Des annonces très politiques pleuvent à Jérusalem : fin octobre, on apprenait l’expropriation de 200 commerces palestiniens à Jérusalem-Est afin de faire place nette pour un vaste complexe israélien technologique, touristique et commercial. Plus récemment, c’est le projet de construction de 96 logements dans la colonie de Ramat Shlomo qui ressurgit : il avait été annoncé en 2010 lors d’une visite en Israël de Joe Biden (Vice-président de l’époque), ce qui avait provoqué la colère de Biden et de l’administration Obama (le projet avait alors été gelé). Dimanche 15 novembre, ce sont 1200 logements qui sont annoncés dans la colonie de Givat Hamatos, projet destiné à isoler encore plus Bethléem de Jérusalem. Parallèlement les ordres de démolitions et d’expropriations tombent dans les quartiers palestiniens de Sheikh Jarrah et de Silwan.
Année de l’annonce du plan Trump et de l’annexion de la vallée du Jourdain et des colonies, l’année 2020 est une année noire pour la Palestine : records de constructions dans les colonies, records de confiscation de terres, records de destructions et particulièrement à Jérusalem où la politique israélienne de nettoyage ethnique se poursuit à grande vitesse et à bas bruit. Une politique planifiée depuis des décennies : impossibilité de construire, destruction d’habitat, vol de terres et de biens, construction massive de colonies économiques et de peuplement, transfert forcé de population, répression de toute opposition. L’objectif d’Israël est clair : rendre la vie des Palestiniens impossible pour les forcer à partir. Ils sont privés de tout droit élémentaire : droit à l’éducation, à la santé, droit de se déplacer et de vivre en famille, droit de pratiquer leur mode de vie et d’accéder à leurs lieux de culte.
Au cœur de ces politiques de nettoyage ethnique, les lois édictées par Israël depuis plus de 70 ans. C’est particulièrement le cas à Jérusalem où les Palestiniens, considérés comme des étrangers sur leur propre terre, sont soumis au bon vouloir d’Israël qui décide de qui a le droit d’y vivre ou pas. Dans sa loi du 8 mars 2018 Israël prétend bannir de Jérusalem les Palestiniens pour « défaut d’allégeance ».
C’est cette menace qui pèse aujourd’hui sur Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, déjà enfermé pendant 9 ans au total dans les prisons israéliennes. Israël s’acharne sur lui espérant le faire renoncer à vivre sur sa terre natale à Jérusalem. Outre les emprisonnements arbitraires, Salah Hamouri est victime de l’interdiction qui est faite à sa femme et à son fils – en France actuellement - de le rejoindre à Jérusalem.
À deux mois de l’installation de la nouvelle administration étasunienne Netanyahou fait ce qu’il sait faire le mieux : rapport de force, politique de la terre brûlée et du fait accompli. Que Biden ne reconnaisse pas les colonies comme légales - contrairement à Trump et Pompeo - cela lui importe peu, le message est clair : le nettoyage ethnique à Jérusalem continue ! L’annonce par Biden du maintien de l’ambassade étasunienne à Jérusalem ne peut que l’encourager.
La situation des Palestiniens de Jérusalem ne peut plus être ignorée, celle de Salah Hamouri non plus. Il faut absolument arrêter Netanyahou et protéger les Palestiniens vivant sous occupation israélienne. La France doit prendre toute sa part pour que soit mis fin à l’occupation de Jérusalem-Est et au nettoyage ethnique dont sont victimes les Palestiniens de Jérusalem et particulièrement notre compatriote Salah Hamouri. Il doit pouvoir vivre avec sa famille à Jérusalem sans être harcelé en permanence par les autorités israéliennes.
L’AFPS engage ce jour une campagne en direction des parlementaires et des autorités françaises pour qu’elles mettent tout en œuvre dans ce sens.
Depuis trois ans, l’exécutif s’attaque aux grandes lois fondatrices, sous couvert de sécurité et de défense des principes républicains. Pour les défenseurs des libertés publiques, « une menace pèse sur l’idée de démocratie elle-même ».
Emmanuel Macron est visiblement inquiet pour nos libertés. D’ailleurs, dit-il dans un entretien fleuve récemment accordé à la revue en ligne Grand Continent, « le combat de notre génération en Europe, ce sera un combat pour nos libertés, parce qu’elles sont en train de basculer ». Ce combat, c’est aussi celui que continuent de mener, depuis trois ans, les défenseurs des libertés publiques et des droits individuels, contre la boulimie législative et liberticide d’un président de la République, qui va de renoncement en renoncement dans son pays. Tout en assurant, sur les scènes européenne et internationale, vouloir « défendre les Lumières face à l’obscurantisme ».
Pour comprendre cette distorsion, il faut d’abord se replonger dans le livre Révolution (XO éditions), qu’Emmanuel Macron publiait fin 2016, au moment du lancement de sa campagne. « Un pays – et surtout pas le nôtre – n’a jamais surmonté une épreuve décisive en reniant les lois qui le fondent ni leur esprit, écrivait-il alors. On sait bien d’ailleurs que la diminution des libertés de tous, et de la dignité de chaque citoyen, n’a jamais provoqué nulle part d’accroissement de la sécurité. » Et de conclure : « Je tiens ces illusions pour profondément nuisibles, en elles-mêmes et parce qu’elles sont inefficaces. Au bout de ce chemin-là, il y a une France tout aussi exposée au risque, mais dont le visage se serait abîmé dans l’aventure. »
Le visage de la France s’est effectivement abîmé depuis le début du quinquennat, comme en témoignent les débats en cours à l’Assemblée nationale sur le projet de loi« sécurité globale », ceux à venir sur le texte visant à lutter contre le « séparatisme » et la remise en cause de plusieurs principes fondamentaux. Contrairement aux arguments avancés par le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, ceux qui s’inquiètent de cette situation ne sont pas de soi-disant « islamo-gauchistes » sombrant dans une prétendue « démagogie anti-flic ». Ils s’appellent François Sureau, Jean-Pierre Mignard, Claire Hédon, Henri Leclerc, Jacques Toubon, Adeline Hazan, Jean-Marie Delarue…
Ils sont avocats, Défenseur.e.s des droits, contrôleur général des lieux de privation de liberté. Certains ont soutenu Emmanuel Macron, d’autres ont été nommés par ses soins. Depuis le début du quinquennat, ils observent, atterrés, l’effritement de l’édifice légal des libertés. « Au fil du temps, du fait de choix économiques et sociaux, la doctrine sécuritaire, qui est la doxa des gouvernements conservateurs depuis quarante ans, a fini par l’emporter sur le libéralisme politique. C’est une menace qui pèse sur l’idée de démocratie elle-même », prévient Jean-Pierre Mignard, qui fut l’un des responsables de la campagne « justice » de La République en marche (LREM).
De plus en plus perceptibles à mesure que la prochaine échéance présidentielle se rapproche, les atteintes aux libertés publiques et aux droits fondamentaux ont jalonné le mandat d’Emmanuel Macron depuis son préambule :
En 2017, les principales dispositions dérogatoires aux droits fondamentaux et aux libertés essentielles, qui caractérisaient l’état d’urgence, sont entrées dans le droit commun. L’ensemble des défenseurs des droits humains, rassemblés dans ses locaux par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), tout comme les experts qui en ont officiellement la charge aux Nations unies, s’étaient solennellement dressés contre cette dérive.
En 2018, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, estimait que « le demandeur d’asile [était] mal traité »par le projet de loi« asile et immigration » porté à l’époque par Gérard Collomb. Ce texte « rend les procédures encore plus difficiles pour les plus vulnérables », arguait également la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), Christine Lazerges, tandis que la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, exprimait« ses vives inquiétudes pour les droits fondamentaux des personnes étrangères ».
En 2018, toujours, le président de la République a aussi contribué au recul du droit à l’information, en promouvant deux textes, ayant pour point commun de détricoter la loi du 29 juillet 1881 protégeant la liberté d’expression : celui sur le secret des affaires et celui sur les « fake news».
En 2019, le chef de l’État rêvait encore de placer la presse sous tutelle en créant des « structures » qui auraient la charge de « s’assurer de sa neutralité ». Au même moment, sa majorité adoptait dans l’urgence la loi « anticasseurs », restreignant le droit de manifester, qui découle de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme sur la liberté d’opinion. Un texte là encore pointé du doigt par les défenseurs des libertés publiques et des droits individuels. « Réveillez-vous mes chers collègues ! Le jour où vous aurez un gouvernement différent, vous verrez, quand vous aurez une droite extrême au pouvoir, vous verrez, c’est une folie que de voter cela ! », avait à l’époque lancé le député centriste Charles de Courson, durant l’examen de la proposition de loi.
En 2019, toujours, alors que la mobilisation des « gilets jaunes » perdurait et que les violences policières se multipliaient, le Parlement européen, puis la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, suivie de la haute-commissaire aux droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU), Michelle Bachelet, s’alarmaient tour à tour de l’« usage excessif de la force » pour réprimer la contestation sociale, appelant la France à « mieux respecter les droits de l’homme lors des opérations de maintien de l’ordre » et « à ne pas apporter de restrictions excessives à la liberté de réunion pacifique à travers la proposition de loi visant à renforcer et garantir le maintien de l’ordre public lors des manifestations ».
En 2020, et sans même parler de l’état d’urgence sanitaire et des mesures de restriction de libertés qui l’accompagnent, parfois uniques en Europe – c’est notamment le cas de l’attestation dérogatoire de déplacement –, l’exécutif a de nouveau trouvé toute une série de dispositifs remettant en cause des libertés fondamentales, pour certaines inscrites dans le marbre de la loi depuis plus d’un siècle. Liberté de manifester, liberté d’expression, liberté d’association, liberté religieuse, liberté de la presse, liberté académique… On ne compte plus le nombre de tentatives d’atteinte aux principes qui cimentent notre État de droit.
