Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 06:46

 

Quand il sort du pis de la vache, le bilan carbone du lait est plus élevé dans le Grand-Ouest de la France qu’en Franche-Comté. Quand le produit laitier arrive sur la table du consommateur, cette différence  s’est encore  accrue. Pourtant,  une récente étude réalisée en France  sur la compétitivité   des filières laitières  dans le monde par le cabinet Agrex Consulting  gomme totalement le bilan carbone  des différents systèmes de production. Voilà qui ne contribuera à mettre en place une production laitière durable en France et dans le monde.

Parmi les propos tenus par  Emmanuel Macron  le 10 janvier dernier lors de sa rencontre avec les membres de la « Convention climat», il faudra se souvenir de  cette phrase : « Je défendrai une économie de marché libre et ouverte  et je pense qu’elle est compatible avec l’écologie».  Plutôt que de polémiquer sur cette phrase   lâchée ce jour-là  par le  chef de l’Etat, nous proposons d’analyser l’étude que vient de publier  le cabinet Agrex Consulting  sur le marché mondialisé  des produits laitiers. Ses travaux ont été vendus  à FranceAgriMer, l’organisme parapublic  qui travaille à l’organisation  des principales filières agricoles  et des produits de la mer en France.

Dans un document de 36 pages,  Agrex Consulting analyse les atouts  de la filière laitière dans huit   pays  de l’Union européenne (France, Allemagne, Pays Bas, Danemark, Irlande, Italie, Royaume Uni, Pologne)    et ceux de cinq pays tiers  qui sont l’Argentine, l’Australie, le Brésil, les Etats Unis   et la Nouvelle Zélande. L’étude retient 7 axes de compétitivité pour   chacun de ces pays. Ils vont  du « poids de l’agroalimentaire  dans les exportations » jusqu’à la « capacité  à conquérir des marchés » en passant par la « durabilité des ressources », le « potentiel de production des filières », la « maîtrise technique ». Il manque  juste le bilan carbone du litre de lait quand il sort du pis de la vache  et celui du produit laitier quand il arrive  sur la table du consommateur.  Et comme ce produit laitier  a parfois  fait le tour du monde  avant d’être consommé, on peut dire que l’étude d’Agrex Consulting, occulte totalement la contribution de cette filière  agricole, agro-industrielle et commerciale,  au réchauffement climatique global.

 

Un bilan carbone différent de la Bretagne à la Franche-Comté

Nous allons, dans cet article, nous limiter au cas de la France en partant de deux exemples précis. Dans l’article suivant, nous évoquerons surtout la situation des Pays Bas. En France, les principales zones laitières sont situées au nord de la Loire. Les régions   Bretagne,  Pays de la Loire  et Hauts de France  sont parmi celles  qui produisent chaque année les plus gros volumes de lait. Ce sont aussi celles où les traditions fromagères sont moindres qu’en Normandie, en Franche Comté ou en Auvergne. Quand il sort du pis des  vaches, le lait  produit en Bretagne présente un bilan carbone nettement plus élevé  que le lait produit en Franche-Comté. En Bretagne, les vaches laitières consomment beaucoup de maïs broyé  et conservé dans un silo. Sa culture a nécessité des labours, du carburant  et des engrais  très émetteurs de gaz à effet de serre. Comme cet aliment énergétique  est pauvre  en protéines, la ration quotidienne des vaches  est complétée par des tourteaux de soja  importés  d’Amérique du sud, ce qui contribue  à la déforestation de l’Amazonie.

En Franche-Comté, dans la zone d’appellation du fromage connu sous le nom de  comté, le cahier des charges de l’appellation fromagère, interdit les aliments fermentés comme le maïs en silo ou l’herbe  d’ensilage.  Les vaches consomment l’herbe des prés à la belle saison et du foin durant la saison hivernale. Les apports de  soja sont limités et l’on recherche plutôt une herbe enrichie  avec des mélanges appropriés  de graminées  et de légumineuses que l’on retrouve aussi dans le foin. C’est donc l’existence  de ce cahier des charges rigoureux destiné à produire un fromage de qualité qui fait que le bilan carbone de chaque litre de lait sortant du pis des vaches en Franche Comté est nettement plus bas  qu’en Bretagne. Les critères utilisés par Agrex Consulting  occultent cette différence.

 

400 litres de lait pour une meule de fromage pesant 40 kilos

Mais il nous faut aussi regarder le bilan carbone du produit laitier arrivant sur la table du consommateur. En Franche-Comté, le lait  est collecté par des « fruitières », ces petites coopératives qui rayonnent au niveau d’un canton. Cela diminue la distance parcourue   par les camions citernes  qui  transportent de lait de la ferme à la fruitière. Ensuite, ce lait  est surtout transformé  en fromage d’appellation comté,  à quoi s’ajoutent  souvent un peu de beurre et de crème, des produits souvent consommés localement. Comme  il faut 400 litres de lait pour produire  une meule de comté pesant une quarantaine de kilos et que les  protéines du  «petit lait»  sont récupérées localement  pour l’alimentation des animaux, toute la matière première  est valorisée. Une fois affiné, le poids du fromage est dix fois moindre que celui du lait  utilisé pour le produire dans la fruitière. Le transport  de ce  fromage  dans tout l’Hexagone comme sur des marchés  d’exportation dans quelques pays frontaliers  présente donc un bilan carbone modeste.

 

20% du lait de vache produit sur 7% du territoire

En revanche, le lait breton sera souvent transformé en lait de grande consommation, en beurre, en yaourts, en emmental  d’entrée de gamme. Comme la Bretagne produit  environ 20% de lait de vache en France sur seulement 7% du territoire, les laits liquides, les fromages, le beurre et les autres produits frais sortis de laiteries   bretonnes   devront parcourir une distance moyenne relativement longue avant d’arriver sur la table du consommateur, y compris sur le seul territoire français. C’est d’autant plus vrai que l’on produit peu de lait liquide en France en dessous d’une ligne qui va de La Rochelle à Lyon.

Cette comparaison franco-française nous montre que l’analyse  produite par  Agrex Consulting  s’inscrit dans « une économie libre et ouverte » telles que la défend Emmanuel Macron. Mais la comparaison de nos deux exemples démontre qu’elle n’est pas « compatible avec l’écologie». Les auteurs de l’étude, eux,  ne se posent même pas ce genre de question. Voilà  qui montre à quel point une réflexion économique fondée sur la seule conquête des parts de marché dans une économie capitaliste mondialisée accentue  le réchauffement climatique alors qu’il est vital de le freiner.

