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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 06:00
Le tour de France des hôpitaux qui annonçait la catastrophe sanitaire - Diego Chauvet, Jeudi, 2 Avril, 2020 - L'Humanité
Le tour de France des hôpitaux qui annonçait la catastrophe sanitaire - Diego Chauvet, Jeudi, 2 Avril, 2020 - L'Humanité

Jeudi, 2 Avril, 2020 - L'Humanité
Le tour de France des hôpitaux qui annonçait la catastrophe sanitaire
Diego Chauvet

Les parlementaires communistes ont pu dresser un constat alarmant, mis en exergue par la pandémie du coronavirus, et élaborer une proposition de loi pour y remédier.

Depuis février 2018, les parlementaires communistes, députés et sénateurs, effectuent un tour de France des hôpitaux. En deux ans, ils ont pu visiter et rencontrer les personnels de quelque 150 établissements publics dans le pays. Ce qu’ils y ont entendu, ce qu’ils ont pu constater, prend une résonance toute particulière, alors que vient d’éclater une crise sanitaire historique. « Avant de commencer ce tour de France, nous avions effectué des visites dans nos départements respectifs, explique la présidente de la commission des Affaires ­sociales du Sénat, Laurence Cohen. Ce que nous avons constaté ensuite n’a fait que confirmer au plan national les situations locales. » Selon la parlementaire communiste, les soignants, et tout particulièrement les urgentistes, « tiraient la sonnette d’alarme ». « Ils nous expliquaient clairement qu’en cas d’épidémie de grippe plus importante ou d’épisodes de ­canicule, ils n’avaient plus les moyens de faire face. Ils nous répétaient tous qu’ils n’étaient plus assez nombreux, et qu’il n’y avait plus assez de lits. »
« On a cassé l’outil pour des considérations comptables »

Ce tour de France des hôpitaux a confirmé également que cette situation alarmante est bien le produit des politiques menées. « La gestion actuelle par Emmanuel Macron est en cause, mais le problème remonte bien plus loin dans le temps, assure Laurence Cohen. C’est le résultat de choix politiques continus depuis trente ans. » Des décisions qui sont toutes allées dans la même direction : « Réduire le nombre de lits, le nombre de personnels. Au lieu de partir des besoins de la population, on a cassé l’outil pour des considérations comptables, dénonce la sénatrice. Par exemple, lorsque l’on constate un manque de médecins, on “fédère les moyens”. Ce qui signifie que l’on éloigne les hôpitaux des populations qui en ont besoin, et par la même occasion, on multiplie les déserts médicaux. » Lors de leur tour de France, les parlementaires n’ont pas seulement rencontré les personnels soignants. « Nous avons eu également des entretiens avec les directions d’hôpitaux. Et au bout d’un moment, 90 % de ceux que nous avons rencontrés ont fini par nous exposer les problèmes. » Impossible pour les dirigeants de structures hospitalières de maintenir leur réserve… Laurence Cohen dénonce à partir de ces constats, les politiques conduites lors des quinquennats précédents : celle de Marisol Touraine comme celle de Roselyne Bachelot. La « réhabilitation » dont cette dernière bénéficie, à propos des commandes de vaccins contre la grippe A en 2009, ne doit pas faire oublier la loi à son nom, qui a créé des groupements hospitaliers sur les territoires, au détriment des hôpitaux publics de proximité.

Grâce à leur tournée, les parlementaires communistes ont préparé un projet de loi, « plus que jamais valable ». Ils proposent 100 000 créations de postes dans les hôpitaux publics, et 300 000 sur trois ans dans les Ehpad. « Nous avons remis cette proposition de loi à Agnès Buzyn, en mains propres, dit Laurence Cohen. Nous y faisons des propositions sur tout ce qui est mis en exergue par la crise du Covid-19 , y compris sur la question de la pénurie des médicaments. » Les déclarations d’intention du président ne rassurent pas l’élue. La note de la Caisse des dépôts et consignations, datée du 26 mars, sur un plan pour l’hôpital public, révélée le 1er avril par Mediapart, n’incite pas à l’optimisme : son orientation semble clairement néolibérale.

Diego Chauvet

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 05:38

La pandémie de coronavirus place notre pays et l’ensemble de l’humanité face à d’immenses défis. A commencer par celui de sauver les vies menacées, de protéger toute la population. Elle révèle aussi une crise de civilisation profonde et les méfaits désastreux de décennies de libéralisme qui ont fragilisé nos services publics et notre industrie, et par conséquence notre capacité d’action face à la crise sanitaire.

La lutte contre le COVID-19 appelle à une mobilisation exceptionnelle immédiate. Elle exige aussi de transformer notre mode de développement, l’utilisation de l’argent et de créer de nouveaux pouvoirs d’intervention pour les travailleurs, afin d’éviter que cette situation ne se répète et de répondre aux immenses défis à relever.

C’est tout le sens des propositions que le Parti communiste français met en débat aujourd’hui.

Covid_19 : les propositions du PCF
Covid_19 : les propositions du PCF
Covid_19 : les propositions du PCF
Covid_19 : les propositions du PCF
Covid_19 : les propositions du PCF
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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 12:55
Communiqué du PCF Finistère, 2 avril - Violences intrafamiliales – Mise à l'abri des plus vulnérables : garantir la continuité du devoir de protection de l'Etat et des collectivités et de la solidarité pendant la crise du COVID-19

COMMUNIQUE DE PRESSE du PCF Finistère – 2 avril 2020

« Violences intrafamiliales – Mise à l'abri des plus vulnérables : garantir la continuité du devoir de protection de l'Etat et des collectivités et de la solidarité pendant la crise du COVID-19

Le PCF 29 demande que l'Etat, la préfecture, et les collectivités (département, communes, communautés de commune) se mobilisent pour garantir la réalité du droit à l'accueil d'urgence et la mise à l'abri des plus vulnérables dans ce contexte de crise sanitaire.

La crise du Covid-19 frappe durement l'ensemble du pays. Il revient aux services de l'Etat de veiller à ce qu'elle ne soit encore plus cruelle avec les personnes et les familles qui sont déjà en situation difficile (problèmes de violences et de conflits familiaux, enfance maltraitée, précarité et difficulté à se loger). Le nécessaire confinement augmente les risques de violences intrafamiliales. Il y a urgence à répondre concrètement à cette situation.

Alors qu'elle évoque elle-même la hausse des signalements annoncée par Monsieur Castaner, la ministre Marlène Schiappa ne semble pas prendre la mesure de la gravité de la situation !Elle installe une « mission » pour « mesurer la prévalence des violences conjugales » pendant le confinement. Ce n’est pas d’une énième commission Théodule dont les victimes ont besoin mais bien de mesures concrètes, financées ! Or, sur ce point les annonces sont très loin d'être à la hauteur de la situation. De nombreux enfants étaient suivis par l'ASE en lien avec leur scolarité, d'autres étaient visités dans leur famille ou devaient être placés dans des familles d’accueil car ils/elles étaient en danger. La mise en place du confinement complique cet accompagnement indispensable pour protéger l'enfance mise en œuvre par les conseils départementaux. Il faut néanmoins mettre les moyens nécessaires pour que ces enfants puissent continuer à être protégés. Afin de répondre à l'urgence, le PCF demande que toutes les femmes et enfants identifiés par les services sociaux, l'ASE et les associations soient mis à à l'abri et en sécurité par l’État.

L'hébergement d'urgence doit aussi être garanti pour tou.tes, et sur tous les secteurs du département, notamment pour les familles, les parents avec des enfants. Le Covid-19 qui fragilise un peu plus les plus précaires ne doit pas s'accompagner d'une fermeture des possibilités d'accueil pour l'hébergement d'urgence. Plus que jamais notre société et notre département ont besoin de solidarité.

Nous sommes inquiets sur l'annonce de la création de 20 000 nuitées d’hôtel au niveau national. La réponse n'est pas à la hauteur des nouveaux besoins, notamment pour les femmes victimes de violences. De plus, quelle sera la mise en œuvre effective ? A quelle échéance sachant qu'actuellement l'offre de logement d'urgence tend à se raréfier ? Rapide calcul : cela correspond à environ 300 nuitées par département. De quoi mettre à l’abri 2 femmes pendant 90 jours. Cela nous semble très insuffisant, d'autant que les dispositifs d'hébergement d'urgence étaient déjà sous tension et ne garantissaient que partiellement le droit d'avoir un toit et la protection des sans-abris, notamment pour les migrant.es et les réfugié.es

Fédération du Finistère du Parti communiste français,

Le 2 avril 2020

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 12:13
PCF - Covid-19: Protéger la population, relever les défis de la crise

Avec la contribution « Covid-19 : Protéger la population, relever les défis de la crise » rendue publique cet après-midi, et à laquelle vous pouvez accéder avec le lien ci-dessous, le Parti communiste porte au débat public des mesures d'urgence, sanitaires et économiques, qui préfigurent des transformations profondes de notre société.

Protéger la population, c'est d'abord garantir la protection de tous les travailleurs des secteurs essentiels pour répondre aux besoins immédiats et vitaux du pays et renforcer l'hôpital public et les Ehpad. Toutes les activités économiques non essentielles doivent être arrêtées.

