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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 06:57
Pour la légalisation du cannabis à usage thérapeutique - le dossier de l'Humanité, Alexandre Fache, 27 juin 2019
Santé. Feu vert (médical) pour le cannabis thérapeutique
Jeudi, 27 Juin, 2019

Dans son avis définitif publié aujourd’hui, le comité scientifique consacré au cannabis médical propose une « expérimentation » pour cinq pathologies, dès 2020. Une avancée prudente, qui attend désormais le soutien du gouvernement. Pour l’heure, les malades, eux, souffrent et/ou se débrouillent. Toujours dans l’illégalité.

 

Le gouvernement a sèchement fermé la porte, la semaine dernière, à une légalisation du cannabis récréatif. En sera-t-il autrement pour sa version thérapeutique, seule à même, semble-t-il, de soulager des dizaines, voire des centaines de milliers de patients victimes de douleurs chroniques insupportables ? Le comité d’experts mis en place par l’Agence du médicament (ANSM) y est favorable, lui qui a été chargé, à l’automne dernier, d’évaluer « la pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Alors qu’une dernière réunion était organisée mercredi avec les associations de patients et les professionnels de santé, la structure pilotée par le psychiatre et pharmacologue Nicolas Authier doit rendre aujourd’hui son avis définitif. Son issue ne fait guère de doute. Le comité a déjà validé, en décembre, la « pertinence » de la démarche. Et a livré ses « préconisations », le 19 juin, sur la façon dont devrait se dérouler la « mise à disposition » de ce produit sensible, déjà utilisé clandestinement par de nombreux malades. En France, on estime qu’il y a 1,4 million d’usagers réguliers du cannabis, et 700 000 usagers quotidiens, dont un tiers pour des raisons thérapeutiques.

D’après le plan du comité Authier, une expérimentation serait menée « en situation réelle », pour cinq pathologies spécifiques : les douleurs neuropathiques (résultant de lésions nerveuses) non soulagées par d’autres thérapies, les épilepsies résistantes aux traitements, les effets secondaires des chimiothérapies, les soins palliatifs ainsi que les contractions musculaires incontrôlées (spasticités) de la sclérose en plaques. « Des pathologies choisies en fonction des données scientifiques disponibles et qui sont en tête des prescriptions de cannabis dans le monde, là où cela a été légalisé », précise Nicolas Authier. Différents dosages des deux principes actifs majeurs du cannabis (le THC et le CBD) seraient proposés, prescrits par les seuls médecins spécialistes des indications choisies, s’ils sont « volontaires » pour participer et se former. Exit le fameux joint – la combustion étant nocive pour la santé –, les experts recommandent d’utiliser deux formes principales de cannabis : celles à « effet immédiat » (huile et fleurs séchées pour inhalation) et celles à « effet prolongé » (solutions buvables et capsules d’huile).

« Nous avions la crainte que les fleurs ne soient pas autorisées. Aujourd’hui, le comité les promeut, c’est une bonne nouvelle », a réagi Bertrand Lebeau, médecin addictologue qui soutient le collectif Alternative pour le cannabis à visée thérapeutique (ACT). Coprésident du collectif, Bertrand Rambaud, séropositif depuis trente-cinq ans et utilisateur de cannabis depuis quinze, regrette, lui, le cadre trop contraint de cette expérimentation. « Cinq pathologies retenues, c’est bien peu quand l’Association internationale pour le cannabis médical (IACM) en recense 41 pour lesquelles il est efficace. De même, limiter la prescription aux seuls médecins spécialistes risque de tuer dans l’œuf cette expérimentation. Ces médecins sont déjà surbookés, ils ne prendront pas le temps de se former. » Conscient du risque, Nicolas Authier défend ce qu’il présente comme une « mesure de précaution ». « Beaucoup de médecins, et notamment les généralistes, restent dubitatifs sur l’utilité du cannabis, pollués sans doute par l’image négative qu’il conserve. L’expérimentation permettra de voir si ce cadre est trop restrictif. »

Environ 80 000 personnes pratiquent déjà l’autoculture

Chef du service d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif (Val-de-Marne), le psychiatre Amine Benyamina plaide, lui, depuis longtemps pour l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques – il avait même cosigné l’an dernier un rapport prônant la légalisation totale de cette drogue, y compris à des fins récréatives, pour mieux encadrer sa consommation. Il réclame qu’on « sorte de la confusion, entretenue à dessein, entre cannabis thérapeutique et cannabis tout court, car c’est ce qui a freiné les avancées du premier jusqu’ici ». Le médecin demande qu’on « cesse de maintenir le statu quo hypocrite actuel, dans lequel on n’offre pas à ceux qui en ont besoin un produit sûr, alors qu’on laisse des jeunes consommer massivement des produits non contrôlés ».

Bien que prudent, l’avis du comité de l’ANSM va assurément dans ce sens. Difficile pour la ministre de la Santé, qui avait demandé ce travail à l’agence, de l’enterrer complètement. En termes de calendrier, après une phase de « mise en place » permettant de gérer les détails pratiques de l’expérimentation, celle-ci serait lancée concrètement « début 2020 ». Les patients seraient alors « inclus » dans le dispositif pendant six mois, puis « suivis » pendant un autre semestre, avant qu’un nouveau comité scientifique n’analyse ensuite les données recueillies. Précision : « Une fois le traitement du patient stabilisé » et les bonnes doses des produits définies, le comité laisse la possibilité aux médecins traitants de prendre le relais pour les prescriptions.

Reste à savoir qui fournira ce cannabis. Si on estime qu’environ 80 000 personnes pratiquent déjà l’autoculture, l’idée n’est pas de favoriser cette pratique. Même si certains territoires comme la Creuse sont d’ores et déjà candidats pour produire ce nouvel or vert, il semble acquis que la filière française ne sera pas prête, d’ici début 2020, pour fournir ce nouveau marché médical. Il faudra donc se tourner vers l’étranger. « Pas un problème, assure Nicolas Authier, nous avons auditionné sept producteurs étrangers, qui seront prêts pour l’expérimentation. Et d’ici deux ans, la filière française devrait être en mesure de prendre le relais. »

Alexandre Fache
Témoignage. « Rien, aucun médicament ne m’avait procuré un tel soulagement »
Jeudi, 27 Juin, 2019

Mado Gilanton 65 ans, retraitée, présidente de l’association Apaiser et porte-parole d’Espoir (im)patient, collectif de malades défendant le cannabis thérapeutique

 
 

«À partir de l’âge de 50 ans, j’ai commencé à avoir des symptômes bizarres : d’abord des décharges électriques quand j’éternuais, puis des fatigues intenses, qui me tombaient dessus brutalement, des douleurs à la nuque, à l’épaule… À l’époque, je pensais que c’était dû à mes nombreux déplacements professionnels. Mais, à 58 ans, après un plan social, j’ai commencé à ressentir des brûlures à la main. Après une IRM, on m’a diagnostiqué une malformation de Chiari (malformation de la base du crâne), qui a causé une très grosse syringomyélie, en clair une cavité à l’intérieur de la moelle épinière, qui casse les fibres de la moelle et modifie nos sensations. On ressent des brûlures alors qu’on n’a rien ; et à l’inverse on ne sent rien quand on se met un fer à repasser chaud sur le bras ! Ce mal provoque aussi des douleurs neuropathiques très fortes, qui, sur l’échelle de la douleur, sont classées entre 9 et 10, sur un maximum de 10. Pour moi, c’est comme sauter dans un champ d’orties. Pour d’autres, marcher sur des cailloux pointus. Je souffre aussi d’allodynie : des douleurs au moindre effleurement de la peau, celui des vêtements, du vent, ou même de l’eau sous la douche.

J’ai été opérée à 59 ans, cela a réglé certains problèmes, comme les décharges électriques. Mais les douleurs, elles, n’avaient pas disparu. Mon entourage me conseillait d’essayer le cannabis, pour me soulager. Au départ, j’étais très réticente. Pour moi, c’était comme une drogue dure, un produit qui allait forcément générer une addiction… J’ai donc résisté, jusqu’au jour où les douleurs sont devenues insupportables. C’était ça ou me jeter par la fenêtre… Ma famille m’avait préparé un joint, qui attendait son heure dans la maison. Je l’ai allumé, j’ai pris deux bouffées, avec un professionnel de santé à mes côtés. Je restais sceptique. Mais, dans le quart d’heure qui a suivi, j’ai ressenti un soulagement total. Rien, aucun médicament, ne m’avait procuré ça. J’ai dormi toute la nuit parfaitement. Sans aucun effet onirique. Et pour la première fois depuis longtemps, je me suis levée le matin sans douleur.