 

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 06:38

 

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Cette citation, entrée dans l’Histoire, a aussi dorénavant une dimension prémonitoire. Après le gigantesque brasier qui a consumé la forêt amazonienne l’année dernière, c’est au tour de l’Australie de partir en cendres ! Et certains experts de pronostiquer que cela se reproduira dans d’autres zones de la planète.

Drame humain avec des dizaines de morts. Émotion. Solidarité aux Australiens, dans un pays où l’assurance habitation n’est hélas pas toujours la règle.


Drame pour la biodiversité, particulièrement fragile dans un contexte insulaire, avec de nombreuses espèces qu’on ne trouve que dans cette partie du globe (on pense aux marsupiaux, notamment) qui sont menacées d’extinction après la disparition de millions d’individus (et probablement un milliard).


Drame pour le climat qui voit s’accentuer les émissions de CO2 résultant de l’incendie. Et cela alors que 2019 vient d’être classée 3e année la plus chaude en France, confortant toujours un peu plus la réalité du réchauffement climatique.


Alors que l’Australie subit en ce moment des températures caniculaires et une sécheresse forte, facteurs favorisant les incendies, le climato-scepticisme n’est plus de mise. L’inaction climatique n’est plus permise. Elle conduit à ce type de drames. Et pourtant, ironie du sort, le Premier ministre conservateur australien est climato-sceptique, et critiqué par son peuple pour son inaction. Les Australiens le payent au prix fort ! Le capitalisme est mis en cause, se préoccupant plus du profit à tout prix, quitte à mettre en péril ressources naturelles et populations.


Dans ce contexte de montée planétaire des préoccupations environnementales, Macron tente de redorer son blason vert. D’un côté, il n’écoute pas son peuple, en faisant la sourde oreille sur la question des retraites mais, de l’autre, se veut à l’écoute des citoyens qui planchent sur des solutions écologiques, en leur promettant un référendum ou l’application de lois qui seraient issues des travaux de la convention citoyenne pour le climat. Duplicité démocratique. Et les doutes sont permis sur cette promesse au regard de la politique actuelle négative du gouvernement en matière d’écologie. D’ailleurs Greenpeace ne se prive pas de critiquer cette politique et fustige, à juste titre, que Macron n’assume pas ses propres responsabilités.


En effet, lutter contre le réchauffement climatique devient urgent. On ne comprend donc pas bien pourquoi Macron va tirer au sort des citoyens pour travailler aux solutions climatiques (si ce n’est pour faire de la com’ et renvoyer à des solutions individuelles qui ne questionnent pas l’incongruité du système capitaliste pollueur) mais n’écoute pas les suggestions d’associations environnementales, des syndicats ou des partis politiques qui proposent des solutions pour changer le système et des solutions d’applications immédiates. On pourrait, sans attendre, prendre des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique, ce qui demande sur la durée de réelles politiques publiques… mais manifestement la volonté politique réelle manque !
Alors, en cette nouvelle année 2020, il faut faire un vœu collectif : mettre nos forces en commun pour construire une alternative politique à Macron, un changement de politique réellement écologique et social.

 

Alain Pagano

Membre du CEN,

Responsable de la commission Écologie

 

Partager cet article
Repost0
21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 06:52

 

Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de la ministre en charge de la transition écologique et solidaire, nous promet pour bientôt le vote d’une loi « antigaspillage pour une économie circulaire ». En attendant, nos boîtes aux lettres regorgent de dépliants vantant toutes sortes promotions à l’approche des fêtes de fin d’année. En milieu rural, tout près de Lannion, une retraitée de 76 ans nous indique avoir trouvé 316 pages pour un total de 13 dépliants publicitaires dans sa boîte aux lettres.

Gérard Le Puill

Le 9 décembre, devant les députés, la secrétaire d’État Brune Poirson a entamé son discours sur le « projet de loi antigaspillage pour une économie circulaire » en ces termes : « Aujourd’hui, mesdames et messieurs les députés, le projet de loi antigaspillage comprend 106 articles (…). Quelle est l’ambition de cette loi ? Réaliser la transition entre deux mondes. Aller de celui du tout-jetable, qui caractérise trop notre société, vers celui du tout-réutilisable (…). Concrètement, pour être à la hauteur du XXI e siècle, nous devons rompre avec le système capitaliste vorace et injuste qui est le nôtre (…). Dans ce contexte, les objectifs sont clairs : nous devons nous attaquer à toutes les formes de gaspillage, à tous les niveaux : dans les familles, dans les entreprises ou dans les administrations (…). Le gaspillage est le symbole des excès de notre système économique et des injustices qu’il produit (…). L’objectif de ce projet de loi, vous l’aurez compris, c’est d’entrer dans l’ère du “zéro déchet” le plus vite possible (…). Nous allons accélérer le passage d’une société du tout-jetable à une société du tout-réutilisable. »

Treize dépliants publicitaires le même dans la boîte !

Le jour où Brune Poirson prononçait ce discours écologique devant les députés, une retraitée de 76 ans habitant sur une colline côtière peuplée de plusieurs centaines de maisons entre Lannion et Trébeurden, dans le département des Côtes-d’Armor, nous informait sur le contenu de sa boîte aux lettres. Il faut ici savoir que Lannion compte près de 20 000 habitants. Dans la ville basse les immeubles et les commerces bordent le Léguer, un fleuve côtier qui se jette dans la Manche quelques kilomètres plus bas. Ces habitations et ces commerces voient déjà l’eau monter jusqu’à leur porte les jours de fort coefficient des marées. Lannion ayant absorbé quatre autres communes dont Servel. Notre retraitée habite sur le territoire de Servel. Elle se trouve bien en hauteur avec vue sur la mer et ne redoute pas les inondations dans les prochaines décennies. Mais elle s’étonnait d’avoir reçu pas moins de 13 dépliants publicitaires totalisant 316 pages dans sa boîte aux lettres le jour où Brune Poirson nous promettait la fin des gaspillages en tous genres.

Les plus gros volumes étaient édités par Leclerc avec deux journaux de 56 pages pour l’un, de 16 pages pour l’autre. Toutefois, la pagination totale de Leclerc était inférieure à celle de Géant Casino, avec son dépliant de 80 pages. Lidl était loin derrière, avec 44 pages, tandis que les surgelés de la marque Picard étalaient leur offre sur 24 pages. Tous ces journaux ont été financés par des enseignes qui n’en finissent pas de bétonner des terres agricoles pour augmenter leurs surfaces de vente. Sur le plateau qui domine la ville de Lannion, beaucoup d’emplois industriels ont été perdus tandis que des zones de chalandise prenaient la place des usines de la téléphonie délocalisées vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre.

