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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 20:16
Communiqué des organisateurs de la manifestation anti-aéroport du 22
février.


La manifestation d'aujourd'hui a connu une mobilisation inégalée.

520 tracteurs, venus de tous les départements limitrophes ont été comptés, 0deux fois plus que le 24 mars 2012 à Nantes. Cela marque une implication massive du monde paysan. Les tracteurs vigilants sont prêts à intervenir sur la zad.

Il y avait 63 bus venus de toutes les régions de France, deux fois plus encore que lors de la chaîne humaine. C'est le signe d'une mobilisation nationale et de la connection entre Notre Dame des Landes et d'autres luttes contre les grands projets inutiles et imposés.

Il y avait entre 50 et 60 000 personnes, plus encore que lors de la manifestation de réoccupation du 17 novembre 2012. Il s'agit de la plus grosse mobilisation du mouvement.

Le défilé a été festif, créatif et déterminé, avec des batukadas, salamandres, tritons géants, masques d'animaux marquant le refus de la destruction des espèces protégées et des mesures dites de compensation.
Des prises de paroles et animations ont eu lieu jusqu'à 18h square Daviais.

La préfecture avait choisit de mettre Nantes en état de siège et de nous empêcher d'être visible dans le centre ville. C'est la première fois qu'on interdit à une manifestation d'emprunter le Cours des 50 Otages. Une
partie du cortège est passée par l'île Beaulieu. Une autre a essayé de passer par le trajet initialement prévu et a fait face à une répression policière violente avec tir de flashball, gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes. Cela n'a pas empêché les manifestants de rester en masse dans les rues de Nantes jusqu'à la fin.

Il existe différentes manières de s'exprimer dans ce mouvement. Le gouvernement est sourd à la contestation anti-aéroport, il n'est pas étonnant qu'une certaine colère s'exprime. Que pourrait-il se passer en
cas de nouvelle intervention sur la zad ?

Cette journée est un succès et les différentes composantes de la lutte restent unies sur le terrain. L'opposition ne fait que croître depuis 30 ans. Le gouvernement n'a pas d'autre choix que d'abandonner le projet d'aéroport !
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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 07:25

65 cars en provenance de 200 collectifs locaux anti-aéroport de Notre-Dame-des-Landes (dont deux affrétés par le collectif NDDL de Morlaix), 520 tracteurs, 50 000 à 60 000 personnes à défiler avec détermination et gaieté dans les rues de Nantes, arborant une grande variété de pancartes, de costumes, de masques, d'accessoires pour dire non à ce projet "Beton -Privatisation - Big Business ". La manifestation de Nantes du 22 février est incontestablement un succès, dont la toile de fond est l'évolution de l'opinion: 56% des français sont contre l'aéroport.

Le Front de Gauche et le Front de Gauche Morlaix étaient bien représentés dans cette manifestation, même si des élus régionaux communistes de Bretagne et ceux de Loire-Atlantique soutiennent ce projet au nom de leurs liens de loyauté avec le PS et d'une conception du développement économique et de l'amènagement du territoire contestable.

Nous qui étions présents à cette manifestation familiale, où l'on trouvait des ciotoyens de 2 à 90 ans, nous ne pouvons que regretter le choix qui a été fait par le pouvoir socialiste de la discréditer et de la salir en déployant un dispositif de sécurité digne des pouvoirs autoritaires les plus contestés et en engageant d'emblée les hostilités avec les militants zadistes et anarchistes.

Des détonations, des grenades lacrymogènes, des canons à eau, des coups qui pleuvent sur de jeunes manifestants. Une ville en état de siège, volontairement transformée en zone de guerilla urbaine pour jouer sur l'exaspération des nantais et le discours sensationnaliste des médias. La violence était du côté du pouvoir et d'Ayrault, un pouvoir qui montre plus facilement ses muscles devant les anticapitalistes, les défenseurs de la nature et de l'agriculture, que devant Vinci, Gattaz et consorts. 

Mais, c'est une chance pour nous, Ayrault et Hollande sont si discrédités et impopulaires qu'ils ne pourront prendre le risque d'un affrontement violent à retentissement régional et national sur la zone de bocage de Notre-Dame-des-Landes pour faire passer les bulldozers de Vinci, et cela malgré la pression des élus locaux qui craignent de perdre la face et des groupes d'intérêts capitalistes. Si la mobilisation se poursuit, nous ferons échec à ce grand projet inutile, nuisible et coûteux car, comme à Plogoff, comme sur le plateau du Larzac, c'est la lutte entre la realpolitik à courte vue et l'esprit de résistance pour les intérêts supérieurs de l'humanité qui se joue là.  

Ismaël Dupont      

 

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 16:59

Il l'a dit: "Le pacte de responsabilité est une très bonne nouvelle. C'est, dans un pays en difficulté, le moment où on décide de construire un compromis national du même type que celui qui a existé en 1945"

(Arnaud Montebourg).   

