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31 juillet 2022 7 31 /07 /juillet /2022 05:44

 

 

 

 

 

 

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9 juillet 2022 6 09 /07 /juillet /2022 08:56

 

En Ile-de-France, comme en Bretagne, nous avons regardé dans la dernière semaine de juin les dépliants publicitaires édits par les enseignes de la distribution. Chacune tente de gagner des parts de marché contre la concurrence. En ce début d’été, les promotions se font surtout sur les vêtements et les boissons rafraîchissantes tandis que la viande perd du terrain, faute de prix bradés par les abattoirs. Quant au bilan carbone, c’est le dernier de leurs soucis.

Le mercredi 27 juin, une longue dépêche de l’Agence France Presse (AFP) diffusée à 3 h 18 du matin nous informait que les 27 pays membres de l’Union européenne avaient approuvé en début de nuit « de mardi à mercredi, cinq textes clés du plan climat de l’UE, s’accordant notamment sur le montant d’un fonds censé amortir pour les consommateurs l’impact du marché carbone élargi aux voitures et aux logements ». Selon cette dépêche, la Commission propose un fonds social alimenté par les recettes du nouveau marché du carbone sur le « logement et le transport routier » d’un montant de 72,2 milliards d’euros entre 2025 et 2032. Mais l’Allemagne, le Danemark, les Pays Bas et la Finlande ont trouvé ce fonds social trop élevé.

La France, qui assurait encore la présidence tournante des pays membres de l‘Union européenne, avait rallié la majorité des pays sur un compromis à 59 milliards d’euros entre 2027 et 2032. Concrètement, les travailleurs contraints d’utiliser leur voiture pour se rendre au travail paieront de plus en plus de taxes carbone. Mais les plus pauvres d’entre eux pourraient percevoir un petit quelque chose en échange. Ce genre de ristourne sera loin de compenser la somme dépensée via la taxe carbone et la TVA à chaque plein de carburant.

Six dépliants pour six enseignes différentes

En attendant, nous avions la semaine dernière dans les boîtes aux lettres de la région Ile-de-France un dépliant publicitaire de 48 pages de l’enseigne Leclerc et un autre de 72 pages édité par Carrefour. Les deux faisaient état des promotions entre le 28 juin et le 9 juillet. Mais dès le 4 juillet les boîtes aux lettres contenaient un autre dépliant de 64 pages édité par Carrefour et présenté comme « Spécial apéro d’été » avec des rabais de -60 % sur différents produits.

La semaine dernière, dans le cadre d’un déplacement contraint en région Bretagne, nous avons constaté qu’un dépliant de Leclerc de 48 pages proposait 32 adresses de magasins aux clients potentiels dans le Finistère, le Morbihan et les Côtes d’Armor. Dans les communes de ces départements bretons, les boîtes aux lettres des habitants avaient reçu une livraison groupée de 6 dépliants publicitaires provenant de six enseignes différentes. En plus Carrefour et Leclerc, Intermarché, Casino, Lidl, Netto et Espace Emeraude- cette enseigne ne vend pas de nourriture mais des tondeuses à gazon et divers autres équipements pour le jardin et la maison- complétaient le tableau.

Quand le vin rosé se substitue à la viande bovine

Tant que les abattoirs avaient besoin de déstocker de la viande fraîche, les promotions sur la bidoche figuraient dans les premières pages de ces dépliants. Mais, comme des années de prix bas ont obligé les paysans à vendre plus de vaches et des truies que prévu afin de payer les traites, cette décapitalisation débouche aujourd’hui sur une offre plus réduite, ce qui limite les prix de braderie. Car les abattoirs n’ont plus besoin de déstocker en cassant les prix. Voilà pourquoi les offres de viande occupent désormais peu de pages et sont reléguées en milieu de catalogue dans les dépliants des enseignes. En revanche, les vêtements d’été, les vins rosés et les bières sont en promotion dès les premières pages. En Bretagne le catalogue de Lidl affichait 36 vins rosés différents avec des premiers prix à 2,19 € la bouteille, à condition d’en acheter un lot de trois.

« En gros c’est moins cher », titrait le dépliant d’Intermarché et cela valait pour deux packs de bière totalisant 15 litres, mais aussi pour trois boîtes de thon en conserve, pour les six bouteilles de rosé du Pays d’Oc et pour un lot de six paquets de cacahuètes grillées et salées. Dans une note datée du 30 juin, l’INSEE indiquait que le chiffre d’affaires des grandes surfaces alimentaires a progressé de + 0,8 % en mai après +7 % en avril. Sur les seuls produits alimentaires, il ne progresse de +0,7 % en mai après +1,4 % en avril. Il est donc probable que les grandes enseignes prennent des parts de marché aux petits commerces ces derniers mois, tant les ménages sont soucieux de réduire leurs dépenses.

Les promotions étant différentes d’une enseigne à l‘autre, certains consommateurs peuvent aussi être tentés de faire plusieurs magasins concurrents pour trouver les bonnes affaires ; avec ce que cela suppose de kilomètres parcourus en plus, afin de réaliser quelques économies sur certains achats. Au final, le bilan carbone cumulé de la production, de la distribution dans les boîtes aux lettres et de l’usage qu’en font les consommateurs au moment de faire les courses est particulièrement élevé en plus d’être très consommateur d’un papier qui ne sera guère recyclé par la suite. De quoi faire flamber le prix du papier-journal, en hausse de 80 % sur les six mois premiers mois de l’année.

Taxer la publicité des grandes enseignes et au-delà

Nous sommes dans une Europe qui communique sans cesse sur la neutralité carbone en 2050. Elle le fait sans prendre les mesures qui permettaient d’y parvenir. Le moment n’est-il pas venu de mettre en place une taxe carbone, plutôt faible au départ, mais progressive au fil des ans, sur les dépliants publicitaires des enseignes commerciales ? Ne faut-il pas faire la même chose sur toutes les publicités diffusées sur les chaînes de la télévision publique et privée ? On pourrait utiliser une partie de cet argent pour verser une aide alimentaire mensuelle aux ménages les plus pauvres de notre pays.

Ces derniers jours plusieurs chaînes de la télévision ont invité Michel-Édouard Leclerc, qui aime se faire l’avocat des consommateurs en affirmant que faire jouer la concurrence sans retenue sur les prix des produits présentés comme des « marques de distributeurs » permettrait de baisser certains prix en magasin. Mais les distributeurs ne produisent généralement pas les produits de leurs marques. Ils imposent à leurs sous-traitants des prix d’achat qui ne couvrent pas les coûts de production, sauf à délocaliser certaines productions. Leclerc dit volontiers qu’on a manqué de moutarde car la production canadienne fut en recul en 2021.

