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8 mars 2023 3 08 /03 /mars /2023 07:47
Rose Zehner , militante CGTU , membre du PCF . Photographie prise en mars 1938 par Willy Ronis dans l’atelier de sellerie des Usines Citroën , Quai de Javel , à Paris

Rose Zehner , militante CGTU , membre du PCF . Photographie prise en mars 1938 par Willy Ronis dans l’atelier de sellerie des Usines Citroën , Quai de Javel , à Paris

Exposition Willy Ronis, au Musée de Pont-Aven.

Samedi 6 mai, à partir de 10h:

Dans le cadre de ses sessions de formation et d'éducation populaire autour de l'art et de ses enjeux politiques et sociaux, le PCF Finistère organise deux visites commentées d'une heure de l'exposition Willy Ronis à la suite, de 10h15 à 11h15 puis de 11h15 à 12h15 pour deux groupes constitués de 20 personnes maximum, soit 40 places en tout.

Réception des inscriptions: papin.sylviane@orange.fr

Cette visite de l'exposition Willy Ronis sera suivie par une Conférence de Renaud Faroux au port de Brigneau à Moëlan sur Mer

Renaud Faroux notre conférencier historien et critique d'art préféré nous éclairera sur les thèmes Photographie et Humanisme - Les communistes et la photographie - la photographie dans les journaux progressistes et communistes: Regard, Vu, Ce Soir, L'Humanité...

Chacun amène son pique-nique et on partagera.

Pour l'inscription il faudra préciser impérativement l'heure choisie pour la visite guidée à Pont Aven

 

Photographie de 1936, photo de Willy Ronis exposée à Pont-Aven

Photographie de 1936, photo de Willy Ronis exposée à Pont-Aven

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8 mars 2023 3 08 /03 /mars /2023 07:15
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix
Mardi 7 mars: une passionnante conférence d'Amar Bellal pour les Mardis de l'éducation populaire à Morlaix

Mardi 7 mars, 18h-20h30.

Conférence débat d'Amar Bellal pour les mardis de l'éducation populaire du PCF pays de Morlaix: l'énergie, bien commun, entre enjeux sociaux, écologiques, de solidarité internationale.

Une soirée énergie et climat ce soir à Morlaix avec une revue des problèmes globaux (ressources, climat, besoin et droit à l'énergie) pour arriver à la contribution que peut avoir la France pour la résolution du défi climatique. Amar Bella s'est appuyé sur les travaux du GIEC, les conclusions des conférences internationales sur le Climat et les scénarios de RTE 2050 pour parvenir à une France neutre en carbone en 2050.

2h non stop d'une conférence dense et passionnante suivie de 30 minutes d'échanges de questions-réponses où on a essayé de balayer ce sujet d'une actualité brûlante à la fois politique, scientifique, industriel et économique.

Photos Patrick Gambache et Ismaël Dupont - Mardis de l'éducation populaire, Mardi 7 mars.

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5 mars 2023 7 05 /03 /mars /2023 08:24
Alberto Moravia et Elsa Morante à Capri dans les années 1940.

Alberto Moravia et Elsa Morante à Capri dans les années 1940.

Moravia -
L'homme nu et autres poèmes (Flammarion)
 
Qui me rendra
l'odeur
enivrante
et suffocante
des petites roses blanches
entre les piquets
des grilles
des jardins
de mai?
 
Comparaison - Moravia
 
La vie est comme une boule
de mercure
elle se divise
se fragmente
se pulvérise
sous le pouce
de la pensée
et puis se reforme
boule liquide
si lourde
d'angoisse.
 
Alberto Moravia (1907-1990)
Alberto Moravia, nom de plume d'Alberto Pincherle, naît dans un quartier aisé de Rome le 28 novembre 1907 d'un père, architecte d'origine vénitienne et de confession juive, et d'une mère catholique d'origine dalmate dans une famille de quatre enfants.
Tout jeune, il est en partie élevé par une gouvernante française.
Il dit avoir fait à neuf ans le choix de la littérature, comme "une vocation", "un besoin physiologique".
À l'âge de neuf ans, il est atteint de tuberculose osseuse, ce qui l'immobilise pendant huit années et l'empêche de suivre ses études. Il séjourne dans des sanatoriums durant deux ans. Cela lui laissera de profondes séquelles. Durant cette période, il lit Shakespeare, Molière, Goldoni, Marcel Proust, Arthur Rimbaud, Dostoïevski.
Il n'a que 19 ans, lorsque Les Indifférents, son premier roman, connaît un succès critique qui marque l’entrée fracassante d’Alberto Moravia, qui s’est entre-temps trouvé un nom de plume, sur la scène intellectuelle et littéraire italienne.
Il écrit Les Indifférents dans le sanatorium de Bressanone, au nord de l'Italie. L'ouvrage est publié à compte d'auteur. Il s'agit d'un roman existentialiste avant la lettre qui restera la référence idéologique et littéraire la plus marquante de l'œuvre de Moravia. Le livre obtient un succès de scandale en raison de l'âpre description désenchantée de la bourgeoisie romaine. À partir de ce succès, l'auteur écrit avec une « régularité bureaucratique » une œuvre abondante.
En 1927, Moravia rencontre Corrado Alvaro et Massimo Bontempelli.
Il commence sa carrière de journaliste au magazine 900.
À partir de 1930, il séjourne à Londres, Paris, New York et visite la Chine, la Grèce, l'Allemagne et le Mexique. Il voyage pour échapper, dit-il, à l'atmosphère étouffante du fascisme. En Italie, il signe des articles de presse (journaux et revues). Son net antifascisme le rend suspect et les origines juives de son père contribuent à la précarité de sa situation.
Durant l'écriture de son deuxième roman, d'une durée de six années, il lit Karl Marx et Sigmund Freud.
En 1941, Moravia épouse Elsa Morante, qu'il quittera en 1962. Peu après son divorce, il partage sa vie avec Dacia Maraini. Toutes deux sont des femmes de lettres.
Recherché par les fascistes à partir de 1943, Moravia s'enfuit de Rome et se réfugie dans les montagnes de la ville de Fondi, au nord de Naples où il séjournera neuf mois.
En mai 1944, Alberto Moravia retourne à Rome et commence à collaborer avec Corrado Alvaro, écrivant pour des journaux italiens de premier plan comme Il Mondo et Il Corriere della Sera, pour lequel il continuera à écrire jusqu'à sa mort.
C'est le succès de La Romana (1947) qui lui apporte une certaine aisance matérielle et la consécration par la critique. Ces œuvres sont mises à l'Index en 1952. Avec Alberto Carocci, il lance la revue Nuovi Argomenti en 1953, une des plus importantes revues littéraires de l'après-guerre. Pier Paolo Pasolini les rejoindra plus tard.
Entre 1959 et 1962 Moravia est président du PEN International.
Moravia est l'auteur de plusieurs essais sur l'Afrique, la Chine, l'URSS. C'est un compagnon de route du Parti communiste même s'il n'a jamais adhéré formellement au PCI.
Moravia est un grand ami de Pasolini, le poète, cinéaste et intellectuel marxiste, communiste, d'origine bourgeoise et "libertin" comme lui, tué le 2 novembre 1975 sur la plage d'Ostie à Rome.
En 1984, Moravia est élu au Parlement européen, représentant le Parti communiste italien.
Cette expérience, qui s'achève en 1988, est contée dans Il Diario Europeo (The European Diary). En 1986, peu après la mort d'Elsa Morante en novembre 1985, il épouse Carmen Llera à qui est dédicacé son recueil de nouvelles La Chose.
 
Plusieurs romans de Moravia sont adaptés au cinéma:
La Provinciale de Mario Soldati (1953) et La Belle Romaine de Luigi Zampa (1954), tous deux avec Gina Lollobrigida, "Le conformiste" de Bertolucci (1970, avec Jean-Louis Trintignant: le thème principal de ce film : la bourgeoisie italienne, qu'il situe dans les années 1930 et qu'il associe à la mentalité fasciste), Le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard avec Michel Piccoli et Brigitte Bardot adapté de son roman de 1954.
 
L'œuvre d'Alberto Moravia dissèque souvent les rapports amoureux, sexuels ou non, charnels ou spirituels, en fouillant de manière distanciée la psychologie de ses personnages.
Jouant avec les conventions sociales et leur influence sur les sentiments, ses livres questionnent volontiers la société et le couple dans leurs rapports (Le Mépris, L'Ennui, L'Amour conjugal, La Femme léopard).
La matière parfois scabreuse de ses romans et de ses nouvelles est moins superficielle que le succès à scandale qu'elle a souvent entraîné : les personnages velléitaires de cette œuvre sont les produits d'une crise de la société bourgeoise, puritaine et fasciste, que Moravia regarde d'un œil impitoyable, mais non dépourvu de complaisance littéraire.
Il a été nommé 15 fois pour le Prix Nobel de littérature entre 1949 et 1965.
Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.
Le Mépris est classé 48e dans le classement des Cent livres du siècle réalisé par le journal le Monde.
 
