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31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 05:12
Malo-les-Bains: le combat social, priorité de la rentrée pour le PCF (L'Humanité, 30 août 2020)
Dimanche, 30 Août, 2020 - L'Humanité
Le combat social, priorité de la rentrée pour le PCF

Fabien Roussel a appelé, samedi, à l’action contre les « plans de licenciement » et martelé, devant Jean-Luc Mélenchon, qu’il faudra compter avec les communistes aux prochaines élections.

 

Pour sa « journée d’été » à Dunkerque, ce week-end, le PCF n’a pas affiché les mêmes priorités que les autres forces de gauche. « Les élections, c’est dans sept mois, pour les régionales et départementales, vingt mois pour la présidentielle et les législatives. Mais les licenciements, c’est aujourd’hui, c’est donc maintenant qu’on doit se battre. C’est le cœur de notre université d’été », indique d’emblée son secrétaire national, Fabien Roussel, quelques minutes avant son discours dans le grand amphi du Kursaal de Malo-les-Bains.

Le député dénonce la « cascade de plans de licenciement financés par de l’argent public » et martèle que, contrairement aux messages anxiogènes du gouvernement, « il n’y a pas de fatalité au chômage et à la précarité ». « Le coronavirus est devenu le partenaire officiel du Medef. C’est honteux », fustige encore le parlementaire, qui multiplie les exemples de salariés contraints à la lutte, de Verallia à Simra en passant par Renault. Tandis que le gouvernement doit présenter son plan de relance la semaine prochaine, le PCF propose que ces « 100 milliards d’euros d’argent public soient placés sous le contrôle des citoyens, des élus, des salariés, dans chaque région ».

Pour Fabien Roussel, qui, au passage, torpille les traités européens et la tentation austéritaire déjà amorcée, il s’agit aussi de construire « l’unité dans l’action » : le PCF organisera le 10 octobre une journée de mobilisation « pour demander des comptes au gouvernement sur l’argent public distribué » avec des rassemblements devant les préfectures. « On pense qu’on peut construire l’alternative à Emmanuel Macron à partir de cet engagement pour la transformation de l’ordre productif et que cela se fera à la fois avec tous les travailleurs et toutes les forces sociales et politiques qui veulent s’y engager. Un Front populaire du XXI e siècle, c’est notre feuille de route », développe le responsable du PCF Paris Igor Zamichiei.

La priorité est aussi donnée à la jeunesse. « Nous mettons pour cette rentrée une proposition sur la table : pas un seul jeune au chômage », explique Fabien Roussel, détaillant la proposition de sa formation de « sécurisation » des parcours. C’est « un chantier immense qui doit mobiliser tout le gouvernement, les syndicats, nos services publics, nos collectivités, le Medef et les chefs d’entreprise », lance-t-il, raillant les 100 000 services civiques à 580 euros par mois proposés par l’exécutif pour 750 000 jeunes en fin d’études.

Un premier pas aussi vers la « rupture avec le capitalisme » qui, même repeint en vert, demeure une « impasse », car, en cette année de centenaire du PCF, il est bel et bien question de révolution. « Il faudra aller plus loin qu’un simple partage des richesses, comme nous sommes nombreux à le réclamer à gauche, argumente son secrétaire national. Notre projet de société est fondé sur un changement profond de nos modes production. Les richesses doivent être créées sans exploiter les hommes et les femmes et sans épuiser la planète. »

Dans la salle, un invité plutôt inattendu opine du chef. Jean-Luc Mélenchon en déplacement dans le Nord a tenu à faire le détour par la plage de Dunkerque. L’insoumis « s’enthousiasme » pour le discours de Fabien Roussel et fait mine de ne pas voir en quoi sa présence étonne. « Ici, je suis un peu chez moi. La famille est tumultueuse comme dans toutes les familles, mais bon, j’ai été deux fois leur candidat », explique le député de Marseille. Exit « la mort et le néant », l’heure est à une autre musique du côté de la FI : Jean-Luc Mélenchon, après avoir chanté main (hydroalcoolisée) dans la main l’Internationale avec les communistes, estime ainsi que « la distance est moins grande à cette étape-ci » du fait des « circonstances », avec « un véritable tsunami social » et un « changement climatique irréversible ».

La présidentielle de 2022 guette cependant : « Ne racontons pas d’histoire, les socialistes ont l’intention de soutenir un candidat EELV, (…) il y a un pôle de centre gauche qui se constitue là. Donc moi, j’estime – c’est ma vision stratégique – qu’il peut y avoir un pôle de la radicalité concrète et des causes communes » constitué d’insoumis et de communistes, détaille-t-il avant l’intervention de Fabien Roussel. Un changement de pied visant à rassembler des forces politiques que ne reconnaissent qu’à demi-mot les responsables de la FI. « S’il y a un léger changement, ce n’est pas par rapport à 2017 mais sur la manière dont on voit les départementales et les régionales. On a voulu aux municipales faire avant tout des listes citoyennes, on avait raison, sauf qu’il faut aussi constater qu’il y a eu un décalage », admet le député Éric Coquerel. La France insoumise a d’ailleurs adressé samedi un courrier à toute la gauche, en dehors du PS, en vue d’une « possible coalition ».

Si, pour le PCF, la présidentielle n’est vraiment pas la question du moment, Fabien Roussel en a profité pour envoyer un message à ses éventuels partenaires : « Si chaque force politique justifie sa candidature, les uns pensant que l’écologie est le centre de tout, d’autres pensant qu’ils sont légitimes par rapport à leur dernier résultat à l’élection présidentielle. Si d’autres pensent qu’il faut un candidat unique à tout prix, qu’importe le programme. Et si tous ceux-là pensent que le Parti communiste français ne présentera pas de candidat, je dis à tout le monde : “Vous vous trompez.” » Parmi les militants, certains, et notamment ceux qui ont soutenu l’élu du Nord lors du dernier congrès, n’ont pas d’hésitation : « Je me bats pour un candidat communiste », explique Hervé Poly, du Pas-de-Calais. Jean-Luc Mélenchon, lui, comprend que la question est tranchée. « C’est un paramètre qu’on va étudier », réagit-il, jugeant qu’ « il n’y a pas à dramatiser » et que plusieurs candidatures n’ont pas empêché la victoire de 1981. « Je n’ai pas dit qu’il y aurait un candidat, j’ai dit qu’ils se trompent s’ils pensaient qu’il n’y en aurait pas », précise cependant Fabien Roussel en marge des ateliers, arguant qu’il s’agit avant tout d’ouvrir les débats en « sort(ant) des idées préconçues ». Quant aux régionales et départementales, « ce ne sont pas des élections intermédiaires », martèle le secrétaire national du PCF, qui veut rassembler sur le fond avant de discuter de nom tout en espérant « faire élire un maximum d’élus communistes ».

