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18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 19:49
Obsèques de notre camarade Erik Marchand à Poullaouen le vendredi 21 novembre, salle Amzer Zo à 14h30
Après son décès le 30 octobre 2025 en Roumanie, à l'âge de 70 ans, nous aurons l'occasion de dire un dernier adieu à Erik Marchand, adhérent du PCF, et très grand musicien et chanteur, spécialiste des musiques traditionnelles et populaires, de la musique bretonne hybridée avec de nombreux métissages, et de lui rendre un dernier hommage lors de ses obsèques le vendredi 21 novembre à 14h30 à Poullaouen, salle Amzer Zo. 
 
 
Hommage à Erik Marchand, un monument de la musique bretonne

L'Humanité

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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 17:27
« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire (L'Humanité, 11 novembre 2025)
« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire

Les Aigles de la République clôt la trilogie cairote du cinéaste suédo-égyptien Tarik Saleh. On y retrouve son acteur fétiche Fares Fares en star du cinéma égyptien contraint d’incarner, dans un biopic boursouflé, le président Al Sissi.

Michaël Mélinard

Dernier volet de la trilogie du Caire de Tarik Saleh (Le Caire confidentiel, la Conspiration du Caire), les Aigles de la République poursuit l’exploration des structures de pouvoir dans la capitale égyptienne. Cette fois, l’acteur fétiche du cinéaste, Fares Fares, incarne George Fahmy, la star de cinéma la plus populaire d’Égypte.

Les autorités tissent une toile pour le contraindre à incarner Al Sissi, le président du pays, dans un biopic hagiographique. Peu importe leurs différences physiques, le dirigeant veut un interprète à sa mesure. Mais en pactisant avec le régime, George se retrouve pris dans un engrenage qui met sa vie et celle de ses proches en danger.

Dans un thriller politique implacable, le cinéaste suédo-égyptien convoque des personnages troubles, des femmes fortes, écrasées par la violence des hommes et les oripeaux d’une dictature qui tente de masquer sa médiocrité dans le clinquant et l’éclat du cinéma.

Que permet ce mélange entre des éléments du cinéma égyptien des années 1950 et 1960 et le monde contemporain ?

Tarik Saleh

Réalisateur

Il y a trois réponses différentes. La première concerne la temporalité. Au Caire – le conquérant en arabe – la cohabitation entre le passé, le présent et le futur est compliquée. Même un pharaon ou Al Sissi, qui représentent l’équivalent d’un clignement d’œil dans l’histoire de l’Égypte, doivent se plier aux règles de la ville.

 

Moubarak a cru pouvoir mettre Le Caire à sa botte. Il a dû s’en aller. La trilogie évoque ces hommes qui pensaient soumettre la ville. La deuxième est liée au fait que je n’ai pas mis les pieds en Égypte, où je suis persona non grata depuis dix ans. L’Égypte est un souvenir qui s’éloigne, une photo qui se brouille.

Mes films sont la mémoire d’un endroit : une porte, un coin de rue, le son produit par une radio. J’essaie de recréer une réalité parallèle. Ces films sont ma vision très personnelle du Caire. Mais elle est plus réelle que la télévision ou les films égyptiens qui ne sont que propagande ou soap operas. La troisième tient à la nostalgie de ces acteurs qui se prennent pour Marlon Brando ou imitent des figures légendaires comme Cary Grant.

Que signifie être un cinéaste en exil ?

Ne pas pouvoir retourner en Égypte, que j’adore, est l’une des plus grandes déceptions de ma vie. Je m’imagine souvent y entrer clandestinement avec un faux passeport même si j’ai promis à ma femme de ne pas le faire. Je suis né en Suède mais je ne me sens pas 100 % suédois. Et je ne me sens pas 100 % égyptien non plus.

Mais, au Caire ou à Alexandrie où j’ai fait mes études universitaires, j’ai l’impression de rentrer à la maison. En Suède ou en Europe, les personnes de couleur sont constamment interrogées sur leurs origines. J’appartiens à un entre-deux, à une troisième voie dans laquelle je me sens à ma place.

J’ai davantage de points communs avec un cinéaste d’Iran, de Norvège ou de Russie qu’avec Al Sissi ou un abruti suédois même si nous partageons les mêmes langues et cultures. Mais l’exil est extrêmement douloureux. Parfois les gens interrogent ma légitimité à raconter des histoires égyptiennes. Ce n’est pas seulement un droit, c’est un devoir. Parce que je suis libre de montrer Al Sissi et de décrire une élite privilégiée.

« J’aimerais dire que cela n’arrive qu’en Égypte mais, aux États-Unis, Trump surveille Hollywood »

Au-delà de l’Égypte, de quelles relations de pouvoir entre l’art et l’industrie parle le film ?

Depuis sa prise de pouvoir, Al Sissi a la main sur l’industrie audiovisuelle. L’Égypte a longtemps pu profiter du milliard d’arabophones pour asseoir sa position dominante du Maroc à l’Irak. Mais elle recule. Qui s’intéresse à Al-Ikhtiyar, une série télévisée sur Al Sissi, incarné par un acteur grand et chevelu ?

J’aimerais dire que cela n’arrive qu’en Égypte mais, aux États-Unis, Trump surveille Hollywood. Larry Ellison qu’on appelle « le président de l’ombre » vient d’acheter Paramount et vise maintenant Warner Bros. Toute cette puissance se consolide autour d’un leader qui n’accepte pas d’être critiqué.

L’Europe va-t-elle s’en inspirer ? La population doit se rappeler qu’historiquement, l’art a été à 99 % une manifestation du pouvoir : une pyramide construite pour un pharaon divin, la chapelle Sixtine pour prouver l’existence de Dieu et affirmer que le pape est son représentant sur terre.

L’art libre équivaut à un îlot. Je reste néanmoins très optimiste parce que les gens ont une relation privée avec les histoires, la peinture, la musique. Les artistes se faufilent, apportent de l’humanité, de la liberté, des rêves et des aspirations.

Que risque l’équipe du film pour sa participation à ce film critique sur Al Sissi ?

Nous ne le savons pas encore. Mais ce régime veut effrayer, laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film. Je suis très transparent avec mes collaborateurs. Je leur explique mes intentions pour qu’ils prennent leur décision en leur âme et conscience. Ils ont été très courageux. La majeure partie de l’équipe veut défier ce régime.

Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est le soutien à Al Sissi des leaders européens et états-uniens qui l’ont couvert de récompenses. Que leur a-t-il promis en échange ? La fermeture de Rafah pour que le génocide puisse se poursuivre ou celle de la frontière afin qu’aucun Africain ne puisse rejoindre l’Europe ?

Une chose est sûre, il n’a rien fait pour sa population. Je ne suis pas un cinéaste politique mais je suis conscient que ce que je fais a des conséquences politiques. Mais le plus important réside dans la révolution en germe avec la génération Z en Afrique. Ils vont renverser ces leaders. Et l’Europe devrait se demander ce qu’elle lui dira quand cette génération aura renversé ces tyrans.

Les gens n’ont pas de travail, pas le minimum nécessaire et on les humilie, on leur tire dessus dès qu’ils protestent. Je viens d’un pays où Greta Thunberg est partie rejoindre une zone de guerre en bateau. Elle ne veut pas voyager en avion privé ou aller au concert de Beyoncé. On ne peut pas arrêter cette nouvelle génération.

Les Aigles de la République, de Tarik Saleh, Suède, France, Danemark, 2 h 9. En salle le 12 novembre.

« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire (L'Humanité, 11 novembre 2025)
 Les Aigles de la République » de Tarik Saleh, la dictature égyptienne mise en abyme

Un célèbre acteur égyptien est contraint d’incarner le maréchal putschiste dans un film à sa gloire. Le troisième long métrage du cinéaste suédois Tarik Saleh mêle critique du pouvoir militaire et hommage au cinéma des années 1950-1960. Passionnant.

Sophie Joubert - L'Humanité

Le cru 2025 du Festival de Cannes est décidément très politique. Qu’il s’agisse de Deux procureurs, de Sergei Loznitsa, plongée kafkaïenne dans l’arbitraire stalinien, d’Eddington, d’Ari Aster, charge farcesque contre les suprémacistes blancs et les complotistes qui ont fait le lit de Trump 2, ou de l’Agent secret, de Kleber Mendonça Filho, sur la mémoire des disparus sous la dictature brésilienne, la compétition prend le réel à bras-le-corps sans pour autant oublier la forme et les questions de cinéma.

Preuve en est la sélection des Aigles de la République, troisième long métrage du Suédois (de père égyptien) Tarik Saleh. Cette critique sans détour du régime du maréchal Sissi, au pouvoir depuis le coup d’État militaire de juillet 2013, est d’abord un hommage aux mythiques studios du pays, haut-lieu du cinéma dans les années 1950-1960. Celles et ceux qui ont aimé Le Caire confidentiel (2017) et la Conspiration du Caire (2022) ne seront pas dépaysés, ce nouvel opus formant avec les deux précédents une trilogie noire qui ne dit pas son nom.

S’il se passe aujourd’hui, le film noue un dialogue avec l’âge d’or du cinéma égyptien mais aussi hollywoodien et la trajectoire des cinéastes juifs qui ont fui l’Allemagne nazie. Dès le somptueux générique, des affiches peintes sur la façade d’un studio d’où sort le personnage principal comme s’il traversait l’écran, Tarik Saleh joue sur la mise en abyme. À travers le prisme du cinéma et le tournage d’un nanar de propagande à la gloire du dictateur, il questionne le rapport à la vérité et au mensonge, la relation de l’artiste avec le pouvoir et l’argent.

