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4 septembre 2023 1 04 /09 /septembre /2023 11:09
CHILI  11 septembre 1973 - 11 septembre 2023 de la dictature à la résistance - à Brasparts, du 9 au 11 septembre 2023, projection de films
Méharées présente
C'est avec grand plaisir que Méharées organise un week-end de projections de films autour du Chili...
 
esperando que la memoria pueda fortalecer nuestra conciencia y acción !
en espérant que la mémoire puisse fortifier notre conscience et action !
 
Alain Mahé et Emanuela Nelli
pour Méharées
 
CHILI 
11 septembre 1973 - 11 septembre 2023
de la dictature à la résistance
les 9 -10- 11 septembre 2023
à la salle des fêtes de Brasparts
 
Synopsis des Films 

Mari Chi Weu - Dix Fois nous vaincrons
de Stéphane Goxe et Christophe Coello, 2001 . Production : L' Art ou Cochon - Les Films Buenaventura

En pleine résurgence des mouvements indigènes dans cette Amérique dite «latine », les Indiens Mapuches du Chili se lèvent encore pour réclamer la reconnaissance de leurs droits et pour récupérer une partie de leur territoire ancestral.
Dépossédés de leurs terres au moyen de la violence par l'État chilien, victimes d'une forte discrimination sociale et raciale, les Mapuche mènent aujourd'hui un combat direct et frontal contre les multinationales du bois, propriétaires dans le Sud du pays d'immenses territoires revendiqués par les indigènes.
Tourné au cœur des communautés en conflit, ce documentaire témoigne de la lutte d'un peuple directement menacé dans son existence par une logique économique encourageant le pillage des ressources naturelles et indifférentes aux réalités humaines.

Las piedras no se mueven solas - Seules, les pierres ne bougent pas
d’Emanuela Nelli, d'après une idée de Mauricio Araya, 2009.

Distribution : Le Monde Diplomatique (Chili); Archives du Musée de la Mémoire, Santiago du Chili
Depuis les collines de Playa Ancha (Valparaiso), des hommes et femmes nous racontent l'histoire de leur lutte frontale contre la dictature dans les années 80 jusqu’au plébiscite de 1988. Des ouvriers, des étudiants, des femmes ont vécu une jeunesse de résistance, entre rêves de liberté et répression militaire. Ils nous disent l'histoire d'une génération : mémoire vive d’une lutte toujours d’actualité.

Film Ultimo Round
d’Emanuela Nelli, 2019

Que du vivant, matière brute, poétique, enthousiasme généreux, croisement de voix, images, situations.
Une aventure entre 2005 et 2011: Valparaiso (Chili), Wallmapu (Terre Mapuche), dictature, répression, lutte, parole, danse, musique, dessin. Cependant que le groupe 'Ultimo Round' interrogeant l'amnésie chilienne, s'emploie à faire résonner les conditions contemporaines de la résistance, 'Film Ultimo Round' retrace dans la durée cette longue quête formelle au sein de laquelle, en tant qu'objet filmique, il tente lui aussi d'exister.
Avec entre autres: Monique Markowicz, Carmen Castillo, John Berger, Elicura Chihuailaf, David Aniñir.

Somos Caos - Nous sommes le chaos
de Pilù , 2020

Un ensemble de 5 documents audiovisuels réalisés à partir de mots, d’images et de sons enregistrés entre février et mars 2020 à Valparaíso et La Cruz (Chili) pendant la période de révolte sociale chilienne débutée le 18 octobre 2019
Diverses personnes nous parlent de la manipulation des médias de communication, des abus des institutions politiques et économiques, les violations des droits de l’homme et de la nature, les conditions des droits des genres et des formes d'organisation et de résistance. Seraient-elles des problématiques si lointaines?

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15 juillet 2023 6 15 /07 /juillet /2023 07:24
Romancière, traductrice, éditrice, et maître de conférence, Laura Alcoba a vécu en Argentine jusqu'à l'âge de 10 ans. Elle a publié aux éditions Gallimard "Manèges: Petite histoire argentine" (2007), "Jardin blanc", "Les passagers de l'Anna C.", "Le bleu des abeilles" (2013), et en 2023, "Les rives de la mer douce" au Mercure de France

Romancière, traductrice, éditrice, et maître de conférence, Laura Alcoba a vécu en Argentine jusqu'à l'âge de 10 ans. Elle a publié aux éditions Gallimard "Manèges: Petite histoire argentine" (2007), "Jardin blanc", "Les passagers de l'Anna C.", "Le bleu des abeilles" (2013), et en 2023, "Les rives de la mer douce" au Mercure de France

Retour sur les années noires contre la répression de la gauche argentine - Manèges, Le bleu des abeilles de Laura Alcoba - La casa de los conejos de Valeria Selinger

J'ai eu la chance de rencontrer Laura Alcoba et Valéria Selinger aux rencontres littéraires "Les échappées du livre" à Avranches.

