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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 15:02
Table-ronde à l'Agora de la fête de l'Humanité: Lucien Sève - Jean Quétier - Bernard Vasseur - Isabelle Garo: le communisme pour dépasser le capitalisme (L'Humanité, 27 septembre - Pierre Chaillan)
Table ronde. Le communisme pour dépasser le capitalisme
Vendredi, 27 Septembre, 2019

Sur fond de crise du capitalisme et face aux menaces environnementales, le communisme, avec le recours à Marx, est pleinement d’actualité. Extraits de la rencontre organisée le 14 septembre à l’Agora de la Fête de l’Humanité.
Avec la participation des philosophes Lucien Sève Philosophe et auteur de Communisme ? (Éditions sociales) , Isabelle Garo  autrice de Communisme et stratégie (Éditions Amsterdam), Bernard Vasseur Philosophe et auteur de Communiste ! Avec Marx (Éditions PCF 93) et Jean Quétier Doctorant en philosophie, traducteur de Karl Marx et de Friedrich Engels.

 

En quoi le communisme de Karl Marx nous est-il utile pour penser un monde nouveau ?

 

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JEAN QUÉTIER

Depuis une dizaine d’années, la référence à Marx a fait un retour sur la scène intellectuelle notamment. On peut même parler d’un recours nouveau à Marx. Les publications le concernant se multiplient dans différentes disciplines. L’an dernier, le bicentenaire de sa naissance a eu un rayonnement international. Cela montre que l’œuvre de Marx est incontournable. Ce n’est pas un hasard si cette réémergence de la pensée de Marx date de la crise financière de 2008. Dans ce retour à Marx, on a mis en avant la pertinence de ses analyses des contradictions qui traversent le mode de production capitaliste. En philosophie, on y revient pour penser l’aliénation. Plus récemment, on a mis en lumière le caractère précurseur de ses analyses sur l’environnement en lien avec la problématique écologique. Toutes ces directions de recherche sont décisives, mais je dirais qu’il y a un autre apport de sa pensée qui fait le lien avec le thème de ce débat et qui devrait être davantage mis en avant. C’est ce que l’on appelle le Marx politique : le Marx communiste pour le dire en une expression. Le film de Raoul Peck le Jeune Karl Marx lui donne d’ailleurs la part centrale. On peut alors s’interroger : en quoi la conception de communisme chez Marx est-elle novatrice ? On le sait, le philosophe n’est pas l’inventeur du communisme, ni du mot ni de la chose.

 

Quel est alors son apport singulier ?

JEAN QUÉTIER Avec Marx, le communisme cesse d’être une utopie, au sens d’une recette toute faite, pour devenir le nom d’un engagement au cœur de la pratique réelle de la classe des travailleuses et des travailleurs. Le communisme devient chez Marx, au cours des années 1840, une question d’organisation. Cela va le conduire à participer à l’émergence pratique et théorique de la forme moderne de l’organisation du mouvement ouvrier : le parti politique. En rompant avec un communisme de nature utopique, Marx rompt également avec une forme d’organisation de la société secrète ou de la secte, liée au communisme archaïque et utopique dont le caractère était fondamentalement antidémocratique. Cette intervention sur le terrain stratégique ouvre alors un nouveau champ du possible pour le communisme. On aurait intérêt à réinvestir cette direction de recherche.

Bernard Vasseur, vous venez de publier Communiste ! Avec Marx. Pourquoi faut-il être communiste aujourd’hui ?

 

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BERNARD VASSEUR

En 2020, ce sera le centenaire du Parti communiste, et ce sera l’occasion de parler à la société. Je vois bien ce que l’on pourra dire du passé : Jaurès, la tuerie de la guerre de 1914-1918, le Front populaire, la Résistance, etc. Mais sur l’avenir ? Les médias ne vont pas manquer de nous envoyer à la figure : « 100 ans, c’est un bel âge pour mourir. Il faudrait songer à renoncer et à faire autre chose. Par exemple, devenez le parti du commun ou des communs, ou encore le parti du peuple ou le parti de la planète, ou tout simplement un parti de gauche un peu plus à gauche. » Nous répondrons, je l’espère : « Nous devons être communistes, mais l’être d’une manière nouvelle. » Le Parti communiste est très fier de s’appeler ainsi, mais ne parle pratiquement jamais du communisme. On en parle au moment du congrès. Le problème est de parler du communisme et de le faire vivre dans des batailles, dans des pratiques politiques, dans ce qui est en quelque sorte l’aliment du combat. C’est au nom du pour quoi on se bat qu’on est bien plus fort que dans le contre quoi on agit. La conscience du contre est impuissante à secréter la conscience du pour. C’est en partant de là qu’on peut lire Marx de manière nouvelle, car il est un acteur du communisme. Lorsque Marx avec Engels écrivent le Manifeste du Parti communiste, ils sont des penseurs et des acteurs du communisme. De l’autre côté existe un mouvement ouvrier où ceux qui sont majoritaires portent l’appellation de socialisme. Cette distinction entre communisme et socialisme se poursuit au XXe siècle, notamment lors de la révolution d’octobre 1917 pour d’autres raisons. Ce que nous a légué l’histoire des deux siècles derniers, c’est cette idée que le communisme ne pouvait jamais être à l’ordre du jour des luttes sociales du présent, parce qu’il y a toujours eu un préalable : le socialisme. Le communisme a toujours été repoussé dans un horizon lointain. Pour moi, il faut mettre à jour cela afin de le détricoter pour enfin accéder à la pensée de Marx telle qu’elle a été formulée et revenir au communisme : la critique de l’exploitation du capitalisme dans le travail, mais aussi celle de l’aliénation dans tous les domaines, la dépossession des leviers de sa propre vie. Le but de la société communiste est « le développement humain comme fin en soi », ce que Marx appellera aussi l’émancipation.

 

Isabelle Garo, dans Communisme et stratégie, vous affirmez que l’enjeu stratégique peut ouvrir une nouvelle voie alternative au capitalisme ?

