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25 août 2019 7 25 /08 /août /2019 05:21
FISCALITÉ ÉCOLOGIQUE ET VALEUR du CARBONE : ÉLÉMENTS D'ANALYSE  ET PROPOSITIONS ("Progressistes" - Juillet Août 2019 - Revue PCF)
FISCALITÉ ÉCOLOGIQUE ET VALEUR du CARBONE : ÉLÉMENTS D'ANALYSE  ET PROPOSITIONS ("Progressistes" - Juillet Août 2019 - Revue PCF)
FISCALITÉ ÉCOLOGIQUE ET VALEUR du CARBONE : ÉLÉMENTS D'ANALYSE  ET PROPOSITIONS ("Progressistes" - Juillet Août 2019 - Revue PCF)
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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 05:42
URGENCE CLIMATIQUE : FAIRE BOUGER LES CHOSES POSITIVEMENT ("Cause Commune" - Juillet Août 2019 - Revue d'action politique du PCF)
URGENCE CLIMATIQUE : FAIRE BOUGER LES CHOSES POSITIVEMENT ("Cause Commune" - Juillet Août 2019 - Revue d'action politique du PCF)
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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 05:28

 

Le streaming représente désormais la majeure partie du trafic Internet. Elle est devenue l’usage d’Internet le plus énergivore, insoutenable même pour le climat. Pourtant, les plateformes poussent vers toujours plus de consommation.

Il est difficile de réaliser à quel point la consommation des vidéos en ligne est devenue un enjeu environnemental. C’est ce que démontre un rapport ­publié en juillet par The Shift Project, un club de réflexion sur l’économie décarbonnée, et intitulé « Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne ». « La vidéo représente désormais 80 % du trafic ­Internet, explique ainsi Maxime Efoui-Hess, ingénieur et principal auteur de l’étude. Dix heures de vidéo en haute ­définition, cela représente plus de données que l’intégralité des textes de Wikipédia en anglais. »

Lorsqu’on veut voir une vidéo, sur Netflix par exemple, la demande est envoyée au service, qui la réoriente vers un centre de données (data center). Ces infrastructures sont parfois situées en Europe, mais, pour certains contenus, la vidéo peut traverser l’Atlantique via des câbles sous-marins. Ces centres de données, composés principalement d’espaces de stockage et de ­serveurs, sont allumés en permanence : il faut accéder aux demandes des utilisateurs à toute heure du jour et de la nuit. « Refroidir ces data centers est encore plus consommateur en énergie que les alimenter, pointe Maxime Efoui-Hess. Quelques ­initiatives améliorent un peu les choses. En ­Nouvelle-Aquitaine, l’un d’eux est refroidi avec l’eau d’une rivière. Celle-ci ressort chaude et alimente une ­exploitation de pisciculture. »

La ­dématérialisation pousse à l’augmentation de la facture

Du centre de données, la vidéo part ensuite dans les infrastructures de réseau pour arriver sur le terminal de l’utilisateur. « Il y a les antennes 3G, 4G et bientôt 5G, les câbles de fibre optique, d’ADSL, les ­routeurs, énumère l’ingénieur. Le réseau mobile va par exemple beaucoup plus consommer que le Wifi, parce qu’il faut ­envoyer les données bien plus loin, dans de plus grosses ondes. » Les infrastructures de réseau représentent pour l’instant environ 15 % de la facture énergétique totale du numérique. Mais la vidéo, le streaming et l’explosion du Cloud (ou nuage, qui désigne le stockage à distance de données dans des serveurs) et de la ­dématérialisation en ­général poussent à l’augmentation de cette facture.

Google vient ainsi d’annoncer le lancement de Stadia, un service permettant de faire du jeu vidéo en streaming. L’utilisateur jouera sur son téléviseur, mais la console ou ­l’ordinateur qui fait tourner le jeu pourra se trouver sur un autre continent. « Cela fait peur, les tuyaux sont déjà saturés, il faudra en construire de nouveaux pour ces nouveaux usages toujours plus énergivores », s’inquiète Maxime Efoui-Hess. L’ingénieur a bâti ses estimations d’émissions de gaz à effet de serre des usages du numérique sur les moyens actuels de produire l’électricité. C’est ainsi qu’il a calculé qu’en moyenne, la vidéo en ligne émet déjà autant de CO2 qu’un pays comme l’Espagne, et les seuls services de vidéo à la demande de type Netflix, autant que le Chili.

Notre consommation met à mal la résilience du réseau

« Nous en arrivons à un réel choix de société : non seulement notre consultation de vidéos n’est pas soutenable, mais en plus, la contrainte physique fera qu’on ne pourra de toute façon pas continuer ainsi », tranche Maxime Efoui-Hess. La vidéo aujourd’hui, mais aussi l’ensemble du streaming et ­l’Internet des objets, demain, vont mettre à mal la résilience du secteur. « Le numérique peut se révéler un atout pour le climat, c’est un outil qui permet aussi de faire de la chirurgie à distance, de la télémédecine, avance l’auteur du rapport. Ce sont les mêmes ­ressources que pour les chaussettes connectées ou les vidéos pornographiques ou de chatons. Que privilégier ? Il faut mettre cela en débat. »

Il est déjà possible de limiter la sur­consommation sans trop sacrifier les usages. Comme le poids d’une vidéo dépend grandement de sa résolution, celle-ci peut être limitée. « Sur smartphone, inutile de visionner en haute définition, déclare Maxime Efoui-Hess. Autre astuce : ne pas écouter de la musique sur YouTube, ou alors mettre la résolution au minimum, sauf lorsqu’on tient à regarder le clip. » Et surtout, il convient d’utiliser au minimum les données mobiles. Il est aisé sur son téléphone de les désactiver par défaut et de ne les allumer que quand on en a vraiment besoin, sans que cela remette en cause le confort d’utilisation, au contraire même, puisque la batterie gagnera en autonomie.

