En Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est et dans les villes mixtes d’Israël, les boutiques étaient fermées et le travail a cessé pour exiger l’arrêt des bombardements et protester contre l’occupation et la colonisation. Une unification politique et mémorielle.
L’idée avait d’abord été lancée par le Haut Comité arabe de suivi, une instance visant à regrouper l’ensemble de la représentation sociale et politique des Arabes israéliens, c’est-à-dire les Palestiniens de 1948. Actuellement dirigé par Mohammad Barakeh, ancien député communiste, ce comité entendait ainsi exiger l’arrêt des bombardements israéliens sur la bande de Gaza mais également protester contre les expulsions de familles palestiniennes à Jérusalem-Est, la répression policière sur l’esplanade des Mosquées et les violences des colons et de l’extrême droite dans les villes dites mixtes.
Dans les territoires occupés, les Palestiniens ont longtemps utilisé les grèves générales comme un outil pour exprimer leur rejet des pratiques israéliennes. Une grève générale a eu lieu lors de la première Intifada de 1987-1993, lorsque les Palestiniens ont répondu aux attaques israéliennes en paralysant l’économie et en refusant de traiter avec l’establishment israélien en charge des affaires en Cisjordanie et à Gaza, avant la création de l’Autorité palestinienne.
Une mobilisation historique
Un appel du Haut Comité largement entendu, répercuté sur les réseaux sociaux, est devenu viral dans les territoires occupés. Ce qui a amené les organisations politiques palestiniennes, du Fatah au Hamas en passant par la gauche, à prôner également la grève de tous les citoyens. L’Autorité palestinienne elle-même, pouvant difficilement être en reste, avertissait les fonctionnaires qu’ils pouvaient cesser le travail.
« C’est un véritable succès », se félicite Mohammad, un commerçant de Kfar Qassem, en Israël. Une ville symbole : en octobre 1956, quarante-huit civils, arabes, dont 15 femmes et 11 enfants, avaient été tués par la police des frontières israéliennes, le sinistre Magav. Cette même unité qui a été envoyée en « renfort » ces derniers jours dans ces mêmes villes mixtes, au prétexte de rétablir l’ordre. « C’est la première fois depuis longtemps que nous arrivons à mobiliser ainsi, souligne Sayyid Issa, membre d’un comité d’action en charge de l’organisation de la grève. Il y a bien eu des tentatives dans le passé mais c’était difficile. Là, l’adhésion à la grève est presque totale. »
À Jérusalem-Est, les commerçants ont tiré leurs volets pour protester contre l’occupation et qui n’est pas sans rappeler certaines scènes de la Bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo, relatant la lutte contre la colonisation française dans la Casbah. Les ruelles de la vieille ville sont étrangement vides et les abords de la porte de Damas incroyablement silencieux. À Hébron, où les colons sont particulièrement agressifs et violents, en plein cœur de la ville, les Palestiniens ont aussi fermé boutique pour brandir haut dans le ciel leur drapeau national. Et à Ramallah, ils étaient des milliers, des jeunes surtout, qui avaient remis – ce qu’on voyait moins ces dernières années – le keffieh noir et blanc que portait en permanence Yasser Arafat, au point d’en devenir un étendard.
Ce qui s’est passé mardi n’est pas anecdotique. Il faut y ajouter Gaza, où les pages Facebook, Instagram, Twitter et autres ont aussi résonné de cette action commune. Au-delà des bombardements, des grenades assourdissantes, des confessions, de la gouvernance (Hamas à Gaza, Autorité palestinienne en Cisjordanie, force d’occupation à Jérusalem-Est ou gouvernement colonisateur en Israël), les Palestiniens se sont rejoints.
Comme « une “Nakba continue” »
Tel « un retour à l’histoire, à une histoire commune de la Nakba », ainsi que l’écrit Stéphanie Latte Abdallah (1). Comme « une “Nakba continue” qui est ainsi à l’œuvre des deux côtés de la “ligne verte” (tracé de l’armistice de 1949 – NDLR) et unifie un territoire politique et mémoriel fragmenté par l’histoire, la colonisation israélienne et les divisions intrapalestiniennes ». (1) Dans un même élan, les Palestiniens entendent mettre fin à cette phase de l’histoire qui les a dépossédés.
« Il est important de s’élever en tant qu’un seul et d’essayer de transcender la fragmentation forcée imposée aux Palestiniens par Israël », explique Salem Barahmeh, directeur exécutif de l’Institut de Palestine pour la diplomatie publique. Pour lui, les Palestiniens dans les rues et les médias sociaux secouent « le discours dominant et incontesté d’Israël », l’exposant comme le « régime d’apartheid qu’il est ». Ce qui fait écho au rapport de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch publié fin avril et que son directeur exécutif, Kenneth Roth, commentait ainsi : « Depuis des années, des voix éminentes ont averti du risque d’apartheid si la domination d’Israël sur les Palestiniens se poursuivait. Cette étude détaillée révèle que les autorités israéliennes ont déjà franchi ce seuil et commettent aujourd’hui les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. »
Ce qui se passe secoue également la société israélienne, c’est-à-dire les juifs d’Israël. « Et maintenant, comme les mouvements féministes et la protestation noire aux États-Unis, le temps est venu pour les femmes et les hommes arabes en Israël de nous forcer à les entendre et à les voir briser le plafond de verre écrasant leurs aspirations – un plafond qui pour nous est vraiment transparent », écrit la journaliste Noa Landau, dans un éditorial du Haaretz. Elle poursuit : « Quiconque essaie d’écouter vraiment entendra, parce que la vérité éclate de toutes les fissures et les brèches dans les rues et nos cœurs. »
Washington n’entend rien
Tout le monde n’entend visiblement pas. Alors qu’au Conseil de sécurité de l’ONU les États-Unis bloquent toute résolution visant à faire cesser les bombardements (plus de 220 morts à Gaza et 12 en Israël), Joe Biden évoque un « cessez-le-feu » tout en laissant Netanyahou permettre à son armée de se déchaîner. Et ce malgré un arrêt de tout tir de roquettes en provenance de la bande de Gaza pendant six heures. Une tentative palestinienne brisée dans l’œuf par la force israélienne. Dans le même temps, Washington annonçait de nouvelles ventes d’armes à Israël pour un montant de 735 millions de dollars. Voilà pourtant le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, présentant, depuis l’Islande, ses comptes d’apothicaire : « Israël a, je pense, d’après le dernier décompte, lancé environ 2 000 attaques contre des cibles terroristes à Gaza. Il y a eu plus de 3 000 roquettes lancées par le Hamas depuis Gaza vers Israël. » Un déséquilibre évident à ses yeux au détriment d’Israël. Mais, la main sur le cœur, il prétend : « Nous voulons voir la possibilité de se concentrer sur l’amélioration des conditions de vie et l’amélioration matérielle de la vie des Palestiniens. Les gens doivent avoir l’espoir d’un avenir meilleur, et nous devons tous y travailler. » Sans parler ni de colonisation ni d’occupation. Malgré les espoirs, la nouvelle administration américaine n’essaie pas d’écouter et donc n’entend pas.
Mardi, en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est et en Israël, il s’est pourtant passé quelque chose dont l’ampleur et les conséquences pourraient bien surprendre.
(1) La Toile carcérale. Une histoire de l’enfermement en Palestine. Stéphanie Latte Abdallah, Bayard, 496 pages, 31,90 euros.
L’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), Gita Gopinath, souligne dans un avant-propos aux « Perspectives Economiques mondiales », rendues publiques le 4 avril dernier[1], que la reprise mondiale accélère, « mais dans un monde rendu de plus en plus contradictoire par des trajectoires de croissance désynchronisées, et par un creusement des inégalités ».
Elle alerte, en particulier, sur les « défis colossaux posés par des reprises qui divergent à la fois à l’intérieur des pays et entre eux, ainsi que par les dégâts persistants » engendrés par la pandémie et la profonde récession mondiale dont elle a précipité la survenance et accru la profondeur en 2020, hors la Chine notamment. Dans ce contexte, les États-Unis mettent le monde entier sous pression avec une relance sans précédent d’un nouveau type, pour dominer.
Reprise mondiale à plusieurs vitesses
Le FMI prévoit, désormais, une reprise plus forte en 2021 et 2022 que dans ses précédentes projections[2] : la croissance mondiale atteindrait 6 % en 2021 et fléchirait à 4,4 % en 2022, contre 5,5 % et 4,2 % antérieurement. Mais, à la différence de celle initiée en 2009 par une forte relance chinoise, ce sont les États-Unis qui cherchent à mener la danse.
Mais l’écho renvoyé s’annonce différent, alors même que remontent les prix du pétrole et des matières premières, tandis que surviennent des pénuries comme dans les microprocesseurs ou en matière de logistique.
Dans les régions, comme dans les différentes catégories de pays selon leur revenu, des « reprises à plusieurs vitesses » sont engagées. Cela tiendrait aux contrastes entre les programmes de vaccinations contre la Covid-19, à l’amplitude très variable des moyens de soutien économique ayant pu être mobilisés par chaque État, et à des facteurs, notamment la dépendance à des secteurs comme le tourisme.
L’ampleur du soutien monétaire et fiscal de l’activité a été sans précédent en temps de paix. Le FMI a calculé que les seules mesures fiscales adoptées par les pays du G-20 se seraient élevées à 12 700 milliards de dollars (6 % du PIB en 2021), auxquels il faudrait rajouter désormais un plan d’investissement récemment annoncé par le Président des États-Unis de 2250 milliards de dollars.