 

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ISABELLE GARO

Il est frappant de voir ressurgir le terme de communisme, alors que les alternatives subissent une crise aussi profonde que le capitalisme lui-même. De fait, ce retour est surtout théorique, voire rhétorique : le communisme comme concept, ou comme idéal, reste séparé d’un véritable projet politique incluant la question des conditions pour y parvenir. Parler du communisme, c’est donc commencer par se confronter à l’état désastreux du mouvement ouvrier, organisations politiques et syndicales comprises, à la montée d’un néolibéralisme autoritaire qui fait le lit de l’extrême droite : il y a urgence. Face à cette urgence, une visée communiste grandiloquente, mais sans consistance politique, nous condamne à une stratégie qui se résume aux accords électoraux par en haut, les yeux braqués sur les élections et qui conduisent à perdre et à perdre encore. Elle entretient aussi et par contrecoup le dégoût de la politique institutionnelle, dont se nourrissent l’abstention, le désespoir et le fascisme. Une stratégie digne de ce nom doit rendre au mot de communisme son sens politique au présent. Pour autant, l’arracher au monde des songes creux ne veut pas dire renoncer à la théorie, cela signifie penser ensemble les conditions concrètes de la construction du grand soulèvement social et politique dont nous avons besoin.

 

Comment alors y parvenir ?

ISABELLE GARO Le propre de la stratégie ne consiste pas à définir les moyens d’un but prédéfini, mais à relier une finalité (un projet de société non capitaliste) et des conditions concrètes (la situation sociale et politique). L’utilisation du mot socialisme est de ce point de vue à reconsidérer. Sur un terrain où l’intervention ne peut être que collective et concertée, je voudrais surtout insister sur ce constat : l’éclatement présent des projets et des perspectives. Il s’agit alors de se préoccuper des moyens de nous mobiliser et d’organiser les classes populaires autour de la construction d’un projet commun, rompant radicalement, de façon globale et concertée, avec un capitalisme toujours plus mortifère et violent, irréformable. Marx lu comme stratège nous aide à penser ce que peut être non le communisme comme idéal, mais une politique communiste, comme moyen et médiation pour parvenir à ce qui est le plus gigantesque effort de l’humanité consciente, le communisme. Il s’agit d’un processus long et conflictuel, qui s’invente à mesure qu’il s’incarne. Ainsi, le communisme n’est pas seulement un autre mode de production et d’autres rapports sociaux, mais un mode de dépassement et d’invention historique, permettant de sortir du capitalisme et de l’emporter face à des classes dominantes. C’est bien la construction d’un bloc populaire émancipateur et anticapitaliste qui est la condition de la réélaboration progressive et collective d’une alternative radicale viable, face à l’urgence sociale et environnementale. Bref, toutes les luttes, bien distinctes, sont à considérer ensemble, à relier sans les réduire. Le mot de communisme, et surtout l’adjectif communiste, en incluant les organisations qui s’en réclament, mais bien au-delà d’elles, désignent ce long combat et la nécessité de faire le bilan de nos victoires autant que de nos échecs, d’utiliser les structures existantes, mais aussi de les réinventer radicalement. Un avenir humain en dépend.

Lucien Sève, vous présentez le quatrième tome « Le communisme ? » de votre grande œuvre Penser avec Marx aujourd’hui, où vous insistez sur le communisme en tant que mouvement ?

 

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LUCIEN SÈVE

En effet, je viens juste de publier ce livre de près de 700 pages auquel j’ai travaillé quatre ans, et qui n’est pourtant que sa première partie, le second volet, à paraître, abordera la question cruciale de « Quel communisme pour le XXIe siècle ? ». J’ai voulu d’abord exposer la genèse et le contenu de ce que j’appelle la visée communiste marxienne. C’est une affaire complexe, bien trop peu approfondie à mon sens, et de capitale importance pour comprendre ce qui s’est produit de si grandiose et si terrible à la fois au XXe siècle. À ce sujet, passionnante est déjà la formation première de cette visée entre 1843 et 1848, à Paris d’abord, au contact de ce prolétariat français qui a plébiscité en 1840 le mot communisme, et à laquelle Marx, à moins de 30 ans, va donner un contenu d’une richesse et d’une clairvoyance impressionnantes. Mais aux chances ainsi ouvertes se lie souterrainement un grave risque ensuite. Non que Marx se soit trompé sur le fond, bien au contraire : il a entrevu juste, mais avec une énorme avance sur le mouvement de l’histoire. Car passer du capitalisme au communisme comporte de drastiques conditions de possibilité sociales et humaines. Et au XXe siècle, même dans les pays les plus avancés, elles sont encore trop peu rassemblées, à plus forte raison dans des pays en lourd retard comme la Russie. Ainsi se noue une redoutable contradiction entre maturité de la révolution politique et immaturité de l’immense transformation sociale visée. Il y a du drame dans l’air…

 

Comment qualifieriez-vous ce « drame » ?

LUCIEN SÈVE Je résume d’une phrase : au XXe siècle, le communisme aurait été essayé, et ce fut le plus effroyable des échecs – disqualification définitive et sans appel ! Ici se joue donc la réponse à la question qui nous assaille avec violence : allons-nous pouvoir sortir du capitalisme avant qu’il nous ait conduits à des catastrophes écologiques et anthropologiques définitives ? Et ce n’est là rien d’autre que l’incontournable question renaissante du communisme. Oui, mais ça, se disent la plupart, on a vu au siècle dernier que c’est le pire de tout. On n’a donc aucune chance de rendre à nouveau crédible et même désirable le communisme si l’on ne tire pas radicalement au clair pour tous la question apparemment rebattue et en vérité entièrement mystifiée du stalinisme. Peut-on oser, la tête haute, se réclamer encore du communisme après Staline ? Oui, si ce qui a été vécu sous Staline fut le contraire même du communisme. Par là, tout le communisme du XXe siècle, malgré ses mérites et plus d’une fois son héroïsme, va se trouver dévoyé, paralysé, disqualifié. Par-delà la légende qu’entretiennent soigneusement ses adversaires et que partagent naïvement même des marxistes, la vérité pure et simple est que le communisme n’a jamais nulle part été mis en œuvre jusqu’ici. Conclusion politique capitale : il n’est pas derrière nous comme le pire des échecs, il est devant nous comme la plus précieuse des chances. À condition que nous ayons la lucidité et le courage de sa repensée fondamentale et de sa reconstruction novatrice. Le fait nouveau crucial est que le passage à une société sans classes n’est enfin plus une chimère, le capitalisme est d’évidence en bout de course historique, les déjà-là de communisme se multiplient – leur mise en relief sera une part centrale de la deuxième partie du livre dont j’ai commencé la rédaction. L’heure est à engager sans attendre le dépassement communiste d’un capitalisme qui nous tue. Énormément de travail nouveau est à faire, de débats à mener. Le communisme est et doit être le « mouvement réel d’aujourd’hui ». C’est vital, et c’est urgent. Allons-y !

