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Mari Chi Weu - Dix Fois nous vaincrons
de Stéphane Goxe et Christophe Coello, 2001 . Production : L' Art ou Cochon - Les Films Buenaventura
En pleine résurgence des mouvements indigènes dans cette Amérique dite «latine », les Indiens Mapuches du Chili se lèvent encore pour réclamer la reconnaissance de leurs droits et pour récupérer une partie de leur territoire ancestral.
Dépossédés de leurs terres au moyen de la violence par l'État chilien, victimes d'une forte discrimination sociale et raciale, les Mapuche mènent aujourd'hui un combat direct et frontal contre les multinationales du bois, propriétaires dans le Sud du pays d'immenses territoires revendiqués par les indigènes.
Tourné au cœur des communautés en conflit, ce documentaire témoigne de la lutte d'un peuple directement menacé dans son existence par une logique économique encourageant le pillage des ressources naturelles et indifférentes aux réalités humaines.
Las piedras no se mueven solas - Seules, les pierres ne bougent pas
d’Emanuela Nelli, d'après une idée de Mauricio Araya, 2009.
Distribution : Le Monde Diplomatique (Chili); Archives du Musée de la Mémoire, Santiago du Chili
Depuis les collines de Playa Ancha (Valparaiso), des hommes et femmes nous racontent l'histoire de leur lutte frontale contre la dictature dans les années 80 jusqu’au plébiscite de 1988. Des ouvriers, des étudiants, des femmes ont vécu une jeunesse de résistance, entre rêves de liberté et répression militaire. Ils nous disent l'histoire d'une génération : mémoire vive d’une lutte toujours d’actualité.
Film Ultimo Round
d’Emanuela Nelli, 2019
Que du vivant, matière brute, poétique, enthousiasme généreux, croisement de voix, images, situations.
Une aventure entre 2005 et 2011: Valparaiso (Chili), Wallmapu (Terre Mapuche), dictature, répression, lutte, parole, danse, musique, dessin. Cependant que le groupe 'Ultimo Round' interrogeant l'amnésie chilienne, s'emploie à faire résonner les conditions contemporaines de la résistance, 'Film Ultimo Round' retrace dans la durée cette longue quête formelle au sein de laquelle, en tant qu'objet filmique, il tente lui aussi d'exister.
Avec entre autres: Monique Markowicz, Carmen Castillo, John Berger, Elicura Chihuailaf, David Aniñir.
Somos Caos - Nous sommes le chaos
de Pilù , 2020
Un ensemble de 5 documents audiovisuels réalisés à partir de mots, d’images et de sons enregistrés entre février et mars 2020 à Valparaíso et La Cruz (Chili) pendant la période de révolte sociale chilienne débutée le 18 octobre 2019
Diverses personnes nous parlent de la manipulation des médias de communication, des abus des institutions politiques et économiques, les violations des droits de l’homme et de la nature, les conditions des droits des genres et des formes d'organisation et de résistance. Seraient-elles des problématiques si lointaines?
Stéphane Audouin-Rouzeau est connu pour être un historien important de la Guerre 14-18. Il dirige le Centre international de recherche de l'Historial de la Grande guerre Péronne, dans la Somme, un musée qu'il a contribué à penser au cœur des lieux de mémoire d'une bataille de tranchées effroyable qui fit près de 1,5 millions de morts en quelques mois. Il a dirigé l'excellente Encyclopédie de la Grande Guerre avec Jean-Jacques Becker (publiée en poche chez Fleurus en deux tomes). Pratiquant une histoire s'intéressant aux représentations et motivations des acteurs, et partant d'elles, il travaille spécifiquement sur la guerre vécue par le soldat et les civils sur les zones de combat, sur les pratiques concrètes du combat et de la mise à mort, sur les actes de cruauté dans la guerre, et les affects et sentiments animant soldats et civils pendant la guerre. Une de ses thèses connues et alimentant la controverse de la communauté historienne est celle de l'existence d'un consentement à la violence extrême dans les sociétés de la première guerre mondiale, effet de la propagande mais aussi du patriotisme ou du sentiment national, de la volonté de revanche, et d'autres facteurs propres à la psychologie du combat militaire. Cet historien du fait guerrier a travaillé sur le deuil des "veuves de guerre", mères, filles, sœurs de soldats, sur le viol de guerre, sur la guerre vécue par les enfants. Il a publié au Seuil un très beau texte sur la guerre de ses grands-parents, et les traces qu'elle a eu dans l'histoire familiale et sa propre éducation: "Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014)". Tout dernièrement, il publie un passionnant livre d'entretien avec l'historien Hervé Mazurel, "La part d'ombre. Le risque oublié de la guerre", où il expose la genèse, l'évolution et les intentions de son travail historique, centré sur la guerre, un fait culturel et humain majeur dont la société française s'est éloigné psychologiquement depuis la fin de la guerre d'Algérie, jusqu'à ne plus forcément avec les clefs pour le comprendre alors que c'est le quotidien de nombreux peuples du monde encore aujourd'hui. Stéphane Audouin-Rouzeau y écrit notamment à propos de l'approche historienne de la guerre:
" De longue, de très longue date, les pratiques de la violence se sont vues délaissées: celles qui se déploient sur les champs de bataille comme celles dont sont victimes les populations désarmées. Oui, ce qui fait défaut à toute une tradition d'histoire de la guerre - et donc, souvent, à toute une histoire de la guerre "traditionnelle", telle qu'elle s'énonce parfois encore, c'est la présence de ceux qui combattent, tout comme de ceux qui ne combattent pas. Manquent leurs corps, leur psyché, leurs gestuelles, leur manière de se conduire et d'agir dans l'univers de la violence produit par ce temps spécifique, irréductible à tout autre, que créé inéluctablement le fait guerrier".
Stéphane Audouin-Rouzeau alimente de nouvelles perspectives sur l'histoire à se livrant à une forme de travail anthropologique sur la guerre auquel nous ramène notamment les rites de la violence extrême, déshumanisante, contre l'ennemi.
En 2008, Stéphane Audouin-Rouzeau, après trois décennies d'un parcours de recherche sur les violences d'une guerre mondiale matricielle pour comprendre le XXe siècle, est "saisi", presque malgré lui, par un "nouvel objet", qu'il découvre tardivement et qui le transforme en même temps qu'il le bouleverse: le génocide dont ont été victimes les tutsis du Rwanda (entre 800 000 et 1 million de morts en 4 mois, d'avril à juillet 1994).
Un génocide organisé et préparé par les ultras du parti au pouvoir depuis plusieurs mois, un génocide préparé aussi par des décennies de violences et de discours racistes (des persécutions contre les tutsis avaient déjà eu lieu avec des massacres en 1959, 1962, 1963, 1992) nourris par le colonialisme belge et français, mais aussi un génocide de "voisins", où les coupables de meurtres et atrocités sont presque aussi nombreux que les victimes. Au moment où ce génocide est advenu, après le 7 avril 1994 et l'explosion du président Habyarimana, au moment de la guerre en ex-Yougoslavie et en Bosnie, Stéphane Audouin Rouzeau, comme beaucoup de Français, n'a pas saisi l'ampleur et la signification de ce qui se passait. Il estime même qu'il a été au fond quasi indifférent à ce qui était interprété comme des violences relavant d'un fond de haine interethnique ancestrale.