 
 
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5 mars 2023 7 05 /03 /mars /2023 08:21
Communist'Art: Italo Calvino (1923-1985)
Crâne - Italo Calvino
 
Dans votre petit crâne
est enfermée une guêpe
folle furieuse
qui grille et vrombit.
Mon crâne est ouvert
battu par le vent.
Ô vent combien de pensées
apportes-tu en moi et en chasses-tu
rapide à tout moment,
Ô vent.
Ô pluie, je suis sans
couvercle
et ma tête est une conque.
Tu la laves et débordes.
Ô pluie.
J’ai la tête pleine de pluie
et de vent et de soleil et de mer.
Ô vent.
Si tu pouvais suspendre une pensée.
Si tu pouvais la suspendre un moment.
Ô vent.
Mais mon crâne est sans paroi
C’est le monde.
Dans votre petit crâne
il n’y a de la place
que pour une guêpe méchante
folle furieuse
qui vrombit
et se cogne la tête
contre les parois aveugles.
 
Poème de jeunesse d'Italo Calvino (1942) - Cairn Info
 
***
 
Peuple, un jour tu accrocheras tes mains
lasses aux grilles, dans un vrombissement de ruche.
Tu te répandras, flot émacié,
allégées les digues de la longue injure.
Une armée en guenilles sans défense
en pavois de deuils, de déchirures et de bandes
avancera à la reconquête tardive
du bien perdu toutes ces années de patience.
Je ne sais d’où, tremblant,
hommes, je suivrai votre rachat.
Avec des cris ou muet j’inciterai à la furie ;
ou s’il suffira encore à votre débandade
d’entendre le pas d’un patron ou de ses sbires,
hommes, je ne regarderai plus vos yeux,
vils comme les miens sont vils.
 
Italo Calvino - Écrit sous terre, Le 11-12-44
Publié par Cairn Info
 
Italo Calvino (1923, Santiago de las Vegas à Cuba - 1985, Sienne, Toscane)
Italo Calvino naît à Cuba où son père Mario (1875-1951), d'origine ligurienne, travaille comme agronome, et sa mère Eva Mameli Calvino (1886-1978), native de Sardaigne, est biologiste. En 1925, la famille rentre en Italie, alors mussolinienne, où le jeune Italo grandit (à Sanremo) et reçoit une éducation laïque et antifasciste.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il interrompt ses études d'agronomie ; en 1943, il rejoint la résistance communiste en Ligurie et les partisans des brigades Garibaldi. En 1945, il se retrouve à Turin où il participe à plusieurs journaux. Il travaille pour l’imprimerie turinoise qui publie L’Unita (le quotidien officiel du parti communiste italien) entre 1948 et 1949 et milite au Parti communiste italien. Italo Calvino entreprend des études de lettres qu'il conclut par un mémoire de littérature anglaise sur Joseph Conrad. À cette époque, il fait la connaissance de Cesare Pavese qui l'encourage à écrire et qui parle d'Italo Calvino dans son journal intime "Le Métier de Vivre".
En 1947, il publie son premier roman, Le Sentier des nids d'araignées, qui évoque son expérience de résistant. L'œuvre rencontre un certain succès. En 1949 paraît Le Corbeau vient le dernier. Ces deux œuvres naissent dans l'atmosphère néoréaliste. En 1952, sur les conseils de son éditeur, il abandonne sa manière néo-réaliste pour se tourner vers le conte fantastique, à travers Le Vicomte pourfendu qui formera, avec Le Baron perché et Le Chevalier inexistant, la célèbre trilogie Nos ancêtres, vision allégorique de la condition humaine moderne.
Entre 1950 et 1956, il entreprend la compilation et la traduction des Contes populaires italiens à partir de contes folkloriques du XIXe siècle.
Après l'invasion de la Hongrie par les troupes soviétiques en 1956, Calvino quitte le parti communiste comme des centaines d'intellectuels.
Il défend néanmoins en 1957 "La Chute de Berlin", le film sur l’armée rouge pendant la deuxième guerre mondiale réalisé par Michail Ciaureli.
En 1968, Italo Calvino est à Paris pour participer aux évènements du « Joli Mai » (à ce sujet, il nous laissa d’ailleurs un lettre magnifique, relativement peu connue, mais qui vaut la peine d’être citée : « nous vivons les derniers jours de cette ville extraordinaire sans voitures et sans métro, avec les files d’attentes devant les magasins, et les discours de De Gaulle, avec les klaxons de ses soutiens qui essaient de pénétrer le Quartier Latin mais qui se font refouler; la Sorbonne ressemble à une forteresse assiégée, avec les militants prêts au combat et les jeunes qui craignent le pire et insultent le Parti Communiste. Des nuits durant lesquelles vous ne faites rien si ce n’est marcher parmi les alarmes qui ne cessent jamais, dans un climat d’excitation continue. […] Il me semble que quelque chose est véritablement en train de changer en Europe. Sans aucun doute c’est un pas vers l’organisation d’une nouvelle force révolutionnaire soutenue par la classe ouvrière, alors qu’à ce moment précis la voie prise par les partis communistes est irréversible, comme le fut celle des démocraties sociales à la veille de la première guerre mondiale. La question de savoir à quel point la réaction au mouvement va progressivement s’orienter vers le fascisme ne semble pas inquiéter les jeunes révolutionnaires : et qui sait, peut-être ont-ils raison, car nous vivons une époque tellement différente de notre passé, et les choses ne sont jamais comme nous les avions présagées »).
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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 06:49
Communist'Art: Cesare Pavese, poète, romancier et traducteur italien (1908-1950)
Cesare Pavese (1908-1950)
La mort viendra et elle aura tes yeux (1950)
 
"Tu es la vie et la mort.
Tu es venue en mars
sur la terre nue -
et ton frisson dure.
Sang de printemps
- anémome ou nuage -
ton pas léger
a violé la terre.
La douleur recommence.
Ton pas léger
a rouvert la douleur.
La terre était froide
sous un pauvre ciel,
immobile et fermée
dans une torpeur rêveuse
comme après la souffrance.
La glace aussi était douce
dans le cœur profond.
Entre vie et mort
l'espoir se taisait.
Maintenant ce qui vit
a une voix et un sang.
Maintenant terre et ciel
sont un frisson puissant,
l'espérance les tord,
le matin les bouleverse,
ton pas et ton haleine
d'aurore les submergent.
Sang de printemps
toute la terre tremble
d'un ancien tremblement.
Tu as rouvert la douleur.
Tu es la vie et la mort
Sur la terre nue,
tu es passée légère,
hirondelle ou nuage,
et le torrent du cœur
s'est reveillé, déferle,
se reflète dans le ciel
et reflète les choses -
et les choses, dans le ciel, dans le cœur,
souffrent et se tordent
dans l'attente de toi.
C'est le matin, l'aurore,
sang de printemps,
tu as violé la terre.
L'espérance se tord,
et t'attend et t'appelle
Tu es la vie et la mort.
Ton pas est léger.
 
(You, Wind of March, 25 mars 1950 - dans La mort viendra et elle aura tes yeux, Cesare Pavese, traduit par Gilles de Van)
 
La mort viendra et elle aura tes yeux (Pavese, 1950)
 
"La mort viendra et elle aura tes yeux –
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. Ô chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.
La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muets."
 
"Vivre quelque part est beau quand l'âme est ailleurs. A la ville, quand on rêve à la campagne, à la campagne quand on rêve de la ville. Partout, quand on rêve de la mer" (Le Métier de Vivre, Pavese)
 
" C'est beau d'écrire parce que cela réunit les deux joies: parler tout seul et parler à une foule." (Le Métier de Vivre, Pavese)
 
" Le charme de voyager c'est d'effleurer d'innombrables et riches décors et de savoir que chacun pourrait être nôtre et de passer outre, en grand seigneur" (Le Métier de Vivre, Pavese)
 
"Les quatre plus grands - mondes complexes et inépuisables, ambigus, modernes - sont Platon, Dante, Shakespeare et Dostoïevski" (Le Métier de Vivre, Pavese)
 
" Ne pas analyser, mais représenter. Mais d'une manière tout à fait vivante selon une analyse implicite. Donner une autre réalité, sur laquelle pourrait naître une nouvelle analyse, de nouvelles normes, une nouvelle idéologie. Il est facile d'énoncer une nouvelle analyse, de nouvelles normes, etc. Le plus difficile, c'est de les faire naître d'un rythme, d'une appréhension cohérente et complexe de la réalité". (Le Métier de Vivre, Pavese)
 
Cesare Pavese, né en 1908 à Santo Stefano Belbo, étudie la littérature anglaise à Turin et écrit une thèse sur le poète américain Walt Whitman en 1930. En outre, il traduit en italien "Moby Dick" d'Herman Melville en 1932, ainsi que des œuvres de John Dos Passos, William Faulkner, Daniel Defoe, James Joyce ou encore Charles Dickens. Il collabore à la revue "Culture" dès 1930, publiant des articles sur la littérature américaine, et compose son recueil de poèmes "Travailler fatigue", qui paraît en 1936, année où il devient professeur d'anglais.
Il s'inscrit de 1932 à 1935 au Parti national fasciste, sous la pression selon lui des membres de sa famille. Il est choisi en 1934 comme directeur de la revue Culture éditée par Einaudi et tribune de ses amis de « Giustizia e Libertà », groupe anti-fasciste. En 1935, Pavese est arrêté pour activités anti-fascistes. Exclu du parti, il est exilé en Calabre à Brancaleone pour huit mois. En 1939, il écrit "Le Bel Été" nouvelle tragique et splendide se concluant par un suicide qui ne paraît qu'en 1949, accompagné de deux autres textes : "Le Diable sur les collines" et "Entre femmes seules". Après la Seconde Guerre mondiale, Cesare Pavese adhère au Parti communiste italien.
Le 10 avril 1946, il écrit dans son journal ("Le Métier de Vivre"): "Les intellectuels qui ne sont pas d'accord avec le PC sur la question de la liberté devraient se demande ce qu'ils feraient de cette liberté dont ils sont si soucieux. Et alors ils verraient - après avoir écarté les paresses, les intérêts inavoués de chacun (vie commode, méditation indéterminée, sadismes élégants) - qu'il n'existe pas de cas où ils donnent une réponse différente de la réponse collective du PC." *
 
* Cette note sera reprise intégralement dans une réponse du 13 novembre à un questionnaire du PCI restée inédite.
 