La concurrence étant rude entre les enseignes, le bilan carbone de cette publicité inutile s’ajoute au gaspillage de toutes sortes de produits, périssables ou pas. Dans le bilan carbone des dépliants publicitaires, il y a la fabrication de la pâte à papier, l’impression, puis la distribution de ces journaux. Ils sont utilisés par chaque enseigne pour tenter de gagner des parts de marché au détriment des autres en jouant sur la guerre des prix dont elles font payer la note par leurs fournisseurs de l’industrie agroalimentaire, lesquels réduisent leurs coûts en important de la viande et d’autres produits bon marché pour faire chuter les cours payés aux paysans français. Mais il n’y avait aucune remarque sur le sujet dans le discours de Brune Poirson.

Des promotions limitées à six jours, en attendant les suivantes

Limitée à six jours, dimanche compris, telle enseigne proposait la côte de porc à 3,65 euros le kilo, la côte de bœuf à griller à 10,95 euros le kilo, quand telle autre mettait le rôti de bœuf à 8,48 euros le kilo et le poulet de Loué à 4,87 euros le kilo. Tranquilles ou pétillants, la plupart des vins étaient affichés à moins de 5 euros la bouteille, en prévision des fêtes de fin d’année. Quand ces dernières seront sur le point de se terminer, on verra poindre de nouvelles promotions dans une nouvelle vague de magazines publicitaires pour écouler les stocks, y compris et surtout de viande, dont une partie de l’offre très diversifiée sera en promotion. Il y aura des « achats malins » qui mettront un peu de réserve dans les congélateurs et des clients seront contents d’avoir réalisé de bonnes affaires.

Il reste toutefois deux ou trois questions qu’il convient de poser à Brune Poirson. La première porte sur le bilan carbone de cette publicité écrite par une multitude d’enseignes dans l’offre alimentaire comme celle des produits d’équipement des ménages. La deuxième concerne le revenu des paysans, qui restent souvent la principale victime des promotions sur la viande chaque fois qu’une baisse de la demande succède aux achats opportunistes effectués durant les promos. La troisième conséquence tient au fait que cette omniprésence et cette pression permanente de la politique de l’offre ne sont guère compatibles avec le débat qu’il conviendrait d’avoir sur la nécessaire réduction de la part des protéines animales dans nos assiettes si nous voulons que la lutte contre le réchauffement climatique devienne aussi l’affaire de tout un chacun.

 

Partager cet article
Repost0
9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 13:10

 

Ce dimanche, à Paris, avant une autre manifestation prévue à 13 heures, des portraits d’Emmanuel Macron tête à l’envers ont été brandis pour dénoncer l’inaction du gouvernement face à la crise sociale et climatique, alors que se tient la COP 25 à Madrid.

Ce dimanche matin à 10 heures, sur la place du Trocadéro devant la Tour Eiffel, cent manifestants ont brandi autant de portraits d’Emmanuel Macron avec la tête à l’envers pour dénoncer l’inaction du gouvernement face à la crise sociale et climatique. A 13 heures, un rassemblement suivi d’une manifestation est annoncé à Paris, place Denfert-Rochereau. De son côté , le PCF propose au gouvernement d’investir prioritairement dans le transport ferroviaire et dans l’isolation thermique des logements.

« L’incapacité de la France à prendre ses responsabilités climatiques alors que se tient, à Madrid, la COP 25, et le mouvement en cours révèlent le bilan déplorable du gouvernement en matière de climat et de justice sociale », lit-on dans le texte publié par les porteurs de portraits du président de la République avec la tête en bas. Tandis que cette COP 25 entre dans sa seconde semaine en Espagne, peu d’informations filtrent depuis le 2 décembre sur l’avancement des travaux, à supposer qu’ils avancent. Une marche pour le climat, la paix, la liberté, l’égalité et la fraternité est également organisée ce dimanche, à Paris, par les associations Citoyens pour le climat - Paris et Unis pour le climat. Elle partira de la place Denfert-Rochereau, où le rassemblement était annoncé pour 13 heures.

Tous les voyants sont au rouge concernant le CO2

Affirmant que tous les voyants sont au rouge, les organisateurs de la manifestation parisienne indiquent que, « selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les symptômes et les effets du changement climatique se sont accentués entre 2015 et 2019 : élévation du niveau de la mer, perte de glace et conditions météorologiques extrêmes, notamment. Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont également grimpé à des niveaux historiques, verrouillant la trajectoire de réchauffement pour plusieurs générations ».

En effet, les émissions depuis plus d’un siècle nous mettent déjà sur une trajectoire de réchauffement durable. Mais, note le texte des organisateurs du rassemblement de ce dimanche, « les experts français du climat ont récemment revu à la hausse leurs projections de réchauffement : jusqu’à + 7°C en 2100, ce qui aura des conséquences désastreuses sur les espèces vivantes et les écosystèmes. De plus, selon un rapport des Nations Unies, la production mondiale d’énergies fossiles pourrait, d’ici 2030, dépasser de 50 % ce qui est le plafond admissible pour tenir l’objectif de + 2°C de réchauffement ». Plus 2°C était l’objectif à ne pas dépasser lors de la Cop 21 à Paris, en décembre 2015.

 

Et en même temps l’Australie continue de brûler

Tôt ce 8 décembre au matin, une dépêche de l’Agence France presse (AFP) en provenance d’Australie indiquait : « A leur réveil, dimanche matin, les habitants de Canberra ont constaté qu’un brouillard toxique lié aux incendies a envahi la capitale. Sydney a récemment connu, durant plusieurs semaines, un tel phénomène. Les autorités ont indiqué que les conditions météorologiques favorables leur ont permis de maîtriser divers incendies avant le retour annoncé pour mardi de vents forts et de températures élevées. Parmi ces feux, un ‘‘méga incendie’’ qui brûle à travers 250 000 hectares, à moins d’une heure de route de Sydney, la plus grande ville australienne, sur laquelle les cendres sont parfois tombées (…). On estime à deux millions le nombre d’hectares qui sont partis en fumée, soit l’équivalent de la superficie de la Suisse », lit-on en conclusion de la dépêche.

Pendant ce temps, à Madrid, ce sont surtout les Organisations non gouvernementales (ONG) qui communiquent. Selon Nicolas Haeringer, de l’ONG 350.org, dont les propos sont rapportés par l’AFP, certains gouvernements « créent de faux dilemmes en faisant croire que des politiques de distribution ambitieuses sont incompatibles avec des politiques climatiques ambitieuses, parce qu’on manque d’argent. Mais ils cherchent à ménager la chèvre et le chou, et surtout la chèvre : les actionnaires des grandes multinationales ». Voilà qui nous ramène à l’actualité sociale en France et au refus des Français de ne disposer que d’une retraite de misère après une vie de travail.

