Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 07:13
L'écrivaine Maryam Madjidi était à Morlaix ce samedi 20 novembre
L'écrivaine Maryam Madjidi était à Morlaix ce samedi 20 novembre
Photo France Chapa - 21 novembre 2021 - Maryam Madjidi à Dialogues Morlaix

Photo France Chapa - 21 novembre 2021 - Maryam Madjidi à Dialogues Morlaix

Photo France Chapa - 21 novembre 2021 - Maryam Madjidi à Dialogues Morlaix

Photo France Chapa - 21 novembre 2021 - Maryam Madjidi à Dialogues Morlaix

L'écrivaine Maryam Madjidi, auteur de "Marx et la poupée", prix Goncourt du Premier Roman, et Prix Etonnants Voyageurs, candidate sur la liste de Ian Brossat et du PCF aux européennes en 2019, était de retour à Dialogues Morlaix le samedi 20 novembre au matin, où, interviewée par Lyonel, elle a animé une rencontre passionnante sur son livre deuxième roman autobiographique "Pour que je m'aime encore". Ensuite, nous avons participé avec elle pendant 3 heures à une rencontre à la MJC de découverte des pays d'origine de plusieurs exilés vivant dans le pays de Morlaix dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale. Un vrai moment d'échange humain et de volonté de compréhension de l'autre, et de la diversité culturelle et géographique. Trois heures rares d'écoute et d'enrichissement réciproque. Burkina Faso, Guinée, Cameroun, Sénégal, Venezuela, Italie, Iran, 7 pays sur 3 continents ont ainsi pu être mieux connus! Avec Maryam Madjidi qui était restée avec nous après la présentation de son deuxième roman à Dialogues pour ces rencontres.

Ismaël Dupont

 

Voir aussi:

"Pour que je m'aime encore", de Maryam Madjidi - l'auteur sera à la librairie Saint-Christophe de Lesneven le 19 mai et à la librairie Dialogues Morlaix le samedi 20 novembre à 10h30

L'écrivaine Maryam Madjidi était à Morlaix ce samedi 20 novembre

Récit drôle, tendre et profond d'une adolescence à Drancy, le deuxième roman pour adultes de Maryam Madjidi, est une nouvelle pépite, reprenant le cours d'une jeunesse atypique, que l'on avait laissée à l'école primaire avec  "Marx et la poupée", suite à l'exil d'Iran de Maryam avec ses parents communistes, et ouvrier en France pour son père. 

En courts chapitres enlevés et quasi picaresques, où les mots de l'enfance et les expressions des années 80 rythment un récit marqué par un quotidien d'adolescente complexée tiraillée entre plusieurs influences, récit du quotidien magnifié en aventures burlesques, Maryam Madjidi restitue avec finesse, par petites touches, toute une époque, le milieu immigré, de la banlieue, ainsi que la force polymorphe et mutante ouverte à toutes les contradictions et tous les possibles de l'adolescence, l'âge de l'inachèvement, de l'indécision, l'âge littéraire par excellence selon un auteur comme Gombrowicz.

Cheveux épais, frisés et bouclés, mono-sourcil, moustache, pilosité encombrante, Maryam fait son portrait d'adolescente en demi-monstre faisant de son corps un champ de bataille pour retrouver la féminité "idéale" ou "normale", tant la pression des normes sociales est forte à cet âge...

Elle raconte aussi les vexations et contrariétés subies par une fille, une enfant pauvre, dont les parents étrangers ne maîtrisent pas tous les codes, et qui ne peut ni s'acheter des vêtements de marque ou à la mode, ni partir en vacances, les brutalités d'autres ados, parfois encore plus défavorisés, à côté d'elle, les profs chahutés et ceux, puissants éducateurs, qui font naître des vocations au collège, l'ennui de Drancy, où Maryam vit dans un HLM de la Cité de la Muette, où furent internés pendant des années plusieurs milliers de Juifs en partance pour Auschwitz et les camps de la mort, gardés dans des conditions atroces par des gendarmes français.

Une rescapée de la Shoah viendra un jour troubler une partie de football où Maryam et ses copains shootent dans un ballon de foot contre une cible peinte sur un wagon posé au milieu d'une place entourée d'immeubles HLM. Le retour des fantômes dans cette cité cosmopolite où l'on se connaît bien d'autres problèmes que ceux de la dernière guerre. 

L'auteur a le sens du détail révélateur, des mots crus et vrais, son récit autobiographique, à la manière d'un portrait construit par anecdotes, séquences chronologiques et thématiques (le corps, l'école, la pauvreté, la banlieue, la découverte de l'amour et du sexe, l'ambition sociale et intellectuelle) est émouvant, palpitant, avec une portée universelle, parce qu'il préfère la pirouette comique et ironique au pathos et à l'apitoiement facile.

On pense à Pagnol, à Azouz Begag, à Fouad Laraoui ou bien encore à Riad Sattouf ou Marjane Satrapi pour la conjugaison de la véracité sociologique, de la description vivante du monde de l'enfance, et de l'humour désopilant. A chaque fois, le récit autobiographique saisit une réalité sociale et humaine plus vaste, loin des approches nombrilistes. 

Dans "Pour que je m'aime encore", nous vivons aussi la lutte des classes dans la classe, à l'école, qui malgré ses promesses d'émancipation universelle, reste souvent le haut lieu des ségrégations, et des distinctions sociales et culturelles et des murs invisibles contre lesquels les enfants des classes populaires se cognent le plus souvent. La traversée du périph pour rejoindre l'hypokhâgne au lycée Fénélon, dans le quartier Saint-Michel et le 6e arrondissement de Paris: "Parmi les 55 élites de la France, quatre filles venaient de banlieue parisienne "défavorisée": trois du 93 et une du 94, qui était la seule noire de la classe. Ils appelaient ça "le quota des banlieues""... 

Quelques jours de traversée des mondes de la séparation sociale qui s'avèrent, malgré l'intelligence et l’appétit de savoir de Maryam, une vraie "galère". Car on apprend pas autant dans un collège et un lycée de ZEP que dans les établissements privilégiés des beaux quartiers, car la culture des élites s'enseigne aux berceaux chez les élites, et pas dans les familles d'ouvriers et d'exilés. Ce récit ressuscite avec une sorte de nostalgie sans pesanteur les morts, la civilisation oubliée de l'enfance et de l'adolescence, celle des années 80, c'est un livre de dette, d'hommage, en même temps que d'explication à soi: celle notamment de l'éveil de vocation littéraire.

Pour ma part, j'ai lu ce livre d'une traite, avec un immense plaisir, beaucoup de sourires, et parfois aussi du franc rire, et je le recommande à tous les amateurs de romans...

Maryam Madjidi enseigne le français aux jeunes migrants. Elle nous avait enchantés début avril 2019 quand elle était venu à Morlaix et à Brest présenter son livre "Marx et la poupée", prix Goncourt du Premier Roman, et également dans le cadre de la campagne de Ian Brossat et de la liste du PCF aux élections européennes, sur laquelle était candidate cette grande voyageuse qui a vécu en Iran, où elle est née, en Chine, en Turquie. Elle revient dans le Finistère au mois de novembre pour présenter "Pour que je m'aime encore" et sera à Lesneven le 19 novembre et à Morlaix le 20 novembre pour une rencontre à 10h45 à la Librairie Dialogues.

Notez la date dans votre agenda, elle correspond aussi au Salon du Livre Jeunesse de Morlaix, La Baie des Livres.