L’interlude électoral est de courte durée, car l’autre temps fort de la journée ne tarde pas à démarrer avec l’arrivée de Philippe Martinez, invité à échanger avec le député du Nord sur le « mode de production du XXI e siècle » . « Nous ne proposons pas un plan de relance mais un plan de rupture avec les logiques financières », attaque le secrétaire général de la CGT, avec comme objectif « la réponse aux besoins sociaux et de la planète ». Plusieurs autres revendications font écho aux propositions présentées plus tôt dans la journée : l’augmentation des salaires alors que le Ségur de la santé est « loin de faire le compte » et que les salariés de la 2 ligne « sont toujours payés comme en février », ou encore la réduction du temps de travail. Hors de question de mélanger les genres pour autant. « Il y a besoin de passerelles entre monde associatif, syndical et politique mais on tient à notre indépendance. On est là pour contribuer au débat politique à partir de notre expérience », précise Philippe Martinez. Néanmoins, les uns et les autres devraient se retrouver dans la rue dès le 17 septembre pour la journée d’action de la CGT et de six autres syndicats que les communistes appellent à soutenir.

Julia Hamlaoui
Malo-les-Bains: le combat social, priorité de la rentrée pour le PCF (L'Humanité, 30 août 2020)
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29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 08:09

 

Le porte-parole du PCF Ian Brossat détaille les priorités de la rentrée des communistes, qui se retrouvent samedi à Malo-les-Bains (Nord) pour une journée d’été. Entretien.

 

Votre journée d’été intervient au cœur d’une série d’annonces gouvernementales, entre plan sanitaire et plan de relance. Quelles sont les priorités du PCF en cette rentrée ?

Ian Brossat Notre pays compte presque 7 millions de chômeurs, toutes catégories confondues : ce chiffre en dit long sur les souffrances endurées par les Français. Nous voulons donc mener à la fois une rentrée combative face à la politique du gouvernement et faire monter des alternatives aux logiques libérales qui nous conduisent dans le mur. Le gouvernement et le patronat mènent conjointement une très grosse entreprise de culpabilisation. Tout serait de la faute des travailleurs. Le Medef nous explique qu’on ne travaille pas assez. Le premier ministre nous somme de « repartir au travail ». Quant à Bruno Le Maire, il reproche aux Français de trop épargner et de ne pas consommer assez.

En plus de cela, les Français, à écouter ceux qui nous gouvernent, exigeraient trop en demandant, par exemple, la gratuité du masque. Nous le disons clairement : les Français n’ont pas vocation à payer les pots cassés de la crise. Surtout que cet appel à la responsabilité ne concerne pas tout le monde. Les grosses entreprises, elles, en sont totalement exonérées. Dans le plan de relance, une fois de plus, sont multipliés les cadeaux à leur intention sans contreparties sociales et environnementales, ni aucun contrôle de leur usage. La multiplication des plans sociaux engagés par des entreprises, qui pourtant ont bénéficié de millions d’euros d’aide publique et ont continué à verser beaucoup d’argent à leurs actionnaires, montre qu’il est absolument nécessaire de faire prévaloir d’autres choix. Cette impunité doit cesser.

 

Conditionner les aides aux entreprises est certes une idée partagée à gauche, mais le gouvernement y reste sourd…

Ian Brossat La période du confinement a mis à nu la ruine de nos services publics, l’effondrement de notre tissu industriel… Beaucoup de gens ont pris conscience de l’impasse à laquelle conduisent les politiques libérales menées depuis plus d’une trentaine d’années. Nous avons besoin aujourd’hui de choix de rupture. Nombre de combats menés initialement par les communistes rassemblent aujourd’hui bien au-delà de leurs rangs, comme la gratuité des masques. Nous avons été parmi les premiers à la défendre par la voix de Fabien Roussel. Désormais, pour tout le monde à gauche et même au-delà, c’est une juste revendication. Et il en va de même sur la défense du tissu industriel, du soutien indispensable à un hôpital public clochardisé au cours des dernières années… Ces idées-là grandissent et peuvent être victorieuses.

 

La journée à Malo-les-Bains a-t-elle vocation à faire dialoguer les acteurs de cette riposte ?

Ian Brossat Bien sûr, la présence de Philippe Martinez pour débattre aux côtés de Fabien Roussel d’un nouveau mode de développement en est un bon exemple. Car il ne s’agit pas simplement, comme voudrait le faire croire le gouvernement, de relancer la machine, mais de changer profondément le système économique pour replacer l’Homme et la planète au cœur. La venue de Benoît Teste, de la FSU (Fédération syndicale unitaire, organisation syndicalede l’enseignement agricole public et de ses personnels), sera aussi l’occasion d’échanger sur la situation de l’école au moment où le gouvernement a décidé d’assouplir le protocole sanitaire sans moyens supplémentaires, alors même que l’épidémie reprend.

 

Comment accueillez-vous la venue de Jean-Luc Mélenchon, première depuis 2011 ?

Ian Brossat Le Parti communiste n’a jamais fermé la porte au dialogue et nous sommes profondément convaincus qu’en cette période de crise terrible, des convergences sont absolument nécessaires. Nous sommes donc très heureux que d’autres forces de gauche viennent à cette occasion pour travailler à nos côtés.