Pourtant, à l’époque, j’avais déjà une ordonnance bien chargée : je prenais un antiépileptique et un antidépresseur, tous deux prescrits contre les douleurs neuropathiques, du Tramadol (antalgique très puissant), et de la morphine en plus si besoin. Mais ces médicaments n’étaient pas efficaces, ou provoquaient des effets secondaires énormes. J’ai ainsi pris 15 kg en six mois, à cause des deux premiers. J’étais assommée, ralentie, sonnée. Je faisais parfois des hallucinations. Sans que la douleur disparaisse. Le cannabis m’a permis d’arrêter ces médicaments petit à petit. Comme je n’aime pas fumer, j’ai cherché une autre forme d’absorption du cannabis et trouvé une recette de tisane sur Internet. Il fallait mettre un gramme de fleur de cannabis (jamais de résine) pour 100 ml. Je faisais ça dans du lait. C’est un ami d’ami qui m’a donné la fleur. Lui l’avait cultivée pour son frère atteint de sclérose en plaques. C’était complètement artisanal. L’effet était plus lent à arriver (environ 1heure, 1 h 30) qu’avec le joint, mais il durait plus longtemps. Une tisane toutes les trois semaines me suffisait. J’ai aussitôt prévenu le centre antidouleur qui me suivait. Ils m’ont dit : “Vous avez raison, continuez. Et rappelez-nous si ça ne va pas.”

La personne qui me fournissait est ensuite partie à l’étranger, et j’ai dû me débrouiller pour en trouver. Mais moi, je ne savais pas où aller. J’ai demandé aux jeunes autour de moi. C’était un peu bizarre… J’avais passé ma vie à leur dire : “Attention, ne tombez pas dans la drogue”, et là, c’était moi qui leur demandais d’en trouver. Des fois, on n’y arrive pas et je dois faire sans. Souvent aussi, la qualité varie, et donc les effets aussi. On ne sait pas toujours ce qu’on absorbe, c’est problématique.

L’avis du comité de l’ANSM va dans le bon sens, et on le soutient. Maintenant, il reste à convaincre les responsables politiques. Ça bouge, mais pas partout. À droite, on a souvent tendance à se fixer sur le mot cannabis en oubliant celui de thérapeutique, et à jouer sur les peurs. Je me souviens d’une sénatrice qui pointait tous les effets secondaires possibles du cannabis… Des effets qui concernaient en réalité presque tous les médicaments ! Sauf que là, ça profitait à l’industrie pharmaceutique, donc ça la gênait moins. Qu’en sera-t-il avec ce gouvernement ? On va les pousser à avancer. Notre préoccupation, c’est qu’on ne dise pas aux patients “oui, on donne le feu vert”, et qu’il faille encore attendre des années pour obtenir les produits. Il faudra aller vite, être réellement prêt pour le début 2020. De nombreux États, en Europe comme aux États-Unis, l’ont fait. On doit pouvoir profiter de leur expérience. Tout en développant la recherche en France, ce qui est primordial. »

Propos recueillis par A. F.
Témoignage « Sans le cannabis, je serais déprimé et incapable de travailler »
Jeudi, 27 Juin, 2019

Jonathan Thivet 36 ans, régulateur au centre 15, victime de plusieurs cancers​​​​​​​

 
 

«J’ai eu mon premier cancer à 20 ans, une tumeur rarissime. À l’époque, je fumais un peu de cannabis, comme beaucoup de jeunes. J’ai arrêté ensuite. Mais dix ans plus tard, j’ai fait une première récidive, et j’ai dû subir une grosse opération du dos. Entre la chimio et les douleurs liées à l’opération, je souffrais quasiment en permanence. J’ai repris le cannabis, qui m’a beaucoup aidé. J’ai pu voir la différence, avec ou sans. Ça m’a permis d’arrêter notamment les médicaments antinauséeux, mais aussi la morphine, que je prenais à haute dose. Or, j’étais ambulancier à l’époque et la morphine m’empêchait totalement de travailler. J’étais somnolent, je pouvais dormir jusqu’à quatre ou cinq heures par après-midi. Et j’étais complètement dépendant aussi. Ce qui n’a pas été le cas quand j’ai arrêté le cannabis. Aujourd’hui, je continue d’en prendre, car les douleurs sont toujours là. J’ai fait une deuxième rechute de mon cancer en 2018. Bien sûr, je fais attention à ne pas prendre de cannabis avant d’aller travailler ou de prendre le volant. Mais ça m’aide beaucoup : je dors mieux, j’ai de l’appétit, je peux bouger normalement. Pour en trouver, je vais dans les quartiers Nord de Marseille. Mais j’ai pu voir en voyageant combien c’était plus simple dans d’autres pays, à Barcelone par exemple, ou dans le Nevada, où même l’usage récréatif du cannabis est autorisé. Et je n’ai pas vu là-bas les dérives que peut causer la consommation d’alcool par exemple.

En France, même si la légalisation fait encore peur, je pense que les mentalités ont évolué et qu’une majorité de la population soutient l’idée du cannabis thérapeutique. Politiquement, c’est autre chose. À mon avis, l’État bougera quand il se rendra compte des bénéfices économiques et en termes d’emplois qu’il pourra en tirer. C’est l’argent, le nerf de la guerre, pas forcément la santé publique… Moi, je le fume, mais je sais que ce n’est pas la bonne façon de consommer le cannabis. Il existe beaucoup de dérivés, comme les huiles. Ce qui est sûr, c’est que sans, je serais totalement déprimé, incapable de travailler. Ma vie serait complètement différente, en beaucoup moins bien. »

Propos recueillis par A. F.
Depuis dix ans, le mouvement de légalisation s’accélère partout dans le monde
Jeudi, 27 Juin, 2019

C’est un médecin israélien, Raphael Mechoulam, qui, en 1964, a isolé l’un des principes actifs du cannabis, le fameux THC, relançant l’utilisation médicale du produit.

 

C’est un médecin israélien, Raphael Mechoulam, qui, en 1964, a isolé l’un des principes actifs du cannabis, le fameux THC, relançant l’utilisation médicale du produit. Aujourd’hui, 35 pays dans le monde auraient légalisé le cannabis thérapeutique, dont 21 dans l’Union européenne (sur 28). La France n’apparaît donc pas très en avance dans ce dossier… Le premier pays à se lancer fut le Canada, en juillet 2001. Les patients souffrant de « douleurs aiguës », « nausées violentes », et autres symptômes liés à la sclérose en plaques, aux lésions de la moelle épinière, au cancer, au VIH… pouvaient se voir prescrire le produit. Aux États-Unis, 33 États autorisent désormais le cannabis médical. Le Missouri, dernier en date, l’a légalisé en novembre 2018. En Amérique latine, le Chili et la Colombie ont franchi le pas en 2015, suivis deux ans plus tard par l’Argentine, le Mexique et le Pérou. L’Uruguay, lui, avait légalisé le cannabis récréatif dès 2013.

En Europe, de nombreux pays se sont lancés tout récemment, à l’exception des Pays-Bas, où la version médicale du cannabis est distribuée en pharmacie, sur ordonnance, depuis 2003. En République tchèque, la légalisation date de 2013, pour de nombreuses pathologies. Mais « seuls les spécialistes peuvent prescrire. Résultat : le nombre de patients concernés reste très limité (665, selon les derniers chiffres – NDLR) », pointe Bertrand Rambaud, du collectif ACT. Sur un modèle comparable, la Croatie a autorisé le cannabis médical en 2016. L’Italie (en 2016 aussi) et l’Allemagne (en 2017) ont fait de même, ouvrant, elles, la prescription à tout médecin. L’an dernier, le Danemark a lancé un programme pilote de quatre ans sur le sujet.

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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 06:54
Nantes. « On chantait tous, et un nuage de gaz est arrivé… »
Vendredi, 28 Juin, 2019

Alors que les secours n’ont toujours pas retrouvé Steve, disparu le soir de la Fête de la musique après une intervention de la police, les témoignages affluent. La stratégie du maintien de l’ordre dans la ville de Loire-Atlantique est de nouveau mise en cause.

 

Nantes (Loire-Atlantique), envoyée spéciale.

