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23 janvier 2026 5 23 /01 /janvier /2026 20:45
L'évangile de la révolution: un excellent film sur l'influence du christianisme d'émancipation porté par la théologie de la libération dans les luttes sociales et révolutionnaires en Amérique Latine, par François Xavier Drouet
L'évangile de la révolution: un excellent film sur l'influence du christianisme d'émancipation porté par la théologie de la libération dans les luttes sociales et révolutionnaires en Amérique Latine, par François Xavier Drouet
Un grand merci à l'ACAT, au Festisol, et à la Salamandre de nous avoir fait découvrir ce jeudi 22 janvier à Morlaix "L'évangile de la révolution" en présence du réalisateur François Xavier Drouet, un film soutenu aussi bien par l'ACAT, le CCFD- Terre solidaire, que par les amis de l'Huma, et les amis du Monde Diplomatique.
Ce film d'une grande profondeur, alternant interviews et images d'archives, revisite les mouvements révolutionnaires des années 60, 70, 80, soutenus par une partie de l'Eglise, et notamment de nombreux prêtres, moines et évêques, et surtout des communautés chrétiennes de base, chrétiennes et marxistes, en Amérique latine, du Salvador au Nicaragua, en passant par le Mexique et le Brésil, là où tout a commencé. Des luttes émancipatrices contre des dictatures de droite et d'extrême-droite ardemment soutenues et armées par les États-Unis pour faire face au péril communiste et rouge dans le cadre du plan "Condor" qui s'est traduit par des dizaines de milliers d'exécutions, d'enlèvements, de tortures, d'assassinats de prêtres, de religieuses, de communautés chrétiennes pendant des messes. Il montre l'engagement de certains religieux, y compris d'origine européenne, dans les guerillas populaires pour protéger le peuple contre le terrorisme des oligarchies et de leurs dictatures. Ce film est une leçon de courage et d'humanité, il montre la force de l'unité et de l'organisation des humbles en Amérique Latine, notamment avec Lula pendant les grandes grèves de Sao Paolo qui ont fait tombé la dictature brésilienne. La théologie de la libération, violemment combattue par le pape Jean-Paul II, ardemment anti-communiste qui a réformé l'église pour marginaliser les marxistes, reposait sur l'idée que les pauvres ne sont pas objets de charité et de bonne conscience pour les riches, mais le parti pris de Dieu, et des acteurs de leur libération. Donner à celui qui a faim d'accord, mais surtout empêcher que des gens aient faim quand d'autres vivent dans l'opulence. Les chrétiens se réclamant de la théologie de la libération n'opposaient pas salut terrestre et salut céleste, ils vivaient pour que la vie humaine ait de la valeur ici et maintenant, toutes les vies, notamment celles des pauvres, reprenant le message initial des Évangiles, et son approche égalitaire. Cette affirmation est à l'origine du mouvement des sans terre au Brésil, de la lutte des indiens marxistes du Chiapas, et sans doute un des points de départ de l'altermondialisme même si la violence de la répression et de l'effort de marginalisation de la théologie de la libération au sein de l'église ont ouvert la voie au retour des régimes d'extrême-droite en Amérique Latine, appuyées sur des églises évangélistes intégrées à l'idéologie capitaliste et états-unienne. Ce film avec des images d'archive incroyables est foisonnant d'enseignements et nous donne des clefs à la fois sur la construction d'une réponse collective d'émancipation populaire, le lien entre le national, le religieux, et l'idéal révolutionnaire, et sur les raisons du reflux de l'espérance révolutionnaire. Il donne aussi la parole à des chrétiennes et des chrétiens d'une intelligence, d'une dignité et d'une force morale exceptionnelle, qui ont lutté avec le peuple et pour lui, contre le pouvoir et la morgue de l'argent et des régimes oligarchiques hérités de la colonisation, de l'esclavage, de siècles d'exploitation capitaliste.
 
Ismaël Dupont 
 
« L’Évangile de la Révolution » : sur les traces de la théologie de la libération

Du Salvador au Mexique, le documentariste François-Xavier Drouet promène sa caméra sur les traces des révolutions latino-américaines inachevées, dans lesquelles la théologie de la libération a joué un grand rôle.

Cyprien Caddeo, L'Humanité, 2 septembre 2025

Le voyage de François-Xavier Drouet tient du pèlerinage. Le documentariste français, âgé de 46 ans, arpente l’Amérique latine depuis les années 1990, mais livre ici son premier film sur ce continent marqué par de fraîches révolutions. Du Salvador au Mexique, en passant par le Brésil et le Nicaragua, il s’agit d’en restituer les traces, de constater les impasses, les échecs.

De reconnecter surtout avec une spécificité locale : la théologie de la libération. Karl Marx a beau avoir déclaré que la religion est l’opium du peuple, les soulèvements sud-américains se sont faits avec le christianisme, et en son nom.

Drouet opte donc pour une approche didactique appréciable pour ceux qui ne connaîtraient rien à ce continent politique, intellectuel et spirituel. Le documentaire alterne entre images d’archives et témoignages sur place. C’est une histoire d’enthousiasme révolutionnaire et de répression sanglante.

Au Salvador, un prêtre belge raconte ses années de maquis avec le Front Farabundo Marti de libération nationale et explique comment les guérilleros ont résolu – ou plutôt enjambé – l’équation insoluble suivante : concilier exigence de non-violence et lutte armée. À El Mozote, on exhume encore les corps des 988 paysans tués par la contre-révolution financée par les États-Unis, en 1981.

