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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 07:56

 

Sous le titre générique « la face cachée des produits que nous consommons », INDECO-CGT a réuni quelques 200 personnes le 3 octobre à Montreuil pour une journée d’échanges consacrée à la réduction du bilan carbone des produits que nous consommons. Les débats ont montré que la manière de produire doit changer durant ce siècle pour freiner le réchauffement. Nos manières de consommer méritent aussi d’être interrogées, vu l’urgence qu’il y a à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le climatologue Jean Jouzel, membre du GIEC était le premier expert intervenant dans ce colloque. Alors qu’un réchauffement moyen de 1°C s’est produit en 150 ans, il a montré que nous sommes désormais dans une phase d’accélération avec une intensification des phénomènes climatiques extrêmes. « Si on ne fait rien nous allons vers + 5°C ou plus d’ici la fin du siècle en cours », a-t-il prévenu d’emblée. Puis il a donné quelques chiffres. Sur les 42 milliards de tonnes CO2 émises chaque année dans le monde, 37 milliards proviennent des énergies fossiles dont la consommation devrait continuer d’augmenter au moins jusqu’en 2030 alors qu’il faudrait les réduire de 40% à cette date pour viser la neutralité carbone en 2050 et contenir le réchauffement à +2°C d’ici la fin du siècle en cours comme revendiqué par les signataires de la Cop21 à Paris en 2015.

 

Mathieu Colleter, docteur en écologie marine, a rappelé que dans le monde 90% des stocks de poissons sont surexploités ou pleinement exploités. Mais nous allons avoir au fil des prochaines décennies des océans plus chauds et plus acides. De ces évolutions résultera selon lui « une diminution de la production primaire » fournie par les océans. Mathieu Colleter a également montré que la dégradation en cours des terres agricoles nous montre que « le modèle productiviste qui prédomine toujours sous l’influence du libre échange mondialisé doit être remis en cause sans attendre».

De son côté, la navigatrice Isabelle Autissier, présidente de WWF France, a montré comment les poissons et les oiseaux marins absorbent de plus en plus de matières plastiques. Ces dernières, baignées en milieu marin, s’imprègnent des odeurs de poissons et de crustacés et sont, de ce fait, avalées comme des proies. Le débat avec la salle a également montré que la pêche au chalut, pratiquée à grande échelle et à grande profondeur, est dévastatrice pour la faune marine. On sait que les casiers, la ligne et les filets sont des méthodes de pêche plus respectueuses du milieu marin que le chalutage. Mais, comme ce dernier permet d’augmenter les prises, il demeure trop massivement utilisé.

 

Manger du poisson frais, français et sauvage

Faut-il alors réduire sa consommation de poisson pour réduire la pression sur le milieu marin ? Isabelle Autissier a rappelé que la consommation moyenne de poissons et de crustacés d’un Français était de 34 kilos par an contre une moyenne mondiale de 11 kilos. Mathieu Colleter a préconisé trois critères d’achat qui seraient du frais, du français et du sauvage, à l’exclusion des poissons d’élevage eux-mêmes nourris de farines de poissons ce qui conduit à prélever énormément de poissons fourrages comme la sardine et le hareng en de nombreuses zones de pêche. 

Lors de la seconde séance, Philippe Antoine, ancien président de l’INDECOSA-CGT et désormais membre du Conseil national des déchets, a plaidé pour l’économie circulaire en lieu et place de l’économie linéaire et mondialisée dans laquelle l’extraction annuelle des matières premières a doublé depuis 1980. Il préconisé la « réparabilité » plutôt que de l’obsolescence programmée et s’est demandé si on devait être propriétaire de tout ce qu’on utilise, à commencer par la traditionnelle perceuse du bricoleur.

Valérie Gonçalvès de « SOS Futur » a rappelé que 13% de la population mondiale n’a toujours pas accès à l’électricité et que cette population habite surtout en Afrique où seulement 7% du potentiel de l’hydraulique, une énergie bas carbone, est utilisé aujourd’hui sur ce continent. Véronique Martin, membre du bureau confédéral de la CGT, a montré que le transport routier absorbe aujourd’hui 88% des parts de marché en France au point qu’il manque 30.000 chauffeurs dans notre pays du fait des conditions de travail dégradées. Parallèlement, la part de rail ne cesse de diminuer alors qu’il émet 10 fois moins de gaz à effet de serre que la route par tonne de marchandise transportée. Elle a suggéré le recyclage de nos déchets chez nous au lieu de délocaliser ces activités qui relèvent de l’économie circulaire.

 

Promouvoir l’agro-écologie et les circuits courts 

Jocelyne Hacquemand, secrétaire fédérale de FNAT-CGT, a rappelé que la planète compte 1 milliard d’affamés dont une majorité de paysans pauvres, voire privés de terre par les firmes de l’agrobusiness et les gouvernements à leur service. Dans le débat qui a suivi avec la salle, des intervenants ont argumenté en faveur d’une agriculture relevant de l’agro-écologie et des circuits courts. Cela aurait le triple avantage de réduire les importations , de réduire aussi la distance entre le fourche et la fourchette , de faire stocker plus de carbone par les sols répondant ainsi de façon pertinente à l’objectif de neutralité carbone que revendique le gouvernement pour 2050. Mais ce dernier fait chaque jour le contraire de ce qu’il conviendrait de faire dès à présent pour respecter cet objectif.

