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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 19:40
Le groupe communiste, républicain, citoyen, écologiste au Sénat s'engage pour la gratuité des masques
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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 19:39
Vous avez dit République? - Par Patrick Le Hyaric, L'Humanité, 23 septembre 2020
Vous avez dit République ?
Mercredi 23 Septembre 2020

Il semblerait désormais, selon le ministre de l’éducation nationale, qu’il faille aller chercher la République entre le nombril et le décolleté des jeunes filles... Le mot « République » est devenu dans la bouche du pouvoir un « mot gourdin », que l’on assène sur la tête des classes populaires au fur à mesure que l’on assèche ses principes. Un mot pour filer droit et mettre au pas, un mot pour surveiller et punir, un mot pour maquiller les propos xénophobes, un mot pour cacher la destruction méthodique de tous les fondements de la République démocratique et sociale érigée il y a 228 ans et fortifiée par le mouvement socialiste et communiste, un mot pour protéger le pouvoir.

Quelle farce d’hurler « République ! » quand l’éducation nationale est laissée à la merci de la concurrence d’officines privées et affaiblie dans ses missions, quand le Parlement est bâillonné, quand les services publics sont privatisés, quand le pouvoir dit « républicain » pactise avec la finance, devançant toutes les aspirations du capital, contre les retraites, les droits sociaux, la sécurité sociale.

Quelle blague de prétendre défendre l’unité républicaine quand les territoires sont laissés à l’abandon au profit de métropoles portées vers les rivages du capital mondialisé, quand la sécession des plus riches est entretenue, quand un sabir « globish » est imposé partout par les pouvoirs économiques et politiques, quand des élites corrompues adossent la France et l’Europe à l’empire états-unien.

Certes, le concept de République embrasse large. Raison de plus pour définir le sens que l’on veut lui donner. Il n’y a pas besoin d’aller chercher bien loin. L’histoire de notre pays et les principes constitutionnels arrachés contre la réaction ne demandent qu’à être défendus, travaillés et approfondis. L’émancipation individuelle et collective ne sera le fruit que d’une République garante des libertés, démocratique, sociale et laïque. Tisser à nouveau ce fil, en rehaussant le débat et non en le maintenant au niveau du nombril, voilà l’urgence.

Vous avez dit République? - Par Patrick Le Hyaric, L'Humanité, 23 septembre 2020
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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 19:36
Parlement. Au Sénat, nous affrontons LaREM et LR  (Eliane Assassi, présidente du groupe CRCE, L'Humanité - 25 septembre 2020)
Parlement. « Au Sénat, nous affrontons LaREM et LR » (Eliane Assassi, présidente du groupe CRCE)
Vendredi 25 Septembre 2020
Les élections sénatoriales se tiennent dimanche. La présidente du groupe communiste, Éliane Assassi, revient sur les enjeux de ce scrutin. Entretien.
 

Vingt ans après le référendum sur le quinquennat, à quoi sert le Sénat ?

Éliane Assassi C’est toujours l’une des deux chambres qui votent la loi et contrôlent le gouvernement  ! Bien sûr, l’Assemblée nationale a le dernier mot. C’est logique puisqu’elle est élue au suffrage universel. Et le Sénat entretient toujours une approche plus fine dans sa relation aux collectivités locales. Mais il est aussi devenu une sorte de contre-pouvoir. C’est bien sûr dans un contexte où la majorité LR du Sénat affronte la majorité LaREM de l’Assemblée, ne soyons pas naïfs. Mais on peut dire que le bicamérisme a retrouvé du sens : l’Assemblée est de plus en plus soumise à l’exécutif, et le Sénat peut jouer un rôle de garde-fou. Nous l’avons vu sur le projet de réforme constitutionnelle et lors de l’affaire Benalla. Mais, d’évidence, nous, les communistes, avons deux adversaires au Sénat : la Macronie, qui dépose les projets de loi, et la droite, qui les réécrits dans un sens qui n’est pas le nôtre et qu’il faut combattre.

Quel est justement le rôle du groupe communiste ?

Éliane Assassi Il est toujours utile d’avoir des élus du local au national pour porter la voix des luttes, des citoyens et des collectivités locales. Nous forçons les débats, imposons des questions sur le monde du travail, les libertés collectives, l’écologie ou encore la fraude fiscale. Nous avons des textes qui ont été adoptés lors de beaux combats, comme la hausse des APL et la revalorisation des retraites agricoles. Nous sommes un peu les trublions de cette chambre, car nous cherchons toujours à mettre en avant des causes que le Sénat préférerait ignorer. Nous avons été très actifs l’an dernier, lors de l’immense mobilisation pour l’avenir d’Aéroports de Paris, qui a rassemblé plus d’un million de signatures. Les communistes ont prouvé qu’ils savent réunir toutes les familles politiques pour défendre un équipement stratégique au cœur des questions d’emploi, de souveraineté, d’aménagement du territoire, de comptes publics et d’écologie. Plus récemment, nous avons déposé deux propositions de loi : l’une pour réduire les inégalités d’accès au numérique, l’autre pour créer un pôle public du médicament assurant à la fois la production et le contrôle des prix.

