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Assemblée Générale du collectif Front de Gauche du Pays de Morlaix
Après la loi sur les tarifs de l'énergie, le Sénat, grâce au vote de résistance des communistes qui est aussi un vote constructif pour tenter de remettre la gauche et le PS sur de bons rails, a rejeté le 8 novembre (par 189 voix contre 152) la programmation budgétaire qui doit conduire à l'équilibre des finances publiques en 2017.
Le Ouest France d'aujourd'hui, comme la semaine passée, est assez approximatif voire intentionnellement mensonger dans sa présentation des choses parlant d'alliance contre nature UMP-Centristes- Communistes contre le PS et la gauche gouvernementale, d'"alliance de la carpe UMP et du lapin communiste".
La droite a voté contre évidemment par automatisme oppositionnel et en approuvant l'hyper-austérité (la trajectoire des réformes dictée par le TSCG et la complaisance vis à vis des exigences du patronat) mais non les moyens de celle-ci parce que les revenus des riches et les profits des entreprises étaient selon elle encore trop imposés.
Le PCF a voté contre pour faire réfléchir le gouvernement sur le respect de ses engagements en faveur du changement faits auprès des électeurs de gauche et sur les impasses de l'austérité et des solutions libérales appliquées désormais. Par-là même, il montre toute l'utilité d'avoir un groupe vraiment de gauche et indépendant du Président, même minoritaire, à l'Assemblée et au Sénat, afin que soient respectés les intérêts des salariés et des classes populaires.
Cela met en cause nettemment la légitimité de "gauche" des projets gouvernementaux alors que chez EELV et chez les parlementaires socialistes, malgré des réserves exprimées plus ou moins discrètement, c'est la solidarité automatique qui prime. EELV, critique vis à vis de la ratification du Pacte budgétaire, de l'ampleur de l'austérité imposée à marche forcée dont le mouvement perçoit les conséquences économiques désastreuses, et vis à vis du Pacte de compétitivité, vote tout de même les yeux fermés le budget et la loi de programmation budgétaire. Avec quel esprit de suite? Quelle cohérence? Quel sens des responsabilités? Tout cela pour garder des ministres au gouvernement qui ne cessent d'être mis en porte-à-faux avec des décisions gouvernementales d'importance.
Contrairement à ce que prétend le journaliste de Ouest-France, Michel Urvoy, que l'on connaît comme un social-libéral proche en idées de Dominique Strauss-Khan, puis de Hollande, "le Front de Gauche ne parie pas sur l'échec des socialistes": le Front de Gauche est certain en revanche que leurs orientations actuelles conduisent à l'échec social, économique et électoral et veut les en détourner pour faire réussir la gauche, c'est à dire améliorer la vie du grand nombre en réduisant les inégalités, la précarité, le chômage.
A l'inverse de ce qu'affirme encore l'éditorialiste dont nous avons déjà eu l'occasion ici de dénoncer la partialité des points de vue, idéologiquement très orientés, le PCF n'agit pas ainsi comme "une petite formation qui a une capacité de pression bien supérieure à son poids politique réel" grâce au jeu des institutions et à l'absence de majorité absolue PS-EELV-Radicaux au Sénat. Ce sont au contraire ces institutions peu démocratiques qui favorisent l'hégémonie du PS et de l'UMP, disproportionnée par rapport à l'adhésion réelle des gens à leurs projets et à leurs valeurs. Ces mêmes institutions nous condamnent le plus souvent à l'inefficacité - alors que beaucoup de citoyens sont d'accord avec nos propositions, même s'ils peuvent voter pour le PS par réalisme électoral et crainte d'un plus grand mal (la victoire de la droite) - et éloignent les politiques menées par le gouvernement des aspirations de la majorité des Français, qui n'a assurément pas les mêmes intérêts que les banques et le patronat.
Et que penser de la formule purement malhonnête intellectuellement du patron des députés socialistes, Bruno Le Roux: "Les communistes, en faisant ça, n'aident pas la gauche"?
Il est grand temps que le PS, avec avec lui les médias socio-libéraux (Libération, etc...) cessent de croire que le PS peut être identifié à la gauche, toute la gauche.
Au mieux, il n'est qu'une partie de la gauche, celle qui penche vers le centre et les solutions économiques du libéralisme, suivant en cela la tradition démocrate américaine ou la nouveauté social-libérale allemande et anglaise des années 1990 plus que la tradition social-démocrate. La gauche en France a aussi d'autres références, une autre histoire, des électeurs plus exigeants, et si tout le monde ne peut évidemment être absolument d'accord à gauche, il est grand temps que le PS pense à écouter un peu les impatiences des millions d'électeurs qui ont voté pour lui, non pas simplement pour chasser Sarkozy, mais pour tourner le dos aux politiques qu'il a conduites et obtenir des progrès sociaux.
On espère ainsi que, dans l'intérêt de toute la gauche et du peuple, Jean-Marc Ayrault, après avoir reçu Eliane Assassi, présidente communiste du groupe Front de Gauche au Sénat, André Chassaigne, président communiste du groupe du Front de Gauche à l'Assemblée, et Pierre Laurent, co-président de la gauche européenne et secrétaire national du PCF, méprisera un peu moins nos avertissements, nos réclammations, nos exigences et nos propositions.
Ismaël Dupont.
PS: voici en pièce jointe un entretien intéressant accordé hier par Marie-George Buffet à l'Express pour restituer le sens du vote des parlementaires communistes contre les lois relatives au budget.
Marie-George Buffet, ex-numéro un du PCF, a accusé jeudi le gouvernement Ayrault de multiplier les textes allant "à l'inverse des aspirations populaires", au lendemain du rejet par le Sénat du projet de programmation budgétaire.
Marie-George Buffet, ex-numéro un du PCF, a accusé jeudi le gouvernement Ayrault de multiplier les textes allant "à l'inverse des aspirations populaires", au lendemain du rejet par le Sénat du projet de programmation budgétaire.
"Nous ne sommes pas dans l'opposition, nous sommes à gauche et nous voulons que la gauche réussisse", a argumenté la députée de Seine-Saint-Denis sur LCI, interrogée sur ce vote acquis avec des voix UMP, centristes et communistes.
"Cette loi de programmation nous inscrit dans une politique d'austérité qui va nous mener à la récession, c'est-à-dire à un chômage de masse", a-t-elle affirmé.
L'addition de voix de droite et PCF ? "C'est l'UMP qui n'est pas dans son bon vote, puisqu'elle s'est prononcée pour le traité Merkel-Sarkozy qui, justement, instaure cette politique d'austérité", a-t-elle répondu.
Les sénateurs communistes, reçus dans la soirée par Jean-Marc Ayrault "vont lui demander de prendre des choix politiques qui nous permettent de sortir de la crise", selon l'ex-ministre.
Elle a critiqué la réduction supplémentaire de 10 milliards d'euros prévue par le gouvernement sur les dépenses publiques, car "1% de dépenses publiques, c'est du travail pour les entreprises privées, de l'investissement".
"Il faut revoir le budget de la France", a dit Mme Buffet qui a expliqué: "Ce n'est pas une question d'être dans l'opposition, la question, c'est d'être fidèles aux positions que nous avons défendues pendant la campagne électorale", et qui "visent à ce que la gauche fasse une politique qui répondent aux attentes populaires".
"Or aujourd'hui, le gouvernement multiplie les textes qui vont à l'inverse de ces aspirations populaires", a accusé l'ex-ministre du gouvernement Jospin.
"Nous avons besoin de relance économique, de salaires", a-t-elle plaidé.
Interrogée sur la "révolution copernicienne" pour la gauche mise en avant par le ministre de l'économie, Pierre Moscovici, à propos du pacte gouvernemental de compétitivité, elle a commenté : "c'est un tour à 180 degrés que fait le gouvernement Ayrault, "un tournant négatif, pour moi, de la part de la majorité socialiste, ils reprennent complètement les dogmes du Medef".
Selon la députée communiste "il faut s'attaquer aux charges financières qui asphyxient les entreprises" car "les dividendes mangent tout ce qui permettrait plus de recherche, plus d'innovation".
Quant à la hausse de la TVA, "c'est moins de pouvoir d'achat", selon Mme Buffet.
"Je prendrai des initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine. Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’État palestinien ». C'était le 59ème engagement pris par François Hollande, candidat à la Présidence de la République.
Or, il y a une semaine, le Premier ministre Israélien, Benyamin Netanyahou a été invité avec les honneurs et un dispositif de sécurité ébouriffant par le Président Hollande Hollande. Or, une semaine avant, on apprenait que le Likoud, le parti de Netanyahou, signait un accord électoral pour les législatives de janvier 2013 avec le parti d’extrême-droite d’Avidgor Liebermann. Voici l'analyse et la colère très justes d'une militante de l'Association France Palestine Solidarité, Françoise Diehlman, publiée sur le site internet de l'AFPS, un texte qui dénonce à raison les grands pas en arrière de Hollande par rapport à la défense du droit international et des revendications légitimes des Palestiniens:
" C’est pour l’homme fort du Likoud, de la sainte alliance avec l’extrême droite, de l’occupation et de la colonisation, qui est en pleine campagne électorale, que le Président de la République déroule le tapis rouge.
On aurait pu attendre de François Hollande, un moment fort, qui aurait pu déstabiliser Netanyahou, s’il lui avait dit (rêvons un peu !) : « Moi Président de la République, je vous ai invité pour vous dire que je me prononcerai au nom de la France pour l’admission de la Palestine à l’ONU, Moi Président de la République, je reconnais l’État de Palestine dans les frontières de 1967avec Jérusalem Est comme capitale, Moi Président de la République, je demande la suspension de l’Article 2 des accords UE-Israël, tant que vous et votre Gouvernement ne mettront pas fin à la colonisation, Moi Président de la République…
Seulement voilà, rien de tout cela. Pire ! Le Président s’aligne sur les positions israéliennes en appelant à des négociations sans condition, sans préalable : « La France souhaite la reprise – sans condition – des négociations entre Israéliens et Palestiniens. Avec le même objectif, celui que nous poursuivons depuis des années, c’est à dire de deux États : l’État d’Israël avec la sécurité qui doit lui être garantie et l’État palestinien qui doit pouvoir vivre ». Il écarte aussi « la tentation pour l’Autorité palestinienne d’aller chercher à l’Assemblée générale des Nations Unies, ce qu’elle n’obtient pas dans la négociation ». S’adresser à l’ONU devient-il donc un acte qui dérange ?
Hollande est en recul par rapport à Sarkozy (c’est dire..), car ces mots ont été prononcés exactement un an après l’admission de la Palestine à l’UNESCO et un vote positif de la France. Le « sans condition préalable », très cher à Netanyahou, signifie que le Président Hollande accepte le refus israélien du droit international comme base de négociation. Quid maintenant pour la France de l’existence d’un État palestinien dans les frontières de 1967avec Jérusalem est comme capitale ? Quid de la reconnaissance internationale de l’État palestinien ? L’engagement 59 de François Hollande a fait pschitt ! A explosé en vol !
Le Président de la République vient de marquer la rupture avec les politiques menées par la France sur la question du Proche-Orient jusqu’à maintenant".
Voici maintenant la déclaration du PCF national par rapport à l'intensification de la colonisation décidée à Jérusalem- Est.