Il y a bien évidemment le projet de loi « sécurité globale », et son désormais fameux article 24 pénalisant la diffusion d’images de policiers, dénoncé par les sociétés de journalistes, mais aussi par la Défenseure des droits, ou encore le conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il y a aussi les sorties intempestives du ministre de l’intérieur, qui a rappelé, au détour d’une conférence de presse, la nécessité pour les journalistes de se signaler auprès des autorités « pour être protégés par les forces de l’ordre » lorsqu’ils couvrent des manifestations, conformément au schéma de maintien de l’ordre qu’il a récemment instauré – et que les sociétés de journalistes avaient déjà dénoncé.
Il y a aussi la volonté du garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, de modifier le code de procédure pénale afin de juger la « haine en ligne » en comparution immédiate, avec une rédaction qui sera intégrée dans le projet de loi visant à « conforter les principes républicains ». Pour l’heure, les délits relevant de la « haine en ligne » sont énoncés par l’article 24 de la loi de 1881 protégeant la liberté d’expression, texte fondamental que l’ancienne ministre de la justice, Nicole Belloubet, avait déjà envisagé de réformer en 2019, suscitant une levée de boucliers. Quelques mois plus tard, le sujet resurgissait avec la proposition de loi de la députée LREM Laetitia Avia.
Ce texte, censé lutter contre « les contenus haineux sur internet », voulait obliger les sites à prendre en charge la censure de la parole publique. Mais c’est finalement lui qui avait été censuré, au mois de juin, par le Conseil constitutionnel, qui avait estimé que l’atteinte à la liberté d’expression n’était pas « proportionnée au but poursuivi ». Après l’assassinat terroriste visant Samuel Paty, cette décision a été critiquée dans les rangs de la majorité et du gouvernement, certains appelant même à modifier la Constitution. Ce qui a contraint le président de l’institution du Palais-Royal, Laurent Fabius, à sortir de son silence pour rappeler que la lutte antiterroriste « ne peut conduire à rayer d’un trait de plume libertés et droits fondamentaux ».
« La France ne peut pas avoir raison toute seule »
La Chancellerie le jure : son projet de modification du code pénal a pour but de « garantir le travail des journalistes » et non de l’entraver. Pourtant, comme le rappelle l’avocat Jean-Pierre Mignard, la loi de 1881, « tous les juges de France et de Navarre le savent », est une loi « qui concerne l’expression de tous les citoyens ». En faire un texte « corporatiste », c’est-à-dire un texte dont les journalistes seraient les seuls bénéficiaires particuliers, est un « crime historique », ajoute-t-il. Comme il tente de le faire avec l’article 24 de la loi « sécurité globale », l’exécutif cherche en réalité à distinguer les journalistes des citoyens. Et à réduire, ce faisant, le droit d’informer.
En abandonnant le libéralisme politique au profit d’une doxa sécuritaire et conservatrice, Emmanuel Macron s’attaque à plusieurs des grandes lois républicaines fondatrices. Pour ne parler que du seul texte visant à « conforter les principes républicains », qui doit être présenté en conseil des ministres le 9 décembre, les dispositions qui sont prévues touchent donc à la loi de 1881 sur la liberté d’expression, mais aussi à celles de 1882, dites « lois Jules Ferry », qui, tout en instaurant une obligation scolaire pour chaque enfant âgé de 3 à 16 ans, offraient également la liberté que cet enseignement soit dispensé à domicile – ce que le projet de loi veut interdire.
Dans le même cadre, d’autres lois fondatrices seront également détricotées, à commencer par celle de 1905 sur la laïcité et celle de 1901 sur les associations. Pourtant, comme le soulignent plusieurs défenseurs des libertés fondamentales, rien dans les nouveaux dispositifs imaginés par l’exécutif n’est utile, intelligent ou innocent. L’avocat François Sureau le rappelait déjà dans son livreSans la liberté (Gallimard, collection « Tracts »), paru en septembre 2019 : « L’État de droit, dans ses principes et dans ses organes, a été conçu pour que ni les désirs du gouvernement ni les craintes des peuples n’emportent sur leur passage les fondements de l’ordre politique, et d’abord la liberté. »
Or, ajoutait-il, « c’est cette conception même que, de propagande sécuritaire en renoncements parlementaires, nous voyons depuis vingt ans s’effacer de nos mémoires sans que personne ou presque semble s’en affliger ». « Le viol des libertés par un gouvernement généralement centriste manifeste simplement son manque de fermeté d’âme dans l’occupation du terrain qui est le sien propre, ce qui, et de loin, ne permet pas de l’absoudre », écrivait-il encore. De la déchéance de nationalité proposée par François Hollande en 2015 aux lois défendues par Emmanuel Macron aujourd’hui, Jean-Pierre Mignard constate avec regret qu’« un certain nombre de personnes de gauche se trouvent désormais dans le camp sécuritaire, au nom de la défense de la République, qui est devenue une sorte de mantra ».
« Cette invocation de la République relève plus d’un exercice de piété que d’une véritable dialectique politique, dit-il. La République vise à rassembler, elle ne vise pas à exclure. Or, on a le sentiment que le nouveau tracé s’opérerait entre les républicains, qui d’ailleurs s’auto-désignent, et tous les autres, qui ne feraient pas partie de ce cercle vertueux. C’est extrêmement dangereux, c’est très critiquable et c’est infiniment idéologique. » Tout aussi idéologiques sont les récentes déclarations du ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui non content d’évoquer de prétendues « complicités intellectuelles du terrorisme », a aussi mis en cause « les ravages » que ferait « l’islamo-gauchisme » à l’université.
Quelques jours plus tard, au Sénat, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal, soutenait quant à elle un amendement de la sénatrice Les Républicains (LR) Laure Darcos, introduisant dans la loi de programmation de la recherche l’idée selon laquelle « les libertés académiques s’exercent dans le respect des valeurs de la République ». Ce texte, qui suscite l’indignation du monde universitaire, a aussi été « enrichi » d’un autre amendement, cette fois-ci glissé par le sénateur centriste Laurent Lafon, qui crée un délit très flou de « trouble à la tranquillité ou [au] bon ordre de l’établissement », lequel pourrait rendre illégales les occupations de facs.
Tous ces dispositifs agrandissent le gouffre qui sépare la société de ses dirigeants. Un gouffre qu’Emmanuel Macron avait promis de combler, mais que ses politiques néolibérales ne pouvaient qu’élargir. Depuis trois ans, affirme Jean-Pierre Mignard, « l’échec des politiques de dialogue et de conciliation » est patent. Et il explique à lui seul les raisons pour lesquelles les propos tenus dans Révolution en 2016 s’apparentent, quatre ans plus tard, à de faux serments. « Le raidissement social et économique est tel que les convictions du premier jour ont éclaté, souffle l’avocat. Bon an, mal an, Emmanuel Macron s’est rallié à l’État sécuritaire. Les libéraux économiques sont les premiers à détruire le libéralisme politique. »
C’est ce que décrivait aussi notre confrère Romaric Godin dans La Guerre sociale en France (La Découverte) : rompant avec les équilibres passés, l’État s’est rangé aux côtés du capital contre le travail, assumant la promotion d’un capitalisme autoritaire pour imposer ses vues. Le néolibéralisme, dans lequel Emmanuel Macron s’est jeté à corps perdu, est porteur en lui-même de dérives autoritaires, qui n’ont cessé de s’accentuer dès lors que le pouvoir a commencé à perdre pied. Très tôt dans le quinquennat, le storytelling mis en place par l’Élysée a donc volé en éclats. La ligne de partage tracée par le président de la République, entre les démocraties « libérales » et les régimes « illibéraux », s’est heurtée à la réalité des politiques mises en place au niveau national.
D’où ce décalage – Jean-Pierre Mignard parle de « schizophrénie française » – entre les discours portés sur la scène internationale, sur la défense des libertés et les dérives d’un « capitalisme devenu fou », et les dispositifs défendus en France. D’où aussi, poursuit l’avocat, cette incompréhension qui s’est installée entre Emmanuel Macron et bon nombre de pays « qui partagent, du moins dans leur Constitution, des valeurs communes aux nôtres », à l’instar des États-Unis. « On ne peut pas dire d’une part que la France est un pays admirable de promotion des libertés et en même temps avoir un texte [celui sur la « sécurité globale » – ndlr] qui est d’inspiration trumpiste », fait-il remarquer.
Et d’insister, en référence aux critiques récemment soulevées par des journaux étrangers comme le Guardian et le New York Times : « La France ne peut pas avoir raison toute seule ! »« Les discours officiels disent : “Le monde nous regarde.” Mais le monde ne nous regarde pas toujours avec les yeux que l’on croit. Il est stupéfait quelquefois de la violence qu’on peut avoir dans nos orientations sociales, nos lois qui apparaissent d’autant plus étranges qu’elles sont contraires aux principes que nous professons. »
Le problème est ancien, comme le soulignait l’ex-garde des Sceaux Robert Badinter le 16 mars 2011, à l’occasion d’une conférence donnée au Conseil de l’Europe sur le thème « La France et la Convention européenne des droits de l’homme ». « Lorsque la France se targue d’être la patrie des droits de l’homme, c’est une figure de style, avait-il affirmé ce jour-là. Elle est la patrie de la déclaration des droits de l’homme, aller plus loin relève de la cécité historique. » Loin de renouer avec l’idéal et les principes dont il continue pourtant à se revendiquer, Emmanuel Macron s’est inscrit à son tour dans cette « schizophrénie française ».