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 06:00

 

Les conclusions du nouveau rapport des experts du Giec sont glaçantes. Elles ouvrent, aussi, sur ce qu’il nous reste de marge de manœuvre pour éviter le pire et permettre le meilleur pour l’humanité.

Tout est enclenché, mais rien n’est encore coulé. S’il alerte une fois de plus sur les dangers relatifs aux bouleversements climatiques, le nouveau rapport spécial du Giec insiste aussi sur les marges de manœuvre à notre disposition pour empêcher le pire. Dans ce nouvel opus, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat s’est penché sur l’avenir des océans et de l’ensemble des surfaces glacées du globe, incluses celles de haute montagne. Pendant deux ans, une centaine de scientifiques de 36 pays ont épluché près de 7 000 études. Glaçante, leur synthèse ouvre cependant sur ce qui nous reste de champs d’action. Les choix que nous faisons aujourd’hui vont être critiques pour le futur de nos eaux, pressent en substance les experts, qui le notent : la survie d’une large part de l’humanité dépend de ce que l’on en fera.

Les zones côtières hébergent 680 millions d’habitants, soit près de 10 % de la population mondiale en 2010, rappelle le Giec, et devraient atteindre plus d’un milliard d’habitants d’ici 2050. Environ 670 millions de personnes vivent dans des régions de haute montagne. Quatre millions de personnes, enfin, vivent dans la région arctique. Toutes ces communautés sont particulièrement exposées aux changements océaniques et cryosphériques (cryo comme « glace » en grec ancien).

Ces derniers sont d’ores et déjà bien notables, énumèrent les experts. « Au cours des dernières décennies, le réchauffement climatique a entraîné un rétrécissement généralisé de la cryosphère », relèvent-ils. Les calottes glaciaires et les glaciers de montagne se sont réduits, de même que la couverture neigeuse et que l’étendue et l’épaisseur de la glace en mer Arctique. L’océan, globalement, s’est réchauffé sans relâche depuis 1970 – son taux de réchauffement a même plus que doublé depuis 1993. Il a aussi absorbé plus de 90 % de l’excès de chaleur du système Terre et entre 20 % et 30 % des émissions anthropiques de CO2.Conséquence de tout cela : le niveau des mers a augmenté 2,5 fois plus vite au début du XXIe siècle qu’au XXe. Les vagues de chaleur marine ont très probablement doublé de fréquence depuis 1982, l’acidification de la surface océanique va en s’accroissant, tandis que l’oxygène s’épuise jusqu’à - 1 000 mètres.

L’océan du futur n’aura pas le même visage à 1,5 °C qu’à 4,8 °C

Les effets sur les écosystèmes et les ressources en poissons et en eau potable se font déjà lourdement sentir, insiste le Giec, lequel souligne les impacts négatifs sur la sécurité alimentaire, la santé, et plus globalement le bien-être des populations touchées. Et ce n’est pas fini : quoi que l’on entreprenne aujourd’hui, tout cela promet de durer et de s’accentuer au bas mot jusqu’en 2040, voire 2050.

La suite, en revanche, dépend de ce que nous allons faire maintenant. Si l’avenir de l’océan et des glaces est désormais inéluctablement bouleversé, le niveau de ce bouleversement dépend de notre capacité à limiter le réchauffement.

Le Giec opère ainsi des projections selon deux scénarios. L’un, dit RCP8.5, correspond à la poursuite de notre trajectoire actuelle d’émissions de gaz à effet de serre et nous conduit à un réchauffement de 4,8 °C en 2100. L’autre, dit RCP2.6, correspond à une baisse drastique de nos émissions dès à présent et durant la prochaine décennie, et laisse envisager la possibilité de contenir le réchauffement à 1,5 °C. Dans un cas ou dans l’autre, le futur de la planète ne sera pas le même. Sous RCP8.5, l’océan devrait absorber 5 à 7 fois plus de chaleur qu’aujourd’hui d’ici 2100. Sous RCP2.6, il n’en absorbera que 2 à 4 fois plus. De la même manière, dans le cas d’un réchauffement planétaire stabilisé de 1,5 °C, la probabilité d’une mer Arctique libre de glace en septembre à la fin du siècle est d’environ 1 %. Elle grimpe entre 10 % et 35 % dans le cas d’un réchauffement de 2 °C, et ainsi de suite.

On le comprend, l’impact sur les sociétés humaines ira à l’avenant. Il dépendra, aussi, de notre capacité à nous y préparer. De façon très singulière, les experts du Giec s’attardent longuement sur les enjeux liés à l’adaptation. Beaucoup d’options s’offrent à nous, relèvent-ils. Certaines sont d’ordre technique – la protection des côtes peut diminuer par 2 ou 3 les risques d’inondation au cours du XXIe siècle –, d’autres en appellent à la solidarité internationale et au développement des droits humains : coopération et éducation figurent au premier plan des mesures que le Giec estime urgent de développer. Aucune, quoi qu’il en soit, ne permettra de compenser un réchauffement exaspéré.

