? Comment construire une conscience de classe de notre temps? Comment lutter contre la montée de l'extrême-droite et de ses idées? Comment rassembler pour un changement politique? ».

Réfléchir sur les moyens de contourner cet obstacle majeur au rassemblement des dominés et exploités pour conquérir le vrai changement, qu'est la progression du racisme et d'une vision fragmentée, individualisée et ethnicisée du monde social, est en effet une obligation urgente, même si les issues pour sortir par le haut de cette situation d'exaspération de la haine, de la méfiance ou de la stigmatisation de l'autre entretenue par le système (via ses médias, ses zélés serviteurs au niveau politique: un Sarkozy, Valls et consorts.) ne sont pas faciles à identifier.

 

C'est pour moi une grande satisfaction de constater que la proposition de base commune pour le Congrès du Conseil National contient, au-delà de l'affirmation d'un programme, de principes de fonctionnement du parti et d'une stratégie pour servir au mieux les intérêts du peuple, un tel rappel de ce qui nous réunit et nous fait nous investir au travers d'une cause à dimension universelle.

Cela témoigne d'une confiance retrouvée dans notre tâche historique et dans le devenir des idéaux communistes, confiance que l'on peut mettre au crédit de la confirmation par les faits- de plus en plus généralement perçue - de nos analyses anciennes sur les méfaits du système capitaliste, qui prend aujourd'hui une forme de plus en plus pure et délivrée de contre-pouvoirs. Une ambition nouvelle qui s'explique aussi par le renouveau des luttes sociales sur le plan national et international et par les premières réussites de notre stratégie nouvelle de rassemblement des diverses tendances de la gauche de transformation sociale à travers le Front de Gauche, stratégie qui nous permet d'être de nouveau utiles et efficaces dans la défense de nos idéaux.

Ce congrès ne sera pas celui d'un chant du cygne, comme a pu le paraître celui de Martigues, mais celui d'un nouveau départ, d'une entreprise de reconquête assurée de ses bases et de son devenir, et c'est heureux.

  

Ce texte me paraît globalement juste dans son analyse et enthousiasmant du fait de sa profondeur de vues sur les finalités, l'idéal commun qui nous rassemble, et sur la description de la réalité que nous subissons et dans laquelle nous cherchons la voie d'une humanisation de la société.

Il a le mérite de mettre au cœur de notre action l'impératif de démocratisation, et - c'est le produit d'une prise de conscience autonome et de la nouvelle culture politique que l'on élabore progressivement au sein du Front de Gauche - un impératif de conversion culturelle écologiste par la rupture avec le productivisme et le consumérisme.

Cela suppose une rupture avec les logiques capitalistes, y compris avec celles qui se dissimulent sous l'étiquette du « développement durable » et du « capitalisme vert ». Cela ne doit pas non plus occulter les besoins humains insatisfaits et ceux créés par l'expansion démographique à l'échelle planétaire. Cet impératif de conversion écologique suppose une modification de notre conception traditionnelle du progrès (qui ne consiste pas pour autant à diaboliser la science ou l'invention technique) et une rupture avec l'idéologie aliénante du bien-être identifié à la consommation ostentatoire et excessive.

C'est la première fois, il me semble, qu'un texte de congrès communiste manifeste une telle préoccupation écologique. Jugez plutôt:

« La crise économique et sociale se mêle à une crise écologique croissante. Car la course effrénée au profit se nourrit également sans vergogne de la spoliation permanente des ressources naturelles. La pollution des océans, des rivières et fleuves provoque une disparition de la flore et de la faune aquatique; l'exploitation sans retenue des forêts conduit à leur disparition; l'agriculture intensive entraîne l'appauvrissement des terres et des sous-sols tandis que la biodiversité s'effondre... Le réchauffement climatique tient une place de premier rang dans l'ordre des défis à surmonter: les tempêtes et les inondations sont le pendant de la sécheresse et de la désertification. Quant à la fonte de la banquise et des glaciers, elle engendre l'élévation du niveau des mers créant par millions une nouvelle catégorie d'êtres humains: les réfugiés climatiques... La réduction des énergies carbonées à l'origine des effets de serre est donc une absolue nécessité planétaire... Enfin, le respect des ressources en eau et leur partage nécessitent une prise de conscience plus vigoureuse encore, tant les besoins sont criants. Et l'heure est à un tout autre modèle d'agriculture, protégé de la spéculation, soucieux de la santé publique et de la lutte contre la faim. (…) ».

Et, quelques pages plus loin: « La planification écologique doit devenir l'outil du débat démocratique, afin de mieux maîtriser les enjeux de production, d'éviter les gaspillages de ressources, les atteintes à la biodiversité et d'organiser la véritable réponse aux besoins... De ce fait la transition énergétique française, pour rendre effectif le droit à une énergie pour tous, devra passer par un important effort de sobriété et d'économie d'énergie dans l'habitat et les transports, ainsi que par un mix énergétique entièrement public, portant des exigences accrues de sûreté sur le nucléaire et de plus en plus marqué par les énergies renouvelables. La recherche devra être déployée dans tous les domaines. Il est grand temps de sortir du cycle infernal productivisme-consumérisme, qui n'a d'autre finalité que le profit de quelques-uns. Il faut donner un tout autre contenu à la croissance, imposer des exigences qui ne peuvent être que celles d'un développement humain durable. Il faut traquer, par exemple... l'obsolescence programmée, qui voit des entreprises produire des biens à durée de vie volontairement déterminée pour fidéliser, en quelque sorte, leur clientèle... L'eau devra être reconnue comme un bien commun de l'humanité, garantie comme un droit pour les populations et partagée jusque dans la gestion publique et coopérative des ressources. Il faut également anticiper les moyens de relever le défi alimentaire, en quantité comme en qualité, en refusant la mainmise des multinationales sur la production agricole avec ses organismes génétiquement modifiés et son modèle autant intensif qu'extensif qui constitue la négation de la souveraineté alimentaire et de l'agriculture paysanne comme de la pêche artisanale. En refusant également de laisser la grande distribution venir spéculer, ponctionner et orienter à sa guise, privant les producteurs d'une juste rémunération. Il faut changer de logique en imposant les exigences d'un développement humain durable. Notre croissance est celle du développement social et écologique, pas celle de l'accumulation du capital. Le but du travail ne saurait être de produire toujours plus d'objets de consommation rentables et jetables mais de permettre à l'humanité de vivre bien ».

 

On ne pourra plus dire (même si, sur certains dossiers comme l'interrogation sur le bien-fondé du choix du nucléaire ou d'infrastructures manifestant le choix d'un développement coûteux pour le climat telles que l'aéroport de  Notre-Dame des Landes, nous n'avons pas assez avancé de mon point de vue) que les communistes sont rétifs au nom de la technophilie, du scientisme, de l'emploi, à la prise en compte des défis et des enjeux écologiques: ils trouvent même un nouvel argument de mise en cause du système capitaliste dans l'urgence écologique.

Cela, on l'a senti déjà il y a quelques mois en lisant le très beau Pour une terre commune de André Chassaigne ou plus récemment le livre de Pierre Laurent Maintenant prenez le pouvoir.

« De ce point vue, peut-on lire dans le dernier essai mentionné, les communistes, mais les écologistes aussi, ont tardé à comprendre le lien désormais indissociable entre le combat pour l'émancipation du travail et la sauvegarde de l'environnement vitale pour la planète et les êtres humains qui l'habitent. Ils n'ont pas assez fait assez vite de l'écologie sociale, de la justice climatique, de la préservation des ressources naturelles dès la production une priorité alors que, pourtant, s'amplifiaient les effets destructeurs sur l'environnement d'un capitalisme prédateur qui traite en marchandises aussi bien les hommes que les ressources de la planète, au lieu de considérer ces dernières comme un bien commun de l'humanité. Les choses ont aujourd'hui bien changé » (Les éditions de l'Atelier, p. 60).

 

Notre texte préparatoire au Congrès est également lucide et sans concession dans son appréciation de l'action conduite par le gouvernement socialiste et ses alliés:

« Depuis sa prise de fonctions, le gouvernement roule à contresens. Tout se passe comme si l'actuelle majorité s'appliquait à gérer les suites du quinquennat précédent. Il est d'abord demeuré sans réponses satisfaisantes aux urgences, sans gestes forts annonçant une réparation des blessures de la droite et sans ambition de transformation. S'il y eut quelques mesures positives, comme la suppression du bouclier fiscal et l'annonce d'une loi autorisant le mariage et l'adoption par les couples de même sexe, les actrices et les acteurs du grand mouvement pour le droit à la retraite qui a préparé la défaite de la droite en sont pour leur frais. En réalité, obnubilé par les exigences des marchés financiers, parmi lesquelles la réduction de la dette- et en fait celle des dépenses publiques- le gouvernement est bien en peine d'apporter de véritables réponses aux besoins. Si les engagements pris étaient frappés au sceau de véritables contradictions, ceux qui commencent à être reniés sont justement ceux qui nous paraissaient aller dans le bon sens. Ainsi, la décision de ratifier en l'état le traité européen écrit à quatre mains par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, alors qu'il n'a pas été renégocié, manifeste le choix de promouvoir les orientations austéritaires de l'Union Européenne. C'est un acte grave, qui sera définitivement entaché d'irrégularité démocratique. Avec son refus de contester le pouvoir de la finance, le gouvernement n'est pas en capacité de combattre la crise. Il l'aggrave même avec son plan d'économies budgétaires sans précédent. Au fond la question posée est: où est passé le changement? Cette situation est symptomatique: il n'y a plus de marges hors l'impulsion de vraies ruptures avec les logiques du système » (II. La révolution citoyenne pour gagner le changement).

 

Cette politique gouvernementale pourrait illustrer un diagnostic général particulièrement lucide et critique sur l'état de la démocratie dans les pays occidentaux qui voient le triomphe du néo-libéralisme, « la démocratie réduite à un théâtre d'ombres », avec une perte de souveraineté du peuple et un abandon volontaire de souveraineté du politique:

« Devant la pression du pouvoir considérable acquis par les marchés financiers, nous sommes entrés dans un cycle de régression démocratique. La capacité d'intervention des peuples a été rognée en permanence jusqu'à être cantonnée à la marge des grandes orientations qui régissent les sociétés, tandis que la puissance publique a été accaparée au service des marchés financiers. A tous les niveaux a été organisé le dessaisissement progressif des citoyennes et des citoyens de leur pouvoir. On est passé de l'Etat-providence à l'Etat de marché. Pour donner le change, on a ainsi inventé le concept particulièrement pervers de gouvernance, véhiculant l'idée que la conduite politique pouvait se contenter de compétences. Par une série de coups d'Etat déguisés, une petite oligarchie, relayée par ses innombrables lobbies, a pris le pouvoir de façon insidieuse, maintenant les apparences de la démocratie. Ainsi, plus les changements nécessaires paraissent immenses, moins l'action politique paraît être porteuse de solutions ».

 

Quels sont, au-delà des grandes qualités que j'ai cherché à dégager, les défauts que je vois à ce texte proposé pour base commune?  

 

- Il peut-être parfois inutilement touffu et pose des problèmes de structuration à certains moments (mon commentaire souffre des mêmes défauts, en pire).  

 

- Il pose des problèmes plus sérieux quand on s'intéresse à la définition, par trop imprécise, des moyens du changement que nous visons, de la stratégie pour fédérer la majorité qui a intérêt au progrès social et au combat contre les logiques capitalistes.

 

- Il manque d'ambition, de mon point de vue, par rapport à la structuration et à l'approfondissement citoyen et démocratique du Front de Gauche, malgré la volonté affichée de prolonger l'expérience et de franchir un nouveau cap pour élargir à des couches sociales nouvelles l'audience du Front de Gauche et rendre notre rassemblement plus efficace dans la lutte et la stimulation de la combativité citoyenne.

Tout en disant vouloir engager une nouvelle étape du Front de Gauche et vouloir le faire grandir, le texte met davantage l'accent sur le respect des spécificités et de l'autonomie de chaque organisation constituant le Front de Gauche.

Il encourage la prolongation des assemblées citoyennes, des ateliers législatifs, l'expérimentation pour faire des "fronts de lutte thématiques" et des "réseaux d'action" pour faire vivre les valeurs du programme L'humain d'abord au "plus près des territoires". Mais il ne parle pas de la création d'associations locales du Front de Gauche tout en affirmant: "au-delà des campagnes électorales, nous voulons continuer à cheminer avec un nombre toujours plus important de femmes et d'hommes, inventant les conditions d'un travail en commun".

L'idée évoquée de la mise en place d'une "coopérative" du Front de Gauche, fonctionnant au niveau national et local, n'est pas inintéressante car elle permettrait de travailler sans nécessité d'adhésion ou d'embrigadement avec des syndicalistes, des militants associatifs, des intellectuels, des professionnels, pour élaborer ensemble des propositions, nous nourrir de leurs expériences et réflexions, irriguer davantage encore le tissu social, populariser et enrichir notre projet et notre nouvelle culture de fonctionnement politique.

Elle ne saurait se substituer néanmoins de mon point de vue à une réelle reconnaissance des militants non encartés du Front de Gauche qui leur permettrait de peser sur les orientations locales et nationales du Front de Gauche, sur l'évolution de sa structuration interne et de son mode d'existence au niveau national, comme les représentants des partis peuvent le faire actuellement. 