Le Sénat est souvent présenté comme la chambre qui défend les territoires. Est-ce vraiment le cas ?

Éliane Assassi Il y a des postures sur cette question. Nous sommes en complet désaccord avec LaREM et la droite sénatoriale sur le projet de différenciation territoriale. Cela va conduire à terme à la création d’un État fédéral et à une rupture d’égalité devant la loi. Tout le monde parle en ce moment des « territoires ». LaREM et LR ont tous ce mot à la bouche. Mais ils sont en train de déployer une stratégie sémantique pour ne plus parler des communes et des départements, et encore moins de leurs compétences et de leurs moyens propres pour développer des politiques locales au service des citoyens. C’est une façon de revenir sur l’article 1 de la Constitution qui dit que la République est une et indivisible.

Quels sont vos objectifs pour les sénatoriales de dimanche ?

Éliane Assassi Nous entendons conserver nos sièges en Seine-Maritime avec Céline Brulin et dans les Côtes d’Armor avec Gérard Lahellec. Nous attendons aussi de bonnes nouvelles des Bouches-du-Rhône, où Jérémy Bacchi conduit la liste de rassemblement de la gauche. Des surprises peuvent enfin venir des Alpes-Maritimes, des Alpes-de-Haute-Provence, de Dordogne, du Rhône ou du Finistère, où les communistes sont reconnus comme des élus de terrain combatifs, constants et cohérents. Au final, la droite va gagner, ce n’est pas un suspense. Il y aura une possible recomposition au centre-droit et un retour du groupe EELV. Nous avons, quoi qu’il arrive, hâte d’en découdre sur le budget et celui de la Sécurité sociale, forts de notre propre plan de relance composé de 117 propositions. Nous sommes ici en phase avec l’opinion publique, que ce soit sur le conditionnement des aides publiques, l’hôpital, les retraites ou la gratuité des masques.

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 05:25
Signez la pétition de l'UEC pour un revenu étudiant
Après avoir défendu cette revendication à l'Assemblée nationale, Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis rejoint les signataires du revenu étudiant 🤩
Sur les bancs de la fac ou de l'Asssemblée Nationale, on signe la pétition pour un revenu étudiant ✊
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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 05:42

 

La Covid 19 a révélé l’échec des politiques d’austérité et de la course aux profits qui épuise la nature et sacrifie les êtres humains. Mais tout continue comme avant ! Le « Ségur de la santé » ne résout en rien la crise de l’hôpital public. Si nous laissons faire, la France comptera un million de chômeurs·euses en plus d’ici à la fin de l’année et 700 000 jeunes arrivant sur le marché du travail risquent de voir leurs perspectives d’embauche s’évanouir.

Des grands groupes gavés d’aides publiques prétextent de la crise pour annoncer des plans massifs de suppressions d’emploi avec l’appui du gouvernement et des banques. La fiscalité est toujours aussi injuste et le gouvernement Castex continue de baisser les impôts sur le capital et les profits. Cela doit changer ! Les entreprises et les banques doivent être contraintes à des engagements précis et contrôlés par les salarié·es, les élu·es, la population.

Construisons une grande mobilisation à l’automne pour l’emploi, les salaires et les services publics nous exigeons que les milliards déversés par les banques et la BCE sur l’État et sur les entreprises soient utilisés autrement.

Dans l’immédiat, nous demandons :

  • Interdire les licenciements des grands groupes bénéficiant de fonds publics et instaurer un droit de contre-propositions des salarié·es et des habitant·es pour sécuriser l'emploi au lieu de baisser le "coût du travail".
  • Un plan jeunes d’embauches par les entreprises par un contrat sécurisant leur emploi et leur garantissant une formation rémunérée.
  • Une augmentation générale des salaires (revalorisation du SMIC de 20% et de toutes les grilles et échelles de salaires), des minima sociaux et un revenu minimum, à un niveau décent, pour les 18-25 ans.
  • Pour la santé et l’éducation nationale, un plan d’embauches et de formation, initiale et continue, l’annulation des fermetures de lits ou d’hôpitaux et de toutes les fermetures de classes et de postes.
  • Un fonds de sécurisation de l’emploi, de la formation et pour la transition écologique, géré démocratiquement, pour agir sur les décisions des grandes entreprises et des banques et faire contribuer le capital et les profits.