 

Depuis la primaire socialiste de 2011, le candidat de "l'aile gauche du PS" et le chantre de la démondialisation est allé à la soupe, a mangé son chapeau et, de désillusions en remises au pas, ne craint plus non plus de vanter l'entrée des chinois dans le capital de Peugeot, prélude à de nouvelles délocalisations, ou le grand marché transatlantique. Cela a inspiré à Claude Cabanes, dans L'Humanité du 19 février, un éditorial cinglant, à la hauteur de cet imposteur: 

 

Mort d'un ministre

Monsieur Montebourg est mort. C'est une façon de parler naturellement... On ne va pas appeler à la rescousse quelque Bossuet moderne pour prononcer l'éloge funèbre devant le corps du disparu, auquel on souhaite longue vie... Non. Le mort c'est le ministre: il a été englouti corps et biens avec ses convictions affirmées à gauche, avec son oeil d'aigle sur les intentions du monde de la finance, avec sa fibre combattante, qui ont sombré dans les eaux glacées de la conversion au libéralisme absolu. On l'a compris hier matin sur France Inter: il ne restait que l'avocat! Grand expert en fleurs de rhétorique et en enfilage de perles, certes... Mais si la politique de la France ne se fait pas à la corbeille, comme disait de Gaulle, sa politique industrielle ne se fait pas au prétoire. Maître...

Evidemment, on se doutait depuis quelque temps que le ministre du redressement productif avait calé son pilote automatique sur la fréquence de l'Elysée. "Il faut douter de tout", disait Karl Marx, en latin, même de la conscience politique de M.Montebourg. Mais, tout de même, voir le président de la République et quelques-unbs de ses ministres donner "le baiser aux maîtres du monde" a laissé baba même mon voisin, électeur socialiste depuis 40 ans. Et la comparaison mise en oeuvre hier devant les micros entre le pacte Gattaz-Hollande et le chantier ouvert à la Libération par le Conseil National de la Résistance pour arracher la France à la fosse commune n'est pas digne d'un homme d'Etat.

Pourtant, les mêmes "maîtres du monde" réunis autour de la vaisselle de la République avaient lâché le morceau il y a moins d'un mois à Davos au cours du Forum économique mondial. Ils étaient convenus qu'ils avaient "fait le job": ils avaient délibérément tapé sur le clou des inégalités et transformé le fossé entre riches et pauvres en abîme. Ainsi, à table, avant la sarabande de fruits rouges, M. Montebourg aurait pu interpeller ses voisins (ses nouveaux camarades, messieurs Nestlé, Samsung, Général Electric, Siemens, etc.) sur ce fait, source infinie de vertige: 1% des hommes les plus riches de la planète possèdent l'équivalent de ce que possèdent les 99% restants, soit 110 000 milliards de dollars!

Quel appétit! Pour atteindre cette performance, ils ont asservi à leurs fins toutes les règles de la marche des sociétés et du monde. Même madame Lagarde, directrice du FMI, s'en inquiétait au mois de janvier dans les colonnes du Financial Times: "Les bénéfices de la croissance ont profité à trop peu de gens. Ce n'est pas bon pour la stabilité".

Et c'est sur ces gens là que l'on compte pour sauver la patrie? Cette allégeance du chef de l'Etat aux grandes multinationales a peut-être une signification plus large: l'élément d'une entreprise de "droitisation" du pouvoir politique et de la société française..."  

 


 


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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 16:44
Marché transatlantique : c’est trop grave ! Le peuple doit être consulté.
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C’est sans doute la ministre, Mme Fleur Pèlerin, qui a le mieux caractérisé le sens du voyage d’état de F. Hollande aux Etats-Unis. Il était « venu donner des preuves d’amour aux patrons ». Et le peuple alors ? A quel sentiment a-t-il droit ? De fait, en faisant participer M. Gattaz au dîner d’Etat, en se rendant auprès du grand patronat à San Francisco et en donnant l’accolade au leader du mouvement de novembre 2012, dit des « pigeons », opposé à l’impôt sur le capital, le Président de la République a malheureusement une nouvelle fois montré quels intérêts il servait. Nous en sommes au point où la droite n’a même plus le loisir de critiquer les choix économiques, sociaux et internationaux actuels, puisque ses idées sont mises en œuvre. M. Copé et d’autres en sont réduits à la surenchère jusqu’à commenter bêtement la qualité de livres pour enfants et à faire courir des rumeurs sur feu la loi sur la famille ou cette fumeuse prétendue « théorie du genre » à l’école.

 

Au cours du voyage présidentiel aux Etats-Unis, n’ont jamais été évoqués : ni les affaires d’espionnage par la NSA, ni le sort de Snowden et d’Assange, ni Guantanamo, ni les enjeux du désarmement pas plus que les largesses fiscales dont bénéficient des groupes comme Google. Par contre, le Président de la République a de fait poursuivi sa mue, se dépouillant définitivement des quelques oripeaux sociaux-démocrates qui l’encombraient encore. En appelant à « accélérer les négociations sur le projet de marché transatlantique, pour une conclusion rapide », M. Hollande a donné satisfaction aux organisations patronales allemandes et au Medef qui, dans une déclaration commune, le réclamaient. Tout comme à « l’European américan business concil » (EABC) ou conseil des affaires Europe – Amérique qui regroupe des dizaines de grandes sociétés industrielles et bancaires et au « Transatlantic business Dialogue » qui, côté américain comme européen, réunit les principales firmes transnationales.

