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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 06:05
Hollande : « L'habileté n'est plus suffisante, le pays souffre trop »

Francois Hollande voulait mettre en perspective la dernière année de son quinquennat. A défaut d'horizon, on a eu droit à un marathon d'explications qui ne parlent plus à personne.

L'échec de sa politique et la somme des renoncements et des trahisons depuis 2012 sont une réalité qui, à un an de la prochaine présidentielle, a été le fil conducteur d'une émission crépusculaire. Comment faire croire à une proximité avec le monde du travail alors qu'il s'est appliqué à gaver le patronat ? Comment parler à la jeunesse en menant une politique aggravant sa précarisation ? Comment parler à la gauche après une politique aussi régressive ?

Le seul mérite de François Hollande est d'avoir fait la démonstration que cela n'est pas possible, que le quinquennat aura duré... 4 ans. Car ce soir, on a bel et bien assisté à la fin du hollandisme. L'habileté n'est plus suffisante, le pays souffre trop

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 05:59
Les États ont abandonné leurs agriculteurs aux seules lois du marché

Développement d’outils de gestion de l’aléa économique en agriculture

Michel Le Scouarnec - Sénateur CRC du Morbihan

6 avril 2016

Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, encore une fois, nous partageons les constats dressés dans l’exposé des motifs de cette proposition de résolution.

S’il est vrai qu’aujourd’hui l’Europe n’est plus en capacité de compenser avec justesse la volatilité des prix et des revenus, il est vrai également que le libéralisme effréné engendre la course sans fin à l’agrandissement et à la compétitivité exacerbée entre États membres, qui ouvrent la voie au dumping social, à la main-d’œuvre bon marché et aux prix tirés vers le bas.

Comment ne pas souscrire à l’idée que, pour remédier à cette volatilité des marchés, à la concurrence internationale sans limites et parfois même déloyale, à l’incapacité à maintenir des prix rémunérateurs, mais aussi aux crises sanitaires ou diplomatiques, il faille mettre en place des outils de gestion de l’aléa économique au niveau européen ?

L’Europe de l’harmonisation reste à construire, et c’est urgent et indispensable, car le chemin risque d’être long ! Les États ont abandonné aux seules lois du marché leurs agriculteurs.

Toutefois, nous ne pensons pas que le développement de l’assurance récolte et la construction d’un système de mutualisation des risques économiques ou de solidarité professionnelle permettant aux acteurs des différentes filières de développer des organisations économiques soient des solutions permettant de faire face aux aléas du marché.

Alors que la gestion des marchés et la régulation des productions ne sont plus à l’ordre du jour, que les crédits alloués dans la PAC aux situations de crise sont insignifiants au regard des besoins, vous nous proposez de mettre en place et de promouvoir les outils du marché en lieu et place d’une véritable politique publique

On passe à la « gestion des risques » via des compagnies d’assurance ou des fonds de mutualisation à cotisation obligatoire.

Cette proposition de résolution s’inscrit dès lors dans la continuité de la loi de modernisation agricole de 2010, qui a posé les grandes orientations en faveur des marchés à terme, des assurances revenus ou chiffres d’affaires et de la contractualisation. Pourtant, nous avions alors soulevé le paradoxe qui consiste, d’un côté, à déréguler la PAC, puis, de l’autre, à compenser les aléas ainsi créés.

Nous pensons au contraire qu’il faut sortir l’agriculture des logiques marchandes et financières. Il faut s’attaquer aux véritables causes de la situation en concertation avec l’ensemble des producteurs et des professionnels. Si l’on ne prévoit pas des règles au niveau européen, on ne s’en sortira pas.

Pour garantir des revenus dignes à nos agriculteurs, pour assurer sur nos territoires une production alimentaire de qualité, notre agriculture a besoin de stabilité. En effet, la suppression de toutes les mesures d’orientation des prix place les exploitants agricoles dans un face-à-face déséquilibré avec les opérateurs de marché, les transformateurs et la grande distribution.

Nous pensons au contraire qu’il faut réhabiliter le principe d’une véritable régulation, permettant de garantir un prix décent.

Il faut dès lors une maîtrise des volumes de production, car 1 % de lait ou de viande en trop sur le marché, c’est 10 % de baisse de prix ! Il faut aussi contraindre la grande distribution à la loyauté, en restituant la part de la plus-value prise aux paysans après la flambée des prix en 2009.

Il faut également interdire les ventes à perte et fixer des prix rémunérateurs. Il est aussi du ressort des chambres d’agriculture, qui remplissent une mission de service public, de contribuer à fixer des prix rémunérateurs aux produits agricoles. On pourrait aussi imaginer un fonds structurel dédié aux filières en difficultés et géré par les acteurs eux-mêmes. Nous avons déposé de nombreux amendements en ce sens – des amendements réalistes, loin de la simple déclaration d’intention.

Toutefois, nous pouvons aller plus loin en prenant l’exemple du quantum mis en place en France pour le blé en 1945. Ainsi, pendant des décennies, les cinquante premiers quintaux de blé vendus par chaque exploitation étaient payés à un prix fort garanti par l’État. Le reste obéissait aux lois du marché.

Ce système, appelé « paiement différencié », a fonctionné en France pendant des années pour la production de jeunes bovins. Il s’agirait donc d’utiliser le budget consacré aux primes PAC pour un complément de prix. Il serait réservé à la première tranche de production chez chaque éleveur. Le quantum, le prix garanti aux producteurs, serait bien sûr l’addition du prix du marché et du complément du prix. Voilà la vraie assurance qui permettrait de sauver nos petits et moyens agriculteurs.

L’économie au sens noble y gagnerait : ce sont les grosses exploitations laitières et porcines qui produisent au prix le plus élevé ; il coûte quatre fois moins cher de nourrir une vache au pré plutôt qu’à l’auge avec du maïs et du soja OGM importé.

Ce sont des pistes que nous aurions tout intérêt à approfondir aux niveaux national et européen si nous voulons véritablement sauver notre agriculture. Il faudra bien faire évoluer le droit européen et le plus vite sera le mieux !