Hormis quelques personnes qui savent pertinemment ce qu’elles font, la plupart des membres de son gouvernement et de sa majorité épousent cette même logique, balayant les nuances et la réflexion au nom de principes républicains vidés de leur substance. Ils prétendent désigner « les vrais journalistes » qui « donnent de la vraie information ». Ils ne comprennent pas pourquoi seul Bernard-Henri Lévy a récemment volé au secours du président de la République. Ils se braquent face à une jeunesse qui ne se résout pas au déni de réalité qu’on aimerait lui imposer. Ils suspendent des libertés fondamentales, comme l’a souligné le chef de file de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, « le sourire aux lèvres ». Et l’air de rien.
A BREST, hier, une très belle manifestation a réuni 1500 opposants à la loi liberticide ce samedi 21 novembre.
L'appel à se rassembler était signé par 15 organisations brestoises: des associations (AFPS, LDH Brest, UEP), des syndicats (CGT Brest, CNT, FO Brest, FSU, SUD-Solidaires29) et des organisations politiques (BNC, EELV, Ensemble, FI, LRDG, PCF, UCL).
Cette proposition de loi, loin de se réduire à la question de la diffusion des images de visages de policiers, montre une LREM et un gouvernement qui se vivent en guerre contre toute une partie de la société française. À ce propos, la question de l’usage des images des caméras individuelles des forces de l’ordre est particulièrement révélatrice. Jusqu’ici ces images ne pouvaient être utilisées que pour la prévention des incidents au cours des interventions, le constat des infractions, la poursuite de leurs auteurs par la collecte de preuves et à la formation. Les députés LREM proposent d’élargir l’usage de ces images à « l’information du public sur les circonstances de l’intervention » des forces de l’ordre, c’est-à-dire à la propagande gouvernementale. Or un tel usage porterait atteinte au bon fonctionnement de la justice en violant le secret de l’instruction. Or le député LREM, rapporteur de la proposition de loi, justifie de manière sidérante cette remise en cause de l’État de droit en déclarant : « Il faut se déniaiser par rapport à toutes les situations. On est en train de perdre la guerre des images sur les réseaux sociaux (…) Il faut lutter à armes égales, nous sommes dans une société moderne, il n’y pas de raison que ceux qui représentent l’autorité de l’État aient un temps de retard. » CQFD, l’État s’affronte à son propre peuple, il est en guerre contre la société.
La loi proposée va jusqu’à permettre aux porteurs de ces caméras individuelles d’accéder aux enregistrements vidéo, ouvrant ainsi la porte à toutes les manipulations puisque les amendements demandant une sécurisation de ces fichiers en étant « unitairement chiffrés, signés et horodatés sur le serveur de stockage » ont été repoussés.
Lors du 1er confinement, la préfecture de Paris avait utilisé des drones hors toute légalité, ce qu’avait condamné et interdit le Conseil d’État. C’est pourquoi la loi de la LREM vise à consacrer l’usage de drones de surveillance quasiment en tous lieux et en toutes circonstances. Tous les amendements visant à interdire l’utilisation de la reconnaissance faciale ou à protéger les domiciles et espaces privatifs de cet espionnage ont été repoussés.
La loi sur la sécurité globale vise en fait à transformer tout l’espace public en espace sécuritaire. Elle prépare le terrain à la mise en réseau des caméras mobiles, des drones, des centaines de milliers de caméras fixes, afin de les coupler avec des systèmes d’intelligence artificielle et de reconnaissances faciales, ouvrant la porte à un fichage généralisé des participants à des manifestations ou à de la répression « préventive » (sic) basée sur l’analyse prédictive des comportements.
C’est pourquoi le PCF soutient la lettre de 66 organisations de défense des droits et libertés, dont ATTAC, la Quadrature du Net, la Ligue des droits de l’homme, les Moutons numériques, le SNJ-CGT, demandant au Parlement de repousser les articles 21, 22 et 24 de cette loi.
Au-delà de la « grande peur » (1) des mouvements sociaux qu’ont le pouvoir et ses députés, il s’agit d’abandonner les concepts de défense nationale et de sûreté des citoyens au profit de celui de sécurité globale incluant un continuum allant des forces armées jusqu’aux sociétés de sécurité privée. Le « modèle » (sic) mis en avant est celui de l’État d’Israël où la majeure partie de la sécurité intérieure est sous-traitée à des milices privées et à des sociétés de sécurité qui sont par ailleurs intégrées dans un même système avec l’armée et la police. Or le concept de « défense nationale » et de « sûreté des citoyens » participe à ce qui fait nation en France, alors que celui de « sécurité globale » divise en fabriquant des « ennemis de l’intérieur » sans permettre, contrairement aux idées reçues, une meilleure coopération entre les services de l’État contre la menace terroriste entre autres. La notion de « sécurité globale » débouche sur une privatisation de la mise en œuvre du droit à la sûreté au profit de grands groupes transnationaux vendeurs de solutions globales de service sécurité à la seule destination de ceux qui pourront se les payer. Avec la « sécurité globale », il ne s’agit pas de protéger les citoyens mais d’une fuite en avant dans le solutionnisme technologique sécuritaire. Il est illusoire de penser que l’on réglera à coups de drones, de caméras, de robots, d’intelligence artificielle les problèmes de sécurité et de dérives maffieuses de pans entiers de notre société. Pense-t-on sérieusement régler avec la seule technologie le fait gravissime que l’économie de la drogue génère dans le 93 un chiffre d’affaires annuel de plus d’un milliard €.
Cette loi affaiblira la cohésion sociale du pays afin de dégager les moyens nécessaires à la privatisation des fonctions régaliennes de défense et de sécurité. Sous couvert de sécurité globale, on renforce les causes de l’insécurité et on porte atteinte aux capacités de résilience de la société que représente l’intervention citoyenne au travers des luttes et mouvements sociaux. On a besoin de voisins solidaires et non de voisins vigilants. À cette loi qui ne ferait qu’enfermer notre pays dans un cercle vicieux où le terrorisme, la délinquance et l’insécurité se nourriraient d’eux-mêmes, le PCF oppose la déclaration du chef de l’État norvégien au lendemain de la tuerie d’Utoya : « Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance. »
Cette loi n’est que la pointe immergée d’un capitalisme de la surveillance : Multiples capteurs au travail comme à domicile avec l’internet des objets, géolocalisation, caméras de surveillance, reconnaissances faciales, fichage biométrique, traçage de notre activité sur le web, méta données…, toute une économie de la surveillance de notre vie est en train de s’installer et de croître. Elle repose sur la captation et l’exploitation économique de nos données personnelles. Exercée par des États comme par des plateformes numériques marchandes, elle permet de nouvelles formes de contrôle social qui se donnent le pouvoir de repérer, de stigmatiser, de rappeler à l’ordre et de sanctionner ce qui ne serait pas dans la norme. Face à cela, le code informatique ne peut être la loi, il faut construire un nouveau système de droits, donner de nouveaux pouvoirs aux citoyen·ne·s de garantir et développer les libertés. Le règlement général de protection des données (RGPD) a été un premier pas dans ce sens mais, face à la puissance du développement du big data et de l’intelligence artificielle, il faut aller bien plus loin en passant de droits individuels à un droit collectif.
Sécurité globale. De l’Assemblée à la rue, la proposition de loi vivement contestée
Alors que les députés ont adopté une version amendée de l’article 24 du projet de loi soutenu par Gérald Darmanin, qui restreint le droit de filmer la police, la mobilisation grandit, à Paris comme en région.
Réussir à faire l’unanimité contre soi, c’est un exploit dont les ministres de l’Intérieur d’Emmanuel Macron semblent goûter. Après les fanfaronnades de Christophe Castaner, c’est Gérald Darmanin qui, par son soutien à la proposition de loi sur la sécurité globale, rassemble contre lui les syndicats et associations de journalistes, profession pourtant peu organisée, les associations et les collectifs de défense des droits humains.
À l’instar de la Défenseuse des droits, Claire Hédon, l’ONU, la Commission nationale consultative des droits de l’homme, les élus de gauche (PCF, FI, EELV). En ligne de mire, l’article 24 du texte déposé par des députés LaREM et du groupe Agir ensemble, qui pourrait coûter de graves ennuis aux auteurs d’images filmées de policiers (45 000 euros d’amende et un an de prison avec sursis). L’article a été voté vendredi à l’Assemblée nationale, par 146 voix contre 24. Ce samedi, à partir de 14 h 30 jusqu’à 17 heures, un rassemblement est prévu place du Trocadéro, à Paris. À Rennes, ce samedi matin, 1 500 personnes se sont rassemblées. D’autres mobilisations ont lieu en régions (1).
Gérald Darmanin, devant une telle bronca, a déjà dû revoir sa copie. Le premier ministre Jean Castex a convoqué d’urgence jeudi, à Matignon, le ministre de l’Intérieur, les présidents de groupe de la majorité (LaREM, Modem et Agir), et les rapporteurs du texte, Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot. Il a été décidé d’apporter quelques modifications à la proposition de loi, via un amendement, pour l’adoucir : l’adjectif « manifestement » a été rajouté. Ainsi, le policier qui arrête un manifestant ou un journaliste en train de filmer, ne pourra le faire que s’il porte « manifestement atteinte à son intégrité physique ou psychique ». Le policier est toujours seul à décider de cette atteinte, ce qui rend l’amendement caduc, estiment les journalistes. Il faudrait aussi qu’il caractérise l’intention de nuire… Le tout, quatre jours après une manifestation de protestation contre ce projet de loi qui a donné lieu à 33 interpellations, et pendant laquelle cinq journalistes ont été bousculés, molestés ou mis en garde à vue simplement pour exercer leur métier.