Sa teinte grise tranche avec la luminosité du ciel. La grue Titan, seule rescapée de cette vaste friche industrielle du port de Nantes, domine les bords de Loire, témoin silencieux des nuits de Fêtes de la musique. Et de la dernière notamment, qui a viré au tragique. Il est un peu plus de 4 h 30, ce samedi 22 juin, quand Titouan et Thomas retournent sur le quai Wilson, où s’étalent une dizaine de « murs du son », entre le fleuve et les rochers semés le long de l’immense allée. Ils se sont absentés dix minutes à peine. Le temps « d’aller pisser ». À leur retour, « l’ambiance bonne enfant avait laissé place à la panique ». Les cris au lieu de la musique.

« Tout le monde courait », racontent les deux potes. Pris dans un nuage de lacrymogène, Titouan avoue que, sur le coup, il n’a pas bien compris ce qu’il se tramait. Aucune trace de leurs amis et impossible de les joindre. Chargés à leur tour par des policiers grimés en « Robocops », les deux étudiants détalent. Sur son parcours, Thomas voit un homme se jeter à l’eau, puis regarde au bord. « Ils étaient quatre, ils nageaient sans paniquer, les secours étaient là, j’ai poursuivi ma route », raconte le jeune. Parmi eux, Jérémy : « Je me suis simplement décalé pour éviter les gaz. J’ai basculé. » Après une chute de 7 mètres – la marée était basse –, il parviendra à s’accrocher à une corde, avant d’être recueilli par un bateau de la sécurité civile.

À quelques mètres de là, Jules se fait prendre à partie par des policiers. « Je cours, je tombe au sol et là quatre d’entre eux arrivent sur moi, me sautent dessus. » Le jeune vigneron de 23 ans affirme avoir pris des « coups de matraque ». Quelques minutes plus tôt, il dansait tranquillement au rythme du son lancé par le dernier DJ qui n’avait pas encore coupé. « Les flics sont arrivés, raconte Jules. Ils ont insisté, le ton est monté, ils ont refusé une dernière chanson. Le DJ a fini par couper. Ils ont tourné les talons. Et là, le DJ a passé, en baissant le son, les Béruriers noirs : “La jeunesse emmerde le front national…” »

Selon Jules, une quinzaine d’agents de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) et de la brigade anticriminalité (BAC) auraient alors lancé les gaz sur les « teufeurs » en train de chanter, tandis que des maîtres-chiens lâchaient leurs bêtes au milieu de la foule. « Je leur ai gueulé dessus, explique Jules. On manifeste pour le climat, on se fait gazer, on manifeste pour nos droits, on se fait gazer, on fait la fête, on se fait gazer. J’étais très alcoolisé, et tellement vénère. J’ai pris une pierre et je l’ai lancée, sans viser quelqu’un mais juste parce qu’entre le gaz et la charge c’était trop pour moi. Cette société-là, je n’en veux pas. » Interpellé, il finira la nuit en garde à vue. « En me débattant, j’ai apparemment cassé le nez d’un des flics », lui a-t-on expliqué. Il est convoqué le 3 janvier au tribunal.

Quatorze personnes sont tombées à l’eau

Au total, une dizaine de grenades de désencerclement, 30 de lacrymogènes et une dizaine de balles de LBD auraient été tirées ce matin-là. Quatorze personnes sont tombées à l’eau. Tandis que Steve Maia Caniço, animateur périscolaire de 24 ans, est toujours porté disparu à l’heure où nous écrivons ces lignes. Son téléphone a « borné » pour la dernière fois samedi matin, aux alentours de 3 heures, dans la zone du quai Wilson. Deux enquêtes ont été diligentées. L’une de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), demandée par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. L’autre pour disparition inquiétante, ordonnée par le parquet de Nantes.

Dans un courrier adressé au préfet, la maire (PS) de la ville, Johanna Rolland, exige la vérité sur « la stratégie de sécurité adoptée à cette occasion et sur les responsabilités, qui doivent être clairement établies ». Le directeur adjoint de la police de Nantes, Thierry Palermos, a tenté mercredi de déminer le terrain : « À aucun moment il n’y a eu de charge de policiers avec pour objectif de repousser les jeunes en direction de la Loire », assure-t-il. Voire. En tout cas, l’action de ses troupes a eu de graves conséquences. Un appel à témoins, lancé par Freefrom et Media Son, deux organisateurs de rassemblements festifs, a récolté plus de 80 témoignages depuis mardi. Ils décrivent tous les mêmes scènes de violence et de panique. « Je me suis fait pousser et j’ai pris un coup dans le thorax, relate l’un d’eux. Ensuite, un ami s’est fait taper par cinq CRS, quand j’ai voulu le défendre, on m’a dit “toi, tu dégages ou je te gaze” à plusieurs reprises. » Une plainte collective devrait être déposée pour mise en danger de la vie d’autrui, explique Freefrom.

Le scepticisme règne au sein même de la police. Dans les colonnes de Ouest-France, Philippe Boussion, secrétaire régional du syndicat Unité SGP-FO, n’a pas mâché ses mots, qualifiant l’ordre donné par le commissaire qui dirigeait les opérations d’« aberrant », de « faute grave de discernement, (…) mettant d’abord nos collègues en danger, et les usagers ». Analyse cinglante : il ne s’agissait pas de casseurs mettant Nantes à sac, et nécessitant d’agir rapidement, mais de simples fêtards. De plus, « en intervenant sans tenir compte du rapport de forces, à 15 contre plusieurs milliers de personnes, qui, à 4 h 30 du matin, sont forcément dans un état éthylique et/ou stup avancé, dans l’incapacité de raisonner ou de comprendre l’intervention de la police un soir de Fête de la musique : c’était la confrontation assurée ». Et de conclure : « Nous avons déjà alerté à plusieurs reprises sur la vision de la sécurité de ce commissaire, qui expose régulièrement nos collègues par (…) sa vision exclusivement musclée de la sécurité. Nous demandons à ce que l’IGPN fasse son travail et pointe la responsabilité du donneur d’ordres ! »

« Habituellement, ça se passe en bonne intelligence avec la police »

Le syndicat Alliance (classé à droite) ne trouve, lui, rien à redire à l’attitude des policiers, qui n’auraient fait que répondre à des agressions. Son secrétaire départemental, Arnaud Bernard, se questionne plutôt sur le lieu choisi, jugé « dangereux ». Un faux débat, balaie Samuel Raymond, de Freefrom. « Depuis vingt ans, à Nantes, tous les 21 juin, les sonos électro s’installent dans cette zone, loin des habitations », rappelle ce spécialiste de l’événementiel. Près de l’eau et sans garde-corps, l’endroit est bien connu et des procédures de sécurité sont prévues. Selon la mairie, deux agents de sécurité étaient sur place pour faire le lien avec le poste de secours installé juste à côté dans le « Hangar à bananes », dont les effectifs avaient été doublés. À la demande de la municipalité, les marins de la Société nautique atlantique (SNA) étaient également présents pour épauler les sapeurs-pompiers. « Des soirées open air ont régulièrement lieu sur les bords de Seine ou encore le long du canal de l’Ourcq, à Bobigny notamment, voire au bord d’autoroutes, rappellent des fans de soirées électro. Mais habituellement, lorsque la police vient, tout se passe en bonne intelligence… »

Ce drame s’inscrit dans un contexte de multiplication des violences policières, et particulièrement à Nantes. Ce n’est pas un hasard si les organisations syndicales (CGT, FO, FSU, Solidaires, MNL) ont, dès le début de la semaine, adressé une lettre ouverte au préfet pour dénoncer « une conception irraisonnée et aveugle du “maintien de l’ordre’”» pour des événements se déroulant un jour de Fête de la musique. « Nantes subit depuis des années un engrenage malsain et une multiplication d’incidents liés à l’utilisation de la force publique », dénonce l’intersyndicale. Adjoint (PCF) au maire, Aymeric Seassau partage le constat. « Il est incroyable qu’une charge de police, accompagnée de l’utilisation de toute la gamme d’armement du moment, provoque un tel drame un soir d’été où des jeunes et moins jeunes viennent célébrer la culture, le partage, la musique. »

À ses yeux, Nantes est devenue un laboratoire de la stratégie de la tension depuis plusieurs années. Un avis largement partagé. Pour preuve : lancée mardi par le dessinateur de Presse Océan Éric Chalmel, une pétition dénonçant les violences policières de samedi dernier avait déjà réuni plus de 4 200 signatures deux jours plus tard. « Il ne s’agit pas de trouver des responsables intermédiaires dans une chaîne de commandement qui semble de plus en plus incontrôlée, écrit Chalmel. Le préfet d’Harcourt, le ministre Castaner ont mis des jeunes en danger mortel, ils doivent en tirer les conséquences immédiates, quelles que soient les conclusions de l’enquête IGPN : ils doivent démissionner. » Un bon résumé du sentiment général à Nantes.