Comme le rappelait récemment le rapporteur Daniel Gremillet lors de la discussion de la proposition de loi en faveur de la compétitivité de l’agriculture et de la filière agroalimentaire, les suicides sont nombreux parmi les agriculteurs. Si nous ne nous attaquons pas au problème de la répartition de la valeur ajoutée au sein des filières et aux prix d’achat aux agriculteurs, nous ne répondrons pas à leurs besoins et nous n’assurerons pas leur survie.

Au-delà de la recherche de solutions conjoncturelles, nous allons devoir reprendre notre avenir agricole en main, afin que l’exploitation et l’exploitant soient remis au centre des décisions. Le fonctionnement de toutes les filières agricoles est à bout de souffle.

Malheureusement, cette proposition de résolution ne redonnera pas suffisamment d’oxygène. Elle ne permet pas de réécrire collectivement l’avenir de notre agriculture pour la sortir de la zone sombre. C’est pour ces seules raisons, et non pour afficher une quelconque posture, mes chers collègues, que nous ne voterons pas ce texte.

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 05:52

Thomas LEMAHIEU et Damien ROUSTEL

L’HUMANITE

Jeudi 7 avril 2016

UNION EUROPÉENNE : Oubliez Panama! C'est évadé près de chez vous Tout ne se passe pas dans des paradis fiscaux éloignés... Parmi les États fondateurs de l'Union européenne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg se sont spécialisés depuis des années dans des techniques d'optimisation fiscale qui permettent aux multinationales de fuir l'impôt.

Rien moins que 214 000 entités offshore, 21 paradis fiscaux différents, 14 000 intermédiaires dont de grandes banques internationales, des chefs d'État et de gouvernement, des sportifs de renom... Le scandale Panama Papers livre, au rythme des feuilletons organisés par les médias du monde entier qui en publient des extraits, un inventaire de sociétés offshore dans des destinations aussi éloignées que le Panama, les Samoa ou les îles Vierges britanniques.

Quand les premiers éléments sont sortis, il y a deux jours, Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, à la Fiscalité et à l'Union douanière, s'est exclamé : « C'est une excellente nouvelle parce que ça donne des armes politiques pour dire "ça suffit !" », s'est-il réjoui. Et d'ajouter : « Il y aura toujours un combat à mener contre l'évasion fiscale, la fraude fiscale, les comportements criminels et la corruption. Il y aura toujours une compétition entre les entités publiques, les fraudeurs et ceux qui les accompagnent. » Pour le commissaire européen, « virtuellement », le secret bancaire « n'existe plus » grâce à « l'échange automatique d'informations, une nouveauté qui a trois ou quatre ans et qui fait qu'on arrive à suivre les détenteurs de comptes ». Pour Pierre Moscovici, il est urgent de mettre en place les dispositifs nécessaires pour promouvoir « la transparence » et mettre à mal « l'opacité » de certains « mécanismes d'optimisation fiscale ». « C'est un combat politique qui est décisif pour la Commission européenne, jure-t-il. Il est vital pour nos concitoyens, qui ne supportent plus, eux qui paient des impôts, que telle personne ou telle entité se comporte d'une manière exagérément privilégiée. »

Beaucoup de bruit pour rien ? Depuis quelques années, sous le coup des scandales d'évasion fiscale à répétition, la Commission européenne tente, à l'en croire, d'enrayer le phénomène.

Avec le scandale des Panama Papers, elle espère hâter le mouvement pour la « transparence » et la lutte contre « l'opacité ». Mais comme l'illustre la nature intrinsèque d'une Union européenne néolibérale qui fait du dumping fiscal une règle d'or ¬ toute perspective d'harmonisation est écartée par la règle de l'unanimité des chefs d'État dans ce domaine ¬, la concurrence entre les membres de l'Union européenne est permanente. Les pays rivalisent depuis toujours pour inventer des mécanismes destinés à attirer les capitaux grâce à la promesse d'une taxation très faible. Il y a quelques semaines, la régulation beaucoup plus stricte de l'industrie de l'optimisation fiscale, sans laquelle les montages des Panama Papers et tous les autres seraient impossibles, a été retoquée par les institutions européennes. Et là-dessus, Pierre Moscovici est beaucoup moins disert...

Il y a les Panama Papers avec les noms exotiques de ces coins de paradis fiscaux, tous les archipels où les mafieux fraient allègrement avec les puissants et les fortunés. Puis il y a les traités et les directives de l'Union européenne... C'est aussi technique, moins sulfureux, sans aucun doute, mais l'analogie est-elle aussi absurde qu'elle en a l'air? Sur tout le continent depuis le début de l'histoire de l'unification, derrière l'ambition pacificatrice, les États membres pratiquent une concurrence libre et non faussée, se livrant à une guerre qui ne dit pas son nom, alors qu'il est bien connu: elle s'appelle « dumping fiscal ». Signe de cette tare congénitale: parmi les six pays fondateurs de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (Ceca), embryon de l'Union européenne actuelle, figurent trois États ¬ les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg ¬ connus aujourd'hui pour leur pratiques particulièrement agressives afin d'attirer les multinationales désireuses de ramener leur taux d'imposition au niveau des polders...

Tout se passe au détriment des citoyens ordinaires

Dans un rapport assez édifiant publié hier par le syndicat néerlandais FNV les effets de , cette concurrence frénétique apparaissent nettement et, évidemment, tout se passe au détriment des citoyens ordinaires. Selon ce document, sur dix ans, ce sont plus de 30 milliards d'euros que les très grandes entreprises hollandaises ont réussi à ne pas verser au Trésor batave... tout en ne les payant pas plus dans les États où elles ont créé des holdings sans réelles activités, bien souvent! « Cette enquête ne couvre qu'une partie des entreprises, indique Leo Hartveld, dirigeant du FNV Si . nous extrapolions, on pourrait trouver beaucoup plus d'argent encore. Cela fragilise toute la société, c'est un véritable vol à grande échelle. Avec ces milliards d'euros qui nous échappent, on pourrait annuler toutes les coupes budgétaires dans le secteur de santé. On pourrait diminuer la taille des classes dans les écoles. Et si on investissait ces sommes dans la construction d'éoliennes, on pourrait fournir gratuitement de l'électricité à un million de foyers. » Triste ironie de l'histoire, voici que sont rattrapés les Pays-Bas, inventeurs d'un mécanisme d'optimisation fiscale qui exploite lui-même une faille dans la législation irlandaise: en Irlande, la technique du « double irlandais » permet de renvoyer tous les bénéfices aux Bermudes ou dans d'autres paradis fiscaux, alors que la technique du « sandwich hollandais » exempte d'imposition toutes les redevances liées à l'exploitation d'un droit de propriété si elles sont transférées à l'intérieur de l'Union européenne.