 

signer la pétition

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 19:39
Il faut abroger le décret permettant de licencier les fonctionnaires hospitaliers: 10 000 emplois sont menacés (Laurence Cohen, sénatrice communiste)
LAURENCE COHEN:
✊ Ma dernière question écrite au Ministre de la Santé:
⤵️⤵️⤵️
Mme Laurence Cohen interroge M. le ministre des solidarités et de la santé sur la publication du décret n° 2020-1106 du 3 septembre 2020 relatif aux mesures d’accompagnement en cas de suppression d’emploi dans la fonction publique hospitalière.
En effet, la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière (FHP) prévoyait dans son article 93 la possibilité d’un licenciement des fonctionnaires hospitaliers en cas de suppression de poste.
La loi prévoyait que l’État fasse alors au fonctionnaire trois propositions de reclassement, et qu’en cas de refus, celui-ci puisse être licencié ou mis en disponibilité. Pendant plus de 30 ans, malgré plusieurs tentatives les décrets d’application n’ont jamais été publiés, grâce à la mobilisation des organisations syndicales qui s’élevaient contre cette mesure allant à l’encontre de la garantie de l’emploi, propre à la fonction publique.
En octobre 2017, une décision du Conseil d’État a enjoint le Gouvernement à publier ce décret.
Cette décision va avoir pour conséquence de permettre de nombreux licenciements notamment dans le cadre des restructurations hospitalières (fermetures de services, d’établissements, groupements hospitaliers de territoire).
Cette disposition s’ajoute à la possibilité de ruptures conventionnelles dans la fonction publique hospitalière, instaurées par la loi n° 2019-828 du 6 aout 2019 de transformation de la fonction publique.
C’est donc une attaque supplémentaire contre la fonction publique et les fonctionnaires à mettre en perspective avec la volonté du Gouvernement de supprimer plus de 10 000 postes de fonctionnaires dans son objectif de plan d’économie.
Alors que la crise sanitaire n’en finit pas de secouer notre pays comme l’ensemble de la planète, mettant en exergue le besoin d’embauches dans les domaines de la santé et du médicosocial, alors que le Ségur de la santé était censé mieux prendre en compte le malaise et les attentes du personnel hospitalier, notamment sur le manque d’effectifs, la publication de ce décret entre en contradiction non seulement avec les réalités vécues par les personnels et les patients mais également avec les déclarations du Gouvernement...
Aussi, elle lui demande s’il compte abroger ce décret et supprimer l’article 93 de la loi de 1986 qui va à l’encontre des besoins pour redonner du souffle au système public de santé.
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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 12:19
La disparition de Marcel Trillat nous laisse dans une immense tristesse - Communiqué du PCF et articles d'hommage du Monde (Daniel Psenny) et de L'Humanité (Marie-José Sirach)
La disparition de Marcel Trillat nous laisse dans une immense tristesse - Communiqué du PCF et articles d'hommage du Monde (Daniel Psenny) et de L'Humanité (Marie-José Sirach)
La disparition de Marcel Trillat nous laisse dans une immense tristesse.
 
Journaliste et réalisateur, il était un ami fidèle. Foisonnant d’idées, il s’attachait à donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas assez, les ouvriers, les étrangers, les femmes précaires, les enfants des quartiers populaires... Marcel Trillat était un journaliste exigeant et talentueux, ce qui le conduisit à exercer des responsabilités éminentes au sein du service public de l’audiovisuel. Il était aussi un militant engagé et un syndicaliste. Élu CGT au conseil d’administration de France télévision, il avait participé à la grande aventure de la radio libre Lorraine Cœur d’acier. Documentariste reconnu, il avait obtenu le Grand Prix de la SCAM pour l'ensemble de son œuvre en 2007.
 
Marcel Trillat était un homme droit, pétri d’une grande générosité. Il participait avec cœur à nos échanges et à nos travaux, nous encourageant toujours à être créatifs dans notre réflexion et notre action. Marcel
Trillat a marqué notre histoire. Il va nous manquer.
 
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord, Pierre Dharréville, en charge des questions culturelles au PCF et député des Bouches-du-Rhône,
 
Le 18 septembre 2020.
 
Marcel Trillat, journaliste et documentariste, est mort
Marcel Trillat, journaliste et documentariste, est mort

Entré dans l’équipe de « Cinq colonnes à la “une” » en 1965, il réalisa de nombreux reportages sur les lieux des luttes sociales. Il est mort le 18 septembre, à l’âge de 80 ans.

Daniel Psenny – Le Monde, 19 septembre 2020

 

Œil vif, voix chaude, gueule de baroudeur, militant syndical…, Marcel Trillat fait partie de ces journalistes qui ont marqué l’histoire de l’audiovisuel public. L’annonce de sa mort, vendredi 18 septembre, d’une crise cardiaque survenue à Paris à l’âge de 80 ans, a créé une vive émotion au sein de France Télévisions, où il a formé et accompagné de très nombreux journalistes aujourd’hui en poste. « Il a façonné une génération de reporters », souligne Hervé Brusini, ex-journaliste de France 2 et aujourd’hui président du Prix Albert-Londres. « Ce fut un modèle », ajoute Dominique Pradalié, elle aussi ex-journaliste de la Deux.

Sur les réseaux sociaux, anciens collègues, politiques et syndicalistes ont tous rappelé son « intégrité », son « humanisme » et ses « combats » aux côtés des étrangers, des précaires, des oubliés et, surtout, des « prolos », auxquels il a consacré plusieurs documentaires.