C'est en suivant une doctorante à une semaine commémorative du génocide au Rwanda en avril 2008, 14 ans après le génocide, que Stéphane Audouin Rouzeau va vraiment découvrir ce génocide et ce qu'il représente vraiment, mais aussi le poids des responsabilités politiques françaises et internationales dans le processus génocidaire, et l'ampleur de la désinformation dont les citoyens français ont été victimes à l'époque. Cette découverte du génocide rwandais va amener cet historien pour la première fois à s'engager publiquement, comme citoyen, en rappelant des responsabilités politiques et militaires françaises, en dénonçant les discours de déni (ceux des cercles mitterrandiens, notamment, Védrine au premier chef, mais aussi de la droite qui gouvernait dans un gouvernement de cohabitation avec le président - Juppé, Balladur- et d'une partie de l'état-major impliqué dans le soutien militaire au pouvoir hutu, devenu génocidaire) et la nécessité de les reconnaître aujourd'hui, et en témoignant au procès de génocidaires en s'appuyant sur la somme de connaissances accumulées sur le génocide et ses responsabilités.
Dans "Une initiation", Stéphane Audouin-Rouzeau pose des questions plus qu'il n'assène des réponses définitives. Des questions sur le pourquoi de son propre aveuglement et de celui de la société française et de la communauté internationale en général. Sur la nature exacte des responsabilités de François Mitterrand et de ses cellules de politique africaine, sur l'implication, avant le génocide et contre le FPR tutsi de Paul Kagamé, de l'armée française auprès des officiers hutus qui vont participer au génocide d'avril à juillet, sur les buts et les crimes de non assistance à personnes en danger de l'opération turquoise. "Une initiation" nous confronte aux questions les plus radicales sur l'état d'esprit des hutus génocidaires pendant les massacres, les tortures, les viols. Et sur le trauma et le travail de reconstruction des victimes rescapées et de l'ensemble d'une société confrontée à un épisode d'extrême-violence subie et pratiquée. Par petites touches, portraits et témoignages de survivants, Stéphane Audoin-Rouzeau nous laisse entrevoir l'abominable comme les lueurs d'espoir de rescapés parvenant à revivre avec ça malgré tout.
Stéphane Audoin-Rouzeau ne cherche pas à charger la barque déjà bien pesante des responsabilités françaises mais il expose néanmoins quelques vérités factuelles incontestables aujourd'hui:
"il est désormais généralement admis que la France s'est compromise avec un régime qui préparait un massacre de masse dont elle ne pouvait ignorer les signes précurseurs, que l'aide militaire apportée dans la guerre contre le FPR à dater du 1er octobre 1990 - aide dont le principe était d'ailleurs hautement discutable - a dépassé largement cette dimension stratégique pour contribuer à l'armement et l'entraînement de forces dirigées contre l'ennemi intérieur tutsi (une population civile désarmée, en fait), que la diplomatie française a fermé les yeux sur les massacres de grande ampleur qui, depuis le début de la guerre en 1990, visaient périodiquement les Tutsi du pays. Il est non moins certain que, lors du grand exode vers le Zaïre qui a suivi la défaite des Forces armées rwandaises (FAR) au mois de juillet, les forces de Turquoise ont laissé passer tous les responsables du génocide sans chercher à les arrêter; il semble même avéré que la France a continué de les ravitailler dans les camps zaïrois sur lesquels ils avaient la main. Il est enfin assez clair qu'entre 1990 et 1994, les plus hauts responsables de l’État - François Mitterrand au premier chef, ainsi que son entourage immédiat à l’Élysée - portent une part de responsabilité déterminante dans de tels errements, prolongés avec obstination: des documents dont on peut avoir connaissance émane en tout cas une impression accablante de myopie politique et d'inconscience". Quant à l'opération Turquoise, déclenchée sur la base de la résolution 929 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, datée du 22 juin 1994, soit après la mort de l'immense majorité des tutsis massacrés pendant le génocide, elle devait se traduire par la création d'une zone humanitaire sûre au sud-ouest du Rwanda, mais elle a abandonné des rescapés tutsis à d'autres massacres (à Biserero du 27 au 30 juin), elle a pu protéger la fuite de génocidaires hutus, et, toujours dans une forme de co-belligérance voulue par la France mais pas dans le mandat de l'ONU, s'avérer au moins au début, jusqu'au 30 juin, principalement dirigée contre la progression du FPR, qui va s'emparer de Kigali le 4 juillet 1994. De témoignages parlent même de viols pratiqués par des soldats français, de manière isolée ou en petits groupes, sur des rescapées tutsies.
Dans ce livre, la lumière de la raison et l'effort de compréhension se heurte en permanence à son opposé - l'expérience (imaginée, déduite, à demi racontée par des témoins, car en grande partie non transmissible, ce qu'il y a de plus barbare et horrible chez l'homme - sans chercher à se voiler la face.
La modestie et l'humanité de l'approche de Stéphane Audoin-Rouzeau qui met l'expérience et la parole des rescapés au centre du récit, et raconte le génocide en même temps que le déplacement, les contradictions et la fabrique de la mémoire, ses aspects politiques, sont à noter dans ce livre utile et nécessaire, dont des cartes et une chronologie très bien faites en annexe aident à mieux comprendre l'enchaînement monstrueux du génocide.
Ismaël Dupont
Les sœurs Kagan, Lili Brik et Elsa Triolet, correspondront durant cinquante ans. Le départ de la seconde, qui quitte Moscou pour la France en 1920, donnera lieu à une conversation passionnée relatant des rencontres et des événements historiques jusqu’à leur mort.
Sur un demi-siècle, une conversation intime va se nouer entre les deux sœurs Kagan. Une correspondance qui s’étend de 1921 à 1970 avec une centaine de lettres échangées entre Lili Brik et Elsa Triolet, où défilent l’histoire et leurs destins croisés personnels. « Une conversation passionnée entre deux pays : la France et la Russie », raconte le poète et traducteur Léon Robel (1).
Cette correspondance débute lors du départ d’Elsa, qui quitte Moscou en 1920 pour Paris puis Tahiti après son mariage avec André Triolet, un officier français en mission en Russie. Les premières lettres datent de 1921, après qu’Elsa se sépare de son mari. Mais les documents retrouvés sur la période 1921 à 1928 sont rares. Il est vrai que les deux sœurs se voient souvent à cette époque, se retrouvant à Berlin, Londres ou Moscou.
Lili, née en 1891, et Ella (le prénom de naissance d’Elsa), en 1896, sont les filles d’un couple de juifs russes de Moscou. Leur père, Youri Kagan, avocat, défend les juifs victimes de l’antisémitisme virulent de l’époque tsariste : pogroms, numerus clausus. Leur mère, Elena Berman, est pianiste. Les deux sœurs ont été élevées dans un milieu aisé où l’on parlait plusieurs langues, dont l’allemand et le français. Les arts et la culture font partie intégrante de leur vie.
Avant le départ d’Elsa pour la France, les sœurs proches des révolutionnaires russes côtoient l’avant-garde : Pasternak, Malevitch, Rodtchenko, Chostakovitch, Eisenstein. C’est à cette époque qu’Elsa présente Maïakovski à sa sœur Lili, dont il deviendra l’amant.