Plus structurellement, le rapport appelle à la régulation des designs, jugés addictifs (les vidéos dont la lecture se déclenche automatiquement), afin de bâtir des usages en accord avec les contraintes énergétiques. Premiers visés, les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en particulier. Puis Netflix ou YouTube, où les vidéos s’enchaînent sans interruption. À tel point que cela demande plus d’effort à l’utilisateur d’arrêter la lecture que de la subir. « Tous les designs mis en place sur ces plateformes le sont pour maximiser le nombre de contenus visionnés, qui est devenu une mesure de performance, détaille Maxime Efoui-Hess. Comme le cerveau humain est attiré par le mouvement, il s’agit par là de capter son attention. » La sobriété numérique, que défend le rapport, entraîne l’urgence de réfléchir aux usages, qui ne sont pas qu’une question de liberté individuelle. Le spectateur ne choisit pas forcément de regarder toutes ces vidéos, on les lui impose.

Pierric Marissal

 

Réparer son téléphone plutôt que le recycler. En moyenne, un Français change de téléphone tous les vingt mois. Des alternatives existent dans l’Hexagone pour sortir de cette surconsommation, comme Commown, coopérative strasbourgeoise qui s’attaque depuis 2018 au chantier de la résilience numérique. Elle propose à la location le fameux Fairphone, réparable, modulable et éthique. Chaque pièce abîmée est remplaçable. « La réparabilité est bien plus efficace que le recyclage pour les smartphones. Il faut maximiser la durée de vie de nos équipements, car chaque téléphone neuf, c’est un nouveau trou creusé dans une mine », assure Maxime Efoui-Hess, de The Shift Project.

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 05:23
ABEILLES : 140 ANS DE MASSACRE ENTOMOLOGIQUE ("Progressistes - revue PCF - Janvier février Mars 2019)
ABEILLES : 140 ANS DE MASSACRE ENTOMOLOGIQUE ("Progressistes - revue PCF - Janvier février Mars 2019)
ABEILLES : 140 ANS DE MASSACRE ENTOMOLOGIQUE ("Progressistes - revue PCF - Janvier février Mars 2019)
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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 06:03

 

Rendu public hier, le rapport spécial du Giec sur le secteur des terres plaide pour une transformation en profondeur des pratiques agricoles. Moins émettrice en gaz à effet de serre, moins impactante pour les sols, socialement plus juste, l’agroécologie est portée en tête des solutions.

Transformer le système pour ne pas laisser brûler les terres et les ressources alimentaires : rarement rapport du Giec aura été si tranché en matière de tournant à opérer. Dix mois après sa précédente analyse, qui explorait notre capacité à contenir les températures mondiales à un maximum de réchauffement de 1,5 °C, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat s’est cette fois penché sur le secteur des terres – soit la vaste partie émergée du globe, inclus les systèmes agraires et leurs interactions avec la mécanique atmosphérique. L’avenir climatique de la planète n’est pas le seul enjeu sur lequel il s’est penché. Sécurité alimentaire et lutte contre la pauvreté lui sont directement accolées.

Si l’alarme que les experts sont coutumiers à tirer résonne une fois encore, la synthèse ouvre aussi une fenêtre sur les solutions. Pour les scientifiques, l’avenir n’est pas du côté de la poursuite d’une agriculture intensive et monogamme. Diversification des productions, lutte contre le gaspillage, agroécologie et droits humains sont envisagés comme les plus sûrs leviers à actionner pour éviter de foncer dans le mur. En creux, s’entend cette petite musique moitié grinçante, moitié réconfortante : rien n’est encore fatal, mais tout est urgent.

Inégalement victime, variablement coupable

Il suffira que la température du globe grimpe de 2 °C pour provoquer une crise alimentaire majeure : réitérée dans le rapport publié hier, l’alerte avait déjà été lancée, quoique à une échelle moindre. « En 2013, le Giec évoquait la perspective d’une instabilité des productions en cas de réchauffement », rappelle Jean-François Soussana, directeur scientifique environnement à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), qui a participé à l’élaboration de la nouvelle analyse. « Mais le rapport publié à l’époque envisageait qu’elle n’interviendrait qu’à partir d’une hausse de 4 °C par rapport à l’ère préindustrielle », note-t-il.

La machine est déjà enclenchée. Le réchauffement à l’œuvre traîne derrière lui une cohorte toujours plus virulente de sécheresses, de vagues de chaleur et autres bouleversements des précipitations. « Dans beaucoup de régions de basses latitudes (situées à proximité de l’équateur – NDLR), les rendements de certaines cultures ont déjà décliné », relève le rapport. Les zones arides sont singulièrement affectées. Or, « celles-ci abritent 3 milliards de personnes, soit près de 40 % de la population mondiale », insiste Pierre-Marie Aubert, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddi). Elles comptent également au nombre des régions les plus fragiles du point de vue du développement.

En souffrance face aux bouleversements climatiques, l’agriculture mondiale est, dans le même temps, en partie responsable de son mal. Compris la déforestation, elle vaut pour près d’un quart des émissions globales de gaz à effets (23 %), rappelle le Giec. Les approches englobant la pré et la post-production (transport, énergie…) et l’industrie agro-industrielle avancent même le ratio de 37 % d’émissions. Elle est, enfin, facteur d’érosion des sols et des écosystèmes. « Un quart des terres libres de glace est sujet à une dégradation induite par les activités humaines », relève le groupe d’experts, qui pointe là le méchant engrenage dans lequel est pris le système terre : « Cette dégradation des sols affecte le climat global et régional. » Lequel climat l’exacerbe à son tour.