Ce sont ces mécanismes structurels qui expliquent que tant de sièges de multinationales sont implantés en Hollande. Mais selon le rapport du FNV les , multinationales néerlandaises elles-mêmes fuient leur pays et beaucoup prennent la route de la Belgique, qui, elle, utilise la technique des intérêts notionnels pour attirer les miettes d'impôts que ces grandes entreprises sont prêtes à lui donner. « Notre pays figure aujourd'hui parmi les plus mauvais élèves européens, avec comme ministre des Finances un pur produit libéral qui, non content d'accumuler les erreurs de calcul dans le budget, prône ouvertement une concurrence fiscale européenne, accuse Peter Mertens, président de la formation de gauche radicale PTB. Cette sorte de concurrence, qui fait jouer le système fiscal d'un pays contre celui d'un autre, fait pourtant le jeu des constructions fiscales pour les multinationales et les plus riches. »

Une directive qui ne s'appliquera qu'aux 28 États de l'UE

Dernier exemple de l'hypocrisie européenne. Le scandale des Panama Papers va-t-il avoir en Europe en général, et au Luxembourg en particulier, des conséquences sur le « rescrit fiscal »? Cette technique d'optimisation fiscale à destination des multinationales pour payer un minimum d'impôts, plus connue sous le nom de « tax ruling », a été révélée au grand public en novembre 2014 par l'International Consortium of Investigative Journalists.

Mis en cause, le ministre des Finances luxembourgeois Pierre Gramegna avait expliqué que le tax ruling faisait « partie du patrimoine » de son pays et que le « maintien d'une certaine compétitivité, loyale, entre les États dans le domaine fiscal est indispensable ».

Depuis l'éclatement de l'affaire dite du LuxLeaks (2014) , la Commission européenne a décidé de combattre ces pratiques. Selon les informations du Monde, une initiative devrait être proposée le 12 avril.

Selon le document que s'est procuré le quotidien, « il s'agirait de refondre la directive comptable de 2013 pour intégrer la publication des profits des multinationales pays par pays ». Toutes les sociétés seraient concernées à condition qu'elles aient des activités en Europe et un chiffre d'affaires d'au moins 750 millions d'euros. Des tas d'informations sensibles devront être rendus publics : nombre d'employés, chiffre d'affaires dans chaque pays de l'UE, montant des profits, sommes des impôts versés aux fiscs respectifs... Le but est que les entreprises paient leurs taxes dans les pays où elles génèrent des profits et non plus dans des États, comme par exemple le Luxembourg, où elles rapatrient une partie de leurs bénéfices pour payer un impôt extrêmement bas (moins de 1 % alors que le taux officiel est de 29,22 %) et négocié à l'avance (principe du tax ruling).

Une des limites de la future directive européenne est qu'elle ne s'appliquera qu'aux 28 États de l'Union européenne. Des États comme la Suisse ne sont donc pas concernés. Considérée comme un paradis fiscal par excellence, la confédération helvétique a toutefois été contrainte de prendre des mesures après l'éclatement du scandale de la filiale suisse de la banque HSBC en février 2015. Le SwissLeaks a mis au jour un vaste système de fraude fiscale pour ses clients étrangers. Aujourd'hui, la Suisse a quasiment renoncé au secret bancaire et pratique l'échange de données. D'autres territoires demeurent encore terra incognita pour la justice fiscale. Les îles Anglo-Normandes de Jersey et de Guernesey ainsi que les îles Vierges britanniques ont apparemment fait également suffisamment d'efforts en matière de coopération pour être retirées de la liste noire de Bercy des paradis fiscaux. Pourtant, ni Jersey ni Guernesey ne souhaitent augmenter le taux de l'impôt sur les sociétés. Il est officiellement de 0 %. Tout un programme que n'a jamais affronté l'Union européenne, elle qui vient, avec le chantage au Brexit du premier ministre britannique, de ratifier l'exception fiscale de la City de Londres.

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«Avec ces milliards d'euros qui nous échappent, on pourrait annuler toutes les coupes budgétaires dans le secteur de santé» LEO HARTVELD, SYNDICALISTE NÉERLANDAIS

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 20:30
La mobilisation des jeunes et de la population peut mener au retrait de la loi travail

Suite aux discussions engagées avec les syndicats étudiants et lycéens, le Premier ministre a annoncé un plan de 11 mesures pour améliorer la situation des jeunes.

Des mesures parmi lesquelles : l'augmentation du montant des bourses lycéennes et étudiantes dont le périmètre sera élargi et qui les prolongent après l'obtention du diplôme ; l'amélioration de la rémunération salariale des apprentis ; l'accès facilité au logement et à la couverture maladie universelle ; l'augmentation du nombre de places dans certaines filières de formation ; la taxation plus lourde des CDD...

Autant de mesures qui sont portées par l'ensemble des 23 organisations de jeunesse dans leur plate-forme unitaire lancée contre la loi « travail » début mars, plate-forme de revendications concernant l'ensemble des jeunes confrontés à la précarité.

Alors que la jeunesse était affichée comme la priorité du quinquennat de François Hollande, il aura fallu une mobilisation massive des jeunes pour que ce gouvernement les écoute et agisse.

Si ces annonces sont à considérer comme un pas en avant pour les jeunes, le Premier ministre n'a rien cédé sur la logique du projet de loi « travail » qui fragilise et précarise l'ensemble des salarié-es dont les jeunes.