Leur correspondance devient plus volumineuse à partir de 1928, année de la rencontre entre Elsa et Louis Aragon. Et surtout à partir de 1930, année du suicide de Maïakovski. La lettre de Lili à Elsa au lendemain du drame est lapidaire : « Ma petite Elsa, je t’écrirai de Moscou au sujet de tout. Tout de suite je ne comprends absolument rien. Combien c’est insupportable ! »
Bien qu’éloignées, elles traversent ensemble le XX e siècle, témoignent de la vie littéraire et culturelle, de leurs engagements politiques, échangent leurs sentiments sur leur vie quotidienne, leur santé, leur couple, leurs amis. Lili livre à sa sœur la méthode pour réussir des blinis. Elsa lui envoie des colis de robes et de chaussures.
Certaines lettres témoignent d’événements clés, comme la demande de Lili auprès de Joseph Staline, au 1er janvier 1936, « avec quelques précautions de langage », de permettre la publication des œuvres de Maïakovski. Léon Robel note que lors des grandes purges de 1937-1938, Lili doit sa survie au fait que Staline avait souligné dans un document : « Ne pas toucher à la femme de Maïakovski ». Maxime Gorki et Vladimir Maïakovski étaient « les deux piliers du réalisme socialiste » (1).
Une carte postale du 2 octobre 1940 arrive miraculeusement à Moscou avec un tampon des occupants allemands. Elsa annonce qu’elle et Louis sont en vie, mais « sans adresse fixe », le couple étant entré dans la Résistance . Un silence qui dure jusqu’au 21 novembre 1944, date de la première lettre de Lili après la guerre. Elle est apportée début 1945 à Paris par un proche, Jean-Richard Bloch, destinée au couple « Elsaragocha ». Lili surnommait son illustre beau-frère du diminutif affectueux « Aragocha ».
Lili Brik, qui annonce le décès de leur mère, se réjouit en même temps d’avoir appris « par la radio française que vous étiez tous les deux des héros ». En réponse, le 1er février 1945, Elsa envoie une longue missive qui constitue un véritable document historique sur leur clandestinité. Elle y raconte leur lutte durant l’Occupation.
Le 3 juillet, Elsa annonce à sa sœur avoir reçu le prix Goncourt, la première femme à l’obtenir, pour Le premier accroc coûte deux cents francs. À cette époque, le couple est auréolé de gloire. Lili supervise les traductions en russe des œuvres de sa sœur et d’Aragon pour publication en URSS. Elsa, dans les années 1960, va déployer toute son énergie pour faire éditer une anthologie de la poésie russe et sollicite l’aide de Lili et Vassia Katanian, son nouveau mari.
Toutes deux continuent de s’écrire, comme en 1968 sur les événements en France et sur l’invasion de la Tchécoslovaquie. Aragon la qualifie de « Biafra de l’esprit », ce qui lui vaudra de vives attaques dans la presse soviétique. Le 7 novembre, Lili le soutient ouvertement : « Fais comme tu le juges bon. Nous n’en serons qu’heureux. Nous avons été des idiots assez longtemps. Ça suffit comme ça ! » écrit-elle. Inlassablement, Lili Brik fait découvrir au couple français les nouveaux talents soviétiques, dont Soljenitsyne avec Une journée d’Ivan Denissovitch. Elle prend également sous sa protection le réalisateur Sergueï Paradjanov.
Elsa, malade, s’ouvre à son aînée le 1er avril 1970 : « J’ai envie de me séparer de moi-même, de me dire : fiche-moi la paix, à la fin ! » Le 7 mai, Lili lui répond : « Il est impossible que nous ne nous voyions plus JAMAIS ». Le 16 juin 1970, Elsa Triolet décède. De retour en URSS, après avoir assisté aux obsèques d’Elsa, Lili est désemparée. Quelques années plus tard, en 1978, elle se suicide, à l’âge de 87 ans.
« 23 juillet, Mes chers Elsa, Aragocha, j’ai su que tu avais le prix le jour même par Liouba (1) qui m’a téléphoné. Ehrenbourg avait par hasard tourné le bouton de la radio. As-tu reçu notre télégramme de félicitations ? Ton livre est une merveille ! Il y a longtemps que je n’avais rien lu de meilleur ! Très fort, tout au bout, la Vie privée. Il fallait te donner le prix rien que pour ça. Quelle sorte de prix est-ce donc que le prix Goncourt ? (…) Écris-moi, de grâce, en détail, et, si tu peux, envoie-moi les journaux. Ça m’intéresse bien de voir l’allure que tout cela avait. Merci pour les cadeaux. Mais en aucun cas ne m’envoyez plus rien. Genia et moi sommes parfumées et Vassia tout entier en cravate neuve. (…) Ne manquez pas de m’écrire ce dont vous avez le plus besoin : des bas ? des chaussettes ? du savon ? du sucre ? encore quelque chose ? du café ? du thé ? (…) Votre Lili »
« Le 3 juillet (1945), Ma petite Lili, Vassia, Genia, Nadia, j’ai reçu hier vos lettres, le caviar, les cadeaux et le même jour m’est tombé du ciel le prix Goncourt ! J’ai eu le prix pour mon dernier livre le Premier Accroc. Dès hier je t’ai envoyé par l’intermédiaire du journal un télégramme. Toute la journée j’ai été photographiée, “interviewée” et j’ai dû parler à la radio. Et si par hasard vous m’aviez entendue ?
Aujourd’hui, dans tous les journaux sans exception, il y a en première page ma tronche (...) ! Hier soir nos amis les plus chers sont venus dîner, nous avons mangé tout le caviar avec un enthousiasme unanime et d’autant plus qu’actuellement on a tellement serré la vis aux restaurants que ce n’est pas bien gras ! Aragocha a même cessé de parler tellement il est content, moi aussi bien entendu je suis contente, d’autant plus que cela est très utile pour nous et qu’il y a tant d’amis qui se réjouissent avec nous. (…) ELSA »
René Char et Albert Camus (à droite) ont partagé une amitié de 15 ans, douce comme les promenades baignées de lumière que les deux hommes partageaient dans la campagne du Luberon, cette terre où « des flots de silence rebondissent sur la campagne »
Baignée des lumières du Midi, l’amitié entre le poète René Char et le romancier Albert Camus s’est nourrie d’une correspondance affectueuse et dense, d’une sincérité désarmante, interrompue seulement par la mort brutale de Camus, le 4 janvier 1960.
Ce fut, depuis le frémissement des premiers mots échangés, une amitié incandescente, d’une rare intensité, sans brouilles ni rancunes, sans ombre aucune. La « fraternité profonde » unissant Albert Camus et René Char s’est forgée au sortir de la guerre, quand le premier, qui dirigeait alors la collection « Espoir » chez Gallimard, publia en 1946 les Feuillets d’Hypnos, bouleversants fragments rapportés du maquis des Basses-Alpes par le poète, engagé dans l’Armée secrète sous le nom de capitaine Alexandre.
Sans se connaître encore, les deux hommes s’estiment : la complicité née de la Résistance les porte l’un vers l’autre ; avant-guerre, Char vilipendait avec les surréalistes l’exposition coloniale, quand Camus s’indignait dans les colonnes d’ Alger républicain de la condition faite aux indigènes ; tous deux se tiennent « sur la corde raide, glissant sur la lame de l’épée », quand l’époque, pensent-ils, est à la démesure.