Ce que Michel-Édouard Leclerc cache aux téléspectateurs

Mais il ne dit jamais que la production de graines en Bourgogne pour la moutarde de Dijon a été divisée par trois entre 2016 et 2020. Suite à la signature du CETA, l’accord de libre échange entre l’Europe des 27 et le Canada, les industriels de la moutarde de Dijon ont réduit leurs coûts de production en important des graines du Canada pour en faire baisser le prix de la même graine cultivée de longue date en Bourgogne. Du coup, les paysans bourguignons ont réduit les superficies pour faire du blé et du maïs à la place des graines de moutarde.

C’est aussi et surtout en contraignant leurs fournisseurs à importer des matières premières à bas prix que l’enseigne Leclerc et les autres ont augmenté la part des « marques de distributeurs » dans les linéaires des grandes surfaces. Mais avec la multiplication des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement, suite au Covid, puis à la guerre en Ukraine, les spéculateurs sont entrés en scène et les prix ont déjà augmenté de 5,8 % en France entre juillet 2021 et juin 2022.

 

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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 05:53

 

Nous venons de connaître, précocement, des chaleurs extrêmes. La fréquence, prévisible, de tels épisodes de fortes températures dus au changement climatique impose des mesures d’atténuation et d’adaptation. L'analyse de Robert Vautard, climatologue, et Julia Hidalgo, chercheuse à l’université de Toulouse.

Il faudrait concevoir des scénarios avec des objectifs et un agenda clairs, en plus des solutions existantes. Les sciences du climat permettent déjà d’y travailler.

 

ROBERT VAUTARD

Climatologue, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace

Depuis une dizaine d’années en France, pratiquement chaque été est ponctué de vagues de chaleur remarquables soit par leur intensité (en 2019, par exemple) soit par leur durée (en 2017-2018, par exemple) soit par leur décalage saisonnier, comme cette année en juin ou en septembre, comme en 2016. Malgré cette accélération du nombre de vagues de chaleur et des plans opérationnels pour la santé depuis 2003, celles-ci restent souvent les catastrophes naturelles les plus meurtrières. En 2019, elles avaient occasionné près de 2 500 morts en Europe de l’Ouest, et elles occasionnent régulièrement des pertes de rendement agricole.

 

En 2021, des records de température ont été battus d’environ 5 degrés au nord-ouest de l’Amérique, provoquant là aussi de multiples décès et des feux de forêt. Le débordement saisonnier des vagues de chaleur engendre déjà des conditions difficiles pour les activités sportives et scolaires, les examens de fin d’année qui se déroulent dans des conditions inégales de santé des écoliers face à la montée des températures.

De nouveaux pics de chaleur nous attendent : plus tôt, plus forts, plus longs, avec parfois des pointes bien au-dessus des records. Et les plus vulnérables, qui ont des logements mal isolés, vivent sous les toits ou dans les quartiers urbains les moins frais par manque d’espaces verts, en payent le prix fort.

Avons-nous préparé correctement ces conditions nouvelles ? Pas certain. Au-delà des solutions déjà imaginées (végétalisation des villes, agriculture résiliente, stockage de l’eau…), il faudra concevoir des scénarios climatiques simples et prévoir comment nous réagirons. Par exemple 50 degrés, comme au Canada en 2021, sur une ou plusieurs grandes villes densément peuplées comme Paris, Lyon, ou d’autres.

Il serait dommage de ne pas imaginer ce qui devrait être déployé pour y faire face, avec des objectifs et un agenda, en espérant que cela n’arrivera que dans plusieurs décennies, voire jamais. Ne serait-ce pas un exercice intéressant à réaliser avec une dimension nationale ou européenne, en coordonnant les travaux des différentes régions ? D’autres scénarios-tests sont aussi importants : canicule durant un été, canicule totalement hors saison, etc.

Pour tous ces scénarios, les sciences du climat disposent de méthodes, de données, de simulations qui permettent dès aujourd’hui d’y travailler. Elles réalisent aussi, comme en ce moment, des campagnes de terrain à Paris pour comprendre ce qui se passe en détail dans les villes en période de canicule, avec notamment la campagne de mesures Paname, et développent une stratégie pour les nouvelles générations de modèles qui vont apporter des informations climatiques plus précises.

Géré de plus en plus par l’action publique, le phénomène de chaleur extrême en milieu urbain devrait être intégré dans les politiques de prévention des risques.

 

JULIA HIDALGO

Chercheuse à l’université de Toulouse, responsable de projet au Cler, réseau pour la transition énergétique

L’action publique en matière de gestion des épisodes de vagues de chaleur en France s’articule autour de trois domaines : la santé, la réponse immédiate et l’urbanisme opérationnel. En matière de santé, l’opérateur principal est Santé publique France, chargé de la veille sanitaire et des actions de communication et de sensibilisation. Le deuxième volet est « la réponse immédiate ». Cela consiste à activer et mettre en œuvre le plan alerte canicule qui a été mis en place depuis 2003. Il relève à la fois de Santé publique France et de Météo France. Le troisième volet s’intéresse aux réponses à plus long terme grâce à la planification urbaine et aux actions sur l’environnement et le cadre de vie.

 

Aujourd’hui, les compétences de cette action relèvent de l’échelon local, essentiellement des plans locaux d’urbanisme (PLU). Depuis 2019, toutes les villes de plus de 20 000 habitants sont dans l’obligation d’élaborer, en plus des PLU, un plan climat-air-énergie territorial (Pcaet). Outre le fait qu’il doit traiter de la qualité de l’air, c’est un outil de planification qui a pour but d’intégrer les enjeux d’atténuation et d’adaptation climatique dans les documents d’urbanisme. À l’échelle locale, l’adaptation à la hausse des températures est souvent traitée de façon transversale et s’infuse du plan climat vers le PLU.

 

Jusqu’à récemment, l’adaptation à la chaleur était très souvent prise en compte à la lumière des principaux vecteurs d’action que sont la végétation, l’eau, la nature et la couleur des matériaux, l’architecture, etc. Depuis quelques années, nous sommes capables de produire des diagnostics cartographiques fins à même de fournir des informations à l’échelle de l’îlot urbain qui peuvent être utilisées pour les PLU et Pcaet. Ces diagnostics microclimatiques sont nécessaires pour territorialiser les stratégies d’adaptation qui seront ainsi spécifiques aux différentes zones de la ville (centre-ville, zones commerciales, zones arborées, etc.).

L’action publique se saisit de plus en plus de la question de la gestion de la chaleur extrême en milieu urbain tant dans la gestion de crise que dans la planification à long terme. Les vagues de chaleur étant amenées à être de plus en plus fréquentes, intenses et longues, ne devrait-on pas les intégrer, à part entière, dans les plans de prévention des risques (PPR). Jusqu’à présent, ces derniers prennent en charge les inondations, les mouvements de terrain, les cyclones, etc. Mais pas la chaleur. Les PPR sont établis par les services de l’État ; les plans d’urbanisme, par les collectivités. La réponse immédiate est gérée par le ministère de l’Intérieur, tandis que les PPR le sont par le ministère de l’Environnement. Quelle que soit l’issue de la réflexion, qui devra prendre appui sur l’expérience de gestion des risques déjà prise en compte, l’implication de tous les acteurs – de l’échelon national au local – sera nécessaire pour gérer ce nouveau risque caractérisé et ses expressions les plus extrêmes.