Le Front de Gauche a suscité un réel enthousiasme dans une partie de la population pendant les présidentielles, le texte de la base commune le reconnaît volontiers - son aspect unitaire et pluraliste y doit beaucoup, ainsi que le niveau de cohérence et de radicalité du projet de transformation du système politique et économique qu'il a défendu. Il ne faut laisser retomber le soufflet sur le terrain en laissant les partis au centre du jeu par prudence sans laisser se développer par des moyens qui doivent varier suivant les réalités et les histoires locales une culture collective citoyenne, militante et idéologique du Front de Gauche, garante de la prise en compte d'un intérêt général de notre rassemblement, au-delà des possibles conflits d'intérêt, des méfiances, des désaccords d'orientation et de stratégies entre les partis du Front de Gauche. Les militants non encartés du Front de Gauche ne sont pas que des recruteurs d'électeurs, des colleurs d'affiches et des distributeurs de tracts: ils veulent être réellement partie prenante de l'évolution et des choix d'orientation du Front de Gauche: la structuration du Front de Gauche au niveau national et local doit en tenir compte à mon avis, même si cela n'est pas sans soulever des difficulltés et des problèmes. Par ailleurs, l'ouverture d'une possibilité pour les personnes non organisées et aussi pour celles qui adhèrent à un parti membre du Front de Gauche, de s'inscrire activement, en dehors des campagnes électorales, dans une dynamique d'action à l'intérieur du Front de Gauche, distinct mais solidaire et inséparable des partis qui le constituent, est une condition de notre enrichissement en termes d'apports militants et d'audience sociale. Je pense que l'avenir du Front de Gauche doit être pensé dans un premier temps au niveau des congrès des partis politiques qui le composent et, ensuite, également au niveau des collectifs Front de Gauche eux-mêmes, qui devraient pouvoir porter leurs voix au niveau national par l'intermédiaire de compte-rendus d'Assises locales et de représentants mandatés. Ces légitimités multiples compliquent notre travail mais il faut les prendre en compte pour ne pas faire retomber la vague et au contraire la renforcer afin de faire du Front de Gauche "un grand mouvement capable de bousculer le rapport de force à gauche jusqu'à rendre majoritaires les options de transformation sociale en son sein".   

 

- Au niveau programmatique, il manque de précision sur la question du sort de la dette, les nationalisations à accomplir, les moyens de prendre le pouvoir sur les marchés, d'introduire la démocratie dans l'entreprise, sur la transformation des institutions et la stratégie pour arriver à imposer la fin du présidentialisme et la proportionnelle.   

 

- L'articulation des combats nationaux pour plus de justice sociale et les combats à mener au niveau européen et international pour changer des règles du jeu qui échappent de plus en plus à la souveraineté de nos élus nationaux est affirmée comme nécessaire mais pas explicitée de manière assez développée dans ses modalités concrètes possibles. On ne nous dit pas par quels moyens aller vers cette Europe sociale et de coopération que nous appelons de nos vœux, contrairement à l'anti-européisme nationaliste ou souverainiste de droite ou d'extrême-droite.

 

- La stratégie d'alliance possible sur des projets progressistes avec le PS lors des scrutins locaux n'est pas remise en cause. Cela peut se justifier au nom de la nécessité de maintenir l'unité du parti, sa force liée aussi au nombre d'élus et à la présence territoriale, de se crédibiliser en changeant les choses concrètement à une échelle perceptible pour la population et de garder des élus pour entretenir le lien avec elle. Mais cela pose aussi un sacré problème au niveau de la cohérence politique, parfois du contenu des politiques légitimées sur le terrain par nos élus dans les majorités municipales ou régionales, et au niveau de la préservation de l'unité du Front de Gauche, de son pouvoir d'attraction, ainsi qu'au niveau de l'ambition de constituer une force de transformation sociale en mesure d'ici quelques années de supplanter à gauche le social-libéralisme.

Je cite le texte, qui me pose question et devrait faire débat:

 "Face aux ambitions affichées de la droite et de l'extrême-droite, pour chacune de ces échéances (municipales, cantonales, régionales, européennes), nous voulons rassembler le plus largement possible sur des projets ambitieux qui placent chaque institution en position de répondre aux besoins. Les communes sont un des piliers essentiel de notre république. Une bataille est engagée pour refuser la casse de la démocratie locale: tout en poussant les feux de coopération choisies, les communes doivent gagner en libertés d'action et en responsabilité. Elles sont de formidables espaces de citoyenneté, de services publics, de culture, de vivre ensemble. Les communistes sont engagés dans l'action municipale, souvent au sein de majorités de gauche constitués sur des projets. Parties prenantes d'aventures humaines et de l'histoire locale, ils veulent continuer à être utiles au plus près des femmes et des hommes et continuer à leur rendre le pouvoir. C'est pourquoi nous décidons de lancer partout des appels à de larges rassemblements en commençant dès aujourd'hui à construire les contenus qui guideront notre action avec les habitantes et les habitants. C'est avec elles et avec eux que nous voulons créer les conditions de nouvelles conquêtes politiques. Partout, nous entendons ainsi renforcer et augmenter notre influence en faisant la démonstration sur le terrain qu'une autre pratique et une autre ambition politique sont possibles. La présence d'élu-e-s communistes au sein des assemblées municipales est un point d'appui essentiel dans les batailles politiques de notre parti. Nous abordons ces élections avec un esprit de conquête, pour mettre en responsabilité plus d'élu-e-s communistes encore. La force du Front de Gauche sera un atout important pour aller vers des rassemblements les plus larges possibles à gauche, avec la volonté de faire échec aux appétits de la droite et de l'extrême-droite. Ces échéances pourront être l'occasion d'ouvrir des perspectives de sortie de l'austérité et de changement".  

Je comprends le point de vue de la majorité du Conseil National: le PCF ne peut pas consentir à s'affaiblir en perdant à nouveaux des élus locaux qui le crédibilisent et démontrent son utilité sur le terrain. Il ne faut pas s'enfermer dans une posture protestataire, dans un pôle de radicalité à la gauche de la gauche sans effets sur les politiques suivies, à défaut de quoi certains ne verront plus vraiment notre utilité pour changer la vie concretement. Il faut continuer de tenter de peser sur le PS en lui rappelant les attentes concrètes des électeurs de gauche, des électeurs du Front de Gauche qui ont élu son candidat au présidentielles et ses candidats aux législatives au second tour. Il faut refuser les orientations sociale-libérales du gouvernement, et le dire publiquement avec force pour faire monter le niveau d'exigence et de combativité des français, mais en même temps ne pas se satisfaire d'une posture d'opposition qui nous condamnerait à l'impuissance et ne pas désespérer d'infléchir la politique du gouvernement vers plus de progrès social, sûrs que nous sommes des ayants droits de la victoire de la gauche en 2012. Il ne faut pas sous-estimer non plus le danger et la gravité des conséquences d'une victoire de la droite de plus en plus ultra-libérale et proche de l'extrême-droite lors des prochaines élections et en 2017, ce pourquoi on ne décourage pas dans le texte les alliances larges, type gauche plurielle, dans le cadre des prochaines municipales, à condition qu'elles soient justifiées par des projets progressistes.

Avec toutefois une équivoque que le texte laisse subsister: comment s'embarquer dans ces élections avec les représentants d'un parti qui a engagé une politique d'austérité sans précédent affectant considérablement les marges de manoeuvre des collectivités locales et pouvant décourager les "projets les plus ambitieux", un parti qui plaide en outre pour une marginalisation de l'échelon communal alors que nous nous y opposons (nos instances nationales)? Quelle perspective donnerons-nous aux électeurs et militants du Front de Gauche si nous nous associons au PS qui ne tient aucun compte de nos propositions et de nos exigences au niveau national, qui est en train de décrédibiliser toute la gauche par sa politique de gestion libérale du capitalisme impuissante à nous faire sortir de la crise, des inégalités et de la pauvreté croissantes? Quels seront alors les moyens de pression dont nous disposerons pour avancer vers une réforme des institutions et un passage au scrutin proportionnel pour sortir du bipartisme? Le Front de Gauche lors des municipales devra t-il être revendiqué simplement pour négocier en position de force avec le PS sur un projet et une représentation politique plus avantageuse pour nous et la défense de nos idées ou devra t-il être le noyau d'un rassemblement sur une base politique claire, anti-libérale, à dimension indissolublement internationale, nationale et locale?  

 

Non dépourvu d'ambiguïtés, de lacunes, d'imperfections, ce texte me paraît néanmoins dans l'ensemble constituer une bonne base de travail à amender pour la rendre plus efficace concrètement et trancher plus nettement lors du grand moment démocratique du Congrès des débats qui agitent et parfois divisent les communistes depuis des années.

 

Son idée force est celle-ci.  

Le communisme est un humanisme conséquent et tire son fondement ultime du projet démocratique.

Le texte, beaucoup l'ont remarqué, à commencer par ses rédacteurs et promoteurs, est souvent porté par un souffle lyrique et un désir de présenter les principes et les finalités générales de ce que devrait être une société réellement humaine, qui lui donnent une forme de hauteur de vue très intéressante pour donner sens à ce qu'est notre idéal aujourd'hui, et clarifier, à l'intention des militants comme de la population, les justifications fondamentales de notre critique de la société actuelle et de notre ambition de la dépasser.

D'emblée, le texte situe l'ambition communiste de rupture avec les logiques du capitalisme et de dépassement de ce système de mise en compétition généralisée basé sur l'individualisme égoïste sur le terrain de l'exigence d'un idéalisme humaniste : changer la société pour développer les potentialités humaines, viser l'émancipation de chacun et de chacune, le droit au bonheur pour tous.

 

Il s'agit de savoir « quelle humanité voulons-nous être »: « un choix radical est devenu inévitable: suivre la pente de la compétition sauvage et de la barbarie: ou bifurquer sur le chemin du partage, de la démocratie et de l'humain ».

Le communisme est défini de manière très extensive, et non à la manière marxiste restreinte comme société sans classe ou appropriation sociale des moyens de production et disparition de l'État rendu inutile par la mise en commun des moyens d'existence.

Le communisme, c'est la démocratie en marche et la démocratie achevée: « C'est ce que nous nommons communisme: l'incessant mouvement démocratique d'appropriation citoyenne du monde et de partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs qui enverra peu à peu aux oubliettes l'ancien régime du capitalisme et fera grandir l'humain dans l'humanité » (I,5).

Notre projet de société, par conséquent, ne serait pas d'abord et avant tout fondé sur une analyse scientifique de l'histoire ou des contradictions à l'œuvre dans la réalité économique, il n'est pas réductible à une prise de parti dans la lutte des classes (qui n'est qu'un moyen et non une fin): il est une visée d'émancipation universelle et concrète de l'humain, que l'on doit mettre partout en pleine possession de ses droits et capacités: droit au bonheur, à l'épanouissement personnel par la culture et l'éducation, le travail utile socialement libéré de la tutelle de la rentabilité financière, l'action collective et citoyenne.

 

On retrouve ici, par delà le marxisme, le souffle idéaliste du socialisme utopique, des premiers théoriciens du communisme, du socialisme démocratique et républicain de Jaurès. La dédicace de notre Humanifeste du Parti communiste français à l'aube du siècle qui vient est d'ailleurs très jauressienne dans l'esprit et le contenu avec son style messianique et prophétique même si on doit ce vers au poète Guillaume Apollinaire, aristocrate patriote plutôt négligent en matière sociale: « Il est grand temps de rallumer les étoiles... ».

L'inspiration de Jaurès est d'ailleurs explicitement appuyée, et présentée comme une sorte de contrepoids à la traditionnelle référence à Marx, et à son matérialisme historique et sa théorie de la révolution par la violence de classe et la dictature du prolétariat, concepts ou théories qui ne sont plus tout revendiqués.

 

Le communisme, c'est d'abord un « rêve » qui traverse les âges, celui de mettre à bas les dominations et les inégalités pour rendre le monde habitable pour tous afin de favoriser le libre développement et le bonheur de chacun.

Ce rêve n'est pas une simple utopie, car le capitalisme en devenant toujours plus pur et brutal, en brisant toutes les formes de solidarité, de vie collective non médiatisée par le profit individuel et l'échange marchand, rend le monde absolument inhabitable et prépare les conditions de son dépassement en manifestant chaque jour davantage sa nocivité intrinsèque et en produisant des contradictions qui conduisent à sa remise en cause à travers des crises: « Nous voulons un nouveau monde. Il y a un monde à gagner. Un nouveau monde pour l'humanité. C'est cette conviction renouvelée qui nous rassemble. En quelques décennies, nous avons changé d'époque. Certains s'entêteront à vouloir classer notre rêve au chapitre des illusions. Ils ne veulent pas voir qu'une puissante aspiration au changement traverse l'humanité en son cœur ».  

 

Le communisme n'est plus relégué aux oubliettes de l'histoire par la faillite et le caractère oppressif des régimes communistes d'Asie ou d'Europe de l'est, par le triomphe de l'idéologie libérale avec sa démocratie a minima et son dogme du bonheur collectif par le marché et la concurrence toute puissante. Il retrouve aujourd'hui toute son actualité car le marxisme rend très bien compte de l'exaspération des tensions du capitalisme et de son absorption d'un champ toujours plus grand de sphères sociales et de pans de l'activité humaine, il rend compte aussi de la violence de la lutte des classes à l'œuvre aujourd'hui, conduite de manière très consciente par les plus riches pour leur profit.

L'exigence de construire une alternative globale au capitalisme se justifie et devrait se fortifier par les ravages du capitalisme sur la personne humaine, les sociétés et la nature, notre environnement qui conditionne notre devenir sur Terre.

L'analyse de la situation politico-économique globale du capitalisme me semble très forte dans la première partie du texte (I,1).

La lecture globale de la situation présente peut-être résumée ainsi, même si les rédacteurs du texte l'exposent bien mieux que moi: le capitalisme devient de plus en plus envahissant, de plus en plus présent dans nos vies et nos sociétés, mais c'est une conséquence de ses contradictions et de sa crise profonde qui justifient, autant que la nécessité morale et humaine de le combattre pour construire un autre système de répartition des ressources et du pouvoir, la croyance raisonnable en un devenir prochain non capitaliste des sociétés humaines. Être communiste aujourd'hui, c'est donc plus que jamais viser et préparer le dépassement du capitalisme, la substitution au capitalisme d'un autre système basé sur la coopération entre les individus et les peuples, le partage, l'appropriation commune des pouvoirs, des savoirs, des richesses, afin de faire « grandir l'humain dans l'humanité » (I,5: Un projet de société pour l'humain), « afin que le libre développement de chacune et de chacun soit la condition du libre développement de toutes et tous » (la fameuse formule de Marx reprise en I, 5).