Clotilde Mathieu
Nantes, fête de la musique - 14 jeunes tombés dans la Loire, et un disparu, suite à une charge policière. On chantait tous, et un nuage de gaz est arrivé (L'Humanité, 28 juin 2019)
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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 06:45

Toute honte bue, Roux De Bézieux et le Medef invitent Marion Maréchal Le Pen et le RN a disserter sur le populisme lors de leurs universités d'été
Tout ça n'est pas si grave ? L'extreme droite raciste et xénophobe aurait changé ? Absous les Louis Renault et autres patrons collabos ? Plutôt Hitler que le front populaire ?
Quelle honte! 

"Il n'y a pas que les élus Les Républicains qui n’hésitent plus à s’afficher avec Marion Maréchal. Selon les informations de L’Express, l’ancienne députée FN du Vaucluse a été invitée à participer à l’université d’été du Medef qui se tiendra au mois d’août à Longchamp. Marion Maréchal, qui s’est retirée de la vie politique active tout en prônant “l’union des droites”, a donné son accord de principe.

Selon un document confidentiel cité par L’Express, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen pourrait débattre lors une table ronde consacrée à “La grande peur des mal pensants, pourquoi les populistes sont populaires”.

(Huffington Post, https://www.huffingtonpost.fr/entry/marion-marechal-invitee-de-luniversite-dete-du-medef-une-premiere_fr)

 

Extrême droite Rapprochement entre Marion Maréchal et des élus LR
Vendredi, 28 Juin, 2019
 

En retrait de la vie politique depuis mai 2017, Marion Maréchal se remet doucement en mouvement. Selon les révélations du Figaro, l’ex-députée FN du Vaucluse a dîné avec une quinzaine d’élus « Les Républicains », mardi soir, à Paris. Au menu : discussion sur la PMA, ADP et, bien entendu, l’immigration. Autour de la table, des parlementaires, des membres du bureau politique de LR, des candidats aux européennes. Conseiller régional des Pays de la Loire, Sébastien Pilard assume sa présence à ce repas : « Je préfère discuter avec Marion Maréchal qu’avec Emmanuel Macron. Elle défend une ligne très proche de certaines personnes de notre famille politique comme Laurent Wauquiez ou Bruno Retailleau. Pour reconstruire la droite, nous devons mettre tout le monde autour de la table. Marion Maréchal y a toute sa place. » Elle est aussi– une première – invitée à débattre à l’université d’été du Medef, fin août. CY. C.

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 11:15
Maître Elise Brand, avocate spécialiste en droit du travail, adhérente PCF, la bête noire du patronat (Ouest-France, pages Bretagne, jeudi 20 juin 2019)

Maître Elise Brand, la bête noire du patronat (Ouest-France, pages Région, jeudi 20 juin 2019)

Un très beau portrait d'une adhérente communiste normande, avocate en droit du travail, star du barreau et défenseur des ouvriers et employés victimes de plans sociaux et de licenciements à but de rentabilité financière. Merci à Dominique Resmon de nous avoir signalé l'article et de nous l'avoir transmis.

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 07:25

 

Texte collectif. 

 

Développer la filière énergétique industrielle pour répondre aux besoins humains, écologiques et sociaux de nos territoires pas à ceux de la finance !

En annonçant 1 044 suppressions d'emplois sur le territoire de Belfort, soit plus de la moitié des effectifs dédiés à la filière des turbines pour centrales à gaz, avec les effets induits sur la cinquantaine de sous-traitants, General Electric porte un coup terrible à la filière énergétique et industrielle française, ceci après des centaines de suppressions d’emploi chez GE renouvelables (GE-Hydro power).

D'un trait de plume serait rayé de la carte le plus gros centre de production mondial de turbines à gaz, des savoir-faire technologiques et des compétences humaines accumulés depuis des décennies, qui ont conduit à la capacité de réaliser de A à Z des turbines aux puissances variées.

 

LA  DÉCISION de GE est ANTI-ÉCOLOGIQUE et  ANTI-ÉCONOMIQUE

La turbine à gaz est décisive pour la transition écologique en tant qu'alternative au charbon et au lignite dans les pays qui l'utilisent massivement, car elle produit deux fois moins de CO2 et aucune particule fine. Son pilotage flexible en fait une des technologies incontournables pour compenser l'intermittence des énergies renouvelables, tant que des solutions de stockage viable ne sont pas trouvées. Elle peut aussi avoir sa place dans un avenir énergétique décarboné (biométhane, hydrogène). Loin d'être en fin de cycle de  vie, le produit devrait connaître au contraire un bond de sa demande mondiale.

 

LA DECISION de GE  obéit à une LOGIQUE DE RENTABILITÉ FINANCIÈRE A TOUT PRIX

Un fonds de pension prédateur (Trian Fund Management) a pris le contrôle de GE en 2017, après la vente d'Alstom-Énergie à GE, qui s'est soldée par un désengagement de l'Etat français, jusqu’à la vente par Alstom de ses parts dans les co-entreprises de l’énergie au bénéfice juteux d’actionnaires d’Alstom comme Bouygues.  Le groupe GE, qui a distribué 117,2 milliards de dollars en dividendes et rachats d’actions en 10 ans, mène une stratégie financière globale boursière se traduisant par des cessions et restructurations considérables d'actifs industriels pour faire uniquement de l’argent ailleurs et autrement.

Après la vente d'Alstom-Énergie à GE, tous les brevets mis au point à Belfort ont été transférés sans contrôle dans une filiale de droit Suisse, ainsi que les fonctions stratégiques (gestion de projet, services commerciaux) et donnent lieu au paiement de royalties et redevances diverses par le site. Cela s'apparente à  un véritable hold-up sur les technologies mises au point par les travailleur.se.s de nos territoires, avec l'appui de nos services publics, et fonctionne comme une pompe aspirante de la valeur créée sur le territoire, en même temps qu'un moyen d'échapper à l'impôt en France. 

A cela s'ajoute une stratégie de délocalisation d'activités de production aux USA, conforme à l'objectif politique de D. Trump « America first ». C’est une véritable guerre économique qui se livre, où la France et l’Europe sont un champ ouvert à tous vents et se retrouvent prises en étau entre les Etats-Unis et les pays asiatiques s’il n’y a pas de véritable stratégie et politique industrielle en la matière.

Dans cette situation de perte de contrôle sur une industrie essentielle à la transition écologique, laresponsabilité de l'État est majeure.

 

L’INDUSTRIE ET LES COOPÉRATIONS NATIONALES SABORDÉES, AVEC L’APPUI D’E. MACRON

Les doutes sur les choix de restructurations industrielles opérés depuis une vingtaine d'années sont tels que deux commissions d'enquête parlementaire ont été constituées, à l'Assemblée Nationale et au Sénat. Leurs conclusions sont sans appel : « l’État a failli à préserver les intérêts nationaux » déclare O. Marleix, Président de la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale.

Cette affaire a même pris récemment un tour judiciaire avec un signalement adressé au procureur d'un possible «pacte de corruption».

Les opérations successives de ventes à la découpe et de désengagement de la part de l'État ont été réalisées sous la pression d'intérêts financiers puissants, sans vision industrielle et sans souci de l'indépendance nationale. La nomination comme directeur de GE-France d'un ancien conseiller du Président n'est pas de nature à rassurer sur les liens actuels entre le pouvoir politique et le pouvoir  économique.

 

CE QUE NOUS SOUTENONS

Une politique énergétique cohérente et efficace suppose au contraire que les projets industriels soient au niveau des prévisions concernant la transition écologique et qu’ils s’appuient sur le développement de l’emploi, des compétences, d’un outil industriel, sur une relation intime, et non prédatrice, avec la recherche et les services, et sur des coopérations avec les entreprises privées et publiques.

L'enjeu immédiat est donc la préservation et le développement de la filière des turbines à gaz. C'est l'intérêt vital pour l'avenir du territoire, de ses salariés, sa jeunesse, ses habitants, ses  PME sous- traitantes. C'est l'intérêt du pays tout entier d'insérer son industrie dans une transition écologique réussie, en faisant en sorte que l'efficacité sociale et économique l'emporte sur  le profit égoïste.

