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29 mars 2022 2 29 /03 /mars /2022 04:00
Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, Photo Julia Thatje

Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, Photo Julia Thatje

Maha Hassan, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, Photo Julia Thatje

Maha Hassan, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, Photo Julia Thatje

Maha Hassan, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, Photo Julia Thatje

Maha Hassan, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, Photo Julia Thatje

Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, photo Jean-René Le Quéau

Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, photo Jean-René Le Quéau

Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, photo Jean-René Le Quéau

Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, photo Jean-René Le Quéau

Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, photo Jean-René Le Quéau

Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, photo Jean-René Le Quéau

Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, photo Jean-René Le Quéau

Maha Hassan et Ismaël Dupont, 25 mars - Sortie et première rencontre de présentation du livre Femmes d'Alep à la Manufacture des Tabacs de Morlaix, locaux de Skol Vreizh, photo Jean-René Le Quéau

Rencontre très chaleureuse autour de "Femmes d'Alep", le roman de 460 pages co-écrit par Maha Hassan et Ismaël Dupont, dans les locaux de Skol Vreizh à la Manufacture des Tabacs de Morlaix pour le lancement du livre ce vendredi 25 mars 2022.
 
Programme de rencontres de présentation du livre et dédicace déjà programmées (d'autres sont en cours de finalisation):
 
Nous avons déjà plusieurs rencontres déjà prévues pour présenter "Femmes d'Alep":
 
- samedi 26 mars à 16h à Dialogues Morlaix: Présentation du livre "Femmes d'Alep" avec Maha Hassan et Ismaël Dupont et dédicaces
 
- vendredi 1er avril, Dédicace au centre culturel Leclerc de Morlaix, de 16h45 à 19h
 
- samedi 2 avril à 14h30 à Lampaul Guimiliau, rencontre à la librairie l'Ivresse des Mots
 
- samedi 2 avril à 18h au Caplan & Co à Guimaëc (Poul Rodou)
 
- samedi 9 avril, Maha Hassan est invitée d'un festival culturel sur les droits des femmes dans le cadre d'une journée sur les femmes migrantes et réfugiées à Port-de-Bouc près de Marseille, Bibliothèque Boris Vian, à 17h
 
- samedi 16 avril, 16h: Invitation de Maha Hassan et Ismaël Dupont à l'Institut Kurde de Paris
 
- vendredi 22 avril, 19h, salle des fêtes de Saint-Cadou à Sizun
 
- samedi 23 avril, à 17h, rencontre à la librairie Les Déferlantes, place des Viarmes à Morlaix
 
- jeudi 5 mai, rencontre-présentation du livre à la librairie Livres in Room à Saint-Pol-de-Léon à 18h30
 
- samedi 7 mai, FNAC de Morlaix, de 15h à 18h, Zone commerciale St Fiacre à Plourin-les-Morlaix
 
- Vendredi 13 mai, conférence-débat à Saint-Brieuc, 18h, à l'invitation des Belles Rouges 22, Salle 16 rue Courteline
 
- Samedi 4 juin à Avranches, 16h - Librairie D'un livre à l'autre
 
- samedi 11 juin à Toulouse, rencontre à l'invitation du festival féministe Sœurcières (organisé par Osez le féminisme!) en librairie à Toulouse.
 
 
 
 
 
 
 
 
Et rencontre à 16h ce samedi 26 mars 2022 - Rencontre dédicace à Dialogues Morlaix avec Maha Hassan et Ismaël Dupont

Et rencontre à 16h ce samedi 26 mars 2022 - Rencontre dédicace à Dialogues Morlaix avec Maha Hassan et Ismaël Dupont

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23 mars 2022 3 23 /03 /mars /2022 11:55
Les premières rencontres annoncées autour de "Femmes d'Alep":
 
- vendredi 25 mars à 17h30 Présentation de "Femmes d'Alep" dans les locaux de Skol Vreizh, à la Manufacture des Tabacs de Morlaix
 
- samedi 26 mars à 16h à Dialogues Morlaix: Présentation du livre "Femmes d'Alep" avec Maha Hassan et Ismaël Dupont et dédicaces
 
- samedi 2 avril à 14h30 à Lampaul Guimiliau, rencontre à la librairie l'Ivresse des Mots
 
- samedi 9 avril, Maha Hassan est invitée d'un festival culturel sur les droits des femmes dans le cadre d'une journée sur les femmes migrantes et réfugiées à Port-de-Bouc près de Marseille, Bibliothèque Boris Vian, à 17h
 
- vendredi 22 avril, 19h, salle des fêtes de Saint-Cadou à Sizun
 
- samedi 23 avril, à 17h, rencontre à la librairie Les Déferlantes, place des Viarmes à Morlaix
 
- jeudi 5 mai, rencontre-présentation du livre à la librairie Livres in Room à Saint-Pol-de-Léon à 18h30
 
- samedi 7 mai, FNAC de Morlaix, de 15h à 18h, Zone commerciale St Fiacre à Plourin-les-Morlaix
 
- Vendredi 13 mai, conférence-débat à Saint-Brieuc, 18h, à l'invitation des Belles Rouges 22, Salle 16 rue Courteline
 
Sortie du livre de Maha Hassan et Ismaël Dupont "Femmes d'Alep" chez Skol Vreizh: les rencontres prévues
Sortie du livre de Maha Hassan et Ismaël Dupont "Femmes d'Alep" chez Skol Vreizh: les rencontres prévues
Une immense joie de voir le roman co-écrit avec mon amie l'écrivaine Maha Hassan publié avec le beau tableau de couverture du peintre kurde syrien d'Afrin Lokman Mohamad, dans le catalogue de notre éditeur Skol Vreizh. A vente cette semaine en librairie.
Un travail littéraire passionnant débuté en décembre 2017, sitôt après notre rencontre à une soirée organisée par Amnesty International sur la guerre en Syrie, un pays et un peuple j'ai appris à aimer à l'été 2010, 6 mois avant la Révolution, et ce roman aux cents visages de femmes qui va déboucher 4 ans et 4 mois après.
Nous allons bientôt vous inviter, chers lectrices et lecteurs futurs, j'espère, à une plongée en profondeur dans la société et la culture syrienne, l'histoire des femmes de ce pays si fascinant et cruel, les drames du patriarcat et de la dictature du clan Assad, la guerre et l'exil, une réflexion puissante sur la dialectique de l'identité multiple et métissée, et les chemins de la liberté d'une écrivaine, née avec des parents analphabètes, mais des grands-mères, arménienne, kurde, arabe, riches d'histoire, dont l'exil aura pleinement libéré la fécondité créatrice.
Merci à notre éditeur, à Jean-René Le Quéau, à Paolig Combot, d'avoir su apprécier ce livre fort, ambitieux et d'une originalité véritable, un sésame pour découvrir l'Orient compliqué et la Syrie d'avant la Révolution et de la guerre civile.
Merci à Maha pour sa confiance, de m'avoir fait partager sa création et sa puissance romanesque pas à pas! Et à tous les amis qui nous ont aidés dans cette entreprise, Patrick Gambache, Guy Darol, et d'autres encore!
 
Née à Alep en Syrie dans une famille kurde, avec un père ouvrier communiste dans une usine de textile, partagé entre idéologie progressiste et conservatisme social, Maha Hassan a vécu une enfance croisée entre la grande ville du nord de la Syrie, aux milieux sociaux très divers, et le village kurde de Metîna, dans la région d'Afrin. Athée mais voilée, avec ses amies du lycée Al-Nil, elle vient à la littérature et au monde des idées par Marx, Gorki, Hemingway, Sartre, Breton, de Beauvoir, Rimbaud qu'elle découvre entre ses 15 et ses 18 ans dans sa chambre du quartier populaire d'Alkhalidiya, à l'ouest d'Alep, d'abord grâce aux brochures et livres qui lui offrent les copains communistes de son père.
Écrivaine et journaliste de langue arabe, elle s'exile en France en 2004 à la suite du printemps kurde, déjà réprimé par Bachar al-Assad. Elle est l'auteur de 13 romans en langue arabe, dont plusieurs ont été sélectionnés pour des prix internationaux de littérature arabe, la plupart publiés au Liban. Deux de ses romans sont traduits en italien, un en néerlandais et un autre est en cours de traduction en Angleterre.
 