 

L'analyse proposée par la proposition de base commune de la crise actuelle du capitalisme me parait éclairante. Par contre, là où nous sommes beaucoup moins précis et convaincants dans ce texte, à mon avis, mais c'est peut-être à dessein pour éviter de retomber dans un dogmatisme supposant un parti avant-garde définissant les formules du changement et la voie de l'avenir, c'est dans la présentation de ce que pourrait être l'organisation concrète d'une société communiste ou post-capitaliste, dans l'appréciation du rôle à conférer à la prise de pouvoir d'État, à la révolution, aux moyens d'expropriation de la bourgeoisie, et dans la présentation des moyens de contrer les effets anti-révolutionnaires sur les individus et les peuples du mode de domination capitaliste: consumérisme égoïste, division des classes populaires, abattement, résignation et ressentiment lié à la perte de pouvoir du politique, crétinisation des masses par les médias au service de la perpétuation du système et des intérêts de la classe possédante, brouillage des repères idéologiques, fabrique de boucs émissaires servant de dérivatifs à la colère sociale, exaspération du racisme et des égoïsmes nationaux.

  

Le contenu du dépassement du capitalisme à viser n'est donc pas clairement indiqué. C'est peut-être une marque de sagesse, car les théories politiques systématiques sont toujours démenties par la libre invention imprévisible des peuples dans l'histoire et par leur propension à faire du nouveau à partir d'héritages historiques particuliers dont on ne saurait négliger le poids.

C'est aussi peut-être, dirons certains avec regret et amertume, une marque d'un certain renoncement à l'ambition révolutionnaire entendue comme subversion radicale, par un affrontement qui peut être violent avec les forces qui préservent les privilèges du système capitaliste, de ce système.

 

En d'autres termes, est-ce que la majorité et la direction du PCF sont devenus des sociaux-démocrates avancés?

Non, dans la mesure où l'ambition collectiviste et la volonté de rupture avec le capitalisme ne sont pas abandonnés à titre d'idéaux activateurs de lutte et de revendications politiques et sociales concrètes. Non, car il est encore question de reprendre le pouvoir aux puissances d'argent, condition sine qua non désormais, dans les conditions de l'évolution du capitalisme mondialisé et financiarisé, de toute logique de progrès social, de développement culturel, d'écologie et d'approfondissement démocratique. Non, car la fin de l'histoire, nous le savons, n'est pas la démocratie bourgeoise inégalitaire et le marché, un système qui est en train de périr de son triomphe trop éclatant après 1989.

Mais en même temps, il y a une critique claire et répétée des expériences révolutionnaires et autoritaires des prises de pouvoir communistes en Europe et en Asie au XXème siècle. On se revendique de la révolution pour préciser aussitôt:

« Une révolution citoyenne, pacifique, démocratique, et non pas la prise de pouvoir d'une minorité. Un processus de changement crédible et ambitieux, visant à transformer les logiques du système ».

On est assurément ici plutôt du côté de Jaurès (et de son évolutionnisme démocratique et révolutionnaire) que du côté de Marx et d'Engels ou de Lénine. Je ne m'en plains pas: cela me paraît le signe d'une prise de distance nécessaire, attendue et légitime par rapport à l'héritage de la prise de pouvoir révolutionnaire par les armes, de la violence, de la bureaucratie, de la dictature communiste au XXème siècle.

Le passé du PCF est justifié à travers les conquêtes sociales et démocratiques que la mobilisation des militants pour la paix, contre le colonialisme, pour l'égalité et la dignité des travailleurs, le droit à la culture et au loisir, ont permis de conquérir, mais critiqué pour le soutien aux dictatures d'URSS et des démocraties populaires: « Nous avons affronté le XXe siècle. Au nom du communisme se sont développés des grands espoirs et des combats essentiels mais se sont aussi en certains endroits construites des sociétés d'oppression qui ont échoué à produire l'émancipation humaine que nous portons. Menant ici notre combat et provoquant des avancées sociales et démocratiques majeures, nous avons cependant peiné à nous dégager de l'affrontement qui se jouait dans la guerre froide. Nous avons souffert de voir ainsi notre idéal s'abîmer, de voir les forces capitalistes avoir beau jeu de jeter sur lui le discrédit et de voir l'espoir en un monde meilleur tellement se rétrécir » (III, 1: le nouveau parti communiste).

Les rédacteurs du texte se félicitent à ce titre que la dynamique du Front de Gauche ait permis à notre parti « d'opérer un retour remarqué sur la scène politique, et une transformation de sa propre représentation dans l'opinion publique » (II, 1). Ils se réclament de l'universalité des droits de l'homme, qui ne plus du tout des droits présentés comme formels et abstraits: « Notre patrie, c'est celle des droits de l'homme et de la femme ».  

 

La démocratie ( dans son cadre « formel » y compris, à compléter par des droits sociaux et économiques du grand nombre et un exercice concret et réel de la souveraineté du peuple: droits d'expression de l'opposition et des minorités, indépendance de la presse, libertés individuelles garanties, élections libres et multipartisme) est présentée comme une fin non relativisable, une exigence absolue et inconditionnelle, une condition sine qua non de l'émancipation: « A l'aube du XXIe siècle naissant... nous savons qu'il ne peut y avoir de communisme sans démocratie, sans que le cœur en soit la démocratie. Pour être émancipateur, un projet politique ne peut être qu'une œuvre collective à laquelle chacune et chacun peut participer ».

 

Personnellement, cette affirmation posée comme une conviction forte, et même plus encore, comme une évidence issue de l'expérience, un savoir, me convient parfaitement car elle condamne la dictature du prolétariat, l'aventure autoritaire d'une minorité visant à transformer la société en la purgeant violemment des éléments réactionnaires ou privilégiés, en créant un homme nouveau et des structures sociales nouvelles brutalement par la contrainte. Ces expériences, qui ne s'expliquent pas simplement par les tendances internes de la théorie marxiste ou léniniste, mais aussi par des conjonctures historiques et sociales particulières (héritage d'État centralisateurs, autoritaires et violents, partis communistes qui se construisent et se militarisent dans les conditions de la guerre, pauvreté des masses liée à la guerre, au sous-développement, aux privilèges passés), me semblent devoir être prises en compte sérieusement dans leurs échecs et les tragédies qu'elles ont fait naître: elles justifient le renoncement, non à la violence révolutionnaire comme moyen de la démocratie, à condition qu'elle soit celle du peuple et non d'une minorité agissante installant immédiatement une dictature pour rendre sa prise de pouvoir irréversible, mais au concept de dictature d'un parti-guide devant gommer tous les clivages et les contradictions d'intérêts et d'idées d'une société par la contrainte policière et bureaucratique.

En même temps, cette affirmation pose problème car, face aux instruments d'influence et de contrainte du capital et de ses défenseurs, face à leur projet de déshumanisation de la société pour le profit de quelques-uns, on peut se demander s'il faut désarmer par avance les classes qui ont intérêt à bousculer le régime de privilège et à changer le système, s'il faut accepter les contraintes légales de la démocratie pluraliste et formaliste, s'il faut s'interdire le coup de force d'une minorité agissante contre les exploitateurs, au moins à titre d'événement inaugural permettant une prise de conscience et de pouvoir du grand nombre. Le concept de « révolution citoyenne » est louable dans ses bonnes intentions démocratiques, il est peut-être même satisfaisant s'il désigne la société vers laquelle nous voulons tendre (celle de la démocratie intégrale et achevée), mais il est aussi « très flou » et insuffisant de mon point de vue s'il désigne les moyens du changement.

Avec quelle population nous « allons investir à tout moment les lieux possibles et imaginables, dans un vaste mouvement d'appropriation citoyenne capable de formuler et de rendre incontournables les aspirations populaires »?

Ce printemps du peuple, cette exaltation des ardeurs citoyennes, cette transformation de l'espace social en vaste forum, en agora, un terrain de manifestation colorée, devrait être le moyen démocratique d'un changement profond des structures sociales et économiques mais ne peut-on pas en même temps penser qu'il n'en peut qu'être la conséquence? Ou alors, il faudrait vraiment que se lève un espoir d'alternative politique proche et suffisamment crédible porté par des forces politiques aux portes de pouvoir et par un mouvement social résolu à ne rien lâcher et irriguant toute la société pour revoir ce type d'épanouissement populaire du politique.

On est loin aujourd'hui de réunir toutes ses conditions car la conscience de classe des exploités est devenue très lacunaire, brouillée par les conditions d'éclatement et de division du salariat, par un discours d'enfumage idéologique, l'idéologie du mérite individuel et du consumérisme, la dénonciation des profiteurs d'en bas, la crétinisation des esprits par les mass médias et une éducation de moins en moins émancipatrice. De plus, le pouvoir apparaît de plus en plus lointain, insaisissable, détenu par des institutions et des entreprises transnationales tandis que les élus nationaux se sont dessaisis eux-mêmes de leur pouvoir d'intervention économique, de sorte que cela encourage l'abattement et la résignation, le fatalisme, face à une situation que l'on croit ne plus pouvoir contrôler. Enfin, le discours médiatique ambiant, au service des puissances d'argent, entretient la résignation, la peur du déclassement, l'angoisse devant la catastrophe économique et sociale annoncée, l'idée qu'il n'y a pas de solution de rechange face à une mondialisation libérale accroissant la domination du capitalisme et la mise en concurrence de tous, tous sentiments qui incitent à faire l'autruche et à cultiver son jardin, voire à décharger sa bile sur le voisin pas comme nous, plutôt qu'à se révolter collectivement et à construire des alternatives.

Il faudrait vraiment un mouvement politique et social puissant pour changer les choses, ouvrir un horizon d'espoir, rendre son sens révolutionnaire à la situation économique et sociale présente, mais comment le faire croître et parvenir aux portes du pouvoir dans la situation de verrouillage institutionnel et idéologique présente?

Il n'y a pas de solutions toutes faites et aisées à ces problèmes: il est plus dur évidemment de savoir comment changer le système que de le conserver tel qu'il est.

Ce qui est sûr, c'est que le PCF doit viser à continuer à éclairer publiquement le sens de la crise globale que nous vivons, qui est celle du système capitaliste, car il est le mouvement politique qui dans ses fondamentaux porte la critique globale du système. Ce qui est sûr, également, c'est qu'il ne doit pas à se crisper sur des intérêts d'appareil ou d'élus, des formules, des habitudes, une méfiance vis à vis de son identité ou de son avenir menacé, mais qu'il doit être aux avant-postes pour chercher à rassembler tous ceux qui ont intérêt à changer de système en s'alliant avec toutes les forces qui le remettent en cause véritablement, à des degrés divers et selon des voies différentes.

La stratégie du Front de Gauche, la distanciation critique courageuse vis à vis d'un PS qui bien souvent, et de manière manifeste depuis quelques mois, se met concrètement dans sa pratique du pouvoir au service des puissances d'argent, faute de vouloir changer le système et d'avoir le courage de s'attaquer à elles, sont de grands pas faits dans la direction du changement, mais cela reste des premiers pas.

Il y a encore un travail de persuasion, un travail idéologique à effectuer dans des conditions extrêmement difficiles, mis à part le fait que l'acuité de la crise du capitalisme et de sa nocivité est désormais perçue largement, beaucoup mieux que les moyens de rompre avec sa domination sans partage, pour rassembler plus largement autour d'objectifs de changement structurel et de remise en question du système, pour faire pièce à l'accusation d''irréalisme, d'utopie, pour rompre avec la résignation et le consentement au moins-disant.

 

Ismaël Dupont.

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 13:32

Sur la dernière année, le nombre de chômeurs, nous apprenait le Télégramme le 25 octobre, a augmenté de 15% en Bretagne. Au niveau national, le nombre de démandeurs d'emplois inscrits à Pôle Emploi est désormais de 5 millions (dont 3 millions en Catégorie A, tenus de faire des actes positifs de recherche, et sans emploi, même précaire et à temps partiel). Michel Sapin a beau comparer cette hausse du chômage à un navire lancé à toute vitesse suite à la politique conduite par la droite et qu'on ne pourra mettre fatalement qu'un certain temps à ralentir et arrêter, il ne saurait dédouaner à si bon compte son gouvernement de cette aggravation de la situation sociale.

Car des choix ont été faits pour prolonger les orientations austéritaires et libérales du précédent gouvernement, faute de courage politique pour remettre en cause les privilèges exorbitants de la finance et les dogmes libéraux. Laisser faire les licenciements boursiers, les délocalisations, la désindustrialisation; poursuivre le désinvestissement dans les services publics, faire de la réduction des déficits une priorité, élevée bien au-dessus de l'objectif de relance de l'activité économique, autant de manquements criants à une politique de progrès social qui sont directement imputables au gouvernement. Autant de trahisons des promesses de changement faits aux électeurs en avril et en juin dernier.  

 

Pourtant, au moment où Hollande et son gouvernement imposaient l'adoption du TSCG qui installe une camisole de force d'austérité, de retrait de l'Etat et des solidarités, le FMI revoyait à la baisse les prévisions de croissance dans le monde et annonçait que la France pourrait au mieux réduire son déficit à 3,5% du PIB pour 2013 et non à 3%. Mettant en garde contre "trop de rigueur" qui tire la croissance vers le bas, il invitait les économies où la croissance n'est pas suffisante" à "ne pas prendre des mesures qui aggraveraient la situation". Le FMI qui sermonnerait presque un gouvernement de gauche en se montrant dubitatif sur les effets d'une politique d'austérité qui risque d'épuiser la demande: voilà un retournement des rôles qui illustre tout aussi bien les contradictions actuelles du capitalisme que la dérive libérale de la social-démocratie.

 

En même temps, ne nous y trompons pas. Les instances officielles du patronat et ses groupes de pression, représentant les intérêts des riches, des rentiers et des grands groupes financiers, réclament toujours plus de dérégulation du droit du travail, de baisse des salaires et des cotisations sociales qui financent la protection sociale solidaire.

Sur la baisse exigée des impôts pour les riches, le gouvernement a fait quelques concessions aux lobbies du fric mais a tenu à peu près bon sur ses objectifs au nom "des efforts douloureux à partager équitablement", mais sur le moins d'Etat, de services publics et le "choc de compétitivité" au détriment de la protection des salariés, plusieurs signes montrent qu'il est en train de céder du terrain au MEDEF.