Les rouages de cette loi sont grippés, et même dans la majorité, cela commence à se dire. À l’Assemblée, le débat a été très tendu. Gérald Darmanin a prononcé ces mots très équivoques : tout en affirmant « la totale conviction du gouvernement de la grande et belle liberté de la presse, liberté d’informer », il ajoute que « si la liberté de la presse peut être attaquée, les policiers et les gendarmes peuvent l’être également ». La liberté de la presse, mais… Ce qui rappelle un sinistre discours beaucoup entendu après l’attentat de 2015 contre Charlie Hebdo.
La gauche s’est levée tout entière contre l’article 24. À droite, le député Eric Diard (Les Républicains), qui soutient la mesure, s’est posé la question de sa « constitutionnalité ». Marine Le Pen a évidemment applaudi des deux mains l’article de loi. Le Modem, allié de la majorité, a réclamé de « supprimer cet article et de se remettre autour d’une table pour résoudre cette équation difficile », selon le député du Finistère Erwan Balanant.
Lors d’une conférence de presse, samedi, au siège de la Ligue des droits de l’homme, à Paris, les collectifs et associations organisatrices de la manifestation de ce 21 novembre se sont inquiétés des dérives liberticides de cette loi dans sa globalité. L’avocat Arié Halimi s’est dit préoccupé, comme les syndicats de magistrats, par un texte qui « tend à changer l’État de droit », puisqu’il est question, dans ces différents articles, de généraliser l’utilisation des drones, pourtant interdite jusqu’alors, ou encore de centraliser les caméras de surveillance piétonnes « alors que bientôt, la reconnaissance faciale sera en place ». « Dans le Code pénal et la loi de 1881 (sur la liberté de la presse - NDLR), il y a déjà des dispositions pour protéger les policiers » qui, de fait, sanctionnent bien plus fort les auteurs de violences, puisque punies de cinq ans de prison, contre un an dans l’article de loi voté hier. L’avocat alerte : « On entend ceux qui tendent à changer la Constitution, le cadre constitutionnel de l’État de droit, en supprimant la liberté d’informer, et après, quelles autres libertés ? » Dominique Pradalié, du Syndicat national des journalistes (SNJ), a de son côté rappelé que 200 journalistes ont été arrêtés, molestés ou empêchés de travailler, d’après un comptage effectué par son syndicat. « On a l’impression que la police est en roue libre, qu’elle fait ce qu’elle veut, quand elle veut et où elle veut, avec les journalistes comme avec les opposants » au gouvernement, a noté la syndicaliste, qui a décompté le vote de « quinze lois sur la sécurité ces dix dernières années ». Elle proteste aussi contre le schéma de maintien de l’ordre adopté le 16 septembre dernier, et qui donne l’obligation aux journalistes de se signaler auprès de la préfecture pour exercer leur métier. « Bonjour la liberté dans notre travail, et la protection des sources », amplifiée par les caméras de surveillance et les drones, s’est insurgée la responsable du SNJ.
Une représentante des réalisateurs et journalistes indépendants a cité Albert Londres : « Notre métier n’est pas de faire plaisir » ( « mais de porter la plume dans la plaie », citation complète). « Faire de l’image aujourd’hui, c’est de la transmission du réel. Si, demain, on nous interdit de filmer, cela interdit de transmettre toutes les exactions commises », a expliqué la journaliste. Des représentants de la société des réalisateurs de films se sont émus de cette remontée du réel, « des quartiers populaires, des campements de réfugiés, de chaque recoin de la République », et trouvent effarants ces dispositions liberticides « dans le pays qui a inventé le cinéma ». Pablo Aiquel, pour le SNJ-CGT, s’est aussi inquiété du signal donné au monde : « Selon quelle légitimité va-t-on demander à la Pologne ou à la Hongrie de respecter l’État de droit ? » Un représentant d’un syndicat de police CGT a expliqué pourquoi son organisation conteste cette loi, qui donne des pouvoirs importants aux polices municipales alors que la police nationale a connu 35 000 suppressions de postes en dix ans.
Par ailleurs, le ministère de l’Intérieur a demandé à rencontrer la coordination des journalistes, lundi après-midi.
Ce samedi 21 novembre 2020, place de la Liberté, ils étaient 1 500 selon les organisateurs, 600 selon la police. | photo OUEST-FRANCE
REPORTAGE. A Brest, succès de la manif « pour la liberté d’informer et de manifester »
Publié le Laurence GUILMO
Contre la loi Sécurité globale, les organisateurs s’attendaient à 300 personnes. Elles étaient plus d’un millier ce samedi 21 novembre 2020 à Brest, dont de nombreux jeunes ! Beaucoup s’inquiètent d’une dérive totalitaire du pouvoir et d’une menace pour la démocratie.
« C’est un succès ! sourit Olivier Cuzon, de la Ligue des droits de l’Homme. On ne s’attendait pas à voir autant de monde, et autant de jeunes. C’est un grand bol d’air démocratique ! » Le collectif d’associations, partis et syndicats à l’origine du rassemblement contre le projet de loi « Sécurité globale » escomptait 300 personnes. Mais, ce samedi 21 novembre 2020, place de la Liberté, ils étaient beaucoup plus nombreux : 1 500 selon les organisateurs, 600 selon la police.
« On ne se laissera pas taire »
« On ne se laissera pas taire », « Pas vu pas pris », « Floutage de gueule »… est-il écrit sur les écriteaux… Après la prise de parole, le rassemblement s’est rapidement transformé en une manifestation improvisée dans les rues du centre-ville. Un cortège improbable en cette période de confinement et de Covid-19.
Mais un défilé bon enfant, emmenée par une irrésistible fanfare Invisible. Des chants de lutte ont résonné. Certains n’ont pas pu résister à quelques pas de danse.
Après la prise de parole, le rassemblement s’est rapidement transformé en une manifestation improvisée dans les rues du centre-ville. | OUEST-FRANCE
Les gestes barrières n’ont pas tous été respectés et les masques ne sont pas restés sur tous les visages… Mais la musique adoucit les mœurs et l’esprit est resté pacifique.
Policiers à distance
Même en passant devant la sous-préfecture ou devant le commissariat. Beaucoup scandaient « tout le monde déteste la police » mais il n’y a pas eu de débordements. La police est restée à distance, ne se montrant pas.
Un seul mot d’ordre : « Liberté ! » La défense de la liberté d’expression et de manifester qui seraient menacées par le projet de loi sur la Sécurité globale – adoptée par les députés vendredi 20 novembre – suscite beaucoup d’inquiétude.
Notamment il y a l’article 24 qui pénaliserait le fait de filmer des forces de l’ordre avec une intention malveillante, ce qui paraît « flou » aux manifestants. | OUEST-FRANCE
Notamment il y a l’article 24 qui pénaliserait le fait de filmer des forces de l’ordre avec une intention malveillante, qui paraît « flou » aux manifestants. Même l’amendement du gouvernement qui doit garantir la liberté de la presse, ne convainc pas.
« Le seul effet d’une telle disposition sera d’accroître le sentiment d’impunité des policiers violents et ainsi, de multiplier les violences commises illégalement contre les manifestants », estime la Ligue des droits de l’Homme.
Le fait que des drones puissent à l’avenir identifier les manifestants ne séduit pas non plus.
« Menaces pour la démocratie »
« On a cette chance de vivre dans un pays où les gens peuvent encore manifester librement et les journalistes, faire leur travail d’informer. Avec cette loi, ça ne sera plus possible, assure Gurvan, 25 ans, diplômé en école de commerce, au chômage. C’est une menace pour la démocratie. Les gens auront peur d’aller manifester ».
Pour Gurvan, « C’est une menace pour la démocratie. Les gens auront peur d’aller manifester ». | OUEST-FRANCE
« On est inquiets. On craint une dérive totalitaire comme en Hongrie ou en Chine, avec une surveillance de masse de citoyens », expliquent Valentin et Manuel, 28 ans. « Avec l’épidémie de Covid et le terrorisme, les libertés fondamentales sont restreintes, ajoute Clarisse, 28 ans. On a peur que ces mesures d’exception deviennent la règle. »
Dans le climat délétère actuel, les amalgames et les attaques qui visent les progressistes et les militants de gauche minent la République.
Un peu plus d’un mois après l’assassinat de Samuel Paty, notre pays est toujours sous le coup de l’émotion. Un hussard de la République a été décapité froidement pour avoir simplement fait son métier. Trop peu l’ont dit, c’est l’école, berceau de notre République, qui façonne les citoyens de demain qui a été attaquée.
Les appels à l’unité nationale n’ont pas survécu à la journée de deuil, tant les envies d’en découdre de Manuel Valls, Bernard Cazeneuve ou de Jean-Michel Blanquer étaient fortes. Les mêmes qui défilent avec l’extrême droite en Espagne passent des contrats avec des pays comme le Qatar ou priorisant les financements des écoles privées, hors du cadre de la République. De véritables tartuffes de la laïcité.
« Ce qui alimente le fanatisme, c’est la simplification, la généralisation et l’inculture », écrivait l’Église protestante unie, le dimanche 25 octobre. Ce qui alimente l’extrême droite est la même simplification, la même généralisation et la même inculture car, comme le fanatisme, elle se repaît du déficit démocratique, fait son lit sur la régression sociale et la peur de l’altérité.
Le mot « collabos » peint un week-end d’octobre sur la coupole de la place du Colonel-Fabien nous remplit d’effroi et nous glace. Il en va plus que d’un simple acte de vandalisme. Quand des fascistes se mettent à accuser de collaboration les communistes et s’attribuent les apparats de la résistance tandis qu’ils renvoient au « parti des fusillés » ceux du bourreau, on peut légitimement s’interroger sur l’état du débat public et démocratique.
Des appels à retirer le voile en mémoire de Samuel Paty au désir de vengeance exprimé sur les plateaux de télévision, en passant par la réouverture du bagne et l’interdiction des rayons halal, cette inscription est le point culminant de quinze jours de climat nauséabond où l’extrême droite et la droite, appuyée des ministres en service commandé, ont réussi le tour de force d’accuser les mouvements progressistes d’être responsables de la mort de Samuel Paty. Comme si le camp des progressistes était complice des crimes commis au nom de l’islam !