Compte rendu et animation de la table ronde par Pierre Chaillan
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:26
Fabien Roussel (L'Humanité, 23 mars 2020)

Fabien Roussel (L'Humanité, 23 mars 2020)

Lundi, 23 Mars, 2020
Fabien Roussel : « L’exécutif s’arroge les pleins pouvoirs »

Assemblée nationale. Le secrétaire national du PCF et député du Nord, Fabien Roussel, dénonce un gouvernement « obnubilé par la poursuite de l’activité économique ». Entretien.

 

Vous vous êtes opposé, ce week-end à l’Assemblée nationale, à l’adoption de la loi du gouvernement qui crée un état d’urgence sanitaire. Ce nouvel état d’exception pose-t-il un problème démocratique ?

Fabien Roussel La démocratie pourrait être un outil au service de la lutte contre l’épidémie parce qu’elle permet de prendre des décisions partagées dans la transparence et de construire une sorte de concorde nationale. Mais ce n’est pas le choix qu’a fait ce gouvernement. Nous avons proposé de créer un comité d’urgence nationale réunissant des membres de l’exécutif, le comité scientifique, les associations d’élus locaux, les syndicats, pour régulièrement prendre les décisions qui s’imposent. Non seulement cette proposition a été rejetée mais, avec l’état d’urgence sanitaire qu’il crée, le gouvernement s’arroge les pleins pouvoirs. Nous n’avons pas voté ce texte qui prévoit, en outre, 43 ordonnances sur des mesures économiques et sociales très importantes.

Parmi ces ordonnances, figurent les autorisations à déroger au Code du travail. Est-ce un précédent dangereux ?

Fabien Roussel C’est une menace, d’autant que ces dérogations sont prévues pour une durée indéterminée. Pas seulement pendant l’état d’urgence mais jusqu’à la sortie de la crise sanitaire qui se poursuivra au-delà de cette période. Lors d’une telle crise, avec une partie de l’économie à l’arrêt total, qu’il y ait des mesures exceptionnelles à prendre peut se comprendre. Les Français sont prêts à faire des efforts. Le monde du travail est d’ailleurs en première ligne, 40 % des travailleurs sont au front et 45 % sont obligés de travailler alors que leur activité n’est pas indispensable. Nous demandons que cet élan de solidarité soit celui de toute la société. Qu’il associe les multinationales, les banques, les assurances…

Le Parlement a également validé un projet de loi de finances rectificative. Ses dispositions sont-elles à la hauteur de l’urgence et du « quoi qu’il en coûte » lancé par le chef de l’État ?

Fabien Roussel Même s’il est insuffisant, nous avons voté ce texte qui débloque 45 premiers milliards d’euros parce que ces mesures sont attendues. Mais le gouvernement aurait dû aller plus loin pour soutenir les salariés et l’économie, pour préparer le jour d’après. Nous avons notamment demandé que tous les salariés en chômage partiel perçoivent 100 % de leur salaire. Avec l’absence des primes ou pourboires et les dépenses supplémentaires en nourriture, eau, électricité, la baisse du pouvoir d’achat va déjà être très importante. Nous attendons aussi les 2 milliards promis pour les hôpitaux publics qui ne savent toujours pas sur quel budget ils vont pouvoir se financer. Nous avons également proposé de mettre à contribution les compagnies d’assurances comme les grandes fortunes, de contraindre les banques à prêter à taux zéro, d’obtenir des injections de liquidité par la Banque centrale européenne… Sans succès. Ce gouvernement et l’Union européenne restent dans leur logique libérale. Mais ces questions demeurent à l’ordre du jour.

Lors de ses allocutions, Emmanuel Macron a estimé qu’il faut interroger le « modèle de développement (…) qui dévoile ses failles au grand jour ». Qu’en pensez-vous ?

Fabien Roussel Emmanuel Macron découvre enfin les services publics et leur utilité. Il n’est jamais trop tard. Mais, en réalité, le gouvernement ne discute pas de ces ruptures à opérer. Il est obnubilé par la poursuite de l’activité économique alors que les mesures de confinement les plus strictes doivent être prises, comme l’ont fait d’autres pays. Des milliers de vies sont en jeu, chaque heure compte. La France ne doit pas attendre plus longtemps. En parallèle, il faut bien sûr débattre dès maintenant de la sortie de crise. Mais l’avenir devra se construire en rupture avec le modèle économique sur lequel nous vivons depuis tant d’années. Car à la crise économique qui se profile va s’ajouter une crise financière annoncée dès avant le coronavirus. C’est une France qui permette à chacun de vivre dignement, de répondre au défi écologique, qu’il faut reconstruire.

Les conditions dans lesquelles le second tour des élections municipales a été reporté vous satisfont-elles ?

Fabien Roussel Nous avons pu trouver des solutions permettant d’entériner les résultats des listes ayant gagné au premier tour et d’organiser au plus vite les seconds tours, en juin si les circonstances le permettent. Reste qu’avec ses 35 000 communes, la France est le seul pays d’Europe doté de 500 000 élus locaux. Ils sont indispensables dans la lutte contre le virus pour organiser les solidarités et le confinement, faire vivre le service public… Nous demandons que les communes bénéficient d’une aide financière le plus rapidement possible.

Vous avez lancé un appel à faire vivre la solidarité. Quel rôle les communistes ­entendent-ils y jouer ?