Femmes d'Alep - un roman de Maha Hassan
écrit en français avec l'aide de Ismaël Dupont
 
Tout a commencé avec elles : l’Arménienne chrétienne à l'identité enfouie et dissimulée, et Halima, la Kurde musulmane. Deux femmes analphabètes qui ont tissé les fils de mon destin. L’histoire débute donc avec elles : Halima, Amina, Samia, Hanifa, Nadia et… toutes ces femmes qui racontent leurs vies dans ce livre.
“Je suis née pour raconter, pour les raconter. Je suis née femme pour raconter les histoires de ces femmes autour de moi : femmes de ma famille, femmes d'ailleurs, voisines, cousines, amies, rendues étrangères à elles-mêmes. Femmes sorties de l’ombre où elles ont vécu dans l'injustice et la peur, femmes aux vies cabossées par la guerre et l'exil. Je suis née dans cette société orientale tyrannique pour témoigner des expériences des femmes dans ce monde définitivement perdu que fut la Syrie d'avant la Révolution et la guerre civile. Je suis née là-bas pour m'exiler et écrire ce livre rendu possible et nécessaire par la distance et l'éloignement. Je suis née pour raconter et je me suis exilée pour sauver mes histoires.”
Format : 14 X 22 cm, 488 p.,
impression NB, papier bouffant, relié, couverture souple impression couleurs, pelliculée, 22 €
ISBN 978-2-36758-137-8
Sortie du livre de Maha Hassan et Ismaël Dupont "Femmes d'Alep" chez Skol Vreizh: les rencontres prévues
Sortie du livre de Maha Hassan et Ismaël Dupont "Femmes d'Alep" chez Skol Vreizh: les rencontres prévues
Sortie du livre de Maha Hassan et Ismaël Dupont "Femmes d'Alep" chez Skol Vreizh: les rencontres prévues
Sortie du livre de Maha Hassan et Ismaël Dupont "Femmes d'Alep" chez Skol Vreizh: les rencontres prévues
Femmes d'Alep
Les communistes en Syrie, une longue histoire compliquée et une influence certaine.
C’est l’histoire d’un père, analphabète, ouvrier dans une usine de textile des faubourgs d’Alep, qui rêvait d’envoyer sa fille aînée faire des études de sciences politiques en Russie... Ses nièces "nationalistes" kurdes le surnomment Gorbatchev. Nabi, kurde venu du village de Metîna, dont la fille, Maha, publiera à douze ans son premier article dans le journal du Parti communiste syrien Al-Bayraq, pour la plus grande fierté des amis et camarades de son père, tandis que sa première nouvelle sera publiée à 20 ans dans le journal de Mahmoud Darwich au Liban, le poète et résistant palestinien, un autre ancien militant communiste.
C'est l'histoire d'un car de jeunes issus de familles communistes allant sur une journée de vacances hors de leur ville que les services de sécurité arrêtent à un barrage, harcelant ensuite chacun d'entre eux, certains étant arrêtés et torturés, d'autres intimidés, afin de chercher à collecter des renseignements... Une histoire vraie!
« Le Parti communiste a joué un rôle important très tôt dans ma vie. Il m’a préservée contre le destin des filles de mon quartier et de ma famille… Je dois à ce parti de ne pas avoir été éduquée dans une ambiance religieuse qui aurait arrêté le développement de mon esprit critique ».
Parmi les souvenirs lointains d’enfance de la jeune Maha, les visites chez les camarades du quartier, dont les filles chantent dans les chorales du Parti, ou encore, au village paternel kurde de Metîna, dans la région d’Afrin, la visite à Mohammad Medina avec sa tante Farida, un militant sortant de prison, encore handicapé des suites de la torture.
Le communisme a joué un grand rôle dans la vie de Maha : vecteur de culture, c’est grâce aux camarades de son père qu’elle a pu découvrir le monde des livres et des idées, Marx, Lénine, Sartre, Gorki, et bien d’autres ensuite… C’est le communisme qui lui a permis d’avoir des références internationalistes, de vivre dans une ambiance où l’on refusait le sectarisme communautariste, comme l’intégrisme religieux et le nationalisme autoritaire du Baas.
Même si les camarades de son père étaient aussi perméables à la culture patriarcale et clanique dominante, n’avaient pas forcément des femmes libres et émancipées, ils respectaient davantage la liberté de leurs filles, qui, souvent, ne mettaient pas le voile.
Le communisme en Syrie et dans le monde arabe a été fort dans certaines minorités : kurde, chrétienne, druze, alaouite. C’était une promesse universaliste d’égalité et de fraternité humaine, c’était aussi l’espoir d’une société sécularisée où la pensée critique, la création, la liberté individuelle, notamment des femmes, pourraient se déployer plus librement.
Le communisme était aussi une manière de résister au totalitarisme du Parti et de l’idéologie au pouvoir, qui s’attaquait avec la même violence à tous ses opposants, islamistes, ou de gauche, laïcs, et communistes.
Ainsi le livre « Femmes d’Alep » fait référence à Farajallah El Helou, le grand chef communiste libanais, torturé et assassiné par les services de sécurité syriens en 1959.
A l’adolescence de Maha, c’est bien souvent dans des librairies « communistes » d’Alep que l’on trouvait des femmes en jean et sans voile, et des livres dissidents critiquant la religion. C’est là qu’allaient faire provision d’arguments et de connaissance les filles athées voilées du lycée Al-Nil d’Alep.
Toute une partie de la résistance contre la dictature des Al-Assad, le père Hafez, et le fils Bachar, était d’inspiration communiste, même si, peut-être plus encore que dans les pays européens, l’histoire du mouvement communiste, que la dictature a toujours cherché à diviser en même temps qu’elle le réprimait impitoyablement, a été marquée par de nombreuses scissions, divisions et parfois des reniements face à la puissance d'intimidation et de chantage du régime.
Je me souviens que 6 mois avant la Révolution syrienne, à la fête de l'Humanité, il y avait deux stands communistes syriens, dans l'un des opposants persécutés par Bachar, dans l'autre un parti qui tout en s'opposant officiellement au Baas était intégré à un système électoral truqué et sous contrôle.
Toujours est-il que dans la Révolution de 2011, et dans les coordinations civiles de la Révolution, beaucoup des militants aguerris qui pensaient et organisaient la résistance civile étaient soit communistes, soit influencés par cette culture progressiste, universaliste et laïque arabe, également très présente chez les intellectuels, même si beaucoup devaient cacher leurs idées pour ne pas être inquiétés par la dictature.
Le livre « Femmes d’Alep » raconte aussi la résistance de femmes communistes, certaines qui ont vécu des années de clandestinité, cachées ou sous des identités d’emprunt, pendant plusieurs années du temps de Hafez al-Assad pour échapper à l’arrestation et la torture, voire l’élimination. D’autres qui ont combattu, la plupart du temps en manifestant et résistant pacifiquement, par la liberté d’expression et la solidarité concrète, contre la dictature du Boucher de Damas, Bachar al-Assad.
Ce livre raconte la résistance et aussi la persécution, l’exil de ces militants, militants de l’ombre ou intellectuels, et leur amertume face au destin de la révolution syrienne. Leur héroïsme aussi pour continuer à rire du régime, parler-vrai, et librement, sous les bombes, la menace des enlèvements et de l’arrestation par les "moukhabarat" (police secrète) ou les "chabiha" (voyous mafieux ultra-violents à la solde du pouvoir) de Bachar al-Assad.
Ce livre, la deuxième partie notamment, "Héritières de l'exil", est également un hommage à ces héros ordinaires de la Révolution syrienne.
Le Parti communiste en Syrie a commencé à être très influent dans les années 50, dans un contexte de démocratie parlementaire libérale, dans l’opposition. Le Parti communiste du premier député communiste arabe, le kurde Khaled Bakdach, était un parti qui recrutait majoritairement en milieu minoritaire kurde et chrétien. Dans les années 63-68, jusqu’à la prise de pouvoir de Hafez al-Assad, la collaboration du parti Baas au pouvoir en Syrie et de l’URSS était très forte. En 68, le général alaouite Hafez al-Assad, ministre de la Défense, se fait le partisan d'une ligne moins « gauchiste » et plus « pragmatique » du Baas. Les militants communistes sont arrêtés. Et le 6 octobre 1970, Hafez al-Assad prend la tête du pays à 40 ans, en évinçant les membres rivaux de son parti. Il instaure un régime présidentiel autoritaire très personnalisé, s’appuyant sur une institution militaire toute puissance et des services de renseignement et de répression dominés par les Alaouites. Hafez al-Assad engage le « Mouvement rectificatif » réhabilitant le secteur privé et renouant avec les pays arabes, y compris l’Arabie Saoudite. La Syrie intervient contre les Palestiniens dans la guerre du Liban qui a débuté en 1975, avec l’intention de rééquilibrer le rapport de force entre l’OLP et la gauche libanaise d’un côté, et les Phalanges maronites de l’autre. Une « trahison » de la cause palestinienne qui suscite des critiques, y compris au sein du Baas. La Syrie restera engagée au Liban jusqu’en 2005. Dans les années 79-85, Hafez al-Assad exerce sous état d’urgence une répression très féroce contre les Frères musulmans, mais aussi ses opposants de gauche, et les militants communistes. Le régime arrête arbitrairement et torture sans pitié dans ses prisons infernales bien décrites par Mustafa Khalifé dans La Coquille des milliers de suspects : islamistes, démocrates, opposants de gauche.
Le 10 juin 2000, c’est la mort de « l’Éternel » Hafez al-Assad après 30 ans de pouvoir sans partage. Son fils Bachar, 34 ans, lui succède, du fait de la mort de Bassel, le fils aîné et l’héritier pressenti, dans un accident de voiture en 1994. Bachar, qui a fait des études de médecine et d’ophtalmologie à Londres, est présenté au départ comme un président moderne, ouvert aux évolutions. Riad al-Turk, l’opposant de toujours et chef historique du Parti communiste syrien qu’il a fondé en dissidence du parti de Khaled Bakdach, désormais allié au régime, est le premier à critiquer la révision constitutionnelle qui permet à Bachar de prendre la tête de l’état en abaissant l’âge ouvrant droit à l’élection à la présidence de la République.
En janvier 2001 : un autre manifeste portant cette fois la signature de 1000 intellectuels et activistes met davantage l’accent sur des revendications de démocratie et de pluralisme, et des « Comités de revitalisation de la société civile » voient le jour. Bachar tente de se construire une popularité par une hausse des salaires de 25 %, l’autorisation des partis du Front national progressiste de diffuser des journaux en leur nom, la libération de 600 prisonniers politiques, pour la plupart islamistes.
Mais dès février 2001, l’appareil sécuritaire et répressif préservant les privilèges et la mainmise absolue du régime et du clan alaouite au pouvoir se reprend. Le « printemps de Damas » prend fin avec l’arrestation du député et dissident politique Riyad Seif, de Mamoun al-Homsi ainsi que du leader communiste Riad al-Turk, surnommé le Mandela syrien.
Face à la réaction, qu’elle soit basée sur l’autoritarisme militaire mafieux, communautariste et nationaliste, comme celui du parti Baas, ou sur l’islamisme favorisé d’abord par les pays du Golfe et les États-Unis comme parade à l’affirmation du progressisme arabe, le communisme a bien souvent été une force d’émancipation en Syrie et dans le monde arabe, contrairement aux idées reçues qui assimilent communisme et totalitarisme ou négation des libertés individuelles. Le communisme a aussi été un soutien constant aux forces progressistes palestiniennes. Et un vecteur de liberté et d’affranchissement culturel dans la vie sociale et individuelle face aux conservatismes communautaires et religieux.
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21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 07:05
Alain Badiou : Il est temps de s’atteler à une riposte générale (L'Humanité, 17 mars)
Alain Badiou « Il est temps de s’atteler à une riposte générale »