Le mot « islamo-gauchisme » n’est rien d’autre qu’un étendard utilisé par l’extrême droite pour cacher ses propres turpitudes. On a beaucoup parlé de la manifestation contre l’islamophobie, mais très peu des liens entre le Rassemblement national et les milieux terroristes islamistes. Combien d’éditorialistes ont fait leur une sur le rôle joué par un cadre du FN au sein de la cimenterie Lafarge pour négocier avec Daech afin de permettre à l’activité économique de continuer ? Qui a parlé de Claude Hermet, ex-membre du service d’ordre du FN, qui a fourni les armes au terroriste de l’Hyper Cacher ? L’extrême droite tue en France, comme en Europe, et dans le monde. Selon une note publiée par la direction exécutive du Comité contre le terrorisme des Nations unies, les recherches montrent qu’il y a eu une augmentation de 320 % des attaques menées par des individus affiliés à des mouvements et idéologies d’extrême droite au cours des cinq dernières années. Nous n’avons pas souvenir d’un seul article de presse à ce sujet.
Le brouillage des repères et la perte de sens sont aussi au cœur du débat qui grandit sur la laïcité et nous refusons la manière dont il est instruit sous forme de procès à charge et criminalisations de personnalités de gauche et militants des droits de l’homme. L’assassinat odieux de Samuel Paty est le fait d’un terroriste djihadiste dont l’objectif était de faire taire une voix de l’émancipation, tomber un homme amoureux de la connaissance, héritier des Lumières comme de tous ceux qui ont œuvré à faire grandir la conscience humaine.
Être à la hauteur de la situation après une telle barbarie implique de se donner pour objectif de faire reculer le fascisme sous toutes ses formes, mais également le terreau de son idéologie. Il implique de regarder en face notre société et ses maux, s’attaquer à leurs racines, changer de priorités quand celles choisies depuis des décennies ont fait la preuve de leur impuissance à refonder le vivre-ensemble.
Plutôt que traquer des « islamo-gauchistes » dans les universités, nous préférerions que Jean-Michel Blanquer s’attaque aux discriminations et aux ruptures d’égalité qui minent les quartiers et l’école laïque. Il devrait relire les mots écrits par Jean Jaurès dans la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur où le fondateur de l’Humanité appelle à « créer autour de l’école et de ses maîtres une atmosphère républicaine, une sorte de grande amitié nationale, et il faut doter l’enseignement laïque d’un outillage si perfectionné que la concurrence des écoles cléricales ne puisse se soutenir ». Des mots d’une étonnante justesse et toujours d’actualité.
De même, plutôt que jouer les censeurs et les bien-pensants de la gauche, nous préférerions voir Bernard Cazeneuve et Manuel Valls s’inquiéter de l’omniprésence de la fachosphère dans les médias et de la manière dont elle contamine le débat public, à commencer par imposer ses thèmes.
L’inquiétude est grande, et nous devons collectivement prendre la mesure de la situation. Le danger de l’extrême droite dans ce pays, véritable vecteur de séparatisme pour reprendre leurs mots, est plus que jamais présent. Idéologiquement, électoralement, socialement, l’extrême droite impose son agenda politique et ses thèmes.
Depuis un mois, les attaques contre les mosquées se multiplient et les pompiers pyromanes, fauteurs de haine, continuent de souffler sur des braises incandescentes. Cela peut très mal finir. La République est aujourd’hui sur un fil, et, chaque jour, notre État de droit recule un peu plus sous les coups de boutoir d’un pouvoir toujours plus liberticide. Encore récemment, nous avons appris avec horreur que le maire de L’Île-Saint-Denis a vu la porte de sa maison couverte de croix gammées…
Face à ce récit de haine qu’on tente de nous imposer, nous tenons à réaffirmer que nous ne pouvons rester spectateurs, au risque de voir les derniers idéaux de la révolution des Lumières partir en lambeaux. N’ayons pas honte d’être de gauche, d’être des progressistes, des internationalistes. Combattre l’extrême droite, c’est assumer ses valeurs dans un combat frontal pour déconstruire ses thèses réactionnaires et les mensonges qui truffent ses discours. Combattre ne suffit pas, il faut aussi offrir un horizon émancipateur. C’est par la perspective de nouveaux jours heureux que nous ferons reculer le fascisme sous toutes ses formes.
En créant l’Observatoire national contre l’extrême droite, le 12 octobre, nous avons souligné l’urgence à développer un outil permettant de mener une bataille d’idées d’ampleur pour sortir des slogans et aller vers une déconstruction idéologique et argumentée de son discours. Nous lançons un appel à toutes celles et tous ceux qui veulent mener, à nos côtés, ce travail. Rejoignez-nous ! Il y a urgence.
La banque néerlandaise Rabobank vient de publier le classement des 20 plus grandes entreprises de collecte et de transformation du lait dans le monde. Selon le tableau reproduit par La France Agricole du 6 novembre dernier, trois de ces firmes dépassent le chiffre d’affaires annuel de 20 milliards de dollars. Cette mondialisation productiviste fait croître le bilan carbone des produits laitiers qui voyagent beaucoup à travers le monde, tout comme les aliments du bétail.
Dans le classement de la Rabobank, la firme suisse Nestlé arrive en tête avec 22,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur un an. On imagine que la collecte laitière dans les vallées de ce petit pays, frontalier avec la France, compte peu dans ce bilan. Le groupe familial français Lactalis arrive en seconde position avec 21 milliards de dollars. Mais on ignore quelle part de ce chiffre est réalisée en France. En revanche, on sait que Lactalis fait souvent l’objet d’accusations pour des pollutions des cours d’eau par des rejets de détergents et autres substances lâchées par ses usines, tuant les poissons et provoquant la colère des pêcheurs, comme celle des militants d’associations environnementales. Dans le classement de la Rabobank, la firme états-unienne Dairy Farmers of America occupe la troisième place du podium avec 20,1 milliards de dollars.
Le second peloton compte 6 groupes industriels dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 10 milliards de dollars. On trouve à sa tête le français Danone avec 18,2 milliards, suivit du groupe chinois Yli avec 13,4 milliards devant la coopérative néozélandaise Fonterra, puis le groupe néerlandais FrieslandCampana, le chinois Mengniu, la firme suédo-danoise Arla Foods. La firme canadienne Saputo ferme la marche avec 11,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. Dix entreprises figurent dans la suite du classement avec un chiffre d’affaires annuel compris entre 6,5 milliards de dollars pour le groupe allemand DMK tandis que Müller, un autre groupe d’outre Rhin, ferme la marche avec 4,9 milliards de dollars. Au milieu de ce tableau on trouve deux groupes coopératifs français qui sont SODIAAL avec 5,7 milliards et Savencia avec 5,6 milliards de dollars. Sur les vingt groupes, dix sont européens dont quatre Français. On en compte trois aux États Unis, deux en Chine, deux au Canada, le Japon, l’Inde et la Nouvelle Zélande venant compléter le tableau avec une firme chacun.
La Chine mondialise sa souveraineté alimentaire
Selon Jean-Marc Chauvet, un expert de l’Institut de l’élevage en France cité par La France Agricole, « la publication de la Rabobank a été abondamment commentée par la presse chinoise, qui y voit le résultat de nombreuses années d’effort du secteur laitier national, qui ferait maintenant partie intégrante de la puissance de la Chine ». Selon cet expert, les firmes chinoises Yili et Menguini « dépendent uniquement du marché chinois et ne sont pas encore devenues des Globals Players ». On sait que la Chine cherche d’abord à assurer sa souveraineté alimentaire, y compris en promouvant des accords de coopération impliquant des capitaux chinois dans des firmes de l’industrie laitière d’autres pays. Ce fut le cas avec le groupe coopératif SODIAAL pour la construction d’une tour de séchage pour produire du lait infantile en poudre à Carhaix dans le Finistère. Mais quand l’usine fut enfin en bon état de fonctionnement après de longs tâtonnements, l’investisseur chinois Synutra se retira de Carhaix. Entre-temps, la Chine avait vu que la poudre produite en Nouvelle Zélande avait un prix de revient plus intéressant que celle produite en Bretagne.
Concurrence mondiale et baisse des marges
L’étude de la Rabobank évoque déjà le palmarès qu’elle produira l’an prochain dans le classement des grandes firmes laitières. De son côté, Jean-Marc Chauvet écrit que « les industriels risquent de voir leurs marges baisser, à moins qu’ils misent sur le marché intérieur en s’adaptant aux nouveaux modes de consommation ». Mais on ne parle jamais de la rémunération des producteurs de matière première que sont les hommes et les femmes qui doivent nourrir les vaches tous les jours de l’année et les traire deux fois par jour. Et pour cause, les éleveurs dont certains, en France, se qualifient eux-mêmes de producteurs de « minerai », ne perçoivent souvent que 320 à 330 € pour 1 000 litres de lait en 2020 contre une moyenne de 370 € en 2013-2014, avant la sortie des quotas laitiers en Europe.
En France toujours, les grandes entreprises de collecte que sont Lactalis et SODIAAL figurent parmi ces mauvais payeurs. Avant comme après la sortie des quotas laitiers, les producteurs les plus correctement rémunérés demeurent ceux de la filière du comté qui livrent de nombreuses petites coopératives, lesquelles rayonnent souvent sur un seul canton. Le prix des 1 000 litres de lait a été supérieur à 550 € en 2019 et il devrait en être de même en 2020 malgré la crise sanitaire. Il faut 10 000 litres de lait pour produire une tonne de comté et la filière en produit 60 000 tonnes par an, dont 90 % sont vendues en France. Les « fruitières » du Jura et du Doubs limitent délibérément les volumes de production à la demande des responsables de la filière. Les durées d’affinage peuvent s’étaler sur 6 à 36 mois. Cela permet d’adapter l’offre à la demande, sans avoir à subir le chantage des grandes surfaces qui font toujours baisser les cours dès que l’offre devient excédentaire. De même, produire un peu de crème et de lait écrémé peut contribuer à cette régulation certains moments de l’année.