Etudes de lettres

Né le 4 avril 1940 à Seyssinet-Pariset (Isère), petit village du Vercors, Marcel Trillat a grandi dans la ferme tenue par ses parents. Une enfance heureuse dans une famille catholique non pratiquante. Son père, agriculteur et militant socialiste, était revenu meurtri de la guerre de 14-18. Il fut aussi un des chefs maquisards de la région contre les nazis et Marcel Trillat fut fortement marqué par les récits sur la Résistance. La ferme était ouverte aux étrangers et à ceux qui avaient faim.

Dans un long film entretien réalisé en 2018 par la documentariste Jeanne Menjoulet, Marcel Trillat raconte son engagement à gauche dès l’âge de 14 ans et sa rupture avec la religion. « Dans la cour de récré, on se foutait sévèrement sur la gueule entre les pro et anti-FLN », dit-il. Vite repéré par les Jeunesses communistes de la région, il adhère au PCF en 1956 lors de ses études à l’Ecole normale de Grenoble. Son engagement avec les communistes provoqua une rupture douloureuse avec son père qui, en tant que socialiste, défendait l’engagement de la France dans son ancienne colonie.

Après l’Ecole normale, il démarra des études de lettres à la faculté de Lyon. Comme le raconte Le Maitron, dictionnaire biographique du monde ouvrier, c’est dans la ferme familiale qu’il eut son premier contact avec la télévision où une équipe composée de Pierre Desgraupes et Jean-Pierre Gallo, deux piliers du magazine « Cinq colonnes à la “une” », étaient venus faire un reportage sur le monde paysan. En 1964, « monté » à Paris pour une réunion politique, il revoit Pierre Desgraupes qui le prend comme stagiaire à « Cinq colonnes ».

Dès 1965, il intègre le magazine et montre vite ses qualités d’intervieweur. En 1967, il réalise avec Hubert Knapp un reportage sur la grève des dockers à Saint-Nazaire que les dirigeants gaullistes – qui avaient la haute main sur l’information – refusent de diffuser en demandant même qu’il soit détruit. Marcel Trillat en sauvera une copie in extremis. L’année suivante, il est de tous les combats de Mai 1968 et est licencié de la télévision lors de la reprise en main par le pouvoir gaulliste.

Traversée du desert

Il commence alors une traversée du désert ponctué par la réalisation de plusieurs documentaires sur la vie ouvrière. En 1979, à la demande de la CGT, il s’installe à Longwy en Lorraine pour lancer avec un autre journaliste Jacques Dupont, Radio Lorraine Cœur d’Acier (RLCA), une radio pirate (à l’époque les « radios libres » étaient interdites) pour soutenir les ouvriers sidérurgistes en lutte pour le maintien de leurs emplois. « Une aventure comme on en vit une fois dans sa vie », dira t-il. L’antenne est ouverte à tout le monde à l’exception du Front national. Après deux ans de débats passionnés et de résistance, la CGT met fin à l’aventure jugeant que la radio s’était trop émancipée du syndicat. Marcel Trillat en tiendra longtemps rigueur aux dirigeants de la CGT et particulièrement à Henri Krasucki. Il quitte alors le PCF. Il en reste une chanson Le Chiffon rouge, de Michel Fugain, qui passait en boucle sur l’antenne et qui deviendra l’hymne de toutes les manifestations de la CGT.

En 1981, le journaliste fait son retour à la télévision après l’élection de François Mitterrand. Refusant de figurer sur la liste des « journalistes communistes » présentée par le PCF pour intégrer la télévision, il est contacté une nouvelle fois par Pierre Desgraupes, alors PDG d’Antenne 2, qui lui propose de reprendre du service. Il s’y fait vite remarquer avec deux reportages sur l’anniversaire du massacre des Algériens le 17 octobre 1961 et celui des morts du métro Charonne en 1962. Sa carrière sur la deuxième chaîne sera en dents de scie. Les différentes directions se méfient de sa liberté de ton et de sa qualité d’enquêteur pour dénicher des « affaires » lorsqu’il dirige le service des « infos géné ». Ainsi, en 1990, lors de la première guerre du Golfe, envoyé spécial sur le terrain, il dénonce en direct la censure de l’armée française qui contrôlait les journalistes « embeded ». Ce coup de gueule lui vaudra d’être muté comme correspondant à Moscou…

Après de nombreux reportages pour le magazine « Envoyé spécial », il quitte la rédaction de France 2 en 2000, mais poursuit ses mandats de représentant de la CGT au conseil d’administration de France Télévisions jusqu’en 2006.

Entre 2000 et 2010, Marcel Trillat a réalisé plusieurs documentaires produits par Jean Bigot (300 jours de colère, Les Prolos, Femmes précaires, Silence dans la vallée) ainsi qu’un documentaire de référence L’Atlandide, une histoire du communisme avec Maurice Failevic. En 2007, il a reçu le Grand Prix de la SCAM pour l’ensemble de son œuvre. Toujours engagé politiquement, il a soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle.

