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1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 09:22

Gaza : le PCF demande une intervention immédiate pour que cessent les exactions du gouvernement Israélien

Chaque 30 mars lors de la grande marche du retour pour la Journée de la terre, les Palestiniens commémorent la mort, en 1976, de six arabes israéliens tués lors d'une manifestation contre la confiscation de leur terre par Israël. Ils se mobilisent pour faire droit au retour des réfugiés palestiniens.
Cet année ils étaient plus de 30 000 sur la bande de Gaza a manifester pacifiquement alors que des tireurs d'élite de l'armée israélienne avaient l'autorisation de tirer sur eux à balles réelles. Vendredi 30 mars, on compte 16 palestiniens assassinés et plus de 500 blessés.
Ce massacre intervient dans un contexte où le gouvernement d'extrême droite Israélien se sent pousser des ailes. Aidé par les décisions mortifères de Trump, il s'attaque aux « arabes israéliens », c'est à dire les palestiniens restés en Israël après 1948, en adoptant à la Knesset La loi sur “l’État-nation”, qui va constitutionnaliser le caractère exclusivement juif de l’État et l 'apartheid.
Jusqu'où ira cette politique qui fait feu de tout bois des lois internationales et des droits humains des Palestiniens ?
Le PCF, à la fois indigné et très inquiet de cette escalade dangereuse et meurtrière, demande au président Macron et à l'ensemble de la communauté internationale d'intervenir immédiatement pour que cessent les exactions du gouvernement Israélien.

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1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 09:15
Massacre de manifestants à Gaza: l'AFPS demande une intervention immédiate du Président de la République
GAZA : l’AFPS demande une intervention immédiate du Président de la République

http://www.france-palestine.org/GAZA-l-AFPS-demande-une-intervention-immediate-du-President-de-la-Republique

A Gaza, ce sont des snipers de l’armée israélienne qui tirent sur les habitants palestiniens qui se rassemblent pour célébrer, comme partout ailleurs en Palestine, la journée de la terre.

L’armée israélienne a elle-même confirmé qu’une centaine de snipers avaient l’ordre de tirer contre quiconque s’approcherait de la frontière. Des snipers suréquipés ont l’ordre de tirer contre des civils sans défense.

Depuis le début de la journée, on compte 8 morts et des centaines de blessés.

Depuis 11 ans, les 2 millions d’habitants de Gaza, dont les deux-tiers sont des réfugiés, vivent sous un blocus inhumain imposé par l’armée israélienne. Un blocus qui pousse au désespoir une population inventive, éduquée, qui demande à vivre.

Des rassemblements et des villages de tentes ont été mis en place en différents points de la Bande de Gaza. Par ces rassemblements pacifiques, les Palestiniens de Gaza réclament la fin du blocus et l’application de leurs droits. Les manifestations sont prévues pour 6 semaines jusqu’au 15 mai, l’anniversaire de la Nakba.

Le monde entier, dont la France, condamne depuis des années le blocus de Gaza. Mais les mots ne servent à rien face au pouvoir israélien.

Le droit au retour des réfugiés palestiniens est inscrit dans la résolution 194 de l’ONU, que l’Etat d’Israël s’est engagé à respecter lors de son admission à l’ONU, en 1949. Mais les résolutions de l’ONU sont toujours bafouées par l’Etat d’Israël, qui se considère au-dessus du droit international.

Mais il faut, d’abord et avant tout arrêter le massacre, et la France doit agir, immédiatement.

Président de l’Association France Palestine Solidarité, Bertrand Heilbronn s’adresse en ces termes au Président de la République :

"Monsieur le Président de la République, vous ne pouvez pas accepter que l’armée de l’Etat d’Israël, avec qui la France et l’Europe entretiennent de multiples relations, tire ainsi à balles réelles sur des manifestants désarmés. Nous vous demandons d’intervenir en urgence, de faire convoquer l’ambassadrice d’Israël, et d’indiquer clairement que la France prendra des sanctions si ce scandale ne cesse pas immédiatement.

Les lignes rouges sont franchies depuis longtemps, la France et l’Europe doivent au minimum, et en urgence, protéger le peuple palestinien. Les tirs contre des manifestants désarmés doivent cesser, le blocus de Gaza doit être levé immédiatement, et Israël doit suspendre toute action de colonisation, d’annexion, de déplacement de population et de démolitions des maisons et des infrastructures palestiniennes. Les mots ne suffisent plus et l’heure est aux sanctions si ces exactions ne cessent pas."

 

Le Bureau national de l’AFPS
le 30 mars 2018 à 16h45

 

-- 
Association France Palestine Solidarité (AFPS) 
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1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 08:27
Israël-Palestine. Le point de non-retour ? (Sonya Ciesnik, Le Télégramme, 1er avril 2018)

Des milliers de Gazaouis ont pris part, samedi, aux funérailles de manifestants tués la veille lors d'affrontements avec l'armée israélienne qui ont fait 16 morts côté palestinien, la journée la plus sanglante depuis 2014. La solution a deux États est à nouveau très largement au second plan. Définitivement ?

 

La fenêtre d'opportunité d'une solution à deux États, Israël et la Palestine, se referme peu à peu. Aujourd'hui, les Palestiniens font face à une administration américaine qui conforte Israël dans ses ambitions territoriales. Les avocats d'un État palestinien (groupes de la société civile, femmes, organisations de jeunesse et associations communautaires) travaillent néanmoins sans relâche sur une solution à deux États.

 

« Nous vivons dans une ère de type McCarthy », déplore Amit Gilutz, porte-parole de B'Tselem, le Centre israélien d'information sur les droits de l'Homme, en référence au rétrécissement de la liberté d'expression dans l'été hébreu. Au cours de notre entretien, une carte des colonies israéliennes et la barrière de séparation en Cisjordanie posée sur une table, Gilutz observe : « Trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, contrôlés par un État qui veut leur terre, leurs ressources sans leur octroyer une expression politique autonome ».

« Connaître chaque colline, chaque caverne »

 

Comment en est-on arrivé à ce point ? La réponse se trouve dans l'histoire de la région, comprenant des cycles de paix et de violences qui consacrent la droitisation en Israël et la radicalisation croissante en Cisjordanie.

L'élection de Menahem Begin, fondateur du Likoud, comme Premier ministre d'Israël en juin 1977, a modifié à la fois le discours d'Israël sur les colonies et le rythme de leur mise en oeuvre. Begin refusa d'utiliser les termes « Cisjordanie » ou « Palestiniens » pour ne parler que de « Judée et Samarie » et des droits historiques du peuple juif. À l'origine, les colonies étaient des « bases de sécurité. Des structures rudimentaires situées sur les sommets des collines afin de surveiller l'environnement et maintenir la communication avec d'autres bases ».