L’agroécologie, levier pour le climat et l’alimentation

La bonne nouvelle, c’est que le secteur des terres porte en lui son salut. « Il est simultanément sources et capteur de carbone », relève le rapport. Alors que la population mondiale est susceptible d’augmenter de 2 milliards d’individus d’ici à 2050, et que l’insécurité alimentaire en frappe déjà 821 millions, « l’équilibre entre ces processus est la clé », poursuit la synthèse, qui s’attelle à résoudre l’équation : nourrir sans réchauffer.

« C’est la première fois qu’un rapport scientifique opère une telle synergie entre enjeux climatiques et objectifs de développement durable », souligne expressément Cheik Mbow, expert sénégalais en agroforesterie et management des terres, lui aussi coauteur du texte. Son autre grand intérêt, selon l’agronome, est d’offrir un panorama mondial des responsabilités, sans tomber dans le piège de les globaliser. « Si l’agriculture des pays occidentaux émet beaucoup de protoxyte d’azote (lire ci-contre – NDLR), celle des pays d’Afrique n’en génère pour ainsi dire pas », poursuit-il. De même les données récoltées par le Giec reflètent-elles que tous les systèmes agricoles ne se valent pas. Le chapitre consacré aux solutions est en ce sens éclairant, qui met amplement en avant l’agroécologie plutôt que les systèmes industriels. « Les solutions qui aident à l’adaptation et à l’atténuation du réchauffement climatique sont spécifiques à chaque région », relèvent ainsi les experts mondiaux. Elles passent, pêle-mêle, par la micro-irrigation, l’agroforesterie, la restauration de terre, le pastoralisme, ou encore la diversification des cultures et des productions, via l’usage de végétaux adaptés aux conditions locales. « Ces pratiques répondent tout autant à des exigences nutritionnelles que climatiques », reprend Cheik Mbow. Elles sont, en outre, celles, séculaires, du paysan africain. « L’approche moderne de l’agriculture a été développée par le Nord, épingle-t-il. L’Afrique, pour sa part, n’a pas besoin de réinventer les pratiques agroécologiques. » La remarque vaut autant pour le gaspillage alimentaire, que le rapport pointe comme faisant partie du problème – « dans les pays du Sud, il relève avant tout d’un manque d’infrastructure », note Cheik Mbow. Le plaidoyer qu’opèrent les experts en faveur d’une diminution drastique de la consommation globale de viande au profit de celle de protéines végétales – légumineuses ou graines – s’entend de la même oreille. « Il faut bien rappeler qu’en Afrique, la viande ne se consomme qu’à raison de 10 kg par an et par habitant, rappelle Jean-François Soussana. Soit bien en deçà des recommandations de l’organisation mondiale de la santé. »

Les droits humains, outils incontournables du développement

Éradiquer la pauvreté et assurer la sécurité alimentaire peuvent bénéficier à la lutte contre le réchauffement : voilà l’autre grand enseignement du rapport, qui plaide pour mener frontalement l’ensemble des batailles. À l’inverse, relève-t-il, les inégalités son un frein à l’adaptation. « Les barrières socio-économiques, financières et culturelles peuvent limiter le développement de solutions » agronomiques, interpellent les experts. Développement des dispositifs éducatifs et de santé vont de pair avec la lutte contre le réchauffement. de même que la régulation démocratique de l’accès aux terres. « Beaucoup de pratiques ne sont pas fermement adoptées pour cause d’insécurité foncière, de défaut d’accès aux ressources ou à des services technique », insiste le Giec. Les solutions ne pourront pas se passer non plus d’un renforcement de la démocratie et plus globalement des droits humains.

La question des inégalités de genre ou encore ethniques est particulièrement abordée par le rapport. Les experts défendent ainsi le principe de donner plus de pouvoirs aux femmes et aux peuples autochtones (lire ci-après), encore très souvent écartés de prises de décision qui les concernent pourtant au premier chef. Question de justice et d’efficacité, insistent-ils : « Les pratiques agricoles qui intègrent les populations indigènes et leurs connaissances locales contribuent à surmonter les défis cumulés de la sécurité alimentaire, du changement climatique et de la préservation de la biodiversité. »

Marie-Noëlle Bertrand

 

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18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 05:49

 

Le président d’extrême droite multiplie les mesures nuisibles envers l’environnement. Alors que le dernier rapport du Giec insiste sur le rôle des forêts et des peuples autochtones contre la crise climatique, le Brésil est un contre-modèle : plus de 2 000 kilomètres carrés de forêt ont été rasés sur le seul mois de juillet.

Jeudi 8 août, le Giec publie un rapport spécial sur « le changement climatique, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des sols, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ». Nul doute que le résumé à l’intention des décideurs politiques, négocié pendant une semaine à Genève, aura gommé quelques-uns des termes les plus polémiques. Il n’empêche, certains des 196 États membres devraient logiquement sortir la tête basse de la session. 

Ce rapport, qui vient après celui d’octobre 2018, lequel mettait en garde contre l’immense tâche incombant aux États pour maintenir le réchauffement climatique sous 1,5 °C d'ici 2050, est publié à la veille de la Journée internationale des peuples autochtones. Il devait d’ailleurs rappeler le lien entre la crise climatique et les peuples autochtones : non seulement ceux-ci sont directement concernés par le réchauffement, mais ils peuvent également servir d’exemple à suivre et de modèle dans la lutte contre ce réchauffement.