Cesare Pavese s'établit à Serralunga di Crea, puis à Rome, à Milan et finalement à Turin, travaillant pour les éditions Einaudi. Il ne cesse d'écrire durant ces années, notamment en 1949 un roman : "La Lune et les Feux". Cesare Pavese se suicide le 27 août 1950 dans une chambre de l'hôtel Roma, place Carlo-Felice à Turin, laissant sur sa table un mot :
 
« Je pardonne à tout le monde et à tout le monde, je demande pardon. Ça va ? Ne faites pas trop de commérages »
 
Il y laisse aussi un dernier texte, La mort viendra et elle aura tes yeux, lequel se termine par : « Assez de mots. Un acte ! »
 
Son journal intime, paru sous le titre "Le Métier de vivre" (posthume), de 1935 à sa mort, s'achève lui aussi sur ces mots :
 
17 août (...) "Tu t'étonnes que les autres passent à côté de toi et ne sachent pas, quand toi, tu passes à côté de tant de gens sans savoir, cela ne t'intéresse pas, quelle est leur peine, leur cancer secret?"
18 août " La chose la plus secrètement redoutée arrive toujours.
J'écris: ô Toi, aie pitié. Et puis?
Il suffit d'un peu de courage.
Plus la douleur est déterminée est précise, plus l'instinct de vie se débat, et l'idée du suicide tombe.
Quand j'y pensais, cela semblait facile. Et pourtant tant de pauvres femmes l'ont fait. Il faut de l'humilité, non de l'orgueil.
Tout cela me dégoûte.
Pas de paroles. Un geste. Je n'écrirai plus ».
 
 
Je Passerai par la Place d’Espagne
Cesare Pavese
Le ciel sera limpide.
Les rues s’ouvriront
sur la colline de pins et de pierre.
Le tumulte des rues
ne changera pas cet air immobile.
Les fleurs éclaboussées
de couleurs aux fontaines
feront des clins d’œil
comme des femmes gaies.
Escaliers et terrasses
et les hirondelles
chanteront au soleil.
Cette rue s’ouvrira,
les pierres chanteront,
le cœur en tressaillant battra,
comme l’eau des fontaines.
Ce sera cette voix
qui montera chez toi.
Les fenêtres sauront
le parfum de la pierre
et de l’air du matin.
Une porte s’ouvrira.
Les tumultes des rues
sera le tumulte du cœur
dans la lumière hagarde.
Tu seras là – immobile et limpide
Illustration - Dessin d'un artiste plasticien italien accompagnant une page de l'écrivain Cesare Pavese au Musée del Novecento à Milan.

Illustration - Dessin d'un artiste plasticien italien accompagnant une page de l'écrivain Cesare Pavese au Musée del Novecento à Milan.

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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 06:47
Samedi 4 Mars: Ciné-débat organisé à la Salamandre avec l'AFPS autour du film palestinien "Le piège de Huda" de Hany Abu-Assad

SAMEDI 4 MARS A LA SALAMANDRE (SEW)

Réservez votre soirée dés maintenant ! Un thriller pour parler des méthodes de l'occupation israélienne en Palestine, de la résistance palestinienne à cette occupation et de la place des femmes dans la société palestinienne sous occupation coloniale... Venez en discuter avec notre invitée, militante palestinienne Lana Sadeq du Forum Palestine Citoyenneté et rencontrer les adhérent.e.s de l'AFPS du Pays de Morlaix.

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1 mars 2023 3 01 /03 /mars /2023 12:14
Verlaine, Rimbaud et la Commune de Paris
Verlaine, Rimbaud et la Commune de Paris
 
Tournez, tournez, bons chevaux de bois
Verlaine (1844-1896), dans "Sagesse" (1876):
Tournez, tournez, bons chevaux de bois
Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
Tournez cent tours, tournez mille tours,
Tournez souvent et tournez toujours,
Tournez, tournez au son des hautbois.
L'enfant tout rouge et la mère blanche,
Le gars en noir et la fille en rose,
L'une à la chose et l'autre à la pose,
Chacun se paie un sou de dimanche.
Tournez, tournez, chevaux de leur coeur,
Tandis qu'autour de tous vos tournois
Clignote l'oeil du filou sournois,
Tournez au son du piston vainqueur !
C'est étonnant comme ça vous soûle
D'aller ainsi dans ce cirque bête :
Bien dans le ventre et mal dans la tête,
Du mal en masse et du bien en foule.
Tournez au son de l'accordéon,
Du violon, du trombone fous,
Chevaux plus doux que des moutons, doux
Comme un peuple en révolution.
Le vent, fouettant la tente, les verres,
Les zincs et le drapeau tricolore,
Et les jupons, et que sais-je encore ?
Fait un fracas de cinq cents tonnerres.
Tournez, dadas, sans qu'il soit besoin
D'user jamais de nuls éperons
Pour commander à vos galops ronds :
Tournez, tournez, sans espoir de foin.
Et dépêchez, chevaux de leur âme :
Déjà voici que sonne à la soupe
La nuit qui tombe et chasse la troupe
De gais buveurs que leur soif affame.
Tournez, tournez ! Le ciel en velours
D'astres en or se vêt lentement.
L'église tinte un glas tristement.
Tournez au son joyeux des tambours !
 
***
 
On peut voir dans ce poème de Verlaine un souvenir douloureux de la Semaine Sanglante et de la répression de la Commune de Paris. Verlaine travaillait pendant la Commune au bureau de presse de l'Hôtel de Ville de Paris et se serait caché pendant la Semaine Sanglante. Quand la Commune se déclenche le 18 mars, il parle de cette révolution comme "la plus large et la plus féconde de celles qui ont illustré l'histoire".
Nombre de ses amis sont dans l'insurrection et même à sa tête comme Raoul Rigault, procureur général, Andrieu et Delescluse, membres de la commission exécutive, Léo Maillet, membre de la commission de justice, les écrivains Eugène Vermesch ou Louis-Xavier de Ricard.
 
Il dédie justement un poète à Louis-Xavier Ricard qui évoque furieusement la commune, sans doute commencé avant et remanié après la Semaine Sanglante: "Les Vaincus".
 