Début juin, elles étaient toutes deux invitées également au festival de Moguériec.

Laura Alcoba s'est fait connaître avec un premier roman d'une grande beauté "Manèges", sous-titré "Petite histoire argentine" où elle nous raconte ses mois de clandestinité quand elle était enfant, à 7-8 ans, avec sa mère, militante montonera à La Plata, en 1975, sous la menace du régime et des hommes des commandos de l'AAA, la Alianza Anticomunista Argentina qui enlèvent, torturent et tuent les militants de gauche, les Montoneros, les militants de l'extrême-gauche, les communistes. Les Montoneros étaient une organisation politique argentine péroniste de gauche, influencée par le christianisme social au départ, qui dût rentrer dans la clandestinité et fut contrainte de pratiquer la lutte armée entre 1970 et 1979.

L'émotion de la remémoration est partout présente, et traitée avec beaucoup de pudeur, de grâce et de subtilité: dans les visites en prison à son père, militant montonero lui aussi, arrêté et prisonnier politique, avec qui, après une fouille humiliante qui met à nu, elle converse dans un langage des signes complice, mise en joue par les militaires qui pointent les fusils et mitraillettes sur leurs visages. Un père qui ne sortira de prison que 6 ans plus tard, en 1981. Dans le portrait de la rayonnante Diana, enceinte de Clara Anahi, qui sera vraisemblablement kidnappée par les militaires pour être adoptée après l'exécution de sa mère, si solaire et courageuse, et de son père quelques mois plus tard. Dans le rappel de la douleur des grands-parents, contraints de cacher leur petite-fille pour éviter les mouchardages des voisins. Dans la souffrance de la mère, dont le visage s'affiche dans les journaux du régime, qui la présentent comme une "ennemie publique n°1". Dans l'évocation de la relation de la petite fille avec l'Ingénieur, qui construit la cachette où elle logée l'imprimerie clandestine des Montoneros pour laquelle travaille la mère de Laura, dans la maison des Lapins, une planque de la périphérie de la Plata, cet Ingénieur qui sera à l'origine de l'extermination du groupe de militants montoneros de "La Casa de los conejos", soit qu'il l'ait infiltré, soit qu'il ait été torturé et l'ait "donné", l'interprétation que retient le magnifique film inspiré de "Manèges" de Valeria Selinger, elle même, comme Laura Alcoba, née en Argentine (où ses parents étaient des militants des Jeunesses communistes) et vivant à Paris, "La Casa de los conejos", réalisé en 2020. 

"Manèges" se lit d'une traite, en quelques heures: il nous replonge dans la noirceur des années de plomb latino-américaines où les Américains, Kissinger et Nixon au premier chef, la CIA, ont organisé l'opération CONDOR pour financer tous les mouvements violents d'extrême-droite qui pourraient lutter contre la contagion communiste en Amérique du sud, dans leur chasse gardée, après la révolution cubaine, transformant le Chili, l'Argentine, la Bolivie, le Paraguay, le Brésil, l'Uruguay, en lieu de chasse ouverte à l'encontre des militants progressistes et marxistes et en enfer carcéral. En Argentine, il y eu au moins 10 000 victimes et disparus de la dictature de Videla et des répressions anticommunistes et progressistes qui l'ont précédée du temps d'Isabel Peron. Au Chili, le coup d'Etat de Pinochet et l'affreuse répression qui s'ensuivit fit au moins 6000 victimes. 