Flambeur, menteur, incarnation d’une masculinité à l’ancienne

Surnommé le « pharaon de l’écran », George Fahmy (l’impeccable Fares Fares, comédien fétiche de Tarik Saleh) est une vedette populaire des studios du Caire. Séparé de sa femme, Marianne, la mère de son fils, il entretient une liaison avec Donya (Lyna Khoudri), une aspirante actrice sans talent qui pourrait être sa fille. Flambeur, menteur, incarnation d’une masculinité à l’ancienne, il vit une existence libre en prenant soin de sauver les apparences.

Convoqué par le bureau de la censure (représenté par un trio de femmes voilées), qui voit d’un mauvais œil son appartenance à la minorité copte et sa consommation d’alcool, il est presque simultanément approché par l’éminence grise du dictateur, le Docteur Mansour.

 

La demande est claire et ne souffre aucun refus : l’acteur devra incarner le maréchal Sissi dans un film qui retrace son coup d’État contre l’ancien président Morsi, la « révolution » dans la langue de bois du régime. Catapulté dans les cercles rapprochés du pouvoir, les fameux Aigles de la République, l’acteur rencontre la magnétique Suzanne (Zineb Triki, vue dans le Bureau des légendes), dont il tombe amoureux malgré le danger.

Entre film noir et comédie qui vire au tragique, Tarik Saleh met en place une mécanique qui s’enfonce dans les rouages de la dictature militaire, représentée comme un théâtre d’ombres, un décor de cinéma dont les coulisses sont filmées en plongée pour mieux en révéler les faiblesses. Si Al Sissi est essentiellement présent de biais, par les affiches de propagande et ses prises de parole à la télévision, la terreur, elle, est bien réelle. À mesure que le piège se referme sur George, qui a passé un pacte faustien avec le Dr Mansour, le seul civil de la bande et marionnettiste de l’opération, ses proches sont intimidés, enlevés, torturés.

L’esthétique très travaillée du cinéaste

Tourné en Turquie (Tarik Saleh a été expulsé d’Égypte en 2015), le film s’appuie sur des décors et des costumes soignés qui font davantage référence à un présent fantasmé qu’à la réalité du pays. On retrouve dans les Aigles de la République l’esthétique très travaillée du cinéaste. Des virées nocturnes façon polar rappellent celles du chauffeur de taxi du Caire confidentiel. Sa façon de filmer l’institution, ici l’armée, ses codes et son décorum fait écho à son regard sur les religieux dans la Conspiration du Caire.

Jusqu’à la référence à l’assassinat de Sadate, le 6 octobre 1981, rejoué lors d’une extraordinaire scène de parade militaire. Si l’histoire est centrée sur un héros masculin aux manières aussi vintage que ses chemises, les personnages féminins existent vraiment, interrogeant avec un humour subtil une virilité adossée au nationalisme.

Comme dans ce dîner où la femme lettrée du ministre castre littéralement un cuistre qui affirme que Shakespeare était arabe en lui clouant le bec. Quant au peuple, dont le pouvoir fait bien peu de cas, il est représenté par un groupe de vieillards qui parient sur les courses de chevaux dans la rue en écoutant la radio, loin des studios de cinéma.

Les Aigles de la République, de Tarik Saleh, Suède-France-Danemark, 2 h 9

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13 novembre 2025 4 13 /11 /novembre /2025 06:32
Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €

Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €

Je viens de terminer "Les morts de Raoul Villain" d'Amos Reichman, aux éditions Seuil (livre de la rentrée littéraire publié en septembre 2025), une enquête et historique et littéraire sur Raoul Villain, l'assassin de Jaurès, dont le meurtre, au Café du Croissant, motivé par l'idéologie nationaliste d'extrême-droite, la passion pour Jeanne d'Arc et la revanche d'un "esprit faible" considérant avec Action Française et une grande partie de la droite et de la presse de l'époque Jaurès comme un "traître" parce qu'il voulait la Paix, fut le vrai commencement de cette grande boucherie de la Première Guerre mondiale.
 
Un sujet qui ne pouvait que m'intéresser, car j'ai une admiration immense pour Jaurès et j'ai travaillé un an sur sa vie et son œuvre (philosophique, historique, politique, journalistique) pour mon sujet de mémoire de maîtrise de philosophie à Rennes 2. 
 
Ce récit, complexe, élégant, érudit, extrêmement bien écrit, avec des aller-retours temporels, est vraiment très stimulant et intéressant, une gageure quand on prend pour objet une personnalité grise, faible et antipathique, l'assassin sans relief d'une des plus belles figures d'humanité. On y trouve la préhistoire de l'assassinat, l'enfermement à l'asile de la mère de Raoul Villain, Marie-Adèle Collery, les années de formation laborieuses de Raoul Villain, qui échoue dans à peu près tout ce qu'il entreprend, à Reims, dont il fréquente la cathédrale et la statue de Jeanne d'Arc assidûment, puis à Paris, où il devient surveillant au lycée Stanislas (tiens donc, encore lui, une vraie pépinière pour la bourgeoisie réactionnaire!).
 
Amos Reichman imagine dans un récit halluciné les derniers jours avant l'exécution de l'acte prémédité de l'assassinat du directeur de l'Humanité et grand dirigeant socialiste et pacifiste. Toute proportion gardée, on est un peu dans le roman "Crime et châtiment" de Dostoïevski à suivre Raskolnikov avant l'assassinat de sa logeuse.
 
Amos Reichman tente d'imaginer les derniers instants avant le passage à l'acte irréparable. Et c'est crédible. Raoul Villain au nom prédestiné passera la guerre en prison, lui le médiocre va-t-en guerre qui évitera ainsi la mort au "champ d'honneur" et d'affronter la peur du combat, il sera acquitté en mars 1919 dans le contexte politique d'une chambre "bleu horizon" et dans un procès absolument scandaleux où il est défendu par l'avocat, politique et polémiste Alexandre Zévaès, longtemps proche de Jaurès, doublement traître, qui en 1941 commettra un appel à la collaboration avec l'occupant nazi intitulé "Un apôtre du rapprochement franco-allemand, Jean Jaurès". L'argument central de la défense de Villain: son "cerveau débile"... Lui qui en 1926 dans un lettre qu'il adresse à une banque parisienne pour y être embauché continue à se présenter comme l'auteur du "châtiment de Jaurès en pleine action de trahison". C'est vrai que ce ne sont pas les génies qui font l'histoire, ça se saurait! Suite à son acquittement, Raoul Villain, même sous un faux nom, sera régulièrement reconnu, menacé par les militants ouvriers, socialistes et communistes, et devra vivre dans l'errance et la clandestinité, jusqu'au bord de la Baltique, et en Autriche, vivant avec les subsides de son père, bourgeois noceur, huissier, qui le méprise mais ne l'abandonne pas pour autant. Il retourne à la Santé (et oui, la prison de Sarkozy, un autre miraculé de l'histoire judiciaire) pour trafic de monnaie pendant quelques semaines (il voulait faire du profit pour partir en Amérique), puis on le retrouve au Maroc en 1932 (sa passion des hommes forts, et de la France triomphante, s'accompagnait bien de l'attrait pour l'idéal colonial), puis à Barcelone et enfin aux Baléares. C'est aux Baléares, en plein début de la guerre civile espagnole, dans un village où il côtoie Walter Benjamin, fuyant le nazisme, et le petit-fils de Paul Gauguin, au milieu des ruines carthaginoises, qu'il est lui aussi assassiné par des milices républicaines, sans doute d'obédience anarchiste, qu'ils l'avaient probablement identifié comme l'assassin de Jaurès, même s'il avait repris le nom de sa grand-mere espagnole, Alba.
Il y vivait reclus, misanthrope, égoïste et vain, avec ses chimères, et sa chapelle privée dédiée à Jeanne d'Arc. "On peut fuir sa patrie, mais ce n'est pas pour cela que l'on parviendra à s'évader de soi-même", écrivait Horace, repris par Walter Benjamin. Ce jugement lucide sur l'exil s'applique aussi au Rémois Raoul Villain.
 
Un meurtre beaucoup moins retentissant contre lequel le gouvernement français va tout de même élever des protestations contre le gouvernement Républicain espagnol, sous la plume du secrétaire des affaires étrangères, M. Léger, futur écrivain sous le nom de Saint John Perse, la France qui abandonne la République espagnole à l'assaut militaire fasciste des partisans de Franco. Jusqu'à présent Raoul Villain, qui fut un temps la coqueluche des cercles bourgeois réactionnaires de Reims dans les années 20, n'a jamais été réhabilité officiellement... ça viendra peut-être, si on voit ce qui se passe aujourd'hui autour de la réhabilitation du fascisme en Italie avec Méloni et ses soutiens, ou de l'OAS dans les mairies d'extrême-droite du sud de la France. Rien de commun en tout cas pour ses obsèques et sa mémoire que l'hommage qui fut rendu à Jaurès: "Le 21 novembre 1924, les cendres de Jean Jaurès quittent le cimetière d'Albi pour le Panthéon. Un train spécial a été affrété, qui s'arrête dans plusieurs villes de France, pour autant d'hommages. Arrivé à Paris, à la gare d'Orsay, son cercueil est porté à l'Assemblée nationale, où il est solennellement veillé par une partie de la famille et de ses amis, des députés et des sénateurs, une délégation de mineurs de Carmaux. Ce sont des images que l'on retrouvera soixante années plus tard, rue des Boutiques-Obscures, à Rome, quand des ouvriers de toute l'Italie entoureront le corps d'Enrico Berlinguer, au siège du Parti communiste. Des millions d'inconsolables lui diront le lendemain adieu en la basilique Saint-Jean-de-Latran. Comme le peuple français saluant en 1924 la mémoire de Jean Jaurès, les Italiens pleureront alors un possible vécu mais non avenu, une époque d'espoir désormais perdue". (Amos Reichman)
Amos Reichman, est un jeune auteur, 35 ans. Il est né en 1990 à Paris. Il est historien, enseignant à Sciences-Po et haut fonctionnaire. Ancien élève de l’ENS de Lyon, de l’ENA et de l’université Columbia (États-Unis), il est agrégé d’histoire. Il est déjà l'auteur d'un récit sur la vie de Jacques Schiffrin, le fondateur de la Pléiade, préfacé par Robert O.Paxton, historien de Vichy et de la collaboration.
 