Les vaincus
À Louis-Xavier de Ricard.
I
La Vie est triomphante et l'Idéal est mort,
Et voilà que, criant sa joie au vent qui passe,
Le cheval enivré du vainqueur broie et mord
Nos frères, qui du moins tombèrent avec grâce.
Et nous que la déroute a fait survivre, hélas !
Les pieds meurtris, les yeux troubles, la tête lourde,
Saignants, veules, fangeux, déshonorés et las,
Nous allons, étouffant mal une plainte sourde,
Nous allons, au hasard du soir et du chemin,
Comme les meurtriers et comme les infâmes,
Veufs, orphelins, sans toit, ni fils, ni lendemain,
Aux lueurs des forêts familières en flammes !
Ah ! puisque notre sort est bien complet, qu'enfin
L'espoir est aboli, la défaite certaine,
Et que l'effort le plus énorme serait vain,
Et puisque c'en est fait, même de notre haine,
Nous n'avons plus, à l'heure où tombera la nuit,
Abjurant tout risible espoir de funérailles,
Qu'à nous laisser mourir obscurément, sans bruit,
Comme il sied aux vaincus des suprêmes batailles.
II
Une faible lueur palpite à l'horizon
Et le vent glacial qui s'élève redresse
Le feuillage des bois et les fleurs du gazon ;
C'est l'aube ! tout renaît sous sa froide caresse.
De fauve l'Orient devient rose, et l'argent
Des astres va bleuir dans l'azur qui se dore ;
Le coq chante, veilleur exact et diligent ;
L'alouette a volé, stridente : c'est l'aurore !
Éclatant, le soleil surgit : c'est le matin !
Amis, c'est le matin splendide dont la joie
Heurte ainsi notre lourd sommeil, et le festin
Horrible des oiseaux et des bêtes de proie.
Ô prodige ! en nos coeurs le frisson radieux
Met à travers l'éclat subit de nos cuirasses,
Avec un violent désir de mourir mieux,
La colère et l'orgueil anciens des bonnes races.
Allons, debout ! allons, allons ! debout, debout !
Assez comme cela de hontes et de trêves !
Au combat, au combat ! car notre sang qui bout
A besoin de fumer sur la pointe des glaives !
III
Les vaincus se sont dit dans la nuit de leurs geôles :
Ils nous ont enchaînés, mais nous vivons encor.
Tandis que les carcans font ployer nos épaules,
Dans nos veines le sang circule, bon trésor.
Dans nos têtes nos yeux rapides avec ordre
Veillent, fins espions, et derrière nos fronts
Notre cervelle pense, et s'il faut tordre ou mordre,
Nos mâchoires seront dures et nos bras prompts.
Légers, ils n'ont pas vu d'abord la faute immense
Qu'ils faisaient, et ces fous qui s'en repentiront
Nous ont jeté le lâche affront de la clémence.
Bon ! la clémence nous vengera de l'affront.
Ils nous ont enchaînés ! mais les chaînes sont faites
Pour tomber sous la lime obscure et pour frapper
Les gardes qu'on désarme, et les vainqueurs en fêtes
Laissent aux évadés le temps de s'échapper.
Et de nouveau bataille ! Et victoire peut-être,
Mais bataille terrible et triomphe inclément,
Et comme cette fois le Droit sera le maître,
Cette fois-là sera la dernière, vraiment !
IV
Car les morts, en dépit des vieux rêves mystiques,
Sont bien morts, quand le fer a bien fait son devoir
Et les temps ne sont plus des fantômes épiques
Chevauchant des chevaux spectres sous le ciel noir.
La jument de Roland et Roland sont des mythes
Dont le sens nous échappe et réclame un effort
Qui perdrait notre temps, et si vous vous promîtes
D'être épargnés par nous vous vous trompâtes fort.
Vous mourrez de nos mains, sachez-le, si la chance
Est pour nous. Vous mourrez, suppliants, de nos mains.
La justice le veut d'abord, puis la vengeance,
Puis le besoin pressant d'opportuns lendemains.
Et la terre, depuis longtemps aride et maigre,
Pendant longtemps boira joyeuse votre sang
Dont la lourde vapeur savoureusement aigre
Montera vers la nue et rougira son flanc,
Et les chiens et les loups et les oiseaux de proie
Feront vos membres nets et fouilleront vos troncs,
Et nous rirons, sans rien qui trouble notre joie,
Car les morts sont bien morts et nous vous l'apprendrons.
***
Cet enthousiasme pour la Commune de Paris est également celui de
Rimbaud, sensible dans un poème aussi douloureux que "Les Mains de Jeanne-Marie":
Les Mains de Jeanne-Marie
Arthur Rimbaud
Jeanne-Marie a des mains fortes,
Mains sombres que l’été tanna,
Mains pâles comme des mains mortes.
– Sont-ce des mains de Juana ?
Ont-elles pris les crèmes brunes
Sur les mares des voluptés ?
Ont-elles trempé dans des lunes
Aux étangs de sérénités ?
Ont-elles bu des cieux barbares,
Calmes sur les genoux charmants ?
Ont-elles roulé des cigares
Ou trafiqué des diamants ?
Sur les pieds ardents des Madones
Ont-elles fané des fleurs d’or ?
C’est le sang noir des belladones
Qui dans leur paume éclate et dort.
Mains chasseresses des diptères
Dont bombinent les bleuisons
Aurorales, vers les nectaires ?
Mains décanteuses de poisons ?
Oh ! quel Rêve les a saisies
Dans les pandiculations ?
Un rêve inouï des Asies,
Des Khenghavars ou des Sions ?
– Ces mains n’ont pas vendu d’oranges,
Ni bruni sur les pieds des dieux :
Ces mains n’ont pas lavé les langes
Des lourds petits enfants sans yeux.
Ce ne sont pas mains de cousine
Ni d’ouvrières aux gros fronts
Que brûle, aux bois puant l’usine,
Un soleil ivre de goudrons.
Ce sont des ployeuses d’échines,
Des mains qui ne font jamais mal,
Plus fatales que des machines,
Plus fortes que tout un cheval !
Remuant comme des fournaises,
Et secouant tous ses frissons,
Leur chair chante des Marseillaises
Et jamais les Eleisons !
Ça serrerait vos cous, ô femmes
Mauvaises, ça broierait vos mains,
Femmes nobles, vos mains infâmes
Pleines de blancs et de carmins.
L’éclat de ces mains amoureuses
Tourne le crâne des brebis !
Dans leurs phalanges savoureuses
Le grand soleil met un rubis !
Une tache de populace
Les brunit comme un sein d’hier ;
Le dos de ces Mains est la place
Qu’en baisa tout Révolté fier !
Elles ont pâli, merveilleuses,
Au grand soleil d’amour chargé,
Sur le bronze des mitrailleuses
À travers Paris insurgé !
Ah ! quelquefois, ô Mains sacrées,
À vos poings, Mains où tremblent nos
Lèvres jamais désenivrées,
Crie une chaîne aux clairs anneaux !
Et c’est un soubresaut étrange
Dans nos êtres, quand, quelquefois,
On veut vous déhâler, Mains d’ange,
En vous faisant saigner les doigts !
Arthur Rimbaud, Poésies
 
Rimbaud toujours, dans un poème brûlot, "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple":
 
L’Orgie parisienne ou Paris se repeuple
Arthur Rimbaud
Ô lâches, la voilà ! dégorgez dans les gares !
Le soleil expia de ses poumons ardents
Les boulevards qu’un soir comblèrent les Barbares.
Voilà la Cité belle assise à l’occident !
Allez ! on préviendra les reflux d’incendie,
Voilà les quais ! voilà les boulevards ! voilà
Sur les maisons, l’azur léger qui s’irradie
Et qu’un soir la rougeur des bombes étoila.
Cachez les palais morts dans des niches de planches !
L’ancien jour effaré rafraîchit vos regards.
Voici le troupeau roux des tordeuses de hanches,
Soyez fous, vous serez drôles, étant hagards !
Tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes,
Le cri des maisons d’or vous réclame. Volez !
Mangez ! Voici la nuit de joie aux profonds spasmes
Qui descend dans la rue, ô buveurs désolés,
Buvez ! Quand la lumière arrive intense et folle,
Foulant à vos côtés les luxes ruisselants,
Vous n’allez pas baver, sans geste, sans parole,
Dans vos verres, les yeux perdus aux lointains blancs,
Avalez, pour la Reine aux fesses cascadantes !
Écoutez l’action des stupides hoquets
Déchirants ! Écoutez, sauter aux nuits ardentes
Les idiots râleux, vieillards, pantins, laquais !
Ô cœurs de saleté, Bouches épouvantables,
Fonctionnez plus fort, bouches de puanteurs !
Un vin pour ces torpeurs ignobles, sur ces tables…
Vos ventres sont fondus de hontes, ô Vainqueurs !
Ouvrez votre narine aux superbes nausées !
Trempez de poisons forts les cordes de vos cous !
Sur vos nuques d’enfants baissant ses mains croisées
Le Poète vous dit : ô lâches, soyez fous !
Parce que vous fouillez le ventre de la Femme,
Vous craignez d’elle encore une convulsion
Qui crie, asphyxiant votre nichée infâme
Sur sa poitrine, en une horrible pression.
Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques,
Qu’est-ce que ça peut faire à la putain Paris,
Vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques ?
Elle se secouera de vous, hargneux pourris !
Et quand vous serez bas, geignant sur vos entrailles,
Les flancs morts, réclamant votre argent, éperdus,
La rouge courtisane aux seins gros de batailles,
Loin de votre stupeur tordra ses poings ardus !
Quand tes pieds ont dansé si fort dans les colères,
Paris ! quand tu reçus tant de coups de couteau,
Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires
Un peu de la bonté du fauve renouveau,
Ô cité douloureuse, ô cité quasi morte,
La tête et les deux seins jetés vers l’Avenir
Ouvrant sur ta pâleur ses milliards de portes,
Cité que le Passé sombre pourrait bénir :
Corps remagnétisé pour les énormes peines,
Tu rebois donc la vie effroyable ! tu sens
Sourdre le flux des vers livides en tes veines,
Et sur ton clair amour rôder les doigts glaçants !
Et ce n’est pas mauvais. Tes vers, tes vers livides
Ne gêneront pas plus ton souffle de Progrès
Que les Stryx n’éteignaient l’œil des Cariatides
Où des pleurs d’or astral tombaient des bleus degrés.
Quoique ce soit affreux de te revoir couverte
Ainsi ; quoiqu’on n’ait fait jamais d’une cité
Ulcère plus puant à la Nature verte,
Le Poète te dit : « Splendide est ta Beauté ! »
L’orage a sacré ta suprême poésie ;
L’immense remuement des forces te secourt ;
Ton œuvre bout, ta mort gronde, Cité choisie !
Amasse les strideurs au cœur du clairon lourd.
Le Poète prendra le sanglot des Infâmes,
La haine des Forçats, la clameur des maudits :
Et ses rayons d’amour flagelleront les Femmes.
Ses strophes bondiront, voilà ! voilà ! bandits !
— Société, tout est rétabli : les orgies
Pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars :
Et les gaz en délire aux murailles rougies
Flambent sinistrement vers les azurs blafards !
Mai 1871
Arthur Rimbaud
 
Rimbaud n'avait pas dix-sept ans pendant l'expérience révolutionnaire de la Commune de Paris et sa répression féroce mais pendant les évènements, il écrit, lui qui n'est pas venu plus de deux ou trois fois à Paris:
"Je serai un travailleur: c'est l'idée qui me retient quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris, où tant de travailleurs encore meurent tandis que je vous écris!".
 
(Lettre à Georges Izambard - George Izambard disait même que Rimbaud aurait été l'auteur à cette époque d'une constitution "communiste" disparue)
 
Son poème révolutionnaire, "Le Forgeron", même s'il fait explicitement référence à la Grande Révolution Française et à Louis XVI, est également sans doute une allusion masquée à la Commune de Paris.
 