Les menaces qui pèsent sur ces communautés sont de deux ordres : d’abord la crise climatique en elle-même, qui fragilise leurs lieux d’habitation, mais aussi les pressions exercées sur leurs terres par les activités humaines. Or ces terres sont également des pièges à CO2 et des réservoirs de biodiversité, et permettent de contenir la hausse des températures mondiales.

Le cas de la région amazonienne illustre parfaitement cette double contrainte. 68 % des terres autochtones et des aires protégées dans les neuf pays de la région sont actuellement menacées par des routes, des mines, des barrages, des forages, des incendies de forêt et, évidemment, la déforestation. 

Le cas du Brésil est particulièrement aigu depuis l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, le 28 octobre 2018. En moins d’un an, il a fait de la forêt amazonienne brésilienne le terrain de jeu des orpailleurs, des accapareurs de terre et de l’agrobusiness en général. 

En juillet, le meurtre d’Emyra Waiãpa, tué à coups de couteau par des orpailleurs illégaux, a été suivi par l’attaque en règle du village de Mariry par ces mêmes orpailleurs. Des voix se sont élevées pour dénoncer le rôle du président brésilien dans ces violences. Celui-ci n’a en effet eu de cesse, depuis son élection, d’affirmer qu’il comptait mettre fin aux zones protégées autochtones pour les rendre accessibles aux mineurs. 

Lundi 5 août, la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a appelé les autorités brésiliennes à enquêter sur ce meurtre. « La politique proposée par le gouvernement brésilien pour ouvrir davantage de zones de l’Amazonie à l’exploitation minière pourrait conduire à des incidents de violence, d’intimidation et d’assassinats du type de ceux infligés à la population Waiãpi la semaine dernière », a écrit Michelle Bachelet dans un communiqué.

Et d’ajouter : « J’appelle le gouvernement brésilien à reconsidérer sa politique à l’égard des peuples autochtones et de leurs terres, afin que l’assassinat d’Emrya Waiãpi n’annonce pas une nouvelle vague de violence visant à effrayer les gens au point de les chasser de leurs terres ancestrales et à permettre la destruction de la forêt tropicale, avec toutes les conséquences scientifiques établies qui ont exacerbé le changement climatique. »

Bolsonaro n’est sans doute pas impressionné par ce communiqué, lui qui estime que les peuples autochtones vivent comme des « hommes préhistoriques » à qui il lui appartiendrait d’apporter la civilisation. 

Dès sa prise de fonctions, Bolsonaro a décidé de priver la Fondation nationale de l’Indien (Funai) de sa responsabilité de délimiter les territoires indigènes, la transférant au ministère de l’agriculture (lire l'enquête de notre correspondant au Brésil, Jean-Mathieu Albertini, en juin 2019). L’ouverture de vastes zones autochtones aux orpailleurs, agriculteurs et exploitants du bois n’est pas le seul fait d’armes du président brésilien depuis son entrée en fonctions, le 1er janvier dernier.

Même s’il n’a pas formellement supprimé le ministère de l’environnement, comme il l’avait promis, celui-ci est dans les faits largement affaibli. Ricardo Salles, qui en a pris la direction, fait l’objet d’une enquête pour avoir modifié le plan de gestion d'une aire protégée sur le fleuve Tietê avec « l’intention claire de profiter aux secteurs économiques », selon le ministère public de São Paulo. 

Le nouveau pouvoir brésilien a également autorisé l’utilisation de 121 nouveaux pesticides, dont 41 % sont classés comme très toxiques ou extrêmement toxiques. La plupart de ces substances servent aux cultures du maïs ou du soja, qui nourrissent par la suite le bétail. Pas seulement le bétail brésilien : 37 % du soja importé dans l’UE vient ainsi du Brésil. 

Cette politique a évidemment l’effet immédiat d’accélérer la déforestation du Brésil. L’Institut national de recherche spatiale (INPE) a donné récemment ses derniers chiffres et ils ne sont pas bons. Selon cet organe officiel, qui publie ses données depuis le milieu des années 1970, 2 255 kilomètres carrés de forêt ont été rasés pour le seul mois de juillet. C’est trois fois plus par rapport au même mois en 2018. Depuis janvier, la déforestation a augmenté de 67 %.

Qu’en dit le chef de l’État ? Il crie aux faux chiffres, estime que l’agence est aux mains des ONG. « Si l’on faisait la somme de la déforestation annoncée ces dix dernières années, l’Amazonie aurait déjà disparu. Je comprends la nécessité de préserver, mais la psychose environnementale n’existera plus avec moi », a déclaré le président brésilien, cité par Le Monde. Le directeur de l’INPE a été limogé, remplacé lundi par un colonel en retraite, Darcton Policarpo Damiao…

À des journalistes étrangers, reçus fin juillet, Bolsonaro déclarait : « L’Amazonie est au Brésil, pas à vous. » Il est l’illustration parfaite des liens entre l’extrême droite et le négationnisme climatique (lire notre analyse ici) – même si Rodrigo Duterte, le président philippin, n’est pas en reste, son pays détenant le triste record du nombre de militants du climat assassinés depuis son élection.

L’Union européenne peut-elle faire confiance au président brésilien et continuer de négocier avec ce pays un accord de libre-échange (l’accord UE-Mercosur, qui comprend, outre le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay) ? C’est ce que pense Emmanuel Macron, convaincu que c'est la seule manière de faire pression sur Bolsonaro. C’est aussi ce qu’écrit l’éditorial du Guardian du 28 juillet dernier.