Leur rencontre a la force d’une évidence, la clarté d’une certitude. Elle apaise la blessure laissée par la perte de deux frères d’armes, poètes eux aussi : René Leynaud, fusillé par les nazis, dont Camus confie qu’il lui « manque obscurément » ; Roger Bernard, exécuté à Céreste sous les yeux de Char, qui, à la Libération avait fait publier de lui un recueil sous le titre Ma faim noire déjà.
Dans la clandestinité, l’Étranger était tombé entre les mains de Char. Il n’y avait guère prêté attention. Il devait s’en expliquer bien plus tard dans Naissance et jour levant d’une amitié, des réminiscences qui viennent clore la Postérité du soleil, publiée après la disparition de Camus : « J’avais eu peu de loisir pour le lire. Période où toute vraie lecture ne pouvait avoir lieu que dans la ligne où l’événement la fixait. J’avais parcouru le livre. Je ne peux pas dire qu’il m’avait causé une profonde impression… »
Au temps de la rencontre, Caligula suscite au contraire son « accord total » et il tiendra la Peste pour « un très grand livre » : « Les enfants vont pouvoir à nouveau grandir, les chimères respirer. (…) Notre temps a bien besoin de vous ». En écho, le romancier et dramaturge voit dans Char « le seul poète aujourd’hui qui ait osé défendre la beauté, le dire explicitement, prouver qu’on peut se battre pour elle en même temps que pour le pain quotidien ».
Premières lueurs d’une correspondance affectueuse, généreuse et dense, d’une sincérité désarmante, débordant la reconnaissance artistique et l’admiration mutuelle pour l’œuvre, interrompue seulement par la mort brutale de Camus, le 4 janvier 1960.
Dans le deuil, Char, profondément ébranlé, se retourne sur cette amitié d’une quinzaine d’années, douce comme les promenades baignées de lumière que les deux hommes partageaient dans la campagne du Luberon, cette terre où « des flots de silence rebondissent sur la campagne ». Il pleure un frère : « Un frère choisi par moi et non un frère donné par une mère aveugle. »
Leur correspondance est comme un cocon qui tient lieu de refuge à deux solitudes. D’emblée, elle se fait intime, des tracas d’intendance ou de santé jusqu’aux amours effilochées, des connivences politiques aux anciens amis qu’ils brocardent – « Lugubre Breton ! ».
Ils s’y livrent, mettent leurs cœurs à nu, se disent crûment ce qu’il leur en coûte d’écrire, de créer. Leurs mots sont empreints de solidarité et d’attention, de confiance et de chaleur, parfois lestés de l’anxieuse attente entre les retrouvailles, dans le Midi ou à Paris dont ils vilipendent les intelligences vulgaires et les « lâches complaisances ».
Cette amitié tient du paysage : celui de ces montagnes « pleines de vents cassés et d’obscure tristesse », Luberon, Alpilles, Ventoux, qui entourent la plaine de L’Isle-sur-la-Sorgue où vit Char. Là où l’été a une belle vieillesse, où les hommes sont « forts comme des chênes et sensibles comme des oiseaux », les deux écrivains ont défriché un arrière-pays commun : une terre et des êtres « aux soleils jumeaux qui prolongeaient avec plus de verdure, de coloris et d’humidité, la terre d’Algérie à laquelle il était si attaché », écrira Char, à propos de son ami.
Incarcérée en Silésie pour son opposition aux impérialismes, Rosa Luxembourg la future cofondatrice du Parti communiste allemand résiste et s’évade par l’écriture. Les lettres qu’elle envoie à sa meilleure amie sont aussi surprenantes qu’émouvantes.
Entre 1914 et 1919, c’est derrière les barreaux que Rosa Luxemburg aura passé, quasiment sans discontinuer, les dernières années de sa vie. Enfermée en Silésie dans la prison de Wronki (près de Posten, aujourd’hui Poznan), puis à Breslau (Wroclaw), la cofondatrice – avec Karl Liebknecht – du parti communiste allemand, usera de l’écriture comme d’un moyen de s’échapper pour poursuivre envers et contre tout son combat contre l’impérialisme et la guerre.
Elle y produit une extraordinaire somme d’articles, de réflexions et d’analyses, publiés souvent au nez et à la barbe de ses geôliers. Cette détermination politique intacte, elle l’associera à une activité épistolaire intense avec des proches, des amis, seules fenêtres sur le monde extérieur. Sophie (alias Sonja) Liebknecht, seconde épouse de Karl, sera l’une des principales destinataires d’échanges épistolaires émouvants et d’une extraordinaire qualité littéraire.
Avec Sonja, devenue sa meilleure amie, Rosa Luxemburg entretient, de longue date, une relation où elle sait pouvoir se confier sur tout, y compris son enthousiasme pour la beauté de la nature, des choses et des êtres, son goût si exigeant des textes. Les affinités de Soniouchka, la Russe, et de Rosa, issue d’une famille juive de Silésie, passent par les territoires polonais, sous contrôle des empires russe puis allemand.
Des missives de Sonja Liebknecht déclenchent une réaction intense chez Rosa Luxemburg dont il ne reste malheureusement aucune trace aujourd’hui. Ce qui nous a obligés à procéder à sens unique, en laissant deviner derrière les mots de la révolutionnaire allemande la personnalité de Sonja Liebknecht, cette jeune historienne de l’art qui trouvera refuge en Union soviétique après l’assassinat de son mari, en janvier 1919.
Les deux femmes et leur destin tragique sont à la croisée d’un rendez-vous avec l’histoire ni manqué ni prématuré, mais assassiné, avec la complicité établie des dirigeants d’une gauche allemande déjà très recentrée, en train d’accéder au pouvoir sur les ruines du second Empire allemand (1).
L’une des deux lettres de prison adressées à Sonja, dont nous avons choisi de publier des extraits, constitue l’un des messages anti-guerre les plus forts laissés par la dirigeante internationaliste. Même s’il n’est jamais explicite. Même si le conflit mondial n’y est jamais évoqué directement.
La prisonnière savait que sa missive devait franchir le barrage de la Kommandantur (l’administration pénitentiaire), où elle aurait à subir la censure. Elle choisit donc de se projeter dans les yeux d’un buffle blessé qu’elle a vu entrer dans la cour de la prison : un sommet d’habileté littéraire, sans doute l’un des textes les plus beaux, les plus poignants contre l’horreur de la grande boucherie de 1914-1918.
Dans une précédente missive, dont nous avons sélectionné ici quelques passages, Rosa Luxemburg tente de consoler son amie, qui vient à l’évidence de lui écrire combien lui pèse l’absence de Karl (Liebknecht), emprisonné depuis mai 1916. Elle-même, affectée physiquement par la détention et surtout la trahison des dirigeants sociaux-démocrates (2), est alors d’autant plus déprimée qu’elle vient d’apprendre la mort sur le front de son jeune amant, Hans Diefenbach.