Ismaël Dupont       

Partager cet article
Repost0
21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 17:56
Guy Darol présentera "Guerrier sans poudre" le mardi 7 décembre à Lannion au Carré Magique à l'invitation d'Yvon Le Men

Seriez-vous une poignée pour rejoindre ma guerre, vous me verriez heureux. C’est donc le mardi 7 décembre, au Carré Magique de Lannion, que je vais retracer mon parcours, une vie remplie de musique et de littérature où il sera bien sûr question de Frank Zappa et de Joseph Delteil, de Moondog et de Wattstax, d’Outsiders divers, et de toutes ces figures qui ont ouvert la voie : Antonin Artaud, Mandrake, André Hardellet, Blek le Roc, Pierre Guyotat, Poule Rousse, Charles Dickens, l’Enchanteur Merlin, Kafka, Georges Perros, les membres de la communauté poétique d’Alfortville, les habitants de La Ville Jéhan, Yvon Le Men qui m’interrogera, Jean-Pierre Faye qui chavire dans ses îles … Bien d’autres encore, si nous avons le temps.

Guy Darol
Partager cet article
Repost0
16 novembre 2021 2 16 /11 /novembre /2021 12:18
 Rencontre apéro avec Maryam Madjidi, librairie Saint-Christophe de Lesneven - Le vendredi 19/11/2021 - de 18h30 à 20h30 Que du bonheur à lire Maryam! Autre ton autre voix que celle de Marx et la poupée, mais surtout le chant d’une fille qui devient grande, qui pousse les murs, qui s’affranchit, et si elle cherche à s’aimer encore, elle y réussit bien, elle est cette danseuse étoile qui fracasse tous les containers de la vie, elle saute de phrase en phrase avec le bonheur d’être en vie, et peu importe si elle tombe, il lui restera toujours le vol!

Rencontre apéro avec Maryam Madjidi, librairie Saint-Christophe de Lesneven - Le vendredi 19/11/2021 - de 18h30 à 20h30 Que du bonheur à lire Maryam! Autre ton autre voix que celle de Marx et la poupée, mais surtout le chant d’une fille qui devient grande, qui pousse les murs, qui s’affranchit, et si elle cherche à s’aimer encore, elle y réussit bien, elle est cette danseuse étoile qui fracasse tous les containers de la vie, elle saute de phrase en phrase avec le bonheur d’être en vie, et peu importe si elle tombe, il lui restera toujours le vol!

"Pour que je m'aime encore", de Maryam Madjidi - l'auteur sera à la librairie Saint-Christophe de Lesneven le 19 mai et à la librairie Dialogues Morlaix le samedi 20 novembre à 10h30

Récit drôle, tendre et profond d'une adolescence à Drancy, le deuxième roman pour adultes de Maryam Madjidi, est une nouvelle pépite, reprenant le cours d'une jeunesse atypique, que l'on avait laissée à l'école primaire avec  "Marx et la poupée", suite à l'exil d'Iran de Maryam avec ses parents communistes, et ouvrier en France pour son père. 

En courts chapitres enlevés et quasi picaresques, où les mots de l'enfance et les expressions des années 80 rythment un récit marqué par un quotidien d'adolescente complexée tiraillée entre plusieurs influences, récit du quotidien magnifié en aventures burlesques, Maryam Madjidi restitue avec finesse, par petites touches, toute une époque, le milieu immigré, de la banlieue, ainsi que la force polymorphe et mutante ouverte à toutes les contradictions et tous les possibles de l'adolescence, l'âge de l'inachèvement, de l'indécision, l'âge littéraire par excellence selon un auteur comme Gombrowicz.

Cheveux épais, frisés et bouclés, mono-sourcil, moustache, pilosité encombrante, Maryam fait son portrait d'adolescente en demi-monstre faisant de son corps un champ de bataille pour retrouver la féminité "idéale" ou "normale", tant la pression des normes sociales est forte à cet âge...

Elle raconte aussi les vexations et contrariétés subies par une fille, une enfant pauvre, dont les parents étrangers ne maîtrisent pas tous les codes, et qui ne peut ni s'acheter des vêtements de marque ou à la mode, ni partir en vacances, les brutalités d'autres ados, parfois encore plus défavorisés, à côté d'elle, les profs chahutés et ceux, puissants éducateurs, qui font naître des vocations au collège, l'ennui de Drancy, où Maryam vit dans un HLM de la Cité de la Muette, où furent internés pendant des années plusieurs milliers de Juifs en partance pour Auschwitz et les camps de la mort, gardés dans des conditions atroces par des gendarmes français.

Une rescapée de la Shoah viendra un jour troubler une partie de football où Maryam et ses copains shootent dans un ballon de foot contre une cible peinte sur un wagon posé au milieu d'une place entourée d'immeubles HLM. Le retour des fantômes dans cette cité cosmopolite où l'on se connaît bien d'autres problèmes que ceux de la dernière guerre. 

L'auteur a le sens du détail révélateur, des mots crus et vrais, son récit autobiographique, à la manière d'un portrait construit par anecdotes, séquences chronologiques et thématiques (le corps, l'école, la pauvreté, la banlieue, la découverte de l'amour et du sexe, l'ambition sociale et intellectuelle) est émouvant, palpitant, avec une portée universelle, parce qu'il préfère la pirouette comique et ironique au pathos et à l'apitoiement facile.

On pense à Pagnol, à Azouz Begag, à Fouad Laraoui ou bien encore à Riad Sattouf ou Marjane Satrapi pour la conjugaison de la véracité sociologique, de la description vivante du monde de l'enfance, et de l'humour désopilant. A chaque fois, le récit autobiographique saisit une réalité sociale et humaine plus vaste, loin des approches nombrilistes. 

Dans "Pour que je m'aime encore", nous vivons aussi la lutte des classes dans la classe, à l'école, qui malgré ses promesses d'émancipation universelle, reste souvent le haut lieu des ségrégations, et des distinctions sociales et culturelles et des murs invisibles contre lesquels les enfants des classes populaires se cognent le plus souvent. La traversée du périph pour rejoindre l'hypokhâgne au lycée Fénélon, dans le quartier Saint-Michel et le 6e arrondissement de Paris: "Parmi les 55 élites de la France, quatre filles venaient de banlieue parisienne "défavorisée": trois du 93 et une du 94, qui était la seule noire de la classe. Ils appelaient ça "le quota des banlieues""... 

Quelques jours de traversée des mondes de la séparation sociale qui s'avèrent, malgré l'intelligence et l’appétit de savoir de Maryam, une vraie "galère". Car on apprend pas autant dans un collège et un lycée de ZEP que dans les établissements privilégiés des beaux quartiers, car la culture des élites s'enseigne aux berceaux chez les élites, et pas dans les familles d'ouvriers et d'exilés. Ce récit ressuscite avec une sorte de nostalgie sans pesanteur les morts, la civilisation oubliée de l'enfance et de l'adolescence, celle des années 80, c'est un livre de dette, d'hommage, en même temps que d'explication à soi: celle notamment de l'éveil de vocation littéraire.

Pour ma part, j'ai lu ce livre d'une traite, avec un immense plaisir, beaucoup de sourires, et parfois aussi du franc rire, et je le recommande à tous les amateurs de romans...