C'est l'autre voie, néo-libérale et non progressiste ou keynésienne (laquelle passe par une augmentation des investissements publics et du pouvoir d'achat du plus grand nombre) qui peut conduire à une baisse du chômage, mais au prix de la précarisation de tous les salariés et citoyens, du renforcément de l'exploitation au travail et des inégalités d'accès aux services et aux droits fondamentaux.

 

Dans le Ouest-France du lundi 29 octobre 2012, on peut lire que Moscovici, tout en refusant l'idée d'un choc de compétitivité et en lui préférant les expressions moins guerrières et plus hypocrites de "trajectoire de compétivité" ou de "pacte de compétitivité", entend bien porter les efforts du gouvernement sur la réduction du coût du travail, par le transfert du poids de la solidarité et de la protection sociale des entreprises (via le salaire indirect et les cotisations sociales) vers les ménages (le mystère subsiste sur les moyens: par une hausse des impôts, de la CSG ou le la TVA, ou de nouvelles réductions du niveau de protection sociale solidaire, ou un peu tout ça à la fois?).

Il prend modèle sur les réformes du marché du travail et du droit du travail conduites par les Allemands, notamment le social-libéral Gérard Schöder qui a montré en même temps que Tony Blair comment un parti social-démocrate pouvait, en se mettant au service du monde financier, défaire des décennies de conquêtes sociales du monde du travail.

 

A lire Ouest-France hier, il y avait de quoi être inquiet: "Selon certaines sources, le gouvernement travaille sur un transfert, d'ici à 2017, de 30 milliards d'euros de cotisations sociales vers d'autres prélèvements, mais il n'y aura pas de hausse de la TVA ou de la CSG en 2013. Alors quelle piste est envisagée? Le flou persiste".

Hier encore, Jean-Marc Ayrault disait qu'il n'excluait pas la possibilité- car, n'est-ce pas, il n'y a plus de tabou- de refaire passer la durée légale du travail de 35h à 39h pour faire retrouver de la compétitivité à notre économie.

 

Après le chantage à la dette qu'il ne faut pas laisser aux générations futures et qui nous met dans les mains des marchés et des agences de notation, la reconquête de la compétitivité est devenue la nouvelle arme de guerre idéologique pour justifier de nouveaux reculs sociaux afin d'étendre les pouvoirs du capital, et il est indigne d'un gouvernement qui se dit de gauche d'alimenter cette propagande visant à imposer la résignation face à la dégradation des conditions de travail et de vie du plus grand nombre.

  

Pour lutter contre le chômage, outre la baisse des charges sociales des entreprises, le gouvernement utilise le moyen classique des emplois précaires à profil particulier largement aidés par l'Etat et exemptés d'une bonne part de cotisations sociales.

Le traitement social du chômage est pratiqué depuis le milieu des années 1980 par la création de nouveaux contrats aidés par l'Etat et très faiblement rémunérés et qualifiants: on peut dire que cela a aidé certainement sur le coup des dizaines de milliers de gens à retrouver un statut et une utilité sociale, à mettre ou à remettre le pied dans le monde du travail, mais en même temps, cela entretient un nivellement vers le bas des salaires et des niveaux de protection du salariat, et cela interroge d'autant plus que c'est l'Etat employeur et les collectivités territoriales qui, plutôt que de créer des vrais emplois de fonctionnaires qualifiés et correctement rémunérés, abusent pour des raisons d'économie de ces emplois précaires à temps partiel et CDD intégrant des dispositifs prétendument sociaux de retour à l'emploi pour des personnes qui sont réputées en être éloignées.

Cela crée toujours plus de travailleurs pauvres, cela conduit à remettre en cause l'utilité de qualifications qui ne sont pas reconnues à leur juste mesure ou au contraire cela délégitime l'idée que des qualifications sont nécessaires pour exercer des métiers d'agents publics, de salariés associatifs, d'AVS...

Ces emplois aidés révèlent et satisfont de vrais besoins sociaux, pour améliorer le fonctionnement des associations, des services publics, mais ils devraient être remplacés par des emplois, aidés ou non par l'Etat, mieux rémunérés, moins précaires, plus qualifiés et qualifiants.

Les emplois d'avenir rentrent dans ce cadre. Après que Mélenchon les ait dénoncé comme un mode connu de généralisation du précariat au mois d'août, comme la Jeunesse Communiste et la Commission économique du PCF, les députés communistes du Front de Gauche ont tout de même voté avec beaucoup de réserves leur mise en place, en ayant essayé préalablement de faire passer plusieurs amendements, avec des succès restreints, pour rendre la formation obligatoire (400h par an) pour les rendre réellement professionnalisants et éviter d'en faire une nouvelle trappe à pauvreté ou précarité dont l'intérêt premier serait de faire diminuer le nombre de chômeurs, et sa charge politiquement et socialement explosive.

Il est évident que le chômage des jeunes est une vraie plaie pour la société française, mais leur précarité au travail lors de leur entrée dans le monde professionnel aussi, et ces emplois d'avenir ne résolvent pas vraiment ce problème. Théoriquement, ils sont destinés à des jeunes peu qualifiés, mais tout porte à croire que les entreprises, les collectivités et les associations, auront plutôt tendance à recruter pour 1 à 3 ans les jeunes les plus qualifiés prétendant à ce poste parce qu'ils ont des difficultés à trouver un travail correspondant à leurs qualifications. Dans l'éducation nationale aussi, on va créer des postes à mi-temps d'enseignants profilés "emplois d'avenir" et réservés aux étudiants boursiers se destinant à l'enseignement.  Des jeunes payés 800 euros qui ne seront pas formés professionnellement avant d'arriver devant les élèves: si on ne leur donne que des tâches d'encadrement de l'aide aux devoirs, de soutien aux professeurs titulaires pendant les heures de classe, d'aide individualisée aux élèves, ce peut-être une piste d'amélioration du service public d'éducation et d'adaptation à la diversité des élèves intéressante, mais si on leur confie directement des classes à partir de BAC +2 ou Bac +3, ce serait à mon avis une nouvelle forme de sous-qualification et de précarité normalisée dans l'éducation nationale, au préjudice des personnels et des élèves.

 

La manière la plus efficace de réduire le chômage à court terme est que l'Etat investisse pour mieux satisfaire - en créant de l'emploi -  les besoins sociaux liés à la transition écologique, à la recherche et l'innovation, aux services publics -  et qu'il redonne du pouvoir d'achat aux citoyens, de manière directe par une augmentation des salaires, pensions et minima sociaux portée par l'autorité de la loi, ou indirectement par une élévation du niveau de qualité de la protection sociale et des services publics, financée  notamment en ponctionnant et réduisant de manière considérable les prélèvements accomplis par le capital sur l'économie réelle et les bénéfices des entreprises, deux fois plus élevés comme l'a rappelé Mélenchon dimanche soir dans Dimanche soir politique sur France Inter, que les prélèvements sociaux.  

 

On fait à peu près tout le contraire depuis 6 mois.

En n'augmentant pas le SMIC, en gelant le point d'indice des fonctionnaires, comme les pensions et les minima sociaux, en laissant s'envoler les prix du carburant, de l'énergie, en augmentant les taxes sur le tabac et d'autres produits, en supprimant des abattements de l'impôt sur le revenu et en maintenant le gel du barème de l'impôt sur le revenu décidé par Fillon, le gouvernement Ayrault est responsable concrètement d'une baisse du pouvoir d'achat de beaucoup de salariés et de citoyens.

C'est le cas aussi pour les salariés des entreprises qui, souvent sans contrepartie réelle en termes de hausse de salaire, car les rapports de force dans l'entreprise ne leur sont pas favorables en ce moment, perdent leurs heures sup défiscalisées tout en continuant à travailler autant sur la base d'une paye qui a stagné depuis le passage aux 35h (cela peut représenter une baisse de 500 € de salaire par an pour un SMICARD à 39h dans les petites entreprises). Il n'est pas question de revenir sur la légitimité des 35h ou la nécessité de la cotisation sociale sur les heures de travail payées par l'entreprise, mais la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires, que le Front de Gauche souhaitait aussi, aurait due être contrebalancée par une augmentation significative du SMIC et des négociations salariales coordonnées par l'Etat en faisant pression sur le patronat.   

 

On peut également juger inacceptable que le gouvernement, non content d'avoir maintenu dans ses grandes lignes la réforme Sarkozy-Fillon des retraites (10 000 personnes de moins que l'an passé sont parties en retraite cette année en Bretagne, nous annonçait Ouest France le 13 octobre), s'attaque frontalement au porte-monnaie des retraités, déjà soumis à rude épreuve avec la solidarité imposée avec les enfants et petits-enfants touchés par la crise, les frais de santé en hausse et de perte d'autonomie. Plus de 70% des retraités vont payer le nouveau prélèvement de 0,3% instauré dans le cadre de la Sécurité Sociale pour financer le soutien financier aux personnes âgées dépendantes, alors que cet effort de prise en charge de l'aide à l'autonomie doit être assumé par toute la nation, et particulièrement par les riches et les entreprises dans le cadre du financement de la protection sociale. De même, avec le gel du barème de l'impôt sur le revenu (non revalorisé en fonction de l'inflation) pour le calcul de l'IR au titre des revenus de 2011 et 2012, de nouveaux retraités vont devenir imposables. Ils auront de plus à payer la taxe d'habitation, la taxe foncière, et une CSG en augmentation. Et il est même envisagé de supprimer pour les retraités l'abattement de 10% sur les revenus déclarés.          

 

"En termes de pouvoir d'achat, conclut un tract d'information et d'alerte de la CGT Finances Publiques 29, c'est absolument colossal, surtout que pour nombre de retraités est venu s'ajouter la suppression de l'aide ménagère à domicile depuis le 1er janvier 2008. Et cela concerne des personnes ayant des revenus très modestes".

A juste titre, la CGT manifestait le 11 octobre dernier à Quimper et à Brest pour la défense et l'amélioration du pouvoir d'achat des retraités et notamment pour la suppression des récents disposifs fiscaux qui pénalisent les retraités,  pour la revalorisation des retraites de 300€, pour le retour de l'indexation des pensions sur les salaires.

 

Il ne sera possible d'inverser cette spirale de regression sociale que si la population et les salariés se révoltent et imposent un rapport de force dans la rue et les entreprises, sûrs de leur droits, des richesses qu'ils produisent, et qui sont de moins en moins bien réparties, de la possibilité de faire autrement pour satisfaire les besoins sociaux et réduire les inégalités. Ce gouvernement au tropisme libéral et centriste, on le sait maintenant, ne prendra des mesures de progrès social que si le peuple l'y contraint par sa mobilisation, ses exigences et son impatience.             

 

Ismaël Dupont.  

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 07:18

COMMUNIQUE DE PRESSE

La proposition de loi sur les tarifs progressifs de l’énergie du Député François Brottes est mauvaise dans son ensemble!

Ce projet de loi est le résultat d’une élaboration précipitée, sans consultation des associations, des usagers, des organisations syndicales, des partis politiques, des entreprises, etc….La procédure d’urgence est déclarée alors que la plupart des dispositions ne s’appliqueront que dans trois ans ! De plus, cette loi porte en elle des orientations structurantes de politique énergétique à l’aube du débat public qui va débuter prochainement. De qui se moque-t-on ?

Si le PCF partage la disposition introduite dans la loi sur l’élargissement des tarifs sociaux (d’ailleurs le gouvernement peut prendre un certain nombre de mesures immédiates dans ce sens par voie réglementaire) et l’interdiction des coupures, la méthode n’est pas la bonne. Cette disposition ne suffira pas pour que les communistes « avalent » tout le reste de la proposition de loi. C’est pour cela que nous proposons de traiter l’urgence (tarifs sociaux et interdiction des coupures) et pour le reste, nous proposons que cela soit débattu lors du débat public pour la transition énergétique, dont c’est précisément l’objet. Faire les conclusions avant un débat n’est pas un acte démocratique.

N’en déplaise à son auteur, pour le Parti Communiste Français, cette loi complètement axée sur l’électricité n’apportera pas de réponse efficace et immédiate aux budgets énergétiques de plus en plus lourd des ménages, notamment celui du gaz, en constante augmentation (+ de 60 % depuis 2005).

Pourtant depuis cet été, c’est bien du prix du gaz et ses augmentations incessantes dont il est question dans les familles. Que fait en urgence le gouvernement à ce sujet ? N’y a-t-il pas lieu, comme le propose le PCF depuis fort longtemps, de constituer une commission pluraliste (élus, salariés, usagers, entreprises, organisations syndicales, associations, partis politiques) pour fixer en toute transparence les tarifs du gaz ? Avec un gel des tarifs le temps de la révision de la formule tarifaire : décision que peut prendre immédiatement le Premier ministre. Malheureusement rien

n’est actuellement prévu.

Cette proposition de loi instaure une inégalité de traitement parmi les citoyens en prenant en compte le critère géographique mais pas celui de l’isolation par exemple dans le calcul du volume de base. Pour les communistes, l’électricité et le gaz sont des biens de première nécessité, tout le monde doit y avoir accès, au même tarif, quel que soit le lieu d’habitation. Aujourd’hui prendre comme prétexte le climat en avançant l’idée que des ménages, doivent se chauffer plus suivant l’endroit où ils se trouvent est dangereux car pourquoi pas demain pénaliser ceux qui habitent loin des moyens de production (propos que M. Brottes a déjà tenu dans certaines de ses nombreuses interviews) On est

bien loin des notions de solidarité nationale qui ont guidé la mise en place du service public de l’électricité et du gaz.

Le gouvernement s’obstine dans une mauvaise direction en voulant coûte que coûte tenir prématurément un engagement de F. Hollande avancé pendant la campagne présidentielle. Cette ferveur et cette obstination auraient été fort plus utiles en ce qui concerne la renégociation du TSCG ainsi que la loi sur l’interdiction des licenciements boursiers.