Une production fromagère à faible bilan carbone
Dans la filière du comté, les vaches de race Montbéliarde et Pie rouge de l’Est ont été choisies en raison de la qualité de leur lait, riche en protéines. Le maïs ensilé et les autres aliments fermentés sont interdits par le cahier des charges au profit de l’herbe et du foin tandis que les apports de concentrés comme les tourteaux de soja sont limités dans la ration quotidienne des vaches. Tout cela débouche sur un fromage savoureux et de qualité constante, dont chaque consommateur peu choisir la durée d’affinage en fonction de ses goûts au moment de faire ses courses.
Comme les prairies stockent du carbone et que les associations de graminées et de légumineuses permettent de réduire les apports d’engrais azotés, la production de lait à comté est, de loin, la plus écologique de France. À la belle saison, les vaches sont au pré et ne rentrent que pour la traite le matin et le soir. On garde ainsi des fermes familiales à taille humaine, loin des grandes structures de type industriel où les bêtes ne sortent plus de la stabulation. Voilà ce que permet le respect du cahier des charges de la filière du comté.
On ne trouve pas cette préoccupation chez Lactalis. On se souvient que cette firme, en plein accord avec les enseignes de grande distribution, tenta voilà quelques années d’interdire en Normandie les camemberts et autres fromages au lait cru au profit de ceux issus du lait pasteurisé. Les produits traditionnels ne durent leur sauvetage qu’à la résistance des petits fromagers soucieux de préserver le savoir-faire des terroirs.
La coopérative bretonne Triskalia épinglée par France 5
On ne trouve pas non plus cette préoccupation chez Triskalia, un groupe coopératif né en 2010 de la fusion de trois coopératives dont Coopagri Bretagne. Triskalia vend des engrais, du matériel agricole et des aliments du bétail. La coopérative collecte aussi du lait et d’autres produits agricoles. Hier soir, dans un documentaire diffusé par France 5 sur la prolifération des algues vertes sur le littoral breton, un producteur de lait a expliqué comment ses vaches laitières avaient été rendues malades par des aliments composés vendus par Triskalia, lesquels ont aussi provoqué des avortements. Ces aliments, contenaient six antibiotiques destinés aux lapins d’élevage mais inadaptés pour les ruminants. Il a fallu que Christophe Thomas, producteur de lait à Moustéru près de Guingamp, fasse analyser les aliments pour découvrir la cause du mal. Sollicités par les enquêteurs de France 5, les dirigeants de Triskalia n’ont pas donné suite. Mais ils ont indiqué dans un bref communiqué que la maladie des vaches de Christophe Thomas était imputable à « une dysfonctionnement ponctuel lors de la livraison à l’agriculteur ».
En Bretagne, on élève 57 % des porcs français, on produit 40 % des œufs de poule et 30 % des poulets de chair à quoi s’ajoute environ 20 % de la production du lait de vache sans oublier les troupeaux de bovins allaitants sur 7 % du territoire national. Du coup, l’alimentation granivore des porcs et des volailles vient d’ailleurs, de même que les tourteaux de soja pour les vaches laitières. Parallèlement, les gros volumes de lisier et autres effluents d’élevage ne peuvent pas être recyclés sans polluer les cours d’eau chargés de nitrates. D’où la prolifération des algues vertes.
Ainsi, même sans figurer dans le top 20 de la Rabobank, les entreprises laitières bretonnes ne portent pas les mêmes valeurs que les « fruitières » de Franche-Comté.
Les 100 milliards d’euros promis par le gouvernement devraient d’abord profiter aux grandes entreprises, confirme une évaluation réalisée par deux centres de recherche. EXPLICATIONS.
Les critiques fusent contre le plan de relance. Ce lundi, c’était au tour des économistes de l’Institut des politiques publiques (IPP) et du Cepremap (Centre pour la recherche économique et ses applications) de s’interroger sur la pertinence des 100 milliards d’euros sur trois ans débloqués par le gouvernement pour faire face à la crise. Avec, comme cible, la baisse des impôts de production (dont 10 milliards d’euros dès 2021) à laquelle s’ajoute la poursuite de la baisse de l’impôt sur les sociétés.
Car la ristourne fiscale profiterait essentiellement aux grandes entreprises, notamment industrielles, en laissant de côté « ceux qui ont le plus pâti de la crise du Covid-19 » et qui « ne bénéficieront pas particulièrement de ce plan ». À l’inverse des aides d’urgence – comprenant les mesures de chômage partiel, prêts garantis, exonérations et reports de cotisations – qui ont « permis d’amortir le choc », en ciblant les entreprises « dont l’activité avait le plus baissé ainsi que celles en plus grande vulnérabilité financière », assurent les économistes. Des mesures qui ont également « aidé des entreprises petites, peu capitalistiques et peu productives d’avant-crise », notent-ils.
L’investissement public, clé de la relance
Ainsi, l’effet sur la croissance d’une baisse des impôts de production, estimé par Bercy à 0,5 point de PIB, serait « très optimiste ». Les économistes s’interrogent également sur le poids de l’investissement public dans ce budget de relance (un tiers du budget contre les deux tiers pour la baisse de la fiscalité). Dans un tel contexte d’incertitude, l’investissement public est, pour eux, la clé de la relance, surtout à long terme, avec un multiplicateur potentiellement supérieur à 2, explique de son côté l’économiste du Cepremap.
Un plan d’autant plus discutable que le retour du confinement rend les perspectives de reprise très incertaines et que le financement de cette mesure n’est pas abordé dans le budget 2021. Selon leurs estimations, ce deuxième confinement devrait entraîner une perte d’activité comprise entre 10 et 20 % par rapport à la normale en novembre. Ce qui représente environ un tiers à deux tiers du choc constaté au printemps dernier. Si ce deuxième coup d’arrêt de l’activité semble moins fort qu’en mars-avril, en revanche, l’effet sur le secteur productif pourrait être « sensiblement aggravé », notamment dans les branches particulièrement touchées. Ainsi, la croissance pour 2020 plongera au mieux à - 8,6 %, au pire à - 11 %. « L’incertitude de ce deuxième confinement est donc de l’ordre de 2,4 % du PIB », soit quelque 50 milliards d’euros.
Des inégalités de revenus amplifiées
Côté ménages, les économistes relèvent que malgré les mesures, l’effet de la crise a amplifié les inégalités de revenus. Même si, « d’une façon générale, nos connaissances de l’impact sur les inégalités de la crise restent encore très incomplètes », notamment sur les pertes d’emploi et le non-emploi des nouveaux entrants, les économistes relèvent que « les actifs des ménages les plus modestes exercent en moyenne une activité dans des secteurs plus durement touchés ». Ce sont également ceux dont la possibilité de télétravailler est la moins élevée et dont les contrats (contrat court, intérim) sont les moins protecteurs.
Les aides exceptionnelles aux bénéficiaires d’aides sociales et l’allocation de rentrée scolaire – qui ont atteint 173 euros pour les 20 % de ménages les plus modestes – ont permis de compenser en partie leurs baisses de revenus, note l’étude. À l’inverse, les plus aisés, « moins touchés par l’activité partielle », ont eu de « moindres pertes de revenus ».
Une haletante course de vitesse est engagée sur l’ensemble de la planète entre un virus tueur et la recherche de traitements et vaccins. 1 250 000 vies ont déjà été volées par le Covid-19 alors qu’une troisième vague est envisagée avec fatalité. Dans un contexte aussi anxiogène, l’annonce de la découverte d’un vaccin a soulevé un vent d’espoir. L’Organisation mondiale de la santé vient, de son côté, de préciser que 48 vaccins sont en phase d’essai clinique. L’espoir se situe à hauteur du drame qui se noue chaque jour, avec ses terribles conséquences sanitaires, sociales, économiques, psychologiques, culturelles et civilisationnelles.
Les étapes sont cependant loin d’être franchies avant que ces traitements ne puissent être mis à disposition de tous. Les protocoles médicaux doivent être scrupuleusement respectés et des doutes persistent sur leur production et distribution. Malheureusement, ce sont une nouvelle fois des groupes privés – bénéficiant pourtant de substantielles aides publiques – qui mènent la danse dans le cadre d’une guerre économique sans merci, espérant en tirer de colossaux profits et accumuler du capital. Ainsi ces jours derniers, la firme nord-américaine Pfizer, associée à un laboratoire allemand, a annoncé un vaccin utilisant des techniques biomédicales nouvelles. Par parenthèse, bravo l’Europe unie de la santé !
Cette simple annonce a suffi pour enflammer les Bourses mondiales. Le capitalisme a ce pouvoir de faire gagner, sur une simple information, beaucoup d’argent à ses maîtres qui espèrent, une fois le vaccin inoculé, pouvoir reprendre les affaires dans les conditions antérieures à la crise sanitaire. Avec les mêmes excès, le même égoïsme, la même violence augmentée de l’effondrement du tissu économique des petites et moyennes entreprises et du pouvoir acquis par les plateformes numériques.
Une nouvelle fois, les progrès médicaux, fruits du travail de scientifiques, financés pour partie avec de l’argent public et rehaussant considérablement les capacités humaines, fructifient le capital alors qu’ils pourraient être le moyen de diminuer les coûts de production au service de l’intérêt général.
