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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 19:13
Coupe du monde au Qatar: la honte!!! - Eric Bocquet, parlementaire communiste
🔴 En 2022 aura lieu la Coupe du Monde de football au Qatar.
Evènement populaire et conviviale par excellence, qui passionne des millions de personnes à travers monde, la prochaine coupe du monde nous laissera à toutes et tous un arrière goût de sang dans la bouche.
➡ Non respects des droits humains, cadences infernales, sous payés, entassés dans des logements vétustes et trop petits, ce sont déjà 6 500 travailleurs étrangers qui sont décédés sur les chantiers du mondial de football et des mondiaux d'athlétisme.
🔴 Eric Bocquet, Sénateur communiste du Nord déclarait en 2019 lors des mondiaux :
"Les forçats qui construisent les stades, eux, touchent 180 euros, travaillent 11 heures par jour, sous les mêmes températures, 6 jours par semaine. Ils meurent d’accidents cardio-vasculaires et d’accidents du travail. Ils sont Indiens ou Népalais, prolétaires sacrifiés sur l’autel du football.
Je n’ai regardé aucune retransmission des épreuves, au-dessus de mes forces, dégouté ! Jamais cette phrase de Marx n’a été illustrée de manière aussi flagrante, le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, et, en l’occurrence, de la nature aussi."
➡ Agissons auprès de la fédération française de football et du gouvernement, nous ne devons pas être complices de ces drames, sciemment organisés.
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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 19:02
Crise du foot : Pour une intervention publique forte (Nicolas Bonnet Ouladj, responsable commission sport du PCF)
Crise du foot : Pour une intervention publique forte

Le 16 février dernier, le gouvernement a reçu une délégation des représentants des clubs professionnels de football qui réclament le soutien de l’État face à une crise financière inédite dans le sport.

Les clubs professionnels demandent à l’État un fonds de solidarité d’urgence, après avoir subi un triple choc : le huis clos réduisant à néant les recettes, le fiasco de médiapro incapable d’honorer les sommes des droits TV négociés dans son contrat et une baisse inexorable du nombre de licenciés dans les clubs amateurs qui n’ont toujours pas repris le chemin des terrains.

La Ligue professionnelle de football estime à plus de 1,5 milliard de perte de recettes et redoute la perspective de dépôt de bilan. Beaucoup de clubs professionnels ont eu recours au chômage partiel, réduit leur masse salariale et renégocié à la baisse les salaires des joueurs professionnels.

Les ministres concernés ont rappelé que les aides de droit commun et les dispositifs de soutien spécifiques ont été mis en place depuis le début de la crise sanitaire : l’accès à l’activité partielle, les prêts garantis par l’État dont le football professionnel a bénéficié à hauteur de 600 M€, mais aussi la compensation de perte de billetterie (dont près de 45 M€ sur 107 au total reviennent au football) ainsi que les exonérations de cotisations sociales. En dehors de l’activité partielle et des PGE, l’aide pour l’année écoulée s’élève à 75 M€ pour le football.

Pas suffisant, estiment les patrons du football qui réclament un prêt garanti par l’État sur huit ans et de nouvelles défiscalisations au titre du « premier spectacle vivant de France » et d’un « patrimoine culturel et économique que l’on ne peut pas laisser partir en fumée » (communiqué de la Ligue professionnelle de football).

Évidemment les amateurs de football peuvent être séduits par leurs arguments. Sauf que les clubs professionnels font appel à l’État sans limite, sans contrepartie et surtout sans se remettre en cause. Une aide de l’État sans contrepartie serait scandaleuse.

Ce sont les clubs eux-mêmes qui se sont mis dans l’impasse en allant vers un statut de société anonyme pour aller vers un modèle entrepreneurial pour une possibilité d’être coté en Bourse. Quant à leurs déficits chroniques, tous les rapports s’y accordent, ils sont principalement dus à l’inflation des salaires et des transferts de joueurs qui sont considérés comme des actifs financiers.

Plusieurs enquêtes démontrent que c’est l’un des marchés les plus dérégulés de la planète, avec une mainmise de la finance et une avancée inquiétante de la corruption et du blanchiment d’argent liées aux paris sportifs. Loin d’être une fatalité, cela résulte de choix politiques. Jusqu’en 1999, les clubs professionnels étaient contraints par des statuts à vocation sportive et liés à la structure associative du club qui détenait au minimum un tiers du capital social. Avec la création d’un statut identique à celui d’une entreprise classique, la société anonyme sportive professionnelle (SASP), la loi a accordé plus de flexibilité aux clubs, l’accès au capital est libre, les dividendes et les indemnités des dirigeants peuvent être versés.

L’objectif est alors de maximiser les profits et d’attirer des investisseurs privés. Dès 2003, les fédérations sportives peuvent céder leurs droits de retransmission télévisuelle aux clubs professionnels qui ont également la possibilité d’être cotés en Bourse depuis 2006. Le rapport d’Éric Besson, « Accroître la compétitivité des clubs de football professionnel français », publié en 2008, décrit un modèle qui souffrirait d’un déficit de compétitivité sportive, d’une part du fait de la faiblesse des actifs immobiliers détenus par les sociétés sportives, d’autre part du fait de la faible participation d’actionnaires à leur capital. Il propose donc « d’aider les clubs à assumer complètement leur mutation vers l’entreprise de spectacle sportif que la compétition économique et sportive exige ». L’objectif est de moderniser les stades pour en faire des lieux dédiés à la rentabilité et de faciliter leur acquisition par les clubs.

Dans la même période, la loi autorise les paris sportifs en ligne et met fin au monopole de la Française des jeux et du PMU. En 2010, la loi sur les agents sportifs autorise les clubs à les rémunérer directement. Les agents deviennent des courtiers et les joueurs ont de moins en moins de prise sur leur carrière. Tous ces choix politiques accompagnent la volonté de certains clubs de se libérer du système fédéral et de la solidarité qui les lie au sport amateur pour se diriger vers un système de ligue privée.

Libérer définitivement ce sport de l’emprise financière nécessite une intervention publique forte, une exigence de démocratie, de transparence et la maîtrise collective des structures d’organisation et de gestion.

Des mesures politiques concrètes doivent être discutées : instaurer des salaires plafond et une échelle des rémunérations, mettre fin au mercato et aux agents maquignons, interdire les paris sportifs, créer une autorité administrative de contrôle de gestion des clubs indépendante des fédérations et des ligues professionnelles. Un club sportif ne devrait plus être géré comme une entreprise, mais comme un organisme relevant d’une mission de service public et répondant à des critères de gestion d’efficacité sociale. Ses acteurs, notamment la structure associative, les éducateurs sportifs et les associations de supporteurs, devraient être au cœur d’un fonctionnement démocratique et citoyen. Pour cela, il faut réviser le statut juridique du club professionnel pour l’inscrire dans une délégation de service public du spectacle sportif, avec ses missions culturelles et sociales.

Enfin, le financement du sport ne peut plus rester dépendant des droits de retransmission télévisuelle, des jeux et des paris sportifs. Il doit reposer sur un autre système, pour lequel toutes les entreprises du pays seraient mises à contribution par des prélèvements obligatoires sur leur valeur ajoutée, comme c’est le cas pour la sécurité sociale ou la formation continue. L’intervention citoyenne et la maîtrise publique nécessitent des moyens que ne permettent pas les sommes consacrées par le ministère des Sports, 0,14 % du budget de l’État ! Menons dès à présent la bataille pour que 1 % du budget national soit consacré au sport : ces 3 milliards d’euros pourraient l’émanciper du marché et répondre aux besoins de développement de toutes les pratiques sportives, dont le financement repose trop sur les familles. 

Nicolas Bonnet, responsable national du collectif Sports et loisirs.