Dans Remarques sur la désorientation du monde, le philosophe brosse un tableau alarmant du capitalisme, porteur de risques de troubles économiques et de guerres planétaires. En contrepoint, il invite à une résistance positive s’inscrivant dans la « réorientation communiste ».

Publié le
Jeudi 17 Mars 2022

La rencontre a eu lieu à Paris, le 2 février. Les masques étaient alors encore de mise et l’invasion par l’armée russe de Poutine et la guerre en Ukraine pas encore d’actualité. Le propos est pourtant déjà très grave face aux errements du monde actuel et à sa désorientation sur le plan politique et stratégique induite par « la gestion des sociétés » par le capitalisme et « ses fondés de pouvoir ». Pour Alain Badiou, il est possible de s’engager dans la période nouvelle en retrouvant « les méthodes du communisme offensif » et en avançant un programme sur des thèmes précis et contre les privatisations.

Dans votre ouvrage (1), vous analysez une « désorientation du monde ». Comment se caractérise-t-elle ?

Sur le plan politique, la figure de la désorientation se donne dans une désorientation flagrante du régime politique dominant nommé la « démocratie » et que j’appelle pour ma part le « capitalo-parlementarisme ». Elle vient du fait qu’apparaît dans les grands pays capitalistes un dysfonctionnement de ce modèle étatico-politique, lequel se manifeste en France par la quasi-disparition de la gauche. Je parle ici de sa très grande faiblesse électorale. Du coup, la représentation démocratique entre majorité et opposition se retrouve déréglée. Et ce d’autant qu’une partie de ce qui se présente comme l’opposition est constituée par l’extrême droite, qui rassemble même plus que la gauche. C’est bien le symptôme d’une désorientation politique systémique. On le voit avec l’émergence de personnalités singulières comme Trump aux États-Unis et Marine Le Pen ou Éric Zemmour en France.

À un niveau plus stratégique, la désorientation vient de ce que rien de ce qui est réalisé et débattu n’est à l’échelle du contemporain, car il est insuffisamment tenu compte du phénomène de mondialisation. Sur le plan mondial, il faudrait pouvoir décrire les structures dominantes et identifier les chemins qui permettraient d’ouvrir une alternative. Or, cela n’est pas accompli. Les forces possibles d’émancipation restent dans un état d’éparpillement et de non-ajustement de leur propos à la conjoncture effective… Beaucoup de gens ne sont pas satisfaits de ce qui se fait, de ce qui se proclame mais, d’un autre côté, ils n’ont pas de repères constitués pour s’orienter de façon créative et positive. L’ensemble de ces phénomènes constitue une désorientation politique. D’où l’apparition pathologique de groupes nationalistes et identitaires.

Selon vous, des « facteurs actifs » de cette désorientation pourraient même rendre « acceptable le pire ». Pourquoi des thèses « criminelles » ont-elles une prise aujourd’hui, alors que notre humanité est largement avertie ?

Je ne suis pas sûr qu’il y ait de façon aussi évidente des « leçons de l’histoire ». Les leçons de l’histoire supposent que l’orientation politique ait été clarifiée. Prenez la Commune de Paris : pendant toute la fin du XIXe siècle, la Commune a été un épisode totalement négligé. Elle a pu être réévaluée, renommée et réorientée dans l’esprit des gens lorsque Lénine s’en est emparé pour se distinguer de la social-démocratie, qui avait capitulé et était entrée dans la Première Guerre mondiale. Les leçons de l’histoire peuvent donc à certains moments ne plus fonctionner parce qu’elles ne sont plus interprétées dans le contexte contemporain. On assiste aujourd’hui à la réapparition d’une extrême droite xénophobe et raciste prête à éliminer de notre pays une partie de sa population. Certes, ce courant ne dit pas qu’il faut les envoyer dans des fours crématoires mais il proclame quand même qu’ils doivent disparaître de notre vue ! Il ne faut pas prendre cela à la légère.

Votre analyse de la désorientation semble rejoindre celle de la « liquéfaction » de Zygmunt Bauman. La question serait de s’orienter ou de trouver du solide, des points de repère. Est-ce cela que vous appelez une « politique communiste » ?

Oui. Les deux choses sont dialectiquement liées. Si on est dans la difficulté d’orientation, il faut trouver quelques points d’appui afin d’engager une réorientation nouvelle. C’est en effet ce que je nomme une politique communiste. Si on définit Emmanuel Macron comme une figure d’ajustement du pays aux nécessités mondiales du capitalisme contemporain, ce qu’on peut lui opposer ne peut être que le fait d’une orientation différente sur ce point. Je reste convaincu que l’orientation communiste désigne la seule orientation qui ait jamais été proposée à l’humanité tout entière dans l’époque où le capitalisme s’est emparé de la gestion des sociétés. Nous sommes au point où cette emprise est devenue une mondialisation et où nous voyons venir de sévères risques de troubles économiques mais aussi de guerres à l’échelle mondiale. La situation actuelle est comparable à celle du tout début du XXe siècle.

Dans des contextes différents, les ressemblances avec la veille de la guerre de 1914 sont frappantes ! Nous avons des polarités capitalistes massives, notamment la Chine et les États-Unis. Quant à l’Europe, elle est toujours en train de se faire pour se défaire et n’a pas trouvé les moyens de constituer une puissance véritable. L’expérience a montré que si on veut s’opposer à cela, il faut accepter de dire : les dirigeants des pays ne doivent pas être des fondés de pouvoir du capital. On ne peut même pas porter au crédit des régimes « démocratiques » d’admettre l’existence d’une opposition. Cette opposition est en réalité purement formelle. Une opposition véritable doit être radicale, principielle, et porter sur le fait que ce qui est en question est une autre vision du monde, de l’économie, de la politique. Nous devons retrouver les racines et les méthodes du communisme offensif. Sinon, nous allons vers quelque chose qui sera pire que ce qu’on imagine. Ce sera à la fois des montées d’extrême droite mais aussi la montée corrélative des risques de guerre.