Ce soutien massif, assorti de baisses de recettes, a creusé les déficits et les dettes publics à des niveaux inédits partout. En 2020, les déficits globaux moyens ont atteint 11,7 % du PIB pour les pays riches, 9,8 % pour les pays émergents et 5,5 % pour les pays en développement à faible revenu. La dette publique moyenne atteint 97 % du PIB à l’échelle mondiale[3].
L’effort est donc colossal mais son efficacité sociale pose des questions d’autant plus lourdes qu’il va falloir le financer. Or, pour l’heure, c’est sur les marchés financiers que les États et zones régionales rivalisent pour se procurer les fonds prêtables.
La monnaie gâchée pour la finance
Les conditions financières risquent donc de se resserrer, notamment dans les pays émergents, en particulier si les pays avancés s’engagent dans un effort de « normalisation » des politiques économiques. Un contexte financier plus difficile pourrait alors engendrer des sorties massives d’investissements de portefeuille et mettre en difficulté certains pays émergents, compte tenu de leurs immenses besoins de financement cette année[4].
Cette expansion considérable pour contenir la déflation a été rendu possible par un soutien sans faille des banques centrales : elles ont réduit les taux directeurs et acheté massivement des obligations souveraines (mais aussi d’entreprises), achats sans lesquels les États n’auraient pas pu riposter à la pandémie du fait d’une envolée des taux d’intérêt à long terme. Au contraire, ils sont même devenus négatifs pour les emprunteurs les mieux notés.
Le bilan des principales banques centrales (Fed, BCE, Banque du Japon et Banque populaire de Chine) est passé de 20 000 milliards de dollars, juste avant la pandémie, à 29 000 milliards en février 2021, alors qu’il ne se montait qu’à 5 000 milliards de dollars fin 2007[5].
Mais, avant-même la pandémie, la période avait été aussi marquée par une envolée de l’endettement des grandes sociétés qui ont profité des faibles taux d’intérêts pour racheter leurs actions et accroitre les dividendes ou faire des opérations financières [6].
L’arrivée des vaccins a enflammé le pari d’une reprise forte et durable des profits. Cela se traduit par des flambées boursières qui, contradictoirement[7], marchent de pair, pour l’heure, avec une remontée des taux d’intérêt et une réappréciation des risques d’inflation. Cela, alors que le chômage hypermassif, l’insuffisance des revenus salariaux et celle des services publics continuent d’entraver dangereusement la demande mondiale où la concurrence fait rage.
Les États-Unis veulent mener la danse…
Parmi les pays les plus riches, les États-Unis devraient dépasser le niveau de PIB qu’ils connaissaient avant la pandémie. Selon les projections du FMI, les États-Unis connaîtraient une croissance de 6,4 % cette année et 3,5 % en 2022. Mais beaucoup d’autres, en particulier en Europe, ne devraient retrouver leur niveau pré-Covid qu’en 2022. En zone euro, le PIB ne croitrait que de 4,4 % en 2020 et 3,8 % en 2021.
La Chine, qui avait retrouvé son niveau de PIB pré-pandémie dès 2020, enregistrerait, cette année, une croissance de 8,4 % et de 5,6 % en 2022. Mais nombre de pays émergents ou en développement n’y parviendraient pas avant le courant 2023.
On peut donc s’attendre à une accentuation des écarts de niveau de vie et d’activité entre nombre de pays européens et les États-Unis, d’une part, et entre les pays en développement et les autres, d’autre part.
Car les dégâts sont d’ores et déjà immenses. Le FMI estime que les pertes de production cumulées de 2020 et 2021, relativement aux projections pré-pandémie, représentent 20 % du PIB par habitant en 2019 dans les pays émergents et en développement (hors Chine). Dans les pays avancés, elles devraient s’établir à 11 %.
Ces disparités s’observent aussi à l’intérieur de chaque pays avec l’explosion du chômage, de la précarité et de la pauvreté touchant les travailleurs jeunes et les moins qualifiés, les femmes, sans parler des étudiants.
Rappelons que 2020 a été une année noire pour l’emploi mondial, malgré les dispositifs de chômage partiel en Europe. Selon l’OIT, 8,8 % des heures de travail dans le monde ont été perdues (par rapport au quatrième trimestre 2019), l’équivalent de 255 millions d’emplois à temps plein. Cela représente quatre fois le nombre des heures perdues pendant la crise de 2008[8].
Or, on sait que la pandémie a été l’occasion pour nombre d’entreprises d’accélérer le recours aux technologies informationnelles et au télétravail qui, sous exigence de rentabilité financière, accroissent les économies de travail au détriment de l’emploi, des masses salariales et du temps libre des salariés.
Mais, alors qu’en Europe une troisième vague de la pandémie de Covid-19 contraint les États à réintroduire des restrictions pesant sur l’activité, les marchés financiers volent de records en records, surtout aux États-Unis après les eaux basses de mars 2020[9].
Ainsi, à la différence de l’épisode de crise de 2007-200, l’actuel n’a entrainé, pour l’heure, aucune menace pour la « stabilité financière mondiale », l’inflation boursière redoublant. Et ce sont les États-Unis qui sont en pole-position, cette fois-ci, la Chine veillant à contenir tout risque de surchauffe sans rien céder de ses acquis.
…au-dessus du volcan
Le retour à la situation pré-pandémie est encore assez lointain voire illusoire. Selon le FMI, « la réaffectation des ressources pour s’adapter à la nouvelle donne pourrait être plus marquée que lors des recessions précédentes et peser sur la croissance de la productivité à l’avenir (..) malgré une croissance plus forte que prévu à mesure que l’économie mondiale se remet du choc de la Covid-19, la production mondiale devrait être inférieure aux projections d’avant la pandémie d’environ 3 % »[10] .
Autrement dit, les tensions vont s’accentuer sur le partage de la valeur ajoutée mondiale. Or, les hausses boursières, accompagnant cette fois-ci le relèvement des taux d’intérêt à long terme, malgré le contrôle des Banques centrales, et les anticipations d’inflation des prix des biens et services exigent une vive et durable hausse des profits. Et cela, en contradiction avec la nécessité absolue de se préoccuper plus, malgré tout, du facteur humain, via en particulier les enjeux de l’emploi, des services publics (santé, éducation…), des infrastructures et de l’écologie dans chaque pays comme à l’échelle mondiale.
Peut-être que cette contradiction est devenue si explosive qu’elle rendrait nécessaire un certain desserrement des contraintes devenues folles de la compétition fiscale entre les États paupérisés par l’optimisation des multinationales et des grands gérants de portefeuilles. Est-ce cela que pourrait indiquer la proposition, formulée par la secrétaire américaine au Trésor, de fixer un seuil minimal de 21 % pour taxer les bénéfices réalisés en dehors des États-Unis par des firmes américaines, et par là même de taxer au moins à ce taux les bénéfices des sociétés du monde entier ? Après tout, n’est-ce pas aux États-Unis que le bâtiment qui sert de siège au pouvoir législatif, le Capitole, a été pris d’assaut par des émeutiers ?
On peut alors penser que vont grandir, dans chaque pays, les antagonismes sociaux et, entre les États, les rivalités pour la localisation de la valeur ajoutée et l’attraction des capitaux financiers.
La reprise mondiale à l’œuvre est donc extrêmement contradictoire, inégale et, de fait, dangereuse, y compris avec les risques de krach financier jusqu’ici contenus.
Le FMI alerte sur la fragilité de ces processus, le besoin de « coopération internationale » et sur le risque d’une « aggravation des troubles sociaux (…) en particulier dans les pays où les progrès sur les plans social et politique sous-jacents sont au point mort et où la crise a mis en lumière ou exacerbé des problèmes préexistants »[11].
Un « nouveau paradigme » ?
Une fois élu, le nouveau Président a annoncé deux plans engageant des masses considérables de financement sur plusieurs années qu’il a présentés comme procédant d’un « nouveau paradigme ». Il place sous pression le reste du monde.
Le premier, baptisé « plan de sauvetage américain » (American Rescue Plan) comprend des aides totalisant 1900 milliards de dollars, soit environ 9 % du PIB[12].
Les ménages, en particulier ceux à faibles revenus, en sont les premiers bénéficiaires, avec des aides totalisant plus de 900 milliards de dollars : versements directs de 1 400 dollars pour chaque personne gagnant moins de 75 000 dollars par an et les couples mariés gagnant moins de 150 000 dollars , prolongement du complément hebdomadaire d’allocation chômage de 300 dollars, crédits d’impôt liés aux enfants, aides pour la santé, pour le paiement des loyers/crédits immobiliers, aides alimentaires, etc..
On note aussi un soutien de 350 milliards de dollars aux collectivités infra-fédérales, 220 Milliards d’aides au secteur de l’éducation et 140 milliards à la lutte contre la pandémie.
En revanche, contrairement aux précédents plans de soutien, l’aide aux entreprises est plus limitée et plus ciblée (restaurateurs, transports, prêts garantis aux TPE, etc…).
Ce troisième programme de lutte contre les effets de la pandémie, après deux plans totalisant 3100 milliards de dollars adoptés sous Trump, devrait avoir un impact sur le déficit concentré sur 2021 avec des dépenses estimées à 1 100 milliards, le reste étant réparti jusqu’à 2031.
Les États-Unis, sont en effet contraints de commencer à panser dans l’urgence les profondes plaies occasionnées dans le tissus sanitaire, social, culturel, infrastructurel et écologique par les politiques conduites de Reagan à Trump, jusqu’au bord de la guerre civile. Ils sont contraints de tenter de relancer la demande interne ligotée par le chômage et la faiblesse des services publics.