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 06:26

« Nous remercions l’Afrique du Sud et l’Inde pour leur proposition à l’Organisation mondiale du commerce afin que les pays renoncent aux brevets sur les produits médicaux jusqu’à la fin de la pandémie de Covid-19 et nous appelons les autres pays à soutenir cette initiative. » Ce sont les mots employés par le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 4 mars 2021, lors d’une réunion en visioconférence sur le financement des vaccins anti-coronavirus pour l’Afrique.

 

 

En effet, le 2 octobre dernier était déposé par l’Afrique du Sud et l’Inde, à la tête d’une coalition de plus de 100 pays, un texte proposant d’accorder une dérogation temporaire à certaines obligations découlant de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) afin que n’importe quel pays puisse produire les vaccins sans se soucier des brevets. Suite à cette proposition, le 10 mars sera discutée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) la volonté de lever les brevets sur les vaccins anti-Covid.   

Il s’agit aujourd’hui d’une nécessité impérieuse ! En effet, la réponse à la crise sanitaire ne peut être que collective et mondiale et nécessite pour cela de faire passer les vies humaines avant les intérêts de Big pharma. C’est d’ailleurs une idée partagée largement par la population. Dans un sondage fait par Oxfam et la People Vaccine Alliance publié ce weekend dans le JDD, 63 % des Français·es sont favorables à la levée des brevets et au partage des technologies et savoirs sur les vaccins, et 70 % sont favorables à ce que les gouvernements obligent les laboratoires pharmaceutiques à partager leurs connaissances sur les vaccins.

Pourtant, malgré les déclarations de bonnes intentions, l’UE et la France n’ont eu de cesse que de s’opposer à cette proposition depuis des mois.

Faisons des vaccins et des biens anti-pandémiques des biens communs de l’humanité !

C’est dans cette logique que le 30 novembre dernier, nous avons lancé la campagne européenne « Pas de profit sur la pandémie ». Celle-ci, par le biais d’initiative citoyenne européenne (ICE) :    , vise à obtenir 1 million de signatures dans au moins 7 États membres de l’UE pour exiger un changement législatif à la Commission européenne. Depuis novembre dernier, de nombreuses organisations ont rejoint la campagne qui en regroupe aujourd’hui plus de 200 au niveau européen.

Le 11 mars, journée anniversaire de la déclaration de la pandémie par l’OMS, nous appelons à des rassemblements dans toute la France devant les ARS pour demander une égalité d’accès au vaccin pour tous et toutes. Un mot d’ordre : Pas d’argent public sans contrôle public ! Il faut aujourd’hui que la puissance publique qui finance la recherche fondamentale mais aussi largement la recherche appliquée maîtrise en totalité la chaine de production des produits pour répondre aux besoins des populations. C’est en ce sens que nous proposons de créer via le pôle public du médicament des établissements publics qui financent la recherche, la production, la distribution et soient propriétaires des brevets qu’ils déposent !

Il y a urgence à mutualiser toutes les technologies validées, pour développer et répartir la production à l’échelle européenne et à l’échelle mondiale. Concrètement en France, cela doit passer par la réquisition et la socialisation des usines Sanofi pour produire largement le vaccin, et non se limiter au « flaconnage » qui est proposé aujourd’hui. La loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19 du 23 mars 2020 prévoit en effet « la réquisition de tout bien ou service nécessaire à la lutte contre la catastrophe sanitaire ainsi que toute personne nécessaire au fonctionnement de ces services. L’indemnisation de ces réquisitions est régie par le code de la défense. ».

Alors assez de beaux discours, nous voulons des actes ! Faisons du 11 mars un rendez-vous important de notre campagne européenne en signant et faisant signer la pétition et en défendant notre revendication de longue date de création d’un pôle public du médicament à l’échelle nationale, européenne et mondiale pour sortir la santé de la loi du Marché. 

Charlotte Balavoine, co-responsable de la campagne pour le PCF

 

Fabien Roussel s’est rendu à Lyon le 9 mars pour rencontrer le bureau français de l’OMS.

Jeudi 11 mars : 1 an après la déclaration de pandémie liée à la Covid-19, les communistes appellent à se rassembler devant les ARS de France pour demander que le vaccin contre la Covid devienne universel et bien commun de l’humanité.

10 h : Rassemblement devant Bercy à l’initiative de la CGT Sanofi, en présence d’élu·e·s et de militant·e·s communistes.

10 h 30 : Fabien Roussel sera présent devant l’ARS des Hauts-de-France à Lille.

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 06:16

 

Depuis quelques années, Israël est souvent présenté comme un modèle à suivre.
Il en a été ainsi en 2016 avec la lutte contre le terrorisme. La revue en ligne Orient XXI publiait un article sous le titre : Ce « modèle israélien » de lutte contre le terrorisme qui fascine politiciens et médias français, et posait la question : « Comment lutter contre le terrorisme ? En appliquant le modèle israélien, répètent à l’envi certains politiciens et journalistes français. Pourtant, il existe peu de pays où l’on vit depuis aussi longtemps si peu en sécurité qu’en Israël ».

 

 

Le site ELNET qui se présente comme favorisant une meilleure connaissance en France de la réalité historique, culturelle, économique et politique d’Israël vante le modèle : « Israël a depuis longtemps investi dans le cyber-renseignement, en dotant son armée, dès 1952, d’une unité d’élite, l’unité 8200, consacrée au renseignement électromagnétique et au décryptage de codes. Entre autres missions, il s’agit d’abord de parvenir à la connaissance la plus exhaustive possible d’Internet, sa partie visible et invisible, les réseaux d’activistes, leurs lieux de rencontre et d’échange, leur mode de communication. La coordination entre les différentes entités est bien plus nette et efficace qu’en France. Au sein d’Aman (renseignement militaire), une unité est chargée de l’infiltration clandestine et de la manipulation des sources. Mais la majeure partie des opérations est assurée par le Shin Beth (sécurité intérieure), et parfois par le Mossad (renseignement et sécurité extérieure). Dès lors que les cyberterroristes sont localisés, les agents sont déployés et procèdent à leur arrestation. »

Ce n’est pas vraiment le système démocratique auquel nous aspirons ! Liberté, égalité, fraternité, respect des identités différentes, liberté individuelle, droits collectifs garantissant l’égalité entre tous les êtres humains, respect et approfondissement des libertés.

Alors, quand aujourd’hui la vaccination en Israël est montrée en exemple, il y a de quoi s’interroger et se pencher d’un peu plus près sur la réalité.

Un reportage publié sur Arte, le 29 janvier, nous apprend que le rythme des vaccinations est 15 fois plus élevé qu’en France ou en Allemagne, mais note que le contrat avec Pfizer serait deux ou trois plus cher que les autres pays ! En contrepartie, Pfizer dispose d’une étude à grande échelle des résultats.

Le 23 février, le journal suisse Temps.ch indiquait que les Israéliens refusant d’être vaccinés pourraient bientôt voir leurs noms livrés par le ministère de la Santé à leur municipalité ou à d’autres entités gouvernementales. C’est le but du projet de loi accepté mardi en première lecture par le Parlement. Temporaire, la législation a officiellement pour but de localiser plus facilement les personnes éligibles à la piqûre anti-coronavirus, mais les craintes sont vives quant aux dérives. « Ce texte porte atteinte à la sphère privée. Je doute qu’il se transforme en loi tant il suscite d’opposition », réagit Amir Fuchs, analyste à l’Institut d’Israël pour la démocratie. Le ministère de la Santé table sur un autre projet qui fait frémir beaucoup de travailleurs. Il s’agit d’interdire aux employés, notamment de la santé, de l’éducation, des transports publics ou de la sécurité, l’accès à leur lieu de travail s’ils ne sont pas immunisés, guéris, ou s’ils ne se font pas tester tous les deux jours. De quoi aller dans le sens des patrons israéliens.