Dans Le bleu des abeilles, au titre inspiré d'une lecture commune de la jeune fille de dix ans, exilée au Blanc-Mesnil, et de son père - La Vie des abeilles de Maurice Maeterlinck - Laura Alcoba, aujourd'hui auteure de plus de 5 romans, traductrice de romancières argentines (notamment le très beau "Les Vilaines" de Camila Sosa Villada, ou encore Selva Almada: "Sous la grande roue", "Après l'orage"), maître de conférence, nous raconte dans un superbe récit progressant par petites touches et anecdotes évocatrices  son arrivée en France, plusieurs mois après l'exil de sa mère, sa relation épistolaire à son père, encore en prison, et son adaptation à l'exil, à la banlieue parisienne, et à l'école primaire Jacques-Decour, ainsi que sa découverte émerveillée et merveilleuse de la langue française. 

On ne saurait trop recommander la lecture des romans de Laura Alcoba et le film de Valéria Selinger, par ailleurs autrice de documentaires sociaux, "La Maison des lapins" (ou "Casa de los conejos"), adaptant "Manèges", qui fut un immense succès en Argentine, plusieurs fois réimprimé, avec une jeune actrice magnifique, un merveilleux film sur l'enfance, la résistance, avec la peur en  toile de fond, et en bande originale la très belle musique du frère de Diana, tuée le 24 novembre 1976 avec 8 militants montoneros dans la "Casa de los conejos" accueillant l'imprimerie du journal des montoneros attaquée par l'armée au mortier.

Ismaël Dupont

Genre : DramePays d'origine : Argentine, France, EspagneDurée : 1 h 34 minRéalisateur : Valeria SelingerScénariste : Valeria SelingerProducteurs : Oscar Marcos Azar, Luis Ángel Bellaba, Arnaud Boland, Cathy Coopman, Carlos Martínez, Susana Rizzuti, Valeria Selinger  Synopsis : Laura n’a que huit ans mais elle sait déjà que pour survivre elle doit se taire. Même ses grands-parents doivent ignorer son nouveau nom et l’adresse de l’élevage de lapins qui sert de couverture à l’imprimerie clandestine où elle se cache avec sa mère et d’autres militants qui luttent contre la dictature et tentent d’échapper aux escadrons de la mort qui les recherchent.

Genre : DramePays d'origine : Argentine, France, EspagneDurée : 1 h 34 minRéalisateur : Valeria SelingerScénariste : Valeria SelingerProducteurs : Oscar Marcos Azar, Luis Ángel Bellaba, Arnaud Boland, Cathy Coopman, Carlos Martínez, Susana Rizzuti, Valeria Selinger Synopsis : Laura n’a que huit ans mais elle sait déjà que pour survivre elle doit se taire. Même ses grands-parents doivent ignorer son nouveau nom et l’adresse de l’élevage de lapins qui sert de couverture à l’imprimerie clandestine où elle se cache avec sa mère et d’autres militants qui luttent contre la dictature et tentent d’échapper aux escadrons de la mort qui les recherchent.

Retour sur les années noires contre la répression de la gauche argentine - Manèges, Le bleu des abeilles de Laura Alcoba - La casa de los conejos de Valeria Selinger
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23 juin 2023 5 23 /06 /juin /2023 05:17
René Vautier dans le Finistère - Le témoignage de Piero Rainero
René Vautier, le porteur de drapeau à droite, en 1945. Le scout de Quimper a effectué de nombreuses "missions", l'année où il préparait son bac: c'était lui qui représentait le clan des Eclaireurs lors des cérémonies officielles (collection René Vautier - repris par Philippe Chapleau et l'équipe du livre "Des enfants dans la Résistance", Ouest-France)

René Vautier, le porteur de drapeau à droite, en 1945. Le scout de Quimper a effectué de nombreuses "missions", l'année où il préparait son bac: c'était lui qui représentait le clan des Eclaireurs lors des cérémonies officielles (collection René Vautier - repris par Philippe Chapleau et l'équipe du livre "Des enfants dans la Résistance", Ouest-France)

Beaucoup de choses sont dites et écrites concernant les rapports du cinéaste anticolonialiste René Vautier avec le Parti Communiste Français. Je veux donner mon témoignage portant sur plus de 40 ans de rencontres, d’échanges, d’amitié.

Je fis la connaissance de René Vautier en 1972, alors que j’étais l’un des responsables des Jeunesses communistes du Finistère. Il nous avait sollicités pour apporter notre soutien à la diffusion de son film « Avoir 20 ans dans les Aurès » qui venait de sortir et déclenchait la colère de ceux qui n’avaient pas accepté l’indépendance algérienne.

Ce film, qui reçut le prestigieux Prix de la Critique Internationale du Cinéma à Cannes, était l'objet de manifestations violentes de la part de nostalgiques des guerres coloniales.