Mais ils sont aussi contraints d’essayer de refaçonner l’offre monopolisée par de gigantesques groupes dont la domination devient accablante, aussi outre-Atlantique, avec le prélèvement de rentes formidables, une destruction du tissu de PME et un freinage de l’innovation. Cette offre se heurte, de plus, à des goulots d’efficacité dus à l’état déplorable des infrastructures publiques et sociales, à l’insuffisance de formation, à la dégradation de l’environnement, à l’état de l’espace public, à la criminalité…
Tout cela a contribué à faire chuter l’efficacité du capital de 0,6 % entre 2000 et 2007, de 0,4 % entre 2007 et 2019 et de 6,4 % entre 2019 et 2020. Aussi, l’an dernier, la productivité globale des facteurs a-t-elle plongé de 1,7 %, malgré une progression de 2,5 % de la productivité apparente du travail[13]. De quoi inquiéter nombre de capitalistes dans le pays le plus capitaliste du monde !
Précisément, un deuxième plan d’investissement massif, dévoilé le 31 mars dernier par J. Biden, vise à accroître la productivité globale et l’attractivité du site national de production.
Ce projet de 2 250 milliards de dollars d’investissement sur huit ans, s’intitule « The American Jobs Plan« . Il a été pensé dans le contexte d’une forte rivalité stratégique avec la Chine et face au besoin d’attirer massivement les capitaux, y compris parce que « les États-Unis doivent être leaders » en matière climatique[14]. Il comprend un volet industriel important mais également un volet social significatif[15]
Un premier volet de 620 milliards de dollars porte effectivement sur la rénovation des infrastructures publiques et sociales mais prévoit également un coup de pouce aux véhicules électriques.
Un second volet, de 650 milliards de dollars, porte sur l’amélioration des lieux de vie. Un troisième, de 580 milliards de dollars, est tourné vers l’industrie américaine. Un quatrième, enfin, est constitué d’une enveloppe de 400 milliards de dollars à destination des plus âgés et des plus vulnérables,
Fait remarquable, le financement sera assuré essentiellement par une augmentation de 21 % à 28 % du taux d’imposition des entreprises, sachant que le taux d’imposition minimal des activités à l’international passerait de 13 % à 21 %.
On peut mesurer aussi l’ambition intégratrice d’union nationale de ce plan quand on lit, parmi ses objectifs officiels, qu’il « veillera à ce que nos travailleurs soient formés pour des emplois bien rémunérés de la classe moyenne de l’avenir. Il veillera à ce que l’argent des contribuables américains profite aux familles qui travaillent et à leurs collectivités, et non aux multinationales ou aux gouvernements étrangers »[16].
Certes, il faut encore que ce plan arrive à être voté par le Congrès, ce qui n’est pas du tout assuré, tant les Républicains demeurent arrimés au modèle Reagan-Trump.
S’affiche ainsi une volonté nouvelle de tenter de transformer la façon dont le capital doit chercher à faire plus de profits en Amérique, pour continuer de dominer le monde, du fait de l’exacerbation de toutes les dimensions de la crise systémique et en écho à ce qui est devenu le défi chinois. D’où une course de vitesse dans la conjoncture.
L’Europe et le monde sous pression
L’annonce même de ces plans, se conjuguant avec une accélération des vaccinations, a donné un vif coup de fouet à la conjoncture américaine.
L’indice PMI manufacturier américain IHS Markit s’est établi à 59,1 en mars 2021, soit le deuxième plus haut taux d’activité des usines jamais enregistré[17]. L’expansion globale a été soutenue une hausse des commandes nouvelles sans précédent depuis juin 2014, y compris à l’exportation, même si la production a été freinée par des pénuries d’approvisionnement. Les attentes en matière de production se sont renforcées pour atteindre le deuxième niveau le plus haut depuis plus de six ans.
Cependant, les pressions inflationnistes se sont intensifiées, les coûts augmentant au rythme le plus rapide depuis une décennie et les entreprises les répercutant partiellement sur leurs clients avec la plus forte augmentation des frais de production depuis que l’enquête existe.
L’indice PMI des services américains IHS Markit, corrigé des variations saisonnières, s’est inscrit à 60,4 en mars, contre 59,8 en février[18]. Selon C. Williamson, économiste en chef des affaires chez IHS Markit, « la récente poussée de la croissance du secteur des services ne montre aucun signe de baisse, (..) les enquêtes PMI indiquent que l’économie a progressé à un rythme annualisé d’environ 5 % ».
Bref, la confiance semble revenir et suscite des frottements. Mais qu’en est-il de l’emploi ?
En mars, le nombre total d’emplois non agricoles a augmenté de 916 000. Mais si le taux de chômage officiel (6 %) marque une baisse notable par rapport à son sommet d’avril 2020 (14,7 %), il demeure supérieur de 2,5 points de pourcentage à ce qu’il était en février 2020.
Le nombre officiel de chômeurs (9,7 millions) a donc continué de baisser en mars, mais demeure supérieur de 4 millions à celui de février 2020. Il faut noter l’ampleur du chômage de longue durée (27 semaines ou plus) qui, à, est en hausse, lui, de 3,1 millions sur février 2020.Les chômeurs de longue durée (4,2 millions) représentaient 43,4 % du nombre total des privés d’emploi.
Le nombre d’ employé.e.s à « temps partiel subi » (5,8 millions) est supérieur de 1,4 million à celui de février 2020, tandis que les personnes non comptées comme chômeurs et qui veulent actuellement un emploi (6,9 millions) est en hausse de 1,8 million sur un mois.
C’est dire si le volant de chômage demeure considérable Outre-Atlantique, ce qui permet à nombre d’observateurs de relativiser les tensions inflationnistes à l’œuvre, du fait du poids toujours considérable de ce facteur déflationniste.
Ce pourrait être là la marque d’une dévalorisation conjoncturelle de capital qui, aux États-Unis, aurait pu être plus prononcée qu’en Europe, en liaison avec une législation du travail beaucoup moins protectrice.
Cependant, le taux d’utilisation des capacités de production outre-Atlantique en mars (73,8 %) est, certes, remonté depuis le creux de juin 2020 (64,8 %), mais il a reculé par rapport à février (75,6 %) et demeure très inférieur à sa moyenne de 77,4 % enregistrée de mai 2019 à mars 2020.
Cette reprise va propulser, dans l’immédiat, les importations américaines et donc le déficit commercial, ce qui laisse ouverte la relance du protectionnisme, en tout cas vis-à-vis de la Chine, les pénalités vis-à-vis de l’Europe ayant été pour une part suspendue.
La hausse des taux d’intérêt à long terme, malgré le contrôle de la FED, et la hausse de l’inflation peuvent-elles interrompre cette reprise rapide, alors que, pour l’heure, les indices de Wall-Street engrangent des performances records ?
Tout semble se passer comme si la FED restait de marbre devant ces signaux. Le 17 mars, dans une conférence de presse, J. Powell, président du conseil des gouverneurs, a déclaré : « Si nous voyions les anticipations d’inflation dépasser nettement le seuil de 2 % nous ferions, bien sûr, en sorte de mener une politique monétaire permettant de nous assurer que cela n’arrivera pas. Nous nous sommes engagés à ancrer les anticipations d’inflation à 2 %, ni nettement au-dessus, ni au-dessous de 2 % »[19].
Beaucoup va donc dépendre des entrés nettes de capitaux à long terme aux États-Unis, alors même que, pour la première fois l’an dernier, la Chine a accueilli plus d’investissements directs étrangers que les États-Unis en 2020 (163 milliards de dollars contre 134 milliards).
Les États-Unis ont enregistré un excédent du compte de capital et financier de 106,3 milliards de dollars en janvier 2021, après 8 milliards en décembre 2020. Dans le même temps, les investissements en obligations étrangères ont diminué de 49 milliards de dollars nets en janvier, comparativement à 20,7 milliards de dollars le mois précédent[20].
Sans doute la hausse des taux d’intérêt à long terme et les anticipations de forte hausse des profits vont-elles améliorer ses performances. Mais elles demeurent prisonnières de la marge de relèvement des taux longs que peut se permettre la Fed et de la confiance des investisseurs étrangers dans la réussite des plans Biden.
On peut relever une certaine préoccupation de Washington, puisque, pour la première fois, les États-Unis, en prévision d’une réunion du G-20, se sont montrés d’emblée favorables à une nouvelle émission de 500 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS)[21], la monnaie du FMI dont ils ont toujours tenté d’entraver l’essor, y voyant un rival du dollar. Cela se fera bien sûr au nom de l’aide à apporter aux pays pauvres, mais, en pratique, cette manne monétaire viendra renforcer les réserves des pays les plus riches, à proportion des parts qu’ils détiennent dans le FMI, les États-Unis arrivant loin devant. Redistribueront-ils ensuite aux pays les plus en difficulté et lesquels ?
La Chine et la Russie freinent beaucoup leurs achats de dollar depuis 2010 et le Japon continue d’y participer périodiquement. Donc, beaucoup va dépendre de ce que va faire la Chine, deuxième détentrice de bons du Trésor US en ce domaine, mais aussi du soutien qu’accorderont les États, la BCE et les investisseurs européens.
L’Union européenne et la zone euro sont confrontées à un dilemme. La BCE est contrainte de laisser à très bas niveau ses taux directeurs et de racheter massivement des obligations d’État, alors que la croissance demeure handicapée par une troisième vague Covid, tandis que que le plan de relance de 750 milliards d’euros prévus pour y faire face demeure embourbé dans un bras de fer entre pays membres. Celui-ci, pour la première fois, va faire appel ponctuellement à des emprunts communautaires sur les marchés, en rivalité fédéraliste donc avec les besoins d’emprunt américains.
