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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 20:39
Yassin al-Haj Saleh nous fait pénétrer au coeur du système fasciste et criminel d'une cruauté sans limites du pouvoir des Al-Assad dans "La question syrienne"

 

Morceaux choisis de La question syrienne qui aident à comprendre la vraie nature du pouvoir syrien: 

"Les chabbiha et leur Etat" (Damas, septembre 2011) 

" Il est probable que le terme chabbiha est entré dans le langage parlé syrien durant la seconde moitié des années 1970, à la suite de l'intervention syrienne au Liban en 1976, en raison de la contrebande qui s'était développée entre la Syrie, au système économique verrouillé, et son voisin laxiste. Son usage se répandit davantage pendant la crise nationale majeure des années 1980. Depuis lors, et jusqu'à mars 2011, date du déclenchement de la révolution syrienne, la dénomination s'est circonscrite à de jeunes hommes de la région littorale, alaouites de naissance, dont les chefs appartiennent à la dynastie des Assad, et plus tard à des familles alliées, telles que les Dib ou les Makhlouf (les cousins maternels des enfants de Bachar-al-Assad). Ils étaient impliqués dans la contrebande d'électroménager, de tabac, de drogue, d'alcool, de vestiges archéologiques, etc, et pratiquaient le racket. Ils étaient connus pour leur cruauté, leur rudesse et leur subordination aveugle à leurs supérieurs qu'ils appelaient mu'allem (maître) ou "oncle".  Ils étaient évidemment connus des institutions du gouvernement central qui fermait les yeux sur leurs pratiques, ainsi que des autorités locales, qui leur garantissaient une totale impunité... 

A partir de la deuxième moitié des années 1970 et durant toute une décennie, , les Brigades de la défense étaient en fait une milice de hors-la-loi financée par l'argent public. Jusqu'à 1985, leur chef, Rifaat al-Assad (le frère de Hafez), était un chabbih au plein sens du terme. Un homme vulgaire, grossier, violent, cupide et débauché dont la cruauté et la corruption étaient sans limites. Il détenait en grande partie le monopole de la contrebande des antiquités. C'était un homme impulsif, contrairement à son frère, calculateur et patient. Rifaat a été l'acteur principal du massacre de Hama en 1982, et deux ans plus tôt de celui de la prison de Palmyre. Quand à Hafez, il "excellait" en tout. La preuve était la torture sauvage des prisonniers politiques islamistes durant une vingtaine d'années, dans la prison de Palmyre...

Si les chabihha se sont maintenus, ce n'est certes pas à cause de l'impuissance du régime à les mater mais parce qu'ils lui ressemblent et lui sont structurellement liés. Ils sont l'autre visage, l'inconscient sombre du régime, sa violence aveugle et scabreuse. C'est la cruauté, les liens de parenté et le despotisme entremêlés. 

Cet inconscient politique s'est révélé avec force lors de l'essor de la révolution et la régression manifeste de l'idéologie proclamée du régime, nationaliste arabe et socialiste, mais aussi la remontée à la surface de ses instincts criminels profonds. Il est alors apparu que les chabbiha étaient une armée de réserve, disposée à tout moment, pour de faibles gains et avec beaucoup d'ardeur, à le défendre quand il est menacé. L'Etat avait intégré le tachbih (comportement des chabihha) comme un élément de sa structure, en particulier en tant que violence organisée et légale. Mais il est difficile de qualifier cette violence de violence de l'Etat ou de considérer la prison de Palmyre comme une prison "classique". En réalité, les services de sécurité sont davantage une armée d'occupation. Avec un dédain à la limite du racisme, ils paralysent la société et rendent impossible tout mouvement de contestation...

Un des traits marquants des chabbiha est leur langage obscène et le plaisir manifeste qu'ils éprouvent à insulter leurs victimes avec les mots les plus grossiers. Cette violence verbale est d'ailleurs une spécificité des services de sécurité assadiens, en particulier dans la prison de la terreur, à Palmyre. Les geôliers étaient au comble du bonheur quand ils nous interrogeaient sur la couleur du sexe de nos mères.