 

Lors des universités d’été tant de la France insoumise que d’EELV, il a été beaucoup question de rassemblement, notamment dans la perspective des prochaines échéances régionales et départementales. Quelle est la position du PCF ?

Ian Brossat Des conférences régionales seront organisées par les communistes à l’automne, ils y avanceront des propositions et désigneront des chefs de file. Nous souhaitons travailler aux unions les plus larges, sur la base du contenu que nous y aurons défini. Mais, dire aujourd’hui quel sera le périmètre du rassemblement serait prématuré. Ces élections, comme les départementales, ont un impact important sur la vie quotidienne des Français. Elles doivent être considérées en tant que telles et pas simplement comme un marchepied vers la présidentielle.

 

Il est encore trop tôt pour parler de la présidentielle ?

Ian Brossat L’urgence est à faire grandir une alternative aux logiques libérales et pas à se lancer dans une course de petits chevaux. Les Français, notamment ceux qui sont le plus en difficulté, n’attendent pas cela des responsables politiques de gauche. En ce qui nous concerne, cette question sera abordée en temps voulu et notamment lors de notre congrès en juin. Il n’est pas question de griller les étapes.

 

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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 08:12

 

Ce jeudi 27 août, tandis que le Premier ministre tenait une conférence de presse dans la matinée, deux ministres déléguées et une secrétaire d’État invitaient les journalistes pour les suivre cet après-midi dans des déplacements dont le but est de communiquer sur telle ou telle situation, tout louant le travail des associations caritatives afin de les solliciter davantage au service des plus pauvres en lieu et place du gouvernement.

Depuis sa nomination comme Premier ministre, Jean Castex multiplie les déplacements, histoire d’entretenir les illusions sur un gouvernement en pleine action. Ce jeudi matin, une conférence de presse succède à son intervention d’hier devant l’Université d’été du MEDEF rebaptisée « Renaissance ». Hier, cette invitation l’a conduit à s’exprimer le jour où la publication trimestrielle des chiffres du chômage faisait état de plus de 4 millions d’hommes et de femmes privés de tout emploi en catégorie A, tandis que le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie B et C, ne travaillant qu’à temps partiel contraint, est en hausse. Il n’est pas étonnant dans ces conditions qu’un sondage nous indique que les opinions favorables au Premier ministre, qui étaient de 55 % en juillet sont passées à 48 % en août tandis que la proportion des mécontents connait une courbe inverse passant de 40 % en juillet à 46 % en août.

La bougeotte permanente du Premier gagne du terrain désormais chez un nombre sans cesse accru de ministres et de secrétaires d’État. Pour Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, le moindre incident violent dans telle ou telle ville donne l’occasion de se rendre sur place. Au-delà, en début de semaine, l’incendie sur la commune d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, l’a conduit à monter dans un avion, histoire de contempler les flammes en altitude.

Trois sous-ministres en quête de notoriété

En ce jeudi 27 août, une secrétaire d’État et deux ministres déléguées en quête de notoriété sollicitent la presse pour les suivre dans leurs déplacements. Bérangère Abba, toute nouvelle « secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique » a besoin de se faire connaître et nous invite à la suivre dans le Val d’Oise. Elle nous indique que « face au réchauffement climatique et à la multiplication des épisodes de forte chaleur, le développement de la nature en ville apparaît comme une solution ». C’est pourquoi « Bérangère Abba se rendra dans le Val d’Oise afin de visiter un éco quartier puis une « micro-forêt ». Cette visite sera aussi l’occasion d’échanger avec les élus et les habitants sur les bienfaits de la nature en ville », ajoute le communiqué. Il restera à voir si les élus auront les moyens de passer aux travaux pratiques vu la situation financière des communes.

Ce même jeudi, Nadia Hai, ministre déléguée à la Ville, se rend à Tours et à Amboise «  afin d’échanger avec les acteurs qui ont fait vire le dispositif « Quartiers d’été » sur le territoire ». Son communiqué en est réduit à constater que «  chaque année, un enfant sur quatre ne peut partir en vacances. La situation est encore plus compliquée cet été avec les difficultés économiques. En aucun cas cet été ne devait donc être une double peine, en particulier pour les familles des quartiers populaires déjà fortement impactés par le confinement et le défi de la continuité de la continuité éducative », affirme la ministre déléguée. Moyennant quoi, il nous est dit qu’un budget de 110 millions d’euros aurait été mobilisé par le ministère de la Ville et que « se sont plus de 500 000 jeunes des quartiers prioritaires qui ont bénéficié d’au moins une action labellisée « Quartiers d’été » menée au sein de leur quartier », sans la moindre précision sur le contenu réel de ce type d’opération.

Opération de communication pour Emmanuelle Wargon

Tandis que Bérangère Abba chemine ce jeudi du côté de Bessancourt et Taverny dans le Val d’Oise, cet après-midi, Emmanuelle Wargon sera visible à Esmans en Seine-et-Marne « pour découvrir le prototype du projet « Le Toi Emmaüs Solidarité », lequel «  vise à améliorer les conditions d’accueil des personnes mises à l’abri lorsque des situations d’urgence l’imposent, avant d’envisager la recherche de logement pérenne conformément aux engagements du plan pour le « Logement d’abord ». Tout cela paraît bien compliqué, mais on peut penser que les pertes d’emplois précaires qui se multiplient vont priver beaucoup de gens des moyens de se loger. C’est pourquoi, nous dit le communiqué de la ministre déléguée «  Emmaüs Solidarité a développé un nouvel équipement fabriqué par le constructeur Liberté Events. Son installation permet d’aménager dans les sites de mise à l’abri (gymnases, salles municipales) des locaux individualisés, modulables et sécurisants pour les personnes dans le besoin ».

Voilà pourquoi « Emmanuelle Wargon souhaite saluer cette initiative favorisant le bien-être et la dignité des personnes mises à l’abri dans des situations d’urgence et remercier les acteurs mobilisés dans ce projet », nous est-il précisé. À l’approche de l’hiver, avec la précarité de l’emploi va perdurer et peut-être s’accentuer, on imagine que le gouvernement entend solliciter, plus que de raison, Emmaüs et d’autres associations pour remédier aux conséquences de ses choix comme de ses carences.