L’Europe espère pouvoir bénéficier de la croissance américaine, via les exportations. Mais cela d’accentuer l’hétérogénéité entre les pays du nord, l’Allemagne en particulier, et ceux du sud, dont la France. Et cela sans parler des divergences à l’intérieur de chacun de ces pays.
Les « alliés » européens sont directement placés sous pression par les plans Biden et les perspectives américaines de croissance, ce qui pourrait se traduire par une hausse des sorties de capitaux vers les États-Unis et le besoin d’une intervention plus forte de la BCE, y compris pour contrôler la hausse des taux longs.
Mais Washington compte faire plier tout le monde en poussant ses partenaires et ses rivaux aux limites, à la fois par une politique beaucoup plus interventionniste à l’extérieur au nom de la défense de « l’Amérique des valeurs » et du « camp de la démocratie », et à la fois en bénéficiant du fait que pour l’heure, il n’y a pas de monnaie commune mondiale alternative au dollar. Ce qui en souligne le besoin.
[1]PEM : « Reprise : des situations divergentes à gérer », avril 2021. www.ifm.org.
[2]PEM : « Mise à jour des perspectives économiques mondiales », janvier 2021., www.ifm.org.
[3] FMI : Moniteur des finances publiques, avril 2021.
[4] FMI : « Prévenir l’accumulation de facteurs de vulnérabilité », Rapport sur la stabilité financière dans le monde, avril 2021.
[5] Yardeni E. and M. Quintana:” Central Banks: Monthly Balance Sheets”, Yardeni Research, INC., April 9, 2021,
[6] Fin 2019 déjà, les sociétés non financières du monde entier ont dû rembourser ou refinancer une dette obligataire d’entreprise de 4 400 milliards de dollars en 3 ans. Il s’agit là d’un montant record de 32,4% de l’encours total des obligations de sociétés, contre environ 25% il y a dix ans (OCDE).
[7] Quand les taux d’intérêt montent, les indices boursiers, traditionnellement, reculent et inversement.
[8] COVID-19 : Observatoire de l’OIT – 7e édition – www.ilo.org .
[9] Ainsi, le S&P 500, l’indice des 500 plus grandes sociétés américaines cotées, a franchi la barre des 4 000 points le 1er avril. Jamais, depuis sa création en mars 1957, il n’avait grimpé aussi haut, euphorisé par l’annonce d’un second plan de relance aux Etats-Unis et une accélération forte des vaccinations. Mais ce phénomène s’est produit aussi en Europe, en France notamment où l’abîme se creuse encore plus en réel et financier.
[10] Das S. & P. Wingender: “Slow-Heading Sears: The Pandemic’s Legacy”, IFM Blog, 31 mars 2021, blogs.imf.org.
[21] Une nouvelle émission de cet actif de réserve international est similaire à l’impression par une banque centrale de monnaie, car les nouveaux DTS donnent à chaque membre du FMI plus de réserves à utiliser proportionnellement à leur participation dans le fonds
En Inde, « avec plus de 350 000 nouveaux cas enregistrés par jour et la mort à chaque coin de rue, patients et familles sont pris dans une véritable course contre la montre, suppliant pour avoir accès à de l’oxygène et des médicaments devant des hôpitaux surpeuplés ». En Méditerranée, selon l’Organisation internationale pour les migrations, au moins 453 migrants ont péri depuis le 1er janvier.
De nombreuses voix parlent de honte, face à la tragédie des migrants disparus noyés, sans que les États ne déploient les moyens nécessaires pour les sauver en application des principes élémentaires du droit international maritime. Selon l’Unicef, « plus de 10 millions d’enfants en République démocratique du Congo, dans le nord-est du Nigeria, dans le Sahel central, au Soudan du Sud et au Yémen souffriront de malnutrition aiguë en 2021 ». Pour le Programme alimentaire mondial des Nations unies, « la sécheresse incessante qui sévit à Madagascar pousse des centaines de milliers de personnes au bord de la famine ».
Pourtant les moyens ne manquent pas. Ainsi, le Monde du 15 avril relate la visite du ministre des Affaires étrangères français en Inde comme étant « intimement liée aux intérêts économiques français. En particulier l’éventuelle vente supplémentaire de Rafale, dont l’Inde a déjà acheté 36 exemplaires à Dassault Aviation, en 2016, pour près de 8 milliards d’euros. Depuis 2018, de nouveaux appels d’offres ont été lancés avec, à la clé, potentiellement plus de 150 avions ». L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm a estimé que les dépenses militaires mondiales s’élèvent à près de 1 645 milliards d’euros en 2020, soit une augmentation de 2,6 % par rapport à 2019.
La France a livré en Inde des lits et des appareils respiratoires, c’est un peu de solidarité humaine qui se manifeste. Mais nous vivons des moments de honte. Alors que des millions d’individus subissent la pandémie sans les moyens médicaux nécessaires, connaissent le chômage et la précarité, souffrent de la faim, que d’autres se noient en fuyant les guerres et la misère, le montant des dépenses militaires mondiales a atteint un montant jamais connu dans l’histoire de l’humanité. Les peuples souffrent, on leur distribue des armes. La honte !
La réduction des dépenses militaires est une nécessité. Leur réorientation vers des investissements utiles pour la santé, l’éducation, la recherche, la culture, le climat et une économie durable permettrait la création d’emplois en France et dans le monde. Si les neuf États possédant des armes nucléaires stoppaient leurs programmes, plus de 820 milliards d’euros pourraient être réorientés dans les 15 années à venir vers la satisfaction des besoins humains. Ce serait conforme avec la charte des Nations unies, qui stipule (article 26) que les États doivent « favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde », mais aussi avec le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (Tian) entré en vigueur le 22 janvier 2021. Pour son avenir, l’humanité n’a d’autre chemin que la paix.
Signataires : Roland NIVET et Edith BOULANGER (Co-porte-paroles nationaux du Mouvement de la Paix) ; Jean ZIEGLER (conseiller du conseil des droits de l’homme des Nations Unies), Pradip BISWAS (v-p de la fédération des employés de banque d’Inde), Alain ROUY (secrétaire de l’AIEP - Asso internationale des éducateurs à la paix), Véronique MARTIN (secrétaire confédérale CGT), Lilian HALLS-FRENCH (Co-présidente Initiative Féministe EuroMed IFE-EFI), Michèle DECASTER (militante afaspa), Jim ANDERSON (Peace action), Christian REECHT (membre de l’Action Catholique Ouvrière)
Défaite aux élections, la droite voit lui échapper la minorité de blocage dans la nouvelle Convention constituante, dominée par la gauche et les indépendants. Une nouvelle page d’histoire s’écrit, loin du legs de la dictature de Pinochet.
Depuis le oui sans appel des Chiliens, lors du référendum du 25 octobre 2020, à une nouvelle Constitution appelée à remplacer la loi fondamentale léguée par Pinochet, la droite du président Sebastian Piñera n’a reculé devant aucune manœuvre pour tenter de verrouiller les élections à la Convention constituante.
Peine perdue : elle a pris, dimanche, une dérouillée. Les conservateurs, qui faisaient bloc, des libéraux bon teint jusqu’aux nostalgiques de la dictature, sont sanctionnés ; unis, ils n’atteignent même pas, dans cette assemblée, la minorité de blocage d’un tiers qu’ils avaient imposée pour tenter de sauver l’essentiel à leurs yeux : le rôle « subsidiaire » de l’État, le règne sans partage du libre marché, gravés dans le marbre constitutionnel depuis 1980.
Les femmes plébiscitées
Avec à peine plus de 20 % des suffrages, la droite et l’extrême droite, défaites, ne remportent ensemble que 37 sièges sur 155. Dans un élan historique, la majorité revient à la gauche, avec une nette affirmation, dans les urnes, de la radicalité politique exprimée par le mouvement populaire d’octobre 2019. La liste « Apruebo Dignidad » (18,5 %), appuyée par le Frente Amplio, auquel participe le Parti communiste, conquiert ainsi 28 sièges et « la Lista del Pueblo », qui rassemblait des indépendants souvent issus des mouvements sociaux et féministes, recueille près de 15 % des voix et gagne 21 sièges.
Au centre gauche, la liste « Apruebo », incluant les socialistes et les démocrates-chrétiens, remporte 25 sièges tandis que les indépendants de Nueva Constitucion, plus à gauche, obtiennent 11 sièges. Une trentaine d’autres indépendants sans affiliation politique revendiquée entrent à l’Assemblée constituante. Symptôme, avec la très faible participation (41 % sur deux journées de vote), de la défiance profonde vis-à-vis des formations politiques traditionnelles qui se sont succédé aux affaires depuis la chute de Pinochet.
Le désir de rupture est sensible jusque dans le plébiscite des candidatures féminines : en raison de la règle paritaire imposée par la mobilisation féministe, une dizaine de femmes devront même céder leur siège à des hommes pour garantir à la gent masculine 50 % de la représentation. Cette vague porte son lot de symboles qui disent à eux seuls à quel point les temps changent : persécutée par l’État en raison de son appartenance au peuple mapuche, passée par la prison, désignée comme une « terroriste », la chamane Francisca Linconao remporte l’un des 17 sièges réservés aux représentants des peuples autochtones.
L’intégrisme néolibéral sanctionné
Ce souffle nouveau vient aussi bouleverser les rapports de forces à l’échelle des municipalités et des régions, avec le même effet de sanction contre la droite, qui paie dans les urnes son intégrisme néolibéral, sa réponse répressive aux demandes sociales, sa gestion désastreuse de la pandémie de Covid-19.