Marie-Noëlle Bertrand

Alexandre Magnan : Penser à l’échelle des générations à venir

Le chercheur à l’Iddri et coauteur du rapport spécial du Giec explique : « Concernant l’élévation du niveau de la mer, nous avons déjà à notre disposition un portefeuille d’options d’adaptation. Submersion marine, érosion côtière, salinisation des sols… nous vivons déjà toutes ces choses un peu partout sur la planète. Nous avons l’expérience des solutions qui marchent et de celles qui ne marchent pas. D’une certaine manière, nous avons l’expérience du futur. Reste à la mettre en œuvre. À l’échelle globale, le problème n’est ni technique ni économique – l’argent existe. L’enjeu clé est d’arrêter de penser l’aménagement du littoral à l’échelle d’une année ou d’un mandat politique, pour le penser à l’échelle des générations à venir. Cela implique de revisiter la décision collective, afin de rendre acceptable que certaines décisions de transformation – comme la relocalisation de maisons – doivent être prises dès maintenant. »

 

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 14:44

 

L'éditorial de Christophe Deroubaix. 

La convergence des consciences est avancée : l’analyse qu’un même système broie la nature et les hommes devient un bien partagé. 

« Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes. » Il n’est pas tout à fait certain que ces paroles de l’Internationale résonnent dans les défilés de France et du monde qui auront lieu samedi 21 septembre, à l’occasion de la Marche mondiale pour le climat. Mais c’est bien cet esprit qui va dominer l’événement. Au terme d’une semaine où on a appris que le réchauffement climatique pourrait atteindre la toise vertigineuse de 7 degrés, 4 500 actions vont constituer autant de signaux pour un message choral adressé aux chefs d’État et de gouvernement qui se réuniront lundi à New York dans le cadre d’un sommet spécial de l’ONU : « Agissez ! »

La marche ne constituera pas la seule et unique forme de mobilisation de millions de citoyens. Dès ce vendredi, un outil forgé dans le « vieux monde » de la révolution industrielle sera utilisé : la grève. Les méthodes s’additionnent, elles ne soustraient pas. À l’instar de la « fin du mois » et de la « fin du monde » qui ne s’annulent plus mais se conjuguent. Greenpeace lie la dénonciation de l’inaction climatique et l’exigence de justice sociale. Les forces syndicales et sociales (CGT, FSU, Solidaires, gilets jaunes), qui préparent une implication sans précédent, ne disent pas autre chose. Les barrières entre militants environnementaux et militants sociaux se lèvent petit à petit.

La convergence des consciences est avancée : l’analyse qu’un même système broie la nature et les hommes devient un bien partagé. La convergence des actions s’avance : ce week-end sera, à n’en pas douter, à marquer d’une pierre blanche (ou verte). Cela suffira-t-il ? Sans doute pas. Déjà, des organisations de jeunesse – la nouvelle génération constitue la force motrice de cette émergence politique – envisagent de passer à l’étape suivante : la désobéissance civique. Tous les acteurs mobilisés ont en vue le cap qu’ils veulent prendre : un projet alternatif commun. « Citoyens, sauvons-nous nous-mêmes », n’est-ce pas ?

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 14:30
Marche pour le climat : velorution à-Morlaix- samedi 21 septembre 2019

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:05

 

«Action climatique, action pour la paix» est la thématique portée à l'occasion de ce 21 septembre, Journée internationale de la paix. Comme l'a affirmé Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, en juin dernier, «l'urgence climatique mondiale menace la sécurité collective et la stabilité du monde». C'est pourquoi, à l'occasion de ce 21 septembre 2019, à l'initiative des près de cent organisations membres du collectif "En marche pour la paix", dont le PCF, et à l'appel de la Grève mondiale pour le Climat, de grands rassemblements convergents sont organisés dans de nombreuses villes en France. Fidèle à son engagement pour la paix et la solidarité internationale, le PCF appelle à participer et à contribuer au succès de ces marches pour la paix et pour le climat.

21 septembre 2019: Marches Pour un Climat de Paix

Réchauffement climatique, sécheresse, famines, catastrophes naturelles, épuisement des ressources naturelles: notre planète, la flore, la faune et les êtres humains de tous les continents souffrent comme jamais de l'exploitation à outrance des matières premières par les multinationales, de la course à la rentabilité des exploitations agricoles, de l'agressivité des accords de libre-échange, de la pollution des écosystèmes, des terres, des mers, de l'air! Autant de facteurs qui vont aggraver les tensions, les conflits, les risques de nouvelles guerres.

La civilisation humaine a pourtant les capacités intellectuelles et techniques de surmonter tous ces défis, mais il faut pour cela une volonté politique forte et une solidarité internationale, des coopérations renforcées, démocratiques et centrées sur les besoins humains, sociaux et écologiques.
Pour relever les défis climatiques et écologiques, celui du développement et du combat contre les inégalités et injustices sociales, le monde, chacun de nos pays a besoin d'envisager de nouveaux modes de production, de développement, de consommation.

 

Urgence pour le désarmement nucléaire et la paix

Les relations internationales sont soumises comme jamais aux rapports de domination économique et de conquête des marchés, aux chantages, aux menaces militaires et aux sanctions. L’OTAN est mise au service de cette logique d’exploitation et de mise en concurrence entre les peuples et participe activement à la relance de la course aux armements: en 2018, les ventes d’armes ont progressé pour attendre 1800 milliards de dollars et dont la moitié provient des seuls pays membres de l’OTAN!
Les perspectives pour 2019 et 2020 sont encore plus alarmantes après la fin du Traité sur les armes nucléaires intermédiaires (INF) entre les États-Unis et la Russie: L’annonce par les États-Unis de nouvelles armes nucléaires de moyenne portée, le développement de nouveaux types d’armes utilisant les drones ou les satellites et le renforcement général des capacités militaires dans le monde et le processus en cours en France visant au quasi doublement des crédits pour les armes nucléaires dans le cadre de la loi de programmation militaire en cours.