Gérard Le Puill

 

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 06:35
Des gens ont été enfermés à clé dans leur chambre, au motif de les protéger - entretien de l'Humanité avec Michel Billé, auteur de "la Tyrannie du Bien vieillir"
Vendredi, 21 Août, 2020
« Des gens ont été enfermés à clé dans leur chambre, au motif de les protéger »

Il faut changer durablement notre regard sur le grand âge, alerte le sociologue Michel Billé, auteur de la Tyrannie du "Bienvieillir". Et ne pas reproduire les erreurs du confinement, qui ont incité les seniors à regarder leur vieillesse dans l’aspect le plus effrayant. Entretien.

 

Qu’est-ce que le confinement a révélé du regard porté par la société sur la vieillesse ?

Michel Billé On a voulu protéger les personnes âgées, à domicile parfois, mais surtout en établissement. Cela part d’une bonne intention. Pour les protéger, on a voulu les confiner. Et pour confiner, on a fermé. On a empêché d’entrer dans les établissements des visiteurs de toute sorte, en particulier des proches, des aidants, des bénévoles… On a empêché aussi d’en sortir. Ce confinement a eu pour effet d’isoler les personnes. En établissement, il a été fréquent que cette absence de contacts a créé des difficultés pour les personnes âgées, qui se sont parfois trouvées désorientées. Quand on est habitué à dire bonjour, à se faire la bise, il est difficile de se priver de ce genre de relations. On a alors glissé de l’isolement à l’enfermement. Il y a eu trois étapes dans le processus : le confinement, l’isolement, l’enfermement. J’emploie volontairement ce mot terrible en référence aux travaux du philosophe Michel Foucault sur le grand enfermement dans les secteurs de la psychiatrie et du handicap, parce qu’ils traduisent une réalité. Des gens ont été enfermés à clé dans leur chambre d’Ehpad, au motif de les protéger et de protéger les autres d’un microbe qu’ils n’avaient pas. C’est terrible.

Comment en est-on arrivé là ?

Michel Billé C’est facile de jeter la pierre sur les établissements. Je ne sais pas si dans la même situation, j’aurais pu trouver une solution intelligente. Mais au-delà de cet épisode de Covid-19 et de confinement, au-delà des attitudes abusives, outrancières, liberticides qu’on a pu observer, il faut ouvrir une réflexion éthique sur ce qui s’est passé et repérer ce qui n’est pas acceptable pour que ça ne se reproduise pas. Cette crise du Covid doit nous amener à regarder différemment les réponses que nous apportons à celles et ceux de nos contemporains qui ont besoin de soins et d’accompagnement. Un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes est une réponse. Mais correspond-il aujourd’hui aux attentes de la personne ? Comment pourrait-on ouvrir différemment l’établissement, inventer des réponses à domicile, des allers-retours entre les deux ? Il faut accepter de rouvrir toutes ces questions.

Comment nos anciens ont-ils pu glisser du statut de sages à celui de personnes à charge dans notre société ?
Michel Billé Ce qui induit ce glissement, c’est cette terrible notion d’utilité sociale liée au monde de la production, au monde industriel et à la société capitaliste ultralibérale. Regarder avec quels mots on ose parler. On divise la société française entre actifs et inactifs. Que les retraités ne soient pas actifs de la même manière, dans le même domaine que ceux qui travaillent, c’est une évidence. Mais dire qu’ils sont inactifs, c’est absurde. En fait, derrière l’opposition actif/inactif se cache celle de productif/non productif. Ce qui est non productif est inutile, donc indésirable. Ajouter à cela la peur de la mort… Nous devons personnellement aider les gens à changer le regard porté sur la vieillesse. Nous avons l’habitude lamentable de regarder les sommes consacrées à l’accompagnement comme des charges, des dépenses. Oui, il y a des sommes d’argent à consacrer à la vieillesse, mais il faut les regarder comme un investissement, porteur d’emplois multiples, directs et indirects, de développement économique, d’échanges. L’argent pour les vieux, c’est l’emploi des jeunes.

Entretien réalisé par Kareen Janselme
Le 5e risque, un serpent de mer vieux de vingt ans

Depuis plus de vingt ans, les gouvernements français évoquent la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale, qui viserait à prendre en charge la dépendance liée au grand âge ou au handicap. Si le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, a lancé en juin des travaux et attendait un rapport prévu en septembre, les députés ont finalement voté avant la rentrée sa création. De « l’affichage », estime le député PCF Pierre Dharréville alors que les financements restent à imaginer.

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 06:32
Âgisme. Les anciens ont-ils encore une place dans notre société ? - L'Humanité, Kareen Janselme, 21 août 2020
Vendredi, 21 Août, 2020 - L'Humanité
Âgisme. Les anciens ont-ils encore une place dans notre société ?

Si le confinement a largement été employé pour endiguer le coronavirus, son impact sanitaire et psychologique se révèle délétère chez les personnes âgées, déjà gravement isolées et stigmatisées dans notre société.

 

Anne-Marie avait plutôt bien vécu son confinement. Un grand appartement lumineux, un balcon fleuri pour y déjeuner. Et la forêt limitrophe dans laquelle elle tentait des échappées quasi quotidiennes, bravant le gendarme. Une voisine compatissante s’occupait des courses, pour éviter à la vieille dame d’aller en ville avec sa voiture et de risquer d’attraper le virus. Éloignés, ses enfants lui téléphonaient quotidiennement. Mais ça n’a pas suffi… Ceux-ci ont découvert, malgré le discours rassurant de leur mère, qu’elle oubliait de plus en plus d’événements, de souvenirs. Désormais, à la veille de ses 80 ans, Anne-Marie omet parfois de manger… Autonome et vaillante il y a cinq mois, elle pourrait à la rentrée rejoindre un établissement spécialisé. Brutalement, sans signe avant-coureur.