Selon le quotidien britannique, en pointe sur les sujets écologiques, l’accord UE-Mercosur « renforce l’influence européenne avec ses partenaires commerciaux sud-américains ». Le Guardian estime que l'accès aux marchés de l'UE a « convaincu le Brésil de ne pas suivre l’exemple de Donald Trump en se retirant de l’accord climatique de Paris »

Mais on peut douter du résultat final quand on sait que le ministre de l’environnement Ricardo Salles a milité contre le retrait de l’Accord de Paris, tout en déclarant que le Brésil « doit être autorisé à conserver son autonomie dans la prise de décisions environnementales ». Une telle affirmation qui ne surprend guère, quand on sait que tous les accords de libre-échange font primer l’économie sur l’environnement.

Par ailleurs, la crédibilité de la France pour faire pression sur le Brésil reste à démontrer. Si le projet Montagne d’Or, cette vaste mine d’or au cœur de la forêt amazonienne en Guyane française, semble mal en point (lire notre article), d’autres permis de recherche minière ont été récemment accordés par l’administration française. Dernier en date, le 3 août : la société Sands Ressources s’est vu accorder un permis portant sur 5 000 hectares de forêt. Selon le collectif Or de question, ce projet s’inscrit dans les près de 360 000 hectares (3 600 kilomètres carrés) de forêt cédés aux industriels miniers.

Lors du G20 à Osaka fin juin, Macron et Bolsonaro se sont rencontrés pour la première fois. À cette occasion, le président brésilien a invité son homologue français à « visiter le Brésil, et particulièrement la région amazonienne », selon un porte-parole de la présidence brésilienne. Une visite qui servirait à démontrer « les efforts du président Bolsonaro, avec le gouvernement, en faveur de la préservation de l’environnement »

 

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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 05:35
« LA CLÉ, C’EST LA RELOCALISATION DE LA PRODUCTION » (L’HUMANITE - Vendredi 9 Août 2019 - Iris Bertrand)

Le rapprochement de l’agriculture des populations qu’elle est censée nourrir permettra tout à la fois d’assurer leur sécurité alimentaire et de lutter contre le réchauffement de la planète, estime Nicolas Vercken, responsable d’Oxfam France. Entretien.


Nicolas Vercken - Directeur de campagne d’Oxfam France

 

Le rapport du Giec rendu public jeudi annonce-t-il une nouvelle vision de l’agriculture ?

Nicolas Vercken Ce rapport confirme ce que nous exprimons, nous et d’autres ONG, depuis des années. Il s’articule avec un débat essentiel portant sur l’objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, autrement dit, ce moment où les émissions de gaz à effet de serre générées par l’action de l’homme seront compensées par des puits de carbone. Voilà enfin un rapport scientifique qui assure que c’est possible… à condition de revoir notre façon globale de produire et de consommer.

 

Quelles alternatives agricoles permettraient de garantir la sécurité alimentaire globale tout en combattant le dérèglement climatique ?

Nicolas Vercken La relocalisation de la production est la clé de l’adaptation aux évolutions climatiques. Plus elle sera locale, plus elle sera adaptée à la population qu’elle doit nourrir, et moins l’agriculture provoquera d’émissions de carbone liées au transport. Le développement de l’agroécologie et de l’agroforesterie a également cet intérêt d’augmenter la capacité d’adaptation et la résilience des paysans, en encourageant des cultures diversifiées et nutritives ainsi que des circuits alimentaires locaux. Elles permettent en outre de limiter le recours à des engrais nocifs pour l’environnement. Relocaliser permet, enfin, de mettre en avant une agriculture vivrière portée par de moyennes et petites entreprises. Oxfam a entrepris nombre d’actions visant à encourager de tels systèmes. En Éthiopie, Somalie ou au Kenya, nous tentons ainsi d’aider les paysans via des microcrédits et un apprentissage technique.

 

Les biotechnologies sont-elles une réponse viable à la crise alimentaire ?

Nicolas Vercken La réponse à l’enjeu alimentaire ne peut pas être technologique. Le but n’est pas d’inventer de nouvelles variétés de plantes ou de techniciser encore davantage la production, mais de la répartir au mieux dans le monde. De plus, l’argument de l’innovation dissimule un recours à une agriculture plus intensive. Nous entendons, par exemple, parler de modèles de séquestration du carbone via de vastes productions végétales. Or, ce serait une menace pour l’alimentation mondiale puisque, à grande échelle, l’utilisation des terres à cet effet se ferait aux dépens de la production vivrière.

 

Quel rôle peuvent jouer l’ensemble des pays développés dans cet effort global pour une agriculture écologique ?

Nicolas Vercken Nous, Occidentaux, vivons dans un système de surabondance alimentaire. Notre premier rôle est donc d’abandonner certaines de nos habitudes de consommation, favorisant par exemple les excès de viande ou le gaspillage. Politiquement parlant, la conclusion d’accords avec des États responsables d’écocides notoires n’est plus envisageable. Prenons l’exemple de l’accord envisagé entre l’Europe et le Mercosur, impliquant le Brésil : c’est bien une politique de déforestation et d’offensive contre les populations indigènes que celui-ci encourage au nom du business. Il faut cesser de jouer selon les règles marchandes. Quand, il y a quelques années, l’Europe a déversé quantité de lait de très mauvaise qualité sur l’Afrique de l’Est, elle a créé une véritable guerre commerciale aux dépens des paysans locaux. Il est temps de prendre nos responsabilités et de permettre aux populations locales de produire leurs propres denrées et d’accéder à l’autosuffisance.