 

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 05:17

 

Les températures mondiales battent des records, la sécheresse menace jusqu’en France, mais les industries du pétrole et du gaz prévoient d’étendre, partout, leurs activités. The Guardian vient de publier une enquête révélant l’existence de 195 gigantesques projets qui relâcheraient chacun « l’équivalent d’environ dix-huit ans d’émissions mondiales actuelles de CO».

L’accord de Paris finira-t-il froissé, jeté au fond de la corbeille à papier ? Alors que l’Organisation météorologique mondiale (OMM, rattachée à l’ONU) affirme dans son dernier bulletin que le seuil d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C a désormais 50 % de risques d’être dépassé dans les cinq prochaines années, The Guardian vient de publier une enquête révélant l’existence de 195 bombes climatiques. Ces gigantesques projets pétroliers et gaziers, dont 60 % seraient déjà en cours d’exploitation, relâcheraient chacun « au moins un milliard de tonnes de COau cours de leur durée de vie », relèvent les auteurs de l’enquête, « soit l’équivalent d’environ dix-huit ans d’émissions mondiales actuelles de CO», résume le quotidien britannique.

En pole position, les États-Unis, le Canada et l’Australie

« Tant que nous continuerons à émettre des gaz à effet de serre, les températures continueront à augmenter. » Petteri Taalas, le secrétaire général de l’OMM, a beau réaffirmer l’évidence, répéter que le seuil fixé par l’accord de Paris à 1,5 °C « n’est pas une statistique choisie au hasard » mais « indique le point à partir duquel les effets du climat seront de plus en plus néfastes pour les populations et pour la planète entière », les géants des énergies fossiles (responsables de 80 % des émissions de gaz à effet de serre), eux, poursuivent leur course folle à l’expansion.

En pole position, les États-Unis, le Canada et l’Australie recensent le plus grand nombre de ces projets, devant le Moyen-Orient et la Russie. Par ailleurs et à eux seuls, les mastodontes ExxonMobil (États-Unis) et Gazprom (Russie) – dont la moitié des projets d’expansion concernent l’Arctique – ambitionnent de parvenir à extraire des sous-sols 192 millions de barils de pétrole supplémentaires dans les sept années à venir, « soit l’équivalent d’une décennie des émissions actuelles de la Chine », expliquent les auteurs.

Des exploitations toujours plus importantes

Parmi les « bombes » les plus dangereuses figurent l’immense projet d’expansion du North Field, gisement offshore de gaz au large du Qatar, les activités d’extraction d’hydrocarbures non conventionnels de Montney Play en Alberta (Canada) ou encore la construction d’un gigantesque gazoduc et d’une usine de gaz naturel liquéfié (GNL) offshore au Mozambique.

En tout, les 12 plus grandes compagnies de pétrole et de gaz au monde, sociétés d’État (Qatar Energy, Gazprom ou l’Aramco) comme sociétés privées (ExxonMobil, TotalEnergies, Chevron, Shell ou BP), envisagent de dépenser plus de 100 millions de dollars chaque jour (96 millions d’euros) et ce, pendant dix ans, pour se développer. Plus alarmant encore, 70 % des grandes entreprises américaines du secteur projettent d’étendre l’exploitation des hydrocarbures de schiste et les forages de très grande profondeur.
L'inde et le Pakistan suffoquent, l’Éthiopie n’a pas vu tomber la pluie depuis dix-huit mois… Et pendant qu’en sous-main l’industrie des combustibles fossiles joue avec le climat mondial pour engranger des profits, les responsables politiques, eux, multiplient les grands discours sur l’impératif d’une transition écologique. En réalité, de permis d’explorer délivrés en subventions publiques accordées, les États valident ces projets et renoncent, en somme, à atteindre les objectifs qu’ils se sont eux-mêmes fixés. L’accord de Paris en est le plus criant exemple.

 

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18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 13:28

 

Nous sommes abreuvés de conseils pour nous inciter à réduire le bilan carbone de nos activités quotidiennes. Mais nous sommes aussi envahis de sollicitations multiples et quotidiennes pour toutes sortes d’achats  qui vont de la livraison des repas à domicile à l’installation d’une piscine dans son jardin quand on habite un pavillon. C’est pourtant en cultivant son jardin qu’on améliore ses fins de mois tout en repoussant  la fin du monde.

 

Selon le dernier rapport  du GIEC  publié au début du mois d’avril, nous évoluons  sur une courbe  qui se traduira par un réchauffement global de +3,2°C  en 2100 si l’augmentation des  émissions de gaz à effet de serre se poursuit  au rythme actuel dans le monde. La dépendance  aux énergies fossiles compte pour beaucoup dans la progression des émissions de CO2. La  spéculation en cours sur les prix du pétrole, du gaz,  des engrais  et des céréales  nous montre à quel point  les pays capitalistes développés demeurent dépendantes des énergies fossiles dans leurs activités économiques,  qu’il s’agisse de l’industrie, des transports  ou de la production de notre nourriture quotidienne. Ajoutons que la conversion de la planète entière à la voiture électrique,  gourmande en métaux rares, fera croître  les émissions de CO2  pendant plusieurs décennies.

La politique de l’offre alimente le réchauffement global

La principale réduction des émissions de CO2 doit provenir de changements profonds dans la conduite  de l’économie. Mais nous sommes également incités à réduites les nôtres au quotidien et les conseils, dans ce domaine, de sont pas exempts de contradictions. On nous propose de supprimer  les mails inutiles. Mais la multiplication des échanges et autres polémiques sur les «réseaux sociaux» font croître sans arrêt le bilan carbone de cette forme de communication.

On nous suggère de réduire  les emballages  au moment d’acheter des biens alimentaires et autres produits indispensables au quotidien. Cela est nécessaire. Mais la politique de l’offre conduit actuellement  à livrer toujours plus de colis individuels sur-emballés au domicile de chaque ménage acheteur. Cette nouvelle politique commerciale  contribue  grandement à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Car aux emballages  s’ajoute la croissance du trafic sur route  et en ville,  tandis que la construction d’immenses dépôts pour préparer les colis émet aussi beaucoup de CO2 et  accroît parallèlement  le bétonnage  des terres agricoles qui ne sont plus disponibles pour produire de la nourriture et capter du carbone.

La piscine  pour tous face aux restrictions d’eau

On nous suggère  d’opter pour la douche plutôt que pour le bain, afin  de réduire nos volumes d’eau du robinet consommés quotidiennement. Mais les Français sont en même temps de plus en plus sollicités pour construire une piscine  dans leur jardin  quand ils habitent  un pavillon ce qui est le cas d’une bonne moitié des ménages. Outre  le bilan carbone de la construction, il faut ensuite alimenter cette piscine en eau. Mais cela  devient de plus en plus  problématique dès  le printemps dans un pays où les arrêts préfectoraux restreignent  chaque été l’usage de l’eau dans les deux tiers des départements, voire plus.

