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17 février 2025 1 17 /02 /février /2025 07:48
Paul Nizan en 1924

Paul Nizan en 1924

Romancier, journaliste, philosophe, Paul Nizan, né en février 1905, sera dans les années 1930 l’un des principaux intellectuels du PCF, qu’il quittera après la signature du pacte germano-soviétique. Accusé de trahison avant d’être réhabilité, le militant, tombé au combat en mai 1940, lutta toute sa vie contre l’asservissement des hommes.

Bernard Fréderick, L'Humanité, 14 février 2025

Si Paul Nizan – Paul-Yves Nizan – est bien né le 7 février 1905 à Tours, quiconque s’aventurerait à affirmer qu’il aurait eu 120 ans ce mois de février 2025, se tromperait et nous tromperait lourdement. Paul Nizan a 20 ans. 20 ans, un point c’est tout. Il aura toujours 20 ans. C’est du domaine public. Il l’a écrit lui-même. L’aveu a fait le tour de la Terre : « J’avais 20 ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes. Il est dur à apprendre sa partie dans le monde ».

C’était en 1931, dans son « Aden Arabie », son premier ouvrage. Un des plus célèbres incipit de l’histoire de la littérature. L’exergue de toute une vie. Quatre ans plus tôt, en 1927, le jeune homme, donc, était rentré d’Aden, alors « colonie de la Couronne » de l’empire britannique. D’octobre 1926 à avril 1927, il s’y était fait précepteur du fils d’un négociant anglais d’origine française, Antonin Besse. Il songea à s’associer à ce dernier dans le négoce. Mais il rentra à Paris.

Un « second » mariage avec le Parti Communiste

En 1924, il avait rencontré Henriette Alphen, au bal de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris. De retour d’Aden, en 1927, il l’épouse. Ses deux témoins sont Jean-Paul Sartre et Raymond Aron. Il s’est lié au premier au lycée Henri-IV, en 1920, et a fait, en sa compagnie, ses études supérieures dans les classes hypokhâgne et khâgne, au lycée Louis-le-Grand, en 1922-1923. C’est à l’École normale supérieure, où il est admis en 1924, qu’il a rencontré le second.

En 1927, il contracte, pourrait-on écrire, un second « mariage » : il adhère au Parti communiste. Rien ne l’y prédisposait, ni ses origines familiales, ni ses études, ni ses amitiés. Dans ces années-là, le PCF est mobilisé contre la guerre du Rif qui a éclaté au Maroc en 1924. La France y avait dépêché le maréchal Pétain et 350 000 hommes pour mater une rébellion anticoloniale, dirigée par un jeune juge qui avait étudié le droit à l’université de Salamanque, Abd El Krim. S’ensuivit une véritable boucherie.

En France, seul le Parti communiste dénonce cette guerre infâme. De nombreux intellectuels se rapprochent alors de lui, notamment parmi les surréalistes. Six jeunes poètes donnent ainsi leur adhésion « collective » au Parti, en janvier 1927 : Louis Aragon, Jacques Baron, André Breton, Paul Éluard, Benjamin Péret et Pierre Unik. « Transformer le monde a dit Marx ; changer la vie a dit Rimbaud : ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un », affirme, alors, André Breton.

Nizan a vu à Aden de quoi le colonialisme était capable. Lui aussi a Rimbaud pour référence : « le « changer la vie » du poète n’a pas fini d’être le mot de ralliement de tous ceux pour qui la révolution est la plus haute des sagesses, et qui veulent inaugurer un monde où tout n’ira plus vers la mort. » 1 Mais tous ces rimbaldiens ne resteront pas au Parti. Au bout de quelque temps, seuls demeurent Aragon et Nizan. Les deux hommes se croisent et s’entrecroisent tout au long des années 1930.

Ils publient souvent dans les mêmes revues ou journaux, avant de collaborer directement dans le même quotidien, « Ce Soir », que dirigent Aragon et Jean-Richard Bloch et dont Robert Capa est le directeur de la photographie. C’est un journal communisant mais il n’est pas l’organe du PCF. Il a été fondé avec des fonds de la République d’Espagne pour soutenir sa cause. Nizan y tient la rubrique de politique étrangère et y publie des chroniques littéraires comme il le faisait dans « l’Humanité » depuis juin 1932.

Candidat aux élections législatives

Entre-temps il a publié, après « Aden », un deuxième pamphlet, « les Chiens de garde », dans lequel il étrille l’élite universitaire bourgeoise : « Nous n’accepterons pas éternellement que le respect accordé au masque des philosophes ne soit finalement profitable qu’au pouvoir des banquiers. »

Cette même année, 1932, alors qu’il est depuis un an professeur de philosophie à Bourg-en-Bresse, où il anime des comités de chômeurs, le PCF le présente aux élections législatives. Il obtient un peu moins de 3 %. Il quitte, alors, et Bourg et l’Éducation nationale, rentre à Paris et devient permanent du Parti.

Outre ses chroniques dans « l’Humanité », Nizan collabore à diverses publications comme « Commune », la revue de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (A.E.A.R.), dont il est secrétaire de rédaction. Son premier roman, « Antoine Bloyé », paraît en 1933 chez Grasset. Il s’y inspire de la vie de son père, un cheminot qui a gravi tous les échelons de la hiérarchie de la Compagnie des chemins de fer, un « traître » à sa classe donc. Un thème récurrent chez le jeune écrivain.

Installation à Moscou et rencontre de Malraux

En 1932, les Nizan s’installent à Moscou pour près d’un an. Lui est chargé de l’édition française de l’organe central de l’Union internationale des écrivains révolutionnaires (U.I.E.R.), « la Littérature internationale ». En vue du premier congrès de l’Union des écrivains soviétiques, en août, il s’occupe d’inviter des écrivains français.

C’est ainsi qu’il rencontre André Malraux, avec lequel il se lira d’amitié mais sans se faire d’illusions sur le personnage, si l’on s’en tient à la présentation qu’il en fait pour les lecteurs soviétiques dans la « Literatournaïa Gazeta », du 12 juin 1934 : « Il est parfaitement clair que Malraux ne voit pas ce qu’est en réalité la révolution. Pour lui, c’est un remède contre l’angoisse et non, comme pour les masses populaires, une nécessité historique. Son but principal est de découvrir, dans une révolution, les possibilités d’exprimer un héroïsme suprême (…). Malraux n’est pas un écrivain révolutionnaire ; il est un de ces jeunes écrivains en renom qui, sortis de la bourgeoisie, destinent cette classe à une mort naturelle et se rallient au prolétariat. Mais cette alliance contient des raisons personnelles sans rapport avec la cause Révolutionnaire ». L’avenir lui donnera raison.

De retour en France, le jeune homme continue de collaborer à diverses publications notamment à l’hebdomadaire « Monde » d’Henri Barbusse, ou à l’hebdomadaire illustré « Regards », auquel il confie une impressionnante série de cinq articles sur l’éducation nationale.

Le premier, dès le début, souligne la prise de parti politique et, comme toujours chez Nizan, le caractère fondamentalement polémique : « La culture a une fonction critique. Le savoir a une valeur critique. Culture et savoir diminuent en tout homme qui les possède la possibilité d’être dupe des mots, d’être crédule aux mensonges. Cette lutte et le savoir augmentent en tout homme le pouvoir de comprendre la réalité où il vit. La réalité que le monde bourgeois offre aux hommes est celle de la misère, de l’écrasement, du chômage, d’un avenir chargé d’angoisse économique et morale, et de menaces de guerre. La conscience de cette réalité a une valeur explosive : elle ne peut qu’entraîner à la volonté de la transformer. Nous sommes à un moment de l’histoire où la culture, le savoir ont plus que jamais une signification directement révolutionnaire ».2

Arrivée à l’Humanité et début de la Seconde Guerre mondiale

À partir de 1935, Nizan rejoint le service de politique étrangère de « l’Humanité » que dirige Gabriel Péri. « Journaliste diplomatique », comme il aime à se présenter, il suit les grands événements de l’époque, le réarmement allemand, l’agression de Mussolini contre l’Éthiopie, la guerre d’Espagne, bien sûr. Nizan voit comme beaucoup d’intellectuels le danger du fascisme. Il voit arriver la guerre avec l’Allemagne nazie. Il se fait, dans ses articles, militant actif pour la sécurité collective, c’est-à-dire pour une alliance entre la France, la Grande-Bretagne et l’URSS. Jusqu’au dernier moment, il y croit. Et, quand en août 1939, il part en vacances en Corse, il y croit encore.

Le 23 août 1939, c’est le coup de tonnerre : l’URSS et l’Allemagne nazie signent un traité de non-agression. Nizan rentre en trombe à Paris. Il participe, dans les locaux de « Ce Soir », à une réunion dont on n’a jamais su grand-chose sinon qu’elle fut grave et houleuse. « Je ne peux pas tolérer ça ! écrit-il à sa femme, Henriette. Ce n’est absolument pas possible, nous avons tout le temps voulu combattre l’hitlérisme, le nazisme. Bon, et bien, Staline a probablement d’excellentes raisons, mais nous, nous n’avons pas les mêmes raisons (…). Moi, je ne marche pas, je ne veux pas, ça me bouleverse, ça m’écœure ».

Le 25 septembre 1939, deux quotidiens de gauche non-communiste, « l’Œuvre » et « le Populaire », publie le « mot » que Nizan a adressé à Jacques Duclos : « Je t’envoie ma démission du Parti communiste français. Ma condition présente de soldat mobilisé m’interdit d’ajouter à ces lignes le moindre commentaire ». À sa femme, il écrira : « Ils (les communistes français, N.D.L.R.) ont manqué du cynisme politique nécessaire et du pouvoir politique de mensonge qu’il eût fallu pour tirer les bénéfices les plus grands d’une opération diplomatique dangereuse : que n’ont-ils eu l’audace des Russes. »

Nizan n’a pas trahi

C’est plus au Parti qu’il en veut qu’à Staline. Désormais, il se taira. Et pour que ce soit bien une histoire rimbaldienne, le jeune homme sera tué d’une balle allemande le 23 mai 1940 au château de Cocoves, sous Dunkerque. Le Parti, « l’Humanité », « Ce Soir » sont interdits le lendemain même de la démission de Nizan. Il est accusé de trahison. À la Libération plusieurs intellectuels, Sartre en tête, demanderont au PCF de donner des preuves de la « trahison » dont il accuse Nizan. Ils n’en eurent pas. Il n’y en a pas. Nizan n’a pas trahi.

L’écrivain sombre dans l’oubli jusqu’à la réédition d’ « Aden Arabie » en 1960, avec une préface de Sartre. Dès lors les republications et les biographies vont se multiplier. Mais, comme l’indique James Steel, « tous les ouvrages écrits jusqu’à présent sur Nizan ont privilégié l’écrivain aux dépens du militant et du journaliste, ce qui ne cerne pas toujours l’homme, celui qui désespérément chercha à concilier l’écrivain et l’homme d’action. Disons-le d’emblée, Nizan se consacra davantage à son parti qu’à la littérature, fit preuve de davantage de discipline que d’esprit critique, se voulut davantage un militant qu’un intellectuel. Ont ainsi été laissés dans l’ombre des pans entiers de sa personnalité et de sa fonction de propagandiste révolutionnaire » 3. Et Koenraad Geldof de s’interroger de son côté : « Qui est Paul Nizan ? Un écrivain communiste. » 4 C’est simple, non !

