25 février 2025
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Nadia Léger au Musée Maillol
Diego Rivera et Frida Kahlo ont formé un couple célèbre. Et c’est peu dire que le nom de Frida Kahlo, membre du Parti communiste mexicain, s’est depuis longtemps détaché de l’aura de son époux en tant qu’artiste révélée par André Breton. Celui-ci désirait en faire une égérie du surréalisme, elle se fit artiste sans domination, féministe d’abord et de rayonnement international.L’histoire de Frida Kahlo fait désormais écho à celle de Nadia Léger, longtemps restée dans l’ombre de Fernand Léger, son mari, peintre et sculpteur cubiste d’immense renom, membre du PCF en 1945. Elle y serait encore, dans l’ombre, épouse dévouée à l’épanouissement de son mari, si Aymar du Chatenet ne s’était acharné à la rendre visible, après une très longue enquête.Car de Nadia Léger, on ne connaissait à peu près rien, sinon qu’elle avait dirigé l’Atelier Léger pendant plus de vingt ans, qu’elle avait peint une série de portraits comme ceux de Marcel Cachin, de Jacques Duclos, d’André Marty, de Maurice Thorez et que ceux-ci, monumentaux, avaient décoré en 1945 la Tribune officielle du Xe congrès du PCF.Gagnée par le verbe envoûtant de Maurice Thorez, elle avait adhéré au Parti en 1933. Certains évoquent 1932, d’autres 1941, on voit bien que l’enquête n’est pas tout à fait terminée. On la remarque au bras de son Fernand dans toutes les manifestations du Front Populaire. Elle rejoint la Résistance en 1941 sous le nom de Georgette Paineau dans les réseaux de Gaston Laroche.Nadia a deux amours : l’art et le communisme.Émigrée biélorusse d’origine paysanne, née en 1904, formée à l’art par le peintre Kasimir Malevitch, elle arrive à Paris à l’âge de 20 ans pour rencontrer Fernand Léger. Bonne à tout faire, comme on disait alors, elle a déjà commencé son œuvre de peinture sous l’influence du suprématisme de Malevitch dont on retient généralement le Carré noir sur fond blanc.L’entourage de Fernand lui permet de connaître et d’apprécier Mondrian, Arp, Chagall et Picasso dont le tropisme communiste lui fournira des armes pour abolir la guerre. En 1948, dans le contexte du Mouvement de la Paix initié par le PCF, elle compose une œuvre ornée de colombes, emblème inauguré par Picasso sur une idée de Louis Aragon.Nadia Léger est un aboutissement de vingt-sept signatures. Et d’abord Nadedja Petrova Khodossievitch (son nom à l’état-civil), suivi de Nadia Petrova, de Léger (prêtant délicieusement à confusion), puis de Nadia Léger, après de nombreuses inventions, pseudonymes en cyrillique, comme autant de recherches ou d’errances, de moments qui signaleront son passage du cubisme au surréalisme, de l’abstraction au réalisme socialiste. Puisqu’il s’agit pour elle de hisser la classe ouvrière vers la beauté, qu’elle en connaisse les floraisons, qu’elle sache comme la bourgeoisie toutes les catégories de l’art, ses classements qui deviendront hélas des placements d’argent.En 1936, la voici exposée dans la première Maison de la Culture, fondée à Paris par Paul Vaillant-Couturier, 22 rue de Navarin, siège de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) dont l’un des postulats ( « Il n’y a pas d’art ni de littérature neutres ») demeure plus que jamais actuel.Autoportrait au drapeau rouge, première œuvre montrée, première démonstration de son goût pour la couleur du sang et du sens de la vie. Un goût qui la porte vers l’exaltation de figures aujourd’hui discutées. Mais qui lui semblent avant-gardistes d’un bonheur évident, d’une harmonie cependant chahutée par les faits, rien que les faits, et dont elle fera Panthéon en icônisant Karl Marx, Staline, Lénine, Maurice Thorez. Également Maïakovski, Tolstoï, Tchaïkovski, Einsenstein.D’une façon qui précède le pop art d’Andy Warhol, de Roy Lichtenstein et de Jacques Monory. Avec cette longueur d’avance qui place l’Autoportrait au drapeau rouge à hauteur de ces figures de l’espérance dont nous savons évidemment ce qu’elles incarnent : la catastrophe et le possible.Ce sont deux visions qui accompagnent la visite. Une découverte de 150 œuvres miraculeusement révélées, augmentées de celles de Nicolas de Staël, d’Hans Hartung, de Marcelle Cahn et de beaucoup d’autres élèves de l’Atelier Léger sur lequel veillait une enfant de la Révolution d’Octobre devenue milliardaire.Son mari avait fini par peser lourd, et elle était Léger, colombe vraiment, si haut perchée qu’on a failli ne pas la voir. Elle est heureusement au Musée Maillol (59-61 rue de Grenelle 75007 Paris) jusqu’au 23 mars 2025. Mais ce n’est qu’un début, son combat continue. Et nous la verrons encore et encore.Guy Darol
Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix
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