On nous recommande aussi de manger plus de produits de saison et moins de viande, afin de réduire les émissions de CO2 imputables aux longs transports de marchandises importées, tandis  que la nourriture du bétail augmente considérablement la consommation de grains. Mais la publicité des enseignes  de la distribution continue de bourrer nos boîtes aux lettres de dépliants publicitaires qui multiplient  les promotions sur la viande et les poissons dont les stocks diminuent  dangereusement pour certaines espèces.

Retrouver la main verte en cultivant son potager

Dans toute la France métropolitaine, il existe une possibilité  de réduire le bilan carbone de son alimentation chez tous les ménages  disposant  d’une maison individuelle avec  un terrain de plusieurs centaines de mètres carrés. Mais on y voit dix fois plus de pelouses bien tondues que de potagers et d’arbres fruitiers. Pourtant , il est possible  de cultiver un potager sur chacun de ces terrains  pour des pommes de terres, des petits pois, des haricots, des laitues  et d’autre salades , des concombres et des tomates, des betteraves rouges, des navets, des poireaux et des choux. Qui plus est, en installant une citerne pour recueillir l’eau de la toiture, il est possible d’irriguer ces cultures  gratuitement en cas de besoin. De même, les déchets de végétaux mis dans le composteur deviennent des fertilisants gratuits et écologiques en même temps.

Pour produire des fruits, il est possible d’avoir des pommiers et des poiriers  dans son jardin, de même que des fraisiers  et des framboisiers. Avec le réchauffement climatique en cours,  on récolte désormais  des fruits d’été  comme les abricots  et les pêches  la plupart de nos régions, en plus des prunes  et des cerises. Qu’il s’agisse  des cultures au sol  ou des fruits de nos arbres,  retrouver «la main verte»  pour produire une partie  de notre nourriture nous permettra  de cumuler trois avantages  importants  pour les prochaines décennies.

Primo, on dépensera  moins d’argent en nourriture  et il sera possible d’utiliser ces économies pour faire des travaux d’isolation dans la maison qui, à leur tour, diminueront  la facture du chauffage et les émissions de CO2. Secundo, la croissance des plantes potagères comme la présence des arbres fruitiers permettra de stocker plus de carbone, ce qui contribuera encore  à la réduction du CO2  si beaucoup de ménages adoptent cette orientation. Tertio, tout ce qui est produit sur place  pour y être consommé  ne nécessite aucun transport, ni tri préalable  alors les  importations de tomates d’Espagne ou de pommes de Pologne  se traduisent par un bilan carbone très élevés entre le site de production et l’assiette du consommateur.

Ajoutons  que  pratiquer quelques heures de jardinage par semaine  contribue à nous maintenir en forme.

 

 

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20 mars 2022 7 20 /03 /mars /2022 06:26

 

 

Une nouvelle géopolitique alimentaire mondiale se dessine sous l’effet de l’inadmissible guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine. Cela doit nous conduire à repenser l’avenir alimentaire de la planète.


Longtemps, il a été dit que la production agricole mondiale permettrait de nourrir 10 milliards d’habitants en 2050. Aujourd’hui, on se demande comment faire face aux besoins alimentaires de 7,5 milliards d'habitants. Les tensions et les guerres aggravent les insécurités humaines, sanitaires, énergétiques, alimentaires.


Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé ce mardi 15 mars un puissant cri d’alarme : « Nous devons faire tout notre possible pour éviter un ouragan de famines et un effondrement du système alimentaire mondial ».


Comme toujours la famine, les privations d’énergie, les modifications climatiques vont toucher d’abord durement les plus fragiles, les plus précaires, les plus pauvres. Ce contexte totalement nouveau oblige à mettre en première ligne des préoccupations, les enjeux de sécurité et de souveraineté alimentaires, ainsi que des coopérations de type nouveau, à l’opposé des stratégies de division internationale de la production agricole et de la concurrence exacerbée par les traités de libre-échange.

Il convient d’avoir à l’esprit que le quart de la ration en calories de la planète est issue du blé. Or, jusqu’alors, la Russie et l’Ukraine fournissaient le tiers des quantités de blé échangées sur la planète. À ceci s’ajoutent 20 % du commerce du maïs, 70 % des tourteaux de tournesol et d’huile. En 20 ans, la Russie a plus que doublé sa production de blé, qui a atteint plus de 80 millions de tonnes en 2021.

On comprend dès lors que les effets de la guerre avec la fermeture des ports rendent l’accès à ces stocks impossibles. Et rien ne dit qu’ils ne seront pas détruits.


Les pays du pourtour méditerranéen, l’Afrique et le Moyen-Orient, déjà frappés par des sécheresses, n'ont actuellement pas accès à ce blé puisqu’il n’y a pas de sorties possibles par la Mer Noire. Ils se trouvent donc dans un terrible piège. Une initiative internationale pour ouvrir un corridor pour les matières premières alimentaires est indispensable, tout en combattant la famine qui grandit en Ukraine. Mesurons l’ampleur de la question ! Sur les 21 millions de tonnes de blé que consomme l'Égypte, près de 13 millions sont importées essentiellement de Russie et d’Ukraine. Les pays africains importent la moitié de leurs besoins alimentaires.


Comme les récoltes sont mauvaises en Chine, on peut penser que la Russie va y déverser ses stocks pour contourner le blocus économique. Les récoltes en Australie ont été réduites à cause des inondations. L’Union européenne est aujourd’hui autosuffisante, mais n’est pas en capacité d’exporter. Et il y a des pays qui ne peuvent pas produire de blé sur leur sol.

Tout ceci ne justifie en rien l’énorme spéculation qui a lieu depuis des semaines. Ainsi le prix du blé atteint 400 € la tonne, soit plus du double qu’au moment de la fin des dernières récoltes où déjà les prix étaient très élevés.


Par effet de domino, toutes les filières animales vont se trouver en difficulté. Les coûts de l’alimentation des porcs et des volailles ont augmenté de 70 % en un an. Ceux de l’alimentation des vaches laitières et des bovins suivent la même courbe.


Les populations des pays du Sud risquent de faire face à de nouvelles famines. Celles-ci pourraient être limitées, voire éradiquées, si les grandes multinationales et les pays du Nord ne poussaient pas à la destruction des agricultures vivrières. Il y a donc urgence à engager un grand débat mondial sur les voies permettant une sécurité alimentaire mondiale. Ce débat doit avoir lieu sous l’égide de l’ONU et sa branche chargée de l’agriculture et de l’alimentation, la FAO.