  1. « L’Humanité », 20 mars 1937, cité par Anne Mathieu in « Paul Nizan antifasciste : la révolution contre la barbarie » Aden, Revue du G.I.E.N. (Groupe interdisciplinaire d’études nizaniennes) N° 2 – octobre 2003 ↩︎
  2. « Pour une nouvelle culture », Articles de Nizan réunis et présentés par Susan Suleiman, Grasset, Paris, 1971 (Regards, 14 mars – 11 avril 1935.). ↩︎
  3. James Steel, « Paul Nizan, un révolutionnaire conformiste », Presses de Sciences Po, Paris, 1987 ↩︎
  4. Koenraad Geldof, « Canonisation, imagologie, non-lecture. À propos de la réception de Paul Nizan (1905-1940) », Studi Francesi, 154 ↩︎

 

« J’avais 20 ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie » : Paul Nizan, l'écrivain et militant communiste est né il y a 120 ans
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4 février 2025 2 04 /02 /février /2025 16:26
Roger Vailland, dandysme et communisme, libertinage, journalisme, littérature et lutte des classes

Roger Vailland, un écrivain communiste du XXe siècle, comme Aragon, Eluard, Duras un bref moment, Antelme, Charlotte Delbo, Semprun, Neruda, et tant  d'autres. Aujourd'hui, ce n'est pas celui dont on se souvient le plus et pourtant, ce fut un écrivain populaire à succès, plusieurs fois adapté au cinéma, doublé d'un journaliste aux multiples talents.

J'ai lu avec gourmandise un bel essai de Franck Delorieux découvert à l'espace librairie de l'Université d'été du PCF à Strasbourg: "Roger Vailland. Libertinage et lutte des classes". Épuisé depuis plusieurs années, le recueil d'essais de Franck Delorieux sur la vie et l’œuvre de Roger Vailland, initialement paru en 2008, reparaissait dans cette version à Manifeste! Editions en 2021. L'occasion de redécouvrir une page un peu oubliée de la littérature...

(Roger Vailland, Libertinage et lutte des classes de Franck Delorieux, Manifeste éditions, 2021, 12 euros).

J'ai connu Roger Vailland d'abord grâce à René Daumal, un jeune prodige néo-surréaliste, auteur de "Mugle", des " Mont Analogues", des "Pouvoirs de la Parole", de "L'évidence absurde", né en 1908 dans les Ardennes, comme Rimbaud, qui à dix-huit ans avaient déjà lu « Gide et Edgar Poe, Platon et Swedenborg, la Bhagavât Gita et le Tao Te King », et qui cramait sa jeunesse dans les expériences littéraires radicales à Reims avec Roger Vailland, Roger Gilbert-Lecomte, Robert Meyrat.

Les écrits de jeunesse de Daumal, fortement spéculatifs, sont caractérisés par la séduction de la mort et de la folie, l'idée que la vie commune est illusion, que les valeurs traditionnelles sont des conventions superficielles, que la mystique orientale, l'ésotérisme et l'irrationnel nous rapprochaient davantage de la Vérité et de la progression spirituelle que le rationalisme cartésien.

Avec ses amis lycéens à Reims, Roger Vailland en tête, René Daumal créa le groupe des « Phrères simplistes », voulant retrouver les vertus de l'enfance, un groupe existentiel et littéraire inspiré de Jarry, de Rimbaud et des surréalistes. Ils travaillent d'abord autour de la revue « Apollo », "se révoltent contre la société et rêvent d'une vie hors-norme, loin de l'ennui bourgeois" (Roger Vailland, Libertinage et lutte des classes de Franck Delorieux, p.7).

Nés sous le signe d'un désespoir fondamental, issu de la Grande Guerre, ils ont seize ans, le groupe s'initie à l'alcool, au tabac, au noctambulisme, aux drogues. Ils cherchaient comme Rimbaud « le dérèglement de tous les sens », par la drogue, la roulette russe même), dans une recherche d'expérimentation radicale et auto-destructrice. Pour ses incursions psychiques ou par tendance auto-destructrice, Daumal manque plusieurs fois en 1925 de se tuer en utilisant le tétrachlorure de carbone dont il se sert pour tuer les coléoptères qu'il collectionne. Il a l’intuition qu’il pourra rencontrer un autre monde en se plongeant volontairement dans des intoxications proches d'états comateux (ressemblance avec ce que certains appelleront plus tard expériences de mort imminente). Daumal fume chez les opiomanes, se drogue même pendant ses cours.

Quand, à 18 ans, pendant l'hiver 1926, René Daumal écrit « Mugle », de la poésie en prose surréaliste hallucinée et philosophique dont les images ont une grande force évocatoire, vagabondage initiatique dans une ville d'apocalypse, gagnée par le désordre créateur des métamorphoses et confusions de la destruction, de la puissance du rêve et de l'absurde, "Roger Vaillant s'inscrit en hypokhâgne à Paris dans le but de préparer sa licence de Lettres à la Sorbonne. De provincial gauche et timide, il se transforme en dandy. Son condisciple Robert Brasillach le décrit ainsi: "Je me rappelle un garçon osseux, aux cheveux longs, volontiers porteur d'une pélerine qui lui donnait un air byronien (...) C'était Roger Vailland, à coup sûr un des personnages les plus extraordinaires de notre classe. Il nous apportait le Manifeste du surréalisme, Poisson soluble et les poèmes de Paul Eluard (...) Il nous chantait les mérites de l'acte gratuit - qu'il nommait acte pur - et l'écriture automatique. Il était le Lafcadio de Gide incarné pour nous, et bien qu'il soit rare d'admirer quelqu'un de son âge, il est exact que nous l'admirions" (cité par Franck Delorieux, p. 7-8)

Vailland sera hospitalisé en 1927 pour intoxication d'opium. En 1928, Daumal, réalisant la déchéance certaine à venir avec tous les intoxiqués autour de lui, décide de se reprendre en main. Il se met à un régime végétarien, s'abstient désormais de vin et mène une vie d'étude, d'écriture et de méditation plus saine. En 1928, Vailland, Daumal et Gilbert Lecomte fondent la revue "Le Grand Jeu" où dans un premier numéro ils dénoncent le colonialisme, consacrent un article à Rimbaud ("Arthur Rimbaud ou guerre à l'homme") et à "La bestialité de Montherlant".

Parallèlement, Vailland est engagé par Pierre Lazareff à Paris-Soir, grâce à son nouvel ami Pierre Desnos. Tout au long des années 30, il écrira avec talent et désinvolture pour Paris-Soir sur la vie mondaine, le sport, le cinéma, et la politique.

Breton et Aragon convoquent les jeunes écrivains du Grand Jeu et leur font un procès en bonne et due forme, s'attaquant tout particulièrement à Roger Vailland, lâché par ses camarades. La revue n'ira pas au-delà du troisième numéro. Daumal poursuit sa trajectoire mystique et Gilbert-Lecomte ne maîtrise plus sa consommation de drogue, sombrant dans une dépendance totale : « Lecomte était persuadé qu'une fatalité pesait sur lui, due à l'hérédité ; qu'il ne pouvait s'accepter tel qu'il était, se supporter, supporter la vie, sans la drogue », écrira Daumal en 1944.

Roger Gilbert-Lecomte est mort précocement du tétanos le 31 décembre 1943 à 36 ans. Il avait replongé dans la toxicomanie.

"En 1947, Vailland publiera aux Éditions sociales "Le Surréalisme contre la révolution", un pamphlet contre André Breton de retour de son exil new-yorkais. "Le dilettantisme de l'action ne résiste pas longtemps à la boue des champs de bataille ni, pour les clandestins, à la peur des tortures ou tout simplement aux attentes dans les gares ou les chambres d'hôtel pas chauffées. On peut jouer sa vie à pile ou face par humour, mais se demander jour et nuit, pendant des années, si la voiture qui freine devant sa porte n'amène pas les tortionnaires, hésiter en sachant les camarades pris les uns après les autres, implique qu'on attache du prix à sa cause. Ainsi de 39 à 44, à mesure que la charge se dérobait, la plupart des anciens surréalistes découvraient, en y prenant place, un monde dur, significatif et exaltant, exigeant et méritant que les hommes de cœur prissent part à ses luttes". 

Entre-temps, Roger Vailland qui vient d'un milieu de moyenne bourgeoisie s'est engagé à gauche, d'abord timidement, au moment du Front populaire. En 1937, il écrit un roman-feuilleton pour un journal de la CGT, "Un homme du peuple sous la Révolution" racontant l'histoire de Drouet, l'homme qui reconnut Louis XVI à Varenne. En janvier 35, Vailland a fait la rencontre d'une chanteuse de cabaret, André Blavette, dite Boule, dont il tombe passionnément amoureux. Ils boivent, se droguent, sortent dans les bordels et les boîtes de nuit. Il finira par divorcer en 47 et mettra à mort symboliquement son amour dans ses romans "Drôle de jeu" et "Les mauvais coups". Dans ce roman autobiographique "Les mauvais coups", écrit en 1948, reclus dans une maison du Jura, Milan, au nom de prédateur, sensible aux charmes de la belle Hélène, institutrice, et Roberte se haïssent d'avoir fait usage, au sein de leur amour, d'une liberté destructrice. Ils boivent, se surveillent, et se jugent. Roger Vailland a également adapté ce roman pour le cinéma dans un film de François Leterrier avec Simone Signoret comme actrice principale en 1961.

En 1941, replié à Lyon avec son journal, domicilié à La Chavannes, Vailland suit une cure de désintoxication et décide de rejoindre la Résistance. Il entre dans un réseau gaulliste fin 1942-début 1943, fait une demande d'adhésion au Parti communiste clandestin quelques mois plus tard, mais on se méfie de lui, du fait de son comportement qui ne correspond pas forcément à la "saine morale révolutionnaire", et le PC ne donne pas suite, dans l'immédiat. 

A la Libération, Vailland devient correspondant de guerre, participe comme observateur et journaliste à la bataille d'Alsace, assiste à la prise du château des collaborateurs français à Sigmaringen en avril 1945. Son premier vrai  roman, "Drôle de Jeu", retrace une expérience de résistance. Il est couronné du prix Interallié, l'année où une autre résistante, Elsa Triolet obtient rétrospectivement le Goncourt pour "Le Premier Accroc coûte deux cents francs".

Vailland écrit dans la presse progressiste depuis 1944, il fait une nouvelle demande d'adhésion au PCF qui n'aura pas de suite avant, en 1952, en pleine guerre de Corée, lors des manifestations organisées par le PCF contre la visite à Paris du général Ridgway, d'envoyer sa pièce de théâtre sur la guerre, Le Colonel Forster plaidera coupable, à Jacques Duclos qui accepte son adhésion au PCF. Vailland déclare alors: "Dans la résistance, d'abord, puis aux combattants et aux partisans de la paix, j'avais eu l'occasion de travailler avec les communistes, d'apprendre à les estimer, à les aimer. Preuve m'avait été faite année par année que le Parti communiste constitue réellement l'avant-garde du combat pour la paix, pour la liberté et pour le bonheur des hommes (...) Je suis très heureux de commencer à militer dans le parti, dans la ville où j'habite, Ambérieu-en-Bugey, parmi les cheminots, les paysans, les cheminots-paysans et les paysans-cheminots qui sauront certainement s'unir contre le nouvel occupant, les nouveaux collabos comme ils l'ont fait dans la résistance". (Franck Delorieux, Roger Vailland Libertinage et Lutte de Classes, p.23)

Franck Delorieux poursuit: "Vailland se lance dans le militantisme avec joie et ferveur. Il colle les affiches, distribue les tracts, participe aux réunions de cellule, intervient dans les meetings et sert de chauffeur lors des élections législatives de 1955 au candidat communiste Henri Bourbon pour les réunions de sa campagne électorale qui aboutira à son élection au poste de député de l'Ain".

