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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 06:06
Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple (L'Humanité, Loan Nguyen, 13 août 2020)
Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple (L'Humanité, Loan Nguyen, 13 août 2020)
Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple (L'Humanité, Loan Nguyen, 13 août 2020)
Jeudi, 13 Août, 2020 - L'Humanité
Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple

Tourmentées, flamboyantes, engagées : les œuvres des deux peintres mexicains auront été à l’image de leur vie et des soubresauts révolutionnaires qui agitent ce début de XX e siècle qui les aura vus déployer leurs talents.

 

Couple de peintres mythique aussi bien pour leur relation incandescente que pour leurs œuvres éclatantes, Frida Kahlo et Diego Rivera ont également marqué le début du XX e siècle de leur engagement politique. Né en 1886 à Guanajuato, au Mexique, Diego Rivera a déjà été marié plusieurs fois et jouit d’une reconnaissance artistique internationale lorsqu’il croise le chemin de Frida Kahlo en 1927. Alors âgée de 20 ans, deux fois plus jeune que Diego, Frida montre ses toiles au muraliste réputé, qui est immédiatement subjugué par son style.

Écorchée vive, à l’image de ses toiles viscérales

Ses œuvres, déjà très centrées autour d’autoportraits où se mêlent l’angoisse et le merveilleux, traduisent une histoire déjà jalonnée de souffrances physiques malgré son jeune âge. Marquée à vie par une polyomélite contractée à l’âge de 6 ans, et qui lui aura laissé un pied atrophié, la jeune femme a en outre subi un grave accident lorsqu’elle avait 18 ans. Un tramway avait percuté le bus dans lequel elle voyageait avec son petit ami de l’époque. Son bassin, ses côtes et sa colonne vertébrale sont brisés, sa jambe droite fracturée en onze endroits et son abdomen et son pelvis sont transpercés par une barre de métal. C’est à l’occasion de cette longue et douloureuse convalescence qu’elle se met à peindre, aidée par sa famille qui installe un miroir au plafond de sa chambre. Ce terrible accident lui laissera des séquelles à vie, l’empêchant notamment de mener à leur terme toutes ses grossesses. Écorchée vive, à l’image de ses toiles viscérales, Frida ne supporte pas non plus les injustices. Et dans ce début de XX e siècle marqué par des révolutions au Mexique comme dans le monde, celle-ci s’engage à 21 ans du côté des communistes.

Un militantisme que partage Diego, qu’elle épouse en 1929. Son travail pictural semble d’ailleurs plus systématiquement politique et social : sur ses fresques monumentales se lisent l’histoire du Mexique, notamment pré-hispanique, la corruption de l’Église catholique et la force motrice de la classe ouvrière et du marxisme. Frida Kahlo, elle, critique l’impérialisme américain dans certains de ses tableaux comme dans son Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, et n’hésite pas à afficher ses sympathies communistes comme dans sa toile intitulée Le marxisme guérira les malades.

L’opposant au régime soviétique,Trotski, en exil à la Casa Azul

Mais leur relation au Parti communiste s’avère aussi houleuse que leur union. Après un séjour en Union soviétique, Diego Rivera exprime des critiques qui lui valent d’être exclu du Parti communiste mexicain. Frida Kahlo quitte l’organisation en 1930 par solidarité avec son époux. Quelques années plus tard, le couple se rapproche de l’opposition trotskiste et adhère à la IV e Internationale. C’est d’ailleurs grâce à l’intervention de Diego Rivera auprès du président de la République mexicaine Cardenas que Léon Trotski obtient l’asile politique au Mexique en 1937. Les deux artistes accueillent l’opposant au régime soviétique avec son épouse Natalia Sedova à Mexico dans leur fameuse maison bleue (la Casa azul).

Mais Frida devient pendant quelques mois la maîtresse de Trotski, ce qui sème le trouble au sein du groupe, et provoque le départ des exilés soviétiques de la maison bleue. Les infidélités qui émaillent la relation entre les deux peintres provoquent plusieurs ruptures, notamment lorsque Diego entame une liaison avec la sœur de Frida, Cristina. Les deux artistes divorcent en 1938, avant de se remarier en 1940. Mais la santé fragile de Frida se détériore : elle subit de nombreuses opérations de la colonne vertébrale, puis une amputation de la jambe suite à une gangrène. Elle décède le 13 juillet 1954 d’une embolie pulmonaire. Deux mois après les funérailles de son épouse, Diego obtient sa réintégration au Parti communiste. Il meurt à son tour trois ans plus tard d’une crise cardiaque, sans que son souhait de voir ses cendres transférées aux côtés de celles de Frida ne soit respecté.

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Lire aussi sur le Chiffon Rouge:

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La leçon de Frida...

Frida Kahlo, une vie amoureuse et tragique, une vie en rouge

Tina Modotti (1896-1954): photographe et agent communiste cosmopolite au destin extraordinaire

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Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple (L'Humanité, Loan Nguyen, 13 août 2020)
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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 05:49

 

Il y a 127 ans, les 16 et 17 août 1893, un massacre d’immigrés italiens se déroulait à Aigues-Mortes dans le Gard en France. Le contexte historique est celui d’une forte immigration de belges pour le Nord de la France et d’italiens pour le sud-est du pays. Sans cette immigration le décollage industriel n’aurait pas pu avoir lieu. Comme aujourd’hui avec les immigrations contemporaines l’extrême-droite mise sa stratégie politique sur la stigmatisation de cette immigration présentée comme cause des difficultés sociales. Comme aujourd’hui les autres forces politiques empruntent pour des raisons électorales les thèmes, les logiques et les discours de l’extrême-droite.

La Ligue de la patrie française multiplie les campagnes en utilisant des termes péjoratifs comme « rital » pour les italiens et « pots de beurre » pour les belges (beaucoup de belge étaient frontaliers et amenaient avec eux leur beurre pour faire des économies). Le thème de l’étranger prenant le travail et le pain des français était déjà présent et tout aussi erroné économiquement qu’aujourd’hui. C’est dans ce contexte qu’une bagarre éclate le 16 au matin entre ouvriers italiens et ouvriers ardéchois au sein d’une équipe de la compagnie des Salins du Midi dont l’activité est le battage et le levage du sel. Les ouvriers ardéchois descendent alors en ville pour ameuter la population.