Elle qui s’est donné comme ligne de conduite de survivre en devenant attentive au moindre de ces petits détails du vivant, qu’ils prennent la forme d’un insecte, d’un oiseau, d’un nuage, d’où réussit à émerger « même en cabane », dit-elle, la splendeur du monde, conseille à sa chère Soniouchka de ne surtout pas se laisser engloutir et lui adresse un extraordinaire hymne à la vie et à l’amour.
Libérée début novembre 1918 alors que le soulèvement spartakiste bat son plein et que l’empereur Guillaume II a enfin abdiqué, elle se rend à Berlin, y prend la parole avec Karl Liebknecht. Elle se plonge sans relâche dans le lancement du journal Die Rote Fahne, le drapeau rouge du mouvement révolutionnaire.
Le dirigeant du SPD Friedrich Ebert, devenu chancelier, se rapproche alors du général Wilhelm Groener, chef de file des Corps francs, ces militaires non encore totalement démobilisés et toujours puissamment armés dont il entend se servir pour mater la révolution. L’ambiance à Berlin devient irrespirable.
« On veut créer une atmosphère de pogrom et poignarder le mouvement spartakiste avant qu’il n’ait eu la possibilité de faire connaître sa politique et ses objectifs aux masses ! » s’insurge Rosa Luxemburg. Quelques jours plus tard, le 15 janvier 1919, elle sera assommée puis criblée de balles par l’un des officiers de ces Corps francs, avant que son cadavre ne soit jeté dans un canal. Liebknecht connaît un sort analogue. Le Parti communiste allemand (KPD), qu’ils venaient ensemble de porter sur les fonts baptismaux, n’avait pas trois semaines.
Breslau, 24.11.[19]17
Ma chère petite Sonitchka,
Ô comme je vous comprends lorsque chaque belle mélodie, chaque fleur, chaque journée de printemps, chaque nuit de lune éveille en vous la nostalgie et le désir de ce qu’il y a de plus beau dans ce que le monde a à offrir. Et comme je comprends que vous soyez amoureuse “de l’amour” !
Pour moi, l’amour a été (ou est ?…) toujours plus important, plus sacré que l’objet qui l’éveille. Parce qu’il permet de voir le monde comme un conte de fées scintillant, parce qu’il fait sortir de l’être humain ce qu’il a de plus noble et de plus beau, parce qu’il rehausse ce qui est le plus commun et le plus humble et le sertit de brillants et parce qu’il permet de vivre dans l’ivresse, dans l’extase…
Mais, petite Sonitchka, vous êtes jeune et vous devez vivre encore vraiment. Il n’y a que ces quelques maudites années à passer, mais, après, tout doit changer, d’une manière ou d’une autre. Vous ne devez pas, vous n’avez pas le droit de clore d’ores et déjà la facture, c’est ridicule. Je voudrais encore vous plonger dans toute l’ivresse du bonheur de vivre et je défendrai fermement votre droit à cela. »
Breslau, 22.12.1917
Ah ! ma petite Sonia,
j’ai éprouvé ici une douleur aiguë. Dans la cour où je me promène arrivent tous les jours des véhicules militaires bondés de sacs, de vieilles vareuses de soldats et de chemises souvent tachées de sang… On les décharge ici avant de les répartir dans les cellules où les prisonnières les raccommodent, puis on les recharge sur la voiture pour les livrer à l’armée. Il y a quelques jours arriva un de ces véhicules tiré non par des chevaux, mais par des buffles (…).
Ils sont originaires de Roumanie et constituent un butin de guerre (…). Le soldat qui les accompagnait, un type brutal, se mit à les frapper (…).
Sonitchka, chez le buffle l’épaisseur du cuir est devenu proverbiale, et pourtant la peau avait éclaté. Pendant qu’on les déchargeait, celui qui saignait regardait droit devant lui avec, sur son visage sombre et ses yeux noirs et doux, un air d’enfant en pleurs. C’était exactement l’expression d’un enfant qu’on vient de punir durement et qui ne sait pour quel motif… J’étais devant lui, l’animal me regardait, les larmes coulaient de mes yeux, c’étaient ses larmes.
Oh ! mon pauvre buffle, mon pauvre frère bien-aimé, nous sommes là tous deux, aussi hébétés l’un que l’autre, et notre peine, notre impuissance, notre nostalgie font de nous un seul être (…). »
La relation entre Arthur Rimbaud et Paul Verlaine, deux des plus grands poètes de la littérature française, fut autant passionnée que tumultueuse, dans une période de l’Histoire qui ne l’était pas moins, marquée par la Commune de Paris.
Début septembre 1871. « Venez chère grande âme, on vous attend à Paris. » Arthur Rimbaud, depuis Charleville, a déjà écrit à deux reprises à Paul Verlaine. Il n’a pas 17 ans. Il lui exprime son admiration et joint à son envoi plusieurs de ses poèmes. Les Effarés, Accroupissements, le Cœur volé, les Assis… Il lui envoie une seconde lettre quelques jours après : « J’ai fait le projet de faire un grand poème et je ne peux travailler à Charleville. Je suis empêché de venir à Paris étant sans ressources. Ma mère est veuve et extrêmement dévote »…
Paul Verlaine lui a envoyé une première réponse, assez énigmatique : « J’ai comme un relent de votre lycanthropie (…) vous êtes prodigieusement armé en guerre. » La lycanthropie est l’aptitude à se transformer en loup-garou les nuits de pleine lune. Le jeune poète est déjà allé à Paris, en vagabond, du 19 avril au 3 mai. La Commune n’est pas encore tombée, mais sa chute lui inspirera les Mains de Jeanne-Marie, en hommage aux femmes de la Commune enchaînées , « Elles ont pâli, merveilleuses, au grand soleil d’amour chargé, sur le bronze des mitrailleuses à travers Paris insurgé ». De retour à Charleville, il parle à son ancien professeur Georges Izambard des colères folles qui le poussent vers « la bataille de Paris où tant de travailleurs meurent encore tandis que je vous écris »…
Paul Verlaine, qui l’appelle à venir à Paris, est son aîné de dix ans et déjà un poète reconnu. Il s’est marié quelques mois plus tôt avec Mathilde Mauté, 17 ans, d’une famille aisée et cultivée. Louise Michel est une intime, présente à la cérémonie. La jeune femme est rapidement enceinte. Verlaine est nommé au bureau de presse de la Commune où il rédige ses communiqués. C’est dans cette famille qu’arrive Rimbaud, génial mais mal dégrossi. Bien qu’il n’y reste qu’une vingtaine de jours, il est déjà devenu un sujet de conflit dans le couple dont le bébé, Georges, naît le 30 octobre. Verlaine est souvent ivre, violent. Dès la mi-novembre, la nature de ses relations avec Rimbaud, qui repart cependant quelque temps à Charleville, semble avérée.