Nous récusons les fausses solutions de la diversification qui sont avancées, parce qu'elles s'inscrivent dans un temps bien trop long. Ces pistes, quel que soit leur intérêt à moyen et long terme, ne permettent pas de préserver les compétences humaines et l'outil industriel, dont la disparition serait irréversible.

 

NOUS DEMANDONS

  1. un moratoire immédiat sur le plan de suppression des emplois et l’ouverture d’un véritable débatpublic et social, avec toutes les parties prenantes, mettant toutes les informations sur la table
  2. un plan de développement industriel ambitieux de la filière au service de l’objectif de « neutralité carbone », des besoins d’énergie, du développement de nos territoires et de l’emploi, incluant R&D, formation, préservation des emplois et investissements, coopérations industrielles à l'échelle nationale et européenne, s'appuyant sur l'atout humain exceptionnel de Belfort en lien avec les fonctions supports et les services commerciaux, d’ingéniérie ou de recherche, les services publics et la mobilisation de moyens financiers bancaires.
  3. La dénonciation de l'accord de cession d'Alstom-Énergie à GE de novembre 2014, que GE n'a pas respecté, non seulement sur la création des 1 000 emplois, mais sur l'avenir du site de Belfort, qui devait assurer pendant 10 ans les fonctions d'un centre mondial de décision, ce qui implique notamment :
  • Le retour en France de la propriété intellectuelle des brevets mis au point en France et la transparence sur les royalties et droits versés.
  • L’annulation de la vente des parts d’Alstom dans les co-entreprises énergie détenues avec GE (dont celles de la filière nucléaire qui peuvent être rachetées avec l'appui des banques et des critères précis), puisque la « fusion » d’Alstom-Énergie avec Siemens ne s’est pas faite, et, pour la même raison, l’annulation du versement du dividende exceptionnel de 900 millions d’euros, toujours prévu pour juillet prochain.
  1. la création d'un comité de suivi démocratique, doté d’un pouvoir effectif de contrôle des engagements, incluant les représentants syndicaux, les élus locaux, et les représentants des partis politiques ayant participé aux commissions d'enquête parlementaires. C'est à ce comité et non à GE, qu'il revient de décider de l'affectation des 50 millions d'euros d'amende pour non-respect de la promesse de création d'emplois.

 

DES SOLUTIONS EXISTENT, LE GOUVERNEMENT A DES LEVIERS POUR AGIR

La responsabilité de l'Etat dans la situation actuelle est évidente, sa responsabilité pour en sortir par le haut également. Si ce dossier pose à terme la question de la maîtrise publique sur nos  secteurs économiques stratégiques, dans l'immédiat, l'Etat doit intervenir au lieu d'accompagner les décisions de GE, et il n'est pas sans moyens d'actions pour le faire. 

GE vit en grande partie des commandes publiques, non seulement l'énergie, mais pour les équipements des hôpitaux, les services aux  collectivités locales. L'entreprise a perçu du CICE, du CIR (crédit d’impôt recherche), alors même que le groupe ne cesse de délocaliser des activités, y compris l'ingénierie. Les intérêts de GE en France, avec  17 000 salariés employés au total, sont importants. Il existe donc, avec de la volonté politique, des moyens de pression économiques.

Les possibilités juridiques effectives existent de dénoncer le contrat de 2014 que GE n'a pas respecté, pour que la puissance publique reprenne la main sur les orientations stratégiques du secteur de l'énergie.

Il est temps de mettre un coup d'arrêt à des décisions qui  nous emmènent un peu plus vers le point de non-retour des technologies et capacités industrielles fondamentales de notre pays. Pour retrouver la voie d'une véritable politique industrielle et de services au service des besoins sociaux et écologiques de notre pays, et de nos territoires, nous voulons contribuer à imposer d'autres choix que ceux d'une industrie soumise aux exigences exclusives de la finance. Notre argent et celui de nos banques doit servir à autre chose.

PREMIERS SIGNATAIRES :

 

Intellectuels

Bachet Daniel, Professeur, Université de Paris-Saclay

Barbier Jean-Marie, Professeur CNAM, formation des adultes

Baumgarten Christophe, Avocat

Bellal Amar, Rédacteur en chef de Progressistes

Boccara Frédéric, Economiste, Membre du CESE

Colletis Gabriel, Economiste, Université de Toulouse

Didry Claude, Sociologue, Directeur de recherches CNRS

Dimicoli Yves, Economiste, Ancien membre du CAE (conseil d’analyse économique)

Durand Denis, Economiste, co-Directeur Economie et Politique

Herzog Philippe, Economiste, ancien député européen

Ivorra Pierre, Chroniqueur économique

Kirat Thierry, Economiste, Directeur de recherches CNRS et université Paris Dauphine

Lang Dany, Economiste, Université de Paris 13, CA des économistes atterrés

Levi-Cyferman Annie, Avocate

Meda Dominique, Sociologue

Mills Catherine, Economiste, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Paillier Aline, Journaliste

Rauch Frédéric, Rédacteur en chef Economie et Politique

Renou Xavier-Francaire, Philosophe, Association Renaissance des lumières

Salais Robert, Economiste

Sterdyniak Henri, Economiste, CA des économistes Atterrés

Stiegler Bernard, Philosophe

Tournebise Alain, Ingénieur, économiste, ancien membre du CES

 

Responsables associatifs, politiques et élus

Bruneel Alain, Député PCF

Chesneaux Philippe, militant écologiste, Ancien conseiller régional Paca EELV

Cours-Salies Pierre, Sociologue, Ensemble !

Fiterman Charles, Ancien ministre

Gay Fabien, Sénateur, PCF

Lassauzay Didier, Gauche démocratique et sociale (GDS)

Le Bouler Hervé, Militant écologiste, Membre du CESE

Mamet Jean-Claude, Ensemble !

Renard Antoine, Membre du CESE, président de l'association Européenne des catholiques

Roussel Fabien, Secrétaire national du PCF

Ternant Evelyne, Secrétaire du comité régional Bourgogne Franche-Comté du PCF

Ternant Muriel, Secrétaire Départementale du PCF du Territoire de Belfort

 

Syndicalistes

Cailletaud Marie-Claire, syndicaliste, Membre du CESE, rapporteure "Industrie

Caritey Cyril, Syndicaliste, CGT General Electric

Debons Claude, Ancien syndicaliste

Goncalves Valérie, Syndicaliste énergie

Heredia Laurent, Syndicaliste, Secrétaire fédéral CGT énergie

Matoug Karim, Syndicaliste, CGT General Electric

Ménesplier Sébastien, Syndicaliste Energie

Pastor Grégory, Syndicaliste, CGT General Electric

Pagnoncelli Damien, secrétaire UD CGT Territoire de Belfort

Sanchez Frédéric, Secrétaire général de la métallurgie CGT

Thiriet Dominique, CGT General Electric Belfort

 

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 07:14

 

Le prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les revenus du capital ne pèsera pas sur le budget en raison d’une envolée des dividendes distribués en 2018. Un succès pour les défenseurs du gouvernement, mais c’est en réalité la preuve que le gouvernement met ses pas dans ceux de Ronald Reagan et croit bel et bien dans la théorie du ruissellement. 

 

La « flat tax » sur les revenus du capital était une des mesures phares des réformes fiscales du gouvernement au début du quinquennat. Mis en place au premier janvier 2018, ce prélèvement forfaitaire unique (PFU) est une forme de bouclier fiscal qui limite la taxation des revenus du capital à 30 %, tout compris. Cette taxe devait, dans le projet de loi de finances 2017, coûter 1,3 milliard d’euros au budget de l’État ; finalement, il ne coûtera rien puisque l’augmentation des versements de dividendes a élargi sa base fiscale et donc les recettes. Un succès, donc, proclame dans son éditorial de ce 20 juin le journal Les Échos, évoquant les « bons comptes de la flat tax ». Selon son rédacteur Étienne Lefebvre, tant l’État que la Sécurité sociale ont profité de cette mesure in fine.