 

Jamais jusqu’ici, le Président de la République n’a parlé en France du projet de marché unique transatlantique à la télévision ou au cours d’une réunion publique. Voici qu’il le fait aux Etats-Unis devant M. Obama et le monde des affaires, après avoir cosigné, le jour de son arrivée sur le continent nord-américain, une tribune commune avec le président nord-américain.

 

Ce projet est extrêmement dangereux pour nos vies quotidiennes. Il poursuit plusieurs buts : tenter de faire face à la crise des débouchés que provoquent les politiques d’austérité en attisant la guerre économique pour offrir des « marchés » d’exportation aux grandes firmes en éliminant toutes les barrières douanières et surtout en harmonisant vers le bas toutes les règles du commerce et les normes sociales, sanitaires, alimentaires ou environnementales. Toutes les mesures de protection sociale comme le salaire minimum garanti, les précautions sanitaires, la qualité de l’alimentation, les services publics, la création culturelle, la protection des consommateurs, les droits d’auteurs, l’épargne, seraient alignées sur des « règles mondiales édictées par le grand capital international » pour augmenter encore ses marges et ses profits.

 

Le second objectif de ce « marché unique transatlantique » vise, pour les pays occidentaux, à tenter de reprendre leur domination sur le monde face aux pays émergeants comme le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Afrique du sud et l’Indonésie. Ce projet, c’est le marché capitaliste, avec l’OTAN comme gardien contre les souverainetés populaires. Ce projet, c’est la création d’un « marché intérieur transatlantique » contre l’existence même d’une autre construction européenne. Et pour faire accepter tout cela, pour torpiller définitivement nos services publics, pour nous faire accepter le bœuf aux hormones et les poulets au chlore ou pour accaparer toutes nos données personnelles via les géants de l’internet, ils ont inventé le missile destructeur de toute souveraineté des Etats, des Parlements et même des gouvernements : la création d’un tribunal arbitral privé où les sociétés multinationales seront juges et parties. Elles pourront attaquer les Etats quand un système de protection environnemental ou social entravera leurs intérêts. Ce serait définitivement le triomphe de la loi de l’argent contre la loi du peuple. Ce serait une dictature sans chars dans les rues, sans généraux casqués et bottés au pouvoir. Il existe déjà de tels exemples à partir d’accords de libre-échange existants. Ainsi, la firme Philip Morris porte plainte contre l’Australie, parce que ce pays restreint le commerce du tabac. Le groupe multinational Novartis poursuit l’Inde pour la contraindre à cesser la production de médicaments génériques.

 

De même, demain, si la France refusait le bœuf ou le lait aux hormones nord-américains, telle ou telle culture de végétaux modifiés génétiquement, l’exploitation de gaz de schiste, ou encore le maintien d’un salaire de base pour une durée limitée du temps de travail, des firmes multinationales pourraient poursuivre l’Etat et imposer leurs choix. C’est très grave !

 

M. Hollande connaît si bien ces dangers qu’il s’est écrié devant M. Obama au cours d’une conférence de presse : « Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu’il y aura une accumulation de peurs, de menaces et de crispations ». Quel terrible aveu ! Quelle négation de la démocratie. Cela ressemble à une tentative de coup de force dans le dos des populations française et européennes. Nous réclamons, une nouvelle fois, la transparence sur les négociations en cours. Nous demandons à F. Hollande et au gouvernement de mettre à disposition de nos concitoyens le texte du mandat de négociation de la Commission européenne, ainsi que toutes les expertises produites par chacun des ministères sur les conséquences d’un tel marché transatlantique. Nous demandons aux médias d’organiser des débats publics sur ce sujet. Chaque ville, département, région, peut voter, comme l’a fait le Conseil régional d’Ile-de-France, sur proposition des élus du Front de gauche, des motions réclamant le retrait de ce projet.

 

Le prochain Parlement européen aura le pouvoir de le rejeter. Dans ces conditions, la question devient l’un des enjeux principaux des prochaines élections européennes. Ni le vote pour les listes de droite, ni celui pour les listes soutenues par le Président de la République, ni l’abstention ou le vote d’extrême-droite ne permettront de créer un rapport de force en ce sens. Un débat public doit être organisé, sanctionné par une consultation populaire dans toute l’Europe avant toute décision.

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 09:30

Chronique d'André Chassaigne (député PCF - FDG du Puy de Dôme) publiée dans le journal "La terre"

 

Après le « pacte de compétitivité » et ses 20 milliards de ristourne sans contrepartie ni objectif, le mois de janvier aura donc vu éclore un nouveau pacte avec le grand patronat, au nom fumeux de « pacte national de responsabilité ». C’est une trouvaille qui « va très bien » au président du Medef. Il s’agit d’exonérer à terme le patronat du paiement de sa part des cotisations famille de la protection sociale, nouveau cadeau de 37 milliards d’euros pris sur les droits des salariés.