Une enquête menée récemment a révélé que beaucoup d’entreprises ayant des contacts avec le public ne laissent pas le choix à leurs employés : c’est la vaccination ou la porte.
Cela rappelle le projet de QR, code que le gouvernement voudrait imposer et qui donnerait accès aux lieux de culture, restaurants, cafés, etc.

Quand les enjeux économiques priment sur la santé

La campagne de vaccination a démarré le 19 décembre en Israël. L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) avait appelé le 11 janvier "la communauté internationale" à "exhorter Israël, en tant que puissance occupante, à respecter ses engagements au regard du droit international et à mettre des vaccins à disposition" des Palestiniens.

C’est seulement début février que le gouvernement israélien a décidé la tenue d'une campagne de vaccination pour les travailleurs palestiniens ayant un permis de travail pour Israël et dans les colonies. Pour le reste de la population, seules 2 000 doses sur les 5 000 annoncées par Israël ont été remises.

Alors, si nous devions nous inspirer d’un modèle, NON, mille fois non de ce modèle-là où l’humain est considéré comme une quantité négligeable !

Marie-Hélène Chambrin

Membre de la commission des Relations internationales

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 06:39

 

4eme épisode du Vlog de Fabien Roussel, député du Nord, dans sa circonscription et dans sa ville de Saint-Amand-les-Eaux

 

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 06:27

 

Madame la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion, vous avez relancé hier la concertation pour votre réforme de l’assurance chômage. À l’unanimité, les organisations syndicales la rejettent. Pourtant, vous persistez dans votre obstination à aggraver la précarité des plus fragiles dans notre pays.

Vous annoncez ainsi vouloir faire plus de 1,3 milliard d’euros d’économies sur le dos des demandeurs d’emploi. Oserai-je vous rappeler qu’ils ne sont pas responsables de leur situation ? Depuis des mois, en pleine crise sanitaire, les plans de licenciement se multiplient partout dans notre pays.

Face à cette crise sociale qui s’aggrave, votre réponse consiste à repousser d’un an le bonus-malus pour les entreprises, mais à imposer dès le 1er juillet prochain une baisse de 20 % des indemnités journalières à plus de 830 000 demandeurs d’emploi.

On est finalement bien loin du « en même temps » de 2017 !

Depuis plusieurs mois, la pauvreté s’accroît dans notre pays. Les Restos du cœur, le Secours populaire, le Secours catholique nous alertent quotidiennement : les files d’attente s’allongent devant les distributions alimentaires, semaine après semaine.

La crise sanitaire ne saurait justifier cette réforme.

Madame la ministre, quand renoncerez-vous à votre réforme inique de l’assurance chômage ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE et sur des travées du groupe SER.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion.

Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion. Madame la sénatrice Cukierman, sans surprise, nous ne sommes pas d’accord sur la réforme de l’assurance chômage, mais je ne peux pas laisser dire que le Gouvernement n’agit pas massivement pour lutter contre la précarité.

Je vous rappelle que nous avons prolongé les droits des demandeurs d’emploi depuis le mois de novembre dernier en mobilisant plus de 1,5 milliard d’euros. Nous avons également mis en place une garantie de revenu de 900 euros par mois pour les travailleurs précaires ; cette aide exceptionnelle est elle aussi en vigueur depuis le mois de novembre dernier et nous avons décidé de la prolonger jusqu’à la fin du mois de mai prochain. Ce sont plus de 460 000 demandeurs d’emploi qui bénéficient de cette aide, pour laquelle nous mobilisons 1,2 milliard d’euros.

Je rappelle en outre que, pour lutter contre la précarité, nous utilisons l’activité partielle,…

M. Pascal Savoldelli. Ce sont des acquis sociaux ! (M. Fabien Gay renchérit.)

Mme Élisabeth Borne, ministre. … qui a protégé 9 millions de salariés au plus fort de la crise, et encore 2 millions au mois de janvier dernier.

Pour ce qui est de la réforme de l’assurance chômage, le Gouvernement a pleinement pris en compte le contexte sanitaire, économique et social.

Mme Cathy Apourceau-Poly. C’est une blague ?

Mme Élisabeth Borne, ministre. Nous avons fait de très fortes adaptations pour répondre aux observations des organisations syndicales, notamment avec le maintien du seuil d’ouverture des droits à quatre mois tant que la situation sur le marché du travail n’est pas revenue à la normale.

M. Pascal Savoldelli. Et les cadeaux aux entreprises qui licencient ?

Mme Élisabeth Borne, ministre. Nous avons également mis en place un plancher pour le calcul de l’allocation chômage, afin d’éviter les allocations trop basses.

Vous le voyez, madame la sénatrice : j’ai la conviction que cette réforme assure le meilleur équilibre possible en matière d’assurance chômage dans la période actuelle. (M. François Patriat applaudit. – Exclamations sur les travées du groupe CRCE.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Cécile Cukierman, pour la réplique.

Mme Cécile Cukierman. Madame la ministre, je vous interroge sur la réforme à venir et vous m’expliquez que la cinquième puissance mondiale n’a pas laissé mourir les gens – encore heureux ! – et a mis en place des mesures d’urgence pendant cette crise sanitaire que personne n’a souhaitée.

Oui, au titre de ces mesures d’urgence, nous avons protégé l’activité économique, les femmes et les hommes qui, au quotidien, continuent de travailler. C’est bien normal et ce n’est pas le moment de se dire merci !

Ce que vous proposez, c’est d’aggraver, dès le 1er juillet prochain, la situation de ces femmes et de ces hommes qui aujourd’hui perdent leur emploi.

Madame la ministre, vous avez déclaré, voilà peu, que vous étiez une femme de gauche, attachée à la justice sociale. La réforme que vous proposez n’est pas une réforme de gauche. (Exclamations ironiques sur les travées du groupe Les Républicains.) Une réforme de gauche, c’est tirer les droits vers le haut, pas vers le bas !

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 06:57

 

Maître de conférences en immunologie à l’université de Bourgogne, Françoise Salvadori a récemment travaillé en partenariat avec l’historien des sciences Laurent-Henri Vignaud sur un fonds d’archives inédites concernant les travaux de Pasteur. En a résulté Antivax. La résistance aux vaccins du xviiie siècle à nos joursi, un livre très riche qui a valu à ses auteurs le pris Villemont de l’Académie des sciences.

Entretien réalisé par Thomas Liechti*

 

Progressistes : Vous avez sorti en 2019, avant qu’on puisse encore envisager la pandémie de covid-19 en France et avant les polémiques actuelles, un livre apportant un regard historique sur les mouvements de résistances aux vaccins et leurs arguments au cours du temps, qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?

Françoise Salvadori : En 2015, mon collègue et coauteur, l’historien Laurent-Henri Vignaud, et moi-même avions travaillé sur des archives Pasteur non encore explorées, conservées dans sa maison familiale d’Arbois, dans le Jura ; il s’agissait de cahiers de traduction de publications de ses contemporains, souvent en compétition avec lui, et annotés par Pasteur lui-même. Nous avons été assez surpris d’y voir de nombreuses critiques sur sa nouvelle méthode de vaccination, notamment quand il l’a appliquée à la rage humaine… Mme Pasteur découpait aussi dans la presse les articles critiquant son mari, qui était en particulier la cible des ligues antivivisection.