Roger Vailland milite contre les tentatives de saisies sur les fermes des paysans endettés. Il participe aux conférences fédérales du parti en tant que simple militant. A l'époque il forme un couple libre et fêtard avec Elisabeth Naldi, comédienne italienne de Bologne, ancienne résistante elle aussi.  En 1950 paraît Bon pied bon œil. En 1951 Un jeune homme seul . Beau masque en 1954 et 325 000 francs en 1955. A chaque fois, des romans réalistes, sombres, nerveux, avec des héros prolétariens. Du réalisme-socialiste peut-être, mais avec des personnages qui sont réellement incarnés et qui ne sont pas que des icônes.

Le roman 325 000 francs de Roger Vailland était une commande du Parti Communiste Français (PCF), écrit pour les ouvriers mutilés d'Oyonnax, pour aborder les concepts centraux de la théorie marxiste : aliénation du travail, la course à la productivité, la parcellisation de l’action de l’ouvrier, augmentation des cadences, risque d’accident, exploitation à travers le salariat. Le roman fut lu en commun et discuté au sein des cercles de formation du PCF. 325 000 francs raconte l’histoire de Bernard Busard, un petit gars d'à peine dix-huit ans originaire de Bionnas, ville fictive. Bernard est manœuvre à l’usine Plastoform où il est chargé de déplacer les pièces entre les ateliers sur son vélo. Le roman s’ouvre sur la course cycliste régionale, à laquelle Bernard participe, mais qu’il ne remporte pas, chutant lourdement dans le final. Mais le cœur du roman, c’est l’histoire d’amour complexe entre Bernard et Marie-Jeanne, femme froide et distante, qui refuse de se donner facilement à lui, malgré sa cour assidue. Elle finit cependant par accepter, mais à une condition : qu’ils quittent Bionnas. Bernard trouve alors une opportunité : gérer un snack-bar à Mâcon, le long de l’autoroute de Paris à Marseille. Il se renseigne : il faut avancer une caution de 700 000 francs. Le couple a déjà 375 000 francs de côté. Il manque donc 325 000 francs. Pour trouver rapidement cette somme, Bernard va tenter l’impossible : assurer le service d’une presse à injection à deux pendant 187 jours en continu. Mais, pour cela, il lui faut un partenaire : ce sera le Bressan, son concurrent durant la course cycliste, un petit paysan de la plaine de Bresse, une vraie force de la nature. Le roman tient en suspens le lecteur : Bernard parviendra-t-il ou non à réaliser cet exploit physique ? Comme la chute finale à vélo, Bernard échouera lors du dernier roulement, et se fera broyer la main par la machine. La fin du roman est tragique : contraints d’abandonner leur rêve d’ouvrir un snack-bar, Bernard et Marie-Jeanne achètent le bar de la ville. Mais Bernard est persuadé que sa femme a couché avec le patron de l’usine Plastoform afin de gagner la différence qui leur manquait. Bernard devient irascible, aigri, violent et alcoolique, et passe sa journée à crier sur sa femme tout en buvant avec les clients. Criblé de dettes, il finira par être réintégré dans l’usine, travaillant d'une seule main. "325 000 francs" est adapté par Jean Prat au cinéma en 1961.

En 1957, Vailland obtient le prix Goncourt pour le roman "La Loi", inspiré de son amour pour Elisabeth Naldi. Le roman jugé trop esthétisant, dans un milieu aristocratique et décadent, est critiqué par la presse communiste mais Maurice Thorez le félicite. 

Vailland voyage aussi, en Indonésie (1950), en Égypte (1952), où il sera emprisonné comme espion communiste, à la Réunion (1958) ou en Israël (1961) où il couvre le procès Eichmann. Il travaille pour le cinéma où il signe plusieurs scénarios, notamment une adaptation des "Liaisons dangereuses" pour Roger Vadim avec Jeanne Moreau et Gérard Philippe. Il s'intéresse aussi à l'art, écrit sur Pierre Soulages. Dans les années 50, il achète une Jaguar: Vailland aime les sensations fortes et la vitesse. Et il étude le libertinage et Laclos, Suétone.

En 1956, Vailland signe la pétition de Sartre contre l'intervention en Hongrie de l'URSS. Il regrettera. "La direction du PCF le convoque, lui somme de faire son autocritique. Il s'exécute et, tandis que ses anciens camarades changent de trottoir quand ils le croisent, finit, en 1959, par ne plus reprendre sa carte du Parti. Vailland est fou de douleur. Il pense qu'il ne pourra plus écrire. ll est tenté par le suicide. C'est la fin d'une saison dont il dira qu'elle fut la plus heureuse de sa vie". (Franck Delorieux, Roger Vailland. Libertinage et lutte des classes, p.36)  

Dans une interview donnée au journal Le Monde en février 1963, suite à la parution du Regard Froid, Roger Vailland écrit: "Il n'y a eu ni démission, ni exclusion. Simple désengagement de ma part. Je me suis tourné vers d'autres activités".

Même après n'avoir pas repris sa carte au PCF, Roger Vailland continue à s'intéresser de prêt aux communistes, et à les soutenir, là où de nombreux ex-camarades retournèrent leur veste ou devinrent anticommunistes. Il meurt le 12 mai 1965.

Dans le recueil, "Un siècle d'Humanité 1904-2004" sous la direction de Roland Leroy, avec la coordination éditoriale de Valère Staraselski, paru au Cherche-Midi, deux beaux articles de Roger Vailland sont retenus pour illustrer l'année 1954 (celle de la fin de la guerre d'Indochine et du début de la guerre d'Algérie) et l'année 1956.

Julien Bourdon est mort au Vietnam- Roger Vailland, Humanité Dimanche, 20 avril 1954

et "J'ai fait un mauvais rêve", L'Humanité Dimanche, 11 mars 1956

Julien Bourdon est mort au Vietnam-

Roger Vailland,

L'Humanité Dimanche, 20 avril 1954

Julien Bourdon, fils cadet de la veuve Bourdon, cultivatrice dans un village de Bresse, vient d'être tué en Indochine. "Sauté sur une mine", raconte la lettre que le capitaine a écrite à la mère.

Il y a tout juste six mois que Julien Bourdon est parti comme volontaire pour la guerre du Vietnam.

Quand j'ai appris son engagement, je suis allé voir la mère, que je connais bien, son fils aîné Bernard Bourdon ayant travaillé avec moi pour la Résistance dans le même village de Bresse.

Alors, ai-je demandé, Julien a estimé nécessaire d'aller défendre le Sud-Est contre quoi? ... Et puis vous savez bien que Julien n'a rien contre les communistes...

Elle nous a regardés, qui étions réunis dans la cuisine - salle commune de la toute petite ferme.

- Vous savez bien, a t-elle repris, que Julien n'a rien contre nous...

Il y avait là Bernard Bourdon, le fils aîné, communiste, Simone Bourdon, la sœur, fiancée à un sympathisant d'un village voisin, et deux cousins que je ne connaissais pas, mais j'avais déjà remarqué à leurs mouvements de tête qu'ils devaient être d'accord sur bien des choses avec Bernard et avec le fiancé de Simone. Pourquoi, en effet, le fils cadet de la veuve Bourdon en aurait voulu aux siens?

- Voyez plutôt, m'avait encore dit la mère... Et elle m'avait emmené dans la petite chambre de Julien, au-dessus de la grange. Sur le mur, en face du lit, était épinglé le portrait d'Henri Martin, découpé dans un journal.

- Voyez, m'avait dit la mère, il n'avait même pas pensé à le retirer, quand Henri Martin a été libéré.

Je le raconte, parce que c'est ainsi, aussi extravagant que cela puisse paraître: il y avait, il y a sûrement encore le portrait d'Henri Martin dans la chambre de ce jeune paysan qui s'est engagé volontaire pour l'Indochine et qui vient de sauter sur une mine.

Alors la mère s'est mise à pleurer.

- C'est ma faute, avait-elle dit. Julien voulait se marier avec une jeune fille qui possède encore moins que nous. Ils auraient dû vivre ici et nous sommes déjà tellement à l'étroit. J'ai dit non...

La vieille femme avait pleuré et je commençais à me reprocher ma brutalité, lorsque Simone, la sœur, était intervenue avec véhémence:

- Non, maman, avait-elle dit, ce n'est pas de ta faute. Julien est un salaud... 

Je continue à répéter mot pour mot ce que j'ai entendu, parce que je pense que c'est utile - et que des scènes analogues se sont déroulées ou se déroulent aujourd'hui dans maintes maisons de France.

Et Simone avait montré la première lettre envoyée du Vietnam par son frère, et qui semblait provenir du delta tonkinois.

"Les gens d'ici, écrivait Julien Bourdon, ressemblent beaucoup aux gens de chez nous. En moyenne, ils ont encore moins de terre chacun pour vivre, mais elle est meilleure. La culture du riz, c'est comme du jardinage. Je ne parle pas leur langue, mais à les regarder vivre, je crois que ce sont de braves gens...

- Alors, s'était écriée Simone, de quel droit est-il parti tuer ces braves gens?...

Parce qu'on lui avait promis une bonne paie? Parce qu'on lui a dit que là-bas les Blancs n'ont qu'à lever le doigt pour avoir des filles? ... Et elle avait répété violemment: "C'est un salaud."

Là-dessus, Bernard, le frère aîné, celui qui avait été au maquis, est intervenu:

- Ce n'est pas si simple, avait-il dit. Certainement Julien a eu tort de s'engager. Il n'a même pas l'excuse de l'ignorance. Je lui avais assez expliqué que les paysans du Vietnam sont des travailleurs comme nous, comme qui dirait nos cousins, et qu'il serait forcément amené à se conduire là-bas comme les hitlériens se sont conduits ici. Mais il faut comprendre les circonstances. 

Bernard avait expliqué. Les Bourdon sont propriétaires de deux hectares de terre et en louent trois à quatre selon les années; ce n'est pas assez pour faire vivre la veuve, les deux fils et la fille. Et tout à fait impossible d'amener une bru à la maison. Julien avait donc cherché du travail ailleurs. Il avait voulu entrer sur un chantier hydroélectrique, mais les nouveaux chantiers prévus n'ont pas été ouverts. Il a fait des remplacement aux postes: ce qui lui a rapporté dans les 12 000 francs par mois et pour devenir facteur titulaire à 24 000 francs, il faut attendre des années.  Enfin, il avait trouvé de l'embauche dans une entreprise de travaux publics, comme terrassier: il avait gagné 750 francs par jour, exactement le prix de la pension que lui réclamait l'hôtelier de la petite ville où il travaillait; il devait emprunter de l'argent à son frère pour payer le voyage qui lui permettait de passer le dimanche au village.