On assiste aujourd’hui à la réapparition d’une extrême droite xénophobe et raciste prête à éliminer de notre pays une partie de sa population. Il ne faut pas prendre cela à la légère.

Dans les critiques du monde actuel et leur versant le plus protestataire anticapitaliste, vous n’êtes pas tendre avec « le gauchisme qui manifeste sans jamais rien proposer de positif ». On pouvait attendre davantage de conciliation de votre part...

Cette contestation du capitalisme est largement fictive. Le mot « capitalisme » est prononcé, mais dans la culture interne des revendications et de la protestation, on constate une négation générale assez abstraite de l’ordre existant, du gouvernement, sans la moindre proposition véritable, la moindre vision d’ensemble de ce qui devrait remplacer l’ordre critiqué. En politique, la négation pure n’est jamais significative. Je le dis d’autant plus qu’il m’est arrivé de la pratiquer ! Pour être dans une position de critique féconde de l’adversaire, il faut que la protestation porte en elle-même une alternative. Sinon, il lui sera toujours répondu qu’on ne peut pas faire autrement et on se retrouvera désarmé. Il est très néfaste de réduire le marxisme à une entreprise critique. Cette opération, maintes fois tentée, en donne à chaque fois une version très affadie. L’essence du mouvement communiste dans sa réalité marxiste repose sur des propositions effectives qui sont en apparence des négations mais qui en réalité supposent des rapports de forces et des propositions positives. Ce n’est pas marxiste, ni authentiquement révolutionnaire d’être dans la stricte négativité. En vérité, c’est de l’ultragauchisme au mauvais sens du terme.

Vous considérez que l’échec des expériences passées ou en cours provient, là encore, d’une « politique de négation du capitalisme » et non d’une « affirmation communiste ». Comment cela se traduit-il ?

Dans une réorientation, l’évaluation est nécessaire. Où en est le communisme ? Ouvrir un large débat mondial me paraît essentiel. La discussion doit être menée à un niveau stratégique, comme celle entre Lénine et Kautsky. Cela doit se faire en même temps que l’élaboration militante, les enquêtes, la présence partout où il y a des prolétaires. Je propose un schéma où l’on peut distinguer trois périodes. La fondation, avec ses premières expérimentations populaires, qui couvre la seconde moitié du XIXe siècle. Elle s’est soldée par la création de partis sociaux-démocrates appuyant le pire de la rivalité capitaliste : le colonialisme et la guerre ! Contre cette dégénérescence, Marx et Engels sont entrés en conflit avec la social-démocratie allemande. Ensuite, avec la guerre, s’est ouverte la critique radicale de cette corruption de la social-démocratie avec le parti bolchevique de Lénine et sa création d’un ordre révolutionnaire dirigé par un parti centralisé assumant le communisme théorique. Cette deuxième étape, celle des partis communistes du XXe siècle, comporte des éléments intéressants mais elle échoue parce qu’elle substitue au dépérissement de l’État la permanence de ce paradoxe qu’est un communisme d’État. Nous sommes donc au tout début d’une troisième période…

Il y a la conscience du défi climatique posé en termes de survie planétaire. Pourtant, concernant l’enjeu environnemental, vous voyez dans le discours écologique actuel une dimension cléricale. Que voulez-vous dire ?

Tel qu’il est présenté par les écologistes, le motif est apolitique et contient une dimension religieuse camouflée. Je ne dis pas que les écologistes sont des religieux mais je constate que la prédication eschatologique consiste à unifier les gens dans une peur fondamentale, ce qui interdit d’ouvrir un nouvel espace politique, et ce pour deux raisons. D’abord, parce que c’est oublier que la politique est faite de contradictions sociales majeures. On ne fera pas de la politique en rassemblant tout le monde au nom de notre chère planète. La deuxième raison, c’est qu’on s’empare d’un des effets du capitalisme et non pas de sa nature propre. On lui reproche d’avoir saccagé la planète mais ce n’est pas son problème. Le capitalisme peut, s’il le décide, créer un ministère de la protection de la planète, mais sa vraie nature, la figure d’exploitation qui est la sienne, provoque des dégâts considérables. Aborder les choses par leurs conséquences, c’est ne pas toucher au dispositif central. Dès qu’il s’agit d’alimenter les caisses du grand capital, ce n’est pas vrai que tout le monde est intéressé au sort de la planète.

Je reste convaincu que l’orientation communiste désigne la seule orientation qui ait jamais été proposée à l’humanité tout entière dans l’époque où le capitalisme s’est emparé de la gestion des sociétés.

Par quoi passerait alors une « politique communiste renouvelée » ? Existe-t-il un premier point d’appui pour rassembler ?

De même que Marx et Engels ont largement pris appui sur une enquête sur la classe ouvrière en Angleterre, on pourrait, pour étudier la singularité française, engager l’explication en partant d’une lutte inconditionnelle contre les privatisations, mais pas de manière défensive. Ça constituerait l’arête du programme. Il faut revenir sérieusement à la phrase de Marx et réactiver l’« abolition de la propriété privée » dans les conditions actuelles. Pourquoi tous les gouvernements sont-ils si acharnés à privatiser ? Cela révèle la nature de classe du régime existant. Il faudrait appeler à des manifestations sur ce thème de façon implacable : pas de privatisation, retour sur les privatisations qui ont eu lieu et reconstruction d’un vaste secteur public. Cette exigence peut être comprise, d’autant que l’on est en plein dans le contraire avec Macron, figure même du fondé de pouvoir du capital.

Ce serait la boussole de la « réorientation » communiste ?

La pandémie est survenue en plein milieu d’une sournoise attaque contre la santé publique. Après avoir touché à l’énergie et à EDF, aux transports ferroviaires et à la SNCF, aux transports urbains et à la santé, les privatisations vont sans doute s’en prendre à l’enseignement supérieur et à l’éducation. Devant cette offensive générale du capitalisme contre le programme des nationalisations de la Résistance – unifiée dans son alliance entre gaullistes et communistes –, il est possible de s’atteler à une riposte générale sur des thèmes précis. Il est temps de mener une guerre de résistance, intéressante car elle touche tous les personnels concernés, du médecin au conducteur de métro, de l’éboueur à l’enseignant. Car il n’y a que deux voies : la voie dominante capitaliste, qui a remporté de grands succès dans la période récente, et la voie communiste, très affaiblie. Et je ne vois vraiment pas comment on peut faire de la politique contre la première voie sans ressusciter la seconde.

(1) Remarques sur la désorientation du monde, « Tracts », Gallimard, 64 pages, 3,90 euros.
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21 février 2022 1 21 /02 /février /2022 14:12

Un très bel hommage à Alain David, l'homme au chapeau noir, notre ami et camarade décédé en mars 2021, par Anne Caradec, Christophe Ducourant, Stéphane Hébréard.

Texte : Anne Caradec Musique : Christophe Ducourant et Stéphane Hébréard Enregistré chez Thierry Jeffroy et mixé par Jacques Le Honsec

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9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 06:17
Passionnant Mardi de l'éducation populaire avec Valère Staraselski ce mardi 8 février, sur Jean de La Fontaine
Passionnant Mardi de l'éducation populaire avec Valère Staraselski ce mardi 8 février, sur Jean de La Fontaine
Passionnant Mardi de l'éducation populaire avec Valère Staraselski ce mardi 8 février, sur Jean de La Fontaine
Passionnant Mardi de l'éducation populaire avec Valère Staraselski ce mardi 8 février, sur Jean de La Fontaine
Passionnant Mardi de l'éducation populaire avec Valère Staraselski ce mardi 8 février, sur Jean de La Fontaine
Passionnant Mardi de l'éducation populaire avec Valère Staraselski ce mardi 8 février, sur Jean de La Fontaine
Passionnant Mardi de l'éducation populaire avec Valère Staraselski ce mardi 8 février, sur Jean de La Fontaine

PCF du Pays de Morlaix

Passionnant Mardi de l'éducation populaire avec Valère Staraselski ce mardi 8 février, sur Jean de La Fontaine, le Maître du Jardin, le grand génie de la fable, de la poésie populaire et philosophique.

Valère Staraselski était auparavant en dédicace à Dialogues Morlaix et sera à Brest ce mercredi 9 février au soir pour la deuxième conférence de sa tournée finistérienne:

Le communisme et Cent ans d’histoire du Parti communiste français.