La chasse à l’italien commence et une foule grandissante poursuit les immigrés dans toute la ville. La foule se rend ensuite dans les salins où les ouvriers immigrés sont protégés par des gendarmes. La promesse est faite d’expulser tous les italiens par le train en partance de la gare d’Aigues-Mortes. Durant le trajet vers la gare la foule attaque les ouvriers immigrés et les massacre. Des témoins décrivent des scènes de lynchages, de coups de bâton, de noyades et de coups de fusils. Officiellement 8 italiens sont tués, 14 autres sont déclarés disparus et 99 blessés. Selon les sources italiennes on compterait une centaine de morts. En Italie des émeutes anti-françaises éclatent et l’Italie menace de rompre les relations diplomatiques avec l’Etat français. Cela conduit l’Etat français à verser une indemnisation aux ouvriers expulsés et aux familles des victimes. Sur le plan judiciaire en revanche aucune condamnation n’est prononcée. Les juges estiment qu’il y a eu « agression » par les ouvriers immigrés italiens. Surtout le procureur s’évertue à dépolitiser le procès. Les faits sont analysés comme une banale rixe sans liens avec le racisme. L’acquittement de tous les inculpés est prononcé.

N’oublions pas ce pogrome aujourd’hui où le discours politique et médiatique dominant se fait plus que jamais stigmatisant donnant naissance à une banalisation de l’islamophobie, de la négrophobie et de la Romophobie.

Hier comme aujourd’hui le discours raciste est l’antichambre du passage à l’acte meurtrier.

Défendons-nous. Organisons-nous.

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 11:13
Décès de Jean Perrot, ancien adjoint communiste à Brest dont les obsèques ont lieu ce 18 août (Le Télégramme)
Décès de Jean Perrot, ancien adjoint communiste à Brest
 
 
 
Le Télégramme, 17 août 2020

C’est avec une grande tristesse que la section brestoise du PCF a appris le décès de Jean Perrot, en fin de semaine dernière, à l’âge de 73 ans.

 

Élu communiste sur la liste d’union de la gauche conduite par Francis Le Blé en mars 1977, Jean Perrot a été adjoint au maire de Brest jusqu’à la rupture de 1980. Le 4 mars de cette année-là, Francis Le Blé, maire PS de la ville, a suspendu de leurs fonctions les six adjoints communistes (Louis Le Roux, Sylvie Le Roux, Louis Aminot, Jean Perrot, Yvon Pichavant et Yvonne Lagadec). « Jean fut aussi candidat communiste sur le canton de Bellevue avec un score de 23 % », rappelle la section du PCF, qui présente ses sincères condoléances à son épouse Marie-Louise et à ses deux enfants.

Un moment de recueillement aura lieu ce mardi, à 14 h 15, à la salle de cérémonie du Vern.

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 07:28
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation - entretien de Pierre Barbancey avec Haim Bresheeth, L'Humanité, 17 août 2020
Lundi, 17 Août, 2020
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation
 
Entretien réalisé par Pierre Barbancey

Haim Bresheeth est le fils de rescapés de la Shoah. Juifs de Pologne, ils avaient refusé l’appel sioniste, lui préférant le Parti travailliste juif socialiste. À la sortie des camps, faute de trouver un pays d’accueil, ils se sont rendus en Israël. L’auteur, né en 1946 à Rome, y a grandi et fait son service militaire, avant de quitter le pays.

Ce livre survient bien à propos pour mieux comprendre les rouages de la société israélienne. Une société militarisée à outrance, une armée qui a créé la nation israélienne et dont la force politique est sans égale. Et surtout, elle est la garante de l’occupation. C’est une « armée comme aucune autre » pour reprendre le titre de cet ouvrage magistral divisé en trois parties : les guerres d’Israël, l’armée et son État, et enfin le dépérissement d’Israël, où il demande si Israël est une démocratie. Bresheeth estime que le projet sioniste, hier, aujourd’hui et demain, ne peut inclure la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël. Il faut espérer qu’un éditeur français saura s’en saisir.

Haim Bresheeth retrace dans un livre l’évolution de l’armée israélienne, de la Nakba aux guerres en Égypte, au Liban, en Irak, aux assauts continus sur Gaza. Le chercheur montre que l’État d’Israël a été formé à partir de ses guerres. Entretien. (A retrouver en version anglaise ici). 
 

Haim Bresheeth, chercheur à l’École d’études orientales et africaines (Soas) de Londres (1).

Haim Bresheeth
Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez concentré votre travail sur les forces de défense israéliennes (FDI) ?

Haim Bresheeth Les FDI représente l’institution sociale la plus cruciale de l’État israélien depuis 1948. C’est la plus grande, la mieux financée, et la plus importante en nombre, comprenant la plupart des hommes d’Israël et énormément de femmes. Cela a de graves répercussions – Tsahal est pleinement représentatif de la population juive en Israël. En ce sens, l’armée est l’organe le plus représentatif de la société israélienne. Comprendre cela, c’est commencer à comprendre Israël, et la difficulté à laquelle nous sommes confrontés lorsqu’il s’agit de résoudre le conflit en Palestine, un conflit de type colonial. Parce que la seule solution que les FDI accepteront est celle dans laquelle elles détiennent toutes les cartes.

Vous dites que les FDI ont fait une nation. Pourquoi ?

Haim Bresheeth Dans le livre, je traite du fait que ce qui existait en 1948 était une armée, et cette armée a construit un État, mais il n’y avait pas de nation ! Ce n’est pas mon point de vue, mais celui de David Ben Gourion, qui a compris qu’une collection de personnes venues de toutes les parties du monde, sans rien qui les relie, n’est pas une nation. La nation devait être formée par une organisation sociale large afin de créer une culture nationale, un sentiment d’appartenance, l’identité d’une nouvelle nation israélo-juive. Le seul corps qui était capable de cette tâche complexe, qui prend des centaines d’années dans la plupart des cas, était les FDI, et Ben Gourion l’a choisi parce qu’en 1948, il comprenait pratiquement tous les adultes juifs – tous les hommes et la plupart des femmes. Il s’agissait d’une armée qui combattait les Palestiniens et les armées arabes. Mais elle exerce aussi toutes les tâches civiques normalement exécutées par la société civile. La plupart d’entre elles restent encore effectuées par les FDI. Dans la dernière crise du coronavirus, les FDI et les services secrets (Shabak) ont ainsi pris le relais d’une grande partie du pays pour l’opération de suivi et de traçage, par exemple. Le revers de la médaille est que la plupart des Israéliens ne perçoivent leur identité que dans les termes de l’armée et ne voient le conflit qu’à travers le filtre de la force militaire.

Quel est le rôle des militaires dans la vie politique et économique ?