Investissons dans les transports ferroviaires et dans l’isolation thermique

S’agissant des mesures à prendre en France concernant les enjeux climatiques, le PCF, dès le jour de l’ouverture de la Cop 25, appelait le gouvernement français à prendre « des décisions politiques fortes pour enfin prendre la bonne direction, celle de la réduction du rejet de CO2. Nous devons d’abord diminuer le coût écologique exorbitant (en CO2) des transports en investissant dans le développement du ferroviaire (fret et passagers) et la gratuité des transports en commun. Une loi favorisant les circuits courts, une politique industrielle pour relocaliser la production de biens, l’arrêt des importations abusives dans l’agriculture et un plan d’accompagnement des agriculteurs est plus que nécessaire ».

Dans cette déclaration, le PCF propose aussi de « multiplier par 4 le budget de rénovation thermique du logement », tout en relevant qu’il « a été divisé par 2 depuis le début du quinquennat » d’Emmanuel Macron. « Au total, ajoute cette déclaration, c’est cent milliards d’euros supplémentaires que la France doit investir dans la transition énergétique. Quand la BCE (Banque centrale européenne) prête à taux négatifs aux banques, elle doit pouvoir le faire pour financer un tel fonds. Rappelons que 50 % de la pollution sont le fait des 10 % les plus riches ».

Les plus riches sont ceux auxquels Emmanuel Macron ne refuse rien depuis qu’il est président de la République. Alors qu’il faisait supprimer l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) dès 2018, il décidait, en même temps, de faire payer les cotisations chômage et maladie des actifs par les retraités via une hausse de 1,7 % de la CSG sur les pensions brutes. Du coup, la maigre augmentation de moins de 1 % de salaire apparaissant sur le bulletin de paie des actifs ne coûtait rien aux patrons, à commencer par ceux du CAC 40. Les mêmes, en cette année 2018, ont augmenté de 12 % en moyenne leur paie de PDG, l’augmentation des dividendes étant aussi favorisée par l’abandon de l’ISF.

 

Mardi 10 décembre (18 h – local PCF Morlaix) :  Les mardis de l’éducation populaire.

 

 

Ce mardi 10 décembre nous accueillerons Gérard LE PUILL à 18 h dans notre local (2 Petite Rue Callac – Morlaix).

Gérard LE PUILL est journaliste à l’Humanité et essayiste, spécialiste des questions d’environnement, d’agriculture et d’é

cologie.

Il interviendra sur le thème « Comment faire face à l’urgence climatique et à l’urgence sociale? ».

Il est l’auteur de différents ouvrages : 

 

Devant l'urgence climatique, bousculons les politiques (éditions du Croquant)

 

Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et après

 

L'écologie peut encore sauver l'économie

 

Réinventons l'économie dans un monde fini

 

 Ces conférences sont gratuites et ouvertes à tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 06:51

 

Ce matin, pour la seconde journée des travaux de la COP 25 à Madrid, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a prévenu que « l’année 2019 marque la fin d’une décennie de chaleur exceptionnelle, de recul des glaces et d’élévation record du niveau de la mer à l’échelle du globe, en raison des gaz à effet de serre produits par les activités humaines ». Voilà qui dément l’optimiste des déclarations faites hier par Édouard Philippe et par le nouveau président de l’Europe Charles Michel. Même les frites belges affichent désormais un bilan carbone désastreux. Surtout quand elles sont exportées en Colombie.

Hier, tandis que dans plusieurs départements du sud de la France on commençait à mesurer l’ampleur des dégâts causés par la pluie, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a ouvert les travaux de la COP 25 de Madrid par un discours. Il a interpellé les représentants des pays signataires de la COP21 de Paris en ces termes : « Voulons nous rester dans l’histoire comme la génération qui a fait l’autruche, qui flânait pendant que le monde brûlait ? », a-t-il interrogé  , avant d’ajouter que « ce qui manque toujours c’est la volonté politique ».

Le temps d’effectuer un « saut de puce » à Madrid, le Premier ministre français Édouard Philippe lui avait répondu par avance dans une tribune publiée par le Huffington Post dont la presse hexagonale a extrait cette banalité : « Le seul effondrement qui nous menace pour l’instant, c’est celui de nos volontés. Or quand je vois la formidable mobilisation des jeunes générations, la rapidité de certains changements, l’importance que la préservation de l’environnement prend dans le débat public, je me dis que l’humanité est loin d’avoir dit son dernier mot ».

Le premier ministre de la France ne semble pas avoir constaté que les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter depuis la conférence de Paris sur le climat, y compris en Europe et en France. Quant aux conséquences dévastatrices du réchauffement, c’est vers les Philippines que les regards se tournent depuis quelques heures avec le passage du typhon Kammuri avec des pluies diluviennes et des vents soufflant jusqu’à 230 km/h.

Charles Michel, un drôle de champion de la transition verte

Encore plus optimiste que le Premier ministre de la France, l’ancien Premier ministre belge Charles Michel, désormais président du conseil européen, a déclaré à Madrid : « Nous serons les champions de la transition verte. Nous avons eu la révolution industrielle, la révolution technologique, il est l’heure de la révolution verte ». Jusqu’à présent, les délocalisations massives de productions des pays européens les plus développés vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre – dont l’énergie électrique provient essentiellement de la combustion du charbon - démentent quotidiennement le discours de Charles Michel sur la révolution verte au sein de l’Europe.

Mais une information publiée dans l’hebdomadaire le « Loiret agricole et rural » du 29 octobre dernier nous raconte une histoire belge pas du tout verte. Elle concerne Charles Michel dans ses anciennes comme dans sa nouvelle responsabilité. Elle nous dit que « Bruxelles attaque les mesures antidumping colombiennes sur les frites ». On y apprend que la Colombie met des droits de douane « compris entre 3 % et 8 % » sur les frites congelées « en provenance de Belgique, d’Allemagne et des Pays Bas ». Le journal ajoute que ces droits de douane en hausse « affectent près de 85 % des exportations communautaires de frites congelées à destination du marché colombien, ce qui représente plus de 19 millions d’euros par an ».

Cécilia Malmström, la commissaire en charge du commerce, a pris les choses en main. Dans un premier temps, elle laisse 60 jours aux autorités colombiennes pour trouver un accord, faute de quoi, l’Europe aura recours au tribunal arbitral de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). On notera ici, que la Commission ne dit jamais rien chaque que Donald Trump menace de taxer différents produits français dont le champagne et les objets de luxe comme c’est encore le cas depuis hier.