Le gouvernement israélien, par la voix de son Ministère de l'Habitat, vient d'annoncer la construction de 1 285 nouveaux logements à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, mais dans la quasi-totalité à Jérusalem-Est.
Conforté certainement par l'absence de réactions aux dernières annonces, fin octobre, de la poursuite de la colonisation, Benyamin Netanyahou en profite en pleine impunité. D'autant qu'après son passage en France, et sa rencontre avec le président François Hollande – lequel avait pourtant placé son mandat sous l'égide de la Justice – il se sent à l'abri de toute condamnation puisque les plus hautes autorités françaises lui ont accordé un soutien gratuit et sans limite.
Le Parti communiste français condamne cette escalade coloniale illégale et illégitime. Pendant combien de temps encore la France officielle restera-t-elle silencieuse et inactive devant un tel mépris du droit et de la justice pour le peuple palestinien ?
La réélection de Barak Obama aura le mérite d'épargner au monde les dangers et les dérives ultra-conservatrices du Républicain Romney. Echapper au pire est une chose. Etre capable d'affronter les défis de l'avenir en est une autre.
Le bilan d'Obama ne plaide pas vraiment en la faveur de celui qui avait tant promis de changements pour finalement faire bien autre chose. Obama avait annoncé un nouveau départ avec l'Amérique latine, avec le monde musulman, avec la Russie, pour le désarmement nucléaire. On attend encore, sur tous les continents, le début du commencement de ces engagements. Même Guantanamo, ses 170 prisonniers, ses tortures subsiste comme un reniement sur le droit, les valeurs et la dignité de la personne humaine.
Obama a géré l'héritage désastreux de George Bush en quittant l'Irak, en négociant un retrait partiel d'Afghanistan... Mais qu'a-t-il donc fait d'autre que d'assumer des échecs stratégiques majeurs ? Il a péniblement mis en place un système d'assurance sociale insuffisant, mais l'ouragan Sandy, comme d'autres faits d'actualité, jusqu'à l'exploitation du gaz de schiste, ont révélé les carences béantes voire le mépris de la protection sociale, des services publics, de l'environnement, des libertés, des principes d'égalité et de justice sociale... dans la première puissance économique mondiale. Pourtant, c'est bien en fonction des choix qu'on doit effectuer face à la crise, face aux défis sociaux, écologiques, démocratiques qu'on pourra juger l'apport d'une politique et d'un gouvernement.
Aux Etats-Unis aussi la jeunesse a occupé la rue en posant de bonnes questions. Elle n'est certainement pas la seule à vouloir de nouvelles réponses à ses attentes légitimes.
Lionel Jospin remet aujourd'hui ses propositions de rénovation de la vie publique à François Hollande mais une partie du rapport de la commission qu'il préside a déjà été dévoilé par la presse.
Une déception déjà quant à la méthode: comme dans la refonte de la réforme des collectivités territoriales pilotée par Marylise Lebranchu, il n'est prévu aucun débat public, aucune implication des citoyens dans la réflexion sur le devenir de nos institutions et de notre République. Tout se passe entre experts, entre quelques élus, voire entre quelques élus du parti dominant.
Le choix de Lionel Jospin pour animer cette commission de rénovation de la vie publique n'était guère prometteur même si en son temps il passait pour le pape d'une République intègre et qu'il a fait indéniablement un vrai travail pour promouvoir la parité et le non cumul des mandats.
En effet, c'est l'ancien premier ministre socialiste qui, avec le passage au quinquennat et l'inversion du calendrier entre présidentielles et législatives, a aggravé le présidentialisme et la marginalisation du Parlement, réduit le plus souvent, du fait de sa composition majoritairement acquise au parti présidentiel et légitimée par sa victoire, à n'avoir pas d'autonomie comme force de proposition et à n'être qu'une caisse d'enregistrement des volontés gouvernementales.
De fait, les propositions de la "commission de rénovation et de déontologie de la vie publique" que préside Jospin ne cherchent en rien semble t-il à réduire la toute-puissance présidentielle, la marginalisation du Parlement et le bipartisme.
Conforme aux voeux conservateurs de François Hollande qui cherche à renforcer l'hégémonie du PS à gauche, la proposition de l'instauration d'une dose de proportionnelle de 10% (concernant 58 députés sur 577) aux législatives est très insuffisante: ce n'est qu'un amuse-gueule pour calmer les frustrations des partis autres que l'UMP et le PS et de leurs électeurs mais cela sera insuffisant pour restaurer une vraie vie parlementaire et une réprésentativité du Parlement par rapport à la diversité des sensibilités politiques en France.
Avec les résultats des législatives de juin dernier, le FN aurait peut-être 10 députés en plus, le Front de Gauche 5 députés, les centristes 4 députés, et EELV 2 ou 3 députés en plus, tandis que le PS raflerait 30% de ces 58 députés et l'UMP 25%. Qu'est-ce cela changerait fondamentalement au rapport de force au Parlement et à la domination absolue du parti ayant remporté les présidentielles? Rien.
Or, le problème est que les présidentielles se remportent avant tout sur la base d'un clivage droite-gauche aux contours assez flous et au contenu suffisamment ambigü pour ne pas engager trop précisément les vainqueurs, mais aussi sur la base de l'adhésion à une personnalité ou sur le refus d'un candidat ou d'un président sortant, sur des logiques de moindre mal et non sur l'adhésion majoritaire à un projet politique bien défini, et cela est d'autant plus vrai que les logiques publicitaires et l'influence médiatique tendent à dénaturer le sens politique de l'élection.
Dès lors, le pouvoir que confèrent les institutions au groupe politique qui a remporté les présidentielles et surtout à son leader et ses conseillers qui tendent à caporaliser ses parlementaires, est disproportionné. L'élection présidentielle devient un mode de légitimation complètement tronqué et peu démocratique d'une politique construite sans le peuple et de plus en plus souvent contre lui.
L'extension de la proportionnelle dans les propositions de la Commission ne concerne que les législatives semble t-il. C'est très insuffisant.
Quid des conseils communautaires (ce sera peut-être la reforme Lebranchu qui se chargera de définir les modes d'élection mais pour l'instant rien ne filtre ou presque...), du conseil général?
La commission ne paraît pas non plus faire de propositions pour aller dans le sens de permettre davantage d'implication populaire dans la politique et la vie publique, avec une place réelle donnée à la démocratie participative dans les processus de réflexion et de prises de décision, une facilitation du recours au référendum, un statut de l'élu permettant à davantage de personnes jeunes, salariées dans le secteur privé ou issues des classes populaires de s'investir en politique en pouvant bénéficier ensuite de formations pour avoir une reconversion professionnelle réussie. Il ne semble pas que l'on pense un vrai statut de l'élu dans les collectivités (communes, départements, régions...) avec des possibilités réelles de formation, de congés rendant la fonction conciliable avec le travail, des facilités pour la reconversion professionnelle.
Aucune réforme du Sénat n'est envisagée.
La limitation du cumul des mandats n'est envisagée qu'en nombre et non dans le temps et en fonction de l'âge. C'est déjà une chose positive de vouloir avancer vers une stricte limitation du cumul des mandats interdisant d'être à la fois parlementaire et maire d'une commune ou président d'un conseil général ou régional et réduisant à un mandat exécutif local le cumul avec une fonction de ministre, de sénateur, de député.
Mais c'est encore insuffisant puisqu'on pourra toujours semble t-il, si l'on suit les travaux de cette commission, cumuler quatre mandats de député ou de maire consécutifs, avec les conséquences que cela peut avoir en termes de mainmise, de connivence ou de clientélisme à l'intérieur de la vie politique, économique et associative locale, ainsi qu'en termes de vieillissement et de non-renouvellement du personnel politique et de ses idées, souvent en décalage avec l'évolution de la société civile et trop lié aux autres groupes dominants de la société (médias, milieux d'affaire...). Une généralisation des scrutins de liste à la proportionnelle avec des contraintes de parité serait sans doute une manière de parvenir à des assemblées d'élus représentant davantage la diversité de la population au niveau du genre, comme au niveau générationnel et social.
Si la commission semble vouloir rééquilibrer la présence dans les médias des représentants des partis politiques candidats aux présidentielles, rien ne semble proposé pour garantir une indépendance politique réelle des médias par rapport aux puissances d'argent.
La fin de l'immunité totale accordée au Président de la République pendant la durée de ses fonctions et la fin du statut d'exception accordé aux ministres, ne relevant actuellement que de la cour de justice de la République et non du droit commun, seraient des avancées réelles. Néanmoins, on peut regretter la restriction importante ajoutée pour que le président ne devienne pas un justiciable comme les autres: ainsi, la commission proposera seulement que le président de la République soit jugé pendant la durée de son mandat pour des actes "détachables" de sa fonction. Et si le Président de la République ordonne ou cautionne des crimes au nom de la raison d'Etat, la justice doit-elle rester impuissante à le poursuivre?
Autre progrès de mon point de vue: les conditions d'accès à la candidature aux présidentielles se démocratisent, avec la possibilité d'être candidat à condition de récevoir un parrainage citoyen d'au moins 150000 signatures. Les campagnes des petits partis devraient également être mieux remboursées.
Globalement, cette commission dont les propositions devraient être examinées à l'Assemblée Nationale dès le début 2013 apporte de petites améliorations au système politique en place mais ne le transforme pas pour le rendre plus démocratique et rémédier vraiment à l'écart grandissant entre les Français et leurs élus et la marginalisation en cours de la souveraineté du peuple.
Ismaël Dupont.
Simultanément, le gouvernement entend mettre en place une « nouvelle fiscalité écologique » avec un prélèvement supplémentaire possible (3 milliards d'euros) sur la consommation.
Les profits accrus ainsi dégagés iront principalement vers le placements financiers et les délocalisations puisque la demande intérieure s'en trouverait encore plus handicapée. En effet, le manque à gagner pour l’État serait payé cash en rationnement des services publics et en prélèvements accrus sur le pouvoir d'achat et la consommation, laquelle représente 56 % de la demande finale en France.
C'est un véritable coup de massue contre le pouvoir d'achat. Un choc oui, mais un choc avant tout pour celles et ceux qui, 6 mois après la défaite de Nicolas Sarkozy jour pour jour, attendaient autre chose que cette nouvelle cure d'austérité. Au contraire, le PCF préconise la baisse des charges financières d'intérêts et des dividendes qui étouffent le système productif français. Simultanément, il faut soutenir l'emploi, les qualifications et la demande avec la mise en place d'un nouveau crédit pour les investissements matériels et de recherche des entreprises dont le taux d’intérêt serait d'autant plus abaissé que ces investissements programmeraient plus d’emplois et de formation.
Une relance des services publics, soutenant la demande et l'efficacité de l'offre, avec l'exigence que la BCE en finance directement l'expansion en Europe est plus que nécessaire.
Pierre Laurent, secrétaire national du PCF.
Souvenez-vous... C'était il y a un an. Sarkozy envisageait pour sa seconde présidence une hausse de la TVA pour baisser le "coût du travail" en réduisant de manière significative les charges sociales afin de "restaurer" les marges de profits des entreprises et de leur permettre d'embaucher. Au PS, hormis Manuel Valls favorable à ce "choc de compétitivité" faisant payer au peuple ces nouveaux cadeaux faits aux entreprises, on criait au loup, on dénonçait cette droite scandaleusement au service des riches.