Une Église dans l’Église

Au Brésil, on convoque un vieux sermon de Helder Camara et cette phrase : « Quand je donne à manger aux pauvres, on me qualifie de saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste. » Des suiveurs du célèbre évêque témoignent de leur excommunication pour avoir poursuivi ce travail doctrinal. Au Mexique, Drouet retrouve des vétérans zapatistes du Chiapas, où perdurent les rêves d’auto-organisation.

 

Dans le sillage de la révolution cubaine de 1959 et de Vatican II, les tenants de la théologie de la libération ont formé une Église dans l’Église. Ces croyants révolutionnaires, qui se réfèrent au « Dieu des pauvres » et au message du Christ plutôt que sa traduction dévoyée par les élites pontificales, ont fâché le Vatican. Jésus n’était-il pas précisément une figure d’opposition à une puissance impériale, Rome, dont l’Église a désormais fait son siège ? C’est ce que défendent les témoins interrogés par Drouet.

’Évangile de la révolution consacre par ailleurs une longue séquence à un moment historique pour l’Amérique centrale, très largement méconnu sous nos latitudes : la visite en 1983 de Jean-Paul II au Nicaragua, alors gouverné par les révolutionnaires sandinistes.

Le souverain pontife refuse de bénir les ministres « mauvais chrétiens » et accuse tout un peuple abasourdi « d’affaiblir l’unité de l’église » en préférant la doctrine marxiste au christianisme. En partie hué, Karol Wojtyla devra prendre ses mules papales à son cou et écourter sa visite. Ce jour-là, le Saint-Siège perd une bataille, mais le documentaire nous rappelle, amer, qu’il finira par gagner la guerre.

L’Évangile de la Révolution, de François-Xavier Drouet, France-Belgique, 1 h 55

Le précieux héritage d’un christianisme de libération

Née en Amérique latine, la théologie de la libération entendait faire des pauvres et des exclus les acteurs de leur émancipation. Une lecture marxiste du message de Jésus qui s’attirera, hélas, les foudres des forces réactionnaires.

Rosa Moussaoui, 24 décembre2022

Peut-être faut-il rechercher les sources de ce profond mouvement d’émancipation parmi les premières voix qui s’élevèrent contre la traite esclavagiste. Celles, par exemple, quelques décennies avant les premières lueurs des Lumières, de deux moines capucins : le Jurassien Épiphane de Moirans et l’Aragonais Francisco José de Jaca. Dans le XVIIe siècle finissant, tous deux plaidèrent avec ferveur auprès de la cour espagnole et de la cour pontificale pour la liberté des Noirs. L’un était établi à la Martinique, l’autre à Caracas. Partout sur les rives de l’Atlantique et des Caraïbes, ils jetèrent l’anathème sur le commerce des êtres humains, soufflèrent sur les braises des révoltes, jusqu’à susciter l’ire des propriétaires d’esclaves, des gouverneurs coloniaux et de la hiérarchie ecclésiastique.

L’Église des pauvres

Au mitan du siècle dernier, c’est dans la filiation de ces religieux insurgés contre l’esclavage et les ignominies du colonialisme que s’inscrivirent les jeunes prêtres latino-américains initiés au marxisme à l’occasion de séjours d’études en Europe. Cette génération fit émerger au sein du clergé, sur ce continent défiguré par la misère, traversé par l’onde de choc de la révolution cubaine, une nouvelle élite sensible au sort des opprimés, mue par un profond désir d’égalité, de justice et de transformation sociale. Leur christianisme de libération se cristallisa lors de la deuxième conférence générale de l’épiscopat latino-américain qu’ouvrit à Medellin, le 24 août 1968, le pape Paul VI. Là surgit cette « Église des pauvres » au diapason des souffrances du peuple, prête à faire front contre les régimes autoritaires. Prête, aussi, à reconnaître la légitimité de la voie insurrectionnelle. Les fonts baptismaux de la théologie de la libération étaient posés ; celle-ci encouragera l’émergence d’une praxis pastorale donnant corps à une Église populaire aux marges des hiérarchies officielles ; elle portera des religieux vers le compagnonnage avec les mouvements révolutionnaires, jusqu’à la prise d’armes pour certains. De quoi faire écumer le Vatican comme les États-Unis, parrains de dictatures fantoches décidées à éradiquer à tout prix toute forme de subversion. La théologie de la libération paiera un lourd tribut à cette répression féroce, jusqu’au martyr pour certaines figures.

Dès 1978, l’accession de Jean-Paul II au pontificat avait engagé la hiérarchie de l’Église catholique dans cette même croisade anticommuniste : Karol Wojtyla s’est employé à réduire au silence le christianisme de libération, quitte à laisser la voie libre aux églises évangéliques. « Finalement, ils ont aidé l’oppression, remarquait le théologien brésilien Leonardo Boff dans les colonnes de l’Humanité en 2005. Si l’Église n’écoute pas le cri des opprimés, elle perd les pauvres. Et si elle perd les pauvres, peut-on dire qu’elle s’inscrit dans l’héritage de Jésus, le libérateur ? » Ce cri des opprimés, au terme d’une ère d’ostracisme et de bannissement, de représailles et de chasse aux sorcières, des prêtres et des fidèles catholiques l’accueillent encore malgré tout, du Chiapas aux barrios de Caracas, des favelas de Rio de Janeiro jusqu’aux plantations de l’Arauca en Colombie. Et ce cri dit, encore, un irrépressible désir de libération.

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