Comme des doutes sur la vaccination commençaient à s’exprimer de plus en plus, en France comme ailleurs, en particulier depuis l’épisode de la grippe H1N1 en 2008-2009, de plus en plus largement relayés par les réseaux sociaux, l’idée nous est venue d’aller à la recherche des origines de ces opinions et d’étudier leur évolution, leurs différentes formes selon les lieux et les époques. Même si des travaux existaient, en particulier sur les oppositions à l’inoculation variolique au xviiie siècle, cette histoire de l’antivaccinisme n’avait pas fait l’objet d’un livre sur un temps long.

Notre étude nous a permis de montrer que quelques grands types d’oppositions actuels se trouvaient déjà dans la période pré-jennérienne. Rappelons l’origine des pratiques vaccinales : le médecin anglais Edward Jenner avait réussi à la fin duxviiie siècle à protéger contre la variole humaine en injectant un extrait de pustule d’une vache atteinte de vaccine, la variole bovine, peu dangereuse pour l’homme. Depuis au moins un siècle avant lui, on pratiquait déjà, en particulier en Asie et au Moyen-Orient, la variolisation : une injection de pus directement prélevé chez un malade de la variole, ce qui induisait une protection mais au prix de nombreuses infections varioliques

Ces oppositions qui ont donc accompagné l’histoire de la vaccination s’appuient parfois sur des arguments religieux (« providentialistes ») s’observant encore dans quelques courants fondamentalistes ou sectaires de toutes les religions, ou bien sur l’idée que « la nature fait bien les choses » et qu’elle est toujours préférable à l’artifice que représenterait le vaccin ; pour les adeptes des médecines « douces » ou parallèles, présentées comme plus naturelles, ce n’est pas tant le microbe qui occasionne la maladie qu’un déséquilibre de l’ordre naturel des « humeurs » ou des flux énergétiques, favorisé par une mauvaise alimentation ou d’autres facteurs constituant un « terrain » dégradé qu’il suffit de restaurer. On entend aussi chez certains opposants des affirmations pseudo-scientifiques ou fondées sur des théories « alternatives » non validées par la communauté scientifique, ou des revendications plus politiques qui dénoncent les bénéfices des industriels du vaccin et/ou la contrainte de l’État dans les régimes d’obligation vaccinale (vécue comme une entrave à la liberté individuelle).

Progressistes : Dans le contexte de l’apparition des vaccins contre la covid-19, on a pu voir une explosion de méfiance sur les réseaux sociaux et l’apparition de sondages montrant une forte défiance de la population face à la vaccination, notamment beaucoup de questionnements et de fantasmes autour des vaccins à ARN messager, ces méfiances sont-elles légitimes ?

Fr. S. : Elles sont légitimes, je dirais plutôt : elles l’étaient… En particulier quand on a annoncé la mise au point aussi rapide de vaccins – moins d’un an après l’apparition de cette nouvelle maladie, alors que les médias affirmaient depuis quelque temps que plusieurs années seraient nécessaires pour mettre au point un nouveau vaccin. Elles l’étaient aussi vis-à-vis des premiers vaccins ayant obtenu l’autorisation, les vaccins à ARN messager (ARNm), car cette technologie semblait nouvelle pour la population, et que l’ARN, assimilé à l’ADN, ouvre à toutes les craintes et fantasmes autour des OGM et d’une éventuelle « prise de contrôle » de nos cellules par ce vaccin… De fait, il faut un peu de pédagogie. D’une part, les vaccins anticovid ont bénéficié d’énormément de subventions et de précommandes de pays riches, qui ont fait eux aussi des calculs de bénéfices/risques et ont préféré financer la recherche-développement en espérant à terme diminuer les pertes de vies humaines et les pertes économiques liées aux confinements ! Ces financements massifs ont accéléré les recherches, et les spécialistes ne partaient pas de rien : la technologie des vaccins ARNm était au point depuis une quinzaine d’années, même si les applications étaient restées assez confidentielles et limitées au domaine de la cancérologie. D’autre part, des réglementations assouplies ont permis le chevauchement des phases d’essais 1, 2 et 3. Et un autre facteur qui a accéléré la récolte des résultats est justement l’intensité de l’épidémie dans certains pays, car en phase 3 on doit dénombrer les cas de covid pour comparer les groupes de volontaires vaccinés avec ceux qui ont reçu le placebo : plus l’incidence de l’infection est élevée, plus vite on aura des résultats comparatifs. C’est ce qui s’est passé, on a vu assez vite que pratiquement tous les cas, et les cas graves, s’observaient dans le groupe placebo !

Zéro risque n’existe pas en médecine, mais ces vaccins à ARNm semblent très sûrs, on peut le dire de façon assez sereine maintenant que nous avons dans le monde autour de 200 millions de sujets vaccinés, avec un recul de deux mois, et seulement quelques accidents allergiques graves, prévisibles le plus souvent, se déclarant très vite après l’inoculation du vaccin, et que l’on sait prendre en charge. Il n’y a aucun risque que l’ARN modifie l’ADN de nos cellules, car il ne peut pénétrer dans le noyau ni a fortiori s’intégrer à l’ADN ! Quand nous sommes infectés par des virus à ARN (grippe, VIH, virus respiratoires banals…), l’ARN de ces virus ne modifie pas notre patrimoine génétique. C’est la même chose ici ! De plus, cet ARN vaccinal a une durée de vie très courte, il est traduit en protéines de spicule (les petites pointes qui forment la couronne externe du virus, à laquelle il doit son nom) par les ribosomes de la cellule, et ces protéines virales vont stimuler des lymphocytes qui produiront des anticorps contre elles, ainsi que des cellules qui vont constituer la base d’une mémoire immunitaire a priori durable.

Progressistes : Ces méfiances sont-elles nouvelles au regard de l’histoire des mouvements de résistance aux vaccins ou juste réadaptées à ces nouveaux vaccins ?

Fr. S. : Par rapport aux différents types d’arguments plutôt constants dans l’histoire, on va trouver ici une prédominance des opinions défendant la nature face à l’artifice du vaccin : on aimerait croire qu’un régime alimentaire, une hygiène de vie, des médicaments « simples et naturels » sont plus efficaces que les vaccins… La nature serait tellement bien faite qu’elle n’aurait pas pu « créer » ce virus, qui serait donc pour certains une fabrication humaine. Des personnalités très présentes sur Internet prétendent qu’un bon régime alimentaire et quelques vitamines nous sortiraient d’affaire ! Mais on entend aussi beaucoup de discours « alterscientifiques » venant de médecins et scientifiques proposant des molécules « magiques », qui ne donnent pourtant pas de résultats probants dans les différents essais menés selon les normes de la médecine fondée par les preuves (evidence-based medicine) ; certains médecins mettant volontiers en avant la liberté de prescription se sont même organisés en associations, telles la Coordination santé libre ou Laissons les médecins prescrire.

À ce scepticisme s’ajoute la dénonciation des profits des laboratoires pharmaceutiques. (Des soupçons d’enrichissement visaient déjà les médecins inoculateurs dans les salons du xviiie siècle, et se sont renforcés après la création de l’Institut Pasteur, que d’aucuns appelèrent « usine rabique » quand Pasteur lui-même était caricaturé en chimiste-financier.) L’industrie des vaccins très concentrée sur quelques gros laboratoires, les Big Pharma, est actuellement pointée pour avoir bénéficié d’aides massives des États (subventions et précommandes), qui en effet vont aussi profiter aux actionnaires, et pour entretenir une certaine opacité sur les tarifs négociés… Des débats sont ouverts sur une éventuelle levée des brevets sur les vaccins anticovid. Ces contestations plus politiques concernent également la distribution des vaccins : la lenteur du démarrage de la campagne est fortement critiquée par cette moitié des Français très favorables à la vaccination, lenteur qui peut en partie s’expliquer par un choix des autorités de santé qui, justement, ont souhaité rassurer avec un démarrage (excessivement ?) prudent. Les débats vont se renforcer dans un proche avenir au sujet d’un éventuel passeport vaccinal qui donnerait des libertés à ceux qui auraient accepté de se faire vacciner, et qui est parfois jugé discriminant à ce titre.