Aujourd'hui, les mesures d'orientation économique qu'annonce le gouvernement s'accordent quasiment totalement avec les exigences du MEDEF et le projet de l'UMP pour la présidentielle 2012.
Ayrault utilise la même rhétorique que tous les gouvernements réactionnaires et libéraux partout en Europe pour justifier la réduction de l'Etat et le transfert de la charge de la solidarité des entreprises vers les classes moyennes et les pauvres. On connaît le refrain: nous sommes prétendument au bord du gouffre, nous n'avons d'autre choix que les réformes structurelles, notre modèle social financé à coût de déficit et de chômage de masse (lié au coût pour la dynamique du secteur privé des charges sociales et des dépenses de services publics) est dépassé, il faut baisser les dépenses de l'Etat, réduire les coûts sociaux, libérer les entraves qui pèsent sur l'entreprise privée et les profits pour être plus forts dans la concurrence internationale féroce liée à la mondialisation.
Là dedans, ce qu'on oublie: c'est qu'il possible - à condition d'abord de le vouloir - d'harmoniser les systèmes fiscaux et sociaux au niveau européen, de réduire la libre circulation des capitaux et la mise en concurrence des travailleurs, d'imposer du protectionnisme et des coopérations pour conserver des droits sociaux protecteurs et de l'emploi industriel, de réduire les ponctions actionnariales sur la valeur ajoutée des entreprises pour relancer l'embauche, la hausse des salaires, l'investissement dans la modernisation des produits et des modes de production. Ce qu'on oublie aussi: c'est que la réduction des charges sociales des entreprises, justifiée malhonnêtement par l'exigence de réduction du chômage, est utilisée depuis 30 ans sans effet sur celle-ci. C'est que sans augmentation ou maintien de la dépense publique et sociale en période de crise, la demande intérieure baisse et l'économie entre fatalement en récession, entraînant aussi une baisse des recettes fiscales et une augmentation de la dette.
Le mardi 6 novembre, Ayrault a donc justifié devant les députés du PS son "pacte de compétitivité". En termes de pacte, on aurait pu faire mieux, car le gouvernement a décidé unilatéralement de ces mesures pro-patronales, en transcrivant les propositions d'un technocrate mis à la tête d'entreprises par la gauche, Louis Gallois, sans engager dessus la moindre discussion avec les syndicats qui représentent les salarié.
Il a soutenu "un plan cohérent" que la droite "n'a jamais eu le courage de faire" . Ayrault se vante ainsi de faire avec courage le sale boulot de la droite.
L'analyse de Hollande, de Ayrault et du gouvernement est la suivante: si le déficit commercial de la France se creuse, c'est parce que nos entreprises souffrent d'un handicap de compétitivité dans la concurrence internationale et que notre pays a pris du retard sur l'Allemagne dans la réduction du coût du travail par la stagnation des salaires et la baisse des dépenses sociales.
"Notre économie a vu ses coûts de production s'écarter de notre principal concurrent... Il est nécessaire de redonner aux entreprises les moyens d'un repositionnement offensif durable dans la concurrence internationale pour celles qui y sont exposées, et pour l'ensemble des entreprises, de concourrir à la modération de leurs coûts" (extrait du document de présentation du Pacte de compétitivité cité par Libération le mercredi 7/11). Pour Jean-Marc Ayrault, ce pacte de compétivité a pris "la mesure de la gravité de la situation" : "la France vient de connaître dix ans de décrochage industriel". "Prolonger cette tendance, ce serait la certitude du déclin". Il faut construire "un nouveau modèle français" qui "consiste à retrouver le chemin de la création d'emplois et à ne plus nous financer par le déficit permanent". L'objectif de ce pacte est "de garantir par la performance économique, et non par les déficits la qualité de notre système de solidarité nationale". "La France n'est pas condamnée à la spirale du déclin mais un sursaut national est indispensable pour reprendre en main notre destin". Reste que ce "sursaut national" exige "la mobilisation de chacun". "Mon gouvernement n'a pas vocation à appliquer quelques rustines de plus à un système à bout de souffle, mais bien à donner à la France les atouts nécessaires pour qu'elle réussisse dans la compétition nationale". "Nous reformerons pour repenser les modes d'intervention publique et dégager des économies durables et structurelles".
Les marchés financiers, le FMI, la Commission Européenne ne peuvent que se féliciter de cette volonté de baisse globale de la dépense publique alors que les besoins sociaux sont amplifiés par les effets de la crise: à la hauteur de 60 milliards d'ici
Tout est dit: le gouvernement, qui reprend à son compte les thèses déclinistes en général portées par les milieux intellectuels de droite, affirme que la France souffre d'être ce qu'elle est, que sa tradition d'Etat fort, de dépenses sociales et de solidarité financées par l'entreprise la handicape de manière rédhibitoire, qu'il faut changer de système, libérer le monde de l'entreprise du poids de la solidarité, aller vers moins de dépenses publiques, accomplir en d'autres termes les mêmes réformes que Schröder en Allemagne, voire Tony Blair en Grande-Bretagne.
C'est à un parti qui se dit social-démocrate qu'il reviendra d'acculturer notre système social pour prendre en compte les contraintes de la mondialisation libérale et s'aligner sur les standards néo-libéraux qui se mettent en place progressivement depuis 30 ans en Europe.
Libération titre à propos de l'annonce de ce pacte de compétivité voulu par Hollande: "Compétitivité. LE SOCIAL-REALISTE. Le plan présenté hier à la suite de la remise du rapport Gallois marque un tournant radical par rapport aux engagements de campagne de François Hollande".
Le quotidien dont les prises de position social-libérales sont anciennes et connues considère que ce plan pour la restauration de la compétitivité est inspiré par une volonté de "réalisme" ("la gauche est rattrapée par la réalité" dit Nicolas Demorand dans son éditorial (je dirai plutôt que la direction du PS nous rappelle la réalité de ses orientations politiques, qui est loin d'être de gauche, en matière économique et sociale du moins) mais ne minimise pas le virage à droite qu'il représente.
Le journaliste Grégoire Biseau commente quant à lui, en soulignant ce virage à droite mais en le jugeant à tort contraint par les circonstances: "ce "Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi"... est un véritable tournant. Qui prend la gauche à contre-pied et beaucoup d'engagements de campagne de François Hollande à rebrousse-poil. En annonçant hier un effort sans précédent de 20 milliards d'euros pour relancer la compétitivité des entreprises, le premier ministre a en tout cas posé "le socle du quinquennat", pour reprendre les mots de Thierry Mandon, le porte-parole du groupe PS à l'Assemblée Nationale. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce "socle" est contre-nature: après la désinflation compétitive du milieu des années 80, la gauche française se voit obligée d'assumer une nouvelle fois une politique de l'offre, généralement chérie par la droite. On comprend que le gouvernement joue-là une très délicate partition politique. Pour François Hollande, il s'agit, à n'en pas douter, d'une volte-face. De diagnostic d'abord, et de politique économique ensuite. Pendant sa campagne, il a toujours refusé d'appréhender la question du déficit de compétitivité sous l'angle du coût du travail. Six mois plus tard, le couple Hollande-Ayrault choisit d'administrer un choc inédit de 20 milliards d'euros, sous la forme d'un crédit d'impôts indexé sur la masse salariale de toutes les entreprises pour leur permettre de retrouver des marges... La droite avait claironné un peu vite que le rapport de Louis Gallois serait enterré sitôt publié. Le gouvernement a fait tout le contraire: à l'exception de la recherche sur les gaz de schiste, il a choisi de reprendre une très grande partie des 22 mesures du rapport de l'ex-patron d'EADS... Alors qu'il recommandait dans son rapport une baisse des cotisations sociales, Gallois reconnaît que le crédit d'impôt du gouvernement est à la fois "simple", et même "plus puissant" que ses recommandations..."
Quelles sont précisément les mesures annoncées par le gouvernement pour créer ce choc de compétitivité censé ramener 0,5% de croissance supplémentaire à l'horizon 2017 et créer 300 000 à 400 000 emploi?
- Augmenter les profits des entreprises en diminuant leur contribution à la solidarité nationale en espérant qu'elles créent plus d'emplois.
Ce sont les fameux 20 milliards de crédits d'impôt d'ici 2017 pour les entreprises (6% de la masse salariale pour les salaires n'excédant pas 2,5 fois le SMIC). Soit une baisse du coût du travail de 6% qui sera financée par une hausse de la TVA et une baisse de plus grande ampleur des dépenses publiques (pour les services publics, les solidarités, l'investissement dans les infrastructures utiles à tous). Ces 20 milliards d'euros correspondent à l'ensemble des exonérations actuelles sur les bas salaires (compris entre 1 et 1,6 SMIC), dispositif construit depuis une vingtaine d'années qui n'a pas réduit significativement le chômage mais qui a créé des effets d'aubaine pour augmenter les profits des entreprises et de leurs actionnaires et incité davantage encore à rémunérer sur des bas salaires.
Un temps évoquée, l'exigence de contreparties sociales en échange du crédit d'impôt a été abandonnée dans le projet final. Seul "encadrement" sans pouvoir contraignant aucun: les institutions représentatives du personnel (comité d'entreprise, délégués du personnel) donneront un avis sur l'utilisation de cette manne par l'entreprise. Dans les grandes boîtes, l'Etat ne mettra pas plus de conditions au versement de ce crédit d'impôt (par exemple, touchant la réduction de la ponction par les actionnaires au profit de l'emploi, des qualifications, des salaires, de l'investissement productif). Seulement, le regard des CE sera doublé par la présence de représentants des salariés au conseil d'administration (ou de surveillance) pour juger de la stratégie des entreprises.
Certains syndicats et partis politiques peuvent être soulagés que le gouvernement n'ait pas suivi la "piste Gallois" d'une destruction du modèle de financement de la Sécurité Sociale solidaire construit à la Libération par une réduction drastique des cotisations sociales et des entreprises et un transfert des exigences de financement de la protection sociale sur la CSG ou la TVA, mais, rendons-nous à l'évidence, si la Sécu est épargnée pour l'instant, ces mesures sont animées par le même esprit: décharger les profits financiers et des entreprises de la charge de la redistribution sociale et demander aux salariés, retraités de payer plus d'impôts pour accéder à des services publics de moins bonne qualité. En espérant que les conséquences immédiates pour le pouvoir d'achat seront compensées par une hausse de l'activité économique, une baisse du chômage créées par cette politique de l'offre... Or, c'est hautement improbable.