Là-dessus était venu le temps du service militaire. Les dix-huit mois avaient approché à leur fin mais pas davantage d'espoir qu'auparavant. La fiancée, au demeurant, s'était montrée un peu garce; elle ne voulait plus attendre. Le garçon avait accepté le seul moyen d'"évasion" qu'on lui avait offert..

- Il a pensé faire un beau voyage, avait dit amèrement Bernard...

- C'est vrai, s'était écriée la mère, qui cherchait désespérément une excuse à son cadet. Quand il allait à l'école, il aimait tellement la géographie... Il savait par cœur les colonies... 

- Mon frère est une petite tête avait dit Bernard. Il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Mais les salauds ce sont ceux qui ferment les chantiers d'électrification, pour en consacrer l'argent à une guerre où la France comme ils osent s'en vanter, n'a plus aucun intérêt.

Les salauds ce sont ceux qui ont envoyé mon frère au casse-pipe, pour pouvoir continuer à trafiquer sur les piastres ou à toucher des commissions sur les fournitures d'armes américaines; les salauds ce sont ceux qui ont acculé mon frère au désespoir et au crime...

Il y a trois mois, repassant par le même village, j'ai vu une nouvelle lettre que Julien Bourdon avait écrite à son frère: "J'ai honte, disait-il, parce que je fais le contraire de ce que tu faisais pendant la guerre".

... Après l'Indochine, l'Algérie, le combat contre les guerres coloniales continue. 

"Tu me comprends, je pense souvent au train allemand que tu as fait sauter. Moi aussi je sauterai un de ces jours."

Il vient de sauter sur une mine en protégeant la voie ferrée, dans le delta tonkinois, entre Hanoï et Haïphong.

La veuve a appris la mort de son fils dans le même temps qu'elle venait de vendre les deux hectares qui lui appartenaient et de liquider le fermage des trois autres.

C'est qu'avec l'écroulement du prix du bétail, des œufs et du lait, les toutes petites exploitations ne peuvent plus vivre. Simone s'est mariée. Bernard s'est placé, la mère tiendra comme elle pourra avec son jardin et en promenant sa dernière vache le long des routes.

Je n'ai eu aucun besoin de signifier à mes amis Bourdon que cela se tenait étroitement: leur fils et frère tué dans une guerre à laquelle le gouvernement refuse de mettre fin, et leur ferme ruinée, premier résultat des accords européens conclus par le gouvernement: "Aucune exploitation agricole de moins de 30 hectares ne sera plus viable en France, reconnaissent volontiers les "Européens". 

Ils savent exactement à quel point et de quelle manière tout cela est lié. Le peuple de France, après tant de luttes, pendant tant de siècles, et après la dure leçon de la libération trahie, est extraordinairement éduqué à la compréhension des problèmes politiques. Mais nos gouvernements sont-ils donc tellement incompréhensifs aux questions politiques qu'ils ne sentent pas la terrible colère qui est en train de s'amasser dans les campagnes et dans les villes de France? 

(Roger Vailland, Humanité Dimanche, 20 avril)

 

 

 

 

 

J'ai fait un mauvais rêve
Roger Vailland, L'Humanité Dimanche, 11 mars 1956
 
"J'ai fait un mauvais rêve, L'Humanité ne paraissait plus.
J'achetais des journaux, "de l'extrême-droite à la gauche" comme on dit dans les compte rendus de l'Assemblée, et aussi des journaux dits "de grande information". J'y lisais que les patriotes d'Algérie, de Chypre, de Malaisie sont des brigands, des hors-la-loi, des terroristes, et que les Français qui ne veulent pas que nos jeunes soldats se fassent tuer pour protéger les domaines des grands colons sont des complices d'assassins.
Je lisais que le gouvernement a bien raison de donner des subventions aux "écoles livres". Tant pis si les instituteurs sont médiocres et enseignent des balivernes. Un futur ouvrier en sait toujours assez pour se servir de ses cinq doigts. Trop d'instruction favorise l'éclosion des mauvaises idées.
Presque tous les journaux que j'avais achetés approuvaient. Les autres se bornaient à dire qu'il est dangereux de réveiller les vieilles querelles; mieux vaut dormir en paix. C'était exactement comme du temps de Pétain l'obscurantiste.
Je lisais que la productivité, en créant l'émulation, avait transformé le travail à l'usine en un véritable jeu, une éternelle partie de football, une course au gros lot. Et que les ouvriers de Paris faisait queue rue Mouffetard pour acheter des dindes, des perdreaux, des oies et des cailles toutes rôties.
Aucun des journaux que j'avais achetés ne protestait. On ne parlait plus de lutte des classes, ce dogme périmé. La productivité rapporte à tout le monde: un cheval au patron, une alouette à l'ouvrier.
Je lisais que le paysan français se réjouissait d'arracher ses vignes et de planter des pommes de terre à la place. Il touchait la prime et gardait les pommes de terre; quelle bonne affaire! Et par surplus, il assurait le salut de son âme en luttant contre l'alcoolisme.
Aucun journal ne répondait qu'il faut pour vivre bien plus d'hectares de pommes de terre que de vignes. L'essentiel n'est-il pas que le vin d'Algérie se vende? Il est juste que le paysan français se serre la ceinture pour faire plaisir aux gros viticulteurs d'Oranie, puisque l'Algérie, c'est la France (...)
J'ai rêvé que "l'Humanité" ne paraissait plus. Il fallait se chuchoter de bouche à oreille les directives du Parti communiste. Il fallait se passer sous le manteau les feuilles ronéotypées. (...)
Je me suis réveillé. Ce n'était qu'un mauvais rêve. On venait m'apporter "l'Humanité" du jour. Je lisais les gros titres: "Les colonialistes abattent leurs cartes..." "Maroc: la population manifeste sa joie après la proclamation de l'indépendance..." "Pour l'union des 500 000 métallurgistes parisiens" L'arme est là, bien aiguisée, qui allait, qui va servir pour les travailleurs pour tous les combats de la journée.
La semaine du 18 au 24 mars sera la semaine de "l'Humanité". Pendant toute la semaine, achetez, vendez "l'Humanité". Organisez des ventes de masse. Faites souscrire des abonnements. "
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4 février 2025 2 04 /02 /février /2025 08:03
A lire: Fils d'Humanité de Charles Silvestre, ancien journaliste, rédacteur en chef et éditorialiste à l'Humanité

Charles Silvestre, qui nous avait gratifié ces derniers temps de très beaux livres sur Jean Jaurès (Je suis Jaurès aux éditions Privat en 2015- Jaurès, la passion du journalisme aux éditions du Temps des Cerises en 2010), revient dans ce passionnant livre de souvenirs, un essai alerte et plein de profondeur, même si sa forme est celle des sauts de puce et des évocations par petite touche, sur son parcours de journaliste à l'Humanité et sa traversée d'évènements marquants et de bascule en tant que militant et journaliste communiste. Le livre publié aux éditions du Croquant (2018, 12€) avec une couverture de Baudoin et une maquette de Nina Léger, qui se lit vite, comme un roman, est suivi par une sélection de d'articles de reportage dans L'Humanité et L'Humanité Dimanche ainsi que par des tribunes importantes signées par Charles Silvestre.

- Saint-Nazaire, grèves des métallos, avril 67: "A Saint-Nazaire, quand deux cortèges se croisent, ils s'applaudissent"

- Paris 25 avril 1968: "Les causes les plus jeunes"

- Paris 14 mai 1968: "Le cauchemar de la rue Gay-Lussac"

- Boulogne Billancourt, 11 avril 1973: "La révolution des OS de l'île Seguin"

- Peugeot-Mulhouse, 29 septembre 1989: "Ma nuit dans la Forge"

Un titre si bien choisi "Fils d'humanité" pour un ancien rédacteur en chef et éditorialiste de l'Humanité qui fut et reste si plein d'humanité, de malice, de curiosité pour tout, de fraternité.

Cet ancien enfant de chœur de la paroisse de Saint-Véran d'Avignon, puis enfant de troupe à 11 ans, devient journaliste et militant après avoir été envoyé en Algérie. Ses premières armes en lutte des classes, il les fait à Saint-Nazaire, où il débarque en avril 1967, comme "envoyé spécial de l'Humanité", un journal dont à l'époque toute la rédaction est issue de la Résistance: Etienne Fajon, ancien déporté au bagne en Algérie, René Audrieu, issu des FTPF du Limousin, etc.

Charles Silvestre raconte ce mouvement social énorme à Saint-Nazaire:

"Printemps 67 à Saint-Nazaire. Éblouissement. Grève de rêve! Deux mois sans faiblir. Trois mille mensuels des chantiers de l'Atlantique, de Sud-Aviation qui font bloc. Six mille horaires lockoutés qui rejoignent les premiers. Face au directeur qui encaisse: "Je suis déçu par certains employés en qui j'avais mis toute ma confiance." Deux cortèges qui s'applaudissent en se croisant. "L'Internationale" qui s'élève à un carrefour et qui s'achève à un autre, chantée en canon par les gens de FO et par ceux de la CGT. C'est dans les gènes du pays.

Des grévistes qui, restant bras croisés, désarment les CRS. Il n'y a pas si longtemps, à chaque charge, suivie d'une furieuse mêlée, ces derniers se défoulaient sur les vélos rangés le long des murs. Des femmes, grévistes ou épouses de grévistes, ensemble, défilant à trois mille le premier jour, à cinq mille ensuite. Le flot de la population dans les rues qui enfle. La ténacité qui défie les fins de mois poches vides et la lassitude dans un cri: "Saint-Nazaire ne cédera pas!".

(...) 68 n'a pas commencé en 67, mais ce 67 a inspiré 68. Les grévistes de Sud-Aviation qui reprennent le travail, en cortège, et auxquels ceux des chantiers font une haie d'honneur, chantent à en donner le frisson "ce n'est qu'un au-revoir mes frères". Pour l'instant tout va bien. J'ai vécu un moment idéal avec mon journal. Dans la "double" de l'Humanité-Dimanche, datée du 15 avril, la photo de la jeune femme à l'imperméable, venue à la rencontre des ouvriers dont on ne voit que les mains accrochées à la grille de l'usine, me va droit au cœur".

Puis Charles Silvestre découvre un autre monde, à Longwy, loin de la douceur de la Brière, avec les grèves de Lorraine-Acier, Usinor, un monde plus dur.

L'auteur raconte comment le PCF et l'Humanité sont passés à côté de mai 68, même si lui, est au cœur des grèves ouvrières, auprès des OS de chez Renault Billancourt. Dans la chaleur de l'évènement, pour reprendre les mots d'Aragon, "on n'a pas toujours raison d'avoir raison". Waldeck-Rochet est plus préoccupé par le sort de l'évolution démocratique du communisme à Prague vers un "socialisme à visage humain" qu'il soutient, écœuré ensuite par la répression soviétique. C'est l'époque où le Parti communiste s'ouvre vers un idéal de liberté et d'émancipation, avec notamment le "Manifeste de Champigny". 

Cette expérience politique du défi démocratique du PCF mènera à l'eurocommunisme, à l'abandon du concept de dictature du prolétariat. Charles Silvestre raconte ce meeting historique avec Enrico Berlinguer, secrétaire général du parti communiste italien, le plus puissant d'Europe, et Georges Marchais, le 3 juin 1976, devant 100 000 personnes rassemblés à Paris, porte de Pantin. Un meeting jumeau avait eu lieu le 11 mai 1973 à Bologne. 