Avec Valère Staraselski, Écrivain, journaliste.

le mercredi 9 février de 18h30 à 20h30 à Brest

Une conférence-débat à l’invitation des Amis de l’Huma, se tiendra Mercredi 9 Février, de 18h30 à 20h30, salle Tessier à Brest (4 rue colonel Fonferrier)  sur 100 ans d’histoire communiste, afin de présenter l’excellent livre collectif qu’il a co-dirigé avec Guillaume Roubaud Quashie pour le centenaire du PCF (au Cherche-Midi).

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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 07:14
Mardi de l'éducation populaire sur Jean de La Fontaine avec Valère Staraselski le mardi 8 février à 18h au local du PCF Morlaix
Mardi de l'éducation populaire sur Jean de La Fontaine avec Valère Staraselski le mardi 8 février à 18h au local du PCF Morlaix
Mardi de l'éducation populaire sur Jean de La Fontaine avec Valère Staraselski le mardi 8 février à 18h au local du PCF Morlaix
Mardi de l'éducation populaire sur Jean de La Fontaine avec Valère Staraselski le mardi 8 février à 18h au local du PCF Morlaix
Mardi de l'éducation populaire sur Jean de La Fontaine avec Valère Staraselski le mardi 8 février à 18h au local du PCF Morlaix

L'écrivain et journaliste Valère Staraselski, auteur de plusieurs romans, essais, et d'un livre stimulant sur Jean de La Fontaine, "Le Maître du jardin. Dans les pas de La Fontaine" (Cherche-Midi, 2011) sera l'invité du prochain Mardi de l'éducation populaire du PCF Morlaix le 8 février 2022, à 18h, au local du PCF Pays de Morlaix, 2 petite rue de Callac, pour une conférence débat publique ouverte à tous dans des conditions de vigilance par rapport à la crise sanitaire.

Cette conférence s'inscrit dans le cadre de la célébration des 400 ans de la naissance de Jean de La Fontaine, écrivain universel.

Valère Staraselski fera aussi une dédicace à Dialogues Morlaix le mardi 8 février à 16h30

Une conférence à l'invitation des Amis de l'Huma, Mercredi 9 Février, sur 100 ans d'histoire communiste à Brest, afin de présenter l'excellent livre collectif qu'il a dirigé avec Guillaume Roubaud Quashie pour le centenaire du PCF (au Cherche-Midi)

La Fontaine, une lecture indispensable
Mardi 22 Janvier 2013
 

 Le Maître du Jardin,  dans les pas de La Fontaine,  de Valère Staraselski. Éditions le Cherche-Midi, 192 pages, 15 euros. L ’œuvre, riche et varié, de Valère Staraselski se révèle d’une élégante originalité. La diversité des sujets qu’il met en vie sous sa plume est traversée cependant de constantes créatrices dont deux nous semblent nécessaires à notre époque, la capacité de faire dialoguer l’histoire avec elle-même, la capacité de faire dialoguer l’histoire avec notre futur immédiat. Un art générateur d’une grande sagesse.

Jean de La Fontaine est pour beaucoup d’entre nous un vieil ami. Pour d’autres, ce peut être un mauvais souvenir d’école. À tous, il reste plus ou moins familier. Comme ami, il est souvent ami perdu. Ce livre est une opportunité de le retrouver et de s’étonner de tout ce que nous ignorions de l’ami passé.

Car ce n’est pas une institution qu’évoque Staraselski mais un homme puissamment vivant en quatre périodes clés de sa vie agitée, quatre saisons qui disparaissent dans l’épilogue de 1695, date qui vit Jean de La Fontaine entrer dans l’éternité que nous lui connaissons. Printemps 1652, l’homme a trente-deux ans ; été, 1668 ; automne, 1680 ; hiver, 1693. Les quatre saisons d’une vie d’homme de lettres, anticonformiste, peu considéré par son époque, dérangeant les puissants, le Roi-Soleil en tête. Avant-gardiste ! Jusqu’à nos jours.

Le choix de la forme romanesque par l’auteur, plutôt que de l’essai, se révèle judicieux. Valère Staraselski cite peu les Fables dans ses pages, juste pour souligner le lien entre les écrits – une pensée ne prend corps que lorsqu’elle s’écrit – et l’intégration dans la conscience des expériences quotidiennes. Il nous décrit le monde des lettres du siècle de Louis XIV, monde dans lequel le moraliste ne trouva jamais sa place malgré quelques soutiens.

Ne nous privons pas de ce plaisir et de cette sagesse : retrouver, dans ce roman à la fois érudit et populaire, l’ami passé, grandi, libéré de notre enfance, des préjugés de l’école, des contorsions des esprits étriqués. Une rencontre heureuse avec l’histoire de France telle que certains tentent de se l’approprier. Avec ce roman d’une grande précision historique (tous les faits sont vrais), Staraselski fait œuvre très utile.

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30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 06:57
Entretien avec l'écrivain Eric Vuillard à l'occasion de la sortie de son livre sur le colonialisme français en Indochine: "Une sortie honorable" (Muriel Steinmetz, L'Humanité, 28 janvier 2022)
Éric Vuillard : « La colonisation est un ensemble de crimes »

Dans Une sortie honorable Éric Vuillard, Goncourt 2017, revient avec force sur la guerre d’Indochine qui ouvrit la porte aux États-Unis dans leur guerre du Vietnam. Deux défaites méritées qu’il dissèque à l’aide de documents interprétés avec une verve imparable.

Publié le Vendredi 28 Janvier 2022
Muriel Steinmetz - L'Humanité
 

Né à Lyon en 1968, Éric Vuillard avait 7 ans quand, en 1975, les États-Unis essuyèrent une défaite cuisante dans l’épouvantable guerre du Vietnam, laquelle succédait à celle dite d’Indochine, conclue sur la défaite subie à Diên Biên Phu par l’armée française en 1954. Une sortie honorable constitue une sorte d’enquête menée après coup sur ces événements historiques d’une importance capitale au chapitre de la décolonisation. Pour l’écrivain qu’est Éric Vuillard, l’archive et le document, écrits, visuels ou sonores, offrent – par effet de montage – un tremplin idéal à un imaginaire qui permet d’explorer l’oubli et de battre en brèche les idées reçues de la propagande.

Une sortie honorable se lit comme un roman, tout en relevant d’une réflexion politique chimiquement pure. Le récit s’ouvre sur la visite d’inspection effectuée en Indochine, en juin 1928, dans une plantation de caoutchouc appartenant à la firme Michelin. Les inspecteurs du travail – les premiers nommés là-bas – découvrent des coolies durement malmenés, voire torturés. La barre de justice est de rigueur, tandis que sévit « une épidémie de suicides » dans le personnel « indigène ». Sadisme et cruauté règnent sans partage. Mêlant les séquences avec brio, l’auteur suit alors à la trace banquiers, politiciens et militaires de haut rang dans les différentes phases du conflit à venir, lequel finira en débâcle à Diên Biên Phu, après des mois de poudre et de sang. Cela semble écrit à l’aide d’une caméra embarquée, tandis que se fait jour, en permanence, la plus sourcilleuse démonstration du rôle des puissances de l’argent.

C’est chez lui une constante. En 2017, dans l’Ordre du jour (Actes Sud), ouvrage couronné par le prix Goncourt, il mettait l’accent sur le rôle joué par les grands industriels allemands dans l’installation des nazis au pouvoir et durant l’Anschluss. Dans 14 Juillet (Actes Sud, 2016), c’est encore à partir d’archives qu’il recréait l’événement révolutionnaire au nom de ceux d’en bas, donnant ainsi un visage à une foule de héros anonymes. En 2019, dans la Guerre des pauvres (Actes Sud ), il passait au crible les instantanés de la lutte âpre, dans l’Allemagne du XVI e siècle, entre les tenants de l’ordre social et ce qu’on nommait « la plèbe », dirigée par Thomas Münzer. Éric Vuillard répond ici à nos questions sur Une sortie honorable.

Votre livre a trait à ce qui fut la guerre d’Indochine. C’est une plongée dans le dessous des cartes d’un conflit passablement oublié…

On entend souvent dire que, ça y est, la colonisation est désormais reconnue pour ce qu’elle est, on en aurait enfin pris la mesure. C’est impossible. La colonisation est ce que Mauss (Marcel Mauss, 1872-1950, le « père de l’anthropologie française » – NDLR) appelait un fait social total, mais ce fait social est un ensemble de prédations, de crimes, il a donc pour caractéristique de se nier, de mentir.