Le 2 avril, Verlaine, qui pense avoir renoué avec Mathilde après une séparation, écrit à Rimbaud. « C’est ça, aime-moi, protège et donne confiance (…) Mais quand diable commencerons-nous ce chemin de croix, – hein ? » Réponse de Rimbaud : « Quand vous me verrez positivement manger de la merde, alors seulement vous ne trouverez plus que je coûte cher à nourrir. » Verlaine : « Ne jamais te croire lâché par moi. » En mai, il prépare son retour à Paris : « Dès ton retour m’empoigner de suite. » Il écrit « prudences ! » avant de lui donner des conseils, « faire en sorte, au moins quelque temps d’être moins terrible d’aspect qu’avant : linge, cirage, peignage, petites mines »…
Il espère apaiser le climat avec sa femme. Mais quelques jours après son retour, Mathilde comprend, le couple éclate de nouveau. Début juillet, les deux poètes partent ensemble. En septembre, ils sont à Londres où ils retrouvent les communards en exil. Ils se séparent à deux reprises, Rimbaud retournant en France, mais leur relation reste au beau. Verlaine, le 18 mai : « Frérot, j’ai bien des choses à te dire (…) tu seras content de ta vieille truie (…) je suis ton old cunt ever open ou opened, je n’ai pas là mes verbes irréguliers. » C’est cru. On peut au choix traduire cunt par con, chatte, salope…
Mais en juillet, le ton change. Verlaine veut retrouver Mathilde et leur fils. « Tu dois au fond comprendre, enfin, qu’il me fallait absolument partir, que cette vie violente et toute de scènes sans motif que ta fantaisie ne pouvait m’aller foutre plus. Seulement, comme je t’aimais intensément (Honni soit qui mal y pense), je tiens aussi à te confirmer que si d’ici à trois jours je ne suis pas avec ma femme, dans des conditions parfaites, je me brûle la gueule (…) nous ne nous reverrons plus en tout cas. » Rimbaud, qui lui a envoyé une lettre presque en même temps, lui demande à l’évidence d’oublier une scène – « Oui, c’est moi qui ai eu tort. » À la réception, le lendemain, de la lettre de rupture, il ironise : « Quant à claquer je te connais, tu vas donc, en attendant ta femme et ta mort te démener, errer, ennuyer des gens (…) crois-tu que ta vie sera plus agréable avec d’autres que moi : Réfléchis-y ! - Ah ! Certes non ! »
Le 7 juillet, il lui écrit encore. « Sois sûr de moi, j’aurai très bon caractère. À toi. Je t’attends. Rimb. » Trois jours plus tard, à Bruxelles, c’est Verlaine qui tire sur lui et le blesse. Il sera condamné à deux ans de prison pour son acte et pour pédérastie, quand bien même Rimbaud a retiré sa plainte.
À sa sortie de prison, en janvier 1875, il revoit brièvement Rimbaud qui lui aurait alors remis le manuscrit des Illuminations. En décembre de la même année, il lui adresse une longue lettre qui sera la dernière : « Je te voudrais tant éclairé, réfléchissant. Ce m’est un si grand chagrin de te voir en des voies idiotes, toi si intelligent »…
Au Harar, le patron de l’entreprise où Rimbaud travaille à partir de 1880 a eu vent de qui était son employé. Quand il l’interroge sur sa vie parisienne, il répond : « J’ai assez connu ces oiseaux-là. » Il écrit à sa mère qu’il voudrait gagner assez d’argent pour rentrer au pays et trouver une gentille fille qui voudrait bien l’épouser. Il meurt de la gangrène à Marseille, le 10 novembre 1891. Il a dit à sa sœur Isabelle, qui est venue près de lui : « J’irai sous la terre et toi tu marcheras dans le soleil. » Verlaine, alcoolique, presque clochardisé, finit ses jours avec sa compagne Eugénie Krantz pour qui il écrit certains de ses poèmes les plus sensibles. Il meurt le 8 janvier 1896 avec le titre de Prince des poètes décerné par ses pairs. Son dernier poème, Mort, paraît ce même mois : « Les armes ont tu leurs ordres en attendant de vibrer à nouveau dans des mains admirables »…
« Rimbaud, 4 juillet 1873
Reviens, reviens, cher ami, seul ami, reviens. Je te jure que je serai bon. Si j’étais maussade avec toi, c’est une plaisanterie où je me suis entêté, je m’en repens plus qu’on ne peut dire. Reviens, ce sera bien oublié. Quel malheur que tu aies cru à cette plaisanterie. Voilà deux jours que je ne cesse de pleurer. Reviens. Sois courageux cher ami. Rien n’est perdu. Tu n’as qu’à refaire le voyage. Nous revivrons ici bien courageusement, patiemment. Ah je t’en supplie. C’est ton bien d’ailleurs. Reviens, tu retrouveras toutes tes affaires. J’espère que tu sais bien à présent qu’il n’y avait rien de vrai dans notre discussion. L’affreux moment ! Mais toi, quand je te faisais signe de quitter le bateau, pourquoi ne venais-tu pas ? Nous avons vécu deux ans ensemble pour arriver à cette heure-là ! Que vas-tu faire. Si tu ne veux pas revenir ici, veux-tu que j’aille te trouver où tu es ? (…) Sois courageux. Réponds-moi vite. Je ne puis rester ici plus longtemps. N’écoute que ton bon cœur. Vite, dis si je dois te rejoindre. À toi toute la vie. »
« Verlaine, mai 1872
Cher Rimbe bien gentil, je t’accuse réception du crédit sollicité et accordé, avec mille grâces, et (je suis follement heureux d’en être presque sûr) sans remise cette fois. Donc à samedi, vers 7 heures toujours n’est-ce pas ? D’ailleurs, avoir marge, et moi envoyer sous en temps opportun.
En attendant, toutes lettres martyriques chez ma mère, toutes lettres touchant les revoir, prudences, etc... chez M. L. Forain, 17, quai d’Anjou, Hôtel Lauzun, Paris, Seine (pr M. P Verlaine).
Demain, j’espère pouvoir te dire qu’enfin j’ai l’Emploi (secrétaire d’assurances).
Pas vu Gavroche hier bien que rendez-vous. Je t’écris ceci au Cluny (3 heures), en l’attendant. Nous manigançons contre quelqu’un que tu sauras de badines vinginces. Dès ton retour, pour peu que ça puisse t’amuser, auront lieu des choses tigresques. Il s’agit d’un monsieur qui n’a pas été sans influence dans tes 3 mois d’Ardennes et mes 6 mois de merde. Tu verras, quoi. »
Disparition Célèbre en Afrique du Sud dans les années 1970-1980 et égérie de la lutte contre l’apartheid, l’artiste américain, décédé mardi, à 81 ans, l'ignorait. Histoire d’un Sugar Man, Oscar du meilleur documentaire en 2013.
Star sans le savoir, icône de l’antiapartheid ignorant tout de sa popularité, le chanteur américain Sixto Rodriguez s’est éteint, mardi, à l’âge de 81 ans. Sans un improbable destin, il serait mort dans l’anonymat. Car sa carrière n’a failli durer que deux ans. Deux albums, en 1970 et 1971, formidables recueils de chansons engagées et poétiques, rythmées par sa guitare psychédélique. Mais deux échecs cuisants. Mi-décembre 1971, peu après avoir enregistré le titre Cause, dans lequel il pleure le sort d’un ouvrier qui « perd son travail deux semaines avant Noël », il est viré de sa maison de disques. Fin de carrière.