Haim Bresheeth Les FDI et les entreprises qui y sont liées forment le plus grand secteur d’Israël et sont responsables de la plus grande partie des revenus provenant des exportations, entre 12 et 18 milliards de dollars par an. Vendant dans plus de 135 pays, Israël est l’un des principaux marchands d’armes de la planète. Israël a transformé le conflit en une entreprise florissante – il a fait de l’adversité un succès commercial, en s’appuyant sur le slogan « testé dans l’action ». Le modèle d’affaires comprend également des milliers d’entreprises high-tech créées par des officiers retraités, qui, avec les entreprises d’armement et de sécurité nationalisées, sont le plus grand employeur du pays. Tous les établissements universitaires bénéficient d’un financement substantiel de la recherche déboursé par les FDI, le ministère de la Défense et les diverses organisations de sécurité ; certaines universités et des collèges ont également organisé des programmes de formation pour les FDI et les organismes connexes.

Dans le livre, vous vous interrogez sur « Israël est une démocratie » et s’« il aurait pu y avoir un autre Israël ». Pouvez-vous nous donner quelques éléments de réponse ?

Haim Bresheeth Il n’y a jamais eu de société colonisatrice qui était démocratique ou libre. Israël ne fait pas exception. Un projet de colonisation est une question de contrôle – de la terre, des ressources et de la main-d’œuvre. En tant que tel, il dépend de l’anarchie et de l’injustice, toujours défendu par la violation du système juridique. C’était vrai pour l’Algérie, l’Australie, l’Amérique du Nord et du Sud, l’Afrique du Sud, le Congo, et c’est vrai en Palestine. Une société militaire dans l’occupation illégale ne peut pas être démocratique, et, comme Marx l’a souligné, ne peut pas, en soi, être libre. Par conséquent, l’Israël sioniste ne peut jamais être démocratique. Dans le passé, certains sionistes de gauche ont soutenu que l’idée sioniste était pure et juste, mais en quelque sorte souillée par la pratique. Il n’y a rien de plus éloigné de la vérité. Comme je l’ai souligné, le but ultime du projet sioniste, à partir du moment où il apparaît dans l’œuvre de Herzl jusqu’à notre époque, était et reste la dépossession et l’expulsion des Palestiniens, et la mise en place d’une société juive exclusive sur des principes racistes. C’est la raison pour laquelle, avec le temps, Israël devient plus raciste et plus agressif. Le rêve sioniste est essentiellement un cauchemar colonial. Même si l’on est assez brutal pour ignorer la souffrance palestinienne, la vie des juifs en Israël ne peut, par définition, être sûre ou normale. Les Israéliens vivent une vie spartiate de soldats en vacances. Israël a eu de nombreuses chances d’instaurer la paix et l’a toujours évitée. C’est un État militarisé, préférant l’état de guerre – avec son empire qui s’accroche illégalement aux territoires de quatre États arabes –, qui impose une oppression raciste à près de cinq millions de Palestiniens sans aucun droit. Près de deux millions de ses propres citoyens palestiniens perdent maintenant les quelques droits qu’ils avaient. Nous pouvons affirmer sans risque qu’Israël est un État militarisé par choix, en raison de sa nécessité de protéger son empire par un butin militaire et une occupation illégale. Personne n’a imposé ce régime d’occupation aux Israéliens. C’est leur décision. Le reste du monde est toutefois responsable de l’autoriser et de le financer, en particulier les États-Unis et l’Union européenne.

Depuis le 1er juillet, Israël est censé annexer 30 % de la Cisjordanie. Comment les FDI se comportent-elles dans ce cadre ?

Haim Bresheeth L’évolution vers l’annexion illégale de la majeure partie de la Cisjordanie est l’exemple ultime de l’anarchie soutenue par les États-Unis – une action illégale unilatérale et non négociable contre les droits des Palestiniens. Le fait que le premier ministre, Benyamin Netanyahou, n’ait pas respecté l’échéance de son annexion d’ici le 1er juillet est un signe clair que même l’armée israélienne s’oppose à cette mesure. Avant les années 1990, les Forces de défense israéliennes (FDI) contrôlaient la Cisjordanie et devaient investir d’énormes ressources humaines et matérielles dans le maintien de l’ordre dans toute la Palestine. Cette situation désastreuse, qui s’était développée à la suite de la première Intifada, a poussé Israël à organiser les accords d’Oslo, établissant une Autorité nationale palestinienne (APN). Depuis lors, l’APN – formée et armée par Israël, et partiellement financée par l’UE et les États-Unis – a sécurisé les territoires occupés au nom d’Israël, exonérant les FDI de leurs devoirs et de tout coût financier.

Mais l’annexion peut conduire l’ANP vers l’effondrement. En fin de compte, elle pourrait perdre le contrôle des organisations de sécurité palestiniennes, détestées et méprisées par le peuple palestinien. Les FDI ne souhaitent pas perdre cet important assouplissement de ses fonctions et s’inquiètent grandement de sa capacité à contrôler les territoires occupés si un tel scénario se produit. Les FDI ont opposé leur veto au programme d’annexion tel que Netanyahou l’a présenté, et il semble donc avoir dû l’abandonner discrètement pour le moment. En revanche, Israël n’a pas abandonné son véritable programme, qui se poursuit à un rythme soutenu. L’incapacité de la communauté internationale, telle qu’elle est, à s’opposer à une telle illégalité atroce est un danger pour l’État de droit partout dans le monde, à une époque de grande fragilité internationale. Le droit international doit être appliqué avant que d’autres dommages irréparables ne soient causés aux Palestiniens, et qu’un dangereux précédent soit établi.

Tous les pays occidentaux, mais aussi l’OLP, parlent encore de la solution des deux États. Avec l’annexion, cette idée est morte. Mais quand l’État sioniste refuse un État palestinien, est-il possible d’établir un seul État, même binational et plein droit pour tous les citoyens ?