 Ce pacte s’inscrit aussi dans le vieux rêve revanchard du patronat français, pour que les employeurs ne participent plus au financement de la protection sociale. Pour le MEDEF, l’horizon est de mettre à bas, par touche successive, les acquis du programme du Conseil national de la résistance. Le marché proposé par le Président de la République à la grande oligarchie financière est un marché de dupes : « moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur les activités » en contrepartie de « plus d’embauches et plus de dialogue social ». Cela fait près de quarante ans que cette logique est à l’œuvre avec les désastreux résultats que l’on connaît.

 Le mythe entretenu est celui d’un « coût du travail » excessif, à cause de l’existence d’un salaire minimum, de la protection sociale et jusqu’à la protection de l’emploi inscrite dans le code du travail est un mythe. C’est à partir de cette logique que l’idéologie dominante tente de gagner les travailleurs et tous nos concitoyens à la thèse qu’il faut baisser les salaires. Celle-ci permet de redoubler l’exploitation du travail et d’alimenter les dividendes versés aux actionnaires. Mais c’est elle qui mène l’Europe et notre pays dans le mur d’une crise sans fin.

 Nous le savons, ces politiques ne réduisent pas les dettes publiques. Au contraire, elles tuent dans l’œuf tout projet de relance économique, et contribuent à alimenter toujours plus le cercle vicieux des déficits avec toujours moins de recettes fiscales, toujours moins de consommation. A ceci s’ajoute, avec les déréglementations, l’incitation à spéculer plutôt qu’à investir. Les banques ne s’y trompent d’ailleurs pas. Non contentes de bénéficier elles-mêmes de toutes ces ristournes gratis sur leurs cotisations, elles ferment comme jamais le robinet du crédit bancaire pour les créations d’entreprises, et vont à nouveau alimenter une spéculation inouïe sur les marchés dérivés.

 Ainsi pour ne prendre que le département du Puy-de-Dôme, on ne compte plus les projets de création ou de développement de TPE-PME ou de commerces avortés faute de crédit bancaire. Il s’agit pourtant souvent de montants relativement limités, de quelques milliers à quelques dizaines de milliers d’euros. Trop souvent, les porteurs de projets se heurtent au mur du refus bancaire, sans d’ailleurs jamais connaître les critères de rejet. S’il y a donc des leviers à actionner pour le développement de l’emploi, notamment en milieu rural, actionnons d’abord celui du crédit bancaire et de la baisse des charges financières, intérêts versés aux banques et dividendes versés aux actionnaires qui pèsent pour plus de 300 milliards d’euros chaque année sur les entreprises. Regardons la réalité économique locale en face, et faisons le choix d’aider l’investissement, la création d’emploi, le développement des PME-TPE plutôt que d’encourager une nouvelle gabegie financière sans contrepartie pour l’économie du pays.

 

 

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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 07:00
Tribune libre à propos de la censure politique et morale que l'on voudrait rétablir dans les livres pour enfants au nom de la Famille (du Travail, de la Patrie...) : Alain Serres, auteur, directeur des très bonnes éditions "Rue du Monde" 
Pas de panique, monsieur Copé : nous sommes tous égaux !

Il faut s’y résoudre, il existe bien un album qui montre des humains nus en nous murmurant : quels que soient nos âges, nos fonctions ou nos conditions, nous sommes à égalité devant la nature et nous pourrions donc rêver de l’être aussi dans le grand océan de la vie. Si ce livre effraie certaines âmes sensibles, il en existe qui peuvent mettre en péril plus gravement encore la jeunesse ! Par exemple, cette histoire vraie de deux papas manchots du zoo de New York qui ont couvé un œuf abandonné et élevé le petit Tango qui en est sorti. Cet album a été mis à l’index, il y a neuf ans, dans certaines écoles américaines à la demande d’associations de parents d’élèves « qui aiment vraiment leurs enfants ». Ce livre, traduit en français il y a peu, dérange ceux qui rêvent ici d’un enseignement hors du temps.

Et il existe bien d’autres livres dangereux. Des livres qui racontent par exemple des modèles familiaux différents de ceux qui prédominent dans la société, des livres qui chahutent délibérément, et parfois même avec joie et insolence, les clichés éducatifs sur les filles et les garçons… ce qui pourrait bien conduire, à terme, à installer dans les jeunes esprits l’idée de l’égalité salariale entre hommes et femmes !

Il y a des livres qui se permettent de raconter des histoires de solidarité avec les sans-papiers au lieu d’apprendre aux enfants le strict respect de la légalité. Il y a même des livres qui expliquent la collaboration de la France de Vichy avec l’Allemagne nazie ou les douleurs de la colonisation à des enfants qui croyaient leur pays au-dessus de tout soupçon…

Et il y a aussi, paraît-il, des livres de poésie pour les enfants ! Est-ce bien sérieux d’inviter les jeunes à repenser le monde avec des individus irresponsables capables de faire rimer cahier d’écolier et liberté ?