Maryam Madjidi enseigne le français aux jeunes migrants. Elle nous avait enchantés début avril 2019 quand elle était venu à Morlaix et à Brest présenter son livre "Marx et la poupée", prix Goncourt du Premier Roman, et également dans le cadre de la campagne de Ian Brossat et de la liste du PCF aux élections européennes, sur laquelle était candidate cette grande voyageuse qui a vécu en Iran, où elle est née, en Chine, en Turquie. Elle revient dans le Finistère au mois de novembre pour présenter "Pour que je m'aime encore" et sera à Lesneven le 19 novembre et à Morlaix le 20 novembre pour une rencontre à 10h45 à la Librairie Dialogues.

Notez la date dans votre agenda, elle correspond aussi au Salon du Livre Jeunesse de Morlaix, La Baie des Livres.

Ismaël Dupont       

Maryam Madjidi invitée de la librairie Dialogues de Morlaix en avril 2019 y reviendra le samedi 20 novembre à 10h45 pour présenter son dernier livre "Pour que je m'aime encore"

Maryam Madjidi invitée de la librairie Dialogues de Morlaix en avril 2019 y reviendra le samedi 20 novembre à 10h45 pour présenter son dernier livre "Pour que je m'aime encore"

"Pour que je m'aime encore", de Maryam Madjidi - l'auteur sera à la librairie Saint-Christophe de Lesneven le 19 mai et à la librairie Dialogues Morlaix le samedi 20 novembre à 10h30
Partager cet article
Repost0
11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 07:20

Les mardis de l’Education Populaire : conférence sur Marcel CACHIN le mardi 14 décembre (18 h – local PCF Morlaix)

Une belle conférence sur le Chili s’est tenue le mardi 21 septembre à Plourin les Morlaix.

Un beau succès.

Une nouvelle conférence se tiendra le mardi 14 décembre (18 h – local PCF Morlaix) avec l’écrivain, journaliste, historien Georges CADIOU autour de son livre sur Marcel CACHIN, un breton émancipé, une des grandes figures des premières décennies du PCF, directeur de l’Humanité, breton et amoureux de la Bretagne, de sa langue et de sa culture.

Georges Cadiou nous parlera aussi de son livre publié en 2021 aux éditions Yoran Embanner, "Marcel Cachin, un breton émancipé", le dimanche 28 novembre à l'espace livres de la fête de l'Humanité Bretagne à 15h (parc des expositions de Lorient)

Georges Cadiou présent pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix le 14 décembre (conférence sur Marcel Cachin, un breton émancipé) et à la fête de l'Humanité Bretagne le dimanche 28 novembre

Présentation du livre de Georges Cadiou:

Marcel Cachin, un breton émancipé

Yoran Embanner, 2021 - 16€

Compagnon de Jean Jaurès, directeur de « L’Humanité » pendant 40 ans, député, sénateur, Marcel Cachin est surtout connu pour avoir été le principal fondateur du Parti communiste français lors du célèbre Congrès de Tours à la fin du mois de décembre 1920. Né à Paimpol, Marcel Cachin fut, tout au long de sa vie, un fervent anticolonialiste, ardent défenseur de la République espagnole, antifasciste militant, soutien de la cause arménienne et de la création de l’état d’Israël à ses débuts. Il fut aussi un militant breton, défenseur acharné de la langue bretonne qu’il parlait. En 1947, avec Pierre Hervé, député communiste du Finistère, originaire de Lanmeur, il présenta à l’Assemblée nationale un projet de Loi sur l’enseignement du breton à l’école publique, projet qui fut ensuite dénaturé par la coalition dite de Troisième force, socialistes et centristes, pour donner la pâle Loi Deixonne. Marcel Cachin savait que la Bretagne était davantage qu’une région, il l’a dit et écrit dans ses carnets personnels publiés voici quelques années par le CNRS. Marcel Cachin n’a évidemment pas échappé aux dérives du siècle dernier. Il croyait fermement aux promesses de la Révolution d’Octobre, ce qui l’amena, comme beaucoup d’autres, à cautionner le stalinisme qui enterra bien des espoirs de libération humaine. Marcel Cachin n’avait pas encore de biographie. On se demande pourquoi lorsque l’on voit le nombre de publications sur d’autres hommes politiques qui furent ses contemporains !

Georges Cadiou, déjà connu pour avoir dénoncé les dérives du Mouvement breton au moment de l’Occupation dans son livre « L’hermine et la croix gammée » revient ici sur la vie foisonnante de Marcel Cachin, ce « Breton émancipé » qui fut à l’origine d’une association de Bretons de la Région parisienne portant ce nom dans les années 1930. Une réflexion sur un siècle tragique d’espoirs et de désillusions pour mieux appréhender les défis qui nous attendent. Un livre salutaire, une biographie que l’on attendait !

Georges Cadiou présent pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix le 14 décembre (conférence sur Marcel Cachin, un breton émancipé) et à la fête de l'Humanité Bretagne le dimanche 28 novembre
Partager cet article
Repost0
4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 06:30
Prix Goncourt 1921 : René Maran, un écrivain noir « couronné et crucifié » (L'Humanité, Sophie Joubert, 3 novembre 2021)
Prix Goncourt 1921 : René Maran, un écrivain noir « couronné et crucifié »
Mercredi 3 Novembre 2021, L'Humanité

Il y a cent ans, il devenait le premier auteur noir à recevoir le prestigieux prix littéraire pour son roman Batouala, qui dénonçait la colonisation.

 

Cela s’est joué à une voix. Celle, qui compte double, du président du jury. Le 14 décembre 1921, le nom du lauréat du prix Goncourt est proclamé chez Drouant : René Maran, l’auteur de Batouala. Fonctionnaire colonial depuis 1909, l’écrivain est alors en Oubangui-Chari, un territoire français d’Afrique centrale situé entre le Congo et le Tchad. Prévenu par radiotélégramme, il apprend la nouvelle deux jours plus tard : « Je suis fatigué, impaludé, malade de fatigue. La joie est venue m’étreindre davantage… » réagit-il.

De violents adversaires

À Paris, ce Goncourt inattendu déchaîne les passions : « C’est la première fois que les Noirs jouent et gagnent », titre le Petit Parisien. À la Chambre des députés, les adversaires de Maran l’accusent d’attaquer la politique coloniale de la France. Comme le raconte l’académicien Amin Maalouf dans la préface de la nouvelle édition de Batouala (Albin Michel), « certains orateurs exigent qu’il soit jugé pour avoir “mordu la main qui le nourrit” ». « Couronné et crucifié », Maran, qui pense que le Goncourt peut légitimer sa voix et ses positions, est surpris par la violence de la charge.

Icon Quote Nous ne sommes que des bêtes de portage. Des bêtes ? Même pas. (...) Nous sommes, pour eux, moins que des animaux, nous sommes plus bas que les plus bas. Ils nous crèvent lentement.

Salué par la presse américaine (il sera traduit en 1931) et qualifié par Ernest Hemingway de « grand roman », Batouala porte le nom du personnage principal, un grand chef de village. Dans une langue inventive et chatoyante, Maran observe la vie quotidienne en Oubangui-Chari, une région riche en caoutchouc, s’émerveille des plantes et des animaux, noue une histoire d’amour et une rivalité entre Batouala et un milicien noir au service des colons.

Si elle n’est pas, en apparence, le sujet principal du roman, la critique de la colonisation n’en est pas moins virulente : « Nous ne sommes que des chairs à impôt. Nous ne sommes que des bêtes de portage. Des bêtes ? Même pas. Un chien ? Ils le nourrissent, et soignent leur cheval. Nous sommes, pour eux, moins que des animaux, nous sommes plus bas que les plus bas. Ils nous crèvent lentement », écrit René Maran.