Haim Bresheeth Il doit être clair pour les lecteurs de l’Humanité qu’Israël n’a jamais eu l’intention de mettre fin à son occupation militaire, et a fait tout ce qui est humainement possible pour bloquer toute forme d’État palestinien depuis 1948, et plus spécialement depuis 1967. Il ne pouvait pas le faire seul, bien sûr. Sans le soutien fort et indéfectible des « démocraties » occidentales, cela n’aurait jamais été possible. En ce sens, Israël a toujours été contre la solution dite des deux États. Le débat à l’ONU comprenait en réalité deux options : celle de la partition, qui a été votée, a conduit à la Nakba et à l’expulsion des deux tiers des Palestiniens de leurs foyers. Mais aussi, on s’en souvient moins, la proposition d’un État unique laïque et démocratique sur l’ensemble de la Palestine : un État de tous ses citoyens, sans lois racistes spéciales. Jusqu’en 1988, cette option, rejetée par l’ONU en 1947, était la position officielle de l’OLP. En faisant valoir qu’une telle issue démocratique ne peut pas avoir lieu à cause de l’opposition israélienne, rappelons-nous que c’est aussi la raison pour laquelle il ne peut y avoir d’accord sur une autre solution. Israël a rejeté toute solution qui offrirait aux Palestiniens une certaine autonomie même sur une partie minuscule de leur terre. Donc, nous, le reste du monde, devons forcer Israël à l’accepter. Le monde l’avait fait dans le cas de l’autre État de l’apartheid – l’Afrique du Sud. Seule une campagne engagée de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) coordonnée au niveau international peut déloger Israël de son projet colonial. Une telle campagne, en faveur de l’égalité, des droits de l’homme, du droit international, des résolutions des Nations unies, des conventions de Genève, et de la Cour pénale internationale, peut apporter l’espoir d’établir une paix juste et durable au Moyen-Orient à toutes les personnes résidant en Palestine, ainsi qu’aux réfugiés palestiniens.

La campagne BDS, qui s’oppose aux actions militaires illégales et agressives d’Israël, est une campagne civile. Une action civique menée par tous les citoyens du monde, en évitant la violence et la brutalité, en essayant de changer la situation par des méthodes non violentes. Je pense que le moment est clairement venu d’une telle approche, si l’on veut éviter davantage d’effusions de sang et de souffrances.

(1) Auteur de An Army Like No Other. How the Israel Defense Force Made a Nation. Verso Books Edition. (2) Lire l’entretien intégral sur www.humanite.fr
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation - entretien de Pierre Barbancey avec Haim Bresheeth, L'Humanité, 17 août 2020
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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 06:00
Quand le couple fait révolution 5/5. Laura Marx et Paul Lafargue, commun, commune (Jérôme Skalski, L'Humanité, 14 août 2020)
Quand le couple fait révolution 5/5. Laura Marx et Paul Lafargue, commun, commune

L’auteur du Droit à la paresse et la deuxième fille de Karl Marx et de Jenny von Westphalen formèrent un couple fusionnel, unissant leur énergie pour le triomphe du mouvement d’émancipation de la classe laborieuse.

 

Le massacre de Fourmies du 1 er mai 1891 avait fait neuf morts. Les manifestants, armés de bouquets de fleurs d’aubépines et tombés sous les balles de la troupe venue pacifier à coups de fusil Lebel la ville ouvrière du Nord, découvraient le sens de « l’ordre républicain » du jeune et avenant progrès en marche, les bottes encore tachées du sang de la Commune et des expéditions du Tonkin.

Paul Lafargue fut un propagateur ardent du socialisme scientifique.

« En présence de l’anxiété du monde des affaires, se demandant si la première ville industrielle de France va briser l’écluse qui contient la marée rouge et encourager tous les désordres et toutes les violences… vous renverrez à l’Allemagne, sa digne patrie, le candidat Lafargue, gendre du Prussien Karl Marx », déclare, dans le placard qu’il fait afficher sur les murs de Lille, le candidat gouvernemental Hector Depasse, au lendemain du premier tour des élections législatives de 1891. Lafargue, incarcéré à Sainte-Pélagie pour un « appel au meurtre » aussi imaginaire que le sens du « droit démocratique » et des « valeurs chrétiennes » du patronat et de la bourgeoisie du pays de P’tit Quinquin, sera élu le 8 novembre et, libéré à contrecœur, siégera comme député de Lille pendant deux ans. Laura, pour une fois, emportée par l’enthousiasme de la victoire de la cause ouvrière et communiste, l’accompagnera dans son déplacement à Lille.

Anglaise par son éducation, née en 1845 à Bruxelles, elle était une Tamise, discrète et mélancolique mais aussi indomptable. De tempérament méridional et quelquefois tropical dans ses indignations et ses emportements, né à Santiago de Cuba en 1842, il avait passé son adolescence à Bordeaux et engagé ses études à Paris. Développant la critique marxienne du système de l’exploitation salariale dans le sens d’une radicalité souvent méconnue, l’auteur du Droit à la paresse (1) fut un propagateur ardent du socialisme scientifique. Traduisant en français de nombreux ouvrages de son père dans des versions devenues classiques (2), Laura Marx-Lafargue fut et reste, secrètement, l’initiatrice de la lecture qu’en firent, en font et en feront, à leur insu le plus souvent, de nombreux militants politiques et syndicaux révolutionnaires dans la langue du Contrat social.

Laura sera de tous les combats et de de toutes les réflexions de Paul

Paul et Laura, la deuxième fille de l’auteur du Capital, se rencontrent à Londres dans la maison des Marx en 1865. Pour le jeune étudiant en médecine et militant républicain et socialiste de 24 ans, c’est le coup de foudre. Ils se marient en 1868. Après la mort de Friedrich Engels en 1895, ils s’installeront à Draveil pour passer les dernières années de leur vie. Laura sera de tous les combats de Paul. Elle sera aussi de toutes les réflexions de l’écrivain, du polémiste et du journaliste, l’un et l’autre attachés à défendre de ses corruptions la pensée du Maure (3). Elle fut aussi de son dernier vœu, décidant avec lui de mettre fin volontairement à ses jours au seuil de la vieillesse.

Effacée, elle sera toujours réticente à participer à ses nombreuses actions publiques. À une exception près, au moins, le 18 novembre 1891 à Lille, événement qu’elle racontera dans une lettre au « Général », Engels : « Une multitude de citoyennes se sont saisies de moi. Une femme me tenait de chaque côté et je ne sais combien d’autres suivaient et me soulevaient presque de terre. La salle était bondée à s’étouffer. Des bancs se sont effondrés sous le poids des masses. Deux fenêtres ont volé en éclats… Cela a été un spectacle grandiose et j’aurais voulu que tu sois là pour le voir. »

Face au mur des fusillés de la Commune, à jamais indisociables, volcan des Antilles aux pentes brunes enlacé par un fleuve remontant aux blanches brumes automnales, il et elle reposent au Père-Lachaise. 