Cette crise nous appelle à relever d'immenses défis comme la relocalisation industrielle d'activités stratégiques, à commencer par les secteurs pharmaceutique et médical, avec des nationalisations sous contrôle des travailleurs. Ou encore le défi du développement de tous les services publics dont nous mesurons à quel point ils jouent un rôle essentiel aujourd'hui. 

A partir de ces propositions, nous lançons un appel à tous les citoyen.ne.s et toutes les forces associatives, syndicales, de gauche et écologistes pour engager un travail en commun, commencer à créer, dès à présent, des réseaux de solidarité, élaborer et mettre en œuvre les solutions les plus efficaces pour mettre un terme à cette épidémie, échanger sur le changement que nous voulons, sur la France que nous voulons, sur la société dans laquelle nous voulons vivre. Et commencer dès maintenant, toutes et tous ensemble, à la faire vivre.


Contribution du Parti communiste français – 31 mars 2020
Covid-19 - Protéger la population, relever les défis de la crise


 

La pandémie de coronavirus place notre pays et l’ensemble de l’humanité face à d’immenses défis. À commencer par celui de sauver les vies menacées, de protéger toute la population. C’est l’absolue priorité, celle qui doit guider tous les choix. Alors que l’épidémie prend de l’ampleur, chaque heure compte pour agir et faire passer l’humain avant toute autre considération. Notre vie à toutes et tous a été bouleversée par cette épidémie et par les mesures pour y mettre un terme. Nous voulons avant tout apporter tout notre soutien aux personnes touchées par la maladie et adresser nos condoléances aux familles des victimes.
à faire circuler dans tes réseaux.
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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 08:03
Lutte contre le coronavirus - L'Humanité des débats - Gérard Miller, Elsa Faucillon, Stephane Peu - état de droit contre état de guerre
Dimanche, 29 Mars, 2020
Lutte contre le coronavirus. Macron a-t-il raison de parler de guerre ?

Par Gérard Miller, psychanalyste et éditorialiste et Par Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine, et Stéphane Peu, député PCF de Seine-Saint-Denis

 

UN INUTILE COUP DE MENTON

Par Gérard Miller, psychanalyste et éditorialiste

Tout en respectant scrupuleusement les consignes qui sont données à tout un chacun pour ralentir la progression du Covid-19, je fais néanmoins partie de ceux qui contestent le désir d’Emmanuel Macron de nous voir tous « partir en guerre » contre ce terrifiant virus. Suis-je à la fois discipliné et insoumis ? Disons plus prosaïquement que je me suis toujours méfié de l’usage que nos gouvernants font du mot « guerre ». Quand cela les arrange et alors même que le conflit est tout ce qu’il y a de plus armé, ils sont par exemple capables de nier l’évidence pendant des années et de parler « d’événements » – on a connu ça en Algérie quand il fallait minimiser le mouvement de libération nationale. Tout au contraire, quand ils ont besoin qu’aucune tête ne dépasse et surtout qu’aucune bouche ne s’ouvre, ils n’hésitent pas à sortir illico les drapeaux et les clairons, et imposent au pays de marcher au pas comme s’il n’y avait dès lors qu’une seule direction à suivre.

Pour disqualifier définitivement l’argumentation d’un adversaire, on sait qu’il convient d’atteindre le point Godwin : trouver un lien supposé avec le nazisme pour clouer le bec dudit adversaire sans appel. Eh bien, quand j’ai entendu le président de la République lever le menton et marteler à plusieurs reprises que nous étions en guerre, j’y ai vu un stratagème équivalent. Brandir tel un étendard le signifiant « guerre » au moment précis où les questions se bousculent et où il est difficile de croire que nos gouvernants n’ont aucune responsabilité dans la catastrophe en cours m’est apparu comme un coup de poker politique, comme une entreprise hasardeuse basée en partie sur le bluff. Insister sur la gravité extrême de la situation, impliquer chaque citoyen, faire appel à toutes les énergies, imposer des mesures draconiennes, très bien. Mais pourquoi miser sur les affects mortifères qu’une guerre suscite en nous plutôt que sur ceux, pas moins stimulants, que nous sommes capables de mobiliser, en temps de paix, dans les moments les plus graves ?

Parler de guerre m’apparaît donc comme un véritable coup de poing discursif, ce qu’on pourrait appeler une objection dirimante, c’est-à-dire une objection dont la force contraignante a pour objectif de ne nous laisser aucune possibilité de recours. Or, dans une démocratie, même quand le pire est là, les citoyens contribuent à l’intérêt général en étant solidaires et éventuellement disciplinés, mais également critiques.

ON A BESOIN D'UN « ÉTAT DE DROIT » PAS D'UN « ÉTAT DE GUERRE »

Par Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine, et Stéphane Peu, député PCF de Seine-Saint-Denis

À quelques jours d’intervalle, les 12 et 16 et 27 mars, le chef de l’État s’est adressé à la nation dans des registres bien différents. Le jeudi 12 mars, il s’est livré à un éloge, inédit chez lui, de l’État social, des services publics et des mécanismes collectifs de protection sociale. Le pays entier fut d’ailleurs surpris de ce changement de pied, et de voir pour l’occasion la quincaillerie libérale de l’État macronien jetée par-dessus bord : l’État au service du marché, de la concurrence, le dogme de la compétition…

C’est d’abord le signe de la grande confusion qui règne au sommet de l’État à cet instant précis, et qui continue de se manifester dans les injonctions paradoxales du gouvernement : «  Restez chez vous » et, en même temps, «Allez travailler ». Manifestement, les repères du président de la République sont inefficaces pour analyser et répondre à la grave crise sanitaire que nous traversons. Le roi est nu, il en a conscience, c’est pourquoi il cherche de tous côtés de quoi habiller son inconséquence.

Le 12 mars, il est allé provisoirement chercher des accents de sincérité du côté des principes fondateurs de notre République : la solidarité, l’entraide, le bien commun. Dans cette intervention, Emmanuel Macron fut en quelque sorte obligé de « donner le point » à des valeurs dont il devient chaque jour plus évident qu’elles tracent le chemin pour endiguer l’épidémie. Elles devraient à nos yeux remplir l’imaginaire de la suite, pour relever des défis d’ampleur : celui du réchauffement climatique ou encore d’une économie sobre et juste.

Cette concession de langage fut de courte durée. Le 16 mars, avec un discours martial, il déclarait abusivement « l’état de guerre » contre le virus. Et le 27 mars, enfonçant le même clou, c’est en bien dans la posture du « chef des guerre » qu’Emmanuel Macron s’est exprimé à Mulhouse, en posant devant des tentes militaires. Mais c’est aux êtres humains que l’on mène d’ordinaire la guerre : la guerre économique et la guerre sociale, qui se finissent toujours en guerre « tout court ». On comprend certes qu’il était indispensable d’exprimer la gravité de la situation et de susciter les comportements adéquats. Mais il n’est pas interdit d’y voir les prémices d’une « stratégie du choc » : créer un effet de sidération pour amplifier le travail destructeur de notre système social, une fois la crise sanitaire terminée. C’est en creux ce qui inspire la loi d’urgence sanitaire votée ce week-end, contre l’avis des députés communistes, et les mesures discrétionnaires qu’elle contient. Déclarer la guerre, c’est préparer l’après-guerre où tout est permis, y compris une austérité à tout-va et un productivisme à tout prix.

Non, la contrainte d’un « état de guerre » ne nous est d’aucune aide pour nous débarrasser du virus, à l’inverse de « l’État de droit », qui lui fédère les énergies des citoyens, des salariés. Aucune course aux armements ne réduira le Covid-19, mais bien la coopération des scientifiques du monde entier, échangeant leurs données. Ce n’est pas de la rivalité entre les nations, mais de leur entraide, se prodiguant tour à tour matériels et soignants, dont il dépend que nous soyons guéris. Et nos médecins comme nos infirmières.iers ne sont pas des soldats destinés à tomber au front : ils et elles doivent être protégés et soutenus pour pouvoir prendre soin de tous. Quant au « jour d’après » qui jetterait les bases d’une société plus juste, il n’a nul besoin d’un quelconque armistice pour être proclamé, il commence aujourd’hui.

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 08:01
Le PCF et la lutte pour l'émancipation des peuples - par l'historien Alain Ruscio ( PCF - 100 ans d'histoire - Cause Commune, n°14-15)

Le PCF et la lutte pour l'émancipation des peuples

Par

En lien avec la situation politique et sociale, l’anticolonialisme n’a pas toujours suivi une ligne droite au sein du PCF mais il en a été une ligne de force avec des chemins divers selon les pays.