« Une civilisation bâtie sur des cadavres »

Mais c’est surtout la préface, où l’écrivain décrit les colons comme stupides, brutaux et alcooliques, où il accuse la « civilisation, orgueil des Européens », d’être « bâtie sur des cadavres », qui provoque la colère des intellectuels et des politiques français.

Dix-sept ans plus tard, René Maran, amer, raconte qu’en 1922, au plus fort des polémiques, une mission d’inspection envoyée au Tchad ferme les yeux sur la réalité qu’il dénonce. Il faudra attendre 1927 pour qu’André Gide, marqué par ses écrits, publie Voyage au Congo, provoquant une prise de conscience sur « les horreurs auxquelles donnait lieu la construction de la voie ferrée Brazzaville-Océan ».

« Orphelin intermittent »

Né en 1887 sur un bateau reliant la Guyane et la Martinique, René Maran est le fils d’un fonctionnaire colonial guyanais. Il a trois ans quand son père est nommé au Gabon et il grandit en l’accompagnant dans ses tournées administratives. À 7 ans, il est envoyé à Bordeaux et se retrouve dans « un grand lycée triste, situé en pleine campagne ».

Comme il le raconte en 1948 dans Un homme pareil aux autres (éditions du Typhon), son roman le plus autobiographique, il est un enfant mélancolique et solitaire : « Qui dira le désespoir des petits des pays chauds que leurs parents implantent en France trop tôt, dans le dessein d’en faire de vrais Français ? (…) J’ai été de ces orphelins intermittents et souffrirai toute ma vie de l’avoir été. »

Un homme qui ne trouvera jamais sa place

Pur produit de l’école républicaine, lecteur de Marc Aurèle et de Rimbaud, il arrive en Afrique avec son bagage culturel français. Admirateur de Savorgnan de Brazza, il croit dans un premier temps pouvoir faire changer les choses au sein du système colonial. C’est évidemment un leurre. Écartelé entre sa fonction, qui l’assimile aux colons blancs, et sa couleur de peau, René Maran ne trouvera jamais sa place.

Dans la préface d’Un homme pareil aux autres, roman sur les atermoiements d’un fonctionnaire colonial noir amoureux d’une femme blanche, l’écrivain Mohamed Mbougar Sarr (finaliste du Goncourt 2021) parle ainsi du personnage principal, Jean Veneuse, derrière lequel on devine certains déchirements intérieurs de René Maran : « Éduqué dans une société que partage et structure profondément la ligne de couleur, Veneuse se regarde et se juge avec les yeux du Blanc (…), le même Blanc qui l’infériorise, l’objectivise, le spectacularise toujours. Mais, parallèlement, son éducation, parmi ses congénères, ses “frères de race”, l’expose à la méfiance si ce n’est au rejet. Un pied d’un bord de la ligne de la race, le second de l’autre, il essuie dans les deux situations un violent mépris, qui le travaille et le déchire. »

Les attaques de Frantz Fanon

Ce dilemme, que n’a jamais vraiment résolu René Maran, lui vaudra les attaques de Frantz Fanon dans son essai Peau noire, masques blancs. « Fanon, dans une lecture psychanalytique d’Un homme pareil aux autres, fait du livre une “imposture” et de son protagoniste central, “l’homme à abattre”. »  « Comprendre l’aliéné pathologique, atteint jusque dans son âme », écrit encore Mbougar Sarr. Tempérant l’analyse de Fanon, il loue l’écriture de René Maran, son subtil regard sur « l’humanité » des « peuples colonisés » et « l’inquiétante puissance de révolte dans l’histoire à venir ».

Cruel hasard, René Maran meurt en 1960, l’année où de nombreux pays africains accèdent à l’indépendance. Cent ans après son prix, les jurés Goncourt se sont-ils souvenu de lui en récompensant Mohamed Mbougar Sarr ?

Partager cet article
Repost0
4 novembre 2021 4 04 /11 /novembre /2021 06:25
Mohamed Mbougar Sarr: un Goncourt qui détonne - par Muriel Steinmetz, L'Humanité, 4 novembre 2021
Mohamed Mbougar Sarr : un Goncourt qui détonne
Jeudi 4 Novembre 2021

Avec son beau roman la Plus Secrète Mémoire des hommes, ce jeune écrivain sénégalais surdoué, déjà favori pour les autres prix, entre dans la renommée par la grande porte.

Cent ans après René Maran, premier écrivain noir à obtenir le prix Goncourt, le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr connaît cette consécration. Son roman  la Plus Secrète Mémoire des hommes (Philippe Rey/Jimsaan) a obtenu six voix au premier tour. Il était en lice avec  Enfant de salaud, de Sorj Chalandon (Grasset), Milwaukee Blues, du Haïtien Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser), inspiré du meurtre de George Floyd en mai 2020, et le Voyage dans l’Est, de  Christine Angot (Flammarion), déjà récompensé par le prix Médicis.

Bonne nouvelle à tous égards, assortie d’un symbole fort. Le livre de Mohamed Mbougar Sarr est coédité par les éditions Philippe Rey – maison indépendante de taille modeste – et Jimsaan, basées au Sénégal. La Plus Secrète Mémoire des hommes est le quatrième livre d’un auteur surdoué d’à peine 31 ans, né à Dakar et vivant dans l’Oise. Il est fils de médecin, diplômé de l’Ehess.

Un texte très bien charpenté

Savamment construit autour d’un homme accusé de plagiat, ce livre de presque 500 pages empreint d’une imagination puissante, pétri de références, s’inspire en sourdine de l’histoire vraie de l’écrivain malien Yambo Ouologuem (il lui est dédié), premier romancier noir à remporter le Renaudot, en 1968, pour le Devoir de violence, avant d’être accusé de plagiat quatre ans plus tard, son ouvrage étant aussitôt retiré des rayons. Semblable accusation d’emprunt abusif touche le romancier fictif inventé par l’auteur, un certain T.C. Elimane, Sénégalais de 23 ans qui aurait eu le Renaudot en 1938 pour un roman intitulé Labyrinthe de l’inhumain. Mbougar Sarr imagine que le journal  l’Humanité qualifie cet écrivain prodigieux de « Rimbaud nègre ».

Sous le coup de l’accusation de plagiat, le livre disparaît des ventes. Le héros, un dénommé Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais, double plausible de l’auteur, est entré en possession du livre maudit de T.C. Elimane. Il veut comprendre et mène l’enquête sur des traces effacées. Cela le conduit dans le Paris actuel, où il fréquente un groupe d’écrivains noirs. Sa recherche s’étend sur plusieurs continents, Afrique, Amérique latine, Europe, et embrasse plus d’un siècle et demi (la colonisation, la boucherie de 14, la Shoah). On apprend ainsi, entre autres éléments d’importance, que T.C. Elimane, éduqué à l’école des Blancs, a d’abord été adoubé par eux, avant leur sûr rejet.

Écrire ou vivre, faut-il choisir ?

La Plus Secrète Mémoire des hommes, récit à tiroirs multiples, œuvre d’un grand lettré, est un texte extrêmement bien charpenté. Mbougar Sarr connaît ses classiques : Borges, Bolano, Gombrowicz… Il pose mille questions : l’histoire de la littérature n’est-elle pas celle d’un grand plagiat ? Écrire ou vivre, faut-il choisir ? Où est la position de l’écrivain africain dans le champ littéraire français ? Et la figure de l’écrivain en exil ? Enfin, où en est-on du face-à-face Afrique-Occident ? La langue, souvent châtiée, épouse plus d’un genre littéraire : recherche du père, investigation propre au roman policier, intertextualité raffinée, monologue intérieur....