Dans ce mouvement, de nouveaux visages s’imposent, comme celui d’Iraci Hassler, militante féministe et communiste, élue maire de Santiago, la municipalité du centre historique de Santiago du Chili. La jeune femme inflige une cinglante défaite au sortant, l’avocat Felipe Alessandri, héritier d’une dynastie de droite, passé par le cabinet de Piñera.
Dans la commune voisine de Recoleta, le communiste Daniel Jadue, candidat à l’élection présidentielle, est brillamment réélu avec près de 65 % des voix. Toujours dans la capitale, la féministe Emilia Rios, candidate du Frente Amplio, gagne la municipalité de Ñuñoa.
Et, à l’échelle de la région métropolitaine de Santiago, la féministe Karina Oliva Perez (22,6 %), membre du parti Comunes, présentée par le Frente Amplio, met en ballottage le démocrate-chrétien Claudio Orrego Larrain (24,9 %), qui compte sur la mobilisation de la droite pour tenter de barrer la route à la gauche au second tour, le 13 juin. À Valparaiso en revanche, Rodrigo Mundaca, figure de la lutte contre la privatisation de l’eau, qui se présentait sous les couleurs du Frente amplio, remporte une victoire éclatante : il est élu gouverneur dès le premier tour avec 43,8 % des voix. « Les secteurs qui cherchent à transformer le pays ont triomphé et cela conforte la nécessité d’une Constitution absolument démocratique, faite à partir de la base, mais aussi le besoin d’un gouvernement populaire dans un proche avenir, pour installer cette Constitution, pour conduire les changements dans une unité sans restriction », se réjouit Daniel Jadue.
Vers une authentique transition
Au Chili, berceau d’un néolibéralisme qui s’est bâti sur le sang des opposants à Pinochet, où les services publics, l’éducation, la santé, les retraites et tous les biens communs ont été broyés par la libéralisation et par les privatisations, de nouveaux horizons se dégagent. Ces scrutins offrent la photographie d’un paysage politique radicalement nouveau, à six mois des élections présidentielle, législatives et sénatoriales. « Les citoyens ont envoyé un message clair et fort au gouvernement et aussi à toutes les forces politiques traditionnelles : nous ne sommes pas suffisamment en phase avec les demandes et les désirs des citoyens et nous sommes mis au défi par de nouvelles expressions », admet le président Sebastian Piñera.
Dans un contexte de crises sociale, économique et politique structurelles, un mouvement profond refaçonne le pays, dont les jeunes générations entendent ouvrir une authentique transition, pour se débarrasser des oripeaux de la dictature et des cadenas qu’elle a posés sur un système inégalitaire, autoritaire, sacrifiant en toutes circonstances l’intérêt général aux privilèges de l’oligarchie.
Au fil des marches de 2019, un cri résonnait dans le brouillard des gaz lacrymogènes comme la promesse d’une éclaircie future : « Chile despertó ! » ( « Le Chili s’est réveillé ! »). Les représentantes et les représentants à la Convention n’ont pas d’autre choix que de l’entendre : ils ont désormais neuf mois, un mandat qui pourra être prorogé de trois mois, pour écrire une nouvelle Constitution au diapason des aspirations populaires exprimées dans la rue comme dans les urnes.
À 30 ans, la communiste Iraci Hassler a été élue maire d’une commune de la capitale chilienne. Elle prône un nouveau modèle de développement local.
Parmi les éminentes, les illustres figures qui peuplent le panthéon personnel de la nouvelle maire communiste du centre historique du Grand Santiago, Iraci Hassler, des femmes. Gladys Marin, d’abord. Éducatrice pour enfants handicapés et présidente du Parti communiste chilien entrée en clandestinité sous la dictature de Pinochet, elle fut une inlassable combattante de la justice reconnue au-delà des clivages politiques. La militante africaine-américaine Angela Davis, ensuite. Karol Cariola et Camila Vallejo, enfin. Deux jeunes parlementaires communistes chiliennes, figures de la révolte estudiantine contre la marchandisation de l’éducation en 2011, qui marquèrent le premier pas d’Iraci Hassler en direction de la politique. C’est à ce moment-là que l’économiste adhère elle aussi au Parti communiste.
« Inverser l’ordre des privilèges »
À 30 ans, la jeune maire, élue dimanche avec 38,93 % des voix, donne déjà l’impression d’avoir été de toutes les luttes. Désignée candidate à la mairie à l’issue d’une primaire inédite de la gauche qui rassemblait plus de 50 organisations sociales, politiques et féministes, la conseillère municipale renverse ainsi Felipe Alessandri du parti Rénovation nationale (droite, 35,23 %), qui a largement avalisé la répression contre le mouvement social de 2019. Aujourd’hui, elle appelle à relever les manches pour « construire le “bien-vivre” dans nos quartiers ».
Qu’est-ce qu’être communiste aujourd’hui ? Sa réponse est sans ambages : « Agir chaque jour pour inverser l’ordre des privilèges et l’accumulation des richesses au prix du temps et du travail de la majorité, dans un monde qui a parfaitement les moyens pour que nous vivions tous bien. C’est faire confiance à l’humanité, lutter pour une société où nous nous développons tous librement et pleinement, avec toutes nos potentialités, dans la dignité et l’égalité des droits. »
La jeune édile prône une réflexion et une transformation permanentes pour conquérir de nouveaux droits. Elle entend également présenter un plan de relance économique qui atténue les effets de la crise sanitaire et soutient un nouveau modèle de développement local, la réduction des inégalités de genre et la protection de l’environnement.
Malgré l’apparence, ce n’est peut-être pas dans la bataille de Gaza qu’il sera le plus difficile d’obtenir un retour au calme. Israéliens comme Palestiniens sont rodés aux marchandages qui préparent un cessez-le-feu. Mais comment mettre un terme aux affrontements dans les villes « mixtes » d’Israël où se sont rouvertes les plaies de 1948 ?
Comment sortir du conflit entre Israël et les Palestiniens ? En dépit de son caractère spectaculaire et de son bilan humain – près de 200 morts palestiniens, dont 55 enfants, 10 morts israéliens –, c’est peut-être, paradoxalement, la confrontation armée autour de la bande de Gaza entre le mouvement islamiste Hamas et l’armée israélienne qui posera le moins de problèmes.
Même s’ils rêvent de détruire Israël, les dirigeants du Hamas savent qu’ils n’y parviendront pas. Et les responsables politiques et militaires d’Israël qui aimeraient se débarrasser définitivement du Hamas n’ignorent pas davantage que cet objectif, sous les yeux du monde, n’est pas à leur portée, quelle que soit la supériorité de leurs armes. Mais du « brouillard de la guerre » émergent quelques évidences incontournables.
Le Hamas a déjà remporté une victoire militaire et politique indiscutable. Les salves massives de roquettes et de missiles tirées par ses combattants depuis la bande de Gaza ont contraint des centaines de milliers d’Israéliens à vivre dans la peur et à passer une partie de leurs journées dans les abris. Elles ont aussi provoqué l’arrêt des vols commerciaux vers les deux aéroports internationaux d’Israël : Tel-Aviv et Eilat. Et plongé l’état-major dans une interrogation nouvelle sur les limites de l’efficacité de leur principal système de défense antimissile. Indispensable et rassurant, le « Dôme de fer » a parfois semblé en difficulté face à des stratégies de saturation.
Israël, de son côté, peut se féliciter de la qualité de ses renseignements sur le Hamas, son organigramme civil et militaire, la localisation des QG, des bureaux d’études et ateliers de production d’armement, des sites de lancement et le plan détaillé de ses tunnels. Ce qui permet à l’état-major de revendiquer l’élimination de plusieurs dizaines de chefs militaires et de spécialistes des armements enfouis sous les décombres de leur immeuble ou de leur sous-terrain frappés par les bombes « intelligentes » des F-16.
Assurés de pouvoir se prévaloir de ces succès auprès de leurs partisans ou de leurs électeurs, les deux camps, qui n’en sont pas à leur premier affrontement, savent en outre qu’ils n’ont pas intérêt à une guerre de longue durée. Et que les objectifs à court terme qu’ils poursuivent sont atteints ou sur le point de l’être.
Le Hamas a confirmé sa capacité de nuisance, la productivité de ses arsenaux, sa légitimité patriotique et son aptitude à incarner la résistance. Il a aussi démontré sa solidarité active avec les Palestiniens de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et d’Israël. Et rappelé son attachement à la défense des Lieux saints, soulignant du même coup la faiblesse et l’impuissance de l’Autorité palestinienne et du Fatah.
Israël, pour sa part, a fait la démonstration de sa puissance militaire, de sa maîtrise du rapport de force, de ses soutiens diplomatiques et politiques, et a même, en dépit des apparences, rétabli son potentiel de dissuasion. Y compris après deux ans de crise gouvernementale et sous la direction d’un premier ministre contesté, affaibli par les affaires et en sursis.
En d’autres termes, il ne manque plus qu’un médiateur mutuellement agréé pour entamer la négociation d’un cessez-le-feu. L’Égypte, qui a déjà joué ce rôle et qui ne veut à aucun prix voir se poursuivre un conflit armé – surtout impliquant une branche des Frères musulmans – à ses frontières, a été récusée la semaine dernière par Israël. Mais, selon les militaires israéliens, elle aurait poursuivi ses approches et l’implication de ses services secrets dans des contacts indirects avec les deux parties serait plus active encore qu’en 2014 pour l’opération « Protective Edge ».
Le Qatar, qui fournit – avec l’accord d’Israël – une aide financière annuelle de plus de 350 millions de dollars au Hamas, ce qui permet au mouvement islamiste de payer les salaires de ses 20 000 fonctionnaires et d’apporter un soutien à plus de 100 000 nécessiteux, parmi lesquels les familles des « martyrs », pourrait aussi contribuer à des contacts discrets. Contacts que Washington observe avec circonspection, impatient de voir la fin de l’affrontement armé mais prévenu contre une intervention plus active par des décennies d’efforts vains.