Pas de panique, monsieur Copé. Aucun enfant de France ne va aller cul nu à l’école après avoir lu Tous à poil ! Aucun enfant ne va tenter de violer son enseignante ou de lui cracher au visage parce qu’il aurait découvert qu’une maîtresse d’école, c’est fait comme sa maman ou sa petite sœur, ce qui tout naturellement devrait le conduire à un certain respect, son humanité étant ainsi confirmée.

Parce qu’un enfant sait ce qu’est un livre. Aucun enfant n’oubliera non plus qu’il aura fallu un mâle et une femelle pour faire un œuf de manchot. Parce qu’un enfant n’est ni un âne ni une ânesse.

À force de trop entendre ceux qui crient si fort l’ordre et la famille, on finirait par oublier que ce mot famille n’est pas la propriété des tenants des traditions aristocratiques ou des conventions religieuses les plus archaïques. Il n’appartient pas à ceux qui seraient viscéralement attachés à la transmission d’un héritage familial, comme si les autres n’avaient décidément rien à transmettre à leurs enfants, aucune valeur, pas plus immobilière qu’humaine !

« Il faut protéger nos enfants », crient-ils. Le mot enfant ne leur appartient pas davantage. Les leurs comme les nôtres ne sont pas des fleurs poussant sous cloche à l’abri des mouvements du monde, de ses mystères et de ses contradictions. Les enfants voient, savent, pensent, s’interrogent, ils ont même des avis et en discutent. Et l’école leur apprend à en débattre démocratiquement. Il existe en vérité des millions de familles qui ne partagent pas les points de vue rétrogrades de monsieur Copé, de mesdames Bourges ou La Rochère…

Des familles qui veulent protéger leurs enfants… mais de l’éteignoir obscurantiste et des manières étriquées de penser le monde !

Et ces familles comptent sur l’école et la bibliothèque, les enseignants et les auteurs de littérature jeunesse pour que leurs enfants rencontrent des idées fraîches, solidaires, ouvertes sur les autres, des mots qui les aident à l’apprentissage de l’esprit critique et des images, qui vont leur donner envie de bousculer généreusement le monde vers davantage de compréhension, de justice et de liberté.

Partager avec eux le goût de l’art et de la littérature qui par essence nous posent question, de trois mois à cent trois ans. Découvrir ensemble des livres pleins de poils… à gratter. Il faut que ces familles s’expriment aussi ! Qu’elles disent le plaisir qu’elles éprouvent à lire Pef quand il tord les mots, non pas parce qu’il méprise la langue de l’Académie mais parce qu’il est amoureux de celle que font vivre les enfants joueurs de son pays. Qu’elles expriment leur bonheur à parcourir les contes du monde les plus déroutants ou à laisser vagabonder leur imagination parmi les poussins d’un Claude Ponti ou les monstres terrifiants d’un Maurice Sendak. Qu’elles disent combien elles jubilent quand elles ouvrent leurs enfants à l’esprit de résistance en lisant avec eux des albums de Didier Daeninckx ou quand elles discutent de sujets difficiles ou tabous autour d’un livre. Des millions de parents espèrent que les médias n’attendront pas que d’autres livres soient pointés du doigt (1) pour parler à nouveau de littérature jeunesse. Si, enfant, vous avez lu de bons albums pour la jeunesse, vous pouvez imaginer la suite de cette mauvaise histoire…

(1) Le 13 février, le Figaro publiait un article empli d’amalgame contre notre ami David Dumortier, 
poète, qui publie essentiellement chez Cheyne Éditeur 
et Rue du monde.

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 08:13
Accord transatlantique: Hollande joue avec le feu
13 février 2014 | Par Ludovic Lamant - Mediapart.fr

 

Le président français veut accélérer les négociations de libre-échange entre l'UE et les Etats-Unis, pour éviter l'« accumulation de peurs ». A deux mois et demi des élections européennes, c'est une position surprenante, qui tranche avec la relative prudence affichée depuis le départ par Paris sur ce dossier.


De notre envoyé spécial à Bruxelles

François Hollande sait-il qu'il se tiendra des élections européennes fin mai? Et que figurent, parmi les sujets explosifs de la campagne à venir, les négociations entre l'Union européenne et les Etats-Unis, pour conclure un accord de libre-échange censé accoucher de la plus grande zone de libre-échange au monde

A écouter ses remarques sur le sujet, lors d'une conférence de presse mardi à Washington, il est désormais permis d'en douter. Aux côtés de Barack Obama, le chef de l'Etat a plaidé sans détour pour une accélération du calendrier des discussions: « Aller vite n'est pas un problème, c'est une solution. Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu'il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations ». Et le président français, que l'on a connu plus prudent sur le sujet, d'enfoncer le clou: « Si nous sommes de bonne foi, si nous sommes respectueux des positions des uns et des autres, si nous sommes attachés (...) à la croissance, nous pouvons aller vite » (voir la vidéo ci-dessous à partir de 52'20"). 