En Europe, jusqu’à la guerre de 1914, dominait l’idée que les peuples des autres continents étaient des sauvages ou des attardés, vivant sous des régimes despotiques. La colonisation leur apportait donc la civilisation et la liberté. Comment les mouvements socialistes et communistes se sont-ils comportés face à ces croyances ?
Il y a une offensive concertée du parti colonial et plus généralement de la bourgeoisie française après la défaite de 1870 : se rendant compte que les espoirs de grandeur de la France et de nouvelles sources de profits sont barrés en Europe par la supériorité des Prussiens, ils se reportent sur l’outre-mer. En gros, entre 1880 et 1914, l’empire colonial double. C’est l’époque des conquêtes de la Tunisie, du Maroc, l’achèvement de celles de l’Indochine et de l’Afrique subsaharienne. Les classes dirigeantes accompagnent ces aventures d’une propagande visant à faire adhérer l’ensemble de la population à l’idéologie coloniale. On parle beaucoup de l’Exposition coloniale de 1931 à Paris mais une quinzaine d’autres, l’ont précédée : à Lyon en 1894, à Marseille en 1906… Cette propagande est omniprésente dès les bancs de l’école, puis dans la presse pour adultes (L’Illustration), pour enfants (L’Intrépide, Bécassine). En 1914, la conquête des esprits est achevée.

« 1925-1935 est la décennie héroïque du PCF contre le colonialisme, l’engagement est très fort, le droit à l’indépendance est proclamé (dès 1926 pour l’Algérie), il est alors victime de la répression systématique de la part de la droite, des radicaux et des socialistes. »

À cette époque, l’opposition vient surtout des anarchistes, mêlant dans leur protestation anticléricalisme, antimilitarisme et anticolonialisme. Le mouvement syndical ou socialiste y porte peu d’attention, mis à part quelques pics de protestation, comme au congrès de Romilly du Parti ouvrier français en 1895 avec Jules Guesde. Au début du XXe siècle, Jean Jaurès (le second Jaurès) est à peu près le seul homme politique socialiste français à prendre la mesure du problème, il est parvenu au seuil de l’anticolonialisme.

La création du Parti communiste, c’est l’acceptation des vingt et une conditions de l’Internationale de Lénine. La huitième ordonne explicitement « de soutenir, non en paroles, mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger l’expulsion des colonies des impérialistes de la métropole », etc. Le PCF a-t-il exactement suivi ces préceptes lors de ses premières années ?
Au congrès de Tours, le colonialisme est très peu évoqué. L’exception, c’est Nguyen Ai Quoc (qui prendra le pseudonyme de Ho Chi Minh en 1942). Il est soutenu par Paul Vaillant-Couturier et quelques autres (dont Jacques Doriot, qui n’a pas encore entamé sa trajectoire vers tout autre chose). Mais la question est considérée comme annexe. Les congressistes sont séduits par la radicalité du processus issu de la révolution d’Octobre, l’adhésion aux vingt et une conditions se fait en bloc et la huitième est avalée avec le reste, sans forcément y accorder une importance centrale. La présentation que fait Jean Fréville dans La nuit finit à Tours (éditions sociales, 1950)est idyllique : l’anticolonialisme du jeune mouvement communiste fut un processus et non une adhésion brusque. Le vrai tournant, c’est la guerre du Rif en 1925, chez les communistes, notamment avec Maurice Thorez. Le PCF noue à ce moment des alliances plus ou moins solides avec la CGTU, les surréalistes, les anarchistes. Le mouvement ouvrier n’est pas spontanément anticolonial.

À l’époque du Front populaire, le PCF a-t-il fléchi dans son combat anticolonial pour faire plaisir aux socialistes et aux radicaux ?
1925-1935 est la décennie héroïque du PCF contre le colonialisme, l’engagement est très fort, le droit à l’indépendance est proclamé (dès 1926 pour l’Algérie), il est alors victime de la répression systématique de la part de la droite, des radicaux et des socialistes. Avec le Front populaire, un virage est pris. Le danger fasciste en Europe, l’agressivité japonaise en Indochine sont trop importants, le raisonnement communiste est qu’il faut se rapprocher des radicaux et des socialistes. Les mots d’ordre d’indépendance disparaissent pratiquement jusqu’aux années 1950. Quand Maurice Thorez prononce son discours sur la « nation algérienne en formation » (février 1939), il envisage la possibilité d’une union fraternelle entre les peuples français et algérien. Le fond de la logique de la politique communiste, alors, c’est l’espoir que l’approfondissement de la démocratie française, en particulier grâce au poids du PCF, débouchera sur la démocratisation de la situation coloniale, puis à une « union fraternelle » des peuples de métropole et des colonies. Logique qui se révélera tragiquement illusoire.

Même question pendant la Résistance et à la Libération, pour ne pas froisser les gaullistes ? Comment comprendre l’attitude du PCF face aux massacres du 8 mai 1945 à Sétif en Algérie ?
Dans la première partie de la Seconde Guerre mondiale, il y a un retour à un esprit anticolonialiste. Ensuite, avec le ralliement au gouvernement provisoire de la République française, le discours communiste change : tout pour le combat antinazi. Sur la question coloniale, on colle au programme du Conseil national de la Résistance (CNR), qui est réformiste en la matière : amélioration du sort des « indigènes », abrogation du travail forcé, programme de scolarisation, etc. Après la Libération, le PCF reprend « l’esprit Front populaire » : il estime pouvoir à lui seul entraîner la France dans une voie démocratique au socialisme ; les problèmes des colonies se résoudraient alors naturellement.

« La direction du PCF préfère et impose “paix en Algérie”, plus rassembleur, plus susceptible de mobiliser les gens.»

Le 8 mai 1945, le PCF est passé totalement à côté d’une analyse lucide. La notion de « complot fasciste » (sous-entendu pour combattre l’union de la Résistance) l’a complètement aveuglé. Le PCF assimile alors tout ce qui se dresse contre cette « France nouvelle » à des alliés « objectifs » des nazis. Des choses abominables ont été écrites contre les nationalistes. Un fossé infranchissable en est résulté : pour les Algériens la confiance avait été trahie. De premières nuances apparaissent en juillet-août 1945, un tract parle de six mille morts, mais la coupure ne sera jamais cicatrisée.

La France avait beaucoup de colonies : Indochine, Afrique du Nord, Afrique équatoriale, Madagascar, Antilles, etc. Y avait-il des partis communistes autonomes dans ces pays ou s’agissait-il d’antennes du PCF ? Les politiques du parti français étaient-elles différentes dans ces divers cas ?
Ces cas sont effectivement très différents. Commençons par l’Indochine, c’est-à-dire surtout par le Vietnam (car il se passe peu de choses au Cambodge et au Laos). Nguyen Ai Quoc est en France de 1918 à 1923, c’est un baroudeur de la révolution mondiale. Le PC vietnamien est créé par lui en 1930 sans aucun lien avec le PCF. Il ne rend des comptes qu’à l’Internationale. Bien entendu, la répression s’abat sur ce parti : morts, martyrs de toutes sortes, mais il maintient une implantation importante dans la population pauvre du pays. Quand Ho Chi Minh prend le pouvoir en 1945, il n’a demandé la permission à personne, ni au PCF, ni à Moscou.

« Le 8 mai 1945, le PCF est passé totalement à côté d’une analyse lucide. La notion de “complot fasciste” (sous-entendu pour combattre l’union de la Résistance) l’a complètement aveuglé. »

En Algérie, où il y a un mélange de trois populations (pour dire vite : européenne, juive et musulmane), les musulmans sont majoritaires parmi les communistes. De 1920 à 1936, les communistes sont organisés en trois « régions » (Oran, Alger et Constantine), au même titre que la Haute-Garonne ou un autre département. L’Internationale insiste fortement pour la fondation d’un parti autonome en Algérie. Le Parti communiste algérien (PCA) est fondé en octobre 1936, mais il reste de fait dépendant du PCF jusqu’aux années 1950. Pourtant, le PCA prend progressivement ses distances avant même 1954 et comprend beaucoup mieux que le PCF la maturation du mouvement nationaliste.
Ailleurs, avant 1945, il n’y a pas grand-chose, les organisations communistes sont faibles ; il existe quelques noyaux à Madagascar, au Sénégal et surtout aux Antilles avec Aimé Césaire, qui fut membre du PCF de 1945 à 1956.

Et que peut-on dire à propos du 29 mars 1947 à Madagascar ?
C’est très différent du 8 mai 1945 en Algérie. D’abord, l’ampleur de la répression est très peu connue en France. Dans ses Mémoires, Vincent Auriol dit que Maurice Thorez, au vu des quelques informations dont il disposait, a protesté tout de suite en conseil des ministres. Un mois après, les communistes sont chassés du gouvernement. Le parti entre alors dans une phase très anticolonialiste, en particulier contre la guerre d’Indochine, dont il a dirigé de fait toutes les actions, notamment lors des grandes grèves des dockers, qui commencent dès 1949.