 

Le choix, alors, du ministre de l'Agriculture, Ariel Sharon, surnommé « le bulldozer », fut d'accroître la présence militaire en Cisjordanie. Pour Sharon, la clé de l'occupation était la sécurité : « Connaître chaque colline, chaque montagne, chaque vallée, chaque source, chaque caverne ; la curiosité de savoir ce qu'il y a de l'autre côté de la colline, c'est la sécurité ».

Virage vers la droite

 

Après la première intifada, sont signés en 1993 les accords d'Oslo par le leader palestinien Yasser Arafat et le premier ministre israélien Yitzhak Rabin. Ces accords apportent à Arafat la respectabilité qui lui manquait sur la scène internationale mais marquent le début du déclin du mouvement national palestinien. Piégée entre sa mission révolutionnaire d'agent de libération nationale et ses nouvelles responsabilités en tant que proto-État. Les opérations sécuritaires menées en conjonction avec les Israéliens ont fait apparaître l'Autorité palestinienne comme « sous-traitante » de l'occupation.

L'assassinat d'Yitzhak Rabin en novembre 1995 marque un tournant et le pays amorce son virage vers la droite. Aujourd'hui, les scandales de corruption affectant le Premier ministre Benyamin Netanyahu, plusieurs politiciens de son bord incitent à aller encore plus à droite. Pour la première fois, les dirigeants nationalistes du Likoud en viennent à envisager un seul État par l'annexion de toute la Cisjordanie.

Des lignes rouges

 

Comme l'écrit la journaliste Peggy Cido, « l'économie israélienne est totalement capitaliste et, comme partout ailleurs dans ce type d'économie, les riches s'enrichissent, les pauvres s'appauvrissent et la classe moyenne disparaît comme neige au soleil ». Pour les Israéliens ordinaires qui cherchent à améliorer leurs conditions de vie, la tentation de s'installer en Cisjordanie est là.

De plus, d'après Peggy Cidor, « cela touche particulièrement les personnes et les familles qui sont déjà au bas de l'échelle et n'arrivent pas à survivre. Hypothèques à bon marché, exonérations fiscales et la possibilité de vivre dans plus d'espace ne sont que quelques-unes des incitations offertes par le gouvernement israélien pour s'établir dans les colonies.

« Ce qui nous donne de l'espoir, c'est la communauté internationale », juge Amit Gilutz, expliquant que les diplomates internationaux fixent des lignes rouges à ne pas franchir.

 

L'exil intérieur

Un Palestinien, comment peut-il vivre et voyager en Cisjordanie ? Pour le savoir, j'ai rencontré Ahmed Khalidi, journaliste et activiste. Ensemble, nous allons nous déplacer de la capitale administrative de l'Autorité palestinienne, à l'intérieur de la Cisjordanie profonde jusqu'à Naplouse. Plus précisément, à la recherche de la « soumoud », la ténacité des Palestiniens face à la réalité de l'occupation.

À Al-Bireh, une localité au nord de Ramallah, je me suis retrouvée au contact d'un groupe d'adolescentes, des jeunes filles élancées avec des cheveux longs et amples, des robes écarlates traditionnelles brodées, conscientes de leur beauté, se rapprochant les unes des autres avec leurs parents souriants et fiers à leurs côtés. En dépit du déclin du mouvement palestinien, le dynamisme s'est déplacé des structures politiques vers la rue.

« Le simple fait d'avoir réussi à habiter et à exister dans cet espace semble important », me glisse Khalidi. Dans notre taxi collectif, nous observons diverses scènes bruyantes. Des jeunes brûlent des pneus sur le bord de la route. Ils clament, « Abbas, abandonnez votre basta », ce dernier mot signifiant trivialement le stand du colporteur, une manière de dire « dégage ! ». Plus loin, Khalidi observe plusieurs chars militaires israéliens bloquant la route qui conduit de Ramallah à Naplouse. « Tout prend tellement de temps, le trafic est dévié sur une seule route, les embouteillages sont fréquents et, parfois, nous sommes obligés d'attendre des heures s'il y a un attentat et que les routes sont bloquées ».

« L'Égypte pourrait jouer un rôle déterminant »

 

Khalidi est de la première génération à avoir vécu dans un camp de réfugiés. Né en 1989, son enfance a été marquée par la deuxième intifada. Quand il m'a parlé de son intérêt pour l'Afrique du Sud, il est facile d'établir un parallèle entre la lutte palestinienne et celle du Congrès national africain (ANC).

Néanmoins, avec la mort d'Arafat, le Fatah a perdu sa raison d'être. Le mouvement de libération est pris dans un processus de négociation sans fin.

Grâce à Khalidi, j'ai pu entrer en contact avec Mo'men Abu Nada, un coordinateur d'une ONG allemande de Gaza, via l'application WhatsApp. Quand je l'interroge sur l'évolution de la société à Gaza, il explique que « la situation sociale s'est améliorée par rapport à ce qu'elle était il y a douze ans, quand le Hamas est arrivé au pouvoir ». Il ajoute toutefois, que les espaces socio-culturels sont limités, et que le mélange entre hommes et femmes dans l'espace public est réservé aux cafés et restaurants les plus huppés. Grâce aux militants des droits des femmes et à certains Moktars (leaders communautaires), des campagnes en faveur de certaines libertés (fumer, jouer au football, accès aux services psycho-sociaux...) apportent de l'oxygène aux habitants. Revenant à la question d'une solution de paix à deux États, Abu Nada assure que « l'Égypte pourrait jouer un rôle déterminant car ce pays travaille sur le dossier israélo-palestinien depuis quarante ans et entretient des relations de voisinage avec nous ». Une note d'espoir.

 

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1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 08:06
Gaza. Au moins 16 morts et 1400 palestiniens blessés (L'Humanité, 31 mars 2018)
Gaza. Au moins seize morts et 1400 palestiniens blessés
LORENZO CLÉMENT AVEC AFP
SAMEDI, 31 MARS, 2018
HUMANITE

Des dizaines de milliers de Palestiniens, notamment des femmes et des enfants, ont convergé vendredi le long de la barrière frontalière qui sépare la bande de Gaza d'Israël dans le cadre de "la grande marche du retour".

Le face-à-face entre soldats israéliens et manifestants palestiniens devait se poursuivre samedi à la frontière de la bande de Gaza, au lendemain d'une journée parmi les plus meurtrières de ces dernières années, avec 16 Palestiniens tués par des tirs israliens. Ce mouvement de protestation doit durer six semaines pour exiger le "droit au retour" des réfugiés palestiniens et dénoncer le strict blocus de Gaza. Un petit nombre d'entre eux s'est approché à quelques centaines de mètres de cette barrière ultra-sécurisée, régulièrement le théâtre de heurts sanglants entre habitants de l'enclave et soldats. Ces derniers ont répliqué en tirant à balles réelles et en faisant usage de gaz lacrymogène.
Selon le ministère de la Santé dans la bande de Gaza, 16 Palestiniens ont été tués et plus de 1.400 blessés dans les affrontements avec l'armée israélienne. Dans un discours vendredi, le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré qu'il tenait Israël pour pleinement responsable de ces morts.
 