Faire reculer la guerre, agir pour la coopération entre les peuples et promouvoir un modèle de développement partagé et solidaire en utilisant autrement l’argent gaspillé dans la course aux armements, c’est aussi répondre à la crise climatique.

 

Urgence climatique et écologique

Les politiques libérales et de libre-échange ne sont pas compatibles avec la préservation des écosystèmes, la préservation des ressources, la profonde transformation des modes de production, d’échanges et de consommation qu’appelle l’urgence climatique. Ce que les sociétés humaines ont besoin, c'est d'abord de coopérations économiques et d'échanges commerciaux dont les finalités servent le développement économique, social et humain et non la finance. Le 4 novembre, le CETA passera devant le Sénat. La mobilisation du mois de juillet est parvenue à mettre ses partisans en difficulté, nous pouvons maintenant gagner la bataille et un vote de rejet du traité.

 

Urgence sociale

Les politiques austéritaires menées en France, en Europe et partout où règne le capitalisme mondialisé remettent en cause le pouvoir d’achat, les droits démocratiques et sociaux conquis, et les libertés. Tout de suite, il est possible de faire autrement: en récupérant l'argent versés aux actionnaires au détriment des salariés ou des investissements, en récupérant les sommes astronomiques planquées dans les paradis fiscaux et «optimisés» à bon frais, en privilégiant la rémunération du travail, l'investissement dans les services publics.

L’action pour la paix, l’action pour le climat, l’action pour la justice sociale sont indissociables. Elles sont l’affaire de toutes et de tous. Soyons nombreuses et nombreux à être présents et visibles samedi dans tous les rassemblements.

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 05:01

 

+7° C en 2100 : Alors que se tiendra la semaine prochaine un congrès de l’ONU sur le climat, des scientifiques français ont présenté ce mardi de nouvelles simulations qui vont dans le sens d’un réchauffement accentué.

Quels que soient les efforts qui seront faits pour le contrer, la planète se dirige vers un réchauffement plus important que prévu d’ici à 2100. Tel est la nouvelle alerte lancée ce mardi 17 septembre par des scientifiques français du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et de Météo France. Ces simulations climatiques serviront de base au sixième rapport d‘évaluation du groupe des experts de l’Onu sur le climat (Giec), prévu pour 2021.

 

Dans le pire des scénarios, qui repose sur une croissance économique rapide alimentée par des énergies fossiles, « la hausse de température moyenne atteint 6,5 à 7°C en 2100 ». Dans le dernier rapport du Giec de 2014, le pire scénario prévoyait +4,8°C par rapport à la période pré-industrielle… Les conséquences sont celles qu’on commence à ressentir, mais celles-ci seraient amplifiées : les canicules deviendraient la norme, les épisodes de sécheresse seraient plus longs et les feux de forêts plus nombreux. Les scientifiques évoquent même « à partir de 2070, une Garonne à sec pendant plusieurs mois ».

 

Le scénario le plus optimiste, « marqué par une forte coopération internationale et donnant priorité au développement durable », permet, quant à lui, de rester sous l’objectif des 2°C de réchauffement mais « tout juste », avec « un effort d’atténuation (…) important ». Celui-ci « implique une diminution immédiate des émissions de CO2 jusqu’à atteindre la neutralité carbone à l’échelle de la planète vers 2060, ainsi qu’une captation de CO2 atmosphérique de l’ordre de 10 à 15 milliards de tonnes par an en 2100 », ce que la technologie ne permet pas de faire actuellement.

 

Ces nouvelles sont d'autant plus inquiétantes que ces nouveaux modèles climatiques développés, sont plus fiables et plus fins que les précédents. Sans compter qu’ils s’ajoutent à d’autres modèles étrangers qui vont eux aussi dans le sens d’un réchauffement accentué. « La température moyenne de la planète à la fin du siècle dépend donc fortement des politiques climatiques qui seront mises en œuvre dès maintenant et tout au long du XXIe siècle », insistent le CNRS, Météo France et le CEA. Mais alors que l’Accord de Paris sur le climat de 2015 prévoit de limiter le réchauffement de la planète bien en-dessous de 2°C, voire 1,5°C, le monde n'en prend pas le chemin, loin de là. Les engagements pris jusqu'à présent par les Etats entraîneraient un réchauffement de 3°C. Le sommet prévu lundi à l’Onu doit justement servir à appeler les dirigeants mondiaux à rehausser leurs ambitions.

 

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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 05:12

 

Réunis aux Nations unies dans le but de négocier un traité mondial sur la haute mer, les gouvernements disposent d’une occasion unique pour sauver la biodiversité. Entretien avec Edina Ifticène, de Greenpeace.

La Conférence intergouvernementale sur la biodiversité marine des zones hors de la juridiction nationale a lancé il y a une semaine à New York sa troisième session de négociations. Pour Edina Ifticène, c’est le moment ou jamais de frapper fort.

En quoi cette conférence est-elle un rendez-vous important pour l’écologie ?

Edina Ifticène Après dix ans de discussions, les membres des Nations unies s’accordent enfin sur la nécessité d’un traité de protection des eaux profondes internationales. Lors de ce rassemblement, un texte concret a été mis sur la table, prêt à être discuté. Le texte présenté porte des options très fortes, mais peut également être réduit à un strict minimum parfaitement inefficace. C’est donc l’occasion de jauger la réelle volonté politique des États à agir.