 

Entretien réalisé par Iris Bertrand

 

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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 05:31

 

Après avoir démontré les effets ravageurs du libéralisme, Philippe Squarzoni s’est attaqué, dans Saison brune, au réchauffement climatique. Une enquête fouillée, publiée en 2012, qui détaille de façon aussi exhaustive que didactique les mécanismes. Et toujours d’actualité. Entretien.

 

Pouvez-vous revenir sur la genèse de Saison brune ?

PHILIPPE SQUARZONI Je finalisais Dol, consacré au bilan des politiques libérales du second mandat de Jacques Chirac, mais il me restait un passage à traiter, celui de l’écologie. Je voulais faire le tour de l’action, surtout de l’inaction politique sur cette question climatique. Je me suis aperçu que je ne connaissais pas grand-chose. C’est là que j’ai découvert l’ampleur du phénomène. Je le soupçonnais sans le connaître vraiment…

 

Le réchauffement, c’est quelque chose qui vous parlait ?

PHILIPPE SQUARZONI J’étais militant au sein d’Attac, mais pourtant, même en son sein, le sujet a émergé tardivement. Je sentais que c’était un gouffre, car se posait une série de questions d’ampleur : en termes de conséquences sur la société, de remise en question du modèle énergétique, de façon de penser… Mais je n’avais pas anticipé à quel point. On en a discuté avec mon éditeur, qui a accepté de me laisser travailler sur un album pas entièrement maîtrisé, sans date de sortie. Le livre est en quelque sorte devenu un prétexte pour m’informer : j’ai commencé à me renseigner, à lire de nombreux ouvrages. Un questionnement en amenait un autre. J’ai passé dix mois à faire des lectures. Au final, le plan du livre est assez simple : qu’est-ce que le changement climatique ? Quelles en sont les conséquences ? Quelles sont les réponses des gouvernements ? Comment faire pour préserver le climat et les valeurs de justice sociale ? En gros, c’est le plan du rapport du Giec, avec une dimension politique que cet organisme intergouvernemental ne peut pas se permettre.

 

Pourquoi avoir opté pour ce choix narratif, centré sur votre propre histoire ?

PHILIPPE SQUARZONI Comme je le décris dans le livre, je pars de ma propre prise de conscience comme procédé narratif. J’apprenais des choses au fil de mes lectures et de mes rencontres. Cela me permettait de faire part de mes questionnements et, en même temps, de mon désarroi. Et le mot est faible. Au fur et à mesure que j’emmagasinais des connaissances, j’en perdais le sommeil. Sans tomber dans le catastrophisme, c’est assez terrifiant de constater que nos modèles de production ont mis à mal la société. Me mettre en scène permettait aussi de me mettre au même niveau que le lecteur, de ne pas être dans la position du donneur de leçons.

 

L’ouvrage fait 480 pages. N’aviez-vous pas peur de faire un livre « indigeste » ?

PHILIPPE SQUARZONI Je voulais dire les choses de manière intéressante. J’ai avancé en gardant tout ce qui m’intéressait, du coup, je me suis retrouvé avec une montagne d’informations. Bien que le propos soit compliqué, j’ai essayé de garder ce qui était le plus compréhensible. Et j’ai utilisé tous les outils narratifs de la BD (métaphore graphique, dialogue, anecdote, etc.), ce qui permet de lire Saison brune sans avoir besoin de connaissances scientifiques précises. Parfois, dans certains livres, on a l’impression de passer à côté de choses. Là, je pense avoir réussi mon pari. Je me suis planté deux fois, j’ai fait des interviews trop techniques et me suis rendu compte que je ne pourrais jamais les retranscrire. Je n’ai pas eu de difficulté, pas rencontré de lassitude, ce qui n’était pas gagné, en effet, avec 480 pages et ce type de dessins…

 

Sept ans après, le sujet est toujours autant d’actualité, voire plus encore, n’est-ce pas ?

PHILIPPE SQUARZONI Les étés sont peut-être un peu plus rudes, les manifestations climat ont sensibilisé plus de personnes. Mais on vit dans une société où une actualité en chasse une autre. Le mouvement des gilets jaunes est une surprise et, en même temps, tellement logique. Et quand ça arrive, c’est sous le mandat d’Emmanuel Macron. C’est un cynique qui n’a rien compris. Le pire de tous. Il fait de temps en temps un discours enflammé. Mais, concrètement, il agit à l’inverse. Il affaiblit les corps intermédiaires, fait passer des mesures au forceps malgré les syndicats et, au final, crée de la colère à gauche comme à droite. La colère est toujours la même. Et, en plus, il y a ce flou idéologique qu’il a contribué à créer, ni de droite ni de gauche. Vouloir imposer une taxe écologique, c’est très maladroit. On ne peut pas faire d’écologie sans se soucier des plus pauvres. C’est une question de justice sociale. Si on ferme tous les robinets (retraites, cotisations sociales, accès aux hôpitaux, aux services publics, etc.) et qu’on continue à donner aux plus riches, cela ne va pas ruisseler… Qu’importe, lui, il fait le dos rond et attend que ça passe. Le problème, avec la question du réchauffement, c’est qu’il faut de la volonté politique, d’autres convictions. On est en train de rétropédaler alors qu’on a pris énormément de retard… En fait, il y a plein de sujets afférents que j’aimerais traiter. Probablement y aura-t-il une suite…

 

Saison brune, de Philippe Squarzoni, 480 pages, Éditions Delcourt, 2012.