Les JC participèrent avec enthousiasme, avec le concours de militants de la JOC, à sa popularisation.

Le 1er janvier 1973, René Vautier engagea une grève de la faim dans les locaux de l'UPCB (Union de Production Cinématographique de Bretagne) qu'il avait créée et dont le siège était situé à Plomelin près de Quimper dans le Finistère.

Il voulait ainsi protester contre la censure dont était l'objet le film documentaire de son ami Jacques Panigel, « Octobre à Paris », qui témoignait du massacre des Algériens le 17 octobre 1961 à Paris par la police agissant sous les ordres du Préfet Maurice Papon ; plus de 300 morts et disparus selon le FLN.

Dès le 2 janvier il téléphona au siège de la fédération du PCF du Sud-Finistère à Quimper pour me faire part de sa décision, et de sa détermination, me demandant d'en informer Roland Leroy, alors responsable de la politique culturelle à la direction nationale du PCF.

Le jour même, j'avertis le secrétaire de la fédération communiste du Sud-Finistère, Paul le Gall, qui prit aussitôt contact  avec Roland Leroy.

Roland Leroy nous demanda de faire savoir à René qu'il avait le plein soutien du PCF dans sa dénonciation de la censure, et de lui transmettre ses amitiés.

Il souhaitait aussi que nous assurions  un contact amical permanent avec lui.

Ce contact fut établi par Jean-François Hamon, alors secrétaire de la section de Quimper du PCF et moi-même. C'est ainsi que nous nous rendîmes le jour même à Plomelin pour assurer René Vautier du soutien et de l'amitié des communistes.

Il apprécia particulièrement cette démarche, nous disant : « Je sais que je peux compter sur le parti ». 

Plusieurs fois par semaine, tout au long de sa grève de la faim, Jean-François et moi allèrent donc le rencontrer. Nos échanges étaient parfois brefs, il était souvent entouré de beaucoup de monde, mais il arrivait que nous puissions, lorsqu'il était seul, parler plus longtemps ensemble ; de cinéma, de ses films, de la censure, de son passé de jeune lycéen résistant à Quimper, de son soutien à la résistance algérienne, « avec des  copains du coin comme Michel Mazéas »

Michel Mazéas, élu maire de Douarnenez en 1971, me raconta plus tard qu'il recevait à l’époque de la guerre d’Algérie des lettres sur lesquelles étaient dessinées des cercueils portant son nom. Si ces missives étaient courageusement anonymes, leur contenu signait l'identité de leurs auteurs : l'extrême-droite et les terroristes de l'OAS.

 

René aimait aussi à évoquer la projection mouvementée en décembre 1950, « en première mondiale » , de son film anticolonialiste « Afrique 50 » au gymnase municipal de Quimper rue Jean Jaurès, dans une salle archi-comble, avec le concours de plusieurs organisations de jeunesse  - JC, JOC, Scouts de France - sous la protection des militants communistes. « On avait prévu une seule projection mais comme la salle était trop petite pour accueillir tout le monde on en fit 2 dans la même soirée » rapportait-il. Il nous apprit aussi que le commentaire du film devait être porté par le grand comédien Gérard Philippe mais que des contraintes de tournage ne lui permirent pas d' y participer .

« Afrique 50 », réalisé sur commande de la Ligue Française de l'Enseignement, qui prit ensuite ses distances, avait été, dès sa sortie,  interdit de diffusion en France et valut à son réalisateur d'être condamné à 1 an de prison. Le ministre de la France d’Outremer était alors François Mitterrand.

Le film n'obtint son visa de distribution qu'en 1996.

J'ai entendu par la suite plusieurs communistes quimpérois, Jean le Berre, Louise Tymen, Étienne Perchec, qui avaient participé à cette « première mondiale », raconter le déferlement de violence ce soir-là d’une poignée de parachutistes de la caserne de la ville qui voulaient empêcher la diffusion du film.

Mais force était restée à la démocratie et à la liberté d'information.

Nos visites à René se faisaient d'abord dans les locaux de l'UPCB à Plomelin puis au siège d'une association d'artisans à Quimper, située rue de la Fontaine, où il avait souhaité poursuivre son mouvement.

Parmi les proches qui l'entouraient il y avait Nicole et Félix le Garrec, très attentionnés, ainsi que son frère Jean avec qui Jean-François et moi eurent plusieurs échanges.