« Âgée de 95 ans, Odette avait déjà lutté plus de dix jours contre le Covid-19. Elle avait vaillamment surmonté le confinement dans sa chambre, la toux épuisante, la fièvre qui monte et descend en un V caractéristique. Les soignants étaient confiants », relate la psychiatre Véronique Lefebvre des Noettes dans The Conversation France, une revue rédigée par des universitaires. La chercheuse associée à l’université Paris-Est-Créteil (Upec) raconte comment cette patiente en voie de guérison voulait se laisser mourir, « refusant toutes les tentatives prises pour la nourrir comme un bébé ». Or, « ce qui la mettait en danger, c’était le chagrin de ne plus voir les siens ». Un syndrome du glissement connu depuis 1956, marqué par l’anorexie, la dénutrition, un comportement de repli et d’opposition. Le processus se déclenche après une rupture, un événement déstabilisant, perturbant. Dans 80 à 90 % des cas, le décès survient en quelques semaines. Pour Odette, l’élément déclenchant a été le confinement. La vieille dame s’est sentie abandonnée par ses proches, conséquence d’un isolement imposé.

Les conséquences d'un enfermement subi

Si l’obligation de confinement a concerné toute la population pendant 56 jours, tout le monde n’a pas été logé à la même enseigne. Au nom de la protection des plus fragiles, des plus « à risque », des portes ont été fermées sans s’appesantir sur l’accompagnement ni le consentement. La majorité des Français pouvait respirer une heure dehors pour aller chercher du pain ou s’adonner au jogging. Les anciens étaient, eux, claquemurés dans des établissements spécialisés ou parfois même à domicile. On découvre aujourd’hui les conséquences sanitaires sous-estimées de cet enfermement subi. « Le Covid a mis en lumière le vrai déficit de mécanismes de solidarité et de prise en soin dans notre société, souligne Olivier Guérin, chef du pôle gérontologie du CHU de Nice (Alpes-Maritimes). On peut chiffrer son impact sanitaire. »

Alors que le système hospitalier était quasi intégralement consacré au Covid, la population a mis en veilleuse le suivi de ses maladies chroniques. Un renoncement dévastateur pour le 3e âge. « Les patients n’avaient pas très envie d’avoir recours au système de soins libéral ou hospitalier en urgence, confirme le praticien. Il y a eu une mauvaise prise en charge des maladies chroniques des populations âgées très polypathologiques et des décompensations importantes. Cela s’est traduit par une surmortalité importante qui s’est ajoutée à celle du Covid. Il y a eu environ 30 000 décès induits liés à l’absence de suivi suffisant de pathologies cardiaques, rénales, pulmonaires ou neurologiques chroniques. »

Rupture dans le soin et le suivi

Les hôpitaux tentent maintenant de s’organiser différemment, avec une structuration qui sera moins centrée sur la seule activité Covid si la pandémie grossit. Mais la prise en charge des troubles psychiques n’est malheureusement pas placée au premier plan. « Avant la fin du confinement, nous avons vu arriver de plus en plus de personnes âgées atteintes de troubles du comportement, a remarqué celui qui est aussi président de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG). Dès qu’il y a quelque chose de très perturbant dans les habitudes, ça fait décompenser sur un plan anxiodépressif des troubles cognitifs qui étaient parfaitement cadrés auparavant. » La rupture dans le soin et du suivi par les auxiliaires de vie a été délétère. Particulièrement pour une génération qui n’est pas familiarisée avec ces enjeux. Par pudeur ou manque d’information, les seniors prennent moins en compte les troubles psychiques et imaginent rarement que cela se traite avec des professionnels.

« Baisse de la qualité nutritionnelle, diminution de l’activité physique, réduction du lien social : ce sont les trois éléments essentiels du bien-vieillir qui sont finalement mis à mal par le stress généré et la distanciation sociale. » Olivier Guérin, chef du pôle gérontologie du CHU de Nice

La stigmatisation du grand âge dans la société n’a pas aidé. Et le confinement n’a fait que souligner cette relégation. Malgré un vieillissement de la population depuis cinquante ans, les anciens restent invisibilisés, éloignés, infantilisés. Les hésitations du gouvernement, les annonces du président Macron au soir du 13 avril concernant un déconfinement progressif qui ne libérerait les seniors qu’en dernier ont clairement enfoncé le clou. Dans certains endroits, les libertés se sont vues violemment rognées au nom du principe de précaution. Comme en témoigne le sociologue spécialisé de la vieillesse Michel Billé. « À 69 ans, une personne handicapée que je connais résidant dans un établissement a été enfermée à clé pendant trois semaines dans sa chambre, avec une télévision en panne pendant 15 jours. On lui a fait croire qu’il était impossible de la réparer car on ne pouvait pas prendre le risque de faire entrer un technicien de l’extérieur. Mais ce n’est pas un malfaiteur ! Il n’y a aucune raison qu’elle p asse des semaines en prison. » La peur de la contamination, celle du procès en responsabilité ont entraîné bien des excès. Et le reconfinement d’une vingtaine d’Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) inquiète à nouveau des familles et des professionnels. À domicile, l’émoi demeure. « Vous ne sortez plus, résume Olivier Guérin, vous ne voyez plus les gens, vous vous nourrissez moins bien parce que vous allez moins faire vos courses… Baisse de la qualité nutritionnelle, diminution de l’activité physique, réduction du lien social : ce sont les trois éléments essentiels du bien-vieillir qui sont finalement mis à mal par le stress généré et la distanciation sociale. »

Le gouvernement tarde à répondre

Comment avons-nous accepté que les anciens, auparavant considérés comme sages, soient aujourd’hui uniquement désignés comme des personnes à charge ? La silver économie, brandie par certains comme un modèle, se résume trop souvent à un label pour établissements à but lucratif dont les fonds viennent remplir les poches d’actionnaires plutôt qu’améliorer les conditions de vie des occupants ou de ses salariés. Repenser le lien entre l’hôpital et la médecine de ville, décloisonner le sanitaire, le social : des réflexions qu’auraient dû sainement entraîner les travaux sur une cinquième branche maladie consacrée à la dépendance, annoncée en juillet par le ministre de la Santé. Mais le gouvernement tarde toujours à répondre réellement au manque de moyens de l’hôpital, mis clairement à nu pendant la crise sanitaire. En 2018, pour la première fois dans l’histoire, les plus de 65 ans étaient plus nombreux sur la planète que les enfants de moins de 5 ans. Selon l’Organisation des Nations unies, une personne sur quatre en Europe et en Amérique du Nord appartiendra à cette même classe d’âge en 2050. Ce sera plus difficile de l’ignorer. 