Progressistes : Pensez-vous que les mouvements antivax soient un symptôme d’une crise plus large de la médecine et/ou de la science en général en France ?

Fr. S. : Des éléments de profil type des sceptiques face aux vaccins contre la covid-19 ont été apportés récemment par les sociologues : jeune, plutôt féminin, avec des opinions politiques éloignées du pouvoir en place, à gauche ou à droite, plutôt populiste (mais sans doute à nuancer). Ce vaccin est vu comme un instrument de mainmise d’un État dont on condamne la politique en général, et la politique sanitaire en particulier.

On note depuis que des études nationales et internationales l’ont mesurée, c’est-à-dire depuis une quinzaine d’années, une forte défiance en France, qui nous a classés plusieurs fois comme les champions du monde de la crainte des vaccins. En France un décrochage assez net s’est observé à la suite de l’épidémie de grippe H1N1, en 2008-2009, mais la confiance avait déjà été érodée lors des cafouillages de communication autour de la vaccination contre l’hépatite B : deux ministres successifs – M. Douste-Blazy en 1994 et M. Kouchner en 1998 – avaient appliqué le principe de précaution dans des directions opposées ! Le premier avait fortement recommandé la vaccination en population générale, et partant des campagnes de vaccination scolaire à grande échelle furent organisées. Les cas de sclérose en plaques semblant en augmentation à cette période, on les relia à ce vaccin, poussant le second ministre à arrêter la vaccination des adolescents à l’école, ce qui bien sûr avait accrédité l’idée qu’il y avait bien un risque… Bien qu’aucune étude épidémiologique n’ait montré de lien causal, cette polémique franco-française n’est pas réellement finie ! Mais l’actuelle défiance se manifeste sur un fond particulier, car les Français n’ont pas oublié qu’on leur a tenu des discours mensongers ou partiels/partials sur le sang contaminé par le VIH, sur l’amiante, sur le Mediator… Et la gestion de l’épidémie de covid, la communication contradictoire sur les masques, les tests… ont montré que cette tendance à ne pas dire la vérité aux citoyens est très lourde dans notre pays.

Cette perte de confiance envers les autorités de santé s’explique donc assez bien ; elle peut renforcer une contestation plus globale des autorités politiques ou du parti au pouvoir, elle peut l’induire aussi. Elle semble actuellement s’étendre aux chercheurs et à la communauté scientifique ; c’est un phénomène plus récent selon les études des sociologues. On peut penser que les arènes médiatiques y ont contribué en donnant trop souvent le même écho à tous les « points de vue » – comme dans l’affaire Raoult –, dans qui pourrait passer pour une quête d’objectivité, en oubliant que le temps de la construction et de la validation des connaissances scientifiques n’est pas celui de l’information en continu.

Progressistes : Est-ce qu’on peut parler d’un affaiblissement, voire d’une rupture, du lien de confiance entre la population française et la science d’un point de vue historique ?

Fr. S. : Comme je l’ai dit, la défiance vis-à-vis des scientifiques a tendance à s’amplifier. La crise sanitaire actuelle n’y est sans doute pas pour rien, mais il faudra encore un peu de recul pour l’affirmer et l’étudier plus rigoureusement. Le fait même que cette épidémie nous atteigne si lourdement, alors que les progrès de la médecine nous ont fait oublier beaucoup de maladies et permis d’en soulager tant d’autres, peut faire douter de ces progrès ! Or on observe cette tendance à la rupture entre les citoyens et la science dans tous les pays développés : quand les gens accèdent à un niveau d’études plus élevé et qu’ils ont accès à des informations à foison, ils se sentent d’autant plus légitimes à affirmer leurs opinions ou leurs croyances sur des sujets scientifiques. Pour eux, les énoncés scientifiques sont des opinions comme les autres : chacun a la sienne et elle vaut celle de son voisin, de son enseignant, de son médecin…

Aux États-Unis des études de psychologues ont montré que plus les citoyens étaient éduqués, plus ils défendaient, par exemple, l’origine naturelle du réchauffement climatique s’ils étaient républicains, et son origine anthropique s’ils étaient démocrates ! L’éducation renforce leur niveau de croyance/confiance dans des influenceurs, le plus souvent recrutés dans leur « bulle », par ces biais de confirmation que les algorithmes d’Internet exploitent à merveille. On voit donc que l’enseignement des sciences est nécessaire, mais pas suffisant à l’ère d’Internet… Je ne pense pas que ce relativisme très contemporain soit typiquement français, mais il semble en progression dans notre pays.

Progressistes : On peut avoir l’impression que la confiance dans la médecine est différente selon les sociétés aujourd'hui. Est-ce que la France est un cas particulier des mouvements antivaccins ?

Fr. S. : La confiance dans les vaccins est différente d’un pays à l’autre, et elle semble faible en France, si toutefois les opinions avancées dans les sondages reflètent les véritables agissements de leurs auteurs… Car dire qu’on ne veut pas du vaccin, c’est aussi dire qu’on est contre Macron, ou pour Raoult, ou contre Sanofi, ou pour les médecines naturelles ! En situation, quand la vaccination sera proposée facilement et gratuitement à chacun, et si la maladie continue de tuer et d’empêcher la vie sociale, il est possible que les actes soient différents des opinions. Les sondages récents, qui plus est dans cette période où la pénurie et la distribution équitable sont au centre de la problématique, semblent le montrer.

Je ne pense pas que les Français soient défiants plus que d’autres vis-à-vis de la médecine, ils sont même parmi les plus gros consommateurs au monde de médicaments antibiotiques ou anxiolytiques ! Les sondages montrent qu’ils gardent une bonne confiance envers leurs médecins, ce qui a d’ailleurs été bien noté par les autorités de santé qui souhaitent s’appuyer sur les médecins généralistes pour accélérer la campagne de vaccination… La défiance isolée en France vis-à-vis de ces médicaments très particuliers que sont les vaccins reflète peut-être aussi une réticence à l’encontre d’une pratique du « pari » (on pense qu’on ne sera pas atteint soi-même, et que le coût de l’assurance est trop cher pour le risque ?), et du pari collectif, car l’efficacité de la vaccination ne peut se mesurer que collectivement. Quand il y a du collectif, il est normal que l’État s’en mêle, et là encore le bât blesse…

*THOMAS LIECHTI est

i. Éditions Vendémiaire, Paris 2019.

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6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 06:46

Cet article est repris du blog "Le travailleur Bigouden", article qui décrit les dangers de la libéralisation de l'énergie.

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oooooo

 

PEREQUATION TARIFAIRE

Deux dangers (entre autres) sont à craindre dans la libéralisation du « marché de l’énergie » ou plutôt dans le démantèlement du service public de l’énergie : la multiplication des fournisseurs (qui ne produisent pas d'électricité) et l’abandon de la péréquation tarifaire.

Le principe de péréquation tarifaire signifie que deux consommateurs ayant le même profil de consommation, avec le même fournisseur et la même offre, se verront facturer le même tarif, quelle que soit leur localisation géographique sur le territoire français.

 

Lien : Loctudy : Vigilance pour la fourniture d'électricité...

 

En voici l’illustration.

 

Facture salée pour un Américain ayant laissé la lumière allumée durant une tempête

Un vétéran américain a dû sacrifier ses économies pour payer sa facture d’électricité, après la tempête hivernale au Texas qui a fait flamber les prix du courant.

Les prix de l’électricité ont explosé au Texas, suite à la tempête hivernale qui a frappé la région, rapporte le New York Times.