La mobilisation des jeunes peut mener, avec l'ensemble de la population, au retrait de la loi travail

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 20:28

Avec la décision prise par une commission parlementaire dominée par la droite, la procédure en faveur d'une destitution de la présidente Dilma Rousseff est lancée. Il s'agit d'une nouvelle étape dans l'offensive lancée par la droite avec le soutien des grandes organisations patronales de l'agro-business et de l'industrie, dès les premières heures qui ont suivi la réélection de la présidente brésilienne. Cette fois-ci, Dilma Rousseff est menacée de destitution sous prétexte d'avoir manipulé les comptes du budget. En réalité, elle n'a fait que s'assurer de la continuité des programmes sociaux qui bénéficient à des millions de personnes par des aides financières et l'accès à la santé et à l'éducation.

Dilma Rousseff est accusée, par ceux qui se sont toujours opposés à ces politiques de combat contre la pauvreté, de « mettre en danger l'équilibre des comptes publics et la santé financière du pays ».

Ceux qui agissent en faveur de la destitution de la présidente brésilienne sont les mêmes qui se sont opposés aux mesures proposées par la gauche pour réformer le système politique et pour mettre fin au financement des partis et des campagnes électorales par les entreprises privées.

La droite qui a été battue aux présidentielles de 2014 a pu se renforcer aux législatives. Ellea pu faire voter des mesures qui renforcent le recours à la sous-traitance et à la précarisation. Elle a imposé des limites à la politique de lutte contre le travail forcé menée par la gauche. Elle s'est attaquée aux droits des femmes et a pris des initiatives homophobes. C'est elle, cette même droite qui tente tout pour faire tomber Dilma Rousseff qui représente un obstacle majeur à ses projets de restauration conservatrice.

Le PCF dénonce le caractère politique du procès entamé contre la présidente Dilma Rousseff par une opposition illégitime pour l'accuser de corruption. Le président de la Chambre Eduardo Cunha, qui a demandé la destitution de la présidente, est lui même accusé d'avoir fait des placements dans cinq comptes en Suisse et son nom est évoqué dans l'affaire des « Panama papers ». Plus de la moitié des membres de la commission spéciale qui vient de voter en faveur de la procédure de destitution est aussi soupçonnée ou poursuivie pour des cas de corruption ainsi que des dizaines des députés qui prétendent juger la présidente brésilienne.

L'attitude des médias qui font de ces affaires un spectacle déplorable est aussi condamnable comme l'est le comportement d'une bonne partie de l'appareil judiciaire qui cible de manière sélective les militants de la gauche.

Le PCF, solidaire des militants du Parti des travailleurs et de l'ensemble de la gauche brésilienne condamne la tentative en cours de mise en place d'un véritable coup d’État qui ne dit pas son nom.

La droite utilise aujourd'hui au Brésil les mêmes procédés qui ont conduit aux coups d’État institutionnels contre le président Fernando Lugo au Paraguay en 2012, et contre José Manuel Celaya en Honduras en 2009.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 20:23
Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. Le bonheur de l’échange sur la place de la République

Par Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

Mardi, 12 Avril, 2016

L'Humanité

Les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon se sont rendus, samedi soir, place de la République à Paris.

Ils livrent leur témoignage de leur Nuit debout au cœur d’un mouvement où vivent « la solidarité et l’égalité ». Malgré la pluie et le froid, nous ne retiendrons de notre soirée du samedi 9 avril 2016, sur la place de la République, que le bonheur et la chaleur de l’échange avec des militants de tous âges et de tous milieux. Sous un abri de plastique bleu, nous leur avons proposé un petit sketch mettant en scène un couple de la « haute société ». Nous nous sommes présentés comme deux membres de la grande bourgeoisie qui se retrouvent au coin du feu dans leur bel appartement du 16e arrondissement après une longue séparation. Le 13 mars, Michel qui occupe de hautes responsabilités dans une banque d’affaires s’est envolé au Panama, puis a séjourné dans l’État du Delaware, aux États-Unis. Monique, directrice de la communication dans une maison de haute couture, a continué à participer à la vie mondaine parisienne. Leur éducation dans les beaux quartiers se révèle tout de suite : après des années de vie commune, ils persistent à se vouvoyer.

Mon cher, dit Monique à son mari Michel, vous qui avez voyagé pendant toutes ces semaines, vous ne savez pas encore que la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, et son adjoint au logement, Ian Brossat, qui est, tenez-vous bien, communiste, vont construire un centre d’hébergement pour 200 sans-abri, là, devant chez nous sous nos fenêtres, dans notre bois de Boulogne !!! Vraiment, ils ne doutent de rien. Ils ont même eu le toupet d’organiser, le 14 mars, une présentation du projet dans un amphithéâtre de l’université de Dauphine. Vous pensez bien que nous nous sommes mobilisés. Nous sommes venus avec des sifflets, des affiches rouges avec « Touche pas à mon bois » écrit dessus. Nous étions 1 500, dont la moitié dehors, faute de place. Nous étions très en colère de subir le résultat de lois dont nous ne voulons pas. C’est dur pour des gens comme nous d’être mis dans l’obligation d’accepter la construction de ces abris qui vont dénaturer notre environnement et menacer la sécurité de nos enfants. Alors, certains d’entre nous ont perdu leur sang-froid habituel. Ils ont traité de “salope” la préfète qui ne l’avait pas volé. Mais, bien entendu, aucune plainte n’a été déposée contre nous. Nous ne sommes quand même pas des grévistes. Nous bénéficions encore du respect dû aux gens de notre rang.