Les Palestiniens ainsi que la Turquie ont dénoncé un "usage disproportionné" de la force. La Ligue arabe, l'Egypte et la Jordanie ont également condamné la riposte israélienne. Washington s'est déclaré pour sa part "profondément attristé par les pertes humaines à Gaza", selon un tweet de Heather Nauert, la porte-parole de la diplomatie américaine, exhortant "ceux impliqués à prendre des mesures pour faire diminuer les tensions".
 
Le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni en urgence vendredi soir, a entendu les inquiétudes quant à une escalade de la violence mais n'est pas parvenu à s'entendre sur une déclaration commune. "Il y a une crainte que la situation puisse se détériorer dans les prochains jours", a mis en garde Taye-Brook Zerihoun, le secrétaire général adjoint de l'ONU aux affaires politiques, appelant à la retenue maximale.  Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont exprimé des regrets quant au calendrier de la réunion - la Pâque juive a commencé vendredi soir - synonyme d'absence de responsables israéliens. En fin de journée, l'armée israélienne a dit avoir frappé trois positions du mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, en représailles à une tentative d'attaque de ses soldats par des manifestants.
La "grande marche du retour" a lieu à l'occasion de la "Journée de la Terre", qui marque chaque 30 mars la mort en 1976 de six Arabes israéliens pendant des manifestations contre la confiscation de terres par Israël. Les Arabes israéliens sont les descendants de Palestiniens restés sur place à la création de l'Etat d'Israël en 1948.
 
Vendredi soir, des responsables politiques de Gaza ont appelé les manifestants à se retirer de la zone frontalière jusqu'à samedi. De façon quasiment inédite, la police israélienne a par ailleurs indiqué avoir eu recours à un drone pour larguer du gaz lacrymogène sur les manifestants. Tôt vendredi, avant le début de "la marche du retour", un agriculteur palestinien de 27 ans a été tué par un tir à l'arme lourde israélien près de Khan Younès, dans le sud de l'enclave. Tandis que l'Etat d'Israël célèbrera en mai ses 70 ans, les Palestiniens attendent toujours la création de leur Etat, qui a rarement paru plus incertaine. Le droit au retour des réfugiés reste une revendication palestinienne fondamentale et, pour les Israéliens, un obstacle majeur à la paix.
Le statut de Jérusalem est également un important point de crispation, encore plus depuis que le président américain Donald Trump a décidé de reconnaître la ville en tant que capitale d'Israël et d'y transférer l'ambassade des Etats-Unis. Des manifestations, moins imposantes que celles de Gaza, ont par ailleurs eu lieu en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans.
Gaza. Au moins 16 morts et 1400 palestiniens blessés (L'Humanité, 31 mars 2018)
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1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 07:47
A la frontière de la bande de Gaza, une « grande marche du retour » pacifique mais meurtrière

Des dizaines de milliers de Palestiniens ont manifesté vendredi à quelques mètres de la clôture qui les sépare d’Israël. Au moins seize ont été tués par l’armée israélienne.

 

Tels des champignons de fer, les casques des tireurs d’élite israéliens se dessinent, immobiles, au sommet des collines. Des officiers assurent la liaison radio à leurs côtés. Une jeep passe dans leur dos. Les manifestants palestiniens, réunis près du camp de Bureij, contemplent ce ballet. La distance qui les sépare des soldats se compte en centaines de mètres. Soudain, une balle siffle, un corps s’effondre. On l’évacue. On continue.

 

Ce face-à-face a duré toute la journée du vendredi 30 mars, le long de la bande de Gaza. Alors que des dizaines de milliers de personnes ont afflué pacifiquement vers les zones prévues par les organisateurs de la « grande marche du retour », au moins seize manifestants ont été tués et près de 1 400 ont été blessés, dont beaucoup par balles réelles. Un bilan lourd, hélas attendu.

Les responsables israéliens avaient dramatisé ce rendez-vous, en prêtant l’intention aux participants, supposément manipulés par le Hamas, de vouloir franchir la frontière. Ce ne fut pas le cas, même si les plus téméraires s’approchèrent de la clôture, ivres de leur propre audace.

L’armée a aussi dénoncé, vendredi, une attaque armée par deux Palestiniens dans le nord de la bande, qui ont été tués. « Nous identifions des tentatives d’attaques terroristes sous le camouflage d’émeutes », a affirmé le général de division Eyal Zamir, chef du commandement de la région Sud. Tandis que les responsables politiques gardaient le silence, les militaires imposaient une lecture strictement sécuritaire de l’événement.

« On est debout, on existe »

Cette journée marque un succès amer pour les partisans d’une résistance populaire pacifique, qui ont constaté depuis longtemps l’échec de la lutte armée. D’autant que la supériorité technologique de l’armée israélienne ne cesse de s’accroître. La manifestation de vendredi place cette armée sur la défensive, obligée de justifier des tirs à balles réelles sur des manifestants ne présentant aucun danger immédiat pour les soldats.

Toutes les factions, Hamas en tête, avaient appelé les Gazaouis à participer. Elles ont fourni un appui logistique, affrété des bus. Des appels ont été diffusés dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans les mosquées. Mais contrairement aux propos calibrés des autorités israéliennes, personne n’a forcé les Gazaouis à sortir pour réclamer le droit au retour des Palestiniens sur les terres qu’ils ont perdues en 1948, au moment de la création d’Israël.

Gaza compte 1,3 million de réfugiés sur une population de près de 2 millions. « Je n’appartiens pas à une faction, mais à mon peuple, résume Rawhi Al-Haj Ali, 48 ans, vendeur de matériaux de construction. C’est mon sang et mon cœur qui m’ont poussé à venir. »

Non loin de lui, dans la zone de rassemblement de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, Ghalib Koulab ne dit pas autre chose, sous le regard de son fils. « On veut envoyer un message à l’occupant, résume cet homme de 50 ans. On est debout, on existe. »L’ancien village de ses parents est situé quelques kilomètres derrière la clôture.

Diversité et dénuement

« Provocation », a lâché le ministre israélien de la défense, Avigdor Lieberman. « Emeutiers », ont répété en boucle, vendredi, les porte-voix de l’armée. Emeutiers. Dans le conflit israélo-palestinien, les mots aussi sont sacrifiés, vidés de leur sens.