Fabien Roussel Avec nos élus et nos militants, nous avons décidé de rester un parti mobilisé dans cette période de crise. Nous avons fait appel à tous nos adhérents pour mettre en place les solidarités nécessaires dans chaque ville et chaque village. Tout comme nous avons mis en ligne une plateforme pour recenser, partager et démultiplier toutes les belles initiatives organisées par les élus.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui
Fabien Roussel : L'exécutif s'arroge les pleins pouvoirs (L'Humanité, lundi 23 mars 2020)
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:24
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:19
Elsa Faucillon, députée communiste, revient sur les responsabilités de la crise de l'hôpital public et sur les dispositions législatives prises par rapport à la crise sanitaire du Coronavirus

Elsa Faucilllon, députée communiste, 21 mars 2020:

Depuis quelques jours, chaque soir, de plus en plus nombreux, des personnes ouvrent leur fenêtre pour applaudir l’ensemble du corps soignant mobilisé, une façon de dire notre immense gratitude. Aux mains se joignent aussi des cris, mots sur les maux dénoncés depuis tant d’années par les soignants : des moyens pour l’hôpital, des masques pour les personnels !

Cette crise sanitaire met en lumière pour beaucoup la folie qu’est la destruction organisée de notre système solidaire de santé, des dizaines de milliers d’emplois supprimés, près de 70 000 lits fermés en quinze ans, du management plutôt qu’une organisation du soin humain.

Cette crise interroge notre modèle sanitaire d’urgence, révélant la profondeur de l’impact de décennies de politiques ultra-libérales sur notre système de santé, pourtant considéré en 1995 comme le meilleur au monde.

Les pensées, le soutien va aussi vers toutes celles et tous ceux qui continuent à travailler pour l’intérêt général, derrière une caisse de supermarché ou une benne à ordure, apportant des repas aux plus âgés... La colère monte pour celles et ceux qui, sous la contrainte de leurs employeurs et sans caractère essentiel, doivent se rendre la boule au ventre sur leurs lieux de travail. Sidération devant l’indécence de la Ministre du Travail qui ordonne de ne pas arrêter les chantiers du BTP. L’objectif de rentabilité ne peut primer sur l’objectif sanitaire, celui qui vise tout simplement à sauver des vies.

Les parlementaires sont réunis ces derniers jours à l’Assemblée nationale et au Sénat pour examiner les propositions du gouvernement face à la grave crise sanitaire que nous traversons.

Pour l’heure, il nous faut donc réagir, trancher et prendre des décisions dans l’urgence. Ce sont bel et bien des décisions politiques. Légiférer en période de crise c’est à la fois prendre les décisions adaptées au moment, chercher à anticiper et dire quelque chose de l’avenir.

Le texte proposant la mise en place de l’état d’urgence sanitaire aborde plusieurs domaines, le report du second tour des élections municipales, des décisions nécessaires aussi en matière de santé et des mesures économiques d’urgence….Si des dispositions inscrites dans ce texte vont permettre des décisions utiles, d’autres m’inquiètent profondément pour aujourd’hui et pour l’après. Ici, les plein-pouvoirs sont donnés au Premier ministre et aux préfets. Si j’entends la nécessité pour le gouvernement de prendre des décisions rapides, la séparation des pouvoirs doit garder de sa vigueur lors de périodes comme celle que nous vivons.
Le respect de la démocratie politique et sociale est une des conditions essentielles à l’adhésion par les citoyens aux mesures d’urgence et aux comportements adaptés pour vaincre cette épidémie.

Lors de son discours dimanche dernier E. Macron, lyrique, prédisait que « beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner, agissons avec force, mais retenons cela, le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant ».

Chacun interprétera à sa guise, à ses espoirs. Pourtant à la lumière du texte qui nous est soumis, c’est l’inquiétude qui m’anime. Le sentiment qu’ici la majorité se saisit de ce temps de crise pour casser un peu plus encore le code du travail. Dans ce texte, des ordonnances permettront à certaines entreprises de revenir sur la durée légale du travail, sur l’acquisition et les prises de congés payés, de RTT, sur la généralisation du travail du dimanche et sur les réunions des instances représentatives du personnel. Et ces mesures ne sont pas circonscrites dans le temps !

Très concrètement, en l’état actuel du texte, les employeurs pourront – et ce même après la crise - contraindre les employés à poser leur RTT, congés payés ainsi que leurs jours de repos affectés sur le compte-épargne temps.

Cela revient à faire payer la situation actuelle à celles et ceux qui la subissent déjà plus durement, à celles et ceux qui aujourd’hui vont au front chaque jour.

Nous savons que des mesures dites exceptionnelles prises dans des moments graves peuvent ensuite être inscrites durablement dans la loi.

Le Président de la République parle d’effort national post crise, on entend, dans le choix de ce terme les convulsions de son monde, effort toujours pour les mêmes, effort au profit d’un modèle qui les dépossède.

Je préfère donc parler de solidarité nationale post-crise. La solidarité est nécessaire aujourd’hui et le sera à n’en pas douter à l’issue de cette dramatique séquence. Séquence qui semble-t-il n’a pas encore montrée toute sa dureté. Cette solidarité ne se décrétera pas dans l’autoritarisme et l’injustice, certainement pas non plus en revenant à la normalité d’un monde financiarisé, productiviste, consumériste, écrasant toujours plus celles et ceux qui créent la richesse au quotidien.

Nous avons travaillé à des amendements pour revenir sur ces propositions injustes car en l’état nous ne pouvons voter ce texte.

Il n’est ici pas l’heure de la polémique mais bien de la responsabilité politique, celle de protéger et de construire l’avenir.

Elsa Faucillon, députée communiste, revient sur les responsabilités de la crise de l'hôpital public et sur les dispositions législatives prises par rapport à la crise sanitaire du Coronavirus
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 06:58
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!

Laurence Cohen

Sénatrice communiste

😡 "Monsieur le ministre, avec tout le respect que je vous dois, c'est de l'enfumage! Y'a combien d'euros débloqués aujourd'hui pour la santé? Y'en a pas! Y'a combien de lits ouverts? On ne sait pas! Dans nos hôpitaux, on manque de masques, de gants, de gels... vos belles paroles amusent la galerie mais ne règlent pas le problème! On veut des actes!"