Par contre, je suis très inquiète de la situation sociale en France. Vous vous rappelez que, grâce aux très nombreuses interventions de notre ami, Pierre Gattaz, et de ce cher Geoffroy Roux de Bézieux, le gouvernement a enfin mis en chantier le dégraissement du Code du travail, afin que les salariés soient plus assidus au travail, et que nos chefs d’entreprise ne soient pas épuisés par les obstacles liés aux processus de licenciement si délicats à mener à bien, sans ces primes et autres condamnations aux prud’hommes

Eh bien, figurez-vous que, alors que j’avais passé une délicieuse matinée le 31 mars dans la société de vente aux enchères de notre cher ami François Pinault, je me suis retrouvée, alors que je me rendais à un cocktail de la Fondation Seydoux, prise dans une foule de dizaines de milliers de manifestants, sous une pluie battante. J’ai fini par comprendre qu’ils hurlaient contre une loi qu’une ministre, une certaine El Connerie m’a-t-il semblé, cela m’a paru bizarre, voudrait imposer à nos entreprises. J’ai été stupéfaite par ce spectacle. Ils étaient couverts de grandes capes rouges ou jaunes, en matière plastique. Dégoulinant d’eau, les pieds trempés. Quel spectacle ! Mais ils paraissent déterminés. Cela m’a fait penser à Germinal, et j’ai été traversée par un sentiment de peur. Je ne le cache pas. Mais j’ai retrouvé nos chers amis de la Fondation, qui m’ont réconfortée en m’offrant une coupe de champagne que j’ai bien appréciée.

Et vous, qui étiez si loin, racontez-moi un peu de votre vie pendant cette longue séparation.

Eh bien, comme vous savez, j’étais à Panama ce lundi 5 avril 2016, pour les affaires concernant la banque, et les nôtres. Le petit déjeuner dans le bel hôtel où j’ai mes habitudes a été fort agité. Tous les journaux titraient sur le vol dont a été victime le cabinet de nos chers amis, Mossack Fonseca. Quand on pense au mal qu’ils se sont donné pour monter un système de sociétés-écrans entremêlées ! Rendez-vous compte, une source anonyme a communiqué à cet ignoble consortium de journalistes d’investigation une masse de documents dont la publication a déjà fait des dégâts considérables. Ces pirates veulent à tout prix nous ruiner, en donnant en pâture aux tribunaux nombre de nos amis, avec leurs listes offshore, à travers le monde. Enfin c’est ce qu’ils espèrent. Offshore Leaks, Luxembourg Leaks, Swiss Leaks, et ça ne leur suffisait pas, il leur faut maintenant Panama Papers.

Nous vivons vraiment dans un monde dangereux. Nos paradis fiscaux pourraient bien devenir des enfers. Les salariés sont autant de grains de sable qui peuvent bloquer nos belles machines de la finance. S’ils deviennent tous des lanceurs d’alerte, il y a tout à craindre. Un nouveau 1789 qui pourrait mettre à mal les banquiers et leurs clients Et puis, vous voyez, ce qui me fait peur, c’est la solidarité de ces centaines de journalistes à travers le monde. Ils sont arrivés à travailler ensemble sur une masse de 11,5 millions de documents, à les explorer, les comprendre, les relier entre eux. Pour reconstruire la réalité qui se cache derrière les apparences. Il leur a fallu neuf mois. Cela montre une grande volonté et une solide collaboration.

J’irai au cercle, demain, pour voir avec nos amis les précautions à envisager devant cette situation à prendre très au sérieux. D’autant plus que j’ai appris, dans l’avion qui me ramenait de New York à Paris, que des jeunes restaient debout toutes les nuits, place de la République, et ce, quel que soit le temps. Ils veulent manifester leur colère devant cette flexibilité dans le travail que nous appelons de tous nos vœux. Voilà des incompatibilités dangereuses. Ma chère, nous vivons une époque redoutable. Jusqu’au pape François qui trouble la paix de nos messes dominicales en prenant fait et cause pour les trublions qui menacent notre avenir. On ne sait plus à qui se fier.

Le public, en partie assis à même le sol trempé afin de laisser de la visibilité aux derniers arrivés, a manifesté son bonheur pour ce voyage dans les beaux quartiers avec un joli ballet de mains qui virevoltaient comme des marionnettes. Les nombreuses questions ont tourné autour de la représentation que les grands bourgeois pouvaient se faire des membres des classes moyennes et des classes populaires. Que sommes-nous pour eux ? Comment nous perçoivent-ils ? Nos réponses furent souvent désenchanteuses tant la violence dans les rapports sociaux de domination a atteint des proportions difficilement acceptables. Mais le public apprécie nos enquêtes et la façon dont nous les restituons de manière franche mais jamais triste tant nous sommes convaincus que la vérité permet la dignité à ceux que les dominants veulent plonger dans la cécité et le pragmatisme de l’expertise. De surcroît, ce sont les deux membres d’un couple qui se relayent dans les réponses, un indicateur de la solidarité très en phase avec Nuit debout, ce mouvement pour lequel la solidarité et l’égalité dans la prise de parole doivent organiser la réflexion politique et le changement de société.

Tout au long de cette soirée, chacun manifeste sa joie d’être là, sa bonne humeur devant la magie d’une collectivité regroupée dans la proximité des valeurs et des opinions.

Pour nous, ce sera le bonheur de la légitimation de notre travail de sociologues. Nos analyses et les mots pour les développer apaisent la souffrance de ceux et celles qui n’ont pas la chance d’avoir le temps de la réflexion. Nous confortons la justesse de la révolte profonde contre une société qui traite de plus en plus mal les salariés et les travailleurs. Il s’est dégagé de cette soirée la même relation fusionnelle, amicale et affectueuse que nous rencontrons dans les débats auxquels nous participons dans de nombreuses villes et villages de France.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 20:21

LES GRANDS ENJEUX POUR NOTRE PLANÈTE, PAR GÉRARD LE PUILL

L’HUMANITE DIMANCHE – Jeudi 31 mars 2016

Parmi les nombreuses citations attribuées au célèbre constructeur automobile américain Henry Ford, né en 1863 et mort en 1947, figure celle-ci : « Notre métier consiste à organiser l'insatisfaction. » Pour vendre un maximum de voitures, il considérait qu'il fallait sans cesse créer de nouveaux modèles afin de provoquer l'envie de les acheter par un nombre croissant de clients. Alors que le seul ralentissement du réchauffement climatique implique de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre, il conviendrait de rompre avec la politique de l'offre dès lors que cette dernière augmente le bilan carbone des biens produits et vendus. Les associations de consommateurs devraient intégrer la lutte contre le réchauffement dans leurs priorités via les conseils d'achat qu'elles dispensent aux consommateurs. Qu'il s'agisse de l'UFC-Que choisir, de « 60 Millions de consommateurs » ou de la Confédération du logement et du cadre de vie (CLCV), pour n'en citer que les plus connues, elles n'en sont pas là, tant s'en faut. « L'écologie peut encore sauver l'économie » (1) questionne l'attitude de l'UFC-Que choisir, à partir du contenu de son journal mensuel.