Dans chacun des cinq lieux de rassemblement prévus le long de la frontière a conflué le peuple gazaoui dans sa diversité, et son dénuement. Vieillards et gamins, femmes voilées et jeunes étudiantes apprêtées, mais surtout jeunes hommes sans avenir : ils ont marché des kilomètres, ou bien ils ont pris un bus. Ils ont juché les enfants sur les épaules, grimpé à l’arrière de camionnettes ou tenté de se tenir en équilibre, à dix, sur un tracteur épuisé.

Dans le bruit confus des klaxons et des sonos, ils se sont lentement approchés de cette zone frontalière d’habitude évitée, redoutée, où l’armée construit un mur pour remplacer une clôture jugée trop vulnérable. La plupart sont restés sagement à distance, loin de la frontière, mangeant des glaces ou picorant des graines, s’interrompant pour la grande prière.

Il y avait, évidemment, une avant-garde plus téméraire. Des centaines d’adolescents qui s’escrimaient à se rapprocher le plus possible de la clôture de sécurité, sans la franchir, conformément à la consigne diffusée.

Un territoire à l’agonie

Mais personne ne contrôlait cette foule éclatée, coupant à travers champs. Certains jeunes avaient des lance-pierres de fortune, qui ne pouvaient guère atteindre les soldats. Les autres cherchaient à planter un drapeau palestinien, ou bien à organiser un sit-in de quelques minutes, avant que le gaz lacrymogène, largué par des drones, ne les éparpillent.

Il est tentant de dire que ces jeunes défiaient la mort. En réalité, ils défiaient la vie, la leur, qui ressemble à une longue peine : celle des victimes du blocus égyptien et israélien, enfermées depuis bientôt onze ans dans ce territoire palestinien à l’agonie.

ls étaient terribles, ces rires de l’assistance autour de Nasser Chrada, 26 ans, quand on lui a demandé s’il travaillait. « Personne ne travaille. » Père de trois filles, il est venu à la manifestation de Jabaliya en pensant à sa famille, originaire de Jaffa, près de Tel-Aviv. Il ne sait pas à quoi ça ressemble, Jaffa, devenue la petite cité branchée de la côte. Il fantasme, il parle en slogans, il ne pense pas à ceux, des Israéliens, qui y vivent depuis soixante-dix ans. Est-il prêt à tenter de franchir la clôture, au risque de mourir ? « Oui, si d’autres y vont. Dieu s’occupera de mes filles. »

Cette incapacité à anticiper la suite, à formuler des demandes précises au-delà de la libération – invraisemblable – de leurs terres, on la retrouve chez quasiment tous les manifestants. « On ne veut pas de nourriture ou d’aide, on veut la liberté, le respect de nos droits,résume l’un des organisateurs, le journaliste Ahmed Abou Irtema. C’est aux Israéliens de résoudre ce problème. »

Imposer un rapport de force

Il est difficile de tenir un discours politique charpenté quand on vit sous cloche, sans contacts avec l’extérieur. La priorité : imposer un rapport de force.

« On ne sera pas transférés dans le Sinaï égyptien, comme le veulent les Américains et les Israéliens !, assure Am-Ashraf Yazgi, une mère de famille de 49 ans, habitante de Beit Hanoun. On continuera jour après jour, jusqu’à ce qu’on retrouve nos terres. Les Juifs qui y vivent doivent retourner dans les pays dont ils viennent. » Un cliché répandu, chaque camp méprisant ou ignorant les drames vécus jadis par l’autre.

 

Dans le public, les motivations sont variées. Certains sont venus parce que c’était le théâtre dramatique du jour, à ne pas manquer. Effet de foule. D’autres pensaient à leurs aïeux, récitant le nom de leurs villages. Mais tant d’autres n’ont pas fait le déplacement.

L’absence de drapeaux à la gloire des factions était frappante, de même que l’absence de forces de sécurité du Hamas, en dehors de quelques postes en retrait. Ce mouvement populaire permettait, il est vrai, de recouvrir les fractures béantes entre le mouvement islamiste armé et le Fatah du président Mahmoud Abbas. Le processus de réconciliation, amorcé sous les auspices de l’Egypte en octobre 2017, est au point mort, mais personne ne veut signer l’acte de décès.

Six semaines de mobilisation similaire sont prévues jusqu’au 15 mai. Au lendemain du déménagement symbolique de l’ambassade américaine vers Jérusalem, ce sera le jour de commémoration de la Nakba, soit la « grande catastrophe » que fut l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens en 1948. Impossible de prévoir à cette heure si une dynamique populaire va s’enclencher, ou si le marasme ambiant va engloutir ces ambitions. Gaza est un village sinistré, où les sentiments ruissellent vite : la colère, la peur, le deuil. On ne sait encore ce qu’il en sera du désir d’action.

 


 

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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 05:00
Aung San Suu Kyi, l'armée birmane et les Rohingyas - livre disponible aux éditions de l'Atelier le 29 mars 2018

Exécutions, viols, tortures, les violences à l’origine du dernier exode des Rohingyas, minorité musulmane persécutée par l’armée birmane, ont progressivement attiré l’attention du monde. Dans ce contexte, le comportement d’Aung San Suu Kyi, jusqu’alors figure centrale de la lutte pour la démocratie en Birmanie et prix Nobel de la Paix, a surpris et déçu. Comment expliquer son attitude pour le moins ambivalente face à ce que l’ONU qualifie de « nettoyage ethnique » ?

 

Spécialiste reconnu de la Birmanie, Frédéric Debomy a très tôt donné l’alerte sur le sort des Rohingyas. Il répond dans un essai aux questions que pose le comportement d’Aung San Suu Kyi et rétablit les subtilités qui échappent aux débats médiatiques. Un ouvrage de réflexion pour faire un point précis sur la situation et tenter d’expliquer le fil des événements et le positionnement actuel d’Aung San Suu Kyi. Les choses seraient-elles plus complexes qu’il n’y paraît ?

Aung San Suu Kyi, l’armée et les Rohingyas

Frédéric Debomy

160 p. – 16 €

 

DISPONIBLE EN LIBRAIRIE LE 29 MARS 2018

 

Je commande

 

En 2017, le monde entier écoutait, effaré, la dirigeante birmane couvrir de ses mensonges les exactions et les crimes perpétrés par l’armée, une armée caractérisée de longue date par son extrême brutalité à l’égard des populations. Parallèlement, certaines de ses actions, menées plus discrètement, laissent penser qu’en dépit des apparences, elle agit. Elle est notamment à l’origine de la mise en place d’une commission consultative présidée par l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, réclamant le rétablissement des Rohingyas dans leurs droits. Il est donc essentiel de dépasser l’impression première d’une solidarité de fond entre Aung San Suu Kyi et l’armée, d’essayer de comprendre et d’analyser la stratégie qu’elle semble conduire dans un contexte où elle ne dispose que d’une marge de manœuvre limitée.