C’est ce à quoi on assiste dans le premier chapitre, lors de la visite de l’inspection du travail. Les directeurs ne cessent de dissimuler, d’essayer de donner le change. Ainsi, lorsqu’on découvre un coolie attaché, fouetté, et qu’ils sont pris en flagrant délit de torture, le directeur trouve encore le moyen de courir vers la victime et de crier : « Pourvu qu’il ne se soit pas mutilé ! »

Je n’ai pas inventé cette réplique, je l’ai trouvée telle quelle dans le rapport de l’inspection du travail. Elle est l’une des formes les plus indécentes de la dénégation. Il ne faut pas s’y tromper, cette dénégation n’a rien d’extraordinaire, au contraire, elle est la règle. Après tout, n’est-ce pas ce que nous raconte Tolstoï dans Résurrection, comment un riche propriétaire, mondain, frivole, vivant de ses rentes, poussé par les circonstances, prend brusquement conscience de l’horreur du servage après l’avoir superbement ignorée ?

Lorsque Alfred Jarry met en scène la tyrannie du père Ubu, il donne une description de la domination

À l’inverse des idées reçues dans la plupart des journaux de l’époque, d’une guerre indispensable contre le communisme, vous mettez en relief son caractère inéluctable, en liaison avec une exploitation coloniale extrêmement cruelle et le pouvoir de la société Michelin et de la Banque d’Indochine… Une guerre pour le caoutchouc et les actionnaires.

J’essaie de raconter une petite comédie humaine, avec les planteurs, les politiciens, les militaires, les banquiers, toutes sortes de personnages. Mais vous avez raison, par-delà les cadres, les directeurs, les actionnaires même, Michelin et la Banque d’Indochine forment des organismes à part entière, des entités économiques, politiques qui ne se résument pas à des destins privés, à tel ou tel dirigeant, tel ou tel cadre. Si l’on s’en tient uniquement à la culpabilité de tel ou tel, on se contente alors de parler d’abus, de bavure, on reste dans le registre complaisant de l’exception.

Vos descriptions des débats de la Chambre des députés, dont vous tracez souvent des portraits à l’eau-forte, font penser à du Daumier par écrit…

Lorsque je compare Édouard Herriot à un dindon, que je le décris brinquebalant, pantagruélique, je tente de décrire deux choses à la fois : le corps et le rôle, l’homme et le maire de Lyon, je fais le portrait du pouvoir, de sa morphologie monumentale. Lorsque Rabelais énumère ses dynasties prodigieuses, énormes, lorsque Jarry met en scène la tyrannie brutale du père Ubu, ils me semblent donner tous les deux une description fidèle et révélatrice de la domination. C’est aussi une façon de se protéger, de se tenir à distance, de conjurer l’envoûtement du pouvoir.

Devant vos œuvres, en général, on se dit qu’il s’agit à la fois, du travail du romancier, de l’historien, voire du journaliste réfléchissant après coup… Comment définiriez-vous votre approche si singulière ?

Dans le Procès, de Franz Kafka, le lecteur fait, pour la première fois peut-être, l’épreuve d’une représentation inquiétante mais réaliste ; le fantastique semble jaillir du monde social lui-même, comme une sorte de menace incorporée à la hiérarchie tout entière. Le temps passe, et l’on dirait pourtant que ce livre parle encore de nous, c’est comme si le récit se dépouillait lentement de la fiction, comme s’il devenait réel, et que chacun d’entre nous devait, du coup, se débarrasser comme il le peut de la fable.

Je voulais tenir ensemble les deux versants de la vie sociale, le manœuvre à côté du banquier

ll est flagrant qu’un tel projet d’écriture requiert une énorme consultation d’archives. Quelles ont été vos sources ?

Je m’appuie sur toutes sortes de sources, procès-verbaux, rapports, photographies… Il existe aussi des documents dont le rôle est plus général, plus difficile à définir. Ainsi, j’étais tombé sur un petit film des frères Lumière, Enfants ­annamites ramassant des sapèques à la pagode des dames. Il date de 1900. On y voit deux dames en blanc, vêtues de dentelles, sortir de leurs petits réticules des poignées de piécettes qu’elles lancent à la volée. Des enfants les ramassent, ce sont des petits mendiants vietnamiens, vêtus de loques. Il faut environ huit cents sapèques pour faire vingt sous, c’est dire qu’elles leur lancent des miettes. Ce petit film muet, innocent, signale quelque chose de très profond, il permet de saisir l’inconscient colonial.

On est frappé, à la lecture, par un découpage du récit proprement cinématographique, séquence après séquence se répondant. L’avez-vous pensé ainsi ? Quel film formidable ce serait, avec un substrat éminemment politique !

Pour décrire la vie, l’activité en Indochine, il fallait, grâce à ce qu’on appelle la composition, la narration, le montage tel que le cinéma nous l’enseigne, essayer de tenir ensemble les deux temps : celui du travail forcé, des mauvais traitements, des coolies torturés, et celui des séances à l’Assemblée, celui des conseils d’administration feutrés. Afin de dresser un portrait plus complet, plus terrible aussi, je voulais tenir ensemble les deux versants de la vie sociale, mettre l’Assommoir avec l’Argent, Coupeau face à Saccard, le manœuvre à côté du banquier.

La position coloniale incline à sous-estimer l’adversaire. Les militaires français appelaient Giap « le petit professeur d’histoire »

L’entretien de 1951 à la télévision américaine, où l’on voit et entend le général de Lattre de Tassigny demander de l’aide, est en soi un morceau de bravoure dramaturgique. Tout y est exact, n’est-ce pas ?

Cette émission est en réalité un acte de guerre, elle participe à la guerre froide. Le général de Lattre y est invité à l’occasion d’une tournée aux États-Unis, on voulait « internationaliser le conflit ». Mais pour bien le comprendre, il fallait écrire l’émission, la raconter, en parcourir les veines subtiles. Mon livre ne fait que reprendre les répliques de la présentatrice, les gesticulations du général de Lattre, je n’ajoute rien, car ce qui est intéressant, c’est de sentir soudain, en écrivant, le canevas, la structure discrète d’un entretien politique. L’ordonnance a priori libre et parfois abrupte des questions apparaît brusquement pour ce qu’elle est, planifiée, complaisante. L’émission, malgré sa neutralité de façade, n’est pas tant destinée à éclaircir des problèmes, à informer sur le rôle de la France au Vietnam, qu’à catéchiser le spectateur. Souvenez-vous de la scène des comices agricoles dans Madame Bovary, du discours du conseiller. Une émission de télévision est à certains égards la même chose. L’ironie littéraire tente de dissiper un peu la séduction, le prestige, de montrer combien cela n’est pas aussi sérieux que ça en a l’air, qu’il existe des coulisses, des tréteaux, des techniciens, une préparation, des intérêts, bref, que la télévision ne peut être réduite à son petit rectangle de lumière.

Et, après tout, entre le discours réel du général de Lattre à la NBC, écouté par dix millions de spectateurs, et le discours officiel du conseiller aux comices agricoles, écouté par deux cents paysans et vingt bourgeois enrichis dans le roman de Flaubert, il n’y a peut-être pas tellement de différence. Le grotesque et la matoiserie sont en réalité les mêmes. On pourrait d’ailleurs le comparer à n’importe quel discours d’aujourd’hui. Tenez, ceci : « Nos grands centres manufacturiers ont repris leur activité… nos ports sont pleins, la confiance renaît, et enfin la France respire ! » Ne dirait-on pas un bilan présidentiel, une campagne électorale ? Pas besoin d’écrire des discours, il suffit de retirer les didascalies méchantes, réalistes, Macron pourrait réciter la scène des comices agricoles à chacun de ses meetings, personne ne s’en rendrait compte.

Vous voyez-vous comme un écrivain donnant à réfléchir sur le monde, à l’inverse de toute manipulation idéologique à des fins réactionnaires ?

Nous baignons tous dans l’idéologie. Dans son fameux Bloc-notes, Mauriac a eu le courage d’écrire : « Je ne leur en veux pas à ses insulteurs, moi qui ne me suis ému que si tard, et dont le cœur est demeuré de pierre pendant tant d’années… » C’est un passage que je trouve particulièrement émouvant. Car la modestie de Mauriac, cet aveu , « moi qui ne me suis ému que si tard… », est aussi une forme de réalisme, nous prenons toujours les choses en route. Même les choix les plus décisifs emportent avec eux un peu de « trop tôt et trop tard ».

En quoi paraît exemplaire le fait que le général Giap, à la tête des armées de la République populaire du Vietnam, ait pu magistralement l’emporter sur Saint-Cyr et West Point ?