Mais pendant que Rodriguez reprend un travail dans une usine de Detroit, quelques centaines de ses disques invendus partent dans un conteneur vers l’Australie et l’Afrique du Sud. Mystérieusement, ces exemplaires passent de main en main, se copient et deviennent cultes. La légende de Sugar Man veut même qu’il ait vendu en Afrique du Sud plus de disques qu’Elvis. Là-bas, les jeunes Blancs opposés au régime de l’apartheid s’arrachent les protest songs de Rodriguez. En tête, le titre The Establishment Blues, brûlot contre l’Amérique de Nixon, son uniformisme et son information contrôlée, qui donne à ces Sud-Africains la rage et la légitimité de protester contre leur propre société. Dans ses textes, Rodriguez y raconte la pauvreté de Detroit, les injustices sociales, la brutalité policière, la solitude de l’ouvrier, le racisme. D’où l’écho puissant qui résonne à 13000 kilomètres de lui. Les chansons sociales de Rodriguez, qu’elles parlent de politique ou de drogue, comme l’emblématique Sugar Man, sont censurées. Renforçant le culte autour d’un artiste dont ils ne savaient rien, qu’ils imaginaient mort.
Dans les années 1980, Rodriguez prend conscience de son succès en Australie – au moins aussi grand puisque son premier album, Cold Fact, est quintuple disque de platine. Mais l’Afrique du Sud, coupée du monde, l’ignore. Deux fans se mettent alors en tête de le retrouver. Ils tombent sur un simple citoyen américain, modeste et touchant. Le fils d’un Mexicain immigré et d’une Amérindienne qui n’avait pas le pedigree ni les codes pour réussir. L’histoire de cette quête est immortalisée au cinéma en 2012 dans le documentaire oscarisé Sugar Man, qui le révèle définitivement au monde entier. À plus de 70 ans, Rodriguez se met alors à remplir les salles aux États-Unis, en France, au Japon. Avant que sa voix ne s’éteigne progressivement, donnant lieu à des concerts poussifs musicalement mais émouvants. Une tournée trop tardive mais lui offrant le succès que son génie de musicien et de parolier méritait.
« Ce matin ils ont osé
Ils ont osé vous assassiner
C’était un matin clair
Aussi doux que les autres
Où vous aviez envie de vivre et de chanter
Vivre était votre droit
Vous l’avez refusé
Pour que par votre sang d’autres soient libérés. »
Ce poème bouleversant est d'Annie Steiner, membre du réseau FLN d’Alger, condamné à cinq ans de réclusion et emprisonné en même temps que Iveton. Il a été écrit le soir de l'exécution de Fernand Iveton, 30 ans, et de deux camarades indépendantistes algériens condamnés à mort. C'est le 11 février 1957.
Née le 7 février 1928 à Marengo, la famille d'Annie Steiner était originaire de Florence (Italie). Le papa directeur d’hôpital. La maman enseignante. Une famille aisée qui lui permit de faire des études supérieures. Diplômée de droit, mariée à l’architecte suisse Rudolf Steiner, elle s’engage à 20 ans dans la Résistance algérienne. Européenne d’origine, elle a combattu pour l’indépendance de son pays, l’Algérie. Arrêtée en 1956, elle fera six prisons : Barberousse, Maison Carrée, Blida, la Petite Roquette à Paris, Rennes et Pau. Cette héroïne est restée d’une grande simplicité et d’une grande gentillesse. De sa cellule dans la prison de Barberousse, elle assista au supplice de Fernand Iveton, Ahmed Lakhnèche et de Mohamed Ouenouri.
Guillotiné le 11 février 1957, Fernand Iveton est le seul Européen exécuté par la justice de l’État français pendant la guerre d'Algérie. France-Soir, pour commenter son décès, le qualifiera de "tueur", et Paris-Presse de "terroriste".
Deux jours après sa décapitation, un de ses avocats, communiste algérien comme Iveton, Albert Smadja, sera arrêté et transféré au camp de Lodi afin de "faire taire ceux qui peuvent dénoncer la répression, entrer en contact avec les militants arrêtés, soutenir leurs familles, leurs proches, se mettre au travers de l'accusation dans les procès" (voir le Camp de Lodi par Nathalie Funès): il ne sera libéré que deux ans plus tard.
Plaisante justice qu'une guerre coloniale borde...
L'écrivain Joseph Andras, né en 1984, a publié en 2016 un premier roman centré sur les derniers mois de la vie de l'ouvrier et militant communiste algérien Fernand Iveton et son amour avec Hélène Ksiazek. Ce livre au si beau titre, "De nos frères blessés", est court (145 pages aux éditions Barzakh, il est aussi publié chez Actes Sud et il a obtenu le Goncourt du Premier roman) est intense, profondément émouvant, touchant des vérités politiques, humaines et littéraires. C'est comme l'écrit son éditeur à juste titre "un texte habité, un fulgurant exercice d'admiration dans les angles morts du récit national". Si le roman relate l’interrogatoire, la détention, le procès d’Iveton, il évoque également l’enfance de Fernand dans son pays, l’Algérie, et s’attarde sur sa rencontre avec sa compagne, Hélène Ksiazek, une jeune femme fille née en Pologne, rencontrée à Paris mais ayant passé sa jeunesse dans un village de la Marne, qui le suivit en Algérie. Car avant d’être le héros ou le terroriste que l’opinion publique verra en lui, Fernand fut simplement un homme, un idéaliste qui aima sa terre, sa femme, ses amis, la vie – et la liberté, qu’il espéra pour tous les frères humains.
Joseph Andras s'est beaucoup appuyé sur sa documentation sur le travail de Jean-Luc Enaudi, dans un livre préfacé par Pierre Vidal Naquet: Pour l’exemple, l’affaire Fernand Iveton : enquête (L'Harmattan, 1986).
En 2020, Hélier Cisterne a adapté ce livre au cinéma avec Vincent Lacoste et Vicky Krieps, réalisant un film poignant et intense lui aussi.
En vacances en Algérie cet été, je suis allé me recueillir sur la tombe de Fernand Iveton au cimetière Saint-Eugène de Bologhine, et sur celle de son ami communiste du quartier Clos-Salembier, Henri Maillot, tué après le combat et alors qu'il était désarmé par l'armée française quelques mois plus tôt dans le maquis, à 24 ans (Henri, arrêté vivant par les soldats du 504 BT dans son maquis: après l'avoir battu, on lui dit qu'il pouvait s'en aller, il savait qu'il n'en était rien, il marcha à reculons et hurla "Vive le Parti communiste", avant d'être abattu par une rafale... Son cadavre fut transporté en ville sur le capot d'un engin blindé, les cheveux teints au henné, de faux papiers en poche), tombe qui se trouve au magnifique cimetière chrétien d'El Madania (ex-Bru) au-dessus du quartier de Belcourt (Belouizad). J'étais avec notre camarade Aouicha Beckhti, que notre amie et camarade Christine Prunaud, ex-sénatrice communiste des Côtes d'Armor, grande amie de l'Algérie, m'a donné la chance de connaître, comme d'autres militant.e.s communistes, de gauche, féministes, de son réseau d'ami.e.s algérien.ne.s. Aouicha est une ancienne militante du PAGS (Parti communiste algérien), avocate très connue, défenseuse des droits des femmes, du progrès humain, des idéaux internationalistes et communistes, et de la laïcité, avec qui nous avons aussi rendu hommage à Juliette et Georges Acampora, décédés il y a quelques années, et dont les tombes sont également au cimetière "européen" de Saint-Eugène (Georges, qui fut capitaine des pompiers de Bab-el-Oued (également condamné à mort pendant la guerre d'Algerie même si la peine n'a pas été exécutée). Georges et Juliette Acampora furent des amis proches et des camarades de lutte d'Iveton. Avec Aouicha Bechkti nous avons été aussi devant l'ancienne prison Barberousse au dessus de la Casbah où Iveton a été guillotiné avec ses camarades de lutte algérien: Mohamed Ben Ziane Lakhnèche et Ali Ben Khiar Ouennour.