La commission européenne a reçu en juin 2013 un mandat pour négocier, au nom des 28 Etats membres de l'UE, cet accord avec Washington (le «TTIP», dans le jargon bruxellois). Officiellement, l'objectif est d'aboutir d'ici à la fin du mandat de la commission, en octobre 2014. Mais les bons connaisseurs du dossier s'attendent plutôt à ce que ces discussions s'étalent sur plusieurs années – et durent au moins jusqu'en 2015. A titre d'exemple, il avait fallu plus de quatre ans de négociations difficiles, pour que l'accord entre l'UE et le Canada soit signé, fin 2013 (et cet accord, sur le papier, est moins ambitieux que celui en cours de négociation avec Washington, qui va bien au-delà des seules baisses de droits de douane). 

« Ce n'est pas François Hollande qui fixe le tempo de la négociation européenne, raille Yannick Jadot, eurodéputé d'EELV, ferme opposant au projet. Il dit vouloir accélérer, mais ce n'est pas du tout la réalité de la négociation, qui est plutôt en train de marquer le pas ces jours-ci. Côté américain, le congrès refusera sans doute de valider le mandat de négociations d'ici aux élections de mi-mandat, fin 2014 ».Barack Obama est à la peine avec sa majorité démocrate au congrès, qui rechigne à lui accorder le « fast track », ce blanc-seing qui permet au gouvernement de gagner du temps et négocier des accords internationaux sans en rendre compte, au fil de la négociation, aux parlementaires.

Jusqu'à présent, Paris faisait plutôt partie, au sein de l'UE, des capitales les moins enthousiastes face à ce projet censé faire grimper à terme de 0,5 à un point la croissance du PIB de l'UE – selon des prévisions de la commission européenne difficiles à vérifier. En juin 2013, c'est au terme d'une mobilisation des Français que le secteur de l'audiovisuel a été exclu du champ des négociations, au grand regret du commissaire au commerce, Karel De Gucht. Dans un entretien accordé à Mediapart en avril 2013, Nicole Bricq, la secrétaire d'Etat au commerce, proposait même de… « ne pas se précipiter », pour mieux défendre les intérêts français.  

Presque un an plus tard, la sortie de François Hollande, à Washington, a donc de quoi surprendre. Même l'UMP, au parlement européen, y est allé de son communiqué cinglant: « Est-ce la chaleur du banquet officiel qui a inspiré à François Hollande cette stratégie de la précipitation? Elle nous semble à tout le moins prématurée et peu judicieuse », a commenté l'eurodéputée Constance Le Grip.

 

En Allemagne, le débat prend

En proposant d'accélérer le calendrier, le président français tourne aussi le dos à tout un pan de la société civile, qui dénonce l'opacité des négociations. Pour bon nombre d'associations, il faudrait au contraire prendre davantage de temps, pour mener un débat serein sur ces questions lourdes de conséquences pour l'avenir. « Les négociations continuent dans le secret, malgré la petite amélioration apportée par la création d'un groupe d'experts sur le sujet », commente Natacha Cingotti, de l'ONG Friends of the Earth à Bruxelles. « Les enjeux de cet accord sont tels, qu'il est absolument essentiel d'ouvrir le processus et d'assurer que toute la transparence soit faite autour des négociations. Les citoyens européens et américains doivent être capables de participer. »

Pour le socialiste Henri Weber, qui s'était battu l'an dernier, au parlement européen, pour « sauver » l'exception culturelle française, « la question du délai ne doit pas être un fétiche, ce qui est déterminant, c'est de savoir si l'on négocie un bon ou un mauvais accord ». Et l'élu de préciser, en défense du président socialiste: « Ce qui doit commander l'ensemble, c'est le respect des conditions fixées par le parlement européen dans la résolution qu'il a votée, en mai dernier, pour définir le mandat de négociation ».

Une fois les négociations entre l'UE et les Etats-Unis terminées (si elles aboutissent un jour…), il reviendra aux parlementaires européens de valider, in fine, le projet d'accord. En l'état, un rejet du texte – comme ce fut déjà le cas à l'été 2012 avec un autre texte sensible, ACTA – n'est pas exclu. Quoi qu'en pense François Hollande, le sujet devrait donc être l'un des thèmes de la campagne des européennes. En France, les partis à gauche du PS, comme le Front de gauche, Europe Ecologie Les Verts ou Nouvelle Donne, y sont opposés.

« Cela ressemble surtout à la méthode Coué: Hollande veut montrer qu'on est vraiment copains avec les Etats-Unis », poursuit Yannick Jadot. « D'un côté, il nous explique que l'affaire des écoutes de la NSA, ce n'est déjà plus un sujet. De l'autre, qu'il faut accélérer sur le TTIP. Mais ce sont des effets de tribune, qui masquent une forme d'impuissance politique. »

Cet empressement de François Hollande, visiblement soucieux de jouer au bon élève auprès d'Obama, apparaît d'autant plus maladroit, qu'ailleurs en Europe, les plus fervents défenseurs d'un accord avec les Etats-Unis se font, eux, plus prudents depuis peu. Karel de Gucht, le commissaire européen au commerce, a ainsi promis une consultation publique, avec les citoyens européens, à partir du mois de mars, sur l'un des points les plus contestés des négociations: la procédure de « règlement des différends entre Etats et investisseurs » (lire notre article). Une manœuvre pour faire baisser la pression, à l'approche des élections?