Quels points sont pour vous incontournables dans la ratification du texte ?

Edina Ifticène Le premier élément, c’est celui de la gouvernance. Quel mandat entend-on donner au texte ? Sera-t-il consultatif ou véritablement coercitif ? Il faut faire en sorte que les États ne puissent pas s’y soustraire ! Le traité devra être doté d’un cadre institutionnel robuste comprenant : une conférence des parties, qui se réunit annuellement, un comité scientifique, un secrétariat permanent et un comité de contrôle. Ensuite, il y a la question des aires marines protégées, un outil très efficace. C’est la seule alternative de conservation qui permettra la résilience des espèces et la gestion durable des ressources. Les zones protégées pourront éviter la pêche intensive, le forage pétrolier, ou toute autre activité dévastatrice suivant ses spécificités. En 2016, la communauté scientifique s’est accordée pour dire qu’au moins 30 % des espaces de haute mer devaient être placés sous protection pour éviter la catastrophe écologique. Mais si cela est aujourd’hui impossible, le traité doit ouvrir cette voie de protection.

Les impératifs financiers qui se dressent face aux impératifs de protection sont-ils contournables ?

Edina Ifticène Les enjeux économiques qui viennent se confronter à l’inquiétude climatique sont à combattre sur le plan politique. Un exemple : la gestion des ressources génétiques en haute mer. Aujourd’hui, elles sont soumises à la prédation des grands groupes privés et de la recherche scientifique des États les plus riches. Sauf que le vivant ne devrait pas être breveté par un groupe comme Bayer ! Il faut que ces connaissances puissent être accessibles à tous. De plus, les recherches effectuées doivent être encadrées de telle sorte qu’elles n’endommagent pas les écosystèmes marins. Toute exploitation doit s’accompagner d’études d’impacts.

Les différents États se montrent-ils enclins au processus de négociation ?

Edina Ifticène Tous les acteurs n’appréhendent pas la conférence de la même façon. L’Union européenne plaide pour un mandat réel du traité alors que le Japon ou les États-Unis poussent dans le sens du respect unique des conventions régionales. C’est une fausse bonne idée quand on sait que toutes ces conventions n’ont pas la même valeur juridique ou sont purement sectorielles. Il faut une coordination entre ces conventions et un traité international reconnu par tous.

Malgré tout, êtes-vous optimiste quant à l’issue de ces négociations ?

Edina Ifticène On se doit de l’être. Les négociations sont toujours en cours et je suis certaine qu’au bout il y aura un traité. La question, c’est lequel ? Représentant 73 % du volume des océans, les écosystèmes marins de haute mer jouent le rôle de pompe biologique en captant le CO2 présent dans l’atmosphère. Si nous respirons, c’est grâce aux océans ! Or 66 % de l’environnement marin est dégradé par l’homme. L’urgence est là !

Entretien réalisé par Iris Bertand

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1 septembre 2019 7 01 /09 /septembre /2019 05:18

 

Il aura fallu plusieurs semaines de feux dans l’Amazonie pour que le président français réagisse. Emmanuel Macron s’affiche désormais contre le traité de libre-échange européen conclu avec le Mercosur, et a dit au cours du G7 sa volonté d’organiser une aide internationale pour sauver le poumon vert de la planète. De son côté, le président brésilien, sous pression, a dépêché l’armée sur place.

Il aura donc fallu plusieurs semaines d’incendies en Amazonie pour que le président français réagisse. Vendredi 23 août, Emmanuel Macron a menacé de ne pas signer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, entériné fin juin par la Commission sortante. Il s’oppose « en l’état », a-t-il dit, à cet accord négocié avec les quatre pays du Mercosur que sont l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

Derrière l’Élysée, l’Irlande et l’Allemagne ont affiché des positions similaires, puis Donald Tusk, le président sortant du Conseil européen, leur a emboîté le pas : invité au G7 qui commençait samedi à Biarritz, il a déclaré juste avant l’ouverture du sommet, au sujet de l’accord UE/Mercosur, qu’il était « difficile d’imaginer un processus de ratification » tant que le gouvernement brésilien permettait « la destruction » de l’Amazonie.

Ce dimanche sous le soleil basque, Emmanuel Macron est allé jusqu’à annoncer « des moyens économiques et financiers » pour lutter contre la déforestation – mais sans être plus précis. La France, avec la Guyane française, « est l’un des neuf pays amazoniens », a-t-il dit. « Nous sommes en train de travailler à un mécanisme de mobilisation internationale pour pouvoir aider de manière plus efficace ces pays. » Sur ce sujet comme sur les multiples autres abordés pendant ce G7 (nucléaire iranien, Brexit, guerre commerciale Chine/États-Unis...), la détermination est de mise, mais les effets se feront attendre.

De son côté, le président brésilien a fini par réagir aussi en cette fin de semaine. Alors qu’il laissait jusqu’ici le poumon vert de la planète s’embraser sans vouloir intervenir, considérant dans un premier temps les incendies comme « naturels » alors qu’ils sont d'origine criminelle, puis accusant les ONG de les avoir provoqués afin de toucher des financements, Jair Bolsonaro a annoncé, dans une allocution destinée à « la campagne de désinformation construite contre la souveraineté » de la nation brésilienne, le déploiement de l’armée.