Le responsable du cimetière, fils de résistant algérien condamné à mort lui aussi, nous montra la plaque avec la photo d'Iveton et celle de ses grands-parents qu'il avait rapatrié dans son bureau.
Un témoin raconta, lors d'une cérémonie d'hommage à Fernand Iveton organisé par les communistes algériens au cimetière Saint Eugène de Bologhine:
L’objectif est un sabotage purement matériel qui a pour but de provoquer une panne d'électricité à Alger et Iveton prend des précautions afin que l'explosion n'occasionne pas de victime. Il a demandé que la bombe soit réglée pour exploser après le départ des ouvriers, en fonction de quoi un premier réglage a été prévu pour 18h30. Iveton a jugé que la marge est insuffisante, au cas où des ouvriers s’attarderaient pour des raisons imprévisibles, et il a demandé que la bombe soit réglée pour exploser à 19 h30.
Iveton est repéré par un contremaître de l'usine, Oriol, qui se méfie de lui et l'a vu entrer dans le local avec son sac de plage et en ressortir les mains vides. Oriol prévient son chef, Carrio, et ils pénètrent tous les deux dans le local désaffecté où ils entendent le bruit de la minuterie de la bombe. Iveton est arrêté à 16 h 20. La bombe est désamorcée par les militaires. Il n'y a ni dégâts, ni victimes.
Du 14 au , Fernand Iveton est torturé au commissariat central d'Alger au moyen de décharges électriques sur le corps et du supplice de l'eau. Les policiers ayant trouvé sur lui un papier (écrit par Abderrahmane Taleb) donnant des indications sur l'heure d'explosion des deux bombes veulent lui faire avouer de toute urgence les noms de ses complices — dont il ignore l'identité —, afin de retrouver la deuxième bombe. N'en pouvant plus, Iveton donne les noms de deux autres membres de son groupe, qui, informés de son arrestation, ont en principe eu le temps de prendre la fuite.
En vertu des pouvoirs spéciaux, il est jugé par un tribunal militaire et il est condamné à mort pour « tentative de destruction d'édifice à l'aide d'explosifs », le , à l'issue d'une journée d'audience. C'est le président Roynard, rouage de la machine repressive de l'Etat français, qui lui lit son acte de condamnation à mort.
Joseph Andras décrit bien l'atmosphère de haine qui a entouré ce procès "spécial" et "expéditif": l'attentat du Milk Bar de la rue d'Isly venait d'avoir lieu, les colons européens étaient sur les dents, et réclamaient la mort du "traître".
Au président du tribunal qui lui lit l'acte d'accusation et qui lui signifie qu'il encourt la peine de mort, sauf à pouvoir invoquer des circonstances atténuantes, Iveton déclare, c'est cité par Joseph Andras dans De nos frères blessés:
"Oui je suis un militant communiste. J'ai décidé cela parce que je me considérais comme algérien et que je n'étais pas insensible à la lutte que mène le peuple algérien. Il n'est pas juste, aurait-on dit, que les Français se tiennent en dehors de la lutte. J'aime la France, j'aime beaucoup la France, j'aime énormément la France, mais ce que je n'aime pas, ce sont les colonialistes. C'est pourquoi j'ai accepté."
Sifflets et exclamations dans le public. Le président lui demande s'il comptait au sein de sa cellule militante agir par tous les moyens.
Fernand Iveton répond: "Pas tous. Il y a plusieurs formes de passage à l'action. Dans l'esprit de notre groupe, il n'était pas question de détruire par tous les moyens; il n'était pas question d'attentat à la vie d'un individu. Nous étions décidés à attirer l'attention du gouvernement français sur le nombre croissant de combattants qui luttent pour qu'il y ait plus de bonheur social sur cette terre d'Algérie".
On fait état de ses liens d'amitié avec le "traître" Henri Maillot, militant communiste qui a transporté un camion d'armes volées alors qu'il était aspirant intégré dans un bataillon de l'armée française afin d'armer la rebellion. Le président lui demande s'il avait songé aux dégâts que sa bombe eût pu commettre si elle n'avait pas été découverte à temps. Iveton répond:
"Elle n'aurait fait tomber qu'une ou deux cloisons. Je n'aurais jamais accepté, même sous la contrainte, de faire une action qui puisse entraîner la mort. Je suis sincère dans mes idées politiques et je pensais que mon action pouvait prouver que tous les Européens d'Algérie ne sont pas anti-Arabes, parce qu'il y a ce fossé qui se creuse de plus en plus".
Le pourvoi d'Iveton devant le tribunal de cassation militaire est rejeté le .
N'ayant pas tué, Iveton croit à sa grâce plaidée par l'avocat communiste de la CGT Joë Nordmann (agent de liaison du PC clandestin pendant la Résistance) qui s'est joint aux avocats commis d'office, Albert Smadja (communiste également) et Charles Laînné (chrétien libéral). Mais son recours est refusé le par le président de la République, René Coty après avis défavorable du garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand et du président du Conseil, Guy Mollet, deux socialistes responsables de l'escalade répressive en Algérie. Il est guillotiné le , à 5h10, dans la cour de la prison de Barberousse à Alger par le bourreau d'Alger, Maurice Meysonnier, assisté de son fils, Fernand Meyssonnier. Le bourreau sera exécuté par le FLN par la suite. Avec lui, deux militants nationalistes, Mohamed Ben Ziane Lakhnèche et Ali Ben Khiar Ouennouri, dits « Ali Chaflala » et « P’tit Maroc », sont également décapités.
Fernand Iveton est le seul "européen" (lui se considérait avant tout "algérien") parmi les 198 prisonniers politiques guillotinés par la guerre d'Algérie. Me Albert Smadja, son avocat commis d'office, témoin de l'exécution, rapporte qu'avant de mourir Fernand Iveton déclara :
" La vie d’un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l'amitié entre Français et Algériens se ressoudera. "
Ismaël Dupont - 12 août 2023
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Colette Grégoire, dite Anna Gréki, est née le 14 mars 1931 à Batna région rurale continentale où ses parents étaient instituteurs, à 60 km de là, à Menéa, un petit village menant à l'oasis de Biskra. Son père est de gauche modéré, républicain, radical-socialiste. Ses parents sont volontaires pour aller enseigner dans les Aurès et son enfance sera éblouie par son amitié avec les Berbères des Aurès et ces paysages.
"... Aucune des maisons n'avait besoin de porte
Puisque les visages s'ouvraient dans les visages
Et les voisins épars simplement voisinaient
La nuit n'existait pas puisque l'on y dormait...
Mon enfance et les délices
Naquirent là
A Menaâ - commune mixte Arris
Et mes passions après vingt ans
Sont les fruits de leurs prédilections
Du temps où les oiseaux tombés des nids
Tombaient aussi des mains de Nedjaï
Jusqu'au fond de mes yeux chaouïa"