Cette publication se limite trop souvent à des comparaisons de prix en vue de conseiller ce qui est moins cher à qualité supposée équivalente. Ce qui revient à faire de Michel-Édouard Leclerc le héros national des prix bas pour les produits alimentaires alors qu'il est le distributeur le plus cynique et le moins éthique vis-à-vis de ses fournisseurs. L'UFC-Que choisir ne se soucie guère du bilan carbone des marchandises dont elle conseille l'achat. Agir de la sorte va à l'encontre des intérêts des générations futures. Il est grand temps de conseiller aux consommateurs l'achat de biens durables et à faible bilan carbone quand il s'agit notamment du contenu de leur assiette, ce qui renvoie aussi aux différentes formes d'agriculture pour choisir la plus durable. Le bilan carbone d'un rôti de boeuf ou d'une part de fromage n'est pas le même selon ce que la vache aura mangé. Dans le pré, elle cueille sa nourriture en broutant sur un puits de carbone.

Nourrie à l'auge avec du maïs et du soja, elle consomme indirectement beaucoup de pétrole et participe à la déforestation de l'Amazonie puisque la culture d'un hectare de maïs fourrager chez nous fait cultiver près d'un hectare de soja en Amérique du Sud pour nourrir les troupeaux européens. Pour l'équipement de la maison aussi, les associations de consommateurs devraient conseiller l'achat de biens durables plutôt que des objets à obsolescence programmée vendus meilleur marché. Elles devraient faire connaître l'intérêt du recyclage, favoriser le troc et les échanges. Il faudra tous ces changements de comportements pour que nous progressions vers une économie capable de réduire le bilan carbone de notre consommation.

(1) Coédition Pascal Galodé « l'Humanité ».glepuill@humanite.fr

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 05:49
« Une révolution démocratique doit se faire avec la force des 99 % »

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

L'HUMANITE

ENTRETIEN RÉALISÉ CÉDRIC CLÉRIN ET STÉPHANE

« POUR POUVOIR INTERVENIR DANS LE DÉBAT, LES FRANÇAIS DOIVENT IMPOSER, NON TEL OU TEL CANDIDAT, MAIS LES THÈMES DE LA DISCUSSION ET DU PROJET. »

« RACONTER QU'UNE VICTOIRE D'UN SOIR, FÛT-ELLE ÉLECTORALE, RÉSOUDRA TOUS LES PROBLÈMES, C'EST TROMPER LES GENS. »

HD. Comment interprétez-vous le succès de la mobilisation contre la loi travail ?

Pierre LAURENT

C'est un mouvement extrêmement profond dans la jeunesse et dans tout le monde salarié. Le pays refuse une loi dont chacun a compris qu'elle allait généraliser, et pour longtemps, la précarisation de la vie et du travail.

Les gens s'engagent dans le mouvement de manière croissante au fur et à mesure que le pays prend conscience du contenu du projet de loi, et ils sont déterminés à obtenir son retrait.

Les mobilisations vont se poursuivre et s'inscrire dans la durée. Elles doivent maintenant tout à la fois mettre la pression sur le gouvernement pour retirer le texte et la pression sur le Parlement pour que personne à gauche n'accepte de voter ce projet. Au-delà, cette mobilisation cristallise une exaspération qui a gagné les forces populaires de la gauche qui ne supportent plus le mépris affiché par le pouvoir actuel à leur égard.

HD. 1 million de personnes contre un gouvernement de gauche sur des questions sociales, c'est inédit.

Pierre LAURENT

Effectivement, ce pouvoir est totalement isolé, il s'est coupé du peuple de gauche, auquel il a délibérément tourné le dos. Ces forces populaires sont en train de prendre conscience qu'elles ne sont pas condamnées à subir ce gouvernement au prétexte qu'il se prétend de gauche.

Le pouvoir a dû renoncer à la révision constitutionnelle parce qu'elle allait à rebours de toutes les valeurs fondamentales de la gauche. C'est un encouragement. Le mouvement engagé est donc profond, et il peut gagner et ouvrir la voie à des prolongements pour construire une issue de gauche, une issue progressiste au piège dans lequel on essaye d'enfermer les Français pour 2017.

HD. Vous parlez du peuple de gauche mais votre livre, lui, s'adresse aux 99 %, pourquoi ?

Pierre LAURENT

Pour moi, la gauche n'est pasun camp. Ce sont les forces qui ont fait des idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité un projet pour la République tout entière. Or aujourd'hui nous vivons dans un système qui ne se préoccupe plus de l'intérêt général et n'est au service que d'une poignée de privilégiés. Nous en avons un exemple spectaculaire avec le scandale qui entoure la rémunération des deux PDG de Renault et PSA. Les actionnaires de ces groupes remercient de manière généreuse des patrons pour avoir organisé la croissance maximale des revenus de leurs actionnaires financiers contre, non seulement, les travailleurs de ces entreprises, mais, au fond, contre les intérêts du pays. C'est la nature de ce système qui produit des inégalités de plus en plus explosives et qui croissent de manière exponentielle. Le combat pour l'égalité, qui est le grand combat historique de la gauche, intéresse aujourd'hui directement les 99 % contre le pouvoir du 1 %.

Servir uniquement les intérêts des 1 % est une impasse pour la civilisation tout entière.

HD. Mais comment s'en prendre à ces 1 % ? Est-ce possible ?