De Rimbaud "révolutionnaire", il faut lire encore "Le Chant de guerre parisien":
 
 
Chant de guerre parisien
Arthur Rimbaud
 
Le Printemps est évident, car
Du coeur des Propriétés vertes,
Le vol de Thiers et de Picard
Tient ses splendeurs grandes ouvertes !
Ô Mai ! quels délirants culs-nus !
Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières,
Ecoutez donc les bienvenus
Semer les choses printanières !
Ils ont shako, sabre et tam-tam,
Non la vieille boîte à bougies,
Et des yoles qui n’ont jam, jam…
Fendent le lac aux eaux rougies !
Plus que jamais nous bambochons
Quand arrivent sur nos tanières
Crouler les jaunes cabochons
Dans des aubes particulières !
Thiers et Picard sont des Eros,
Des enleveurs d’héliotropes ;
Au pétrole ils font des Corots :
Voici hannetonner leurs tropes…
Ils sont familiers du Grand Truc !…
Et couché dans les glaïeuls, Favre
Fait son cillement aqueduc,
Et ses reniflements à poivre !
La grand ville a le pavé chaud
Malgré vos douches de pétrole,
Et décidément, il nous faut
Vous secouer dans votre rôle…
Et les Ruraux qui se prélassent
Dans de longs accroupissements,
Entendront des rameaux qui cassent
Parmi les rouges froissements !
Arthur Rimbaud, Poésies
 
Références basées sur un article de Maurice Ulrich, "Rimbaud et Verlaine: Le besoin pressant d'opportuns lendemains...", dans le hors-série de "L'Humanité": "Ils étaient les communards" en 2011.
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26 février 2023 7 26 /02 /février /2023 09:34
Rimbaud - Exposition Ernest Pignon Ernest aux Capucins à Landerneau

Rimbaud - Exposition Ernest Pignon Ernest aux Capucins à Landerneau

Le Forgeron-
Arthur Rimbaud
 
Palais des Tuileries, vers le 10 août 1792
 
Le bras sur un marteau gigantesque, effrayant
D’ivresse et de grandeur, le front large , riant
Comme un clairon d’airain, avec toute sa bouche,
Et prenant ce gros-là dans son regard farouche,
Le Forgeron parlait à Louis Seize, un jour
Que le Peuple était là, se tordant tout autour,
Et sur les lambris d’or traînait sa veste sale.
Or le bon roi, debout sur son ventre, était pâle
Pâle comme un vaincu qu’on prend pour le gibet,
Et, soumis comme un chien, jamais ne regimbait
Car ce maraud de forge aux énormes épaules
Lui disait de vieux mots et des choses si drôles,
Que cela l’empoignait au front, comme cela !
« Donc, Sire, tu sais bien , nous chantions tra la la
Et nous piquions les bœufs vers les sillons des autres :
Le Chanoine au soleil disait ses patenôtres
Sur des chapelets clairs grenés de pièces d’or
Le Seigneur, à cheval, passait, sonnant du cor
Et l’un avec la hart, l’autre avec la cravache
Nous fouaillaient – Hébétés comme des yeux de vache,
Nos yeux ne pleuraient pas ; nous allions, nous allions,
Et quand nous avions mis le pays en sillons,
Quand nous avions laissé dans cette terre noire
Un peu de notre chair… nous avions un pourboire
Nous venions voir flamber nos taudis dans la nuit
Nos enfants y faisaient un gâteau fort bien cuit.
... « Oh ! je ne me plains pas. Je te dis mes bêtises,
C’est entre nous. J’admets que tu me contredises.
Or, n’est-ce pas joyeux de voir, au mois de juin
Dans les granges entrer des voitures de foin
Énormes ? De sentir l’odeur de ce qui pousse,
Des vergers quand il pleut un peu, de l’herbe rousse ?
De voir les champs de blé, les épis pleins de grain,
De penser que cela prépare bien du pain ?…
Oui, l’on pourrait, plus fort , au fourneau qui s’allume,
Chanter joyeusement en martelant l’enclume,
Si l’on était certain qu’on pourrait prendre un peu,
Étant homme, à la fin !, de ce que donne Dieu !
– Mais voilà, c’est toujours la même vieille histoire !
« Mais je sais, maintenant ! Moi, je ne peux plus croire,
Quand j’ai deux bonnes mains, mon front et mon marteau
Qu’un homme vienne là, dague sous le manteau,
Et me dise : « Mon gars , ensemence ma terre ! »
Que l’on arrive encor, quand ce serait la guerre,
Me prendre mon garçon comme cela, chez moi !
– Moi, je serais un homme, et toi, tu serais roi,
Tu me dirais : Je veux !.. – Tu vois bien, c’est stupide.
Tu crois que j’aime à voir ta baraque splendide,
Tes officiers dorés, tes mille chenapans,
Tes palsembleu bâtards tournant comme des paons :
Ils ont rempli ton nid de l’odeur de nos filles
Et de petits billets pour nous mettre aux Bastilles,
Et nous dirions : C’est bien : les pauvres à genoux !
Nous dorerons ton Louvre en donnant nos gros sous !
Et tu te soûlerais, tu ferais belle fête.
– Et ces Messieurs riront, les reins sur notre tête !
« Non. Ces saletés-là datent de nos papas !
Oh ! Le Peuple n’est plus une putain. Trois pas
Et, tous, nous avons mis ta Bastille en poussière.
Cette bête suait du sang à chaque pierre
Et c’était dégoûtant, la Bastille debout
Avec ses murs lépreux qui nous rappelaient tout
Et, toujours, nous tenaient enfermés dans leur ombre !
– Citoyen ! citoyen ! c’était le passé sombre
Qui croulait, qui râlait, quand nous prîmes la tour !
Nous avions quelque chose au cœur comme l’amour.
Nous avions embrassé nos fils sur nos poitrines.
Et, comme des chevaux, en soufflant des narines
Nous marchions, nous chantions, et ça nous battait là….
Nous allions au soleil, front haut,-comme cela -,
Dans Paris accourant devant nos vestes sales.
Enfin ! Nous nous sentions Hommes ! Nous étions pâles,
Sire, nous étions soûls de terribles espoirs :
Et quand nous fûmes là, devant les donjons noirs,
Agitant nos clairons et nos feuilles de chêne,
Les piques à la main ; nous n’eûmes pas de haine,
– Nous nous sentions si forts, nous voulions être doux !
« Et depuis ce jour-là, nous sommes comme fous !
Le flot des ouvriers a monté dans la rue,
Et ces maudits s’en vont, foule toujours accrue
Comme des revenants, aux portes des richards.
Moi, je cours avec eux assommer les mouchards :
Et je vais dans Paris le marteau sur l’épaule,
Farouche, à chaque coin balayant quelque drôle,
Et, si tu me riais au nez, je te tuerais !
– Puis, tu dois y compter, tu te feras des frais
Avec tes avocats , qui prennent nos requêtes
Pour se les renvoyer comme sur des raquettes
Et, tout bas, les malins ! Nous traitant de gros sots !
Pour mitonner des lois, ranger des de petits pots
Pleins de menus décrets , de méchantes droguailles
S’amuser à couper proprement quelques tailles,
Puis se boucher le nez quand nous passons près d’eux,
– Ces chers avocassiers qui nous trouvent crasseux !
Pour débiter là-bas des milliers de sornettes !
Et ne rien redouter sinon les baïonnettes,
Nous en avons assez, de tous ces cerveaux plats !
Ils embêtent le peuple . Ah ! ce sont là les plats
Que tu nous sers, bourgeois, quand nous sommes féroces,
Quand nous cassons déjà les sceptres et les crosses !.. »
Puis il le prend au bras, arrache le velours
Des rideaux, et lui montre en bas les larges cours
Où fourmille, où fourmille, où se lève la foule,
La foule épouvantable avec des bruits de houle,
Hurlant comme une chienne, hurlant comme une mer,
Avec ses bâtons forts et ses piques de fer,
Ses clameurs , ses grands cris de halles et de bouges,
Tas sombre de haillons taché de bonnets rouges !
L’Homme, par la fenêtre ouverte, montre tout
Au roi pâle , suant qui chancelle debout,
Malade à regarder cela !
« C’est la Crapule,
Sire. ça bave aux murs, ça roule , ça pullule …
– Puisqu’ils ne mangent pas, Sire, ce sont les gueux !
Je suis un forgeron : ma femme est avec eux,
Folle ! Elle vient chercher du pain aux Tuileries !
– On ne veut pas de nous dans les boulangeries.
J’ai trois petits. Je suis crapule. – Je connais
Des vieilles qui s’en vont pleurant sous leurs bonnets
Parce qu’on leur a pris leur garçon ou leur fille :
C’est la crapule. – Un homme était à la bastille,
D’autres étaient forçats, c’étaient des citoyens
Honnêtes. Libérés, ils sont comme des chiens :
On les insulte ! Alors, ils ont là quelque chose
Qui leur fait mal, allez ! C’est terrible, et c’est cause
Que se sentant brisés, que, se sentant damnés,
Ils viennent maintenant hurler sous votre nez !
Crapule. – Là-dedans sont des filles, infâmes
Parce que, – vous saviez que c’est faible, les femmes,
Messeigneurs de la cour, – que sa veut toujours bien,-
Vous leur avez craché sur l'âme, comme rien !
Vos belles, aujourd’hui, sont là. C’est la crapule.
« Oh ! tous les Malheureux, tous ceux dont le dos brûle
Sous le soleil féroce, et qui vont, et qui vont,
Et dans ce travail-là sentent crever leur front
Chapeau bas, mes bourgeois ! Oh ! ceux-là, sont les Hommes !
Nous sommes Ouvriers, Sire ! Ouvriers ! Nous sommes
Pour les grands temps nouveaux où l’on voudra savoir,
Où l’Homme forgera du matin jusqu’au soir,
Où, lentement vainqueur, il chassera la chose
Poursuivant les grands buts, cherchant les grandes causes,
Et montera sur Tout, comme sur un cheval !
Oh ! nous sommes contents, nous aurons bien du mal,
Tout ce qu’on ne sait pas, c’est peut-être terrible :
Nous pendrons nos marteaux, nous passerons au crible
Tout ce que nous savons : puis, Frères, en avant !
Nous faisons quelquefois ce grand rêve émouvant
De vivre simplement, ardemment, sans rien dire
De mauvais, travaillant sous l’auguste sourire
D’une femme qu’on aime avec un noble amour :
Et l’on travaillerait fièrement tout le jour,
Écoutant le devoir comme un clairon qui sonne :
Et l’on se trouverait fort heureux ; et personne
Oh ! personne, surtout, ne vous ferait plier !…
On aurait un fusil au-dessus du foyer….
…………………………………………….
Oh ! mais l’air est tout plein d’une odeur de bataille !
Que te disais-je donc ? Je suis de la canaille !
Il reste des mouchards et des accapareurs.
Nous sommes libres, nous ! Nous avons des terreurs
Où nous nous sentons grands, oh ! si grands ! Tout à l’heure
Je parlais de devoir calme, d’une demeure…
Regarde donc le ciel ! C’est trop petit pour nous,
Nous crèverions de chaud, nous serions à genoux !
Regarde donc le ciel ! Je rentre dans la foule,
Dans la grande canaille effroyable, qui roule,
Sire, tes vieux canons sur les sales pavés :
Oh ! quand nous serons morts, nous les aurons lavés
Et si, devant nos cris, devant notre vengeance,
Les pattes des vieux rois mordorés, sur la France
Poussent leurs régiments en habits de gala,
Eh bien, n’est-ce pas, vous tous? Merde à ces chiens-là !
Il reprit son marteau sur l’épaule.
La foule
Près de cet homme-là se sentait l’âme soûle,
Et, dans la grande cour, dans les appartements,
Où Paris haletait avec des hurlements,
Un frisson secoua l’immense populace.
Alors, de sa main large et superbe de crasse,
Bien que le roi ventru suât, le Forgeron,
Terrible, lui jeta le bonnet rouge au front !
Arthur Rimbaud, Poésies
Illustration, Rimbaud, par Ernest Pignon Ernest
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22 février 2023 3 22 /02 /février /2023 08:18
Communist'Art: Tristan Tzara (1893-1963) - le poète dadasophe au service de la Révolution
Breton - Eluard - Tzara - Perret (1932) - Israël Museum