Alors que les jours passaient nous constations combien son organisme s'affaiblissait, il s'amaigrissait, il nous dit un jour souffrir de crampes à l'estomac, mais il restait toujours déterminé, allongé sur un lit de camp, des bouteilles d'eau posées près de lui. Son état était tel que Nicole et Félix le Garrec voulaient le faire hospitaliser.

Paul le Gall informa Roland Leroy de sa santé qui se dégradait.

Roland lui dit alors son inquiétude car il connaissait  bien René Vautier, son courage et sa détermination : « René a encore trop de choses à créer, il ne doit pas se laisser partir, le monde de la culture et du cinéma ont besoin d'un homme de cette qualité. » 

Jean-François et moi en firent part dans la journée à René, Jean Vautier était présent. Il y fut très sensible et nous dit: « Ces gens là ne me feront pas crever, je vais gagner»

Quelques jours plus tard, le Ministre de la culture, Jacques Duhamel, dans un courrier au député de Quimper, Marc Bécam, écrivit que « les critères politiques n'entreraient plus en ligne de compte dans les décisions de la commission de contrôle du cinéma. »

René Vautier arrêta alors sa grève de la faim , elle avait duré 31 jours, et « Octobre à Paris » obtint peu après son visa d'exploitation.

René fut accueilli, au terme de cette épreuve, chez des amis dans une villa proche de Quimper, au bord de la mer à l'Ile-Tudy, où nous lui rendions visite, et où il reprit très rapidement des forces.

A partir de cet évènement nos relations devinrent plus fréquentes et des liens d'amitiés se nouèrent entre nous.

J’ai toujours les lettres qu'il m'adressait alors.

René répondait toujours présent à nos sollicitations, pour un débat, une conférence, une projection, un appel, une pétition à signer où à écrire, un conseil, une demande d'information.

En décembre 1979 avec 6 autres militants communistes je fus traduit devant le tribunal  de Quimper, pour avoir avec de nombreux amis stoppé des trains afin de défendre les lignes et gares de proximité de Bretagne sud. Nous étions poursuivis au titre d'une loi de 1942 édictée pour réprimer les résistants.

René Vautier fut l'un des témoins cités par les avocats de la défense, Roland Weyl et Claude Larzul.

Il déclara sa surprise de voir traîner devant un tribunal en application d'une loi de Pétain, « un collabo condamné à mort », des jeunes qui avaient manifesté pacifiquement dans une gare alors que ses amis résistants avaient été décorés pour avoir fait sauter des trains ! Il ponctua son propos, tourné vers nous, en disant : « vous devriez être remerciés et félicités », provoquant l'ire du Procureur de la République.

Il fut également le président de mon comité de soutien lorsque je fus candidat aux élections législatives en 1988 et en 1993 dans la 1ère circonscription du Finistère.

Quelques années plus tard, alors que j’étais engagé dans des missions de solidarité aux côtés du peuple palestinien, en Israël, au Liban et en Palestine occupée, il avait évoqué le projet d'un film sur la situation dans les camps de réfugiés. Il était enthousiasmé par cette idée. Mais sa santé ne lui permit pas de la réaliser.

René Vautier s'est éteint le 4 janvier 2015 à Cancale des suites d'une maladie implacable. Il me fut demandé de prononcer une allocution lors de ses obsèques, le 8 janvier, à la Maison Funéraire de Saint-Malo. Un témoignage d'amitié de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, empêché d'être présent, fut lu lors de la cérémonie. L'Ambassadeur de la République Algérienne en France M. Amar Bendjama lut des messages du Président Abdelaziz Bouteflika ainsi que du Ministre des Moudjahidines, M. Tayeb Zitouni.

Un hommage fut rendu à René Vautier par la direction nationale du PCF, place du Colonel Fabien à Paris, les 25 et 26 mars 2016 avec la participation de l'historien Alain Ruscio, de Jean Salem (le fils d'Henri Alleg), de Dominique Noguères de la LDH, de plusieurs cinéastes. Je fus invité à témoigner lors de cet hommage sur le parcours en Bretagne de René Vautier.

René Vautier, avant d’être le cinéaste mondialement connu, avait été un jeune élève du Lycée la Tour d'Auvergne à Quimper, résistant à 15 ans.