Pierre LAURENT

C'est possible parce, que face à ces 1 %, l'intérêt qui unit l'immense masse de la population est lui aussi puissant. Mon livre est en quelque sorte un message de confiance dans la force du nombre des 99 %. Mais pour que cette force puisse trouver un chemin, elle doit prendre conscience de la nature des obstacles auxquels elle a à faire face. Devant l'injustice du système actuel, beaucoup de gens sont révoltés, mais beaucoup attribuent le blocage du système à l'incapacité de tel ou tel dirigeant politique, à ses renoncements, à ses trahisons... sans comprendre les mécanismes qui font système. Mon livre est une contribution pour les décrypter. Nous sommes face à un système qui a organisé les pouvoirs pour maintenir son hégémonie, y compris sur les consciences. La mobilisation des 99 % doit se construire et s'organiser autour d'objectifs précis de reconquête de ces pouvoirs : les pouvoirs de la finance, le pouvoir des actionnaires, le pouvoir médiatique et les pouvoirs politiques.

L'identification des responsabilités et des solutions est essentielle dans la bataille politique et idéologique. C'est pour cela que je n'ai pas fait un livre d'un candidat qui fait des promesses comme on en lit tant. Nous avons besoin d'un débat politique plus profond que le choix d'un homme ou d'une femme pour 2017.

Nous avons besoin d'un débat sur la nature du système et la nature des solutions pour s'attaquer à la reconquête du pouvoir.

HD. Mais ces 99 % croient-ils vraiment que l'élection de 2017 peut changer les choses ?

Pierre LAURENT

La situation est en réalité très ouverte. Personne ne peut dire comment se dénouera la crise politique que connaît le pays dans les échéances politiques de 2017. Nous sommes dans un paradoxe. D'un côté une colère profonde et massive, une rupture du pays avec les dirigeants actuels mais aussi avec ceux qui ont dirigé dans le quinquennat précédent. Mais cette colère très profonde n'a pas encore trouvé les chemins d'une solution politique de progrès. Pour cela, je pense que nous avons besoin d'un très grand débat populaire et citoyen. Si nous y parvenons, je suis certain que les forces capables de se lever et de s'unir sur un tel projet sont considérables...

HD. Comment les faire se lever ?

Pierre LAURENT

D'abord en leur donnant la parole. Tout est fait pour verrouiller le débat politique et mettre sur pied un casting présidentiel qui prive la grande majorité des Français, et singulièrement ceux attachés aux valeurs de gauche, d'un choix correspondant à leurs idées. On veut enfermer les Français dans un choix qui sera dès le départ un choix par défaut. Si la grande masse des Français veulent garder la possibilité d'intervenir dans le débat politique, ils doivent d'abord imposer, non pas tel ou tel candidat, mais les thèmes de la discussion et du projet. Les jeunes qui sont dans la rue actuellement devraient pendant leur mouvement se réunir en AG dans les facs et les lycées, avec les salariés, pour dire : « Voilà ce que nous voulons pour la sécurisation de l'emploi et la formation des jeunes. » Les salariés, les syndicalistes devraient écrire noir sur blanc les plateformes politiques qu'ils attendent pour le pays, pour redresser l'industrie, développer les services publics... Il faut aider le mouvement populaire à s'imposer dans le débat politique de 2017. C'est dans ce but que le PCF a décidé de lancer une consultation citoyenne dont l'outil de contact sera un questionnaire personnalisé pour aller à la rencontre de 500 000 personnes. Nous rendrons publics les résultats de cette enquête. Cela nous permettra d’imposer les attentes populaires sur les solutions à la crise dans le débat public. Le processus central pour moi doit être un débat populaire de masse sur les solutions à apporter à la crise, sur le chômage, la construction libérale de l’Europe, la mondialisation qui tire vers le bas, la question écologique, etc. C’est une révolution démocratique qu’il faut faire dans la préparation de 2017. L’année 2016 doit être consacrée non à départager les candidats, mais à construire, de manière inédite, une mobilisation politique populaire. Départager les candidats, ça viendra après.

HD. Vous évoquiez, en début d'année, une primaire pour « débloquer la situation », vous dites aujourd'hui qu'elle est ouverte, Est-ce que cela change votre réflexion ?

Pierre LAURENT

Je crois plus que jamais que si nous étions capables, ce qui n’est pas acquis aujourd’hui, d’imposer une primaire réellement citoyenne où prévaudrait un débat sur le projet, des forces considérables s’investiraient dans un tel processus. Le scepticisme qui existe est naturel si les gens ont le sentiment que nous allons vers un processus confisqué d’avance par quelques formations politiques et, parmi elles, celles qui enfoncent le pays dans la crise. La question est de savoir si nous sommes capables de construire, avec le périmètre de toutes les forces populaires qui sont actuellement en lutte contre la loi El Khomri ou qui l’ont été sur la déchéance, une primaire citoyenne qui leur permette de s’unir non pas pour témoigner dans l’élection présidentielle, mais en être le centre de gravité. Ce processus est une bataille, elle n’est pas gagnée d’avance. Ce qui a changé, c’est qu’il devient de plus en plus évident pour des millions de gens que François Hollande, ou tout autre candidat qui assumerait les choix de son quinquennat, est disqualifié pour représenter la gauche dans cette élection. Je pense que le chemin de l’émergence d’une candidature de large rassemblement est celui qui peut soulever le plus d’espoir.

HD. Les doutes existent jusque dans votre propre parti : pétitions, textes alternatifs... On a l'impression que le débat ne se pose pas sur les bases que vous nous exposez.

Pierre LAURENT

Je crois que les communistes, comme l’ensemble des forces de gauche qui cherchent une solution, sont en réflexion, et c’est parfaitement normal et justifié. Il est légitime de vouloir se prémunir contre un processus qui nous conduirait dans une impasse. Mais je dis à tous ceux qui cherchent cette solution, et évidemment aux communistes, que nous avons deux défis devant nous à relever : le premier est évidemment de construire une candidature qui ait des chances de figurer à un haut niveau, et pour cela rassembler les forces de gauche en rupture avec les politiques gouvernementales actuelles. Ces forces ne trouveront le chemin de leur unité qu’à condition que des initiatives politiques soient prises en ce sens, et le PCF est aujourd’hui une des rares forces qui peut prendre ces initiatives. Le second, c’est qu’une candidature en rupture avec la politique gouvernementale est effectivement une condition nécessaire mais elle n’est pas suffisante. Il faut donc qu’elle s’appuie sur un socle populaire le plus large possible si elle ne veut pas participer à un scénario qui conduise à l’élimination de toute candidature de gauche au second tour de la présidentielle et dans un grand nombre de circonscriptions législatives. Le processus à construire doit être aussi exigeant sur son contenu que sur son ambition unitaire.