Malgré la complexité des récits emboîtés, le lecteur ne perd jamais le fil. Mohamed Mbougar Sarr avait déjà été remarqué et primé pour ses trois précédents romans, Terre ceinte (Présence africaine, 2015), sur la folie islamiste, Silence du chœur (Présence africaine, 2017), sur l’odyssée des migrants, et De purs hommes (Philippe Rey/Jimsaan, 2018), sur l’homosexualité dans les sociétés africaines. Mbougar Sarr figurait aussi en favori pour le Femina, le Renaudot et le grand prix du roman de l’Académie française.

Par ailleurs, Amélie Nothomb (55 ans) remporte le prix Renaudot pour Premier Sang (Albin Michel). C’est le trentième livre de la romancière, qui rend une manière d’hommage posthume à son père diplomate – ici en position de narrateur –, décédé en mars 2020, dans un récit peint à l’eau-forte où le passé revient. Y compris celui, marqué au fer rouge, d’une prise d’otages de quatre mois dans l’État du Congo (actuelle RDC), dont il faillit ne pas revenir. Enfin, le prix Renaudot de l’essai a été attribué à Anthony Palou pour son livre Dans ma rue y avait trois boutiques (Presses de la cité).

Partager cet article
Repost0
13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 06:32
Cinéma L'étoile à Carantec - WEEK-END DE SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE AFGHAN les 22 et 23 octobre 2021 avec la projection de 4 films et des temps de débat

ÉVÉNEMENT EXCEPTIONNEL AU CINÉMA L’ÉTOILE DE CARANTEC

WEEK-END DE SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE AFGHAN

AVEC LE SOUTIEN DE LA MUNICIPALITE DE CARANTEC

 

VENDREDI 22 ET SAMEDI 23 OCTOBRE 2021

EN PRÉSENCE DES RÉALISATEURS ET JOURNALISTES

TÉMOINS DIRECTS DE L’ACTUALITÉ

DÉBAT ANIMÉ PAR ALAIN MINGAM

 

Séance : 10 euros. La recette du week-end sera reversée à une association de femmes afghanes.

La destruction par les talibans en 2001 des boudhas géants de Bamyan avait provoqué un électrochoc à la face du monde. Le 15 août dernier suite à la débâcle des armées américaines et afghanes - est revenu au pouvoir un régime obsédé par le souci de rétrograder la femme au rang « d’esclave, d’animal domestique ». Assignées de nouveau à résidence dans la prison grillagée de leur burqa, les femmes afghanes luttent pour leur survie, contre ce constat qui accuse la bêtise humaine, la lâcheté. Pour faire appel à notre solidarité - avec pour éclatantes preuves

2 documentaires et 2 films inoubliables.

MASSOUD L’HÉRITAGE de Nicolas Jallot (documentaire - 52mn) Ce film raconte la vie du légendaire Commandant Massoud, depuis sa jeunesse, sa lutte armée contre l’envahisseur soviétique, À la fois le portrait d’un homme et d’un peuple, ce film révèle les dessous du dernier conflit de la Guerre froide, et de la naissance des Taliban. Une épopée toujours d’actualité car l’Histoire se répète en Afghanistan avec le retrait des Américains, le retour des Taliban et la menace Al Qaeda et de Daech ! Dans ce film, Ahmad, le fils de Massoud retrace la vie de son père et rappelle qu’au-delà de l’homme, c’est un état d’esprit, une volonté de résistance et de liberté.  Vendredi 22 octobre à 17h.

OSAMA de Sedigh Barmak (1h23)

L'Afghanistan au début du règne des taliban. Une jeune fille de 12 ans vit avec sa famille. Tous ont réussi à échapper à la répression brutale qui a suivi les manifestations de femmes afghanes. Comme les deux hommes de la maison - l'oncle et le père de l'adolescente - sont morts, la jeune fille, sa mère et sa grand-mère sont contraintes de rester cloîtrées. Les trois femmes décident que l'adolescente va désormais se faire passer pour un garçon sous le nom d’Osama avec un destin qui va très vite être bouleversé... Vendredi 22 octobre à 20h45.

VOYAGE AU CŒUR DES TALIBANS de Véronique de Viguerie, Paul Comiti et Régis Sommier. (documentaire - 54mn)

Le 15 août 2021, Kaboul, la capitale de l'Afghanistan, tombaient aux mains des taliban. Quelques semaines auparavant Régis Le Sommier et Véronique de Viguerie sont allés enquêter dans les territoires administrés par les nouveaux maîtres du pays. Les journalistes racontent ainsi comment les hommes et les femmes sont soignés séparément dans les hôpitaux, les stocks d'armes récupérés après la fuite de l'armée régulière ou encore comment fonctionnent désormais les tribunaux où les juges sont sommés de faire appliquer la chariaSamedi 23 octobre à 17 heures.

SYNGUÉ SABOUR de Atiq Rahimi (1h43)

Dans Kaboul sinistrée, un héros de guerre réfugié chez lui git dans le coma. Sa femme à son chevet prie pour le ramener à la vie. La guerre fratricide déchire la ville avec les combattants à sa porte. La femme est forcée à l’amour par un jeune taliban. Contre toute attente, elle prend conscience de son corps, libère sa parole auprès de son mari. Celui-ci, malgré lui, devient sa « syngué sabour », sa pierre de patience, pierre magique que l’on évoque pour lui souffler tous ses secrets, ses souffrances… jusqu’à ce qu’elle éclate. Samedi 23 octobre à 20h45.

Partager cet article
Repost0
13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 05:18
REPORT DE LA REPRESENTATION DU SPECTACLE « LES MAUVAIS JOURS FINIRONT »

REPORT DE LA REPRESENTATION DU SPECTACLE « LES MAUVAIS JOURS FINIRONT » Suite à un accident qui immobilise l'un des comédiens, le Théâtre de la Corniche est au regret d’annoncer le report de la présentation de son spectacle, Chroniques en chanson de la Commune de Paris, qui devait se tenir à la M.J.C. de Morlaix le lundi 18 octobre. De nouvelles propositions de dates seront annoncées d'ici la fin

Dans le cadre du 150ème anniversaire de la Commune, le Théâtre de la Corniche (qui avait joué la pièce de théâtre pacifiste "Bonsoir m'amour" sur la guerre 14-18 en 2018) présente le lundi 18 octobre à 19h à la MJC de Morlaix son spectacle "Les mauvais jours finiront" sur la Commune de Paris.
Chronique en chansons de la Commune de Paris. Le Théâtre de la Corniche revisite ces 72 journées du printemps 1871, remises dans son contexte historique de la capitulation de l'armée de Napoléon III et du siège de Paris par les Prussiens, d'une proclamation d'une république dans un pays resté profondément monarchiste et d'une opposition de plus en plus marquée entre la France rurale et la capitale.
 