En Allemagne également, alors qu'Angela Merkel est une chaude partisane du futur «TTIP», le débat commence à prendre, sur fond de tensions avec les Etats-Unis, après le scandale des écoutes de la NSA. Les sociaux-démocrates s'interrogent. Le responsable des négociations pour l'UE, l'Espagnol Ignacio Garcia Bercero, a ainsi fait le déplacement en début de semaine à Berlin, pour répondre aux inquiétudes d'une partie de l'opinion publique allemande, qui redoute les retombées de cet accorden matière de sécurité alimentaire (avec l'importation, par exemple, de poulets aux hormones).

Apparemment satisfait des bonnes dispositions de son homologue français sur ce dossier, Barack Obama s'est contenté d'ajouter, lors de la conférence de presse mardi à Washington: « Je veux remercier François pour sa coopération ». 

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 08:01

AVIS DE TEMPÊTE SUR LES SALAIRES DE LA FONCTION PUBLIQUE

On se souvient que Lionel Jospin en son temps prétendait dire ce qu’il voulait faire et faire ce qu’il avait dit ! Il serait bon que Jean-Marc Ayrault, Marylise Le Branchu ou Vincent Peillon lui emboîtent le pas et annoncent clairement leurs intentions concernant l’avenir salarial de 5,2 millions de fonctionnaires.

Alors que le point d'indice, composante importante de leur salaire, n'a pas été revalorisé depuis 2010, le journal Les Echos annonce le 6 février que pour réduire les dépenses publiques, le gouvernement réfléchirait à l’hypothèse de geler l’avancement des fonctionnaires en 2015. En clair, aucun changement d’échelon dés l’année prochaine synonyme de 1,2 milliards d’Euros d’économie.

Après le gel des salaires, le gel des carrières « est sur la table » comme l’a confirmé Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l'Assemblée. Il précise même que le ministre du budget Bernard Cazeneuve envisage aujourd'hui ces mesures, pour ensuite en faire la proposition, au Premier ministre, au président de la République et à la majorité.

Austérité oblige, il faut trouver de nouvelles recettes pour réduire les dépenses publiques de 50 milliards d’euros d’ici 2017, voire davantage afin de financer les baisses de charges et d’impôts pour les employeurs.

Et les fonctionnaires deviendraient ainsi la nouvelle cible de choix pour le gouvernement socialiste. Encore une fois, celui-ci prendrait à son compte les recommandations de la commission européenne, de la cour des comptes et des économistes les plus libéraux.

Sans doute une telle position en pleine période électorale est-elle difficile à tenir ? Toujours est-il qu’après Vincent Peillon s’adressant aux enseignants, c’est Jean-Marc Ayrault lui-même qui vient de démentir clairement cette orientation. Promis, craché, juré, on y a même pas pensé !

C’est noté Monsieur le Premier ministre, mais permettez le manque de confiance envers votre action gouvernementale. Trop de promesses non tenues, trop de reniements de votre part face à la droite et au Medef, nous font craindre de nouveaux reculs…

La méfiance et la vigilance des salariés de la Fonction Publique, de leurs syndicats et de tout le mouvement social est plus que jamais nécessaire pour défendre des conditions salariales de plus en plus dégradées. Inutile de préciser qu’ils trouveront les militant-es du Front de Gauche à leur côté pour de probables et nécessaires mobilisations.

 

François Rippe, le 15 février 2014

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 11:03

Dans un rapport sur les finances publiques locales, les collectivités sont appelées à de nouvelles coupes claires dans leur budget pour 2014. Les personnels sont en ligne de mire.

«Les collectivités doivent, comme chaque acteur public, apporter leur contribution au redressement des comptes publics. » À la veille du débat à l’Assemblée sur le projet de loi de finances pour 2014, la consigne est donnée.

Didier Migaud, président de la Cour des comptes, a présenté hier le premier rapport sur les finances publiques locales.

En plus de voir leurs dotations se réduire de 3 milliards d’euros sur deux ans, les collectivités territoriales devraient mieux maîtriser leurs dépenses.

L’objectif ? Participer au « respect des engagements européens de la France », qui, sous injonction de Bruxelles, visent à réduire le déficit public du pays à 3,6 % fin 2014.

Cibles principales : les dépenses de personnel – 35 % des budgets de fonctionnement – la gestion du patrimoine et l’organisation des services publics locaux.

L’Association des maires de France (AMF) a immédiatement répliqué : « Les communes et intercommunalités opèrent un effort sans précédent, subissant (…) une véritable diminution de leurs recettes alors même qu’elles prennent à leur charge, bien souvent à la demande de l’État, de nouvelles dépenses. »

Mais la Cour fait preuve d’ingéniosité, pour faire passer la pilule austéritaire, elle avance « la mise en commun des moyens entre collectivités », entendez la mutualisation des services avec le recul de la proximité et la baisse des effectifs.