La position coloniale incline à sous-estimer l’adversaire. Les militaires français appelaient Giap « le petit professeur d’histoire ». Cela ne permettait pas d’y voir clair. On sait que Giap lisait les grands stratèges, il suffit d’ailleurs de l’écouter parler, et d’écouter de Lattre à la télévision, pour faire aussitôt la différence. Cela se voit même sur les photographies. Giap est un type normal, il ne se prend pas pour un maréchal de France. Regardez sur la couverture de mon livre le général de Castries, rejeton de la vieille noblesse, il prend l’héritage pour un destin. Sur cette photographie, il vient de perdre la guerre, il revient du camp de prisonniers et donne sa première conférence de presse. Mais ce qu’il trouve de mieux à faire, c’est d’enfiler aussitôt un costume chic et de se munir d’un fume-cigarette. Voyez la morgue, le degré inouï de satisfaction qu’il montre sur cette photographie. Imaginez ce que cela serait s’il avait pu gagner la guerre !

Une sortie honorable, d’Éric Vuillard, Actes Sud, 200 pages, 18,50 euros.
Entretien avec l'écrivain Eric Vuillard à l'occasion de la sortie de son livre sur le colonialisme français en Indochine: "Une sortie honorable" (Muriel Steinmetz, L'Humanité, 28 janvier 2022)
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29 janvier 2022 6 29 /01 /janvier /2022 06:52
Dessin de Wolinski dans les années 70. Dessin alimentaire? Sans doute. Mais aussi dessin de conviction d'un artiste sympathisant communiste, collaborateur de longue date de l'Humanité et d'autres journaux de la presse communiste, Wolinski, tué dans le massacre à Charlie Hebdo avec Charb, un autre compagnon de route, et d'autres dessinateurs, journalistes, policiers, victime du combat pour la liberté d'expression et de blasphème.

Dessin de Wolinski dans les années 70. Dessin alimentaire? Sans doute. Mais aussi dessin de conviction d'un artiste sympathisant communiste, collaborateur de longue date de l'Humanité et d'autres journaux de la presse communiste, Wolinski, tué dans le massacre à Charlie Hebdo avec Charb, un autre compagnon de route, et d'autres dessinateurs, journalistes, policiers, victime du combat pour la liberté d'expression et de blasphème.

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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 06:32
Aragon, il y a 40 ans, une nuit ou l’autre - Valère Staraselski, L'Humanité, 24 janvier 2022
Aragon, il y a 40 ans, une nuit ou l’autre - Valère Staraselski, L'Humanité, 24 janvier 2022
Aragon, il y a 40 ans, une nuit ou l’autre

À l’occasion du 40e anniversaire de sa disparition, la maison Elsa Triolet-Aragon rend hommage à Louis Aragon tout au long de l’année 2022.

Publié le Lundi 24 Janvier 2022 - L'Humanité
 

« Ainsi Chaplin est mort dans la nuit de Noël. Cela devait bien arriver, une nuit ou l’autre, cela arrive à tout le monde. » écrivait Aragon dans L’Humanité du 25 décembre 1977 à propos du décès du génial acteur-réalisateur britannique. Pour Louis Marie Alfred Aragon, cela est arrivé un 24 décembre. En 1982, il y a 40 ans.

Qu’est-ce qu’Aragon, qu’est-ce que l’écrivain Aragon ? Ceci par exemple : un étudiant me déclare que lire de grands romanciers l’incite à lire d’autres romanciers et que lire les romans d’Aragon déclenche en lui le désir d’écrire. Voilà, je crois, une parole qui serait allée droit au cœur de celui qui affirmait : « Et tout de même dans les choses écrites, le caractère le plus important pour moi est l’invention. » L’invention ou, autrement dit, le passage d’une écriture véhicule à une écriture qui cherche et qui, cherchant, devient « instrument de connaissance ». De co-naissances, de naissances simultanées du lecteur et de ce qu’il ne voyait pas auparavant. Une littérature qui permet de découvrir en vous mettant vous-même en état de découverte. La littérature, cet« être qui entraîne le savoir au-delà de l’avoir. » Soudain, dans le chemin, comme une clairière… On apprend à perte de vue en lisant Aragon, sur le monde, ses espoirs et ses déboires, sur ses ressorts et sur soi-même : « Aimer et être aimé tout le reste n’est que feuille morte » …

Après sa mort, sa militance communiste l’aura laissée, lui et son œuvre prolifique et exigeante, souvent dérangeante, quelques décennies en enfer puis peu à peu au purgatoire. Que d’injures, de moqueries, de mépris, pire, de silence à son égard ! Bref d’ignorance : « On ne comprend pas alors on accuse ! »  écrivait - il déjà dans les années 30. A tel point qu’il s’est parfois trompé sur son œuvre. Ou plus précisément quant à la réception de celle-ci. Peut-être, dans un moment de doute envahissant, conjurait-il l’avenir, en prédisant dans La Mise à mort« De toute façon, il n’y a le choix qu’entre l’injure et l’oubli ou l’intégration au système qui l’emportera dans l’administration des choses humaines. » Oui, l’auteur de La Semaine sainte se trompait, parce qu’en vérité, ça a fini par se voir, par se savoir, par s’apprécier qu’on a affaire à un grand classique, donc à un auteur résolument moderne. Donc vivant !

Mardi 25 janvier de 14 heures à 17 heures, dans l’auditorium du Petit Palais à Paris. L’actrice Ariane Ascaride y donnera une lecture d’Aragon puis, figure du street art, Hopare réalisera le portrait du poète. Le Jeune Théâtre du Corps Pietragalla-Derouault, quant à lui, fera vivre la poésie de l’auteur du Paysan de Paris dans une performance théâtrale dansée. Enfin, tirant son nom de vers poétiques de l’œuvre de cet écrivain inclassable, Cet Étrange Éclat, jeune ensemble exclusivement composé de basses, donnera un concert de musique baroque pour rendre hommage à l’un des artistes les plus mis en musique…

 

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11 janvier 2022 2 11 /01 /janvier /2022 06:55
Table ronde. En quoi Rousseau est-il notre contemporain ? (L'Humanité, table-ronde animée par Jérome Skalski, 7 janvier 2022)
Table ronde. En quoi Rousseau est-il notre contemporain ?
Vendredi 7 Janvier 2022

Rappel des faits Né en 1712 à Genève, l’auteur du Contrat social (1762) et d’une œuvre qui dépassa dialectiquement la perspective des Lumières reste une référence obligée pour tous les progressistes. Une pensée exigeante et inspiratrice face aux enjeux actuels.  Avec Jean-Paul Jouary Agrégé et docteur en philosophie (1) Blaise Bachofen Agrégé de philosophie et maître de conférences à CY  Cergy Paris Université (2) et  Jean-Fabien Spitz  Professeur de philosophie politique à l’université Paris-Panthéon-Sorbonne (3)

 

La critique que fait Rousseau de l’inégalité sociale reste-t-elle pertinente aujourd’hui ?

Jean-Paul Jouary Bien entendu, Rousseau est de son siècle et l’on ne pose plus dans les mêmes termes cette question. Mais sa critique des inégalités de richesse et de pouvoir demeure pour l’essentiel pertinente. Elle consiste à se demander si ces inégalités découlent de facteurs « naturels », biologiques, donc fatals, ou bien de transformations sociales sans rapport avec la nature, donc à portée de l’action politique. Et, en dépouillant l’humain actuel de tout ce qu’il a acquis après la naissance, il observe des différences sans commune mesure avec les inégalités que l’on constate dans les sociétés les plus développées, inégalités sur lesquelles s’enracinent tous les processus de domination politique et sociale. Il en déduit que tous les progrès techniques qui permettent de dominer la nature, loin de servir le bien-être de l’ensemble de l’humanité, concourent à approfondir le fossé qui sépare et oppose ceux qui peinent à survivre et ceux qui accumulent d’incalculables fortunes. Et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les inégalités de richesse sont infiniment plus fortes aujourd’hui qu’au XVIIIe siècle, puisque seule une poignée de personnes possèdent plus de la moitié de toute la richesse mondiale. Nul mieux que Rousseau n’a saisi cette question essentielle, contre les sophistes de son temps comme Locke ou Voltaire, qui voyaient dans la grande richesse un effet de la « nature ».