Pour en savoir plus, visitez le site du Théâtre de la Corniche: https://www.theatredelacorniche.fr/ete-2021/les-mauvais-jours-finiront/
 
INFOS PRATIQUES:
 
Date le lundi 18 octobre à 19h
 
Organisateur MJC Morlaix, Morlaix, place du Dossen
 
Téléphone 02 98 88 09 94
Partager cet article
Repost0
10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 13:18
L'Himalaya breton, de Nicolas Legendre (2020): un journal de voyage érudit et réjouissant entreprend l'ascension des sommets bretons
On vous parle d'un temps, il y a 245 à 540 millions d'années, ou les roches qui constituent aujourd'hui la Bretagne étaient au niveau de l’Équateur. Un temps "où les forces telluriques ont donné naissance à une gigantesque cordillère allant des futures Appalaches à l'actuelle Silésie. Elle culminait vers huit mille mètres et atteignait quatre mille à six mille mètres en Armorique. Bien avant que les Pyrénées et les Alpes ne prissent la forme qu'on leur connaît, un véritable "Himalaya" occupait l'actuelle Bretagne. Des millions d'années de mouvements tectoniques, de réchauffements et de glaciations, de tempêtes et de ravinements, ont entraîné l'érosion de ces fiers massifs".
Mais nos "géants en fin de vie" ont encore fière allure! Aux sommets de la Bretagne, dans les Monts d'arrée: le Roc'h Ruz (la montagne rouge) - 385 mètres- le Tuchenn Kador (384,9 mètres), le Roc'h Trévézel (384,9 mètres) selon des géologues du centre des Finances de Morlaix.
 
Voici un livre qui se recommande très chaleureusement, tant sa lecture allie la grâce et la profondeur, le plaisir et l'instruction.
 
Le road-trip du journaliste (Le Monde, Géo, XXI) et écrivain talentueux Nicolas Legendre, en février 2020, juste avant le premier confinement causé par la crise du Covid-19, de sommet breton en sommet breton, donne naissance à un récit mêlant les notations géographiques, géologiques, historiques, sociales, culturelles, politiques sur les "montagnes oubliées" de la Bretagne intérieure qui a quelque chose de profondément réjouissant et revigorant. Du Mont-Dol aux massifs de Paimpont, des Landes de Lanvaux au Ménez Bré, des Montagnes noires aux Monts d'Arrée, de Rennes au Ménez Hom, laissons nous entraînés à la redécouverte de la Bretagne des cimes et de l'Argoat. Un récit de voyage au plus près de chez nous mêlant l'humour, la poésie et une grande culture.
 
Aux éditions Le coin de la rue, 17 euros.
 
Morceaux choisis:
 
"Les humains qui peuplent les montagnes ont aussi leurs particularités. On n'habite pas les hauts plateaux des Andes comme on habite la pampa. On ne vit pas à Botmeur, au cœur des Monts d'Arrée, comme on vit à Penmarc'h, les pieds dans l'Atlantique. Les faibles distances entre ces "Bretagne" ne sont pas synonymes de proximité sociale, économique ou politique. Au XVIIIe siècle, il fallait entre vingt et trente heures pour rejoindre la mer à partir de Carhaix. Trente-cinq à quarante heures depuis Paimpont. Beaucoup de montagnards du Centre-Bretagne mourraient sans jamais avoir aperçu, ne fût-ce que de loin, les mille nuances de bleu de la Manche ou de l'Iroise.
Tout cela a forgé des caractères. L'éloignement des axes de communication et des grands centres urbains, la pauvreté des sols et l'escarpement des reliefs ont modelé les âmes.
Entre Trégor et Haute-Cornouaille, il existe un pays "rouge", historiquement procommuniste, anticlérical et laïc. Un pays où l'on vote plus à gauche qu'ailleurs en Bretagne, et qui correspond aux communes les plus élevées de la péninsule".
(...)
"Vue depuis mon promontoire, sous ce ciel chargé, la vaste étendue de lande du Yeun Elez paraissait inamicale, indomptable, éloignée de tout. Et pourtant: la route Quimper-Morlaix déroule son long ruban d'asphalte près de la ligne de crête. La gare de Brest n'est qu'à 45 minutes en voiture. Le relatif "enclavement" de l'Arrée n'est rien comparé à ce qu'il fut durant des siècles.
En témoigne le passé de La Feuillée, commune de 650 habitants située au nord-est du Yeun Elez. Au XIe siècle, dans ces parages alors quasiment inhabités, des religieux de l'ordre des Hospitaliers installèrent un hospice destiné à venir en aide aux pèlerins et voyageurs qui transitaient le long de la voie romaine reliant Carhaix à Landerneau, avant ou après le franchissement des sommets. Franchissement qui ne devait pas être une mince affaire... Il faut s'imaginer des landes peuplées de loups, parcourues par des brigands, exemptes bien sûr de tout panneau de signalisation. Précisions que 800 ans plus tard, au XIXe siècle, il fallait toujours cinq à huit heures, à cheval, pour effectuer les cinquante kilomètres séparant Carhaix de Morlaix...
Pour tenter de valoriser les landes qui les entouraient, les hospitaliers ont fait appel à des défricheurs. Ces "colons" étaient des paysans pauvres, des fils de métayers voire des renégats, en provenance d'autres territoires bretons, contraints d'émigrer pour survivre. Ils exploitaient les maigres terres de l'Arrée dans le cadre d'une institution très particulière: la quévaise. Ce mode de concession foncière et système social, minoritaire en Bretagne, impliquait une organisation très collective et relativement égalitaire. Elle était spécifique aux terres les plus pauvres de la péninsule, donc aux montagnes. Elle expliquerait en partie la persistance, jusqu'à nos jours, de particularismes locaux. A commencer par l'orientation politique, clairement à gauche depuis des décennies, de beaucoup de ces territoires.
Selon l'historien Ronan Le Coadic, professeur à l'université de Rennes 2 et responsable du Diplôme d'études celtiques dans ce même établissement, "il y a une corrélation très nette entre l'altitude et le vote communiste" en Bretagne. Et de préciser: "Sur 140 communes bretonnes ayant une altitude supérieure ou égale à 180 mètres (c'est ce qu'on appelle "les montagnes"), la moitié font partie du bastion. Vingt-trois autres accordent une proportion non négligeable de leurs suffrages au Parti communiste (...) Toutes les paroisses totalement couvertes de quévaises (sauf une) appartiennent au bastion".
(...)
Misère et richesse intérieure, dureté des éléments et beauté des lieux, enclavement et ouverture vers l'extérieur sont autant de composantes du cocktail "Arrée". Tout cela a façonné, l'âme de ce pays... qui ne manque pas de personnalités fortes. Cela permet-il d'expliquer pourquoi les Monts d'Arrée ont abrité le tout premier "village résistant" français durant la Seconde Guerre mondiale? Impossible à dire. Force est de constater, cependant, que l'Arrée a largement pris sa part dans la Résistance.
Dès les premiers jours de l'occupation allemande, en juin 1940, les habitants du hameau de Trédudon-le-Moine, à Berrien, choisirent de ne pas accepter l'ordre établi. Leur lieu de vie est devenu "un dépôt d'armes, un refuge pour résistants traqués, un lieu de réunion et un centre de décision pour dirigeants nationaux et régionaux" de la Résistance. C'est ce qu'on peut lire sur un panneau installé par l'état-major national en 1947, dans ce petit lieu-dit. Un intitulé occupe le haut de l'écriteau: TREDUDON - PREMIER VILLAGE RESISTANT DE FRANCE.
En Bretagne, les plus importantes places fortes de la Résistance se trouvaient à Saint-Marcel, dans les landes de Lanvaux, à Duault, dans le massif éponyme. Parmi la centaine d'autres maquis bretons, certains furent créés en plaine ou à proximité du littoral, mais la densité la plus importante était en Centre-Bretagne, dans les monts d'Arrée, au sud de Carhaix, dans les Montagnes Noires, dans le Trégor "rouge", dans le Mené et dans le Kerchouan."
Partager cet article
Repost0
3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 07:28
Les débats de la Fête de l’Humanité. Communisme.s : quels horizons nouveaux ?
Vendredi 1 Octobre 2021 - L'Humanité

À l’Agora, la rencontre entre Bernard Friot, sociologue et économiste, Frédéric Lordon, philosophe et économiste, et Guillaume Roubaud-Quashie, historien et directeur de la revue « Cause commune », a fait événement. Face aux crises sociales, économiques, politiques, climatiques et sanitaires, ils ont débattu de l’urgence de construire un monde sur de nouvelles bases communistes devient une nécessité vitale pour l’humanité.