Paris, le 20 octobre 2012

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 07:00

A lire, cet article du Canard Enchaîné signalé par notre ami Yann Guéméné. Même si la réserve parlementaire est une pratique qu'on peut remettre en question, une telle remise en cause de la liberté de vote des élus du peuple, surtout quand ils ont voté en fonction du mandat qu'ils ont reçu (aller vers le changement, tourner le dos au sarkozysme), témoigne de la volonté de mettre le Parlement et tout un parti aux ordres, couché devant le Président, lui-même couché devant Merkel et la finance. Cela ne vous rappelle pas quelque chose...?

 

Une sanction terrible

  A l'issue du vote sur le Traité Budgétaire Européen, le 9 octobre, Bruno Le Roux, patron des députés PS, s'était écrié: "On n'oubliera pas ceux qui ont voté contre!" 

Il parlait, évidemment, des 20 députés socialistes et chevènementistes qui, malgré la consigne, s'étaient opposés à la ratification dudit traité.

Dans son numéro du 11 octobre, "Le Canard", qui rapportait la scène, avait conclu ironiquement que les parlementaires fautifs seraient- sans doute - privés du dessert, autrement dit du fric de la réserve parlementaire.

En plein dans le mille! Hollande et Ayrault se sont énervés contre les "nonistes" et ont décidé de les priver de la fameuse réserve, de 130000 euros par député et par an.

On ignore si la sanction s'applique à l'ensemble du quinquennat. Ou à vie...

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 16:16

36 ème Congrès - Base commune proposée par le Conseil National du PCF

« Il est grand temps de rallumer les étoiles… » Guillaume Apollinaire

 

" Humanifeste du Parti communiste français à l’aube du siècle qui vient"

 

Nous voulons changer le monde ! Et la chose ne peut plus attendre. Les apprentis sorciers du capitalisme ne parviennent plus à faire face à leur propre crise et les prétendues solutions qu’ils mettent en oeuvre revêtent un caractère de plus en plus brutal et autoritaire.

Nous voulons vivre à pleins poumons, quand la violence de la société nous poursuit un peu partout jusqu’à l’asphyxie.

Un choix radical est devenu inévitable : suivre la pente de la compétition sauvage et de la barbarie ; ou bifurquer sur le chemin du partage, de la démocratie et de l’humain. Quelle humanité voulons-nous être ?

Notre parti pris est celui de l’émancipation humaine, celui de l’épanouissement de chacune et de chacun, celui du droit au bonheur. Cela nous conduit à promouvoir l’égale dignité de chaque être humain, quelle que soit l’étoile sous laquelle il est né, quel que soit son genre, quelle que soit la couleur de sa peau, quelle que soit sa religion s’il en a une, quelle que soit son orientation sexuelle...

C’est ce qui donne sens à notre projet de société et à la manière dont nous voulons le faire avancer : avec toutes et tous. Cela n’est pas compatible avec l’austérité dévastatrice qui est la cause et la conséquence de la crise profonde du système lui-même. Cela n’est pas compatible avec les plans du capitalisme, qui bâtit une société de la concurrence de tous contre tous, où se déchaînent les pulsions de domination et de haine.

Le capitalisme a atteint un stade sans précédent historique de sa crise. Le XXIème siècle peut être celui de son dépassement. C’est un immense défi. Nous pensons possible de le relever.

Nous, communistes de France, lançons un appel au peuple de notre pays, aux peuples d’Europe et du monde. Allons-nous laisser écrire la suite de l’histoire par la main de celles et ceux qui nous ont mené au désastre ? Aucun des obstacles qu’ils dressent n’est insurmontable.

Face aux urgences comme face aux grands enjeux, ne laissons pas notre destin se décider sans nous, au gré des humeurs du marché. Ensemble, soyons actrices et acteurs, décideurs et décideuses de l’avenir de l’humanité.

 

I- Face à la crise, le choix radical de l’humain

 

1- Nous voulons un nouveau monde

Il y a un nouveau monde à gagner. Un nouveau monde pour l’humanité. C’est cette conviction renouvelée qui nous rassemble. En quelques décennies, nous avons changé d’époque. Certains s’entêteront à vouloir classer notre rêve au chapitre des illusions. Ils ne veulent pas voir qu’une puissante aspiration au changement travaille l’humanité en son coeur.

Prendre confiance

En proie à la crise majeure qu’il a provoquée, le capitalisme n’en finit pas de convulser, épuisant la planète et étouffant l’humanité. C’est pourquoi ses promoteurs sont à son chevet pour essayer de le sauver, en même temps que leurs immenses privilèges acquis contre l’intérêt de l’immense majorité.

D’un côté, beaucoup a déjà changé, par la mise en cause de la domination occidentale et l’émergence d’un monde beaucoup plus contradictoire, par les bouleversements des modes de vie et de production liés à la révolution numérique et informationnelle, ou par l’essor de la prise de conscience écologique... D’un autre côté, rien ne change vraiment ; tout est capté, puis digéré, pour alimenter la même fuite éperdue vers nulle part.

Dans leurs vies quotidiennes, des millions de femmes et d’hommes n’en peuvent plus.

Dans notre pays, le chômage de masse continue de gagner du terrain, la précarité devient la norme particulièrement pour les femmes et les jeunes salarié-es, de plus en plus de retraité-es sont en butte à la pauvreté, trop d’étudiant-es s’endettent et cherchent des petits boulots pour financer leur formation, la santé devient un produit de luxe, les quartiers populaires concentrent tous les effets de la crise, le travail est de plus en plus vécu comme un traumatisme, la vie est de plus en plus chère, les minima sociaux ne suffisent pas à boucler les fins de mois, la violence monte dans toute la société... Tout cela alimente le sentiment d’impuissance savamment distillé dans les consciences.

Mais rien n’est écrit d’avance : le destin de l’humanité est entre ses propres mains. Il est temps, de par le monde, que les citoyennes et les citoyens reprennent confiance en leur pouvoir.

L’issue : rompre avec le capitalisme

Rompre avec le capitalisme en le dépassant est une urgente nécessité. La brutalité avec laquelle la crise est en train de précipiter l’humanité vers des abîmes exige la mise en oeuvre de solutions nouvelles qui s’attaquent aux causes réelles. La domination insensée des forces de l’argent doit être renversée pour laisser place à un mode de développement humain durable.

A celles et ceux qui parlent de moraliser le capitalisme pour mieux le conserver, nous disons que l’entreprise est vaine et que la manoeuvre ne prend pas. L’argent n’a pas de conscience. Le capitalisme est incapable d’offrir une autre perspective que l’asservissement de l’immense majorité des êtres humains.

A celles et ceux qui en appellent à la mesure et proposent de réguler le capitalisme, nous disons que c’est un objectif illusoire. Sans la volonté de prendre le pouvoir aux marchés financiers et aux grands possédants, l’expérience a montré qu’il n’y a aucun résultat signifiant.

Il y a une contradiction de plus en plus insoutenable entre le capitalisme et le progrès social, entre le capitalisme et la démocratie, entre le capitalisme et le développement culturel, entre le capitalisme et l’écologie. C’est pourquoi nous parlons de révolution. Une révolution citoyenne, pacifique, démocratique, et non pas la prise de pouvoir d’une minorité. Un processus de changement crédible et ambitieux, visant à transformer les logiques du système.

 

2- De la crise du capitalisme à la crise de civilisation

 

La crise, avec ses accalmies et ses soubresauts, les peuples du monde la subissent depuis plus de trente ans. Chaque jour s’approfondissent ses dégâts, jusqu’à remettre en cause les fondements de la civilisation.

 

La crise financière provoque l’explosion sociale et économique

En 2007, s’est déclenchée la plus grave crise financière depuis l'entre-deux guerres, suivie deux ans plus tard, de la première récession mondiale depuis 1945. Les véritables causes de cette crise majeure se trouvent dans la domination des forces de la finance. Les exigences de rentabilité des capitaux écrasent l’économie réelle et imposent

au monde du travail de multiples et insupportables saignées.

Au coeur des emballements actuels, se trouve un antagonisme fondamental : le capital utilise les immenses possibilités de la révolution numérique et informationnelle pour nourrir son obsession de faire de l’argent pour l’argent. Cela entraîne un chômage de plus en plus massif, ainsi que l’accroissement des revenus du capital au détriment des revenus du travail. Résultat : la productivité augmente mais pas les débouchés. Cette situation conduit inexorablement au développement d’une concurrence de plus en plus déchaînée, d’une exploitation des salarié-es de plus en plus forcenée. Ce développement spasmodique s’est construit pendant plusieurs décennies sur le surendettement généralisé …qui a fini par exploser avec la crise des subprimes aux Etats-Unis.

Les forces de la finance se sont alors plus que jamais comportées comme une nuée de criquets. Pour éviter l’embrasement, de gigantesques liquidités ont été déversées par les pouvoirs publics et englouties dans la même logique. Ce sont les peuples qui en ont payé le prix par le recul continuel des droits sociaux, des services publics et du pouvoir d’achat : de quoi accentuer encore l’endettement, la faiblesse de la croissance et la relance de la

spéculation ravageuse. Une spirale infernale.

Ces enchaînements font particulièrement sentir leurs conséquences en Europe, au point de menacer la reprise mondiale. En Grèce, il a été imposé au peuple une injustifiable cure d’austérité, plongeant dans la misère et l’incertitude une large part de la population. Partout, la réduction drastique des dépenses publiques a été mise à l’ordre du jour pour nourrir plus encore le monstre insatiable de la finance.

La fameuse « crise de la dette » provient surtout de l’insuffisante des recettes publiques et sociales, du coût des intérêts versés aux banques sur les marchés financiers, de leur sauvetage et plus encore de l’appauvrissement généralisé de nos sociétés, vampirisées par les forces de la finance. Et le comble, c’est que cette spirale du déclin est utilisée par celles et ceux qui la causent pour culpabiliser les salarié-es et les populations, justifier les

privatisations. Avec l’appui d’une pensée technocratique autoritaire, les peuples européens ont été sommés

de se soumettre et d’abandonner toujours plus de leur souveraineté. Les forces financières et leurs relais ont défendu bec et ongles l’interdiction faite à la Banque Centrale Européenne de créer de la monnaie, afin de se servir de l’Euro pour sécuriser leurs créances. Ainsi, au lieu d’alléger le poids des dettes des Etats et d’engager des réponses

publiques face à la situation, ce sont donc les banques, sans cesse renflouées, qui sont encouragées à poursuivre leur oeuvre sans rien changer. Et la crise se poursuit…

Ailleurs, le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale se font les instruments de la domination absolue des marchés financiers et s’attachent à leur faire place nette en conditionnant chacune de leurs interventions à des régressions sociales.

Dans les pays émergents, où l’industrialisation demeure toujours dominée par les multinationales, la croissance s’est réalisée à marche forcée. Provoquant un exode rural massif, elle s’est souvent construite sur la base de conditions de travail dignes de celles qu’avaient pu connaître les ouvriers européens du XIXème siècle. Dans de nombreuses

régions du globe, la misère a continué d’être le lot commun tandis que s’implantaient des paradis touristiques réservés à une minorité. D’immenses vagues d’expropriation des peuples de leurs terres et de leurs droits se sont produites.

L’ensemble de ces profonds bouleversements s’est opéré sur la base d’une mise en concurrence exacerbée, d’un gaspillage d’outils et de savoir-faire incroyable, et d’inégalités insupportables.

 

Une crise écologique croissante

La crise économique et sociale se mêle à une crise écologique croissante. Car la course effrénée au profit se nourrit également sans vergogne de la spoliation permanente des ressources naturelles

La pollution des océans, des rivières et fleuves provoque une disparition de la flore et de la faune aquatique ; l’exploitation sans retenue des forêts, conduit à leur disparition ; l’agriculture intensive entraîne l’appauvrissement des terres et des sous-sols tandis que la biodiversité s’effondre et que des espèces comme les insectes pollinisateurs disparaissent… Même habillé de vert le capitalisme se moque de la planète : les lobbies de la climato-économie libérale se repaissent allègrement des catastrophes écologiques, en faisant du profit sur les exigences de développement durable. Le réchauffement climatique tient une place de premier rang dans l’ordre des défis à surmonter : les tempêtes et les inondations sont le pendant de la sécheresse et de la désertification. Quant à la fonte de la banquise et des glaciers, elle engendre l’élévation du niveau des mers créant par millions une nouvelle catégorie d’êtres humains : les réfugiés climatiques…

La réduction des énergies carbonées à l’origine des gaz à effets de serre est donc une absolue nécessité planétaire. Comment accepter, de Copenhague au sommet de la terre de Rio, que des décisions de cette importance aient pu être remises en cause pour satisfaire des intérêts financiers ? Enfin, le respect des ressources en eau et leur partage nécessitent une prise de conscience plus vigoureuse encore, tant les besoins sont criants. Et l’heure est à un autre modèle d’agriculture, protégé de la spéculation, soucieux de la santé publique et de la lutte contre la faim. Or, malgré les alertes de la FAO, on a continué à développer des cultures qui privent une partie de la population mondiale de denrées de première nécessité. Les images insupportables d’enfants se nourrissant de galettes de boue, tandis que les spéculateurs continuaient impunément leurs basses oeuvres sont restées gravées dans nos mémoires. Pouvons-nous accepter d’être réduits à l’impuissance ?

 

La démocratie réduite à un théâtre d’ombres

Devant la pression du pouvoir considérable acquis par les marchés financiers, nous sommes entrés dans un cycle de régression démocratique. La capacité d’intervention des peuples a été rognée en permanence jusqu’à être cantonnée à la marge des grandes orientations qui régissent les sociétés, tandis que la puissance publique a été de plus en

plus accaparée au service des marchés financiers. A tous les niveaux a été organisé le dessaisissement progressif des citoyennes et des citoyens de leur pouvoir. On est passé de l’Etat-Providence à l’Etat de marché. Pour donner le change, on a ainsi inventé le concept particulièrement pervers de gouvernance, véhiculant l’idée que la conduite politique pouvait se contenter de compétences. Par une série de coups d’Etat déguisés, une petite oligarchie, relayée par ses innombrables lobbies, a pris le pouvoir de façon insidieuse, maintenant les apparences de la démocratie. Ainsi, plus les changements nécessaires paraissent immenses, moins l’action politique paraît être porteuse de solutions.