 

Cet ouvrage, attentif aux ambiguïtés de la « Dame », se préoccupe aussi d’élargir le champ de la question des Rohingyas et s’interroge sur l’avenir d’un pays obsédé par la question de l’ethnicité.

 

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 11:46
Indigestion de canons - par Yvon Huet (28 mars 2018)

Indigestion de canons

J'ai pu suivre hier un documentaire sur la chaîne LCP relatif à l'affaire Sarkozy, "le Dictateur et le Président". J'en tire une première impression, celle de ce pouvoir hallucinant qu'on donne aux présidents, notamment celui de déclarer des guerres comme on jouerait au poker.

Les conséquences désastreuses que nous connaissons aujourd'hui, nous les subissons sans que le président en exercice ait eu à rendre des comptes, sauf sur un soupçon de corruption, grave certes, mais moins encore que l'irresponsabilité. N'oublions pas que Sarkozy a fait une guerre sous couvert de l'OTAN, force de frappe d'une puissance dite "occidentale" qui croie pouvoir encore régenter les équilibres géopolitiques comme au bon vieux temps de la colonisation. Certes Kadhafi était un dictateur, comme bien d'autres qui ont servi de couverture pendant la guerre froide pour empêcher l'émancipation des peuples d'Afrique et du Moyen-Orient. Les couvertures ont été en partie débarquées, et elles ont laissé un champ de ruine et de désolation en prime dans lequel les dites "Grandes" puissances se disputent le leader sheap sans aucun égard pour les populations.

Les champions de l'OTAN préfèrent, pour ces pays, la misère et son contrôle, sous une forme ou une autre, que le développement et la sortie du mouroir. C'est sur ce terreau de douleur que se propage l'islamisme, notamment en Libye et aux alentours et a fortiori, dans le monde entier, partout où les frustrations ne trouvent pas la sortie d'un tunnel de plus en plus étroit et étouffant.

Et si on choisissait la vie

Si nous voulions tuer ce mal à la racine, plutôt que de se lamenter sans rien pouvoir faire d'autre que de crier "vengeance" comme on ferait pipi dans un violon, il faudrait remettre en cause cette logique et couper les vivres aux marchands de canons, notamment français, qui prennent les peuples en otage pour faire leurs courses monstrueuses. Ainsi, plutôt que de dépenser des fortunes pour la tuerie, on les consacrerait au développement d'un monde affamé et esclavagisé qui, demain, demandera des comptes avec raison.

Raison de plus, aussi, pour accueillir dignement les migrants qui fuient le cadre d'une impossibilité de vivre dans laquelle nos gouvernants ont une responsabilité majeure, même si elle n'est pas unique. Et c'est par cet accueil digne que nous pourrions recréer des liens vertueux dans un esprit de solidarité avec le monde dont ils sont issus et qu'il faut aider sur des bases de coopération entièrement nouvelles, où les citoyens devraient avoir leur mot à dire et l'État une vraie responsabilité à tenir.

La barbarie n'est pas une "vertu" occidentale. L'Occident n'est pas le dernier de la classe en la matière. C'est l'inventeur de l'Holocauste, ne l'oublions pas. A la croisée des chemins d'une humanité qui n'arrive pas à sortir de ses réflexes prédateurs, imposons la citoyenneté mondiale contre les replis, qu'ils soient identitaires ou religieux. Mine de rien, c'est plus qu'une question de survie, c'est une question de vie tout simplement.

Yvon Huet, 28 mars 2018 

 

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 10:06
Espagne : Préserver les libertés et droits démocratiques (PCF, 27 mars 2018)

Espagne : Préserver les libertés et droits démocratiques

Les nouvelles décisions prises par le Tribunal Suprême espagnol de placer en détention préventive les principaux dirigeants des partis indépendantistes catalans constituent de graves atteintes aux libertés démocratiques. Toute question politique doit être abordée et résolue par la voie du dialogue et non par une répression judiciaire et policière démesurées.

Cette décision inique intervient alors que, dans le même temps, plusieurs décisions de la justice espagnole qui bafouent la liberté d'expression et les droits démocratiques citoyens, justifieraient que ces questions - comme le demandent les forces de la gauche progressiste espagnole, dont la Gauche Unie et les communistes dans « Unidos Podemos » - puissent déboucher sur « une homologation du Code pénal espagnol aux règlements internationaux et à la jurisprudence européenne » qui doit elle-même être démocratisée.

Le Parti communiste français est en cela solidaire des forces démocratiques de l’état espagnol qui cherchent une réponse unitaire pour mettre fin à l'autoritarisme et à la répression du gouvernement de Mariano Rajoy. Nous demandons la libération des prisonniers politiques, la non extradition de Carles Puidgemont par l'Allemagne et une prise de position de la France en ce sens.

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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 05:00
Egypte: enquête sur un régime de terreur et de torture (Médiapart, 26 mars 2018)
Egypte: enquête sur un régime de terreur et de torture
- Médiapart

Abdel Fatah al-Sissi est assuré d’être réélu à la présidence de l’Égypte. Depuis 2013, son régime exerce une répression féroce, où la torture et les disparitions forcées sont devenues des pratiques courantes. Les diplomaties occidentales, au premier rang desquelles la France, se taisent.

Assis au rez-de-chaussée du centre d’accueil fermé dans lequel il réside depuis six mois, S.* enchaîne les cigarettes et soupire. « Je me sens encore un peu en prison ici, je ne suis pas libre. Mais c’est quand même mieux que la prison égyptienne ! » plaisante-t-il (lire notre Boîte noire à la fin de cet article).

Arrivé en Belgique en novembre 2017, le jeune homme a demandé l’asile politique après avoir subi plusieurs mois d’enfermement et de tortures dans son pays d’origine. Révolutionnaire de la première heure, il explique avoir « comme tous les jeunes hommes de son âge, suivi le mouvement » pendant le soulèvement populaire égyptien de 2011 et les années qui ont suivi. Pacifiste, il était de tous les rassemblements. Jusqu’au 16 août 2014.

Quelques mois auparavant, Abdel Fatah al-Sissi, le nouvel homme fort du pays, a gagné la présidentielle avec 96,4 % des voix. Populaire pour avoir renversé le président islamiste Mohamed Morsi en juin 2013, l’ex-maréchal réinstalle aussitôt un régime militaire à la tête du pays, que beaucoup d’Égyptiens avaient pourtant tant combattu trois ans auparavant.