Qu’en est-il réellement ? Effectivement, la flat tax ne devrait rien coûter formellement aux comptes publics. Mais ce constat ne représente qu’une partie de l’histoire. Ce meilleur résultat s’explique effectivement par une très forte augmentation des versements de dividendes en 2018, de 24,34 % en un an, pour atteindre le niveau de 37,11 milliards d’euros. C’est effectivement près de 8 milliards d’euros de plus de versés, ce qui a permis de combler le manque à gagner attendu. On notera immédiatement qu’un manque à gagner nul ne représente pas un gain et que, partant, si l’État n’a pas perdu d’argent, il n’en a pas gagné alors même que la hausse des versements de dividendes est vertigineuse et que les prix ont progressé de 1,6 %. La stabilité des recettes fiscales sur des revenus du capital en hausse de 24 % ne peut guère être considérée comme une bonne affaire. Les « bons comptes » ne sont donc pas si bons. Ils sont, à la limite, « pas aussi mauvais » qu’attendu.

Évolution de la croissance de l'EBE des entreprises et de celle des dividendes versés. © Insee, note de conjoncture de juin 2019.

Évolution de la croissance de l'EBE des entreprises et de celle des dividendes versés. © Insee, note de conjoncture de juin 2019.

Mais dès lors se posent plusieurs autres questions. D’abord, sans cette réforme, les dividendes auraient-ils été aussi importants ? La réponse est sans doute négative. Dans sa note de conjoncture publiée le 19 juin, l’Insee reconnaît, page 104, qu’il y a « sans doute » eu un effet PFU. Autrement dit, les entreprises ont décidé de verser davantage de dividendes pour profiter d’une aubaine fiscale. La courbe attachée par l’institut statistique semble le prouver avec éclat. Alors que la croissance du résultat brut d’exploitation des entreprises a ralenti à 3 % en 2018, le versement de dividendes a explosé. Il n’est donc pas possible d’invoquer une croissance « naturelle » du dividende liée à celle de l’activité. Le PFU a ainsi alimenté la hausse des dividendes, ce qui a permis de limiter les pertes fiscales… du PFU.

Car une autre interrogation surgit aussitôt. Si ces versements de dividendes ne sont pas « naturels », d’où viennent-ils ? Il y a, à cela, plusieurs réponses qui permettent immédiatement de relativiser le succès de la flat tax et ses « bons comptes ». La première est que dans le partage de l’EBE, on ait versé plus de dividendes au détriment des autres usages du profit : reversement aux salariés et, surtout, investissement. De fait, on constate que la croissance de l’investissement des entreprises non financières a ralenti, passant de + 5 % en 2017 à + 3,9 % en 2018, avec un coup de frein plus marqué dans les investissements en produits manufacturés (de + 3,1 % à + 2 %), dont l’investissement en machines et en modernisation de l’appareil industriel ne représente qu’une partie.

Malgré tout, la croissance de l’investissement s’est poursuivie, ce qui suppose que les entreprises ont eu recours à l’endettement pour financer ces dépenses et augmenter les versements de dividendes. Et de fait, la dette des sociétés non financières n’a cessé de croître en 2018. En décembre 2018, la croissance annuelle de cette dette, selon la Banque de France, était de 5,8 % contre 4,8 % en janvier. En un an, toujours selon la Banque de France, le taux d’endettement des sociétés non financières est passé de 69,8 % à 72,6 % du PIB. Un taux désormais supérieur à ceux de l’Espagne et du Royaume-Uni, ce qui n’était pas le cas fin 2017. En d’autres termes : les entreprises françaises s’endettent beaucoup plus vite que la création de richesses. Le Haut Conseil de stabilité financière ne cesse de s’en émouvoir et durcit légèrement, en conséquence, les contraintes sur les banques. Mais la clé est peut-être ailleurs. Le PFU pourrait ainsi avoir alimenté cette forte hausse de l’endettement afin de répondre à l’aubaine fiscale pour les actionnaires. Résultat : il a fallu investir plus prudemment et, pour financer l’investissement, avoir recours à la dette. Quand on sait, par ailleurs, que les choix d’investissement des entreprises françaises sont très discutables et ne portent pas en priorité sur la modernisation de l’outil productif, il y a de quoi s’interroger sur l’opportunité du PFU.

Endettement des entreprises non financières en % du PIB. © banque de France

Endettement des entreprises non financières en % du PIB. © banque de France

De fait, le PFU a été mis sur pied en urgence dès le 1er janvier 2018 pour soutenir l’investissement productif. C’était la justification du gouvernement, qui appliquait l’idée libérale classique selon laquelle le capital, moins taxé, s’allouerait mieux et pourrait ainsi davantage financer l’outil productif hexagonal, lequel est effectivement le talon d’Achille de l’économie française. De ce point de vue, la prétendue « bonne nouvelle » de la PFU n’est qu’un leurre. En alimentant l’immense croissance des versements de dividendes, le PFU n’a guère conduit à l’effet désiré puisque la croissance de l’investissement productif a ralenti. En revanche, il est venu alimenter les revenus des plus fortunés.

Dans la note de conjoncture déjà citée, en effet, l’Insee pratique quelques rappels bienvenus. Ceux qui bénéficient le plus des revenus de la propriété, autrement dit des dividendes, ce sont les plus riches. Ces revenus ne pèsent rien dans les revenus disponibles bruts des 60 % les plus pauvres. Ils pèsent en revanche 14 % du revenu disponible brut des 20 % les plus riches, et l’on sait que plus le niveau de revenus augmente, plus cette part s’accroît. Le PFU n’a donc pas soutenu l’investissement, mais le revenu des plus riches. Autrement dit, dans les faits et contrairement à ce que l’exécutif n’a cessé d’affirmer, la politique du gouvernement a bien été une politique de « ruissellement », qui a alimenté les revenus des riches en espérant que l’économie en profite dans son ensemble. Cela n’est pas arrivé et de fait, le gouvernement a subventionné le transfert de richesses vers les plus hautes classes de la population.

L’autre conséquence du PFU est plus difficile à identifier. L’économiste Gabriel Zucman, de l’université de Berkeley en Californie, avait dans une tribune du Monde, fin 2017, mis en garde contre un effet de transfert des revenus du travail vers les revenus du capital. Ce phénomène, qui a pu être constaté en Finlande notamment, s’observe lorsque la taxation des revenus du capital est inférieure à celle du travail. Dans ce cas, plusieurs entrepreneurs préfèrent réduire leurs salaires, qui sont plus fortement taxés (en France, jusqu’à 45 % pour tout euro gagné au-delà de 153 000 euros) pour se verser des dividendes, taxés à 30 % au plus. Cette situation peut aussi inciter certains à basculer du statut de salarié à celui d’entrepreneur pour bénéficier de l’aubaine. Si un phénomène de ce type se produisait, alors le surplus de recettes du PFU (ou plutôt son absence de pertes) ne serait que le reflet d’une perte de recettes par ailleurs, sur l’impôt sur le revenu, la CSG salariale et les cotisations sociales.

Identifier un tel mouvement est très complexe, parce qu’il est nécessairement lent à se mettre en place. Il faut que les agents fassent des calculs compliqués pour réaliser cet arbitrage. Mais il est intéressant de souligner que l’éditorial des Échos n’évoque guère cette possibilité. Pourtant, rien n’est sûr à ce sujet. Contacté par Mediapart, l’Insee refuse de se prononcer sur cet effet de la « flat tax », estimant que « ces éventuels effets nous sembleraient […] assez difficiles à identifier spécifiquement, compte tenu des données disponibles ». On peut cependant relever quelques pistes. Si l’éditorialiste des Échos estime que le PFU aurait « rapporté un milliard d’euros de plus que prévu » à la Sécurité sociale, il oublie de dire que, hors effet des réformes fiscales, la croissance des recettes des cotisations sociales (3 %) a été inférieure en 2018 à celle de 2017 (+ 3,4 %) et à la croissance de la masse salariale du secteur privé (+ 3,5 %). Ce simple ralentissement annule déjà l’effet positif du PFU et pourrait bien s’expliquer par la décision de certains de basculer une partie de leurs revenus sous formes de dividendes. En tout cas, selon le rapport de la Cour des comptes publié le 19 juin 2019, malgré le « miracle » du PFU, les recettes globales de la Sécurité sociale en 2018 sont inférieures aux prévisions du projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 100 millions d’euros « sous l’effet, annonce la Cour, d’une baisse des cotisations sociales plus forte qu’anticipé ». Ce qui a été gagné par le PFU a donc été nécessairement perdu ailleurs. Et les choses se présentent mal pour 2019.