L'économiste Henry Sterdyniak, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans un entretien à Libération, affirme que cette stratégie de relance de la croissance par les cadeaux aux entreprises et la baisse des dépenses sociales est inévitablement promise à l'échec, et cela a d'autant plus de force convaincante chez un économiste qui n'est pas a priori classé parmi les critiques du système capitaliste en tant que tel:
"Faut-il rappeler que nous sommes dans une zone euro en recession? Depuis 2011, tous les pays qui ont adopté la monnaie unique en mis en place des politiques restrictives. On en connaît les conséquences: une demande atone, des entreprises qui ont des capacités de production inemployées et qui n'ont absolument pas besoin de faire le moindre investissement, et des profits en baisse. Ce sont essentiellement ces enchaînements-là qui expliquent la chute du taux de marge des entreprises en France et ce depuis le début de la crise, en 2007... En choisissant de favoriser l'offre, c'est à dire les entreprises, le gouvernement part du principe que le coût du travail dans l'industrie est trop élevé et que les entreprises paient trop d'impôts. Or, ce n'est pas ça qui explique la situation économique et sociale dans laquelle nous sommes plongés. Nous sommes en train de reproduire les choix faits par l'Allemagne et qui se sont révélés catastrophique pour une partie de l'Europe. En 1999, l'Allemagne s'est lancée dans une politique absurde de stagnation des salaires et de baisse des dépenses sociales. Les pays du Nord, qui ont mimé cette politique, ont certes gagné en compétitivité, mais en provoquant en fort déséquilibre de la zone euro. Des années durant, la hausse des salaires en France a suivi la hausse de la productivité. Rien de plus normal. Le problème de la zone euro, ce n'est pas la France, mais l'Allemagne. La France est en train de caler sa politique économique en voulant faire, comme en Allemagne, des gains de productivité coûte que coûte. L'ennui, c'est qu'elle adopte cette stratégie au moment même où les pays du Sud sont contraints d'être plus compétitifs. En clair, tout le monde fait la même chose au même moment. Le risque, c'est que cette baisse synchrone des coûts salariaux entre pays de la zone euro ne profite à aucun pays... Et qu'en revanche la zone euro s'enfonce encore plus dans la récession... Chacun peut comprendre qu'il faut plus de solidarité entre les pays de la zone euro, qu'il faut plus que jamais tout faire pour coordonner nos politiques économiques. Or, nous sommes dans une stratégie diamétralement opposée puisque chaque pays se lance isolément dans des politiques de compétitivité, le tout sur fond d'austérité".
Cette analyse est frappée au coin du bon sens: la plupart des économistes qui plaident aujourd'hui pour l'austérité, la réduction de l'Etat et des solidarités, le choc de compétitivité par la baisse des salaires et de la contribution sociale des entreprises, travaillent aujourd'hui, travaillaient hier ou travailleront demain pour la finance et ne sont aucunement désintéressés. Un exemple caricatural: les économistes qu'interrogeait Ouest-France hier pour commenter le pacte de compétitivité du gouvernement, et le juger bon ou pas assez ultra-libéral encore, qui travaillent pour les sociétés financières Natixis ou Coe-Rexecode.
- Une hausse de deux des trois taux de la TVA à partir de janvier 2012 pour financer ces cadeaux faits aux entreprises.
Le taux de TVA normale sera porté de 19,6% à 20%, celui de la TVA intermédiaire concernant la restauration et les travaux de rénovation passera de 7% à 10% ("gain" attendu pour l'Etat de 3,3 à 3,8 milliards). Augmenter la TVA, c'est augmenter l'impôt le plus inégalitaire et le plus injuste, puisqu'il pèse proportionnellement plus quand on a des faibles revenus. C'est prendre le risque d'entraver la consommation à un moment où le pouvoir d'achat des français a tendance à baisser globalement. C'est un non-sens et la baisse de la TVA (pour un coût attendu de 800000 millions) sur les produits de première nécessité de 5,5% à 5% peinera à cacher l'injustice globale de cette hausse de la TVA qui pourrait s'accompagner en 2013 d'une hausse de la CSG (le gouvernement ne l'exclut pas... donc on peut se douter qu'il le fera). La "TVA sociale" de Sarkozy et Valls est remplacée par la "TVA solidaire" de Ayrault avec la même signification: faire payer tout le monde, et à commencer les classes populaires et la classe moyenne, à la place des entreprises.
- Une amplification de la réduction des dépenses publiques au préjudice de la qualité des services publics rendus aux citoyens, de la relance par l'investissement public et de la réduction des inégalités.
Le secteur public devra économiser 10 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2017 (60 milliards en tout: un plan de rigueur et de réduction de la taille de l'Etat et du secteur public que la droite n'avait jamais osé) et 2,5 milliards sur les dépenses d'assurance maladie: soit, de nouveaux déremboursements en perspective. Les collectivités territoriales seront bien évidemment touchés en même temps que les services publics essentiels tels que la santé, l'emploi, l'éducation, par cette nouvelle cure d'amaigrissement de l'Etat social. La réforme du financement de la protection sociale (dans un sens libéral probablement) sera préparée "psychologiquement" par un rapport du Haut conseil de financement de la protection sociale et fera l'objet d'un projet de loi des finances rectificatif en 2013.
Autres mesures discutables de ce "pacte de compétitivité" qui pour l'essentiel prolonge et renforce les orientations choisies par l'équipe Sarkozy les 5 dernières années:
- l'immigration choisie avec un "Passeport Talent" pour "favoriser l'accueil des compétences exceptionnelles venues de l'étranger" (rappelons qu'en dehors des dispositifs de bourse validés par des accords inter-gouvernemaux, des étudiants étrangers voulant venir étudier en France doivent avoir un compte en banque bien garni- environ 7000€ d'avance sur une année- ne peuvent pas toujours accéder à un logement aidé, doivent payer 150€ dans leur pays d'origine, en plus souvent de pots-de-vin pour passer devant une commission sous l'égide du ministère des affaires étrangères qui leur permettra ou non, sur des critères très sélectifs, de venir étudier en France).
- la généralisation du recours à l'apprentissage au détriment des formations professionnelles plus qualifiantes et généralistes qui permettent une poursuite d'étude et la revendication de salaires corrects indexés sur des qualifications reconnues.
Les réactions des dirigeants du Front de Gauche hier étaient très sévères. Je les retranscris telle que je les ai trouvées (mea culpa, je n'ai pas acheté l'Huma hier: on ne le trouve plus toujours en maison de la presse malheureusement) sur le site internet du Figaro: "«Pourquoi parle-t-on toujours du prix du travail et jamais du prix du capital?», s'est interrogé Jean-Luc Mélenchon. «Comment se fait-il que, dans notre pays, on paye deux fois plus d'argent aux actionnaires qu'on en donne en cotisations sociales aux travailleurs?», a-t-il insisté, jugeant «lamentables» les annonces du premier ministre. Sans surprise également, les réactions sont identiques au PCF où le secrétaire national Pierre Laurent aurait préféré que le gouvernement privilégie «la baisse des charges financières d'intérêt et des dividendes qui étouffent le système productif français». Tous dénoncent «le cadeau» fait aux entreprises, à savoir les 20 milliards d'euros de crédit d'impôt qui leur sera accordé à partir de 2014. Le député communiste André Chassaigne se dit «plutôt négatif» sur le plan gouvernemental. À ses yeux, le crédit d'impôt devrait être soumis à des critères en termes de «créations d'emplois, de recherche, de formation, de maintien sur le territoire». «Nous avons battu M. Sarkozy... Imaginez la tête que l'on fait maintenant quand on découvre que l'on s'est débarrassé de l'homme, mais que l'on a gardé la politique" (Mélenchon).
Oui, décidemment les sénateurs du PCF et du Front de Gauche ont bien fait de voter contre la loi de programmation des finances 2012-2017 au Sénat le 31 octobre, permettant ainsi son rejet: on ne peut se permettre aucune complaisance face à la politique de fragilisation du service public et des solidarités conduite par le gouvernement qui trahit l'attente de changement des électeurs et perpétue une politique néo-libérale qui conduit toute l'Europe dans le mur.
Ismaël Dupont.
14 novembre : contre l’austérité, pour la solidarité !
Le 14 novembre, pour la première fois en Europe, une grève générale internationale est organisée par le mouvement syndical au Portugal, en Espagne, en Grèce, à Chypre et à Malte, et soutenue par les mouvements sociaux et des partis politiques. Dans le même temps, la Confédération européenne des syndicats a lancé un appel à une journée d’action et de solidarité coordonnée en Europe.
Cette mobilisation exceptionnelle émerge au moment où, partout en Europe, les politiques d’austérité organisent la baisse des salaires et des pensions, la destruction des droits sociaux, de la négociation collective et des services publics, et provoquent récession, chômage, précarité et misère. Elle témoigne d’une convergence des mobilisations qui se sont construites dans de nombreux pays contre ces politiques imposées sans débat démocratique, et qui mènent l’Europe dans le gouffre.
En France, le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique mène depuis des mois une mobilisation unitaire pour dénoncer l’instrumentalisation de la dette publique et l’imposition de politiques d’austérité économiquement stupides, écologiquement irresponsables et socialement injustes – touchant de plein fouet les populations les plus précaires, femmes, jeunes, ouvriers, mal-logés, immigré-es. En septembre, il a organisé des mobilisations contre le Traité budgétaire pour provoquer le débat public que le gouvernement tentait d'esquiver.
Aujourd’hui, le gouvernement poursuit sur une voie sans issue, avec un budget d’austérité qui essaye désespérément de tenir l’objectif irréaliste d’un déficit public limité à 3 % du PIB en 2013. En cédant aux sirènes du patronat qui réclame un « choc de compétitivité », il poursuivrait, comme en Grèce en Espagne et au Portugal, sur la voie mortifère du dumping salarial et de la remise en cause des protections collectives.
En France comme en Europe, l’austérité doit cesser ! Ce n’est pas de purges budgétaires ou de concurrence exacerbée dont l’Europe a besoin, c’est de solidarité, d’une meilleure répartition des richesses, et de démocratie !
C’est pourquoi le Collectif appelle à participer aux manifestations organisées à l’initiative de l’Intersyndicale le 14 novembre. Au-delà du refus des mesures inacceptables imposées aux peuples d’Europe du Sud, c’est un appel à se battre pour une autre Europe, solidaire, écologique et démocratique !
Le 14 novembre et après, le Collectif contribuera à l’émergence de mobilisations à l’échelle européenne. Il participe et soutient le processus de l’Altersummit, qui sera lancé lors de la rencontre européenne à Florence du 8 au 11 novembre.
Le 14 novembre montre la voie : les mobilisations contre l’austérité doivent converger pour une Europe sociale et solidaire !
Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique
Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (http://www.audit-citoyen.org/) est composé d’une soixantaine d’organisations associatives et syndicales, avec le soutien d’organisations politiques.
Commentaire du projet de base commune pour le 36 e congrès des Communistes: « Humanifeste du Parti communiste français à l'aube du siècle qui vient ».
A travers son titre, avec le néologisme « humanifeste » signifiant probablement « manifeste d'un communisme humaniste fondé sur l'émancipation de l'humain et conditionné dans sa réalisation sur celle-ci », on sent que ce texte proposé pour servir de base commune lors du congrès de février prochain et sur lequel on votera les 14 et 15 décembre est très ambitieux. Il cherche à redéfinir ce que c'est qu'être communiste aujourd'hui, c'est à dire quels sont nos idéaux et nos principes philosophiques, quelle est notre analyse fondamentale de ce qui se joue dans la réalité économique et sociale à l'échelle planétaire aujourd'hui, notre vision des moyens souhaitables et possibles pour transformer profondément la société actuelle afin de la rendre plus humaine.