À la fin des années 2000, Alain Badiou et Slavoj Zizek entendaient réhabiliter le communisme. Pourquoi faut-il, aujourd’hui, dans un terrain si hostile, relever ce défi de l’émancipation humaine ?

Bernard Friot Je ne dirais pas que le terrain soit hostile. Dans les rencontres auxquelles je participe régulièrement, je ne trouve aucune hostilité. Dans ma génération, un contentieux fait que beaucoup trop font de l’autocensure et hésitent à mettre en avant le mot « communisme ». C’est une erreur manifeste : il y a une aspiration au communisme dans la jeunesse !

Frédéric Lordon Je suis content que cette question soit posée sous l’évocation du travail d’Alain Badiou. Il faut rendre à chacun ce qui lui revient. Pour ma part, je suis venu à l’appellation du communisme, à la nécessité de travailler à cette question assez tardivement. Je n’ai pas une longue expérience d’appartenance à un parti communiste comme Bernard Friot.

Dans ma vie intellectuelle, je me souviens que Badiou avait tenu très haut la bannière du communisme en traversant cet interminable désert commencé au milieu des années 1980 et jusqu’au tournant des années 2010. La sortie du livre "L'Hypothèse communiste" , en 2009, puis la tenue d’un colloque à Londres avaient réuni beaucoup de monde et, déjà, énormément de jeunes. Je m’inscris dans ce sillage, dont je ne suis pas à l’origine.

Badiou s’est exprimé sur le mouvement "Nuit debout", les courants insurrectionalistes, les gilets jaunes, etc. Il n’a pas complètement tort, mais il n’a pas entièrement raison non plus. Nuit debout, avec tous ses caractères de naïveté, n’en avait pas moins fixé une idée directrice : il fallait cesser de dire ce que nous ne voulons pas et commencer à dire ce que nous voulons. Encore fallait-il savoir ce que nous voulons affirmer ! Le communisme est le nom de cette affirmation.

Cela devient impérieux car nous vivons une phase assez typique de ce que Gramsci appelle une « crise organique », durant laquelle se décomposent les autorités institutionnelles (la politique, l’État, la science, etc.) et, corrélativement, tout un ordre symbolique et d’organisation signifiante. Qu’un ordre symbolique se défasse, ce n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. Au contraire, même, il y a des ordres symboliques dont on souhaite très fort qu’ils disparaissent. Mais pour que la décomposition soit vraiment une bonne nouvelle, elle doit s’accompagner de la recomposition d’un autre ordre plus conforme à ce que nous voulons.

Pour l’instant, nous sommes un peu dans un entre-deux. Nous sommes devant une espèce de creux terriblement anxiogène, comme toujours quand les formations signifiantes menacent de se défaire et quand rien ne les remplace encore. La nature ayant horreur du vide, des propositions de substitutions apparaissent. Une proposition mortifère, fasciste, pointe son nez. On ne fera face à cette proposition fasciste qu’en avançant une proposition globale de recomposition d’ordre social. Communisme est le nom de cette proposition.

Bien sûr, communisme est un mot détérioré par l’histoire et de nombreux secteurs, de la société restent sensibles à cela. Je me suis moi-même longtemps interrogé : fallait-il mettre un autre nom à la place pour des raisons pratiques et tactiques ? À la fin des fins, j’ai choisi de l’utiliser, à défaut d’autre chose. Qu’y a-t-il d’autre ? Anticapitalisme ? Non, nous ne sommes pas anti, nous sommes pro quelque chose. D’autres comme écologie, social ou solidaire sont des mots qui font partie de la grammaire interne au capitalisme. Ce ne sont pas de bonnes propositions pour dépasser le capitalisme. Alors, disons communisme !

Guillaume Roubaud-Quashie © Albert Facelly

Guillaume Roubaud-Quashie Je saluerai le courage de personnalités du monde intellectuel et médiatique comme Alain Badiou de continuer à se réclamer du communisme. Dans le monde intellectuel moins médiatique, je veux citer Lucien Sève, malheureusement décédé en 2020 lors de la première vague du Covid, qui s’est battu tout autant pour ce mot. Le communisme n’est pas qu’une question intellectuelle ou académique. Elle concerne le Parti communiste. La question du nom s’est d’ailleurs aussi posée pour le Parti. Certains partis, tel le PCI, ont fait d’autres choix. Mais il y avait un problème de fond. Si nous étions dans une démarche communiste en visant à être dans un mouvement conscient et large et évitant la manipulation, nous ne pouvions pas nous-mêmes être dans la manipulation en usant d’un autre mot.

Je réagis maintenant au propos de Frédéric Lordon pour relever l’événement que nous sommes en train de vivre. Nous sommes sortis d’un moment de « timidité », comme le disait Bernard Friot. Aujourd’hui, des figures intellectuelles importantes avancent sur le terrain de l’affirmation en utilisant le mot « communisme » en positif. Je veux souligner ce travail sur des projections d’avenir et non plus sur un simple refus du monde tel qu’il est. Concernant cette perspective communiste, je soulignerai l’actualité de l’impossible. Dans le Capital, Marx a une formule : « Après moi, le déluge, telle est la devise de tout capitaliste. »

Quand on lit les rapports du GIEC, nous sommes vraiment confrontés à cette fuite en avant mortifère. Si on continue à laisser le pouvoir à quelques actionnaires guidés par la seule soif de profits, l’humanité va vers l’abîme. L’urgence de l’impossible appelle autre chose. Et quand on voit ce dont est capable l’humanité, on entrevoit l’urgence d’un possible autre. Sans être étranglés par les logiques d’une course au profit de quelques-uns qui ne cherchent qu’à accumuler, nous pouvons répondre à des défis considérables. Nous sommes dans ce moment précis où il est urgent d’en finir avec le capitalisme et où il est urgent et possible d’entrer dans un nouveau temps de l’histoire humaine. Le communisme est cette urgence.

Les crises que nous traversons sont structurelles. Dans celles qui assombrissent les horizons à court terme, il y a la crise climatique. Dans cette urgence, comment peut-on construire un rapport de forces politique permettant un déploiement du communisme ?

Bernard Friot Le rapport de forces ne peut se tenir que dans la souveraineté du travail. Je suis maintenant convaincu que c’est le seul lieu de notre puissance. Tant que nous accepterons de faire des boulots avec lesquels nous sommes en désaccord, rien ne changera. La conquête de la souveraineté sur le travail est le lieu décisif de la lutte des classes.

Regardez ce qui s’est passé à l’hôpital. Les soignants et soignantes ont été dépossédés de leur travail par les gestionnaires des hôpitaux depuis quarante ans. Et durant la pandémie, alors que ces gestionnaires étaient dans les choux, les soignants et les soignantes ont, eux, retrouvé la maîtrise en tant que professionnels.