Bilan carbone de la frite européenne dans une assiette colombienne

Mais revenons à nos frites. Elles sont produites à partir des pommes de terre que les Européens ont découvertes en Amérique du sud en 1583 par l‘explorateur espagnol Piedro Cieza de Leon. 150 ans plus tard, Antoine-Augustin Parmentier les fit cultiver en France. Cette culture ne pose donc pas de problème en Colombie. Dans les pays proches de l’Équateur, on peut même en produire à plus de 2000 mètres d’altitude.

Les circuits courts étant un atout pour réduire les émissions de CO2, cultiver en Colombie les frites que mangeront les Colombiens dans les prochaines décennies participerait à la lutte contre le réchauffement climatique. Car les frites cultivées, récoltées, congelées et conditionnées en Europe avant un voyage de plusieurs milliers de kilomètres avec le maintien de la chaîne du froid jusqu’en Amérique du sud ont, au final, un bilan carbone très élevé. Dans un premier temps, il faut transporter les patates du champ à l’usine en utilisant des camions. Dans un second temps on les transforme en frites congelées et mises en sachets. Dans un troisième temps, elles sont réembarquées dans des camions frigorifiques jusqu’au port d’embarquement. La chaîne du froid est ensuite maintenue pour traverser l’océan tandis que des camions frigorifiques vont prendre le relais au débarquement et rouler sur des milliers de kilomètres pour amener les frites européennes dans les magasins des villes et des villages colombiens. Voilà qui mériterait que l’on calcule le bilan carbone d’une assiette de frites européennes rendue en Colombie avant de traduire ce pays devant le tribunal arbitral de l’OMC.

L’absurdité de la théorie des avantages comparatifs face au climat

Mais la frite belge présente aussi un bilan carbone supérieur à la moyenne européenne. De par ses fonctions successives, l’ancien premier ministre Charles Michel le sait mieux que quiconque. La filière belge produit en France une partie sans cesse croissante des pommes de terre transformées en frites congelées pour l’exportation. Avant de transformer 5 millions de tonnes de patates en frites, il faut trouver des terres pour les cultiver et ces terres sont aujourd’hui trop rares en Belgique. Du coup, les industriels belges de la pomme de terre les font produire en France dans des fermes céréalières. Il suffit que la location de la parcelle pour cultiver des patates rapporte plus au fermier que d’y semer du blé ou de l’orge pour que l’on trouve facilement des parcelles pour les tubercules dans le Nord-Pas-de-Calais comme en Picardie. Au moment de la récolte, tracteurs et camions ramènent des milliers de tonnes de patates de la France aux usines belges avec, là encore un bilan carbone en hausse pour chaque assiette de frites.

Avec la mondialisation des échanges et le maintien en vigueur, sur fond de dumping social, fiscal et environnemental, de la théorie des avantages comparatifs conceptualisée par David Ricardo voilà plus de deux siècles, on ne voit guère comment il sera possible de freiner réchauffement climatique dans les prochaines années. Mais rien ne prouve qu’un tel sujet puisse être abordé à Madrid d’ici le 13 décembre.

Gérard Le Puill

 

Partager cet article
Repost0
23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 06:48

 

Les perspectives de production de gaz, de pétrole et de charbon d’ici à 2030 excèdent très largement les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, alertent les Nations unies dans un rapport publié aujourd’hui.

À quelques semaines de la prochaine conférence de l’ONU sur le climat – la COP25, qui démarrera le 2 décembre à Madrid –, le rapport inédit que relaie aujourd’hui le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) a de quoi interpeller. Partis comme ils sont partis, les gouvernements s’apprêtent, dans leur ensemble, à excéder amplement la production de gaz, de pétrole et de charbon par rapport à ce qu’il conviendrait pour être dans les clous de l’accord de Paris sur le climat adopté en 2015. Et ce n’est pas peu dire.

La production de combustibles fossiles a atteint un niveau record

Additionnés les uns aux autres, les plans nationaux prévoient, d’ici à 2030, de produire environ 50 % de combustibles fossiles en plus qu’il n’est possible de le faire pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C, soit l’objectif le moins ambitieux issu de la COP21. Si l’on se réfère à son objectif le plus téméraire – celui de limiter le réchauffement à 1,5 °C maximum –, la surproduction planifiée est encore plus éloquente : le monde, globalement, a d’ores et déjà prévu d’extraire du sous-sol 120 % de combustibles fossiles en trop d’ici à 2030. Autrement dit, en dépit des alertes aujourd’hui partagées, les États les plus producteurs mais aussi ceux les plus consommateurs d’énergies fossiles continuent de mener la planète vers la fournaise.

2019 paraît être en ce sens une année type. Quatre ans après l’adoption de l’accord de Paris, « la production de combustibles fossiles mondiaux a atteint un niveau record », souligne le rapport, opportunément baptisé Production Gap Carbon (littéralement : Écart de production carbone) et coproduit par le Pnue et plusieurs organisations internationales, think tanks économiques ou scientifiques. Le charbon, le pétrole et le gaz naturel « demeurent les sources d’énergie dominantes, représentant 81 % de l’approvisionnement total en énergie primaire », poursuit-il, citant l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ces combustibles sont, de loin, les principaux responsables des bouleversements climatiques, rappelle-t-il encore, représentant plus de 75 % des émissions de gaz à effet de serre globales et près de 90 % des seules émissions de dioxyde de carbone (CO2).

La poursuite d’investissement dans les hydrocarbures épinglée

« Ce rapport montre pour la première fois à quel point l’écart est important entre les objectifs de Paris et les politiques des pays en matière de production », souligne Michael Lazarus, auteur principal de l’étude et directeur du Stockholm Environment Institute’s US Center. Certes, d’autres analyses, réévaluées chaque année depuis 2009 par le Pnue, avaient déjà contribué à mettre en évidence l’écart entre objectifs et émissions de gaz à effet de serre. Mais ce premier bilan des perspectives de production s’avère encore plus inquiétant, souligne le Pnue.

Pour les réaliser, le Production Gap Report a comparé les données économiques rendues publiques par les États aux scénarios mis en avant par le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat). Celles concernant le charbon restent les plus inquiétantes – les pays prévoient d’en sortir 150 % de plus en 2030 que le niveau compatible avec une limitation du réchauffement à 2 °C, et 280 % de plus que ce qui serait compatible avec une limitation du réchauffement à 1,5 °C. Mais le pétrole et le gaz sont eux aussi en bonne voie pour exploser le bilan carbone planétaire, dont la production pourrait, en 2040, excéder de 40 % à 50 % ce qu’il convient de faire pour ne pas réchauffer l’atmosphère au-delà de 2 °C.