Plus que la présentation d'un programme d'activité et de réformes attendues, c'est un véritable projet donnant du sens et de l'ampleur à notre action, pour nous militants, et pour la population que nous devons convaincre, dont on reconstruit ici les racines, les finalités dernières, et les opportunités historiques à travers un diagnostic très juste sur la réalité présente – une caractérisation assez complète de la crise que nous vivons et qui appelle à mobiliser pour inventer une porte de sortie du capitalisme: « crise économique et monétaire, crise sociale, crise écologique, crise démocratique et politique, crise anthropologique » (Pierre Dharréville, rapporteur de la Commission du texte). Cette présentation du contexte dans lequel s'enracine l'urgence de notre combat pour « l'humanisation du monde » et des finalités et principes généraux de ce combat fait l'objet de la partie I: Face à la crise, le choix radical de l'humain.
Choisir l'humain est en effet un choix de radicalité dans le contexte actuel, car le capitalisme dégrade et menace radicalement l'homme dans son intégrité et sa dignité. Un exemple parmi d'autres, sur lequel le texte s'attarde avec raison car c'est un poison qui est en train de gangréner notre société, « pour brouiller la perception de l'affrontement de classe, on essaie de faire émerger des lectures du monde que nous devons rejeter avec force » (Pierre Dharréville), basées sur le communautarisme et les affrontements identitaires ou une ethnicisation des rapports sociaux:
« Racisme, xénophobie, antisémitisme, islamophobie, lesbophobie, transphobie et autres avatars du rejet de l'autre n'ont pas attendu la naissance des marchés financiers pour sévir? Nous les combattons tous avec vigueur, en tant que tels. Nous savons aussi que les forces dominantes ont bien compris le parti qu'elles pouvaient en tirer: afin de détourner la colère du peuple sur d'autres têtes, elles s'attachent à diviser leurs victimes dans des affrontements qui laissent à l'abri leurs intérêts. Pour déclarer l'ouverture de la chasse aux boucs émissaires, tous les prétextes sont bons. La stigmatisation tout azimuts des jeunes des quartiers populaires, des agents de la fonction publique, des grévistes, ou encore des chômeurs et des pauvres établit une liste de prétendus profiteurs du système, en même temps que le portrait robot du prétendu méritant vertueux qui serait lésé par leur seule existence. Dès lors, lutter contre toutes les dominations, travailler à gagner l'unité et la solidarité contre les divisions, c'est façonner cette nouvelle conscience de classe que nous recherchons. C'est plus que jamais une urgence... En effet, à partir de l'insécurité sociale latente, tout est fait pour que l'être humain se sente plongé dans un climat d'insécurité existentielle, au point de vivre comme un individu assiégé de toutes parts. Assiégé dans son être même, son identité... Le déplacement du conflit social sur le terrain identitaire et communautariste est lié à l'héritage complexe et encore pesant d'une histoire nationale marquée par le fait colonial et relève aussi d'une stratégie visant à fractionner les couches populaires et à masquer l'aggravation des divisions sociales. C'est ce qu'on appelle l'ethnicisation des rapports sociaux, et c'est, dans le monde d'aujourd'hui, une arme de division massive » (I, 3: « un nouvel âge de la lutte des classes dans une humanité fragmentée").
Comment s'en sortir? En combattant la xénophobie et les assignations identitaires d'exclusion, en tenant un discours universaliste, un discours laïc sans concession ni esprit d'ostracisme ou de marginalisation d'une culture ou d'une religion, en redonnant, à travers les luttes notamment, le sens de leurs intérêts sociaux communs et de leur appartenance à un universel commun aux individus, en cherchant à les détourner de l'enfermement dans des « identités étriquées, fantasmées, artificielles » d'où ils tirent un orgueil et une morgue imbéciles:
« La question est bonne: homme, femme, qui es-tu? Mais la réponse ne peut consister à s'enfermer dans des cases pour se rassurer et se protéger. L'être humain est un être social, un être de relations, un être de culture. L'être humain est un producteur. Un être en chemin et en devenir. Chacune, chacun, nous sommes des humains uniques et complexes, d'influences et d'appartenance multiples. Ensemble, nous sommes l'humanité » (I,3).
Il fut un temps où certains communistes considéraient, pour résumer les choses de manière un peu caricaturale, que toutes les dominations et les injustices sociétales seraient brisées par la révolution dans les structures économiques de production et de répartition des ressources et qu'il fallait se concentrer sur des problèmes "ouvriéristes" (les salaires, conditions de travail) et économiques plutôt que de disperser nos forces sur la dénonciation au nom de l'humanisme, de l'universalisme abstrait, des violences faites aux femmes, du racisme, de l'homophobie, du manque d'humanité de l'école, du système judiciaire et des prisons, tous combats qui nous auraient détourné du combat de classe. Aujourd'hui, il est frappant et satisfaisant de constater que la direction du PCF associe étroitement le combat culturel pour l'émancipation humaine, qui aurait pu jadis être qualifié de petit-bourgeois (se libérer des "appartenances-prisons" et de ces autres aliénations que sont le racisme, la stigmatisation de l'autre parce que différent) et le combat social. Casser les logiques d'enfermement identitaire et de compréhension ethnico-culturelles des rapports sociaux est une condition pour reconstruire une conscience de classe et créer un rapport de force afin de changer le système économique basé sur l'exploitation. Ce dépassement des affrontements communautaires suppose aussi une certaine vigueur et une certaine efficacité du combat de classe.
Ce sujet fait l'objet d'un des cinq débats spécifiques ouverts pour approfondir la réflexion et pourquoi pas améliorer notre texte de congrès. La fenêtre 2: « Comment faire face à la fragmentation de la société, lutter contre les divisions, combattre les visions ethnicisés du monde, affronter l'individualisation des rapports sociaux? Comment construire une conscience de classe de notre temps? Comment lutter contre la montée de l'extrême-droite et de ses idées? Comment rassembler pour un changement politique? ».
Réfléchir sur les moyens de contourner cet obstacle majeur au rassemblement des dominés et exploités pour conquérir le vrai changement, qu'est la progression du racisme et d'une vision fragmentée, individualisée et ethnicisée du monde social, est en effet une obligation urgente, même si les issues pour sortir par le haut de cette situation d'exaspération de la haine, de la méfiance ou de la stigmatisation de l'autre entretenue par le système (via ses médias, ses zélés serviteurs au niveau politique: un Sarkozy, Valls et consorts.) ne sont pas faciles à identifier.
C'est pour moi une grande satisfaction de constater que la proposition de base commune pour le Congrès du Conseil National contient, au-delà de l'affirmation d'un programme, de principes de fonctionnement du parti et d'une stratégie pour servir au mieux les intérêts du peuple, un tel rappel de ce qui nous réunit et nous fait nous investir au travers d'une cause à dimension universelle.
Cela témoigne d'une confiance retrouvée dans notre tâche historique et dans le devenir des idéaux communistes, confiance que l'on peut mettre au crédit de la confirmation par les faits- de plus en plus généralement perçue - de nos analyses anciennes sur les méfaits du système capitaliste, qui prend aujourd'hui une forme de plus en plus pure et délivrée de contre-pouvoirs. Une ambition nouvelle qui s'explique aussi par le renouveau des luttes sociales sur le plan national et international et par les premières réussites de notre stratégie nouvelle de rassemblement des diverses tendances de la gauche de transformation sociale à travers le Front de Gauche, stratégie qui nous permet d'être de nouveau utiles et efficaces dans la défense de nos idéaux.
Ce congrès ne sera pas celui d'un chant du cygne, comme a pu le paraître celui de Martigues, mais celui d'un nouveau départ, d'une entreprise de reconquête assurée de ses bases et de son devenir, et c'est heureux.
Ce texte me paraît globalement juste dans son analyse et enthousiasmant du fait de sa profondeur de vues sur les finalités, l'idéal commun qui nous rassemble, et sur la description de la réalité que nous subissons et dans laquelle nous cherchons la voie d'une humanisation de la société.
Il a le mérite de mettre au cœur de notre action l'impératif de démocratisation, et - c'est le produit d'une prise de conscience autonome et de la nouvelle culture politique que l'on élabore progressivement au sein du Front de Gauche - un impératif de conversion culturelle écologiste par la rupture avec le productivisme et le consumérisme.
Cela suppose une rupture avec les logiques capitalistes, y compris avec celles qui se dissimulent sous l'étiquette du « développement durable » et du « capitalisme vert ». Cela ne doit pas non plus occulter les besoins humains insatisfaits et ceux créés par l'expansion démographique à l'échelle planétaire. Cet impératif de conversion écologique suppose une modification de notre conception traditionnelle du progrès (qui ne consiste pas pour autant à diaboliser la science ou l'invention technique) et une rupture avec l'idéologie aliénante du bien-être identifié à la consommation ostentatoire et excessive.
C'est la première fois, il me semble, qu'un texte de congrès communiste manifeste une telle préoccupation écologique. Jugez plutôt:
« La crise économique et sociale se mêle à une crise écologique croissante. Car la course effrénée au profit se nourrit également sans vergogne de la spoliation permanente des ressources naturelles. La pollution des océans, des rivières et fleuves provoque une disparition de la flore et de la faune aquatique; l'exploitation sans retenue des forêts conduit à leur disparition; l'agriculture intensive entraîne l'appauvrissement des terres et des sous-sols tandis que la biodiversité s'effondre... Le réchauffement climatique tient une place de premier rang dans l'ordre des défis à surmonter: les tempêtes et les inondations sont le pendant de la sécheresse et de la désertification. Quant à la fonte de la banquise et des glaciers, elle engendre l'élévation du niveau des mers créant par millions une nouvelle catégorie d'êtres humains: les réfugiés climatiques... La réduction des énergies carbonées à l'origine des effets de serre est donc une absolue nécessité planétaire... Enfin, le respect des ressources en eau et leur partage nécessitent une prise de conscience plus vigoureuse encore, tant les besoins sont criants. Et l'heure est à un tout autre modèle d'agriculture, protégé de la spéculation, soucieux de la santé publique et de la lutte contre la faim. (…) ».
Et, quelques pages plus loin: « La planification écologique doit devenir l'outil du débat démocratique, afin de mieux maîtriser les enjeux de production, d'éviter les gaspillages de ressources, les atteintes à la biodiversité et d'organiser la véritable réponse aux besoins... De ce fait la transition énergétique française, pour rendre effectif le droit à une énergie pour tous, devra passer par un important effort de sobriété et d'économie d'énergie dans l'habitat et les transports, ainsi que par un mix énergétique entièrement public, portant des exigences accrues de sûreté sur le nucléaire et de plus en plus marqué par les énergies renouvelables. La recherche devra être déployée dans tous les domaines. Il est grand temps de sortir du cycle infernal productivisme-consumérisme, qui n'a d'autre finalité que le profit de quelques-uns. Il faut donner un tout autre contenu à la croissance, imposer des exigences qui ne peuvent être que celles d'un développement humain durable. Il faut traquer, par exemple... l'obsolescence programmée, qui voit des entreprises produire des biens à durée de vie volontairement déterminée pour fidéliser, en quelque sorte, leur clientèle... L'eau devra être reconnue comme un bien commun de l'humanité, garantie comme un droit pour les populations et partagée jusque dans la gestion publique et coopérative des ressources. Il faut également anticiper les moyens de relever le défi alimentaire, en quantité comme en qualité, en refusant la mainmise des multinationales sur la production agricole avec ses organismes génétiquement modifiés et son modèle autant intensif qu'extensif qui constitue la négation de la souveraineté alimentaire et de l'agriculture paysanne comme de la pêche artisanale. En refusant également de laisser la grande distribution venir spéculer, ponctionner et orienter à sa guise, privant les producteurs d'une juste rémunération. Il faut changer de logique en imposant les exigences d'un développement humain durable. Notre croissance est celle du développement social et écologique, pas celle de l'accumulation du capital. Le but du travail ne saurait être de produire toujours plus d'objets de consommation rentables et jetables mais de permettre à l'humanité de vivre bien ».