(1) Le Droit à la paresse, de Paul Lafargue. Éditions Mille et Une Nuits, Paris, 2000. (2) Le Manifeste du Parti communiste, de Karl Marx et Friedrich Engels, traduit par Laura Lafargue. Éditions le Temps des cerises, Paris, 1998. (3) Surnom de Karl Marx.
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11 août 2020 2 11 /08 /août /2020 06:00

 

Les communistes ont joué un rôle majeur dans la lutte pour la décolonisation de l’Algérie. Pour autant, l’intégration de la lutte indépendantiste au sein des combats menés par le PCF et la CGT n’a pas toujours été sans heurts. Entretien avec Alain Ruscio

 

Comment les acteurs des luttes anticoloniales, en particulier les Algériens que vous avez beaucoup étudiés, se sont-ils engagés au PCF et à la CGT ?
Alain Ruscio : Avant d’aborder le rôle de ces organisations, faisons un rapide tour d’horizon de la situation générale de l’immigration dans le système capitaliste français. Le premier recrutement d’immigrés venus des colonies a commencé avant la Première Guerre mondiale, essentiellement pour avoir une main-d’œuvre très bon marché pour les industries. Dès les années 1912-1913, on voit arriver des ouvriers algériens qui sont presque toujours des Kabyles. Ils vont être soumis à une exploitation extrêmement violente. Ces ouvriers sont issus d’une paysannerie analphabète, pas encore familiarisée avec les luttes sociales, mais leur entrée en contact avec les syndicalistes amène un certain nombre d’entre eux à entrer en lutte. Dès 1915, des ouvriers agricoles marocains font une première grève. Il y aura ensuite, dans l’entre-deux-guerres, toute une série de grèves chez les mineurs de la Loire, du Gard et de l’Aveyron, fin 1928. Les Algériens y figurent en grand nombre. L’Humanité ouvre ses colonnes à un jeune syndicaliste, Benoît Frachon, qui signale : « La grève est totale dans tous les puits. Il n’y a pas de défection parmi les mineurs coloniaux et étrangers » (28 décembre 1928).

« Les combats du mouvement ouvrier français, du PCF, de la CGTU, se sont toutefois heurtés au racisme qui a marqué toute la période coloniale. »

Parallèlement, le mouvement ouvrier français a essayé d’organiser les immigrés venant des colonies. Le Parti socialiste, pour sa part, ne fait absolument rien dans ce domaine. Les seuls qui ont la volonté d’organiser les travailleurs coloniaux sont les communistes, notamment par le biais de ce qui s’appelait à l’époque la CGTU (en 1921, le mouvement syndical a été coupé en deux, il y avait l’ancienne CGT contrôlée par les socialistes et la CGT « unitaire » fondée par les communistes avec à l’origine un certain nombre d’anarchistes). Par-delà le seul mouvement ouvrier est née en 1926 l’Étoile nord-africaine, avec en son sein le rôle moteur d’un militant aujourd’hui oublié, membre du comité central du PCF, qui s’appelait Abdelkader Hadj Ali. Il prendra rapidement comme adjoint Messali Hadj, qui lui succédera à la tête de l’organisation. Messali Hadj fut un court moment membre du PCF, avant de le quitter pour centrer son action sur le seul combat nationaliste. L’Étoile nord-africaine a ensuite mené un combat que l’on peut qualifier de parallèle à celui du mouvement ouvrier français, avant de s’en séparer durant le Front populaire, dont elle jugeait la politique trop timide. Au passage, le suivisme du PCF en ce domaine a également provoqué des désillusions chez les colonisés, source d’un certain anticommunisme.

Les combats du mouvement ouvrier français, du PCF, de la CGTU, se sont toutefois heurtés au racisme qui a marqué toute la période coloniale. On retrouve, en particulier dans L’Humanité ou dans la Vie ouvrière (la Vie ouvrière était restée l’hebdomadaire de la CGTU), beaucoup d’articles qui dénonçaient le racisme. Cela montre que le combat contre le racisme n’a jamais été acquis facilement. Au sein même du mouvement communiste ou du mouvement syndicaliste, certains, y compris parmi les ouvriers, conservaient des conceptions racistes et il fallait vraiment se battre contre cela. L’antiracisme a toujours été le fruit d’un combat, il n’a jamais été spontané.

« L’antiracisme a toujours été le fruit d’un combat, il n’a jamais été spontané. »

Malgré les limites déjà soulignées de son programme, Le Front populaire a été une période de participation très importante des migrants maghrébins aux luttes. On les voit d’ailleurs sur beaucoup de photos participant aux manifestations de l’époque, le poing levé. En 1935, on assiste à la réunification syndicale : la CGTU disparaît pour se fondre dans la CGT. Au sein de la CGT, les socialistes sont encore majoritaires et les communistes forment une minorité très active.
En 1945, les communistes, en raison du rôle prestigieux qu’ils ont joué pendant la guerre et dans la Résistance, vont très nettement dépasser le Parti socialiste, que ce soit en nombre d’adhérents ou en matière d’audience au sein de la population (à la Libération, lors d’élections, le PCF compte 25 % des voix). Le PCF va de fait diriger une CGT forte d’environ cinq millions d’adhérents. À sa tête, Benoît Frachon qui sera le grand homme de l’histoire de la CGT. La CGT continue à organiser les ouvriers coloniaux, en particulier les Algériens avec la volonté non seulement de les faire participer aux luttes mais aussi d’en faire des responsables syndicaux. C’est seulement au sein de la CGT qu’il y aura des délégués syndicaux issus de l’Afrique du Nord, principalement des Algériens. Nombre d’élus CGT participeront aux luttes et organiseront même les luttes.

« Les « porteurs de valises » se sont mis au service de la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN). »

Puis arrive la guerre d’Algérie. Là, on peut parler d’un vrai malaise. Les syndiqués et les communistes algériens en métropole, qui étaient assez nombreux, constatent avec déception que le PCF ne se rallie pas immédiatement à la notion d’indépendance. Malaise évidemment accentué au moment du vote des pouvoirs spéciaux en mars 1956 : un grand nombre de militants communistes algériens quittent le PCF. Cela n’enlève rien aux luttes menées en permanence par le PCF et la CGT, luttes d’abord très minoritaires. La majorité des Français et des ouvriers continuent de penser que l’Algérie constitue une partie des départements français. Il faut bien se remettre dans les conditions de l’époque. Et puis on ne peut oublier un phénomène qui a été nié à l’époque, mais qui est absolument incontestable, étayé sur de nombreux témoignages : le racisme n’a épargné ni la classe ouvrière, ni sans doute des adhérents du PCF et de la CGT. Ce fut donc un combat pas à pas, difficile, et qui a nécessité un travail de conviction au jour le jour pour mobiliser. En définitive, si la lutte du peuple français n’a pas été le facteur principal de la victoire finale du peuple algérien, elle a été un facteur parmi d’autres.