Kareen Janselme
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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 05:54
Plan de relance - Crise sanitaire - Propositions des parlementaires communistes adressées au Premier ministre
Plan de relance - Crise sanitaire - Propositions des parlementaires communistes adressées au Premier ministre
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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 05:45

 

Les jeunes payent un lourd tribut depuis l’arrivée de la crise économique. Occupant les postes les plus précaires, ce sont eux les plus touchés par la montée du chômage. Les plans de licenciements, la diminution des missions d'intérim, la suppression d’emplois saisonniers… L’été fut rude pour une grande partie des jeunes. La rentrée ne s’annonce pas moins compliquée. Aux suppressions d’emplois vont s'ajouter les 750 000 jeunes ayant fini leur formation arrivant sur un marché de l’emploi dégradé et quasi-saturé à compter du mois de septembre.

 

 

De plus en plus de jeunes vont se retrouver sur le carreau avec peu, voire aucune source de revenu pour celles et ceux qui n'auront pas encore travaillé. La précarité qui est déjà une réalité quotidienne pour de nombreux jeunes va s’aggraver au fil des mois. Dans ce contexte, les annonces de réformes du gouvernement risquent d’aggraver encore plus ce phénomène de précarisation.

Face à la montée du chômage chez les jeunes, Jean Castex a annoncé un grand plan de secours pour la jeunesse. Celui-ci s'intitule un jeune est égal à une solution. Un joli slogan pour masquer une réalité bien moins attrayante.

Dans ce plan de secours, figure une prime à l’embauche des jeunes pour les entreprises. Un simple CDD de trois mois pour un jeune de moins de 26 ans suffira à décrocher ladite prime. Jean Castex propose comme perspectives pour les jeunes une société de petits boulots. Mais le pire est à venir. Dès le mois de septembre, le Premier ministre a annoncé la création de 100 000 missions de service civique afin d’endiguer le chômage chez les jeunes. Nous sommes ici bien éloignés de l'objectif originel des services civiques qui devaient permettre « d'encourager l'engagement » des jeunes. Mais cela ne choque désormais plus personne, tant ce contrat a été dévoyé de sa mission d’origine. Si bien qu’aujourd’hui, le premier consommateur de ces emplois déguisés est l’Etat et plus particulièrement l'Education nationale. Ce contrat n’est en réalité ni plus ni moins qu’un contrat pour les moins de 25 ans avec le droit du travail en moins et rémunéré en dessous du smic. Le plan du gouvernement « un jeune une solution » vise à multiplier les contrats précaires pour les jeunes. Nous sommes bien éloignés des aspirations des jeunes.

Ce gouvernement ne s’inscrit pas en rupture avec le précédent comme l’avait annoncé Emmanuel Macron lors du remaniement. Bien au contraire, celui-ci s’inscrit dans la droite ligne du précédent et continue les mêmes politiques libérales qui nous ont amenés à cette crise économique. Ce sont ces réformes qui ont entrainée la destruction de l’industrie en France et fragilisé par là même notre économie ; qui ont détruit toutes formes de sécurité de l'emploi en ubérisant le travail et en cassant le code du travail. Ce sont toutes ces réformes libérales qui nous ont amenés à cette crise et nous n’en sortirons pas en faisant la même politique. Les emplois plus ou moins déguisés mais toujours plus précaires nous mènent droit dans le mur et offrent comme seul horizon pour la jeunesse un travail et une vie précaire.

Les jeunes communistes dénoncent le manque d’ambition et de perspective pour les jeunes. Nous le revendiquons depuis l’arrivée de la crise économique : nous ne paierons pas la crise.

L’urgence doit être à un projet politique ambitieux pour la jeunesse. Ce projet doit s’accompagner aussi bien de mesures immédiates de protection sociale que de mesures à plus long terme favorisant une sécurité de l’emploi et de la formation pour l’ensemble des jeunes.

C’est autour de ce projet que les jeunes communistes vont dès la rentrée militer pour permettre une éducation de qualité et gratuite sur l’ensemble du territoire pour toutes et tous. C’est également dans ce sens que nous militerons tout au long de l’année pour gagner de nouveaux droit au travail pour les jeunes notamment en revendiquant l’interdiction des licenciements à cause de la Covid-19 et l’interdiction des rémunérations en dessous du smic.

Léon Deffontaines, secrétaire général du MJCF.

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 08:10

Frédéric Boccara est économiste, diplômé de l'Ensae qui forme les administrateurs de l’Insee et docteur en sciences économiques, spécialiste des Entreprises (des firmes multinationales aux PME) et du système de crédit, des transports et de l'environnement.

Chercheur associé au CEPN-Paris 13. Il fait partie du collectif d'animation de la revue PCF "Economie et Politique". Il est membre du Conseil économique, social et environnemental.

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 05:56
Universités. Les mauvais coûts de la rentrée étudiante - Nadège Dubessay, L'Humanité - 18 août 2020
Mardi, 18 Août, 2020 - L'Humanité
Universités. Les mauvais coûts de la rentrée étudiante

Hausse des loyers, APL amputées, bourses qui ne suivent pas l’inflation, masques anti-Covid 19… Une fois de plus, le porte-monnaie des étudiants explose. C’est ce que révèlent la Fage et l’Unef dans leurs baromètres annuels.