On ne pourra plus dire (même si, sur certains dossiers comme l'interrogation sur le bien-fondé du choix du nucléaire ou d'infrastructures manifestant le choix d'un développement coûteux pour le climat telles que l'aéroport de Notre-Dame des Landes, nous n'avons pas assez avancé de mon point de vue) que les communistes sont rétifs au nom de la technophilie, du scientisme, de l'emploi, à la prise en compte des défis et des enjeux écologiques: ils trouvent même un nouvel argument de mise en cause du système capitaliste dans l'urgence écologique.
Cela, on l'a senti déjà il y a quelques mois en lisant le très beau Pour une terre commune de André Chassaigne ou plus récemment le livre de Pierre Laurent Maintenant prenez le pouvoir.
« De ce point vue, peut-on lire dans le dernier essai mentionné, les communistes, mais les écologistes aussi, ont tardé à comprendre le lien désormais indissociable entre le combat pour l'émancipation du travail et la sauvegarde de l'environnement vitale pour la planète et les êtres humains qui l'habitent. Ils n'ont pas assez fait assez vite de l'écologie sociale, de la justice climatique, de la préservation des ressources naturelles dès la production une priorité alors que, pourtant, s'amplifiaient les effets destructeurs sur l'environnement d'un capitalisme prédateur qui traite en marchandises aussi bien les hommes que les ressources de la planète, au lieu de considérer ces dernières comme un bien commun de l'humanité. Les choses ont aujourd'hui bien changé » (Les éditions de l'Atelier, p. 60).
Notre texte préparatoire au Congrès est également lucide et sans concession dans son appréciation de l'action conduite par le gouvernement socialiste et ses alliés:
« Depuis sa prise de fonctions, le gouvernement roule à contresens. Tout se passe comme si l'actuelle majorité s'appliquait à gérer les suites du quinquennat précédent. Il est d'abord demeuré sans réponses satisfaisantes aux urgences, sans gestes forts annonçant une réparation des blessures de la droite et sans ambition de transformation. S'il y eut quelques mesures positives, comme la suppression du bouclier fiscal et l'annonce d'une loi autorisant le mariage et l'adoption par les couples de même sexe, les actrices et les acteurs du grand mouvement pour le droit à la retraite qui a préparé la défaite de la droite en sont pour leur frais. En réalité, obnubilé par les exigences des marchés financiers, parmi lesquelles la réduction de la dette- et en fait celle des dépenses publiques- le gouvernement est bien en peine d'apporter de véritables réponses aux besoins. Si les engagements pris étaient frappés au sceau de véritables contradictions, ceux qui commencent à être reniés sont justement ceux qui nous paraissaient aller dans le bon sens. Ainsi, la décision de ratifier en l'état le traité européen écrit à quatre mains par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, alors qu'il n'a pas été renégocié, manifeste le choix de promouvoir les orientations austéritaires de l'Union Européenne. C'est un acte grave, qui sera définitivement entaché d'irrégularité démocratique. Avec son refus de contester le pouvoir de la finance, le gouvernement n'est pas en capacité de combattre la crise. Il l'aggrave même avec son plan d'économies budgétaires sans précédent. Au fond la question posée est: où est passé le changement? Cette situation est symptomatique: il n'y a plus de marges hors l'impulsion de vraies ruptures avec les logiques du système » (II. La révolution citoyenne pour gagner le changement).
Cette politique gouvernementale pourrait illustrer un diagnostic général particulièrement lucide et critique sur l'état de la démocratie dans les pays occidentaux qui voient le triomphe du néo-libéralisme, « la démocratie réduite à un théâtre d'ombres », avec une perte de souveraineté du peuple et un abandon volontaire de souveraineté du politique:
« Devant la pression du pouvoir considérable acquis par les marchés financiers, nous sommes entrés dans un cycle de régression démocratique. La capacité d'intervention des peuples a été rognée en permanence jusqu'à être cantonnée à la marge des grandes orientations qui régissent les sociétés, tandis que la puissance publique a été accaparée au service des marchés financiers. A tous les niveaux a été organisé le dessaisissement progressif des citoyennes et des citoyens de leur pouvoir. On est passé de l'Etat-providence à l'Etat de marché. Pour donner le change, on a ainsi inventé le concept particulièrement pervers de gouvernance, véhiculant l'idée que la conduite politique pouvait se contenter de compétences. Par une série de coups d'Etat déguisés, une petite oligarchie, relayée par ses innombrables lobbies, a pris le pouvoir de façon insidieuse, maintenant les apparences de la démocratie. Ainsi, plus les changements nécessaires paraissent immenses, moins l'action politique paraît être porteuse de solutions ».
Quels sont, au-delà des grandes qualités que j'ai cherché à dégager, les défauts que je vois à ce texte proposé pour base commune?
- Il peut-être parfois inutilement touffu et pose des problèmes de structuration à certains moments (mon commentaire souffre des mêmes défauts, en pire).
- Il pose des problèmes plus sérieux quand on s'intéresse à la définition, par trop imprécise, des moyens du changement que nous visons, de la stratégie pour fédérer la majorité qui a intérêt au progrès social et au combat contre les logiques capitalistes.
- Il manque d'ambition, de mon point de vue, par rapport à la structuration et à l'approfondissement citoyen et démocratique du Front de Gauche, malgré la volonté affichée de prolonger l'expérience et de franchir un nouveau cap pour élargir à des couches sociales nouvelles l'audience du Front de Gauche et rendre notre rassemblement plus efficace dans la lutte et la stimulation de la combativité citoyenne.
Tout en disant vouloir engager une nouvelle étape du Front de Gauche et vouloir le faire grandir, le texte met davantage l'accent sur le respect des spécificités et de l'autonomie de chaque organisation constituant le Front de Gauche.
Il encourage la prolongation des assemblées citoyennes, des ateliers législatifs, l'expérimentation pour faire des "fronts de lutte thématiques" et des "réseaux d'action" pour faire vivre les valeurs du programme L'humain d'abord au "plus près des territoires". Mais il ne parle pas de la création d'associations locales du Front de Gauche tout en affirmant: "au-delà des campagnes électorales, nous voulons continuer à cheminer avec un nombre toujours plus important de femmes et d'hommes, inventant les conditions d'un travail en commun".
L'idée évoquée de la mise en place d'une "coopérative" du Front de Gauche, fonctionnant au niveau national et local, n'est pas inintéressante car elle permettrait de travailler sans nécessité d'adhésion ou d'embrigadement avec des syndicalistes, des militants associatifs, des intellectuels, des professionnels, pour élaborer ensemble des propositions, nous nourrir de leurs expériences et réflexions, irriguer davantage encore le tissu social, populariser et enrichir notre projet et notre nouvelle culture de fonctionnement politique.
Elle ne saurait se substituer néanmoins de mon point de vue à une réelle reconnaissance des militants non encartés du Front de Gauche qui leur permettrait de peser sur les orientations locales et nationales du Front de Gauche, sur l'évolution de sa structuration interne et de son mode d'existence au niveau national, comme les représentants des partis peuvent le faire actuellement.
Le Front de Gauche a suscité un réel enthousiasme dans une partie de la population pendant les présidentielles, le texte de la base commune le reconnaît volontiers - son aspect unitaire et pluraliste y doit beaucoup, ainsi que le niveau de cohérence et de radicalité du projet de transformation du système politique et économique qu'il a défendu. Il ne faut laisser retomber le soufflet sur le terrain en laissant les partis au centre du jeu par prudence sans laisser se développer par des moyens qui doivent varier suivant les réalités et les histoires locales une culture collective citoyenne, militante et idéologique du Front de Gauche, garante de la prise en compte d'un intérêt général de notre rassemblement, au-delà des possibles conflits d'intérêt, des méfiances, des désaccords d'orientation et de stratégies entre les partis du Front de Gauche. Les militants non encartés du Front de Gauche ne sont pas que des recruteurs d'électeurs, des colleurs d'affiches et des distributeurs de tracts: ils veulent être réellement partie prenante de l'évolution et des choix d'orientation du Front de Gauche: la structuration du Front de Gauche au niveau national et local doit en tenir compte à mon avis, même si cela n'est pas sans soulever des difficulltés et des problèmes. Par ailleurs, l'ouverture d'une possibilité pour les personnes non organisées et aussi pour celles qui adhèrent à un parti membre du Front de Gauche, de s'inscrire activement, en dehors des campagnes électorales, dans une dynamique d'action à l'intérieur du Front de Gauche, distinct mais solidaire et inséparable des partis qui le constituent, est une condition de notre enrichissement en termes d'apports militants et d'audience sociale. Je pense que l'avenir du Front de Gauche doit être pensé dans un premier temps au niveau des congrès des partis politiques qui le composent et, ensuite, également au niveau des collectifs Front de Gauche eux-mêmes, qui devraient pouvoir porter leurs voix au niveau national par l'intermédiaire de compte-rendus d'Assises locales et de représentants mandatés. Ces légitimités multiples compliquent notre travail mais il faut les prendre en compte pour ne pas faire retomber la vague et au contraire la renforcer afin de faire du Front de Gauche "un grand mouvement capable de bousculer le rapport de force à gauche jusqu'à rendre majoritaires les options de transformation sociale en son sein".
- Au niveau programmatique, il manque de précision sur la question du sort de la dette, les nationalisations à accomplir, les moyens de prendre le pouvoir sur les marchés, d'introduire la démocratie dans l'entreprise, sur la transformation des institutions et la stratégie pour arriver à imposer la fin du présidentialisme et la proportionnelle.
- L'articulation des combats nationaux pour plus de justice sociale et les combats à mener au niveau européen et international pour changer des règles du jeu qui échappent de plus en plus à la souveraineté de nos élus nationaux est affirmée comme nécessaire mais pas explicitée de manière assez développée dans ses modalités concrètes possibles. On ne nous dit pas par quels moyens aller vers cette Europe sociale et de coopération que nous appelons de nos vœux, contrairement à l'anti-européisme nationaliste ou souverainiste de droite ou d'extrême-droite.
- La stratégie d'alliance possible sur des projets progressistes avec le PS lors des scrutins locaux n'est pas remise en cause. Cela peut se justifier au nom de la nécessité de maintenir l'unité du parti, sa force liée aussi au nombre d'élus et à la présence territoriale, de se crédibiliser en changeant les choses concrètement à une échelle perceptible pour la population et de garder des élus pour entretenir le lien avec elle. Mais cela pose aussi un sacré problème au niveau de la cohérence politique, parfois du contenu des politiques légitimées sur le terrain par nos élus dans les majorités municipales ou régionales, et au niveau de la préservation de l'unité du Front de Gauche, de son pouvoir d'attraction, ainsi qu'au niveau de l'ambition de constituer une force de transformation sociale en mesure d'ici quelques années de supplanter à gauche le social-libéralisme.