Son deuxième roman - parler d'enquête littéraire serait plus juste, l'auteur s'étant déplacé sur les lieux, se mettant en scène dans son enquête et parlant de ces lieux aujourd'hui, et ayant également fourni un travail de documentation et d'archives très important - est vraiment passionnant, même s'il est parfois éprouvant moralement, tant l'univers mental de Villain est triste, asphyxiant, et l'histoire déjà connue... En tout cas, Amos Reichman nous emmène dans cette sorte d'arrière-cuisine de l'histoire dont les odeurs pas trop ragoûtantes nous expliquent la suite.
 
"D’où, je crois, l’importance de « regarder du côté de Raoul Villain ». Parce que se souvenir, ici, d’une vie d’hier qui en dit long sur notre temps, reste l’arme la plus précieuse pour éviter la reproduction du pire, pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, où nous en sommes, ce qui nous précède et nous fait face."
(Amos Reichman, interviewé par Jean-Philippe Cazier: https://diacritik.com)
 
Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €
 
Ismaël Dupont
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8 novembre 2025 6 08 /11 /novembre /2025 07:00
« Que s’obscurcissent le ciel et la lumière » de Frédéric Paulin : dernier volet de sa tragédie libanaise - Sophie Joubert, L'Humanité, 5 novembre 2025
« Que s’obscurcissent le ciel et la lumière » de Frédéric Paulin : dernier volet de sa tragédie libanaise

Avec Que s’obscurcissent le soleil et la lumière, le romancier boucle sa trilogie consacrée au pays du Cèdre. Une plongée captivante et hyper-documentée dans les coulisses d’une guerre sans fin, aux allures de tragédie grecque.

Sophie Joubert  - L'Humanité, 5 novembre 2025

Il aura fallu près de 1 500 pages à Frédéric Paulin pour venir à bout de l’entreprise. Découpée en trois tomes parus entre août 2024 et septembre 2025, la trilogie de l’auteur rennais couvre quinze ans d’histoire du Liban, de 1975 à 1990, juste après l’accord de Taëf (1989), qui met officiellement fin à la guerre civile sans pour autant faire taire la violence.

Le dernier volet, qui s’ouvre sur l’attentat de la rue de Rennes et suit les derniers feux de la première cohabitation, ne décevra pas les aficionados. Il faut dire qu’il y a dans l’écriture de Frédéric Paulin, dans sa manière de mener son récit au pas de charge, avec quelques ralentis bienvenus, quelque chose de complètement addictif qui ferait passer les séries politiques de Netflix pour des bluettes mollassonnes.

Comme un contre-pied aux nouvelles formes de narration très séquencées, le romancier ose un long récit sans chapitres, une plongée en apnée dont on n’émergera qu’à la dernière page, sonné. Par un effet de construction qui s’apparente à du montage cut, l’auteur joue sur les allers-retours entre la France et le Liban, il tire simultanément les fils de plusieurs histoires où se débattent des figures réelles – le ban et l’arrière-ban de la justice et de la politique française – et des personnages de fiction récurrents.

La libération des otages au Liban

17 septembre 1986, le commissaire Nicolas Caillaux, la juge antiterroriste Sandra Gagliago, sa compagne, et Philippe Kellerman, ancien conseiller politique à l’ambassade de France à Beyrouth, arrivent à Montparnasse. Des hommes roulant à bord d’une BMW noire ont piégé une poubelle de la rue de Rennes, à Paris, avec de la limaille et des clous. Le bilan est lourd : sept morts et une centaine de blessés.

Très vite, les soupçons se portent sur Action directe, puis s’orientent vers la piste libanaise et les frères de Georges Ibrahim Abdallah qui, lui, croupit en prison depuis 1982. Malgré les incohérences révélées par l’enquête, Jacques Chirac, premier ministre de François Mitterrand, Charles Pasqua, son ministre de l’Intérieur, et ses sbires veulent détourner l’opinion publique des vrais coupables : l’Iran et le Hezbollah.

Comme en témoigne une chronologie éclairante à la fin de l’ouvrage, le roman puise dans une matière documentaire fournie, d’où émergent trois sujets majeurs : la guerre du Liban, les relations entre la France et l’Iran, et les agissements d’Action directe, jusqu’à l’arrestation le 21 février 1987 de Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron, Jean-Marc Rouillan et Georges Cipriani dans une ferme de Vitry-aux-Loges (Loiret).

Les lecteurs suffisamment âgés pour avoir vécu cette époque se souviennent certainement de la libération des otages au Liban – le journaliste Jean-Paul Kauffmann, les diplomates Marcel Carton et Marcel Fontaine –, accueillis sur le tarmac de Villacoublay par Chirac et Pasqua. Ou d’une interview de François Mitterrand, pas encore candidat à sa réélection, par une Christine Ockrent pugnace.

Dans un effet de réel saisissant, Frédéric Paulin fait pénétrer ses personnages dans les arrière-cours et les lieux secrets du pouvoir. La juge (fictive) Sandra Gagliago, travaille main dans la main avec Gilles Boulouque, l’un des premiers magistrats antiterroristes, visé par une polémique liée à la libération de Wahid Gordji, numéro deux de l’ambassade d’Iran.

Un ex-agent de la DGSE devenu « tueur de la République »

Côté libanais, la période couverte par ce troisième tome correspond à la guerre fratricide à laquelle se livrent les chrétiens, incarnés dans le roman par la famille Nada, Nassim, le patriarche, Édouard, chef militaire, et Michel, parti en France pour faire carrière en politique et qui grenouille avec les « Pasqua boys ». Malgré le déferlement de la violence, certaines scènes font sourire, comme la visite de Guy Béart et Jean d’Ormesson à Beyrouth pour soutenir le général Michel Aoun, lancé dans une bataille contre la présence syrienne au Liban.

Avec son lot de vengeances, de trahisons, de règlements de comptes et de crimes de sang, la trilogie libanaise de Frédéric Paulin s’apparente à une tragédie antique. Une impression que corroborent les titres à rallonge des trois volumes, Nul ennemi comme un frère, Rares ceux qui échappèrent à la guerre et Que s’obscurcissent le soleil et la lumière.

Qu’il s’agisse de Christian Dixneuf, l’ex-agent de la DGSE devenu « tueur de la République » ou de Nicolas Caillaux, flic rongé par son travail, les personnages masculins sont les instruments d’un fatum, un destin, qui semble les dépasser. Les femmes, elles, regardent les hommes tomber. S’il reste hors champ, le peuple libanais est le grand perdant d’un conflit dont les répliques parviennent jusqu’à aujourd’hui. Raison de plus pour plonger la tête la première dans cette somme qui dépasse les frontières du roman noir, presque un genre en soi.

Que s’obscurcissent le ciel et la lumière, de Frédéric Paulin, Agullo noir, 384 pages, 23,50 euros.

 

 

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4 novembre 2025 2 04 /11 /novembre /2025 06:37
Le PCF rend hommage à Erik Marchand (Ouest-France, 3 novembre 2025)
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1 novembre 2025 6 01 /11 /novembre /2025 15:00
Mort d’Erik Marchand : « Un monument de la musique en Bretagne »
Mort d’Erik Marchand : « Un monument de la musique en Bretagne »
Mort d’Erik Marchand : « Un monument de la musique en Bretagne »
Mort d’Erik Marchand : « Un monument de la musique en Bretagne »

Nous avons appris avec beaucoup de tristesse le décès d'Erik Marchand survenu le 30 octobre en Roumanie, son deuxième pays, où il avait de très nombreux amis, et où il était avec son ex-compagne, amie et confidente Marie, pour un séjour afin de les revoir. 

Né en octobre 1955, Erik Marchand est décédé à 70 ans. 

C'était une immense figure de la musique, de la culture bretonne, et bien au-delà, un passeur généreux, un défricheur, un chanteur et musicien hors pair, immensément respecté dans le milieu de la culture bretonne et de la musique en général. 

Le sénateur communiste des Côtes d'Armor Gérard Lahellec, qui le connaît bien, exprime admirablement bien cette dimension d'Erik Marchand: 

" Citoyen du monde, artiste à la carrière immense, sa création artistique va bien au-delà de la Bretagne. De Poullaouen dans le Finistère qui était devenu son port d’attache, il s’ouvrait au monde entier en puisant son inspiration dans cette culture populaire partagée aussi avec notre ami commun Marcel le Guillou de Crech Morvan à Lanrivain.
 
Erik était un érudit. Il avait puisé dans la culture populaire un trésor inestimable de connaissances d’expressions, de rythmes et de sons. Il savait que l’écoute et les ajustements sont nécessaires pour que l’œuvre prenne forme.
 