➡️ 2 milliards annoncés par le gouvernement contre le coronavirus? C'est insuffisant! Pourquoi ne pas rendre les 5 milliards volés lors du #PLFSS2020, dont 1 milliard pour l'hôpital public?

➡️ Pourquoi ne pas rouvrir 100 000 lits fermés en 20 ans?

➡️ Pas de confinement des moyens financiers et humains! Pas de belles paroles mais des actes, en urgence!

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 06:30
Le Parlement vote un état d'urgence sanitaire qui menace les libertés publiques et le droit social (L'Humanité, 22 mars 2020)
Dimanche, 22 Mars, 2020 - L'Humanité
Le Parlement vote un "état d'urgence sanitaire" qui menace les libertés publiques et le droit social

La loi contre le coronavirus, très vaste, confie des pouvoirs exorbitants au gouvernement via un « état d’urgence sanitaire » dont le contrôle s’avère insuffisant. Les attaques contre le Code du travail en pleine épidémie ont aussi été dénoncées.

 

Adopté. L’Assemblée nationale a voté dans la nuit de samedi à dimanche le projet de « loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 », par 510 voix contre 37. Les députés PCF, FI et trois PS se sont prononcés contre. D’abord à cause de la création d’un « état d’urgence sanitaire » finalement démesuré. « Nous étions d’accord sur le principe. Nous ne voulons pas freiner le gouvernement dans sa capacité d’action face au coronavirus. Mais cela doit se faire dans le respect de l’État de droit. Le texte présenté transfère des pouvoirs exorbitants à l’exécutif », dénonce Stéphane Peu. L’élu PCF explique que son groupe a proposé d’aligner ce nouvel état d’urgence sur celui déjà existant, créé en 1955. « L’idée était de garantir un contrôle du Parlement au bout de douze jours. Mais cela a été refusé, s’alarme-t-il. Nous allons au final vers un état d’urgence qui dans sa durée et dans la faiblesse des contrôles va au-delà de l’article 16 de la Constitution », lequel confie des pouvoirs exceptionnels au président de la République, avec saisie possible du Conseil constitutionnel au bout de 30 jours par les parlementaires.

Or cet « état d’urgence sanitaire » pourra être déclaré d’emblée pour une durée de deux mois, puis renouvelable de mois en mois. « Nous avons proposé la création d’un comité national associant l’ensemble des forces politiques, sociales et économiques afin de dépasser cette crise dans la concorde, la confiance et la transparence. Mais cela a été refusé. La démocratie est pourtant une condition sine qua non pour surmonter cette épreuve et faire adhérer le peuple tout entier aux mesures adoptées », pointe Stéphane Peu. « Les assemblées ne sont pas de trop ! Nous sommes prêts, jour et nuit, dès que l’on nous convoque, à venir délibérer », abonde Jean-Luc Mélenchon. L’insoumis considère qu’il « n’y avait pas de vide juridique » nécessitant la création d’un « état d’urgence sanitaire », mais se disait prêt à le voter avant de voir enfler « l’étendue incroyable des pouvoirs conférés au gouvernement » sans contrôle suffisant.

La hausse des pénalités ne fait pas l’unanimité

« Nous ne pouvons pas créer ex nihilo un dispositif juridique alors que nous sommes moins de trente parlementaires présents dans l’hémicycle », signale le socialiste Boris Vallaud. Les travées de l’Assemblée étaient de fait quasi vides, seuls trois députés par groupe étant autorisés à venir pour représenter l’ensemble des 577 élus, pour cause d’épidémie. La plupart des députés PS se sont cependant abstenus, tout comme les sénateurs PCF amenés à se prononcer plus tôt, dans la nuit de jeudi. Notamment parce que le Parlement examinait un texte composé d’ordonnances : le gouvernement est lors d’un premier vote habilité à écrire la loi à la place des chambres législatives, qui ratifieront ou non le texte rédigé lors d’un vote à venir. Il est ainsi possible de laisser l’exécutif élaborer une loi avant de la repousser. Le contenu du texte s’est en outre précisé au fil des jours, l’union nationale réclamée par le président de la République Emmanuel Macron se délitant au fur et à mesure des débats.

L’évolution des règles de confinement a divisé. Si l’ensemble des parlementaires s’entendent pour le faire respecter, la hausse des pénalités n’a pas fait l’unanimité. Les amendes pour non-respect passent de 135 euros la première fois à 1 500 euros en cas de récidive. Et jusqu’à 3 750 euros et six mois de prison ensuite. « Nous sommes au-delà de toute proportionnalité. Il faut de plus se dispenser d’une peine d’emprisonnement alors que nos prisons sont pleines », s’émeut le député LT (Libertés et territoires) Charles de Courson. Mais c’est surtout l’absence de contrôle sur l’état d’urgence qui a opposé les élus, tout comme les attaques portées contre le droit du travail. Cette deuxième raison a aussi poussé les députés PCF et FI à voter contre le texte. Car le projet du gouvernement prévoit de laisser certaines entreprises déroger à la durée légale du travail et aux 35 heures, à l’acquisition et la prise de congés payés et jours de repos, et aux réunions des instances représentatives du personnel (IRP). Les secteurs concernés n’ont pas été précisés, et la durée de ces mesures n’a pas été circonscrite à celle de l’épidémie.

Les municipales reportées au mois de juin

Si le ou les jours de carence ont été temporairement supprimés dans le public comme dans le privé, afin que le maintien des rémunérations se fasse dès le premier jour de l’arrêt de travail dans ce contexte d’épidémie, des coups sévères ont donc été portés aux salariés. Tout employeur pourra contraindre les salariés, confinés ou non, au dépôt de jours de RTT ou de repos issus du compte épargne temps. L’imposition sans limite des congés payés a par contre été renvoyée à un accord de branche ou d’entreprise par le Sénat, qui l’a limitée à six jours ouvrables. « Les droits sociaux ne doivent pas être la seule variable d’ajustement dans les moments difficiles », prévient Jean-Luc Mélenchon, pour qui « ceux qui ont le plus sont appelés à donner le plus ». « On connaît la volonté du gouvernement d’affaiblir le Code du travail. C’est insupportable en temps normal et encore plus dans cette situation. Les Français sont prêts à se retrousser les manches pour lutter contre le virus sans que ne soient prises des mesures discrétionnaires, autoritaires ou attentatoires au droit social », ajoute Stéphane Peu.