Les soulèvements des peuples coloniaux revêtent aussi des côtés nationalistes et religieux. N’y avait-il pas là de quoi mettre mal à l’aise le PCF ?
La question se pose surtout en pays d’islam, beaucoup moins ailleurs. En 1920-1925 les sections algériennes du PCF en débattent. Les uns disent : « La religion, c’est l’opium du peuple, il faut combattre l’islam. » Les autres estiment qu’en raisonnant ainsi, on restera éternellement une secte européenne sans prise sur les masses. Ce sont les seconds qui imposent leur point de vue, autour de Maurice Thorez et de Paul Vaillant-Couturier. C’est évidemment une prise en compte de la vraie conception de la religion chez Marx, qui est aussi l’expression de la détresse réelle et la protestation contre cette détresse. Le PCA devient rapidement un parti de masse, avec 60 % de musulmans (ou considérés comme tels), y compris avec des paysans analphabètes qui intègrent très bien la lutte des classes ! À sa tête, on trouve des Européens, mais aussi des « musulmans », tels Larbi Bouhali, Sadek Hadjerès, Bachir Hadj Ali, Ahmed Akkache, etc. C’est une force qui compte à la veille de l’insurrection, certes très loin derrière les nationalistes de Messali Hadj.

Les positions et actions du PCF à l’époque des guerres coloniales (Indochine, Algérie) ont-elles évolué, fluctué ? Et pourquoi ?
Il y a au moins trois guerres coloniales : l’Indochine, l’Algérie et le Cameroun (cette dernière totalement oubliée). Prenons-les dans l’ordre. En Indochine, on constate certes un petit tâtonnement au début, les communistes se demandant qui dirige cette lutte, car le nom (pseudo) d’Ho Chi Minh est inconnu. Mais le PCF comprend très vite la nature réelle du « Viet Minh ». Dès lors, tout est simple, sa lutte est de l’anticolonialisme à l’état pur. Des grèves très dures se développent, particulièrement chez les dockers, des militants qui se couchent sur les voies comme Raymonde Dien, l’affaire Henri Martin, etc. Tout cela est réprimé très durement par les gouvernements dits du centre ou de gauche de la IVe République, des quantités de dirigeants communistes ou cégétistes sont mis en prison, y compris Jacques Duclos. Le PCF présente Dien Bien Phu en 1954 comme une victoire du peuple vietnamien. On notera qu’il est très en avance sur Moscou, Staline ayant superbement ignoré le PC vietnamien : l’indépendance du 2 septembre 1945 ne sera reconnue par l’URSS qu’en février 1950 !

« Après la Libération, le PCF reprend “l’esprit Front populaire” : il estime pouvoir à lui seul entraîner la France dans une voie démocratique au socialisme ; les problèmes des colonies se résoudraient alors naturellement. »

En Algérie, c’est très différent. Le PCF et le PCA (qui a presque vingt ans d’existence lorsque commence la guerre d’indépendance) ne réagissent pas toujours de la même façon. D’abord, quand éclate l’insurrection, personne ne sait ce qu’est le Front de libération nationale (FLN). Le PCF approuve la lutte mais montre une méfiance sur la forme : un communiqué du bureau politique, le 7 novembre, envisage que ce soit une provocation (sans employer ce terme). Surtout, organiser la lutte en France est très difficile. Dans la population, le racisme antialgérien est cent fois plus fort que le racisme antivietnamien. Environ trois cent mille Algériens vivent en France, qui sont en butte à toutes sortes de discriminations, parfois mis au ban de la société. Ensuite, les nationalistes algériens eux-mêmes ne veulent aucun parrainage et refusent le contact avec les communistes. Il ne faut pas oublier non plus que les règlements de comptes entre FLN et Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) en France font environ quatre mille morts, soit bien plus que les répressions policières.
Le mot « indépendance » est prononcé dès novembre 1954, mais ce ne peut pas être un mot d’ordre de masse, au vu de la faible réceptivité du public potentiel, ce n’est pas lui qui est mis en avant. La direction du PCF préfère et impose « Paix en Algérie », plus rassembleur, plus susceptible de mobiliser les gens. De fait, il faut bien reconnaître qu’il y a très peu de manifestations de masse de rue (avant Charonne, en février 1962) et elles sont toujours très sévèrement réprimées. L’Humanité joue son rôle et elle est saisie à de nombreuses reprises. Le PCF utilise des moyens de lutte, qu’on peut estimer pas très flamboyants ou plus discrets, mais qui sont réels, comme les discours des maires lors des obsèques de soldats tués en Algérie, les aides matérielles.
Au Cameroun se constitue un mouvement d’indépendance un peu du type viet-minh avec l’Union des populations du Cameroun (l’UPK) : maquis, opérations militaires, cours d’alphabétisation, zones libérées. Quand le gouvernement français voit cela, notamment avec Pierre Mesmer, haut commissaire de France au Cameroun, il s’empresse de créer une nouvelle armée et d’installer par l’armée française un dictateur sanglant, Ahidjo ; des zones entières sont napalmisées. Pendant ce temps, on a fait croire aux Français que la décolonisation de l’Afrique subsaharienne se fait dans le consensus. Le PCF a protesté, mais a été peu écouté ;il est vrai qu’il était affaibli après 1958 et au début des années 1960.
Il faut dire aussi un mot du Maroc et de la Tunisie. La décolonisation n’a pas été aussi pacifique qu’on le fait croire habituellement. En Tunisie, en 1952, une révolte paysanne est matée dans le sang. Le PCF a rempli le Vél d’Hiv avec un meeting dont le mot d’ordre était « la Tunisie aux Tunisiens ». Il a protesté contre la déposition du sultan du Maroc (pourtant très féodal). Alors que tous les autres partis politiques ont été complices ou responsables de la répression. Certes, des personnalités comme François Mauriac ont eu une attitude courageuse, en particulier vis-à-vis du Maroc, mais en tant que parti seul le PCF a protesté.

On dit souvent qu’on est passé du colonialisme à des indépendances plus ou moins factices et au néocolonialisme de fait (économique, voire politique). Quelle a été l’attitude du PCF à cet égard ?
Le néocolonialisme est très ancien, ce n’est pas une invention de De Gaulle et de Jacques Foccart. Les classes dirigeantes françaises ont toujours eu le souci de prévoir les lendemains, par une formation d’élites africaines croupions francophiles, alliées objectives du colonialisme. Mitterrand, ministre de la France d’outre-mer dans les années 1950, a joué ce jeu. Par exemple, il a mis le marché dans les mains d’Houphouët-Boigny, alors en prison (rappelons que les députés des colonies, quelle que fût leur couleur réelle, étaient apparentés PCF), disons en termes imagés : ou tu coopères avec nous ou tu restes en prison. Et Houphouët a été retourné.
De Gaulle était colonialiste, jusqu’à ce qu’il se rende compte que l’investissement dans les aventures coloniales était supérieur aux gains qu’on pouvait en tirer. Sa politique a consisté à octroyer aux divers pays des « chefs noirs » soumis et bienveillants, qui ont eu des avantages matériels considérables, afin de continuer à tirer des profits des ex-colonies. Tous les pays qui souhaitaient sortir un peu de ce cadre ont été cassés, à commencer par la Guinée de Sékou Touré. Même la tentative d’union entre le Mali de Modibo Keita et le Sénégal de Léopold Sédar Senghor a été sabotée par Foccart. Le PCF a été assez clairvoyant sur ce processus, mais cela s’est passé dans un moment où il était affaibli et où il avait moins de prise sur la société.

Depuis un demi-siècle, il existe ce qu’on appelle des DOM-TOM. S’agit-il en fait de « colonies » et quelle a été la politique des partis communistes français, guadeloupéen, martiniquais, réunionnais ?
La loi de départementalisation a été votée en 1946, sous l’influence d’Aimé Césaire (Martinique), de Raymond Vergès (La Réunion), etc. Mais on a reconnu bientôt que ce n’était qu’illusions et elle fut l’objet d’une autocritique ultérieure. Les communistes de ces territoires n’étaient pas indépendantistes, ils voulaient une certaine autonomie. Quand Aimé Césaire a rompu avec le PCF en 1956 et créé le Parti progressiste martiniquais (PPM), il a tenu la dragée haute aux partis communistes des Antilles et de La Réunion, mais ceux-ci ont continué leur action, sans que le PCF exerce sur eux beaucoup d’influence.

Alain Ruscio est historien. Il est docteur en histoire contemporaine de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

Le PCF et la lutte pour l'émancipation des peuples - par l'historien Alain Ruscio ( PCF - 100 ans d'histoire - Cause Commune, n°14-15)
Jeudi, 7 Février, 2019 - L'Humanité
Essai. Une histoire algérienne

Les Communistes et l’Algérie Alain Ruscio La Découverte, 663 pages, 28 euros
Alain Ruscio aborde avec passion le fil de cette relation très forte et compliquée entre les communistes, leurs organisations et l’Algérie.

 

Voici un grand livre dont personne ne pourra mésestimer l’importance. L’analyse profonde des relations singulières, extrêmement compliquées, entre le communisme contemporain et l’histoire de l’Algérie supposait audace, subtilité et probité : l’auteur n’a manqué ni de l’une, ni des autres. Interroger des mémoires multiples, souvent contraires, consulter des travaux innombrables, travailler dans les « sources » à la recherche de données nouvelles (archives publiques et privées, procès-verbaux d’organismes politiques comme l’Internationale communiste, le PCF, le PCA, etc.), s’informer dans les journaux, relire les débats parlementaires, consulter les enquêtes, officielles ou non… Alain Ruscio n’avance rien dans son livre qui ne soit référencé. Son ouvrage sera une pièce maîtresse dans le vaste forum livresque consacré à l’histoire de la révolution algérienne.