Chanteur au timbre de voix unique, que ce soit en kan ha diskan ou en gallo, la liste de ses compères était longue. Je pense en particulier en ce jour à Yann-Fanch Kemener qui repose ici, près de chez nous, à Sainte Tréphine.
En 1981, Erik participe à la création du fameux groupe Gwerz ; la Gwerz en Breton signifiant chant breton racontant une histoire, de l'anecdote jusqu'à l'épopée historique ou mythologique…
 
Erik était également sonneur de treujenn goal dans Quintet de clarinette.
Citoyen du monde, il a œuvré pour le collectage, la transmission musicale, multipliant les expériences pour une musique populaire à la fois enracinée et favorable aux mélanges (musique roumaine du Taraf de Caransebeș, blues-rock électrique…).
 
Collecteur et transmetteur, Erik avait créé, en 2003, un programme de formation afin de transmettre l’entendement modal dans la musique bretonne dont il était un spécialiste unanimement reconnu. Je n’oublie pas de rappeler aussi qu’avec Erik, nous étanchions notre soif de liberté et de solidarités humaines aux mêmes sources d’un engagement commun, librement consenti…"

Erik Marchand a grandi dans une famille modeste à Paris et s'est passionné dès le début des années 70 pour les musiques populaires du monde, et tout particulièrement la musique traditionnelle de Bretagne, d'où était originaire son père. Il découvre adolescent un enregistrement de fest-noz que son père possède (En passant par la Bretagne, du kan ha diskan par Eugène Grenel et Albert Bolloré).

Erik Marchand s’est vite passionné pour le chant traditionnel breton. Il rencontre notamment Manuel Kerjean, à tout juste 18 ans, et apprend le kan ha diskan (chant et contrechant).

Arrivant en stop dans le Centre-Bretagne, il commence par enregistrer les chanteurs de sa famille, autour de Quelneuc. Collecteur de paroles de chants bretons, tout en étant couvreur et apprenti laitier, il travaille dans ce cadre à partir de 1976 pour Dastum. Fasciné par les gwerzioù qu'il entend, il décide de les interpréter à son tour.  

En 1975, au lendemain du bac, il s'installe définitivement en Bretagne pour devenir l'un des premiers chanteurs traditionnels professionnels. Il rencontre Yann-Fañch Kemener dans le milieu des années soixante-dix. Avec lui, il va écumer les festoù-noz et les représentations. 

Il participe à la création du groupe  Gwerz en 1981. En apportant au chant traditionnel des arrangements inspirés par les formules musicales locales, le groupe élargit l'horizon de la musique bretonne. En quelques années, la formation de ses six musiciens devient quasiment mythique et marque le début du « traditionnel contemporain ». Victime des activités multiples de ses membres, le groupe fait une pause après l'album de 1988 et ne joue que ponctuellement depuis l'album live de 1992. En 1988, il rencontre Titi Robin. Leur travail est publié sur l'album An Henchoù Treuz dans lequel il pose son chant sur l'oud oriental et autres instruments à cordes de Thierry Robin. Ils se produisent également en trio avec le percussionniste du Rajastan Hameed Khan au tabla indien, association qui donne naissance à l'album An Tri Breur. 

Passionné de voyage, lui qui adolescent n'avait pas les moyens de se payer l'avion pour découvrir la musique malienne comme il en rêvait, Erik Marchand parcourt l'Amérique du Nord avant de se lancer à la découverte des traditions musicales des Balkans. À travers la musique, il trouve toujours un moyen de communiquer lorsqu'il s'agit de sauter les barrières culturelles, se jouer des frontières et des divisions. Plusieurs fois par an, il sillonne l'Europe du Sud-Est, de l'ouest de la Roumanie à l'Albanie ou à la Serbie. Il étudie la musique traditionnelle de la Roumanie et de ses tarafs (orchestres), en passant des mois dans le Banat. Lors des Rencontres internationales de clarinettes populaires à Glomel, dont il est l'initiateur, il approfondit ses échanges et invite plusieurs fois le taraf de Caransebes, avec qui il fait le disque Sag An Tan Ell (Vers l'autre flamme, du titre de l'écrivain roumain Panait Istrati) mêlant sons bretons et sons roumains, aux influences serbes. Avec eux, il tourne un peu partout dans l'Europe de l'Est et du Sud. 

Il évolue aussi à partir de 2002 en compagnie du guitariste rock alsacien Rodolphe Burger (Before Bach), du guitariste jazz Jacques Pellen, du clarinettiste turc Hasan Yarim-Dünia. 

Erik Marchand était un citoyen du monde prêt à tous les métissages et enrichissements réciproques des répertoires de la musique populaire ou plus savante. 

En 2003, Erik Marchand fonde la Kreiz Breizh Akademi, programme de formation visant à transmettre les règles de la musique modale mais aussi "laboratoire de création". 

Erik Marchand était également un homme engagé, un communiste convaincu, qui avait adhéré au PCF et qui fut même membre du Conseil départemental du PCF Finistère à la fin des années 2000.

Il militait et cotisait à la section du PCF Carhaix-Huelgoat, et avait participé à plusieurs fêtes du Parti Communiste avec ses amis musiciens, comme en 2023 et en 2024 à Carhaix et Morlaix. 

Morlaix l'avait aussi accueilli au SEW à l'occasion d'une tournée nationale et internationale en janvier dernier pour la présentation de Gluck Auf, avec Rodolphe Burger et Mehdi Hadab. 

Nous le croisions régulièrement au marché de Morlaix, ou dans les réunions et banquets communistes de Carhaix. 

Nous avions beaucoup d'admiration pour lui et c'était une fierté de compter une des plus belles voix et un des plus grands artistes de Bretagne, grand collecteur et passeur de la culture musicale populaire de Bretagne, comme de la musique du monde, parmi les adhérents du PCF dans le Finistère. 

Le monde de la musique perd un artiste sans frontières, et soucieux de puiser à la source authenticité des cultures populaires, un défricheur, un découvreur.

Comme l'a écrit mon camarade Taran Marec, membre de l’exécutif du PCF Finistère et responsable de la JC: 

" Figure majeure de la musique bretonne, Erik Marchand aura marqué son époque par son immense talent, son esprit d’ouverture et son travail inlassable de transmission.
Les communistes finistériens perdent aussi un camarade fidèle, ancien membre du conseil départemental du PCF Finistère, engagé, généreux et toujours prêt à faire résonner le chant et la convivialité dans nos fêtes, à Morlaix comme à Carhaix."

Nous nous associons par la pensée à tous ses proches.

Nous témoignons de toute notre amitié à Marie Oster, son ex-compagne, amie et confidente présente à ses côtés jusqu'au bout, et notre camarade de la section PCF de Morlaix, et adressons nos pensées à tous ses amis, musiciens et autres, ses camarades qui l'ont fréquenté et apprécié, et leur présentons nos plus sincères condoléances.  

Son œuvre et son humanité continueront de nous inspirer.
 
Nos pensées vont aussi à toutes celles et ceux qu’il a touché·es par sa musique.
 
Kenavo dit kamalad! 

Ismaël Dupont, pour la fédération PCF du Finistère  

Mort d’Erik Marchand : « Un monument de la musique en Bretagne »
Mort d’Erik Marchand : « Un monument de la musique en Bretagne »
Mort d’Erik Marchand : « Un monument de la musique en Bretagne »
En 2024, la fête du Viaduc de la section PCF Morlaix avait rassemblé 400 personnes à Ploujean avec le répertoire populaire pétri de culture bretonne du trio Kan, d’Érik Marchand, de Pauline Willerval et Jean Floc’h,

En 2024, la fête du Viaduc de la section PCF Morlaix avait rassemblé 400 personnes à Ploujean avec le répertoire populaire pétri de culture bretonne du trio Kan, d’Érik Marchand, de Pauline Willerval et Jean Floc’h,

Le Télégramme 

Par Jacques Chanteau Le 31 octobre 2025

Sur les scènes bretonnes et d’ailleurs, on ne verra plus l’homme au chapeau et à la moustache drue. Le chanteur musicien de culture bretonne Erik Marchand s’est éteint, ce jeudi 30 octobre 2025, à l’âge de 70 ans.

« Monument de la musique bretonne » ( Kenleur ), « Chanteur au timbre de voix unique, que ce soit en kan ha diskan ou en gallo » ( Tamm-Kreiz ), « Figure incontournable de la scène musicale bretonne » ( Festival Interceltique de Lorient )… Sur les réseaux sociaux, c’est une pluie d’hommages qui s’est abattue à l’annonce du décès d’Erik Marchand survenu en Roumanie, son deuxième pays. La Roumanie l’a en effet inspiré, comme d’autres régions de la planète. Avec talent, il savait fusionner le répertoire breton avec des musiques venues d’autres horizons. Une alchimie musicale où la musique bretonne pouvait également être pimentée de jazz, techno, rock…

Né à Paris, d’un père gallo et d’une mère d’ascendance lorraine et périgourdine, Erik Marchand a découvert la musique bretonne à l’âge de 14 ans, et ce, à travers le disque « En passant par la Bretagne », interprété par les sœurs Goadec, les frères Morvan, Albert Poulain… « J’ai alors réalisé qu’il y avait là quelque chose de très intéressant et de beaucoup plus proche de moi », avait confié au Télégramme, en octobre 2000, celui qui, adolescent, écoutait déjà de la world music, tout en pratiquant la clarinette et le chant.

« J’ai toujours voulu rapprocher les musiques et les gens »

À l’âge de 18 ans, il s’est installé en Bretagne : à Rostrenen (22), puis à Poullaouen (29). Dans la région, il avait alors commencé à fouiner dans des répertoires plus lointains. « J’aimais chercher les similitudes entre les musiques d’ici et d’ailleurs. Je n’aimais pas les opposer (…). J’ai toujours voulu rapprocher les musiques et les gens », nous expliquait-il, il y a dix ans. En 2003, Erik Marchand avait d’ailleurs créé et dirigé, pendant 18 ans, la Kreiz Breizh Akademi, afin que les cultures et musiques bretonnes croisent celle d’Europe orientale.