 

Des crises internationales à répétition

Depuis le bouleversement géopolitique lié à la chute du mur et à la mondialisation capitaliste, des crises internationales majeures s’enchaînent dans un monde présenté comme irrémédiablement instable et dangereux. Les réponses militaires et les stratégies de puissance seraient, nous dit-on, les seules possibles. Les dépenses liées à la guerre pèsent lourd dans les budgets publics. En Irak, en Afghanistan, en Libye, en Afrique… des logiques de guerre, au nom de prétendues valeurs occidentales, n’ont cessé d’exacerber les tensions, d’étendre les instabilités,

d’aggraver les crises. Cette escalade sans issue, dans le mépris des droits des peuples et l’instrumentalisation de l’ONU, est le fruit d’un néo-impérialisme dont la volonté de prédation est à l’oeuvre partout où des intérêts stratégiques sont en jeu.

Les tensions et les violences qui caractérisent le monde d’aujourd’hui, dans sa complexité, s’enracinent en particulier là où le sentiment existe que la politique des Etats-Unis, des pays de l’Union européenne, de l’OTAN... bafoue la dignité, la souveraineté des peuples.

Le non respect des droits de la Palestine, la succession de guerres, le soutien à des dictatures, les politiques néolibérales imposées par le FMI et l’Union européenne… Tout cela n’a cessé d’alimenter un rejet profond de la domination occidentale et de fournir des motifs de révolte et de mobilisation populaires puissantes.

 

L’humanité en panne de sens

La conjugaison de ces crises finit par plonger l’humanité dans une véritable crise de civilisation. Une crise du sens et de l’imaginaire. Une crise existentielle qui interroge les rapports entre les êtres humains et leurs rapports à la nature.

Le capitalisme est venu exacerber toutes les dominations existantes, à commencer par le patriarcat. Prospérant sur la concurrence et la peur de l’autre, il a sapé les fondements du vivre ensemble. Les savoirs et leur diffusion ont été placés au service de la rentabilité financière, et les êtres humains empêchés d’acquérir une maîtrise critique des

connaissances et une culture commune. La marchandisation de tout jusqu’au corps humain, la guerre de tous contre tous et l’explosion des inégalités, la domestication de la culture et de l’éducation se sont abattues sur les peuples. Les grandes puissances se sont attelées à fournir des motifs de justification à leurs guerres néo-coloniales.

Dans une humanité déboussolée, les résistances à cet ordre mondial insupportable se sont exprimées de façon contradictoire. La théorie du choc des civilisations, mise en pratique par des responsables politiques peu scrupuleux, pour servir les intérêts de leur cause, a fait grandir des affrontements dangereux et sans issue à l’échelle planétaire. Le terrorisme, qui pousse sur le terreau de la domination des peuples, est devenu le nouvel ennemi public. Dans ce contexte, le peu de prix accordé aux vies humaines constitue un traumatisme sérieux.

L’humanité se cherche. Elle ne trouvera réponse à ses questions que dans la quête commune de sens, que dans la mise en oeuvre d’un projet commun, que dans la fin des logiques de puissance et de prédation.

 

Fenêtre 1 : La crise et son issue en question

La crise, dans toutes ses dimensions, est dans toutes les têtes. Comment l’analyser et cerner ses contours ? Quelles contradictions provoque-t-elle au sein du système ? Quelles luttes se développent et quelles luttes développer ? Quelles sont les issues ? Quelles brèches ouvrir dans l’austérité ? Plus elle est comprise et interprétée, plus les solutions se dessinent et plus l’espoir pourra gagner du terrain.

 

3- Un nouvel âge de la lutte des classes dans une humanité fragmentée

 

Au coeur de ces difficultés les résistances et la créativité des hommes et des femmes peuvent ouvrir de nouveaux horizons. C’est ainsi que pourra se reconstruire une civilisation nouvelle de femmes et d’hommes, riches d’influences culturelles différentes, mais fondamentalement libres, égaux et associés.

 

Pour une nouvelle conscience de classe

La lutte des classes avait disparu. C’était une vue de l’esprit, un fantôme du passé que quelques individus inadaptés aux exigences de la modernité cherchaient à réveiller. Chacun était seul responsable de la situation dans laquelle il se trouvait. Voilà le discours hypnotisant qui nous a été servi des années durant. Et pourtant, jamais il n’y a eu de pause

dans cet affrontement.

La crise a commencé à faire tomber le masque, de par la violence de la tentative d’écrasement que mène la classe dominante. Nous avons vu défiler les marchés financiers et leur course à la compétitivité, les actionnaires et leurs dividendes, les banquiers et leurs escroqueries, les grands patrons et leur héroïsme... Nous avons entendu que « la guerre des classes existe » et que c’est leur classe, « celle des riches » qui est en train de la gagner. Pour que l’immense majorité, les « 99% », puisse faire valoir ses droits au changement, nous voulons qu’émerge une nouvelle conscience de classe, qui rassemblerait le monde du travail et de la création. Il est grand temps que se retrouvent tous ceux et celles, épris de justice, de paix et d’humanité, dont l’intérêt est d’unir leurs énergies pour ne plus laisser  quelques profiteurs décider à leur place. Il faut pour cela faire grandir une alternative commune.

Nous bataillerons pour faire échec à la division du salariat, et à la division sexuée du travail qui se fait au détriment des femmes. Ainsi, nous combattrons le fameux concept de « classe moyenne », modelé pour faire croire à toute une partie de la population qu’elle pourra s’en sortir mieux que les autres parce qu’elle le vaut bien. De même nous ne laisserons pas s’installer plus avant le terme pernicieux d’assistanat pour décrire le devoir qu’a la société de relever celles et ceux qui sont dans la difficulté et de les accompagner.

 

Des femmes et des hommes décidés à gagner

Profiteurs contre producteurs. Finance contre travail. Comment peut-on dans ce contexte, appeler à partager les efforts et proposer le match nul ? Les appels du gouvernement français à rechercher un « compromis historique » entre le patronat et les syndicats pour un « choc de compétitivité » sont inacceptables. Il s’agit d’une nouvelle tentative de « baisser le coût du travail », d’accentuer l’individualisation de la relation de travail, et d’imposer la flexibilité. Cette offensive n’a d’autre but que d’asservir plus encore les salarié-es, comme si les régressions de ces dernières années n’avaient pas suffi. Le patronat a fait le choix de la désindustrialisation, de la spéculation, de l’abandon de la recherche-développement et de la formation, de la mise en concurrence des salarié-es entre eux par le chômage et

la précarité… Il voudrait encore doubler la facture. S’il faut un choc, c’est pour baisser le coût du capital et non la rémunération du travail ; c’est pour baisser les charges financières et non pas les cotisations sociales ; c’est pour en finir avec la précarisation et non pas pour l’augmenter ! Voilà les issues à la crise !

Face aux offensives brutales d’actionnaires insatiables, les salarié-es, avec leurs organisations, ont cherché à établir des résistances solides. Dénonçant le mépris et l’incohérence, ils ont mis sur la table des projets alternatifs crédibles. Malgré les atteintes au droit de grève, malgré la criminalisation de l’action syndicale, malgré les chantages, malgré

l’abandon des pouvoirs publics, des luttes ont grandi, dont certaines ont pu ouvrir des brèches. Ces hommes et ces femmes, atteints dans leur dignité, défenseurs d’eux-mêmes autant que de l’intérêt général bafoué, tiennent tête aux puissants. Parmi eux, il y a ces ouvrières et ces ouvriers que les médias ont longtemps ignoré, caricaturé et dont ils ont

même décrété la disparition. C’est de leur côté que se trouvent les solutions.

Dans ces batailles, les femmes prennent très largement leur place, affrontant au passage un double mépris, tandis que chaque mesure de régression adoptée les frappe plus durement en raison de leur genre. Mais si le capitalisme se nourrit de cette oppression, nous savons qu’elle n’a pas besoin de lui pour exister. Pourquoi faut-il encore aujourd’hui mener la bataille pour le droit à disposer de son corps et contre les violences faites aux femmes ?

Combien, de par le monde, sont traitées comme des mineures, contraintes d’obéir, de se cacher, de se soumettre ? De la même manière, pourtant, aux femmes, on avait expliqué que le féminisme était un combat dépassé, balayant d’un revers de main les inégalités persistantes, le patriarcat encore vivace. Ce combat contre la domination et pour l’égalité doit se faire plus encore le combat de toute l’humanité.

 

Le grand piège de « l’affrontement identitaire »

Racisme, xénophobie, antisémitisme, islamophobie, sexisme, homophobie, lesbophobie, transphobie et autres avatars du rejet de l’autre n’ont pas attendu la naissance des marchés financiers pour sévir. Nous les combattons toutes avec vigueur, en tant que telles.

Nous savons aussi que les forces dominantes ont bien compris le parti qu’elles pouvaient en tirer : afin de détourner la colère sur d’autres têtes, elles s’attachent à diviser leurs victimes dans des affrontements qui laissent à l’abri leurs intérêts.

Pour déclarer l’ouverture de la chasse aux boucs-émissaires, tous les prétextes sont bons. La stigmatisation tous azimuts des jeunes des quartiers populaires, des agents de la fonction publique, des grévistes, ou encore des chômeurs et des pauvres établit une liste de prétendus profiteurs du système, en même temps que le portrait robot du prétendu méritant vertueux qui serait lésé par leur seule existence. Dès lors, lutter contre toutes les dominations,

travailler à gagner l’unité et la solidarité contre les divisions, c’est façonner cette nouvelle conscience de classe que nous recherchons. C’est plus que jamais une urgence.

En effet, à partir de l’insécurité sociale latente, tout est fait pour que l’être humain se sente plongé dans un climat d’insécurité existentielle, au point de se vivre comme un individu assiégé de toutes parts. Assiégé dans son être même, dans son identité... Le pas suivant est vite franchi. Ainsi donc, le tranquille autochtone, serait seul face aux barbaresques menaçants.

Il s’agirait donc pour lui de s’unir avec ses semblables face à l’ennemi désigné, accusé de « racisme anti-blancs ». Les mêmes qui critiquent le communautarisme l’installent de fait, dans une dimension profondément conflictuelle, allant jusqu’à usurper et dévoyer le principe républicain de laïcité.

Le déplacement du conflit social sur le terrain identitaire et communautariste est lié à l’héritage complexe et encore pesant d’une histoire nationale marquée par le fait colonial et relève d’une stratégie visant à fractionner les couches populaires et à masquer l’aggravation des inégalités sociales. C’est ce que l’on appelle l’ethnicisation des rapports sociaux, et c’est, dans le monde d’aujourd’hui, une arme de division massive.

S’appuyant sur la théorie du choc des civilisations, la diabolisation insupportable de l’islam et des musulmans, amalgamés en permanence à des étrangers intégristes et à des terroristes en puissance, a une fonction particulière dans ce dispositif. Voilà ainsi campé le personnage de l’étranger par excellence, celui qu’on incrimine et contre qui l’on veut fédérer.

A partir de là peuvent se déployer toutes les peurs, toutes les haines et toutes les jalousies, comme on le voit aussi particulièrement à l’endroit des Rroms ou des sans-papiers. Comme on le voit également à travers l’islamophobie et la résurgence de l’antisémitisme.

Le développement d’un nouveau type de racisme, de plus en plus décomplexé, ne saurait être compris sans mesurer la portée de cette offensive menée par la droite et l’extrême droite. Elle est susceptible d’alimenter bien des tensions au sein des peuples comme au plan international. En mettant cet affrontement identitaire à l’ordre du jour, elle porte un

grand danger de notre temps.

Communistes, nous affirmons l’inexistence des races, prônons l’universalisme et l’égalité de tous les êtres humains. Nous concevons la diversité des cultures, des héritages comme un patrimoine de toute l’humanité. Combattants contre toutes les aliénations, nous refusons les assignations identitaires imposées aux individus. Comme beaucoup

d’hommes et de femmes, nous ne reconnaissons pas la richesse de l’humanité dans ces identités étriquées, fantasmées, artificielles. La question est bonne : homme, femme, qui es-tu ? Mais la réponse ne peut consister à s’enfermer dans des cases pour se rassurer et se protéger. L’être humain est un être social, un être de relations, un être de culture. L’être humain est un producteur. Un être en chemin et en devenir. Chacune, chacun, nous

sommes des humains uniques et complexes, d’influences et d’appartenances multiples.

Ensemble, nous sommes l’humanité.

Que dire, alors, de la nation ? Nous en portons une conception qui se situe aux antipodes de la vision identitaire et ethno-culturelle qui teinte les discours de la droite, sous l’influence de son extrême. La nation est pour nous un lieu essentiel du faire peuple et de l’exercice de la démocratie. Un lieu essentiel de l’internationalisme. La nation française elle-même s’est forgée dans la Révolution. Elle peut être fière de sa diversité régionale, en particulier linguistique. Elle est habitée d’une culture ouverte et en mouvement dont le monde a besoin. Au même titre qu’il a besoin de l’apport des autres nations de l’Europe et du monde. Depuis l’aube de notre histoire, les échanges entre les peuples nourrissent les représentations qu’ils se font d’eux-mêmes, leurs cultures communes et leurs façons de  vivre. Partout, au coeur de la vie quotidienne dans les villes du monde, c’est cela qui se poursuit.

C’est pourquoi, l’idéologie xénophobe du nationalisme est une dangereuse fumisterie.

Convaincus qu’il est vain d’enfermer toute tentative de changement dans la seule nation, nous proposons d’en refonder le principe pour reconstruire de l’unité sur les valeurs de liberté,d’égalité et de fraternité. Dans le même mouvement, il sera possible d’inscrire cette refondation dans une quête de mondialité. C’est-à-dire un processus permanent d’humanisation de l’humanité capable de bousculer la mondialisation capitaliste et d’opposer aux

affrontements identitaires la force d’un monde interculturel. De tous les pays, unissonsnous.