Il aborde d’abord la précocité et la force de la pénétration du « communisme » en Algérie, dès les années 1920, à la suite de la création du PCF et jusqu’à la fondation du Parti communiste d’Algérie en 1936. Jamais l’historien ne perd de vue le poids déterminant du statut colonial et spécifique de l’Algérie, en sorte qu’on saisit à quel point toutes les tentatives de prétendues réformes, qui ont toutes avorté, n’ont fait que nourrir l’aspiration grandissante des masses autochtones arabo-musulmanes, soumises à la règle de l’indigénat, à l’indépendance de l’Algérie. C’est dans ce cadre qu’Alain Ruscio évalue l’importance relative des mouvements que les protagonistes de la domination coloniale appellent les « séparatistes ». C’est aussi à cette aune qu’il faut apprécier le caractère utopique, illusoire voire fantomatique, de la thèse émise par Maurice Thorez en 1939 de « la nation algérienne en formation » qui devint la référence constante des communistes de France jusqu’à 1954-1956.

l’évolution du PCF et celle spécifique du PCA

Si la revendication de l’indépendance de l’Algérie est devenue dès avant 1940 le fondement du rassemblement politique du peuple algérien, le recours à l’insurrection armée de novembre 1954 doit beaucoup à la violence ahurissante, déshonorante, du colonialisme français en Algérie, surtout après les massacres de mai-juin 1945. À cette barbarie insupportable, contre laquelle en France même, hors les communistes et quelques grands esprits clamant dans le désert, l’opinion publique, gangrenée par la réalité même du colonialisme porteur de racisme, fut pour le moins indifférente. Le programme du Conseil national de la Résistance, si avancé, fut, par exemple, de grande indigence s’agissant des colonies, en particulier sur l’Algérie.

La partie la plus éclairante du livre nous replace en plein dans la « guerre d’Algérie », comme on dit désormais officiellement après avoir condamné si longtemps ceux qui la dénonçaient en réclamant la paix ! Le récit montre l’évolution du PCF et celle, spécifique, du PCA, face à une insurrection nationale qui s’impose dans les faits, dès 1955, comme la seule voie d’accès à l’indépendance. Le PCA s’y ralliera sans réserve et ses militants, certains d’origine européenne, seront intégrés dans l’Armée de libération nationale. Retenons ici, au milieu d’un récit haletant, les pages consacrées à Maillot, Iveton, Alleg, Audin, les Guerroudj, Inal. L’évolution du discours du PCF se lit en deux phases : la première de 1954 à 1957, à la suite de l’échec de la mobilisation du 17 octobre, le fait passer de la réclamation de la paix par la reconnaissance du droit à l’indépendance (au « divorce » !), à la réclamation d’une négociation impliquant l’indépendance, intégrant la fin des illusions relatives à une prétendue « union française ». Le moment terrible du vote des pouvoirs spéciaux, en mars 1956, cette fatale « erreur » (Roland Leroy, 2001), a facilité le ralliement de la social-démocratie française à la stratégie colonialiste et à la relance de la visée impérialiste. Qui oserait encore réhabiliter les Mollet, Lejeune et Lacoste, adeptes enfiévrés du fusil d’assaut et du sac au dos ? Il est vrai qu’à l’époque, la SFIO, antécédent du PS d’hier, était, non à « gauche » mais à l’« Ouest », et à ce titre accueillait le tout-venant de la droite atlantiste et du centre, comme le Mitterrand de ce temps-là, garde des Sceaux et patron de la guillotine, qui osa déclarer : « La négociation, c’est la guerre ! »

L’auteur ne sous-estime jamais les difficultés du combat de soutien en France à la cause de l’Algérie, ni les effets de l’évolution interne du FLN, ni les possibles alternatives internes qui ont pu se manifester. Il montre combien les tensions internes au nationalisme algérien ont conduit les insurgés FLN à éliminer les fidèles du MNA de Messali ; il note combien les positions aventuristes de quelques-uns dans la fédération de France ont pu rendre difficiles, en France même, les mobilisations de l’opinion alors que la répression, les saisies de la presse communiste et les intimidations systématiques en rendaient l’exercice périlleux… Ce qui ne fait que renforcer la grande portée de l’engagement des avocats communistes, celui d’Aragon et des Lettres françaises, le courage de grands universitaires communistes comme Jean Dresch, dont l’enseignement est aussi inoubliable que l’engagement.

Rien donc ne manque dans l’essai d’Alain Ruscio, ni l’élan du savoir, ni la précision des faits analysés. Sa démonstration se montre fidèle à ce qu’énonçait son introduction et que livre sa conclusion : il y a eu « une résistance communiste » à la guerre d’Algérie. Et celle-ci a porté la marque et montré les limites de ce qu’on savait alors de la nécessité historique des mouvements de libération anticolonialiste, qui relevaient encore pour une part de l’impensé. Ici se mesurent à la fois la grandeur et les limites de la bataille communiste.

Claude Mazauric Historien
 
Le PCF et la lutte pour l'émancipation des peuples - par l'historien Alain Ruscio ( PCF - 100 ans d'histoire - Cause Commune, n°14-15)
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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 10:17
Face au Coronavirus, nous avons besoin de solidarité entre les peuples et les nations d’Europe (Fabien Roussel)
Face au Coronavirus, nous avons besoin de solidarité entre les peuples et les nations d’Europe (Fabien Roussel)

Dans son allocution de Mulhouse hier soir, le Président de la République a beaucoup parlé de « guerre ». Mais, bien qu’il se soit exprimé à l’une des frontières de notre pays, il n’a qu’à peine évoqué la solidarité européenne. Et pour cause : l’union européenne est aux abonnés absents !

La crise sanitaire, économique et sociale que précipite la pandémie de coronavirus met à nu la totale faillite de la construction capitaliste de l’UE. La passivité de la Commission européenne et des gouvernements européens face à une crise mondiale aussi grave est proprement scandaleuse.

Ceux-ci sont incapables d'impulser de la coopération ou de l'entraide entre les États, livrés à eux-mêmes. En quelques jours, les critères budgétaires de l’Union européenne appliqués aux États sont apparus ubuesques. Ils ont d'ailleurs été levés, preuve qu'ils sont un frein aux politiques d'investissement et de soutien aux économies nationales.

De plus, les mesures proposées telle que le rachat de dettes souveraines par la BCE sont loin d'être à la hauteur de la crise qui frappe les Etats membres.

La pandémie exige une grande solidarité et une totale coopération entre les peuples et les nations d’Europe. Elle requiert une mutualisation des moyens, notamment en matière de production de matériels sanitaires. Comment peut-on croire que les 27 pays de l’Union européenne seraient incapables de réunir des industriels, des ingénieurs, des outils de productions pour faire face aux besoins criants de tous les hôpitaux ? Nous disposons des forces suffisantes pour produire en urgence des respirateurs, des masques, des médicaments.

De même, la Banque centrale européenne doit répondre immédiatement aux besoins de tous les pays de l’Union européenne confrontés à l’arrêt de leur économie. La création de monnaie et les prêts à taux 0% sont des outils à mettre au service des États de manière exceptionnelle.

La crise de l’Union européenne démontre la nécessité d’en finir avec les dogmes de la « concurrence libre et non faussée », comme avec les politiques d’austérité européennes. Pour reconstruire une Europe de la coopération et de la solidarité entre les peuples, il faudra demain mettre en place un nouveau pacte européen pour sortir enfin des règles d’or budgétaires qui ont tant affaibli les services publics, dont ceux de la santé.

Le Président de la République aime à évoquer « le jour d’après ». Pour le PCF, le jour d’après se prépare maintenant, avec ses alliés et partenaires européens.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF,

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 07:14
1944-1947 : forces et faiblesses du premier parti de France - par Jean-Paul Scot - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
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Avec 28,8 % des suffrages aux élections législatives du 10 novembre 1946, 172 députés et 15 apparentés, 819 000 adhérents, 11 quotidiens nationaux et 75 hebdomadaires quadrillant tout le pays, le PCF n’a jamais été aussi puissant.

Le 4 décembre, le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, ministre d’État depuis un an, ne peut être investi à la tête du « gouvernement d’union démocratique, laïque et sociale, à présidence communiste », dont il a présenté le programme. Il n’obtient que 259 voix, loin des 310 requises ; la majorité des députés socialistes SFIO a voté contre.
De fait, la force d’un parti communiste ne dépend pas seulement du nombre de ses adhérents et de ses électeurs, mais de sa capacité à entraîner les classes populaires et à affaiblir le grand capital, seuls moyens de modifier le rapport des forces politiques nationales. La poussée des forces démocratiques est bien réelle jusqu’en mai 1946 ; puis leur recul révèle l’isolement progressif du PCF. En témoigne le tirage quotidien de L’Humanité qui culmine à 532 500 exemplaires en novembre 1945, se stabilise à 475 000 jusqu’en mai 1946, puis décroche et tourne autour de 400 000.