Des mesures immédiates devraient être décidées pour établir un bilan des stocks pour constituer des réserves stratégiques à répartir dans les pays qui en ont besoin. Une évaluation des besoins à venir devrait être établie afin que puissent être rapidement réorientés les semis dans la perspective des récoltes à venir. La responsabilité de ces instances internationales, dont la banque des règlements internationaux, la banque mondiale, le fonds monétaire international, la FAO avec le Comité de sécurité alimentaire mondial, doit être de combattre la spéculation et de créer des stocks à répartir, et faire ainsi cesser les ignobles spéculations en cours.


Mais les coûts de production agricole vont aussi augmenter. Alors que la moitié de la production alimentaire mondiale dépend des engrais azotés, la production de ces derniers dépend du gaz ou de l’ammoniac pour une bonne part fournie par la Russie. À ceci s'ajoutent les effets pervers induits par une telle situation alors qu’il est impératif de tenir compte des besoins écologiques et de qualité alimentaire. Il s’agit de bâtir sans attendre le cadre d’une nouvelle souveraineté alimentaire. Il est évident qu’elle nécessite un monde plus stable.

Cela plaide pour la réunion d’une conférence sur la paix et la sécurité en Europe et des initiatives de désarmement. La politique agricole commune doit être repensée en ce sens. Comment accepter, par exemple, des programmes de mise en jachère quand la famine menace ? Pourquoi continuer à refuser un grand programme d’installations de jeunes agriculteurs leur garantissant un revenu ? Pourquoi n’avoir pas lancé un grand plan européen protéine pour lequel je me suis tant battu au parlement européen ? Les importations de protéines équivalent à 20 % de la surface agricole européenne !


Le bouleversement de la géopolitique agricole et alimentaire mondiale appelle de nouvelles orientations. Celle-ci pourrait être débattue dans une conférence mondiale pour la sécurité alimentaire sous l’égide de l’ONU et de son agence spécialisée agricole la FAO (Food and Agriculture Organisation).

 

 

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10 mars 2022 4 10 /03 /mars /2022 17:14

 

 

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3 février 2022 4 03 /02 /février /2022 06:27

 

La course à l’Élysée se jouera aussi sur la question climatique. Mais le président sortant ne pourra capitaliser sur son bilan en la matière. Celui qui se rêvait en leader mondial du climat est allé de renoncement en renoncement. Et, à la fin, les plus pauvres paient la facture.

 

Dans un rapport publié ce mercredi, le Réseau Action Climat rappelle : « À l’issue de ce quinquennat, la plupart des indicateurs sont dans le rouge. »

Souvenons-nous de 2017. À peine un pied posé à l’Élysée, Emmanuel Macron répondait « Make Our Planet Great Again » à Donald Trump, qui entendait sortir son pays de l’accord de Paris. Un quinquennat plus tard, passé à faire gober des couleuvres à ses ministres de l’Écologie, la douche est forcément glaciale. Pour le climat, pour la biodiversité, pour les plus précaires. Voilà donc l’heure du bilan, à l’approche d’une présidentielle où l’environnement est devenu l’une des priorités des Français. Sans surprise, il n’est pas glorieux. Dans un rapport publié ce mercredi, le Réseau Action Climat (RAC) pointe des « résultats insuffisants et une méthode à revoir ». Avant lui, Attac dressait le même constat dans un livre publié la semaine dernière. Bref, rien ne va ou presque. « À l’issue de ce quinquennat, la plupart des indicateurs sont dans le rouge », rappelle le RAC. Retour sur la mandature du renoncement climatique.

 

Justice climatique : un quinquennat de perdu

On le sait : les plus riches sont aussi ceux qui polluent le plus. Une politique équitable demanderait donc aux principaux responsables du réchauffement climatique de contribuer davantage à l’effort. « Mais c’est en dehors du logiciel macroniste de taxer les plus riches », assure Quentin Parrinello, responsable plaidoyer chez Oxfam, organisation membre du RAC. Conséquence : l’exécutif augmente, fin 2018, la taxe carbone et fait grimper le prix des carburants, obligeant les plus pauvres à payer la facture de la transition énergétique. Naît alors le mouvement des gilets jaunes sur les ronds-points et dans les rues et la taxe finit par être abandonnée. « La fiscalité écologique est une façon de faire changer les comportements des consommateurs, explique Quentin Parrinello. Mais puisqu’ils n’avaient aucune alternative, les précaires ne pouvaient changer leur comportement. Ils ont donc subi. »

Pour la justice sociale et climatique, on repassera donc. Puisque, plutôt qu’une taxe sur le kérosène censée pénaliser les plus riches et les multinationales, l’actuelle majorité a préféré augmenter l’« éco-contribution » sur les billets d’avion d’un montant qui varie « entre 1,5 et 18 euros », note le RAC. Une goutte d’eau. Autre renoncement : le malus « au poids » dans l’automobile qui devait viser les véhicules lourds polluants en augmentant le prix d’achat de 10 euros par kilo au-dessus de 1,8 tonne. Une mesure qui concerne 2 % du marché alors que la Convention citoyenne sur le climat préconisait de fixer le seuil à 1,4 tonne pour cibler 26 % du marché. « Macron ne veut pas toucher à la croissance de certaines industries polluantes. Mais plus on le fait tard, plus ça sera difficile », conclut Quentin Parrinello.

 

Les alternatives remisées au placard

Pour permettre à un pays de se défaire de ses émissions de CO2, il ne suffit pas de le contraindre, il faut aussi lui offrir des alternatives. Dans tous les secteurs économiques, des politiques de décarbonation sont possibles sans que cela pèse sur les citoyens. Et plus, même : bien ficelées, elles peuvent contribuer à renforcer l’équité. « Tout le monde se déplace, se nourrit et se chauffe », résume Anne Bringault, coordinatrice des programmes du RAC. Un atout, quand l’enjeu est justement « d’embarquer tout le monde dans la transition ». Or, sur ce point, le quinquennat d’Emmanuel Macron n’a pas donné l’orientation attendue.

Premier secteur émetteur de gaz à effet de serre (31 % en 2019), celui des transports cumule les lacunes, pour ce qui est, par exemple, de renverser la dépendance à la voiture individuelle. Les politiques cyclables ont certes bénéficié d’un plan dédié, mais il reste minimal. « Le niveau d’investissement de l’État atteint à peine 0,75 euro par habitant et par an », avance le RAC dans son rapport. Le transport ferroviaire, pour sa part, a continué de vieillir. L’âge moyen des lignes est de vingt-neuf ans, « contre dix-sept ans en Allemagne et quinze ans en Suisse », et pire encore : de plus de trente-six ans (36,7) pour les plus petites lignes, qui, depuis 2017, ont perdu une centaine de gares et haltes ferroviaires. Dans le même temps, les politiques structurelles sont loin d’avoir contribué à réduire les distances à parcourir au quotidien. « En milieu urbain, souligne Attac, le foncier devient rare et cher, aggravant les problèmes de logement, mais aussi de transport pour celles et ceux qui travaillent en ville sans avoir les moyens d’y habiter. » Extension des déserts médicaux ou recul des services publics dans les communes rurales et les zones périurbaines sont allées dans le même contresens écologique.