Les termes de la négociation seraient les mêmes que lors des conflits précédents : « retour au calme contre retour au calme », sans autre condition ou engagement au moins pour la première phase, après une période de désescalade plus ou moins longue, mais dont la durée pourrait être liée au bilan humain des affrontements à l’intérieur d’Israël.
Le problème est que ce deuxième front, qui ne peut être traité par des frappes de F-16 ou des pilonnages d’artillerie, pose aux dirigeants israéliens des questions auxquelles ils n’ont, pour l’heure, pas de réponses. Depuis le début de la semaine dernière, les « villes mixtes », en général pauvres et sous-équipées, où coexistent habitants juifs et « arabes israéliens », c’est-à-dire citoyens palestiniens d’Israël, sont la proie d’affrontements et d’émeutes. Le plus souvent, ces confrontations mettent aux prises les jeunes résidents arabes et des groupes de colons d’extrême droite armés venus de leurs collines de Cisjordanie pour « défendre les Juifs ».
Lynchages communautaires et représailles, incendies de synagogues et de mosquées, ratonnades, agressions se multiplient depuis les localités « mixtes » de la banlieue d’Haïfa jusqu’aux villages bédouins du Néguev.
Mobilisés par la solidarité avec les Palestiniens de Jérusalem-Est, par la défense des Lieux saints musulmans que menacent les suprémacistes juifs, les jeunes « Arabes israéliens » affrontent, armés de cocktails Molotov et de pierres, les commandos d’extrémistes juifs et les unités anti-émeutes de la police des frontières transférées depuis la Cisjordanie pour tenter de rétablir l’ordre. Mais c’est aussi contre le marasme économique et social dans lequel ils se débattent qu’ils se révoltent.
«La violence à l’intérieur d’Israël a atteint des niveaux inégalés depuis des décennies », estimait jeudi le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld. Lod, Ramle, Jaffa, Tamra, Hura, Saint-Jean-d’Acre, Tibériade, Bat Yam, Haïfa : aucune des villes où résident les 20 % de citoyens israéliens non juifs n’échappe à cette flambée de violences. À Lod (voir notre reportage), près de l’aéroport international de Tel-Aviv, où un tiers des habitants sont des Palestiniens d’Israël, le niveau des violences a été tel que l’état d’urgence a été déclaré, un couvre-feu imposé par la police et des « renforts massifs » de forces de sécurité déployés en urgence par le ministre de la défense.
« Ce qui se passe dans ces villes est en train de rouvrir des plaies qui datent de 1948 », constatait la semaine dernière le chroniqueur militaire de Haaretz. Alors que les Palestiniens ont célébré samedi le 73e anniversaire de la Nakba, la « catastrophe » qui a vu, en 1948, 700 000 d’entre eux chassés de leurs maisons par les combattants juifs et devenir des réfugiés, il est clair que la violence impunie des groupes de colons et d’une police qui a multiplié, ces dernières semaines, bavures et maladresses provocatrices ne peut que réveiller des échos tragiques, lourds de désespoir et de colère.
Benjamin Netanyahou n’incarne pas à lui seul cette histoire mais, depuis qu’il est entré en politique, et surtout depuis qu’il est devenu premier ministre en 2009 et qu’il exerce le pouvoir, il s’appuie sur des majorités de plus en plus à droite pour conduire une politique qui repose sur le développement de la colonisation en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est, et sur une domination et une oppression croissantes des Palestiniens.
Selon Ayman Odeh, avocat et chef de file de la Liste unifiée qui représente les Palestiniens d’Israël, « tous les premiers ministres israéliens qui se sont succédé depuis Ben Gourion en 1948 ont été responsables de 10 % de l’incitation à la haine des Arabes qui existe en Israël. Et Netanyahou de 90 % ».
Guidé par l’héritage idéologique de son père vénéré, qui fut le secrétaire de Zeev Jabotinski, fondateur du « révisionnisme sioniste » et partisan de la « muraille d’acier » face au nationalisme arabe, Benjamin Netanyahou n’a jamais renoncé à ce rêve de « séparation et de domination » des Arabes de Palestine, même lorsqu’il faisait mine, pour des raisons diplomatiques, d’accepter l’idée d’une solution à deux États. Ses choix politiques en témoignent.
Après avoir défendu et célébré l’érection du mur qui annexe une bonne partie du territoire de la Cisjordanie et sépare les colons juifs des habitants palestiniens, c’est lui qui a pris l’initiative d’une autre forme de séparation, non plus dans l’espace avec du béton et du grillage, mais dans le droit, les usages et les têtes. En juillet 2018, il a fait voter par la Knesset la loi sur Israël « État-nation du peuple juif » qui sépare les citoyens juifs d’Israël de tous les autres citoyens. Et qui fait de ces derniers des citoyens de seconde zone.
« En vertu de cette loi inacceptable, expliquait en janvier dernier à Mediapart Avraham Burg, ancien président de la Knesset et de l’Agence juive, un citoyen d’Israël qui n’est pas juif est astreint à un statut inférieur. Comparable à celui qui a été assigné aux juifs pendant des générations. Ce qui fut odieux pour nous, nous l’infligeons maintenant à nos citoyens non juifs. »
C’est probablement pourquoi les Palestiniens d’Israël, qui se considéraient déjà en dépit de leur passeport israélien et de leur droit de vote symbolique comme des sous-citoyens confinés dans des banlieues ou des villes négligées, bannis de toutes les coalitions gouvernementales, ont mesuré au fil des ans, et surtout depuis l’arrivée au pouvoir de Netanyahou en 2009, qu’ils avaient de plus en plus d’intérêts communs avec les Palestiniens de Jérusalem-Est et de Cisjordanie. Au point de prendre le sillage de leur révolte, lorsque l’irruption des extrémistes juifs à Al-Aqsa, les provocations de la police à la Porte de Damas et les tentatives d’expulsion des habitants de Sheik Jarrah les a jetés dans la rue.
Est-ce un hasard si cette colère des Palestiniens las des humiliations, de la domination, de l’oppression, de la discrimination, des persécutions qu’ils subissent, explose au moment où les juristes mettent un nom sur le statut qu’ils rejettent : l’apartheid ? Car cette traduction de « mise à part » en afrikaans, la langue de la minorité blanche d’Afrique du Sud, n’est plus seulement aujourd’hui un raccourci rhétorique ou une caricature polémique dans la bouche ou sous la plume des critiques de la politique israélienne. Ce n’est plus le risque lointain contre lequel Itzhak Rabin mettait en garde ses concitoyens en 1976.
C’est désormais la description clinique et documentée du « crime contre l’humanité » que commet Israël et dont les Palestiniens sont les victimes. C’est ce que démontrait déjà en juin 2020 le juriste israélien Michael Sfard dans une étude publiée par l’ONG Yesh Din (« Il y a une justice », en hébreu), analysée par Mediapart. C’est ce que vient de confirmer le rapport de 224 pages publié il y a quelques semaines par Human Rights Watch.
Après avoir rappelé ce qui constitue au regard du droit international les crimes d’apartheid et de persécution, et exposé le fruit de leurs investigations sur le terrain, les auteurs du rapport concluent que « le gouvernement israélien a démontré son intention de maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens à travers Israël et les Territoires palestiniens occupés (TPO). Dans les TPO, y compris à Jérusalem-Est, cette intention s’est accompagnée d’une oppression systématique des Palestiniens et d’actes inhumains commis à leur encontre. Lorsque ces trois éléments sont présents simultanément, ils constituent le crime d’apartheid ».
On le voit, il ne suffira pas pour éteindre cette révolte-là de parvenir à un cessez-le-feu et d’offrir le silence des armes contre le silence des armes. Ce sont presque trois quarts de siècle de violence et d’injustice qui sous-tendent la colère des jeunes Palestiniens d’Israël et des territoires occupés. Premier ministre sans mandat ni légitimité, Benjamin Netanyahou semble vouloir profiter du désordre qu’il a créé pour récupérer son pouvoir. Qu’a-t-il à proposer, hormis le recours à la force, pour sortir de cette crise ?
Felicitaciones a Iraci Hassler, alcaldesa electa de Santiago de Chile !
Bravo à Irací Hassler Jacob, nouvelle maire de Santiago du Chili.
Irací Hassler vient d'être élue maire de la capitale du Chili : Santiago de chile.
Irací Hassler, qui arrache cette ville de 5 millions d'habitants à la droite Chilienne, est une jeune femme communiste de 30 ans.
Il y a 10 ans, alors qu’elle était étudiante, elle s’était fortement mobilisée pour l’accès à une éducation publique et gratuite.
Aujourd’hui économiste, féministe et membre du parti communiste chilien, elle vient d’être élue maire de la capitale chilienne, à seulement 30 ans.
Ses objectifs sont clairs : l’inclusion et le vivre-ensemble, l’accès au logement, à la santé, au sport, à l'éducation et à la culture, une politique environnementale et pour le bien-être animal, etc
Attention, âmes sensibles s'abstenir ! Voici le résultat de Daniel Jadue Jadue, leader communiste chilien, à Recoleta, dans la capitale. Un spectre hante le Chili... Cathy Dos Santos
En octobre 2019, de jeunes étudiant-e-s commençaient à manifester contre la hausse des tarifs dans les transports. Plus d’un an et demi s’est écoulé, et le réveil chilien se confirme enfin avec un scrutin historique. Le peuple s’est exprimé afin d’élire 345 maires, 2 252 conseillers municipaux, 16 gouverneurs régionaux et les 155 membres de la Convention constituante. Les élections de cette Convention constituante, paritaire, sont l’aboutissement de la mobilisation sociale. Malgré la répression sanglante de ces derniers mois, ce sont la force et la persévérance populaires qui permettent de changer l’histoire et d’avancer vers une Constitution issue de la démocratie, pour se débarrasser définitivement de l’héritage lourd et obscur du dictateur Pinochet.