Par décret, il a autorisé à partir de samedi et pour une durée d’un mois les gouverneurs des États concernés à recourir à aux moyens militaires pour « l’identification et la lutte contre les foyers d’incendie », ainsi que pour « des actions préventives et répressives contre les délits environnementaux ». Des Canadairs ont commencé à intervenir sur les feux au cours du week-end, tandis que les incendies s’étendent depuis quelques jours à la Bolivie voisine. Donald Trump y est allé de son tweet à son tour, assurant Brasilia de son soutien pour lutter contre les feux de la forêt tropicale.

« Bolsonaro s’exprime au niveau national, mais n’annonce aucune mesure concrète pour lutter contre la déforestation », a réagi l’antenne brésilienne de Greenpeace. Il faut dire que depuis l’arrivée au pouvoir du leader d’extrême droite, en janvier dernier, les autorités brésiliennes ferment les yeux sur la déforestation du poumon amazonien, provoquée depuis des années par les lobbies de l’agriculture industrielle et de l’exploitation minière.

Sobrevoamos a Amazônia ontem, 23, para documentar as queimadas. Esse é o resultado do desmonte da política ambiental promovida pelo governo Bolsonaro, que cortou verbas e diminuiu as operações de combate aos crimes ambientais. https://t.co/VSY6hrGSJO#TodosPelaAmazôniapic.twitter.com/ZJ8SvSZ38J

L’Institut national de recherche spatiale brésilien, l’INPE, a pourtant publié le 6 août des chiffres alarmants : au cours du mois de juillet, 2 254 km² dans le pays ont été déboisés, contre 596,6 en juillet 2018 – soit une augmentation de 278 % sur un an. La réaction politique a été immédiate : le directeur de l’Institut, Ricardo Galvão, a été limogé dans les jours qui ont suivi…

Cette politique criminelle vis-à-vis de la forêt amazonienne et des populations qui l’habitent n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une série déjà lourde de conséquences de mesures climato-sceptiques et anti-écologiques prises par le président d’extrême droite depuis son accession au pouvoir.

Bolsonaro a commencé par refuser d’accueillir la COP 25, la prochaine conférence internationale sur le climat qui doit se tenir en décembre prochain (et qui aura finalement lieu au Chili). Il a ensuite dissous le Conseil national pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, qui constituait un espace de discussions entre les autorités brésiliennes et différents secteurs de la société. Puis il a confié au ministère de l’agriculture – où il a placé une représentante du lobby de l’agrobusiness – la délimitation des terres indigènes, qui relevait jusque là de la Fondation de l’Indien – ce qui permettait de sanctuariser des espaces de forêt vierge. Il a également mis sous sa coupe la protection des forêts.

Comme notre correspondant au Brésil le racontait déjà au mois de juin, Bolsonaro a également abaissé toutes les normes environnementales du pays et s’est livré à une chasse aux sorcières à l’intérieur des administrations. Les budgets du ministère de l’environnement sont allés dans le même sens : certains secteurs comme celui de la lutte contre le changement climatique ont accusé une baisse de 95 %. L’Ibama (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles, qui dépend du ministère) a subi en moyenne 24 % de coupes budgétaires – une chute qui atteint 38 % pour la prévention des incendies. Cette mesure « devrait faire des ravages en Amazonie, alors que la saison des incendies s’étale entre juin et octobre, et que beaucoup de départs de feu sont intentionnels, permettant de valoriser des terrains aux yeux d’éleveurs ou de grands fermiers », écrivait alors Jean-Mathieu Albertini, le correspondant de Mediapart à Rio de Janeiro…

Il n’y a pas de hasard. La politique menée depuis le début de l’année par Jair Bolsonaro va clairement dans le sens des lobbys agroalimentaires. Un chiffre : en six mois, 239 pesticides ont été homologués dans ce pays qui est l’un des plus gros consommateurs de produits phytosanitaires au monde.

« Nous constatons que les institutions de protection environnementale sont de plus en plus affaiblies par les mesures du gouvernement. Concrètement, les organes de contrôle, comme l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles, ont vu leurs subventions coupées, et disposent donc de moins d’agents sur le terrain pour travailler », expliquait ce samedi au journal La Croix Julia Cruz, avocate brésilienne spécialisée en droit environnemental.

Tout au long du week-end, de multiples rassemblements ont eu lieu dans les villes du pays pour appeler à la protection de la forêt amazonienne et à la fin de la politique criminelle de Bolsonaro.

L’intervention de Macron sur ce dossier, si elle contribue à la pression internationale exercée sur le pouvoir brésilien, ne doit cependant pas faire illusion. Paris, avec son département d’outre-mer sud-américain, n’est pas la mieux placée pour faire la leçon. Certes, le projet Montagne d’or, cette vaste mine d’or au cœur de la forêt amazonienne en Guyane française, est pour le moment suspendu. Mais d’autres permis de recherche minière ont récemment été accordés par l’administration française. Dernier en date, le 3 août : la société Sands Ressources s’est vu accorder un permis portant sur 5 000 hectares de forêt.

Quant aux partenaires commerciaux de Paris et de Bruxelles, et au premier rang desquels le Canada avec qui l’UE a contracté un accord de libre-échange validé côté français par l’Assemblée nationale le 23 juillet dernier, le Ceta, ils ne font pas mieux : eux aussi sont impliqués dans la déforestation qui touche l’Amazonie depuis des années. Plusieurs sociétés canadiennes exploitent ainsi les minerais amazoniens, et l’une d’entre elles, Belo Sun Mining Corp., a désormais la main sur l’une des plus grandes réserves d’or du Brésil, située à côté du barrage de Belo Monte. Pour l’instant, les opposants ont réussi à interrompre le projet (retrouver le reportage de notre correspondant), mais nul ne sait combien de temps cela tiendra.