Un authentique parti national…
Dès la Libération, la direction du parti réaffirma la stratégie d’union de la nation française, qu’elle avait formulée lors du Front populaire antifasciste et réactivée en 1941 avec le Front national de la Résistance. Mais, pour que le « parti des fusillés » conserve le rôle décisif qu’il a joué dans la lutte clandestine, une rectification stratégique s’imposa. Alors que de Gaulle procédait à la « restauration de l’État » et dénonçait un « double pouvoir » communiste, Maurice Thorez, incité à la prudence par Staline, dut dissiper les illusions d’« une révolution faite par une minorité » et réaffirmer que « l’objectif, c’est la lutte pour la démocratie vraie, ce n’est pas la lutte pour le pouvoir des soviets » (21 janvier 1945). Non sans incompréhensions !

« Ambroise Croizat regroupe dans la Sécurité sociale les allocations familiales, les assurances maladie et les retraites ; gérée par les élus des travailleurs, elle est bienla “plus belle fille de la Libération”. »

Pour articuler lutte nationale et lutte des classes, le Xe Congrès (26 au 30 juin 1945) relance la tactique du Front unique PCF-SFIO, avec la CGT réunifiée comme partenaire principal et les unions des femmes et des jeunesses françaises comme relais, avec trois objectifs : « Renaissance, démocratie, unité ». Si la SFIO rejette la fusion dans un « parti unique de la classe ouvrière » que lui propose le PCF, elle ne peut refuser l’unité d’action. Et la CGT, forte de cinq millions de syndiqués, prend l’initiative de faire actualiser le programme du Conseil national de la Résistance et d’en exiger l’application immédiate par le gouvernement provisoire présidé par Charles de Gaulle.
Une telle dynamique se traduit, lors des élections à l’Assemblée constituante du 21 octobre 1945, par une avancée inédite de la gauche et l’inversion de la hiérarchie de 1936 : le PCF devient le premier parti de France (26,2 % des suffrages) devant la SFIO (23.8 %). C’est ce rapport de forces qui contraint Charles de Gaulle à appeler au gouvernement six ministres communistes. C’est lui encore qui le force à démissionner le 20 janvier 1946 suite au refus de son projet de régime présidentiel. Les socialistes exigent alors la formation d’un gouvernement tripartite avec les démocrates-chrétiens du MRP. Au gouvernement, mais pas au pouvoir, le PCF va néanmoins jeter les bases du modèle social français à l’origine des Trente Glorieuses…

Champion de la démocratie économique et sociale
Renaissance de la France par la « bataille de la production » lancée dès la Libération par Benoît Frachon à la tête de la CGT. Bataille du charbon relancée par Thorez en juillet avant même d’assumer des responsabilités gouvernementales. Bataille de la reconstruction où s’illustre François Billoux, ministre depuis septembre 1945. Bataille des nationalisations intégrales de l’électricité et du gaz et des compagnies charbonnières sous l’impulsion du ministre de la Production Marcel Paul et de Charles Tillon, ministre de l’Armement. Bataille pour le pain et le lait menée par Waldeck Rochet, vice-président de la Confédération générale des paysans travailleurs qui défend les petits et moyens exploitants contre les agrariens.

« La direction tenta d’expliquer tardivement que “l’avantage de la démocratie populaire, c’est qu’elle rend possible le passage au socialisme sans recours à la dictature du prolétariat”. »

Démocratie sociale : Ambroise Croizat, ministre du Travail, étend les pouvoirs des délégués du personnel et des comités d’entreprise jusqu’à l’accès aux comptes et aux bilans. Il regroupe dans la Sécurité sociale les allocations familiales, les assurances maladie et les retraites ; gérée par les élus des travailleurs, elle est bien la « plus belle fille de la Libération ». Maurice Thorez définit également avec les syndicats le statut des fonctionnaires et celui du fermage et du métayage.
Les communistes ont accepté les ministères économiques et sociaux que le général de Gaulle leur concéda, espérant « qu’ils s’y cassent les reins », comme un devoir de classe et un devoir patriotique : assurer l’indépendance nationale et améliorer les conditions de vie des travailleurs, c’est démontrer le rôle historique de la classe ouvrière alliée à la paysannerie laborieuse, aux employés et aux cadres, contre les trusts nationaux et les cartels internationaux. La bataille de la production est un succès : fin 1946, la production industrielle atteint 90 % du niveau de 1938. Mais elle ne va pas de pair avec la bataille des revendications. Les communistes, écartés des ministères des Finances et de l’Économie, ne peuvent contrer l’hyperinflation alors que les salaires sont bloqués. D’où le mécontentement grandissant des travailleurs et, dès l’été 1946, la reprise des grèves exploitées par les anticommunistes de tout poil.

Mais de plus en plus isolé et incompris
Le 5 mai 1946, le PCF perd la bataille constitutionnelle. Le projet constitutionnel d’une assemblée nationale unique, soutenu par le PCF et la SFIO, est rejeté par référendum : de Gaulle, le MRP et les radicaux ont fait voter NON. Mais deux millions de voix socialistes ont fait défection, ruinant les illusions de Jacques Duclos et des députés communistes.
Néanmoins, aux élections du 2 juin, le PCF progresse encore (26 % des voix), mais la SFIO recule (21 %). Le MRP triomphe (28 %) et prend la tête d’un second gouvernement tripartite dont le but est de faire adopter au plus vite une Constitution : elle ne sera ratifiée le 13 octobre que par 36 % des votants, avec 31 % d’abstentions. Dès l’été, les contradictions capital/travail se sont accentuées et les tensions internationales aggravées. Winston Churchill a dénoncé le « rideau de fer » et Léon Blum a annoncé que « la France adhère à un plan d’organisation économique international dont les États-Unis ont pris l’initiative » (16 août).

« Ambroise Croizat, ministre du Travail, étend les pouvoirs des délégués du personnel et des comités d’entreprise jusqu’à l’accès aux comptes et aux bilans. »

Le PCF tente de reprendre l’offensive en mobilisant contre la vie chère et en dénonçant l’alignement du MRP et de la SFIO sur l’impérialisme américain. Ainsi peut-il redevenir le premier parti de France avec 28,6 % des exprimés aux élections législatives. Se déclarant prêt à assumer la direction du pays. Maurice Thorez accorde alors la célèbre interview au Times publiée le 18 novembre. On n’en retient souvent que la formule : « Les progrès de la démocratie dans le monde [...] permettent d’envisager pour la marche au socialisme d’autres chemins que celui suivi par les communistes russes. » L’idée de la diversité des voies n’est pas neuve pour des dirigeants communistes, mais c’est la première fois que le secrétaire général du PCF évoque « la marche au socialisme » pour la France. Certes, il précise qu’il ne s’agit pas d’appliquer « un programme strictement communiste » par « une transformation radicale du régime actuel de la propriété », mais un « programme démocratique » au moyen de « nationalisations démocratiques » dans « le cadre du système parlementaire qu’il a contribué à rétablir ».
Cette clarification bien trop tardive ne suffit pas à infléchir la SFIO et le MRP qui envisagent déjà une « troisième voie » excluant gaullistes et communistes. Prétextant du soutien apporté par le PCF à la grève des usines Renault lancée par des trotskistes, les ministres communistes sont révoqués le 5 mai 1947. Au grand soulagement de nombreux militants écartelés entre bataille de la production et défense des revendications ! Dès les grandes grèves de 1947-1948, ils réactiveront les pratiques « classe contre classe ».
La nouvelle stratégie de la voie française au socialisme est restée incomprise de beaucoup de communistes. La direction tenta d’expliquer tardivement que « l’avantage de la démocratie populaire, c’est qu’elle rend possible le passage au socialisme sans recours à la dictature du prolétariat » (10 février 1947). Mais Thorez resta ambigu quand il la définit comme « le pouvoir exercé au nom de la classe ouvrière et du peuple par un parti communiste qui peut s’associer avec d’autres partis ». Entre le régime soviétique et la démocratie socialiste, la différence serait de forme politique, pas de nature de classe.
On ne peut donc penser que le PCF a sous-estimé ses forces et surestimé celles de ses adversaires, comme Jdanov le lui reprocha en septembre 1947, inspiré par les lettres secrètes d’André Marty à Staline. On peut affirmer au contraire que le PCF a surestimé sa capacité à dominer les réformistes et a sous-estimé la virulence de l’anticommunisme et de l’antisoviétisme. Parti national plus que parti de lutte des classes, il n’a pas su rendre crédible dès 1945 une voie française au socialisme démocratique.

Jean-Paul Scot est historien. Il est titulaire honoraire de la chaire supérieure d’histoire du lycée Lakanal (Sceaux).

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 

1944-1947 : forces et faiblesses du premier parti de France - par Jean-Paul Scot - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 07:06
PCF et CNR, un double rapprochement insolite - par Michel Margairaz (Cause Commune n°14-15 - PCF: Cent ans d'histoire)
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Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) constitue un héritage important pour le PCF qui n’a jamais cessé de revendiquer son caractère hautement révolutionnaire. Il convient donc de présenter ici son histoire, de sa genèse à son devenir dans la vie politique de la France libérée, ainsi que son contenu, pour réaffirmer davantage son actualité à l’heure où les services publics français sont menacés de disparition.