Scott Willoughby, un Américain de 63 ans, a ainsi reçu une facture de 16.752 dollars (13.800 euros), soit 70 fois plus que ses dépenses habituelles, après les intempéries à Dallas. Un gouffre financier pour ce vétéran qui vit essentiellement des aides sociales, et qui a dû vider son compte épargne pour régler la note.

En effet, la tempête qui s’est abattue sur le Texas et la vague de froid qui a suivi ont fait au moins 58 morts, mais ont également dévasté le réseau électrique et gelé la production de gaz naturel. Entre pannes du réseau et demande croissante, plusieurs Américains se sont retrouvés sans électricité, alors que d’autres ont été forcés de payer le kilowattheure au prix fort.

André Upshaw, un autre habitant de Dallas, s’est vu facturé 6.700 dollars, alors qu’il paie généralement 80 dollars par mois à cette période de l'année. Il fustige cette hausse soudaine des prix.

«C'est un service public, c'est quelque chose dont vous avez besoin pour vivre. Je n'ai pas l'impression d'avoir utilisé 6.700 dollars d'électricité au cours de la dernière décennie. Ce n’est pas un coût que toute personne censée devrait payer pour cinq jours de service électrique intermittent, utilisé au strict minimum», déclare-t-il au New York Times.

 

Marché non réglementé

Cette flambée des tarifs de l’électricité est due aux intempéries mais également au marché de l’énergie texan, non réglementé, qui permet à chaque consommateur de choisir son fournisseur, parmi près de 220 détaillants, explique le média.

Les principaux foyers touchés étaient d’ailleurs des clients de la compagnie Griddy, qui fournit de l'électricité à des prix de gros, ceux-ci pouvant varier rapidement en fonction de l'offre et de la demande.

Prévoyant une hausse de ces prix de gros, la compagnie avait même encouragé ses clients à changer de fournisseur avec l’arrivée des intempéries, mais tous ne s’y sont pas résolus, poursuit le NYT.

 

Responsabilité des autorités ?

Certains s’interrogent également sur le rôle joué par la Commission des services publics du Texas, qui a relevé le plafond des prix jusqu’à la limite maximale de neuf dollars par kilowattheure.

Selon le quotidien, la manœuvre visait à rétablir l’équilibre du marché, en encourageant les utilisateurs à réduire leur consommation d’électricité et les fournisseurs à en distribuer plus.

Mais la situation s’est éternisée. Dans un communiqué, Griddy accuse ainsi la Commission d’avoir continué à forcer sur les prix, alors que 99% des foyers avaient retrouvé l’électricité, et que la production dépassait les standards minimaux.

Face au tollé provoqué par cette hausse des prix, le gouverneur Greg Abbott a finalement tenu une réunion d’urgence avec les législateur samedi 20 février. Une intervention de l’État pour « réduire le fardeau » de ces factures d’énergie a été discutée, rapporte un communiqué.

Source: https://fr.sputniknews.com/amerique-nord/202102211045253818-facture-salee-pour-un-americain-ayant-laisse-la-lumiere-allumee-durant-une-tempete/

 

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6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 06:26

La ministre de l’Enseignement supérieur veut lancer une enquête sur l’islamo-gauchisme dans les universités pour distinguer « ce qui relève de la recherche et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ». 

 

Derrière la polémique, un projet antirépublicain

 

PIERRE OUZOULIAS, SÉNATEUR COMMUNISTE DES HAUTS-DE-SEINE, CHERCHEUR AU CNRS

Dans la longue histoire de l’enseignement supérieur français, le gouvernement actuel restera, sans doute, celui qui est allé le plus loin dans la réformation néolibérale de l’université. En instaurant la sélection, il a permis aux établissements de choisir leurs étudiants sur des critères que la suppression du baccalauréat rend de plus en plus liés au statut social de leur lycée d’origine. Par l’importance donnée à leur évaluation selon un classement élaboré en Chine, à Shanghai, en fonction des normes des universités anglo-saxonnes, il a poursuivi la politique de constitution d’un marché des savoirs mise en œuvre par Valérie Pécresse, François Fillon étant premier ministre, et continuée par Geneviève Fioraso, pendant le gouvernement Valls. Après quinze années d’une réforme ininterrompue, l’université est de moins en moins un service public et de plus en plus un ensemble dont tous les éléments sont en concurrence les uns, les autres : étudiants, établissements, formations, diplômes, productions scientifiques, etc.

L’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a été l’ouvrière fidèle et zélée de ce projet présidentiel pour l’université. Alors, pourquoi donc, ce programme mis en œuvre en moins de quatre ans, lui lancer maintenant l’anathème en expliquant qu’elle est « gangrenée par l’islamo-gauchisme » ? Certes, l’ouverture de cette polémique par la ministre répond à la stratégie présidentielle de condamner l’extrémisme de ses opposants en utilisant les thèmes de la droite contre la gauche et réciproquement, pour mieux instituer le président-candidat comme le seul choix possible des « personnes raisonnables ». Néanmoins, les mots de cette campagne, savamment préparée et orchestrée, ont été choisis avec soin et dévoilent un autre dessein gouvernemental. La charge a été lancée contre les sciences humaines et, au premier chef, contre la sociologie, dans un champ bien délimité : celui de l’université. Le CNRS en a été écarté puisqu’il lui a été demandé de réaliser « l’enquête ». Par ailleurs, on aurait pu penser que les formations de sociologie dispensées par l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences-Po) auraient partagé l’opprobre qui a frappé son président, mais il n’en fut rien !

En désignant à la vindicte populaire les sciences humaines à l’université, le gouvernement nourrit contre elles une démagogie ancienne qui considère que l’argent public ne doit pas alimenter des disciplines subversives par nature et que l’université doit avant tout transmettre des savoirs directement mobilisables par l’étudiant dans sa future vie professionnelle. La critique politique cache une ambition économique, celle d’une transformation utilitariste de l’université. La directrice générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle le déclarait d’ailleurs, sans fard, le 28 janvier 2021 : il faut « former moins de spécialistes aux têtes d’épingle mais des jeunes plus adaptables ». Mais que les élites se rassurent, leurs progénitures continueront de suivre des enseignements de sociologie pour devenir les « experts qui se destinent à des carrières d’expertise dans les grandes organisations publiques, privées et les ONG », selon la réclame de Sciences-Po.

La polémique apparemment impromptue cache finalement une pensée politique libérale en rupture totale avec l’idéal républicain d’un enseignement au service de toute la nation.

 

On assiste à la panique des majoritaires

 

MARIE-ANNE PAVEAU, PROFESSEURE EN SCIENCES DU LANGAGE, UNIVERSITÉ SORBONNE-PARIS NORMANDIE

Trois semaines après les déclarations de Frédérique Vidal à propos d’une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, ce gros concept typique du discours pamphlétaire semble heureusement sortir du débat par la porte de derrière. Il aura cependant accompli sa mission : installer un conflit, polariser les débats et pénétrer l’opinion publique.

Ce mot parapluie abrite une collection hétéroclite d’éléments, souvent déclinée sous forme de listes. On a pu lire ou entendre, par exemple, « théorie du genre, décolonialisme, racialisme, intersectionnalité » ou « les théories indigénistes et décoloniales, les études de genre, l’écriture inclusive ». Ces énumérations désordonnées montrent que les universitaires brocardant ces notions ne les connaissent pas, associant pêle-mêle options théoriques, perspectives méthodologiques ou objets de recherche parfois déconnectés les uns des autres. Leurs discours présentent d’ailleurs des confusions fréquentes (entre études postcoloniales et décoloniales, par exemple), qui montrent leur ignorance de ces propositions scientifiques : on ne les a jamais entendu parler de colonialité, d’orientalisme, de décentrement, de savoirs situés ou de perspective partielle, le débat se concentrant sur la race, le genre, l’intersectionnalité. Cette incompétence a un sens : quand une professionnelle du savoir ne sait pas de quoi elle parle, cela veut dire qu’il est question d’autre chose.