Les politiques alimentaires (24 % de notre empreinte carbone) n’ont pas mieux soutenu la transition. La promesse électorale d’Emmanuel Macron d’intégrer 50 % de produits bio ou issus de circuits courts dans les cantines scolaires et les restaurants d’entreprises en 2022 est loin d’avoir été tenue : la part du bio dans la restauration collective n’était que de 5,6 % en 2020.

 

Les emplois de demain compromis

Foin de transition écologique juste sans transition sociale équivalente : depuis 2018, organisations environnementales et syndicats de travailleurs se sont tous mis d’accord sur ce point. « La question de la justice sociale ne se limite pas à la question écologique, mais cette dernière ne se résoudra pas sans justice sociale », résume Vincent Gay, d’Attac. Anticiper les transitions industrielles de façon à ne pas les faire subir aux travailleurs s’avère en ce sens indispensable. L’industrie lourde (75 % des émissions de l’industrie) est singulièrement concernée, sans se voir pour autant contrainte d’anticiper sa conversion. Le plan de relance de l’économie française au sortir de la crise aurait pu être l’opportunité de le faire : il s’en est abstenu. « En revanche, Emmanuel Macron a mis en œuvre sa réforme de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) pour en faire une entreprise financière gérée selon les standards du marché », relève Attac. Un processus de privatisation rampant, poursuit l’organisation, qui pourrait peser lourd sur les emplois liés à la transition. « La CDC finance plus de 70 % de la construction et de la réhabilitation des logements sociaux, ainsi que la plupart des infrastructures et des équipements d’intérêt général. » Au total, note encore Attac, elle « est le principal investisseur dans le doma ine de la transition écologique et sociale ». Selon l’Ademe, la transition énergétique dans le seul secteur de la construction pourrait générer 196 000 nouveaux emplois d’ici à 2050.

 

 

 

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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 09:14

 

Utilisé pour combattre des insectes parasites des bananeraies alors qu’il était interdit ailleurs, ce puissant insecticide a pollué durablement les sols martiniquais et il provoque des maladies graves. Quelles solutions envisagées depuis la Martinique ?

 

LE CHLORDECONE ENJEU DE LUTTES

Le 27 février 2021 ont défilé toutes les couches de la société martiniquaise dans les rues de Fort-de-France. Des partis politiques de gauche et indépendantistes aux syndicats et jusqu’aux associations représentantes de l’archevêché, en passant par les édiles municipaux et les associations, tous avaient un seul mot d’ordre : « Non à la prescription des crimes liés à la pollution au chlordécone ! Justice et réparation ! »

Cette mobilisation était provoquée par la menace de non-lieu et de prescription du dossier de procédure judiciaire suite à la plainte déposée en 2007. Les responsables devront être désignés par la justice. Mais 80 % des entreprises agroalimentaires sont détenues par les Békés, Blancs créoles, considérés comme « les descendants des maîtres blancs esclavagistes »[1]. La monoculture de la banane est détenue par ce patronat composé de multinationales, tandis que de petits planteurs occupent une part ténue des terres et restent dépendants des grands planteurs pour la vente, le transport, les fournitures ou pour la location de terres en fermage. Ces mouvements sociaux interviennent au moment de la présentation par l’État du plan chlordécone IV (2021-2027), le 3 mars 2021[2]. L’élaboration de ce plan était ouverte à la concertation autour de six stratégies alliant recherche, actions de communication, aspects socio-économiques et de santé, avec un budget de 92 millions d’euros pour les deux territoires. Pour les associations, les propositions de l’État restent largement en deçà des enjeux tant en termes de moyens que de contenus.

 

CONTEXTES DE PRODUCTION ET UTILISATION

Synthétisé à la fin des années 1950, le chlordécone est une molécule hydrophobe avec une structure en cage. L’INRA[3] a démontré que son temps de dégradation spontanée est de l’ordre de 1 à 5-6 siècles selon le type de sols. Il a servi d’insecticide (pièges à cafards, fourmis…) jusqu’en 1975 aux États-Unis et à Porto Rico, de traitement des plantes ornementales et contre le charançon de la banane dans les Antilles françaises ainsi qu’au Cameroun et en Côte-d’Ivoire.

Une persistance forte dans l’environnement est constatée : un tiers des surfaces agricoles utiles et le littoral marin, avec le transfert par les cours d’eau, sont pollués. La pollution, cantonnée d’abord au cadre professionnel, gagne vite la vie courante dès le milieu des années 1970, via les eaux de consommation et l’alimentation[4].

Aux États-Unis, les dangers du pesticide sont mis en évidence en 1961 dans le cadre du dossier toxicologique nécessaire à l’autorisation d’emploi : les effets neurotoxiques, reprotoxiques et cancérigènes sont démontrés chez les rongeurs. Les États-Unis restreignent alors le pesticide à un usage non alimentaire. Pourtant, l’exposition des travailleurs qui le fabriquaient à Hopewell (Virginie) provoque une catastrophe sanitaire et environnementale en 1975 : les ouvriers, exposés jusqu’à 32 000 µg/l, développent le syndrome du Kepone (qui apparaît à partir de 600 µg/l). La production, l’exportation et l’utilisation du chlordécone sont interdites.

Entre 1965 et 2021 sont publiées 716 études. Le pic des travaux scientifiques est biphasique : en 1975 et en 2000 avec la redécouverte de ses dangers aux Antilles. Un autre pesticide organochloré, le HCH, est employé aux Antilles françaises depuis les années 1950. Le chlordécone prend la suite sous formulation Kepone, avec une première demande d’autorisation de son utilisation, refusée en 1968, puis autorisée en 1972. Cette autorisation est renouvelée en 1981 sous formulation Curlone. L’interdiction est actée en 1990 sur le territoire français, mais des dérogations partielles sont conservées pour son utilisation dans les Antilles, jusqu’à son interdiction définitive en 1993.

L’épandage aux pieds des bananiers était réalisé le plus souvent par des femmes. Les ouvrières agricoles répartissaient manuellement une poudre, une ou deux fois par an, sans équipement de protection individuelle, comme l’affirme Marie-Hellen Marthe, dite Surelly, secrétaire générale du syndicat CGTM des ouvriers agricoles. Christiane, ancienne ouvrière agricole dans les bananeraies dès l’âge de douze ans, témoigne pour l’hebdomadaire communiste martiniquais Justice[5]: « C’est moi qui mettais toutes ces poudres dangereuses dans les champs de banane, sans le savoir. […] J’ai été opérée de 3 cancers et je suis handicapée depuis mes 39 ans. […] Aujourd’hui, je suis sans famille : ma mère est morte de deux cancers, mon père est mort du cancer de la prostate, mon frère et mon oncle aussi […]. »

Le 8 avril 2021, l’AMSES (Association médicale pour la sauvegarde de l’environnement et de la santé Martinique) tient une conférence de presse[6]. Sa présidente, docteure Josiane Jos-Pelage, annonce se porter partie civile dans la plainte déposée en 2007 par l’Assaupamar (Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais) et Écologie urbaine afin de s’opposer au non-lieu judiciaire. L’association dépose également plainte contre cinq anciens ministres accusés d’avoir prolongé l’usage du chlordécone entre 1990 et 1993. La preuve par factures de l’achat du Curlone après 1993 est également mise au jour… de quoi faire sauter la menace de prescription du dossier.