La commission des comptes de la Sécurité sociale a lancé une alarme en raison de l’effet de la nouvelle baisse des cotisations. Mais le ralentissement de la croissance de la masse salariale malgré la hausse des créations d’emploi est aussi préoccupant. Selon l’Acoss, au premier trimestre 2019, la masse salariale soumise à cotisations a progressé de 2,6 % sur un an, contre 3,5 % au trimestre précédent. Autrement dit, il n’y a pas de miracle : si une base fiscale stagne, celle des dividendes, une autre est freinée, celle des cotisations. Il est même possible que Gabriel Zucman ait ici vu juste et que le phénomène de basculement accélère encore dans les prochaines années.

Une machine idéologique au profit des plus riches

Le PFU n’a donc pas de « bons comptes » : c’est une machine idéologique mise en place pour profiter aux bourses des plus fortunés et pour accélérer le démantèlement du système assurantiel et salarial français. Il permet de réduire le produit des cotisations, tout en plafonnant celui de la CSG sur les revenus du capital. Au bout du compte, il affaiblit donc la Sécurité sociale tout en encourageant le remplacement d’une relation salariale par une relation interentreprises. Ce que permet le PFU, c’est bel et bien l’individualisation de la relation au travail et à l’assurance sociale, ce qui est le socle de la pensée néolibérale au cœur du projet gouvernemental.

Cet éloge exagéré et grossier du PFU est donc loin d’être anodin. Au moins à deux titres. Le premier tient à la stratégie du gouvernement. On sait que, le 25 avril dernier, le président de la République a concédé, du bout des lèvres, qu’il pourrait revenir sur le PFU et la réforme de l’ISF si les évaluations montraient l’inefficacité de ces mesures. L’éditorial des Échos montre que ces évaluations n’auront guère besoin d’être convaincantes. Il suffira de montrer le meilleur angle pour justifier la poursuite de la manœuvre. C’est du reste ce qu’ont montré les évaluations du CICE, qui n’ont retenu des travaux empiriques que les meilleures hypothèses

Le second élément important est la justification générale des baisses d’impôts, qui constituent le cœur du programme du gouvernement et du quinquennat. Le PFU serait la preuve éclatante de l’existence de la « courbe de Laffer », cette fameuse courbe qui traduit en un graphique approximatif l’adage « trop d’impôt tue l’impôt ». Avant le PFU, les recettes auraient ainsi été entamées par un taux de prélèvement trop élevé. Ce taux baissant, la base fiscale se renforce et les recettes augmentent. On a vu que l’on n’en était pas là, et que les gains liés au PFU sont peut-être des pertes ailleurs. On notera aussi que le but du PFU n’était pas officiellement d’accroître le versement de dividendes dans un pays qui était, comparativement et avec une fiscalité plus forte, déjà très généreux dans ce domaine, mais d’augmenter l’investissement productif. Mais en réalité, peu importe : si la courbe de Laffer a raison, alors il faut continuer dans les baisses d’impôts. Or ces baisses d’impôts et de cotisations ont un revers : ils affaiblissent le système de redistribution et mettent la pression sur le budget de l’État. Car même si le PFU n’a pas pesé sur les comptes publics, il ne les a pas améliorés. Compte tenu de l’inflation et de la tendance naturelle des dépenses, il a donc in fine bel et bien pesé sur les comptes publics. Il en sera évidemment de même des autres baisses d’impôts du gouvernement.

En réalité, la courbe de Laffer a été, de l’aveu même de son concepteur Arthur Laffer – décoré et honoré de la médaille présidentielle par Donald Trump le 19 juin –, rédigée sur un coin de nappe (laquelle est conservée au Musée national d’histoire américaine de Washington) lors d’un dîner en 1974 avec Donald Rumsfeld et Dick Cheney. Elle n’est rien d’autre qu’une parole de café du commerce et les études empiriques n’ont jamais été capables de la confirmer. Par ailleurs, elle est toujours restée extrêmement abstraite, aucun niveau maximal de l’impôt n’a jamais pu être établi avec certitude. Dès lors, il ne reste de la place que pour l’idéologie. Et c’est bien ce qui s’est passé lorsque les républicains, derrière Ronald Reagan, ont repris cette courbe comme étendard et comme justification à leur politique de baisses d’impôts dans les années 1980.

Et c’est bien ce qui se passe pour le PFU. L’éditorialiste des Échos voit dans cette taxe la preuve que la taxation du capital « doit être plus que toute autre adaptée de manière pragmatique et non idéologique ». Deux termes qui, comme d’habitude en régime néolibéral, cachent évidemment une position fort idéologique, puisque l’on a pu constater comment le résultat du PFU avait été tiré vers le haut. En réalité, les dividendes distribués en France ont été entre 2010 et 2012 encore plus élevés qu’aujourd’hui, avec un régime fiscal moins favorable. De plus, en considérant que la courbe de Laffer doit être le seul critère du succès de la « flat tax », l’éditorialiste suppose que le rôle de l’État doit bien être de favoriser la distribution de dividendes. Or cette distribution excessive ne peut se faire qu’au détriment de l’investissement et de la santé financière des entreprises. Son intérêt réside principalement dans l’amélioration du revenu disponible des plus riches. Et l’on retombe sur l’une des conséquences inévitables de la croyance dans la courbe de Laffer : la théorie du ruissellement qui n’a pas davantage de soutien scientifique. On demeure donc plus que jamais dans l’idéologie et, plus précisément, l’idéologie de classe.

En réalité, le PFU est bien une pierre essentielle à la construction d’une politique économique favorable au capital et aux plus riches. Il permet la distribution généreuse de revenus à des plus fortunés qui, précisément, viennent d’être exonérés de l’ISF. Parallèlement, les réformes structurelles affaiblissent les plus fragiles des travailleurs par la flexibilisation de l’emploi et, plus récemment encore, par le durcissement des conditions d’accès à l’assurance-chômage. Tout ceci n’a qu’une ambition : peser sur les salaires pour augmenter le taux de marge des entreprises et ainsi permettre encore davantage de versement de dividendes aux plus riches. Au premier trimestre 2019, le salaire moyen par tête a ainsi reculé de 0,3 % selon l’Acoss alors que, selon l’Insee, les revenus du capital versés aux ménages devraient encore progresser cette année de 3,5 % (soit 1,2 point de plus que les revenus d’activité) après une hausse de 8,3 % en 2018… Emmanuel Macron mène une politique économique connue : elle est absolument copiée sur celle de Ronald Reagan, elle-même inspirée par Arthur Laffer…

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 15:40

 

"Halte aux spoliations" est le titre du dixième ouvrage de Gérard Le Puill, paru en mai dernier. Journaliste professionnel depuis 35 ans, Gérard Le Puill est un spécialiste des sujets environnementaux, climatiques et agricoles. Dans son dernier livre, il est question de ces enjeux. Mais pas que. Il y aborde aussi la situation des retraités, des corps hospitaliers ou encore des gilets jaunes.

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 15:24

 

Une fois de plus, les tenants du "nouveau monde" reprennent les recettes de l'ancien : culpabilisation des chômeurs et déresponsabilisation sociale des entreprises comme seules perspectives.

 

Assurance chomage : une attaque de grande ampleur contre les bases mêmes de notre modèle social

Avec sa réforme de l'Unedic, le gouvernement veut faire payer 3 milliards d’euros d'indemnisation du chômage par les chômeurs. Au nom de l'idéologie ultra-libérale selon laquelle l'indemnisation du chômage serait un facteur de désincitation au travail, il veut une fois encore changer les règles de l'indemnisation des chômeurs en rognant sur le droit à indemnisation. 
Mais cette fois, l'ambition est bien d'ajouter une pierre à la mise à bas de notre système solidaire de protection sociale, en introduisant le principe que l'indemnisation calculée ne pourra pas dépasser la moyenne des salaires perçus. 

Cette décision prolonge en effet la réforme précédente de l'Unedic et la réforme des cotisations salariales engagées toutes les deux au début du quinquennat. La suppression des cotisations salariales chômage par l'intégration dans le salaire net de leur montant monétaire a modifié les modalités de la gouvernance de l'Unedic où le poids de l’État a remplacé le paritarisme syndicats-patronat. Le refus du patronat d'accepter une solution viable à la dette de l'Unedic (35 Mds d'euros) par une augmentation des cotisations patronales a laissé le champ libre au gouvernement pour cette nouvelle régression des droits des chômeurs. 