Il avait participé, dès décembre 1940, avec son groupe des Éclaireurs de France à de nombreux actes de résistance aux nazis et à leurs collaborateurs : aide à l'évasion d'aviateurs tombés dans la région, sabotages (rail, lignes téléphoniques et électriques...), renseignements divers (notamment sur la localisation précise des blockhaus du mur de l'Atlantique).

La ville de Quimper, pour rendre hommage à ces jeunes résistants, dont René et son frère aîné Jean, a érigé  en 2008 une stèle à proximité du lieu où ils avaient étudié.

À noter que le Clan des Éclaireurs de Quimper est la seule unité scout à avoir été décorée de la Croix de guerre.

En octobre 2011 René Vautier avait fait don aux archives de la ville de Quimper de divers documents cinématographiques dont l'un de ses films : « Et le mot frère, et le mot camarade » inspiré d'un poème de Paul Eluard.

 

Piero Rainero.

22 / 06 / 2023

 

Lire aussi:

Un témoignage exceptionnel de René Vautier: une enfance héroïque - avoir 13-16 ans dans la Résistance à Quimper (Des enfants dans la Résistance, Philippe Chapleau, Ouest-France)

Disparition de René Vautier, cinéaste militant communiste et anti-colonialiste: article du Monde

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

 

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19 avril 2023 3 19 /04 /avril /2023 13:51
Jeudi 27 avril - "Maîtres" de Swen de Pauw - Ciné-débat à la Salamandre sur un film portant sur le droit et la justice vis-à-vis du séjour des étrangers
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19 avril 2023 3 19 /04 /avril /2023 13:49
Il nous reste la colère - Projection à Carhaix mardi 25 avril d'un film documentaire sur la lutte des salariés de Ford à Blanquefort en présence de Philippe Poutou
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5 avril 2023 3 05 /04 /avril /2023 07:08
Nouvelle série de projections de La Sociale dans le pays de Morlaix et Saint-Pol-de-Léon
Nouvelle série de projections de La Sociale dans le pays de Morlaix et Saint-Pol-de-Léon

Après les 5 premières projections qui avaient réuni 200 personnes et permis de récolter 2450 euros pour les caisses de solidarité vis à vis des grévistes, le collectif retraites du pays de Morlaix organise trois autres projections a Plouigneau, Roscoff, Locquenole la semaine prochaine. Venez nombreux voir "La Sociale" et débattre autour de ce film militant de Gilles Perret sur l'origine de la Sécurité sociale et du système de retraite par répartition, créés et mis en oeuvre par la CGT et Ambroise Croizat, ministre communiste du travail, dans la continuité du programme du conseil national de la résistance: " Les jours heureux".

Plouigneau - le mardi 4 avril - Salle de la médiathèque, 20h

Roscoff - le vendredi 7 avril - Espace Mathurin Méheut, 20h

Locquénolé - mardi 11 avril - Salle du Préau, 20h

Article Le Télégramme

Article Le Télégramme

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16 mars 2023 4 16 /03 /mars /2023 06:22
Bataille contre la contre-réforme des retraites: projection de "La Sociale", le film de Gilles Perret, dans le Pays de Morlaix du 13 mars au 17 mars (Collectif Retraites du Pays de Morlaix)
Bataille contre la contre-réforme des retraites: projection de "La Sociale", le film de Gilles Perret, dans le Pays de Morlaix du 13 mars au 17 mars (Collectif Retraites du Pays de Morlaix)

Collectif retraites Pays de Morlaix : projections du film de Gilles Perret « La Sociale »

 

Un collectif retraites s’est créé il y a deux mois sur le pays de Morlaix. Il regroupe de nombreuses organisations (PCF ; PS ; EELV ; FI ; NPA ; Ensemble ! ; Gauche indépendantiste bretonne; Génération.s, UDB ; LRDG ; Comité de Chômeurs ; LDH ), des Militants syndicaux et citoyens, des militants associatifs et citoyens.

 

Dans le cadre du soutien au mouvement social contre la réforme des retraites, ce collectif  organise 5 projections du film de Gilles Perret "La Sociale" (qui porte notamment sur le ministre Ambroise Croizat et la création de la Sécurité Sociale et du système des retraites quasi universel par répartition basé sur la cotisation sociale) la semaine prochaine dans le Pays de Morlaix.