Je cite le texte, qui me pose question et devrait faire débat:
"Face aux ambitions affichées de la droite et de l'extrême-droite, pour chacune de ces échéances (municipales, cantonales, régionales, européennes), nous voulons rassembler le plus largement possible sur des projets ambitieux qui placent chaque institution en position de répondre aux besoins. Les communes sont un des piliers essentiel de notre république. Une bataille est engagée pour refuser la casse de la démocratie locale: tout en poussant les feux de coopération choisies, les communes doivent gagner en libertés d'action et en responsabilité. Elles sont de formidables espaces de citoyenneté, de services publics, de culture, de vivre ensemble. Les communistes sont engagés dans l'action municipale, souvent au sein de majorités de gauche constitués sur des projets. Parties prenantes d'aventures humaines et de l'histoire locale, ils veulent continuer à être utiles au plus près des femmes et des hommes et continuer à leur rendre le pouvoir. C'est pourquoi nous décidons de lancer partout des appels à de larges rassemblements en commençant dès aujourd'hui à construire les contenus qui guideront notre action avec les habitantes et les habitants. C'est avec elles et avec eux que nous voulons créer les conditions de nouvelles conquêtes politiques. Partout, nous entendons ainsi renforcer et augmenter notre influence en faisant la démonstration sur le terrain qu'une autre pratique et une autre ambition politique sont possibles. La présence d'élu-e-s communistes au sein des assemblées municipales est un point d'appui essentiel dans les batailles politiques de notre parti. Nous abordons ces élections avec un esprit de conquête, pour mettre en responsabilité plus d'élu-e-s communistes encore. La force du Front de Gauche sera un atout important pour aller vers des rassemblements les plus larges possibles à gauche, avec la volonté de faire échec aux appétits de la droite et de l'extrême-droite. Ces échéances pourront être l'occasion d'ouvrir des perspectives de sortie de l'austérité et de changement".
Je comprends le point de vue de la majorité du Conseil National: le PCF ne peut pas consentir à s'affaiblir en perdant à nouveaux des élus locaux qui le crédibilisent et démontrent son utilité sur le terrain. Il ne faut pas s'enfermer dans une posture protestataire, dans un pôle de radicalité à la gauche de la gauche sans effets sur les politiques suivies, à défaut de quoi certains ne verront plus vraiment notre utilité pour changer la vie concretement. Il faut continuer de tenter de peser sur le PS en lui rappelant les attentes concrètes des électeurs de gauche, des électeurs du Front de Gauche qui ont élu son candidat au présidentielles et ses candidats aux législatives au second tour. Il faut refuser les orientations sociale-libérales du gouvernement, et le dire publiquement avec force pour faire monter le niveau d'exigence et de combativité des français, mais en même temps ne pas se satisfaire d'une posture d'opposition qui nous condamnerait à l'impuissance et ne pas désespérer d'infléchir la politique du gouvernement vers plus de progrès social, sûrs que nous sommes des ayants droits de la victoire de la gauche en 2012. Il ne faut pas sous-estimer non plus le danger et la gravité des conséquences d'une victoire de la droite de plus en plus ultra-libérale et proche de l'extrême-droite lors des prochaines élections et en 2017, ce pourquoi on ne décourage pas dans le texte les alliances larges, type gauche plurielle, dans le cadre des prochaines municipales, à condition qu'elles soient justifiées par des projets progressistes.
Avec toutefois une équivoque que le texte laisse subsister: comment s'embarquer dans ces élections avec les représentants d'un parti qui a engagé une politique d'austérité sans précédent affectant considérablement les marges de manoeuvre des collectivités locales et pouvant décourager les "projets les plus ambitieux", un parti qui plaide en outre pour une marginalisation de l'échelon communal alors que nous nous y opposons (nos instances nationales)? Quelle perspective donnerons-nous aux électeurs et militants du Front de Gauche si nous nous associons au PS qui ne tient aucun compte de nos propositions et de nos exigences au niveau national, qui est en train de décrédibiliser toute la gauche par sa politique de gestion libérale du capitalisme impuissante à nous faire sortir de la crise, des inégalités et de la pauvreté croissantes? Quels seront alors les moyens de pression dont nous disposerons pour avancer vers une réforme des institutions et un passage au scrutin proportionnel pour sortir du bipartisme? Le Front de Gauche lors des municipales devra t-il être revendiqué simplement pour négocier en position de force avec le PS sur un projet et une représentation politique plus avantageuse pour nous et la défense de nos idées ou devra t-il être le noyau d'un rassemblement sur une base politique claire, anti-libérale, à dimension indissolublement internationale, nationale et locale?
Non dépourvu d'ambiguïtés, de lacunes, d'imperfections, ce texte me paraît néanmoins dans l'ensemble constituer une bonne base de travail à amender pour la rendre plus efficace concrètement et trancher plus nettement lors du grand moment démocratique du Congrès des débats qui agitent et parfois divisent les communistes depuis des années.
Son idée force est celle-ci.
Le communisme est un humanisme conséquent et tire son fondement ultime du projet démocratique.
Le texte, beaucoup l'ont remarqué, à commencer par ses rédacteurs et promoteurs, est souvent porté par un souffle lyrique et un désir de présenter les principes et les finalités générales de ce que devrait être une société réellement humaine, qui lui donnent une forme de hauteur de vue très intéressante pour donner sens à ce qu'est notre idéal aujourd'hui, et clarifier, à l'intention des militants comme de la population, les justifications fondamentales de notre critique de la société actuelle et de notre ambition de la dépasser.
D'emblée, le texte situe l'ambition communiste de rupture avec les logiques du capitalisme et de dépassement de ce système de mise en compétition généralisée basé sur l'individualisme égoïste sur le terrain de l'exigence d'un idéalisme humaniste : changer la société pour développer les potentialités humaines, viser l'émancipation de chacun et de chacune, le droit au bonheur pour tous.
Il s'agit de savoir « quelle humanité voulons-nous être »: « un choix radical est devenu inévitable: suivre la pente de la compétition sauvage et de la barbarie: ou bifurquer sur le chemin du partage, de la démocratie et de l'humain ».
Le communisme est défini de manière très extensive, et non à la manière marxiste restreinte comme société sans classe ou appropriation sociale des moyens de production et disparition de l'État rendu inutile par la mise en commun des moyens d'existence.
Le communisme, c'est la démocratie en marche et la démocratie achevée: « C'est ce que nous nommons communisme: l'incessant mouvement démocratique d'appropriation citoyenne du monde et de partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs qui enverra peu à peu aux oubliettes l'ancien régime du capitalisme et fera grandir l'humain dans l'humanité » (I,5).
Notre projet de société, par conséquent, ne serait pas d'abord et avant tout fondé sur une analyse scientifique de l'histoire ou des contradictions à l'œuvre dans la réalité économique, il n'est pas réductible à une prise de parti dans la lutte des classes (qui n'est qu'un moyen et non une fin): il est une visée d'émancipation universelle et concrète de l'humain, que l'on doit mettre partout en pleine possession de ses droits et capacités: droit au bonheur, à l'épanouissement personnel par la culture et l'éducation, le travail utile socialement libéré de la tutelle de la rentabilité financière, l'action collective et citoyenne.
On retrouve ici, par delà le marxisme, le souffle idéaliste du socialisme utopique, des premiers théoriciens du communisme, du socialisme démocratique et républicain de Jaurès. La dédicace de notre Humanifeste du Parti communiste français à l'aube du siècle qui vient est d'ailleurs très jauressienne dans l'esprit et le contenu avec son style messianique et prophétique même si on doit ce vers au poète Guillaume Apollinaire, aristocrate patriote plutôt négligent en matière sociale: « Il est grand temps de rallumer les étoiles... ».
L'inspiration de Jaurès est d'ailleurs explicitement appuyée, et présentée comme une sorte de contrepoids à la traditionnelle référence à Marx, et à son matérialisme historique et sa théorie de la révolution par la violence de classe et la dictature du prolétariat, concepts ou théories qui ne sont plus tout revendiqués.
Le communisme, c'est d'abord un « rêve » qui traverse les âges, celui de mettre à bas les dominations et les inégalités pour rendre le monde habitable pour tous afin de favoriser le libre développement et le bonheur de chacun.
Ce rêve n'est pas une simple utopie, car le capitalisme en devenant toujours plus pur et brutal, en brisant toutes les formes de solidarité, de vie collective non médiatisée par le profit individuel et l'échange marchand, rend le monde absolument inhabitable et prépare les conditions de son dépassement en manifestant chaque jour davantage sa nocivité intrinsèque et en produisant des contradictions qui conduisent à sa remise en cause à travers des crises: « Nous voulons un nouveau monde. Il y a un monde à gagner. Un nouveau monde pour l'humanité. C'est cette conviction renouvelée qui nous rassemble. En quelques décennies, nous avons changé d'époque. Certains s'entêteront à vouloir classer notre rêve au chapitre des illusions. Ils ne veulent pas voir qu'une puissante aspiration au changement traverse l'humanité en son cœur ».
Le communisme n'est plus relégué aux oubliettes de l'histoire par la faillite et le caractère oppressif des régimes communistes d'Asie ou d'Europe de l'est, par le triomphe de l'idéologie libérale avec sa démocratie a minima et son dogme du bonheur collectif par le marché et la concurrence toute puissante. Il retrouve aujourd'hui toute son actualité car le marxisme rend très bien compte de l'exaspération des tensions du capitalisme et de son absorption d'un champ toujours plus grand de sphères sociales et de pans de l'activité humaine, il rend compte aussi de la violence de la lutte des classes à l'œuvre aujourd'hui, conduite de manière très consciente par les plus riches pour leur profit.
L'exigence de construire une alternative globale au capitalisme se justifie et devrait se fortifier par les ravages du capitalisme sur la personne humaine, les sociétés et la nature, notre environnement qui conditionne notre devenir sur Terre.
L'analyse de la situation politico-économique globale du capitalisme me semble très forte dans la première partie du texte (I,1).
La lecture globale de la situation présente peut-être résumée ainsi, même si les rédacteurs du texte l'exposent bien mieux que moi: le capitalisme devient de plus en plus envahissant, de plus en plus présent dans nos vies et nos sociétés, mais c'est une conséquence de ses contradictions et de sa crise profonde qui justifient, autant que la nécessité morale et humaine de le combattre pour construire un autre système de répartition des ressources et du pouvoir, la croyance raisonnable en un devenir prochain non capitaliste des sociétés humaines. Être communiste aujourd'hui, c'est donc plus que jamais viser et préparer le dépassement du capitalisme, la substitution au capitalisme d'un autre système basé sur la coopération entre les individus et les peuples, le partage, l'appropriation commune des pouvoirs, des savoirs, des richesses, afin de faire « grandir l'humain dans l'humanité » (I,5: Un projet de société pour l'humain), « afin que le libre développement de chacune et de chacun soit la condition du libre développement de toutes et tous » (la fameuse formule de Marx reprise en I, 5).