L’espoir populaire des derniers mois s’est donc traduit dans les urnes. La gauche est largement majoritaire pour rédiger la nouvelle Constitution. Ce qui peut être considéré comme une victoire des mouvements sociaux est, pour le gouvernement de Sebastian Piñera, une cuisante défaite. Cette coalition de droite atteint 37 sièges, c’est-à-dire loin du tiers nécessaire qu’elle espérait obtenir pour imposer son veto et freiner les changements structurels qui s’annoncent.
Les résultats cristallisent un peu plus le rejet des partis politiques traditionnels, d’ailleurs, près de 40 % des candidats n’étaient pas issus de partis politiques. C’est notamment le cas pour la coalition de centre gauche qui a gouverné à plusieurs reprises depuis 1990 et qui atteint seulement 25 sièges. La « gauche alternative », composée du Parti communiste et de Frente Amplio, obtient 28 sièges. Mais les grands vainqueurs de ce scrutin sont définitivement les candidat-e-s indépendant-e-s, de tendance progressiste, qui gagnent 48 sièges.
Une des difficultés pour ces candidat-e-s indépendant-e-s aura été de faire connaître leurs candidatures en peu de temps. Beaucoup de celles et ceux qui travaillent dans les syndicats, dans des organisations sociales ou dans l’enseignement n’ont pas les mêmes ressources pour rivaliser avec des personnalités de la télévision ou du monde intellectuel, des politiciens bien connus, qui ont reçu des contributions financières importantes du monde des affaires du pays. Ces inégalités n’auront rien empêché. Le processus est désormais enclenché, le Chili peut maintenant rompre et instaurer de véritables changements structurels sur le plan politique, économique et social.
Le peuple chilien s’est aussi mobilisé pour l’égalité et la diversité. D’une part, dans cette Assemblée, 17 sièges sont réservés aux peuples autochtones, trop souvent oubliés des institutions en place depuis trente ans. D’autre part, la parité de la Convention représente une première mondiale ! C’est la garantie d’une perspective de genre tellement essentielle pour cette refondation démocratique. C’est l’opportunité de bousculer le patriarcat et le rapport de forces traditionnel qui opèrent depuis 1990, permettant ainsi de faire émerger une Convention suffisamment diverse afin d’avancer vers un nouveau pacte social.
La responsabilité est énorme pour ces 155 membres dont le but sera de rédiger une nouvelle « Carta Magna » pendant neuf mois, avec une éventuelle prorogation de trois mois. L’expérience australe de la souveraineté populaire au XXI e siècle est en cours. Il sera fondamental que les membres de la Constituante favorables aux changements puissent instaurer, dans les premières semaines où doivent être débattus et définis les rouages de fonctionnement de l’Assemblée, d’importants mécanismes de participation citoyenne. Cette Convention constituante est la porte de sortie de quarante-sept ans de néolibéralisme outrancier et d’injustices sociales.
Le travail de cette Convention va se dérouler à quelques mois de l’élection présidentielle (premier tour prévu le 21 novembre). Ces résultats électoraux doivent pousser les forces progressistes à parvenir à l’unité pour la présidentielle, afin que la fragmentation politique ne vienne pas obstruer le processus constituant. Les victoires du Parti communiste, notamment à Santiago avec Iraci Hassler, renforcent la candidature présidentielle de Daniel Jadue, lui-même largement réélu dans à Recoleta, une des municipalités de la région métropolitaine.
Le changement est une lutte continue. Cette lutte légitime et nécessaire, elle aura malheureusement coûté la vie à des dizaines de jeunes manifestant-e-s, aveuglé-e-s et mutilé-e-s, des centaines d’autres, mais elle ne fut pas en vain. Ce peuple debout et conscient, avec un crayon bleu, aura en quelques heures anéanti la Constitution de Pinochet et embrassé la diversité et la parité pour écrire une nouvelle histoire : celle de la dignité. Ce 16 mai 2021 au Chili « quelque chose a changé, l’air semble plus léger, c’est indéfinissable ».
Pierre Lebret, politologue, expert du Chili et de l’Amérique latine
Christophe Bieber, historien, expert de l’Amérique latine
Florian Lafarge, ancien conseiller du porte-parole du gouvernement français (2012-2017)
L’indispensable solidarité avec le peuple palestinien doit pouvoir s’exprimer en France
Le gouvernement français vient de passer un cap. Alors que la population palestinienne de Gaza subit la terreur et les destructions des bombardements par Israël, et que les victimes se comptent par dizaines dont de nombreux enfants, le gouvernement français n’a toujours pas condamné ces bombardements aveugles ni la nécessité de protéger la population palestinienne. Et maintenant c’est l’expression de la solidarité à l’égard du peuple palestinien qu’il a décidé de faire taire.
Mercredi 12 mai le président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) était mis en garde à vue suite à l’interdiction d’un rassemblement à Paris.
Le 13 mai le ministre de l’Intérieur a annoncé vouloir faire interdire toutes les manifestations en solidarité avec le peuple palestinien à Paris le samedi 15 mai.
Depuis des semaines, l’armée d’occupation harcèle les Palestiniens de Jérusalem. Cette même armée a pénétré dans les lieux saints (jusqu’à l’intérieur de la mosquée d’Al Aqsa) pour y tirer sur les fidèles. Elle a assuré la protection de centaines de militants racistes criant « mort aux arabes » à Jérusalem. Elle protège les colons armés qui agressent les Palestiniens menacés d’expulsion dans le quartier de Sheikh Jarrah et de Silwan. En Cisjordanie la répression s’abat aussi sur la population : 10 morts ce 14 mai, assassinés par l’occupant. Les Palestiniens d’Israël quant à eux paient le prix d’un racisme institutionnel enraciné dans la société israélienne.
Ces faits n’ont suscité aucune condamnation de la France qui continue de renvoyer dos à dos l’oppresseur et l’opprimé, l’occupant et l’occupé. Cela ne fait qu’accroître la colère et la révolte.
L’AFPS est scandalisée par cette nouvelle décision du préfet de Paris sous ordre d’un ministre de l’Intérieur qui justifie cette interdiction par des supposés troubles à l’ordre public. Elle soutient le référé qui a été déposé contre l’interdiction de manifester. Ce sont les interdictions qui créent les troubles à l’ordre public et non l’inverse. Monsieur Darmanin joue les pyromanes. Il portera la responsabilité des dérapages qui pourraient advenir suite à cette interdiction.
Le 14 mai le ministre Darmanin en rajoute dans l’outrance laissant entendre que les manifestations en solidarité avec le peuple palestinien sont des manifestations antisémites. C’est scandaleux et indigne. Nous avons le droit de contester le régime israélien d’oppression et de domination sans être insultés et muselés. Nous avons le devoir de dénoncer les violations du droit international. La France a déjà été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour entrave à la liberté d’expression. Ces violations doivent cesser.
L’émotion est très forte et l’indignation doit pouvoir s’exprimer dans un cadre organisé. Réprimer systématiquement toute expression de solidarité à Paris voire dans d’autres villes est une tendance extrêmement dangereuse. Dans de nombreuses villes de France des manifestations se sont tenues depuis une semaines à l’appel de collectifs d’organisations. Toutes se sont passées sans le moindre incident. Des dizaines de rassemblements sont programmés samedi 15 mai. La solidarité avec le peuple palestinien s’exprimera malgré les défenseurs inconditionnels d’un État criminel.
Nous allons avec nos partenaires prendre des initiatives pour que le droit à manifester notre solidarité avec le peuple palestinien à Paris et partout en France soit restauré.
En Israël, Netanyahou et l’extrême droite se déchaînent sur les Palestiniens
Pierre Barbancey dans l'Humanité de vendredi 14 mai
Des groupes juifs racistes attaquent les Arabes dans plusieurs villes israéliennes. En marge des bombardements sur Gaza, des préparatifs d’une invasion terrestre s’accéléraient jeudi, tandis que le Hamas maintenait les tirs de roquettes sur Israël.
Le lynchage en direct d’un Palestinien par un groupe d’extrême droite, dans une petite localité du sud de Tel-Aviv, a jeté l’effroi dans le monde entier. Les signes avant-coureurs étaient là. Les rassemblements de protestation qui se sont déroulés dans le quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, pour empêcher l’expulsion de dizaines de familles palestiniennes n’ont pas mobilisé uniquement les habitants de la partie occupée de la ville. De nombreux Arabes israéliens, c’est-à-dire les Palestiniens vivant en Israël depuis 1948, musulmans et chrétiens, sont venus manifester directement sur place ou ont participé à des marches à Haïfa et à Tibériade tout autant qu’à Nazareth ou Saint-Jean-d’Acre. Jérusalem-Est devenue le symbole de l’occupation et de son corollaire, la colonisation.
Un Arabe israélien tué d’une balle dans le dos à Lod
Parallèlement, dopée par les discours de Benyamin Netanyahou et son score lors des dernières élections législatives, l’extrême droite israélienne est venue s’affronter directement aux Palestiniens avec à sa tête le député raciste Itamar Ben Gvir. Des ratonnades ont été déclenchées aux cris de « Mort aux Arabes ». De Cheikh Jarrah, cette extrême droite s’est ensuite déplacée dans les villes à majorité arabe dans un évident geste de provocation en cherchant l’affrontement armé.