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Blaise Bachofen Rousseau n’a connu ni la révolution industrielle ni le capitalisme. Il n’en a vu que les prémices : l’essor du commerce et l’éloge du luxe, le début des grandes manufactures. Mais il a perçu des tendances de fond. Dans le Discours sur l’inégalité, il ne se contente pas de dénoncer les privilèges de la noblesse. Il se demande pourquoi « une poignée de gens regorgent de superfluités, tandis que la multitude affamée manque du nécessaire ». Il met au jour des mécanismes économiques expliquant la très rare corrélation entre mérite et richesse. L’appropriation et l’accumulation des biens fonciers, notamment de la terre, mais aussi des capitaux, permettent aux riches – aux propriétaires – d’imposer à ceux qui sont contraints de travailler pour eux des conditions léonines. Cette relation inéquitable, ensuite décrite par Smith dans la Richesse des nations puis par les penseurs socialistes au XIXe siècle, explique des formules qui reviennent souvent sous sa plume : « L’argent est la semence de l’argent, et la première pistole est quelquefois plus difficile à gagner que le second million. » « Un des vices des sociétés établies est que c’est le superflu même des riches qui les met en état de dépouiller le pauvre de son nécessaire. »

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Jean-Fabien Spitz Rousseau a démontré que la liberté et l’égalité, loin d’être des valeurs contradictoires, s’impliquent réciproquement. Il montre que la liberté ne réside que dans les obligations des tiers à notre égard, et que ces obligations ne peuvent être bien fondées que si ces tiers jouissent des mêmes droits et de la même indépendance que ceux qu’ils sont appelés à respecter. Entre personnes inégales, il ne saurait exister d’obligation et, sans obligation de respect, il n’y a ni sûreté ni liberté. Cette idée – la liberté sans la justice est une véritable contradiction – doit nous aider aujourd’hui à ne pas céder aux sirènes de ceux qui nous répètent que l’inégalité est le prix de la liberté et que, loin de détruire les fondements du respect mutuel sur lequel repose cette dernière, elle en est la compagne obligée. Rousseau est parmi les premiers à avoir compris que l’inégalité rend celui qui est dépourvu de moyens d’indépendance vulnérable à la domination arbitraire d’autrui, et le contraint à en passer par sa volonté, ce qui est la négation de l’autonomie.

À quels progrès de la démocratie la pensée de Rousseau nous enjoint-elle ?

Blaise Bachofen Rousseau nous invite, non pas à faire progresser la démocratie, mais à l’inventer : c’est le seul régime légitime, mais il n’a jamais été réellement expérimenté. Il voit le défaut de la seule démocratie directe qui ait existé, à Athènes : elle donnait au demos la possibilité de statuer sur des affaires particulières en exerçant, outre le pouvoir législatif, les pouvoirs exécutif et judiciaire. Or, le peuple ne juge bien que des questions d’intérêt général. Il doit faire des lois qui s’appliquent à tous de la même façon. Quant à la démocratie représentative, qui s’ébauche alors en Angleterre, elle repose sur un sophisme, car le peuple « ne peut être représenté que par lui-même », « la volonté ne se représente point ». Les démocraties représentatives ont été bâties sur une méfiance à l’égard de l’irrationalité supposée du peuple. Pourtant, pour Rousseau, une démocratie réelle est possible, même pour les modernes et dans les grands États (comme en témoignent ses écrits sur la Pologne). À ­certaines conditions. D’abord la stricte subordination de l’exécutif au législatif – thèse d’une ­particulière actualité lorsque les experts et les administrateurs oublient qu’ils n’existent que pour éclairer ou servir le peuple. Ensuite la nécessité que tous se soucient de l’intérêt commun, qui est également celui de chacun : les citoyens dépolitisés sont eux aussi responsables de leur malheur et de leur servitude.

Jean-Paul Jouary Pour Rousseau, on ne peut représenter le peuple, et nul ne peut prétendre, sous prétexte qu’il a été élu, avoir la légitimité de décider sans lui, et encore moins contre lui. On ne peut élire que des exécutants des choix populaires. La volonté des citoyens, explicitement exprimée, est le seul fondement de la légitimité. Il y a là de quoi penser la logique de notre actuelle Constitution et de quoi nourrir la réflexion sur la nécessité d’en changer, par exemple en combinant le suffrage universel et la possibilité de référendums d’initiative citoyenne, comme il en existe dans certains pays. C’est d’ailleurs ce pour quoi luttait Marx, épaulé par les révolutionnaires suisses. Cela dit, Rousseau n’est pas populiste au sens où on l’entend aujourd’hui : pour lui, le peuple peut errer en n’importe quel sens, il peut lourdement se tromper, et la démocratie suppose un peuple de citoyens qui raisonnent. L’actuelle crise de la démocratie représentative donne une belle fraîcheur au Contrat social.

Jean-Fabien Spitz Rousseau distingue dans l’État la confection des lois et leur exécution. Les lois, ce sont des actes de la volonté générale, qui émanent de tous et s’appliquent à tous. Elles fixent le cadre dans lequel nos relations doivent se dérouler. L’exécution, ce sont des décisions applicables à des personnes particulières et qui, en tant que telles, sont toujours sensibles aux intérêts particuliers. Rousseau rejette une démocratie trop radicale, car ces deux fonctions y sont confondues et le peuple qui fait les lois s’y arroge aussi le pouvoir de les exécuter. Il faut donc réserver au peuple, en limitant le plus possible les biais de la représentation, la confection des lois constitutionnelles qui définissent notre existence collective, et laisser à des exécutants élus le soin des décisions particulières, mais en veillant rigoureusement à ce qu’ils ne s’écartent jamais des lois issues de la volonté générale. Dans les démocraties contemporaines, les « lois » sont trop souvent dictées par des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Ce que Rousseau peut nous apprendre, c’est donc la nécessité de ne pas laisser les lois dictées par les lobbies mettre à mal l’égalité qui est la substance même de notre liberté.

Que nous apprend Rousseau concernant les rapports des hommes à la « nature » ?

Jean-Fabien Spitz Rousseau a formulé un dilemme qui est au cœur de l’existence humaine civilisée. Ce qu’il y a d’humain dans l’homme – sa liberté, la distinction qu’il sait faire entre le bien et le mal – suppose un écart par rapport à la nature. Mais tout écart par rapport à la nature, qui est la condition d’une ascension vers l’humain, ­comporte aussi le risque de la chute dans ­l’infra-humain. Les institutions civiles sont capables d’ennoblir l’homme, de le rendre sensible aux distinctions du droit, mais elles sont aussi susceptibles, par l’inégalité qu’elles peuvent protéger et les passions qu’elles peuvent engendrer, de le dégrader au-dessous de sa condition primitive. La leçon est claire : aucun système institutionnel n’est naturel et tous doivent être mesurés à l’aune de leur capacité à rendre les citoyens plus respectueux de ce qu’il y a d’unique en chaque homme – sa liberté –, mais aussi de leur capacité à tenir en lisière les phénomènes de domination que font proliférer les passions sociales du pouvoir et de l’argent.

Blaise Bachofen Rousseau ne pouvait imaginer le saccage de notre planète. Mais son Discours sur les sciences et les arts souligne la déconnexion entre progrès technique et progrès moral : ce qu’on nommerait aujourd’hui l’efficacité érigée en valeur, la sacralisation de la technique. Il voit aussi s’ébaucher l’appropriation totale du monde par des propriétaires privés, même si les conséquences qu’il en tire sont principalement politiques et géopolitiques. Enfin, en récusant les sophismes de Mandeville selon lesquels les intérêts privés suffiraient à assurer le bien-être collectif, il montre la nécessité d’une prise en compte de toutes les formes d’intérêt commun, à toutes les échelles. Or, la Terre est aussi une forme de res publica, un bien commun.

Jean-Paul Jouary On trouve chez Rousseau plusieurs idées intéressantes à ce sujet. Par exemple, le constat que ce que nous avons gagné en culture, en connaissances, en technique, en raison a forcément déconstruit une bonne part de la sensibilité que nous tenions de notre passé animal. Et cela a limité notre capacité à partager la souffrance des autres, et conjointement a développé notre tendance à calculer froidement nos intérêts à leur détriment. Rousseau n’a jamais supporté les modes de vie des riches et puissants et a toute sa vie recherché la compagnie des petites gens et l’isolement dans les forêts sauvages où il a puisé l’essentiel de son inspiration pour ses plus grandes œuvres. Il n’a été heureux que retiré des grandes villes, aux Charmettes, sur l’île Saint-Pierre, à Montmorency, en Angleterre, à Trie et, pour finir, à Ermenonville.

(1) Auteur de Rousseau, citoyen du futur (le Livre de poche, 2012) et de Vivre et penser dans l’incertitude (Flammarion, 2021). (2) Auteur de la Condition de la liberté. Rousseau, critique des raisons politiques (Payot, 2002). (3) Auteur de Leçons sur l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau. Les fondements du système (Ellipses, 2015).
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