Le rapport met directement en cause la poursuite des investissements dans les infrastructures, tellement massifs qu’ils « bloquent », en quelque sorte, toute perspective de renoncer aux hydrocarbures pendant encore de très nombreuses années. Les financements publics sont singulièrement pointés du doigt. « De nombreux gouvernements financent la production de combustibles fossiles par l’intermédiaire des institutions de finances publiques (…) telles que les banques nationales, bilatérales et multilatérales de développement et des agences de crédit à l’exportation. » Avis à la France, qui, le 15 novembre, a reconduit la possibilité d’accorder des aides à l’export au gaz et au pétrole.

Marie-Noëlle Bertrand

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 06:55

 

Pour freiner le réchauffement climatique, il faudrait commencer par réduire les consommations de matières premières afin de réduire les émissions de CO2 émises par leur transformation. Mais pour se préserver des effets désagréables de nos étés caniculaires, de plus en plus de ménages français investissent dans des piscines privées dont les constructions sont en hausse de plus de 10% cette année. Suite à la construction, survient aussi le bilan carbone imputable à l’alimentation en eau et en énergie pour avoir la température souhaitée pour l’eau de baignade. Ce qui accentue encore le réchauffement climatique.

Durant l’été et même une bonne partie de l’automne 2019, des décisions préfectorales prises dans 87 départements métropolitains ont concerné des restrictions dans l’usage de l’eau, qu’il s’agisse de l’irrigation des cultures, du lavage des voitures, de l’arrosage des pelouses ou du remplissage des piscines privées. Ce risque de manque d’eau au robinet résultait de la baisse du niveau des nappes phréatiques faute de pluies automnales et hivernales après un été 2018 sec et parfois chaud, suivi d’un été encore plus sec et plus chaud en 2019.

Mais ces deux étés chauds et secs successifs ont aussi créé les conditions d’une augmentation de la consommation d’eau pour les années prochaines. En effet, des ménages en plus grand nombre ont décidé d’investir pour cette nouvelle forme de confort induite par la piscine privée. Au nom de la politique de l’offre, des constructeurs et autres vendeurs à l’affut ont proposé une multitude de projets pour augmenter leur chiffre d’affaires. Alors que le « Salon de la piscine » se tiendra du 7 au 15 décembre prochain, à Paris Porte de Versailles, la Fédération des professionnels de la piscine (FPP) tenait hier une conférence de presse centrée sur la croissance du chiffre d’affaires des constructeurs de piscines en béton comme des vendeurs d’autres bassins construits en matière plastique.

 

Une croissance de 10,5% du chiffre d’affaires sur un an

« Sur un an, disent-ils, à la fin juin 2019, le nombre de piscines vendues en France enregistre une croissance de + 10,5% de chiffre d’affaires », une augmentation de +15,5% des projets laissant présager une année record. Toujours selon la FPP, notre pays comptait déjà en 2018 plus de 2,5 millions de piscines privées de plus de 10 m2, soit une pour 27 habitants en moyenne. Désormais, 15% des foyers français résidant en maison individuelle possèdent une piscine. Toujours selon la FPP, 1,3 million de ces piscines sont des ouvrages enterrés, lesquels nécessitent le coulage d’une certaine quantité de béton. Et comme la mise en place d’une tonne de béton se traduit par l’émission de 900 kilos de CO2, l’augmentation en nombre des piscines enterrées contribue aussi au réchauffement climatique. Cette contribution est ensuite accentuée par l’énergie utilisée pour chauffer l’eau de la piscine. Par ailleurs, 1,2 millions de piscines posées dans le jardin sont fabriquées en matière plastique, avec, là aussi un bilan carbone non négligeable.

 

Une superficie moyenne de 21 m2 pour 27m3 d’eau

S’agissant des propriétaires, 42,2% d’entre eux disposeraient de ressources mensuelles comprises entre 1.500€ et 3.000€; 31,9% disposeraient d’un revenu mensuel compris entre 3.000 et 4.500€ et 20,4% émargeraient à plus de 4.500€ mensuels. L’étude ne dit pas quelle est la part des piscines en béton par catégorie de revenu. Mais on peut penser que ce « haut de gamme » est plus fréquent chez les ménages aisés. Si le nombre de piscines individuelles augmente rapidement, il convient de noter que leur taille diminue parallèlement. Dans les années 1980, la superficie moyenne d’une piscine privée était de 72 m2 contenant 130 m3 d’eau contre 21 m2 aujourd’hui en moyenne avec 27 m3 d’eau.

« Les piscines ont le vent en poupe et les professionnels mettent le cap sur le respect de l’environnement » indiquait en préambule le dossier de presse remis hier aux journalistes. Mais les affaires étant ce qu’elles sont, la politique de l’offre tente de s’adapter à différents budgets en faisant miroiter un bien-être dont le bilan carbone sera forcément en augmentation, même si on recycle les matériaux des piscines en fin de vie. Car le réchauffement climatique et ses périodes de canicules stimulent des comportements de recherche de confort qui alimentent objectivement le réchauffement en cours. 

 

Vers un réchauffement global de +3,2°C en 2100 au lieu du 1,5°C souhaité 

Quand on fait creuser une piscine dans son jardin, on n’est guère du genre à cultiver un potager à côté. Ni à se munir d’une citerne pour recueillir l’eau de pluie tombant sur le toit de la maison afin d’irriguer ses carrés de légumes. On sera plutôt du côté des jouisseurs qui, tout en faisant trempette après la journée de travail, se feront livrer le repas par un auto-entrepreneur mal rémunéré par son donneur d’ordres. Là encore le bilan carbone sera en hausse par rapport à celui du jardinier produisant en cycle court une partie de son alimentation.

Hasard du calendrier, les vendeurs de piscines tenaient leur conférence de presse le jour où Donald Trump annonçait le retrait des Etats Unis de l’accord de Paris sur le climat. Bien que 187 pays sur un total de 197 soient signataires de cet accord, l’ONU nous apprenait hier que les engagements cumulés de ces 187 pays nous mettent à ce jour sur une trajectoire de réchauffement atteignant +3,2°C en 2100. On est très au dessus du +2°C maximum retenu et du +1,5°C souhaité afin de laisser une planète vivable aux générations futures. 

 

Pour revenir à nos piscines, ce n’est plus dans le sud de la France que l’on en construit le plus. Selon Gilles Mourichoud, président de la FPP, les progressions les plus fortes de l’équipement des ménages en piscines individuelles se constatent désormais dans les parties nord-est et nord-ouest de l’Hexagone, essentiellement les régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand-Est d’un côté, Pays de la Loire et région Centre de l’autre. Et comme la courbe des émissions de gaz à effet de serre ne va pas s’inverser de sitôt, il est probable que le nombre de piscines individuelles va continuer d’augmenter. Sauf à manquer d’eau prochainement pour les alimenter. 