Pour Tamm-Kreiz, l’association qui œuvre pour la promotion du monde du fest-noz, Erik Marchand était un « citoyen du monde » qui a « œuvré pour le collectage, la transmission musicale et l’ouverture sur le monde, multipliant les expériences pour une musique populaire à la fois enracinée et favorable aux mélanges : musique roumaine du Taraf de Caransebeș, blues-rock électrique avec Rodolphe Burger, Medhi Haddad… ». Il avait beau mélanger les genres, il se qualifiait pourtant de traditionaliste…

Une carrière immense » : l’artiste Erik Marchand, monument de la musique en Bretagne, est mort

Erik Marchand, géant de la musique en Bretagne, est mort à l’âge de 70 ans, le jeudi 30 octobre 2025 en Roumanie. Chanteur et instrumentiste emblématique, il laisse une marque indélébile bien au-delà des frontières de la région.

Ouest-France - le 31/10/2025

Anthony RIO.

Erik Marchand, une des plus grandes voix de Bretagne, est décédé à l’âge de 70 ans, en Roumanie, où il aimait se rendre, jeudi 30 octobre 2025. Sur les réseaux sociaux, la nouvelle s’est répandue ce vendredi 31 octobre et les hommages affluent. « Homme du monde, artiste à la carrière immense, qui va bien au-delà de la Bretagne et qui aura inspiré la génération actuelle », écrit Tamm-Kreiz, association spécialisée dans la promotion de la culture bretonne. Le festival des Vieilles Charrues, où il s’était produit plusieurs fois, rend hommage à cette « figure majeure de la musique bretonne ».

 

Né à Paris en 1955, Erik Marchand s’est vite passionné pour le chant traditionnel breton. Il rencontre notamment Manuel Kerjean, à tout juste 18 ans, et apprend le kan ha diskan (chant et contrechant, très populaire en Bretagne). Le début d’une très riche carrière, jalonnée par l’enregistrement de plusieurs dizaines d’albums, qui l’a mené bien au-delà des frontières de la Bretagne.

 
 

« Plus qu’un chanteur, je suis un voyageur »

« Je l’ai rencontré en 1977, il chantait alors avec Yann-Fañch Kemener. On n’avait jamais entendu des jeunes qui envoyaient un truc pareil », se rappelle le violoniste Jacky Molard, avec qui il a fondé le groupe Gwerz avec d’autres grands noms dont Soïg Sibéril, au début des années 1980. « Après la disparition de Soïg, on perd Erik, ça fait un grand vide », réagit Jacky Molard.

 
 

La carrière d’Erik Marchand a été marquée par ses très nombreux voyages. « Plus qu’un chanteur, je suis un voyageur », expliquait-il à Ouest-France, en 2015. « Erik avait chanté à Washington le 4 juillet 1976 pour le 200e anniversaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis », rappelle son ami Gaby Kerdoncuff, rencontré pour la première fois dans un fest-noz de Poullaouen à la sortie de l’adolescence. Parmi ses voyages, il affectionne l’Europe orientale et a notamment un véritable coup de cœur pour la Roumanie, son « second port d’attache ». Il y joue avec le Taraf de Caransebes, un orchestre populaire. Une rencontre qui débouchera sur plusieurs enregistrements.

 
 

L’art de la transmission

En 1991, le chanteur et joueur de clarinette, sort un de ses disques les plus marquants, An tri breur (Les Trois Frères), avec Titi Robin et Hameed Khan. Contacté ce vendredi, Titi Robin se rappelle des tournées à l’international avec son compère. « Je jouais de l’oud, luth oriental, lui chantait en breton, on formait un duo. Puis Hameed Khan, joueur de tabla indien nous a rejoints. On a créé un vocabulaire très original, moderne, novateur et respectueux de la tradition. Cet équilibre était fabuleux. » Pour Titi Robin, Erik Marchand était « une des très rares grandes voix contemporaines de tradition populaire en France. Il était l’héritier d’une tradition et un passeur incroyable. C’était un personnage exceptionnel pour qui j’avais beaucoup de respect. »

 

Attaché à la transmission entre les générations, Erik Marchand fonde en 2003 la Kreiz Breizh Akademi avec Gaby Kerdoncuff, via l’association Drom, qui a notamment pour but de former professionnellement des artistes. «  De nombreux artistes actuels sont issus de cette formation qui apprend à être curieux, entendre d’autres musiques, faires des rencontres… Ça apporte un bagage extraordinaire, explique Glenn Jégou, le créateur du festival Yaouank à Rennes. C’était incontestablement une référence, un des piliers du chant en Bretagne. Avec Yann-Fañch Kemener, ils étaient indissociable, de part leur travail de collectage et de création. »

 

« Une institution à lui tout seul »

Erik Marchand ne s’éloigne pas pour autant de la scène et de la création. À l’image de l’album Before Bach, enregistré avec Rodolphe Burger et sorti en 2004, rencontre entre la musique bretonne, le rock et les musiques du monde. Parmi ses nombreuses autres réalisations, on peut citer la création du label Innacor, avec Jacky Molard et Bertrand Dupont.

 

« Erik, c’est une institution à lui tout seul. Il a chanté avec des gens de tous les horizons, de toutes les esthétiques musicales, sans être dans l’industrie. Il avait une destinée », explique son ami Gaby Kerdoncuff. Youenn Le Bihan a partagé la scène avec lui avec Gwerz. Il se souvient d’un « remarquable chanteur. Il a travaillé le chant traditionnel avec beaucoup de pertinence. Avec Yann-Fañch Kemener, ils ont assuré cette transition entre les anciens chanteurs et les actuels. »

Bertrand Dupont, compagnon de route d’Erik Marchand a aussi été son producteur : « Avec son décès, je perds un pote. C’est quelqu’un qui a apporté énormément à la Bretagne dans quelque chose de moderne, contemporain et aussi vers les jeunes ». L’artiste résidait depuis longtemps dans le hameau Rest Parkou, à Poullaouen, près de Carhaix. Le maire de la commune, Didier Goubil, rappelle qu’il « a fait partie des sonneurs de Poullaouen. Il était présent dans tous les évènements culturels. C’était quelqu’un de plutôt discret mais qui avait une forte personnalité. »

 

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24 octobre 2025 5 24 /10 /octobre /2025 06:47
Une mémoire de l'anéantissement - Stock - La Cosmopolite - 22,90€

Une mémoire de l'anéantissement - Stock - La Cosmopolite - 22,90€

« Je n’ai jamais documenté une telle façon de tuer les gens » : Samar Yazbek donne la parole aux rescapés du génocide à Gaza

L’écrivaine et journaliste syrienne Samar Yazbek publie « Une mémoire de l’anéantissement », dans lequel des hommes, des femmes et des enfants de l’enclave palestinienne témoignent des atrocités perpétrées par l’armée israélienne, qui n’hésite pas à utiliser des robots tueurs.

Muriel Steinmetz 20 octobre 2025, L'Humanité 

Samar Yazbek est une romancière et journaliste syrienne. Opposante de gauche au régime de Bachar Al Assad, plus d’une fois menacée de mort, contrainte à l’exil en 2011 avec sa fille, poursuivie par les services de renseignements, elle est retournée clandestinement sur place en 2012 et 2013, revenue puis repartie après la chute du dictateur. Elle publie Une mémoire de l’anéantissement (Stock).

Elle y rapporte les témoignages de 26 rescapés de Gaza, évacués au Qatar pour y être soignés. Ce sont des récits à la première personne, sortis de la bouche d’hommes, de femmes, d’enfants, aux statuts sociaux divers. Tous ont vécu sous les bombes durant plus de deux ans. Ils ont subi le pire.

Survivants du génocide, ils sont ceux dont on parle peu et qui ont tant à dire. Ils racontent les drones, les bombes à l’uranium utilisées au même titre que la famine, l’amoncellement des corps, les chats et les chiens qui dévorent les cadavres, les plaies des blessés grouillant de vers. Et ces enfants de 6 ans dont les cheveux blanchissent en une nuit.

Vous donnez la parole à des Gazaouis. On a certes des images de la catastrophe qui les frappe, mais les témoignages verbaux directs sont exceptionnels…

Ce livre fait partie de mon projet autour de la mémoire collective. Depuis Feux croisés. Journal de la révolution syrienne (2012), les Portes du néant (2016) et 19 Femmes : les Syriennes racontent (2019), je donne la parole aux victimes. La vie quotidienne, personnelle, intime, est éminemment politique.

 

Je relate la manière dont des êtres si atrocement meurtris ont vécu dans l’enfer. Montrer une part de leur souffrance, c’est le devoir des journalistes, des intellectuels, des écrivains et des activistes ; affronter l’horreur avec leurs armes à eux, les mots.

Dans quelles conditions ont eu lieu les entretiens ?

J’étais au Qatar pour des raisons personnelles : ma fille, qui travaille là-bas, a eu un grave accident. Je suis allée à son chevet depuis la France. Sur place, j’ai découvert par hasard des rescapés gazaouis venus se faire soigner dans le complexe médical Thumama. La plupart étaient amputés, brûlés, très blessés. Ils étaient environ 3000, avec leur famille. Je me suis présentée comme bénévole auprès des femmes.

J’ai d’abord vu un enfant en fauteuil roulant, amputé des deux bras et des deux jambes. J’ai passé des années à documenter la guerre en Syrie ; j’en ai été traumatisée. Là, il fallait faire quelque chose. Dans les médias, ce ne sont que slogans politiques.