 

Ce soir d’août 2014, des policiers en civils viennent interroger le voisinage de S. Est-il révolutionnaire ? Gauchiste ? Islamiste ? « J’ai alors arrêté toute activité militante, raconte-t-il. J’ai fermé mon compte Facebook, j’ai quitté mon domicile et me suis caché pendant huit mois. »

Le 28 mars 2015, il commet une erreur. Après des mois de planque, le jeune homme rend visite à sa mère. Dénoncé, il est arrêté sur-le-champ par « des hommes en noir, masqués, avec leurs mitraillettes pointées sur ma gueule, se souvient-il. À ce moment-là, j’ai cru que c’était le pire jour de ma vie. Je ne savais pas encore ce qui m’attendait. » Jeté à l’arrière d’un pick-up, il est emmené au commissariat de Sharkeyyia, près des pyramides, en bordure du Caire. Sous les coups de bottes et de barre de fer, une voix lui lance : « Bienvenue en enfer. »

Après 24 heures de détention, le parquet décide de sa libération « faute de preuves tangibles prouvant son implication dans des actes répréhensibles ». Mais ses geôliers en ont décidé autrement. À minuit, il est sorti du commissariat par une porte dérobée et emmené dans les bureaux d’Al-Laghzoly, un QG policier utilisé comme centre de détention non-officiel, à deux pas des ambassades américaine et anglaise.

Entièrement déshabillé, frappé, abusé sexuellement une longue partie de la nuit, on lui promet de faire subir les mêmes sévices à sa famille s’il ne livre pas rapidement ses copains. Le lendemain matin, il est mis à genoux dans une pièce pendant plusieurs heures. « Là, je me suis dit que j’allais me prendre une balle dans la tête. »

Mais c’est « le barbecue » qui commence : « Ils m’ont attaché les mains et les pieds ensemble, comme quand on fait griller un poulet sur une broche, et ils ont commencé les électrocutions. Je hurlais, je leur disais d’arrêter. Ils me criaient un truc que tous les gens torturés connaissent : “Efdi nasfak.” Ça veut dire : “Épargne-toi, choisis de quel côté tu veux être, en enfer ou au paradis. Dis-nous tout sur tout le monde et on te lâche” », raconte le jeune homme.

« Ils m’électrocutaient les parties génitales, me versaient des liquides brûlants sur le corps, je leur demandais d’arrêter, je leur disais : je sens que mon cœur va lâcher, je vais mourir, j’ai des problèmes cardiaques ! Mes doigts avaient triplé de volume, ils étaient devenus bleus. À un moment, l’un d’eux a dit aux autres : “Arrêtez, il va claquer.” Ils m’ont retiré de la broche et ont fait venir un médecin pour contrôler si je pouvais encore tenir le choc. Il leur a dit : “C’est bon.” Ils m’ont remis sur le barbecue. Là, je me suis dit que j’allais direct à la mort. »

Humiliations, électrocutions, brûlures, abus sexuels avec des objets. S. ne veut pas que tout son récit soit mentionné. Par peur pour ses proches restés en Égypte. Par honte aussi de tout dire. Le calvaire dure 12 heures par jour. Pendant 16 jours. Le reste du temps se passe dans le noir, dans une minuscule cellule. « Tu n’as le droit d’aller aux toilettes qu’une fois par jour, à minuit, donc tu dois te retenir et si tu ne peux pas, tu te pisses dessus et tu restes comme ça. Pour déféquer, le problème ne se pose pas trop, tu n’as pas envie d’aller aux toilettes puisqu’on ne te donne pas à manger. »

Une source proche des services de sécurité égyptiens le confirme. Les détenus sont entassés, avec l’impossibilité de bouger, de se lever ou de marcher, et ils sont alimentés avec le strict minimum, 40 grammes de riz et deux tranches de pain. « La cellule est très sale, il fait froid, tu n’as aucun vêtement, tu n’as pas le droit de parler aux autres, pas le droit de manger, de boire, de dormir. Le pire, c’est les cris des gens que tu entends se faire torturer, témoigne S. Quand tu entends les autres, tu réalises. Et tu attends ton tour. »

Détenu dans le secret pendant deux semaines, accusé de « participation à un groupe illégal qui planifie des attaques contre le pays avec la complicité d’ennemis de l’étranger », S. a perdu 20 kilos quand il est officiellement mis en état d’arrestation et transféré à Scorpion, une prison de haute sécurité située à Tora. Ce complexe gouvernemental situé sur le Nil, au sud du Caire, était, dans les années 1980 et 1990, un lieu dédié à la détention des prisonniers considérés comme les plus dangereux d’Égypte, les membres présumés d’Al-jama’ah al-islamiyah et du Jihad islamique égyptien.

S. est enfermé dans l’un des quatre « blocs H » contenant chacun 320 cellules. Mal nourri, quotidiennement tabassé, plusieurs fois menacé d’être exécuté, il partage une pièce de sept mètres carrés avec cinq personnes. On estime à plus de 1 000 le nombre de prisonniers présents dans ce complexe, qualifié de « charnier » par d’anciens détenus.

Parmi eux, des dirigeants des Frères musulmans, emprisonnés aux côtés de membres présumés de l’État islamique, mais aussi des opposants politiques, comme le révolutionnaire Alaa Abdel Fatah, le journaliste Hisham Gaafar ou le médecin activiste Ahmed Saïd.

Plus de 60.000 personnes emprisonnées depuis 2013

Combien d’Égyptiens ont-ils été emprisonnés et torturés dans les geôles du pays ces cinq dernières années ? Cette vieille habitude du régime a pris des proportions industrielles. Au mois de septembre 2017, Human Rights Watch estimait que l’ampleur des violences orchestrées par le régime pourrait constituer un crime contre l’humanité. « Le président al-Sissi a donné aux policiers et aux agents de la sécurité nationale un blanc-seing pour se livrer à la torture quand bon leur semble, commentait Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient de l’ONG. L’impunité qui recouvre le recours systématique à la torture a privé les citoyens d’espoir et de justice. »

Si les Frères musulmans, désormais placés sur la liste des organisations terroristes, sont les cibles favorites de ces persécutions, des militants laïcs et libéraux, des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes, des avocats, des homosexuels, des petits criminels, des supporters de football ultras ou des badauds arrêtés par erreur sont également les proies de cette machine répressive infernale.

Les organisations internationales estiment à plus de 60 000 le nombre de personnes emprisonnées pour des raisons politiques depuis 2013.