Entretien réalisé par Alexandra Chaignon

 

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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 05:29

Comment le néolibéralisme met la main sur un modèle conçu à l’origine pour s’attaquer au capitalisme et « ubérise » les petits producteurs.

par Pierre Ginet

Le néolibéralisme grave son action dans les sociétés, les économies et les territoires qu’il recompose. Face à une population plus lucide mais intellectuellement encore trop peu armée, les élites néolibérales poursuivent leur pillage et proposent avec cynisme de réparer le monde et de l’améliorer !
L'exemple des projets alimentaires territoriaux et de leur déploiement, illustre ce processus cynique et implacable.

DES CIRCUITS COURTS AUX PROJETS ALIMENTAIRES TERRITORIAUX (« Cause Commune » - Revue d’action politique du PCF – Mars 2019).

Les circuits courts en réaction au modèle capitaliste

Dans un contexte de crise agroenvironnementale, puis face au modèle agroindustriel dominant, aux effets sociétaux, environnementaux et sanitaires catastrophiques, émerge dans les années 1960, la notion de circuit court, avec les teikei (partenariats) japonais, puis leurs variantes, association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) et Ruches en France, Groupes d’achats solidaires de l’agriculture paysanne (GASAP) en Belgique, etc. Elle correspond à la structuration de bas en haut (bottom up) de systèmes de production et de distribution d’aliments dans des espaces restreints, orchestrée par des petits exploitants indépendants, au contact direct (ou quasi direct) des consommateurs. Un modèle d’organisation viable, vivable et équitable qui présente de nombreux atouts : sécurité alimentaire, réduction de l’empreinte territoriale, recyclage des déchets organiques, restitution au producteur du bénéfice de la vente, réduction du budget alimentaire des ménages…

 

Conceptualiser pour accaparer : Des circuits courts au système alimentaire territorialisé

Les circuits courts autogérés constituent une alternative démocratique et durable au modèle agroalimentaire néolibéral… et par conséquent un risque pour les néolibéraux, en raison du manque à gagner financier, pour eux, d’une telle organisation. Aussi proposent-ils d’autres solutions, de prétendues solutions dont le but n’est pas de remédier aux problèmes qu’ils ont contribué à créer mais de ne laisser aucune nouvelle forme d’organisation du marché échapper à leur insatiable cupidité. En sapant l’instauration de modèles économiques qui évitent les passages obligés que sont l’emprunt, le crédit, la banque, la grande distribution, l’industrie agroalimentaire. Un outil conceptuel est créé pour cela : le système alimentaire territorialisé (SAT ou SALT). Il replace la notion de circuit court dans la perspective néolibérale : ces SAT « cohabitent le plus souvent avec le système agro-industriel sur un même territoire, la complexité et la diversité des modèles en résultant étant présentées comme un atout pour la sécurité alimentaire » (Fournier et al., 2014) ! Le concept de SAT, en hybridant circuit court citoyen et structure agroalimentaire capitaliste, place nolens volens ce premier dans la perspective de son instrumentalisation capitaliste, quand bien même, à l’origine, il en était à l’exact opposé !

« Le concept de SAT, en hybridant circuit court citoyen et structure agroalimentaire capitaliste, place ce premier dans la perspective de son instrumentalisation capitaliste quand bien même, à l’origine, il en était à l’exact opposé ! »

 

Des SAT aux projets alimentaires territoriaux, l’adoubement de la logique marchande par la strate politique

La notion de SAT forme un sas sémantique entre la notion de circuit court et celle, politiquement instrumentalisée, de projet alimentaire territorialisé de bas en haut, dispositif opératoire légalisé par le droit (Ndlr : néolibéral), permettant in fine aux néolibéraux de contrôler démocratiquement les circuits courts (voir ci-dessus). Ainsi, l’association des régions de France et l’État soutiennent depuis 2014 la mise en place de tels systèmes au travers de la loi d’avenir pour l’agriculture qui prévoit un ancrage territorial de l’alimentation. Insidieusement abordées dans les années 2010 par la clef d’entrée du développement  des circuits courts, de nombreuses métropoles mettent depuis en place des projets alimentaires territoriaux (PAT). Une  gestion multiniveaux  organise la perpétuation de la suprématie des poids lourds du secteur. Des réseaux de recherche-action analysent les SAT et donnent aux acteurs locaux les connaissances pour les aider à mettre en œuvre leur PAT. Le lien démontré entre bio et santé facilite la transition. Une institutionnalisation encadre ce réagencement soigneusement écoblanchi : « Les projets alimentaires territoriaux introduits par la loi du 13 octobre 2014 d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt ont l’ambition de fédérer les différents acteurs d’un territoire autour de la problématique centrale de l’alimentation, contribuant ainsi à la prise en compte de ses dimensions sociales, environnementales, économiques et de santé » (Le Foll, 2017). L’émergence de cinq cents nouveaux PAT à l’échéance 2020 est prévue. À la clef : l’ubérisation des petits producteurs, hausse des prix et captation des bénéfices.

 

Le cas de la Lorraine : masochisme ou trahison politique ?

La gestion des circuits courts une fois légitimée et organisée par la puissance publique, le secteur privé prend les rênes. Le 13 avril 2017 sont organisées dans les locaux de l’hôtel de ville de Nancy les « rencontres sur le territoire », conférence-débat animée par des experts de l’alimentation, des sociologues, des acteurs du territoire pour répondre ensemble et de façon concrète à la construction d’un projet alimentaire territorial durable. En clair, une initiative du groupe privé Sodexo (chiffre d’affaires 2017 : 20 milliards d’euros, 425 000 salariés), adoubée par le maire de Nancy, et légitimée à l’instar d’autres projets par des scientifiques pourvoyeurs de caution scientifique. Une stratégie de dépeçage territorial de plus de la Lorraine, déjà région-victime. Lors de cette manifestation, autour de la question générale, produire et consommer local : « Comment construire un modèle durable pour demain ? », les questions ouvrant à des arguments en faveur de la légitimation de ce projet… durable (on notera le double sens et l’ironie du terme) sont abordées. La logique de néolibéralisation à l’œuvre n’est pas dénoncée. Au même moment, Sodexo s’engage à acheter 40 % de produits locaux pour alimenter la cuisine centrale de Nancy (Journal des entreprises, 2017).