Enfin, les parlementaires se sont entendus sur le report des élections municipales au mois de juin, les dates du 21 ou du 28 juin étant les plus envisagées, à condition que la situation sanitaire le permette. La question de la date de dépôt des listes a animé les débats, certains voulant les circonscrire au mois de mars. La date du 2 juin a finalement été retenue, avec un début de campagne fixé au 8 juin. Il est en outre prévu que les plafonds de dépenses de campagne soient majorés par un futur décret. Si les résultats du premier tour ont été confirmés, il a été précisé que les conseillers municipaux et communautaires élus le 15 mars entreront finalement en fonction en juin. Les anciennes assemblées sont donc maintenues d’ici là.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 14:46
Coronavirus : Que comptez vous faire pour protéger les salarié-es ? (Fabien Roussel au gouvernement à l'Assemblée Nationale-PCF)

Coronavirus : Que comptez vous faire pour protéger les salarié-es ? (Fabien Roussel-PCF)

Vous trouverez ci-dessous la Question Au Gouvernement de Fabien Roussel, posée ce matin à l’Assemblée nationale.

Monsieur ministre,

Le monde du travail est en 1ere ligne.

Il y a d’abord toutes celles et ceux qui assument des activités essentielles au bon fonctionnement de notre pays. Nous pensons bien sûr à tous les soignants, auxquels la nation doit exprimer une infinie reconnaissance.

Mais il y a aussi tous les autres : les auxiliaires de vie auprès des personnes âgées, ceux qui vivent au quotidien auprès des personnes handicapées, les policiers, les gendarmes, les pompiers ou encore les personnels pénitentiaires... Ils sont ainsi des dizaines de milliers, forcément au contact d’autres personnes, qui font un travail admirable mais qui ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas faire garder leurs enfants, pourquoi n'ont-ils pas de masque, de gel et de gants ?

Il y a aussi toutes celles et ceux qui, dans le privé comme dans le public, nous permettent de continuer à vivre du mieux possible : que ce soient les enseignant-es, les fonctionnaires, les caissièr-es, les livreur-ses ou les postier-es, tous sont indispensables, mais eux aussi se sentent oubliés car ils n’ont pas de protection et ils doivent faire valoir leur droit de retrait quand leur direction les met en danger, comme chez Amazon ou GE Belfort.

Il y a tous ces travailleurs et toutes ces travailleuses qui ont peur d’être licencié-es. Interdisez les licenciements dans cette période au moins.

Et puis il y a ceux qui se demandent pourquoi ils doivent aller travailler, au péril de leur santé, dans des secteurs non essentiels, dans le bâtiment, pour produire des rétroviseurs dans le Grand Est, des paquebots à St Nazaire ou encore des trains à Valenciennes. Il y a ceux comme les travailleurs des ports qui demandent à ce que leur activité se concentre sur le strict nécessaire. Sans règle claire, des entreprises non indispensables continuent de tourner. Il ne peut pas y avoir d’un coté un confinement total et de l’autre des salariés qui prennent les transports pour aller au travail et se regroupent dans leur entreprise.

Monsieur le Ministre
Celles et ceux qui sont au front sont toujours les mêmes. Que comptez vous faire pour les protéger ?

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

Paris, 10h30, le 19 mars 2020.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 08:52
Le coronavirus montre, plus que jamais, la nécessité de dépasser le capitalisme (Pierre Dharréville, député communiste, interviewé par Regards, 20 mars 2020)

REGARDS.FR

http://www.regards.fr/…/le-liberalisme-a-une-part-de-respon…

Pierre Dharréville est député communiste.

Ce jeudi 19 mars, les députés siègent pour une séance de questions au gouvernement ainsi que pour voter l’état d’urgence sanitaire. L’occasion pour les élus de faire entendre une autre voix dans une crise où l’exécutif est tout-puissant. On en a causé avec le député PCF Pierre Dharréville.

Regards. Avant toute chose, était-ce bien raisonnable de réunir les parlementaires, fussent-ils seulement une petite trentaine, quand on sait que déjà 18 d’entre vous ont le coronavirus ?

Pierre Dharréville. Il est nécessaire, en prenant toutes les précautions, de faire vivre le débat démocratique. C’est aussi la meilleure manière de faire face et d’apporter les meilleures réponses à la situation. De la même façon qu’un certain nombre de gens sont à la tâche – dans les supermarchés, etc. –, il faut assurer la vie démocratique, nous en avons besoin dans ces moments-là.

Vous avez demandé au gouvernement d’investir massivement dans la santé, en matériel comme en personnel. Que pensez-vous des annonces faites par l’exécutif depuis le début de la crise ? La France va-t-elle payer « quoi qu’il en coûte » ?

Il faut placer la santé au-dessus de toute préoccupation, ça doit être une priorité première. Nous avons, ces derniers mois, ces dernières années, beaucoup alerté sur l’état de l’hôpital public et sur le sous-investissement dont il était victime, sur l’assèchement des dépenses de protection sociale et donc des dépenses de santé. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation qui est impactée par les décisions politiques prises par le passé. Il faut qu’on gèle toutes les démarches de restriction et de suppression prises dans l’hôpital. Il faut leur donner les moyens de s’organiser correctement, pour affronter le risque qui surgit, mais aussi continuer à faire face aux problèmes de santé qui ne sont pas liés au coronavirus. Il faut arrêter de leur serrer la vis comme c’est le cas depuis trop longtemps. Concrètement, les hôpitaux pourraient se retrouver rapidement avec des problèmes de trésorerie. Il faut s’en occuper pour qu’ils puissent passer les commandes de matériels dont ils ont besoin. Il y a aussi la question du personnel, y compris du personnel de service afin d’assurer un haut niveau d’hygiène. Il faut leur donner les moyens et la confiance pour qu’il gère au mieux la crise. Tout ça, le gouvernement peut le décider. Je vois un gouvernement qui essaye de faire face, ce qui n’empêche ni le débat, ni de faire des propositions.