La prise de conscience du président français est pour le moins tardive et sans grande cohérence. En suspendant l'accord commercial avec le Mercosur après avoir accepté celui du Ceta, Emmanuel Macron contredit la position française. Car l’un et l’autre reposent sur une même philosophie – l’export de l’industrie européenne, en échange de produits agroalimentaires issus du continent américain sur lesquels on est beaucoup moins regardant qu’en Europe. L’agro-industrie européenne elle-même est liée à la déforestation amazonienne, car la monoculture de soja qui se développe sur une grande partie de ces nouvelles terres agricoles est, aussi, destinée aux élevages occidentaux. D’après un rapport de Greenpeace publié en juin dernier, près de la moitié du soja consommé à l'échelle mondiale est produit au Brésil et en Argentine, et l’Union européenne est le deuxième importateur mondial de soja.

 

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 05:13

 

La colère monte à Marseille, comme les panaches de fumée qui noircissent le ciel les jours où le mistral tombe. Depuis quelques années, les autorités du Grand Port maritime de Marseille (GPMM) sont sous le feu des associations de riverains et des organisations de défense de l’environnement, qui dénoncent la pollution causée par les navires. Longtemps oublié par le législateur, le transport maritime va devoir se mettre au vert.

Le Grand Port Maritime de Marseille est-il en train d’asphyxier la cité phocéenne ? Les fumées noires des navires stagnent sur la ville quand le mistral tombe, et la chape de pollution est plus pesante encore les jours de grande chaleur. Chaque année, 3 400 navires font escale dans la cité phocéenne, dont plus de 500 bateaux de croisière. Trois millions de voyageurs ont ainsi transité dans le port en 2018, dont 1,3 million sur les lignes régulières vers la Corse et le Maghreb. Les autorités estiment que le cap des deux millions de croisiéristes pourrait être franchi en 2020, contre 20 000 il y a 20 ans. Une croissance exponentielle qui a violemment fait ressurgir le problème de la pollution dans le débat public. En 2016, les associations France Nature Environnement et Nabu ont réalisé des mesures de la qualité de l’air à différents endroits de Marseille, avec des résultats inquiétants : 5 000 particules ultrafines par centimètre cube ont été mesurées dans le centre de l’agglomération, contre 60 000 dans un quartier résidentiel proche du port. Au niveau mondial, le transport maritime serait responsable de 5 à 10 % des émissions d’oxyde de soufre (SOx) et de 17 à 31 % des émissions d’oxyde d’azote (NOx).

Selon Air Paca, les émissions de NOx d’origine maritime dans la métropole marseillaise ont ainsi pour la première fois été plus importantes en 2018 que celles des rejets routiers. Longtemps oublié par les durcissements successifs des normes environnementales, le trafic maritime est dans le viseur des législateurs. Dès 2020, selon une directive de l’Organisation maritime internationale (IMO), les armateurs devront ainsi utiliser un fioul avec une teneur en soufre plafonnée à 0,5 %, contre 3,5 % aujourd’hui, pour les navires ne transportant pas de passagers.

« Quand nous étions enfants, la mer arrivait en contrebas de notre jardin, mais aujourd’hui il y a des jours où je ne peux même pas ouvrir les fenêtres tellement l’air est vicié », se désole Michèle Rauzier, membre de l’association Cap au nord, qui milite pour la défense du cadre de vie dans les quartiers nord marseillais. Autrefois, le sucre de canne en provenance de La Martinique et de La Réunion s’entassait sur les quais du cap Janet, mais ce sont désormais des touristes qui débarquent sur le môle Léon-Gourret, visible depuis les fenêtres de la maison de la retraitée. Les autorités municipales se félicitent de cette nouvelle manne financière, mais celle-ci reste très difficile à évaluer. Selon la chambre de commerce et d’industrie Marseille-Provence, la croisière aurait généré 310 millions d’euros de retombées économiques en 2016, mais personne ne semble capable d’estimer les dépenses réelles des touristes à terre, quand ceux-ci se hasardent à visiter la ville.

Outre les bateaux de croisière qui s’alignent le long du môle Léon-Gourret, le secteur de Saint-Henri est directement frappé par les panaches de fumée des navires en réparation à la Forme 10, longue de 465 mètres, la plus grande forme de réparation navale de Méditerranée, réouverte en décembre 2017 après des années de travaux. « Dans les rues autour de chez moi, on ne compte plus les maladies cardio-vasculaires et les cancers, et cela crée une atmosphère très anxiogène », continue Michèle Rauzier. Autrefois, les fabriques de tuiles faisaient la fortune de Saint-Henri, attirant des travailleurs de toute la région et même d’Italie, et ce sont toujours les descendants de ces ouvriers qui habitent les maisons donnant sur les zones industrielles. « Nous essayons de nous faire entendre, mais à Marseille tout le monde fait ce qu’il veut et les quartiers nord sont encore une fois délaissés. »

 

« Autrefois, nous pouvions voir la mer, aujourd’hui l'horizon est bouché par les bateaux », soupire de son côté Élisabeth Pelliccio, présidente du comité d’intérêt de quartier (CIQ) de Saint-André. « Nous ne sommes pas contre l’activité du port, qui est indispensable à la santé économique de Marseille, mais nous exigeons que les riverains soit protégés. Nous demandons que l’Agence régionale de santé (ARS) lance ici une grande étude épidémiologique pour constater l’ampleur de la catastrophe sanitaire. »