Quoiqu’il en soit, ce petit exemple nous montre que la lutte contre le réchauffement climatique ne sera pas un long fleuve tranquille en France et dans le monde. 

 

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 06:53

 

Hier, tandis que le président américain Donald Trump annonçait le retrait de la signature des Etats Unis de l’accord sur le climat adopté à Paris en décembre 2015, l’Elysée déclarait dans un communiqué : « Nous le regrettons et cela rend encore plus nécessaire le partenariat franco-chinois sur le climat et la biodiversité». Il est vrai que le président de la République entamait le même jour un voyage officiel en Chine. Avec la volonté, entre autre, de trouver des débouchés pour la viande bovine française. Car les cours sont en baisse sur le marché intérieur, tandis que la France importe de plus en plus de viande de vaches laitières de réforme pour sa consommation intérieure, notamment dans la restauration collective. Elle importe aussi beaucoup de soja d’Amérique du sud pour nourrir son bétail. Mais elle exporte surtout des jeunes bovins maigres pour l’engraissement chez nos voisins italiens et espagnols. Ce n’est pas ainsi que l’on participe au freinage du réchauffement climatique.

Selon les chiffres récemment fournis par le ministère de l’Agriculture, les effectifs de bovins sont en recul sensible en France. Sur douze mois, le cheptel bovin français décroit de 267.000 têtes. Au premier semestre 2019 par rapport à la même période en 2018 le cheptel bovin recule de 1,6% par rapport à la même période en 2018. Mais le nombre d’animaux de 1 à 2 ans d’âge décroit de 7,6% pour les mâles et de 4,8% pour les génisses. Enfin, entre mai 2016 et mai 2019 le nombre de vaches faisant naître un veau par an est en recul de 1 million de têtes. C’est le cas dans les troupeaux de vaches laitières comme dans les troupeaux de vaches dites « allaitantes » qui sont suivies au pré par leur veau de l’année.

Selon une étude de l’Institut de l’élevage, 35% des élevages laitiers et 16% des élevages de bovins allaitants sont aujourd’hui en situation critique sur le plan économique. C’est dans le Grand-Ouest, le plus grand bassin laitier du pays que la situation des producteurs de lait de vache est la plus difficile avec 49% des élevages en situation critique. Dans ce même grand bassin, 42% les élevages de bovins à viande, communément appelé « allaitants», sont aussi en grande difficulté. Le trop bas prix du lait et de la viande sont la cause principale de ces difficultés économiques.

On peut raisonnablement penser que l’augmentation de la productivité de chaque vache laitière débouche progressivement sur une réduction du nombre de bêtes à production de lait constante en volume. Mais il en va différemment pour les vaches allaitantes. A la faveur des départs en retraite des éleveurs, certaines exploitations sont accaparées par des céréaliers et passent ainsi des productions animales aux productions végétales quand la qualité des sols s’y prête. On peut aussi penser que la double pression d’un faible revenu annuel et d’un manque de fourrage imputable aux sécheresses estivales a conduit des éleveurs de bovins allaitants à « décapitaliser » pour moins acheter de la nourriture du bétail, surtout quand on travaille à perte en nourrissant ce bétail.

Un constat lucide en Bourgogne-Franche-Comté

Se pose alors une question que la Fédération nationale bovine (FNB) de la FNSEA - dont le président Bruno Dufayet participe au voyage présidentiel en Chine- n’ose guère aborder depuis des années. N’a-t-on pas, à la faveur de la prime à la vache allaitante, trop augmenté le nombre global de mères charolaises , limousines , blondes d’Aquitaine , Rouge des prés , salers, Aubrac et quelques autres pour toucher davantage de primes sans se soucier suffisamment des débouchés en viande bovine ? Surtout quand beaucoup de fermes ne produisent plus assez d’herbe et d’autres végétaux pour nourrir le troupeau ? Surtout que, facteur aggravant, le libre échange dans l’Union européenne et les importations en provenance des pays tiers ont tendance à tirer vers le bas le prix de la viande bovine de qualité ? Car cette viande est concurrencée par celle des vaches laitières de réforme vendues moins chères et valorisées en viande hachée dont la consommation atteint désormais 57% des viandes bovines consommées en France !

Récemment, la Chambre régionale d’Agriculture de la région Bourgogne-Franche-Comté, a consacré une étude a la recherche d’une plus grande autonomie fourragère aux élevages laitiers et allaitants dans le but de « développer l’autonomie alimentaire » des troupeaux « pour augmenter la résilience des exploitations face aux aléas climatiques plus fréquents » ; ce dont rend compte « Le Jura agricole et rural » du 25 octobre 2019. Les travaux sont partis d’une étude du réseau « Galacsy», un observatoire régional, qui démontre que « depuis 2015, en lait de plaine, la marge brute de l’atelier lait subit une hausse des charges. Les cours des aliments et l’achat de fourrages ou coproduits suite à la sécheresse de 2018 ont fait grimper le niveau du poste alimentation, entraînant une baisse significative de la marge de l’atelier lait ». On imagine facilement que la sécheresse de 2019, succédant à celle de 2018 n’aura rien arrangé, tant dans l’élevage allaitant que dans l’élevage laitier.

Concernant ce dernier, le journal jurassien donne le témoignage de Christian Colmagne qui, en association avec son frère, produit du lait pour les fromages « comté » et « morbier » en Appellation d’origine protégée (AOP) à Champagne-sur-Loue dans le Jura. Outre les cultures céréalières, la ferme dispose de 25 hectares de prairies permanentes, de 15 hectares de prairies temporaires et cultive chaque année 3 hectares de betteraves fourragères. «Depuis 5 à 6 ans, nous privilégions les surfaces fourragères au détriment des cultures car nous voulons sécuriser l’atelier le plus rentable : La production de 175.000 litres de lait en AOP morbier et comté», dit-il.

Des cultures sur la ferme plutôt que du soja importé

Outre le séchage du foin en grange, l’exploitation s’efforce aussi d’être autonome en protéines végétales via des associations d’herbes qui vont de la luzerne au dactyle en passant par le trèfle violet, le trèfle blanc et la fétuque . De même, un mélange d’orge d’hiver, de pois et de vesce permet de récolter et de transformer à la ferme un aliment dont l’usage évite les achats de tourteaux de soja en hiver.