Breton - Eluard - Tzara - Perret (1932) - Israël Museum

Hans ARP, Tristan Tzara, Hans Richter en face de l'Hôtel Elite, Zurich

Hans ARP, Tristan Tzara, Hans Richter en face de l'Hôtel Elite, Zurich

Tristan Tzara - La première aventure céleste de M. Antitpyrine. Avec des bois gravés et coloriés par Marcel Janco, Zurich, 28 juillet 1916 (Album de l'exposition Dada du Centre Pompidou, 2005)

Tristan Tzara - La première aventure céleste de M. Antitpyrine. Avec des bois gravés et coloriés par Marcel Janco, Zurich, 28 juillet 1916 (Album de l'exposition Dada du Centre Pompidou, 2005)

Tristan Tzara (1893-1963)- le poète dadasophe au service de la Révolution
 
Pour faire un poème dadaïste
Pour faire un poème dadaïste
Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez les consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.
 
***
Aragon à propos de Tristan Tzara, arrivé à Paris le 18 janvier 1920:
"Nous fûmes quelques-uns qui l'attendîmes (...) comme s'il eût été cet adolescent sauvage au temps de la Commune sur la capitale dévastée, et duquel aujourd'hui encore ceux qui le connurent gardent un blême effroi"  (cité par Jean Ristat - Aragon."Commencez par le lire". Découvertes Gallimard, 2011)
 
***
Tzara, 1947:
 
"On sait quelle importance j'ai accordée au surréalisme, qui a fait de la poésie une activité liée aux manifestations de la vie, une manière de vivre. Il a su rendre consciente la transformation de la révolte du poète en un sentiment révolutionnaire. Il a essayé, à la suite de Baudelaire, de Rimbaud, de concilier le rêve et l'action. Mais je dois dire qu'agiter des gris-gris de sorcier, comme les surréalistes le font aujourd'hui, ne me semble pas constituer la méthode la plus efficace pour effectuer ce changement radical de la société actuelle dont ils avaient fait dépendre l'intégration de leurs activités dans le comportement humain. Les mythes ne se créent pas à partir du cabinet de travail, mais dans l'ardeur de l'action et l'exaltation du combat.
 
La poésie est action. Elle ne se laisse pas cadenasser dans des systèmes clos. Si la poésie ne doit pas servir l'homme, si elle ne doit pas l'aider à se libérer des contraintes intérieures, d'ordre moral, et extérieures, d'ordre social, elle n'est plus qu'objet de jouissance, simplement amusement".
 
Conférence de Tristan Tzara à la Sorbonne, 17 avril 1947 - cité par Pierre Seghers, la Résistance et ses poètes

 
 
***
 
Tristan Tzara - pseudonyme de Samuel Rosenstock - est un poète et essayiste d'origine roumaine.
 
Né dans une famille juive relativement modeste, il devient élève d'un lycée français à Bucarest.
 
Il y fonda en 1912 une revue littéraire de tendance symboliste, avec ses amis Ion Vinea et Marcel Janco.
Ses études secondaires achevées, il s’inscrivit à l’Université de Bucarest pour y suivre simultanément des cours de philosophie et de mathématiques.
Mais ses occupations littéraires et artistiques, puis l’entrée en guerre imminente de la Roumanie aux côtés des Alliés incitèrent ses parents à l’envoyer à Zurich, à l’automne de 1915. Censé y poursuivre des études de philosophie.
 
Il ne tarda pas à fonder le Mouvement Dada, au café Terrasse (le 8 février 1916), qui s’annonçait comme une volonté de maintenir un idéal humain en dépit du conflit mondial. Avec ardeur, Tristan Tzara se préoccupa de nouer des contacts entre les artistes de tous les pays belligérants, à qui il proposa d’accueillir leurs tableaux et leurs poèmes dans les expositions et la revue Dada qu’il animait. Au début, Dada se présentait comme le melting-pot de l’expressionnisme germanique, du futurisme italien, du cubisme français, tout en s’intéressant à des formes d’expression négligées jusqu’alors, telles que l’art nègre. Tzara créa Dada, à Zurich en 1916 avec Marcel Janco, Hugo Ball, Emmy Hennings, Richard Huelsenbeck, Otto et Adya von Rees, Sophie Taeuber, Hans Richter et Christian Schad.
 
Au nom du doute universel et de la spontanéité, il proclama la nécessité de tout détruire et balayer, pour reconstruire sur des valeurs fiables, essentiellement humaines, comme la bonté et la joie de vivre.
 
Dada est l'enfant illégitime d'une sale guerre, une protestation contre l'ordre bourgeois et ses normes dans l'art. "Nous étions hors de nous devant les souffrances et l'avilissement de l'humanité", écrivait Marcel Janco, le compatriote roumain de Tzara.
 
Le Manifeste Dada de 1918 écrit par Tristan Tzara marqua une violente rupture avec toutes les tendances modernistes.
 
Dans le Manifeste Dada de 1918, Tzara écrit:
 
"Revenants ivres d'énergie, nous enfonçons le triton dans la chair insoucieuse. Nous sommes ruissellements de malédictions et abondance, tropique de végétations vertigineuses, gomme et pluie est notre sueur; nous saignons et brûlons la soif, notre sang est vigueur (...). Je vous dis: il n'y a pas de commencement et nous ne tremblons pas, nous ne sommes pas sentimentaux. Nous déchirons, vent furieux, le linge des nuages et des prières et préparons le grand spectacle du désastre, l'incendie et la décomposition".
 
Dada est, dit Tristan Tzara en 1923 (interview à Georges Hugnet), "la matérialisation de son dégoût. Avant Dada, tous les écrivains modernes tenaient à une discipline, à une règle, à une unité. Après Dada, l'indifférence active, la spontanéité, la relativité entrèrent dans la vie"...
 
En 1947 encore, dans "Le Surréalisme et l'après-guerre", Tzara, devenu entre temps communiste, dit de Dada qu'il "naquit d'une révolte qui était commune à toutes les adolescences, qui exigeait une adhésion complète de l'individu aux nécessités profondes de la nature, sans égards pour l'histoire, la logique ou la morale ambiance. Honneur, Patrie, Morale, Famille, Art, Religion, Liberté, Fraternité, que sais-je, autant de notions répondant à des nécessités humaines, dont il ne subsistait que de squelettiques conventions, car elles étaient vidées de tout contenu initial".
 