 

De la surface des choses à leur analyse géopolitique

Les projets alimentaires territoriaux s’appuient sur le double langage habituel des néolibéraux : officiellement témoigner de leur intérêt pour  réparer le monde qu’ils saccagent ; en sous-main, définir les règles qui métaboliseront les circuits courts, devenus conceptuellement des SAT puis légalement des PAT, règles qui, in fine, permettront aux prédateurs capitalistes (grandes surfaces, banques, etc.) de conserver le contrôle d’un marché et d’un monde réorganisé… pour eux. Une escroquerie en bande organisée remarquablement conduite, laissant paraître pour vertueux un processus toxique.

 

Pierre Ginet est géographe. Il est professeur à l’université de Lorraine.

Cause commune n° 10 • mars/avril 2019

 

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15 août 2019 4 15 /08 /août /2019 05:37

 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat rend public aujourd’hui un rapport consacré aux interactions entre les sols, les écosystèmes et le réchauffement. Outre le climat, la sécurité alimentaire est en jeu.

Ce sera le deuxième d’une série de trois : le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) rend public, ce matin, un rapport spécial consacré au secteur dit « des terres », à ses interactions avec le climat et à leur impact sur la sécurité alimentaire. Après la publication, en octobre 2018, d’une analyse explorant la possibilité de limiter le réchauffement global à 1,5 °C, et avant une prochaine synthèse, attendue fin septembre, qui portera sur la cryosphère (les zones glacées de la planète) et les océans, les scientifiques mettent donc le focus sur les sols. Et l’on ne parle pas là uniquement humus : l’idée désigne la totalité de la surface émergée du globe et de ses écosystèmes, inclut les pratiques agricoles, forestières et pastorales. À la fois victime, problème et solution, l’ensemble constitue un point clé de la bataille contre le changement climatique. Un casse-tête, aussi, quand, à l’enjeu de réduire les émissions de gaz à effet de serre, s’ajoute celui de nourrir une planète en pleine croissance.

« Le changement climatique peut être un moteur important de la désertification et de la dégradation des terres, et affecter ainsi la production alimentaire », relevait le Giec en 2017, au moment d’entamer ses travaux. La sécurité alimentaire, quant à elle, « a des répercussions sur les émissions de gaz à effet de serre », poursuivaient les experts. « Le secteur des terres représente actuellement près d’un quart des émissions anthropiques mondiales », rappelle aujourd’hui Jean-François Soussana, directeur scientifique environnement à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), qui compte au nombre des coauteurs du rapport à paraître aujourd’hui. L’agriculture, et plus singulièrement l’agriculture industrielle, inclus élevages, en émet une très large part, essentiellement composée de protoxyde d’azote (N2O) et méthane (CH4). L’épandage et la production d’engrais azotés sont tout spécialement impliqués dans la production du premier. L’essentiel du méthane, gaz au pouvoir réchauffant 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2), est quant à lui le fruit du système digestif des bovins. L’élevage de ces derniers est en outre bien souvent impliqué dans un autre fléau climatique : la déforestation, et plus largement les changements d’usage des sols, fournit l’essentiel du CO2 émis par le secteur. Le système alimentaire mondial, en outre, est loin de faire la preuve de son efficacité, et affiche, par les chiffres, ses déséquilibres intrinsèques. « 800 millions de personnes sont toujours en situation de sous-nutrition chronique », reprend Jean-François Soussana. Un chiffre qui tend à augmenter. « À l’opposé, les maladies chroniques telles que l’obésité augmente dans les pays occidentaux. »

Réussir à trouver la combinaison qui permette à la fois de limiter le réchauffement et d’alimenter une population appelée à grandir – on parle de près de 9,8 milliards d’humains à l’horizon 2050, contre 7,5 milliards aujourd’hui –, voilà tout le but de l’exercice. L’intérêt entre les deux enjeux, en outre, est mutuel. Sécheresses, inondations, désertifications… Paru en 2013, le dernier grand rapport du Giec (à différencier des rapports spéciaux intermédiaires) avançait déjà clairement les menaces que fait peser le changement climatique sur la sécurité alimentaire mondiale. Un rapport de la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) est venu enfoncer le clou en 2014. Si rien n’est fait, assurent les experts, les rendements de la production alimentaire mondiale pourraient avoir baissé de 10 % en 2050. Protéger sols et végétation, à l’inverse, permettrait non seulement de les améliorer, mais constituerait également un levier majeur pour lutter contre le réchauffement.

Les terres sont un secteur clé pour parvenir aux objectifs de décarbonation permettant de contenir les températures sous la barre des 2 °C, voire 1,5 °C, avancent unanimement les spécialistes. Il offre tout à la fois des possibilités de stockage de carbone dans les écosystèmes et de la biomasse de substitution au carbone fossile, insistent-ils. Finalisé et voté hier par la centaine de scientifiques qui ont participé à sa rédaction et l’ensemble des 195 États membres de l’ONU, le nouveau rapport du Giec devrait non seulement préciser toutes ces données mais aussi établir un panorama des options possibles pour agir en conséquence.

Marie-Noëlle Bertrand

 

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