Au nom de la Chambre régionale d’agriculture, Sophie Dubreuil argumente dans le même sens quand elle écrit dans le même hebdomadaire : « Dans un contexte climatique de plus en plus perturbé, la sécurisation de l’alimentation du troupeau devient un enjeu majeur, quelle que soit la production. La réduction d’achats d’aliments peut passer par l’activation de différents leviers : la baisse du chargement, le stockage de fourrages, la diversification des cultures, le pâturage tournant(…) la mise en place de cultures fourragères adaptées comme le méteil ou le sorgho peut être une alternative à la culture du maïs gourmande en eau».

Commission et ministres en panne de réflexion

Pour aider les éleveurs à s’engager dans cette nouvelle orientation, - que l’actuelle phase de décapitalisation induite par le manque de fourrage va encore accentuer- il faudrait peut-être modifier certaines aides européennes à budget constant : favoriser à travers les aides annuelles les cultures fourragères qui donnent une alimentation équilibrée produite sur l’exploitation plutôt que de faire croître en nombre les têtes de bétail dans le troupeau, par exemple. Il reste à voir si la France et son ministre de l’Agriculture peuvent proposer quelque chose de cohérent dans ce domaine. A voir aussi comment réagiraient alors le Commissaire européen en charge de l’agriculture ainsi que les ministres des autres pays membres de l’Union.

Pour l’instant chacun cherche à tirer le meilleur parti des aides, sans produire la moindre réflexion prospective en ce début de siècle marqué par les changements climatiques. Dans le cadre du voyage présidentiel en Chine, il se disait hier que l’on allait faire goûter la viande de la vache auvergnate de race « Salers » aux gastronomes chinois dans le but de mettre en place une filière d’exportation. Sans jamais se poser les questions suivantes. Peut-on en même temps importer plus de soja des pays d’Amérique du sud pour nourrir nos bovins et aussi plus de viande bovine pour concurrencer celles que nous produisons ? Doit-on à partir de là parier sur les débouchés chinois pour vendre la viande que nous produisons en France à partir d’une alimentation du bétail en bonne partie importée ? Si on veut en même temps, être plus autonome en protéines animales et réduire le bilan carbone des viandes que nous produisons, ne vaut-il pas mieux s’intéresser à ce qui commence à se faire en région Bourgogne-Franche-Comté ?

 

Partager cet article
Repost0
31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 09:59

Protéger et améliorer notre environnement, concrètement, du local au global. C’est possible !

 

L’initiative nationale du 9 novembre 2019 vise, comme l’a décidé le dernier Conseil national, à travailler nos propositions municipales en matière d’écologie à l’échelon communal ou communautaire. Parce qu’il est possible d’agir sans attendre des changements nationaux ou européens, pourtant nécessaires.

Dans un moment où certains conceptualisent une écologie dépassant les clivages gauche-droite et, pour le dire clairement, sont prêts à des alliances contre nature avec LREM ou la droite, il est utile de faire connaître les effets de la politique gouvernementale sur ce point : désastreuse et pour tout dire anti-écologique ! Il est nécessaire de faire percevoir où se situent les véritables défenseurs de l’écologie.

« C’est le système (capitaliste) qu’il faut changer, pas le climat ! », disent de nombreux jeunes lors des marches pour le climat. C’est juste. Mais il y a un enjeu à faire percevoir : si des actes politiques nationaux sont nécessaires, nous pouvons être porteurs de propositions locales, cohérentes, avec ce que nous sommes, attachés à l’humain, donc nécessairement à son environnement. C’est ce dont nous discuterons dans un premier temps.

 

Consulter le programme et inscrivez-vous

 

Nous valoriserons aussi le bilan des municipalités communistes en la matière. Pas pour se glorifier mais pour donner de la crédibilité aux candidats communistes.

Dans un deuxième temps, l'objectif de cette journée sera de donner à chaque participant une liste de propositions concrètes. Mais sachant que chaque commune a une réalité singulière, il est impossible de donner un programme « clé en main ». Chacun devra donc puiser dans cette liste l’inspiration pour sa commune.

Au-delà des propositions, l’idée est de favoriser l’échange d’expériences, de points de vue, d’amender ou compléter la proposition de « programme » écologique, mais aussi de travailler des outils militants concrets (fiches argumentaires thématiques) pour aider les militants à l’appropriation des idées, pour favoriser le débat avec nos concitoyens, notamment lors de porte-à-porte, et nos partenaires engagés avec nous.

En bref, un moment que nous souhaitons utile pour engager la campagne des municipales, nourrir notre ambition de transformer la société, avoir une approche spécifique et faire entendre une façon différente d’appréhender les questions écologiques.

Alain Pagano

Responsable de la commission Écologie - membre du CEN

 

Partager cet article
Repost0
18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 16:30

 

Alors que débute la discussion sur le projet de budget pour 2020, le gouvernement maintient obstinément sa ligne de conduite, douce pour les plus riches, brutale pour les plus précaires. Une vision sans souffle ni ambition, à mille lieux des enjeux auxquels notre pays est confronté, à commencer par le défi du réchauffement climatique.

PLF2020 : « Être au rendez-vous de l’urgence sociale et climatique » (Fabien Roussel)

ace à un tel immobilisme, les députés communistes portent, eux, un nouveau modèle de société, à la hauteur des attentes et des besoins si largement exprimés par les Français depuis de longs mois.

Parmi une soixantaine de propositions, nous défendrons ainsi :

- un fonds doté de 100 milliards d’euros pour la transition écologique (rénovation de 700 000 logements par an, développement des transports, soutien à l’agriculture ...), comme en Allemagne, qui doit aussi permettre d’investir dans l’industrie du 21eme siècle, relocaliser les productions de biens, en respectant les travailleurs et la planète. Un tel fonds serait financé par la BCE à taux négatifs pour rattraper nos retards et tenir nos engagements. La dette qui va se creuser ? La seule dette qui comptera pour nos enfants, ce sera la dette écologique ; 

- un amendement visant à attribuer 5 milliards d’euros de dotations supplémentaires aux communes en 2020 pour leur redonner de l’air. Cette dotation sera utile aux nouvelles équipes municipales élues l’an prochain;

 un impôt sur le revenu porté à 11 tranches. En dessous de 3 500 euros nets par mois pour un célibataire, on paye moins d’impôt. Au-dessus, on paye plus. Pour un coût nul pour le budget de l’État. La réforme proposée par le gouvernement, quant à elle, coûtera 5 milliards d’euros, qui seront financés par des économies sur le dos des APL, des chômeurs, des services publics... ;

- un amendement renforçant l’obligation de domiciliation fiscale des patrons de grandes entreprises françaises (amendement « Carlos Ghosn »).

 

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011