Lire la chronique de 2014: Des immigrés perdus dans la Ville Lumière

Dates

4 avril 1940 Naissance à Seyssinet-Pariset (Isère)

1954 Ecole normale à Grenoble

1965 Entrée à « Cinq colonnes à la Une »

1968 Licencié de la télévision

1979 Création de Radio Lorraine Cœur d’Acier

1981 Retour à Antenne 2

18 septembre 2020 Mort à Paris

Daniel Psenny

Marcel Trillat, mort d’un humaniste
Samedi 19 Septembre 2020

Hommage. Journaliste, réalisateur, syndicaliste, militant infatigable, ami de notre journal, Marcel Trillat est mort vendredi 18 septembre à l’âge de 80 ans. Retours sur un parcours de vie journalistique et engagé d’un homme intègre.

 

On s’était dit que c’était partie remise. Qu’on se retrouverait l’an prochain, en août à Uzeste, mais aussi en septembre, à la fête de l’Humanité, au stand des Amis de l’Huma, deux rendez-vous que Marcel Trillat ne ratait jamais. La nouvelle de sa mort a plongé ses amis, ses proches dans la stupeur. “Un grand vide” pour Alain Delmas, secrétaire de l’union départementale de la CGT-Gironde. Une “immense tristesse” pour Marc Perrone qui a composé la plupart de la musique de ses films. “La perte d’un grand journaliste, d’un réalisateur qui a toujours donné la parole à ceux qui ne l’avaient pas” pour Jean Bigot, producteur de tous ses films depuis les années 2000…

Du côté des opprimés, des sans-voix, des petits, de la classe ouvrière

Marcel Trillat, c’est ce qu’a produit de meilleur le service public de l’audiovisuel. Un journaliste intègre, honnête, engagé, humaniste, toujours du côté des opprimés, des sans-voix, des petits, de cette classe ouvrière que d’aucuns avaient décidé qu’elle avait disparu. Disparu des radars médiatiques, rayés de la carte ces “Prolos” qu’il n’a eu de cesse de filmer, au coeur de l’action, des tensions, là où la lutte vous pousse à être plus fort, plus intelligent, plus libre. Marcel Trillat était un journaliste engagé qui savait tenir un point de vue sans se soucier des politesses. Il a fait ses classes auprès des plus grands. Pierre Desgraupes, fondateur de “Cinq colonnes à la une” lui a mis le pied à l’étrier, lui a donné le goût du métier. On ne compte plus les reportages qu’il a réalisé pour Cinq colonnes, au coeur d’une actualité sociale qui le passionnait. Le pouvoir gaulliste était sur les dents. Alain Peyrefitte, sinistre ministre de l’Information, faisait de la chasse aux sorcières son passe-temps favori. Trillat aura traversé des tempêtes, pris des coups, de ses ennemis mais aussi de ses amis, parfois. Mais malgré les coups ciseaux redoutables de la censure, sa mise à l’écart de l’ORTF en 68, sa réintégration en 1981, l’arrêt de Radio Lorraine coeur d’acier par la direction de la CGT d’alors, il a mené de front son métier de journaliste et ses responsabilités professionnelles et syndicales ( à la Cgt) à France télévision, par tous les temps, sous toutes les gouvernances. Il était de la trempe de ces journalistes pour qui ce métier ne se réduit pas à ânonner bêtement une information sans saveur. Il se donnait les moyens d’aller voir, de vérifier, d’enquêter, de contre enquêter.

Une fermeture d’usine, des licenciements, il ne se résignait pas aux trois lignes AFP qui tombaient sur les prompteurs. Il savait que derrière ces trois lignes, ces chiffres secs, c’était la vie d’hommes et de femmes que le capitalisme foutait en l’air. Alors il se rendait sur place, dans les usines, au bistrot d’en face, s’attachant à toujours tisser les indispensables lien de confiance avec les gens qu’il filmait. C’est cette confiance qui lui permettait de pénétrer dans leur intimité, de s’installer dans la cuisine du petit pavillon ouvrier acheté à crédit, dans le salon du modeste Hlm. Et les gens racontaient, se racontaient, sentant chez lui une écoute, une attention qu’ils n’avaient jamais rencontrées jusqu’ici. Ses reportages pour Envoyé spécial, sa trilogie consacrée aux “Prolos” attestent de son engagement journalistique, de son grand professionnalisme. Jamais le journaliste qu’il était se mettait en scène. Il posait une question, une deuxième faisant naître la parole de son interlocuteur, donnant ainsi accès à une histoire. Et Marcel aimait les histoires, ces tranches de vie qui tissent l’histoire avec un grand H. Il les racontait merveilleusement, revivait ses souvenirs sans jamais se donner le beau rôle et vingt ans, trente ans après, l’émotion était là, palpable, qui l’obligeait à marquer une pause, essuyer une larme, pour mieux repartir à l’assaut des souvenirs heureux, malgré les défaites, les trahisons, parce qu’il n’avait jamais renoncé à l’idée d’un monde meilleur, d’un monde plus juste, plus fraternel...