  • Morlaix, lundi 13 mars - Salle Ange de Guernisac Mairie, 20h*

* A noter que l'intersyndicale des personnels de l'éducation nationale du pays de Morlaix organise aussi une projection publique de "La Sociale" dans l'amphithéâtre du Collège du Château le lundi 13 mars à 19h30 à destination des personnels de l'éducation nationale le lundi 13 mars.

 

  • Plourin-les-Morlaix, mardi 14 mars, Salle du Cheval Blanc, 20h

 

  • Lanmeur, mercredi 15 mars, Salle Steredenn, 20h

 

  • Pleyber-Christ, Jeudi 16 mars, Salle Angela Duval,20h
  • Plounéour-Menez, Vendredi 17 mars, salle Municipale, 20h

 

Au final, ce sera 5 projections la semaine prochaine telles qu'indiquées sur le flyer.

Toutes ont lieu à 20h.

Le rendez-vous pour ceux qui veulent donner le coup de main est à 19 h.

Entré libre - Il sera possible de faire des dons aux caisses de grève des syndicats.

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5 mars 2023 7 05 /03 /mars /2023 08:15
Ciné-débat sur l'occupation coloniale de la Palestine autour de "Piège de Huda" avec Lana Sadecq samedi 4 mars à La Salamandre (organisé par l'AFPS)
Ciné-débat sur l'occupation coloniale de la Palestine autour de "Piège de Huda" avec Lana Sadecq samedi 4 mars à La Salamandre (organisé par l'AFPS)
Ciné-débat sur l'occupation coloniale de la Palestine autour de "Piège de Huda" avec Lana Sadecq samedi 4 mars à La Salamandre (organisé par l'AFPS)
Ciné-débat sur l'occupation coloniale de la Palestine autour de "Piège de Huda" avec Lana Sadecq samedi 4 mars à La Salamandre (organisé par l'AFPS)
 
C'était ce samedi 4 mars 2023 à la Salamandre, organisé par l'AFPS, Cine-débat autour du film palestinien de Hany Abu-Assad " Le Piège de Huda", sur l'oppression des femmes et la "sale" fabrique des indicateurs par les forces de renseignement israéliennes au sein de l'occupation de la Palestine et dans le contexte de l'enfermement des Palestiniens, à partir d'un film très beau et très dur, servi par d'excellents acteurs et une mise en scène angoissante qui fait ressentir la pesanteur de chaque minute, notamment avec des scènes d'interrogatoire, et de huis-clos domestique ou policier. Le film a été ensuite brillamment commenté par les camarades de l'AFPS et la militante palestinienne de la solidarité Lana Sadecq, venue de Paris.
 
Commentaire de l'AFPS Pays de Morlaix: Pays De Morlaix Afps
"Très belle soirée cinématographique avec « Le piège de Huda » de Hani Abu-Assad. Un film intense, bouleversant et oppressant pour les 80 personnes présentes au rendez-vous proposé par l’AFPS du Pays de Morlaix avec la militante palestinienne Lana Sadeq du Forum Palestine Citoyenneté.
Lana a magistralement introduit le débat sur les méthodes de l'occupation israélienne et de la résistance palestinienne à cette occupation. Mais aussi, sur le double combat que les femmes doivent mener de front, contre l’occupation coloniale d’une part et contre le système de domination patriarcale préexistant dans la société palestinienne d’autre part.
Un échange riche et indispensable pour faire le lien avec la violence barbare que l’apartheid israélien impose aujourd’hui aux femmes et aux hommes de Palestine.
Une soirée réussie dont on peut penser qu’elle aidera localement à renforcer la solidarité avec la résistance de toute une société contre la colonisation et l’occupation."
 
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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 06:47
Samedi 4 Mars: Ciné-débat organisé à la Salamandre avec l'AFPS autour du film palestinien "Le piège de Huda" de Hany Abu-Assad

SAMEDI 4 MARS A LA SALAMANDRE (SEW)

Réservez votre soirée dés maintenant ! Un thriller pour parler des méthodes de l'occupation israélienne en Palestine, de la résistance palestinienne à cette occupation et de la place des femmes dans la société palestinienne sous occupation coloniale... Venez en discuter avec notre invitée, militante palestinienne Lana Sadeq du Forum Palestine Citoyenneté et rencontrer les adhérent.e.s de l'AFPS du Pays de Morlaix.