Dès 2021, l’ensemble des 400 escales à destination de l’Algérie et de la Tunisie, ce qui représente 550 000 passagers par an, devraient s’installer au cap Janet pour décongestionner le centre-ville. Le terminal actuel sera étendu et pourra accueillir quatre navires à quai. Sa capacité sera portée à 2 600 véhicules par jour à l’embarquement et au débarquement. « Les navires polluants quittent les quais derrière le Mucem, pour se concentrer à Saint-André, continue Élisabeth Pelliccio. Cela va aggraver la pollution, sans compter l’arrivée des nouveaux camions que cette augmentation du trafic va engendrer. »

Depuis les tours de Consolat-Mirabeau, dans le quartier de Saint-André, la mer semble bien lointaine, cachée derrière les zones industrielles. Une voie ferrée envahie par la végétation coupe la cité, et c’est là que devaient passer les trains chargés de marchandises censés rejoindre le terminal à transports combinés à Mourepiane (TTCM), un projet de terminal logistique bloqué depuis 2015 à la suite d’une enquête publique. « Imaginez donc, des trains chargés de produits dangereux pourraient rouler au milieu des habitations », s’indigne Élisabeth Pelliccio.

Un peu plus bas, au pied des barres d’immeubles de la Calade qui surplombent le cap Janet, la priorité est d’abord de trouver de quoi survivre au quotidien. « La pollution, qu’est-ce que vous voulez que l’on y fasse ? Les fumées des bateaux, on les voit, mais les gens ici ont surtout besoin d’un emploi », lance un homme en haussant les épaules. Difficile ici de mobiliser, pour les associations qui se battent contre les pollutions venues du GPMM.

 

Le territoire du GPMM s’étend sur 400 hectares à l’est, du vieux port jusqu’à l’Estaque, et sur 10 000 hectares autour de la ville de Fos-sur-Mer. Premier port français, il représenterait 41 500 emplois directs et indirects. Après une chute de son activité due à la crise financière de 2008, il s’est stabilisé autour de 81 millions de tonnes traitées en 2018. Désormais, les autorités du GPMM ambitionnent de construire le « port du futur », par exemple avec l’installation d’un gigantesque centre de stockage de données dans un ancien bunker de la Seconde Guerre mondiale.

Hervé Martel, président du directoire du GPMM, a également annoncé le 6 juillet dernier le lancement d’un plan de 20 millions d’euros pour permettre le branchement à quai des ferries, de la réparation navale et des bateaux de croisière d’ici à 2025. Rien de contraignant, mais « un argument marketing » qui devrait convaincre les armateurs de réaliser les investissements nécessaires à l’électrification des navires. Des mesures accueillies avec scepticisme par les associations de riverains, qui évoquent des « effets d’annonce » incapables de combattre à court terme la pollution atmosphérique.

« Nous sommes les premiers touchés par la pollution, c’est pourquoi nous estimons que le branchement à quai est une avancée positive, explique Ludovic Lomini, le secrétaire général de la CGT des dockers de Marseille. Mais en attendant, en période de forte chaleur, il est nécessaire de limiter le nombre des bateaux de touristes qui accostent chaque jour. La croisière doit être complémentaire des autres activités du port. Si la croissance du nombre de voyageurs continue et que la pollution augmente, c’est toute notre activité qui sera montrée du doigt. »

Depuis 2017, les trois ferries de la Méridionale, qui relient la Corse au continent, bénéficient de branchements à quai qui permettent d’éliminer les émissions polluantes dans le port et d’éviter la combustion de deux à quatre tonnes de diesel par navire durant leurs 12 heures d’escale quotidienne. « Pour poursuivre la réduction de nos émissions de polluants, nous testons également un tout nouveau système de filtre à particules sur l’un de nos navires, explique Marc Reverchon, président de la compagnie. L’objectif est d’éliminer presque totalement les émissions de SOx en mer, de réduire de 99 % celles des particules fines (PM10/PM2,5) et de 40 à 60 % celles des particules ultrafines (PM1). » Installé sur les cheminées du navire Piana, le dispositif utilise du bicarbonate de sodium, injecté à la sortie des moteurs. Celui-ci agit sur les SOx pour les neutraliser et les capter. La poudre et les polluants sont récupérés et forment une couche qui capture mécaniquement les particules fines et les métaux lourds présents dans les fumées.

Pour tenter d’enrayer la pollution liée au trafic maritime, le député LREM des quartiers nord, Saïd Ahamada, milite aussi pour la création en Méditerranée d’une ECA, une zone à faibles émissions, comme celles qui existent déjà dans la Manche et en mer du Nord, et où la teneur en soufre des carburants marins est réduite à 0,1 %. Pour combattre les émissions de polluants, les autorités du port misent également sur le développement d’une nouvelle génération de navires, propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL). Soumis à la pression de la société civile, ces dernières vont de toute façon amplifier leur transition écologique et multiplier les concertations avec les riverains, dont les voix ont longtemps été ignorées.

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 04:58
TRIANGLE DE GONESSE ET EUROPA CITY : OU S’ARRÊTERA LA VILLE ? ("Progressistes" - Avril mai juin 2019 - revue PCF)
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