Il était une fois “le 1er mai à Saint-Nazaire

Rien ne préparait Marcel Trillat a devenir ce grand journaliste du service public de l’audiovisuel. Fils de paysans isérois, né en 1940, c’est à l’Ecole normale de Grenoble, puis à Lyon où il poursuit des études universitaires, en pleine guerre d’Algérie, qu’il devient communiste. Mais c’est à l’occasion d’un tournage de l’émission “5 colonnes à la Une” dans la ferme familiale qu’il rencontre une première fois Pierre Desgraupes. En 1965, Marcel Trillat “monte” à Paris pour une réunion politique et retrouve Desgraupes un peu par hasard qui lui fait part de son souhait de former des jeunes journalistes de télévision. Marcel Trillat saisit la perche et s’embarque dans cette aventure télévisuelle unique en son genre qui donnera ses lettres de noblesse à la télévision publique.

Il aurait pu être enseignant, il devient journaliste et s’intéresse naturellement au monde du travail, à ces “prolos”, ces héros des temps modernes. En 1967, Trillat sait qu’à Saint-Nazaire, les ouvriers des chantiers navals, après de longs mois de lutte préparent joyeusement la manif victorieuse du 1er mai. Il propose un reportage sur ce premier mai à l’équipe de 5 colonnes. Pas très convaincue mais il faut bien traiter du 1er mai qui revient, tel un marronnier, chaque année sur le tapis en conférence de rédaction. Marcel Trillat et Hubert Knapp s’installent à Saint-Nazaire et recueillent des témoignages à la fois poignants et drôles des ouvriers, refaisant jouer, ou mimer, certaines scènes aux protagonistes. Puis ils filment LA manif, les femmes, au premier plan, chevilles ouvrières silencieuses et invisibles de ce mouvement qui défilent, en tête. Trillat se révèle grand interviewer: non seulement il sait accoucher la parole de ses interlocuteurs mais aussi capter et accorder autant d’importance aux silences, aux larmes de joie et de souffrance. Au-delà du bonheur de la victoire, il filme avec son compère le bonheur de la dignité et de la fierté retrouvés. De retour à Paris, le film, pas tout à fait mixé, est projeté en petit comité, en présence d’un représentant du ministre de l’Information Alain Peyrefitte qui s’écrie, à la fin de la projection: “C’est du mauvais cinéma!”. Ce à quoi Desgraupes lui rétorque: “Monsieur, vous êtes là pour dire si c’est de la bonne ou mauvaise politique. Faites votre métier, vous êtes payé pour ça. Quant à savoir si c’est du bon ou du mauvais cinéma, c’est à nous de le dire”. Malgré le soutien de Desgraupes, le film sera censuré et jamais diffusé à la télévision. Si le film “le 1er mai à Saint-Nazaire” existe aujourd’hui en dvd, c’est parce qu’au sortir de cette projection, Marcel avait quitté la rue Cognacq-Jay en “volant” les bobines, sachant pertinemment que s’il les laissait là, elle serait aussitôt détruites. Cette même année, il réalise avec Jacques Krier et Paul Seban  “Ce jour-là” sur la mobilisation des jeunes communistes contre la guerre du Vietnam.

L'Humanité au coeur

Un an après, mai 68 agit comme une déflagration. Les personnels de l’ORTF se mettent en grève. Le pouvoir gaulliste fera le ménage sans ménagement, virant plus d’une centaines de journalistes dont Marcel Trillat. Les années qui suivent témoignent de sa volonté farouche de poursuivre et défendre son métier de journaliste. Il réalise des films de commandes pour le service audiovisuel de la CGT (“la Cgt en mai 68”, “le Frein” et “Étranges étrangers”, mais aussi pour le Pcf. Il parvient à réaliser pour la télévision “l’Usine”, en 1970, par l’entremise de journalistes et producteurs amis restés dans la maison et même un “Expressions directes” avec Georges Marchais en 1975, dont la production était confiée aux partis politiques. En 1976, l’Humanité-Dimanche créée une nouvelle rubrique “Une Vie”, à laquelle il collabore avec Marcel Bluwal.

17 mars 1977… Dans une des salles de la mairie de Longwy, Marcel Trillat, clope au bec, aux côtés de son confrère Jacques Dupont, entourés de plusieurs dizaines de personnes, donne le coup d’envoie de la radio Lorraine coeur d’acier, LCA, qui émet clandestinement sur le bassin minier. Cette expérience marquera à jamais Marcel Trillat. Première radio libre, il ouvre l’antenne, permet à chacun, quelque soit son appartenance syndicale ou politique, à l’exception du Front national, de s’exprimer. Pas de censure. Il riait au souvenir du générique, quelques notes tremblotantes à la flûte à bec; des interventions des “débrouilleurs” pour empêcher les tentatives de brouillage de la police; des revues de presse hilarantes où les Unes des quotidiens nationaux étaient joyeusement dézinguées en direct. C’était une “radio de l’espoir”, disait-il. Gérard Noiriel alors jeune professeur, à Longwy, aura une émission. Le chanteur Renaud s’y arrêtera un soir après un concert et reversera l’intégralité de son cachet. Guy Bedos aussi s’invitera dans les locaux enfumés de Longwy. Le professeur Albert Jacquard viendra expliquer la génétique: “Partout dans la ville, depuis tous les postes de radio, on l’écoutait nous raconter la génétique, on entendait une mouche voler” se souvenait-il. C’est la direction de la Cgt qui mettra un terme à cette aventure unique: “ça fait partie des quelques bisbilles que j’ai eu avec la Cgt. Mais j’en ai aussi eu avec le parti” confiait-il. Il restera toujours à la Cgt, siègera au conseil d’administration de France-Télévision pour le SNJ-Cgt de 2001 à 2006. Il rendra sa carte du parti en 1987 mais restera pour la vie un “communiste de coeur”, un compagnon de route et de lutte aimé de tous les militants, qu’ils soient coco, gauchistes, libertaires... 