 

Et qu’en est-il des porteurs de valises que l’on trouvait aussi au sein du PCF et de la CGT ?
A. R. : Sur ce point les directions du PCF et de la CGT étaient sur la même ligne, à savoir que ce qu’ils privilégiaient, c’était ce qu’ils appelaient le « travail de masse », c’est-à-dire essayer de convaincre les gens un par un, de les amener à prendre position pour la paix en Algérie, pour l’indépendance de l’Algérie, etc. Un certain nombre de militants cégétistes ou communistes mais il y en avait beaucoup d’autres, des chrétiens en particulier, ont considéré que le travail de masse était insatisfaisant et pas assez efficace. Ils ont donc voulu apporter une aide concrète. On les a appelés les « porteurs de valises ». Ils se sont mis au service de la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN). Être porteur de valise cela signifiait faire franchir les frontières, dans des valises ou dans des sacs « neutres », à des sommes importantes puisque le FLN organisait des collectes auprès de tous les Algériens de France. Pour les Algériens, bien sûr, cela n’était pas facile puisque les policiers étaient partout. Cette tâche revenait donc aux Européens. Les porteurs de valises fournissaient également des « planques », puisque les militants du FLN, pourchassés par la police, ne pouvaient pas aller dans les hôtels meublés algériens. Des Français, sympathisants de la cause indépendantiste, leur trouvaient des hébergements, leur permettaient de se déplacer en voiture, les nourrissaient. C’était vraiment une sorte de logistique au service du FLN. De la part de la direction du PCF, il y a eu une mauvaise compréhension de ces actions. Dans un premier temps, elle a refusé cette forme de lutte qu’elle assimilait à une sorte d’individualisme petit-bourgeois, il y a donc eu d’abord une méfiance. Il a été demandé à un certain nombre de communistes, une fois intégrés dans les réseaux de porteurs de valises, de ne pas garder sur eux leur carte d’adhérent, de manière à ce que le PCF ne soit pas impliqué dans cette aide concrète. Ensuite il y a eu une grande différence selon les régions. J’ai recueilli beaucoup de témoignages de gens que le secrétaire de leur fédération avait encouragés, en leur conseillant de faire attention, de ne pas impliquer le parti mais en leur disant qu’ils pouvaient y aller. Et d’autres, ailleurs, qui se sont vus traités d’aventuriers, voire de provocateurs ou de trotskistes, ce qui était à l’époque l’insulte suprême. On peut donc dire qu’il n’y a jamais eu de convergence entre les communistes qu’on pourrait qualifier d’organisés et les porteurs de valises, mais une certaine incompréhension qui a duré même après la guerre. J’ai essayé de montrer dans mon livre Les Communistes et l’Algérie. Des origines à la guerre d’indépendance, 1920-1962 (La Découverte, 2019) que cette incompréhension n’était pas fondée et qu’il fallait aujourd’hui revaloriser toutes les formes de soutien au peuple algérien, que ce soit l’action de masse ou l’actions individuelle.

 

Quel était le rapport entre le PCF et le FLN ?

A. R. : On peut dire que c’était fondé sur une sorte de méfiance mutuelle. D’un certain point de vue, le PCF – et c’est normal pour un parti politique – voulait utiliser dans un sens qui lui paraissait juste la population algérienne et donc organiser les Algériens au sein du PCF et au sein de la CGT. Le PCF avait des objectifs globaux. Maurice Thorez a eu cette formule qui à l’époque a fait beaucoup de bruit, où il distinguait le « tout » et la « partie » : le « tout » c’était la lutte générale du peuple français pour les droits sociaux, pour les revendications, pour la paix, contre toutes les injustices dans le monde, et la « partie » c’était la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Cette formule était incompréhensible et irrecevable pour les nationalistes algériens. Car ceux-ci considéraient que la lutte des classes devait passer au second plan par rapport à l’objectif immédiat la lutte pour la libération nationale. Il faut ajouter que durant certaines périodes des activités du PCF ont été très douloureusement ressentis par les nationalistes algériens. Je pense bien sûr au vote des pouvoirs spéciaux qui a créé un véritable fossé entre les communistes français et les nationalistes algériens. Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer non plus qu’au sein du FLN, il y avait des sensibilités très différentes et en particulier un certain nombre de dirigeants et de militants qui étaient anticommunistes. Ne pas oublier que certains espéraient davantage obtenir un soutien des Américains. Cette méfiance mutuelle a perduré pendant très longtemps.

 

Alain Ruscio est historien. Il est docteur de l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Entretien réalisé par Saliha Boussedra.

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 05:45

 

À l’occasion de l’anniversaire de la nuit du 4 août 1789, Thomas Branthôme, historien du droit et des idées politiques, coauteur d’une Histoire de la République en France, revient sur ce moment révolutionnaire, dont les échos résonnent aujourd’hui.

 

On associe la nuit du 4 août à l’abolition des privilèges, pourtant celle-ci n’est effective qu’en 1793, après la mort du roi. Est-ce seulement une date symbolique de la Révolution française ?

Thomas Branthôme La nuit du 4 août est sujette à controverse. S’agit-il d’une « nuit d’ivresse » ou d’un authentique moment révolutionnaire ? Je considère qu’il faut distinguer question juridique et question sociale. La nuit à proprement parler aboutit au décret du 4 août-3 novembre 1789 qui abolit juridiquement le régime féodal. Ce n’est pas rien. En « détruisant » – c’est le mot du décret – ce vaste « complexum feudale » composé de droits seigneuriaux et de résidus de vieux contrats de fief, on met fin à tout ce qui entravait la liberté de la personne (servitude, mainmorte). Mais cela ne règle pas pour autant ce qui a trait aux droits de propriété : doit-on considérer que les seigneurs renoncent à ces droits ou ces derniers ne sont-ils que rachetables ? Au vu des conditions économiques de l’immense majorité des Français d’alors, refuser la première proposition, c’est laisser cette abolition au rang de pur principe. Cette discussion qui porte en germe une véritable mutation du métabolisme social va ainsi durer quatre ans jusqu’à ce que la « loi de colère » proclame le 17 juillet 1793 l’abolition totale des droits féodaux sans contrepartie. À ce titre, il est possible de dépasser la controverse en percevant le 4 août non pas comme la fin de la féodalité, mais comme l’amorce de sa fin et en affirmant que l’abolition des privilèges fut moins le fruit d’un jour unique que le résultat d’un processus.

Que reste-t-il, en 2020, de l’héritage politique du 4 août ?