L'analyse proposée par la proposition de base commune de la crise actuelle du capitalisme me parait éclairante. Par contre, là où nous sommes beaucoup moins précis et convaincants dans ce texte, à mon avis, mais c'est peut-être à dessein pour éviter de retomber dans un dogmatisme supposant un parti avant-garde définissant les formules du changement et la voie de l'avenir, c'est dans la présentation de ce que pourrait être l'organisation concrète d'une société communiste ou post-capitaliste, dans l'appréciation du rôle à conférer à la prise de pouvoir d'État, à la révolution, aux moyens d'expropriation de la bourgeoisie, et dans la présentation des moyens de contrer les effets anti-révolutionnaires sur les individus et les peuples du mode de domination capitaliste: consumérisme égoïste, division des classes populaires, abattement, résignation et ressentiment lié à la perte de pouvoir du politique, crétinisation des masses par les médias au service de la perpétuation du système et des intérêts de la classe possédante, brouillage des repères idéologiques, fabrique de boucs émissaires servant de dérivatifs à la colère sociale, exaspération du racisme et des égoïsmes nationaux.
Le contenu du dépassement du capitalisme à viser n'est donc pas clairement indiqué. C'est peut-être une marque de sagesse, car les théories politiques systématiques sont toujours démenties par la libre invention imprévisible des peuples dans l'histoire et par leur propension à faire du nouveau à partir d'héritages historiques particuliers dont on ne saurait négliger le poids.
C'est aussi peut-être, dirons certains avec regret et amertume, une marque d'un certain renoncement à l'ambition révolutionnaire entendue comme subversion radicale, par un affrontement qui peut être violent avec les forces qui préservent les privilèges du système capitaliste, de ce système.
En d'autres termes, est-ce que la majorité et la direction du PCF sont devenus des sociaux-démocrates avancés?
Non, dans la mesure où l'ambition collectiviste et la volonté de rupture avec le capitalisme ne sont pas abandonnés à titre d'idéaux activateurs de lutte et de revendications politiques et sociales concrètes. Non, car il est encore question de reprendre le pouvoir aux puissances d'argent, condition sine qua non désormais, dans les conditions de l'évolution du capitalisme mondialisé et financiarisé, de toute logique de progrès social, de développement culturel, d'écologie et d'approfondissement démocratique. Non, car la fin de l'histoire, nous le savons, n'est pas la démocratie bourgeoise inégalitaire et le marché, un système qui est en train de périr de son triomphe trop éclatant après 1989.
Mais en même temps, il y a une critique claire et répétée des expériences révolutionnaires et autoritaires des prises de pouvoir communistes en Europe et en Asie au XXème siècle. On se revendique de la révolution pour préciser aussitôt:
« Une révolution citoyenne, pacifique, démocratique, et non pas la prise de pouvoir d'une minorité. Un processus de changement crédible et ambitieux, visant à transformer les logiques du système ».
On est assurément ici plutôt du côté de Jaurès (et de son évolutionnisme démocratique et révolutionnaire) que du côté de Marx et d'Engels ou de Lénine. Je ne m'en plains pas: cela me paraît le signe d'une prise de distance nécessaire, attendue et légitime par rapport à l'héritage de la prise de pouvoir révolutionnaire par les armes, de la violence, de la bureaucratie, de la dictature communiste au XXème siècle.
Le passé du PCF est justifié à travers les conquêtes sociales et démocratiques que la mobilisation des militants pour la paix, contre le colonialisme, pour l'égalité et la dignité des travailleurs, le droit à la culture et au loisir, ont permis de conquérir, mais critiqué pour le soutien aux dictatures d'URSS et des démocraties populaires: « Nous avons affronté le XXe siècle. Au nom du communisme se sont développés des grands espoirs et des combats essentiels mais se sont aussi en certains endroits construites des sociétés d'oppression qui ont échoué à produire l'émancipation humaine que nous portons. Menant ici notre combat et provoquant des avancées sociales et démocratiques majeures, nous avons cependant peiné à nous dégager de l'affrontement qui se jouait dans la guerre froide. Nous avons souffert de voir ainsi notre idéal s'abîmer, de voir les forces capitalistes avoir beau jeu de jeter sur lui le discrédit et de voir l'espoir en un monde meilleur tellement se rétrécir » (III, 1: le nouveau parti communiste).
Les rédacteurs du texte se félicitent à ce titre que la dynamique du Front de Gauche ait permis à notre parti « d'opérer un retour remarqué sur la scène politique, et une transformation de sa propre représentation dans l'opinion publique » (II, 1). Ils se réclament de l'universalité des droits de l'homme, qui ne plus du tout des droits présentés comme formels et abstraits: « Notre patrie, c'est celle des droits de l'homme et de la femme ».
La démocratie ( dans son cadre « formel » y compris, à compléter par des droits sociaux et économiques du grand nombre et un exercice concret et réel de la souveraineté du peuple: droits d'expression de l'opposition et des minorités, indépendance de la presse, libertés individuelles garanties, élections libres et multipartisme) est présentée comme une fin non relativisable, une exigence absolue et inconditionnelle, une condition sine qua non de l'émancipation: « A l'aube du XXIe siècle naissant... nous savons qu'il ne peut y avoir de communisme sans démocratie, sans que le cœur en soit la démocratie. Pour être émancipateur, un projet politique ne peut être qu'une œuvre collective à laquelle chacune et chacun peut participer ».
Personnellement, cette affirmation posée comme une conviction forte, et même plus encore, comme une évidence issue de l'expérience, un savoir, me convient parfaitement car elle condamne la dictature du prolétariat, l'aventure autoritaire d'une minorité visant à transformer la société en la purgeant violemment des éléments réactionnaires ou privilégiés, en créant un homme nouveau et des structures sociales nouvelles brutalement par la contrainte. Ces expériences, qui ne s'expliquent pas simplement par les tendances internes de la théorie marxiste ou léniniste, mais aussi par des conjonctures historiques et sociales particulières (héritage d'État centralisateurs, autoritaires et violents, partis communistes qui se construisent et se militarisent dans les conditions de la guerre, pauvreté des masses liée à la guerre, au sous-développement, aux privilèges passés), me semblent devoir être prises en compte sérieusement dans leurs échecs et les tragédies qu'elles ont fait naître: elles justifient le renoncement, non à la violence révolutionnaire comme moyen de la démocratie, à condition qu'elle soit celle du peuple et non d'une minorité agissante installant immédiatement une dictature pour rendre sa prise de pouvoir irréversible, mais au concept de dictature d'un parti-guide devant gommer tous les clivages et les contradictions d'intérêts et d'idées d'une société par la contrainte policière et bureaucratique.
En même temps, cette affirmation pose problème car, face aux instruments d'influence et de contrainte du capital et de ses défenseurs, face à leur projet de déshumanisation de la société pour le profit de quelques-uns, on peut se demander s'il faut désarmer par avance les classes qui ont intérêt à bousculer le régime de privilège et à changer le système, s'il faut accepter les contraintes légales de la démocratie pluraliste et formaliste, s'il faut s'interdire le coup de force d'une minorité agissante contre les exploitateurs, au moins à titre d'événement inaugural permettant une prise de conscience et de pouvoir du grand nombre. Le concept de « révolution citoyenne » est louable dans ses bonnes intentions démocratiques, il est peut-être même satisfaisant s'il désigne la société vers laquelle nous voulons tendre (celle de la démocratie intégrale et achevée), mais il est aussi « très flou » et insuffisant de mon point de vue s'il désigne les moyens du changement.
Avec quelle population nous « allons investir à tout moment les lieux possibles et imaginables, dans un vaste mouvement d'appropriation citoyenne capable de formuler et de rendre incontournables les aspirations populaires »?
Ce printemps du peuple, cette exaltation des ardeurs citoyennes, cette transformation de l'espace social en vaste forum, en agora, un terrain de manifestation colorée, devrait être le moyen démocratique d'un changement profond des structures sociales et économiques mais ne peut-on pas en même temps penser qu'il n'en peut qu'être la conséquence? Ou alors, il faudrait vraiment que se lève un espoir d'alternative politique proche et suffisamment crédible porté par des forces politiques aux portes de pouvoir et par un mouvement social résolu à ne rien lâcher et irriguant toute la société pour revoir ce type d'épanouissement populaire du politique.
On est loin aujourd'hui de réunir toutes ses conditions car la conscience de classe des exploités est devenue très lacunaire, brouillée par les conditions d'éclatement et de division du salariat, par un discours d'enfumage idéologique, l'idéologie du mérite individuel et du consumérisme, la dénonciation des profiteurs d'en bas, la crétinisation des esprits par les mass médias et une éducation de moins en moins émancipatrice. De plus, le pouvoir apparaît de plus en plus lointain, insaisissable, détenu par des institutions et des entreprises transnationales tandis que les élus nationaux se sont dessaisis eux-mêmes de leur pouvoir d'intervention économique, de sorte que cela encourage l'abattement et la résignation, le fatalisme, face à une situation que l'on croit ne plus pouvoir contrôler. Enfin, le discours médiatique ambiant, au service des puissances d'argent, entretient la résignation, la peur du déclassement, l'angoisse devant la catastrophe économique et sociale annoncée, l'idée qu'il n'y a pas de solution de rechange face à une mondialisation libérale accroissant la domination du capitalisme et la mise en concurrence de tous, tous sentiments qui incitent à faire l'autruche et à cultiver son jardin, voire à décharger sa bile sur le voisin pas comme nous, plutôt qu'à se révolter collectivement et à construire des alternatives.
Il faudrait vraiment un mouvement politique et social puissant pour changer les choses, ouvrir un horizon d'espoir, rendre son sens révolutionnaire à la situation économique et sociale présente, mais comment le faire croître et parvenir aux portes du pouvoir dans la situation de verrouillage institutionnel et idéologique présente?
Il n'y a pas de solutions toutes faites et aisées à ces problèmes: il est plus dur évidemment de savoir comment changer le système que de le conserver tel qu'il est.
Ce qui est sûr, c'est que le PCF doit viser à continuer à éclairer publiquement le sens de la crise globale que nous vivons, qui est celle du système capitaliste, car il est le mouvement politique qui dans ses fondamentaux porte la critique globale du système. Ce qui est sûr, également, c'est qu'il ne doit pas à se crisper sur des intérêts d'appareil ou d'élus, des formules, des habitudes, une méfiance vis à vis de son identité ou de son avenir menacé, mais qu'il doit être aux avant-postes pour chercher à rassembler tous ceux qui ont intérêt à changer de système en s'alliant avec toutes les forces qui le remettent en cause véritablement, à des degrés divers et selon des voies différentes.
La stratégie du Front de Gauche, la distanciation critique courageuse vis à vis d'un PS qui bien souvent, et de manière manifeste depuis quelques mois, se met concrètement dans sa pratique du pouvoir au service des puissances d'argent, faute de vouloir changer le système et d'avoir le courage de s'attaquer à elles, sont de grands pas faits dans la direction du changement, mais cela reste des premiers pas.
Il y a encore un travail de persuasion, un travail idéologique à effectuer dans des conditions extrêmement difficiles, mis à part le fait que l'acuité de la crise du capitalisme et de sa nocivité est désormais perçue largement, beaucoup mieux que les moyens de rompre avec sa domination sans partage, pour rassembler plus largement autour d'objectifs de changement structurel et de remise en question du système, pour faire pièce à l'accusation d''irréalisme, d'utopie, pour rompre avec la résignation et le consentement au moins-disant.
Ismaël Dupont.