L’histoire des relations établies entre le Conseil national de la Résistance (CNR) et le PCF entre mai 1943 – date de création du CNR – et les lendemains de la Libération résulte largement d’une double initiative de rapprochement insolite, de la part du général de Gaulle et des dirigeants communistes.

Un double infléchissement politique
Lors de l’année 1941 – qui a vu successivement l’entrée en guerre contre les forces de l’Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste, Japon militariste) de l’URSS en juin et des États-Unis en décembre –, le Parti communiste décide la création du Front national en mai 1941. Après le 22 juin et l’entrée en guerre de l’URSS, celui-ci va être utilisé dans le but d’activer auprès d’une grande diversité de patriotes, au-delà de la sensibilité communiste, la lutte contre « l’oppresseur et ses valets de Vichy ». Il tient à demeurer indépendant, hors de l’influence de la France libre, formée à Londres par de Gaulle dès l’été 1940, comme des autres mouvements de la Résistance intérieure, encore peu développés. Quant à de Gaulle, il se méfie par principe des partis ou des syndicats ayant rallié la Résistance intérieure. Mais l’année 1942 voit ces deux positions respectives fortement évoluer et opérer un rapprochement. Face au tournant militaire du conflit, du fait des premières défaites de l’Axe, du débarquement allié en Afrique du Nord (novembre 1942) et surtout de la victoire de l’Armée rouge à Stalingrad (février 1943) puis du débarquement allié en Italie et de l’armistice italien (septembre 1943), de Gaulle, en rivalité avec le général Giraud, a besoin pour assurer sa légitimité auprès des Alliés de s’assurer du soutien des forces politiques et militaires de la Résistance opérant dans la France, totalement occupée depuis novembre 1942. De son côté, à l’automne de 1942, les dirigeants du PCF restés en France – alors que Thorez est réfugié à Moscou – , Jacques Duclos et Benoît Frachon, clandestins en région parisienne, dépêchent Fernand Grenier à Londres afin de prendre contact avec le colonel Rémy, représentant de la France combattante, nouvelle dénomination de la France libre, signe de son nouvel état d’esprit. Cela témoigne du fait que le PC veut privilégier comme priorité la lutte patriotique active contre l’occupant – dont le bras armé est le Front national dans la version politique et les groupes de francs-tireurs et partisans (FTP) dans son volet militaire – bien au-delà des clivages politiques d’avant-guerre, et reconnaît pour cela l’autorité du général de Gaulle, même s’il maintient son autonomie d’organisation.

Le CNR et son double programme
Jean Moulin, ancien préfet limogé par Vichy, délégué général du général de Gaulle en France, dans sa mission générale de réunification des mouvements de Résistance, décide à la fin de 1942 de créer le Conseil national de la Résistance, afin d’affirmer auprès des Alliés le soutien total des Résistants de l’intérieur à de Gaulle et au Comité français de la Libération nationale (CFLN), amorce d’un gouvernement en exil à Alger depuis le printemps 1943. Et, en accord avec de Gaulle, il parvient à y introduire, aux côtés des mouvements de Résistance – dont le Front national représenté par Pierre Villon, dirigeant communiste –, des représentants de tous les partis résistants, dont le PC, et des deux confédérations syndicales (CGT réunifiée et CFTC). La première réunion des seize membres du CNR, soigneusement choisis par Jean Moulin, a lieu clandestinement rue du Four à Paris le 27 mai 1943. Le représentant communiste insiste surtout pour lancer un appel à l’action immédiate contre l’occupant, mais la réunion est écourtée, et il n’y aura plus de réunion plénière du CNR pour des raisons de sécurité jusqu’à la Libération en août 1944.

« Le Parti communiste décide la création du Front national en mai 1941 dans le but d’activer auprès d’une grande diversité de patriotes, au-delà de la sensibilité communiste, la lutte contre “l’oppresseur et ses valets de Vichy”. »

Après l’arrestation et l’assassinat de Jean Moulin en juin 1943, c’est le bureau de cinq membres, chacun représentant nécessairement plusieurs organisations – ainsi, Pierre Villon représente-t-il à la fois le PC, le Front national et, de manière insolite, la Fédération républicaine (parti de droite d’avant-guerre) –, sous la présidence de Georges Bidault, démocrate-chrétien membre du Front national, qui se réunit à raison de deux séances par semaine entre décembre 1943 et janvier 1944 afin d’élaborer un programme. Celui-ci se scinde rapidement en deux volets distincts. D’abord, l’action immédiate afin de hâter la libération qui doit résulter du débarquement allié : c’est la principale préoccupation et activité des communistes, qui pensent que l’indépendance future de la France, ainsi que leur poids politique qui en découle seront proportionnels à la participation active des Français à leur libération. Par-delà les réticences des socialistes, moins présents dans l’action, la première partie du programme contient un ralliement consensuel du CNR à l’action immédiate, devant toutefois être encadrée par des comités de libération (CDL), composés à l’image du CNR, mise en œuvre par les forces françaises de l’intérieur (FFI) intégrant toutes les composantes militaires de la Résistance (dont les FTP) et soumise in fine à l’autorité du CFLN et de De Gaulle.

« La seconde partie du programme, diffusé dans la clandestinité sous le titre Les Jours heureux  le 15 mars 1944, énonce les principales réformes politiques et surtout économiques et sociales pour l’après-guerre. »

La seconde partie du programme, diffusé dans la clandestinité sous le titre Les Jours heureux  le 15 mars 1944, est beaucoup plus brève – seulement un quart du texte final – et énonce les principales réformes politiques et surtout économiques et sociales pour l’après-guerre. À partir de plusieurs moutures – dont une proposée par le Front national en novembre 1943 –, la « charte » du CNR contient le rétablissement des libertés démocratiques et plusieurs « réformes de structures », qui constituent un ensemble d’institutions de régulation qui vont fonder l’État social d’après-guerre : un « plan complet de sécurité sociale » ; le « retour à la nation des grands moyens de production monopolisés » ; un plan de l’économie ; les comités d’entreprise ; un « statut du fermage et du métayage », ainsi que la « confiscation des biens des traîtres » et le « châtiment des traîtres ». Ce programme a été approuvé à l’unanimité des membres du bureau, puis de l’ensemble des membres du CNR, et du général de Gaulle, après des discussions et une consultation certes clandestine mais réfléchie et démocratique de l’ensemble des composantes du CNR.

Le PC et l’application du programme du CNR
À la Libération, le CNR en tant qu’organe de la Résistance demeure, mais se trouve quelque peu minoré par la libération du territoire, réalisation de la première partie du programme, et par la reconstitution des rouages administratifs et politiques de l’État. Son rôle apparaît toutefois fort du point de vue symbolique et politique puisqu’il incarne l’unité de la Résistance autour des grandes réformes de sa charte, premier et seul programme depuis 1789 soutenu par l’ensemble des forces politiques, syndicales et des associations – alors les mouvements de Résistance. Après la fin de la guerre et les premières élections législatives d’octobre 1945, le PCF se place en premier parti (avec environ 26 % des voix), suivi de peu par le Mouvement républicain populaire (MRP) démocrate-chrétien et par le Parti socialiste, et dispose de cinq ministres dans le gouvernement provisoire d’union nationale dirigé par le général de Gaulle jusqu’à son départ en janvier 1946 sur un désaccord quant au contenu de la Constitution de la future IVe République. Entre septembre 1944 et janvier 1946 sont adoptées les principales réformes du CNR : Sécurité sociale, comités d’entreprise, nationalisation des charbonnages du nord, d’Air France, de Renault, des banques de dépôts et de la Banque de France, élaboration d’un « plan de modernisation et d’équipement ». Entre janvier et avril 1946, le PC et ses ministres (Ambroise Croizat, ministre du Travail, et Marcel Paul, ministre de la Production industrielle) contribuent à accélérer la poursuite des réformes : nationalisation des charbonnages de France, d’EDF-GDF, de plusieurs compagnies d’assurances, achèvement et mise en œuvre effective de la Sécurité sociale, mise en route du premier plan ou plan Monnet. Lors de l’échec du premier projet de référendum sur la Constituante, les élections suivantes de juin 1946 voient le MRP ravir la première place au PCF, maintenu cependant à 25 % des voix, ce qui donne un coup d’arrêt à l’application du programme du CNR, il est vrai en grande partie réalisé.

La portée plus longue de ce rapprochement conjoncturel
Dès lors, la conjoncture évolue grandement avec la mise en place de la IVe République, l’entrée dans la guerre froide et l’éviction des communistes du gouvernement en mai 1947. Le Parti communiste tient cependant périodiquement à se présenter comme le garant le plus fidèle des réformes de la Libération issues du programme du CNR face aux risques de remise en cause, du fait du glissement vers le centre et la droite des gouvernements de troisième force. Cette brève histoire met en scène, dans une conjoncture courte mais exceptionnelle du fait de la lutte clandestine contre l’occupant, une convergence majeure entre communistes et gaullistes, étendue ensuite à l’ensemble des forces résistantes, qui a constitué les fondements de l’État social à la française des quatre décennies suivantes et au-delà, jusqu’aux révisions de la fin du XXe siècle.