Toute personne raisonnable devrait pourtant retenir de l’épreuve que nous vivons que la santé n’a pas vocation à être laissée aux seules multinationales. Une action forte devrait être lancée pour que les vaccins sécurisés deviennent des biens communs et universels.
L’Organisation mondiale de la santé a lancé une initiative baptisée Covax pour centraliser la recherche sur le Covid-19 et assurer la distribution équitable des vaccins sur l’ensemble de la planète. Elle réunit États, acteurs publics et privés. 184 pays, dont la Chine, ont décidé de s’y engager. Les États-Unis devraient désormais les rejoindre. L’Union européenne (UE) a décidé d’y recourir en finançant le dispositif à hauteur de 500 millions. C’est trop peu et les pays européens se grandiraient à hausser leur contribution.
Au-delà, il apparaît aberrant que la recherche vaccinale soit laissée à la discrétion des seuls laboratoires privés cotés en Bourse. La France, qui a bâti son savoir scientifique sur la force du service public, devrait tendre vers un grand service public coopératif de la recherche et de la santé incluant des « nationalisations » d’un type nouveau. Et pourquoi ne pas proposer à d’autres pays européens de le construire ensemble ? Voici un sujet de réflexion pour le commissaire à la Planification ! Par contre l’UE finance actuellement de grandes firmes pharmaceutiques pour une valeur de 2,1 milliards d’euros dans l’opacité la plus totale. On ne connaît pas le prix de la dose de vaccin qui serait mis à disposition, ni qui aura la propriété intellectuelle des brevets, ni qui serait responsable d’effets secondaires, si, par malheur, il y en avait.
Si un mouvement populaire mondial obtenait que ce vaccin soit considéré bien commun de l’humanité, par conséquent gratuit, une nouvelle ère pourrait s’ouvrir sur des bases de partage et de fraternité.
Bernard Cazeneuve, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, se plaignait que les GAFA en savaient plus sur chaque Français que ses services, oubliant ainsi que le problème venait du pouvoir acquis grâce à la collecte de masse et à la centralisation de données et métadonnées personnelles et non à la qualité des propriétaires de ce pouvoir. Aujourd’hui, avec sa proposition de loi sur la « sécurité globale », le groupe LREM de l’Assemblée nationale est en train de réaliser une partie du rêve de Cazeneuve.
Cette proposition de loi, loin de se réduire à la question de la diffusion des images de visages de policiers, montre une LREM et un gouvernement qui se vivent en guerre contre toute une partie de la société française. À ce propos, la question de l’usage des images des caméras individuelles des forces de l’ordre est particulièrement révélatrice. Jusqu’ici ces images ne pouvaient être utilisées que pour la prévention des incidents au cours des interventions, le constat des infractions, la poursuite de leurs auteurs par la collecte de preuves et à la formation. Les députés LREM proposent d’élargir l’usage de ces images à « l’information du public sur les circonstances de l’intervention » des forces de l’ordre, c’est-à-dire à la propagande gouvernementale. Or un tel usage porterait atteinte au bon fonctionnement de la justice en violant le secret de l’instruction. Or le député LREM, rapporteur de la proposition de loi, justifie de manière sidérante cette remise en cause de l’État de droit en déclarant : « Il faut se déniaiser par rapport à toutes les situations. On est en train de perdre la guerre des images sur les réseaux sociaux (…) Il faut lutter à armes égales, nous sommes dans une société moderne, il n’y pas de raison que ceux qui représentent l’autorité de l’État aient un temps de retard. » CQFD, l’État s’affronte à son propre peuple, il est en guerre contre la société.
La loi proposée va jusqu’à permettre aux porteurs de ces caméras individuelles d’accéder aux enregistrements vidéo, ouvrant ainsi la porte à toutes les manipulations puisque les amendements demandant une sécurisation de ces fichiers en étant « unitairement chiffrés, signés et horodatés sur le serveur de stockage » ont été repoussés.
Lors du 1er confinement, la préfecture de Paris avait utilisé des drones hors toute légalité, ce qu’avait condamné et interdit le Conseil d’État. C’est pourquoi la loi de la LREM vise à consacrer l’usage de drones de surveillance quasiment en tous lieux et en toutes circonstances. Tous les amendements visant à interdire l’utilisation de la reconnaissance faciale ou à protéger les domiciles et espaces privatifs de cet espionnage ont été repoussés.
La loi sur la sécurité globale vise en fait à transformer tout l’espace public en espace sécuritaire. Elle prépare le terrain à la mise en réseau des caméras mobiles, des drones, des centaines de milliers de caméras fixes, afin de les coupler avec des systèmes d’intelligence artificielle et de reconnaissances faciales, ouvrant la porte à un fichage généralisé des participants à des manifestations ou à de la répression « préventive » (sic) basée sur l’analyse prédictive des comportements.
C’est pourquoi le PCF soutient la lettre de 66 organisations de défense des droits et libertés, dont ATTAC, la Quadrature du Net, la Ligue des droits de l’homme, les Moutons numériques, le SNJ-CGT, demandant au Parlement de repousser les articles 21, 22 et 24 de cette loi.
Au-delà de la « grande peur » (1) des mouvements sociaux qu’ont le pouvoir et ses députés, il s’agit d’abandonner les concepts de défense nationale et de sûreté des citoyens au profit de celui de sécurité globale incluant un continuum allant des forces armées jusqu’aux sociétés de sécurité privée. Le « modèle » (sic) mis en avant est celui de l’État d’Israël où la majeure partie de la sécurité intérieure est sous-traitée à des milices privées et à des sociétés de sécurité qui sont par ailleurs intégrées dans un même système avec l’armée et la police. Or le concept de « défense nationale » et de « sûreté des citoyens » participe à ce qui fait nation en France, alors que celui de « sécurité globale » divise en fabriquant des « ennemis de l’intérieur » sans permettre, contrairement aux idées reçues, une meilleure coopération entre les services de l’État contre la menace terroriste entre autres. La notion de « sécurité globale » débouche sur une privatisation de la mise en œuvre du droit à la sûreté au profit de grands groupes transnationaux vendeurs de solutions globales de service sécurité à la seule destination de ceux qui pourront se les payer. Avec la « sécurité globale », il ne s’agit pas de protéger les citoyens mais d’une fuite en avant dans le solutionnisme technologique sécuritaire. Il est illusoire de penser que l’on réglera à coups de drones, de caméras, de robots, d’intelligence artificielle les problèmes de sécurité et de dérives maffieuses de pans entiers de notre société. Pense-t-on sérieusement régler avec la seule technologie le fait gravissime que l’économie de la drogue génère dans le 93 un chiffre d’affaires annuel de plus d’un milliard €.
Cette loi affaiblira la cohésion sociale du pays afin de dégager les moyens nécessaires à la privatisation des fonctions régaliennes de défense et de sécurité. Sous couvert de sécurité globale, on renforce les causes de l’insécurité et on porte atteinte aux capacités de résilience de la société que représente l’intervention citoyenne au travers des luttes et mouvements sociaux. On a besoin de voisins solidaires et non de voisins vigilants. À cette loi qui ne ferait qu’enfermer notre pays dans un cercle vicieux où le terrorisme, la délinquance et l’insécurité se nourriraient d’eux-mêmes, le PCF oppose la déclaration du chef de l’État norvégien au lendemain de la tuerie d’Utoya : « Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance. »
Cette loi n’est que la pointe immergée d’un capitalisme de la surveillance : Multiples capteurs au travail comme à domicile avec l’internet des objets, géolocalisation, caméras de surveillance, reconnaissances faciales, fichage biométrique, traçage de notre activité sur le web, méta données…, toute une économie de la surveillance de notre vie est en train de s’installer et de croître. Elle repose sur la captation et l’exploitation économique de nos données personnelles. Exercée par des États comme par des plateformes numériques marchandes, elle permet de nouvelles formes de contrôle social qui se donnent le pouvoir de repérer, de stigmatiser, de rappeler à l’ordre et de sanctionner ce qui ne serait pas dans la norme. Face à cela, le code informatique ne peut être la loi, il faut construire un nouveau système de droits, donner de nouveaux pouvoirs aux citoyen·ne·s de garantir et développer les libertés. Le règlement général de protection des données (RGPD) a été un premier pas dans ce sens mais, face à la puissance du développement du big data et de l’intelligence artificielle, il faut aller bien plus loin en passant de droits individuels à un droit collectif. µ
Yann Le Pollotec, membre du CN, responsable de la commission Révolution numérique.
La proposition de loi de la Macronie arrive ce mardi 17 novembre à l’Assemblée nationale. L’Humanité décortique 4 points clés de ce projet autoritaire, qui porte atteinte aux libertés. DÉCRYPTAGE.
La proposition de loi sur la « sécurité globale » arrive ce mardi dans l’Hémicycle. Soutenu par le ministre Gérald Darmanin, le texte de LaREM décline en 32 articles les orientations très sécuritaires du gouvernement. Du floutage obligatoire des agents à la surveillance généralisée de l’espace public, en passant par le renforcement de la police municipale, la loi inquiète les organisations de défense des libertés publiques. Car son objectif est simple : restreindre les images de policiers en opération, mais faciliter la diffusion d’images produites par les policiers pour contrôler le récit des événements.
1. Limiter les images de violences policières
L’article 24 de la proposition de loi concentre les tensions. Et pour cause : diffuser sur les réseaux sociaux des images de policiers en opération, dans l’intention de nuire à leur « intégrité physique ou psychique », sera passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. La mesure a immédiatement suscité de vives inquiétudes. Le but du texte, alerte le Syndicat de la magistrature, est « de faire encore reculer le contrôle démocratique sur ce qui se joue, les forces de l’ordre devenant finalement les seules à échapper aux honneurs des caméras ».