 

C’est un mélange de colère et d’inquiétude. À 20 ans, Guéwen Douesneau connaît déjà la galère d’un quotidien où il faut compter le moindre sou. Forfait à Internet et au téléphone, livres pour la fac, nourriture et, désormais, masques de protection contre le coronavirus… Après avoir payé les 650 euros de son loyer, il ne restait plus que 250 euros au jeune couple qu’il forme avec sa compagne, boursière comme lui. À deux, ils bénéficiaient de 900 euros. Sauf que cette année, Guéwen ne percevra que 250 euros au lieu des 550 de l’année dernière. « Ce doit être une erreur, j’ai demandé que mon dossier soit réévalué », lâche l’étudiant qui doit entamer sa deuxième année de licence de lettres à Angers. Si rien ne change, il devra mettre la fac de côté, au moins une année, pour travailler. Ou alors contracter un emprunt étudiant. La crise du Covid-19 avait déjà mis fin à ses espoirs de trouver un job cet été : « J’ai envoyé 80 CV. J’ai eu 80 refus », soupire-t-il. Comme beaucoup, il n’a pas eu d’autre choix que demander une aide alimentaire au Secours populaire français. « À 20 ans, on essaie de se préparer à la vie. Mais si c’est ça… » souffle-t-il sans cacher sa peur d’un avenir incertain. Selon un sondage Ipsos pour la Fage (première fédération étudiante), les trois quarts des jeunes ont perdu des revenus entre mars et juin. Un sacré problème quand on sait que près d’un étudiant sur deux doit se salarier pour financer ses études.

Une rentrée chiffrée à 2 361 euros, soit 76 euros de plus que l'an passé

Cette année encore, les chiffres sont têtus. La Fage, tout comme le syndicat Unef, viennent de publier chacun leur baromètre du coût de la rentrée 2020. Selon la boussole de la Fage, l’augmentation moyenne par rapport à l’an dernier est de 2,5 % en Île-de-France et 3 % en province. Pour la fédération, le coût de cette rentrée s’élève à 2 361 euros, soit 76 euros de plus que l’année dernière. « Alors que l’inflation au mois de juin est de 0,2 %, le coût de la vie pour les étudiants augmente de 3,69 %, soit presque 18,5 fois plus », note, pour sa part, le rapport de l’Unef. Ainsi, « le coût de la vie étudiante explose depuis le début du quinquennat avec une augmentation de 8,71 % ». Les calculs sont vite faits : « L’APL (aide personnalisée au logement) a été amputée et les bourses ne suivent pas l’inflation », explique Mélanie Luce, la présidente du syndicat étudiant. C’est bien connu, la crise profite toujours à certains. Et là, les propriétaires de studios – des biens extrêmement convoités – s’en sont donné à cœur joie. « L’explosion du coût de la vie étudiante demeure liée en partie à l’augmentation du prix des petites surfaces. L’écart entre les appartements de moins de 24 m² et les autres est en moyenne de + 2,56 % », note la jeune femme. L’Unef observe une augmentation des loyers de 5 % à Lyon ou de 4 % à Bordeaux, contre 1 % à Paris, là où s’applique l’encadrement des loyers. Une mesure dont le syndicat demande l’extension partout en France, alors que le loyer représente de loin le poste de dépense le plus important pour les étudiants : 69 % de leur budget mensuel.

Un coût de la vie plus de 118 % plus élevé pour les femmes

L’Unef note par ailleurs que les étudiantes et les étudiants étrangers représentent des profils particulièrement touchés par la précarité. Entre les frais d’inscription différenciés, les frais administratifs importants et le non-accès à la grande majorité des aides publiques, les étudiants étrangers hors Union européenne ont un coût de la vie entre… 261,46 % et 339,93 % plus élevé que les autres. Quant aux étudiantes, le syndicat mettait déjà en avant, l’année dernière, un écart énorme : un coût de la vie plus de 118 % plus élevé pour les femmes. Des différences qui s’expliquent par « une précarité menstruelle forte touchant toutes les personnes menstruées, mais également la “taxe rose” des conventions sexistes qui encouragent les femmes à supporter le coût de la contraception, à s’épiler, se maquiller… ».

L’Unef, tout comme la Fage, ajoutent, cette année, dans le budget des étudiants les masques de protection contre le coronavirus qu’il faudra sans doute porter pour aller en cours. « En prenant les moins chers, nous arrivons à 230 euros sur l’année », précise Mélanie Luce. Selon la Fage, à raison de trois masques jetables par jour, la facture s’élève à 31,75 euros par mois. Une « goutte d’eau » qui fait déborder le vase. L’Unef tire la sonnette d’alarme et appelle à un plan d’urgence.

Nadège Dubessay
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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 08:35

 

Dans la lutte contre l’épidémie, les « héros » sont bien fatigués. Déjà malmenés avant la crise, les soignants s’exposent aujourd’hui à un risque de stress post-traumatique. Beaucoup craignent de ne pas tenir le coup face à un rebond du Covid.

Elle n’en doute pas une seconde : s’il le faut, vaille que vaille, elle y retournera. Pourtant Huguette Mayeko, auxiliaire de puériculture à l’hôpital Delafontaine (Seine-Saint-Denis), le précise immédiatement : elle préférerait ne plus avoir à revivre l’effervescence d’un hôpital métamorphosé en accueil de malades Covid. À trois ans de la retraite, en mars dernier, elle s’était retrouvée propulsée au service neurologie, puis en réa, après deux petits jours de formation. « Douze heures debout, à retourner des patients intubés, les laver », racontait-elle dans nos colonnes le 15 avril. Avec toujours au ventre la peur d’attraper le virus, et celle de ne pas assez bien faire. « Aujourd’hui, j’aurai les bons gestes. Mais je saurai aussi ce qui m’attend. Et ça, c’est très angoissant », souffle-t-elle. Pour rien au monde elle ne voudrait revivre la toilette mortuaire, un souvenir « très violent » pour celle qui jusqu’alors ne s’était jamais occupée que des tout-petits.