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12 février 2023 7 12 /02 /février /2023 08:46
Carlos Saura est décédé cette semaine. L'actualité politique d'un pays au bord de l'implosion a invisibilisé la disparition de ce grand cinéaste, rebelle contre la dictature franquiste.
Il aura marqué plusieurs générations de cinéphiles et de militants.
Carlos Saura, mort d’un maître du cinéma espagnol.
 
Disparition de Carlos Saura
Il devait recevoir, samedi, un Goya d’honneur, l’équivalent de nos César, pour l’ensemble de son œuvre. Il est mort vendredi 10 février. Il venait d’avoir 91 ans.
 
Vendredi 10 Février 2023
Marie-José Sirach - L'Humanité
Évoquer la disparition de Carlos Saura, c’est rembobiner le fil de l’histoire de l’Espagne de la deuxième moitié du vingtième siècle. Saura a filmé sous la dictature franquiste, rusant, déjouant les ciseaux de la censure franquiste. Ces films ont révélé au monde entier, par des figures allégoriques, la brutalité du système franquiste. Si parfois on y trouve l’influence du néo-réalisme italien, son cinéma était singulier, identifiable par sa liberté et ses audaces. A la mort de Franco, son cinéma emprunte d’autres chemins. Épris de musique et de danse, d’arts plastiques - il était un grand photographe - il réalisera plusieurs films sur le flamenco, le tango, le fado, sur des peintres aussi.
Carlos Saura est né le 4 janvier 1932 dans une famille bourgeoise, libérale et catholique. Il suit des études de cinéma et obtient, en 1957, son diplôme de réalisateur. Dès lors, il ne va jamais cesser de tourner, une cinquantaine de films au total depuis son premier long-métrage “los Golfos” ( “les Voyous”, 1960) jusqu’à son dernier, sorti en salle en Espagne cette semaine, “las Paredes hablan” ( “les Murs parlent”) sur l’histoire de l’art.
Carlos Saura va filmer les bas-fonds madrilènes, suivre l’itinéraire d’enfants pas gâtés, des petites frappes qui traînent leur âme en peine dans un Madrid en constante mutation. Dans “los Golfos” (1960), et “Stress es tres”(1968) jusqu’à “Deprisa deprisa” ( “Vivre vite”, 1981), il brosse le portrait d’une jeunesse désoeuvrée, sans espoir, qui étouffe dans une société régit par l’ordre et l’Eglise. Jamais à court d’inspiration, Saura s’essaie aussi au drame psychologique et met à nu, derrière la façade d’une vie bien rangée, une bourgeoisie décadente ( “la Madriguera”,1969; “la Cousine Angélique”, 1973). Sa trilogie - “Ana et les loups” (1972), “Cria Cuervos” (1976) (1) et “Maman a 100 ans” (1979), auquel il conviendrait d’ajouter “la Chasse” (1966), et il serait plus juste de parler amors de quatuor, provoque une onde de choc tant ces films révèlent la cruauté du fascisme à l’oeuvre jusque dans l’intimité familiale et dans le monde de l’enfance.
En mission politique contre Franco
Avec sa trilogie consacrée au flamenco, “Noces de sang” (1981), “Carmen” (1983) et “l’Amour sorcier” (1986), son cinéma prend un autre chemin. Interrogé dans nos colonnes lors de la sortie de “Fado” (2009), à la question: “Vous avez été le cinéaste de l’anti franquisme mais pas du post-franquisme. êtes-vous d’accord avec cette idée?”, il m’avait répondu: “Tout à fait. Ma “mission politique s’est achevée à la mort de Franco”.
Carlos Saura a filmé la terre d’Espagne avec passion, des paysages arides parsemés de chênes lièges faméliques, des routes poussiéreuses désertes mais aussi des hommes et des femmes au visage brûlé par le soleil, d’autres aux allures militaires, le corps raide, le regard vide qui vont et viennent prisonniers dans leurs appartements cossus qui sentent la cire et l’encaustique. Il a été de cette génération d’artistes qui, à l’instar de Luis Berlanga, de Juan Antonio Bardem ou de Martin Patino, avait fait le choix de rester dans leur pays, malgré la censure, malgré les interdits, les obligeant à dénicher des trésors d’imagination pour la contourner ou lui faire un pied de nez. Carlos Saura est mort. Le cinéma perd un maître. Carlos, ¿por qué te vas?
(1) Cria Cuervos, nouvelle sortie en salle le 15 mars 2023.
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