« Le libéralisme a une part de responsabilité dans les difficultés que nous avons à faire face à la crise. »

Autre question de votre part, celle de « pouvoir mobiliser des industries capables de produire des respirateurs, des médicaments ». Cette pandémie a bien démontré notre dépendance en la matière, notamment vis-à-vis de la Chine. Que faudrait-il faire ? Vous avez notamment évoqué l’idée de « réquisitionner des outils essentiels à produire les médicaments dont nous avons besoin »...

Il y a une entreprise qui fabrique des respirateurs en France. Le ministre de la Santé m’a répondu ce matin, elle va être mobilisée, l’État a passé des commandes, c’est une bonne chose. C’est une question essentielle, on va en avoir grandement besoin. Je suggère qu’on interroge nos industriels pour modifier un certain nombre de productions afin qu’elle participe à cet effort si elles le peuvent. Plus généralement, la conception et la fabrication du médicament et des dispositifs médicaux ont été de plus en plus délocalisées. Nous proposons un pôle public du médicament, ce qui suppose une volonté politique qui n’existe pas aujourd’hui. Un exemple : il y a un laboratoire dans le Rhône qui est dans une situation de liquidation judiciaire, sans repreneur. La puissance publique devrait intervenir, se doter d’une force de frappe pour peser sur le marché et l’orienter et non pas pour que le marché se voit confier le soin de gérer notre souveraineté en termes de médicaments, et donc en termes de santé.

Pensez-vous que, une fois la crise passée, les politiques néolibérales vont reprendre une activité normale, comme si de rien n’était ?

J’ose espérer que la crise peut ouvrir quelques yeux et nous obliger à prendre quelques décisions qui vont contrecarrer les plans néolibéraux. Pour l’instant, je me garderais de tout pronostic. Je pense que le libéralisme a une part de responsabilité dans les difficultés que nous avons à faire face à la crise. Le virus passe notre société au révélateur et montre, plus que jamais, la nécessité de dépasser le capitalisme. Même si le capitalisme n’a pas créé le virus et il ne suffira pas de prendre des mesures progressistes pour que les virus n’existe plus. En tout cas, la période montre notre besoin de services publics forts, efficaces, capables de réagir. On les a affaiblis ces dernières années. Il faudra regarder la réalité en face.

 

Propos recueillis par Loïc Le Clerc

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 07:53
Pierre Dharréville, Député PCF de Martigues: le Virus, révélateur de décivilisation

 

Pierre Dharréville, Député PCF de Martigues.

par Pierre Dharréville, Député PCF de Martigues.

L’irruption du coronavirus et sa diffusion partout dans le monde viennent rappeler l’humanité à sa condition. Il s’agit d’un événement majeur qui suscite l’inquiétude, provoque des incompréhensions et déclenche des mesures inédites. Il vient aussi mettre au jour les graves dangers provoqués par les politiques néolibérales et l’urgence de profonds changements. Inutile de préciser que l’accélération macroniste n’a pas arrangé les choses. C’est l’état de civilisation de nos sociétés qui est révélé par le virus. Nous sommes devant neuf chantiers et bien d’autres.

Considérer la santé comme un bien commun mondial. Les humains ont partie liée tout autour de la planète. Nous sommes interdépendants, et ce n’est qu’ensemble que nous pourrons relever les défis communs. Nous savons que les fragilités sanitaires des uns mettent en danger la sécurité de tous les autres. Nous savons que les pollutions, la malproduction, le maltravail et la malbouffe nous abîment. C’est pourquoi le droit à la santé doit être ardemment promu au rang de priorité première de l’échelle nationale à l’échelle internationale. Cela suppose une solidarité dont les obsédés de la frontière ne veulent pas et que les obsédés du libéralisme veulent réduire à sa plus simple expression. Cela suppose aussi que rien ne puisse passer avant, pas même l’orthodoxie budgétaire.

Développer les outils de santé publique. Former des professionnels de santé est une exigence qui appelle un plan d’action rapide. Dans tous les domaines, nous manquons de professionnels du soin justement formés, justement reconnus et justement rémunérés. Le droit à la santé appelle des services publics de santé développés permettant l’égal accès de toutes et de tous aux soins. L’hôpital public est en crise depuis des années maintenant, avec un personnel en grande souffrance. Les gouvernements n’en ont toujours pas pris la mesure. Ces services publics doivent être accompagnés de systèmes solidaires de protection sociale étendus en termes d’assurance-maladie. Il y a encore beaucoup à faire en la matière. Il faut arrêter d’assécher les ressources de la sécurité sociale. Plusieurs chercheurs ont dénoncé le manque de moyens pour la recherche sur les virus de type corona, témoignage d’un défaut beaucoup plus global. Comment agir sans savoir ? La recherche en général – notamment fondamentale et médicale en particulier – est un secteur crucial qui ne doit pas être soumis aux exigences de rentabilité. Vecteur décisif du progrès humain, elle doit être inscrite dans des logiques d’ordre public. La politique du médicament elle-même, déjà en question, est désormais clairement en cause, tant le secteur est affaibli. Notre pays a besoin de prendre toute sa part dans la conception et la fabrication, ce qui renforce la nécessité de construire un pôle public du médicament.

Être capable de réactions adaptées. La situation actuelle appelle à revoir les règles habituelles pour protéger les plus fragiles. Cela veut dire a minima repousser la trêve hivernale pour les expulsions, débloquer des moyens pour les EHPAD, renoncer à appliquer la réforme de l’assurance-chômage, créer un fonds de soutien aux TPE… Elle appelle également une régulation plus forte de la finance et de l’économie. Les grandes manœuvres spéculatives doivent être bloquées et les appels au boursicotage doivent cesser avec les bonifications sociales et fiscales qui les encouragent. Elle appelle encore l’investissement public. L’hôpital public, notamment, doit recruter et former massivement et de façon accélérée du personnel. Et nous devons accepter qu’un certain nombre de dépenses indispensables occasionnées par la crise sanitaire et ses effets devront être amorties sur un temps long.