 

Fenêtre 2 : La fragmentation de la société en question

Vivre ensemble, lutter ensemble. Nous voulons lutter contre toutes les dominations tandis que le capitalisme les utilise pour diviser les peuples. Comment faire face à la fragmentation de la société, lutter contre les divisions, combattre les visions ethnicisées du monde, affronter l’individualisation des rapports sociaux… ? Comment construire une conscience de classe de notre temps ? Comment lutter contre la montée de l’extrême droite et de ses idées ? Qui et comment rassembler pour un changement politique ?

 

4- L’ouverture de nouveaux champs du possible

 

Quand les peuples se mettent en mouvement

Partout dans le monde, des mouvements populaires se développent qui en attestent : l’humanité cherche des issues. En effet, comment ne pas trouver dans le mouvement d’occupation de Wall Street, le temple du capitalisme mondialisé, le signe éloquent d’un système en perte de légitimité ?

Dans les pays d’Europe, les peuples résistent et manifestent leur profond rejet de l’austérité.

Des forces politiques comme Syriza, en Grèce, opposées aux orientations européennes, commencent à gagner une place politique nouvelle. Sans oublier les « Indignés», qui portent une forte contestation du système, et bien souvent de la politique en tant que telle. En Amérique Latine, dans la diversité des histoires nationales, des forces politiques, ont

été portées au pouvoir pour s’opposer au pillage impérialiste de leurs richesses et de leur travail, pour fonder de nouvelles coopérations et solidarités, y compris avec Cuba, victime d’un blocus inacceptable. Il s’y mène des politiques nouvelles où l’on cherche des façons de rendre au peuple les droits qui sont les siens. Ces expériences nous intéressent, elles nourrissent nos espoirs, elles participent à rendre partout le changement possible. Nous

en sommes pleinement solidaires. Le Printemps arabe, s’il a débouché sur des situations contrastées, ne saurait être interprété autrement que comme une éruption trop longtemps contenue, d’aspirations profondes à des bouleversements dans la vie quotidienne et dans la vie démocratique des peuples. Le monde arabe n’en pouvait plus de cette domination néo-coloniale dont la misère, la famine et la privation de libertés étaient le prix. Au coeur de ces mouvements, les aspirations démocratiques et progressistes doivent prendre le dessus. Dans notre pays, enfin, se lèvent dans de nombreux champs de la société des mouvements de lutte qui portent des revendications et des propositions concrètes. C’est de là que naîtra le changement.

Nous souhaitons que se libèrent toutes ces forces qui veulent transformer nos sociétés, et celles qui ne trouvent pas encore à se manifester. Si elles sont encore éparses, s’il leur manque un projet commun, elles sont porteuses d’un souffle nouveau dont le monde a besoin.

 

Quand le progrès sert l’humanité

La révolution numérique et informationnelle bouleverse déjà les modes de production et d’échanges, comme les modes de vie. Elle prolonge l’intelligence humaine et change son rapport au monde, alors que jusqu’ici les outils, puis les machines de la révolution industrielle, avaient permis simplement de «prolonger la main», en instituant une séparation multi-séculaire entre celles et ceux qui décident et celles et ceux qui exécutent,. Les systèmes automatiques de traitement, de stockage et de transmission de l’information sont autant d’avancées ouvrant des possibilités inédites que le capital s’efforce de confisquer, avec les gains de productivité qu’elles génèrent. Pourtant, elles portent en elles la possibilité d’une autre civilisation, fondée sur la mise en commun et la coopération plutôt que sur la marchandisation du monde.

En tous domaines, les progrès considérables de la connaissance et des savoirs, accompagnés de progrès techniques et technologiques incessants, couplés à cette révolution sont une chance pour l’humanité. L’organisation du travail, sa conception et sa place dans la vie des êtres humains pourrait en être complètement changée.

Contrairement au projet d’une « économie de la connaissance » qui capte la recherche au service de la rentabilité et vise la refondation de la formation au service de la division du salariat, nous voulons nous appuyer sur la place croissante des savoirs dans la société pour construire une culture commune émancipatrice. Déjà, la place croissante des savoirs dans le travail, dans le débat démocratique et dans la vie quotidienne est à l’origine d’aspirations

nouvelles. Sous la crise du capitalisme émergent déjà les prémisses d’une troisième révolution industrielle avec l’impression 3D, les machines auto-réplicatives libres, l’open source hardware, les mouvements hackers et maker. Ainsi se créent et se développent des lieux de conception et de proximité en réseau, ouverts et gratuits, où l’on partage savoir et savoir-faire, où l’on crée plutôt qu’on ne consomme, où l’on expérimente et apprend collectivement, où le

producteur n’est plus dépossédé de sa création, tels les Fab Lab, qui sont les moteurs de ce mouvement.

Toutes ces avancées portent en elles des possibilités de mise en commun, de partage et de coopération inédites.

 

5- Un projet de société fondé sur l’humain

 

Alors, quel projet ? Cette question, nous ne souhaitons pas y répondre seuls. Nous voulons la poser en grand à la société. Nous voulons interroger les hommes et les femmes, pour donner de l’espace et de l’écho à leurs aspirations. Ouvrons grand les vannes : « et vous, quels changements de société voulez-vous ? » Voilà la grande campagne

d’échanges citoyens que nous souhaitons lancer dans tout le pays et au-delà. Nous ne saurions nous engager dans une telle initiative sans décrire nous-mêmes le projet de société que nous portons. Nous ne le concevons pas comme un modèle prêt-à-porter, mais une contribution forte dans la quête de l’humanité.

Rien de tout cela ne tombe du ciel. A la suite des Lumières et de la Révolution Française,

il y a les anticipations fondamentales issues de Marx, et des penseurs du socialisme, avec une mention particulière dans notre pays pour la contribution de Jean Jaurès, qui fonda ce journal au nom si emblématique : L’Humanité. Il y a ensuite les enseignements que nous avons tirés des échecs et de l’effondrement des premières tentatives de rupture avec le capitalisme du XXème siècle : sans démocratie, respect des libertés et des droits de l’homme particulièrement, il ne saurait y avoir d’émancipation humaine. Il y a encore les avancées produites par les communistes depuis un certain nombre d’années pour définir d’autres logiques à mettre en oeuvre. Il y a enfin tout ce qui se cherche et s’invente dans les luttes et le mouvement des idées pour faire grandir l’alternative.

Notre projet se nourrit de tout cela. Il est en construction permanente. Un projet alternatif au capitalisme et à toutes les formes de domination doit permettre la convergence des pensées qui leur résistent : celles qui prennent le contre-pied des politiques libérales sur le plan social et économique, celles qui renouvellent l’exigence écologique, celles qui vont

puiser dans les aspirations libertaires et l’humanisme, celles du féminisme, celles de la République face à sa décrépitude avancée, celle de l’altermondialisme... Il doit également se forger dans la vie, comme une réponse aux contradictions dans lesquelles les femmes et les hommes se débattent. C’est ce que nous nommons communisme : l’incessant mouvement démocratique d’appropriation citoyenne du monde et de partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs qui enverra peu à peu aux oubliettes l’ancien régime du capitalisme et fera grandir l’humain dans l’humanité.

 

La démocratie comme mode de vie

La démocratie doit être au coeur du vivre ensemble, par la reconnaissance d’une souveraineté populaire pleine et entière comme étant seule légitime. Aucun pouvoir, fut-il éclairé ou savant, ne saurait s’affranchir du peuple et gouverner sans lui. Nous proposons de démocratiser tous les espaces de la société, en recherchant partout à pousser les feux de l’intervention citoyenne et de la co-élaboration.

- Nous voulons une nouvelle République, où l’exercice de la démocratie ne consistera pas à abdiquer son pouvoir de citoyenne ou de citoyen. Dans toutes les institutions, nous voulons rompre avec le présidentialisme, en finir avec le cumul des mandats en nombre et en durée, favoriser la délibération et l’exercice collectif des responsabilités, promouvoir la proportionnelle comme mode de scrutin à toutes les élections locales et nationales, trouver les voies d’une parité effective, ouvrir un droit d’initiative législative populaire et un droit de saisine des institutions. Nous proposons également pour faire vivre la démocratie et lutter contre la professionnalisation de la politique, la création d’un statut de l’élu-e.

Au sein de cette République, nous voulons une vraie démocratie locale, dont les communes doivent être le coeur battant. Elles devront y développer l’esprit coopératif à chaque fois que nécessaire en faisant respecter l’esprit décentralisateur et la souveraineté populaire. Nous sommes pour une citoyenneté de résidence et nous défendons le droit de vote des étrangers vivant dans notre pays.

Pour prendre le pouvoir, il faut comprendre le monde. Notre exigence de démocratie rend nécessaire l’accès de toutes et tous aux savoirs.

Nous proposons une véritable démocratie économique et sociale, qui instaurera l’exercice de nouveaux pouvoirs pour les salarié-es dans les entreprises et transformera les structures juridiques qui fondent aujourd’hui la propriété du capital et son pouvoir absolu, en s’appuyant sur des formes diverses de propriété publique et sociale. La citoyenneté ne doit pas s’arrêter à la porte des lieux de travail. Sans attendre, nous voulons que les salarié-es et leurs représentant-es disposent de droits et pouvoirs d’intervention sur les choix qui président à l’organisation du travail, aux investissements, aux stratégies des entreprises et à leur financement. Nous voulons permettre aux organisations syndicales de tenir la place essentielle qui leur revient dans la démocratie sociale. Il en est de même pour les

élus locaux et les élues locales, de par leur rôle décisif dans l’aménagement du territoire.

Nous proposons une administration démocratisée des services publics et leur expansion coopérative jusqu’à la gestion des biens communs de l’humanité. Nous voulons libérer des griffes du marché l’eau, l’énergie, et plus largement des secteurs essentiels à la vie de l’humanité, y compris la monnaie... Nous voulons ouvrir des droits garantis par des services publics dans les domaines du logement, de l’information, de la communication, des

transports, de la santé, ou du crédit. Nous voulons développer la gratuité de ceux qui sont essentiels à la vie de chacune et chacun.

- La fuite en avant libérale opérée par l’Union européenne n’a cessé de s’exacerber, au point de la plonger dans une crise existentielle qui appelle des transformations fondamentales. Ainsi, la finalité même de la construction européenne doit être redéfinie. L’Europe doit devenir un grand projet humain, capable de peser pour un monde de coopération. A l’opposé des forces nationalistes qui opposent entre eux des peuples qui souffrent du

même mal, nous voulons refonder la construction européenne pour bâtir une Europe des peuples, dont le but sera le progrès humain, social et écologique, et non plus la concurrence acharnée et la grande compétition des humains. Aussi, sa première ambition devra être de s’émanciper des marchés financiers. Par la coopération, elle devra permettre de mobiliser démocratiquement tous les atouts disponibles au service de la promotion des capacités

humaines et d’assurer la gestion solidaire des biens communs. Parmi les changements majeurs, il est urgent de mettre fin à l’indépendance de la Banque Centrale Européenne, qui doit être placée sous contrôle démocratique et citoyen. Elle devra être enfin autorisée à battre monnaie pour financer les dépenses publiques et les investissements

s'inscrivant dans les nouvelles priorités, aux conditions les plus favorables et dans une logique de long terme et contribuer à un essor concerté des services publics.

Elle devra également favoriser la réduction des inégalités de développement entre pays membres. Parallèlement, un audit citoyen de la dette, devra permettre aux Etats de se libérer des charges illégitimes que les financiers veulent leur extorquer.

Nous voulons repenser la démocratie européenne. La gestion commune des biens, intérêts et projets communs doit résulter de choix souverains, faits en pleine connaissance de cause après information et consultation des citoyennes et des citoyens. Il faut donc créer les conditions -politiques, institutionnelles, culturelles- favorisant leur implication dans l'élaboration des politiques européennes, le contrôle de leur mise en oeuvre et l'évaluation de leurs effets. L’Europe refondée ne saurait altérer la souveraineté populaire ou nier les nations qui la composent, mais doit s’imposer le devoir de pousser les feux de la démocratie représentative, participative et citoyenne.

Enfin, ses principes doivent respecter ceux de la Charte des Nations Unies. Elle devra se montrer exemplaire dans l'engagement solidaire et responsable face aux enjeux vitaux de notre temps : environnement, paix, développement... Il lui faudra ainsi rechercher tous azimuts des partenaires pour coopérer à la transformation du monde.

- Nous voulons un monde de paix, de partage et de solidarités. La paix ne saurait être garantie que par la justice, le respect du droit et de la souveraineté des peuples. C’est ce qui fonde notre soutien à la lutte légitime des peuples de Palestine, du Kurdistan, du Sahara occidental en particulier. Nous nous opposons à l’impérialisme et à ses guerres. Partout, les relations entre les peuples doivent se bâtir sur les coopérations et la sécurité, dans la quête d’un nouvel ordre mondial. Face aux nouveaux enjeux de la sécurité internationale, comme face à la gravité de la situation, en particulier au Moyen-Orient, il est urgent de mettre à l’ordre du jour, avec l’exigence du règlement politique des conflits, le désarmement multilatéral, en matière nucléaire et bien au-delà.

C’est sur cette base, de solidarité et de responsabilité collective, que nous proposons de refonder les institutions internationales, d’agir pour sortir de l’OTAN et la dissoudre. Nous sommes également convaincus qu’il faut en finir avec les orientations des institutions financières internationales telles le FMI et la Banque mondiale, qui conditionnent toute forme d'aide à nombre de pays du Sud, et même aujourd'hui d'Europe, aux politiques néolibérales

d'austérité et de régression sociale. Une véritable révolution monétaire doit voir le jour pour mettre fin à la domination du dollar, pour mettre en oeuvre progressivement une monnaie commune mondiale visant à répondre aux besoins de coopération et de co-développement en mobilisant les moyens existants et nécessaires et en favorisant le développement des services publics. C'est l'ensemble des organisations internationales, y compris l'ONU, qui doivent être transformées et démocratisées afin de pouvoir répondre aux exigences du multilatéralisme, de la coopération et du développement humain durable. Il y a urgence à mettre en discussion un manifeste pour un développement humain durable à l’échelle mondiale, afin d’engager une discussion sur la satisfaction des besoins essentiels

de tous les êtres humains et sur la gestion des ressources communes de l’humanité.