“Trois cents jours de colère” en 2002, “les Prolos” en 2003 et “Femmes précaires” sont ces derniers documentaires pour la télévision, produits par VLR (Vive la Révolution), la société de production de Jean Bigot. Marcel réalisera avec Maurice Failevic “l’Atlantide, une histoire du communisme” en 2011 puis, en 2013, “des Étrangers dans la ville” qui fait écho à l’un de ses tout premiers documentaires tourné en 1970, “Étranges étrangers”, comme une déclinaison du poème de Prévert…

Marcel Trillat était de tous les combats. Militant infatigable, il aimait la vie, rire, boire un coup de gorgeon au stand des Amis de l’Huma ou partager une omelette aux cèpes au stand du Gémeur à Uzeste. Il aimait la rédaction de l’Humanité, et la rédaction le lui rendait bien. S’il le pouvait, il se joignait à nous lors du traditionnel repas de la rédaction à la fête de l’Huma. Il avait toujours un mot d’encouragement ou de félicitation, affichant son soutien à notre journal dont il fut un des plus ardents défenseurs. Il était certes fatigué mais sa mort, soudaine, laisse un grand vide….

Marie-José Sirach

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 07:44
Fabien Roussel :  Bridgestone a dépensé des centaines de millions d’euros pour ses sites en Pologne et en Hongrie avec l’aide de l’Union européenne ! (L'Humanité, 18 septembre 2020)
Fabien Roussel : « Bridgestone a dépensé des centaines de millions d’euros pour ses sites en Pologne et en Hongrie avec l’aide de l’Union européenne !»
Vendredi 18 Septembre 2020 - L'Humanité

Fabien Roussel s’est rendu, jeudi, sur le site de Bridgestone pour soutenir les salariés et lutter contre la fermeture de l’usine. Le dirigeant du PCF et député du Nord appelle à reprendre la main sur nos outils de production pour développer une politique industrielle au service de l’humain et de la planète. Entretien.

 
Que pensez-vous de la décision de Bridgestone ?

Fabien Roussel C’est d’une brutalité sans nom. Cette multinationale est le premier producteur de pneus au monde. Ses dirigeants en France et ailleurs n’ont aucune empathie, aucun sentiment. Ils ont une calculette à la place du cœur. Si leur projet n’est pas remis en cause, les conséquences vont être très graves pour Béthune, où Bridgestone est le premier employeur privé, avec 1 100 emplois sur place. La situation risque d’être terrible pour la ville et les familles touchées. Les salariés disent avoir les jambes coupées, car leur père travaillait là-bas, leurs oncles aussi, et aujourd’hui ils y travaillent avec leurs frères. C’est souvent leur emploi à Bridgestone qui leur a permis d’acheter leur maison, et là c’est la vie qu’on leur enlève. Et au nom de quoi ? Au nom du profit des actionnaires. La colère est immense sur place.

Quelles sont les motivations du groupe ?

Fabien Roussel Il parle d’assurer la compétitivité, mais sa seule obsession est d’augmenter les dividendes des actionnaires. La situation de l’usine de Béthune est liée à un sous-investissement organisé depuis des années. Dans le même temps, Bridgestone a dépensé des centaines de millions d’euros pour ses sites en Pologne et en Hongrie, qui plus est avec l’aide de l’Union européenne ! Nous avons au final des multinationales et des institutions qui organisent des délocalisations en Europe et mettent les sites en concurrence pour faire pression sur l’emploi et la rémunération des salariés. Mais les coûts sociaux, environnementaux et fiscaux explosent ! Le pneu 25-50-17 sera produit 20 à 30 % moins cher ailleurs en Europe, mais il sera toujours vendu au même prix en France… Le seul gagnant, c’est donc l’actionnaire. Derrière, on est tous perdants : l’État, le climat, et les travailleurs.