Suit la rupture avec le programme commun, quand le PCF craint d'être devancé par le PS, puis le rapprochement avec l'URSS, l'épisode du "bilan globalement positif" attribué aux pays socialistes qui suscitera la perplexité et la controverse à l'Humanité. En 77, Charles Silvestre préside à des grands entretiens de l'Humanité avec les écrivains fameux de l'époque, Simenon, Claude Simon, Jean Genet, etc, à qui l'Humanité demande "d'écrire" le pays.

En 1981, "l'espoir dure deux-trois années", et l'Humanité suit le travail des ministres communistes: Charles Fiterman (transports), Jack Ralite (santé), Marcel Rigoult (formation professionnelle), Anicet Le Pors (fonction publique) avant le tournant de la rigueur et l'insurrection de la Lorraine cœur d'acier, avec les socialistes qui lâchent la métallurgie française.  

Les années 80 de Charles Silvestre sont aussi consacrés à des grands entretiens avec des résistants, à la mise en lumière de destinées de résistants tombés au champ d'honneur, comme Joseph Epstein, et puis, sur le plan politique, il y a la nouvelle donne de la perestroïka, puis  de la chute du Mur, et de l'arrivée d'un nouveau modèle de dirigeant communiste, avec Robert Hue, vis-à-vis duquel les réactions à l'Humanité sont d'abord positives. 

Puis c'est le grand mouvement social de 1995, avec en figure de proue Bernard Thibault, le chef de file des cheminots CGT. L'Humanité est comme "un poisson dans l'eau" dans le mouvement grâce à sa proximité avec le monde ouvrier là où "Libération" de Serge July titre: "Juppé, le courage".

Juin 1997, c'est la dissolution et la victoire surprise de la gauche. Lionel Jospin devient premier ministre, avec quatre ministres communistes: 

"Lionel Jospin restera célèbre pour une formule prononcée à la télévision le 13 septembre 1999: "L’État ne peut pas tout". Ce "tout" fait référence à l'affaire Michelin: la multinationale annonce 7 500 suppressions d'emplois et... 15% d'augmentation du cours de ses actions en Bourse. Comme on dit, ça fait désordre... Une scène qui se joue sur Antenne 2 ne sera pas pardonnée ni à l'intéressé, ni à son équipe, ni à ce qu'on appellera la gauche de gouvernement. Mais cela, on le saura plus tard. Claude Sérillon qui présente le journal pose, en direct, la question: qu'allez-vous faire monsieur le Premier ministre? En vain. Le journaliste insiste. Il n'obtient de son interlocuteur que des réponses convenues: "Il ne peut y avoir de moratoire des plans sociaux". Ou, mieux encore: "C'est aux salariés de se mobiliser"... L'exercice du pouvoir est passé par là. Le conseiller en communication du Premier ministre, qui n'est autre que Manuel Valls, furieux, demande séance tenante à la présidence de la chaîne la tête de Sérillon et l'obtiendra!"

Charles Silvestre poursuit: "Le problème n'est pas seulement celui de Lionel Jospin et de son gouvernement qui compte quatre ministres communistes. Il est, du même coup, celui du Parti communiste lui-même et, par voie de conséquence, de son journal. Robert Hue, dans un premier temps, se fâche et convoque une manifestation pour le 16 octobre à Paris. Le défilé est impressionnant. "L'Humanité" en rend largement compte. Mais, tout de suite, une campagne de presse s'organise orchestrée par des sources aisées à identifier: le Parti communiste ne peut avoir vis-à-vis de la majorité, est-il dit, "un pied dedans, un pied dehors".

A ce chantage, il aurait fallu résister. Robert Hue, seul, ou en accord avec d'autres responsables, cède. Le croisant, je me permets de lui faire part sur place, en quelques mots, de mon sentiment: après une démonstration aussi réussie, et qui crée des attentes, surtout ne pas "lâcher". Il se contentera de proposer au Parlement, encouragé par Lionel Jospin, un amendement qui prendra le nom d'"amendement Michelin", destiné à interdire aux entreprises bénéficiaires de licencier, et qui se perdra dans les sables du temps. "La Croix", tirant les leçons de cet épisode, écrit: "La droite a son horizon idéologique quelque peu dégagé".  

Silvestre raconte comment on lui a demandé (Pierre Zarka, directeur de l'Humanité) d'adoucir le trait dans sa dénonciation de la privatisation de France Telecom par son ouverture de capital décidée par Lionel Jospin, tout à son entreprise de libéralisation des services publics pour complaire à la finance et à l'Europe libérale. Puis, quand Silvestre dénonce dans un autre édito de l'Humanité la politique d'absence de régularisation des sans-papiers de Chevènement, là encore, on lui fait comprendre par l'intermédiaire de Robert Hue et Pierre Zarka que le ministre en question et les socialistes sont irrités par son article. 

Silvestre raconte la restructuration du journal par le couple Pierre Laurent-Patrick Le Hyaric, succédant à Pierre Zarka et Claude Cabanes, à laquelle Silvestre survit car il n'est pas "d'abord" un politique, mais un journaliste, puis le combat pour la reconnaissance de la torture en Algérie au début des années 2000, après le témoignage de Louisette Ighilhariz dans le journal Le Monde le 20 juin 2000 sur les tortures que lui ont fait subir les sbires du général Massu et de Bigeard en décembre 1956, Louisette que Charles Silvestre fera intervenir à la fête de l'Humanité 2000, en présence de Jacques Derrida, avant de prendre l'initiative d'un appel pour que toute la vérité et la justice soit faite sur la torture en Algérie avec Germaine Tillion, Henri Alleg, l'Appel des douze dont l'Humanité et Charles Silvestre ont pris l'initiative et qui s'invitera dans la campagne électorale présidentielle de 2002.

Charles Silvestre en est convaincu, il ne faut  jamais consentir au désarmement social du monde ouvrier et des classes populaires qui ruine le crédit de la gauche, et plus particulièrement du Parti communiste. "Les classes populaires ont abandonné la gauche parce que la gauche les a abandonnés" disaient déjà les sociologues Stéphane Beaud et Michel Pialoux en 2002.

Ismaël Dupont, le 4 février 2025

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3 février 2025 1 03 /02 /février /2025 16:37
La guerre civile en France, La Fabrique, 2018, Grey Anderson, 15 euros

La guerre civile en France, La Fabrique, 2018, Grey Anderson, 15 euros

"La guerre civile en France" est le grand texte d'analyse distanciée à chaud de Karl Marx sur la Commune de Paris. L'historien américain Grey Anderson, publié par l'excellente édition La Fabrique du regretté Eric Hazan en 2018 reprend ce titre fort et radical pour qualifier la séquence insurrectionnelle et de coups d’État réussis ou manqués qui se joue en plein cœur de la guerre d'Algérie et pour conjurer son destin annoncé, l'indépendance de l'Algérie et la fin de l'empire français, entre mai 1958, la fin de la IVe République sous la pression de l'armée qui oblige, sous la menace, au rappel du général de Gaulle, et l'avènement de la Ve République et de l'élection du président de la République au suffrage universel, président de la République désormais doté de pouvoirs exorbitants.

De la même manière que Marx revient brillamment sur le péché originel et la mer de sang à l'origine de la IIIe République, République parlementaire oligarchique née dans les massacres des Communards, Grey Anderson exhume lui aussi les cadavres dans le placard de la Ve République, qui continuent à embaumer l’atmosphère, 60 après, notamment avec le racisme anti-arabes hérité du colonialisme et de la guerre de décolonisation, mais aussi par la nostalgie d'un pouvoir personnel fort résolvant toutes les crises, et avec les logiques de pouvoir personnel consubstantielles à la Ve République, qui a fait de la démocratie française celle qui s'apparente le plus à une monarchie absolue.

Les quatre années de guerre civile qui s’écoulent entre la prise du gouvernement général à Alger le 13 mai 1958 et la fin de l’OAS au printemps 1962 n’ont rien que l’on aime se rappeler : une haine et une violence extrêmes, l’usage généralisé de la torture, les exactions policières contre les Algériens révoltés et ceux qui les soutiennent, le mensonge officiel qui présente le retrait d’Algérie comme une victoire et le complot initial comme le triomphe de la démocratie…

Écrit par un jeune universitaire américain, diplômé de Yale, ce livre issu d'un travail de thèse, remarquablement documenté, parfois ardu, car faisant appel à de nombreuses références, dévoile les mécanismes du refoulement de cette réalité douloureuse qui a façonné durablement l’État français et ses institutions.

La tragédie s'ouvre sur sa préhistoire, le 7 mai 1954, dans le chapitre un "Fin d'empire": la chute de Diên Biên Phu, tombée aux mains des forces nationalistes et communistes du général Vô Nguyen Giap, 15 000 hommes de l'armée française tués ou faits prisonniers. Le lendemain, en Algérie, l'anniversaire des neuf du massacre de Sétif est plus joyeux et optimiste que d'habitude.  L'inquiétude sur le déclin de la France, le péril rouge dans un contexte d'exaspération de la guerre froide, et de fantasmes sur la contagion communiste, hante l'armée, la bourgeoisie, les élites de droite, qui développe aussi une théorie sur les culpabilités, les "traîtres" et les "incapables" de l'intérieur, en même temps qu'un rêve de purge et de politique de force et de fermeté affranchie des cadres démocratiques. L'antiparlementarisme est à son comble. Début 1957 débute la bataille d'Alger. Lacoste, le gouverneur général nommé par Guy Mollet, donne tout le pouvoir à l'armée, y compris celui de la torture généralisée et de l'élimination des suspects, pour éradiquer la rébellion algérienne. Salan et autour de lui des officiers ayant servi en Indochine vont développer une tactique de contre-guerilla impliquant la population civile dans la guerre et mobilisant l'armée elle-même pour la guerre psychologique. L'armée devient un acteur politique, une puissance politique autonome et les succès sur le terrain, accompagnées par la crainte par l'armée d'une "trahison" ou d'une "faiblesse" politique à Paris, ou bien d'une opposition politique "libérale" et communiste qui, relevant la tête, les compromettraient et les annuleraient, alimentent les rumeurs de putsch. En tolérant et encourageant l'action illégale des tortionnaires, Aussaresses, Massu, Le Pen et consorts, les gouvernements de la IVe République donnaient à l'armée le goût du fascisme et la confiance en elle-même sans lui inspirer pour autant le respect des institutions démocratiques. La gauche au pouvoir, même sous les couleurs de la trahison des idées républicaines et progressistes avec Guy Mollet, restait mépriser de beaucoup d'officiers de l'armée, comme une IVe République qui avait conduit au désastre de Dien Bien Phu selon eux.  Les critiques de ce qui restait de gauche authentique en France et en Algérie contre la violence de la répression en Algérie, la pression des ultras de l'Algérie française, la paranoïa aussi par rapport à l'ONU et une communauté internationale jugée (à raison) favorable à l'indépendance de l'Algérie et à l'achèvement de la décolonisation, donnaient à l'armée des rêves de généralisation de l'état d'urgence et de la restriction des libertés.