Le ministre Gérald Darmanin, lui, ne cesse de répéter qu’ « on pourra toujours filmer des policiers en manifestation. En revanche, il sera impossible de diffuser ces vidéos de manière malveillante, sinon vous serez sanctionné », a-t-il encore affirmé au Parisien dimanche. Il se garde bien de dire que l’obligation de flouter les policiers et la sanction possible en cas de non respect risquent de dissuader les personnes de filmer. D’autant que « l’intention est une notion sujette à interprétation et qu’il est difficile de caractériser, pointe Reporters sans frontières. Toutes les images montrant des policiers identifiables (…) pourraient se voir accusées de chercher à nuire à ces policiers. Pour les journalistes, l’aléa judiciaire est réel, et le risque de condamnation existe ». Sans compter, rappelle le député PCF Stéphane Peu, que « la police républicaine, au service de tous les citoyens, doit être bien identifiée et identifiable ».
Le corapporteur du texte LaREM Jean-Michel Fauvergue ne fait pas mystère de la visée de cette disposition : il s’agit de « reprendre le pouvoir dans la guerre des images ». Pour y parvenir, la proposition de loi entérine l’anonymisation rampante des policiers à l’œuvre depuis des années. Pour faire passer la pilule, l’élu macroniste a introduit en commission un amendement pour que le numéro d’immatriculation individuel (RIO) reste identifiable. Problème : nombreux sont ceux à ne pas respecter l’obligation de le porter. Et reprenant à son compte l’argumentaire des syndicats policiers, Gérald Darmanin défend cette mesure visant à protéger les agents des insultes et autres agressions. Si les menaces à leur encontre ne font aucun doute, aucun chiffre, aucune étude ne permet d’attester que celles-ci ont un lien avec la diffusion d’images sur les réseaux sociaux.
2. Les caméras-piétons, un moyen de communication
Si le texte favorise l’anonymisation des policiers, il propose a contrario une surveillance massive des personnes en temps réel, via les drones ou les caméras-piétons. Sur l’utilisation de ces dernières par les policiers municipaux, une circulaire du ministère de l’Intérieur du 14 mars 2019 prévoit que les agents ne « peuvent avoir accès directement aux enregistrements auxquels ils procèdent ». Désormais, ils auront le droit de regarder les images qu’ils tournent. Même au sein de la majorité, des inquiétudes se font jour. Le député LaREM Sacha Houlié a déposé en commission un amendement visant à supprimer cette disposition, car « la captation en question perdra de sa force probante, la bonne foi de l’agent pouvant être remise en question ». Pour les élus du groupe Libertés et territoires Paul Molac et Jean-Félix Acquaviva, cette mesure pourrait permettre « d’adopter la même version des faits en cas de poursuite et (de) chercher à cacher des manquements de la part des forces de l’ordre ».
Autre point inquiétant : ces mêmes enregistrements pourront être transmis en direct au poste de commandement. « Cette transmission en temps réel est très grave (…) Le centre de commandement pourra informer en direct les agents de terrain sur l’identité des militant.e.s sur les lieux de la manifestation », a estimé la France insoumise dans un amendement rejeté. Enfin, ces enregistrements, jusqu’à présent exploités à des fins judiciaires, serviraient à « l’information du public sur les circonstances de l’intervention ». Cet outil de surveillance se transformerait ainsi en moyen de communication à destination du public, conformément à la stratégie déployée depuis les gilets jaunes par la préfecture de police de Paris sur son compte Twitter. Inquiète, la Défenseure des droits, Claire Hédon, estime dans un avis rendu le 5 novembre que « ces dispositions sont susceptibles de porter atteinte au droit au respect de la vie privée ».
3. La surveillance généralisée de l’espace public
À y regarder de plus près, l’article 22 sur les drones s’inscrit aussi dans cette volonté de renforcer l’appareil répressif. Au nom de la lutte contre l’insécurité, la loi favorise l’élargissement de leur utilisation. Le texte prévoit ainsi un champ d’intervention allant de la lutte antiterroriste à la simple zone de deal, mais aussi à la surveillance des manifestations. Ce qui constitue une arme de dissuasion massive car lourde de conséquences pour les manifestants. « La surveillance par drones permet aussi, plus simplement, de suivre à la trace n’importe quel individu “dérangeant’’ repéré au cours d’une manifestation, afin de diriger les forces aux sols pour le malmener », s’inquiète l’association de défense des libertés numériques la Quadrature du Net. Mais surtout, le texte donne un cadre juridique à l’usage des drones, jusqu’ici mal encadré, après que ceux de la préfecture de police de Paris ont été cloués au sol pendant le confinement par le Conseil d’État. Par ailleurs, de quelles garanties disposent les personnes concernant le respect de leurs données personnelles ? Aucune, alertent la Quadrature du Net et 64 organisations, dont la LDH et le Syndicat des avocats de France, pour qui le déploiement massif de ces drones et des caméras mobiles entraînerait « une capacité de surveillance généralisée de l’espace public ».
4. L’abandon de missions régaliennes
Dernière aggravation inquiétante, le transfert de compétences régaliennes aux policiers municipaux et aux agents de sécurité privée. Les infractions, comme la conduite sans permis, la vente à la sauvette, les squats de hall d’immeuble, les ventes de stupéfiants, l’occupation de bâtiments ou les tags, seront désormais constatées et verbalisées par les agents municipaux, et non par la police nationale. Ce transfert de compétences, outre qu’il fait reposer sur les communes des missions dévolues à l’État, met ces politiques à la merci des arbitrages des maires, ouvrant la porte à une inégalité de traitement. « Chaque maire décide de la doctrine d’emploi du service qu’il a mis en place en fonction des moyens dont dispose sa commune », rappelle Stéphane Peu (PCF), inquiet de voir se renforcer une « sécurité des riches et une sécurité des pauvres ». « Les villes populaires risquent encore d’être les grands perdants », se désole-t-il.
Depuis plusieurs semaines les lycéennes et lycéens se mobilisent aux côtés de leurs enseignants pour demander au gouvernement l’instauration d’un protocole sanitaire strict dans leurs établissements scolaires.
Malgré la crise sanitaire et le confinement, les élèves sont entassés dans des classes trop petites, la taille des selfs ne permet pas de respecter les mesures de distanciations physiques, les salles de classe ne peuvent pas être aérées convenablement étant donné que les fenêtres ne s’ouvrent pas ou peu... À croire que ceux qui ont réalisé le protocole n’ont pas mis les pieds dans un établissement scolaire depuis de nombreuses années. À quoi il faut ajouter la réforme du baccalauréat de Jean-Michel Blanquer. En supprimant le groupe classe, le brassage des élèves est inévitable.
En réponse, les lycéennes et lycéens ont exprimé leurs inquiétudes en se mobilisant par dizaines de milliers dans tout le pays pour interpeller le gouvernement à ce sujet. Ces mobilisations ont été marquées par un usage de la violence à l’encontre des lycéen·ne·s mobilisés.
Depuis les mobilisations contre Parcoursup de 2018, les mobilisations lycéennes sont systématiquement cassées et chargées par les forces de l’ordre. Gaz lacrymogènes, LBD, nasses, intimidation, verbalisation, charge de CRS et même des gardes à vue… sont devenues la triste réalité des manifestations lycéennes. Au lieu de rendre acteurs les lycéennes et lycéens dans la prise de décision, l’exécutif fait le choix de la répression.
Les images parlent plus que les mots. De la vidéo de 150 lycéens à genoux les mains derrière la tête à Mantes-la-Jolie aux images de CRS contrôlant les carnets de liaison des lycéens pour entrer dans leur établissement, en passant par l’image d’un lycéen la tête en sang après avoir reçu un tir de flashball, tout est fait pour casser les mobilisations, dissuader les lycéen·ne·s de se mobiliser. Ces images ne relèvent pas de simples bavures ou d’actes de policiers isolés faisant de l’excès de zèle, mais bien d’une stratégie globale de répression à l’encontre des manifestantes et manifestants.
Nous ne pouvons pas tolérer de telles scènes indignes d’un État de droit, encore plus lorsque cette répression concerne des jeunes, a fortiori lorsqu’ils sont mineurs. Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron fait glisser notre pays vers la pente dangereuse de l’autoritarisme et de la répression.
Il y a quelques semaines, le gouvernement a dit vouloir s’atteler à l’apprentissage de la citoyenneté au sein des établissements scolaires et chérir la liberté d’expression, mais il envoie les CRS lorsque les jeunes expriment des revendications sur leurs conditions d’étude. Les manifestations et toutes formes d’expression collective sont non seulement des libertés individuelles qu’il faut garantir, mais elles font également partie intégrante des droits des citoyens. Lorsque des lycéen·ne·s se mobilisent pour leur avenir, ils font vivre la liberté d’expression et le droit de manifester. Lorsqu’on leur envoie des CRS, la seule chose qu’ils apprennent c’est qu’il est interdit de manifester sous peine d’être blessé ou arrêté.
La réponse à la crise démocratique qui traverse notre pays ne peut être celle du passage en force et de l’autoritarisme. La puissance publique et le gouvernement doivent être soumis au droit et non le contraire. Ainsi, le droit de manifester doit être préservé. Les policiers doivent garantir ce droit et non le détruire.
L’apprentissage de la citoyenneté et de son appartenance à la République se fait par son engagement dans la société. Or, on n’apprend pas à devenir citoyen lorsque des CRS sont envoyés devant nos lycées pour casser les mobilisations qui défendent le droit à la formation et l’égalité. Lorsqu’on réprime les mouvements lycéens qui s’expriment pour l’égalité des territoires, pour la santé publique, c’est la République qui est atteinte. Apprendre à devenir citoyens, c’est également écouter les manifestants lorsqu’ils s’expriment sur l’injustice dont ils sont victimes.
:
Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.