HD. Faire émerger un mouvement populaire, n'est-ce pas ce que veut faire Jean-Luc Mélenchon ?

Pierre LAURENT

Il y a beaucoup de forces qui sont nécessaires pour cette construction et Jean-Luc Mélenchon fait partie de ces forces. Je pense que la désignation d’un candidat quel qu’il soit, même communiste ou du Front de gauche, ne fait pas tout. La construction du processus, qui va permettre à des millions de nos concitoyens de l’investir dans la durée, est l’essentiel.

HD. L'exemple grec n'est-il pas la démonstration qu'un gouvernement porteur d'une alternative contre le 1 % peut être contraint de céder, pourquoi en serait-il autrement en France ?

Pierre LAURENT

L’exemple de la Grèce montre que, pour changer l’Europe, il faudra combiner la bataille à l’échelle nationale et à l’échelle européenne pour progressivement changer les rapports de forces. La situation grecque montre que c’est le chemin de la lutte pour changer l’Europe entrepris par ce peuple qui est le chemin qui doit être poursuivi, en faisant converger les luttes de plusieurs pays européens. Le chemin de la transformation sociale sera un processus de luttes acharnées pour reconquérir progressivement les pouvoirs qu’on nous a confisqués. Et tous ceux qui racontent qu’une victoire d’un soir, fût-elle électorale, résoudra tous les problèmes trompent les gens. C’est pour cela que nous voulons construire un mouvement populaire qui s’approprie un programme et des objectifs avant et après une échéance électorale

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 05:45
Palestine/mur du Cremisan : Stopper la colonisation israélienne et reconnaître l'Etat palestinien

Cela fait maintenant 12 ans que la Cour internationale de Justice (CIJ) de La Haye a condamné la construction par Israël du mur dans les territoires occupés de Cisjordanie car elle « entravait la liberté de circulation des habitants du territoire ». La CIJ a même exigé son démantèlement.

Ce jeudi 7 avril 2016, Israël, une nouvelle fois au mépris du droit international, a lancé la construction d’un nouveau mur de 8 mètres de haut qui coupera la vallée de Cremisan, près de la ville de Bethléem. Cela malgré de nombreuses mobilisations notamment de familles chrétiennes et l’opposition du pape lui-même. Une soixantaine d'entre elles seront dépossédées de leur terre et privées de leurs moyens d’existence.

Cette provocation illustre la volonté du gouvernement d’Israël de poursuivre la colonisation et de détruire tout espoir de paix. En France, le ministère des Affaires étrangères a condamné ce projet. La France ne peut se contenter de mots. Le Parti communiste français demande qu’elle agisse pour que cesse l’impunité dont jouit l’Etat d’Israël. La France doit reconnaître l’Etat de Palestine avec tous ses droits, conformément aux votes du Sénat et de l'Assemblée nationale.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 05:43
L’HUMANITE
Vendredi 8 avril
YVES HOUSSON

Chaque année, 20% des actifs changent d'emploi, et les carrières sont de plus en plus fractionnées par le chômage et les CDD.

En l'état, le compte personnel d'activité se réduit à un accompagnement social d'une précarisation accrue de l'emploi. Loin des promesses de sécurité avancées par le gouvernement.

Un cheval, une alouette. Tel est l'« équilibre » du projet El Khomri. D'un côté, de puissants éléments d'affaiblissement de la protection des salariés. De l'autre, quelques dispositions censées faire contrepoids en apportant de la sécurité. Avec, au premier rang, le compte personnel d'activité (CPA), qui enregistrerait des droits accumulés par le salarié au fil de sa carrière. Le CPA intégrerait ainsi les droits existants en matière de formation et de pénibilité, et pourrait à terme s`étendre à l'indemnisation chômage, la retraite... En son principe ¬ des droits sociaux attachés à la personne et non plus à l'emploi, cumulatifs et donc transférables d'un employeur à un autre ¬, ce dispositif répond à une demande syndicale et à une situation qui voit chaque année 20 % des actifs changer d'emploi, et les carrières de plus en plus fractionnées par des périodes de chômage, de CDD...

Mais encore faudrait-il clarifier la nature de ce compte. S'agira-t-il de « droits individuels de nature patrimoniale », ou de « droits personnels adossés à des mécanismes de solidarité », interroge le juriste Alain Supiot, évoquant le précédent de la généralisation de la complémentaire santé en entreprise, « droit nouveau » qui, en réalité, est venu « pallier l'effritement » de la couverture solidaire de l'assurance maladie en élargissant la place des assurances privées.

« La nature de ce compte dépendra de la place accordée à la solidarité dans son abondement et sa mise en œuvre », souligne Alain Supiot. En l'état, à défaut de mesures visant à responsabiliser les employeurs, le CPA, de fait, « renvoie sur la personne la responsabilité de son employabilité » ¬ via les droits qu'elle aura capitalisés en matière de formation professionnelle ¬, ou encore de sa santé, sa retraite, analyse-t-on à la CGT. Au final, alors que le projet El Khomri, loin de la dissuader, permet au patronat d'accroître la flexibilisation de l'emploi, le CPA risque fort de se réduire à un accompagnement social de la précarisation. Loin, très loin, de la visée de la Sécurité sociale professionnelle, défendue par la CGT, ou de la sécurité d'emploi et de formation, prônée par le PCF, qui ambitionnent d'éradiquer la précarité. Non seulement en généralisant le CDI, en poussant les entreprises à la création d'emplois de qualité, bien rémunérés, par la modulation des cotisations sociales. Mais aussi en assurant continuité et progression des droits (salaire, carrière, retraite, etc.) et en garantissant, en cas de licenciement, le maintien du contrat de travail et du revenu ¬ avec un financement mutualisé des employeurs ¬, jusqu'à l'obtention d'un nouvel emploi ou d'une formation.

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