 

LES RÉPERCUSSIONS SANITAIRES

Luc Multigner, directeur de recherche à l’INSERM, insiste lors du webinaire du 3 avril 2021, sur la nécessité des actions de vulgarisation et de pédagogie pour prévenir les risques sanitaires liés à la pollution : « Il faut aborder les questions de santé, être clair et pédagogique car il existe beaucoup d’a priori et d’idées préconçues sur la santé. [7]»

Le pesticide arrive dans l’organisme principalement par voie orale. Il est absorbé par le tube digestif et va vers le foie qui le capte et le stocke. Le chlordécone va circuler dans l’organisme par voie sanguine. Il est véhiculé par l’albumine et une lipoprotéine, lesquelles vont le ramener vers le foie : il s’accumule peu dans les tissus gras. Il s’agit donc d’un polluant fortement persistant dans le corps. La demi-vie est de 5-6 mois. La mesure dans le sang montre qu’il disparaît en 2-3 ans en arrêtant toute ingestion. Toutefois, l’exposition des populations est quotidienne. L’accumulation est continue jusqu’à une concentration maximale d’équilibre.

Il s’agit donc d’un polluant fortement persistant dans le corps ; il entraîne la survenue du cancer de la prostate, des naissances prématurées… et de moins bons scores neurocomportementaux des nourrissons et enfants.

Le suivi du taux de chlordécone dans le sang est effectué à partir des années 2000. On constate une contamination de toute la population et un transfert au fœtus. Luc Multigner établit la présence d’associations ou d’excès de risques sur la santé concernant la survenue du cancer de la prostate, des naissances prématurées et de moins bons scores neurocomportementaux des nourrissons et enfants.

Le cancer de la prostate se développe à partir de quatre critères : territoire, accès aux soins, contributions génétiques très importantes (58 %) et contributions environnementales variables. Le Centre international de recherche sur le cancer a établi une recherche par pays. Sur 186 pays, la Guadeloupe et la Martinique, classées comme pays indépendants, sont en tête. Le risque absolu y est doublé de 1 % à 2 %. Si on supprimait le chlordécone, il y aurait 5 à 7 % des cas incidents en moins (25-30 cas par an et par département).

Le risque de prématurité est doublé avec la présence de + 0,5 µg/L de chlordécone dans le sang. Entre 2004 et 2007, le risque absolu a doublé, passant de 12-14 % à 24-28 %. Selon les données de 2007, cela constitue 120 à 170 cas de prématurité sur 6 000 naissances par an et par territoire qui pourraient être évités.

Les résultats relatifs aux scores neurocomportementaux rapportés sont constatés de manière empirique. La recherche sur le sujet se poursuit. Le cancer du sein connaît une incidence plus faible que dans l’Hexagone, mais il est constaté une plus grande prévalence préménopausique que postménopausique. Des études pilotes sont en cours pour pouvoir faire des études aux Antilles. Concernant le cancer de l’utérus, l’incidence est trop faible pour pouvoir faire des études. Quant à l’endométriose, il n’existe pas d’études scientifiques publiées dans des journaux à comité de lecture relatives à l’impact du pesticide sur son développement. Des constats médicaux sont toutefois établis par les gynécologues, notamment par le docteur Quist, interviewé en 2020 par l’Union des femmes de Martinique. Cette association affirme par la voix de sa présidente, Rita Bonheur, que les femmes restent les oubliées de la recherche dans ce domaine. Ainsi, de nombreuses recherches restent en cours ou à mener. Elles nécessitent la mise à disposition de moyens par les autorités[8].

LES SOLUTIONS DE DÉPOLLUTION DES SOLS

Trois axes de perspective de développement de la recherche de solutions dites de remédiation[9] sont identifiés :

– la voie physico-chimique par oxydoréduction est aujourd’hui à l’arrêt ; des essais sur les sols avec de la poudre de fer ont donné une dégradation à environ 70 %. Mais il n’y a pas de recul sur les effets des produits de la réaction ;

– la voie biologique par champignon, développée lors du plan chlordécone III, est à l’arrêt. Les résultats ont donné moins de 1 % de dégradation.

– la voie de remédiation par les plantes[10]. L’ingénieur-docteur Yohan Liber est parti du constat que, sur d’aussi grandes surfaces, les plantes ont fait leur preuve pour extraire des métaux lourds comme l’or,

le palladium, le plomb. Mais elles absorbent seulement les métaux sous forme de sels dissous dans l’eau. Or la molécule de chlordécone est hydrophobe : il s’agit du principal problème de la remédiation par les plantes. Il convient d’identifier les critères, dans la flore, des plantes qui auraient une aptitude à la remédiation. Les facteurs les plus importants sont la transpiration foliaire, c’est-à-dire la capacité d’une plante à absorber et à évaporer par ses feuilles. Ce sont des pistes qui sont en attente. La phase prospective sur le terrain est à mettre en place. Il existe aujourd’hui un consensus scientifique : la phytoremédiation est la voie à explorer et la plus prometteuse des trois.

L’opinion fait une focalisation sur le chlordécone, mais il s’agit de la partie émergée de iceberg : la molécule mère se dégrade dans les sols et donne jusqu’à 5 fois plus de produits. Or il n’existe pas de standard pour les produits de dégradation, comme il en existe pour détecter la présence du chlordécone. Cet enjeu fort de la recherche permettra la production d’une nouvelle carte de contamination des sols. Toutefois, la recherche est freinée par un problème de gouvernance administrative et politique.

 

VERS UN FRONT COMMUN DU MOUVEMENT SOCIAL

Lors de la manifestation du 27 mars 2021 à l’initiative du collectif des ouvrières et ouvriers agricoles victimes des pesticides, sa représentante, Cannelle Fourdrinier, s’exprimait à la tribune en leur nom. Ce collectif est né officieusement en septembre 2019, officiellement en décembre 2019, avec une meneuse des grèves des ouvriers agricoles de février 1974. Une délégation à l’Assemblée nationale et au Sénat a rencontré tous les partis politiques, sauf le RN. Un point est satisfait : le dosage du taux de chlordécone dans le sang est gratuit et sans ordonnance. Toutefois, dans le plan chlordécone IV, les grands oubliés restent les ouvriers. Depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui, une soixantaine de produits pesticides ont été utilisés pour la culture de la banane. Une enquête de terrain a été menée par les membres du collectif : 98 % des ouvriers sont malades.