 

Produire, consommer et partager autrement les richesses

Le capitalisme abime les liens des êtres humains avec la nature et des êtres humains entre eux. Avec lui, tout est devenu marchandise, tout est devenu source potentielle de profit pour quelques uns. Nous voulons faire grandir la conscience que l’humanité a d’elle-même et lui permettre d’organiser la façon dont elle subvient à ses besoins et crée les moyens de son épanouissement.

- La question du travail et des rapports d’exploitation est centrale. Les vagues de suicides qui ont frappé de grandes entreprises ont dramatiquement mis le projecteur sur l’augmentation de la souffrance au travail, due à la pression permanente et à la perte de sens. La course insensée à la compétitivité ne saurait qu’aggraver cette situation. Le travail doit être garanti comme le droit de chacune et chacun à se réaliser, à participer à l’effort commun au service de la collectivité en fonction de ses moyens, en contrepartie d’un revenu lui permettant de se nourrir, se vêtir, se loger, se cultiver, se détendre, voyager... Pris dans toute sa dimension, le travail doit être un lieu de créativité, d’épanouissement et de vie sociale. Il faut donc le réorganiser et le repenser en mettant au placard les techniques de management inhumaines et le recours à la précarité. La place des femmes à tous les niveaux de responsabilité dans l’entreprise, le refus du temps partiel imposé et la rémunération de leur travail à égalité avec les hommes doivent être des normes respectées.

Les potentialités actuelles doivent permettre de réduire le temps de travail dans une vie, mais aussi de construire un système de sécurisation de l’emploi et de la formation pour éradiquer le chômage, démarchandiser le travail, et répondre aux besoins de formation, pour la société dans son ensemble et pour chacun de ses membres.

Les attaques violentes contre le droit à la retraite, à la santé, à l’assurance chômage, aux prestations sociales ont rencontré de grandes résistances. Nous réaffirmons notre choix fondamental en faveur d’une protection sociale solidaire de haut niveau. Pour répondre aux aspirations de la société, nous voulons sortir de la défensive en portant,

à partir des luttes sur l’hôpital, l’école ou encore la recherche, une expansion des services publics à l’échelle européenne. Leur développement est à la fois une nécessité économique de relance et une question de justice.

- Nous ne cèderons pas au MEDEF qui entend passer commande de la main d’oeuvre dont il a besoin en enfermant les étudiant-es dans l’acquisition de compétences restreintes et en en dédouanant les entreprises de leur propre rôle de formation. L’éducation et la formation doivent permettre l’élévation générale du niveau des connaissances et des capacités dont la société a besoin, et fournir aux êtres humains de quoi se construire comme individus libres et responsables. Ces périodes doivent être reconnues comme partie intégrante du travail que chacune et chacun fournit dans une vie au service de la collectivité. Il convient également de libérer le développement de la recherche, avec une forte impulsion publique et dans un esprit de mise en commun des découvertes pour faire avancer l’humanité

et lui permettre de résoudre sans attendre les grands problèmes qui lui sont posés.

Une nouvelle culture de partage et d’intercréativité de tous les êtres humains, en germe dans la révolution numérique et informationnelle devra être promue.

- La crise a accéléré la destruction de sites de production entiers et l’abandon de savoir-faire industriels laissant des centaines de milliers d’ouvrières et d’ouvriers sur le carreau. C’est insupportable ! Nous voulons continuer à produire, dans le respect de l’environnement.

Nous n’acceptons pas ce gâchis humain, social, écologique et économique que veulent imposer les grandes multinationales dans leur course à la concurrence. Vivre et travailler au pays, le slogan n’est pas d’aujourd’hui. Nous voulons mettre en oeuvre d’autres modèles de gestion que ceux du capitalisme financiarisé. Nous voulons gagner une politique industrielle et de services, reposant sur des pouvoirs d’intervention des salarié-es, un nouveau crédit sélectif et des filières stratégiques cohérentes,. Nous voulons organiser la coopération entre les sites de production comme le proposent souvent les organisations syndicales, et favoriser les circuits courts qui économisent la planète. Nous voulons instaurer un droit de préemption pour les salarié-es sur leur outil de travail, développer l’économie sociale et solidaire. Des nationalisations doivent être opérées dans plusieurs secteurs stratégiques et pour reconquérir la gestion de biens communs. Nous voulons, sous de multiples formes, engager un grand mouvement d’appropriation sociale.

- La planification écologique doit devenir l’outil du débat démocratique, afin de maîtriser les enjeux de production, d’éviter les gaspillages de ressources, les atteintes à la biodiversité et d’organiser la véritable réponse aux besoins. Ainsi, dans un contexte d’expansion des besoins énergétiques mondiaux, il faudra juguler le réchauffement

climatique à l’échelle de la planète par une réduction progressivement massive du recours aux énergies carbonées qui sont responsables des émissions de gaz à effet de serre. De ce fait, la transition énergétique française, pour rendre effectif le droit à une énergie pour tous devra passer par un important effort de sobriété et d’économie d’énergie dans l’habitat et les transports, ainsi que par un mix énergétique entièrement public, portant des exigences accrues de sûreté sur le nucléaire et de plus en plus marqué par les énergies renouvelables. La recherche devra être déployée dans tous ces domaines.

Il est grand temps de sortir du cycle infernal productivisme-consumérisme, qui n’a d’autre finalité que les profits de quelques uns. Il faut donner un tout autre contenu à la croissance, imposer des exigences qui ne peuvent être que celles d’un développement humain durable. Il faudra traquer, par exemple, l’un des choix stratégiques les plus symboliques de l’absurdité du système : l’obsolescence programmée, qui voit des entreprises produire des biens à durée de vie volontairement déterminée pour fidéliser, en quelque sorte, leur clientèle…

L’eau devra être reconnue comme un bien commun de l’humanité, garantie comme un droit pour les populations et partagée jusque dans la gestion publique et coopérative des ressources. Il faut également anticiper les moyens de relever le défi alimentaire, en quantité comme en qualité, en refusant la mainmise des multinationales sur la production agricole avec ses organismes génétiquement modifiées et son modèle autant intensif qu’extensif

qui constitue la négation de la souveraineté alimentaire et de l’agriculture paysanne comme de la pêche artisanale. En refusant également de laisser la grande distribution venir spéculer, ponctionner et orienter à sa guise, privant les producteurs d’une juste rémunération.

Il faut changer de logique en imposant les exigences d’un développement humain durable. Notre croissance est celle du développement social et écologique, pas celle de l’accumulation du capital.

- Le but du travail ne saurait être de produire toujours plus d’objets de consommation rentables et jetables, mais de permettre à l’humanité de vivre bien. Les inégalités de revenus exorbitantes sont une insulte à la dignité humaine, elles méritent qu’on s’y attaque en définissant des revenus minimum et maximum. Nous voulons repenser l’impôt, taxer l’argent du capital augmenter sa puissance redistributive et sa capacité à orienter les grands choix des entreprises. Les richesses produites, aujourd’hui usurpées et gaspillées, devront échapper à la mainmise de la finance et des spéculateurs. Nous voulons réorienter fondamentalement l’argent des profits, l’argent des banques et l’argent public vers les salaires, la garantie de droits sociaux, l’investissement productif écologique, la recherche, l’expansion des services publics. Les nouveaux pouvoirs des salarié-es devront les placer au service des objectifs sociaux qui expriment notre ambition : l’humain d’abord ! Dans cet esprit, la réorientation du crédit bancaire est une priorité stratégique pour mettre en cause le pouvoir des marchés financiers. Déjà, des luttes sociales et politiques se mènent pour traduire cette exigence dans des dispositifs institutionnels concrets comme la constitution d’un pôle

financier public et le déploiement de fonds régionaux pour l’emploi et la formation.

 

Le choix résolu de la dignité humaine

Chaque vie humaine est essentielle à l’humanité. Pour nous, le libre développement de chacune et chacun est la condition du libre développement de toutes et tous. Naître, c’est accéder à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Ces valeurs toujours révolutionnaires ne peuvent vivre que si elles avancent du même pas. Il faut pour les garantir, que la souveraineté populaire s’exerce pleinement, dans un esprit de laïcité. Nul ne peut imposer aux autres ses convictions, qu’elles soient religieuses, politiques ou philosophiques. De même, nul ne peut être discriminé en raison de ses origines, de son sexe, de son handicap, de tout prétexte que l’on pourrait utiliser pour abaisser celui qui est différent de soi, ou celle que l’on ne comprend pas. L’égalité entre femmes et hommes doit maintenant devenir une réalité et les violences faites aux femmes être éradiquées. Réformer le mariage, comme l’adoption,en en faisant un droit pour toutes et pour tous, serait au passage une belle manière de reléguer dans le passé l’esprit de domination dans lequel il a été bien souvent utilisé dans l’histoire de nos sociétés.

- L’exercice concret de la démocratie, dans un quartier populaire, dans une commune, est un geste essentiel au service de la rencontre. La République doit mettre en dialogue toutes les représentations du monde, dans la mesure où elles ne contestent pas son principe.

Ainsi, nous refusons la conception qui ferait de la laïcité un principe de stigmatisation et d’exclusion. Nous refusons aussi cette conception qui ferait de l’espace public un lieu aseptisé, où l’on s’efforcerait de n’être que semblable aux autres, les convictions des individus étant refoulées dans une «sphère privée». C’est là qu’elle doit tisser la toile des valeurs communes qu’il faut sans cesse continuer. Nous voulons porter une vision restaurée de la laïcité, qui garantisse la liberté de conscience et l’égalité de droits et l’indépendance de l’Etat à l’égard de toute religion et de toute autorité hormis la souveraineté populaire.

Aussi, nous nous opposons à tous les intégrismes qui instrumentalisent les religions à des fins politiques, en portant atteinte aux libertés et à la dignité des femmes.

- Nous voulons développer l’accès à la culture, à l’information et aux connaissances, mais aussi leur appropriation sociale, en élargissant ce que les êtres humains ont en commun ou peuvent partager et qui construit leur humanité. Il s’agit de dépasser les querelles identitaires dé

pourvues de sens et de permettre à chacune et chacun d’être maître de son destin individuel en participant au destin collectif. Nous imaginons une information subtilisée aux mains des financiers et démocratisée. Nous voulons en finir avec une éducation mise au service de la rentabilité et des intérêts du capitalisme. Construire une culture commune exige un grand service public de l’éducation pour toutes et pour tous. Nous voulons sortir de la marchandisation des oeuvres de l’esprit, de l’avilissement de la culture, réduite au rang de passe-temps chargée de produire du temps de cerveau disponible. La culture peut donner dans la gravité ou dans la légèreté, mobiliser l’intelligence ou les émotions, prétendre à de grands bouleversements ou n’avoir aucune prétention, mais elle ne saurait être le résultat d’une production industrielle passée au tamis du marketing pour abaisser le peuple et le rendre docile. L’art, la culture, l’imaginaire sont des vecteurs essentiels des créations humaines, des moteurs de transformation sociale, des révélateurs de citoyenneté et d’humanité. Vecteur d’accomplissement de soi et de relations humaines, le sport doit être libéré de la domination de l’argent : la libre association et le bénévolat sont des facteurs essentiels pour y porter l’exigence de partage et de démocratie.

- La République ne se fige pas dans une image d’Epinal surannée en brandissant le drapeau français. Ce que porte le drapeau français, ce sont les valeurs généreuses de la Révolution, celle de « Ma France » de Jean Ferrat et nulle haine recuite. Nous ne nous sentons pas menacés par l’immigration. Elle est un drame pour celles et ceux qui en viennent

à quitter leur pays pour fuir la misère, dont bien souvent le pillage colonial est l’origine. Nous voulons résorber les inégalités planétaires. Mais il faut également lutter contre les marchands d’illusions, les passeurs et trafiquants qui rançonnent les migrants. Pour celles et ceux qui n’ont d’autre choix que de partir, le départ est une déchirure. L’arrivée ne doit pas en être une seconde. Nous voulons accueillir celles et ceux qui sont là, qui travaillent, leur donner des papiers et les mêmes droits. Notre patrie, c’est celle des droits de l’homme et de la femme.

- Nous combattons la misère qui détruit les vies humaines, et nous entendons faire admettre le droit essentiel de tout être humain à vivre pleinement et le droit d’être secouru par la solidarité nationale en cas de difficulté. Contre les politiques de seuil qui concentrent de faibles deniers publics sur la population la plus paupérisée, nous voulons retrouver le chemin d’une vraie protection sociale. Nous voulons permettre au travail social de renouer profondément avec sa raison d’être. Nous défendons un véritable droit au logement, soutenu par des politiques publiques volontaires.

- La dignité humaine est un droit qui doit être garanti jusqu’au bout de la vie. C’est pourquoi nous voulons refonder la protection sociale mise à mal par les directives européennes, les réformes régressives et les attaques des assurances privées. La protection sociale doit prendre en charge toutes les situations de handicap. Elle doit également prendre en charge la perte d’autonomie. Nous défendons l’obligation de combattre la douleur, cela demande de véritables moyens. Le développement des soins palliatifs est une exigence d’humanité, qui n’est pas compatible avec l’acharnement thérapeutique en fin de vie. Nous combattons enfin la marchandisation des corps sous toutes ses formes.

- Le respect de la dignité humaine s’impose même pour ceux qui enfreignent les lois. Opposants résolus à la peine de mort et à toute logique de vengeance, nous voulons sortir du tout carcéral, nous voulons des peines qui protègent mais aussi des peines qui permettent la réinsertion. Nous refusons de voir des hommes et des femmes enfermés dans leurs crimes ou leurs délits sans jamais pouvoir retrouver leur place dans la société. Nous savons que cela demande de la part de la société un accompagnement exigeant, mais nous savons aussi que cette attitude peut transformer des individus.

 

 

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