Quand Tzara importe Dada à Paris en 1920, accueilli par le peintre Picabia, puis par le groupe Littérature qui se tient dans son sillage, Dada est devenu déjà un mouvement artistique international, avec des ramifications à Berlin, une proximité là-bas avec le mouvement spartakiste, et d'avant-garde, à la dimension internationale, regroupant des artistes aussi importants que  les peintres et plasticiens Francis Picabia, Marcel Duchamp, Jean Arp, Man Ray, Max Ernst, George Grosz, Rudolf Schlichter, Raoul Hausmann, Sophie Taeuber Arp, et également les poètes Soupault, Aragon, Breton, Eluard, etc.
 
A Paris, Dada produit une sorte "d'ivresse collective", et de poétique du scandale et de la révolte par l'humour, entendant faire table rase des valeurs consacrées, notamment celles des beaux arts et du bon goût.
 
"Nous proclamions notre dégoût, nous faisions de la spontanéité notre règle de vie, nous ne voulions pas qu'il subsistât une distinction entre la vie et la poésie, notre poésie était une manière d'exister", écrit Tzara en 1947 (Le surréalisme et l'après-guerre).
 
Dada se joue des séparations de genre et de registres de goût, traîne l'Art dans la rue, la raison dans le rêve, la folie et le chaos, ramène la société et ses principes désordonnés et absurdes.
 
Tzara est un des poètes les plus importants de ce mouvement qu’il a fondé avec Jean Arp et Hugo Ball, un mouvement d’avant-garde totalement révolutionnaire dans le sens où il cherchait à rompre avec tous les paramètres établis au cours de l’histoire littéraire et artistique. Le dadaïsme était la pierre angulaire de l'apparition plutard de plusieurs mouvements tels que le surréalisme et, dans une certaine mesure, la Pop Art des années 60.
Tzara écrit ses premiers textes de Dada (notamment 'La Première Aventure Céleste de Monsieur Antipyrine' durant la même année). D'autres recueils paraissent plus tard tels que "Vingt-Cinq Poèmes" paru en 1918 et "Sept Manifestes de Dada" en 1924.
 
Tzara participe au développement des méthodes d'écriture automatique, notamment le collage.
 
À Paris, il organise, avec ses camarades de mouvement, des spectacles de rue pleins d’absurde et de fracas pour épater le bourgeois.
 
Dans les années 1929-1935, Tzara rejoint le mouvement surréaliste, dont plusieurs poètes sont très proches du Parti communiste.
 
Son œuvre poétique n’ayant cessé d’aller dans le même sens, c’est tout naturellement que le surréalisme accueillit Tristan Tzara en 1929 et publia des fragments de son épopée lyrique L’Homme approximatif.
 
Jusqu’en 1935, il participa activement à ce qu’il nommait la période idéologique du mouvement. Bien qu’il se défendît du « freudo-marxisme », son Essai sur la situation de la poésie (1931), son recueil Grains et issues (1935) tentèrent, chacun à leur manière, de concilier la psychanalyse et le marxisme dans l’approche des phénomènes poétiques.
 
Parallèlement, il adhéra, dès sa création, à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR), émanation du Parti communiste, à laquelle adhérèrent les surréalistes, et à la Maison de la Culture, fondée par Aragon. Un article dans l’Humanité (27 février) atteste de son soutien au début de l’année 1933, année de l’exclusion du PCF d’André Breton, de René Crevel et de Paul Éluard (après une première adhésion en 1927, et une exclusion en 1933, Eluard, qui restera compagnon de route pendant le Front Populaire et pendant la Résistance, écrivant pour les Lettres françaises clandestines, redevient adhérent du PCF en 1944, et ce jusqu'à sa mort en 1952).
 
Tristan Tzara va fortement s’engager aux côtés des républicains espagnols. Dès le début de la guerre d’Espagne, il fut délégué de l’Association pour la défense de la culture auprès des intellectuels espagnols, dont il assura le secrétariat.
 
En 1937, quand il intervient sur Madrid assiégée au Palais de la Mutualité (dans le cadre de la Maison de la culture), l’Humanité (12 janvier) le présente comme un de ses correspondants à Madrid avec Georges Soria.
 
Il y dénonce les franquistes et récuse “les prétendues atrocités des républicains” (L’Humanité, 16 janvier 1937).
 
Son discours au congrès sur “L’individu et la conscience de l’écrivain” affirme alors sa foi en l’homme et sa conscience révolutionnaire. Il fit ensuite partie des organisateurs du second congrès international des écrivains à Valence et Madrid assiégée.
 
Une photographie le montre sur la tribune honorant la mémoire de Garcia Lorca "assassiné par les rebelles” (Ce soir, 20 juillet 1937).
 
Son discours sur « L’Individu et la conscience de l’écrivain » affirmait sa foi en la dignité humaine dans la conscience révolutionnaire. Il publie aussi dans Regards (« Les beautés de l’Espagne ») la même année, un article dénonçant la non intervention des démocraties française et britannique. Et c’est bien sûr dans Ce soir (2 août) qu’il rend ensuite hommage à Gerda Taro.
 
 
En 1939, au moment de l’effondrement de la République, il organise des collectes pour sauver « les intellectuels espagnols » (Ce soir, 13 février).
 
Durant l’Occupation, Tristan Tzara fut contraint de vivre dans la clandestinité à Souillac (Lot), où il fit circuler quelques poèmes, en contrebande.
 
A Toulouse et à Cahors, Tzara publie deux poèmes-tracts en 1944: "Une route seul soleil", "ça va".
 
ça va
 
trotte trotte petit cheval
la maison s'écroule
les coups de la voix se brisent contre l'enclume
la fumée vous happe
hommes ou vous qui avez cru l'être
pauvres petits morceaux de bois égarés
les mots hachés
enlevez-les tuez-les à même l'arbre
les enfants
eux au moins ont le sang menu
sur les routes des lèvres s'enfuient des regards
qui ne peuvent plus porter les corps dans leur pitié
si mince berceuse qu'à jamais se déchire le lien
mais qu'importe torture
yeux crevés de nacre
mâchoires de serpe
nuit envenimée par des postes
cachettes de braise
tout autour la solitude un seul cristal chacun pour soi
trotte trotte petit cheval
 
la meute sauvage a pénétré dans le sang
il gicle des tempes les silex sous le fer
la mort ne vient pas il faut courir longtemps après elle
un coup de poing le mot dans la gorge fêlée
tempes démentelées
et la tension dans l'ombre des muscles de l'attente
là-bas tout est flamme et ceux qui s'enfuient - des lapins
pauvres flammes hagardes
vont tomber dans la flamme battante
et alors que ne parlez vous roses magnétiques
des vents de la faim et de la soif ces doux jardins de l'homme
     enfantin
d'autrefois d'amour trouble de froid
le mot noyé dans la gorge un râle antique
tout cela là-bas
et le pollen des cendres aux neiges titubantes
trotte trotte petit cheval
 
défaites la lèpre des repas
délivrez les scorpions lunaires
ouvrez les écluses de boue
et les trappes de l'indignité
défoncez les barrages
que le flot de cadavres liquides submerge nos murs
et de toute la puanteur de ce nouvel enfantement
que l'homme se gorge jusqu'aux repaires de sa mémoire d'amour
jusqu'au crachat des visages
écrasez-les tuez-les à même l'arbre
jusqu'aux maudites tendresses des mères ici-bas
et à la confiance végétale des enfants qu'importe
des piques et des cadenas
des mouches vous dis-je des mouches de colle
et des visages d'enfants parmi les chairs
et de bruissantes corolles d'alphabets égrenés
comme un commencement du monde déjà putréfié défiguré
avant d'avoir goûté au cœur fruité du vent
le lait floral des fins envols
une seule larme immobile
trotte trotte petit cheval
 
rien au bout des doutes
rien dans les poches de l'eau
où vas-tu chargé de paysages morts
à ne pas voir ni sentir le temps aux coutures
je ne sais plus sable
trotte trotte petit cheval
 
Tristan Tzara, Souillac, 2 juin 1943
 
Tzara collabora après la Libération aux nombreux journaux issus de la Résistance, en particulier aux Lettres françaises, en sa qualité de membre du Comité national des écrivains, dont il fut l’animateur dans la clandestinité pour la zone sud-ouest, présidant, de 1944 à 1946, le Centre des intellectuels à Toulouse. Il contribua à la constitution du Centre d’études occitanes. Son article « Poésie latente, poésie manifeste » réfuta la notion sartrienne de « littérature engagée » car, pour lui, c’est le poète qui est plongé dans la vie, jusqu’au cou.
 
Simultanément, lors de sa conférence à la Sorbonne « Le surréalisme et l’après-guerre » (17 mars 1947), il reprocha aux surréalistes d’avoir déserté le combat pendant la guerre et de n’avoir été d’aucun recours pour l’individu en cette période (Les Lettres françaises, 28 mars 1947).
 
Tzara règle ainsi définitivement ses comptes avec les surréalistes, et en particulier avec André Breton. Cette soirée, houleuse, s’inscrit dans le contexte de la renaissance des « scandales littéraires » et dans la polémique autour d’’Arthur Koestler, soutenu par Breton dans Le Figaro Littéraire (fin 1946, Koestler a publié son Yogi et le commissaire).
 
Naturalisé français en avril de la même année, Tristan Tzara adhère alors au Parti communiste, dont il avait déjà la confiance depuis longtemps.
 
De grands recueils (La Face intérieure, De Mémoire d’homme) attestent la puissance de son verbe poétique qu’il n’aliéna jamais à une cause particulière.
 