« La police fait payer l’humiliation qu’elle a subie lors de la première révolution, elle est de retour et elle se venge, note un diplomate européen en poste au Caire. Rien n’a changé en Égypte, la police continue à avoir des pratiques au-delà de l’inacceptable. Les autorités ont beaucoup plus peur de la société civile que des Frères musulmans ou des milieux terroristes. Ils ont une peur bleue des jeunes. »

Le pouvoir martèle depuis cinq ans que le pays est la cible d’attaques. Abdel Fatah al-Sissi estime que des « forces du mal » cherchent à ébranler la nation. « Nous avons payé le prix fort pour être là où nous sommes aujourd’hui et nous ne laisserons personne affaiblir la sécurité de l’Égypte, sa stabilité et ses institutions », grondait-il en avril 2016. Le 31 janvier dernier, il affirmait même : « Je ne laisserai jamais quelqu’un manipuler la sécurité de l’Égypte tant que je suis vivant. »

Les témoignages recueillis parlent d’eux-mêmes. Le récent rapport de Human Right Watch, intitulé « Torture et sécurité nationale dans l’Égypte d’al-Sissi », aussi (la version anglaise est ici, la version française est ici). Après sa diffusion en septembre 2017, le gouvernement a convoqué en urgence la presse pour se défendre des accusations portées par l’ONG. Il a dénoncé « la position politique biaisée de l’organisation ». Dans un communiqué, le service d’information d’État notait même que « si l’on considère que tout le contenu de ce rapport est avéré, le petit nombre de cas recensés (19) prouve bien le faible recours à la torture, sauf pour de rares cas individuels ». Dans le même temps, le site internet de l’ONG rejoignait la liste des 497 sites bloqués en Égypte.

Durant notre enquête, Karim Taha est le seul qui ait accepté de témoigner sous son vrai nom, depuis la République tchèque où il a réussi à fuir en 2015. En Égypte, ce membre du bureau politique du Mouvement du 6-Avril, à gauche, aujourd’hui à la tête de l’ONG Le Front égyptien pour les droits humains (FEDH), a été condamné par contumace à 25 ans de prison. Avant son exil, il a connu à trois reprises la détention et la torture. En novembre 2013, en janvier 2014 et en août 2015. Plus de quatre mois au total. Il décrit les mêmes scènes d’humiliations et de sévices.

« Tout ça pour quoi ? Parce que je manifestais contre la corruption », dit-il. Lors du troisième anniversaire de la révolution, le 25 janvier 2014, les militants du Mouvement du 6-Avril savent que la situation est dangereuse. « Mais nous avons décidé d’organiser une marche. Nous voulions protester contre une loi infâme interdisant les manifestations. Nous voulions continuer à réclamer la justice sociale, et aussi exprimer notre refus du coup d’État militaire du 3 juillet [date de l’arrestation du président islamiste Mohamed Morsi – ndlr]. »

Ce jour-là, quelques minutes seulement après les premiers slogans, les tirs de chevrotines et les gaz lacrymogènes contre les manifestants créent un mouvement de panique. Karim et deux amis sautent dans un taxi et demandent au chauffeur d’éviter les checkpoints de la police. « Il nous a répondu : “Bien sûr, vous êtes comme mes enfants”, mais il nous a conduits directement vers les véhicules des forces de sécurité pour nous dénoncer. C’était un informateur. » Battu dans la rue, il est jeté à l’arrière d’un camion. « Les gens étaient contents de ce qui nous arrivait », se souvient-il, amer.

Au commissariat de Dokki, menotté et mis à genoux, un officier écrase sa cigarette sur son épaule. Le lendemain, il est transféré dans une prison à dix kilomètres du Caire, sur la route qui mène à Alexandrie. Il s’agit d’un camp de la sécurité centrale d’État qui, officiellement, n’est pas un lieu détention. À son arrivée à « Kilomètre 10,5 », nom de cette prison secrète, les conscrits forment une « haie d’horreur » : deux rangs entre lesquels chaque détenu doit passer avant d’entrer dans la prison en encaissant les coups de rangers et de matraques. « Ils appellent ça “la fête de bienvenue”. Ils essayent de te casser pour que tu ne te rebelles pas pendant ta détention. »

Karim se retrouve avec neuf codétenus dans une cellule de confinement prévue pour une personne. « J’ai passé 2 mois à vivre sur 1 m². Les interrogatoires de la sécurité d’État avaient lieu toutes les 48 heures, ils m’électrocutaient dans le dos, me fouettaient les jambes avec une ceinture. Dans ces moments-là, tu ne sais même pas à qui tu parles, tu as toujours les yeux bandés. » Le jeune militant est ensuite transféré dans la prison de haute sécurité de Wadi Natrun. La « fête de bienvenue », encore.

Et de nouvelles humiliations. Les matons lui rasent la moitié de la tête. D’un côté, ses cheveux longs qui lui tombent sur les épaules, de l’autre, un crâne tondu. « Quand je leur ai demandé de me couper tous les cheveux, il m’ont battu encore plus fort. » Dans la nouvelle prison, ils sont 52 dans 25 m², « la situation était bien meilleure qu’à Kilomètre 10,5 ». Au bout de quelques semaines, Karim se plaint de ne pas pouvoir recevoir de visites, alors que des défenseurs des droits de l’homme, Sana Seif, Gihan Shaaban et Mohamed Elbaker, tentent de prendre de ses nouvelles. Il exige de parler au responsable du bureau procédural de la prison.

La torture est aussi « un message adressé à la société »

En réponse, Karim est roué de coups, a l’obligation de signer un rapport indiquant qu’il a attaqué un officier. Il est placé en cellule d’isolement. « C’était horrible, rester debout dans une cellule de moins de deux mètres carrés, sans lumière, sans toilettes. Ils ne m’ont donné qu’une bassine, une bouteille d’eau et une couverture puante. J’ai perdu le sens du temps, seul un rai de lumière, à un certain moment de la journée, me faisait comprendre que le temps ne s’était pas arrêté. »

Quelques jours plus tard, une mutinerie éclate dans la prison. Les forces spéciales répliquent à coups de grenades assourdissantes lancées dans les cellules. Ces policiers choisissent 11 détenus qui seront alignés contre le mur dans la position « six get ready », les poignets et les mollets liés dans le dos. Karim est l’un d’eux. On le déshabille, lui bande les yeux. « Ils nous ont plongé la tête dans un seau à l’odeur horrible, utilisé pour les besoins des prisonniers, et puis ils m’ont forcé à chanter une chanson pro-régime : “Al-Sissi est mon président et le peuple et l’armée ne font qu’un !” Je devais répéter ces paroles. Ils rigolaient et expliquaient que j’exerçais mon “droit de l’homme”, le droit à la survie. »

Karim est transféré dans un autre établissement, placé dans une cellule de confinement. Onze jours, sans aucune visite, si ce n’est un sous-officier qui lui amène une fois par jour un morceau de pain et un cube d’halawa, une pâte au sésame sucrée. « Cette fois, je devenais fou. J’essayais de résister à la folie, alors je me parlais à moi-même, je chantais ou fondais en larmes. J’ai trouvé un bout de fourchette en plastique par terre et je passais des heures à racler le mur gris pour écrire ce qui m’arrivait. »

Au bout de plusieurs semaines, il apprend qu’il est dans une zone montagneuse du désert occidental proche de l’oasis du Fayoum. C’est une prison de très haute sécurité, réservée aux criminels dangereux. Après son procès, le 11 juin 2014, il retrouve la liberté et sombre dans la dépression. En août 2015, il est de nouveau arrêté alors qu’il se rend avec des camarades au domicile d’un militant, tué un an plus tôt, pour adresser ses condoléances à la famille. Le supplice reprend.