Et il n’est guère question de savoir, en effet, dans cette flambée d’attaques non étayées, ni sourcées, ni documentées ; ces disqualifications parfois honteuses (certaines sorties contre les doctorantes et leurs sujets de thèse sont indignes de fonctionnaires d’État dont l’éthique est régie par le Code de l’éducation) sont d’une autre nature. Le profil de ces universitaires polémistes a été souvent décrit : enseignantes installées, parfois retraitées, protégées dans leurs institutions, en un mot, majoritaires, au sens qualitatif du terme, c’est-à-dire détenant les postes, tenant les appareils de norme et de pouvoir, ayant un accès facile aux médias. Mais alors, d’où vient cette inquiétude éruptive, ce sentiment d’être menacée par des ennemis en - isme qui viendraient envahir l’université ?

De la panique. Ce qu’on a vu se déployer ces dernières semaines, c’est la panique des majoritaires devant l’entrée des minoritaires dans les sciences humaines et sociales, minoritaires comme chercheuses (notamment héritières de la colonisation et de la traite), mais aussi comme objets de recherche (les catégories de personnes discriminées). Nous vivons actuellement une transformation sociologique et épistémologique de l’université française : de jeunes (et de moins jeunes) chercheuses, dotées d’un capital intellectuel international peu présent chez les majoritaires (travaux latino-américains, indiens, africains, anglais et états-uniens), nous proposent une pensée renouvelée. Elles font sortir la science occidentale de la perspective des dominantes ; elles posent sur le monde un regard autre, à partir d’un point de vue décentré ; elles nous apprennent à penser autrement, à penser ailleurs, à penser mieux. Devant ces ouvertures interprétées comme des gouffres, les majoritaires entrent en panique. Pendant ce temps, les minoritaires lisent, travaillent, pensent, publient. Le savoir est de leur côté. Et il le restera.

(Ce texte est écrit au féminin générique.)

 

Un « maccarthysme à la française »

 

BÉLIGH NABLI, UNIVERSITAIRE, ESSAYISTE, COFONDATEUR DE CHRONIK, DIRECTEUR DE RECHERCHE À L’IRIS

La cristallisation du débat public autour d’un mot est révélatrice de la longue dérive de notre vie démocratique et des maux qui l’affectent en profondeur. Elle atteste l’hystérisation d’un débat public imprégné des mécanismes implacables du discours de la post-vérité et des polémiques aussi violentes que stériles. Celles-ci sont animées par des arguments d’autorité, scientifiquement infondés et autres calculs cyniques motivés par des visées électoralistes. À l’ère du buzz, trop de responsables politiques, de droite et de gauche, se sont définitivement détournés du savoir, des sciences sociales, pour se complaire dans des postures où disqualifier l’autre, c’est exister en soi et pour soi.

Les déclarations de la ministre Frédérique Vidal sur le « spectre islamo-gauchiste » ne sont pas isolées et s’inscrivent plus précisément dans un mouvement de fond, celui d’une défiance exprimée jusqu’au sommet de l’État à l’endroit des libertés académiques. Ainsi, le président Macron avait déjà fustigé les universitaires « coupables » à ses yeux d’avoir « encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon ». Des propos qui entrent en résonance avec ceux tenus par l’un de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy, qui s’interrogeait avec mépris devant des représentants du CNRS sur l’utilité de la recherche scientifique (« des chercheurs qui trouvent, c’est mieux »). Que dire de M. Valls, alors premier ministre, dont les déclarations à la suite des attaques terroristes qui frappaient Paris en 2015 sont entrées dans les annales de la V e République : « Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. » Plus récemment, des parlementaires ont souhaité soumettre les chercheurs à l’obligation de respecter des « valeurs de la République » aussi sacralisées qu’indéterminées, et lancer une mission d’information sur « les dérives idéologiques dans les milieux universitaires » (1). La volonté affichée de mener une forme de « maccarthysme à la française » rejoint ici le procès arbitraire en « islamo-gauchisme », ce en violation du principe fondamental d’autonomie du champ scientifique à l’égard du politique.

Enfin, ces prises de position revêtent une dimension idéologique. Elles expriment un même « rappel à l’ordre » (2) de nature identitaire, qui « gangrène » nombre de nos élites politico-médiatiques. Foncièrement conservateur et réactionnaire, ce rappel à l’ordre traduit une sorte d’ethnocentrisme nombriliste qui rejette spontanément des théories et notions (qui vont de l’intersectionnalité au genre en passant par les études postcoloniales) jugées comme indûment « importées » et donc illégitimes, voire dangereuses. Ces idées sont en effet perçues comme autant de menaces existentielles pour les tenants d’un « universalisme républicain » aveugles aux discriminations multidimensionnelles et systémiques qui fracturent notre société.

Les prochaines échéances électorales n’échapperont pas à l’exploitation de nos doutes et interrogations sur notre identité individuelle et collective. Dès lors, qui osera valoriser une identification à une communauté une et plurielle, une « grande nation inclusive » (3), un Nous.

(1) Selon une demande expresse adressée au président de l’Assemblée nationale, par les députés LR, Julien Aubert et Damien Abad.

(2) Pour paraphraser D. Lindenberg, auteur du  Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Paris, Le Seuil, 2002.

(3) Selon l’expression de Th. Tuot, « a grande nation : pour une société inclusive », Rapport au premier ministre, Paris, la Documentation française, 2013.

 

Une enquête à charge et une police de la pensée

 

Stéphane Dufoix, Professeur de sociologie (université Paris-Nanterre), Membre de l’Institut universitaire de France

Une enquête. Pas un rapport, pas une réflexion, pas un audit. Non, une enquête, pour, selon les propres mots de Madame la ministre, « distinguer ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève du militantisme ». Quelle est la limite entre ces termes et la revendication d’une « police de la pensée » ?

Se retrouvent pointés du doigt, sans aucune preuve, sans aucune analyse sérieuse de leurs travaux, des universitaires que l’on ne décrit que par les risques qu’ils représenteraient : porteurs d’« idées radicales », « islamo-gauchistes », « postcoloniaux », « décoloniaux ». Alors même qu’ils sont reconnus comme « minoritaires », ils auraient pris d’assaut les universités pour les « gangrener » et pour « diviser ». Le vocabulaire est guerrier, tendu vers le filtrage du bon grain et de l’ivraie, chez les universitaires comme dans les associations étudiantes.

Frédérique Vidal appelle  à un « bilan de l’ensemble des recherches qui se déroulent dans notre pays, notamment de celles qui portent sur le postcolonialisme ». Mais quelles sont les recherches en question ? Qui les définit ? S’agira-t-il aussi de faire le bilan de celles qui critiquent les pensées en question sans savoir de quoi elles parlent ? Au sens strict, ces dernières ne font pourtant rien d’autre que de véhiculer une haine envers des idées et des textes dont elles ne jugent que l’apparence et non les idées. Il y a quelques mois la même ministre déclarait : « L’université n’est pas un lieu d’encouragement ou d’expression du fanatisme », ajoutant qu’elle constituait « le cœur battant de notre liberté ».

Que ces phrases paraissent loin ! Elles semblaient alors démentir les propos du premier ministre qui avaient déjà mis en branle la communauté universitaire. Que s’est-il passé entre-temps ? La précarisation croissante des étudiants dont il faut détourner l’attention ; le débat Darmanin-Le Pen du 11 février, où la « dureté » du ministre de l’Intérieur s’opposait à la « mollesse » de la présidente du Rassemblement national ; et enfin le vote, le 16 janvier, de la loi « pour conforter le respect des principes républicains ». Comment ne pas y voir l’alliance de la dureté et de la lutte contre le séparatisme ?