Certains geôliers simulaient verbalement des actes sexuels avec la soeur de l'un des nôtres, qui était supposée être calée contre l'épaule de celui-ci, témoin consentant de la scène. Le but ultime de ce genre de violation extrême de la dignité humaine était de marquer une distance infranchissable entre les gouvernants et les gouvernés. C'est précisément la raison pour laquelle la revendication de la karâma (dignité), mot tant scandé dans les manifestations, a été primordiale dès le déclenchement de la révolution.

(...) Si le dernier mot dans l'affrontement actuel revenait au pouvoir, le tachbih serait aux commandes dans tout le pays. Nous serions témoins de niveaux d'horreur et de discrimination qui dépasseraient sans doute ce que le pays a connu dans les années 1980. Aucune sorte de "réforme" ne suivra l'écrasement de la révolution. Ce régime est incapable de gouverner autrement que par l'assujettissement de ceux qui abdiquent et l'anéantissement de ceux qui se révoltent. En finir avec les chabbiha nécessite impérativement de venir à bout de ce régime infâme. 

C'est ce que résume parfaitement une banderole portée par des manifestants de la commune de Talbisé, près de Homs, en août 2011: "Nous voulons un Etat séculier qui nous gouverne, pas un Etat de chabihha qui nous tue!"

 

"Les racines sociales et culturelles du fascisme syrien" (Damas, avril 2012)

"Nous devrons un jour explorer en profondeur les racines sociales et culturelles de la violence fasciste du régime de Bachar-al-Assad durant ces treize derniers mois. Jusqu'à présent, il a massacré près de 12 000 Syriens ordinaires, de pauvres et courageux travailleurs. Il a causé de terribles destructions dans des dizaines de villes et de villages, déplacé plus d'un million de personnes et poussé à l'exil vers les pays voisins une centaine de milliers de Syriens; Cette barbarie s'est accompagnée d'une haine jamais dissimulée des révolutionnaires et de leurs milieux sociaux. 

J'examine dans cet article trois constructions sociales et culturelles qui ont pu nourrir cette violence inouïe et la justifier, voire la rendre désirable. Il s'agit de l'"arabité absolue", c'est-à-dire de la version baathiste du nationalisme arabe, du confessionnalisme et de ce qui en découle..., enfin de la nouvelle bourgeoisie, la classe qui s'est constituée sous le régime assadien (du temps du père) et qui a occupé une position politique et idéologique importante sous le fils.

(...) Je précise que j'entends par fascisme l'agression violente contre des gens sans défense et le mépris total de leurs vies, libertés et dignité. C'est aussi le recours du clan au pouvoir, riche et intouchable, qui justifie ses actes par la primauté de "la patrie et sa sécurité", à des expéditions punitives, bombardant villages, quartiers urbains et banlieues. Il ne s'agit pas d'une pensée fasciste structurée mais plutôt d'un mélange de violence sans limites et d'une "pensée" qui au mieux la dénie, et au pire la justifie en jetant l'opprobre sur les gens ordinaires".

(Suite les prochains jours).   

Lire aussi

"La question syrienne" de Yassin Al-Haj Saleh - La révolution des gens ordinaires face au pouvoir fasciste et mafieux du clan Assad

"La révolution des gens ordinaires", extraits d'un article de juin 2011 de Yassin Al-Haj Saleh (La question syrienne)

Samar Yazbek entr'ouvre les "Portes de la terre du néant" en Syrie

Un dossier qui remet dans son contexte la guerre en Syrie, 5 ans de violences barbares et 300 000 morts après le déclenchement des hostilités (centre d'information des peuples de Grenoble)

Infos Syrie Résistance: avec le peuple syrien, ni Bachar, ni Daech! : Quelques conséquences possibles de l’échec de l’accord russo-américain sur la Syrie, par Ziad Majed

Palmyre outragée, Palmyre brisée, Palmyre martyrisée, mais Palmyre libérée?

"La rage et la lumière. Un prêtre dans la révolution syrienne", un témoignage vibrant du père Paolo Dall'Oglio sur la tourmente syrienne

 

 

Yassin al-Haj Saleh nous fait pénétrer au coeur du système fasciste et criminel d'une cruauté sans limites du pouvoir des Al-Assad dans "La question syrienne"

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