J’ai décidé de rester avec eux pendant des mois, durant l’année 2024, pour documenter leur souffrance et faire entendre leur voix. Ce n’était pas prévu. Je finissais un roman. Je m’apprêtais à aller au Soudan travailler avec des femmes violées.

Quelles questions avez-vous posées ?

À chacun, j’ai posé deux questions : que s’est-il passé pour vous le 7 Octobre ? Comment avez-vous perdu un morceau de votre corps ? Je me suis concentrée sur leur vie : une femme était en train de faire la cuisine quand elle a perdu sa fille ; un homme allait à l’école avec son fils, quand les avions ont bombardé son immeuble.

Qui sont ces hommes et ces femmes ?

Ce sont des professeurs d’école, des femmes au foyer, des étudiants, des journalistes, des infirmières, des patrons. Il y a beaucoup de mères, des adolescents. Abddallah, le plus jeune témoin, a 13 ans. Son visage a été complètement brûlé. Son corps est constellé de débris d’obus.

Il a vu sa famille entière brûler sous ses yeux. Les deux premiers témoins du livre sont mari et femme. Leur seul fils a été tué par un bombardement ; l’une de ses sœurs a perdu sa jambe lors de l’effondrement de la maison, l’autre est morte et la sœur jumelle de cette dernière a été brûlée, défigurée.

L’impression qu’on retire, à la lecture, est celle d’un traumatisme monstre partagé par tous.

Je partage leur souffrance. Si Abdallah a vu sa mère brûler vive devant ses yeux, qui sait si demain nous ne serons pas visés ? L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de la sauvagerie. Des gens comme nous se doivent de lutter pour la justice qui est chose très profonde.

On ne peut rester silencieux, en évitant de dire la vérité. Je n’ai pas senti de velléité de vengeance chez toutes ces personnes. Je n’ai pas confiance en un système politique international qui ne fait rien. On dit que la guerre est finie. C’est totalement faux.

Comment la romancière en vous a-t-elle pu appréhender ces cris de douleur loin de toute fiction ?

Quand la révolution en Syrie a débuté en 2011, jamais je n’aurais cru documenter un jour l’horreur de notre humanité actuelle. Jamais ! Ce projet a transformé ma vie.

La romancière en moi est exilée, coupée de sa capacité à inventer de la fiction. Il m’était impossible, par le prisme de la littérature, d’évoquer l’horreur du présent, les viols, les bombardements et les massacres en Syrie. J’ai donc commencé ce projet sur la mémoire collective.

Votre ouvrage tranche, par sa franchise crue, alors qu’on ne se livre, le plus souvent, qu’à des réflexions générales portant sur le conflit israélo-palestinien.

Cette situation dure depuis presque soixante-dix ans. Je pense qu’on doit créer un nouveau narratif, très différent de ce dont on a l’habitude. À mon avis, une vie humaine, avec ses détails personnels, donne à voir bien plus et en dit plus long que les discours politiques.

On doit travailler avec ce genre de narratif. C’est davantage utile, plus fort et plus profond que les paroles sèches des médias. Avec le temps, on a déshumanisé les Palestiniens.

Il y a une répétition dans les récits. Cette récurrence marque le caractère intentionnel de certains actes et confirme l’entreprise génocidaire méthodique mise en œuvre…

La récurrence des témoignages fait partie de ma méthode. Un massacre est ainsi vu sous plusieurs angles. Pour celui qui a eu lieu à l’hôpital Al-Shifa, j’ai donné la parole à deux femmes, ainsi qu’à un docteur. Chacun a sa façon de dire, d’évoquer tel détail, de raconter ce qu’il a vécu. C’est comme un puzzle où chaque pièce finit par s’assembler.

Une fois le livre lu, on saura ce qu’il s’est réellement passé dans ce complexe hospitalier, le plus important de la bande de Gaza. Ils ont tué les patients, assiégé la place, interdit l’eau et la nourriture, bombardé le bâtiment, détruit le service de maternité, les couveuses. Un soldat israélien a fait semblant de violer un jeune homme amputé. Il secouait son lit de façon suggestive en disant : « Je te nique. »

Tous disent que les actes infâmes commis par Israël ne sont pas liés aux attaques du Hamas.

C’est ce qu’ils ont le plus souvent répété. Ils me disaient : « Nous sommes pacifiques et ils nous attaquent. Ils ont tué les bébés, les femmes enceintes. »

Certains mentionnent la nouveauté terrifiante des armes. Bombes empoisonnées, mais surtout l’usage des drones…

Je suis journaliste depuis trente-sept ans. J’ai travaillé en Syrie, au Moyen-Orient. J’étais sur la ligne de front en Syrie. J’ai interviewé des chefs islamistes radicaux. J’ai vécu sous les bombardements. J’ai vu des massacres. J’ai écrit sur les prisons et les viols, mais je n’ai jamais documenté cette façon de tuer les gens. Je pense à Shima, 21 ans. Elle m’a raconté la mort de son père.

Il faut savoir que des robots tueurs vivent parmi les Gazaouis. On les surnomme « zannana » à cause du grésillement qu’ils émettent. Ce sont des drones. Son père a été la cible d’un quadricoptère de ce type qui peut tirer et même se faire exploser. Il est entré dans une pièce, en a traversé deux autres – tel un petit papillon métallique – pour tuer son père, avant de ressortir la fenêtre. C’est ça la science-fiction, la sauvagerie absolue. Il s’agit d’une nouvelle guerre, menée par l’Intelligence artificielle.

Que pensez-vous des négociations en cours sur le sort futur de Gaza et, plus largement, de la Palestine ?

Je préfère ne rien dire. J’ai perdu l’espoir mais je ne peux pas le dire. Il n’y a pas de mots pour dire la situation.

Où vivez-vous désormais ?

Je ne sais pas. Je vole avec le vent ! Je voyage beaucoup. Je suis entre la France, le Liban et le Qatar.

 

Samar Yazbek interviewée par Muriel Steinmetz dans L'Humanité: Gaza - « Je n’ai jamais documenté une telle façon de tuer les gens »
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20 octobre 2025 1 20 /10 /octobre /2025 08:22
Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière
Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Elle rêvait d'aller en Bugatti aux Sables d'Olonne au bras de son amant...

Quel bonheur de se replonger dans la cinématographie de Claude Chabrol et dans son film de 1978 avec Isabelle Huppert: "Violette Nozière", un film que l'on pourrait qualifier de féministe et transgressif, plein de grâce et de poésie, dont le contexte se passe dans le Paris des années 30 et du quartier latin, avec un casting de rêve, une Isabelle Huppert très jeune et déjà exceptionnelle, Stéphane Audran, Bernadette Lafont, Jean Carmet, Jean-François Garreaud, et un bonheur du jeu d'acteurs tellement propre aux films de Chabrol.

Le film, que l'on peut voir gratuitement ces semaines-c sur la plateforme France.TV avec trois autres films d'Isabelle Huppert, est inspiré de l’histoire réelle de Violette Nozière qui défraya la chronique judiciaire et criminelle en 1933 et 1934, et devint une cause nationale de controverse et de dispute, et notamment une cause pour les surréalistes qui l'ont défendue au nom "de l'amour, de la beauté, de la jeunesse, de la liberté des mœurs".

Au cours des années 1930, Violette Nozière (jouée par Isabelle Huppert) est une adolescente qui se prostitue en secret. Ses parents, Baptiste et Germaine Nozière (jouée par Stephane Audran), chez qui elle vit, ne remarquent rien. En révolte contre leur mode de vie et leur mentalité étriqués, elle tombe amoureuse d’un jeune panier-percé, Jean Dabin, qu’elle fait pratiquement vivre grâce à de petits vols chez ses parents ainsi qu’avec le bénéfice issu de la prostitution occasionnelle. Violette invente des contes en permanence et empoisonne ses parents, à petit feu d'abord, puis franchement et sûrement, pour se venger des viols de son père.

Lors de l'enquête et de son procès, elle affirme que son père l'agressait sexuellement pendant son enfance. Mais du fait du poids du patriarcat de l'époque (les femmes n'ont pas de droit de vote et elles sont considérées comme mineures, soumises à l'autorité du père ou du mari), son aveu des viols répétés par son père n'est pas pris en compte, et elle sera convaincue d’empoisonnement et parricide. Violette Nozière est ainsi condamnée à la peine de mort. Mais à la fin du long-métrage une voix off, Claude Chabrol, nous fait savoir:

« Condamnée à mort le 13 octobre 1934, Violette Nozière fut graciée le 24 décembre par le président Albert Lebrun et sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité. À la suite de sa conduite exemplaire en prison, le maréchal Pétain ramène sa condamnation à douze ans. Résolue à prendre le voile dès l'expiration de sa peine, libérée le 29 août 1945, puis graciée le 1er septembre par le général de Gaulle qui signe en sa faveur un décret annulant les vingt-cinq ans d'interdiction de séjour auxquels elle était condamnée, Violette Nozière épouse finalement le fils du greffier comptable de la prison, qui lui donnera cinq enfants. Ils ouvriront un commerce. En 1963, peu avant sa mort, la Cour de Rouen, fait unique dans l'histoire de la justice française s'agissant d'un condamné à mort de droit commun, prononce sa réhabilitation. »

A l'époque, la gauche et les écrivains communistes font de Violette Nozière un symbole de la lutte contre la société et ses dérives.

Son amant Jean Dabin, celui qui l'a corrompue en vivant de ses générosités, serait un camelot du roi.

Les surréalistes prennent la défense de la jeune femme qui devient leur muse.

Louis Aragon signe en 1933 une chronique dans "L'Humanité" où il la présente comme une victime du patriarcat.