C’est exactement ce qui s’est produit. Un Arabe israélien a été tué d’une balle dans le dos à Lod, la veille du lynchage. Les fascistes israéliens ont montré de quoi ils étaient capables. Il ne s’agit pas de faits isolés. Ils bénéficient de la mansuétude, voire de l’encouragement du gouvernement – toujours dirigé par Benyamin Netanyahou – et même du président israélien, Reuven Rivlin. Celui-ci, membre du Likoud et souvent présenté abusivement comme modéré, a cru bon dénoncer des « pogroms » et a vu des « foules arabes assoiffées de sang ». De quoi déclencher les pires réflexes. Le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Amir Ohana, y est allé aussi de son couplet en soutenant ceux qui ont tiré à balles réelles sur les manifestants arabes en expliquant benoîtement : « Les civils qui portent des armes aident les autorités à neutraliser immédiatement tout danger et toute menace. »
L’envoi de renforts« massifs » dans les villes mixtes israéliennes
Le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a ordonné jeudi l’envoi de renforts « massifs » pour les forces de sécurité dans les villes mixtes israéliennes en annonçant le rappel de dix compagnies de gardes-frontières opérant d’habitude en Cisjordanie occupée. Des gardes-frontières connus pour leur violence à l’égard des Palestiniens et dont on entrevoit l’utilisation qui en sera faite ces prochains jours.
La coalition Hadash, qui rassemble des juifs et des Arabes et à laquelle participe le Parti communiste israélien, a exprimé son opposition à ces violences. « Dans une tentative désespérée pour se maintenir au pouvoir, Netanyahou nous entraîne dans une guerre dangereuse qui va faire des ravages sur les deux peuples. La guerre ne fera qu’apporter plus de meurtres, de souffrances et de douleurs. Nous exigeons la fin de l’escalade. Nous exigeons la fin de l’incendie. Nous exigeons la seule solution à la situation : la fin de l’occupation, la fin du siège de Gaza et la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël dont la capitale est Jérusalem-Est. »
Une invasion terrestre envisagée
De son côté, le député communiste Ayman Odeh a également appelé les Arabo-Palestiniens d’Israël à s’abstenir d’actes de violence. « Nous sommes préoccupés par la détérioration de la rue, dit-il. Nous nous opposons à toute attaque contre des civils innocents qui doivent être tenus à l’extérieur du conflit. Nous avons averti Netanyahou à maintes reprises qu’il pourrait enflammer toute la région afin de préserver son pouvoir et maintenant nous voyons le résultat de ses actions. »
Des actions terribles qui s’amplifient. Sous prétexte de répliquer aux tirs de roquettes en provenance de Gaza et de viser les installations militaires du Hamas, l’aviation israélienne s’est déchaînée, opérant plus de 600 sorties en trois jours. C’est un véritable massacre. Plus de 80 personnes, des civils pour la plupart, ont été tuées côté palestinien et sept en Israël.
Tandis que les tirs d’artillerie se multipliaient en direction de l’enclave palestinienne, contrôlée par les islamistes du Hamas, des chars et d’autres véhicules blindés se sont massés le long de la barrière frontalière séparant Gaza d’Israël. « Nous sommes prêts et nous continuons à nous préparer à différents scénarios », a déclaré à l’AFP le porte-parole de l’armée, Jonathan Conricus, précisant qu’une invasion terrestre était « un des scénarios ». En réalité, Israël n’a jamais cessé d’attaquer Gaza, même lorsque aucune roquette n’était tirée. Les Marches du retour, organisées chaque semaine dans le territoire palestinien, ont été l’occasion pour l’armée israélienne de blesser et tuer de nombreux Palestiniens. La dernière offensive massive, en 2014, s’était soldée par plus de 2 200 morts dans la bande de Gaza.
« Cela prendra du temps (…) mais nous allons restaurer la quiétude en Israël », a averti Benyamin Netanyahou, qui s’est rendu jeudi sur le site d’une batterie du bouclier antimissile Dôme de fer, dans le centre du pays. Aucune mesure de rétorsion n’étant envisagée pour le contraindre à cesser les bombardements, il sait qu’il dispose encore de plusieurs jours pour frapper Gaza. Joe Biden, qui l’a appelé, lui a redit qu’Israël avait le droit de se défendre. Mais de l’occupation et de la colonisation, raisons de la colère palestinienne, les deux hommes n’ont pas parlé.
Un appel de L'AFPS du Pays de Morlaix et de nombreuses associations est lancé pour manifester notre solidarité avec le peuple palestinien
SAMEDI 15 MAI 2021
(jour anniversaire de la Nakba de 1948)
a 10h 30 SQUARE DE LA RESISTANCE à MORLAIX
l'appel lancé par l'Afps du Pays de Morlaix a d'ores et déjà reçu le soutien de: LDH, Amnesty International, CCFD-Terre Solidaire, Association Morlaix/Wavel, ACAT, PS, PCF, Génération's, France Insoumise, EELV, Ensemble, UDB, Gauche indépendantiste, NPA, Lutte Ouvrière, UL-CGT, UL-Solidaires...
La situation subie par le peuple palestinien est dramatique.
A Jérusalem, en Cisjordanie ou à Gaza, l'occupant israélien amplifie sa politique d'apartheid et réprime la population palestinienne. Les bombardements sur Gaza s'intensifient, 70 morts annoncés ce jeudi matin.
Pour dire NON aux expulsions et destructions de maisons dans les quartiers palestiniens de Jérusalem Est !
Pour dire NON aux provocations et aux actes racistes des suprémacistes israéliens dans la vielle ville de Jérusalem !
Pour dire NON aux massacres à Gaza !
Pour le respect par Israël du droit international et la fin de l'occupation !
Pour interpeller le gouvernement français sur son absence de soutien au peuple palestinien !
Pour manifester notre solidarité avec une Palestine libre !
RAPPPEL: à Brest, ce samedi 15 mai à 15h, place de la liberté
POUR LA DEFENSE DU PEUPLE PALESTINIEN SOUMIS A UNE ATTAQUE MASSIVE DE L'ARMEE ISRAELIENNE A GAZA ET A DES EXPULSIONS A JERUSALEM. A l'appel de l'AFPS, avec Amnesty international, les Amis de l'Humanité, Attac, EELV Brest, Ensemble, la FI, la LDH, les Jeunes insoumis, le Mrap, le NPA, le PCF, le POID, Solidaires, l'UCL, l'UDB, l'UEP...
Et à Quimper:
Lundi 17 mai à 17h30 place Terre au Duc à Quimper
Pour la protection du peuple palestinien, pour la paix.
La section PCF du pays de Quimper appelle à participer au rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien lundi 17 mai à 17h30 place Terre au Duc à Quimper à l’initiative du groupe du pays de Cornouaille de l’AFPS.
Chaque jour qui passe, la situation en Palestine s’aggrave, la sinistre statistique des morts et des blessés palestiniens à Gaza, y compris des enfants, s’alourdit, les violations du droit international par le gouvernement d’extrême-droite israélien se multiplient, et la flambée de la haine et de la violence interpelle celles et ceux qui sont attachés à la paix, paix qui ne peut se fonder que sur la justice et la reconnaissance du droit des peuples.
Quelles perspectives laisse-t-on aux jeunes Palestiniens de Cisjordanie qui n’ont jamais connu d’autre horizon que l’occupation armée, la spoliation, le déni des droits les plus élémentaires, à ceux de Jérusalem-Est qui assistent à l’expulsion forcée de leurs familles au profit de colons israéliens, à ceux de Gaza enfermés dans une prison à ciel ouvert à la merci des bombes israéliennes, et même d’une intervention terrestre un moment envisagée, alors que la promesse d’un État palestinien, à côté de l’État d’Israël, s’éloigne de plus en plus malgré les engagements internationaux ?
Apartheid et discriminations s’étendent des deux côtés du mur de la honte construit par les dirigeants israéliens, et les Palestiniens d’Israël, déjà citoyens de seconde zone, se retrouvent aujourd’hui rejetés à la marge de leur pays devenu en 2018 « État-nation du peuple juif ».
Tous ceux qui s'emploient à transformer un conflit colonial entre puissance occupante et peuple privé de terre et de droits, au mépris de toutes les résolutions internationales, en conflit religieux, et même maintenant ethnique, jouent avec le feu.
En témoignent la montée du racisme, les déchaînements de l’extrême-droite israélienne, les lynchages.
C’est un dangereux engrenage qui se met en place, et personne n’en sortira indemne.
Seule une solution politique peut garantir une paix juste et durable, et permettre de construire un avenir pour tous les peuples de cette région du monde, c’est l’intérêt des Palestiniens comme des Israéliens.
L’attitude d’Emmanuel Macron, renvoyant dos à dos la puissance occupante et un peuple vivant sous occupation, avec la pression permanente d’une des armées les plus puissantes du monde, est indigne, comme l’est l’arrestation et la mise en garde à vue mercredi dernier, au sortir d’une entrevue officielle au ministère des Affaires étrangères, de Bertrand Heilbronn, 71 ans, président de l’AFPS.
Et quand le ministre Darmanin enjoint aux préfets d’interdire les manifestations de solidarité avec la Palestine, on peut s’interroger légitimement sur le but visé.
Le gouvernement de la France doit au contraire peser de tout son poids, conformément aux engagements internationaux de notre pays, pour arrêter l’escalade meurtrière, protéger le peuple palestinien et défendre ses droits, ouvrir la voie à un règlement politique juste et durable.
C’est le chemin de la paix pour tous ceux qui vivent sur cette terre, creuset de grandes civilisations.
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Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.