Thomas Branthôme La nuit du 4 août appartient à la mythologie de la Révolution, dans tous les sens du terme. Les plus sceptiques diront que cette nuit n’est qu’un mythe car elle n’a pas abouti réellement à la propriété pour tous. Ce n’est pas faux, mais en matière de mythe, il est plus avantageux de se référer à la notion de «  mythe mobilisateur » de Georges Sorel. Avec la proclamation de la souveraineté nationale (17 juin) et le serment du Jeu de paume (20 juin), le 4 août est de ces dates qui figurent pour les révolutionnaires la marche de l’Histoire. Relisons par exemple Camille Desmoulins au moment où il prend connaissance des événements : « C’est cette nuit (…) que nous sommes sortis de la misérable servitude. » Relativiser cet événement, c’est négliger d’une part le signal révolutionnaire envoyé au monde mais d’autre part ne pas voir le mécanisme à l’œuvre derrière cette décision. C’est parce qu’il y a eu la Grande Peur dans les campagnes et le début d’une flambée antiféodale que la Constituante a agi. Le 4 août acte l’irruption des masses paysannes sur la scène de l’histoire révolutionnaire et entérine, après les décisions qui ont suivi le 14 Juillet (reconnaissance de la garde nationale, cocarde…), que l’action du peuple est un combustible politique. Je crois qu’en 2020, aucun esprit sérieux ne peut avoir oublié ces données : la force motrice des idées de liberté et d’égalité, le poids politique du peuple en mouvement, la haine des privilèges…

 

De nos jours, les privilèges demeurent, sous une autre forme. La Révolution est-elle un processus encore en cours ?

Thomas Branthôme La Révolution nous a légué cette haine des privilèges comme trait caractéristique de l’âme française. Le privilège, sous l’Ancien Régime, c’est la loi particulière accordée par le monarque à un de ses sujets. En 1789, ce privilège blesse l’émergence française de ce que Tocqueville a appelé la « passion de l’égalité » autant que l’énoncé révolutionnaire de la nation défini par Sieyès comme « un corps d’associés vivant sous une loi commune ». Encore aujourd’hui, l’exil fiscal, la corruption ou l’esprit de caste heurtent l’opinion publique car ces phénomènes dérogent à la « loi commune » et menacent la cohésion du corps social. Mais les héritiers de la Révolution ont aussi en mémoire la phrase de Robespierre fustigeant « l’aristocratie des riches », qui a succédé à « l’aristocratie de naissance ». Il n’y a plus de privilèges au sens juridique du terme mais les inégalités demeurent, on est donc en droit de dire que la Révolution n’est pas encore parvenue à son terme.

 

Entretien réalisé par Cyprien Caddeo

 

 

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 05:43

 

Résistant et syndicaliste, le dernier témoin du congrès de Tours s’est éteint ce jeudi 30 juillet à l’âge de 109 ans.

Né en 1911, c’est à l’âge de 9 ans que François Rochex assiste, alors qu’il accompagne son père, en décembre 1920, dans la salle du Manège de Tours, au congrès fondateur du Parti communiste français. Dans la salle, sous les banderoles « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » et « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », ainsi que sous deux portraits géants de Jean Jaurès, 370 délégués dont Marcel Cachin, Paul Vaillant-Couturier, Léon Blum, Jules Guesde ou encore Jean Longuet vont décider du sort de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) par une motion la ralliant par 3 252 voix sur 4 671 à l’Internationale communiste.

Dans la salle également, Clara Zetkin et Ho Chi Minh. Au menu de la transformation de la SFIO discréditée ralliée au léninisme et à la révolution russe et soviétique, le centralisme démocratique, l’internationalisme, la lutte pour la libération des peuples opprimés, la lutte contre le révisionnisme social-démocrate, le rôle dirigeant de la classe ouvrière, la nécessité du parti d’avant-garde uni à un syndicalisme de classe, la dictature du prolétariat, le dépérissement de l’État, l’égalité de droits des hommes et des femmes et la société sans classes. Les « réformistes » de la SFIO, minoritaires, garderont « la vieille maison ».

Dans l’interview qu’il accordera à l’Humanité en 2018, François Rochex s’amuse de l’enfant qu’il était : « À cette époque-là, on ne parlait pas aux enfants comme on le fait aujourd’hui. Mon père ne m’a pas dit qu’il m’emmenait au congrès de Tours, ni ce qu’il s’y passait. Je me souviens surtout du voyage en train ».

Une dizaine d’années plus tard, c’est un jeune homme conscient qui s’engage dans le combat antifasciste. Militant au mouvement Amsterdam-Pleyel, créé en 1933 par Henri Barbusse et Romain Rolland, il fait le coup de poing contre les Croix-de-Feux dans les années 1930. En 1936, militant à la CGT, il participe aux grèves et aux manifestations du Front populaire.

Arrêté pour ses actions antifascistes le 16 juillet 1941 par la police française avant d’être remis aux mains de l’occupant allemand, il est interné au camp de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122 de triste mémoire, où plusieurs milliers de personnes transiteront avant d’être déportées, à partir de 1942, vers les camps de concentration ou d’extermination nazis.

Libéré en novembre 1941, François Rochex s’engage dans la Résistance dans la région de Creil et se rapproche bientôt du Parti communiste français.

« Il recueillait et transmettait des renseignements sur des entreprises gérées par les Allemands et sur la base aérienne de Creil », explique sa fille Nellie Rochex : « Des choses toutes simples comme la récupération des armes parachutées, des actions de sabotage ou le sauvetage d’aviateurs. »

« Il insistait souvent sur le fait que dans la Résistance les hommes n’auraient rien pu faire sans leurs femmes ainsi que sur le rôle des femmes en général dans le mouvement », souligne la militante féministe et communiste, élue du PCF à Nogent-sur-Oise.

François Rochex avait rejoint l’Ehpad de Mouy dans l’Oise en 2018 « parce qu’il se sentait fatigué ». Un dernier hommage lui sera rendu, sans fleurs ni couronnes, le lundi 10 août à 11 heures au crématorium de Méru dans l’Oise.

 

Découvrez François Rochex, lors de son entretien vidéo avec l'Humanité en 2018 :

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4 août 2020 2 04 /08 /août /2020 05:34

L'avocate, infatigable militante féministe et anticoloniale, est morte à l'âge de 93 ans. Retour en images sur une vie de combats.

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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 14:07

Avec son remarquable livre Wattstax, l’essayiste Guy Darol narre l’épopée du fameux rassemblement musical et politique de 1972 et analyse le violent contexte de l’oppression raciale. Entretien.