Le 24 octobre 1934, Marcel Aymé interpelle par son plaidoyer en faveur de Violette Nozière : « Dans l'hypothèse d'un inceste, quelle pitié ne méritait pas la malheureuse, et quel pardon ! »

L'inceste, sujet tabou dans une société masculine, permet à Paul Éluard d'écrire un poème qui reste dans les mémoires :
«"Violette a rêvé de défaire
A défait
L'affreux nœud de serpents des liens du sang ".

Écrivains, poètes, mais également peintres prennent fait et cause pour elle. Cette médiatisation de l'affaire influencera les chefs d'État successifs qui eurent, par la suite, à décider du sort de Violette Nozière.

L'Humanité, 18 juillet 2014: "Face à la "pègre bourgeoise", Louis Aragon défend " le monstre en jupons""

Nos grands proçès 1934.

Le poète, alors journaliste à l’Humanité, s’était passionné pour l’affaire Violette Nozière, accusée de parricide. Il y voyait un exemple de la «justice de classe».

Au cœur de l’été 1933, un court article non signé paraît dans l’Humanité : « Un cheminot et sa femme sont trouvés agonisants rue de Madagascar ». Une lycéenne de dix-huit ans, Violette Nozière, raconte avoir découvert ses parents intoxiqués après une fuite de gaz. Le père meurt pendant son transfert à l’hôpital. « L’affaire reste très mystérieuse, écrit le journaliste. S’agit-il d’un simple accident dû à une fuite de gaz ? Mais alors, d’où proviennent les blessures des victimes ? »

Ainsi commence, en quatrième colonne de la première page de l’Humanité, l’histoire de Violette Nozière et de Louis Aragon. La première, lycéenne libertine accusée de la transgression ultime (un double parricide), va captiver l’opinion publique. Le second, poète surréaliste de trente-cinq ans, entré à la rédaction de l’Humanité quelques mois plus tôt, se passionne pour cette affaire sur laquelle il écrira plus de trente articles.

Dès le lendemain du crime, d’« horribles soupçons » pèsent sur Violette Nozière. Arrêtée après une cavale d’une semaine, la jeune femme passe rapidement aux aveux : elle a empoisonné ses parents.

On découvre également que Violette mène une vie dissolue. Élève au lycée Fénelon, elle sèche les cours et passe ses journées dans les bars du boulevard Saint-Michel. Aussitôt, l’affaire divise les Français. La gauche et les surréalistes voient en Violette une rebelle, brisant les codes de la famille bourgeoise. À l’opposé, les partisans de l’ordre moral, représentés par Robert Brasillach, y voient la réalisation d’un « atroce monde sans Dieu ».

« Il reste encore à découvrir un abîme de pourriture d’une catégorie sociale. »

Pour Louis Aragon, ce fait divers est, dès ses prémices, le révélateur d’une société profondément inégalitaire.

« Plus que jamais dans l’affaire de la rue de Madagascar, écrit-il, le caractère de classe de la justice bourgeoise, de la police, de la presse apparaît. »

Jour après jour, il raconte l’instruction, s’entretient avec les avocats, la mère, enquête, émet des hypothèses. « Il reste encore à découvrir, écrit Aragon le 12 septembre, un abîme de pourriture d’une catégorie sociale. »

Depuis ses premiers articles, le poète défend une idée : Violette n’a pas agi seule.

« Il y a certainement quelqu’un qui l’a guidée. Un de ceux qui prennent les filles d’ouvriers pour les entraîner dans la noce. Un de ceux pour qui les ouvriers et les fils d’ouvriers triment jusqu’au jour où, pour ces mêmes jeunes gens devenus patrons, les ouvriers et les fils d’ouvriers sont envoyés en guerre ou aux colonies se faire casser la gueule. »

Il interpelle le juge Lanoir (« magistrat on ne peut plus roublard ») pour qu’il cherche le complice de la lycéenne. Cette dernière n’est qu’une « misérable fille dévoyée » qui cherche à protéger son amant de cœur, Jean Dabin, qui plus est militant royaliste auprès des Camelots du roi. « La leçon de l’affaire Nozière, ce qu’elle met au jour, il faut que l’Huma le dise très fort, c’est toute cette pègre bourgeoise, anti-ouvrière, qui a tous les vices, et au contact de laquelle les Violette Nozière viennent se pourrir », martèle Aragon. Au milieu des années 1930, en pleine montée des ligues fascistes (Hitler vient d’obtenir les pleins pouvoirs en Allemagne), l’affaire révèle aussi la xénophobie ambiante.

Pour la dénoncer, Aragon excelle dans l’ironie glaçante : « Un Algérien, vous comprenez, cela peut se charger de tous les crimes, c’est une sorte de sauvage, ça ne peut se comparer à un fils de chef de gare. »

Mais voilà que Violette avoue : si elle a empoisonné son père, c’est parce qu’il la violait depuis l’âge de douze ans. Sujet hautement tabou dans cette société masculine, l’inceste divise encore plus ses partisans et adversaires.

Paul éluard en fait un décasyllabe : « Violette a rêvé de défaire / A défait / L’affreux nœud de serpents des liens du sang. »

Aragon, lui, délégué par Paul-Vaillant Couturier pour suivre l'affaire Nozière, n’y croit pas : « La presse bourgeoise essaye d’accréditer des histoires ordurières sur une famille de travailleurs, ramassant les maladives divagations de la triste Violette ! » En octobre 1934, le procès de Violette Nozière sera expéditif : trois jours d’audience et une heure de délibéré pour la condamner à mort. Les courts débats ne répondront pas aux nombreuses questions restées jusqu’à ce jour sans réponse : ni l’inceste ni la possibilité d’un complice ne seront abordés. Aragon a quitté "l’Humanité", avec laquelle il reste en collaboration régulière, mais le journaliste qui suit le procès déplore cette parodie de justice : « Le procès de Violette Nozière est fait. C’était celui de la société bourgeoise qui entretient le vice et le crime qui était à faire. »

Les femmes n’étant plus guillotinées en France, la peine de mort sera commuée en travaux forcés à perpétuité. Libérée en 1945 après une détention « exemplaire », Violette Nozière sera réhabilitée en 1963.

L'affaire Violette Nozière à la Une de l'Humanité - 31 août 1933 (Source Gallica/ Hors-série de L'Humanité, "l'aventure Aragon")

L'affaire Violette Nozière à la Une de l'Humanité - 31 août 1933 (Source Gallica/ Hors-série de L'Humanité, "l'aventure Aragon")

Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Article de Louis Aragon, 31 août 1933 - L'Humanité 

(cité in extenso L'Aventure Aragon, Hors Série de l'Humanité, 1212 H, 2024)

Aragon adhère dès 1927 au PCF, même s’il doit attendre 1933 pour se faire admettre de manière stable dans la rédaction, puis s’y imposer, à L’Humanité dans l’univers éditorial du PCF.

La bourgeoisie veut-elle sauver l'un des siens? 

Violette a-t-elle menti en disant qu'elle a agi seule? 

Plus que jamais, dans l'affaire de la rue de Madagascar, le caractère de classe de la justice bourgeoise, de la police, de la presse apparaît. 

Hier matin, le cercueil du père Nozière, du mécanicien assassiné, est parti de la gare de Lyon, par un de ces trains qu’il a conduits jadis et qui l’a emporté cette fois vers Neuville-sur-Loire, au cimetière. Il y avait derrière le cercueil les camarades de travail du mort, cinquante mécaniciens et chauffeurs du PLM. Et c’est d’eux que nous tenons que Nozière était un travailleur qui ne reculait pas devant la tâche : la Compagnie le savait bien, qui lui faisait conduire, par exemple, les rapides de Paris-Vichy, qui font quatre cents kilomètres sans changement de locomotive. Ainsi le drame qui défraye les conversations et les curiosités malsaines soulève en passant un coin du rideau bourgeois qui cache la vie terrible, ardue, des exploités. Quatre cents kilomètres sans changement de locomotive… Le cercueil du vieux Nozière est parti.

Violette "explique" son acte

La "sensation" du jour, longuement commentée dans la presse bourgeoise, est une accusation portée par Violette contre son père pour tenter d'expliquer son acte. Son père aurait abusé d'elle.. il était jaloux... il lui faisait des scènes... 

Il semble bien que ce soit là une de ces inventions qui, loin de devoir soulever l'indignation vertueuse des gens qui se complaisent à les commenter, militent surtout pour faire de la misérable Violette, malade, menteuse et égarée, une inconsciente, qui relève plus de la médecine que de la justice. 

La presse s'empare immédiatement de ce thème facile sur lequel il est facile de mettre de son côté les cœurs sensibles et filiaux.  Elle souligne combien cette accusation portée par Violette contre son père est "habile". Habileté qui lui vaut immédiatement que des journaux comme la Liberté, un des canards les plus vertueux du monde, réclame purement et simplement sa tête  tout en rappelant toutes les affaires où des femmes ont été exécutées, en nous donnant un avant-goût de l’exécution possible par le rappel de celles où des femmes ont été devant la guillotine “d’une lâcheté sans exemple”. On aimerait pourtant bien voir si le signataire de cet article, un certain A. Y., serait lâche ou non devant la guillotine. Devant la guillotine des autres, il est en tout cas sans grande dignité. »

Violette nie avoir voulu tuer sa mère 

Ce "monstre" qu'on se plaît à nous décrire insensible à un sursaut violent à l'interrogatoire "Pourquoi avoir voulu tuer votre mère?" lui demande le juge d'instruction. "Jamais!" s'écrie Violette, je n'ai voulu faire une chose pareille. Je n'ai donné à ma mère que trois cachets, juste pour l'endormir". 