"L'opposition de la gauche non communiste à la guerre, muette pendant l'année 1956, se fit plus bruyante à partir du printemps 1957, avec le retour en France des premiers appelés et réservistes. Le 29 mars 1957, l'Express publia une lettre ouverte du général Pâris de la Bollardière qui dénonçait les atrocités commises par l'armée en Algérie et appuyait le témoignage récemment publié par Jean-Jacques Servan-Schreiber qui avait servi sous ses ordres comme réserviste. Cette intervention sans précédent valut à de Bollardière, déjà relevé de son commandement le mois précédent, six mois de prison. La censure de la presse, personnellement supervisée par Lacheroy au ministère de la Défense, ne parvint pas à étouffer les révélations en cascade. Deux affaires éclatèrent pendant l'été: l'arrestation et la torture du journaliste Henri Alleg, communiste algérien, et la disparition de Maurice Audin, mathématicien travaillant à l'université d'Alger et membre lui aussi du Parti communiste algérien (PCA). Ces divulgations entraînèrent une forte mobilisation en métropole, bien au-delà des petits groupes habituels, les chrétiens de gauche ou les intellectuels des "Temps modernes". Certes, en dehors du PCF... il n'y avait en France qu'une minorité réduite pour prôner l'indépendance de l'Algérie, et encore moins de monde pour aider directement le mouvement nationaliste. Mais l'horreur de la torture avait créé un terrain commun entre les opposants dans la tradition dreyfusarde qui dénonçaient les crimes perpétrés en Algérie comme la trahison des idéaux républicains, et une extrême-gauche plus radicale."

De l'autre côté, à droite, et dans le mouvement gaulliste à la tradition antiparlementaire bien ancré, il y avait l'attente d'un gouvernement quasi dictatorial "de salut public", pour reprendre la terminologie révolutionnaire, pour gagner la guerre d'Algérie et régler les problèmes d'efficacité et de neutralisation des oppositions face à une situation de risque de déclin national.  C'est le projet en février 58 de Soustelle, Roger Duchet, George Bidault, André Morice, fondateurs de l'Union pour le salut et le renouveau de l'Algérie française (USRAF) qui ont soumis au Parlement un projet pour la constitution d'un gouvernement de salut public. Ces quatre mousquetaires de l'Algérie française représentent des traditions différentes de la droite - Républicains sociaux, Indépendants, MRP et radicaux. Salan et Ely, au nom de l'efficacité de la guerre psychologique, appelaient à la neutralisation des critiques de l'action de l'armée française en Algérie en métropole. A Alger même, l'ambiance complotiste et fasciste des milieux d'extrême-droite et ultras de l'Algérie française était à son comble avec d'anciens cagoulards comme Henri Martin, Pierre Lagaillarde, le colonel Thomazo, commandant des Unités territoriales, etc. 

A partir d'avril 1958, les réseaux gaullistes se mettent en action à Alger et en Algérie comme en métropole pour le retour au pouvoir du général, face à la "paralysie du régime". Le 13 mai 58, c'est la démonstration de force des partisans de l'Algérie française à Alger, avec l'appel de la foule des pieds noirs, au côté de l'armée, pour un gouvernement de salut public. D'autres manifestations ont lieu en métropole autour des monuments aux morts, dans 17 villes françaises, avec les associations patriotiques et d'anciens combattants. La foule algéroise, depuis le plateau des Glières, se lance à l'assaut du gouvernement général d'Algérie. Des cris sont lancés: "L'armée au pouvoir".  Massu lance un comité de vigilance militaire, soi-disant pour éviter les débordements du soulèvement militaire, mais avec un objectif: obtenir un gouvernement de salut public pour que l'Algérie reste l'Algérie française. "Dans le débat parlementaire cette nuit-là, comme on apprenait à Paris le rôle tenu par l'armée à Alger, le leader communiste Waldeck Rochet demanda que Massu soit démis de ses fonctions et que toutes les mesures soient prises "pour sauver la République". Quand la session reprit au petit matin du 14, Pfimlin répondit de façon très directe: "Il faut, mes chers collègues, que vous sachiez que nous sommes peut-être au bord de la guerre civile. Or, de cette guerre civile, les bénéficiaires seraient sans aucun doute ceux-ci (désignant les députés communistes à l'extrême-gauche), desquels rien ne saurait me rapprocher". La menace d'une révolution communiste et celle de la guerre civile pesaient lourd dans les délibérations finales de la IVe République - les deux étant évidemment liés". (La guerre civile en France 1958-1962, Grey Anderson, p. 86).

A la mi-mai, l'armée et les forces Algérie française menacent de faire sécession et réclament à cor et à cri un gouvernement qui garantisse le maintien dans le giron de la France de l'Algérie. D'Algérie, des plans sont échafaudés pour une éventuelle intervention militaire en France. La Corse est aussi en proie à l'agitation. Pendant quinze jours la République vacille jusqu'au moment où une majorité de circonstance à l'Assemblée nationale se range, par nécessité et sous la pression et la contrainte, derrière De Gaulle. Le 1er juin, celui-ci s'exclame à la tribune: "L'unité française est immédiatement menacée (...) L'armée, logiquement éprouvée par des tâches sanglantes et méritoires, est scandalisée par la carence des pouvoirs.... (...) En ce temps même où tant de chances, à tant d'égards, s'offrent à la France, elle se trouve menacée de dislocation, et peut-être, de guerre civile".  Puis de Gaulle pose ses conditions: pleins pouvoirs, révision de la Constitution, suspension du Parlement dans la période intermédiaire. De Gaulle est investi par 329 voix contre 224, le PCF vote contre comme la moitié des rangs de la gauche et du centre. 

Le 4 juin 1958, c'est le fameux "Je vous ai compris", les bras en V, sur le balcon du Gouvernement général à Alger. Mais De Gaulle ne précise pas ce qu'il fallait comprendre, ni ce qu'il avait compris...

Pendant deux ans, en Algérie, De Gaulle va conjuguer une guerre à outrance sur le terrain, avec les opérations Challe, les déplacements de village, le recrutement massif de harkis, et des timides débuts de discussion avec le FLN, De Gaulle violant un tabou en faisant l'offre d'une "paix des braves en Algérie". La pression internationale sur la France est intense, celle des Etats-Unis notamment, en faveur de l'autodétermination de l'Algérie, et de Gaulle comprend qu'il peut peut-être mieux dans l'état de fait établi sur le terrain concilier les intérêts de long terme de la France en devenant une puissance nucléaire militaire et en lâchant la souveraineté politique sur l'Algérie tout en conservant des accords. De Gaulle commence à envisager une Algérie postcoloniale liée à la France par des traités diplomatiques, commerciaux, militaires.

C'est alors que va s'engager un nouveau bras-de-fer en Algérie, avec les ultras de l'Algérie française, avec la semaine des Barricades en janvier 1960. L'épreuve de force est engagée qui conduira à la sédition d'une partie des officiers supérieurs, le "quarteron des généraux en retraite" Challe, Jouhaud, Salan, Zeller, en avril 61 sympathisant avec le fascisme jusqu'au-boutiste des ultras de l'Algérie française et la mise en place de l'OAS.  Grey Anderson raconte aussi dans cette époque d'ultra-violence le massacre sous les ordres du préfet Papon des manifestants algériens contre le couvre-feu à Paris à l'automne 1961 (des dizaines de cadavres furent repêchés dans la Seine, des centaines d'Algériens furent tués sous l'ordre de celui qui organisa les rafles de juifs pendant l'Occupation avant de d'organiser les équipes spéciales de fonctionnaires français et supplétifs chargés de réprimer les Algériens de Paris). Puis ce fut Charonne, un des derniers crimes de la guerre d'Algérie, et vu de France, sans doute un des plus frappants.

Un semblant de calme finalement revint finalement sur les braises encore fumantes de la guerre d'Algérie après 1962 et l'installation définitive de la 5e République. Mitterrand, qui s'est confortablement et jusqu'à l'extrême de l'arbitraire, du pouvoir personnel discrétionnaire, et des barbouzeries, installé dans les institutions de l'auteur "du coup d’État permanent", à partir de 1981, finit le travail de liquidation symbolique de cette mémoire traumatique en réintégrant les officiers rebelles et les proches de l'OAS dans les rangs de la réserve, bradant aussi l’impératif de justice face aux victimes innombrables de l'OAS, lui qui avait déjà bénéficié des reports de voix des partisans de l'Algérie Française à l'élection présidentielle de 1965, et du soutien de Tixier-Vignancour, tout à leur détestation de De Gaulle. 

Recension du livre par Ismaël Dupont

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31 janvier 2025 5 31 /01 /janvier /2025 07:32
Thomas Deltombe - L'Afrique d'abord, Quand François Mitterrand voulait sauver l'Empire français - La Découverte, 2024, 22€

Thomas Deltombe - L'Afrique d'abord, Quand François Mitterrand voulait sauver l'Empire français - La Découverte, 2024, 22€

"L'Algérie, c'est la France. Et qui d'entre vous, Mesdames, Messieurs, hésiteraient à employer tous les moyens pour préserver la France" - François Mitterrand à l'Assemblée Nationale, 12 novembre 1954.

Ministre de l'intérieur, Mitterrand organise la répression dans les Aurès, épicentre de l'insurrection, en novembre 1954. Dès novembre 1954, la torture s'exerce à plein en Algérie contre les suspects qui sont raflés, et les exactions se multiplient en Kabylie.

Après l'insurrection lancée par le FLN dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une soixantaine d'attentats faisant 8 morts, François Mitterrand va se faire le chantre d'une politique de répression implacable en Algérie contre les séparatistes. Le 6 novembre, le MTLD de Messali Hadj est dissous, ses militants arrêtés en masse. "Même les moins radicaux, à l'exemple d'Abderrahmane Kiouame, adjoint au maire d'Alger, et pourfendeur du "néo-colonialisme" mitterrandien, sont jetés en prison. Des centaines de "suspects" se retrouvent ainsi embastillés, sans, pour la plupart, avoir aucun lien avec les actions de la Toussaint rouge organisée par une faction dissidente du mouvement nationaliste. Ce qui ne fera qu'alimenter le vivier du FLN". 

Après la chute du gouvernement Mendès France, Mitterrand soutient la politique d'"intégration" de Jacques Soustelle en Algérie, contre toute idée d'autonomie ou d'indépendance de l'Algérie. En 1956, François Mitterrand redevient ministre pendant la guerre d'Algérie, de la Justice cette fois-ci, dans le gouvernement de Guy Mollet. Mitterrand se montre un partisan des "pouvoirs spéciaux" pour l'armée. Il signe les décrets les plus attentatoires aux droits fondamentaux. Les condamnations à mort de militants FLN recoivent leur décret d'application et c'est suite à l'exécution de Abdelkader Ben Moussa et de Ahmed Zabana avec la bénédiction de Mitterrand à la prison Barberousse d'Alger le 19 juin 1956, puis à l'attentat commis par les "ultras" de l'Algérie française rue de Thèbes et à l'incendie de la Casbah que la direction du FLN à Alger décide de répliquer en ciblant les colons civils (attentats du Milk Bar, à l'angle de la rue d'Isly et de la place Bugeaud et de la cafétéria en face de l'université d'Alger, exécutés par Zohra Drif et Samia Lakhdari, deux filles de notables algériens, descendantes de grandes familles). Sur 45 dossiers d'exécutés lors de son passage au ministère de la justice, Mitterrand ne donnera que huit avis favorables à la grâce. Dans 80% des cas, il choisit la mort pour les militants indépendantistes algériens avant la décision finale du président René Coty. C'est le cas notamment pour Fernand Iveton, communiste algérien, dont la bombe placée dans son usine à gaz n'a pas explosé et n'était pas destiné à faire de victimes. Condamné à mort par un tribunal militaire le 24 novembre 1956, il est guillotiné à la prison de Barberousse le 11 février 1957. Là aussi, Mitterrand a voté la mort. De même qu'il prête publiquement appui à Robert Lacoste pour justifier la torture contre les militants algériens. 