La condamnation est unanime. Les élus locaux et le président de région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, sont montés au créneau. Le gouvernement parle lui-même de « décision révoltante »…

Fabien Roussel Tant mieux. C’est très bien que tout le monde dénonce le sous-investissement qui frappe depuis des années cette usine. Mais cela ne suffit pas. Xavier Bertrand fait partie des responsables politiques qui poussent des cris d’orfraie quand des sites ferment, mais qui défendent les traités européens et la mise en compétition des salariés et des territoires. Lui et le gouvernement doivent remettre en cause leur logique et dire stop aux traités de libre-échange. Il faut se battre maintenant. Taxer les dividendes et entrer au capital des entreprises, intervenir et maîtriser nos outils de production et nos stratégies industrielles pour que cela serve à l’humain et à la planète. Le gouvernement doit peser de tout son poids sur Bridgestone et sur l’UE pour que l’activité soit maintenue à Béthune, et pour que l’on y produise les pneus pour la France. Le pays doit aussi pouvoir aider dans le cadre du plan de relance. Et il faut à tout prix arrêter de confier les deniers publics aux libéraux. Bridgestone a reçu des millions d’euros dans le cadre du Cice, sans aucune contrepartie. Des milliards ont été versés sans condition à des multinationales qui polluent, licencient et désindustrialisent. Stop, ça suffit !

Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 07:37
Rouge Finistère, automne 2019 - Interview de Fabien Roussel

Rouge Finistère, automne 2019 - Interview de Fabien Roussel

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 05:40

 

D’abord le mot et la compagnie des dictionnaires et de livres. « Rendre sauvage, faire devenir non docile, non apprivoisé ». Et le sauvage ? « Le barbare... », « celui qui vit dans les bois » ; puis le terme s’est chargé de racisme, utilisé pour cibler « les étrangers ». Le « sauvage » devient celui qu’on rencontre dans les pays que l’homme européen croise avant de piller les richesses puis qu’il colonise.

 

 

Et puis, la bataille idéologique. En exprimant l’idée d’un « ensauvagement » d’une partie de la société française, Gérald Darmanin est allé sur le terrain de la droite extrême et de l’extrême droite. La place Beauvau ouvre ses portes à une rhétorique raciste, d’une France fracturée, au bord de la guerre civile. L’amalgame avec la question migratoire a pour but de stigmatiser directement les citoyens français de confession musulmane et, par extension, les habitants des quartiers populaires, les pauvres, ceux qui ne sont rien... Marine Le Pen peut ainsi faire sa rentrée politique en actant bien plus qu’une victoire sémantique. Des dirigeants de droite ont apporté leurs contributions à cette opération visant à exploiter politiquement une série d’actes violents au cœur de l’été. « France orange mécanique » pour Xavier Bertrand. « Sauvagerie » pour Valérie Pécresse. Mesurant combien cette surenchère « sécuritaire » pouvait vite devenir hors contrôle, le chef de l’État a préféré parler d’une « banalisation de la violence » en évoquant les symptômes d’une société où chacun et chacune n’avait pas la même « égalité des chances ». Reste que l’installation du terme « d’ensauvagement » dans le débat public, via les chaines d’infos en continu et les réseaux sociaux, a eu son effet dévastateur : le « sauvage » est partout.

Comment la société française réagit-elle à cette question de l’insécurité et à son exploitation politique avec comme ligne d’horizon la prochaine élection présidentielle ? Dans sa dernière étude (1) sur les « Fractures françaises », le journal Le Monde éclaire une complexité. L’insécurité s’affirme comme une préoccupation très forte, notamment chez les plus de 60 ans, tout juste après le Covid, le pouvoir d’achat, l’avenir du système social, et à un même niveau que la protection de l’environnement. La demande d’autorité, de protection et d’ordre est là. Elle cohabite avec l’affirmation de la démocratie comme le meilleur système possible. Cette étude présente une poussée inédite en faveur de la peine de mort.

Enfin, les réponses progressistes. La sécurité est une vraie question. L’insécurité n’est pas pour beaucoup un ressenti mais une réalité douloureuse. Elle mine d’abord la vie des familles modestes confrontées aux incivilités, aux violences du quotidien, aux délinquants, aux trafics et aux bandes de voyous. La réponse doit être éducative, préventive, policière et judiciaire. Ce qui pose la question des moyens et des objectifs que nous nous fixons à un véritable choix de société, plaçant au cœur de notre action les valeurs de la République, la laïcité, la justice sociale. Un groupe de travail va prochainement être mis en place pour mieux appréhender ces questions avec l’apport de nos parlementaires, d’élus locaux, de syndicalistes. Nous commencerons par une série d’auditions pour bien définir le champ des questions à traiter.

Le dernier mot à Aimé Césaire : « Il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. » (« Discours sur le colonialisme »).

Nous vivons un nouvel emballement. Seul un imaginaire progressiste, à la hauteur des immenses défis d’humanité, peut y répondre. Et c’est urgent pour ne pas basculer dans quelque chose, pour le coup, de véritablement sauvage.

Olivier Dartigolles, membre du CEN.

_______________________

1. Enquête réalisée depuis 2013 pour le Monde par Ipsos-Sopra steria, en partenariat avec le Cevipof, la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne. Le Monde du 15 septembre.

 

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