Et sa mère, que devient-elle? 

C'est ici que les choses bien singulières commencent à percer. "L'Humanité" a eu des renseignements qui viennent directement de la malheureuse femme. Et ces renseignements jettent une lumière troublante dans toute l'affaire. 

Madame Nozière parle pour l'Humanité

Hier, Mme Nozière, que les journalistes, les photographes avaient sans cesse assaillie, questionnée sans pudeur, a été isolée, peut-être pour son repos, peut-être pour qu'elle ne parle pas trop... Car elle nous fait dire que maintenant qu'elle est dans son état normal, elle ne voit pas pourquoi on la garde à l'hôpital dans un local grillagé, avec les agitées. Elle ajoute tristement: "Comme ma fille.."  Elle nous fait dire qu'on lui a spécifié qu'"elle ne devait pas trop parler de Jean"  , cet ami de sa fille sur lequel on se montre par ailleurs si discret. Que craignait-on? Elle sait très peu le concernant. Mais "Jean" est d'une bonne famille bourgeoise, n'est-ce pas? Nous pouvons le dire: c'est le fils du chef de gare d'Ivry-marchandises. Et sans doute qu'on veut faire retomber toute la boue et tout le poids d'une affaire où il porte, en face d'une misérable fille dévoyée, sa responsabilité de maquereau content de tirer l'argent d'une femme, fier qu'elle se prostitue pour lui. Et elle, Violette, c'est une fille d'ouvriers. Donc c'est à elle et aux siens, la boue. Mais aux autres... attention! Le chef de gare est bien avec la préfecture comme un vulgaire Pinguet, le comte-flic amateur. 

Le complice? 

Mme Nozière nous fait dire que quand elle a perdu connaissance, son mari et elles étaient habillés. Quand elle est revenu à elle, son mari et elles étaient déshabillés. Nous nions que ce soit Violette qui ait soulevé, déshabillé ses parents. Elle n'en avait ni l'idée ni la force. Et si ce n'est elle, il y avait donc avec elle un complice dans la maison! Le complice n'est pas en ce cas seulement un souteneur qui de loin a manigancé le crime et l'a fait exécuter par Violette. Le complice est l'assassin. Et nous signalions l'autre jour l'acharnement de Violette à affirmer qu'elle avait agi seule. Elle s'accuse, elle a peur pour quelqu'un. Dans ce cœur flétri et cette tête folle, dans cette fille dénaturée, est-ce là l'effet d'un sentiment humain, profond? Et on défend à Mme Nozière de trop parler à Jean! Police de classe. 

Ce que la mère dit de son enfant

Mme Nozière, que les journalistes qui l'ont approchée présentent comme accusant sa fille, accumulant sur la tête de celle-ci les circonstances aggravantes, en réalité pense et dit que sa fille a perdu sa tête: "Elle a voulu se tuer, se jeter dans la Seine en décembre dernier. Et dites surtout que l'an dernier, au mois d'août, elle a eu la fièvre typhoïde". 

Violette, pour sa mère, n'est pas responsable. D'autant moins qu'il y a certainement eu quelqu'un qui l'a guidée. Un de ceux qui prennent les filles d'ouvriers pour les entraîner dans la noce. Un de ceux pour qui les ouvriers et les fils d'ouvriers triment jusqu'au jour où, pour ces mêmes jeunes gens devenus patrons, les ouvriers et fils d'ouvriers sont envoyés en guerre ou aux colonies se faire casser la gueule... A propos! 

Jugé par ses pairs

L'agence Havas communique une note de l'Association générale des étudiants de Paris, association bourgeoise où il y a pas mal de graine de fascistes!: "L'Association générale des étudiants de Paris, émue de l'attitude d'un étudiant en droit qui a été mêlé très étroitement à l'affaire Violette Nozière, ne peut que réprouver et blâmer la conduite inqualifiable de cet étudiant", etc. 

Qui vise donc cette petite note, Messieurs? Vous êtes si discrets dans vos blâmes, sans doute aussi pour ménager l'honneur d'une famille bourgeoise, que nous ne pouvons savoir de qui vous parler. De Jean? Mais Willy non plus n'est pas très beau. Compagnon de noce d'un maquereau, sans doute se fait-il payer les consommations par celui dont il a été raconté à la police qu'il recevait de l'argent de Violette et même combien. (Un envieux sans doute...) Mais il y a dans l'affaire un troisième étudiant que nous oublions. Monsieur le comte de Pinguet. C'est de lui, n'est-ce pas? que vous voulez parler, Messieurs! C'est très bien de vous désolidariser des indicateurs qui peuvent se glisser dans vos rangs... Nous attendons votre réponse. 

L'avocat d'office. 

On a désigné pour défendre Violette un avocat d'office. C'est Me Henri Géraud, qui fut le défenseur de Gorguloff. 

Avec son papa 

MM. Dabin, père et fils, ont été entendus à la P.J. Le papa est chef de gare à Ivry-marchandises. Il dit que son fils est étudiant en droit deuxième année et qu'il lui donne pour ses frais personnels de 150 à 180 francs par mois. Il a toujours trouvé que cela suffisait: Violette lui faisait l'appoint. Le fiston, retour des bains, explique qu'il "payait" dans un premier temps. En juin. Puis c'est Violette qui lui a proposé, en disant que son père lui donnait 1000 francs par mois, pour ses dépenses. Pas difficile à convaincre, Jean empochait. Combien? De 80 à 100 francs par jours. Ah! Violette était plus généreuse que Dabin père! Jean insiste sur le fait qu'il les dépensait avec son amie, et même (parasite ingénu, instinctif) qu'il avait dû faire souvent appel à la bourse de ses camarades pour compléter ses dépenses. Violette l'avait même prié d'acheter une voiture pour elle. Elle y aurait mis 10 000 francs. 

"La vie a continué ainsi jusqu'au 17 août, date de mon départ en vacances. Le 23, j'ai reçu une lettre d'elle disant qu'elle s'ennuyait loin de moi, qu'elle me rejoindrait d'ici quelques jours. J'ai su, par les journaux, les péripéties du drame".    

Oui, sans doute Violette a-t-elle voulu aller le rejoindre. Mais l'argent qu'elle a envoyé par la poste et dont on nous a parlé, M. Jean Dabin n'en souffle mot. A qui fera t-il croire qu'il n'avait jamais su qu'il vivait de la prostitution de son amie? Ignorance de bourgeois qui préfère ignorer de quel sang sont payés les dividendes qu'il touche..." 

Article d'Aragon paru dans l'Humanité le 31 août 1933

Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Violette Nozière ne songe qu'à protéger celui qu'elle aime

Article d'Aragon dans L'Humanité du 15 septembre 1933

Ce qui domine les déclarations faites par Violette Nozière à M. Lanoire avant-hier, ce qui domine même les errements singuliers des interrogatoires et des démarches de la police de ces derniers jours, c'est la figure de Jean Dabin. Ce jeune homme, qui déclarait l'autre jour qu'un an de service militaire en Afrique suffirait à oublier son "affaire", reprend de l'assurance. Cela se conçoit: on l'a laissé partir en vacances. On ne l'a qu'à peine interrogé. On ne vérifie pas son alibi. Là-dessus, M. de Monzie le cite devant le conseil de discipline de l'université, mais pour un détail qui n'est pas pendable. Alors l'insolence revient à l'avantageux camelot du Roy. Il répond même fort ironiquement à cet homme de gauche par une lettre dont nous regrettons de ne connaître que des morceaux. 

Une lettre ou une gifle. 

Il se moque des professeurs qui auront à le juger, et prends les devants en annonçant qu'il quitte l'université pour ne pas donner par le récit se ses "soirées" le regret à ses professeurs d'"avoir si mal employé leur ardente jeunesse". (...)

Dans le cynisme de ce fils de bourgeois qui se sent soutenu par ceux de sa classe, tout, jusqu'à ce débat avec le ministre qui n'a pas nécessairement le rieur de son côté, traduit et souligne la pourriture d'un régime où ce ne sont que des nuances qui permettent de distinguer entre les gros et les petits profiteurs, les parasites de gouvernement et parasites des Violette Nozière. 

M. Lanoire à l’œuvre

Sauf l'affirmation réitérée qu'elle a agi seule, la dénégation nouvelle d'avoir donné de l'argent à Jean Dabin après le crime, bien qu'en date du 21 août, jour du crime, avant celui-ci prétend-elle, elle lui ait écrit: "Je t'enverrai l'argent que je t'avais promis", Violette n'a rien dit au juge Lanoire. Elle a prétendu avoir donné une dose de poison à ses parents en se basant non pas sur les indications d'un complice, mais sur l'expérience personnelle d'un suicide manqué. Elle s'étonne que le fameux "protecteur", Émile, avec qui elle ne faisait qu'aller au théâtre et qui lui donnait de l'argent, ne se soit pas fait connaître. Mais elle refuse, par discrétion, de livrer son nom. Elle confirme la déposition de Pierre Carrais, etc. Mais l'incident central de l'interrogatoire est provoqué par le défenseur Me Géraud. 

(...) 

 

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12 octobre 2025 7 12 /10 /octobre /2025 16:27
Mardi de l'éducation populaire: le 14 octobre, conférence-débat sur les médicaments: de l'innovation au pillage de la sécurité sociale par l'industrie pharmaceutiques - Par Jean-Luc Olivier

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12 octobre 2025 7 12 /10 /octobre /2025 16:24
Mercredi 14 octobre - Ciné-débat Palestine à la Salamandre: Put your Soul in your Hand and Walk, de Sepideh Farsi, sur la photojournaliste gazouie Fatem Hassouma, assassinée par l'armée israélienne
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