En vérité, à l'instar de sa future réforme systémique des retraites qui veut plafonner ad vitam æternam la richesse produite par le pays consacrée aux pensions de retraite, le gouvernement déroule sans le dire sa réforme systémique de l'indemnisation du chômage qui imposera de limiter la contribution sociale du pays en faveur des chômeurs et donc la part de richesses que le pays voudrait leur consacrer. C'est ni plus ni moins qu'une nouvelle "règle d'or d'austérité sur la dépense publique et sociale" qui est ainsi imposée aux salariés, et en premier lieu aux chômeurs, dont le but est de remettre en cause les bases mêmes de notre modèle social.

Les dispositions relatives à un bonus-malus pour les entreprises utilisatrices des contrats courts n'étant là que pour servir d'appât pour de futurs signataires de l'accord.

Le Premier ministre prétend qu'il faut "que le travail paie plus que l'inactivité". Il aspire à un "plein emploi" ... à 7% de chômeurs ! De qui se moque-t-on ?!

Si le gouvernement veut vraiment réduire le nombre de chômeurs et relancer l'emploi, eh bien qu'il crée les conditions d'une éradication réelle du chômage. Et pour cela, le PCF a des suggestions à lui faire. A commencer par empêcher les fermetures de site industriels et par créer en urgence les centaines de milliers d’emplois qui manquent cruellement dans les services publics.

Et il pourrait inscrire cette ambition dans la mise en place d'une véritable sécurité d'emploi ou de formation qui, en assurant une rotation emploi-formation-nouvel emploi sans perte de rémunération, permettrait d'assurer une véritable mobilité professionnelle choisie des salariés sans passer par la case chômage, ni par l'inactivité. Et pour financer cela, qu'il mette à contribution ceux qui sont les premiers responsables de la hausse du chômage : le Medef, qui privilégie la rémunération des actionnaires au développement de l'investissement productif, des compétences et de l'emploi !

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22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 07:20
Vœu pour un référendum contre la privatisation d'ADP - Aéroports de Paris
 
Conseil Municipal de Morlaix du 25 juin 2019
 
Rapporteur :  Ismaël Dupont
 
Le  Président de la République et le Gouvernement ont pour objectif de privatiser complément  les Aéroports de Paris (ADP) – qui gèrent Roissy Charles de Gaule, Orly, Le Bourget – un groupe  dont l’État reste actionnaire à 50,6 %. La privatisation d'ADP (aujourd'hui l’État est actionnaire à hauteur de 50,6%) a été votée par la loi Pacte au printemps 2019. Outre ADP, elle prévoit aussi la vente de ENGIE et de la Française des Jeux. Ils rapportent à eux trois 800 millions d'euros par an à l’État : 173 millions de dividendes pour l’État l'an passé pour ADP. ADP est la deuxième valeur boursière détenue par l’État après EDF.
 
Ce projet soulève une très forte opposition dans tout le pays, à l'Assemblée Nationale et au Sénat..
 
En effet, la maîtrise publique de nos plus grands aéroports nationaux est un enjeu d'intérêt national avec une forte dimension stratégique, économique et sécuritaire.  86 % des aéroports dans le monde sont sous contrôle public, dont 100 % aux États-Unis.
Si ADP est privatisé, quel impact sur l'aménagement du grand Paris ? Sur une augmentation des coûts des prestations pour les compagnies aériennes et les usagers ?
 
Pour privatiser l’État devra payer les actuels actionnaires minoritaires d'ADP à hauteur de 1 milliard. Parmi eux, le groupe Vinci, qui est candidat au rachat !ADP est le principal hub d’Air France, le privatiser c’est faire courir des risques à la compagnie nationale. La privatisation d'ADP fait peser de lourdes menaces sur les conditions de travail des salariés de l'entreprise.
 
Un exemple devrait inciter le président de la République à plus de prudence : le précédent de la vente de l'aéroport de Toulouse : Vendu pour 308 millions d'euros à un groupe chinois sans aucune expérience en matière aéroportuaire et composé à 51% d''une entreprise publique chinoise et à 49% d'un fonds d'investissement Hong Kongais domicilié dans un paradis fiscal (les îles vierges britanniques). Il a été revendu 200 millions d'euros plus cher après que les actionnaires en aient vidé les caisse. Cette privatisation a été épinglée par la Cour des comptes.
 
Les compagnies aériennes se sont déclarées défavorables à la privatisation car elles craignent une augmentation des coûts pour eux et donc une répercussion sur les prix des billets. L'association internationale du transport aérien a en effet mené une étude sur  près de 90 aéroports internationaux qui confirme que les aéroports privatisés sont plus chers que ceux restés dans le giron public
 
A l’initiative des parlementaires PCF, FI, PS et LR, la représentation nationale a réussi à imposer un Référendum d’Initiative Partagée (RIP) sur la reconnaissance du caractère de « service public national » des aérodromes parisiens, proposition d'un RIP validé le 9 mai dernier par le Conseil Constitutionnel.
 
Il faudra réunir avant le 12 mars 2020 4,7 millions soutiens à la loi cosignée par 248 parlementaires de gauche et de droite qui consacre ADP comme un service public national donc non cessible au privé. Si ces 4,7 millions de signatures sont recueillies, le gouvernement se trouvera l'obligation de consulter les français sur ce projet. Il va être possible de s'opposer à une nouvelle privatisation et au bradage du patrimoine public au profit exclusif des intérêts privés.
 
En tant qu'élus de Morlaix, nous nous sentons concernés par la possibilité que puisse se tenir ce Référendum d'initiative partagée et appelons un maximum de Morlaisiens à le demander en s'exprimant en mairie où sur le site internet du ministère de l'intérieur.
C'est un enjeu de maîtrise publique d'un secteur stratégique pour notre pays, un enjeu de démocratie, et aussi un enjeu financier pour l’État car ADP est rentable et permet d'investir des millions chaque année dans le service public.
En tant qu'élus de Morlaix, nous sommes pour un abaissement du seuil de 4,7 millions de soutiens à la loi pour le Référendum d'initiative partagée sur ADP. En tant qu'élus de Morlaix, nous exprimons notre refus de la privatisation complète d'ADP.
Voeu pour le référendum contre la privatisation d'ADP présenté par Ismaël Dupont au prochain conseil municipal de Morlaix, 25 juin 2019
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22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 06:53
Pierre Laurent interpelle Castaner sur le référendum ADP - plus de 253 000 signatures au 21 juin 2019 - à 5% de l'objectif

La collecte des soutiens à l’organisation d’un référendum sur la privatisation d’ADP est ouverte depuis le 13 juin.

Au quatrième jour des validations des signatures (il faut un délai de 5 à 7 jours pour officialiser ces signatures)
253 274 soutiens ont été validés

Pierre Laurent interpelle Christophe Castaner
sur le référendum d'ADP

Le 20 juin dernier, Pierre Laurent sénateur de Paris, a interrogé Christophe Castaner sur le référendum d'ADP : : "Vous avez du mal à digérer l'affaire mais il faudra vous y faire ! "

"Depuis tout juste une semaine, la procédure de recueil de signatures en faveur d'un référendum sur la privatisation d'ADP a été lancée. C'est une première ; une expérience démocratique inédite. La question est : la plus grande plateforme aéroportuaire de France restera-t-elle publique ou sera-t-elle livrée à des actionnaires, comme les autoroutes ? Or côté Gouvernement, c'est le silence radio : ouverture du site le 13 juin en catimini, aucune allusion dans les discours de politique générale du Premier ministre, aucun compte rendu de la rencontre au ministère de l'Intérieur avec les parlementaires qui ont lancé la démarche. Vous avez du mal à digérer l'affaire mais il faudra vous y faire ! Pas de compteur officiel mais une association en a créé un, qui affiche 235 832 signatures ce matin déjà. Il faudra y ajouter les nouveaux inscrits. Comment élargir la communication auprès du grand public ?. Quand mettrez-vous en place le comité de suivi ? Quels outils de communication mettrez-vous à disposition des maires pour impliquer les citoyens ?"

Dans sa réponse, Christophe Castaner réfute vouloir compliquer la procédure de recueil des signatures et annonce que dès qu'il y aura des signalements de dysfonctionnements, ils y remédierons. La loi n'autorise pas de campagne officielle ni de financement des partis qui participent à cette campagne. Mais chaque maire qui sollicite un « agrément » pourra l'obtenir et sera accompagné. L'Intérieur, qui travaille sous le contrôle du Conseil constitutionnel, n'a qu'un but : que l'outil permette à chacun de s'exprimer.
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Pierre Laurent interpelle Castaner sur le référendum ADP - plus de 253 000 signatures au 21 juin 2019 - à 5% de l'objectif
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