Solidaire de l'agression de l’Égypte et de l'intervention militaire de Suez en octobre 1956, Mitterrand ne trouve rien à dire aux pouvoirs de police exorbitants donnés à Massu et ses paras pendant "la bataille d'Alger". 

En mars 1958, Mitterrand écrit que "l'abandon de l'Algérie serait un crime".

Bien plus tard, après 1995, beaucoup ont été effarés par la responsabilité du président Mitterrand, dans le soutien au régime génocidaire rwandais, au nom d'une vision de la défense des intérêts français en Afrique qui transforme la vie des peuples en simple pions dans un jeu impérialiste.

Ce livre de Thomas Deltombe éclaire la préhistoire oubliée de cet animal politique, non pas celle de Vichy et de son passé d'extrême-droite, comme l'avait fait Pierre Péan, encore que Thomas Deltombe revient aussi sur cette histoire et sur les liens qu'a gardé tout au long de sa vie François Mitterrand avec des hauts fonctionnaires, Bousquet et ses proches (Jean-Paul Martin, Jacques Saulnier, Yves Cazaux), impliqués dans les rafles et la déportation des Juifs de France et la répression de la Résistance, mais sur celle de François Mitterrand l'ambitieux député et ministre de la IVe République, engagé dans un parti centriste et anticommuniste pivot pour constituer des majorités à l'Assemblée et des gouvernements en période de guerre froide, avec souvent la droite et les socialistes, pour qui l'Afrique va vite devenir un ressort d'ascension politique, et un domaine d'expertise qui lui donnera une stature d'homme d’État, avec une ligne directrice: celle de la grandeur impériale de la France et du maintien du lien "paternaliste" de tutelle de la France sur les peuples d'Afrique du Nord et de l'Ouest.

"Mitterrand l'Africain", s'il y a une dimension de socle idéologique chez Mitterrand, dont par ailleurs les idées professées épousent les intérêts de circonstances, en bon opportuniste soucieux essentiellement d'arrivisme, c'est celui d'un certain nationalisme rêvant la gloire de la France et passant par la défense du colonialisme ou du néo-colonialisme au nom des intérêts de la France et de son rôle civilisateur. 

Thomas Deltombe éclaire dans cet essai très documenté, à l'écriture alerte et plaisante, sa défense farouche, dans les années 1950, de la présence française en Afrique.

François Mitterrand fait son entrée dans la vie politique française en 1946, élu député de la Nièvre par un électorat conservateur et sur un programme anticommuniste: il devient le benjamin de l'Assemblée Nationale. Il se rapproche de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), parti centriste anticommuniste qui sert d'appoint stratégique dans les coalitions précaires de la IVe République. 

"A seulement 30 ans, François Mitterrand intègre le premier gouvernement de la IVe République, formé par Paul Ramadier, comme ministre des Anciens combattants et des Victimes de guerre. (...) Il conservera son maroquin dans le cabinet de Robert Schuman, avant d'être nommé secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil dans les trois gouvernements suivants, au sein desquels il est chargé du porte-parolat gouvernemental et de la tutelle des organes d'information".

On est à l'époque du début de la guerre froide, de la guerre d'Indochine, et de la répression sanglante de la révolte de Madagascar, qui fera des dizaines de milliers de victimes. "François Mitterrand, porte-parole du gouvernement, se montre particulièrement véhément à l'égard du PCF et de la CGT, ce qui lui attire des critiques acides dans la presse communiste. "Ce sous-ministre aux airs de jeune premier fut l'un des premiers vichystes de France, ce qui lui valut de figurer sur la liste des dignitaires de la francisque (...). M. Mitterrand n'est pas un parjure, fidèle à son serment, il est toujours dans la tradition vichyste", lit-on par exemple dans "L'Humanité-Dimanche" le 14 novembre 1948" (L'Afrique d'abord! Quand François Mitterrand voulait sauver l'Empire français - Thomas Deltombe, p.50). 

En 1947, Mitterrand défend en Algérie le maintien des deux collèges électoraux dans le cadre de la départementalisation, synonyme de marginalisation politique des Algériens "musulmans": "un premier collège représente cet élément européen auquel s'ajoute une infime minorité de musulmans qui ont obtenu leur droit de vote, en mars 1944, en raison de leur "mérite" (fonctionnaires, titulaires de certains diplômes, d'une médaille militaire, etc). Un second collège, disposant du même nombre de sièges, est censé représenter une population huit fois plus nombreuse: la masse des musulmans jugés indignes de mélanger leurs votes aux précédents".

"Lors de son séjour en Algérie, en septembre 1947, le jeune ministre des Anciens combattants est logiquement accueilli avec les honneurs par les autorités officielles dans toutes les localités où il se rend: Alger, Tizi Ouzou, Constantine, etc. Mais cet enthousiasme n'est pas partagé par tout le monde. Le lendemain de son arrivée à l'aérodrome de Maison-Blanche à Alger, le journal d'obédience communiste "Alger-Républicain" publie la tribune acerbe d'un instituteur européen à la retraite, "ancien combattant" et "victime des lois de Vichy". Évoquant le statut de l'Algérie, il s'adresse directement aux anciens combattants algériens: "M. Mitterand (sic) était d'accord avec le projet gouvernemental qui vous éliminait des listes du premier collège, pour satisfaire aux exigences colonialistes imposant "pureté" des deux collèges électoraux algériens". Quant à "l'égalité des pensions proportionnelles et d'ancienneté, le ministre ne s'en préoccupe point, poursuit-il. Et l'on voit ainsi dans de nombreuses villes d'Algérie, le spectacle lamentable et poignant d'anciens combattants réduits à la mendicité".  (P.52-53)

François Mitterrand donne aussi un cycle de conférences en Afrique de l'Ouest en janvier-février 1950 à l'invitation de l'Alliance Française. Son journal de voyage montre son intérêt extrême pour la chasse de la grande faune sauvage africaine (chasseurs d'éléphants, d'hippopotames, chasseur de baleines dans le golfe du Gabon). Mais "l'aspect le plus frappant de ce journal est la quasi-absence des Africains. Alors que les femmes blanches sont décrites avec une violente minutie, les "noirs" apparaissent essentiellement comme un décor, au même titre que les arbres ou les animaux, comme une masse anonyme et informe". Dans sa tournée africaine, Mitterrand se désintéresse totalement de la répression par l'armée et l'administration coloniale du RDA en Côte d'Ivoire, le Rassemblement démocratique africain, mouvement panafricain autonomiste auquel se relient sept parlementaires africains de l'Assemblée nationale dont Houphouët- Boigny, alors associés au groupe parlementaire du Parti communiste, le PCF étant le seul parti à avoir soutenu le congrès de Bamako du RDA et à y avoir envoyé une délégation, les deux formations prônant "la sortie du colonialisme par l'accession à l'égalité des droits plutôt par l'octroi de l'indépendance".   

Thomas Deltombe rappelle qu'à la même époque, René Vautier, le cinéaste finistérien communiste, 22 ans, ancien résistant, missionné par la Ligue de l'enseignement, arrivé à l'été 49 en Afrique et resté 6 mois en AOF, en compagnie d'un autre cinéaste, Raymond Vogel, montre "une réalité que Mitterrand ne veut pas voir". C'est "Afrique 50", "le premier film anticolonialiste français". "Les deux cinéastes capturent les images de la répression en Côte d'Ivoire. "Nous avons vu, constaté et même filmé des atrocités dignes des plus hauts sommets de l'hitlérisme, dont peu de gens se doutent parce que l'administration cherche à les étouffer et sciemment, nous avons des preuves formelles", écrit Vogel dans un courrier rédigé d'Abidjan en décembre 1949. (...) Sur place, les deux cinéastes sont rapidement traqués par les autorités".

Entre 1950 et 1951, Vincent Auriol va débaucher Houphouët-Boigny, et à le séparer notamment de Gabriel d'Arboussier, de manière à ce que le RDA abandonne son alliance parlementaire avec le PCF, et sa ligne anticolonialiste, pour rejoindre l'UDSR, et une ligne d'affirmation néo-coloniale, de l'avenir de l'Afrique sous l'égide "bienveillante" du patron français.  Grand capitaliste et planteur lui-même, Houphouët-Boigny "a négocié le ralliement politique du RDA, dont il est le président, en échange d'un soutien économique aux planteurs africains de Côte d'Ivoire, dont il est le principal représentant".

Après le désapparentement de Houphouët et du RDA du PCF, Mitterrand deviendra un grand ami d'Houphouët-Boigny, qui sera un soutien indéfectible de la politique colonialiste française, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, et en Afrique de l'ouest. "Ce qui scelle l'Alliance entre les deux hommes, c'est finalement leur combat contre leurs ennemis communs: les communistes et les nationalistes africains". Dans les années 50, Mitterrand deviendra une sorte de référent et de parrain des élus africains alignés sur les positions colonialistes du gouvernement, dans une version libérale et réformatrice visant à perfectionner le système colonial, à développer l'outre-Mer, quitte à remettre en cause certains privilèges des colons et l'étroitesse de leur racisme ségrégationniste. Il s'agit bien de "moderniser le colonialisme": "Alger, Dakar et Brazaville séparés de Paris, c'est un attentat contre la France" écrit Mitterrand dans Le Monde en octobre 1953, citation que Thomas Deltombe reprend en exergue de sa troisième partie. 

" La France du XXIe siècle sera africaine ou ne sera pas ", écrivait-il en 1952.
Trois décennies avant de devenir chef de l'État, François Mitterrand fut une brillante étoile de la IVe République

Ministre de la France d'outre-mer en 1950-1951, de l'Intérieur en 1954-1955, de la Justice en 1956-1957, le jeune politicien se passionna pour le continent africain. Avec toujours un préjugé de supériorité bien consubstantiel au colonialisme français et au racisme de ses élites politiques, économiques et administratives. 

Cherchant à moderniser les relations coloniales et à solidifier ainsi l'édifice impérial, l'ambitieux ministre plaça les questions subsaharienne, tunisienne et algérienne au cœur de ses stratégies politiques.
Loin d'avoir milité pour la " décolonisation ", comme il l'a prétendu par la suite, et loin d'avoir défendu l'" indépendance " des colonies, comme ses biographes et ses admirateurs l'ont longtemps cru, François Mitterrand fut au contraire l'un des précurseurs du néocolonialisme français.
S'appuyant sur des archives inédites, et un travail aussi sur la presse militante de la Nièvre, Thomas Deltombe raconte les brûlantes années africaines du futur président de la République et montre comment ce dernier a misé sur la sauvegarde de l'Empire français dans l'espoir de se hisser au sommet du pouvoir.

Voilà une histoire qui éclaire d'un nouveau jour la genèse de la Françafrique, ce néo-colonialisme français lié à une indépendance des anciens colonisés africains en trompe l’œil que Mitterrand a théorisé avec Houphouët-Boigny notamment, tout autant que De Gaulle, son ennemi intime, qui ira plus loin que lui dans l'audace en coupant plus tôt et plus lucidement que Mitterrand le lien avec le rêve de la préservation de l'empire colonial, sans évidemment renoncer aux moyens de la puissance, , par le contrôle économique, militaire et diplomatique des anciens peuples colonisés, au moins en Afrique de l'Ouest.