« On est tous sur les rotules, toujours en sous-effectif »

Tous les soignants vous le diront : personne ne s’habitue à la mort d’un être humain qui vous confie son sort. Les mois de mars et avril ont été particulièrement éprouvants. Un véritable cataclysme, avec des dizaines de morts par jour dans les services et un contexte déshumanisé, où les familles ne pouvaient pas rendre visite à leurs proches mourants. À cela s’ajoutait la crainte d’attraper le virus (10 % des soignants ont été malades). « On a pas mal trinqué ! », rappelle Diane Languille, infirmière depuis douze ans au service pédiatrie de Delafontaine : « On manquait de tout : des masques, des surblouses, mais aussi des perfusions, en neurologie où j’avais été affectée. »

Quatre mois après la crise épidémique, la lutte contre le Covid a laissé des traces parmi les soignants. Malgré des vacances bien méritées, Diane Languille avoue se sentir encore très fatiguée : « J’ai eu le Covid comme pas mal de mes collègues. On est tous sur les rotules, épuisés, et toujours en sous-effectif. » Alors imaginer un rebond de l’épidémie cet automne lui est très difficile. « On ne va pas pouvoir tenir le coup, physiquement et moralement. Personne n’a envie de refaire de tels efforts alors que la reconnaissance, nous l’attendons toujours. ». Elle soupire : « On n’aura pourtant pas le choix. »

Un risque augmenté d’anxiété, de dépression, d’épuisement

Fin mai, une étude de l’Intersyndicale des internes (Isni) dévoilait que 47,1 % des jeunes praticiens interrogés montraient des symptômes d’anxiété, soit 15 points de plus qu’en 2017. Ils étaient 29,8 % à présenter des symptômes de stress post-traumatique, et 18,4 % des syndromes dépressifs. Une autre étude publiée dans la revue l’Encéphale révèle que les soignants, en première ou en deuxième ligne, ont un risque augmenté d’anxiété, de dépression, d’épuisement, d’addiction. Ainsi, trois ans après l’épidémie de Sras en 2003, chez les personnels hospitaliers de Pékin, on détectait une hausse significative de l’usage d’alcool et des conduites suicidaires. « Les répercussions psychologiques sont extrêmement importantes », constate Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l’hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis) et du Samu 93. « Les mois de mars et avril, les personnels tenaient le coup car ils étaient sous adrénaline. Aux services des urgences et en réanimation, ils étaient en première ligne. La situation était à la fois nouvelle et très stressante, avec le risque de se mettre en danger. »

Chaque soir, à 20 heures, la société a fait endosser aux soignants des habits de super-héros. Les ministres, le président procédaient à la tournée des popotes, tels des généraux qui remonteraient le moral des troupes. Du haut de ses trente ans d’expérience aux urgences, jamais Frédéric Adnet n’avait connu un tel hommage. « Sauf que quand on vous hisse sur un cheval blanc, il est très difficile de redescendre », observe-t-il. La décrue de l’épidémie se montre aussi rapide que la montée en charge : « Au Samu et aux urgences, du jour au lendemain, nous n’avions pratiquement plus de patients. » Tous les services transformés en services Covid retrouvent alors leur fonction d’origine. « Le personnel avait besoin de souffler, il n’acceptait plus d’être balancé d’un point à un autre. Ce qui a créé des tensions, des conflits, des arrêts maladie et aussi des décompensations post-traumatiques, suite à un stress intense », note Frédéric Adnet.

Surtout, l’après-Covid devait signer l’arrêt de mort de l’ancien monde. Et là, le chef du Samu 93 avoue sa plus grande déception. Une vraie claque psychologique : « Malheureusement, nous sommes retournés vers l’hôpital d’avant à très grande vitesse, avec toutes ses contraintes budgétaires… » Même constat amer pour Roland Amathieu. Médecin anesthésiste réanimateur dans un établissement à but non lucratif parisien, il déplore une absence de reconnaissance des soignants après la crise. « Tout est redevenu comme avant. Ceux qui applaudissaient aux fenêtres insultent de nouveau les soignants aux urgences, lassés par des heures d’attente. Nous travaillons toujours avec des personnels soignants sous-payés, qui s’épuisent parce qu’ils ne sont pas assez nombreux. »

« Le Covid n’a fait que catalyser un mal-être bien présent »

Et ne leur parlez surtout pas du Ségur de la santé, où pourtant 8,2 milliards d’euros de revalorisations salariales, 6 milliards pour l’investissement et 15 000 recrutements ont été annoncés par le gouvernement. « Les 4 000 lits supplémentaires ne remplacent pas tous ceux qui ont disparu », tempête Roland Amathieu. À titre de rappel, en six ans, 17 500 lits de nuit ont été fermés dans les hôpitaux et cliniques. Diane Languille préfère en rire : « Les postes supplémentaires accordés par l’État ? Ils représenteront deux ou trois personnes par hôpital, pas plus. » Elle décrit son quotidien : une seule infirmière pour dix à quinze enfants, des statuts de contractuel qui sont monnaie courante. Quant à la revalorisation salariale, il faudra s’armer de patience. Une partie sera versée en janvier, l’autre en mars. Mais « cela ne fera toujours pas le compte », assure-t-elle avant de lâcher, écœurée : « La période Covid nous a achevés. » Roland Amathieu rappelle que depuis quinze ans, les infirmiers en réanimation réclament en vain leur reconnaissance. Il assiste, impuissant, à des démissions en cascade, des départs à l’étranger, en Suisse, en Belgique ou au Canada. Partout où l’herbe est plus verte. Pourtant, il en est convaincu : tout le monde s’y était mis et tout le monde s’y remettra : « S’il y a besoin de soigner, on doublera encore nos heures. » Frédéric Adent se veut raisonnablement optimiste : « Le virus va se déplacer avec les mesures de contact tracing, la distanciation et une immunité collective de 10 %. Il se diffusera beaucoup plus lentement, de manière plus contrôlée. Nous ne connaîtrons pas l’engorgement des mois de mars et avril dans les hôpitaux. » Il s’interroge néanmoins : « Le personnel hospitalier sera-t-il présent ? Ce sera sûrement très tendu. » Roland Amathieu le sait : « Le Covid n’a fait que catalyser un mal-être bien présent depuis des années dans les hôpitaux. La cocotte finira par exploser. Et nul n’en connaît les conséquences. »

Nadège Dubessay

 

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