Les histoires se ressemblent mais les profils des victimes sont variés, révélant la paranoïa qui a gagné le régime ces dernières années. Comme S. et Karim, Bishoy a lui aussi subi les coups de botte. Accusé de préparer des attaques terroristes, le jeune homme est pourtant bien connu pour son activisme pour la défense des droits des minorités, notamment de la communauté copte dont il est issu.

« Franchement, c’était risible. On m’accusait de faire partie des Frères musulmans et dans les pièces à conviction pour prouver ma culpabilité, il y avait l’un de mes carnets. Dedans, il y avait des numéros de téléphone de journalistes, une photo de ma mère et une photo de la Vierge Marie. » Bishoy, pourtant soumis pendant un mois et demi aux interrogatoires et aux pressions, assure « avoir eu plus de chance que les autres ».

« Ils m’ont maltraité, frappé, mais je n’ai pas subi des choses aussi graves que ce qu’on entend tout le temps. Je crois qu’ils voulaient juste savoir qui j’étais et ce que je faisais, pour leur liste de gens politiquement actifs. Je pense que c’est la seule raison pour laquelle j’ai été arrêté. Ils n’avaient rien de spécial à obtenir de moi. Ils me connaissaient déjà, ils savaient tout », assure-t-il.

Pour Gerald Staberock, secrétaire général de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), la torture a des objectifs autres que la simple collecte d’informations. « Il y a la peur que cela engendre dans les pays où la torture est systématisée. Elle n’est peut-être pas efficace comme moyen des renseignement, mais pour intimider une population, elle l’est. C’est aussi et surtout un message pour la société », explique-t-il.

En juillet 2015, Amnesty International s’alarmait d’ailleurs d’un autre fléau, étroitement lié à la pratique de la torture, qui glace la population et la rend docile : le kidnapping par les forces de sécurité et la détention secrète. Ce que les spécialistes appellent « les disparitions forcées ». Elles s’affichent quotidiennement sur les réseaux sociaux, où les hashtags #oùestIslam? #oùestEzzat? #oùestAbdelrahman? se multiplient.

Dans le bureau d’une ONG égyptienne, les dossiers s’accumulent. « Toutes les personnes qui disparaissent sont torturées. On n’a pas de chiffre exact sur la pratique de la torture. En revanche, on a recensé plus de 3 000 cas de disparitions forcées ces trois dernières années. Sans aucun doute, toutes ces personnes ont été torturées », explique Asna*, militante et spécialiste de cette question.

« Les disparitions forcées sont devenues un des instruments de l’État en Égypte. Toute personne qui ose exprimer des critiques est en danger », déplore aussi Amnesty International, qui notait récemment « une recrudescence de ces rapts depuis l’arrivée au ministère de l’intérieur de Magdi Hamid Abdel Ghaffar, ex-membre du SSI, l’ancienne police secrète du président déchu Hosni Moubarak. »

L’endroit emblématique de ces pratiques se situe dans le désert du Sinaï, à Ismaïlia, une ville située à 100 kilomètres au nord-est du Caire, dans la prison secrète d’Al-Azouly. Installée à l’intérieur du vaste camp militaire du quartier général de l’armée égyptienne, son seul nom fait frémir nos interlocuteurs. « C’est du suicide d’en parler », lâche une avocate spécialisée. Ses détenus sont appelés « les survivants » tant les conditions de détention y sont difficiles. Aucun avocat, observateur ou civil libre, n’a jamais pu y rentrer. Peu de détenus en sont ressortis.  

« On sait très peu de choses sur cet endroit puisque c’est un centre de détention illégal. Il est en dehors de tout système judiciaire, c’est comme s’il n’existait pas. Le seul moyen d’avoir des informations, c’est lorsqu’un survivant est transféré dans une autre prison. Il essaye de se souvenir par cœur des noms des détenus qu’il a vus, des numéros de téléphone de leur familles qu’il essaye de transmettre quand il réapparaît dans une prison légale », explique-t-elle.

Les sévices sexuels et les tortures y sont monnaie courante mais « améliorés », raconte l’avocate. « Les détenus passent entre les mains de nombreux officiers qui les abusent. L’électricité, moyen le plus souvent utilisé, est omniprésente avec une technique particulière : ils font boire un liquide huileux aux détenus et leur en recouvrent le corps pour augmenter la conduction de l’électricité. »

 

Les autorités égyptiennes continuent de nier. « Ce n’est pas le genre de sujet qu’on peut évoquer facilement, elles sont dans le déni permanent », assure un diplomate en poste au Caire. L’Égypte bénéficie d’une impunité presque totale : personne ne lui demande des comptes sur ces violations systématiques, pourtant largement documentées par les ONG. Le silence le plus assourdissant vient des diplomaties étrangères, et notamment européenne et française, qui ferment les yeux à la faveur de contrats et de la stabilité à tout prix de la région.

Egypte: enquête sur un régime de terreur et de torture (Médiapart, 26 mars 2018)
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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 12:39
Samedi 14 avril, 16h-22h à Plourin-les-Morlaix: 6 heures pour la Palestine à Morlaix, débat avec Claude Léostic, présidente de la plateforme des ONG pour la Palestine, et Jean-François Chevallier, d'Amnesty International

Un message du collectif "Liberté pour Salah" du Pays de Morlaix
TOUS ET TOUTES A PLOURIN LES MORLAIX LE SAMEDI 14 AVRIL 
à PARTIR DE 16 H

Après la prolongation de la détention administrative de Salah Hamouri, la condamnation de Ahed et Nariman Tamimi à 8 mois de prison, celle de Munther Amira à 6 mois, avec les arrestations quotidiennes en Palestine et la répression coloniale qui s'abat violemment sur le peuple palestinien et en particulier sa jeunesse, plus que jamais notre engagement solidaire est indispensable et utile.
Partout en France, cette solidarité doit s'exprimer et exiger du gouvernement français qu'il agisse fermement pour faire sortir Salah Hamouri de prison et intervenir auprès des israéliens pour que cesse la répression.

(et surtout n'oubliez de réserver pour le repas- merci)

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