Le collectif demande une reconnaissance de la responsabilité de l’État et des patrons békés, la prise en charge des frais engagés dans le cadre de la maladie, un dépistage tous produits, la mise en place d’une épicerie solidaire pour une alimentation sans pesticides, un centre de recherche et un accompagnement psychologique et diététique, une revalorisation des retraites avec un minimum de 1 000 €, l’exonération de la taxe foncière et un retour des terres aux ouvriers ; s’y ajoutent une dépollution des terres martiniquaises, une réfection du réseau d’eau et une mise à disposition de terres saines.

Alors que Lyannaj Pou Dépolyé Matinik – collectif pour dépolluer la Martinique composé de partis politiques de gauche, syndicats, associations – a construit également ses revendications, l’enjeu est bien de se réunir afin de présenter une plate-forme commune. Les Martiniquais sont unis et déterminés autour de cette cause.

Les rassemblements des 10 et 27 avril 2021, organisés à la maison des syndicats à l’appel de cinquante organisations, ont été l’occasion de dévoiler la plate-forme revendicative dans le domaine agricole.

Elle comporte, en particulier, l’achèvement rapide de l’analyse de tous les sols susceptibles d’être consacrés à l’agriculture et à l’élevage, le déblocage-accélération-simplification des procédures de mise à disposition des terres en friche à des agriculteurs(-trices) privé(e)s de terres, la refonte de la politique agricole commune (PAC) aux agricultures de nos pays très éloignés de l’autosuffisance alimentaire. Mais aussi, plus largement, le développement de l’aide aux alternatives agricoles, le réexamen des marges bénéficiaires des grandes surfaces responsables des prix élevés, la mise en œuvre d’une politique agricole de la collectivité territoriale de Martinique (CTM) ainsi que la mise en place d’un observatoire de la situation des ouvriers(-ières) agricoles.

Après des décennies de lutte, la revendication de justice et de réparation est aujourd’hui portée par pratiquement l’ensemble de la société martiniquaise. Pour reprendre les paroles d’une Martiniquaise entendue dans un rassemblement : « Soit l’État confirme que le mépris des dominants l’emporte sur le droit, soit on tourne le dos au déni. L’heure des lots de consolation est révolue. »

1. Les derniers maîtres de Martinique ? documentaire d’Investigations et Enquêtes, 2009  (https://www.youtube.com/watch?v=4N0OS2f4xVg).

2. « Plan Chlordécone IV : “Insignifiant” ? Peut mieux faire », journal Justice du11 mars 2021.

3. Résultats des travaux de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), devenu avec l’IRSEAT, l’INREA (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) depuis le 1er janvier 2020.

4. Jessica Oublié, Vinciane Lebrun, Nicola Gobbi, KathrineAvraam, préface de Luc Multigner, Tropiques toxiques. Le scandale du chlordécone, coédition Les Escales-Steinkis, Paris, 2020.

5. Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés, « Doubout pou réparasyion », journal Justice du 1er avril 2021.

6. « Chlordécone : l’AMSES dépose une plainte contre 5 ex-ministres », journal Justice du 15 avril 2021.

 7. « Chlordécone : quels risques pour la santé des populations aux Antilles ? », webinaire du 3 avril 2021 (https://sw-ke.facebook.com/ComiteMarche98/videos/729175007749901/) organisé par CM 98 (comité Marche 23 mai 1998), Université populaire, en présence d’Emmanuel Gordien, virologue, président du CM 98, Luc Multigner, épidémiologiste, directeur de recherche à l’INSERM, Serge Romana, généticien, fondateur de la fondation Esclavage et Réconciliation, Corinne Jacoby-Koaly, coordinatrice pédagogique.

8. Lien : https://unionfemmesmartinique.com/2020/10/23/chlordecone-les-femmes-les-grandes-oubliees/.

9. « Chlordécone : perspectives de dépollution des sols et détoxification des personnes », webinaire Santé Environnement sans dérogation – Journée nationale sans pesticides, mars 2021.

10. Yohan Liber, Étude des déterminants biologiques de l’absorption de la molécule dechlordécone par la plante, thèse soutenue en décembre 2018, CNRS, UMR 5023, laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés.

REFERENCES

↑1

Les derniers maîtres de Martinique ? documentaire d’Investigations et Enquêtes, 2009  (https://www.youtube.com/watch?v=4N0OS2f4xVg).

↑2

« Plan Chlordécone IV : “Insignifiant” ? Peut mieux faire », journal Justice du11 mars 2021.

↑3

Résultats des travaux de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), devenu avec l’IRSEAT, l’INREA (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) depuis le 1er janvier 2020.

↑4

Jessica Oublié, Vinciane Lebrun, Nicola Gobbi, KathrineAvraam, préface de Luc Multigner, Tropiques toxiques. Le scandale du chlordécone, coédition Les Escales-Steinkis, Paris, 2020.

↑5

Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés, « Doubout pou réparasyion », journal Justice du 1er avril 2021.

↑6

« Chlordécone : l’AMSES dépose une plainte contre 5 ex-ministres », journal Justice du 15 avril 2021.

↑7

« Chlordécone : quels risques pour la santé des populations aux Antilles ? », webinaire du 3 avril 2021 (https://sw-ke.facebook.com/ComiteMarche98/videos/729175007749901/) organisé par CM 98 (comité Marche 23 mai 1998), Université populaire, en présence d’Emmanuel Gordien, virologue, président du CM 98, Luc Multigner, épidémiologiste, directeur de recherche à l’INSERM, Serge Romana, généticien, fondateur de la fondation Esclavage et Réconciliation, Corinne Jacoby-Koaly, coordinatrice pédagogique.

↑8

Lien : https://unionfemmesmartinique.com/2020/10/23/chlordecone-les-femmes-les-grandes-oubliees/.

↑9

« Chlordécone : perspectives de dépollution des sols et détoxification des personnes », webinaire Santé Environnement sans dérogation – Journée nationale sans pesticides, mars 2021.

↑10

Yohan Liber, Étude des déterminants biologiques de l’absorption de la molécule dechlordécone par la plante, thèse soutenue en décembre 2018, CNRS, UMR 5023, laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés.

 

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21 novembre 2021 7 21 /11 /novembre /2021 06:42

 

Nouveau Vlog de l’R de campagne.

Le 27 octobre avait lieu la troisième rencontre des Jours Heureux, à Rennes, sur les thèmes de l'écologie, l'énergie et l'environnement.

Fabien Roussel avait profité de ce déplacement en Ille-et-Vilaine pour visiter des entreprises locales, qui agissent pour l'environnement en produisant et/ou utilisant des produits sains pour la planète :


l'usine Antofenol, specialisée dans le biocontrôle,
l'usine des Galettes de Broöns,
le barrage de Rophémel, 
et l'entreprise de fret ferroviaire Trans-Fer 

Justin a décidé d’immortaliser dans son vlog cette journée riche en rencontres et en échanges 👇

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