Augmenter la protection sociale solidaire. Il ne peut y avoir de droit à la santé sans assurance-maladie. La Sécurité sociale, affaiblie par certaines mesures au cours des dernières années, peut encore progresser en la matière. Mais c’est toute la protection sociale qui doit gagner du terrain. La récente réforme de l’assurance-chômage, dont les dégâts étaient annoncés, va voir ses effets négatifs décuplés avec la crise qui s’annonce. Et la réforme des retraites, dont l’un des objectifs affichés est de laisser les seniors plus longtemps dans l’emploi ou le chômage, va se révéler encore plus inadaptée à nos existences. De tout temps, les forces de l’argent et les forcenés du libéralisme ont voulu réduire la part des richesses produites socialisée pour faire face ensemble aux risques. La crise du coronavirus montre la dangerosité de cette obsession. C’est ensemble, en développant des moyens de sécurité sociale, par la solidarité, que nous nous protégeons le mieux.

Lutter contre les inégalités, fléau pour toute l’humanité. L’aspiration à l’égalité est forte, à commencer par l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous savons combien la santé est sensible aux conditions sociales. Nous savons combien la misère et la faiblesse des ressources impactent toute l’existence. Toute une part de l’économie européenne et mondiale prospère sur ces réalités qui précarisent la vie d’une part importante de la population. Et le capitalisme fonde son développement sur la permanence et l’accroissement de ces inégalités, qui provoquent le malheur d’un si grand nombre pour le profit de quelques-uns et qui attisent les tensions destructrices. Cela rend d’autant plus urgent de garantir un travail justement rémunéré et des conditions de vie décentes à chacune et chacun, comme une condition du contrat social.

Mettre en cause la croissance capitaliste, accélératrice de fragilités. La crainte d’un ralentissement de l’économie n’a pas été le moindre des freins à la prise en compte du risque. Or, il était impossible d’agir efficacement sans affecter la vitesse, l’ampleur et la nature des échanges marchands qui structurent l’organisation de nos sociétés et de leurs relations ; et donc sans toucher aux profits des puissants (l’économie du sport en a été la partie la plus visible). Les événements viennent donc interroger la structure de l’économie mondiale. La nécessité de relocaliser un certain nombre de productions était déjà établie pour des raisons environnementales et sociales. Au passage puissent les multinationales du commerce en ligne ne pas tirer encore bénéfice de la situation… Il ne s’agit pas de prôner des modèles autarciques, protectionnistes, nationalistes, mais une organisation raisonnée de la production et des échanges, le respect de celles et ceux qui travaillent, un autre rapport aux ressources de la planète, des modèles de coopération plutôt que de concurrence, la préservation de secteurs essentiels en gestion publique. Oui, il y a besoin de services publics. Tout cela ne va pas de soi, nécessite des débats de fond et appelle de la politique.

Développer la démocratie citoyenne. Être informé et faire des choix. Ne pas subir le cours des choses imposé par les plus forts. C’est là les exigences qui émergent devant cette crise. C’est lorsqu’ils sont informés, lorsqu’ils disposent de la connaissance que les femmes et les hommes sont le mieux à même de réagir face au danger. Et c’est dans des choix élaborés collectivement que les réactions sont les plus efficaces. D’où la nécessité de recréer de la confiance dans les outils publics et de revitaliser la démocratie. Ce qui est vrai pour l’urgence l’est d’autant plus en temps ordinaire. Cette crise a mis en exergue le besoin de voir la puissance publique prendre ou reprendre la main sur des champs qu’elle avait abandonnés. Nous devons partout faire grandir la démocratie pour que les orientations économiques ne s’imposent pas à la volonté démocratique, à l’intérêt général, au bien commun. La démocratie sanitaire, la démocratie sociale sont des dimensions incontournables de cette dynamique cruciale.

Relancer la solidarité internationale. Peut-on imaginer une réponse solide qui ne naisse pas d’une solidarité et d’une coopération internationales décuplées, alors que les institutions internationales sont profondément affaiblies? Nous sommes liés. Liés face au défi de la planète, liés face au défi de la santé, comme nous le sommes aussi dans un autre registre face au défi du terrorisme : liés face à notre destin d’humanité. Il faut donc réinvestir dans les institutions pour les transformer et redéfinir leurs ambitions avec l’objectif de leur permettre de jouer un rôle accru face aux défis communs en cherchant les voies d’une solidarité concrète à la hauteur des enjeux.

Retrouver du sens pour une nouvelle dynamique de civilisation. L’épidémie peut avoir des effets contraires sur les relations sociales. Elle peut attiser le repli, la méfiance, la peur, la dépression. Elle peut aussi décupler la solidarité, l’attention, la combativité, la prise de conscience. Dans l’immédiat, elle modifie nos relations sociales et nos activités humaines. Les précautions sont salutaires pour peu qu’elles ne tournent pas à la névrose. Nous devons être vigilants à ce qu’elles ne viennent pas neutraliser tout ce qui nous rapproche et nous lie. Cette occasion dramatique, qui met en lumière les transformations sociales indispensables, doit provoquer un sursaut d’humanité : prendre soin de l’humain. Elle doit nourrir nos rêves d’un monde meilleur, nous donner de la force pour affronter le défi de l’humain et de la planète. Pour le communiste que je suis, elle renforce la conviction que l’organisation capitaliste du monde est inadaptée, contraire au bien humain. Elle renforce l’urgence de construire une dynamique de gauche pour engager une nouvelle étape de progrès de civilisation, en France, en Europe et dans le monde. Rien de tout cela n’évitera le surgissement de virus, mais c’est ainsi que nous serons plus forts pour leur faire face, ensemble, aujourd’hui et demain.


 

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 05:45
Fabien Roussel: Nous demandons que les salariés qui doivent être confinés bénéficient tous des mêmes règles et soient tous pris en charge à 100% pour ne pas connaître de perte de revenus.

Dans une interview au Journal du Dimanche, le député communiste du Nord a précisé les propositions de son groupe politique dans la lutte contre la pandémie:

Voir son entretien au JDD  

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