Dans son livre, Wattstax (2020), sous-titré 20 août 1972, une fierté noire, Guy Darol narre la journée où le festival Wattstax a commémoré le 7 e anniversaire de la révolte réprimée dans le sang à Watts, en 1965. Outre son passionnant récit qui détaille le concert initié par le label de soul Stax au Los Angeles Coliseum, l’écrivain et journaliste à Jazz Magazine contextualise le fameux rassemblement musical et politique. Plus de 100 000 spectateurs assistèrent aux performances scéniques ponctuées de discours enflammés. Se relayèrent sur scène de nombreuses figures de la soul, du funk, du blues, du gospel et du rhythm’n’blues, Rufus et Carla Thomas, The Staple Singers, Otis Redding, Kim Weston, Isaac Hayes…

Avec pertinence et profondeur, l’auteur développe une analyse aussi sensible que politique, reliant l’asservissement de l’esclavage et l’exploitation capitaliste, les insurrections qui se sont succédé du début du XX e siècle à nos jours, l’avènement du Black Power, le rôle de l’art et la culture au service de la lutte, le mouvement Black Lives Matter… Un travail remarquable, porté par une écriture lucide jusqu’à l’os, éclairée par l’intelligence du cœur.

 

Pouvez-vous rappeler les origines du soulèvement de Watts, écrasé au prix d’un massacre à l’instar des tragédies analogues qui ont jalonné l’histoire des États-Unis ?

Guy Darol L’embrasement du quartier de Watts dans la soirée du 11 août 1965 était la réponse furieuse des habitants de ce ghetto, majoritairement africains-américains, à la suite de l’interpellation brutale de Marquette Frye par la police autoroutière de Los Angeles, sous les yeux épouvantés de riverains. Les incendies et les pillages dénonçaient autant l’invariable série de violences qu’avait subies la communauté noire depuis des décennies que le système mercantile vanté par la publicité et que les populations toujours plus démunies regardaient sans y accéder. L’occasion se présentait de briser des vitrines, d’envahir des commerces et d’en sortir ces cuisinières et réfrigérateurs dont on avait le plus grand besoin.

 

D’autant que beaucoup d’habitants de Watts vivaient difficilement…

Guy Darol Oui, particulièrement éprouvés par le chômage, ils manquaient de tout. Ce qui faisait de cette révolte autre chose qu’une émeute épidermique, après la contestation de l’oppression raciale par les marches pacifiques de Selma, sévèrement réprimées, début 1965, mais un moment d’insurrection classe contre classe ciblant la conception de marchandisation – et son application – qui voyait l’Africain-Américain comme un rebut, une « chose » que l’on pouvait réduire en la martyrisant dès lors qu’elle était d’une matière valant zéro. Watts compta ses morts, au nombre de 34, tandis que les prisons s’emplirent de près de 4 000 protestataires. Une page venait donc de s’ouvrir, qui abandonnait la stratégie de l’engagement non violent prôné par le pasteur Martin Luther King.

 

Avec votre livre, souhaitez-vous aussi interpeller la France sur la répression policière exercée contre les personnes « non blanches » et sur les meurtres commis par certains gardiens de l’ordre ?

Guy Darol Dans mon ouvrage, je présente Black Lives Matter comme une continuité des actions musico-politiques menées par Al Bell (vice-président du label Stax), Jesse Jackson (candidat du Parti démocrate aux élections présidentielles de 1984 et 1988), mais également avec les soutiens du cinéaste Melvin Van Peebles et du « Black Moses » Isaac Hayes. Ce mouvement est brusquement entré en résonance avec la mort de George Floyd à Minneapolis et celle d’Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise, dans des circonstances qui révèlent à chaque fois les violences policières visant des individus noirs.

Black Lives Matter implique désormais le réveil des consciences dans toutes les régions du monde, y compris en France, afin de dénoncer la banalisation de l’horreur. Il est important de souligner que les deux victimes sont décédées après un placage ventral en ayant prononcé ces mêmes mots : «  Je ne peux plus respirer. » Cette phrase partout reprise, comme pour expulser des poitrines un air irrespirable, définit désormais un combat global. Le réseau Black Lives Matter ignore les frontières. Il veille sur les opprimés du monde entier, dont la parole, on l’espère vivement, ne pourra plus être étouffée, en tout cas plus jamais comme avant.

 

Avec Memphis (2017), Dee Dee Bridgewater a rendu hommage à sa ville natale, où le label Stax avait vu le jour. Dans ce disque puis en tournée, en reprenant Why (Am I Treated so Bad) ? , elle a braqué à nouveau les projecteurs sur cette chanson-manifeste et son auteur, Roebuck « Pops » Staples, qui avait participé à Wattstax…

Guy Darol Oui. D’ailleurs, on n’aurait pas été surpris de retrouver Dee Dee à Wattstax. Mais, en 1972, elle chantait dans l’orchestre jazz de Thad Jones et Mel Lewis. Peut-être songeait-elle déjà à graver son album enregistré en 1974 et récemment réédité, Afro Blue, si parfumé de saveurs soul. Pourquoi imaginer sa présence au Los Angeles Coliseum ? Parce qu’elle n’aurait certainement pas dépareillé au côté de Carla Thomas, et que le programme était largement ouvert aux femmes. Kim Weston avait été la première à donner le ton du concert, en interprétant , l’hymne sacré des Africains-Américains dont la poétesse Maya Angelou avait fait un des symboles de la lutte pour les droits civiques.

 

Lors des soulèvements de 1919, les lynchages perpétrés par dizaines marquèrent funestement le début du XX e siècle…

Guy Darol Oui. Le retour sur le sol américain des soldats noirs de la Première Guerre mondiale pouvait laisser penser qu’il serait l’occasion d’un accueil célébrant leur bravoure. Tel ne fut pas le cas. Le Ku Klux Klan, nouvellement reformé, saisit cette opportunité pour se livrer à ses pratiques routinières qu’étaient le lynchage et l’immolation. Ce fut, en été 1919, l’origine du Red Summer qui allait allumer une trentaine de feux à travers le pays. Le 27 juillet, des suprémacistes blancs avaient violemment attaqué de jeunes Noirs venus se baigner dans le lac Michigan en leur jetant des pierres. L’un d’eux se noya sans que la police ne trouvât rien à redire. Les bourreaux étaient toujours exonérés.

Les cinq jours qui suivirent cette envolée de lapidations donnèrent lieu à de violentes échauffourées à l’issue desquelles 23 Africains-Américains perdirent la vie. Et, à la fin de l’été, 83 protestataires avaient été liquidés par le recours à la torture, jusqu’à la pendaison. Le chemin qui menait à Wattstax était rougi de sang. Le nombre incalculable des victimes de la terreur blanche pourrait recouvrir les artères de Washington. Sur une avenue menant à la Maison-Blanche, Muriel Bowser, la maire de Washington, a demandé, en juin dernier, à des artistes urbains de peindre le slogan Black Lives Matter en lettres capitales, pour réprouver la longue cohorte des brutalités policières.

 

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