Je n’ai jamais appelé publiquement à la censure de quelqu’un dont je ne partage pas les idées intellectuelles, quel que soit son bord. Je ne souscris pas aux excommunications ou aux mises au ban académiques, d’où qu’elles viennent. Pourtant, les positions soutenues par la ministre de l’Enseignement supérieur sont très proches de celles – symboliquement violentes et souvent insultantes – de l’Observatoire du décolonialisme, créé le 13 janvier 2021. Sur le site de l’Observatoire, se succèdent les commentaires haineux qualifiant ce qu’ils nomment « décolonial » comme étant une « ineptie », une « idéologie délétère », une « régression », un « fondamentalisme », un « obscurantisme », etc., voire appelant à « démettre de leur fonction tous (sic) les professeurs d’université qui soutiendraient ces thèses sectaires ». Est-ce là vraiment « la neutralité, le républicanisme, la défense du pluralisme et le goût de la discussion sur des bases rationnelles » que prétend défendre ledit Observatoire ?

L’arrivée plus ou moins rapide en France de nouvelles idées, de nouvelles théories, de nouveaux concepts (genre, intersectionnalité, postcolonial, décolonial, pluriversel), ne peut pas s’apprécier par l’anathème universaliste et républicain, mais par le débat argumenté. Celui-ci doit être porté par la lecture des textes en question, par leur accès en français et par le retour à des formes « saines » de ce que Madame la ministre elle-même définit comme le « fameux débat contradictoire entre pairs (…) loin de toute caricature ». Une enquête à clore et un débat à enfin promouvoir ? Espérons-le.

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5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 20:15
Lutte contre les violences sexuelles. Mettre fin à la barbarie du patriarcat - Texte collectif, L'Humanité, 5 mars 2021
Lutte contre les violences sexuelles. Mettre fin à la barbarie du patriarcat - Texte collectif, L'Humanité, 5 mars 2021
Lutte contre les violences sexuelles. Mettre fin à la barbarie du patriarcat
Vendredi 5 Mars 2021- L'Humanité

Texte collectif

 

Nous, femmes, militant-e-s, féministes, adhérent-e-s du Parti communiste français, dénonçons l’utilisation du principe pénal de présomption d’innocence pour museler les victimes qui dénoncent leurs agresseurs. Dernièrement, des personnes que l’on n’entend pas d’ordinaire sur le sujet des violences sexuelles ou le respect, dans d’autres contextes, de la présomption d’innocence, interviennent tout à coup. Alors qu’elles restent silencieuses face à la normalisation des violences sexuelles, elles montent au créneau avec passion pour défendre la présomption d’innocence d’un violeur présumé. À travers leurs propos, transparaît finalement une présomption de culpabilité et de mensonge pour la victime. Un individu est présumé innocent tant qu’il n’a pas été déclaré coupable par la justice. Cela est un principe du monde pénal. Cependant, au vu de la gravité des accusations de viol et des délais d’une procédure judiciaire, il paraît sage dans la société civile d’appliquer aussi un principe de précaution. La présomption d’innocence n’exclut pas la méfiance. Ce n’est pas un totem d’immunité. D’autant que les fausses accusations de viol sont rares : entre 2 % à 8 % des plaintes.

Lorsqu’on lutte contre les violences sexuelles, on accorde une présomption de sincérité aux victimes qui s’expriment. Ainsi, on ne les traîne pas dans la boue, on ne joue pas la fausse compassion pour sous-entendre dans le même temps que « la victime a trop tardé à parler, la victime était pourtant une intime des accusés, il ou elle n’avait pas porté plainte et, décidément, que c’est louche ». Nous observons trop fréquemment ces techniques de mise en doute de la parole des victimes ; si elles relèvent parfois d’une méconnaissance de ce que vit une victime de violences sexuelles, elles restent un outil puissant du patriarcat.

Oui, l’accusation peut se faire plusieurs années après les faits reprochés : la mémoire traumatique peut rester illisible tant que la victime n’est pas en capacité de gérer ces souvenirs. C’est un mécanisme de protection dont la victime n’est pas responsable et qui n’invalide pas sa parole. Oui, la victime peut partager la vie de son agresseur : l’emprise exercée par ce dernier ou les mécanismes tels que la sidération et la dissociation empêchent la fuite. La majorité des viols est commise par un proche de la victime. Souvent par son compagnon. Oui, prendre la décision de porter plainte est difficile. D’ailleurs, on estime que seules 10 % des victimes portent plainte, et 1 % obtiennent justice. Pour porter plainte, il faut avoir de l’argent et suffisamment d’optimisme ou de détermination. Et être prêt-e à affronter ce qui l’attend : la vie intime des victimes est passée au crible et exposée, seconde humiliation après la violence. Chaque année, au moins 94 000 femmes et 150 000 enfants sont victimes de viol ou de tentative. Un grand nombre de ces victimes restent murées dans le silence. Contrairement à ce que certains sous-entendent, parler n’est pas un acte facile. Parler, c’est admettre que ça n’arrive pas qu’aux autres. C’est s’exposer, perdre le contrôle, voir des médias et de nombreuses personnes pas toujours bien intentionnées s’accaparer son histoire. C’est aussi être à la merci de la misogynie ou de l’homophobie, on devient « la folle » ou « l’hystérique ». Parler, c’est encore plus difficile peut-être quand on est militant.e et que l’on craint d’affaiblir ou d’exposer médiatiquement l’organisation dans laquelle on a choisi de militer.

Alors que certain-e-s se cachent derrière les injonctions à la plainte et la nécessaire enquête judiciaire, il est de notre devoir de démasquer le caractère profondément idéologique du traitement pénal des violences sexuelles et sexistes. C’est bien la maltraitance institutionnelle des victimes qui permet aujourd’hui la persistance de la violence et de la domination masculines. Cette violence structure nos existences collectives. Beaucoup n’ont pas intérêt à ce que cette parole émerge. Les agresseurs, les violeurs, les harceleurs et tous ceux qui profitent d’une situation de domination n’ont aucun intérêt à ce que la société prenne enfin la mesure de la situation.

Pour les victimes, les moyens ne sont pas là : accès difficile aux soins psychologiques – étape pourtant vitale pour apaiser la mémoire traumatique et ses séquelles –, du fait de consultations libérales très chères et non remboursées et des centres médico-psychologiques débordés. La justice est un monument effrayant qui a trop peu à offrir aux victimes en termes de réparation et qui les maltraite trop souvent. Une société qui sacrifie les plus vulnérables est une société perdue.

La présomption d’innocence est inscrite dans la loi, elle est reconnue et a peu de risques de disparaître. Mais les victimes, elles, sont très mal protégées. Plutôt que de dénigrer le moyen qu’ont trouvé des victimes de réagir aux violences sexuelles, cherchons à comprendre : pourquoi les réseaux sociaux remplacent-ils les commissariats ?

Agissons. Protégeons les victimes de leurs agresseurs et des conséquences psychotraumatiques du viol. Mettons fin à la prédation au sein de nos organisations politiques. Ne rien faire, c’est prendre le parti de ceux qui violent, agressent, harcèlent, frappent, parfois tuent. Jamais plus nos organisations ne doivent abriter des agresseurs. Jamais plus une victime ne doit quitter notre organisation face à un silence trop pesant, ou nous quitter à jamais.

Alors que la parole se libère, il est de notre responsabilité collective de faire advenir le changement. Alors, que faire face à la violence masculine ? Cette question, d’apparence si insoluble, se résume pourtant en quelques mots transparents de clarté : comment faisons-nous pour que les hommes arrêtent de violer ?

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