C’est cette fois surtout aux Lettres françaises qu’il va trouver sa place, y donnant régulièrement des articles, et accédant à une véritable reconnaissance littéraire auprès des communistes.
 
Sa poésie y est qualifiée d’une « richesses exceptionnelles » (8 août 1947 pour la publication de Morceaux choisis), et on vante « son extraordinaire faculté de renouvellement » et son « génie verbal » (22 avril 1948). C’est avant tout dans l’hebdomadaire dirigé par Aragon que l’ancien dadaïste justifie son adhésion au PCF, et donc son rejet du surréalisme au profit d’une écriture engagée dans l’action.
 
On le retrouve aussi très présent au sein du Mouvement de la paix au début des années 1950, défendant aux Assises de Paris le poète turc Nazim Hikmet (Lettres françaises, 27 avril 1950). En lien avec le Conseil national des écrivains, il participe également aux « Batailles du livre ». Sans défendre stricto sensu le « réalisme socialiste », il promeut des artistes du Parti comme Picasso (Lettres françaises, 10 août 1950), et vante aussi l’art d’un James Ensor (8 décembre 1950).
 
Après la guerre, il aborda d'autres thèmes et problèmes existentiels plus actuels dans ses nouveaux livres 'Terre sur Terre' en 1946 et De Mémoire et La Face Intérieure en 1953 et 'Parler Seul' en 1655.
 
Tristan Tzara meurt le 24 décembre 1963 à son domicile à Paris et a été enterré au cimetière Montparnasse.
 
Source:
Livret de l'exposition Dada au centre Georges Pompidou
Article du Maitron sur Tristan Tzara - par Henri Béhar
La Résistance et ses poètes, Pierre Seghers
Valère Staraselski - Aragon La liaison délibérée (L'Harmattan)
Jean Ristat - Aragon."Commencez par le lire". Découvertes Gallimard, 2011
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22 février 2023 3 22 /02 /février /2023 06:00
Communist'Art: Nâzim Hikmet (1901-1963)
Nostalgie - Nâzim HIKMET
 
Cela fait cent ans
que je n’ai pas vu ton visage
que je n’ai pas passé mon bras
autour de ta taille
que je ne vois plus mon visage dans tes yeux
cela fait cent ans que je ne pose plus de question
à la lumière de ton esprit
que je n’ai pas touché à la chaleur de ton ventre.
Cela fait cent ans
qu’une femme m’attend
dans une ville.
Nous étions penchés sur la même branche,
sur la même branche
nous en sommes tombés, nous nous sommes quittés
entre nous tout un siècle
dans le temps et dans l’espace.
Cela fait cent ans que dans la pénombre
je cours derrière toi.
Tu es mon ivresse
De toi je n’ai point dessoûlé
Je ne puis dessoûler
Je ne veux point dessoûler
Ma tête lourde
Mes genoux écorchés
Mes vêtements crottés
Je vais vers ta lumière qui brille et qui s’éteint
en titubant, tombant, me relevant
 
Nâzim HIKMET
Nâzim Hikmet (1901, Salonique -1963, Moscou)
 
Poète turc, né à Salonique (aujourd'hui en Grèce), dans une vieille famille de dignitaires ottomans, Nâzim Hikmet a longtemps été exilé à l'étranger pour avoir été militant du Parti communiste de Turquie. Il est l'une des plus importantes figures de la littérature turque du xxe siècle, et l'un des premiers poètes turcs à utiliser des vers libres.
Révolté par l'occupation d'Istanbul par les puissances alliées après la première guerre mondiale, exalté par la lutte des paysans turcs pour l'indépendance et enthousiasmé par la révolution d'Octobre, il multiplie les allers-retours avec la Russie.
En 1922, il est à Moscou, où il s’inscrit à l’université des Peuples d’Orient pour étudier le marxisme. Il y rencontre les futuristes, se lie d’amitié avec Maïakovski, qui aura une grande influence sur ses poèmes inspirés de l’industrialisation et de la construction du socialisme en URSS, monte la garde devant le catafalque de Lénine. De retour en Turquie, il milite dans les rangs du Parti communiste turc clandestin, séjourne de nouveau à Moscou (1925-1928) et profite d’une amnistie pour rentrer au pays, où il publiera, jusqu’en 1932, cinq recueils de poèmes qui connaîtront un grand succès. Arrêté pour « complot contre l’État », il sera emprisonné à Bursa, d’abord jusqu’en 1935, puis de 1938 à 1950 pour avoir « incité la marine à l’insurrection ». Cette condamnation, prononcée au terme d’un long procès monté de toutes pièces, lui permettra de renouer avec la littérature populaire d’Anatolie au travers des détenus paysans qu’il rencontrera en prison.
En 1950, il entame une grève de la faim soutenue par un comité d’organisation international pour sa libération et, une fois la liberté recouvrée, quitte clandestinement la Turquie, laissant derrière lui son fils nouveau-né et son épouse. Il s’installe à Moscou et écrit des pièces de théâtre ainsi que des poèmes nostalgiques imprégnés de l’angoisse de la mort. Il parcourt le monde, faisant de nombreux séjours dans des villes européennes, asiatiques, africaines mais aussi à La Havane, pour défendre la cause de la paix : « Au cours de ma trente-sixième année, j’ai parcouru en six mois quatre mètres carrés de béton / Dans ma cinquante-neuvième année, j’ai volé de Prague à La Havane en dix-huit heures. » Dans sa soixante et unième année, il meurt d’une crise cardiaque, laissant un poème testament : « Enterrez-moi en Anatolie, dans un cimetière de village / Et si possible, un platane au-dessus de moi suffit. »
Après une longue période d’interdiction, ses livres sont de nouveau publiés en Turquie, mais la démarche qui a été faite par sa famille pour rapatrier sa dépouille n’a toujours pas abouti. Par contre, le gouvernement turc, après l’avoir persécuté tout au long de sa vie, le réhabilita en lui rendant à titre posthume la nationalité dont il avait été déchu en 1950.
Nazim Hikmet fut avant tout un grand novateur de la poésie turque contemporaine. Il s’exprima en vers libre, en faisant table rase des formes fixes traditionnelles. Sous l’influence du futurisme russe et de son avatar, le constructivisme, il chanta la nouvelle société, mais aussi le combat des hommes épris de justice sociale et de liberté. Il évolua plus tard vers une synthèse moderne de la tradition épique en composant "l’Épopée du cheikh Bedreddine" et "Paysages humains". Dans le premier ouvrage, il utilisa à merveille les sonorités de la poésie ottomane pour décrire une révolte paysanne du XVe siècle à caractère religieux et à visée communautaire, prônant l’abolition de la propriété privée et des discriminations religieuses.
 
Je suis communiste - Nâzim Hikmet
 
Je suis communiste.
 
Parce que je ne vois pas une meilleure économie au monde que le communisme.
 
Je suis communiste.
Parce que je souffre de voir les gens souffrir.
 
Je suis communiste.
Parce que je crois en l’utopie d’une société juste.
 
Je suis communiste.
Parce que chacun doit avoir ce dont il a besoin et donner ce qu’il peut.
 
Je suis communiste.
Parce que je pense que le bonheur est la solidarité humaine.
 
Je suis communiste.
Parce que je pense que toutes les personnes ont droit au logement, à la santé, à l’éducation, à l’emploi décent, à la retraite.
 
Je suis communiste.
Parce que je ne crois en aucun Dieu.
 
Je suis communiste.
Parce que personne n’a encore trouvé une meilleure idée.
 
Je suis communiste.
Parce que je crois aux êtres humains.
 
Je suis communiste.
Parce que j’espère qu’un jour toute l’humanité sera communiste.
 
Je suis communiste.
Parce que bon nombre des meilleures personnes dans le monde ont été et sont communistes.
 
Je suis communiste.
Parce que je déteste l’hypocrisie et que j’aime la vérité.
 
Je suis communiste.
Parce qu’il n’y a pas de distinction entre moi et les autres.
 
Je suis communiste.
Parce que je suis contre le marché libre.
 
Je suis communiste.
Parce que je veux me battre toute ma vie pour le bien de l’humanité.
 
Je suis communiste.
Parce que le peuple uni ne sera jamais vaincu.
 
Je suis communiste.
Parce que vous pouvez faire des erreurs, mais pas au point d’être un capitaliste.
 
Je suis communiste.
Parce que j’aime la vie et je me bats à tes côtés.
 
Je suis communiste.
Parce que très peu de gens sont communistes.
 
Je suis communiste.
Parce que certains disent être communiste et ne le sont pas.
 
Je suis communiste.
Parce que l’exploitation de l’homme par l’homme existe parce qu’il n’y a pas de communisme.
 
Je suis communiste.
Parce que mon esprit et mon cœur sont communistes.
 
Je suis communiste.
Parce que je suis important tous les jours.
 
Je suis communiste.
Parce que la coopération entre les peuples est la seule voie vers la paix entre les hommes.
 
Je suis communiste.
Parce que la responsabilité de tant de misère de l’humanité est celle de tous ceux qui ne sont pas communistes.
 
Je suis communiste.
Parce que je ne veux pas le pouvoir personnel, mais le pouvoir du peuple.
 
Je suis communiste.
Parce que personne n’a réussi à me convaincre que ce n’est pas le cas.
 
Nazim Hikmet
 
Source: article de 2013 de Nedim Gursel dans L'Humanité: https://www.humanite.fr/.../nazim-hikmet-je-n-ai-pas-ete...
 
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