Michel Margairaz est historien. Il est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 
PCF et CNR, un double rapprochement insolite - par Michel Margairaz (Cause Commune n°14-15 - PCF: Cent ans d'histoire)
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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 06:56
Danielle Casanova

Danielle Casanova

Le PCF de la drôle de guerre à la Libération - par Serge Wolikow - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
Le PCF de la drôle de guerre à la Libération - par Serge Wolikow - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
Pierre Georges, Colonel Fabien et son amie

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Henri Krasucki

Henri Krasucki

Gilbert Brustlein

Gilbert Brustlein

Marcel Rayman

Marcel Rayman

Par

À la fin de 1939, le PCF, isolé et contraint à l’illégalité, est à deux doigts de disparaître de la scène politique. De cette extrême fragilité, il parvient pourtant à faire une force quand la scène démocratique tout entière disparaît avec l’Occupation et que le temps est venu de la Résistance. Quand celle-ci s’achève, le PCF est devenu le premier parti français.

Le pacte germano-soviétique et la « drôle de guerre »
Le 23 août 1939, la signature du pacte germano-soviétique, préparée dans le plus grand secret par Staline et son entourage le plus proche, prend à contre-pied la direction soviétique dans sa majorité, les responsables de l’Internationale présents à Moscou et la totalité de ses sections nationales.
Le PCF, désarçonné par la nouvelle, ignorant le protocole secret prévoyant le partage de la Pologne, justifie la décision soviétique en dénonçant les atermoiements franco-britanniques des mois précédents. Pour lui, le choix diplomatique de l’URSS ne remet pas en question la stratégie communiste des temps de Front populaire. Mais, pour Staline et bientôt la direction de l’Internationale communiste, l’analyse est tout autre, la guerre a un caractère impérialiste, les communistes doivent refuser de s’y associer et la dénoncer. Le 17 septembre, l’entrée de l’Armée rouge en Pologne, conformément aux dispositions secrètes du pacte, accélère le processus. Le 22, le PCF lance un appel à la paix qui dénonce avec vigueur la politique de défense nationale du gouvernement français. Le 26, le gouvernement Daladier décrète l’interdiction du parti et d’un grand nombre de ses « organisations de masse ». Le 1er octobre, les députés communistes entérinent le nouveau cours en adressant une lettre au président de la chambre, signée par quarante-quatre des soixante-quatorze députés de 1936 et demandant que soient étudiées d’éventuelles propositions de paix, conséquences du traité signé trois jours plus tôt.
Le 5 octobre ont lieu les premières arrestations de députés après la réception de leur lettre par le président de la chambre. Le 30 novembre, le gouvernement décide d’aller jusqu’au bout et les députés votent la levée d’immunité parlementaire du Groupe ouvrier et paysan (nom pris par le groupe communiste après la dissolution du parti). Florimond Bonte, chef du groupe, est arrêté en pleine séance. Le 20 février 1940, la même chambre vote la déchéance des députés communistes, avant que ne s’ouvre leur procès. Entre-temps, le 18 novembre 1939, un décret a prévu l’internement dans des camps des individus « dangereux pour la défense nationale ». Le 10 avril 1940, le décret rédigé par le ministre socialiste de la Justice, Albert Sérol, assimile l’activité communiste (la propagande défaitiste) à une trahison passible de la peine de mort. Le lendemain, L’Humanité clandestine fustige dans le même élan la guerre, le décret scélérat et le gouvernement social-fasciste.
Affaibli par la répression, ses militants désemparés face à une politique internationale et pour beaucoup d’entre eux retenus aux armées, le PC est entré dans la rude vie de la clandestinité. Son groupe dirigeant est éparpillé.

Appel à un front national de lutte pour l’indépendance nationale
Le 10 mai 1940, l’Allemagne lance sa grande offensive contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. Malgré le courage de ses soldats, l’armée française est balayée. C’est l’effondrement, Paris est abandonné, le gouvernement depuis Bordeaux accepte les conditions allemandes, et le 10 juillet le parlement vote les pleins pouvoirs à Pétain qui s’empresse de proclamer l’État français, la collaboration avec l’Allemagne et la mise en œuvre de la révolution nationale qui commence par prendre des mesures antisémites et à stigmatiser les étrangers.

« La stratégie du PCF qui vise à rassembler dans l’action sans attendre, afin de préparer la libération, lui permet de sortir de son isolement. »

Après quelques flottements à l’égard des manœuvres allemandes qui laissent entendre la possibilité de faire reparaître L’Humanité, la direction du PCF affirme sa défiance à l’égard du nouveau régime et dénonce les occupants qui le soutiennent. La reconstruction clandestine passe notamment par la mise en place de comités populaires mais aussi par la diffusion, à côté de L’Humanité clandestine, de journaux et de tracts. Georges Politzer comme Gabriel Péri écrivent dès le début de 1941 des pamphlets qui dénoncent l’idéologie nazie, le racisme et l’obscurantisme dont elle est porteuse. Dans le Nord, les communistes s’impliquent dans la grève héroïque des mineurs. Le PCF met déjà en cause l’occupation et appelle à la constitution, dès mai 1941, d’un front national de lutte pour l’indépendance nationale.
Dès cette époque, avril 1941, les organisations juives de la MOI [Main-d’œuvre immigrée, regroupant les communistes étrangers vivant en France] du Parti communiste dénoncent les premières rafles et l’antisémitisme d’État.

La lutte armée
Lorsque les troupes de l’Allemagne nazie envahissent l’URSS, l’engagement communiste prend une nouvelle ampleur. Le PCF, en relation avec l’Internationale, lance la lutte armée dans des conditions très difficiles. Des jeunes communistes, des anciens des brigades internationales, des militants de la MOI sont aux premiers rangs de ceux qui organisent les sabotages de convois ferrés et l’attaque de soldats allemands. Les autorités allemandes, appuyées par le gouvernement de Pétain, lancent une répression qui s’abat en priorité sur les communistes. Ce sont les premiers fusillés et guillotinés de la fin de l’été 1941 par les autorités françaises qui vont jusqu’à établir les listes d’otages à fusiller, à Chateaubriant et au Mont Valérien. La répression est associée à des procès publics des résistants communistes, hommes et femmes, ensuite exécutés. Bientôt, c’est également la déportation sans jugement, selon une procédure Nacht und Nebel (nuit et brouillard) qui doit briser la résistance communiste. Les coups portés sont terribles mais la lutte armée se réorganise avec la mise en place des francs-tireurs et partisans (FTP) et les actions dans les grandes villes de la zone occupée puis, en 1943, dans le sud du pays. La stratégie du PCF qui vise à rassembler dans l’action sans attendre, afin de préparer la libération, lui permet de sortir de son isolement. Devenu incontournable, il est bientôt un interlocuteur des différents mouvements de résistance et participe à la constitution du Conseil national de la Résistance en mai 1943. Représenté à Londres puis à Alger, il contribue à l’élaboration du programme du CNR adopté en 1944. Une partie notable de ses propositions dans le domaine économique et social, les nationalisations et le projet de Sécurité sociale, est retenue. Dans le cadre de la préparation de la libération, les communistes négocient leur entrée au gouvernement provisoire à Alger et participent à l’activité de l’assemblée consultative. En somme, le PCF développe son activité sur différents terrains, celui de la lutte armée avec les FTP qui rejoignent au printemps les forces françaises de l’intérieur (FFI), au sein desquelles ils vont jouer un rôle important dans les combats de la libération, aussi bien à Paris, qu’à Marseille ou dans le Limousin par exemple. Mais ils ont également déployé leur activité dans le monde du travail en étant les instigateurs de la réunification syndicale de la CGT et en réalisant une politique de large rassemblement sur la thématique patriotique. En direction des intellectuels et des artistes, Les Lettres françaises diffusent cette démarche dont Aragon s’est inlassablement fait le protagoniste. Moins de cinq ans après le début de la guerre, le PCF a reconquis une influence dont l’ampleur se vérifie dans les combats de la Libération puis lors des premières élections en 1945. Après le débarquement des troupes anglo-américaines, alors que la libération du territoire n’est pas terminée et que la guerre continue, Maurice Thorez arrive à Paris en décembre 1944 et indique que la stratégie du parti s’inscrit dans la reconstruction du pays et de la démocratie. L’heure n’est pas à la révolution et à la prise du pouvoir, même si le parti s’efforce de renforcer ses positions et développe une conception de la politique et de l’appareil d’État, qui se heurte à la stratégie gaulliste fondée sur la résistance intérieure des lieux de pouvoir.

Serge Wolikow est historien. Il est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne.

Cause commune n° 14/15 • janvier/février 2020

 
Le PCF de la drôle de guerre à la Libération - par Serge Wolikow - Cause Commune n°14-15: PCF Cent ans d'histoire
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