Ismaël Dupont, 31 janvier 2025

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25 janvier 2025 6 25 /01 /janvier /2025 08:05
Rencontre avec Sandrine Collette à la MJC de Morlaix ce 23 janvier 2025

Très belle rencontre avec Sandrine Collette jeudi 23 janvier à la MJC de Morlaix en présence de 70 personnes avec Lenaïg Jezequel de la Librairie Les Déferlantes, organisatrice du rendez-vous, pour animer cette rencontre pleine de profondeur et de grâce avec l'écrivaine Sandrine Collette, prix Goncourt des lycéens 2024 et prix Goncourt des détenus 2024, pour "Madeleine avant l'aube", un livre fort sur la révolte face à l'injustice.

Auteure d'une dizaine de livres puissants en dix ans, venue du Morvan, où elle réside en pleine nature, au milieu des bois, avec ses chevaux, Sandrine Collette, toute en naturel, en simplicité et en humour, a donné envie de rentrer dans son univers romanesque explorant la noirceur de la nature et de l'âme humaine dans une écriture forte et poétique.

Ismaël Dupont

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17 novembre 2024 7 17 /11 /novembre /2024 09:25
Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
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Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux

Les rendez-vous de l'éducation populaire et de la culture du PCF Finistère

Passionnante visite collective et guidée de l'exposition Cartier Bresson à Landerneau avec ce samedi 16 novembre avec le PCF 29 et le guide du FHEL, Mehdi. C'était de 10h à 12h en présence de 30 camarades et invités du PCF Finistère.

Un moment suivi par une conférence au Mille-Club de Landerneau de 12h à 14h15 d'une richesse extraordinaire comme d'habitude de l'historien et critique d'art, et commissaire d'exposition, Renaud Faroux, par ailleurs professeur à l'université de Lille, auteur des livres  "Libres comme l'art" et "Le Pop art en Europe" sur la force esthétique et l'originalité de Cartier-Bresson dans son contexte artistique, culturel, politique et historique.

Superbe exposition Henri Cartier-Bresson aux Capucins à Landerneau. Né en 1908, fils d'une famille de riches industriels du textile du nord de la France, le jeune Henri boude la carrière capitaliste qui lui est promise et devient artiste et voyageur, photographe surréaliste, dilettante d'abord, attiré par le formalisme, puis engagé avec les communistes, photo-journaliste pour "Regards" et le le journal "Ce soir" dirigé par Aragon et financé par le PCF pendant le Front populaire, collaborateur de Jean Renoir (notamment sur le film "La vie est à nous" commandé par le parti communiste, et sur "Une partie de calmpagne"), engagé pendant la guerre d'Espagne pour témoigner de la lutte des Républicains espagnols, puis au service photographique des armées face à l'Allemagne nazie, prisonnier de guerre pendant 3 ans, évadé, témoin des jours de la Libération à Paris et en Allemagne, de la libération des camps et des stalags, fondateur de l'agence Magnum avec Robert Capa, aux premières loges pour suivre l'histoire en mouvement: la mort de Gandhi, la partition de l'Inde et sa guerre civile, la victoire des communistes en Chine, l'URSS post-stalinienne, le Mexique, les USA, l'Arménie, la révolution castriste à Cuba, mai 68. Entre formalisme et humanisme, art et témoignage engagé, la photographie de Cartier-Bresson nous fait revivre l'histoire du 20e siècle tout en affirmant l'autonomie artistique de la photographie.

Photos Jean-Luc Le Calvez, Ismaël Dupont et Roberte Saint-jalmes - Samedi 16 novembre 2024 au Fond Hélène et Edouard Leclerc aux Capucins à Landerneau et au Mille Club de Landerneau rue du Calvaire.

Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
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Landerneau, 16 novembre 2024: Retour sur la visite collective de l'exposition Henri Cartier-Bresson organisée par le PCF Finistère et suivie d'une conférence du critique et historien d'art Renaud Faroux
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13 octobre 2024 7 13 /10 /octobre /2024 19:03
Morgan Large invitée des Mardis de l'éducation populaire le mardi 15 octobre : Algues vertes, le ressenti d'une journaliste
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3 octobre 2024 4 03 /10 /octobre /2024 05:30
Ce Jeudi 3 octobre à Quimper, 18h: un film sur la résistante communiste juive FTP MOI Eva Golgevit, par Jean Barat: "La résistante et l'enfant" (Médiathèque Alain Gérard)
Ce Jeudi 3 octobre à Quimper, 18h: un film sur la résistante communiste juive FTP MOI Eva Golgevit, par Jean Barat: "La résistante et l'enfant" (Médiathèque Alain Gérard)
C'est ce soir, jeudi 3 octobre, à la médiathèque de Quimper, à 18h: le film sur la résistante juive agent de liaison du mouvement de résistance communiste FTP MOI Eva Golgevit, rescapée de la rafle du Vel d'Hiv avec son fils: "La résistante et l'enfant", par Jean Barat.
 
CINEMA DOCUMENTAIRE ET TEMOIGNAGE
 
     Médiathèque Alain-Gérard - esplanade Julien Gracq à Quimper
« La résistante et l’enfant »
 
Film de Jean Barat, France, 80 min, 2024
Jeudi 3 octobre à 18h séance tout public 
En présence de Jean Golgevit
La résistante, c’est Eva Golgevit, du groupe Solidarité de la section juive de la M.O.I (Main-d’œuvre Immigrée), mouvement de résistance communiste - l’enfant, c’est Jean, son fils qu’elle cache après avoir réchappé à la Rafle du Vel d’Hiv. Pilier de la Chorale populaire juive, la poésie et le chant étaient pour Eva Golgevit l’expression de sa lutte contre la barbarie et de l’espoir dans un monde meilleur. À Auschwitz, elle chantait pour ses camarades. Ce film entrecroise le témoignage filmé dans les années 2000 d’Eva qui livre un récit passionnant sur l’avant-guerre de Varsovie à Paris, la Résistance, son arrestation, Auschwitz, le Block 10, Birkenau… avec celui de son fils, Jean, qui raconte aujourd’hui, la séparation, sa survie, les retrouvailles et un lien indéfectible qui l’unissait à sa mère : le chant yiddish.
Projection du film et discussions
85 places 
Entrée libre et gratuite sans inscription - dans la limite des places disponibles
 
Bande annonce:
 
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***
Eva Golgevit, rescapée des camps nazis, Eva Golgevit, est décédée en mai 2017, à l'âge de 104 ans. Eva Golgevit est née en Pologne le 16 juin 1912 dans une famille juive pratiquante. Elle s'installe à Paris en 1934 et y épouse Charles Goldgewicht en 1937. Engagé volontaire étranger, Charles est fait prisonnier en juin 1940. En mai, Eva s’engage quant à elle dans le groupe Solidarité, section juive du mouvement de résistance communiste de la MOI (Main-d’Œuvre Immigrée). Elle y porte assistance aux familles démunies et cherche des familles d'accueil pour les enfants juifs en danger.
Arrêtée sur dénonciation au printemps 1943, elle est emprisonnée puis déportée, comme la majorité de son réseau, par le convoi 58, le 31 juillet 1943. À son arrivée à Auschwitz, Eva est internée dans le Block 10, celui des "expériences médicales". Durant dix mois, elle parvient à échapper au pire, notamment grâce à la solidarité de ses camarades.
Elle est ensuite transférée à Birkenau puis au camp annexe à Rajsko, une ferme agricole expérimentale où les conditions sont un peu moins dures. Elle survivra encore à trois "marches de la mort" qui la mèneront aux camps de Ravensbrück et de Malchof. Le 1er mai 1945, elle est libérée par les troupes soviétiques au nord de Berlin.
De retour à Paris, elle retrouvera son mari puis son fils, Jean. En 1952, Eva donnera naissance à un second enfant, Elie. Elle ne se départira jamais de l'esprit de solidarité et de cette foi en la vie qui la caractérisait.
Témoin d'un monde yiddish en grande partie disparu dans la Shoah, Eva n'a cessé de chanter les airs populaires de sa jeunesse polonaise. Ces derniers ont fait l'objet d'un enregistrement et d'un CD sorti en 2013. Elle avait livré son témoignage dans un ouvrage intitulé Ne pleurez pas, mes fils... (Le Manuscrit / Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 2010).
 
Source: Fondation pour la Mémoire de la Shoah
 
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3 octobre 2024 4 03 /10 /octobre /2024 05:21

Superbe exposition Henri Cartier-Bresson aux Capucins à Landerneau. Né en 1908, fils d'une famille de riches industriels du textile du nord de la France, le jeune Henri boude la carrière capitaliste qui lui est promise et devient artiste et voyageur, photographe surréaliste, dilettante d'abord, attiré par le formalisme, puis engagé avec les communistes, photo-journaliste pour le journal "Ce soir" dirigé par Aragon et contrôlé par le PCF pendant le Front populaire, collaborateur de Jean Renoir (notamment sur le film "La vie est à nous" commandé par le parti communiste), engagé pendant la guerre d'Espagne pour témoigner de la lutte des Républicains espagnols, puis au service photographique des armées face à l'Allemagne nazie, prisonnier de guerre pendant 3 ans, évadé, témoin des jours de la Libération à Paris et en Allemagne, de la libération des camps et des stalags, fondateur de l'agence Magnum avec Robert Capa, aux premières loges pour suivre l'histoire en mouvement: la mort de Gandhi, la partition de l'Inde et sa guerre civile, la victoire des communistes en Chine, l'URSS post-stalinienne, le Mexique, les USA, l'Arménie, la révolution castriste à Cuba, mai 68. Entre formalisme et humanisme, art et témoignage engagé, la photographie de Cartier-Bresson nous fait revivre l'histoire du 20e siècle tout en affirmant l'autonomie artistique de la photographie.

Ismaël Dupont, 3 octobre 2024

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La fédération du Finistère du Parti communiste organise une visite collective de l'exposition Cartier-Bresson le samedi 16 novembre, suivie d'une conférence de l'historien et critique d'art Renaud Faroux à Landerneau:

 

Première rétrospective de l’artiste Henri Cartier-Bresson en Bretagne

La fédération PCF du Finistère vous propose une visite guidée

le 16 novembre 2024 à Landerneau.

L’exposition se tient au Fond Hélène et Edouard Leclerc pour la culture aux Capucins. L’entrée est à 7€ par personne.

  • La visite commencera à 10h15 et sera suivie d’une conférence animée par Renaud Faroux :

« Image à la sauvette ou l’image décisive ».

  • Le rendez-vous est fixé à 10h devant les capucins.

Une pause repas est prévue, apportez votre pique-nique.

  • La visite guidée est limitée à 35 personnes. Merci de vous inscrire auprès de Marion à la fédération soit par mail federation@29.pcf.fr soit par téléphone au 02 98 43 47 78


 

« Un parcours de près de 300 œuvres des plus célèbres aux moins montrées. À travers l’histoire de cet œil multifacette, cette grande rétrospective retrace aussi celle du XXe siècle. »

 

A ne pas manquer: exposition Cartier-Bresson aux Capucins à Landerneau
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