Autre astuce, la « logique de péréquation ». Si nombre d’entre elles admettent la nécessité d’un rééquilibrage entre collectivités aux ressources fiscales différentes, le risque est, qu’au nom de cette « logique », se renforce le désengagement de l’État vis-à-vis des communes, des départements et des régions. Les préconisations de la Cour des comptes mises en lien avec l’objectif du gouvernement de réduire de 15 milliards la dépense publique en 2014 font craindre aux élus une baisse supplémentaire de leurs dotations.

Pour compenser, deux possibilités : se serrer la ceinture ou augmenter les impôts locaux. Pour Didier Migaud, le choix est fait : moins de services publics.

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 11:00

L'éditorial de Jean-Paul Piérot (Journal l'Humanité du mercredi 12 Février).

"Quand on parle d’un billet gratuit pour des enfants de cheminots, on oublie les trente milliards de cadeaux consentis au grand patronat dans la corbeille du mal nommé pacte de responsabilité.".

Avec la Cour des comptes on n’est jamais surpris. Sous un air de défenseur sourcilleux des budgets de la République, drapé de toute la solennité qui sied à sa haute fonction, le président Didier Migaud admoneste toujours du même côté. Les petits en prennent toujours trop à leur aise. On se souvient qu’il y a quelques mois la vénérable institution s’était émue de la trop grande prodigalité dont ferait preuve notre système de protection sociale en matière de remboursement des frais ophtalmologiques. En clair, les myopes seraient budgétivores. Qui donc allait être blâmé dans son nouveau rapport annuel, rendu public hier ? C’est sur les cheminots que la Cour a décidé de jeter l’opprobre. Pensez donc, ces nantis bénéficient de l’insigne privilège de permis de voyages pour eux-mêmes et leurs familles ! Et ce scandale dure depuis 1938, quand fut nationalisé le transport ferroviaire dans la foulée du Front populaire ! Voilà l’origine de la gabegie qui grève nos dépenses publiques ! Que n’y avions-nous pas pensé ? Merci à la Cour des comptes d’avoir eu la clairvoyance de désigner une fois de plus les vrais responsables de nos déficits.

Bien sûr, ce n’est pas sérieux, quoi que assez offensant à l’égard de salariés pour lesquels les permis de voyage sont un avantage social modeste entrant dans leur contrat de travail. Mais en ciblant une catégorie de travailleurs exerçant dans un service public, les membres de la haute juridiction financière alimentent de fausses divisions dans le monde du travail. C’est un rideau de fumée pour brouiller les pistes. Quand on parle d’un billet gratuit pour des enfants de cheminots, on oublie les trente milliards de cadeaux consentis au grand patronat dans la corbeille du mal nommé pacte de responsabilité.

Les magistrats de la rue Cambon estiment qu’il pourrait manquer cette année jusqu’à six milliards d’euros de recettes fiscales et que le déficit de 2013 s’avère plus important que les 4,1 % prévus actuellement. Les prévisions pour 2014 ne laissent pas d’inquiéter tant sur le niveau de l’emploi dans le secteur privé que des salaires, ce qui pèsera à nouveau sur les rentrées fiscales. Sombres perspectives face auxquelles le gouvernement, appuyé en cela par la Cour des comptes qui en réclame toujours davantage, n’entend répondre que par la compression des dépenses publiques, en d’autres termes par une dégradation des conditions de fonctionnement de la société. L’obsession de la compression des dépenses hypothèque fortement les possibilités de conduire une stratégie de redressement industriel.

La protection sociale et les dotations aux collectivités locales sont dans le collimateur des juges en orthodoxie financière qui encouragent le gouvernement à aller au-delà des cinquante milliards d’euros de réductions de dépenses publiques annoncées de 2015 à 2017. Ainsi la France est entraînée dans une spirale de la régression, dont elle ne pourra s’extraire que par un changement de cap, vers la gauche. Un large champ de convergences ne pourra être déblayé que dans le débat entre tous ceux qui croient qu’une alternative est possible. Au Front de gauche bien sûr, mais aussi chez les écologistes et au sein même du Parti socialiste où dans son aile gauche des voix contestent la voie de l’impasse sociale-libérale tracée par le gouvernement et la Cour des comptes.

 

 

La fable des Cheminots nantis remises au goût du jour.

Dans son rapport la cour des comptes pointe « les facilités de circulation » des salariés de la SNCF. Des « avantages en nature » que la SNCF, en dehors des cheminots, de leurs conjoints et de leurs enfants, étendrait aux « parents et grands-parents, voire arrière-grands-parents des salariés et de leurs conjoints ». La cour estime ainsi que « plus d’un million de personnes bénéficient de ces facilités, dont seulement 15% de salariés de la SNCF » et chiffre le manque à gagner entre 50 et 100 millions d’Euros par an. »La cour des comptes tente de faire passer les cheminots pour des nantis réagit Pascal Poupat de la fédération CGT des cheminots, qui « dénonce les économie de bout de chandelle et explique que « les enfants jusqu’à 21 ans et les conjoints bénéficient de  16 voyage par an, les parents de 4 voyages par an, et qu’en aucun cas grands-parents et arrière-grands-parents ».

 

 

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