Frédéric Lordon Là où la démolition de la classe ouvrière n’a pas suscité un seul battement de cils de la part de la bourgeoisie, la destruction de la planète, qui forcément la concerne un peu plus, commence à l’émouvoir. Avec la question climatique, nous retrouvons un levier politique, et même psychologique, affectif, puissant. Pour une fois, la politique de la peur pourra être maniée par d’autres instances que les pouvoirs capitalistes et impérialistes. Il ne va pas falloir s’en priver ! À condition de faire déboucher cette peur sur des figurations d’un avenir autre. Pour construire un nouveau rapport de forces, il faut d’abord ne plus être dans le déni. Je vise là les intellectuels. On ne peut pas penser la destruction de la nature sans mettre en cause le capitalisme. Pour sauver ce qu’il reste de la nature, cela revient à renverser le capitalisme !

Guillaume Roubaud-Quashie Notre débat est très instructif. Non seulement la perspective positive du communisme revient, mais une autre grande question, souvent dissimulée par ceux qui étaient effrayés par les échecs réels du XXe siècle, celle de l’organisation, peut être posée. Car, comment construire un rapport de forces sans organisation ? On me rétorquera que je fais un plaidoyer pour le Parti communiste. Pourtant, cette question se pose vraiment. Maïakovski disait :  « Malheur aux hommes seuls. » Il avait raison. Si l’on veut que les choses bougent, il y a besoin de mettre en commun les expériences, les réflexions, mais aussi les actions.

Bien sûr, les formes « parti » doivent s’améliorer pour être plus efficaces, pour être encore plus et mieux parti. Pour autant, nous ne parviendrons pas à faire grandir un rapport de forces si chacun bougonne devant son smartphone ou sa télévision. La seule manière d’y arriver, c’est de se coordonner et d’avancer ensemble. Ce n’est pas la réponse exclusive, mais elle est assez structurante : il faut renforcer les organisations de la classe de ceux qui ont tout intérêt au communisme. Cela passe aussi par la confrontation d’idées. À ce propos, le rôle que tient l’Humanité, avec sa Fête, est important.

Sur le travail, Bernard Friot, vous proposez un « salaire à vie ». Frédéric Lordon, vous parlez d’une « garantie économique générale ». Le PCF définit un système de sécurité d’emploi et de formation. Qu’est-ce qui distingue ces propositions ?

Frédéric Lordon Je me reconnais intégralement dans la proposition de « salaire à vie ». Je fais juste une variation nominale mais pas une distinction de principe. C’est l’une des questions dont nous avons beaucoup parlé, avec Bernard Friot, dans les conversations qui ont abouti à notre livre d’entretiens En travail (1).

Je lui explique le sens de l’évitement du terme « salaire ». J’ai bien compris ce qu’il avait en tête, mais j’ai eu l’impression qu’il cherchait les difficultés : le mot salaire étant intimement lié à l’ordre social capitaliste. Cet ordre s’établit sur une série de rapports sociaux du salariat, du travail, de la mise en activité humaine propres au capitalisme. Dessiner alors une perspective communiste en l’asseyant sur la catégorie du salaire me semblait un paratonnerre à objections et à malentendus ! C’est la raison pour laquelle j’ai contourné le mot salaire. Nous nous en sommes expliqués. En réalité, la re-convergence était très simple à opérer.

À l’issue de la discussion, une démarche de requalification conceptuelle paraissait logique. Bernard Friot l’avait déjà accomplie, notamment à propos de la valeur. Il n’y a pas le salaire tout court. Il existe le salaire capitaliste et le salaire communiste. La forme communiste du salaire n’a rien à voir avec sa forme capitaliste. Il suffit de qualifier le salaire et alors le malentendu disparaît.

Bernard Friot Merci, Frédéric, d’adopter le salaire communiste comme projet ! Le salaire capitaliste, c’est la rémunération d’une activité validée comme productive. Sa forme la plus centrale, c’est le travailleur indépendant. La rémunération capitaliste est ce qui reste de la valeur produite, une fois que le fournisseur, le prêteur et l’acheteur ont prélevé l’essentiel. Si le travailleur ne produit rien, il n’a rien.

Pendant le confinement, les travailleurs indépendants se sont ainsi retrouvés à la rue. Les fonctionnaires ont, eux, conservé 100 % de leur salaire. Les travailleurs qui avaient un CDI ont gardé 84 %. Les intermittents, les gens en CDD, les précaires : zéro ! Le confinement a constitué une formidable démonstration. Des fonctionnaires qui ont plus travaillé, comme les soignants, ont conservé leur salaire. Mais d’autres, qui ont moins travaillé, l’ont aussi conservé parce que c’est un attribut de la personne. C’est une immense conquête de la CGT à travers le statut de la fonction publique. Le salaire communiste dissocie le droit à ressource de la validation sociale de l’activité. C’est cela qu’il faut généraliser à tous ! Car, je suis d’accord : cela ne sert à rien d’être anticapitaliste. Il faut être pour, et donc être communiste.

Alors même que l’activité était en difficulté, les salaires ont été maintenus. L’activité a été heureusement dissociée du salaire et cela a été bénéfique. C’est le salaire communiste ! Il repose sur un attribut accordé à la personne afin de lui octroyer une « capacité à » et une « responsabilité de ». Chaque travailleur est titulaire d’une qualification. La personne n’est pas reconnue comme travailleur à travers un contrat de travail, mais au travers d’une qualification dont elle est porteuse. Un fonctionnaire de l’État est ainsi porteur d’un grade, qui ne s’éteindra qu’à sa mort. Lorsqu’il prend sa retraite, il continue à être titulaire de sa qualification, donc son salaire. Le communisme engage une mutation anthropologique du statut du travailleur. Il s’agit d’un statut communiste de la personne adulte. Être souverain sur le travail doit s’établir sur un droit à la personne. C’est bien différent d’une continuité de ressource qui serait obtenue par une continuité du contrat de travail.

Guillaume Roubaud-Quashie Je dois me positionner par rapport à la proposition théorique du salaire à vie avancée par Bernard Friot. Sur ce type de question politique, il y a besoin d’un investissement populaire large. Nous pourrions évoquer d’autres grands penseurs comme Paul Boccara, qui a développé la sécurité d’emploi et de formation. C’est aussi un projet important qui essaie de répondre à la question du chômage et en même temps à celle de l’efficacité sociale.

Plusieurs théories ont été élaborées par des intellectuels communistes. Durant leur congrès, les militants réfléchissent ensemble, confrontent et prennent des décisions. La position actuelle est en faveur du système actualisé de sécurité d’emploi et de formation. Le communisme est une question de classe : savoir qui décide ce qu’on produit et comment on le produit. C’est une question démocratique.

Pour y parvenir, quelle conceptualisation théorique faut-il adopter ? Nous avons intérêt à ouvrir le débat et continuer de travailler, et peut-être parfois tracer des chemins nouveaux. Entre théorie et politique, il existe des dangers. Le risque serait que le parti entre sur la scène théorique pour fixer une ligne politique, l’assène et close le bal. En tant que parti politique, nous ne devons pas entrer dans une démarche visant à estampiller telle ou telle théorie, mais au contraire stimuler l’effort théorique. En même temps, il y a besoin d’une validation pratique au fur et à mesure que l’action est menée.

(1) En Travail. Conversations sur le communisme, de Frédéric Lordon et Bernard Friot, La Dispute.
 
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011